Citation
La France veut obliger le monde
à approuver son intervention
militaire au Rwanda. Dix
semaines après le début des
terribles massacres, Paris parle
d'une action purement humanitaire.
Or le carnage à commenté depuis
longtemps — alors même que les
Français, peu de temps après la
mort mystérieuse du président
Habyarimana, évacuaient leurs res-
sortissnts du Rwanda, sans plus se
mêler de la situation. A l'époque,
Alain Juppé, le ministre des Affaires
étrangères, avait déclaré que la
France ne pouvait pas toujours jouer
le rôle du gendarme en Afrique.
Aujourd'hui, les Français affi-
chent leur volonté de s'en mêler, et
ce avec l'aval du Conseil de sécu-
rie de l'ONU, Le secrétaire général
des Nations unies, Boutros Boutros-
Ghali, les soutient, parce que les
Français veulent et peuvent agir
vite ; même les Européens aident
à distance, en apportant un appui
logistique. Tous reconnaissent
avec embarras que les troupes de
l'ONU promises depuis longtemps
n'auraient pu être prêtes avant au
moins deux mois. Ayant mauvaise
conscience, ils prennent ce qui se
présente, sans tenir compte des
avertissements des rebelles du FPR,
qui ont prévenu que toute force
d'intervention, en particulier fran-
çaise, serait traitée comme un enva-
hisseur ennemi,
D'où vient ce revirement soudain
des Français ? Paris soutient depuis
plus de vingt ans - essentiellement
par les armes - le régime qui
s'écroule au Rwanda. Paris a assisté
à la transformation en bourreaux
des soldats gouvernementaux et des
milices. C'est seulement mainte-
nant, alors que ses anciens alliés
sont pour ainsi dire vaincus, que
Paris se sent obligé d'intervenir. La
France parle d'aide humanitaire,
alors qu'il s’agit pour elle d'être
reconnue en tant que puissance
mondiale et en tant que force de
maintien de l’ordre en Afrique.
Comme les Américains sont partis
en Somalie pour ouvrir la voie à
l'ONU, cette fois, ce sont les Fran-
çais qui veulent faire leur entrée sur
la scène mondiale. En outre, les
Français craignent pour leur
image : s'ils laissent tomber leurs
anciens alliés au Rwanda, qui
pourra encore leur faire confiance ?
Le Rwanda faisait autrefois partie
de la zone d'influence française. Si
les rebelles du FPR remportaient la
victoire, cette zone serait perdue.
Cette perte est de toute façon de
plus en plus probable, car le FPR a
quasiment gagné ce sanglant com-
bat. Pourquoi laisserait-il Paris lui
confisquer sa victoire ?
Le FPR s’est toujours appuyé sur
l'Ouganda, qui fait partie de la zone
d'influence anglo-saxonne. Cette
ancienne colonie britannique est
aujourd'hui l'enfant chéri des Etats-
Unis. Washington utilise l'Ouganda
pour soutenir les rebelles du Sou-
dan ; la Banque mondiate et le FMI
font du bourrage de crâne en affir-
mant que l'Ouganda serait déjà le
deuxième miracle économique en
Afrique. Sous couvert d'humanité,
c’est en fait une guerre à bas prix
entre les deux cultures occidentales
phares en Afrique : les Français
contre les Anglo-Saxons. Ainsi le
continent noir se retrouve-t-il le
jouet des intérêts étrangers. Avec
2 000 soldats, la France pense pou-
voir faire valoir ses droits en tant
que grande puissance et elle est
même prête, pour des raisons de
logistique militaire, à réhabiliter
le dictateur en faillite du Zaire,
Mobutu Sese Seko. Le Rwanda ne
méritail pas ce genre d'aide. C'est
un jeu d’intrigues inhumain qui
risque de mal se terminer.