Dernier adieu à Dafroza Gauthier ce lundi 12 octobre 2026. Décédée le 3 octobre dernier d'un cancer, elle fut l'une des grandes militantes de l'après génocide du Rwanda au printemps 1994. Ses amies la surnommaient "
Dafroz". Portrait d'une activiste obstinée, perçue comme une force tranquille, déterminée et lumineuse par celles et ceux qui l'ont aimée.
Une "Intwari" : une héroïne
Sur le parvis de l'église Saint-André, les étoles, écharpes et bijoux de couleurs transpercent les costumes noirs des centaines de personnes venues rendre hommage à celle que l'assemblée qualifie à l'unanimité d'"
héroïne". "
Au Rwanda, on dit 'Intwari', c'était une combattante", lance Eugénie Dupaquier. Elle avait rencontré Dafroza pour écrire sur son parcours, sa fuite vers le Burundi en 1973. "
Elle a traversé la même rivière que moi, quand elle a quitté le Rwanda. Puis elle disait, sans haine : Je veux juste la vérité."
Ses proches portent sur leurs tailleurs côté cœur le portrait de Dafroza Gauthier et beaucoup de femmes évoquent son souvenir comme celui d'une "
petite" ou d'une "
grande sœur". "
Elle était la voix des sans-voix…", affirme Immaculée Innganzima-Cattier, présidente de l'association Amariza d'Alsace qui milite pour la mémoire des Tutsi. Comme de nombreuses personnes ici, le vécu de Dafroza fait écho à leur histoire personnelle. "
Elle a perdu ses parents comme moi. Mon papa a été tué en 1962, alors que j'étais sur le sein de ma mère. Ma maman a été tuée en 1994." Ensemble, les deux activistes avaient le projet d'écrire un livre sur l'emprisonnement arbitraire dès 1990 au Rwanda. "
Elle meurt, mais ce projet ne mourra pas. [...] On va le faire vivre, pour faire vivre Dafroza."
Aux côtés de son époux, Alain, cette ingénieure avait fondé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), voulait voir ces criminels présumés comparaître afin qu’ils répondent de leurs actes devant une cour d’assises. Aujourd'hui, ils sont à ce jour parvenus à faire condamner sept hommes impliqués dans le génocide des Tutsi par le tribunal français.
"Elle nous a inspiré ce combat qu'on va continuer de mener"
"
Je l'appelais maman", raconte Christophe Renzaho, président de l'association La Communauté rwandaise de France. "
Elle enquêtait sur les assassins de mes grands-parents. Mon papi, Stanislas, a été tué d'une balle dans la tête. Ma grand-mère, Marianna. Elle a été enterrée vivante. La dernière fois qu'on s'est vus avec Dafroza dans un procès, j'ai témoigné. Personne n'aurait pensé que le nom de mes grands-parents, de mes tantes soit prononcé dans une cour française, et je lui dois ça. Trente-deux ans plus tard, j'en parle comme si c'était hier. C'est important qu'on lui rende hommage parce qu'elle nous a inspiré ce combat qu'on va continuer de mener."
L'une de ses nièces, coupe de champagne à la main au Cercle Colbert, se souviendra d'une tante qui aimait le champagne et le soleil. Tangasa, l'une de ses amies d'enfance, confirme : "
Elle avait toujours un sourire qui me rappelait sa jeunesse. Elle venait à la maison pendant les vacances. Elle habitait à Butare. Puis on s'est retrouvées en France. Et quand on se réunissait avec de la famille, on chantait : Nakunze Mama Ndamubura." Traduction : "J'ai cherché maman, mais je ne l'ai pas trouvée." Une chanson résonne avec l'histoire de la mère de Dafroza, tuée de deux balles dans le dos en 1994.