Fiche du document numéro 36432

Num
36432
Date
2022
Amj
Taille
2525004
Sur titre
Contribution à l’histoire de l’Évangélisation du Rwanda
Titre
Miscellanées rwandaises
Sous titre
La mort tragique du père Loupias en 1910 selon la presse allemande et la presse française - Rapport du père Deprimoz sur les écoles dirigées par les pères blancs au Rwanda pour l’année scolaire 1927-1928 - Rapport sur le territoire de Nyanza établi par monsieur Lenaerts en 1929
Nom cité
Nom cité
Mot-clé
Type
Livre
Langue
FR
Citation
P. STEFAAN MINNAERT

MISCELLANEES RWANDAISES
LA MORT TRAGIQUE DU PERE LOUPIAS EN 1910
SELON LA PRESSE ALLEMANDE ET
LA PRESSE FRANÇAISE
RAPPORT DU PERE DEPRIMOZ
SUR LES ECOLES DIRIGEES PAR LES PERES BLANCS
AU RWANDA
POUR L’ANNEE SCOLAIRE 1927-1928
RAPPORT SUR LE TERRITOIRE DE NYANZA
ETABLI PAR
MONSIEUR LENAERTS EN 1929

CONTRIBUTION
A L’HISTOIRE DE L’EVANGELISATION DU RWANDA

KIGALI – 2022

INTRODUCTION

Notre étude de l’histoire de l’évangélisation du Rwanda par les Pères
Blancs a commencé en 1998. C’était à l’occasion de la préparation de la fête
du centenaire de la fondation de l’Eglise Catholique au Rwanda en 1900.
Pour marquer cet évènement, nos supérieurs de l’époque nous avaient demandé d’écrire un petit livret à ce sujet. Avant d’accepter ce défi, nous
avions exprimé nos hésitations ; à ce moment-là notre connaissance du sujet
était vraiment insuffisante pour accomplir cette tâche.
Après la publication de Save : 19001, nous avons eu l’occasion de continuer nos recherches. Ainsi nous avons pu élargir nos connaissances sur un
sujet controversé avec l’aide précieuse de plusieurs historiens rwandais.
Nous étions fort intrigué par la question à savoir comment les Pères Blancs
avaient réussi à convertir les Banyarwanda en si peu de temps.
Les résultats de nos travaux ont été publiés. Un bon nombre de documents pour les années 1900 à 1920 sont maintenant à la disposition pour tous
ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Eglise Catholique2. Ces documents ne
perdront jamais leur valeur historique. Leurs interprétations, par contre, seront toujours liées à l’expérience humaine et culturelle de chaque lecteur. Et
donc inévitablement divergentes. Cela nous semble un atout. Il permettra de
s’approcher de la vérité historique sous des angles différents et il en résultera
une vision plus large, plus complète et plus juste du passé.
Quant à nous, le moment est venu pour passer le flambeau à d’autres courageux. Nous le faisons avec ce petit livret Miscellanées Rwandaises dans
lequel nous proposons trois chapitres :
I. La mort tragique du Père Loupias en 1910 selon la presse allemande
et la presse française.
II. Le rapport du Père Déprimoz sur les écoles dirigées par les Pères
Blancs au Rwanda pour l’année scolaire 1927-1928.
III. Le rapport sur le Territoire de Nyanza établi par Monsieur Lenaerts
en 1929.
Ces chapitres traitent des sujets qui ont un intérêt particulier pour plusieurs raisons. Avant tout ils illustrent la constatation que l’histoire est un
chantier permanent. Elle n’est jamais écrite une fois pour toute comme cerS. MINNAERT, Save – 1900 : Fondation de la première communauté chrétienne au Rwanda, Kigali,
2000, 120 pp.
2
Reste encore à publier le « Cahier du Conseil de Save », un document très important. Il est conservé
dans les Archives de l’Evêché de Butare. L’historien J. Ngomanzungu a pu le consulter pour écrire son
doctorat L’Episcopat de Mgr Laurent Déprimoz (1943-1955), Rome, 2009-2010, (p. 190, 246 et 257).
1

1

tains prétendent. Il y aura toujours de nouvelles données qui apparaîtront à la
surface et qui nous demanderont de corriger notre vision du passé.
Le premier chapitre concerne la mort tragique du P. Loupias en 1910
rapportée dans la presse française et dans la presse allemande. Il montre
comment cette presse fut un instrument important de la colonisation. C’est
elle qui divulguait en Europe la version des faits des autorités coloniales
et des missionnaires. Et dans le cas d’un incident violent entre un Européen
et un Africain, c’était toujours la faute du dernier. N’était-il pas « un sauvage » ? A propos de la mort du P. Loupias, les lecteurs n’apprennent rien de
précis ni sur le fond ni sur le contenu de cet évènement qui, par contre, a
marqué les Banyarwanda jusqu’à nos jours.
Le deuxième chapitre présente le rapport de 1927-1928 sur les écoles catholiques. Ce rapport est de la main du P. Déprimoz (1884-1962), successeur
de Mgr Classe (1874-1945). Il y décrit d’une façon détaillée l’organisation
des écoles catholiques. Ainsi nous voyons que les Pères Blancs avaient mis
en place des classes qui séparaient les « ethnies ». Cela a, sans aucun doute,
contribué à la politisation des catégories sociales au Rwanda. Voilà
l’apartheid à la rwandaise. Evidemment personne, ni au Rwanda, ni en Belgique ne se doutait des conséquences désastreuses de ce système à long
terme, un système que les Banyarwanda payeront au prix fort en 1994.
Le troisième chapitre, Rapport de 1929 sur le Territoire de Nyanza par
Mr Lenaerts, nous montre comment l’administration coloniale belge contrôlait tous les domaines de la vie politique, économique sociale et religieuse
dans le territoire de Nyanza. C’était le territoire le plus important du pays ; le
Mwami y résidait. Certaines informations sont très précises, ce qui nous fait
penser à l’existence d’une collaboration importante entre la nouvelle élite
politique et le colonisateur belge3.
Le rapport publié fait partie d’un ensemble de rapports qui ont été établis
la même année pour tous les « Territoires » du pays : Kigali, Rukira (Gisaka), Mulera, Nyanza, Gisenyi (Bugoyi), Lubengera (Kibuye), Kabaya, Kamembe (Shangugu), Gatsibo, Astrida (Akanyaru). Ces rapports méritent
d’être publiés en vue d’une étude approfondie de leur contenu.

P. Stefaan Minnaert
Historien

3

Voir p. 147.

2

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION........................................................................................... 1

I. La mort tragique du Père Loupias en 1910 selon la presse allemande
et la presse française .................................................................................. 5

II. Rapport du Père Déprimoz sur les écoles dirigées par
les Pères Blancs au Rwanda pour l’année scolaire 1927-1928 ............... 33

III. Rapport sur le Territoire de Nyanza établi par Monsieur Lenaerts
en 1929................................................................................................ 105

3

LE LAC KIVU

LES COLLINES DENUDEES D’AUTREFOIS AVEC UNE HABITATION

4

I.

LA MORT TRAGIQUE DU PERE LOUPIAS (1910)
SELON LA PRESSE ALLEMANDE ET
LA PRESSE FRANÇAISE

Le 1er avril 1910, le P. Paulin Loupias (1872-1910), un Père Blanc, originaire du diocèse de Rodez en France, subit une mort violente aux environs
de la Mission de Rwaza (fondée en 1903). En 2017, nous avons publié un
article élaboré concernant cet événement tragique4. Aujourd’hui, nous examinons comment la mort du P. Loupias a été présentée dans la presse allemande et française selon le schéma suivant :

CRYPTE DE LA MAISON GENERALICE DES PERES BLANCS A ROME
AU MILIEU : LA TOMBE DU CARDINAL LAVIGERIE
AU MUR : LES CINQ PLAQUETTES DE MARBRE AVEC LES NOMS DE LEURS « MARTYRS »
DONT CELUI DU P. LOUPIAS

S. MINNAERT, « Le Père Loupias (1872-1910) : victime d’un assassinat ou d’une imprudence ? », in
Histoire de l’évangélisation du Rwanda, Recueil d’articles et de documents..., Kigali, 2017, pp. 177-225.
4

5

1.- Le contexte général de l’annonce de la mort du P. Loupias ;
2.- Le télégramme du Dr Kandt, Résident impérial, du 13 avril 1910 ;
3.- Le dossier de la mort du Père Loupias géré en Allemagne par le
Père Joseph Froberger ;
4.- La presse allemande : étude du Dr Derscheid ;
5.- L’article Die Katholische Mission in Ruanda (1910) [La Mission
catholique au Rwanda (1910)] ;
6.- La presse française ;
7.- Résultat : Le Père Loupias a trouvé une place sur la liste des martyrs des Pères Blancs. Son nom est gravé sur une des plaquettes de
marbre qui se trouvent dans la crypte de la Maison Généralice des
Pères Blancs à Rome.

1. Le contexte général de l’annonce de la
mort du Père Loupias
Le P. Loupias trouva une mort violente
le 1er avril 1910. Le Résident impérial, le
Dr Kandt, à peine de retour au Rwanda après
un congé, se voyait obligé d’informer les autorités. Pour comprendre sa réaction, il est important d’avoir une idée du contexte général.
Jusqu’en 1907, le Dr Kandt avait eu une
grande estime pour les Pères Blancs en particulier pour Mgr Gerboin, Vicaire apostolique de
LE DR KANDT (1904)
l’Unyanyembe5. Il les avait invités en 1899 et aidés en 1900 pour s’installer
au Rwanda6. A Tabora, en Tanzanie, il leur avait même donné sa propriété
pour fonder une Mission. Les relations entre le Dr Kandt et les Pères Blancs
étaient donc au beau fixe.
A partir de 1907, leurs relations se détérioreront rapidement surtout à
cause des intrigues du P. Classe7. Le Dr Kandt, devenu Résident impérial du
5

W. NEVEN, Monseigneur François Gerboin (1847 - 1912), Tiré du Petit Echo N° 1079 2017,/03, http:
//ww w.peresblancs.org/Mgr_Francois_Gerboin.htm.
6
Copie de la lettre du Docteur Richard Kandt du 7 juin 1899 à Mgr Gerboin, A.G.M.Afr. (Archives
Générales des Missionnaires d’Afrique), N° 100164-100165.
7
En 1948, le P. A. Van Overschelde, un proche collaborateur de Mgr Classe, décrit le Dr Kandt d’une
manière grotesque : « Richard Kandt était un Juif, très intelligent, poète à ses heures, petit, chétif, couleur
d’olive, Le fiel, qui lui valait ce teint, ne lui courait pas que sous la peau : il était méchant. Sa stature et
peut-être aussi ses habitudes ancestrales ne l’inclinaient pas à agir en face. Il excellait à démolir dans
l’ombre par petits coups qui rappellent ceux des félins. Kandt n’était pas un inconnu au Ruanda. Quelques
années auparavant, seul Européen au milieu des Noirs, il avait vécu près de Shangi, sur le lac Kivu, puis à
Nyantango, d’où il avait fréquenté la Cour de Nyanza. On savait qu’au ministère des colonies à Berlin, il
avait dénoncé les prétendues ‘intrigues’ des missionnaires ‘trop influents’ » (A. Van Overschelde, Un
audacieux pacifique, Namur, 1948, p. 70).

6

Rwanda, devait maintenant défendre les intérêts de Berlin8. Ceux-ci ne
s’accordaient pas avec ceux des Pères Blancs, membres d’une société missionnaire française. Dans leurs Missions, ils propageaient inconsciemment la
langue et la culture française dans une colonie allemande à l’époque où
l’esprit du nationalisme dominait l’Europe !
Il y avait encore une autre raison pourquoi Berlin n’appréciait pas trop la
présence des Pères Blancs au Rwanda.
Ils se mêlaient souvent à la politique
locale pour mieux protéger leurs néophytes. Ils dédaignaient l’autorité autochtone et ils se comportaient comme
des petits roitelets tout-puissants. Aidés par leurs catéchistes bien armés, ils
« régnaient » sur leurs néophytes,
presque tous des enfants ou des adolescents. Ceux-ci, selon les coutumes
du pays, se considéraient comme leurs
intore9 ou une élite parmi la jeunesse.
Ainsi poursuivaient-ils leur intérêt
(akamaro) c.-à-d. améliorer leur condition de vie. En travaillant, ils pouvaient gagner de l’argent et s’acheter
des produits de consommation.
L’économie traditionnelle par contre
MGR GERBOIN (1847-1912)
était basée sur le travail communautaire et le troc. Dorénavant deux visions très différentes du monde se confronteront sans merci.
Berlin devait pourtant supporter la présence des Pères Blancs au Rwanda.
Il les utilisait pour occuper l’intérieur du pays par manque de personnel colonial. Reste que Berlin et les Pères Blancs firent front commun contre les
ambitions de Londres. Celui-ci rêvait d’étendre son influence au Rwanda en
y envoyant des missionnaires protestants pour occuper ce point stratégique
convoité par Berlin, Londres et Léopold II. Berlin et Alger, où se trouvait
alors le quartier général des Pères Blancs, voulaient éviter à tout prix ce qui
s’était passé au Buganda en 189010. Berlin pour des raisons politiques, Alger
pour des raisons religieuses.
8

Le Dr Kandt a officiellement occupé le poste de Résident impérial du Rwanda de novembre 1907 jusqu’en mai 1916. Durant cette période, il a quitté le Rwanda d’avril 1909 à janvier 1910. (R. BINDSEIL,
Le Rwanda et l’Allemagne depuis le temps de Richard Kandt, Berlin, 1988, 256 pp.).
9
Dans le Rwanda précolonial, les « intore » constituaient des corps de jeunes guerriers, sélectionnés,
formés et éduqués pour servir le Mwami ou les chefs locaux.
10
S. MINNAERT, Premier voyage de Mgr Hirth au Rwanda, ..., Kigali, 2006, 716 pp.

7

Le Dr Kandt était au courant des expéditions punitives organisées à Rwaza en 1904 par le P Classe et ses confrères dont le P. Loupias11. Ces expéditions avaient suscité l’horreur et créé une division entre Pères Blancs12. Les
coupables risquaient la prison et les autres l’expulsion du pays. En 1909, les
relations entre le Dr Kandt et le P. Classe, entretemps nommé représentant
de Mgr Hirth au Rwanda, étaient au point mort. Entre eux, il y avait des
malentendus à propos de la fondation des Missions de Rulindo et de Murunda13. Le Dr Kandt pourrait utiliser la mort du P. Loupias pour mettre les
Pères Blancs dans l’embarras.
Le 13 avril 191014, le Dr Kandt annonce la mort violente du P. Loupias
dans un télégramme. Il s’adresse au P. Huwiler15, économe général du Vicariat du Nyanza méridional, à Mgr Hirth, Vicaire Apostolique du même Vicariat16, au Capitaine von Stuemer17, Résident impérial de Bukoba et au Gouverneur Général de Deutsch-Ostafrika. Qu’est-ce qu’il écrit dans ce fameux
télégramme ?
2. Le télégramme du Dr Kandt, Résident impérial, du 13 avril 1910
Dans ce télégramme, le Dr Kandt annonce la mort violente du P. Loupias. Puis il tranquillise les autorités ainsi que l’opinion publique en Allemagne. Il veut aussi « contrer toute rumeur exagérée dans l’intérêt du commerce et du trafic ». Cette réaction du Dr Kandt n’est pas surprenante. De
1905 à 1907, le Sud de la colonie Deutsch-Ostafrika avait connu une insurrection de plusieurs tribus18 due aux travaux forcés imposés par les Allemands. En 1906, Mgr Hirth en parle dans une de ses lettres à son frère,
l’Abbé Ernest :
S. MINNAERT, « Les Pères Blancs et la société rwandaise durant l’époque coloniale allemande (19001916), ..., Editions de l’Université Nationale du Rwanda, Septembre 2009, pp. 53-101.
12
C. LECOINDRE : Raisons qui ont nui beaucoup au développement de la mission au Ruanda,
A.G.M.Afr., N° 111459.
13
A. VAN OVERSCHELDE, Un audacieux pacifique, Namur, 1948, pp. 70-73.
14
Copie du télégramme de Dr Kandt du 13 avril 1910, A.G.M.Afr, N° 098445-46 (bis).
15
Le P. Burkard Huwiler (1868-1954), originaire de Buttwil en Suisse, entre chez les Pères Blancs en
1887. Il fait ses études de théologie à Maison-Carrée (Algérie) et à Carthage (Tunisie). Ordonnée prêtre
en 1893, il est nommé Propagandiste en Allemagne, en Autriche et en Suisse (1893-1897). En 1897, il est
nommé au Vicariat du Nyanza méridional. De 1902 à 1904, il séjourne en Suisse pour raison de santé.
Dès 1904, il est de retour. Après un bref séjour à Zaza au Rwanda, il est nommé à Marienberg en tant que
supérieur et économe du Vicariat du Nyanza Méridional. Il est ordonné évêque de Bukoba en 1929. Il
s’exprimait parfaitement en allemand.
16
S. MINNAERT, Premier voyage de Mgr Hirth au Rwanda,..., Kigali, 2006, 716 pp.
17
Major Willibald von Stuemer était d’abord Commandant et puis Résident impérial de Bukoba de 1902
à 1916. Habilement, il avait su gagner la confiance des Pères Blancs tout en restant ami avec leur ennemi
le Mukama (roitelet) Kahigi. (R. AUSTEN. Political Generations in Bukoba : 1890-1939, 17 pp. manuscrit, https://opendocs.ids.ac.uk › handle › Austen-MAK-Res,).
18
Il s’agit de la rébellion des Maji-Maji.
11

8

« De nos missions, rien de bien particulier à vous signaler ; l’insurrection doit être à
peu près terminée ; elle n’a gagné cette fois que le tiers Sud de la colonie, où les pauvres
gens l’ont payé cher. Qui sait jusqu’où elle atteindra une autre fois ! »19.

Mgr Hirth, dans sa lettre, sous-estime l’ampleur de cette insurrection.
Elle avait emporté la vie de 15 Européens et de 389 soldats autochtones.
Mais elle avait aussi emporté la vie de 200.000 à 300.000 Africains,
hommes, femmes et enfants. Les Britanniques en avaient profité pour étaler
les atrocités des Allemands commises contre la population autochtone. Ils
voulaient justifier leur ambition d’occuper le territoire où l’insurrection avait
eu lieu. Le Dr Kandt avait donc bien des raisons pour minimiser l’affaire du
P. Loupias après cette révolte au sud de la colonie.
Nous présentons maintenant la copie du télégramme du Dr Kandt20. Nous
l’avons traduit en français tout en respectant l’orthographe et le style du
télégramme de l’auteur :
« Rév. P. Burkhard Huwiler
Vénérable Monseigneur
Message ci-joint de la Résidence du Rwanda
pour votre aimable attention envoyée avec dévouement
par Stuemer
Capitaine
Demande de bien vouloir propager ce qui est écrit.
I N° 453/10
Le résident impérial du Ruanda.
Objet : Assassinat du P. Loupias à Ruasa.
Je demande humblement, pour une prochaine occasion de vouloir envoyer le télégramme
ci-joint à Muanza. En même temps, je vous demande de vouloir contrer toute rumeur
exagérée dans l’intérêt du commerce et du trafic. Aussi profondément malheureux que
soit cet incident, force est de constater que le Père est décédé, que lui sans y être forcé, a
exercé une intervention judiciaire entre ennemis acharnés. J’enverrai d’autres nouvelles
sur cette question au Gouvernement impérial par la Résidence impériale de Bukoba.
Signé Kandt
Au Résident impérial pour Bukoba.
Monsieur le Gouverneur [ ?] Daresalam.
Missionnaire catholique, Père Loupias, a engagé, à la demande de Msinga, des poursuites contre le chef rebelle, Lukarra, demeurant à la frontière, accusé de vol du bétail
par des indigènes. Lukarra aurait voulu partir chercher du bétail. Père l’a saisi avec son
bras pour le retenir, après quoi les gens de Lukarra, à l’ordre de celui-ci, ont transpercé le
Père avec leurs lances : crâne transpercé, Père mort. Sur la personne de Lukarra, compare
présent I N ° 992 du 15/10/09. De même, les dernières pages du I N ° 890 du 18/11/08
qui ont été envoyé au Gouverneur en annexe de J. à I N ° 904 du 23/11/08. Meurtriers se
sont enfuis de l’autre côté du Muhavura en Belgique. Demandé par Berlin : arrestation
et extradition. Le meurtre a eu lieu le 1 er avril. Demain, le Lieutenant Falkenstein
part pour la frontière accompagné d’un détachement de policiers et de 50 hommes de la
19
20

Lettre de Mgr Hirth du 26 mai 1906 à l’Abbé Ernest Hirth, A.G.M.Afr., Casier 303, N° 096262.
Copie du télégramme de Dr Kandt du 13 avril 1910, A.G.M.Afr., N° 098445-46 (bis).

9

11ème compagnie. Incident sans importance particulière et sans conséquence pour le
calme du pays. Le reste de la population frontalière a participé à la poursuite des meurtriers et à la destruction de leurs biens.
Kigali, le 4.4.10.
Pour une transcription correcte
La Résidence du Rwanda
Bukoba, 13 avril 1910
Signé Kandt
par Stuemer
Capitaine »
LA VERSION ORIGINALE EN ALLEMAND :
Der Kaiserliche Resident
L.N° I/4/14

Bukoba, den 13 April 1910
Herr P. Berkhard. Huwiler
Hochwürdigen Monseigneur
Anliegende Nachricht von der Residentur Ruanda zur
gefälligen Kenntnisnahme ergebenst übersandt
von Stuemer
Hauptmann
Um Rücksendung der Schreiben wird ergebenst gebeten Abschrift
Kigali, den 4. 4. 10.

I N° 453/10
Der Kaiserliche Resident für Ruanda.
Betreff: Ermordung des P. Loupias in Ruasa.
Das beiliegende Telegramm bitte ich sehr ergebenst mit nächster Gelegenheit nach Muanza
senden zu wollen. Gleichzeitig bitte ich, im Interesse von Handel und Verkehr etwaigen übertreibenden Gerüchten entgegentreten zu wollen. So tief bedauerlich dieser Vorfall auch ist so
muss doch konstatiert werden, dass der Pater, den Tod fand, als er ohne dazu gezwungen zu
sein, eine richterliche Tätigkeit ausübte und unter erbitterten Feinden Partei ergriff. Die
weiteren Berichte über diese Angelegenheit an das Kaiserliche Gouvernement werde ich zu
dortiger Orientierung offen durch die kaiserliche Residentur Bukoba senden.
Gezeichnet Kandt
An den Kaiserliche Resident für Bukoba Buka[?]
Herr Gouverneur Daresalam
Katholischen Missionar Pater Loupias auf suche gegen Msinga rebellischen Grenzhäuptling
Lukarra um Klagen Eingeborener wegen Viehraube zu vertreten. Lukarra wollte sich entfernen angeblich um Vieh zu holen. Pater fasste seinen Arm um ihn zurückzuhalten, worauf
Leute des Lukarra auf dessen Befehl Pater speerten: Schädel durchbohrt, Pater tot. Vergleicht über Person Lukarra diesseitige I N° 992 vom 15.10.09. Desgleichen die letzten Seiten
von I N° 890 von 18.11.08 den Gouverneur geschickt als Anlage J. Zu I N°904 von 23. 11. 08.
Morderflüchteten auf andere Seite des Muhavura zu Belgien. Verlangt durch Berlin. Verhaftung und Auslieferung Mord geschah am ersten April. Marschiere morgen mit Polizeiabteilung und 50 Mann 11 Kompanie und Leutnant Falkenstein an Grenze. Geschehnis von keiner
absonderlichen Bedeutung und ohne Folgen für Ruhe des Landes. Übrige Grenzbevölkerung
beteiligte sich an Verfolgung der Mörder und Zerstörung ihres Eigentums.
Kigali, 4.4.10.
Residentur Ruanda
Gezeichnet Kandt

Für richtige Abschrift
Bukoba, den 13 April 1910

von Stuemer, Hauptmann

10

3. Le dossier de la mort du Père Loupias géré en Allemagne par le Père
Joseph Froberger
Le P. Froberger (18711931) est le Père Blanc qui a
géré le dossier du P. Loupias
en Allemagne où il représentait le Supérieur Général des
Pères Blancs, Mgr Livinhac (1846-1922)21. C’était un
germanophone. Dans ses
lettres, adressées au Conseil
Général des Pères Blancs, il
s’exprime dans un français
compréhensible. Il nous apprend comment il a géré le
dossier du P. Loupias de mai
à juin 1910. Ainsi nous sommes au courant de ce qui s’est
passé dans les coulisses de la
LE P. LOUPIAS (1901)
vie politique en Allemagne.
De mai à juin 1910, les Père Blancs se trouvaient dans une situation embarrassante dans la colonie Deutsch-Ostafrika. En effet, ils devaient faire
face à deux affaires en même temps : celle du P. Loupias et celle de la distillation d’alcool illégale par ses confrères dans les îles de Kome et d’Ukerewe
(en Tanzanie)22. Ces deux affaires mettaient la réputation des Pères Blancs
en Allemagne en danger. Le Gouvernement allemand pourrait même porter
plainte auprès du Vatican ce qui n’était pas intéressant. Il est remarquable
que le P. Froberger parle de « la mort » du P. Loupias. Il n’utilise pas les
mots « meurtre » ou « assassinat » !
Dans sa lettre du 2 mai 191023, le P. Froberger écrit au Conseil Général
des Pères Blancs :
21

Le 2 mai 1899, le P. Froberger avait été nommé supérieur de la maison des Pères Blancs à Trèves. A
partir de 1905, il avait exercé la fonction de vice-provincial et puis celle de provincial. Il était rédacteur
de la revue missionnaire des Pères Blancs, Afrika-Bote. Il était aussi responsable de la formation des
jeunes Allemands qui désiraient devenir Père Blanc. Finalement, Mgr Livinhac lui avait confié la tâche de
s’occuper des intérêts de la Société des Pères Blancs en Allemagne : développer ses liens avec le Gouvernement allemand et avec les autorités de l’Eglise catholique. Ce missionnaire influent quittera les Pères
Blancs en janvier 1911. Il est important à savoir que le P. Froberger et Mgr Hirth étaient originaires du
diocèse de Strasbourg en Alsace, territoire allemand de 1871 à 1918. Ils se connaissaient très bien. Les
deux s’écrivaient régulièrement.
22
Un article sur ce sujet avait été publié dans le Journal L’Afrique Orient-Allemand, Dar-es-salaam,
9 Avril 1910, Année XII, N° 28, A.G.M.Afr., N°098440.
23
Lettre du P. Froberger du 2 mai 1910 au Conseil Général des Pères Blancs, A.G.M.Afr., N° 098441.

11

« La mort du P. Loupias n’a excité curieusement aucun commentaire dans la
presse allemande ; c’est passé presque inaperçu. Il est important d’en parler le moins
possible dans nos bulletins afin que le Gouvernement n’en profite pas comme d’un
prétexte pour faire évacuer le Ruanda par les Missionnaires ; ce n’est pas l’envie qui
lui manque ».

Le 14 mai 1910, il écrit :
« Pour le P. Loupias on vient de dire aussi que lui-même est en faute. Je n’en
écris rien à Monseigneur [Livinhac] ; pourquoi affliger sa Grandeur avec ces histoires ? »24

Le P. Froberger continue :
« Le journal colonial vient de publier un article sur la fabrication d’eau-de-vie dans
les missions et il signale comme centre de cette fabrication nos stations de la Colonie
surtout Ukerewe et Kome. Au chapitre 1906, j’avais affirmé que cette histoire triste sera
traitée un jour par la presse ; voilà que nous avons l’histoire, c’est-à-dire, il est à prévoir
que toutes les feuilles anticléricales et libérales feront faire à cette histoire le ton de
la presse. Les catholiques n’auront d’autres moyen pour se défendre que de nous abandonner à notre sort, c’est-à-dire la chose ne manquera guère d’être traitée à la Chambre
avec grand détriment de l’honneur de notre pauvre société, comme vous-même en aviez
exprimé déjà la crainte à l’occasion de l’assemblée de 1906. Je vais essayer d’étouffer
l’affaire, mais je crains bien que je n’y arriverais pas entièrement. Ce seront surtout les
députés catholiques qui en seront exaspérés, car il y a quelques mois les députés catholiques accusaient le Gouvernement de ne pas enrayer suffisamment le progrès de
l’alcoolisme. Et ils parlaient de l’action des Missionnaires entravée par cela ; l’article de
la feuille coloniale s’adresse pour cela aux députés catholiques et il leur conseille de
diriger leurs plaintes pas contre le Gouvernement mais contre les Missionnaires ».

Il termine en disant : « Il faudrait supprimer sous les peines les plus sévères toute fabrication d’eau-de-vie… ». En effet les Pères Blancs pourraient
être accusés de vendre de l’alcool à la population locale.
Le 15 mai 1910, le P. Froberger s’affole. Il craint une intervention de
Berlin auprès du Vatican :
« J’écris encore une fois pour l’affaire de l’alcool. J’ai réfléchi depuis hier sur le cas
et je vois que sa gravité est telle qu’il faut prendre des mesures immédiatement pour
empêcher un mal irréparable. Je n’ai plus de doutes que la Chambre s’en occupera, car
les députés libéraux attaqueront les députés du Centre et l’affaire aura du retentissement.
J’écris donc aujourd’hui à Berlin pour dire qu’à Kome on a fabriqué en effet de
l’eau de vie, mais que cela a été défendu depuis et que les Missionnaires qui ont fait
cela, ont agi contre l’autorité des Supérieurs de la Société qui défend à ses membres
sévèrement l’usage des liqueurs et qui permet encore moins d’en fabriquer pour les
indigènes. J’affirmerai que les coupables ont reçu des réprimandes sévères. Si les mauvais journaux d’Allemagne en parleront, ce qui sera très probable, la presse française le
fera également et il faudra donc que vos données concordent avec les miennes. Je ne puis
attendre votre réponse car l’affaire presse terriblement et j’envoie aujourd’hui à l’agence
24

Lettre du P. Froberger du 14 mai 1910 au Conseil Général des Pères Blancs, A.G.M.Afr., N° 098442.

12

générale de la presse catholique à Berlin ces indications. Malgré cela le mal sera toujours
bien grand et nous perdrons nécessairement des sympathies.
Plus grave encore, menace de devenir notre situation pour les affaires du Ruanda [la phrase a été mal formulée]. Le Docteur Kandt n’aura pas manqué de raconter
à Berlin ce qu’il sait sur les faits glorieux des héros du Ruanda. Depuis le coup
Brard jusqu’à la guerre sanglante des Classe et Barthélemy. Je pense que vous
[en ?] engrenez, car je sais (malheureusement pour moi) tout ce qui s’est passé dans
le Ruanda pour ces histoires. Je crains que la chose transpire maintenant ; le Gouvernement peut nous ruiner entièrement s’il le veut. Si la chose passe à la Chambre (fermée
heureusement pour le moment) cela donnera tout un tumulte et un tollé général contre
nous. Je ne vois pas les choses en noir, mon Rev. Père ; je suis certain qu’il s’agit de
réalités. Dans le Ruanda on s’imagine que les officiers n’en sachent rien. Ils savent parfaitement tout : le Docteur Kandt a dit au Frère Anselme qu’il n’en dira rien, mais allez
supposer cela. Il l’aura dit 2 jours après son arrivée à Berlin. Rien que la moitié des
choses suffit pour nous ruiner dans l’opinion publique des catholiques. Il faudra orienter
de M.C. [Maison-Carrée à Alger] le P. Burtin25 sur l’affaire de l’alcool et sur les autres
histoires aussi afin qu’il soit préparé si le Gouvernement impérial réclame à Rome contre
nous. On m’a écrit qu’au Ruanda on a dans 2 stations encore des vaches appartenant à
des Nègres, du butin de guerre paraît-il ?? On m’écrit qu’il faudrait rendre aux gens leur
propriété. Cela semble en effet bien juste, si ce qu’on m’écrit et ce qu’on me dit est
exact. A M.C. [Maison-Carrée] Vous [serez ?] orienté à ce sujet, je pense. Les Equatoriaux ne se pressent pas d’aller à Autreppe ; jusqu’ici ils ne sont qu’en route et ils parcourent nos maisons et leur pays ; tous disent avoir des permissions ce qui me semble
très douteux d’après Votre dernière lettre. Leurs visites ont si peu d’utilité qu’ils feraient
tous mieux de se conformer aux instructions reçues ; s’il y en a encore quelque part à la
fin de cette saison, je prendrai simplement sur moi de leur commander d’aller immédiatement à Autreppe. Paul Barthélemy semble vouloir s’établir pour de bon en Alsace.
Joseph est à Marienthal, Zumbiehl court le pays dans toutes les directions et tous les trois
disent que Mgr Livinhac leur a permis cela. Il leur a fallu d’abord bien du temps pour
arriver, car ils ont traîné très longtemps en Italie. Je n’en ai vu encore aucun, car ils ont
été à Trèves pendant mon absence. Si après 8 jours ils continuent encore à se promener
en Europe, j’en avertirai Monseigneur. (...). Toutes les fautes commises là-bas auront
maintenant leur contrecoup pénible ici ; aucune faute sans peine et punition, malheureusement ce sont les innocents qui doivent sentir davantage la peine »26.

Le 16 mai 1910, le P. Froberger écrit au Conseil Général « dans la belle
langue de Cicéron » 27 :
« J’espère que tu as reçu maintenant mes deux lettres. Aujourd’hui je t’écris brièvement. Cher Père, je vis dans une grande crainte et je ne peux pas trouver le repos, le fait
est que nous sommes exposés à un grave danger. Aujourd’hui je t’envoie, sous couvert
Le P. Burtin était l’homme de confiance du Cardinal Lavigerie à Rome. Il y était nommé pour défendre
les intérêts des Pères Blancs auprès des institutions du Vatican. Et aussi pour surveiller les intrigues entre
les différentes congrégations missionnaires qui rêvaient d’agrandir leurs territoires d’évangélisation en
Afrique aux dépens de ceux des Pères Blancs (PB).
26
Lettre du P. Froberger du 15 mai 1910 au Conseil Général des PB, A.G.M.Afr., N° 098443-44.
27
Lettre du P. Froberger du 16 mai 1910 au Conseil Général des Pères Blancs, A.G.M.Afr., N°098445
(traduit du latin par le P. P. Horsten).
25

13

spécial, la traduction d’un article d’un journal connu. Mais cette chose, quoique très
grave, n’est pas celle qui m’inquiète le plus, ce sont plutôt ces choses qui ont un
rapport avec la mort violente du P. Loupias. On m’a dit que vous, à la Maison-Mère,
vous ignorez une partie de ces événements, parce que personne n’ose en parler et parce
que ces événements furent cachés au Père Visiteur [le P. Malet]. On dit que Mgr Hirth
connaissait ces événements, mais on doute qu’il vous ait vraiment tout dit. Moi je ne sais
pas si cela est vrai et je ne peux pas le croire parce que cela me semblerait trop étonnant.
Mais comme maintenant je ne doute pas que notre Gouvernement de B[erlin] sache tout,
pour la raison que je sais avec la plus grande certitude que ces choses ont été révélées
au Dr. Kandt et que lui, certainement, a tout raconté en plus haut lieu, je comprends suffisamment bien que nous sommes dans la plus grande insécurité. Car il
s’agit de tous ces crimes dans lesquels le sang répandu crie au ciel. Il s’agit de la mort
infligée à quelques pauvres personnes par [huit groupes de dix?] et des tortures atroces
(Issavi – Br[ard])[?], il s’agit de la guerre de Kissenyi, des deux guerres de Mulera
dans lesquelles pas simplement les hommes mais aussi des femmes et des petits
enfants ont été tués par ces personnes (Cl[ass]e, B[arthélem]y, L[oup]ias,
D[uf]ay[s], P. etc.).
Moi, j’avais déjà su ces choses de façon sûre précédemment par diverses sources,
mais j’étais tout de même d’avis que ce qui m’avait été confié, fût exagéré, et en outre
que ces choses fussent connues de vous. Mais puisque ces personnes se trouvent toujours
en partie à un grade supérieur (sic), je doute que vous soyez au courant de tout. Ils m’ont
dit que ces choses ont été cachées au P. M[alet] et, surtout le cas terrible d’Issavi. Le
Dr. Kandt avait dit qu’il ne dirait rien à ce sujet, mais ce serait une très grande
stupidité d’admettre qu’il aurait vraiment agi ainsi ; nous devons plutôt accepter le
contraire jusqu’à ce que soit prouvé que cela n’a pas été fait.
L’affaire est donc grave, parce que nos députés ont attaqué le Gouvernement avec
des accusations, et le Gouvernement, pour se défendre, parlera, probablement, de ces
faits. Tout notre espoir consiste en ceci que cela n’arrive pas, pour cela nous devons
procéder avec extrême précaution, et moi, je dois veiller à un haut degré. Si [le]
G[ouvernement] parle de ces choses, nous serons des hommes totalement dépravés dans
l’opinion des gens ici, et il n’y aura plus aucune possibilité d’une présence ultérieure en
ce pays ni dans les colonies qui lui sont liées. Je ne peux pas t’expliquer tout ici par écrit,
mais tu peux croire que je n’exagère pas. Moi-même je ne pourrais pas continuer et je
désespérerais quant à notre œuvre ».
LA VERSION ORIGINALE ECRITE EN LATIN PAR LE P. FROBERGER :
« Je pense que vous serez content d’avoir quelque nouvelles de votre ami, le docteur. Pour
m’exercer un petit peu dans la belle langue de Cicéron, je vous les donne en latin.
Spero te recepisse antea iam duas meas epistolas. Hodie tantum breviter scribo. Care Pater,
maximo timore vivo et nequeo invenire requiem, etenim gravissimo pericolo sumus expositi. Hodie
tibi mitto traductionem articuli de ephemeride nota sub tegumento speciale.
Sed rest ista, licet gravissima, non est illa quae maximae mihi anxietati est sed potius omnia illa
quae cum morte violenta P. Loupias cohaerent. Mihi dixerunt, quod vos in domo materna ignoratis
partem illorum eventuum, eo quod nemo audet illa dicere et quia ipso Patri Visitatori M. celata
fuerunt.
Hirth ea novisse dictus est, sed dubitatur an re vera omnia vobis dixerit. Ego nescio an hoc verum
sit, neque possum credere, eo quia mihi nimis mirum videretur. Sed cum nunc non dubitem
Gubernium nostrum B. omnia noscere, eo quod certissime scio, illa Doctori Kandt revelata fuisse
eumque certe omnia loco supremo dixisse, satis intelligo nos in maxima insecuritate esse.

14

Agitur enim de omnibus illis facinoribus, in quibus sanguis effusus ad coelum clamat. Agitur de
morte illata pauperi cuidam per octidecanos [?] et diros tormentus (Issavi, Br[ard]), de bello Kisseniensi, de 2 bellis Mulerensibus quibus nedum viri sed etiam mulieres et infantuli occisi sunt per illos
viros (Cl.e, B.y, L.ias, D.ay, P.etc, ). Ego iam antea ista per varios fontes certe noveram, sed tamen
creditavi exaggerata esse et insuper putabam ista nota vobis. Sed cum isti partim semper gradu
superiori consistant dubito an omnia noscatis. Mihi dixerunt ista P. Met fuisse celata, praesertim casus
terribilis Issaviensis. Dr. Kandt dixerat se nihil de hoc dicturum esse, sed esset stultitia nimia admittere
quod hoc vere fecerit ; debemus contrarium potius admittere, donec probetur quod non factum sit.
Res eo est gravis nunc, quia deputati nostri in Gubernium invexerunt accusationibus et Gubernuim, ut se defendat, possibiliter de istis factis loquetur. Tota spes est in eo, ut res non accidat, propter
hoc cautissimi debemus procedere et ego debeo admodum invigilare.
Si de istis loquetur G., erimus homines absolute perditi in opinione huius gentis et nulla erit possibilitas existentiae ulterioris in ista terra et adnexis coloniis. Tibi hic omnia explicare scripto nequeo,
sed potes mihi credere quod non exaggerem. Ego ipse non possim continuare et desperarem de opera
nostra.
Nunc invigilo quantum possum ; de die in diem debeo ephemerides invigilare, ut primum nuntium
statim exstinguatur. Timorem maximum habeo quoad sectarios.
Si res istas nescitis Vos, ego possum relationem facere et via secura quadam transmittere ut
perquisitionem exactam peragatis. Si res verae sunt, debetis omnes qui culpam quamquam in illis
rebus habent, in alium millinium transmittere. Dicunt mihi in statione Mulera adhuc esse pecora illo
bello rapta et populos de hoc conqueri. Sed homines illi illusione vivunt homines officiales hoc
ignorare. Ego non credo, et ideo dico quod illusio sit.
Cras ibo ad stationem Altkirch sed sabbato revertar. Non possum nunc Germaniam relinquere,
neque per hebdomadam, alioquin venissem ut cum aliquo vestrum res pertractem. Quocumque die
potest quid publicari et propter hoc non possum absens esse. Mihi credas res esse graves neque putetis
me in uno verbo exaggerare, bene scio de qua re agitur et admodum patior – rogandum est ut hora ista
difficilis feliciter praetereat.
Orationi insto magis quam antea et eum ex corde supplico. Qua indignatione accensus fuerim,
dicere non valeo sed nunc ridendum est, quomodo res in ordinem reducantur et existentia salvetur. Res
alcoholia iam sine dubio in parlamento tractabitur cum dedecore illorum sed saltem hac in re
habebimus evasionem, – in illa autem nullam omni modo”.
Voilà un latin admirable qui vous amusera bien, car il n’est pas bien aisé de s’exprimer dans
cette langue pour des choses si vulgaires. A l’étranger on oublie les langues et comme vous
voyez, je commence à oublier même le français » (A.G.M.Afr., N°098445).

Le 27 mai 1910, le P. Froberger écrit :
« Merci bien pour Votre bonne lettre qui m’a consolé grandement car avec ces indications importantes je pourrais travailler pour remettre l’affaire. Jusqu’ici tout est resté
calme ; le Gouvernement s’est exprimé uniquement sur les raisons de la mort du
P. L[oupias]28, mais sans donner cette part de son communiqué à la Presse. J’ai écrit
hier à Monseigneur pour lui rendre compte de cette appréciation du G[ouvenernement].
N’ayez pas peur que je fasse des imprudences à ce sujet ; je demanderais bien conseil
avant d’agir et toutes les fois que cela sera possible, je demanderais d’abord votre avis.
Le P. B[arthélemy] n’est pas passé par ici ; dès que je le verrai, je le prierai de me raconter toutes ces affaires. Un journal du Fr. Herménégilde29, où il relate jour par jour
tous les événements, a couru, paraît-il, toutes les stations du R[uanda]. Il est clair
28

Par discrétion, le P. Froberger utilise souvent dans ses lettres des abréviations.
Le Frère Herménégilde avait dénoncé les expédions militaires du P. Classe contre la population de
Rwaza dans un rapport adressé au P. Malet. (Lettre du Frère Herménégilde du 25 août 1907 à Mgr Livinhac, A.G.M.Afr., N° 070825).
29

15

que si ces choses sont des calomnies, il faudrait traiter les calomniateurs comme ils le
30
méritent » .

Le P. Froberger avait reçu aussi des instructions précises du Conseil
Général concernant l’affaire de la distillation de l’alcool. Ces instructions
portent la date du 19 mai 1910 :
« La vérité la voici : Les missionnaires ayant dans chaque station un dispensaire, et
souvent deux là où il y a des Sœurs, dispensaires d’ailleurs très fréquentés, ont besoin
d’alcool pour la composition de certains remèdes. Cet alcool, ils ne peuvent se le procurer à la côte, où il est très cher et de mauvaise qualité. Ils se sont donc décidés à faire
venir dans chaque Vicariat un alandier minuscule pour distiller le pombé et ils arrivent
ainsi à pouvoir fournir 10 à 15 litres d’alcool pour chaque dispensaire. Mais : 1° Leurs
règles leur en interdissent formellement l’usage pour eux personnellement en dehors des
cas de maladie. 2° Jamais ils n’en ont vendu aux indigènes et ils attendent qu’on leur
prouve le contraire. 3° Jamais ils n’ont appris aux indigènes à le fabriquer : ceux-ci ont
appris la distillation des Waganwas musulmans avant l’arrivée des missionnaires. 4° Ils
ont, cette année, organisé à Ukerewe même des ligues de tempérance pour lutter contre
l’usage de l’alcool (Rapports annuels 1908-1909, 23e fascicule, p. 250). Voilà ce que
nous dirons pour nous défendre à Rome et dans la presse. Voilà ce qu’il convient de
31
dire » .

En juin 1910, le P. Froberger s’exprime encore au Conseil Général de la
situation des Pères Blancs au Rwanda. Il est d’avis que ses confrères devaient garder davantage le silence :
« J’ai reçu aujourd’hui votre bonne lettre. Je suis de Votre avis pour l’affaire de
l’alcool, mais je crois que l’importance de cette affaire est plus grande que Vous ne
semblez vouloir admettre…puisqu’il ne s’agit pas de la chose en elle-même mais de la
situation parlementaire et politique…
Pour cette affaire comme pour celle du Ruanda, je voudrais Vous souligner une
fois pour toutes mon point de vue et je Vous prie de vouloir le dire aussi en Conseil
afin qu’on ne juge pas autrement que je le voudrais de mes lettres. Je ne prétends
aucunement juger des faits eux-mêmes, soit de leur vérité, soit de leur valeur morale ; ce
n’est pas à moi de m’occuper de ce travail de vérification et de justice ; ma seule préoccupation est de sortir ici-même des difficultés actuelles et possibles qu’il faut entrevoir
ou craindre d’après la situation et les impressions. Veuillez ne pas considérer autrement
mes lettres déjà écrites et celles que j’écrirai encore sur ces points. Si ici tout se passe
sans accroc, mon travail sera fini ; je ne veux d’aucune manière me mêler des histoires elles-mêmes ; cela regarde l’autorité compétente. Du reste j’avais appris ce que
je savais par des lettres du Ruanda ; le P. Zumbiehl ne m’a rien pu dire de nouveau et je
n’ai parlé avec lui qu’il y a 4 jours seulement. Ce qui est vrai de toutes ces affaires je ne
me préoccupe guère, car je ne suis pas dans la situation de pouvoir me rendre compte
suffisamment. Je ne voudrais pas même influencer vos appréciations ; je vous signale
seulement les conséquences possibles sur les lieux par rapport à nos relations. Le Fr.
Anselme a voulu me parler également de ces affaires ; je lui ai dit que c’était inutile. Il
prétendait n’avoir pu en parler à M. Carrée n’ayant pas le courage et ne sachant pas
30
31

Lettre du P. Froberger du 27 mai 1910 au Conseil Général des Pères Blancs, A.G.M.Afr., N° 098447.
Réponse du Conseil General 19 mai 1910 au P. Froberger, A.G.M.Afr., N° 098450.

16

suffisamment la langue. Je lui ai défendu du reste à tous, à lui comme a Zumbiehl, d’en
parler dans les maisons d’ici. Il sera pour ces raisons, préférable que P. Zumbiehl reste à
Altkirch ; à Autreppe il ne pourra guère s’empêcher de revenir avec le P. Barthélemy sur
ces questions. Moins on en parle mieux cela vaut »32.

Ainsi termine l’histoire de l’affaire « Loupias ».
4. La presse allemande : étude du Dr Derscheid
Le Dr Derscheid (1901-1944)33 est
un scientifique belge qui s’est intéressé à
l’histoire colonial du Rwanda. Pour
s’informer, il consultait les journaux de
l’époque à savoir le Deutsche Kolonialzeitung34 et le Deutsches Kolonialblatt35. De chaque article, il faisait un
petit résumé. Ici, faute de mieux, nous
avons utilisé ses résumés qui concernent
le dossier du P. Loupias.
Le Dr Derscheid retient du journal
Deutsche Kolonialzeitung36 de 1910 :
« PP. 295-296 : Ermordung eines Missionars
LE DR DERSCHEID
in Ruanda [Meurtre d’un Missionnaire au Rwanda]. – C’est le communiqué du Gouvernement. Il a paru dans le Deusches Kolonialblatt, 1910, p. 382. Le Deutsche Kolonialzeitung y ajoute une petite notice
erronée sur les Watussi et sur les
missions catholiques et protestantes
du Ruanda.
P. 307 : Zur Ermordung des Paters Loupias in Ruanda [Meurtre
d’un Missionnaire au Rwanda].
Lettre de Egon Fr. Kirschstein, le
géologue de l’expédition du duc de
32

Extrait de la lettre du P. Froberger du 7 juin 1910 au Conseil Général des Pères Blancs, A.G.M.Afr.,
N° 098449.
33
Le Dr Derscheid est un scientifique belge. Il était docteur en sciences naturelles, zoologiste et ornithologiste. Il fut le premier directeur de l’Office International du Parc national Albert. Il fut aussi le fondateur de l’Office international de documentation et de la corrélation pour la protection de la nature. Finalement, il enseigna la biologie à l’Université coloniale d’Anvers. Au courant de l’année 1944, il fut
décapité par les Nazis à la prison de Brandenburg.
34
Deutsche Kolonialzeitung, Organ der Deutschen Kolonialgesellschaft, 1910-1911, Fonds J.-M. Derscheid, N°245-248, 4 pp.
35
Extraits du Deutsches Kolonialblatt, 1907, 1908, 1910, 1911, 1913, Fonds J.-M. Derscheid, N° 256260, 5 pp.
36
Deutsche Kolonialzeitung, Organ der Deutschen Kolonialgesellschaft, 1910-1911, Fonds J.-M. Derscheid, N°245-248, 4 pp.

17

Mecklembourg. – Il y dit que Lukara est un de ces petits chefs Wahtutu du Nord du
Ruanda, continuellement en rébellion contre Msinga et le Gouvernement allemand et qui
rendaient nécessaires les expéditions militaires. Lukara surtout, à la tête d’une tribu
guerrière, habitant au Sud du Muhawura (le plus oriental des volcans Virunga) s’y connaissait dans le vol du bétail aux hameaux Watussi du voisinage. Le P. Loupias avait
pris la résolution de forcer Lukara de restituer ce bétail. Il est devenu la victime de
ce chef. Kirschstein même a été attaqué par Lukara en avril 1908 en revenant de
Ruasa. Sa position était critique, puisque les 2 Askaris qui l’accompagnaient s’étaient
cachés. Il a su mettre en fuite ses assaillants en tuant au fusil le chef de la bande qui
d’après l’enquête serait le frère de Lukara. Lukara s’est enfui, en passant la frontière du
Congo Belge, se soustrayant ainsi aux recherches de l’Oberleutnant von Stegmann, chef
de l’expédition militaire envoyée pour faire prisonnier Lukara. On donne encore un
extrait d’une lettre envoyée par le P. Loupias peu avant sa mort au Dr. Czekanowski, et
dans laquelle il parle de l’attaque contre Kirschstein ».

Le Dr Derscheid retient du journal Deutsches Kolonialblatt de
191037 :
« P. 382 : Ermordung
eines Missionars in Ruanda
[Meurtre d’un Missionnaire
au Rwanda]. – On annonce
du Ruanda l’assassinat
d’un missionnaire catholique. D’après un télégramme du Gouverneur ad interim, le P. Loupias aurait visité le chef Lukara, un chef
révolté contre Msinga. Le P. venait pour défendre l’intérêt des indigènes dans une affaire
de vol de bétail. Pendant la discussion, Lukara voulait s’éloigner pour un motif
quelconque. Le Père le retint par le bras ; sur quoi les gens de Lukara sur signe de
ce dernier, tuèrent le Père avec leurs lances. Les assassins se sont enfuis sur l’autre
rive de la Muhavura, en territoire congolais. Ces faits eurent lieu le 1 er avril. Le 5, un
détachement de la police renforcé par la 11° Compagnie partit de la frontière. Suite à cet
évènement, la paix ne sera pas troublée dans le Ruanda. Les autres populations de la
frontière recherchent les assassins. Il s’agit donc d’une affaire toute personnelle ».

Nous-même, nous avons pu consulter le Deutscher Kolonial-Atlas mit Illustriertem Jahrbuch. Pour l’année 1910, nous avons trouvé un petit article
qui ne dit rien de neuf sauf à propos des relations entre les « Blancs » et le
Gouvernement. Celles-ci ne sont pas toujours « très claires ». Ces « Blancs »
sont probablement les Pères Blancs38.
Voici la traduction de l’article en français :
« Le meurtre de P. Loupias, le missionnaire, par le chef Lukara (p. 28) a rendu nécessaire une opération militaire au Rwanda. Aucun malaise n’a suivi cette affaire. Deux
37

Deutsches Kolonialblatt, 1907, 1908, 1910, 1911, 1913, Fonds J.-M. Derscheid, N° 256-260, 5 pp.
Deutscher Kolonial-Atlas mit Illustriertem Jahrbuch herausgegeben auf Veranlassung der Deutschen
Kolonialgesellschaft, bearbeitet von P. Sprigade und M. Moisel. Berlin 1911 - Rückblick auf die Entwicklung des Schutzgebietes Deutsch-Ostafrika im Jahre 1909/10.
38

18

chefs « Wutwu » ont été punis pour insubordination lors de l’intervention de la 1ère compagnie par colère. Sinon, la relation avec les indigènes était généralement bonne. D’un
autre côté, la relation entre les Blancs et le gouvernement n’était pas toujours claire »39.

5. L’article Die Katholische Mission in Ruanda (1910)
Parmi les papiers du P. Froberger, nous avons trouvé un article intitulé
Die Katholische Mission in Ruanda (1910) [La Mission catholique au Rwanda]40. L’article, accompagné d’une lettre, a été envoyé au Conseil Général
des Pères Blancs par le P. Froberger
le 16 mai 191041. Il s’agit d’une coupure d’un journal allemand dont nous
n’avons pas pu identifier le nom.
Certaines phrases de cet article sont
soulignées.
L’auteur de l’article nous présente
le géologue Egon Kirschstein42. Ce
dernier fut membre de l’expédition
du Duc de Mecklembourg qui avait
exploré le Nord du Rwanda de 1907
à 1908.
Il est entré dans l’histoire comme
le premier explorateur scientifique de
la géologie des Virunga. Kirschstein,
pourtant protestant, défend la réputation du P. Loupias et sauve la réputation des Pères Blancs en Allemagne.
Selon lui, Lukara est l’auteur principal
LE GEOLOGUE EGON KIRSCHSTEIN
du « meurtre ». Il l’appelle un petit
chef, ce qui ne correspond pas à la réalité43. La grand-mère et la mère de Lukara
appartenaient à l’élite politique du pays. Il possédait une maison décorée avec
39

La version allemande : « Die Ermordung des Missionars P. Loupias durch den Häuptling Lukarra
machte (S. 28) eine militärische Unternehmung nach Ruanda notwendig. Unruhen schlossen sich nicht an
diesen Fall. Zwei Wutwu-Häuptlinge wurden durch Eingreifen der 1. Kompagnie für ihre Unbotmäßigkeiten bestraft. Sonst war das Verhältnis zu den Eingeborenen im allgemeinen ein gutes. Dahingegen war
das Verhältnis der Weißen zum Gouvernement nicht immer ungetrübt ».
40
Die Katholische Mission in Ruanda (1910), A.G.M.Afr., N° 095349.
41
Lettre du P. Froberger du 16 mai 1910 au Conseil Général des Pères Blancs, A.G.M.Afr., N°098445
(traduit du latin par le P. P. Horsten).
42
A. MEYER, Aperçu historique de l’exploration et de l’étude des Régions volcaniques du Kivu, Parc
National Albert VIII, Mission d’Etudes volcaniques, Fascicule 1, Bruxelles 1955, 60 pp.
43
S. MINNAERT, « Les Pères Blancs et la société rwandaise durant l’époque coloniale allemande (19001916) : Une rencontre entre cultures et religions », in Les Religions au Rwanda, défis, convergences et
compétitions, Actes du Colloque International du 18-19 septembre 2008 à Butare/Huye, Editions de
l’Université Nationale du Rwanda, Septembre 2009, pp. 53-101.

19

des perles. Sans oublier que le Mwami lui avait donné 1.600 vaches. Comme
habitué à la Cour de Nyanza, il n’avait pas peur d’insulter la Reine-mère Kanjogera. Il rêvait même de fonder un royaume dans la région des volcans44. Voici la
traduction de l’article en question :
« LA MISSION CATHOLIQUE AU RWANDA (1910)

Il y a quelque temps, des informations sont parvenues du protectorat
d’Afrique de l’Est que le supérieur
des Pères Blancs à Ruasa, le P. Loupias, a été assassiné au Rwanda par le
chef Lukara. Un parti, apparemment
non favorable à la Mission catholique, a tenté de blâmer le comportement du Père pour expliquer son assassinat par les autochtones. En revanche, il est intéressant de savoir
comment le protestant Egon Fr.
Kirschstein, un connaisseur de la
situation de la mission, juge l’affaire.
En tant que géologue, Kirschstein a
participé à l’expédition centrafricaine
du duc Adolf Friederich de MecklemLE DUC DE MECKLEMBOURG (1910)
bourg en 1907/08 et a étudié spécialement la région du Kivu. Lui-même fait
remarquer dans le "Tag" [journal ] nr 122 du 28 mai 1910, que l’auteur principal du meurtre, est le chef Lukara, l’un des petits chefs rebelles Wahutu
vivant au nord du Rwanda et dont les actes de violence et les attaques prédatrices contre les villages voisins ont souvent justifié maintes fois l’envoi
d’expéditions punitives. Lukara est justement le plus intelligent parmi eux.
Le père Loupias, aimé et respecté par les indigènes, aurait tenté de persuader
le chef de rendre du bétail volé. Cette fois, il a dû payer de sa vie pour son
rôle bien intentionné d’intermédiaire, dans lequel il avait auparavant opéré
avec succès. Cette fois-ci, le père a été victime de la cruauté du gars notoire ;
il n’était certainement pas en faute. (On peut mentionner ici quant au contexte que, selon un récent rapport du Gouverneur de l’Afrique allemande de
l’Est, l’expédition entreprise contre le chef Lukara et ses compagnons de
crime, n’a pas réussi à capturer l’assassin de P. Loupias). Le jugement que
B. LUGAN, Sources écrites pouvant servir à l’Histoire du Rwanda (1863-1918), in Etudes rwandaises,
N° spécial, Volume XIV, octobre 1980, pp. 143-191.
44

20

l’auteur protestant dudit article porte à l’époque sur la Mission catholique au
Rwanda est donc d’un grand intérêt.
Il écrit : De tout ce que j’ai vu moi-même, je ne peux que rendre le meilleur témoignage en reconnaissant ce du travail des Pères Blancs au Rwanda.
Ce qui les rends sympathique chez
ceux qui sont loin de leur mission,
c’est qu’ils sont beaucoup moins
soucieux de faire du prosélytisme
en toutes circonstances que d’enseigner aux indigènes la culture
pratique du sol et de préparer progressivement le terrain pour la
mission. Ils ont parfaitement compris comment amener la diligence
naturelle de la population indigène
(les Wahutu sont des agriculteurs)
à un niveau élevé de développement. Et il n’y a vraiment aucune
exagération à dire qu’il est difficile pour une caravane de trouver
un endroit approprié à proximité
LE CHEF LUKARA (1912)
immédiate des stations de mission si vous ne voulez pas planter votre tente
dans un champ frais ou un champ de haricots en fleurs : tellement toutes les
terres sont cultivées et labourées. Je l’ai remarqué en particulier près de
Nyundo et Ruasa, les deux stations de mission les plus septentrionales des
Pères Blancs au Rwanda, dans la zone volcanique actuelle. En plus de cela,
les Pères Blancs maintiennent également un certain nombre d’autres postes
de mission au Rwanda, qui appartiennent tous au Vicariat apostolique de
Nyanza Sud, qui relève de l’évêque méritant, Mgr Hirth, résidant à Marienberg près de Bukoba. Au cours de l’année 1908, le Vicariat ne comptait pas
moins de 59 écoles, dans lesquelles, 1911 garçons et 167 filles ont reçu un
enseignement ; à cela il faut ajouter encore plus de 35 hôpitaux et d’autres
instituts similaires.
A la fin de ses remarques, Kirschstein souligne que l’Evangelical Missionary Society a récemment également créé des succursales. Il regrette ce fait.
Le Rwanda, comme toute la partie nord-ouest de l’Afrique orientale allemande, devrait être réservé aux Pères Blancs. Bien sûr, de telles demandes
ne peuvent pas être satisfaites ».

21

LA VERSION ORIGINALE EN ALLEMAND :
DIE KATHOLISCHE MISSION IN RUANDA (1910)45

Vor einiger Zeit kam aus dem ostafrikanischen Schutzgebiete die Nachricht, dass der
Superior der Weißen Väter in Ruasa, P. Loupias von dem Häuptlinge Lukara in Ruanda
ermordet worden sei. Von einer der Katholischen Mission offenbar nicht günstig gesinnte Seite wurde versucht, das Verhalten des ermordeten Paters den Eingeborenen gegenüber für den betrübenden Vorfall verantwortlich zu machen. Demgegenüber ist interessant wie ein Kenner der dortigen Missionsverhältnisse der Protestant Egon Fr. Kirschstein, über den Fall urteilt. Kirschstein hat als Geologe die zentralafrikanische Expedition des Herzogs Adolf Friederich zu Mecklembourg in J. 1907/08 mitgemacht und speziell das Kivutengebiet erforscht. Derselbe weist im „Tag“ nr 122 vom 28 Mai 1910 darauf hin, der Haupturheber des Mordes, dass der Häuptling Lukara, einer des rebellischen kleinen Wahutu Häuptlinge Nordruandas sei; deren Gewalttätigkeiten und räuberischen Überfälle auf die Nachbardörfer schon des öfteren die Entsendung von Strafexpeditionen notwendig gemacht hätten. Gerade Lukara sei als einer des Schlimmsten
unter ihnen verrufen. P. Loupias, der bei den Eingeborenen allgemein beliebt und geachtet gewesen sei, habe es anscheinend unternommen, den Häuptling zur Rückgabe geraubten Viehes zu bewegen. Seine Wohlgemeinte Vermittlerrolle, in der es sich bereits
wiederhabt zuvor mit Erfolg betätigt habe, habe er diesmal mit dem Tode büßen müssen.
Der Pater sei der Rohheit des berüchtigten Burschen zum Opfer gefallen, ein eignes
Verschulden treffe ihn sicherlich nicht. (Es mag hier des Zusammenhanges halber erwähnt sein, dass nach einer neuesten Meldung des Gouverneurs von Deutschostafrika es
der gegen den Häuptling Lukara und seine Mordgenossen unternommenen Expedition
nicht gelungen ist, der Mörder des P. Loupias habhaft zu werden). Von hohem Interesse
ist sodann das Urteil, das der protestantische Verfasser des genannten Artikels im Tag
über die Katholische Mission in Ruanda fällt. Er schreibt :
Auf Grund des Selbstgesehenen kann ich dem Wirken der Weißen Väter in Ruanda
nur das dankbar beste Zeugnis ausstellen. Was auch den ihrer Mission Fernstehenden
sehr sympathisch berührt, ist die Tatsache, dass sie viel weniger darauf ausgehen, unter
allen Umständen Proselyten zu machen, als vielmehr den Eingeborenen praktische Kultur beizubringen und so allmählich den Boden für das Missionswerk vorzubereiten. Sie
haben es vortrefflich verstanden, den natürlichen Fleiß der eingeborenen Bevölkerung
(die Wahutu sind Ackerbauer) zu einer hohen Stufe der Entwicklung zu bringen. Und es
liegt wirklich keine Übertreibung darin, wenn ich sage, dass es in unmittelbaren Nähe
der Missionsstationen schwer fällt, einen geeigneten Lagerplatz für die Karawane zu
finden, wenn man sein Zelt nicht gerade in einem frischen Acker oder blühenden Bohnenfelde aufschlagen will: so sehr bebaut und in Kultur genommen ist alles Land. Das
ist mir speziell in der Nähe von Nyundo und von Ruasa aufgefallen, den beiden nördlichsten Missionsstationen der Weißen Väter in Ruanda, im eigentlichen Vulkangebiete.
Außer diesen unterhalten die Weißen Väter noch eine Anzahl weiterer Missionsstationen
in Ruanda, die sämtlich zum apostolischen Vikariat Süd-Nyanza gehören, das den verdienstvollen Bischof Hirth in Marienberg bei Bukoba untersteht. Im Berichtsjahre 1908
zählte das Vikariat nicht weiniger als 59 Schulen, in denen 1911 Knaben und 167 Mädchen Unterricht erhielten, dazu noch 35 Krankenhäuser und ähnliche Institute.
45

Die Katholische Mission in Ruanda (1910), A.G.M.Afr., N° 095349.

22

L’EXPEDITION DU DUC DE MECKLEMBOURG TRAVERSANT LE RWANDA

Zum Schlusse seiner Ausführungen weist Kirchstein darauf hin, dass in jüngster Zeit
auch die Evangelische Missionsgesellschaft Niederlassungen gegründet habe. Er bedauert diese Tatsache ; Ruanda, wie überhaupt der ganze nordwestliche Teil von Deutschostafrika, sollte den Weißen Vätern vorbehalten werden. Selbstverständlich können
solche Wünsche nicht erfüllt werden.

6. La presse française
Notre étude de la presse française se limite malheureusement à trois journaux de la presse catholique : La Croix, Les Missions Catholiques et Missions d’Afrique (d’Alger) des Pères Blancs.
Le 28 avril 1910, le journal La Croix46 publie un petit article intitulé
« Assassinat d’un missionnaire français ». Sa source d’information est un
article apparu dans la presse allemande :
« Berlin, 26 avril. – Le P. Loupias, supérieur des Pères Blancs et citoyen français, a
été massacré par des rebelles indigènes au Ruanda, dans la colonie de l’Est africain allemand. Il avait fait citer devant le sultan de Ruanda un chef de tribu rebelle vivant sur les
46

« Assassinat d’un missionnaire français », in La Croix, 28 avril 1910.

23

confins des frontières de l’Est africain et du Congo belge pour lui faire restituer du bétail
volé. C’est en voulant empêcher une tentative de fuite de ce chef que le P. Loupias fut
attaqué et tué à coups d’épieu. Les coupables réussirent à se réfugier sur le territoire
congolais ».

D’après l’article le P. Loupias aurait été tué au moment où il empêchait la
fuite du chef Lukara lors d’un procès concernant un vol des vaches.

Le17 juin 1910, la revue Les Missions Catholiques47 publie un article intitulé : « Meurtre d’un Père Blanc au Victoria Nyanza Méridional (Afrique
Equatoriale). L’auteur résume une lettre du P. Classe. Il suggère que le
P. Loupias a probablement été tué sur ordre du chef Lukara :
« Le 21 avril, parvenait à Maison-Carrée un télégramme du Nyanza méridional annonçant à Mgr Livinhac l’assassinat du R.P. Loupias, missionnaire à Rouaza, au nord-est du lac Kivou. Mais la lettre donnant les circonstances du meurtre n’est arrivée que le 5 juin [1910]. Le vénéré supérieur
général des Pères Blancs nous l’envoie et nous nous empressons de la publier.
« Meurtre d’un Père Blanc au Victoria Nyanza Méridional (Afrique Equatoriale) », in Les Missions
Catholiques, 17 Juin 1810, N° 2141. p. 277.
47

24

LETTRE DU R. P. CLASSE, DE LA SOCIETE DES MISSIONNAIRES
D’AFRIQUE (D’ALGER), A MGR HIRTH, VICAIRE APOSTOLIQUE
DU VICTORIA NYANZA MERIDIONAL

Non loin de la mission de Rouaza,
dont le P. Loupias était supérieur, habite un chef nommé Loukara, qui,
depuis un certain temps, est en révolte
contre le roi du pays. Les missionnaires qui, deux fois déjà, avaient sauvé ce chef, espéraient le ramener à de
meilleurs sentiments. Le 1er avril, un
envoyé du roi se présenta à la mission
de Rouaza et pria le Père Loupias de
l’accompagner chez Loukara pour
essayer de lui faire entendre raison.
Craignant de ne pas réussir, le Père
hésita d’abord, puis finalement se décida à faire la démarche proposée.
Accompagné de quatre chrétiens et de
l’envoyé, il se rendit donc chez Loukara,
LE P. CLASSE (1901)
s’entretint avec lui et lui conseilla d’aller à la capitale et de s’en rapporter à
la décision du roi. C’est alors que sans que rien le fît prévoir, et probablement par ordre de Loukara lui-même, le Père fut frappé au front d’un
coup de lance qui l’étendit par terre, puis d’un second coup de lance
qui le transperça de part en part. Le sous-officier du camp de Rouhengéri,
prévenu aussitôt, se hâta d’accourir; en même temps arrivait le P. Soubielle.
Le blessé sans connaissance fut transporté à la Mission, où il expira après
avoir reçu les derniers sacrements. Le P. Loupias était un missionnaire pieux
et plein de zèle, qui est mort victime de son désir de voir régner la paix entre
les chefs de son district et le roi du pays ».
Missions d’Afrique (d’Alger) des Pères Blancs, une revue de publicité
missionnaire en France, publie une lettre du P. Classe dans son édition du
mois de septembre-octobre 191048. L’article est intitulé : « Mort tragique d’un missionnaire ». Il est adressé aux bienfaitrices et bienfaiteurs
des Pères Blancs. Il s’agit de la même lettre, mais plus détaillée, qui a été
L. CLASSE, « Mort tragique d’un missionnaire », in Missions d’Afrique (d’Alger) des Pères Blancs,
N° 203, Paris, Septembre-Octobre 1910, pp. 269-372.
48

25

publié dans Missions Catholiques. La lettre est précédée d’une petite introduction qui raconte que Mgr Livinhac a appris l’incident le 21 avril par télégramme. S’agit-il du télégramme
du Dr Kandt ?
L’auteur, le P. Classe, raconte
prudemment l’histoire de la mort du
P. Loupias suivant le conseil du P.
Froberger. Il manie habilement la
vérité, présentant la victime comme
un missionnaire profondément bon.
Le chef Lukara est présenté comme
un révolté arrogant et dédaigneux qui ne respecte pas
l’autorité du roi. La phrase selon laquelle le P. Loupias a été tué
« probablement par ordre de
Loukara lui-même » a disparu
dans la lettre. C’est un groupe de
gens qui a pris l’initiative au moment où le P. Loupias prend la
main du chef pour l’empêcher de
partir. Apparemment, il n’aurait
utilisé aucune force. Tout dépend
de ce que cela veut dire « prendre la
main ». La carte de visite du P.
Malet de 1908 pour Rwaza indique
que l’utilisation de la force y était à
l’ordre du jour49. Il est aussi possible que la lettre du P. Classe ait été réécrite
ou ajustée par le rédacteur de la revue. Suit maintenant l’article :
« MORT TRAGIQUE D’UN MISSIONNAIRE

Le 21 avril 1910, Mgr Livinhac recevait un télégramme annonçant que le
P. Loupias, missionnaire à Rouaza, au nord-est du lac Kivou, avait été assassiné ; toutefois ce fut seulement dans le courant de juin que les lettres du R. P.
Classe et des ses confrères, donnant les circonstances du meurtre, parvinrent à
Maison-Carrée. Nous publions ici celle qui contient le plus de détails.
« A trois heures et demie au nord de la station de Rouaza, habite un chef,
Loukara rwa Bishingwé, qui est un révolté contre le roi Mousinga. Plusieurs
fois, dans un but de conciliation, la Mission avait intercédé en faveur de ce chef,
49

Carte de visite du P. Malet pour Rwaza, faite le 1er janvier 1908, A.G.M.Afr., N° 098003-099005.

26

espérant toujours le ramener à de meilleurs sentiments. Récemment, Mousinga
ayant enlevé à Loukara l’administration d’une partie de son pays, un envoyé
arriva de la capitale pour faire connaître cette décision au révolté. Cet envoyé,
craignant pour sa vie, demanda au P. Loupias de venir assister à l’entrevue. Le
Père hésitait ; finalement, craignant que, s’il s’abstenait, les démarches antérieures ne donnassent prétexte à accuser la Mission d’hostilité et d’opposition à
l’autorité du roi, il accepta. On prit jour.
Le vendredi 1er avril, le Père partit de bonne heure, suivi seulement de quatre
jeunes gens. A l’un d’eux qui lui disait : « Père, prenons des armes, on ne peut
se fier à Loukara », il répondit : « Non. Nous allons seulement écouter ce que
dira l’envoyé de Mousinga. D’ailleurs, nous resterons en dehors des villages ».
Comme c’était à prévoir, Loukara fut arrogant et dédaigneux, et ne voulut
rien entendre. Déjà tous se levaient, mettant ainsi fin à la discussion ; le P. Loupias, qui était demeuré assis, se leva à son tour et prit Loukara par la main
pour le faire rester encore. Alors du groupe des gens de celui-ci, qui se tenaient non loin de là, partirent plusieurs lances. L’une d’elles frappa le Père en
plein front. Ses voisins, Loukara lui-même, voyant le mouvement s’étaient baissés.
Le chef opposé à Loukara, l’envoyé du roi et leurs hommes, n’avaient chacun qu’une lance ; leurs arcs, à la demande de notre confrère, ils les avaient
déposés plus loin. Parmi eux ce fut d’abord une vraie panique ; les ennemis en
profitèrent pour frapper le P. Loupias d’un second coup dans la région du foie.
Heureusement trois des jeunes gens venus avec lui rallièrent les fuyards et chassèrent les assaillants.
Moins de vingt minutes après le malheur, on était prévenu à la station. Le
P. Soubielle partit de suite, suivi par les Frères Alfred et Pancrace ; il était devancé par le sous-officier du camp de Rouhengéri, averti lui-même immédiatement. Le P. Loupias respire encore, mais il est sans connaissance ; il reçoit la
sainte absolution. Les chrétiens accourus transportent le pauvre blessé, ne permettant même pas aux catéchumènes de l’approcher.
Le soir, à 8 heures 35, le bon P. Loupias, après avoir reçu les derniers sacrements, rendait son âme à Dieu.
Toute la nuit et jusqu’au lendemain à trois heures de l’après-midi, les fidèles
se succédèrent à la chapelle, priant pour leur Père.
C’est une grande perte que vient de faire la Mission du Rouanda. Arrivé dans
le Vicariat du Nyanza méridional en février 1901, le P. Loupias passa d’abord
trois ans à Oukéréwé. Miné par la fièvre, malgré sa robuste constitution, il fut
envoyé au Rouanda (1904) qu’il ne devait plus quitter. A Nyundo, pendant deux
ans, puis, comme supérieur, à Issavi et à Rouaza (il était arrivé dans ce dernier
poste le 2 décembre 1906), il fut aimé de ses confrères et des indigènes.
Profondément bon, il s’ingéniait à faire plaisir aux missionnaires et à les
aider. Il n’y a pas de station dans le Rouanda qui n’ait eu recours à sa cha-

27

rité. Il savait toujours trouver ce dont les autres manquaient, et de sa part
l’envoi précédait d’ordinaire la demande.
Sous son apparente bonhomie, il cachait un esprit vif qui se rendait vite
compte des situations. Nul mieux que lui ne savait mener les hommes dans cette
difficile mission de Rouaza.

RWAZA (1909)

C’est à ses chrétiens et catéchumènes surtout qu’il s’était donné sans réserve.
Très vif par nature, il était d’une bonté bourrue qui d’abord inspirait la crainte ;
mais la crainte faisait bientôt place à la confiance. Il était aimé de tous et connaissait les petits secrets de tous.
Abusant de ses forces, il s’employait à tous les labeurs. Il était bien, comme
le lui écrivait dernièrement Mgr Hirth : ‘‘ plus chargé de besogne que tous les
autres missionnaires du Rouanda ’’. Lorsqu’on lui disait de se ménager un peu,
il répondait invariablement : ‘‘ Bah ! si je ne fais pas cela, il faudra qu’un confrère le fasse. Tous on déjà assez de travail. ’’
Malade et souffrant beaucoup du foie, il se mettait en route pour chercher dans la montagne les bois nécessaires à la construction d’une église. Se
fatiguer, c’était son unique remède. A table, en récréation, grelottant parfois de fièvre, il restait cependant à intéresser les confrères. Il voulait bien
soigner les autres, mais n’admettait pas d’être soigné lui-même.
Cette activité et ce dévouement étaient vivifiés par un grand esprit de foi ;
car le cher P. Loupias était un missionnaire vraiment pieux, ses notes de retraites
annuelles et de retraites du mois le prouvent assez.
Tous les Européens se sont associés au malheur qui atteint notre Mission.
Des lettres de condoléances nous sont venues des camps allemands, anglais et
belges. D’une voix unanime, on reconnaît dans notre cher confrère l’excellent
missionnaire et l’homme aimable qui faisait son bonheur de rendre service à
tous, de servir sans réservé le pays qui lui donnait asile.
Dans le P. Loupias, nous perdons un ouvrier de bon accueil, et sur lequel, en toutes circonstances, nous pouvions compter. Notre Seigneur a bien

28

choisi le serviteur vivant dans l’attente de son Maître et prêt à répondre à
son appel.
Daigne Dieu, agréer ce sacrifice douloureux et accorder en échange à la
chère Mission de Rouaza le calme et la paix nécessaires à sa prospérité ! Par là
sera réalisé le vœu de notre regretté confrère : ‘‘ Que d’autres moissonnent dans
la joie ce que je sèmerai dans les larmes. Je ne demande qu’une chose : que Dieu
soit connu, Jésus glorifié, Marie aimée et honorée’’ !
L. Classe ».

Mgr Hirth, lui aussi parle de la mort violente du P. Loupias dans le
Rapport Annuel de 1909 à 1910, une publication destinée uniquement aux
Pères Blancs. Il parle d’une « épreuve » qu’il présente comme un triomphe50.
C’est une réaction classique pour une société missionnaire qui rêve d’avoir
des martyrs parmi ses membres. Mgr Hirth spiritualise ainsi l’évènement
pour étouffer une discussion entre confrères. Cette manière de faire est bien
connue chez les Pères Blancs. Dans son communiqué, Monseigneur se
montre plus prudent encore que le P. Classe ce qui est évident. Il ne désigne
pas le chef Lukara comme coupable de la mort du P. Loupias. C’est évident.
Il est trop bien au courant de tout ce qui s’était passé à Rwaza depuis sa fondation en 1903 jusqu’au jour fatal d’avril 1910 :
« (...) Epreuves. – Nous devrions dire plutôt triomphes, puisqu’il s’agit de deux missionnaires que Dieu a appelés à la récompense. Le P. Pierron d’abord, est décédé dans
l’Ussuwi ; il entrait à peine dans la carrière. Et au 1er avril est tombé frappé de deux
coups mortels, le P. Loupias, supérieur de Ruasa. C’était un des ouvriers les plus
généreux de ce Vicariat et des plus entreprenants. Le cher confrère venait de faire
dans sa jeune station, pour cette année seulement, une moisson de 263 baptêmes
d’adultes et d’enfants de chrétiens, plus 419 baptêmes in extremis ».

Il s’agit donc d’une communication très discrète.
7. Résultat
La presse est non seulement une source d’information, elle est aussi un
instrument puissant pour influencer l’opinion publique. Nous avons vu que
le télégramme du Résident impérial du 13 avril 1910 a eu une influence sur
la presse laïque allemande. Suite à ce télégramme, elle a donné peu
d’importance à la mort du P. Loupias, ce qui a eu évidemment des répercussions sur l’opinion publique allemande. Un seul article, sans donner des explications précises, mentionne qu’au Rwanda, la relation entre les « Blancs »
et le gouvernement allemand ne est pas toujours « claire » !
50

Rapport Annuel de 1909 à 1910 (N° 5), p. 263.

29

Reste que le géologue protestant Kirschstein, a pris la défense des Pères
Blancs en particulier celle du P. Loupias. Il a largement servi leurs intérêts
représentés par le P. Froberger. Ce dernier nous apprend que la mort du
P. Loupias n’a pas du tout passionné l’opinion publique allemande.
D’ailleurs, le P. Loupias n’est-il pas responsable de sa propre mort suite à
une maladresse de sa part ? Apparemment l’incident mortel a été assez vite
oublié.

LA PLAQUETTE AVEC LE NOM DU P. PAULIN LOUPIAS

L’intervention de Kirschstein est une illustration de plus de la collaboration étroite qui a existé entre explorateurs et missionnaires au début de la
colonisation du continent africain51. Et cela malgré leurs différences quant à
leurs croyances et à leurs nationalités. En 1899, les Pères Blancs, apparte51

S. MINNAERT, « Le séjour de Carl Peters chez Mgr Hirth en 1890 ou la complexité des relations
entre Pères Blancs et explorateurs en Afrique équatoriale », in Dialogue, Kigali, Août-Octobre 2013, N°
203, pp.180-240.

30

nant à une société missionnaire catholique et française, ont été invité au
Rwanda par le Dr Kandt, un allemand protestant, pour des raisons politiques.
Et en 1910, le géologue allemand Kirschstein, aussi un protestant, a sauvé
leur réputation, aussi pour des raisons politiques ! Et cela quelques années
seulement avant la Grande Guerre de 1914-1918 entre les grandes puissances coloniales : la France, la Grande Bretagne, la Belgique et l’Allemagne.
En France, la presse catholique a traité le dossier avec une certaine pudeur, malgré le fait que le P. Loupias était un ressortissant de ce pays. Elle
parle d’une « mort tragique » ou d’un meurtre.
L’article du P. Classe sous forme d’une lettre a marqué l’opinion catholique française et celle des Pères Blancs. La lettre a été reproduite deux fois
avec des nuances. Le P. Classe impose son interprétation de l’événement
d’une manière prudente. Il était conscient que Berlin lisait les articles publiés
dans les revues missionnaires dont les « Missions d’Afrique (d’Alger) des
Pères Blancs » et « Afrika Bote ». Il est possible que la lettre du P. Classe ait
été corrigée selon les conseils du P. Froberger donnés au Conseil Général
des Pères Blancs. L’auteur de la lettre détourne habilement l’attention de ses
lecteurs. Il met l’accent sur les qualités missionnaires du P. Loupias en omettant son caractère violent. Selon son interprétation des faits, la victime n’a
pas été assassinée par le chef Lukara mais plutôt par les serviteurs de ce
dernier.
Les Pères Blancs ont conservé le souvenir de cet événement douloureux.
Pour eux, le P. Loupias est un confrère qui a donné sa vie pour sa foi C’est
un martyr ! Malheureusement ils n’ont jamais entamé une étude sérieuse sur
les circonstances de sa mort. Ils ont probablement pensé que cela n’était pas
nécessaire : tous ses « péchés » ont été pardonnés par le fait qu’il a donné sa
vie pour sa foi. Reste à savoir s’il l’a vraiment fait pour cette raison. Ce dont
nous doutons sérieusement. Il nous semble que sa foi ait été fort mêlée à la
politique locale. En 1904, il avait participé, aux expéditions meurtrières organisées par le P. Classe dont il était l’ami et le confident jusqu’à sa mort en
1910. En plus, n’avait-il pas organisé, fin août 1909, l’assassinat camouflé
d’un sorcier « encombrant »52 ? Nous pensons que ce méfait peu connu mé52

Note du P. Léonard du 5 juillet 1910 à Mgr Livinhac concernant le P. Durand, A.G.M.Afr.,
N° 096625 : « Dans les premiers jours d’Août 1909, le Père Durand se rendit de Rulindo, son poste, à
Rwaza, afin de permettre au P. Loupias d’aller chercher du bois pour son église. Quelques semaines
après, étant de retour à Rulindo, il m’écrivit et me parla incidemment d’un accident qui lui était
arrivé durant le voyage du retour. Il en avait écrit le P. Classe, et celui-ci en était effrayé, dit-il ; il
croyait que P. Classe allait m’en écrire également. Je compris que cela devait être un meurtre et
que cela doit être grave. Je répondis au P. Durand disant de me mettre sur feuille séparée tout le récit de
l’accident. C’est ce qu’il fit en date du 22 Décembre : voici ci-joint, la feuille en question, j’en garde une
copie. En même temps, à l’occasion d’une lettre au P. Loupias, je lui exprimai mon étonnement de ce
qu’il ne m’en avait rien dit dans ses lettres. Voici textuellement ce que P. Loupias me répondit en date du

31

rite une étude approfondie. Il reste que le P. Loupias malgré tout fut un missionnaire très apprécié par Mgr Hirth53.
Le P. Loupias a-t-il commis d’actes criminels ? Sans aucun doute. Il y a
assez de preuves. Malgré son passé qui nous questionne, le nom du Père est
affiché sur une des cinq plaquettes de marbre pendues au mur de la crypte de
la chapelle des Pères Blancs à Rome54. Ces plaquettes se trouvent à gauche
et à droite de la tombe du Cardinal Lavigerie. Elles portent au total le nom
de cinquante missionnaires, Frères et Pères, qui ont subi une mort « héroïque » en Afrique... Le Rwanda, au cours de son histoire, en compte quatre
d’après les Pères Blancs.
Pour beaucoup de Banyarwanda, le P. Loupias n’est pas perçu comme un
martyr. C’est un « Muzungu » (Blanc) parmi tant d’autres qui est venu
« manger » leur pays. Il s’est mêlé à des affaires qui ne le regardaient pas, ce
qui est exprimé par le proverbe rwandais : « Ntukivange mu bitakureba ».
Pour eux, il a bien mérité la mort. En quelque sorte il est un antihéros. Le
P. Loupias a donc le triste honneur d’être le premier Blanc qui a connu une
mort violente au Rwanda suite à son comportement « intempestif ».

************************

12 janvier 1910 : ‘‘ De l’accident du P. Durand, j’avais cru devoir me taire. Une dizaine de meurtres
avaient été commis dans nos environs à l’instigation d’un sorcier qui habitait à plus d’une heure de chez
nous. En rentrant à Rulindo, le P. Durand passait à côté de chez lui. Je lui dis de le voir et de lui faire
peur. En causant avec les indigènes, j’avais dit plusieurs fois que si les Allemands savaient ses manœuvres, ils le pendraient. Le P. Durand passa donc chez lui, le coupable prit la fuite : le Père le fit suivre
par deux ou trois hommes et tira même quelque coup de fusil en l’air. Il y eut bataille. Vous savez le
reste. Nous n’avons pas eu depuis d’autre accident’’. Au Père Classe je n’ai rien demandé, j’étais persuadé qu’il me parlerait de la chose. Or jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas même fait allusion. Peut-être sait-il
que le P. Durand m’en a écrit et se dit-il que cela suffit. Son devoir n’était-il pas de m’en dire un mot
même avant le P. Durand ? A ce moment-là Monseigneur n’était pas encore de retour d’Europe et il
devait me tenir au courant de tout. Pourquoi le P. Loupias avait-il cru devoir se taire ?? H. Léonard ». La
version des faits racontée par le P. Durand a été publiée. Voir S. MINNAERT, « Le récit de la mort
violente du Père Loupias dans le journal de Rwaza soumis à la critique historique », in Histoire de
l’évangélisation du Rwanda, Recueil d’articles et de documents..., Kigali, 2017, pp. 226-228.
53
En avril 1910, Mgr Hirth écrit à son frère : « Nous avons perdu un de nos meilleurs missionnaires
[P. Loupias]. (...). Peut-être aurez-vous lu déjà des rapports assez malveillants là-dessus ? Ils ont pour
source celui fait par le Résident du Ruanda [Dr Kandt] au Gouverneur. Et ce Résident, ancien Israélite,
se dit l’ami de la Mission ». (Lettre de Mgr Hirth du 23 avril 1910 à son frère, l’Abbé Ernest,
A.G.M.Afr., Casier 303, N° 096388). Notons que Mgr Hirth a manifestement oublié que le Dr Kandt
avait invité et aidé les Pères Blancs à s’installer au Rwanda. Notons aussi qu’il manifeste un certain
mépris envers le Dr Kandt. Celui-ci, par ses origines juives, appartenait, d’après la pensée catholique de
l’époque, à un peuple « perfide » et « déicide », donc coupable de la pire forme de délit.
54
Sur le site des Père Blancs nous lisons : « P. LOUPIAS Paulin (F) (1872-1910) : Tué par lance dans une
mission de réconciliation à Rwaza (Rwanda), 1er avril 1910 », https://mafrome.org/necrologie/le-dontotal/. Une photo du Père manque.

32

II.

RAPPORT DU PERE DEPRIMOZ
SUR LES ECOLES DIRIGEES PAR LES PERES BLANCS
AU RWANDA
POUR L’ANNEE SCOLAIRE 1927-1928

Dans cet article, nous présentons le rapport du P. Laurent Déprimoz
(1884-1962) sur les écoles des Pères
Blancs au Rwanda pour l’année scolaire
1927-1928. Il s’agit d’un document
exceptionnel, malheureusement peu
connu55. Son contenu est captivant pour
tous ceux et celles qui s’intéressent à la
genèse du génocide des Batutsi en 1994.
L’auteur du rapport est le P. Déprimoz, né en 1884 à Chindrieux, dans le
Savoie en France56. Ses parents étaient
Louis Déprimoz et Claudine Milland.
Après ses études au collège de Rumilly,
il entre chez les Pères Blancs en 1901. Il
étudie la philosophie à Binson. Puis il
fait son noviciat à Maison-Carrée (en AlLE P. DEPRIMOZ (1884-1962)
gérie) et sa théologie à Carthage (en Tunisie). Le 29 Juin 1908, il est ordonné prêtre à Carthage et nommé pour le Vicariat de l’Unyanyembe chez
55

Ian Linden mentionne ce rapport dans son livre Christianisme et pouvoirs au Rwanda (1900-1990),
Karthala, 1999, pp. 220-222.
56
J. CASIER, « Mgr Dépromoz », in Biographie Belge d'Outre-Mer, Académie Royale des Sciences
d'Outre-Mer, T. VIII, 1998, col. 96-99. Le 1er octobre 1930, le P. Déprimoz sera nommé Vicaire Délégué
de Mgr Classe et le 15 janvier 1943, son coadjuteur. Il sera ordonné évêque le 19 mars 1943 par
Mgr Dellepiane, Délégué Apostolique au Congo et au Rwanda-Burundi. L’œuvre principale de
Mgr Déprimoz est la réorganisation du catéchuménat qui prend forme en 1950. A sa demande de viennent
au Rwanda les Frères Maristes, les Frères des Ecoles Chrétiennes, les Pères Salésiens et les Sœurs Auxiliatrices. Le 18 janvier 1955, il a un grave accident, une fracture du col du fémur. Malgré tous les soins
prodigués, il demeure fortement handicapé. Il présente alors sa démission au Pape. Celle-ci est acceptée le
21 avril 1955. Le 16 décembre 1955, il est transporté en Belgique où il subit plusieurs opérations. Il
séjourne entre autres à Oudenaarde (Belgique) chez les Dames Bernardines dont il était un grand ami. Le
7 février 1958, il est de nouveau au Rwanda. Le 26 mars 1962, il est à l’hôpital de Butare pour soigner
une hémorragie interne. C’est là qu’il décède le 5 avril 1962 à 3h30 du matin. Agé de 78 ans, il comptait
54 ans de prêtrise et 19 ans d’épiscopat. Mgr Déprimoz est le cousin de Mgr Thévenoud (1878-1949),
Vicaire Apostolique de Ouagadougou (Burkina Faso).

33

Mgr Gerboin (1847-1912), confrère de Mgr Hirth (1854-931). Le P. Déprimoz arrive à Tabora le 10 septembre 1908. L’année suivante, il est envoyé
au Burundi. En1913, le P. Classe (1874-1945), alors Vicaire Délégué de Mgr
Hirth, l’emmène au Rwanda pour faire de lui un professeur puis le supérieur
du Petit Séminaire à Kabgayi57. Il y arrive le 28 novembre 1915. Quatre ans
plus tard, le 26 novembre 1919, il est nommé supérieur du Petit Séminaire.
A partir de 1927, il exerce aussi la fonction d’inspecteur des écoles catholiques du Rwanda. En tant qu’inspecteur, il visite ces écoles et il rédige, en
septembre 1928, un rapport élaboré de 83 pages. Remarquons qu’à cette
époque, Mgr Hirth, fondateur de l’Eglise catholique au Rwanda, vit encore
comme évêque émérite à Kabgayi.
Le P. Déprimoz commence son rapport de 1928 avec quelques considérations générales. Suivent alors trois parties avec annexe et conclusion.
Dans la première partie, le Père donne un aperçu des écoles urbaines. Il
s’agit des écoles attachées aux Missions où les Pères ou les Abbés résident, à
savoir celles de : Kabgayi, Save, Kansi (Nyaruhengeri), Kigali, Rwamagana,
Zaza, Rulindo, Rwaza, Mibirizi, Muramba et Murunda. Nous lisons que dans
ces écoles, il existe des classes pour Batutsi et des classes pour Bahutu !
Dans la deuxième partie, le P. Déprimoz parle des écoles rurales où les
catéchumènes apprennent à lire avant de recevoir le baptême. Ainsi, il existait des écoles rurales à Kabgayi, Save, Kansi, Kigali, Rwamagana, Zaza,
57

Le P. Classe était fort attaché au P. Déprimoz qui sera plus tard son successeur. Quand le P. Classe
reçoit la nouvelle de sa nomination d’évêque, il écrit le 16 avril 1922 au P. Voillard, membre du Conseil
Général et premier Assistant de Mgr Livinhac : « Mon Révérend Père, Vous aurez compassion de moi et
m’excuserez, j’en suis certain, de ne vous avoir pas écrit plus tôt. Le télégramme reçu le soir du Mardi
Saint m’a plus bouleversé que la lettre du R.P. Marchal ne l’avait fait le 14 juillet 1920. Et pour me
remettre dans le calme, sur le conseil du P. Ulrix, je suis venu à Autreppes. Maintenant le calme se fait
doucement, et il ne me reste qu’à me remettre entre les mains de la divine Providence, et à supplier Notre
Seigneur de me donner au moins un peu de tout ce qui me manque pour un tel ministère ! Mais, vraiment,
comment Monseigneur le Supérieur Général et vous, mon Révérend Père, avez-vous pu me mettre ainsi
en avant ? J’aime ces Missions de toutes mes forces, c’est vrai ! Et mon grand désir était d’y retourner.
Pourvu que ce désir n’ait pas sa punition, pour le malheur de ces âmes cependant tant aimées ! Je vous
ai prié, mon Révérend Père, demandez à Monseigneur le Supérieur Général d’intercéder pour moi près du
divin Maître afin que, malgré tout, je sois entre ses mains un serviteur bon et fidèle. Tout mon espoir et
ma confiance sont en Jésus et Marie. Le R.P. Ulrix m’écrit aujourd’hui qu’à son avis, après y avoir mûrement réfléchi, pour le bien des intérêts de Dieu et des Missions, par conséquent, le sacre devrait se faire
à Anvers ! Il me dit que Jeudi 20, il réunit son conseil pour demander son avis et être sûr qu’il sera secondé… à cause de la question flamande. Je viens de lui répondre que je ferais, à moins d’indications de
votre part, mon Révérend Père, suivant qu’il le jugerait utile, mais que mon désir personnel serait d’être
sacré à Maison Carrée, sinon par Monseigneur le Supérieur Général, au moins auprès de lui. L’esprit
belge m’est assez connu pour comprendre que le sacre ne peut avoir lieu qu’à Maison Carrée ou en
Belgique. (...) Il y a si longtemps que souffrent ces pauvres Missions ! Si c’était possible, je voudrais bien
pousser pour partir au moins à la fin de Juillet. Il est peu certain que Mgr Hirth ne voudra faire aucun
placement avant la prise de possession de Mgr Gorju et mon arrivée. Le séminaire surtout m’inquiète : les
cours recommencent en Septembre. Dès maintenant je vous conjure, mon Révérend Père, de me
laisser le P. Déprimoz pour le Petit Séminaire et même pour le Rwanda : il le désire, et moi je vous
en prie. (...) » (Lettre du P. Classe du 16 avril 1922 au P. Voillard, A.G.M.Afr., N° 111453-54).

34

Rulindo, Rwaza, Nyundo, Mibirizi, Muramba et Murunda. Plusieurs chefs
recrutent des élèves. Parmi leurs recrues, il y a des élèves « Batutsi ».
Dans la troisième partie, l’auteur parle des écoles dirigées par les Sœurs
Blanches à Kabgayi, Save, Save, Zaza, Rwaza et Nyundo. Il parle aussi du
noviciat des Sœurs Benebikira à Save et de l’œuvre d’éducation professionnelle des Sœur Blanches pour filles. A Kabgayi, les Sœurs Blanches ont
organisé une formation pour « jeunes filles batutsi, filles de grands chefs ».
En terminant le rapport, l’auteur tire la conclusion suivante : « Le nombre
des élèves instruits dans nos écoles est de 3.405 pour les écoles urbaines,
de 8.113 pour les écoles rurales et de 3.562 pour les écoles dirigées par
les Soeurs Blanches : ce qui nous donne au total le beau nombre de
15.080 élèves. Beaucoup de chapelles-écoles ne sont pas mentionnées encore
comme écoles puisque pas encore organisées ; néanmoins, je crois l’avoir dit
déjà, tous les jeunes gens catéchumènes doivent savoir lire pour être admis
au baptême. Aussi le nombre des élèves serait beaucoup plus grand si nous
avions pu faire état de toutes les chapelles-écoles ».
La scolarisation de la jeunesse constitua donc un des piliers de
l’évangélisation et de la colonisation du Rwanda. En plus, l’établissement
des écoles un peu partout dans le pays manifesta visiblement l’influence
grandissante des Pères Blancs dans la société rwandaise.
RAPPORT SUR LES ECOLES
DIRIGEES PAR
LES MISSIONNAIRES D’AFRIQUE (Pères Blancs)
dans le Vicariat du RUANDA58.
P. L. Déprimoz, missionnaire – Inspecteur

Année scolaire 1927-1928
CONSIDERATIONS GENERALES

Un grand effort a été réalisé pour obtenir dans toutes nos missions du
Ruanda, une organisation scolaire préparant la réalisation des programmes
exposés dans le projet du Gouvernement. On a tout mis en œuvre soit dans
les écoles des Missions, soit dans nos chapelles-écoles, pour arriver le plus
tôt possible à des résultats qui justifient pleinement les espérances que fonde
le Gouvernement sur le concours des Missionnaires pour cette œuvre de
l’éducation de nos Noirs.
P. L. DEPRIMOZ, Rapport sur les écoles dirigées par les Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) dans
le Vicariat du Ruanda, Année scolaire : 1927-1928, A.G.M.Afr., N ° 00220417, 83 pp.
58

35

Situation matérielle :
Je crois pouvoir affirmer que durant cette année, les Pères Blancs au
Ruanda n’ont été limités dans leur zèle pour cette œuvre que par la modicité
des ressources et, comme conséquence, par la pénurie de locaux et de matériel scolaire : ce n’est que peu à peu et après des années d’un travail acharné,
en comptant sur les généreux subsides du Gouvernement que nous pourrons
subvenir aux besoins d’une tâche de plus en plus lourde à cause de nombre
toujours croissant des Indigènes qui nous demandent des écoles, et que nous
pourrons compléter les installations scolaires existantes et en créer de nouvelles.
Se figure-t-on la quantité d’ardoises, de cahiers, plumes, crayons et surtout de livres qu’il nous faudrait, alors que nous avons plus de 15.000 élèves
dans nos diverses écoles, sans compter que leur nombre augmente de jour en
jour ? Le prix de revient nous déconcerte. Nous devrions faire imprimer des
livres ! Des traductions sont sur le chantier car outre les livres en « kiswahili » que nous avons, il nous en faut beaucoup aussi en « runyarwanda ». Mais
quand donc le Vicariat sera-t-il à même d’immobiliser pour cela le capital
considérable qu’il n’a pas ? C’est là une sérieuse difficulté.
Je ne parle pas de la construction ; de l’ameublement des écoles : nous
pouvons trouver les matériaux sur place. Mais encore la cherté de la main
d’œuvre augmente de jour en jour d’une façon considérable et les dépenses
sont trop lourdes pour que nous puissions nous y engager d’un seul coup.
Programmes :
Le programme est resté le même que celui que j’avais signalé sur mon
rapport de l’année dernière. Les cours de « français » ont été commencés
sérieusement dans les 4 Missions de Kabgayi, Kigali, Isave et Kansi pour les
jeunes gens Batutsi ; ailleurs on va commencer au fur et à mesure des possibilités, car les jeunes gens demandent eux-mêmes avec insistance cet enseignement qui leur permettra d’avoir plus facilement une place soit au Gouvernement soit dans les sociétés d’exploitation.
Personnel des écoles :
1) Personnel enseignant : Chaque école, soit rurale, soit urbaine, se trouve
sous la direction et le contrôle d’un Missionnaire Prêtre ou d’une Sœur Missionnaire, suivant qu’il s’agit d’écoles de garçons ou d’écoles de filles. Le
P. Directeur de l’école dirige et surveille les élèves ainsi que le personnel
enseignant indigène, et lui-même donne certaines leçons tantôt dans une
classe, tantôt dans une autre, en particulier hygiène, politesse et leçons de
choses.
2) Personnel enseigné : Dans certaines localités comme Zaza, Rwamagana, la famine a forcé beaucoup d’élèves à déserter l’école ; dans quelques
36

endroits l’opposition trop réelle faite à l’école par l’un ou l’autre chef, probablement pour raisons de politique locale, a arrêté également l’ardeur des
écoliers qui, bien disposés, auraient été très assidus à venir en classe : on me
signale entre autres Ruberamuheto pour la chapelle-école de Mulehe dépendant de la Mission de Mibirizi, et surtout Rwampungu, fils de Gashamura
pour celle de Rutare dans le territoire de Kigali.
Il est très difficile de tenir compte des plaintes des élèves sous ce rapport,
car le chef a toujours l’occasion de se venger sur eux de toute réclamation
faite par ses subordonnés. Nous prendrons patience.
Durée de l’année scolaire :
Il m’a été jusqu’ici impossible de fixer d’une manière uniforme pour
toutes les Stations l’époque des vacances. Il y a à tenir compte pour cela des
circonstances qui varient avec les régions et les diverses catégories
d’écoliers.
A peu près partout il n’y a encore que 4 jours de classe par semaine pour
la généralité des écoliers, sauf à Kigali où il y a 5 jours pour que l’on puisse
accorder un mois de vacances vers la fin-Juillet.
Ailleurs jusqu’ici on s’est contenté, en fait de vacances d’une semaine
avant et après Pâques, puis d’une semaine à l’occasion des baptêmes solennels, à savoir : Noël, à la St Pierre et St Paul ainsi qu’au début d’Octobre. La
question des grandes vacances est encore à l’étude par conséquent.
Il y a 4 heures de classe par jour, y compris 1/2 heure de récréation. Il
n’est pas question encore de travaux manuels réguliers pendant ces heures de
classe : nous cherchons encore le moyen pratique de réaliser cette partie du
programme.
Beaucoup de choses, évidemment, sont encore à préciser pour arriver à
une organisation complète de tous points ; mais comme disent les Banyarwanda, « Buhoro buhoro n’urgwo rugendo » - « ce n’est que peu à peu que
l’on arrive au but ».
D’ailleurs voyons dans chaque station le chemin parcouru.

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PREMIERE PARTIE : ECOLES URBAINES. (Ecoles de la Mission)
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MISSION DE KABGAYI
...................................................

Les bâtiments scolaires de la Mission de Kabgayi, pour les garçons, font
très bonne impression : cinq constructions en matériaux durables, de date
très récente (trois sont de cette année) donnent 10 salles de classe propres,
spacieuses et bien aérées. Sept sont déjà utilisées, il y a donc place pour loger les élèves qui deviendront plus nombreux au fur et à mesure de
l’organisation scolaire.
L’ameublement laisse encore à désirer : il faudrait un plus grand nombre
de bancs d’école, encore quelques tableaux noirs, des cartes géographiques,
lesquelles d’ailleurs sont commandées et attendues sous peu, et un matériel
pour l’enseignement intuitif. Tout cela se fera peu à peu, car il est impossible
de faire face à tous les besoins d’un seul coup : il faut temps et ressources.
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

Cette Ière année a été divisée en 4 sections : les élèves étant de condition
variée quant à l’âge et à la valeur intellectuelle, on a fait différence catégorique afin de mettre l’enseignement davantage à leur portée et d’arriver ainsi
à former des classes beaucoup plus homogènes, seul moyen de faire œuvre
utile, sans compter que l’instituteur indigène peut difficilement prendre goût
à son travail si ses élèves ne sont pas à peu près tous capables de suivre son
enseignement et de faire des progrès.
1) Première section : le titulaire est Emmanuel Gafirigi, un jeune homme
très intelligent (certificat d’aptitude pédagogique à tire définitif) mais qui se
ressent de sa jeunesse : il pense encore à s’amuser tout autant que ses élèves,
et s’il n’est pas surveillé de très près, la besogne ne se fait qu’à moitié. Il se
corrigera, je l’espère et, avec le temps, il y a tout lieu de croire qu’il deviendra un bon instituteur. Il a 20 élèves inscrits avec une moyenne de 15 personnes par jour.
2) Deuxième section : Le titulaire est Aloys Rugiramigabo qui a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. C’est un homme sérieux
qui a à cœur ses fonctions et fait bien sa classe. Il y a 23 élèves inscrits et la
moyenne des présences est de 17 par jour : ils s’appliquent et font des progrès.

38

3) Troisième section : Le titulaire est Chrysostôme Mushumba, Mututsi,
fils de Mugemangango, chef assez important des environs. Il a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il ne manque pas du nécessaire pour devenir un bon moniteur, mais a été un peu découragé à cause de
la mauvaise qualité des ses élèves : ceux-ci sont au nombre de 20, tous plutôt
âgés et n’ayant pas beaucoup de moyens ; ils voudraient néanmoins arriver à
savoir quelque chose. Les progrès sont lents et la patience du moniteur est
bien souvent mise à l’épreuve. C’est une situation transitoire et on pourra lui
donner quelque chose de plus intéressant dès que les éliminations et les nouveaux groupements auront pu se faire.
4) Quatrième section : Le titulaire est Apollinaire Nsengiyumva, très intelligent qui s’applique beaucoup à son travail et peut devenir un excellent
sujet. Il y a 25 élèves inscrits dans cette section et la moyenne des présences
est de 20 au moins. Ce sont tous de grands jeunes gens ou des hommes mariés, quelques chefs de collines qui sont très en retard dans leurs études et
dont quelques-uns ne feront probablement pas beaucoup de progrès, mais
veulent essayer cependant de se mettre à la hauteur de leurs devoirs.
IIème ANNEE :

Il n’y a qu’une seule classe de Ième année, et encore on ne peut pas dire que
les élèves ont la science voulue pour être d’emblée à même de suivre tout le
programme. Là encore, il faudra, au début de la nouvelle année scolaire,
faire un triage sérieux et faire rester en place ceux qui n’auront pas la science
suffisante.
Le titulaire est Gabriel Magurumbanya qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre définitif, mais a l’air, jusqu’à présent d’avoir
peu de goût pour ses fonctions. Il y a 15 élèves inscrits seulement et une
moyenne de 10 présences par jour.
II. ECOLES DU IIème DEGRE
Ière ANNEE :

Le titulaire Augustino Gatabazi, ancien élève du Petit-Séminaire et de
Gitega, Mututsi marié, intelligent et qui a obtenu un certificat d’aptitude
pédagogique à titre définitif : il promet de devenir un bon instituteur.
Il n’a que 18 élèves inscrits avec une moyenne de 15 présences par jour :
ils sont à peu près à la hauteur du programme de cette section.
IIème ANNEE :

Le titulaire est Stefano Shamugambira qui a fait ses études au PetitSéminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre

39

définitif. Il est très soumis, très exact et a véritablement le goût de son travail.
Aussi ses 22 élèves inscrits avec présence de 20 en moyenne font de sérieux progrès. Au début ils étaient de beaucoup au-dessous du programme à
suivre dans cette catégorie : la généralité y est arrivée. Il y aura cependant
encore un tirage à faire au début de la nouvelle année scolaire.
...........................................

En terminant cet aperçu sur les écoles de la Mission de Kabayi, il faut
remarquer que l’élément « mututsi » est plutôt l’exception dans les écoles
de la Station : par contre il y a 4 groupes de « ntore » (pages) dans les chapelles-écoles de Chyeza (Ruzizi), Musambira (Rwabutogo), Ruyanza (Chyitatire) et Muyunzwe (Nturo), comme nous le verrons dans la deuxième partie
de ce rapport où il est question des écoles rurales
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Kabgayi :
I. ECOLES DU Ier DEGRE
a) I

ère

année :
1) Iière section : 20 élèves
2) IIème section : 23 élèves
3) IIIème section : 20 élèves
4) IVè section : 25 élèves
ème
b) II année :
15 élèves
1) Ière année :
2) IIème année
Total

Titulaire : Emmanuel Gafirigi
Titulaire : Aloys Rugiramigabo
Titulaire : Chrysostôme Mushumba
Titulaire : Apolynaire Nsengiyumva
Titulaire : Gabriel Magurumbanya

II. ECOLES DU IIème DEGRE
18 élèves
Titulaire : Augustino Gatabazi
22 élèves
Titulaire : Stefano Shamugambira
143 élèves
7 Instituteurs

N.B. : Nous ne parlons pas des catéchumènes et postulants à la Mission qui apprennent tous à lire pour pouvoir être admis au Baptême, puisqu’ils ne font pas partie
encore de la population régulière des écoles.
----------------------------------------------------

MISSION D’ISAVE
.......................................

La Mission d’Isave a fait un effort considérable pour organiser ses écoles
suivant le programme du Gouvernement. Il y avait déjà là beaucoup
d’éléments pour permettre d’arriver à des résultats sérieux tant au point de
vue du nombre qu’au point de vue de la qualité des élèves. Il y avait des
instituteurs qui faisaient la classe depuis de longues années ; d’autre en assez
grand nombre, ayant fait leurs études en tout ou en partie au Petit-Séminaire
40

de Kabgayi, deviendront bien vite des moniteurs excellents si on continue à
les diriger et à exiger d’eux leur journal de classe contrôlé par le Père Directeur de l’école. Ils corrigent eux-mêmes les devoirs des élèves et marquent
les notes sur un cahier spécial de sorte qu’il y a une louable émulation non
seulement parmi les élèves, aussi parmi les instituteurs eux-mêmes : ces
derniers continuent à s’instruire à qui mieux mieux et à saisir les méthodes
pédagogiques qui peuvent avoir le plus de succès parmi leurs auditeurs.
Les deux bâtiments scolaires en matériaux durables qui se trouvent de
chaque côté de la place de l’église comprennent 4 salles de classes chacun :
ces 8 salles sont propres et bien aérées mais ne suffissent pas ; on utilise en
plus pour le moment 3 salles de l’ancienne maison d’habitation des Missionnaires en attendant que l’on puisse construire d’autres classes. Il y a beaucoup à construire à Isave ; pour le dire en passant, il nous faudrait encore une
douzaine de salles de classes chez les Sœurs où la moitié des élèves reçoit
l’instruction en plein air quand le temps le permet. Les plans sont faits, il
reste à les réaliser, et nous espérons avant la fin de cette année, commencer
ces travaux indispensables.
Enfin, bref !, pour en revenir aux écoles chez les Pères, disons qu’en mettant certaines divisions le matin et d’autres l’après-midi, on arrive aux
18 divisions qui reçoivent actuellement (l’instruction) l’enseignement à la
Mission d’Isave.
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

a) Section Batutsi : Le titulaire est Michel Bimenyimana (certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire). Ce jeune homme donne pleine
satisfaction ; il est un peu timide mais très aimé de ses élèves ; est d’ailleurs
d’une réputation parfaite. Il a 37 élèves inscrits avec une moyenne de 27
présences par jour. Leur science est celle des commençants pour la lecture et
l’écriture ; ils ont appris l’addition et la soustraction des petits nombres. Il
n’y a pas encore de bancs dans cette classe, mais il y a un tableau noir et
chaque élève a son ardoise et un syllabaire ou un livre de lecture en « kinyarwanda » suivant l’avancement.
b) Section Bahutu : Le moniteur est Laurenti Habimana, ancien élève du
Petit-Séminaire (certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif). Bon sujet, docile et poli quoiqu’un peu mou. Sur les 29 élèves inscrits il y a une
moyenne de 18 présences par jour ; ils ne sont pas très réguliers et pour cela
ne font pas beaucoup de progrès. A part 4 ou 5 d’entre eux qui savent lire,
les autres en sont encore aux lettres ; ils savent lire les nombres de 2 ou
même 3 chiffres et font de petites additions et soustractions.

41

c) 4 sections catéchumènes l’après-midi pour lesquelles les moniteurs respectifs sont :
1) Arcadi Bushishi (certificat d’apt. Péd. définitif)
2) Venant Karamage (certificat d’apt. Péd. provisoire)
3) Matthias Minani (certificat d’apt. Péd. provisoire)
4) Lauriani Mivumbi (certificat d’apt. Péd. provisoire)
Ici le nombre des élèves varie un peu puisque chaque trimestre ils changent de moniteur et de classe à mesure qu’ils avancent pour leur instruction
religieuse ; mais ils sont toujours au moins 25 dans chaque catégorie, donc
au moins 100 pour les 4. Ils sont réguliers, parce que 6 absences les arrêteraient aux examens trimestriels du catéchuménat et les empêcheraient
d’avancer. Ils apprennent la lecture, l’écriture sur ardoise et un peu de calcul.
IIème ANNEE :

a) Section Batutsi : Le moniteur est Petro Mukangahe qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire : homme calme ayant beaucoup d’autorité sur ses élèves et sachant très bien donner sa classe. Il est
régulier, poli, a beaucoup d’ordre et d’esprit de suite dans ses leçons ; il deviendra, je crois, un très bon instituteur. Sur 29 élèves inscrits, il y a chaque
jour 25 présences en moyenne ; ils savent lire et écrivent des phrases pour la
plupart ; ils connaissent en arithmétique les 3 opérations (nombres entiers).
Comme matériel scolaire, ils ont tables, tableau noir, deux cahiers, livres
de lecture en « kinyarwanda » et en « kiswahili ».
b) Section Bahutu : Le titulaire est Joseph Ngendahimana (certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire), élément assez médiocre. Il a très
peu d’énergie, manque de franchise, a eu plusieurs absences non motivées et
sort souvent de sa classe. Les enfants n’apprennent pas beaucoup avec lui et
l’aiment assez peu d’ailleurs. C’est donc un moniteur à éliminer dès que
nous aurons mieux pour le remplacer. Il y a là 26 élèves inscrits et une
moyenne de 18 présences par jour. Ils savent lire, écrivent des mots à la
plume et connaissent parfaitement les 3 opérations des nombres entiers.
II. ECOLES DU IIème DEGRE

Il y en a 6 régulières et 4 que j’appellerai spéciales.
Ière ANNEE :

a) Batutsi :
1) Ière section : Le titulaire est Leo Sebasaza, ancien élève du Petit-Séminaire
(certificat d’aptitude à titre définitif), bon élément, calme, capable et très
régulier.

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Il a 24 élèves inscrits et une moyenne) de 18 présences par jour. Ils lisent
couramment et écrivent des phrases. En arithmétique, ils connaissent 3 opérations ; ils savent aussi un peu de « kiswahili ».
Comme matériel scolaire, il y a des bancs, un tableau noir et chaque élève
a deux cahiers et un livre de lecture « kiswahili ».
2) IIème section : Le titulaire est Isidore Nikobatuye, ancien élève du Séminaire (certificat à titre définitif). Il donne toute satisfaction, est régulier et
méthodique, manque peut-être un peu d’initiative.
Sur 26 élèves inscrits, il y a une moyenne quotidienne de 21 présences.
Ils lisent couramment « kinyarwanda » et « kiswahili » et écrivent des dictées. En arithmétique, ils connaissent 3 opérations.
b) Bahutu :
1) Ière section : Le moniteur était Aloys Mugoyi (certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire). Plein d’entrain et respecté de ses élèves, il serait
devenu très bon... Malheureusement, nous venons de l’envoyer (avec sa
femme) comme catéchiste-maître d’école au Katanga : donc à remplacer !
2) IIème section : Le moniteur est Laurent Hagenilyayo, excellent sujet ayant
fait toutes ses études au Petit-Séminaire de Kabgayi et ayant obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Dans sa classe règne un esprit
excellent : les enfants l’aiment beaucoup et font de rapides progrès.
Sur les 31 élèves inscrits, on compte une moyenne de 24 présences par
jour. Ils lisent couramment « kinyarwanda » et « kiswahili », écrivent assez
bien les dictées et connaissent les 3 premières opérations en arithmétique.
IIème ANNEE :

a) Batutsi : Le moniteur est Guillaume Mbonyubgabo (certificat d’aptitude
pédagogique à titre définitif). Homme instruit d’un certain âge déjà ayant
exercé la profession d’instituteur depuis 21 ans. Posé, très capable et ayant
un grand ascendant sur ses élèves. Par ses causeries, ses explications, il leur
donne des idées saines et sait faire comprendre la portée pratique des enseignements qui se dégagent des lectures faites en classe. Par ailleurs excellent
père d’une très belle famille ; il a vraiment le souci de l’éducation des ses
enfants ce qui ne contribue pas peu à lui donner cette autorité morale incontestée sur ses élèves.
Sur 25 inscrits dans sa classe, il y a une moyenne de 21 présences par
jour. Tous savent lire et écrire couramment en « kinyarwanda » et « kiswahili » et sont capables de soutenir une conversation en « kiswahili ». En arithmétique ils connaissent les 4 opérations de nombres entiers et de nombres
décimaux. Ils connaissent aussi un peu de géographie et on leur donne également les notions nécessaires pour la tenue des registres des chefferies.

43

b) Bahutu : Le titulaire est Petro Habimana qui a fait ses études au PetitSéminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre
définitif. Il est capable et travailleur mais d’un caractère fort inégal.
Sur ses 26 élèves inscrits il y a en moyenne 21 présences par jour. Ils
lisent couramment, font de petites rédactions et connaissent les 4 opérations.
Classes spéciales :
Ière section : Batutsi du IIème degré, Ière et IIème années, qui ont une classe
supplémentaire l’après-midi pour l’arithmétique et la calligraphie. Ils sont
20 inscrits et il y a journellement une moyenne de 17 présences. La classe
leur est faite par Guillaume Mbonyubgabo dont il a été parlé plus haut.
IIème section : Bahutu du IIème degré, Ière et IIème années qui ont classe
supplémentaire l’après-midi pour l’arithmétique et la calligraphie. Les élèves
inscrits sont au nombre de 28 et il y a une moyenne de 14 présences par jour
(la disette a été pour beaucoup dans ces nombreuses absence !). La classe
leur est faite par Wenceslas Ndegeya, ancien élève du Petit-Séminaire de
Kabgayi et ayant obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif.
Il est capable et docile, mais peut-être un peu trop sévère pour les enfants.
N.B. : Dans l’appréciation des absences, il faut remarquer qu’il s’agit de classes
supplémentaires et que ces élèves sont déjà en classe le matin.

IIIème section : Ecole des futurs moniteurs. Cette classe est faite par
Ignace Ngayabisha, homme capable, ayant obtenu un certificat d’aptitude
pédagogique à titre définitif ; c’est d’ailleurs un ancien élève du Séminaire
de Kabgayi et de l’école normale de Daressalam.
Il n’y a que 8 élèves et pas de Batutsi parmi eux. Il semble qu’il y a un
peu moins d’enthousiasme qu’au début pour obtenir une place de moniteur,
je ne sais trop pourquoi. Peut-être trouvent-ils à Astrida ou ailleurs des
places plus lucratives avec moins d’effort pour les obtenir !
IVème section : Ecole de « français » pour les Batutsi des classes du
ème
II degré, Ière et IIème année. Ces classes ont lieu le mercredi et le samedi,
matin et soir, jours où précisément il n’y a pas classe pour la généralité des
écoliers à Isave.
Le titulaire est Joseph Habiyambere qui a fait ses études au PetitSéminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre
définitif : il est intelligent, mais n’a pas très bon caractère, est plutôt renfermé. On n’est pas très content de lui.
Il y a 54 élèves inscrits, lesquels sont partagés en deux groupes ayant
ainsi chacun 2 classes de « français » par semaine. Ils ont vu les 50 premières pages du livre intitulé « Eléments de français ».

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Cet aperçu sur les écoles urbaines de la Mission d’Isave est assez éloquent par lui-même, me semble-t-il, et on ne peut nier que les Missionnaires de cette Station ont mis tout en œuvre pour préparer la réalisation des projets du Gouvernement ; si on peut continuer dans cette voie,
grâce aux subsides du Gouvernement, il y aura là des écoles vraiment
intéressantes.
Malheureusement le matériel scolaire est loin de correspondre aux besoins ; cartes géographiques, tableaux muraux pour système métrique et
leçons de choses font encore beaucoup trop défaut ; les livres en « kinyarwanda » surtout ne sont pas en nombre suffisant. Il nous faudrait pouvoir
engager un capital considérable à cela et nous ne le pouvons pas : ce n’est
que peu à peu que nous pourrons donner suite aux demandes si légitimes des
Pères Directeurs, instituteurs et écoliers.
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission d’Isave :
I. ECOLES DU Ier DEGRE :
I

ère

année :
1) section Batutsi :
37 élèves.
2) section Bahutu :
29 élèves.
3) » catéchumènes : 100 élèves.

IIème année :
1) section Batutsi :
2) section Bahutu :

29 élèves.
26 élèves.

Titulaire : Michel Bimenyimana
Titulaire : Laurent Habimana
Titulaire : Arcadi Bushishi
» » » : Venanti Karamage
» » » : Lauriani Mivumbi
Titulaire : Petero Mukagaha
Titulaire : Joseph Ngendahimana

II. ECOLES DU IIème DEGRE :
I

ère

année :
1) Batutsi
Ière section :
IIème section :
2) Bahutu :
Ière section :
IIème section :

IIème année:
1) section Batutsi :
2) section Bahutu :

24 élèves.
22 élèves.

Titulaire : Leo Sebasaza
Titulaire : Isidore Nikobatuye

28 élèves.
22 élèves.

Titulaire : Aloys Mugoyi
Titulaire : Laurenti Hagenilyayo

25 élèves.
26 élèves.

Ttitul. : Guillaume Mbonyugabo
Titulaire : Petro Habimana

III. CLASSES SPECIALES (SUPPLEMENTAIRES) :
1) section Batutsi (Ier et IIème degré)
2) section Bahutu (Ier et IIème degré)
3) futurs moniteurs

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Tit. : Guillaume Mbonyugabo
Tit. : Wenceslas Ndegeya
Tit. : Ignace Ngayabosha

4) Ecole de français
Total :
381 élèves

Tit. : Joseph Habiyambere
17 instituteurs

----------------------------------------------------

MISSION DE KANSI (Nyaruhengeri)
.......................................................................

A Kansi les locaux scolaires ne suffissent pas aux besoins. Deux bâtiments (4 classes) nouvellement construits en matériaux durables ont bonne
apparence ; d’autres sont projetés, mais en attendant on doit se contenter de
vieilles masures aménagées tant bien que mal et où la bonne volonté des
élèves et des moniteurs est passablement mise à l’épreuve. D’autre part le
mobilier scolaire est loin d’être suffisant : 4 divisions sur 6 ont des bancs, en
trop petit nombre encore. Là aussi, il faut bien reconnaître qu’on ne peut pas
tout faire à la fois : le poste est en reconstruction depuis quelques années et
absorbe l’activité des menuisiers qui n’ont, de ce fait, que très peu de temps
à consacrer à l’installation scolaire. Néanmoins on a fait effort là aussi pour
l’éducation de la jeunesse tant « Mututsi » que « Muhutu ».
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

1) Section Batutsi : Le titulaire est Yoakim Libonande qui a fait autrefois
ses études au Petit-Séminaire et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il est zélé et méthodique, mais sa tenue laisse beaucoup à désirer. Il sera difficile de la changer sous ce rapport-là.
Il a 83 élèves inscrits avec une moyenne de 65 présences par jour. C’est
beaucoup trop évidemment pour une classe ; mais je l’ai déjà dit, il nous
manque là des locaux et j’ajoute que les moniteurs sont encore en petit
nombre.
Ils commencent à lire et une dizaine d’entre eux lisent assez couramment ; ils écrivent les lettres sur ardoise. Une cinquantaine connaissait la
table de multiplication et tous savent l’addition, la soustraction et la multiplication de petits nombres.
2) Section Bahutu : titulaire est Medico Bizimana (certificat pédagogique à
titre provisoire). Il semble qu’il ne sera pas un bon instituteur n’étant pas très
intelligent. Néanmoins il s’applique et fait assez bien pour cette classe de
débutants ; on se servira de lui encore en attendant mieux.
Il a 62 élèves inscrits avec une moyenne de 25 présences par jour seulement. Vingt savent lire couramment ; tous apprennent l’écriture sur ardoise.
Ils connaissent à peu près tous la table de multiplication et on leur enseigne
l’addition et la soustraction de petits nombres.

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IIème ANNEE :

Cette section de deuxième année ne comprend que des Batutsi. Le titulaire est Aloyisi Habalugira qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. C’est un moniteur sérieux, très méthodique et qui
fait progresser ses élèves.
Il a 34 élèves inscrits avec une moyenne de 25 présences par jour. A peu
près tous lisent couramment : une dizaine commencent à écrire quelques
mots. Ils connaissent la table de multiplication et ne font encore que
l’addition et la soustraction de petits nombres.
Que l’on ne s’étonne pas d’un bagage intellectuel aussi restreint chez ces
élèves : ils savaient si peu au début de l’année !
I. ECOLES DU IIème DEGRE
Ière ANNEE :

2) Section Bahutu : Le titulaire est Gervasi Msemakweri qui est excellent
comme moniteur et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Malheureusement il a été dans une situation défavorable par rapport
au local ; il a fait sa classe dans la même salle que Medico Bizimana et le
local n’est pas suffisamment vaste pour qu’il n’y ait pas gêne de part et
d’autre. Cette situation va changer incessamment.
D’autre par les jeunes gens de cette catégorie ne peuvent venir régulièrement 4 fois par semaine principalement à cause des journées de corvée qu’ils
doivent fournir. Ils sont 23 inscrits et parmi eux se trouvent une dizaine de
Batutsi.
IIème ANNEE :

Batutsi : Le titulaire est Fidèle Rwibuka qui a fait ses études au PetitSéminaire de Kabgayi et a même commencé son Grand Séminaire. Il a évidemment la science suffisante, mais n’est pas merveilleux au point de vue de
la tenue, de la propreté et aussi de la docilité.
Le nombre des élèves inscrits est de 27 avec une moyenne de 22 présences chaque jour. Ils ont étudié un peu de « français » déjà et ont vu les
4 opérations en arithmétique. Néanmoins il m’a paru que les progrès réalisés
ne sont pas assez marquée et il devrait y avoir plus d’ardeur et plus d’entrain.
D’ailleurs c’est l’impression que j’ai eue en visitant ces écoles : il n’y a
pas la vie et l’entrain que l’on rencontre ailleurs quand les élèves sont en
récréation et les moniteurs eux-mêmes ne font pas beaucoup d’efforts pour
corriger cette apathie. Il y aura peut-être moyen de changer cela peu à peu.
Notons que le Père Durand, Directeur des écoles, donne aux élèves
Batutsi des leçons d’arpentage, piquetage des routes, tenue des registres

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des chefferies : toutes choses qui ont valu à Kansi les félicitations de
Monsieur l’Administrateur d’Astrida. Les jeunes gens Batutsi ont aussi
à la Mission leurs petits jardins personnels organisés par le P. Durand.
Je dois signaler en terminant ces aperçus sur les écoles de Kansi qu’il y a
encore une école enfantine, école préparatoire à l’école du Ier degré. Le titulaire est Xavier Sempeshyi (certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire) : ces enfants au nombre de 80 (28 garçons et 52 filles) apprennent la
lecture des lettres et un peu de calcul mental.
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Kansi :
I. ECOLE ENFANTINE :

80 élèves.

Titulaire : Xavier Sempeshyi

II. ECOLES DU Ier DEGRE :
a) Ière année :
1) Batutsi :
2) Bahutu :
b) IIème année : Batutsi :

83 élèves
52 élèves
34 élèves

Tit. : Yoakimi Libonande
Titulaire : Medico Bizimana
Tit. : Aloysisi Habalugira

III. ECOLES DU IIème DEGRE :
a) Ière année : 1) Batutsi :
2) Bahutu :
b) IIème année : Batutsi :

27 élèves
52 élèves
27 élèves

Tit. : Phocas Rwamigabo
Tit. : Gervasi Msemakweri
Titulaire : Fidèle Rwibuka

Total :

326 élèves

7 instituteurs

-----------------------------------------------MISSION DE KIGALI
.......................................

Il n’y avait l’année dernière à Kigali qu’un bâtiment scolaire définitif
comprenant 3 salles convenables. Les autres locaux scolaires avaient une
allure de vétusté peu attrayante ; on a fait effort pour modifier cette situation
et on a construit en matériaux durables une nouvelle école comprenant deux
classes bien propres et bien aérées. Un bâtiment similaire est encore en construction, et, en attendant, un hangar couvert en paille et bien fermé a été remis dans un état de propreté suffisante pour donner deux classes convenables, de sorte que les sept salles disponibles actuellement pour les écoles
de Kigali nous permettent de loger nos 205 élèves inscrits.
Dans cette localité nous avons surtout affaire aux écoliers Batutsi à
l’exclusion presque complète de l’élément « muhutu ». Nous n’avons en
effet qu’une quinzaine de Bahutu parmi nos élèves.
A quoi tient cette absence presque totale des Bahutu à l’école de Kigali ?
En voici deux raisons principales, semble-t-il :

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1) La proximité du marché où bon nombre d’entre eux passent leur matinée à
flâner : quelques-uns vont y exposer leurs produits et revenant avec le gousset bien garni ne voient pas beaucoup l’utilité de la science, car leur petite
expérience leur dit trop qu’ils peuvent encore se tirer d’affaire sans cela.
2) Un travail rémunérateur qu’ils trouvent facilement chez les commerçants
ou au « Boma » les intéressent bien d’avantage que les livres. Au surplus ce
travail rémunérateur qu’ils trouvent facilement est plutôt doux ; il semble
qu’on ne regarde pas tant le travail fourni que les heures de présence et
néanmoins le paiement est relativement élevé surtout qu’ils ont le « posho »
pour la journée : ce qui est plus qu’appréciable en temps de disette.
Nous allons donner maintenant un aperçu détaillé des écoles de la Station
telles qu’elles ont été organisées depuis Octobre 1927.
I. ECOLES DU Ier DEGRE

Le grand nombre d’élèves ignorant encore à peu près tout de la lecture et
de l’écriture a obligé le Père chargé de l’école à diviser en plusieurs sections
les écoliers de Ière année.
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Michel Karamuka. Cet instituteur a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il est très régulier, mais
ne donne pas pleine satisfaction au point de vue de l’activité et du zèle à
s’occuper des ses élèves.
Le nombre des élèves inscrits est de 29 ; les plus grands sont à peine âgés
de 12 ans. En comptants 225 jours de classe nous arrivons à une moyenne de
177 présences. Ces enfants commencent les premiers éléments de la lecture
dans le syllabaire ainsi que l’écriture des lettres sur ardoise.
Quant à l’arithmétique, ils apprennent à lire et à écrire les chiffres et font
de petites additions sur les nombres de 1 à 10.
L’installation est toute provisoire : ils ont des sièges pour s’asseoir et
tiennent l’ardoise sur leurs genoux pour écrire. Les bancs sont constitués par
des pieux fixés en terre sur lesquels est clouée la planche qui sert de siège.
b) IIème section : Le titulaire est Karoli Kayanda, catéchiste-instituteur au
service de la Mission depuis de longues années. Il n’a pas un très grand bagage de connaissances intellectuelles, mais a tout ce qu’il faut pour faire une
classe de Ier dégré, en attendant que nous ayons mieux. Il a obtenu un certificat d’aptitude à titre provisoire.
Le nombre des élèves inscrits est de 33 ; la moyenne des présences
s’élève à 160 sur 225 jours de classe. Ce sont des jeunes gens de 14 à 25 ans.
Ils sont au même niveau d’instruction que ceux de la Ière section et leur mobilier scolaire est identique.

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c) IIIème section : Le titulaire est Leonardi Kanyombya qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. De lui aussi on peut être content
au point de vue exactitude et bonne volonté ; un peu plus de propreté dans
les livres et les cahiers serait à souhaiter mais il faut dire à sa décharge que le
manque de mobilier scolaire y est pour quelque chose.
Le nombre des élèves appartenant à cette catégorie est de 26. Le nombre
moyens des présences est pour chaque élève de 186 pour 225 jours de classe.
Cette section comprend les élèves qui sont un peu plus avancés que ceux des
deux sections précédentes pour la lecture et l’écriture. Ils ont fini le sylabaire
et commencent à lire dans les livres qui servent aux plus avancés. Ils écrivent sur l’ardoise et font des exercices de lecture d’écriture manuscrite au
tableau noir. Ils font aussi de petites additions et soustractions sur les chiffres
de 1 à 10 et quelques petits problèmes sur ces nombres.
d) IVème section : Le titulaire est Athanase Kinimba, lequel a obtenu un diplôme définitif. C’est un excellent jeune homme, un peu mou cependant. Il a
été assez fidèle à son travail malgré les préoccupations incessantes que lui
donne l’administration de son petit bout de colline. Les élèves de cette section au nombre de 22 avec une moyennes de 190 présences pour 225 jours
de classe, sont un peu plus avancés que ceux des 3 sections précédentes : ils
ont été mis à part, du fait que l’on vise à avoir une classe un peu homogène
avec des élèves d’égale force à peu près. Ils savent lire un texte suivi et écrivent déjà assez convenablement sur le cahier. Au point de vue arithmétique,
ils sont au même niveau que les élèves des 3 sections précédentes.
IIème ANNEE :

Le titulaire est Servandi Bikuramuchi (certificat d’aptitude pédagogique à
titre provisoire). Il est très régulier et semble très aimé de ses élèves : ceux-ci
sont au nombre de 29 avec une moyenne de 177 présences sur 225 jours de
classe. Ils écrivent assez couramment et lisent de même. Ils ont quelques
notions de la géographie de l’Afrique ; ils s’habituent aux petits problèmes
sur les 4 opérations des nombres de 1 à 100.
II. ECOLES DU IIème DEGRE
Ière ANNEE :

Le titulaire est Wenceslas Bapfakulera, un jeune homme « mutusi »
qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. C’est un
très bon sujet qui prend à cœur ses fonctions, est très docile envers le Père
Directeur de l’école et s’évertue à suivre ponctuellement le programme tracé.
Il y a 31 élèves inscrits avec pour chacun une moyenne de 160 présences
pour 225 jours de classe.

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Lecture et écriture courante : n’ayant pas un très grand choix de livres de
lecture encore, ils ont entre les mains le petits livre de géographie en « kiswahili » intitulé « DUNIA » qui a l’avantage de leur donner les premiers
éléments de géographie générale comme préparation à la géographie détaillée de leur pays. Le calcul porte encore sur les 4 opérations des chiffres de
1 à 1000. Ils s’habituent aux problèmes sur chacune de ces opérations et font
déjà quelques problèmes sur 3 opérations combinées.
Le Père Directeur vient de commencer pour un cours de « français ».
Leur classe est assez bien installée dans un local définitif ; il nous manque
encore des cartes géographiques, comme un peu partout d’ailleurs.
IIème ANNEE :

Le titulaire est Chrysostôme Muhama (certificat d’aptitude à titre définitif) qui a fait ses études à l’école de Nyanza. C’est un excellent sujet, tout à
sa classe et désirant faire avancer ses élèves. Nous n’avons qu’à nous féliciter de son travail.
Il y a 28 élèves inscrits avec une moyenne de 176 présences sur 225 jours
de classe.
Ils font de temps en temps une petite rédaction tantôt en « kiswahili » et
tantôt en « kinyarwanda » ; mais ils ont encore beaucoup de progrès à réaliser sous ce rapport-là. Il leur manque des tableaux et des spécimens des
poids et mesures pour l’enseignement intuitif du système métrique. Pour
l’arithmétique, ils font les 4 opérations sur les nombres de 1 à 1000 ainsi que
des problèmes combinés sur les 4 opérations.
Un cours de « français » leur est donné deux fois par semaine et ils connaissent les dix premières pages des « PREMIERS ELEMENTS DE FRANÇAIS », excellent opuscule en usage au Petit-Séminaire de Kabgayi, et que
nous avons adopté provisoirement pour nos écoles primaires.
REMARQUE : Le nombre des absences dans toutes les classes peut paraître
assez considérable au premier abord. Je dois faire remarquer qu’il n’est pas
complètement conforme à la réalité, et voici pourquoi :
1) Pour obtenir plus de régularité, le Père Directeur fait l’appel dès que les
élèves sont entrés, donc à 8 heures, et il y a toujours quelques retardataires
avec ou sans raison. Il y a des jeunes gens qui demeurent à distance de
2 heures et plus : un peu de brume le matin les trompe, un peu de pluie les
arrête. D’autres ont des plaies et veulent se faire soigner par le médecin
avant de venir à l’école : ils doivent naturellement attendre leur tour comme
tout le monde.
2) Ces jeunes gens demeurent en général assez loin de leurs parents et de
temps en temps arrivent des bruits de maladie du père ou de la mère ou d’un
parent quelconque auquel cas il est très compréhensible qu’ils demandent

51

une permission pour aller les visiter. Il arrive aussi à ces jeunes gens de devoir s’abstenir pour des procès dans lesquels ils sont appelés à défendre leurs
terres, leurs collines, ou quelqu’un de leurs hommes, soit au tribunal indigène soit au tribunal européen.
3) Certains on souvent un autre motif d’absence à l’école. Les grands chefs,
dans leurs voyages se font accompagner par eux. Ainsi je remarque un jeune
homme qui n’a que 8 présences en deux mois parce qu’il a dû accompagner
Rwubusisi (sic) à peu près continuellement.
4) Il y en a d’autres qui doivent conduire au « Boma » les vaches à traire,
fournir les stères de bois imposés, conduire les hommes de corvée, etc...
autant de motifs par conséquent qui nuisent à la régularité scolaire.
Néanmoins, la conclusion qui s’impose, c’est que l’œuvre scolaire à la
Mission de Kigali, est en bonne voie d’organisation et si nous sommes aidés
dans une large mesure, j’ai bon espoir pour l’avenir.
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Kigali :
I. ECOLES DU Ier DEGRE :
a) I

ère

année :
1) Ière section :
29 élèves.
2) IIème section : 33 élèves.
3) IIIème section : 26 élèves.
4) IVème section : 22 élèves.

b) IIème année :

Titulaire : Michel Karamuka
Titulaire : Karoli Kayanda
Titulaire : Leonardi Kanyombya
Titulaire : Athanase Kinimba

29 élèves

Titulaire : Servandi Bikuramuchi

II. ECOLES DU IIème DEGRE :
a) Ième année :
31 élèves.
b) IIème année :
27 élèves
Total : 198 élèves

Titulaire : Wencelas Bapfakulera
Titulaire : Chrysostôme Muhama
7 instituteurs

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MISSION DE RWAMAGANA
......................................................

Cette Mission fondée en Février 1919 n’a pas eu le développement rapide
auquel on aurait pu s’attendre : la situation s’améliore depuis quelques temps
et n’était la famine qui est venue entraver l’œuvre cette année-ci, les écoles
auraient pu progresser elles aussi. Je n’ai pas trouvé là des éléments pour
commencer une école du IIème degré. D’ailleurs si les élèves sont peu avancés et pas très nombreux, il faut avouer que les moniteurs eux aussi sont en
nombre très restreint et ont encore de sérieux progrès à réaliser pour être à la

52

hauteur de leur tâche. Le local est suffisant pour les besoins actuels ; il y a
4 salles bien propres de 4 mètres sur 6 m.
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Fransiski Gasigigi qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il est très régulier et a très bonne
volonté.
Il y a dans cette section 34 élèves inscrits (ce sont des catéchumènes) : la
famine qui a sévi durant l’année n’a pas été favorable à l’assiduité des
élèves. On a enregistré une moyenne de 20 présences par jour. Quelques-uns
parmi eux lisent déjà assez bien : tous ont commencé à écrire sur papier et ils
font un peu de calcul.
b) IIème section : Le titulaire est Gregori Kinyogote qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Très régulier et très bonne volonté.
Cette section est formée des postulants au catéchuménat. Fort nombreux
au début, à tel point qu’on avait dû les diviser en deux sections ; la famine
les avait un moment dispersés et il a fallu de nouveau les remettre ensemble.
Ils sont actuellement 52 inscrits avec une moyenne de 40 présences journalières.
Ils apprennent les lettres et les chiffres et commencent à écrire sur
l’ardoise.
IIème ANNEE :

a) Ière section : Batutsi : A défaut de titulaire diplômé ou assimilé, c’est un
nommé Kazindu, le plus avancé d’entre eux qui est chargé de cette section
sous la direction du Père Directeur de l’école. C’est une situation anormale,
mais il a été impossible de faire mieux jusqu’ici. Ce jeune homme y met
toute sa bonne volonté, mais il n’a pas la science requise pour être à la hauteur de ses fonctions.
Au début de l’année scolaire ces élèves n’étaient qu’une douzaine ; il y en
maintenant 29 inscrits avec une moyenne de 20 présences par jour : neuf
d’entre eux savent lire et écrire couramment et connaissent les 4 opérations.
b) IIème section : Bahutu : Le titulaire est Augustino Banyaga qui a obtenu
un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Très régulier, il a aussi très bonne volonté.
Il y a 30 élèves inscrits dans cette section, mais à cause de la famine, il
n’y en a plus que 21 qui viennent dont 15 très régulièrement. On en compte
14 qui lisent et écrivent couramment et connaissent les 4 opérations.

53

Une école pour Bahutu est en train de se former à Gatisibu. Jusqu’ici le
manque de mobilier scolaire avait empêché l’organisation de cette école ;
maintenant ils ont reçu de Ruaza les bancs nécessaire. Le maître, Fransisko
Sebugwegwe est un jeune Mututsi, très bon sujet et qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire.
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Rwamagana :
ECOLES DU Ier DEGRE :
a) Ière année :
1) Ière section :
34 élèves.
2) IIème section : 82 élèves.

Titulaire : Fransisko Gasigigi
Titulaire : Gregori Kinyogote

b) IIème année :
1) Ière section :
29 élèves.
2) IIème section : 30 élèves.

Titulaire : Kazindu
Titulaire : Augustino Banyaga

Total :

145 élèves

(4) instituteurs

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MISSION DE ZAZA
...................................

Il y a beaucoup à faire encore dans cette Mission au point de vue de
l’installation scolaire. A part une belle salle de classe attenante à l’église
provisoire destinée à devenir les écoles, les autres bâtiments scolaires sont
encore en briques non cuites : il faut avouer qu’ils n’ont pas très belle apparence, mais ils disparaîtront peu à peu.
Le mobilier scolaire d’autre part est asse pauvre : tableaux noirs, bancs,
cartes sont en quantité insuffisante.
Malgré tout on a tâché de faire quelques progrès au point de vue organisation, pas assez cependant à mon gré.
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Petro Gafuku (certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif). Très bon instituteur qui a beaucoup d’aménité et de
savoir-faire : il s’intéresse à ses fonctions et fait tout ce qui dépend de lui
pour rendre agréable son enseignement.
Il y a 70 élèves : sur 48 Batutsi inscrits, plus de 20 ne viennent
presque pas. Je ne puis savoir encore le véritable motif de ces abstentions.
Mais d’une façon générale, on est frappé à Zaza du peu d’enthousiasme que
mettent les gens à venir chercher l’instruction autant de la part des Batutsi
54

que de la part des Bahutu. Pour les premiers semble bien que le chef Rukara, fils de Kanuma, n’est pas étranger à cette situation qui tranche tant sur
celle des autres provinces du Ruanda. La disette aussi a été pour quelque
chose, cette année, dans cette situation anormale.
b) IIème section : Le titulaire est Mikaeli Nsengereza qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Bon instituteur pour les débutants, sachant patienter, reprendre et recommencer.
Ses élèves sont au nombre de 72 avec une moyenne de 60 présences par
jour. Il y a là beaucoup de bonne volonté et il semble que cette catégorie
fournira de bons éléments l’année prochaine pour organiser des classes pouvant suivre à peu près les programmes du Ier degré.
c) IIIème section (catéchumènes) : Le titulaire est Symphorien Luboha qui
fit autrefois ses études au séminaire de Rubya, puis passa quelques années au
Grand-Séminaire de Kabgayi. Assez bon instituteur, ne connaissant cependant guère de « français » ; il n’est d’ailleurs pas très intelligent.
Il a 65 élèves et la classe se fait l’après-midi ; très peu de progrès,
semble-t-il, provenant surtout du manque de méthode de la part du moniteur : j’espère que cela changera.
Ces trois sections que j’appelle du Ier degré, Ière année, sont très peu avancées et ce serait plus juste de les appeler écoles préparatoires ; je ferai faire
un triage à ma prochaine visite et envisage la possibilité d’organiser des
classes plus homogènes tendant à une réalisation plus stricte des programmes.
II. ECOLES DU IIème DEGRE
Ière ANNEE

Le titulaire est Noel Kanyamuhungu qui a fait ses études complémentaires au Petit-Séminaire de Kabgayi (certificat d’aptitude pédagogique à
titre définitif). Il a la science plus que suffisante, par conséquent, mais il est
un peu hautain, parfois trop sévère pour ses élèves, ce qui ne peut contribuer
à donner de l’enthousiasme à ses écoliers. Il a été réprimandé sévèrement et
semble vouloir se corriger.
Il a 30 élèves dans cette classe avec une moyenne de 24 présences par
jour, et comme science, lecture et écriture courante ainsi que les 4 opérations.
IIème ANNEE

Le titulaire est Petro Lwandindiri qui a fait toutes ses études au PetitSéminaire de Kabgayi et a à peu près terminé son Grand-Séminaire. Il est
bien instruites et parle très bien le « français » ; ayant assumé les fonctions

55

d’instituteur dans le courant de cette année, il est encore bien difficile de se
prononcer sur sa valeur professionnelle.
Il a 32 élèves inscrits, lesquels sont un peu plus avancés que ceux de
Ière année. La moyenne des présences journalières est de 25.
En résumé, il y a beaucoup à faire pour les écoles de Zaza tant au point de
vue de la conformité aux programmes qu’au point de vue l’installation matérielle. Je m’était attendu à de meilleurs résultats : évidement le travail de la
mission proprement dit a observé la grande partie de l’activité des Missionnaires de Zaza ; leurs occupations ont été augmentées du fait que venus tous
deux dans le courant de l’année dans cette Mission, ils ont du d’abord
s’orienter et faire connaissance avec leurs ouailles. D’autre part la disette qui
a suivi cette année dans la région n’a pas manqué d’avoir sa répercussion sur
l’enthousiasme des écoliers : « Ventre affamé n’a point d’oreille ». Puis la
grande difficulté du Kissaka, c’est l’engouement des voyages et du travail à
Bukoba où les payements se font en shilling.
Ajoutons encore que les « Banyakissaka » ont horreur du travail et de
l’effort !!
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Zaza :
Ecoles du Ier degré : Ière année :
1) Ière section :
70 élèves.
Titulaire : Petro Gafuku
2) IIème section : 72 élèves.
Titulaire : Mikaeli Nsengereza
3) IIIème section : 65 élèves.
Titulaire : Symphorien Luboha
Ecoles du Ier degré :
a) Ière année :
b) IIème année :
Total :

30 élèves.
32 élèves.

Titulaire : Noel Kanyamuhungu
Titulaire : Petro Lwandindiri

269 élèves

5 instituteurs

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MISSION DE RULINDO
...........................................

La Mission de Rulindo, occupée par les Prêtres indigènes depuis fin
1926, a des bâtiments scolaires suffisants pour les besoins actuels. Une bâtisse en briques cuites et couverte en tuiles comprend 3 belles salles de
classes dont deux contiennent des bancs. Un hangar fermé donne encore
3 salles qui peuvent abriter convenablement les écoliers.
Dans mon premier rapport j’avais cru pouvoir parler pour Rulindo
d’écoles du IIème degré, Ière et IIème année ; je ne puis maintenir cette dénomination prétentieuse et je dois dire, pour être conforme à la vérité, qu’il n’y a
encore à Rulindo que des écoles du Ier degré qui nous donneront bientôt, je

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l’espère, les éléments suffisants pour une école du IIème degré. Il ne faut pas
oublier qu’ici nous sommes dans le « Rukiga » d’abord, puis en territoire
de la famille « mututsi » des « Batsobe ». Il ne faut donc pas s’attendre à
des merveilles !
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Mercure Bachurisha, instituteur de fortune
qui s’acquitte d’ailleurs assez bien de ses fonction.
Il a comme élèves 48 enfants qui se préparent à la première Communion
et reçoivent avec l’instruction religieuse, les premiers éléments de la lecture.
b) IIème section : Le titulaire est Phocas Lukera qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Sa classe est composée de 40 enfants qui apprennent également les premiers éléments de la lecture.
c) IIIème section : Le titulaire est Mattayo Muramira (certificat d’aptitude
pédagogique à titre provisoire) ; il est régulier et a bonne volonté. Il a classe
4 fois par semaine pour des élèves partagés en deux groupes de 22 et de
35 élèves : chaque groupe ne vient que deux fois par semaine
Les groupes ont dû être ainsi partagés pour le moment. Avec ces deux
classes par semaine pour chacun, les résultats ne sont évidemment pas très
tangibles.
d) IVème section : Le titulaire est Kallisti Binyugunyugu (certificat à titre
provisoire) ; on est assez peu content de lui, car il manque de régularité et de
docilité.
Il a 40 élèves inscrits, lesquels ne viennent que 2 fois par semaine. Aussi
ils ne connaissent guère que les lettres de l’alphabet.
e) Vème section : Le titulaire est Paulo Buguzi qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Ses élèves au nombre de 46 viennent en classe 3 fois par semaine seulement. Ce sont des catéchumènes un
peu plus avancés que les précédents.
f) VIème section : Le titulaire est Ildephonse Rurangabo qui n’a pas eu
l’occasion encore de passer ses examens en vue de l’obtention du certificat
d’aptitude pédagogique, mais qui a une instruction suffisante.
Ses élèves sont au nombre de 29 et ne viennent également que 3 fois par
semaine. Ils lisent déjà convenablement mais n’ont pas encore commencé
l’écriture.
g) VIIème section : qui a comme titulaire Patrisi Kananiyundi, lequel a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire et s’acquitte bien de
ses fonctions. Il a 50 élèves qui sont réguliers et lisent assez couramment.

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IIème ANNEE :

Les Batutsi étant trop peu nombreux et de force inégale n’ont pu jusqu’ici être mis dans une section à part.
a) Ière section : Le titulaire est René Munene qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a bonne volonté, est régulier et
très docile.
Ses élèves sont au nombre de 54 avec une moyenne de 14 par jour. Ce
grand nombre d’absence est motivé en partie par la corvée et aussi par le fait
des parents qui retiennent souvent leurs enfants pour les aider dans leurs
travaux.
Ils savent un peu écrire, un peu mieux lire et connaissent les 2 premières
opérations d’arithmétique. Ils reçoivent quelques notions de géographie et
d’hygiène.
b) IIème section : Le titulaire est Anandie Bazimya, acien élève du Séminaire, un des meilleurs moniteurs de Rulindo. Il a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire.
c) IIIème section : Le titulaire est Louis Rwamachumu qui a fait ses études
au Petit-Séminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il a bonne volonté, est régulier, mais ne sait pas encore
maintenir l’ordre dans sa classe.
Ses élèves sont au nombre de 28 avec une moyenne de 23 présences par
jour. Ils lisent couramment, écrivent assez bien et connaissent les 4 opérations des nombres entiers.
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Rulindo :
ECOLES DU Ier DEGRE :
Ière année :
a) Ière section :
48 élèves.
b) IIème section : 40 élèves.
c) IIIème section : 35 élèves.
d) IVème section : 40 élèves.
e) Vème section : 46 élèves.
f) VIème section : 29 élèves.
g) VIIème section : 50 élèves

Titulaire : Mercure Bachurisha
Titulaire : Phocas Lukera
Titulaire : Mattayo Muramira
Titulaire : Kallisti Binyugunyugu
Titulaire : Paulo Buguzi
Titulaire : Ildephonse Rurangabo
Titulaire : Patrisi Kananiyundi

58

IIème année :
a) Ière section :
54 élèves.
b) IIème section : 33 élèves.
c) IIIème section : 28 élèves.
Total :
403 élèves

Titulaire : René Munena
Titulaire : Ananie Bazimya
Titulaire : Louis Rwamachumu
10 instituteurs

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MISSION DE RUAZA
.........................................

Ici également nous sommes dans le « RUKIGA » et les « Balera » estiment moins pénible de manier la houe toute la journée qu’un livre pendant
une heure. Les écoles du Ier degré de la Misson de Ruaza ne comprennent
pour le moment que les différentes séries de catéchumènes pour lesquels on
exige la lecture pour être admis au baptême. Evidemment, il y aura lieu de
réviser cette organisation, car tous les élèves qui sont dans les différentes
sections du IIème degré ne sont pas encore capables de suivre les programmes
donnés pour cette catégorie : ceux du Ier degré, d’ailleurs, ne remplissent pas
toutes les conditions d’une école régulière puisque, somme toute, jusqu’ici
ils n’ont guère appris qu’à lire. Il faut se rappeler que là comme dans la plupart de nos Stations, on ne peut faire un bouleversement complet du jour au
lendemain : question de prudence et de doigté, question de ressources aussi
non moins que de personnel restreint vu la multiplicité des œuvres dans cette
Mission.
I. ECOLES DU Ier DEGRE

a) Ière section : Le titulaire est Edwardi Bivahagumye qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire et qui fait bien son travail.
Il a 74 élèves inscrits avec une moyenne de 60 présences par jour. Néanmoins je dois faire remarquer que les élèves de cette catégorie ne viennent
que 2 fois par semaine.
b) IIème section : Aussi le même moniteur a une autre division qui comprend
51 élèves inscrits avec une moyenne de 46 présences par jour, lesquels viennent 3 fois par semaine.
c) IIIème section : Le titulaire est Fransisko, qui n’a pas encore passé
d’examen ; il se prépare. Il y a 94 inscrits avec une moyenne de 80 personnes par jour. Ceux-là ne viennent que 2 fois par semaine.
d) IVème section : Le titulaire est Fideli Gisuma, un vieux moniteur pas très
savant, mais qui a l’instruction suffisante pour apprendre à ses élèves les
premier éléments de la lecture et de l’écriture. Il y a dans la classe 70 inscrits

59

avec une moyenne de 55 présences par jour ; ils ne viennent que 3 fois par
semaine.
e) Vème section qui a le même titulaire ; les élèves de cette section venant les
3 autres jours de la semaine. Ils sont 34 inscrits avec une moyenne de
25 présences par jour.
f) VIème section : le titulaire est Norberti Zirabona qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire et s’acquitte convenablement de ses
fonctions. Il a 28 élèves inscrits avec une moyenne de 25 présences par jour
et 4 jours par semaine.
g) VIIème section : Le titulaire est Joseph Bakinira qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il donne toute satisfaction.
Ses élèves sont au nombre de 28 également avec une moyenne de 25
présences par jour.
Comme je l’ai dit en commençant, dans toutes ces sections en dehors de
l’instruction religieuse, ils n’ont guère appris que la lecture.
I. ECOLES DU IIème DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est un nommé Jules, placé là récemment sans
encore avoir passé d’examen.
Il a 56 élèves inscrits avec une moyenne de 44 présences par jour. Ils
savent lire et commencent à écrire convenablement ; quelques-uns connaissent l’addition.
b) IIème section : Le titulaire est Amédée Ntibilingirwa qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. C’est un ancien maître
d’école dont on peut se contenter en attendant mieux.
Il a 44 élèves inscrits avec une moyenne de 36 présences par jour. Ils
lisent à peu près couramment ; une vingtaine écrit assez convenablement.
Pour le calcul ils en sont à l’étude des 3 premières opérations.
IIème ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Dominique Bazirake qui a fait ses études au
Petit-Séminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique
à titre définitif. Il s’acquitte assez convenablement de ses fonctions.
Sur 28 élèves inscrits, il y a une moyenne de 25 présences par jour. Ils
savent tous lire couramment et écrivent d’une façon convenable. Tous connaissent 3 opérations et une bonne moitié sait faire une petite division.

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b) IIème section : Le titulaire est Ignace Ndenzayo qui fait également ses
études au Séminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif.
Ses élèves sont également au nombre de 28 avec une moyenne de 25
présences quotidienne. Ils sont un peu plus avancés que ceux de la section
précédente.
J’ai dit en commençant cet aperçu sur les écoles de Ruaza, la dénomination de IIème degré est un peu forcée. Il faudra bien encore une année ou deux
avant que ces élèves aient l’instruction suffisante pour justifier leurs présence dans cette catégorie
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Ruaza :
I. ECOLES DU Ier DEGRE :
a) Ière section :
b) IIème section :
c) IIIème section :
d) IVème section :
e) Vème section :
f) VIème section :
g) VIIème section :

74 élèves.
51 élèves.
94 élèves.
70 élèves.
34 élèves.
28 élèves.
28 élèves

Titulaire : Edwardi Bivahagumye
Titulaire : Edwardi Bivahagumye
Titulaire : Fransisko
Titulaire : Fideli Gisuma
Titulaire : Fideli Gisuma
Titulaire : Norberti Zirabona
Titulaire : Joseph Bakinira

II. ECOLES DU IIème DEGRE :
a) I

ère

année :
1) Ière section :
2) IIère section :
b) IIère année :
1) Ière section :
2) IIère section :
Total :

56 élèves.
44 élèves.

Titulaire : Jules
Titulaire : Amédée Mtibilingirwa

28 élèves.
28 élèves.

Titulaire : Dominique Bazirake
Titulaire : Ignace Ndenzayo

535 élèves
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9 instituteurs

MISSION DE NYUNDO
.............................................

Nos BAGOYI, indigènes du territoire de Kisenyi, sont moitié Banyarwanda et moitié Banyabungo, avant tout grands commerçants dès
leur jeune âge. Comme établissement scolaire, il y a 4 salles de classes bien
aménagées, en briques cuites et couvertes en tuiles ; le mobilier scolaire est
assez convenable : on y trouve chaises, tableaux noirs, bancs d’école et
quelques cartes murales. Néanmoins tout cela est loin d’être suffisant : on y
arrivera peu à peu. Dans un premier rapport fin 1927, j’avais cru pourvoir
mentionner pour Nyundo une école du IIème degré, suivant les renseignements qui avaient été fournis : étant donné la science des élèves, je ne puis

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plus maintenir cette dénomination et je dois classer toutes les divisions dans
le Ier degré. Peut-être arriverons-nous cette année-ci à avoir une Ière année du
IIème degré.
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Leo Luhara qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il n’est pas brillant, mais il a ce
qu’il faut pour instruire des commençants.
Ses élèves, en effet, au nombre de 67, sont des commençants dans toute
la force du terme puisqu’ils apprennent les premiers éléments de la lecture et
de l’écriture : ce n’est que quand ils y sont initiés déjà qu’ils passent dans la
section suivante. La moyenne des présences est de 50 par jour.
b) IIème section : Le titulaire est Thaddée Sebuzamba qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il forme très vite à l’écriture des
élèves qui n’en connaissent rien jusqu’-là ; par contre il a moins de succès
pour leur apprendre la lecture.
Il a 46 élèves inscrits avec une moyenne de 38 présences par jour. Ils
apprennent à lire et à écrire. Pour l’arithmétique, ils en sont à la lecture et
écriture des chiffres, petites opérations d’un chiffre, et apprendre la table de
multiplication.
IIème ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Asteri Semivumbi qui a la science suffisante
puisqu’il a fait toutes ses études au Petit-Séminaire de Kabgayi et a passé
quelques années au Grand-Séminaire. Il a obtenu un certificat d’aptitude
pédagogique à titre définitif. Il s’acquitte fort bien de sa charge et sait bien
tenir ses élèves. Ceux-ci sont au nombre de 34 avec une moyenne de 20 présences par jour. Il faut tenir compte à propos de ces absences si nombreuses,
de l’épidémie de dysenterie qui a sévi au Bugoyi et y a fait de nombreuses
victimes : il faut remarquer aussi que ces Bagoyi étant essentiellement commerçants, les enfants et jeunes gens accompagnent très facilement leur père
sur toutes les routes où ils vont se poster pour effectuer leurs ventes et
achats. Tous les élèves de cette section savent lire couramment ; leur écriture
est bien formée si on leur donne un modèle à suivre, mais il en va tout autrement si on leur fait faire une dictée ou si on leur demande de rédiger une
lettre. Ils savent faire les 3 premières opérations de nombres entiers ainsi que
la division avec un seul chiffre au diviseur ; ils commencent quelques petits
problèmes sur ces mêmes opérations.

62

b) IIère section : Le titulaire est Claveri Ruzuba qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il a une très bonne écriture et forme
bien ses élèves sous ce rapport. Il est très assidu et sait bien tenir ses élèves.
Il y a 34 élèves inscrits et une moyenne de 25 présences par jour. Ils lisent à peu près couramment ; pour l’écriture, ils sont moins avancés que
ceux de la section précédente et sont encore incapables de faire une dictée.
Pour l’arithmétique, ils font les autres opérations ; pour division évidemment
il ne doit y avoir qu’un seul chiffre au diviseur.
Il y a encore à côté de ces classes régulières d’autres classes qui se font
l’après-midi pour les catéchumènes, et à Nyundo, il n’y a guère que des filles
dans ces sections scolaires de l’après-midi, les garçons aimant mieux suivre
les classes régulières du matin.
Les filles n’apprennent là que la lecture, en dehors de l’instruction religieuse.
Il y a 3 sections :
a) Ière section :
19 élèves.
b) IIème section :
6 élèves.
c) IIIème section : 15 élèves.

Titulaire : Augustino Gashyimbo
Titualire : Saturnin Kaligenzi
Titulaire : Albert Ntibakunze

Evidemment ces sections de filles appellent une toute autre organisation
et les classes devront se faire tout naturellement chez les Sœurs qui ont
d’ailleurs déjà des classes régulières pour les petits enfants, les fillettes et les
jeunes filles.
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Nyundo :
Ière ANNEE :
a) Ière section : 56 élèves.
b) IIème section : 46 élèves.

Titulaire : Leo Luhara
Titulaire : Thaddée Sébuzamba

IIème ANNEE :
a) Ière section :
b) IIème section :

Titulaire : Asteri Semivumbi
Titulaire : Claveri Ruzuba

34 élèves.
28 élèves.

Catéchumènes (filles) :
ère

a) I section :
19 élèves.
b) IIème section : 6 élèves.
c) IIIème section : 15 élèves.
Total :

Titulaire : Augustin Gashyimbo
Titulaire : Saturnin Kaligenzi
Titulaire : Albert Ntibakunze

221 élèves

7 instituteurs

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MISSION DE MIBIRIZI
.............................................

Les locaux ne sont pas encore suffisants pour les nombreux élèves qui
fréquentent l’école de Mibirizi ; il y a cependant deux belles salles de classe
proprement construites et comportant un mobilier sinon complet, du moins
assez considérable. Cinq autres belles salles et matériaux définitifs servent
aussi aux écoles, mais là les bancs font encore défaut.
Nous n’avons mis à la disposition des élèves cette année que des livres en
« kiswahili » ; ils se plaignent de ne pas avoir de livres en « kinyarwanda » ;
un livre est à l’impression et on travaille à d’autres traductions.
I. ECOLES DU Ier DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Le titulaire est Augustin Frere qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a la science suffisante pour instruire des commençants, mais son propre caractère léger lui donne peu
d’autorité sur ses élèves.
Il a 89 inscrits avec une moyenne de 70 présences par jour. Ils lisent dans
le syllabaire et commencent à écrire sur l’ardoise.
b) IIème section (classe de l’après-midi) : Le titulaire est Albert Boy qui a
obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif : c’est dire qu’il a
la science suffisante étant d’ailleurs très intelligent. Il est d’autre part plein
de bonne volonté et dévoué à son travail. Il a 48 élèves inscrits avec une
moyenne de 43 présences par jour ; ils savent lire un peu et ont commencé à
écrire.
c) IIIème section (après-midi) : Le titulaire est Romano Ntabyera qui a un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a la science suffisante,
a bonne volonté et s’acquitte régulièrement de ses fonctions.
Il a 35 élèves inscrits et une moyenne de 29 présences par jour. Ils lisent
presque que couramment et ont commencé à écrire.
d) IVème section (après-midi) : Le titulaire est Bonaventure Bahenda qui a
obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire : bon sujet,
sérieux et dévoué.
Il a 42 élèves inscrits avec une moyenne de 30 présences par jour. Ils
lisent les syllabes et commencent à écrire.
e) Vème section (après-midi) : Le titulaire est Justin Sembeba (cert. à titre
provisoire). Bon sujet, suffisamment instruit, sérieux et plein de bonne volonté.

64

Il a 133 élèves inscrits avec une moyenne de 95 présences par jour. Ils
commencent la lecture des syllabes et sont à leurs débuts pour l’écriture.
f) VIème section : section spéciale des petits enfants. Le titulaire est Phillippe
Bishashari qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a la science suffisante pour instruire des commençants ; par ailleurs
plein de bonne volonté.
Ses élèves au nombre de 110 sont assez irréguliers, la moyenne des présences journalières n’étant que de 70 environ. Ils apprennent à lire les lettres
et écrivent des barres sur l’ardoise.
g) VIIème section : des petits enfants encore : Le titulaire est Stefano Kanyesapfu qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a
bonne volonté ! néanmoins il trouve le travail fastidieux et aimerait mieux
avoir à faire une classe plus intéressante : cela se comprend !
Il a 103 élèves inscrit qui se distinguent aussi par leur peu d’assiduité à
l’école. La moyenne des présences est de 65 par jour. Pour la science ils en
sont au même point que ceux de la section précédente.
IIème ANNEE :

a) Ière section : Batutsi : Le titulaire est Mamerti Ngurube (certificat d’aptitude à titre provisoire). Il a la science suffisante et s’acquitte convenablement de ses fonctions.
Ses élèves sont au nombre de 38 avec une moyenne de 28 présences par
jour. C’est une classe assez peu homogène, les uns étant beaucoup plus
avancés que les autres : il faudrait deux divisions, ce que l’on tâchera de
faire.
b) IIème section : Batutsi : Le titulaire est Pascal Semaruba qui a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire et s’acquitte bien de ses
fonctions
Sur 36 élèves inscrits, il y a une moyenne de 29 présences par jour. Ils
lisent couramment et écrivent assez bien ; ils connaissent un peu les 4 opérations.
II. ECOLES DU IIème DEGRE
Ière ANNEE :

a) Ière section : Batutsi : Le titulaire est Cyprien Kanyantore qui a fait
quatre année d’études au Petit-Séminaire de Kabgayi : il est à la hauteur de
sa tâche et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif.
Il n’y a que 17 élèves dans sa classe mais ils sont très réguliers : presque
pas d’absences. Ils écrivent assez bien, lisent couramment, connaissent les
4 opérations et un peu de système métrique.

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b) IIème section : Bahutu : Le titulaire est Herménégild Boy qui a fait ses
études au Petit-Séminaire de Kabgayi ; Il n’est pas très intelligent, tant s’en
faut ! Il a cependant obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Sa bonne volonté est au-dessus de tout éloge.
Il a 18 élèves qui, pour la régularité et la science, sont dans les mêmes
conditions que ceux de la section précédente.
Les élèves de ces deux sections vont commencer incessamment l’étude
du « français ».
Statistique de l’établissement scolaire urbain de la Mission de Mibirizi :
ECOLES DU Ier DEGRE :
ère

I année :
a) Ière section :
89 élèves.
b) IIème section : 48 élèves.
c) IIIème section : 35 élèves.
d) IVème section : 42 élèves.
e) Vème section : 133 élèves.
f) VIème section : 110 élèves.
g) VIIème section : 103 élèves

Titulaire : Augustin Frere
Titulaire : Albert Boy
Titulaire : Romano Ntabyera
Titulaire : Bonaventure Bahenda
Titulaire : Justin Sembeba
Titulaire : Philippe Bishashari
Titulaire : Stefano Kanyesapfu

IIème année :
a) Ière section :
b) IIème section :

Titulaire : Mamerti Ngurube
Titulaire : Paschal Semaruba

a) Ière section :
b) IIème section :
Total :

38 élèves.
36 élèves.

ECOLES DU IIème DEGRE :
17 élèves.
Titulaire : Cyprien Kanyantore
18 élèves.
Titulaire : Herménégild Boy
669 élèves

11 instituteurs

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MISSION DE MURAMBA
..............................................

Etant de fondation récente, cette Mission a encore très peu de choses en
fait de bâtiments scolaires ; et d’ailleurs l’école de la Station a jusqu’ici assez peu de développement. Il n’y a qu’une école du Ier degré, Ière année, divisée en deux sections.
Le titulaire de l’école est Musa Matezanye qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il instruit assez bien, est régulier et
montre beaucoup de bonne volonté.
Il fait la classe à une dizaine d’enfants « batutsi » dans la matinée ; ces
élèves viennent bien régulièrement, savent un peu lire, écrire et calculer.

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L’après-midi il a une section de 50 élèves avec une moyenne de 40 présences par jour. Pour la science, ils en sont au même point que la section des
Batutsi.
En résumé l’œuvre scolaire urbaine de la Misson de Muramba se résout
à:
1 école du Ier degré, Ière année, avec 60 élèves et 1 instituteur.
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MISSION DE MURUNDA
.................................................

Cette Mission confiée à des Prêtres indigènes avait été abandonnée pendant un certain temps et était desservie comme succursale par les Missionnaires de Nyundo. Elle a été reprise fin 1927 par deux Prêtres indigènes :
l’Abbé Gallican Bushishi, Supérieur, et l’Abbé Joseph Bugondo. Les locaux
et les moniteurs font encore défaut et c’est pourquoi cette école de la Station
ne comprend qu’une seule section qui n’est pas très homogène : c’est à vrai
dire une école préparatoire à la future organisation.
Le titulaire est Nicolas Baturahenshi qui a obtenu un certificat d’aptitude
pédagogique à titre provisoire. Il s’acquitte assez bien de ses fonctions.
Il y a 55 élèves inscrits avec une moyenne de 40 présences par jour. Il
faut savoir que ces « Bakiga » cultivent beaucoup et que les parents retiennent souvent leurs enfants auprès d’eux pour qu’ils les aident dans leurs
travaux. Parmi ces élèves 22 savent lire couramment et 2 savent très bien
écrire. Ils connaissent l’addition, la soustraction et la multiplication des
nombres de plusieurs chiffres et on leur enseigne aussi un peu de géographie.
Malheureusement le matériel scolaire fait défaut et les stations voisines
ont encore tellement à faire pour meubler leurs propres écoles qu’il les est
impossible de venir au secours de Murunda pour l’instant. Il faut patienter !!
En résumé : 55 élèves et 1 moniteur.
Aperçu général sur les écoles urbaines du Vicariat du Ruanda.
(Statistique)
Mission
Kabgayi
Isave
Kansi
Kigali
Rwamagana
Zaza
Rulindo
Ruaza
Nyundo

Elèves
143
381
326
198
145
269
403
535
221

67

Instituteurs
7
17
7
7
3
5
10
9
7

Mibirizi
Muramba
Murunda

669
60
55

Total :

11
1
1

3405 élèves

85 instituteurs

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DEUXIEME PARTIE : ECOLES RURALES. (Chapelles-écoles)
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Il y a un grand nombre d’écoles rurales dans le Vicariat du Ruanda. Les
Missionnaires ont fait effort pour commencer à organiser celles qui existaient déjà et pour en créer de nouvelles.
Je ne puis donner encore beaucoup de détails sur l’œuvre scolaire dans
toutes nos succursales ; jusqu’ici il m’avait été impossible de les visiter. Le
Père Donders, inspecteur-adjoint, a commencé cette visite dans les chapelles-écoles des Missions d’Isave et de Kansi ; mais pour la plupart je n’en
donnerai que des renseignements très succincts et je me contenterai ordinairement d’une simple énumération de toutes ces écoles, indiquant la localité,
le nombre des élèves et le titulaire.
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ECOLES RURALES DE LA MISSION DE KABGAYI
...................................................................................................

Il n’y a pas moins de 75 chapelles-écoles occupées autour de la Mission
de Kabgayi, dont le territoire est d’ailleurs immense. L’école c’est pas encore organisée partout ; néanmoins il est bon de rappeler que la règle édictée
par Monseigneur le Vicaire Apostolique depuis longtemps déjà, oblige tous
les jeunes gens non mariés à savoir lire pour être admis au baptême : d’où il
s’ensuit que partout, même où il n’y a pas encore d’école organisée, on apprend que moins à lire.
Les succursales dans lesquelles l’école commence à être organisée sont
les suivantes :
1) MUYUNZWE : Le titulaire, distinct du catéchiste, est Damiani Senkunda
qui a obtenu en certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il fait la
classe à une vingtaine d’élèves. L’école et en matériaux durables.
2) KILENGERI : Le titulaire, distinct du catéchiste, est Joseph Kajangwe qui
a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il s’applique
à son travail et réussit : ses élèves, au nombre de 55 font de réels progrès en

68

lecture et en écriture. Ils font aussi un peu d’arithmétique. L’école est construire en matériaux durables et couverte de tuiles.
3) CHYEZA : Les tiutlaires sont au nombre de 3 : a) Jean-Baptiste Rwahihigi, b) Paschal Ntamwete, c) Gervasi Gacuma. Tous trois ont obtenu un certificat d’aptitudes pédagogique à titre provisoire.
Les élèves, au nombre de 75 sont à peu près tous « Batutsi ». L’école
construite en matériaux durables et couverte de tuiles comprend trois locaux
qui servent de classes.
4) KIVUMU : Le titulaire est Joseph Ndaruhutse (certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire). Il a 23 élèves qui viennent assez régulièrement et
parmi eux se trouvent plusieurs « Batutsi ». L’école construire en matériaux
durables comprend 3 salles.
5) MUSAMBIRA : Le titulaire est Laurenti Kilobafi, ancien élève du Petit
Séminaire (certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire). C’est un très
brave homme qui fait son possible pour instruire ses 79 élèves « Batutsi »,
mais qui est desservi par son installation trop rustique ; on est en train d’y
construire une école en matériaux durables.
6) MURAMBI : Le titulaire est Alfonsi Mfizi, ancien élève de l’école de
Nyanza, qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire ;
il donne toute satisfaction. Il a 28 élèves surtout « Batutsi ». L’école est en
matériaux durables.
7) NYAMIREMBE : Le titulaire est Stanislas Munyangango, ancien élève du
Petit-Séminaire (certificat à titre provisoire), qui fait la classe à une quinzaine d’élèves, sans compter les catéchumènes qui apprennent à lire.
8) RUKAMBURA : Le titulaire est Isidore Kyilemye, ancien élève du PetitSéminaire (certificat à titre provisoire) qui montre beaucoup de bonne volonté pour instruire les 25 élèves qui fréquentent son école.
9) MU MUSENYI : Le titulaire est Apollinari Nyaminani (certificat à titre
provisoire) qui fait bien son travail. Son école est bâtie en matériaux durables et ses 15 élèves font beaucoup de progrès
10) MU RUYANZA : Il y a là une construction en matériaux durables comprenant deux classes dans lesquelles viennent se faire instruire environ
150 élèves, « Batutsi » et « Bahutu ». Les deux instituteurs, Gratiani ... et
Melkiori Rutebuka ne sont pas diplômés.
11) RUSEKERA : 30 élèves viennent en classe. Le titulaire, Aniceti, n’est pas
diplômé. La construction est en briques (2 salles).
12) MUSHISHIRO : Le titulaire est Laurenti Kanyarwanda qui a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il y a là 2 salles en
briques cuites dans lesquelles 60 élèves viennent se faire instruire.
69

13) KIBANDA : Le titulaire non diplômé se nomme Isidori Ruhanyahanya ;
il fait la classe à 32 élèves dans une salle construite en matériaux durables et
comprend 3 salles.
14) GASAVE : Le titulaire est Dominiko Nzogera (certificat provisoire) ; il
est aidé par Dyonisi Gakuba (certificat d’aptitude définitif). Ils font la classe
à 70 élèves environ. L’école est construite en matériaux durables et comprend 3 salles.
15) SANZA : Le titulaire, Andrea Ruterana (certificat à titre provisoire) fait
la classe à une vingtaine d’élèves. La construction est en matériaux durables.
16) GIKO : Le titulaire est Anastasi Ruvumba qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire et fait la classe à une vingtaine
d’élèves. La construction est en matériel durables.
17) KU KAMONYI : construction en pisé ; en dehors du catéchiste il y a Yosefu Niyibizi (certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire) qui fait la
classe à 50 élèves environ.
18) KWICUKIRO : Le titulaire, Chrysanthi, n’est pas diplômé ; il fait néanmoins la classe à 70 élèves environ. L’école est construite en matériaux durables et comprend 4 salles.
19) RUGENDABALI : Le titulaire est Serapio Muharabuye qui a obtenu un
certificat d’aptitude à titre provisoire et fait la classe à 25 élèves. L’école
construite en matériaux durables, comprend deux salles de classes.
20) KADUHA : Le titulaire est Benedikto Bahunde (certificat d’aptitude à
titre provisoire). Il a 25 élèves et l’école est construite en matériaux durables
21) CHICHIRO : Le titulaire, Ferndinandi Ruhorabona, n’est pas diplômé. Il
fait la classe à 25 élèves et la construction est en matériaux durables.
22) MWENDO : L’instituer, distinct du catéchiste, est Tharcusius Gihana,
« mututsi », ancien élève de l’école de Nyanza (certificat à titre provisoire). Il fait la classe à 57 élèves dans une construction en matériaux durables.
23) GISEKE : Le titulaire, Yuliani Majoro, n’est pas diplômé. Il fait la classe
à 55 élèves dans une construction en matériaux durables.
24) GISHARU : dans le NDIZA : Le titulaire, Bartholomayo, n’est pas diplômé ; il fait la classe à une cinquantaine d’élèves ; sa femme, Rosalia, ancienne postulante chez les Sœurs, fait la classe aux petites filles « batutsi ».
La construction est en matériaux non durables.
25) KARAMBI : Le titulaire, Andrea, n’est pas diplômé non plus. Il fait la
classe à 20 élèves dans une construction en matériaux durables.

70

26) NYAGISOZI : L’école est une construction définitive dans laquelle Patrisi Ruboyi, non diplômé, fait la classe à 30 élèves.
27) JENDA : Le titulaire est Zoeli Sehene qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il fait la classe à une trentaine
d’élèves dans une construction en matériaux durables.
28) BURGWI : Le titulaire, Pancrace, n’est pas diplômé ; l’école est construite en matériaux durables et il y a 40 élèves.
Des autres succursales, un certain nombre ont été construites en matériaux durables, les
autres sont encore en matériaux provisoires et seront remplacées peu à peu. Partout il y a un
embryon d’école : les enfants et jeunes gens apprennent tous à lire.

Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Kabgayi :
Localités
Elèves
Titulaires
1) Muyunzwe
2) Kilengeri
3) Chyeza
4) Kivumu
5) Musambira
6) Murambi
7) Nyamirembe
8) Rukambura
9) Mu Musenyi
10) Mu Ruyanza
11) Busekera
12) Mushishiro
13) Kibanda
14) Gasave
15) Sanza
16) Giko
17) Ku Kamonyi
18) Kwicukiro
19) Rugendabali
20) Kaduha
21) Chichiro
22) Mwendo
23) Giseke
24) Gisharu
25) Karambi
26) Nyagasozi
27) Jenda
28) Burgwi
Total :

20
55
75
23
79
28
15
25
15
150
30
60
32
70
70
20
50
70
25
25
25
57
55
50
20
30
30
40

Damiani Senkunda
Joseph Kajangwe
3 instituteurs
Joseph Ndaruhutse
Laurenti Kilobafi
Alfonsi Mfizi
Stanislas Munyangango
Isidore Kyilemye
Apollinaire Nyaminani
2 instructeurs
Aniceti
Laurenti Kanyarwanda
Isidori Ruhanyahanya
Dominiko Nzogera
Andrea Ruterana
Anastasi Ruvumba
Yosefu Niyibizi
Chrysanthi
Serapio Muharabuye
Benedikto Bahunde
Ferdinandi Ruhorabona
Tharcisio Gihana
Yuliani Majoro
Bartholomayo
Andrea
Patrisi Ruboyi
Zoeli Sehene
Pancrace

1194 élèves

71

31 instituteurs

ECOLES RURALES DE LA MISSION D’ISAVE
........................................................................................

Je donne simplement celles où l’organisation de l’école est plus avancée.
1) BUHIMBA : dans le territorie de Nyanza, colline de Kayondo. Les élèves
ne sont autres que les « ntore » de Kayondo, donc tous « Batutsi » et
sont partagés en deux sections.
a) Ière année : Le Titulaire est Secundi Sindubaza (certificat d’aptitude de
pédagogique à titre définitif ; c’est un jeune homme sans prétention qui fait
très bien sont travail. Il a dans cette section 50 élèves « Batutsi » qui viennent très régulièrement puisqu’ils sont sur place. Ils font de la lecture, de
l’écriture sur ardoise que du calcul sur les nombres de 1 à 10.
b) IIème année : Le titulaire est Thomas Rwangiyeho qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il semble être un bon moniteur.
Ses élèves, au nombre de 40, tous « Batutsi » ; ils savent assez bien lire
mais ne sont pas encore très avancés en arithmétique.
L’école est construite en pisé, blanchie à l’intérieur et a bon aspect. Il y a
trois locaux dont l’un est encore inoccupé.
2) CHYARWA : école qui se trouve dans le voisinage immédiat d’ASTRIDA.
Le titutlaire est Daniel Habimana (certificat à titre provisoire). A cause de la
proximité du centre européen, il y a assez peu d’élèves qui fréquentent
l’école, car ils vont en grand nombre chercher un travail plus immédiatement
rémunérateur chez les commençants. Il y a 23 élèves inscrits avec une
moyenne de 9 à 15 présences par jour. Ils y apprennent à lire et font un peu
d’arithmétique.
3) KU MUYIRA : construction en briques cuites, couverte de chaume et très
bien entretenue. Le moniteur, distinct du catéchiste, est Bartholomayo Migabo qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il
remplit convenablement ses fonctions. L’école avait commencé en Octobre
1927 avec 16 élèves ; ils sont maintenant 35 et ils viennent de plus en plus
nombreux parce qu’ils voient que l’on apprend quelque chose : ce qui
prouve en faveur du moniteur.
4) NDORA : dans le territoire d’ASTRIDA. Il y a là deux sections Ier degré,
Ière année.
a) Ière année : section comprennent 36 élèves, ayant comme instituteur
Arcadie Mukole, non diplôme ; ces enfants commencent à lire et à écrire.
b) IIème section : Le titulaire est Ananias Samvura (certificat à titre provisoire) ; 24 élèves sont inscrits et apprennent la lecture et l’écriture ; ils
font aussi un peu d’arithmétique.

72

5) GISAGARA : Le titulaire est Gabriel Ngendabanga qui a obtenu un certificat d’aptitudes pédagogique à titre provisoire : il a 23 élèves inscrits et une
moyenne de 15 présences par jour. Ce sont des commençants.
6) MBAZI : Le titulaire est Arcadie Bijanjari (certificat d’aptitude à titre provisoire). L’école n’est encore qu’une grande maison indigène, mais on va
construire incessamment en briques. Il y a 82 élèves.
7) KABUSANZE : Le titulaire, distinct du catéchiste est Melkior Mparikubgimana qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il
fait la classe à 24 élèves.
Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission d’Isave :
Localités
Elèves
Titulaires
1) Buhimba
90
2 instituteurs
2) Chyarwa
23
Daniel Bahimana
3) Ku Muyira
35
Batholomayo Migabo
4) Ndora
60
2 instituteurs
5) Gisagara
23
Gabriel Ngendabanga
6) Mbazu
82
Arcadi Bijanjari
7) Kabusunze
15
Melkior Mparikubgimana
Total :

337 élèves

9 instituteurs

-----------------------------------

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE KANSI
............................................................................................

1) NYANZA ya NYARUTEJA : Le titulaire est un jeune homme qui a passé
quelques années au Petit-Séminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre définitif : il s’appelle Donati Lutagisha.
Il a 45 élèves inscrits avec une moyenne de 34 présences par jour. Vingtdeux lisent couramment et écrivent assez bien. Pour l’arithmétique, ils savent un peu les 3 premières opérations.
Le local est un hangar en briques sèches, couvert en paille.
2) LINDA : Le moniteur est Paterni Nyagahakwa qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire : lui aussi a passé quelques années
au Petit-Séminaire de Kabgayi.
Il a 27 élèves inscrits avec une moyenne de 21 présences par jour. Il y a
parmi eux une dizaine de « Batutsi » ; 18 élèvent savent lire couramment et
quelques-uns écrivent assez bien. Pour le calcul ils en sont aux trois premières opérations.

73

Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Kansi :
Localités
1) Nyanza
2) Linda

Elèves
45
27

Total :

Titulaires
Donati Lutagisha
Paterni Nyagahakwa

72 élèves

2 instituteurs

------------------------------------------------

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE KIGALI
...............................................................................................

1) KAGUGU : Il y a là deux instituteurs diplômés à titre provisoire : ce sont :
a) Vincent Munyashongore et b) Stefano Gasiga, tous deux très zélés. Ils ont
53 élèves inscrits, gens simples et bien disposés et parmi eux il y a plusieurs « Batutsi ».
Cette chapelle-école est construite en matériaux mi-durables, en ce sens
qu’elle est bâtie en briques sèches et couverte en paille. Elle est située dans
la province du « Bwana-Chambwe », sur la colline de Kagugu appartenant
au chef Ruchibigango.
2) BWERAMVURA : Le titulaire est Andrea Ruzirabulema qui a fait ses
études au Petit-Séminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude
pédagogique à titre provisoire. La chapelle-école est installée sur le terrain
du chef Munyangondo dans la province du Buliza.
Le chef étant très bien disposé, les élèves se recrutent facilement. Il y
a 28 inscrits et parmi eux plusieurs « Batutsi ».
La force des élèves est assez variée ; ce n’est que l’année prochaine que nous
pourrons avoir une ou deux classes plus homogènes. Pour le moment ils
apprennent les premiers éléments de la lecture, de l’écriture et du calcul. Il
ne faut pas oublier que nous sommes encore à la période d’organisation et
les efforts des Missionnaires ont porté cette année principalement sur
l’organisation des écoles de la Station.
3) RUTARE : L’instituteur est Cosmas Nyandwi, ancien élève du PetitSéminaire, lequel a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il a tout ce qu’il faut pour bien faire, mais les conditions défavorables
dans lesquels il s’est trouvé ne lui ont pas permis de faire grand travail. Cette
chapelle-école se trouve sur la limite du Buliza et du Rukiga, région divisée
entre des petits chefs dont quelques-uns sont plus ou moins bien disposés,
paraît-il.
Les élèves se recrutent assez difficilement sans que nous puissions encore
bien nous rendre compte de la vraie raison. Certains chefs ne permettent pas
à leurs jeunes gens de venir, sous prétexte qu’ils doivent les envoyer à

74

l’école de Gatsibu. Il n’y a rien à redire à cela, si toutefois ils les y envoient,
car étant donné la population, il peut y avoir dans toutes les écoles plus
d’écoliers que nous ne pourrons en loger ; mais il est fort à craindre que ces
jeunes gens n’aillent nulle part.
Il y a eu 25 élèves qui ont été tellement ennuyés par Rwampungu qu’ils
ont déserté l’école. A la dernière heure j’entends que quelques-uns sont revenus malgré tout.
4) KAYANGA : L’instituteur est un jeune homme « mututsi » nommé Semulimo qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Le
chef de la colline est Habineza, sous-chef de Rwubusisi. Il y a un peu de
tiraillement entre ce chef et la Mission. Cette localité se trouve dans la province du « Bwana-Chambwe ».
L’école a dû être supprimée au commencement du mois de Mai à cause
de la famine. Il y avait jusqu’à 80 élèves. Malheureusement il n’y a pas encore de construction en matériaux durables.
5) KIYANZA : L’instituteur est Michel Ndamage qui a fait ses études à
l’école de Nyanza et y a professé ; il a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif. La chapelle-école est installée chez le chef Ndutiye
dans la province du Buliza.
Il y a 30 élèves et le nombre augmente de jour en jour. Un hangar a été
construit en matériaux provisoire.
6) KAVUMU : Le titulaire est Fransisko Rwabuhihi qui a un certificat
d’aptitude pédagogique à titre définitif. Il a près d’une centaine d’élèves.
Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Kigali :
Localités

Elèves

Titulaires

1) Kagugu
2) Bweramvura
3) Rutare
4) Kayanga
5) Kiyanza
6) Kavumu
Total :

53
28
25
80
30
100
316 élèves

75

2 instituteurs
Andrea Ruzirabulema
Cosmas Nyandwi
Semulimo
Michel Ndamage
Fransisko Rwabuhihi
7 instituteurs

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE RWAMAGANA
.............................................................................................................

Dans toute cette région du BUGANZA, la famine qui a sévi durant cette
année a été défavorable au plus haut point à l’organisation et à la prospérité
de l’œuvre scolaire.
1) KIHAYA : instituteur de fortune.
2) RURAMIRA : instituteur de fortune.
3) MUKALANGE : instituteur de fortune.
4) RUNDU : instituteur de fortune.
Ces chapelles-écoles sont occupées depuis 4 années. L’année dernière, il
y avait de 60 à 100 élèves dans chacune d’elles : à cause de la famine, tous
avaient cessé de venir. En ce moment il y a de nouveau à peu près une vingtaine d’élèves dans chacune de ces écoles : donc une moyenne de 80 élèves
pour ces 4 chapelles-écoles. Quelques-uns savent lire.
5) NYAMIRAMA : instituteur de fortune.
6) KABARE : instituteur de fortune.
7) MUNUNU : instituteur de fortune.
8) RWESERO : instituteur de fortune.
Ces succursales avaient été occupées l’année dernière : il y avait dans
chacune d’elles une trentaine d’élèves inscrits. La famine n’a pas permis de
faire faire des progrès à ces élèves qui avaient tous cessé de venir. Il y en a
maintenant 10 à 15 pour chacune de ces écoles. Leur science est presque
nulle ; ils débutent à proprement parler.
D’autres chapelles-écoles venaient juste d’être occupées quand la famine
a commencé, ce qui n’a pas permis d’y faire quelque chose. Ce sera mieux
l’année prochaine, espérons-le !
Statistique :
8 chapelles-écoles : environ 128 élèves et 8 instituteurs de fortune.
-----------------------------------

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE ZAZA
..........................................................................................

Il n’y en a trois qui dépendent de la Mission de Zaza.
1) RUKOMA : qui a pour titulaire Nabori Ntauraseka (sic) (certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire) : environs 30 élèves qui apprennent à lire seulement.
2) KIBARE dans le MIRENGE : le titulaire est Silvani Muhire qui a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire : 30 élèves.

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3) KAGASHI : qui a pour titulaire Paulo Muhozi, ancien élève du PetitSéminaire ayant obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire : 30 élèves.
Statistique :
3 chapelles-écoles : environ 90 élèves et 3 instituteurs.

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE RULINDO
.................................................................................................

1) GASAKA : Le titulaire est Deogratias Rugwabiza qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il s’acquitte très bien de ses
fonctions ; entretient d’excellentes relations avec les chefs et compte jusqu’a
200 écoliers dont 40 savent lire à peu près couramment.
2) NGARAMA : Le titulaire est Petro Boshuenda qui n’est pas très savant ; il
fait fonction d’instituteur en attendant que nous ayons mieux : lui-même
d’ailleurs vient suivre des cours à la Mission 2 fois par semaine afin de se
perfectionner un peu. Il a 35 élèves.
3) MURAMBI : Le titulaire est Venanti Bazasekwa qui n’a pas encore de
certificat d’aptitude mais qui a les connaissances suffisantes pour instruire
des commençants. Il a 72 élèves.
4) TUMBA : Le titulaire est Emmanuel Barengayabo qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a 24 élèves qui apprennent à
lire.
5) MUHONDO : Le titulaire est Anastase Mulembya qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. C’est un homme très zélé qui
s’acquitte consciencieusement de ses fonctions. Il a environ 110 élèves dont
38 lisent à peu près couramment.
6) RULI : au bord de la Nyavarongo. Le titulaire est Donati Bararwerekana
qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire : c’est un
homme de bonne volonté, docile mais un peu timide. Il a 56 élèves dont
26 commencent à lire convenablement.
7) GIHEMBA : Le titulaire est Beda Iyakalemye (certificat provisoire). Il a
52 élèves dont 15 commencent à lire assez bien.
8) BUSANANE : Le titulaire est Jovita Nzigiye (certificat à titre provisoire).
Il compte 71 élèves dont 29 savent lire à peu près convenablement.
9) KIGALI : Le titulaire est Sirilo Mashakalugo qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a 56 élèves.

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10) IRABA : Le titulaire est Yeronimo Muhindagiza (certificat d’aptitude à
titre provisoire). Il fait bien. Il a 56 élèves qui apprennent à lire et 17 d’entre
eux lisent assez bien.
11) BUMBA : Le titulaire est Joseph Ngaboyisonga qui n’a aucun diplôme,
mais a la science suffisante pour instruire des commençants.
12) MUYANZA : chapelle-école très importante à cause de la grande densité
de la population ; on va y bâtir une école en matériaux durables, cette fois.
Le titulaire est Augustino Nsabimana qui a obtenu un certificat d’aptitude à
titre provisoire et s’acquitte très bien de ses fonctions. Il a 128 élèves dans sa
classe et 39 d’entre eux lisent assez couramment. Il faudra donner un aide à
cet instituteur dès que la chapelle-école sera un peu mieux installée, car il est
impossible à un seul moniteur de faire de la bonne besogne quand il a à
s’occuper d’un si grand nombre d’élèves.
13) GIPFUNDO : Le titulaire est Xavier Mbonyinkebe qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire ; a fait quelques années
d’études au Petit-Séminaire de Kabgayi. Il est d’ailleurs plein de bonne volonté et s’acquitte convenablement de ses fonctions. Il a 92 élèves dont 11
savent lire couramment.
14) KARAMBO : chez Nyandekwe, sous-chef de Nturo. Le titulaire est Liberi Maruhe (certificat à titre provisoire). Il a 76 élèves dont 39 commencent à
lire convenablement.
15) CHYINZUZI : Le titulaire est Roki Ntamahungiro, moniteur de fortune
qui sait lire. Il vient chaque lundi à l’école des catéchistes à la Mission afin
d’augmenter un peu ses connaissances. Le mieux serait de le remplacer par
un titulaire plus apte, mais en attendant il rend service. Il a environ 82 jeunes
gens qui apprennent à lire.
16) SHYORONGI : Le titulaire est Ibrahimu Musekera qui a obtenu un certificat à titre provisoire et qui donne toute satisfaction. Il a 74 élèves dont
34 lisent assez bien.
17) GITOBAGE : chez Kayondo. Le titulaire est Alexis Gisaga, ancien élève
du Petit-Séminaire de Kabgayi (certificat provisoire). Il a bonne volonté et
fait bien sa classe. Sur 96 écoliers qui fréquentent son école, il y en a 33 qui
savent lire couramment.
18) NKANGA : Le titulaire est Generosi Kabgibgi qui n’a pas passé
d’examen mais qui donne satisfaction en attendant mieux. Il apprend à lire à
46 élèves.
A part 5 chapelles-écoles en matériaux durables, toutes les autres sont
encore des constructions provisoires ; en fait de mobilier scolaire il y a très
peu. Nous ferons le nécessaire dans la mesure où nos moyens le permettront.

78

Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Rulindo :
Localités
Elèves
Titulaires
1) Gasaka
2) Ngarama
3) Murambi
4) Tumba
5) Muhondo
6) Ruli
7) Gihemba
8) Busanane
9) Kigali
10) Iraba
11) Bumba
12) Muyanza
13) Gipfundo
14) Karambo
15) Chyinzuzi
16) Shyorongi
17) Gitobage
18) Nkanga
Total :

200
35
72
24
110
56
52
71
56
56
29
128
92
76
82
74
96
46
1355 élèves

Deogratias Rugwabiza
Petero Boshuenda
Venanti Bazasekwa
Emmanuel Barengayabo
Anastase Mulembya
Donati Bararwerekana
Beda Tyakamye
Jovita Nzigiye
Sirilo Mashakalugo
Yeronimo Muhindagiza
Joseph Ngaboyisonga
Augustino Nsabimana
Xavier Mbonyinkebe
Liberi Maruhe
Roki Ntamahungiro
Ibrahimu Musekera
Alexis Gisaga
Generosi Kabgibgi
18 instituteurs

----------------------------------ECOLES RURALES DE LA MISSION DE RUAZA
...........................................................................................
Sur 68 chapelles-écoles dont s’occupent les Missionnaires de Ruaza il n’y en a
pas moins de 42 dans lesquelles l’école est plus ou moins organisée. Je me borne
pour cette fois à la statistique :
Localités
1) mu Kiryi
2) Janja
3) Rubaga
4) Mutobo (ku Mukingo)
5) Rubona
6) Rusasa
7) Nkurura
8) Bumara
9) Nkumba
10) Rukore
11) Mutungu
12) Kivumu (Mbogo)
13) Kajwi

Elèves

Titulaires

103
165
46
66
18
104
86
73
22
56
62
67
120

Yohannes Bagaye
Yohannes Rulihose
Edwardi Kimonyo
Nabori Mitima
Matthias Rugaba
Sinezi Ntiryicha
Diocles Seminege
Marki Semarora
Edwardi Nyamjanja
Noel Ntirigorora
Philippe Mazabahe
Melkior Nchunguyinka
Zeno Senamenye

79

14) Muko
15) Kirangwe
16) Ruganda
17) Kayenzi
18) Rusebeya
19) Nyirabagume
20) Murambi
21) Bukamba
22) Muramba
23) Chuve
24) Karuganda
25) Ruhengeri
26) Gasiza
27) Kagano
28) Nyabushishiri
29) Gashondogo
30) mu Gahunga
31) Nyange
32) Nyundo
33) Kibitare
34) Rukenyerero
35) Rubona
36) Karangara
37) Tero
38) Nganzo
39) Chonde
40) Nyakinama
41) Mwumba
42) Remera
Total :

59
68
42
41
31
174
7
24
58
59
102
29
43
48
13
59
30
58
40
71
30
42
63
81
65
42
58
35
65
2561 élèves

Livini Barambwiko
Aloysi Baritubya
Joseph Girukubonye
Ananias Ntahobari
Melani Kamahari
Yohannes Ntakavuro
Simaki Mbonabaryi
Castuli Ndishutse
Bartholomayo Sebashongore
Diomedi Sebuyange
Tarasi Ntamwete
Bernardino Ndabahagumye
Yuli Ngayabanguka
Ibrahimu Ntamuheza
Didasi Bariyanga
Matthias Ruyogoza
Mikaeli Ndimunbanzi
Chrysanthi Nyirimanzi
Yakobo
Isaias Ruvamwabo
Mikaeli Ndimubanzi
Joseph Ayino
Petro Bakomeza
Jeremias
Alypio
Sykvestri Bushakiro
Bartholomayo Basangira
Zakarias Rukeratabaro
Ibrahimu
42 instituteurs

REMARQUE : Sur ces 42 instituteurs, 29 seulement ont obtenu leur certificat
d’aptitude pédagogique (à titre provisoire)) ; les autres sont des instituteurs de fortune qui savent lire et écrire et se préparent à passer leurs examens.
Dans toutes ces chapelles-écoles, les élèves reçoivent en dehors de l’instruction
religieuse, les premiers éléments de la lecture et de l’écriture. J’en relève environ 90
qui savent écrire un peu convenablement. Les progrès seraient moins lents si le matériel scolaire laissait un peu moins à désirer.
Il y a 16 chapelles-écoles construites en briques cuites.
-----------------------------------

80

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE NYUNDO
..............................................................................

1) KIVUMU : Le titulaire est Antoni Ndabona qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il est aidé dans sa tâche par Damiani Balegusa qui lui aussi a un certificat à titre provisoire. Ce dernier
s’acquitte beaucoup plus consciencieusement de sa charge que le titulaire qui
est un peu paresseux.
Il y a là 56 élèves inscrits avec une moyenne de 52 présences par jour ;
11 d’entre eux lisent à peu près couramment, les autres commencent.
2) KINYANZOVU : Le titulaire est Nicolas Bugwete (certificat à titre provisoire) ; il a bonne volonté et fait son possible pour s’acquitter convenablement de ses fonctions. Sur 47 élèves inscrits, il y a une moyenne de 43 présences par jour ; mais ils ne viennent encore que 3 fois par semaine.
3) RWERERE : Le titulaire est Paolo Bihizi qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a 35 élèves à l’école ; il pourrait
y en avoir davantage, mais les cultures (tabac) sont d’un rapport plus immédiat que la lecture et l’écriture, et les parents aiment mieux garder auprès
d’eux les enfants qui peuvent les aider dans leurs travaux.
4) MUHATO : près de Kisenyi. Le titulaire est Max Ntapuhwe (certificat à
titre provisoire) ; il travaille très bien et ses élèves apprennent vite à lire. Sur
60 élèves qui fréquentent son école, 30 commencent à lire convenablement.
5) KANOMBE : Le titulaire est Phocas Mbwejayabo (certificat à titre provisoire) ; il n’est pas très intelligent, mais donne satisfaction. Il a 38 élèves
dont 24 sachant lire assez convenablement.
6) BGITEREKE : Le titulaire est Matthieu Rwangano (certificat à titre provisoire) ; assez peu intelligent, mais faisant bien son travail. Il a 87 élèves dont
23 savent lire assez bien.
7) KANZENZE : Le titulaire est Simoni Ndekabantuma qui n’a pas subi
d’examen encore, mais qui à l’air de réussir. Cette succursale vient de commencer : il n’y a encore que 18 élèves.
8) NYUNDO (de Gahindo) : Le titulaire est Velani Majaja qui n’est pourvu
d’aucun diplôme, lui non plus : l’école vient de commencer il y a quelques
mois seulement. Il y a cependant 110 élèves déjà dont quelques-uns commencent à savoir lire.
D’autres chapelles-écoles sont en fondation autour de la Mission de
Nyundo ; je n’ai pas à les signaler puisque rien n’est encore organisé au
point de vue scolaire.
Dans celles qui existent on a dû ne pas trop exiger dès le début pour lancer l’école et si dans quelques-unes des anciennes les élèves viennent en
81

classe 4 jours par semaine, dans les nouvelles on a cru bon de ne demander
que 3 jours pour commencer ; on pourra augmenter quand l’œuvre sera bien
lancée : « On perd tout en voulant tout avoir ».
Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Nyundo :
Localités
Elèves
Titulaires
1) Kivumu
2) Kinyanzovu
3) Rwerere
4) Muhato
5) Kanombe
6) Bgitereke
7) Kanzenze
8) Nyundo (de Gahindo)
Total :

58
47
35
60
38
87
18
110
453 élèves

2 instituteurs
Nicolas Bugwete
Paolo Bihizi
Max Ntampuhwe
Phocas Mbwejayabo
Matthieu Rwangano
Simoni Ndekabatuma
Velani Majaja
9 instituteurs

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ECOLES RURALES DE LA MISSION DE MIBIRIZI
.................................................................................................

1) GASHYONGA : Le titulaire est Nicandri Ndayobotse qui n’est encore
pourvu d’aucun diplôme. Il a cependant la science suffisante pour apprendre
à ses élèves la lecture et l’écriture ainsi qu’un peu de calcul. Il a d’ailleurs
bonne volonté et réussit assez bien.
Les 48 élèves qui fréquentent son école sont assez réguliers : plusieurs
lisent assez bien ; ils viennent de commencer l’écriture.
2) GISAGARA : Le titulaire est Mariani Maronko (certificat à titre provisoire). Je ne puis rien dire de sa valeur professionnelle : on constate que ses
élèves ne font pas beaucoup de progrès et les 26 inscrits à son école ne brillent pas par leur régularité.
3) MULEHE : dans la province du KINYAGA, région du Biru. Le titulaire
est Andrea Shirambere (certificat à titre provisoire). Il ferait très bien si les
élèves étaient plus réguliers : ceux-ci au nombre de 33 sont très souvent empêches par le chef Ruberamuheto qui prend les enfants quand ils vont à
l’école pour les faire travailler chez lui. C’est réellement fâcheux qu’il en
soit ainsi, car les élèves en général sont assez intelligents et on pourrait arriver à des très bons résultats s’il était possible d’obtenir plus d’assiduité à
l’école.
4) MUSHAKA : Le titulaire est Basili Gahogo qui n’a pas encore obtenu de
certificat. Il a cependant la science suffisante pour le travail qui lui est de-

82

mandé ; il est d’ailleurs plein de bonne volonté. Il fait la classe à 24 élèves
qui sont plus ou moins réguliers parce qu’ils aiment déjà le petit commerce.
5) RWINZUKI : (Biru) Le titulaire est Herménégild Gashoma qui a obtenu un
certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il fait la classe à
36 élèves qui ne sont pas très assidus ni très intelligents.
6) ISHANGI : Le titulaire est Justini Semagaja (certificat d’aptitude à titre
provisoire). Il est aidé dans ses fonctions par un moniteur non diplôme, Alberti Sebakara. 150 élèves fréquentent assez régulièrement cette école et font
preuve de bonne volonté.
7) NYAMASHEKE : (qui sera bientôt un poste de Mission). Les deux titulaires ayant obtenu un certificat d’aptitude pédagogique sont : Xaveri Ntibanyendera, ancien séminariste, et Amosi Ngamije, le premier à titre définitif,
le second à titre provisoire.
8) NKANKA : Le titulaire est Klementi Nyaminani (certificat à titre définitif) ; il est à la hauteur de sa tâche et s’acquitte convenablement de ses fonctions. Il a pour l’aider un moniteur qui se prépare à subir l’examen en vue de
l’obtention d’un diplôme. 150 élèves fréquentent l’école et sont plus avancés
que dans les autres succursales au point de vue de la lecture de l’écriture et
du calcul.
9) GIHUNDWE : Le titulaire est Roki Ruzindu (certificat à titre provisoire. Il
est assez régulier et a bonne volonté. Il a 80 élèves qui viennent assez bien
mais ne savent pas encore grand’chose.
10) BUMAZE : Le titulaire est Paskali Nturo (certificat à titre provisoire).
Installé au début de Juillet, il a 48 élèves inscrits.
11) GASHYIRU : Le titulaire est Severini Kambari (certificat provisoire) qui
fait la classe à 35 élèves.
12) MWEZI : Le titulaire est Paulo Kinigi (certificat d’aptitude pédagogique
à titre provisoire). Il a 60 élèves qui apprennent à lire.
13) NYAMIBEMBE : Le titulaire est Salvi Kagajo (certificat à titre provisoire) qui fait la classe également à 60 élèves.
14) NYAMIRUNDI : Le titulaire est Balthazar Sembeba (certificat à titre
provisoire). Il fait la classe à 40 élèves.
15) IGABIRO : Le titulaire est Germani Ntwaramiheto (certificat à titre provisoire) qui fait la classe à 40 élèves.
16) ISHARA : Le titulaire est Thaddayo Bagaruka (certificat provisoire) qui a
110 élèves qui apprennent à lire.

83

Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Mibirizi :
Localités
Elèves
Titulaires
1) Gashyonga
48
Nicandri Ndayobotse
2) Gisagara
26
Mariani Maronko
3) Murehe
33
Andrea Shirambere
4) Mushaka
24
Basili Gahogo
5) Rwinzuki
36
Herménégild Gashoma
6) Ishangi
150
2 instiuteurs
7) Nyamasheke
100
2 instituteurs
8) Nkanka
150
Klementi Nyaminani
9) Gihundwe
80
Roki Ruzindu
10) Bumaze
48
Paskali Nturo
11) Gashyiru
35
Severini Kambari
12) Mwezi
60
Paulo Kinigi
13) Nyamibembe
60
Salvi Kagajo
14) Nyamirundi
40
Balthazar Sembeba
15) Igabiro
40
Germani Ntwaramiheto
16) Ishara
110
Thaddayo Bagaruka
Total :

1040 élèves

18 instituteurs

-----------------------------------

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE MURAMBA
.....................................................................................................

1) RAMBURA (Bushiru) : Cette chapelle-école est une ancienne Mission
fondée au début de la guerre et que les circonstances nous ont obligés
d’abandonner provisoirement : l’installation y est peu à peu près complète.
L’école est divisée en 3 sections.
Ière section : Le titulaire est Tito Rutabagisha qui a passé plusieurs années
au Petit-Séminaire de Kabgayi et a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre définitif : on est satisfait de son travail. Il y a plus de 25 élèves
dans sa classe et tous savent lire, écrire et connaissent un peu de calcul.
IIème section : Le titulaire est Gabriel Rukera qui a un certificat d’aptitude
pédagogique à titre provisoire. Il s’applique et semble vouloir devenir un
bon maître d’école. Il a 54 élèves dans sa classe : tous savent lire, un peu
écrire et font aussi quelque peu de calcul.
IIIème section : Le titulaire est Theodori Bachura qui est trop vieux pour se
préparer à un diplôme quelconque, mais qui donne satisfaction pour le travail qu’on lui demande, en attendant mieux. Il fait la classe à une vingtaine
d’enfants chrétiens auxquels il apprend les premiers éléments de la lecture.
2) KINTOBO : Le titulaire est Melkior Munanizi qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre définitif ; il est originaire de la Mission de
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Ruaza. Il a une trentaine d’élèves : tous savent lire, quelques-uns écrivent
convenablement. Ils font aussi un peu de calcul.
3) RULEMBO : Le titulaire est Aviti Karihejuru (certificat à titre provisoire).
Il a une centaine d’élèves inscrits, mais 30 seulement sont réguliers. Tous
savent lire, quelques-uns savent écrire ; ils font aussi un peu de calcul.
4) NYAMITANZI : Le titulaire est Yohanni Ntibaheba qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il est encore jeune et arrivera
à augmenter ses connaissances ; il peut devenir un bon moniteur. Il fait la
classe à une trentaine d’élèves qui tous savent lire ; plusieurs savent écrire et
quelques-uns connaissent un peu de calcul.
5) MULINGA : Le titulaire est Dominiko Ruhunge (certificat à titre provisoire). Il a très peu de succès ; manque de savoir-faire et devra être changé. Il
n’a qu’une vingtaine d’élèves qui viennent très irrégulièrement.
6) MWIYANIKE : Le titulaire est Lazare Ndayahoze (certificat provisoire). Il
n’est pas installé que depuis quelques mois et réussit fort bien. Il a déjà une
vingtaine d’élèves qui font de rapides progrès pour la lecture et l’écriture.
7) RUGARAMBIRO : (dans le Bushiru). Le titulaire est Zakaria Zirahira qui
n’a pas encore subi l’examen pour l’obtention d’un diplôme et que l’on a
installé il y a quelques mois seulement. Il a déjà une vingtaine d’élèves dont
quelques-uns sachant un peu lire et écrire.
8) KU LYINYO : (dans le Buhoma). Le titulaire est Adolfi Subganone qui a
obtenu un certificat à titre provisoire. Il a 25 élèves qui sont bien réguliers,
savent bien lire et s’appliquent maintenant à l’écriture et au calcul.
9) MURUNGU dans le Buhoma : Le titulaire est Damiani Nturo, instituteur
de fortune qui a très bonne volonté et a bien réussi dans l’enseignement de la
lecture. Il a une vingtaine d’élèves.
10) SHYILA : Le titulaire est Thaddayo Ndorimana qui a obtenu un certificat
à titre définitif : c’est un bon maître d’école. Il n’a encore qu’une quinzaine
d’élèves qui savent tous lire est s’appliquent à l’écriture et au calcul.
11) RUVUMBA : Le titulaire est Yohanna Batista Nzabandora (certificat à
titre provisoire) qui pourra devenir un bon instituteur, semble-t-il. Il a
25 élèves qui savent lire et quelques-uns savent un peu écrire.
12) BULIBA : Le titulaire est Fransisko Gatembe (certificat provisoire). Il
fait son possible, mais qu’une dizaine d’élèves, réguliers et sachant lire ;
quelques-uns savent un peu écrire.
13) BUKONDE : Le titulaire est Yuli Sebugondo (certificat provisoire). Il n’a
qu’une dizaine d’élèves qui s’appliquent à la lecture, à l’écriture et le calcul.

85

14) BIMANA (Matare) : Le titulaire est Damasi Bazigura (certificat provisoir
qui a une quinzaine d’élèves sachant lire ; ils ont commencé l’écriture et le
calcul.
15) BIMANA (mu Bachonogo) : Le titulaire est Dominiko Murasandonyi
(certificat à titre provisoire) d’une valeur professionnelle assez médiocre. On
tâchera de trouver mieux. Il n’a qu’une dizaine d’élèves.
16) MPARA : Le titulaire est Selsi Muburanumwe (certificat à titre provisoire) qui est plein de bonne volonté et réussit assez bien. Il a environ
25 élèves qui tous savent lire ; ils ont commencé l’écriture et le calcul.
17) BINDIRO : Le titulaire est Thaddayo Bakundufite (certificat à titre provisoire). Il a une vingtaine d’élèves qui apprennent la lecture, l’écriture et le
calcul avec beaucoup d’entrain.
18) RUHUNGA : Le titulaire est Patrisi Kabeba, instituteur de fortune qui
n’est pourvu d’aucun diplôme et qui d’ailleurs ne met pas beaucoup de zèle
dans l’exercice de ses fonctions ; il est à remplacer. Il n’a qu’une dizaine
d’élèves qui savent lire un peu et ont commencé à écrire.
19) GITARAMA : Le titulaire est Matthias Ntamvutsa, ancien élève du PetitSéminaire qui a obtenu un certificat d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il a une quinzaine d’élèves qui tous savent lire ; ils commencent à
écrire et font un peu de calcul.
Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Muramba :
Localités
1) Rambura
2) Rulembo
3) Kintobo
4) Nyamitanzi
5) Mulinga
6) Mwiyanike
7) Rugarambiro
8) Ku Lyinyo
9) Murungu
10) Shyila
11) Ruvumba
12) Buliba
13) Bukonde
14) Binana (Matare)
15) Binana (mu Bachonga)
16) Mpara
17) Hindiro

Elèves

Titulaires

99
30
30
20
20
20
20
25
20
15
25
10
10
15
10
25
20

3 instituteurs
Aviti Karihejuru
Melkior Munanizi
Yohanna (sic) Ntibaheba
Dominiko Ruhunge
Lazare Ndayahoze
Zakaria Zirahira
Adolfi Subganone
Damiani Nturo
Thaddayo Ndorimana
Yohanna B. Nzabandora
Fransisko Gatembe
Yuli Sebugondo
Damasi Bazigura
Dominiko Murasandonyi
Selsi Muburanumwe
Thaddayo Bakundufite

86

18) Rugunga
19) Gitarama
Total :

10
15

Patrisi Kabeba
Matthias Ntamvutsa

449 élèves

23 instituteurs

-----------------------------------

ECOLES RURALES DE LA MISSION DE MURUNDA
.....................................................................................................

1) GHISWATI : Il y a là deux instituteurs qui ont obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire ; ce sont Nikomedi Mushi et Vinsenti Rubabaza. Ils font la classe à 48 élèves.
2) KINUNU : Là aussi, les deux instituteurs Mamerti et Matthias Biti ont
obtenu un certificat à titre provisoire. Il y a 44 élèves.
3) MURAMBI : Le titulaire est Simoni Semalora qui a obtenu un certificat
d’aptitude pédagogique à titre provisoire. Il fait la classe à 26 élèves.
Statistique de l’œuvre scolaire dans les chapelles-écoles de la Mission de Murunda :
Localités
Elèves
Titulaires
1) Gishwati
2) Kinunu
3) Murambi

48
44
26

Total :

2 instituteurs
2 instituteurs
Simoni Semarora

118 élèves

5 instituteurs

Aperçu général sur les écoles rurales du Vicariat du Ruanda
(Statistique)
MISSION
Kabgayi
Isave
Kansi
Kigali
Rwamagana
Zaza
Rulindo
Ruaza
Nyundo
Mibirizi
Muramba
Murunda
Total :

Chapelles-Ecoles

Elèves

28
7
2
6
8
3
18
42
8
16
19
3
160 écoles

1194
337
72
316
128
90
1355
2561
453
1040
449
118
8113 élèves

-----------------------------------

87

Instituteurs
31
9
2
7
8
3
18
42
9
18
23
5
175 instituteurs

TROISIEME PARTIE
ECOLES DIRIGEES PAR LES SŒURS BLANCHES dans le RUANDA
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J’ai donné dans le cours de l’année des instructions pour orienter les écoles
dirigées par les Sœurs Blanches, vers la prochaine réalisation des programmes.
Voici dans quel sens :
« Jusqu’à l’âge de 8 ans les enfants des chrétiens sont à l’école enfantine. Il y
a parmi eux une section spéciale pour les enfants de 7 à 8 ans qui se préparent à
la première Communion, sans préjudice d’autres divisions qu’il est nécessaire
ou opportun de faire pour la bonne marche de cette école enfantine.
A l’âge de 9 ans, ces enfants devraient pouvoir entrer régulièrement dans une
classe du Ier degré. Il y aurait évidemment plusieurs classes de cette catégorie
tant pour les filles que pour les garçons si le nombre des élèves le demande.
A la fin de la Ière année, les enfants qui auraient le petit bagage d’instruction
requis passeraient dans la classe de IIème année du Ier degré. A 11 ans, la plupart
des petits garçons auraient une préparation suffisante pour entrer dans l’école du
IIème degré chez les Pères.
Pour les jeunes filles arrivées à ce même point de leur instruction, elles pourront continuer dans une école du IIème degré chez les Sœurs.
La grande question sera de préparer des institutrices : dans les Stations où les
Sœurs Blanches sont aidées par des Sœurs Indigènes, la chose sera plus aisée ;
mais encore les Sœurs Indigènes n’y suffiront pas si les écoles arrivent à être
bien lancées. Il faut préparer d’autres maîtresses indigènes, commençant par les
postulantes qui pourraient servir une année au moins avant de se perfectionner
au Noviciat, et en choisissant d’autres jeunes filles intelligentes.
Horaire à adopter dans ces écoles du Ier degré chez les Sœurs. (On suppose
que les élèves viennent en classe cinq jour par semaine : ce à quoi il faut arriver
le plus tôt possible.)
LUNDI

8h. à 8h.30 : Lecture.
8h.30 à 9h. : Ecriture.
9h. à 9h.15 : Récréation.
9h.15 à 9h.45 : Religion.
9h.45 à 10h.15 : Chant.
10h.15 à 10h.30 : Récréation.
10h.30 à 11h. : Calcul.
11h. à 11h.30 : Répétition de Religion.

88

MARDI

8h. à 8h.30 : Lecture.
8h.30 à 9h. : Ecriture.
9h. à 9h.15 : Récréation.
9h.15 à 9h.45 : Religion.
9h.45 à 10h.15 : Hygiène.
10h.15 à 10h.30 : Récréation.
10h.30 à 11h. : Calcul.
11h. à 11h.30 : Gymnastique.
JEUDI

8h. à 8h.30 : Lecture.
8h.30 à 9h. : Ecriture.
9h. à 9h.15 : Récréation.
9h.15 à 9h.45 : Religion.
9h.45 à 10h.15 : Causerie générale.
10h.15 à 10h.30 : Récréation.
10h.30 à 11h. : Calcul.
11h. à 11h.30 : Répétition de Religion.
VENDREDI

8h. à 8h.30 : Leçon de l’intuition.
8h.30 à 9h. : Ecriture.
9h. à 9h.15 : Récréation.
9h.15 à 9h.45 : Religion.
9h.45 à 10h.15 : Chant.
10h.15 à 10h.30 : Récréation.
10h.30 à 11h. : Calcul.
11h. à 11h.30 : Gymnastique.
SAMEDI

8h. à 8h.30 : Lecture.
8h.30 à 9h. : Calcul.
9h. à 9h.15 : Récréation.
9h.15 à 9h.45 : Religion.
9h.45 à 10h.15 : Causerie générale.
10h.15 à 10h.30 : Récréation.
10h.30 à 11h. : Calcul.
11h. à 11h.30 : Hygiène.
N.B. L’idéal est d’arriver à n’avoir des classes que de 25 à 30 élèves. Les
enfants, moins nombreux, profiteront beaucoup plus de l’enseignement donné, religieux et profane, que s’ils sont en très grand nombre ».

89

Voyons maintenant ce qui a été réalisé au point de vue scolaire dans les différentes Stations où se trouvent des Sœurs Blanches.
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MISSION DE KABGAYI (SŒURS)
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Les classes dirigées par les Sœurs Blanches de la Mission de Kabgayi
comprennent 4 divisions pour les enfants, 1 division pour les jeunes filles et
une section ménagère.
A la tête de chaque division d’enfants se trouve une Religieuse aidée
d’une monitrice. Ces monitrices sont choisies parmi les postulantes. Ellesmêmes suivent dans l’après-midi une classe spéciale où elles reçoivent, avec
l’instruction religieuse, des leçons d’écriture, de calcul, de couture ainsi que
quelques notions et conseils pédagogiques pour les aider dans leur tâche
auprès des enfants. De temps en temps elles sont chargées de donner la leçon
à la place de la Religieuse. Toutes ont plus ou moins le goût et d’aptitude
pour ce rôle d’institutrice ; pour leur instruction personnelle, elle montre
toujours beaucoup d’ardeur.
I. ENFANTS :

Ière division : 78 élèves inscrits, soit 32 garçons et 46 filles avec une de
60 présences par jour. Ces enfants apprennent la lecture, l’écriture et font un
peu de calcul mental sur les nombres de 1 à 10. Ils font aussi un peu de chant
et de gymnastique.
IIème division : Elèves inscrits : 102, soit 39 garçons et 63 filles. La
moyenne de présences est de 75 par jour. Ils en sont aux premiers éléments
de la lecture et un petit groupe commence à écrire les jambages.
IIIème division : Elèves inscrits : 64 soit 30 garçons et 34 filles. La
moyenne des présences est de 48 par jour. Ils commencent la lecture dans le
syllabaire.
IVème division : Cette division comprend 165 élèves soit 98 filles et
67 garçons qui commencent l’étude des lettres et des syllabes à l’aide de
tableaux.
II. JEUNES FILLES :

Il y en a 215 inscrits avec une moyenne de 190 présences par jour. Elles
ont classe deux fois par semaine de 8h. à 10h. Outre la lecture et le cours de
Religion, elles reçoivent quelques notions d’hygiène pratique et de connaissances usuelles.

90

ECOLE DES SŒURS BLANCHES POUR JEUNES FILLES A KABGAYI (ca. ?)

III. ECOLE MENAGERE :

Ouverte dans le courant de Décembre 1927, elle compte 37 élèves inscrites avec une moyenne de 30 présences par jour.
Outre l’instruction religieuse et morale, elles apprennent la lecture et
l’écriture (8 savent écrire à peu près sous la dictée et copient correctement).
Pour le calcul, les plus avancées connaissent l’addition et la soustraction des
nombres de 1 à 100. Elles ont appris quelques notions de géographie, à savoir : les tout premiers éléments, la terre, ses mouvements, l’orientation. Il
va sans dire qu’elles reçoivent aussi quelques notions d’hygiène.
Elles sont éduquées spécialement au point de vue des différents travaux
demandés dans les programmes : couture et vannerie, lessive, repassage,
cultures (1 matinée par mois).
----------------------------------------------

Statistique :
I. Enfants :

Ière division :
IIème division :
IIIème division :

78 élèves
102 élèves
165 élèves

91

II. Jeunes filles :
III. Ecole ménagère :

215 élèves
37 élèves

Total

661 élèves
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MISSION D’ISAVE (SŒURS)
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Les enfants, garçons et filles, qui viennent recevoir l’instruction chez les
Sœurs sont très nombreux et les locaux sont très insuffisants : il n’y a que
6 salles pour 11 divisions. Aussi tous les petits hangars, les petits coins, les
« barazas » sont utilisés pour loger tout ce petit monde. On pense pouvoir
commencer dès cette année la construction de nouveaux bâtiments donnant
13 salles qui nous permettront de mener à bien l’organisation scolaire commencée, à moins que nous soyons arrêtés par la modicité des ressources.
Il y a 5 divisions pour garçons et 6 divisons pour filles. Deux Sœurs
Blanches aidées de 7 monitrices indigènes (postulantes et Sœurs Indigènes)
s’occupent de l’instruction des petits garçons qui sont au nombre de 654. Dix
monitrices indigènes (postulantes et Sœurs Indigènes) s’occupent des 6 divisions de filles qui sont au nombre de 789.

LES SŒURS BLANCHES AVEC LEURS ELEVES A SAVE (ca ?)

92

Tout ce monde reçoit, outre l’instruction religieuse, les premiers éléments
de la lecture ; un bon nombre des plus avancés commencent à écrire passablement et font un peu de calcul.
Evidemment toutes ces divisions comportent un trop grand nombre
d’élèves pour que ceux-ci fassent des progrès. Nous voudrions arriver à
n’avoir pas plus de 50 élèves et moins par division, mais la grande difficulté
pour le moment, je l’ai dit déjà, c’est le petit nombre des locaux actuels.
On a commencé au mois d’Avril une école ménagère pour les filles avec
32 élèves ; Sœur Ignace en a été chargée : on a suivi à peu près le même
programme que pour l’école ménagère de Kabgayi. On vient d’ajouter une
deuxième division avec 35 filles encore. Comme c’est une école qui vient de
commencer, il est difficile d’en apprécier dès maintenant les résultats.
Statistique :
Ecole des garçons :
Ecole des filles :
Ecole ménagère :

654 élèves.
789 élèves.
67 élèves

Total

1510 élèves
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ISAVE
NOVICIAT SAINT JOSEPH dirigé par les Sœurs Blanches
pour la formation des Sœurs Indigènes.
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Il y a deux sections au noviciat : a) les novices proprement dites, et b) les
postulantes. Toutes ces futures Sœurs Indigènes suivent des cours qui leur
permettront plus tard de donner l’instruction dans les écoles confiées aux
Sœurs Blanches, et dans un avenir un peu plus éloigné, dans les Missions où
elles devront remplacer les Sœurs Blanches.
Tous les jours elles ont des classes où elles se perfectionnent dans la lecture, l’écriture et le calcul. Elles reçoivent des leçons de géographie et
d’hygiène et quelques principes de pédagogie ; elles apprennent aussi toutes
le « kiswahili ».
En outre elles s’exercent à tous les travaux manuels qui seront de leur
ressort plus tard et qu’elles devront enseigner aux autres : coutures, lavage,
repassage, tissage de nattes indigènes, tout travail de ménage, cuisine, tenue
de la maison, etc...

93

Pour tout ces travaux, elles sont continuellement sous la surveillance
d’une Sœur Blanche qui leur apprend à travailler avec soin et en procédant
par ordre. Les 3 Sœurs Blanches sont aidées dans leur tâche par 4 Sœurs
Indigènes.
Les locaux du Noviciat sont complètement indépendants et séparés de
ceux des Sœurs de la Mission d’Isave. En plus il y a 7 Sœurs Indigènes attachées à la Mission d’Isave et ayant aussi leur « couvent » propre. A la Mission de Ruaza il y a aussi 7 Sœurs Indigènes pour l’instruction des enfants et
des jeunes filles.

LES NOVICES DES SŒURS BLANCHES A SAVE (ca ?)

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Avant de quitter Isave, je fais remarquer qu’on ne parle pas de classes
spéciales pour mulâtres et mulâtresses : ces enfants ne sont pas assez nombreux pour avoir des classes spéciales et c’est pourquoi ils suivent les classes
ordinaires. On a construit pour eux un établissement en matériaux définitifs
comprenant 2 parties distinctes : une pour garçons et une pour filles. Il y a
2 dortoirs, 2 salles à manger, communs, cuisine pour les deux parties : le tout
entouré d’un mur en briques cuites.

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94

MISSION DE ZAZA (SŒURS)
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Les Sœurs ont été installées à Zaza fin Novembre 1926. De ce fait leurs
œuvres ne peuvent être très avancées encore.
Elles font la classe 4 fois par semaine à 357 élèves soit 122 garçons et
235 filles. Ces enfants sont groupés en 4 classes (construites en matériaux
durables) et chacune comprend 2 sections, l’une de garçons et l’autre de
filles. Ce sont les Religieuses elles-mêmes qui font ces classes, n’ayant pas
encore de monitrices indigène capables de les suppléer.
Il n’y a pas encore d’école ménagère : Les Sœurs on cependant commencé des travaux de vannerie avec quelques filles, mais ces débuts ne peuvent
encore prendre place dans ce rapport sur les écoles. Des métiers Jacquard ont
été commandés pour le tissage du coton.
MISSION DE RUAZA (SŒURS)
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Les enfants chrétiens sont classés en 9 divisions :
I. GARÇONS :
a) Ière division : Il y a 67 élèves qui savent à peu près tous lire courramment. Tous les jours ils reçoivent une leçon d’écriture, puis un peu de
calcul.
b) IIème division : 63 élèves dont quels-uns commencent à lire passablement.
c) IIIème division : 94 élèves. Ce sont les arriérés qui ont peu d’aptitude
pour apprendre à lire ou qui sont trop paresseux pour venir régulièrement
en classe. Aussi la moyenne des présences est de 50 par jour.
II. FILLES : a) Ière division : 90 élèves qui savent très bien lire. Chaque
jour,
elles reçoivent une leçon d’écriture et une vingtaine déjà écrivent très
bien à l’encre ; les autres écrivent sur l’ardoise. Elles ont commencé aussi
un peu de calcul.
b) IIème division : 113 élèves qui savent à peu près toutes lire couramment ; elles n’ont pas encore commencé l’écriture : la moyenne des présences est 100 par jour.
c) IIIème division : 62 élèves. C’est le pendant de la IIIème division des
garçons. Aussi la moyenne des présences est d’environ 30 par jour.
Il faut ajouter à ces écoliers et écolières 3 autres section de petits enfants
au nombre de 185 soit 98 garçons et 87 filles qui, avec l’instruction religieuse, apprennent les premiers éléments de la lecture.

95

En résumé les Religieuses de Ruaza, aidées des Sœurs indigènes, font la
classe à 322 petits garçons et 352 petites filles, soit au total : 674 élèves.
L’organisation pourra être mieux précisée : 5 nouvelles classes en matériaux définitifs viennent d’être construites et ont été terminées au début
d’Août.
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MISSION DE NYUNDO (SŒURS)
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Les écoles dirigées par les Sœurs de Nyundo sont réparties en 3 divisions
auxquelles il faut ajouter l’école enfantine pour les petits garçons et les petites filles de 5 à 7 ans.
Ière division : Sœur Gondanès aidée de 3 monitrices indigènes donne
l’instruction à 25 garçons et 45 filles. Tout ce monde apprend à lire et à
écrire en dehors du temps consacré à l’instruction religieuse.
IIème division : comprend 23 garçons et 45 filles. Sœur Louisa aidée de
3 monitrices indigènes leur apprend la lecture ; ces élèves n’ont pas encore
commencé à écrire.
IIIème division : 28 garçons et 37 filles. Ces élèves sont moins avancés que
ceux des sections précédentes ; ils apprennent la lecture sous la direction de
Sœur Alphonsina aidée de 3 monitrice indigènes.
Les classes enfantines comptent 134 petits enfants dont s’occupe la Sœur
Pia : ils commencent les lettres de l’alphabet.
En résumé, 76 garçons et 127 filles auxquels il faut ajouter 134 enfants,
soit en tous 337 élèves, reçoivent l’instruction chez les Sœurs de Nyundo.
-----------------------------

Aperçu général sur les écoles dirigées par les SŒURS BLANCHES
dans le vicariat du Ruanda.
Kabgayi :
Isave (mission)
Isave (noviciat)
Zaza
Ruaza
Nyundo
Total

661 élèves
1510 élèves
23 élèves
357 élèves
674 élèves
337 élèves
3562 élèves

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96

ANNEXE
ŒUVRE D’EDUCATION PROFESSIONNELLE POUR LES FILLES.
*************************************

Outre l’école ménagère que les Sœurs de Kabgayi et d’Isave ont pu
commencer dans le courant de cette année et dont il a été fait mention en son
lieu, il convient de signaler les ouvroirs qui doivent être considérés à juste
titre comme écoles d’enseignements professionnel. Là, les jeunes filles, qui
pour la plupart ont appris un peu de lecture et d’écriture, complètent leur
éducation en prenant sous la direction des Religieuses, des habitudes de travail, d’ordre et de propreté ; l’influence de ce milieu éducatif a sur elles les
meilleurs effets et, à maintes reprises, leurs parents sont venus exprimer leur
satisfaction de l’heureux changement opéré par la fréquentation de l’ouvroir.
Le travail est toujours précédé de la classe obligatoire. A Kabgayi, un
certain nombre de jeunes filles « batutsi », filles de grands chefs, ont commencé cette année à venir régulièrement.
KABGAYI : Les ouvroirs ont une installation complètement séparée des

classes ordinaires.
I. Couture : L’atelier de couture est installé dans deux locaux chacun de
12m. x 5m., communiquant entre eux. Le premier est occupé par les jeunes
filles qui cousent à la main, le second par celles qui cousent à la machine.
Une vingtaine de filles travaillent dans cet ouvroir. Elles commencent par
apprendre le point de couture, l’usage du dé, de l’aiguille et des ciseaux et
graduellement, suivant leur aptitude, elles se mettent à la machine, aux confections ; quelques-unes sont arrivées à tailler elles-mêmes à l’aide de patrons modèles.
Elles cousent toutes sortes de pièces de vêtements simples. Elles ont fait
récemment des tenues pour les policiers de Kigali.
Comme matériel, il y a dans cet atelier, fil, aiguilles, des ciseaux, boutons, etc..., et tous les accessoires, les machines et tout ce que requiert leur
entretien, bancs, chaises, tables, nattes, armoires, étagères, corbeilles, tabliers de travail, etc...
En général les jeunes filles employées à la couture s’attachent à leur travail. Il y’en a qui arrivent à coudre très proprement et très régulièrement.
Toutes ambitionnent d’arriver à coudre à la machine et plusieurs y ont acquis
une réelle habileté.
L’usage du fil et des aiguilles leur a donné le goût de raccommoder leurs
étoffes et on voit souvent aux heures de repos quelques-unes d’entre elles
occupées à coudre des pièces de toutes couleurs pour cacher les déchirures
de leurs habits.

97

II. Travail de la fibre de bananier :
a) Préparation des fibres ;
b) Fabrication des cordes ;
c) Travaux en filets ;
d) Tapis genre haute laine.

L’OUVROIR DES SŒURS BLANCHES A KABGAYI (ca ? )

Environ 60 jeunes filles sont employées dans cet ouvroir et il y a un local
affecté à chaque travail.
Deux petites salles sont réservées au lavage et à la teinture des fibres ;
celles-ci sont ensuite séchées au soleil et remisées à l’intérieur sur des étagères.
Vingt à vingt-cinq filles fabriquent toutes les cordes nécessaires pour le
montage des tapis et des filets.
Un nombre à peu près égal de jeunes filles sont occupées aux ouvrages en
filet : elles préparent elles-mêmes leur filet sur des cadres de bois et le travaillent ensuite avec la fibre teintée. On exécute des garnitures de fenêtres,
des portières, des chemins de table et de petits tapis de diverses dimensions.
Pour les tapis genre haute laine, il y a 4 métiers de grandeur différente et
10 jeunes filles s’appliquent à ce genre de travail.
D’une manière générale on constate que les jeunes filles qui travaillent à
l’ouvroir acquièrent vite un petit vernis de civilisation que les autres n’ont
pas : plus polies, moins sauvages, plus propres aussi et plus ordonnées, elles
apprennent au frottement journalier des autres, la sociabilité et un peu de

98

savoir-vivre. Elles trouvent d’ailleurs dans leur travail un gagne-pain pour
toute leur famille quelquefois ; de plus elles y apprennent l’habitude et le
goût du travail qui les préserve de beaucoup de dangers.

OUVROIR DES SŒURS BLANCHES (à Kabgayi ?)

ISAVE : Chez les Sœurs d’Isave, 30 jeunes filles sont occupées à faire des

tapis et rideaux de toutes sortes en filet brodé avec du raphia, et des tapis en
fibres de bananiers genre haute laine.
En général les filles se perfectionnent assez vite dans ce genre de travail,
mais pour la plupart elles ne sont pas assez constantes.
RUAZA : Les Sœurs de Ruaza ne fabriquent que les tapis genre haute laine
en fibres de bananiers. Les jeunes filles, en nombre de 49 sont réunies dans
deux salles de 9m. x 7m. et 9m. x 4m. Dans la plus grande salle sont installés
les 6 métiers avec 25 tisseuses ; chaque métier a 2 ou 3 directrices qui ont un
gain un peu plus élevé et sont responsables du travail. Les autres enfants sont
occupées à la préparation des fibres et des ficelles.
Les Sœurs n’ont qu’à se féliciter du bon esprit qui règne dans ces ateliers
et de la bienfaisante influence exercée sur ces jeunes filles.
A Ruaza, on a fabriqué des rouets sur modèles commandés en Belgique,
mais trop faibles pour des « Balera », et on a appris à filer la laine.
NYUNDO : Là aussi les Religieuses ont 17 jeunes filles occupées à la fabri-

cation des tapis genre haute laine.
**************************

99

Tous ces ouvroirs occupent environ 150 jeunes filles qui auront reçu pendant ce stage dans les ateliers dirigés par les Religieuses une formation morale qu’elles ne pourront oublier et qui leur sera plus tard d’un grand secours
dans la tenue de leur ménage et dans l’éducation de leurs enfants.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

CONCLUSION
Ma conclusion sera brève : les chiffres sont assez éloquents par euxmêmes, je crois.
Le nombre des élèves instruits dans nos écoles (celles que nous avons
passées en revue) est de 3405 pour les écoles urbaines, de 8113 pour les
écoles rurales et de 3562 pour les écoles dirigées par les Sœurs Blanches : ce
qui nous donne au total le beau nombre de 15.080 élèves. Beaucoup de chapelles-écoles ne sont pas mentionnées encore comme écoles puisque pas
encore organisées ; néanmoins, je crois l’avoir dit déjà, tous les jeunes gens
catéchumènes doivent savoir lire pour être admis au baptême. Aussi le
nombre des élèves serait beaucoup plus grand si nous avions pu faire état de
toutes les chapelles-écoles.
Dans ces écoles mentionnées, les instituteurs indigènes en fonction sont
au nombre de 260, munis, à part quelques exceptions, d’un certificat
d’aptitude pédagogique soit à titre définitif soit à titre provisoire.
Pour les écoles des filles, les Petites Sœurs Indigènes sont préparées à
leurs fonctions d’institutrices et 9 ont déjà subi avec succès leurs premiers
examens ; d’autres filles se préparent de façon à avoir bientôt partout des
écoles vraiment organisées.
Parmi les Religieuses Sœurs Blanches, je fais remarquer qu’à Kabgayi la
Révérende Mère St Patrice est pourvue des ses brevets d’institutrice et de
régence ; Sœur Emilienne d’Isave a exercé au Canada les fonctions
d’institutrice et était pourvue à cet effet d’un diplôme modèle.
On trouvera annexé à ce rapport la carte du Ruanda avec l’indication des
écoles rurales dont il est fait mention dans cet aperçu ; les chiffres renvoient
à la feuille qui y est jointe59.
Dans les années prochaines, nous complèterons progressivement
l’organisation demandée, si, comme nous l’espérons, nous pouvons compter
sur la bienveillante assistance du Gouvernement.
59

La carte mentionnée n’a pas encore été retrouvée.

100

D’autre part, il serait à souhaiter, si on veut faire œuvre sérieuse et suivie,
que les instituteurs soient déchargés des corvées chez les chefs, comme cela
est réglé pour les instituteurs du Gouvernement.
Fait à Kabgayi le 8 Septembre 1928
Le missionnaires-inspecteur :
L. Déprimoz

***********************

101

ECOLES RURALES dont il est fait mention dans le Rapport et dont on
trouvera le numéro correspondant sur la carte.
KABGAY (28)
1) Muyunzwe
2) Kilengeri
3) Chyeza
4) Kivumu
5) Musambira
6) Murambi
7) Nyamirembe
8) Rukambura
9) Mu Musenyi
10) Mu Ruyanza
11) Busekera
12) Mushishiro
13) Kibanda
14) Gasave
15) Sanza
16) Giko
17) Ku Kamonyi
18) Kwichukiro
19) Rugendabali
20) Kaduha
21) Chichiro
22) Mwendo
23) Giseke
24) Gisharu
25) Karambi
26) Nyagisozi
27) Jenda
28) Burgwi

KANSI (2)
36) Nyanza
37) Linda
KIGALI (6)
38) Kagugu
39) Bweramvura
40) Butare
41) Kayanga
42) Kiyanza
43) Kavumu
RWAMAGANA (8)
44) Kihaya
45) Ruramira
46) Mukalange
47) Rundu
48) Nyamirama
49) Kabare
50) Mununu
51) Rwesera
ZAZA (3)
52) Rukoma
53) Kibare
54) Kagashi

65) Bumba
66) Muyanza
67) Gipfundo
68) Karambo
69) Chyinzuzi
70) Shyorongi
71) Gitobage
72) Nkanga
RUAZA (42)
73) Mu Kiryi
74) Janja
75) Rubaga
76) Mutobo (ku
Mukingo)
77) Rubona
78) Rusasa
79) Nkurura
80) Bumara
81) Nkumba
82) Rukore
83) Mutungu
84) Kivumu (Mbogo)
85) Kajwi
86) Muko
87) Kirangwe
88) Ruganda
89) Kayenzi
90) Rusebeya
91) Nyirabagume
92) Murambi
93) Bukamba
94)Muramba
95) Chuve
96) Karuganda
97) Ruhengeri

RULINDO (19)
55) Gasaka
56) Ngarama
ISAVE (7)
57) Murambi
29) Buhimba
58) Tumba
30) Chyarwa
59) Muhondo
31) Ku Muyira
60) Ruli
32) Ndora
61) Gihemba
33) Gisagara
62) Busanane
34) Mbazi
63) Kigali
35) Kabusanza
64) Iraba
----------------------------------------------------------------------------------------------------------98) Gasizi
99) Kagano
100) Nyabushishiri
101) Gahondogo
102) mu Gahunga
103) Nyange
104) Nyundo

MIBIRIZI (17)
123) Gashyonga
124) Gisagara
125) Mulehe
126) Mushaka
127) Rwinzuki
128) Ishangi
129) Nyamasheke

102

149) Ruvumba
150) Buliba
151) Bukonde
152) Binana (Matare)
153) Binana (mu
Bachonogo

105) Kibitare
106) Rukenyerero
107) Rubona
108) Karangara
109) Tero
110) Nganzo
111) Chonde
112) Nyakinama
113) Mwumba
114) Remera
NYUNDO (8)
115) Kivumu
116) Kinyanzovu
117) Rwerere
118) Muhato
119) Kanombe
120) Bgitereke
121) Kanzenze
122) Nyundo (de
Gahindo)

130) Nkanka
131) Gidundwe
132) Bumaze
133) Gashyiru
134) Mwezi
135) Nyamibembe
136) Nyamirundi
137) Igabiro
138) Ishara
MURAMBA (19)
139) Rambura
140) Rulembo
141) Kintobo
142) Nyamitanzi
143) Mulinga
144) Mwiyanike
145) Rugarambiro
146) Ku Lyinyo
147) Murungu
148) Shyila

***********************

103

154) Mpara
155) Hindiro
156) Ruhunga
157) Gitarama
MURUNDA (3)
158) Gishwati
159) Kinunu
160) Murambi

MONSEIGNEUR HIRTH (1854-1932)

104

III.

RAPPORT
SUR LE TERRITOIRE DE NYANZA
ETABLI PAR MONSIEUR LENAERTS EN 1929

En 1916, les Belges occupent la partie allemande du Rwanda précolonial
qu’ils connaissaient à peine. Pour remédier à leur manque de connaissance,
ils s’informent chez les Pères Blancs, présents au pays depuis 190060. Et ils
organisent un service de renseignements avec l’aide des collaborateurs
rwandais61. Il en résultera une série de rapports élaborés qui sont pour nous
une source précieuse d’informations sur le Rwanda sous l’occupation belge.
Nous présentons ici le rapport du territoire de Nyanza de 192962. Son auteur est l’administrateur territorial, M. Louis Lenaerts (successeur de
M. Oscar Defawe). Celui-ci résidait à Nyanza, pour mieux épier la Cour63.
Plus tard, en 1931, il participera à la destitution du Mwami Musinga, organisé par le Résident du Rwanda, le Vice-gouverneur du Rwanda-Urundi, et
Mgr Classe64. Cette destitution apportera « le coup de grâce » aux institutions et structures politiques et administratives de l’ancien Rwanda. Elle sera
suivie par la fameuse « tornade du Saint Esprit » qui emportera à son tour les
derniers vestiges d’une culture millénaire, basée sur une conception de Dieu,
du temps, de l’homme et de la société, très différente de celle des missionnaires et des colonisateurs occidentaux.
Dans son rapport, M. Lenaerts répond à une série de questions posées par
le Gouverneur du Rwanda-Burundi. Ses réponses nous montrent à quel point
l’administration coloniale belge contrôlait la société rwandaise en 1929.
Elles nous montrent aussi le but de sa politique à savoir remplacer l’autorité
traditionnelle par une autorité autochtone fantoche au service d’une écono60

S. MINNAERT, « Notes rédigées par le R.P. Classe, des Pères Blancs, Mission de Kabgayi, à la demande de l’Administration belge (28 août 1916) », in Histoire de l’évangélisation du Rwanda. Recueil
d’articles et documents concernant le Cardinal Lavigerie, Mgr Hirth, le Dr. Kandt, le P. Brard, le
P. Classe, le P. Loupias, le chef Rukara, Mgr. Perraudin, etc., Kigali, 2017, pp. 251-269.
61
Ibid., pp. 269-275.
62
M. LENAERTS, Rapport établi en réponse au questionnaire adressé en 1929 par M. le Gouverneur du
Ruanda – Urundi à l’Administrateur du Territoire de Nyanza, Africana Collections, Fonds J.-M. Derscheid, N° 27, Nyanza, 1929, 99 pp.
63
P. RUTAYISIRE, « Le Rwanda sous la colonisation allemande et belge », in Histoire du Rwanda des
origines de nos jours, Kigali, 2016, p. 245. A. DES FORGES, Defeat is the Only Bad News : Rwanda
under Musinga, 1896-1931, Madison, pp. 184-190.
64
Ibid., p. 249.

105

mie coloniale. Ce qui se concrétisera effectivement en 1931. Les Banyarwanda, à ce moment-là, n’avaient pas d’autre choix que de subir cette politique désastreuse qui, à la longue, détruira le tissu social de leur société.
En publiant le rapport, nous avons respecté l’écriture des noms des
personnes et des lieux utilisée l’époque. Question de rester fidèle au
texte original. Signalons que la réponse à la question N° 1 n’a pas été
retrouvée. Il s’agit probablement de la carte géographique du territoire.

M. LENAERTS AVEC CASQUE COLONIAL (debout à droite),
LE MWAMI MUSINGA (debout à gauche) ET LA MUGABEKAZI KANJOGERA (assise)

106

LE MWAMI MUSINGA AVEC M. LENAERTS

Assis (de gauche à droite) :
LE PRINCE RWIGEMERA, M. GORTS, LE P. LECOINDRE, LE MWAMI MUSINGA, M. LENAERTS ET
LE PRINCE RUDAHIGWA.

107

A.- DOCUMENTATION CARTOGRAPHIQUE.
QUESTION N° 2 (Section A) : Commentaire au sujet de la carte.

a) Possibilité d’utilisation des chutes et rapides pour la production de la
force motrice ou pour l’établissement de barrages permettant
l’irrigation de grandes étendues ? A part la Nyawarongo et ses affluents :
Lukarara et Muhogo, et, à l’Est du territoire, l’Akanyaru, il n’existe pas de
rivière à débit suffisamment régulier pour qu’on puisse envisager leur utilisation à la production de force motrice. L’établissement de barrages permettant l’irrigation de grandes étendues n’est pas non plus à envisager car la
seule rivière utilisable, par l’importance de son débit, est la Nyawarongo qui
coule dans des vallées très encaissées. Toutefois, dans le Ndiza et le Bunyambiriri, on remarque de petits barrages construits par les indigènes pour
l’irrigation de leurs cultures.
b) Débit des rivières aux différentes saisons ; crues périodiques, éventuellement, dessèchement complet de leur lit à certaines époques ? Ce
calcul n’a pas encore été fait et les chiffres que nous pourrions donner ici ne
seraient que très approximatifs. Toutes les rivières ont leurs crues périodiques, à la fin de la saison des pluies (première quinzaine de mai) et de
l’Akanyaru, toutes les rivières ont, en saison sèche, un débit infime, sinon
nul.
c) Exposé de la nature du terrain au point de vue de son utilisation pour
des fins agricoles (épaisseurs de la couche arable pour les surfaces cultivables et obstacles divers : pierres ou blocs de lave, qui s’opposent à la
culture du sol) ? Elle varie très fort de province à province.
Le Rukoma est considéré comme la province la plus fertile du territoire

108

Le Bunyambiriri et le Ndiza, régions de hautes collines aux flancs très
escarpés, sont des provinces assez fertiles ; la profondeur de la couche arable
est d’environ 20 centimètres ; le sol est sablo-argileux.
Les autres provinces indigènes : Nduga, Busanza, Mayaga, la plus grande
partie du Marangara et du Kabagali, sont peu fertiles ; sous-sol rocheux
(roches cristallines) ; couche arable sablonneuse et très graveleuse, fort
pauvre en humus.
B.- ORGANISATION POLITIQUE ET POLITIQUE INDIGENE.
QUESTION N° 3 (Section B) : A quelle époque fut créé ce territoire ? Le

territoire de Nyanza fut créé immédiatement après l’occupation belge. Les
archives, depuis l’époque de la création du territoire jusqu’en 1921, font
défaut. Le chef lieu de la Résidence du Ruanda fut successivement : Kigali ;
puis Nyanza, jusqu’en 1921 ; puis, de nouveau Kigali.
QUESTION N° 4 (Section B) : Le Registre des renseignements politiques

contient-il des indications sur les raisons qui ont déterminé l’adoption
des limites actuelles ? Il n’existe pas de « Registre des renseignements politiques » ; tous les faits de quelque importance ont été cependant consignés
chaque année dans le « Rapport annuel » du territoire. Jusque fin 1923, le
territoire de Nyanza englobait le territoire appelé aujourd’hui « de
l’Akanyaru ». C’est en raison de sa grande étendue que l’autorité supérieure
décida, à cette époque, de la scinder en deux territoires distincts.
QUESTION N° 5 (Section B) : Quelle organisation indigène a-t-on trou-

vée lors de la création du territoire ? Les Batutsi, étaient-ils à cette
époque des chefs politiques dont l’autorité était librement acceptée ?
Lors de la création du territoire, l’autorité belge a trouvé l’organisation politique qui existait au temps de l’occupation allemande, c’est-à-dire, à bien
peu de chose près, l’organisation politique indigène, telle que les Allemands
la trouvèrent au moment de leur arrivée dans le Ruanda.
Le mwami était le souverain absolu et son absolutisme allait jusqu’au
droit de vie et de mort sur ses sujets : il pouvait même, « privilège vraiment
extraordinaire, empêcher l’application du droit de vengeance et la loi du
talion » (Cte Renaud de Briey – « Le Sphinx noir » – p. 89)65. Le mwami
dépossédait les chefs et les indigènes selon son bon plaisir.
Les intrigues et les cabales se succédaient sans interruption ; il suffisait
qu’un chef devînt trop riche, trop puissant, pour que aussitôt, ses voisins,
devenus ses ennemis, se coalisassent contre lui ; les sorciers de la Cour
65

Renaud de BRIEY, Le Sphinx noir (Essai sur les problèmes de colonisation africaine), Berger-Levrault
(Paris), Albert Dewit (Bruxelles) et Duculot (Gembloux), 1926, 48 illustrations, Paris, 360 pp.

109

étaient achetés – la chose était aisée – pour rendre des augures défavorables
et faire suspecter par le mwami ceux qui avaient commis cette faute de
s’élever trop rapidement ; brusquement et sans aucune raison plausible, il se
voyait spolié de tous ses biens, heureux encore s’il pouvait sauver sa vie.
L’incertitude du lendemain était telle que quiconque se voyait appelé à la
Cour pour y exercer une charge avait soin de réunir les siens, de leur faire
connaître ses dernières volontés et de désigner, parmi ses fils, celui qui serait, après lui, le chef de la famille. On montre encore, à quelque distance à
Nyanza, un marais mouvant, appelé par les indigènes « l’eau qui ne rend
jamais » dans lequel le mwami, et plus souvent la reine-mère, faisaient ensevelir vivants ceux des favoris qui avaient cessé de plaire.
Les Watutsi étaient, à cette époque, des chefs politiques dont l’autorité
était, sinon librement, du moins unanimement acceptée ; le Muhutu qui refusait obéissance à son chef était immédiatement chassé de sa terre, parfois
même il y laissait sa vie. Quand un chef tombait en disgrâce, et par le fait
même, perdait tous ses biens ; les Wahutu acceptaient son successeur avec la
même résignation passive : il suffisait pour cela qu’un émissaire du mwami
vînt proclamer que l’ancien chef avait perdu la confiance du Sultan et que le
nouveau avait reçu tous les biens de son prédécesseur.
QUESTION N° 6 (Section B) : Pouvez-vous donner des renseignements

sur les changements politiques survenus avant l’établissement de la situation actuelle et sur les raisons qui ont motivé l’établissement du régime nouveau ? Dès les premières années de notre occupation, Musinga a
vu son influence diminuer, particulièrement quand le Gouvernement belge
lui enleva le droit de vie et de mort sur ses sujets. Lorsqu’il sentit que le
Gouvernement commençait à imposer de plus en plus sa volonté en toutes
choses, Musinga sut changer habilement de tactique ; désormais, c’est par de
patientes intrigues qu’il parvint à déposséder certains chefs puissants pour
les remplacer par ses créatures.
Jusqu’en 1922, Musinga rendait lui-même la justice…mais quelle justice ! basée uniquement sur le favoritisme et l’intérêt ; il suffisait que le plaignant fût mal en cour pour qu’il perdît sa palabre ; aussi avait-il soin, lorsqu’il était lésé par un chef plus puissant que lui, de présenter des cadeaux au
mwami avant de lui présenter sa requête ; mais le défenseur, lorsqu’il apprenait l’accusation portée contre lui s’empressait lui-même d’accourir à Nyanza, de faire à son tour des présents aux sultan, à sa mère, aux sorciers et aux
favoris du jour. Si le plaignant n’était pas assez riche pour soutenir une procédure aussi onéreuse et si, d’autre part, le mwami se faisait scrupule de
montrer ostensiblement à ses sujets qu’il commettait une injustice flagrante
en tranchant la palabre en faveur de l’accusé, il ne déboutait pas le plaignant

110

mais se bornait à remettre indéfiniment l’affaire « au lendemain » (« esho66,
esho ! ») jusqu’au moment où le malheureux, mis dans l’alternative de se
dépouiller de tous ses biens ou de cesser de se plaindre, se résignait à chercher un refuge précaire chez l’un ou l’autre chef qui, par intérêt, plus rarement par pitié, daignait l’accepter comme son « mugaragu » (suivant).
En 1922, M. le Résident décida qu’un Européen assisterait à l’avenir le
mwami dans sa mission de Juge. Musinga et sa mère, contraints de se soumettre, acceptèrent de siéger avec le Délégué de Nyanza ; les audiences furent d’abord tenues devant la hutte de Nyira-Yuhi, cette dernière observant,
derrière les paravents, tout ce qui se passait et ne perdant pas un mot des
paroles échangées ; souvent, elle était consultée avant que la sentence fût
rendue. Mais les causes de peu d’importance étaient seules débattues en
présence de l’Européen, les affaires graves étant toutes réglées à l’insu de
l’administration. Quelques mois après, les réunions eurent lieu devant le
bureau de Musinga (bâtiment en briques situé à l’extérieur du boma) puis au
poste même, à quelque distance du bureau administratif.
Pour faire cesser les intrigues au sujet du commandement des collines, intrigues qui se tramaient et recevaient leur solution à l’insu de l’autorité européenne, il fut décidé, à la même époque, que quiconque occuperait encore
une colline sans que la décision du mwami eût été approuvée par le Résident, serait puni d’une peine de servitude pénale pouvant aller jusqu’à deux
ans ; en même temps, les délégués reçurent l’ordre de dresser la liste des
collines de leur territoire, avec le nom des chefs et des sous-chefs qui les
commandaient ; mais, en sous main, le mwami contrecarra l’élaboration de
ces listes et c’est depuis 1925 seulement que nous connaissons toutes les
collines du territoire ; c’est depuis 1925 par conséquent que l’arbitraire a
disparu dans l’attribution des commandements et l’on comprend aisément
que le mwami et sa mère aient assisté avec consternation à un changement
aussi radical : « Nous ne pouvons plus tuer ; nous ne pouvons plus déposséder ceux que nous n’aimons pas pour favoriser nos amis ; vous nous enlevez
tout notre prestige ; sous peu, personne ne nous craindra plus ».
Jusque fin 1923 également, c’était le mwami qui commandait personnellement tous les chefs du territoire de Nyanza et qui répartissait entre ceux-ci
les charges et les corvées : fourniture de travailleurs, de porteurs, etc… mais
la base de cette « répartition », c’était encore une fois le favoritisme ; d’une
part, les chefs qui étaient bien en cour se soustrayaient facilement, moyennant quelque cadeau, à l’obligation de fournir des hommes de corvée, tandis
que les chefs mal côtés par le mwami ne pouvaient satisfaire à ses exigences
et, quoi qu’ils fissent, étaient présentés à l’autorité européenne comme des
66

Le mot s’écrit aujourd’hui : « ejo ».

111

récalcitrants et des rebelles ; d’autre part, le mwami se réservait la plus
grande partie des travailleurs ainsi fournis par les différentes régions du territoire pour les distribuer complaisamment à ses favoris et à ses flatteurs. Les
chefs eux-mêmes demandèrent avec insistance à être commandés directement par l’Européen pour tout ce qui concerne les corvées et les prestations ;
Musinga, malgré ses protestations énergiques, dut céder et ne conserva (jusqu’en 1928) que la province du Bunayambiriri. A l’heure actuelle, les chefs
et sous-chefs ne fournissent jamais, pour le portage et le travail, plus de 5%
des contribuables ; encore, cette proportion est-elle rarement atteinte. Le
Muhutu connaît exactement ce qu’il doit fournir à son chef, à titre de prestation coutumière (un jour de travail par mois lunaire) ; il sait également que le
chef ne peut plus, comme jadis, le chasser de sa terre sous le moindre prétexte et il n’hésitera pas à venir se plaindre à Nyanza quand il se sentira victime d’une exaction.
QUESTION N° 7 (Section B) : Par qui fut successivement administré le

Territoire ? Ces administrateurs ont-ils laissé parmi les populations des
traces de leur passage ? Ont successivement administré le territoire de
Nyanza :
le 30-9-16, M. le Capitaine PHILIPPIN, assisté du sous-lieutenant SMETS
le 1-4-1917, le Capitaine « Commandant de la place » (signature presque
illisible dans les archives : DUHARR ou HACKARS ?). Hackars.
le 1-5-1917, le sous-lieutenant SMETS, agent
militaire.
le 1-10-1917, M. DEFAWE, agent militaire.
le 10-5-1920, M. le Résident VANDENEDE.
le 1-6-1920, M. DOUCE, agent territorial.
le 3-8-1920, M. THIELEMANS, ag. territ.
le 1-12-1920, M. ROLAN, admin. territ.
le 1-3-1921, M. ANDRIES, admin. territ.
le1-4-1921, M. DEFAWE, admin. territ.
le 10-7-1921, M. GORS, ag. territ.
le 1-8-1921, M. LENAERTS, ag. territ. (en
qualité de directeur de l’école des fils de
chefs et de délégué du Résident près Musinga). M. DEFAWE (1891-1952)
le 1-12-1923, M. LENAERTS est nommé Délégué du Résident « à
Nyanza ».
le 1-11-1924, M. SANDRART, ag. territ.
le 1-1-1925, M. LENAERTS, adm. territ.
le 1-4-1925, M. SANDRART, ag. territ.
le 20-12-1926, M. LENAERTS, admin. territor.
le 21-3-1927, M. BORGERS, admin. territor.
112

le 1-8-1927, M. WOUTERS, admin. territor.
le 1-1-1928, M. LENAERTS, admin. territor.
Les indigènes se souviennent, de façon particulière, du Capitaine PHILIPPIN et de M. DEFAWE, probablement à cause de leur attitude vis-à-vis du
mwami. Au souvenir de M. DEFAWE se rattache encore celui de la construction de la route Nyanza-Isavi (et de la première automobile qui circula dans
la région : une voiture donnée à Musinga et conduite par M. DEFAWE) ; c’est
M. DEFAWE également qui commença à organiser l’école pour fils de chefs.
QUESTION N° 8 (Section B) : Quand est entré en fonctions
d’administrateur actuel ? L’administrateur actuel est entré en fonctions le
1-8-1921 comme directeur de l’école des fils de chefs et comme délégué du
Résident près de MUSINGA. Il a repris l’administration proprement dite du
territoire de Nyanza le 1-12-1923 ; il fut remplacé dans ses fonctions pendant les trois périodes suivantes :
du 1-11-1924 au 1-1-1925,
du 1- 4-1925 au 20-12-1926,
du 21- 3-1927 au 1-1-1928.
QUESTION N° 9 (Section B) : Quelles sont les grandes divisions coutu-

mières du territoire ? Les grandes divisions coutumières du territoire de
Nyanza sont :
la province du NDUGA
(chef : KYITATIRI).
la province du MAYAGA
(chef : BUZIZI).
la province du KABAGALI
(chef : NTURO).
la province du BUSANZA
(chef : KAYONDO).
la province du BUNYAMBIRIRI
(chef : MANZI).
la province du RUKOMA
(chef : LUKUNGU).
la province du NDIZA
(chef : GAKWANDI).
la province du MARANGARA
(chef : LUDAHIGWA).
QUESTION N° 10 (Section B) : Sur quelles bases reposent les différentes

circonscriptions ? Sur des bases ethniques uniquement ou sur des contingences politiques et économiques en même temps ? Les circonscriptions coutumières reposent uniquement sur des bases ethniques. Jusqu’en
1919, les chefs du Ruanda qui, presque tous, avaient des collines disséminées dans les différentes provinces du territoire, les commandaient directement, sans intermédiaires, de telle sorte que les provinces indigènes étaient
des groupements purement nominaux, n’ayant pas à leur tête un chef unique.
En 1919, il fut décidé de désigner, comme chef de province, le notable qui
possédait le plus de biens personnels dans la région ; celui-là commanderait,
à l’avenir, outre ses propres collines, celles des autres chefs de la province,

113

tout au moins pour ce qui regarde ce que les indigènes appellent le « travail
du gouvernement » : impôt, portage, travail des routes, etc… Il restait bien
entendu que le « chef de province » n’avait pas le droit d’exiger, à son profit
personnel, de prestations coutumières sur les collines dépendant coutumièrement de chefs résidant en dehors de la province.
QUESTION N° 11 (Section B) : Les limites administratives du Territoire

sont-elles déterminées de façon précise ? Les limites administratives du
territoire étant constituées, sur presque tout leur développement, par des
rivières, ne donnent lieu à aucune difficulté. Toutefois, à la partie N-W, du
BUNYAMBIRIRI, entre les rivières BILIRUME et LUKARARA, là précisément où les frontières naturelles font défaut, a surgi tout récemment une
contestation à propos du massif GUFI. Ce différend, qui ne présente au surplus aucun caractère de gravité, a été soumis à la Résidence et sera tranché
incessamment.
QUESTION N° 12 (Section B) : Epousent-elles les limites des circonscrip-

tions indigènes ?
a) N’y a-t-il pas de chefs ou de sous-chefs de votre territoire qui dépendent coutumièrement des chefs d’un autre Territoire ?
b) Les collines situées dans votre territoire et qui relèvent de chefs
indigènes résidant hors des limites de la circonscription que vous
administrez sont-elle visitées régulièrement par ces chefs ?
c) Eventuellement indiquez les fréquences de ces visites ?
d) Dans le cas où la situation envisagée comporterait des inconvénients faites les connaître en même temps que vos suggestions pour
remédier cet état de choses ?
Les limites administratives épousent les limites des circonscriptions indigènes, à l’exception de la frontière Sud qui coupe en deux la province du
BUZANSA (chef KAYONDO), la partie méridionale étant englobée par le
territoire de l’Akanyaru.
Plusieurs sous-chefs du territoire de Nyanza dépendent coutumièrement
de chefs résidant dans un autre territoire par le fait que la colline qu’ils administrent ou le bétail dont ils ont la garde sont la propriété de ces chefs
étrangers au territoire.
D’autre part, plusieurs chefs du territoire de Nyanza ont des collines et
des troupeaux dans d’autres territoires.
Pour ce qui est des collines situées dans le territoire de Nyanza mais relevant coutumièrement de l’autorité de chefs étrangers à ce territoire, elles ne
sont visitées que rarement par ces derniers ; ces visites ont lieu tout au plus
une ou deux fois l’an, soit que le chef désire faire visite à la femme qu’il a

114

installée sur telle colline, loin de sa résidence, soit qu’il désire passer en
revue son bétail, ou encore qu’il soit appelé pour un motif d’administration
proprement dit, l’un de ses sous-chefs par exemple ne donnant pas satisfaction à l’autorité européenne ou ne parvenant pas à se faire obéir par ses subordonnés.
Quand les chefs qui font ces visites sont à la hauteur de leur tâche, tout
est pour le mieux et aucun désagrément ne peut en résulter ; mais ce n’est
malheureusement pas le cas pour quelques vieux chefs qui se croyant encore
au temps où ils pouvaient donner et retirer les commandements selon leur
bon plaisir, veulent mettre à profit ces visites pour remplacer un sous-chef
qui donne entièrement satisfaction par un favori ou par un intrigant.
Pareille situation, pareil enchevêtrement de possessions et de commandements, véritable réplique de notre régime féodal, sont-ils fâcheux au point
de vue administratif ? Incontestablement.
En effet, il arrive souvent que le sous-chef dépendant coutumièrement
d’un chef qui réside en territoire étranger ne jouit ni du prestige ni de
l’autorité nécessaires pour se faire obéir de ses administrés ; son chef, retenu
dans un autre territoire où sont situés la plus grande partie de ses biens, peut
difficilement s’absenter pour venir renforcer l’autorité de son sous-ordre ; les
indigènes le savent, qui abusent de cette situation ; la perception de l’impôt
et, en général, la gestion de la colline en souffrent.
La situation est d’ailleurs exactement la même en ce qui concerne les
chefs du territoire de Nyanza qui ont des biens dans d’autres territoires ; s’ils
s’absentent quelque temps pour visiter leurs propriétés ou pour aider un de
leurs sous-chefs, on constate que, durant les quelques jours où les quelques
semaines que dure cette absence rien ne marche dans leur propre chefferie :
c’est la stagnation de tout ce qui a été entrepris, c’est, en d’autres termes, la
force d’inertie qui reprend ses droits.
Existe-t-il un remède à cet état de choses ? Oui. Il consiste à pousser les
chefs dont les biens se trouvent ainsi disséminés dans plusieurs territoires à
conclure entre eux des échanges de collines de manière à ce que, dans
quelques temps, les biens qu’un chef possède soient tous groupés dans une
seule province indigène ou – si la chose n’est pas possible – tout au moins
dans un seul territoire. Cette politique présente une certaine analogie avec
celle qui est poursuivie au Congo Belge et qui tend au regroupement des
petites chefferies.
Plusieurs chefs ont très bien compris les nombreux avantages que présentent, aussi bien pour les dirigeants que pour les administrés, ces échanges de
collines ; plusieurs propositions ont été faites dans ce sens au cours de
l’année et la Résidence a déjà approuvé et sanctionné les échanges projetés.

115

D’autres chefs ont confié à leurs fils ou à leurs neveux, lettrés sortis de
l’école de Nyanza, la gestion des biens qu’ils possèdent dans d’autres territoires.
QUESTION N° 13 (Section B) : Quels sont les grands chefs actuellement

à la tête des provinces indigènes et des chefferies ? Les grands chefs actuellement à la tête des provinces indigènes et des grandes chefferies sont :
KYITATIRI,
chef de la province du NDUGA.
BUZIZI
chef de la province du MAYAGA.
NTURO
chef de la province du KABAGALI.
KAYONDO
chef de la province du BUSANZA.
MANZI
chef de la province du BUNYAMBIRIRI.
LUKUNGU
chef de la province du RUKOMA.
GAKWANDI
chef de la province du NDIZA.
LUDAHIGWA
chef de la province du MARANGARA.
LWABUTOGO
de la chefferie du même nom.
LWIDEGEMBIA
de la chefferie du même nom.
LWAMPUNGU
de la chefferie du même nom.
Note : A la rubrique qui va suivre (biographie des grands chefs), il ne sera fait mention qu’occasionnellement du chef LWAMPUNGU, pour cette
raison que celui-ci réside en territoire de KIGALI ; mais il sera fait mention
du chef LWIGAMBA, lequel gère les biens de LWAMPUNGU dans le territoire de Nyanza.
QUESTION N° 14 (Section B) : fiches biographiques des chefs.

a) Nom et fonctions ?
b) Origine ? Liens de parenté avec le mwami ? Idem avec d’autres
chefs ?
c) Degré de culture ?
d) Traits saillants du caractère ?
e) Etat-civil ?
f) Titres qui lui ont valu d’être chargé d’une communauté indigène ?
g) Date d’investiture ?
h) Autorité qui a proposé leur nomination et celle qui les a nommés ?
i) Attachement aux anciennes pratiques de magie ou de sorcellerie ?
j) Attitude à l’égard des Missions des différents cultes ?
k) Rapports avec le mwami ?
l) Rapports avec les autorités indigènes des colonies voisines ?
m) Importance de son commandement ?
n) Richesse personnelle et train de vie ?

116

KYITATIRI, chef du NDUGA.

a) Mtutsi de la famille des ABANYIGINYA (famille royale).
b) Fils de LWANGEYO (décédé) ; Petit fils de NYIRINDEKWE ; Arrièrepetit-fils de GAHINDIRO-YUHI (3ème roi avant MUSINGA).
c) Il sait lire, mais péniblement et sait écrire son nom ; en 1924, il a fréquenté pendant quelques mois l’école de Nyanza, en même temps que MUSINGA
et d’autres notables.
d) Homme conciliant ; telle est la note dominante de son caractère ; aimé de
tous les chefs et de ses administrés, de ceux-là du moins qui sont quelque
peu intelligents ; manque parfois de fermeté à l’égard de certains souschefs ; très bien disposé à l’égard de l’autorité européenne.
e) Marié – Polygame (quatre femmes « officiellement ») – 6 fils et 8 filles.
Agé de 50 ans environ.
f) Son grand-père NYIRINDEKWE ne possédait que deux collines. Son père
LWANGEYO a reçu de LWABUGIRI, prédécesseur de MUSINGA, une troisième colline près de Nyanza (NYAGITAKA) ; LWANGEYO était estimé par
LWABUGIRI à cause de sa bravoure ; il s’était distingué lors des campagnes
menées par le mwami conquérant au KIVU ; c’est lui qui, à KWIJWI, a tué
SHUMBUSHO, fils du sultan KABEGO. LWANGEYO est mort en 1927 à la
colline NYAGITAKA. L’époque à laquelle Musinga succéda à son père
LWAUBUGIRI marque le début d’une période de bouleversement général
provoqué par la lutte entre les deux clans des ABEGA (famille de NYIRAYUHI) et des ABANYIGINYA (famille de MUSINGA). LUHINANKIKO, frère
de NYIRA-YUHI et très puissant à cette époque, avait largement doté de collines et de bétail tous ses amis et suivants ; se faisant, il s’était créé beaucoup
d’ennemis, particulièrement parmi le clan des ABANYIGINYA, lesquels parvinrent, à leur tour, à faire tomber en disgrâce LUHINANKIKO et, avec lui, le
clan qu’il représentait. Or parmi les suivants de LUHINANKIKO, se trouvait
un certain SEBUHARARA, lequel devait toute sa fortune à son maître ; accusé auprès de NYIRA-YUHI d’être un « mugome » (révolté), SEBUHARARA
perdit tous ses biens et ceux-ci furent donnés à LWANGEYO, père de KYITATIRI, tandis que les biens de SHAKA, son frère, tombé en disgrâce en
même temps que lui, passaient à LWABUSISI (chef de KIGALI). LWANGEYO devint ainsi propriétaire de collines situées au NDUGA, au BUGANZA, au MULERA et au MUTARA (terr. de Gatsibu). SEBUHARARA et son
frère SHAKA, sentant leur vie menacée, résolurent de passer en territoire
anglais (au NDORWA) ; arrivés au BUGANZA, ils rassemblèrent tout le bétail
qu’ils purent trouver afin de ne pas souffrir en même temps de l’exil et de la
gêne ; NYIRA-YUHI et MUSINGA, mis au courant de cette manœuvre, envoyèrent contre eux LWATANGABO et MPETAMACHUMU (ancien chefs du
terr. de Gatsibu) ; la bataille s’engagea à la colline LWATA ; SEBUHARARA
117

et SHAKA, se voyant perdus, se brûlèrent dans leur hutte pour échapper au
sort qui les attendait.
g) KYITATIRI fut, en 1926, désigné par son père LWANGEYO pour lui succéder.
h) La désignation de KYITATIRI fut favorablement acceptée par
l’Administration et par le Sultan ; avant cette désignation déjà, il assumait la
gestion des biens de son père qui, trop vieux pour exercer lui-même le commandement, n’était plus chef que de nom.
i) KYITATIRI « croit » encore aux anciennes pratiques de magie et de sorcellerie ; toutefois, depuis deux ans, il s’en « détache » petit à petit, en ce sens
qu’il n’y attache plus la même importance ; à l’heure actuelle, il consulte
encore ses sorciers pour savoir quelle offrande sera agréable aux mânes de
ses ancêtres, plus rarement à l’occasion de la visite du Gouverneur du Territoire ou du Résident ou même de toute autre personnalité importante. Ces
derniers temps, il ne paraît plus ajouter foi au pouvoir des « abashara » (faiseurs de pluie)67, mais nous avons tout lieu de croire qu’il leur fait encore
des cadeaux en secret, afin qu’ils favorisent la région placée sous son commandement.
j) Son attitude à l’égard des missions catholiques indique qu’il leur est plutôt
favorable (presque tous ses enfants se font instruire) – Il aime beaucoup
moins les missions protestantes et prétend que tous les adeptes de ces dernières sont « des gens intraitables, qui refusent toute obéissance ».
k) Il y a quelques années, KYITATIRI était très attaché à MUSINGA ; mais
depuis qu’il a constaté que le mwami se laissait tellement influencer par ses
favoris et ses courtisans, depuis qu’il sait que MUSINGA autorise ces parasites à tenir sur son compte des propos malveillants, il a, petit à petit, espacé
ses visites à la cour. L’échange de correspondance avec le mwami est pour
ainsi dire nul et n’a trait qu’aux prestations à fournir ; pour toutes autres
questions, les échanges de vues se font verbalement, lors des visites de KYITATIRI à Nyanza.
l) Néant.
m) KYITATIRI commande la province du NDUGA (Population : 26.289 –
Contribuables : 6.872) – 15 massifs – 130 collines. Certaines collines du
NDUGA dépendent directement de MUSINGA ou d’autres chefs qui résident
en dehors du territoire ; néanmoins, KYITATIRI exerce son autorité partout,
même sur ces collines qui ne dépendent pas directement de lui, pour ce qui
regarde la perception de l’impôt, la fourniture des travailleurs, etc… Quant
aux sous-chefs dépendant de MUSINGA ou de chefs étrangers au territoire,
ils font la cour à leur chef direct, sans que cette situation, consacrée depuis
de nombreuses années, entraîne de difficultés au point de vue administratif.
67

Faiseurs de pluie en kinyarwanda : « abavubyi ».

118

n) KYITATIRI possède dans le territoire de Nyanza 24 collines et parties de
collines et 1.820 têtes de bétail – Le total des têtes de bétail lui appartenant,
si l’on tient compte des troupeaux qu’il possède dans les autres territoires,
peut être évalué à 5.000. Il n’a rien changé à sa manière de vivre qui continue d’être celle d’un chef indigène ; ne songe pas à se construire une maison
européenne. Toujours très bien habillé.
o) MUSINGA se désintéressant de plus en plus de l’administration du pays,
son autorité est pour ainsi dire nulle. Quant à son prestige, lui aussi est fortement handicapé ; sans doute, les chefs etc., en général, tous les indigènes,
ne manqueront jamais de venir saluer le mwami sur son passage et de jurer
par son nom : « Musinga m’bomuroga » (« Que j’ensorcèle, que
j’empoisonne Musinga ! ») mais… pour peu que leur intérêt soit en jeu, ils
n’hésiteront pas un instant à appuyer de ce serment solennel le mensonge le
plus flagrant !
p) La rubrique qui va suivre s’applique de manière générale à tous les chefs
du territoire de Nyanza. Même dans les cas où l’autorité européenne ne
s’exerce pas en parfaite harmonie avec une politique basée sur leurs anciennes traditions et sur leurs conceptions, encore rudimentaires à beaucoup
de points de vue, les chefs se soumettent aux ordres qui émanent de cette
autorité ; empressons-nous d’ajouter que, dans des cas de l’espèce, le
« pourquoi » de semblable décision leur est toujours expliqué ; cette précaution n’empêche d’ailleurs pas que, bien souvent, tout en reconnaissant le
bien-fondé de l’explication qui leur est donnée, les chefs essaient de défendre malgré tout leur ancienne coutume ; attachement sincère à la tradition
reçue des ancêtres ?... autre moins respectable : l’intérêt. Un exemple : un
« umugaragu » (suivant) a reçu du bétail d’un chef ; par son travail personnel, il parvient à se procurer une vache, ou encore il la reçoit en dot pour une
de ses filles ; à qui appartient la nouvelle acquisition ? Pour la revendiquer,
le chef argumentera de la sorte, et son raisonnement n’est pas dépourvu de
toute finesse, il répond même aux règles de la logique indigène, sinon à nos
règles de droit moderne : « C’est grâce aux vaches que moi, je lui ai données, que cet homme a pu avoir des loisirs pour travailler et pour se procurer
une autre bête par son travail » – ou encore : « C’est grâce aux vaches que je
lui ai données qu’il a pu élever convenablement sa fille ; que celle-ci est
devenue une belle femme, un parti recherché…puisque tel prétendant a bien
voulu donner une vache en dot ».
q) Aucun abus, aucune exaction à reprocher à KYITATIRI ; s’il a encouru
quelques amendes disciplinaires, c’est pour mauvaise exécution des ordres
reçus. Quid des amandes en bétail ? Ce qui va en être dit vaut également
pour tous les chefs du territoire. Une chose est certaine : les chefs y sont
beaucoup plus sensibles qu’à une amende en argent ; celle-ci même dût-elle

119

dépasser la valeur d’une ou plusieurs têtes de bétail. Où le chef frappé d’une
telle sanction prélève-t-il là où les bêtes qui en font l’objet. Le plus souvent
sur son propre troupeau (« inyarurembo » c’est-à-dire, le troupeau qui appartient en propre au chef, qui constitue son « bien de famille » et qui sert à son
entretien, celui de sa femme et de ses enfants) – beaucoup plus rarement, sur
le troupeau d’un de ses suivants, de celui d’entre eux qui possède le plus
grand nombre de têtes de bétail ; il ne faut pas perdre de vue toutefois que,
pour peu que ce second procédé devienne une règle fixe, les protestations et
les réclamations sont portées sans retard devant l’autorité européenne.
Note : au moment où ces lignes sont écrites, l’amende disciplinaire en bétail est
suspendue par ordre de l’autorité supérieure.

r) KYITATIRI est aimé et respecté de tous ses administrés. Il manque un peu
de fermeté pour faire exécuter ses ordres.
s) Au point de vue « Justice », il ne se distingue pas des autres chefs indigènes. Lorsqu’il juge seul ou avec l’aide de ses suivants, il peut être soupçonné de partialité. Mais au « rukiko [tribunal] » de Nyanza (où la règle est
que chaque chef siège pendant une semaine, assisté de sous-chefs qui ne
dépendent pas de lui) il n’osera pas favoriser un de ses suivants, de peur
d’être accusé de partialité par les autres chefs qui assistent à l’audience et
qui, bien que ce ne soit pas leur « semaine » de juger, peuvent cependant
donner leur avis.
BUZIZI, chef du MAYAGA.

a) Mtwa, de la famille des ABASKETE.
Note : L’ancêtre de cette famille, le Mtwa BUSKETE, fut élevé au rang de
grand mtutsi par les libéralités du roi KIJILIMA (le 7ème avant MUSINGA) qui
lui donna sa fille en mariage.
b) Fils de RUTEBUKA. Petit-fils de KATABIRORA. Arrière petit-fils de RUGIRA, fils de SEMAKAMBA, fils de BUSKETE. Depuis de nombreuses années déjà, les descendants de BUSKETE sont considérés comme de vrais
Watutsi ; cette famille compte de nombreux chefs, dont quelques-uns importants.
c) BUZIZI ne sait ni lire ni écrire, il sait seulement signer son nom.
d) Homme calme, dévoué à l’administration, mais manquant d’autorité sur
les indigènes, – maladif.
e) Agé de 35 ans environ ; Marié, – Polygame – BUZIZI a deux femmes ; de
la première (ancienne femme de son père) il a un enfant ; de la seconde, qui
habite chez lui à NTYAZO (MAYAGA), il n’a pas d’enfant.
f) KARARA, fils de LWABUGIRI, fut assassiné lors de l’avènement de MUSINGA ; RUTEBUKA reçut les biens de KARARA, situé au BUYAGA (ter. de
Gatsibu). Quelques temps après, RUKANGAMIHETO, oncle de MUSINGA,

120

accusé d’être un « révolté » et craignant pour sa vie, s’enfuit en Urundi ; ses
biens situés au MAYAGA, passèrent à RUTEBUKA, sans doute pour récompenser ce dernier d’avoir averti le mwami de la fuite de RUKANGAMIHETO.
g) De son vivant, RUTEBUKA avait dit à MUSINGA qu’il désignait BUZIZI
pour lui succéder.
i) BUZIZI croit encore aux anciennes pratiques de magie et de sorcellerie,
mais gravement malade et en danger de mort, il a reçu, ces jours derniers, le
baptême à la mission d’Issavi.
j) Il est favorable aux missions catholiques et ne suscite aucune difficulté à
ceux qui veulent se faire instruire.
k) Jusqu’en 1927, il fut bien en cour auprès de Musinga ; depuis cette
époque, étant devenu l’ami de nombreux chefs et se rapprochant trop de
l’Européen, il est accusé de défection à la Cour de Nyanza. Aucun échange
de correspondance avec le mwami.
l) Néant.
m) Nombre de collines : 6 massifs – 65 collines.
Population du MAYAGA : 20.539.
Nombre de contribuables : 5.945.
Nombre de tête de bétail : 3.058.
n) BUZIZI commande directement à 1.114 contribuables, répartis sur 14 collines et parties de collines. On peut évaluer son bétail à 4.500 têtes en tenant
compte des troupeaux qu’il possède dans le territoire de Gatsibu. Son train
de vie est simple ; il est habillé proprement mais sans recherche ; il a cependant auprès de lui une troupe de danseurs (Watutsi – intore) constituée par
les fils de ces suivants.
o) BUZIZI feint d’obéir avec empressement à MUSINGA mais, en réalité il
cherche à se soustraire à toutes les corvées demandées par le mwami.
p) Voir rubrique : KYITATIRI.
q) BUZIZI n’a encouru qu’une seule punition disciplinaire, pour manque
d’énergie vis-à-vis de ses subordonnés.
r) Voir rubrique : KYITATIRI.
s) Voir rubrique : KYITATIRI.

121

NTURO, chef du KABAGALI.

a) Mtutsi de la famille des ABANYIGINYA.
b) Généalogie : KIJILIMA – LUJUGIRA (7ème roi avant MUSINGA).
I
GIHANA.
I
MUNANA.
I
MARARA.
I
NYIRIMIGABO.
I
NTURO.

c) Ne sait ni lire ni écrire ; sait seulement signer son nom.
d) En apparence : franc, d’allure débonnaire même. En réalité : très intelligent et surtout très rusé ; dévoué à l’autorité européenne, ou du moins feignant de l’être, uniquement parce qu’il y trouve son intérêt ; NTURO a
beaucoup d’ennemis à la Cour de MUSINGA, qui n’attendent qu’une occasion favorable pour essayer de le déposséder.
e) Agé de 58 ans environ. Marié – Polygame ; NTURO a deux femmes « officielles » : de la première, KAMPORORO, il a 5 fils ; de la seconde, KAGISHA (femme répudiée de MUSINGA), il n’a pas d’enfant ; de concubines, il a
3 fils et une fille (En 1932, pour devenir catéchumène, il a dû répudier une
de ses femmes… et il a répudié la mère de ses 5 fils c.-à-d. KAMPORORO :
note M. Coubeau, 1933).
f) Les sorciers du roi KIJILIMA – LUJUGIRA avaient persuadé celui-ci, s’il
voulait être aidé par les esprits dans sa lutte contre les Barundi, qu’il devait
sacrifier un de ses fils en le laissant massacrer par le peuple ennemi. GIHANA se présenta spontanément pour être la victime ; il passa en Urundi où il
commit plusieurs meurtres, à seule fin de provoquer la colère des Barundi ;
ceux-ci, exaspérés, le massacrèrent. Sur ces entrefaites, KIJILIMA mourut
mais, avant d’expirer, il enjoignit à son autre fils, NDABARASA, de prendre
pour femme la veuve de son frère, nommée NYIRATUNGA. Refus de NDABARASA qui se déchargea de son mandat sur son fils SENTABYO, le forçant
à épouser NYIRATUNGA.
SENTABYO devint roi à la mort de son père, et prit le nom de MIBAMBGE
SENTABYO ; de NYIRATUNGA, il eut un fils, GAHINDIRO, lequel était
encore tout enfant lorsque mourut son père ; il devint roi sous le nom YUHI
GAHINDIRO mais ce fut sa mère NYIRATUNGA qui, effectivement, administra le pays pendant de nombreuses année. Or NYIRATUNGA avait, de son
mariage avec GIHANA, un autre fils MUNANA, lequel, par suite du rema-

122

riage de sa mère, se trouvait être à la fois le frère utérin de GAHINDIRO en
même temps que… son parent à la cinquième génération ! NYIRATUNGA
profita de sa situation de régente pour favoriser le fils du premier lit et elle
donna à MUNANA tous les biens qui sont aujourd’hui la propriété de NTURO ; ces biens sont situés dans les territoires de Nyanza – Gatsibu – Kigali –
Astrida et Shangugu.
g) NTURO fut désigné, en 1919, comme chef de la région du KABAGALI,
parce qu’il était le chef le plus important de cette province.
h) C’est le Résident qui, d’accord avec le mwami, a nommé NTURO chef de
province.
i) NTURO croit encore aux anciennes pratiques de magie et de sorcellerie.
j) NTURO n’est pas hostile « ouvertement » aux missions et aux missionnaires mais il est certain que, dans son for intérieur, il ne les aime pas. Un de
ses fils – NKUSI – est baptisé. A ses subordonnés qui manifestent le désir de
se convertir, NTURO ne marque aucune hostilité – il est trop fin pour cela –
il cache son dépit et accepte la chose avec impassibilité, comme un évènement inéluctable, un accident auquel il faut se résigner.
k) NTURO fut jadis très bien en cour, mais aujourd’hui il est attaqué très
vivement par le clan des flatteurs (les « abayoboke », c’est-à-dire ceux qui
connaissent une seule route)68 ; c’est qu’en effet, NTURO se moque ouvertement des flatteurs, et, le soir, surtout quand il est légèrement pris de boisson, il ne se fait pas faute de les ridiculiser devant MUSINGA lui-même et
NYIRA-YUHI, exposant sans détour ce qu’il pense de ces « parasites » ; ces
sorties font évidemment faire des gorges chaudes à ceux du clan des « abagome » (les « révoltés », nom donné par les flatteurs) mais remplissent de
dépit les courtisans. Aucune correspondance entre le mwami et NTURO ;
toutes les questions sont traitées verbalement.
l) Néant.
m) NTURO commande la province du KABAGALI, composée de 32 massifs
et de 144 collines.
Population : 35.286 habitants.
Nombre de contribuables : 8.936.
n) Au KABAGALI, NTURO commande personnellement 33 collines (2.343
contribuables) et possède 4.335 têtes de bétail. NTURO est, avec KAYONDO
le chef le mieux habillé du territoire ; son train de vie est celui des plus
grands notables.
o) NTURO feint de se soumettre aux ordres du mwami ; il les reçoit de façon
toute débonnaire mais… en réalité, il n’en fait qu’à sa guise.
p) Quant aux ordres émanant de l’autorité européenne, NTURO les exécute…
avec résignation et parce qu’il ne peut faire autrement ; particulièrement
68

Une meilleure traduction du mot « abayoboke » : « les partisans fidèles ».

123

quand il s’agit d’une mesure prescrite par cette autorité en opposition avec
les vieilles coutumes et les traditions désuètes, il s’y soumet mais uniquement à raison du « droit du plus fort », parce qu’il sait que son opposition ne
changera rien et qu’il devra céder malgré tout.
q) Même rubrique que pour KYITATIRI.
r) NTURO a une très grande autorité sur ses administrés ; même sur ceux des
sous-chefs qui ne dépendent pas directement de lui mais des chefs résidant
dans les territoires voisins.
s) NTURO a, fort probablement, de la justice, la même conception que ses
confrères ; mais, seul peut-être de tous les chefs, il a, selon l’expression courante, son franc-parler partout et, au rukiko de Nyanza, il ose, non seulement
énoncer, mais même défendre un avis opposé à celui du mwami.
KAYONDO, chef du BUSANZA.

a) Mtutsi, de la famille des ABEGA.
b) Généalogie :
LWAKAGARA.
________________I_________________
I
I
MBANZABIGWI.
KANJOGERA.
I
(aujourd’hui : NYIRA-YUHI.)
KAYONDO.

c) Ne sait ni lire ni écrire, mais sait seulement signer son nom.
d) Autoritaire et rancunier ; très fin et très rusé ; beaucoup plus rusé
qu’intelligent. Très bien disposé à l’égard de l’autorité européenne… parce
qu’il sait que, sans elle, il y a longtemps déjà qu’il ne serait plus chef, longtemps peut-être que MUSINGA l’aurait fait disparaître.
e) Agé de 49 ans environ. Marié-Polygame : KAYONDO avait quatre
femmes officielles ; l’une d’elle a été répudiée. Il a 11 enfants : 5 fils et 6
filles.
f) MBANZABIGWI ne possédait que quelques collines, qu’il tenait de son
père LWAGAGARA. NYIRA-YUHI intercéda auprès du roi LWABUGIRI afin
que ce dernier confiât à MBANZABIGWI l’administration de ses biens, gérés
jusque-là par son suivant MUGAGAMBERE (ses biens, c’est-à-dire : les biens
de la reine, appelés « impamakwicha »). LWABUGIRI accéda à cette demande. Lorsque mourut MBANZABIGWI, son fils KAYONDO était encore
tout enfant ; le mwami et son épouse désignèrent comme tuteur KANUMA,
lequel KANUMA se fit bientôt assister par BANDORA (sorcier) dans
l’administration des biens des enfants de MBANZABIGWI. BANDORA (qui
avait été suivant de MBANZABIGWI) obtint de NYIRA-YUHI d’être envoyé
en possession des biens de BARIGINYONZA (autre fils de LWABUGIRI qui
avait été mis à mort par les partisans de NYIRA-YUHI). Quelque temps

124

après, NYIRA-YUHI, qui considérait KAYONDO comme son fils, lui fit don
du bétail de BIKOTWA et de KANYONYOMBA, puis l’autorisa à choisir une
colline parmi celles de tous les chefs du Ruanda ; LUHINANGIKO, frère de
la reine, étant tombé en disgrâce, KAYONDO reçut les collines que celui-ci
possédait dans le NDUGA et dans le BUGARURA (Mulera), ainsi que son
bétail du KYINGOGO ; quant à son tuteur, voyant que son pupille était en
âge d’administrer lui-même ses biens, il demanda d’être déchargé de son
mandat et il reçut (comme récompense pour sa gestion) les biens que LUHINANGIKO possédait au KISSAKA. Pendant la guerre, KAYONDO fut envoyé
à KISENYI et BANDORA profita de son éloignement pour le faire tomber en
disgrâce ; à son retour KAYONDO ne trouva plus que quelques fidèles ;
c’était l’époque où l’administration belge avait besoin d’un très grand
nombre de porteurs ; KAYONDO, ayant perdu toute autorité sur ses souschefs et ne pouvant, par conséquent, satisfaire aux exigences de MUSINGA,
se fit infliger plusieurs fois, sur l’ordre du mwami, la peine du fouet, châtiment dont il garde encore à l’heure actuelle les cicatrices, mais plus encore,
le brûlant souvenir et, surtout une rancune tenace à l’adresse de son justicier.
KAYONDO se lia alors d’amitié avec NTURO et tous deux présentèrent leurs
revendications à l’administration belge ; le mwami et la reine-mère, tout en
reconnaissant théoriquement les droits de KAYONDO, se gardèrent bien de
donner à KANUMA et à BANDORA l’ordre de restituer à leur ancien pupille
les biens qu’ils lui avaient ravis. Cette situation se prolongea jusqu’en 1925 ;
c’est à cette époque que le Résident trancha définitivement le différend
KAYONDO – KANUMA – BANDORA ; KAYONDO rentra en possession de
ses biens et redevint le chef riche et puissant qu’il est aujourd’hui
g) KAYONDO succéda, comme il est dit plus haut, à son père MBANZABIGWI. C’est en 1918 qu’il devint chef du BUSANZA.
h) C’est d’accord avec l’administration européenne que le mwami nomma
KAYONDO chef du BUSANZA.
i) KAYONDO reste attaché aux anciennes pratiques de magie et de sorcellerie.
j) Même attitude que NTURO vis-à-vis des missions : indifférent en apparence, mais sournoisement hostile.
k) A la suite des intrigues et de la violence campagne de dénigration menée
par son sorcier BANDORA contre KAYONDO, le mwami ne pardonnera jamais à ce dernier d’avoir eu recours à l’autorité européenne pour faire trancher sont différend avec ses tuteurs. Les fils et les petits-fils de BANDORA
(qui, au point de vue « intrigue » n’ont rien à envier à leur père ou à leur
aïeul) ont soin d’attiser l’hostilité du mwami contre KAYONDO en lui représentant ce dernier comme un spoliateur ; patiemment, ils tâchent de détacher
de KAYONDO quelques-uns de ses suivants et MUSINGA, instigué par eux, a

125

déjà tenté à plusieurs reprises de faire revivre le procès des « impamakwicha ». KAYONDO fournit chaque jour des prestations en lait à MUSINGA et à
sa mère ; en outre, il s’évertue, mais en vain, à regagner leurs bonnes grâces
par toutes sortes de cadeaux en argent et en nature (étoffes, etc…). Depuis
quelques temps, le mwami ne cherche même plus à cacher son hostilité à
l’égard de KAYONDO. Aucune correspondance n’est échangée.
l) Néant.
m) KAYONDO commande la province du BUSANZA (l5 massifs comprenant
83 collines).
Population : 15.361 habitants.
Contribuables: 4.474.
n) KAYONDO possède au BUSANZA :
57 collines avec 2.427 contribuables.
3.804 têtes de bétail.
Il mène un train de vie assez important ; recherche beaucoup les produits
européens ; il possède un des boma les mieux conçus et les mieux entretenus
du Ruanda.
o) KAYONDO craint MUSINGA qui fut très dur pour lui au début de notre
occupation ; il sait que le mwami ne laissera échapper aucune occasion de lui
nuire auprès de l’Européen. A cause de cette antipathie réciproque,
KAYONDO n’exécute les ordres émanant de MUSINGA que lorsqu’il lui est
impossible de faire autrement.
p) Comme NTURO, KAYONDO ne se soumet aux ordres de l’autorité européenne que par nécessité ; cependant, il fait tout son possible pour donner
satisfaction car il sait que c’est grâce à cette autorité qu’il est encore chef
aujourd’hui.
q) Les indigènes racontent que, jadis, KAYONDO fut un chef très sévère,
cruel même. Au début de 1929, il fut puni sévèrement (10 génisses
d’amende) pour n’avoir pas tenu la main énergiquement à l’extension des
cultures ; de ce chef, il porte une grande part de responsabilité dans la disette
qui a sévi jusqu’en Mai au BUSANZA.
r) KAYONDO a une grande autorité sur ses sujets ; son ancienne réputation
de sévérité est unes des raisons pour lesquelles ses ordres sont exécutés
promptement.
s) On retrouve chez KAYONDO le défaut qui caractérise tout juge indigène :
la partialité. Moins franc que NTURO, il n’ose pas, au tribunal indigène,
soutenir une opinion opposée à celle du mwami… à moins que son propre
intérêt ne soit en jeu !

126

MANZI, chef du BUNYAMBIRIRI.

a) Mtutsi, de la famille des ABAKOBGA (branche de la famille des ABANYIGINYA).
b) Fils de SEGORE. Petit fils de NSHIZIRUNGU.
c) Complètement illettré.
d) De caractère timide et conciliant, MANZI fut longtemps considéré comme
un chef sans énergie. Il semble aujourd’hui être parvenu à s’imposer et
donne entière satisfaction. MANZI n’est pas très intelligent, mais il est dévoué à l’Européen (il sait que sans la présence des Belges, il aurait trop à
souffrir de MUSINGA qui l’accablerait de corvées).
e) Agé de 32ans environ. Marié – Polygame : MANZI a trois femmes (dont
deux sont les veuves de ses frères), 2 fils et une fille.
f) Le chef LUYUNDO, ayant été accusé d’être un « révolté », fut dépossédé
et une partie de ses biens passa à SEGORE (biens situés au BUNYAMBIRIRI,
au BUSANZA, au BUFUNDU et au BULIZA. A la mort de SEGORE, ces biens
passèrent à son fils MUNYASHONGORE, décédé en 1924 sans laisser
d’enfant. MUSINGA donna alors le BUNYAMBIRIRIRI à NYIRINKINDI,
second fils de SEGORE mais celui-ci, trop faible, ne parvint pas à se faire
obéir et, en 1928, Monsieur le Résident, d’accord avec le mwami, désigna
MANZI, troisième fils de SEGORE, pour administrer le BUNYAMBIRIRI.
g) Son investiture eut lieu en 1928.
h) Il fut proposé à ce commandement par le Délégué de Nyanza ; nommé par
Monsieur le Résident, d’accord avec MUSINGA.
i) MANZI est encore attaché aux anciennes pratiques de magie.
j) MANZI est plutôt favorable aux missions catholiques ; il l’est moins aux
missions protestantes, sans toutefois leur être hostile. Il laisse ses subordonnés entièrement libres de se faire instruire et ne leur suscite, à cette occasion,
aucune difficulté.
k) MANZI étant l’ami de nombreux chefs, ses rapports avec le mwami sont
plutôt froids ; comme tous les chefs qui détiennent quelque pouvoir important et qui donnent satisfaction, MANZI est vivement jalousé et critiqué par
l’entourage de MUSINGA. Aucune correspondance avec Nyanza ; toutes les
questions sont traitées verbalement.
l) Néant.
m) Le BUNYAMBIRIRI comprend 14 massifs, lesquels comprennent 104
collines. Population : 32.719 habitants.
Contribuables : 6.253.
n) Richesses personnelles de MANZI :
14 collines, avec 702 contribuables.
862 têtes de bétail.
Son train de vie est des plus simples.
127

o) Comme les autres chefs, MANZI ne se soumet aux ordres du mwami que
lorsqu’il lui est impossible de faire autrement.
p) Même attitude que les autres chefs vis-à-vis des ordres de l’autorité européenne : soumission résignée.
q) MANZI a encouru quelques peines d’amendes disciplinaires, mais légères,
pour non exécution des ordres reçus.
r) MANZI ne jouit pas d’un grand prestige auprès de ses administrés ; toutefois, depuis quelques mois, il parvient à s’imposer et à se faire obéir plus
facilement.
s) Pour ce qui concerne sa mission de juge, MANZI ne se distingue pas des
autres chefs.
LUKUNGU, chef du RUKOMA.

a) Mtutsi, de la famille des ABEGA
b) Généalogie :
MAKARA.
I
GIHINIRA.
I
ANGOGA.
I
BUGIRANDE.
I
RUGINA.
I
LUGABUKA.
I
MUKERANEGOMA.
I
LUGIRANGOGA.
I
SHYIRAMBERE.
I
GAKWAVU.
I
LUKUNGU.

c) Complètement illettré.
d) LUKUNGU n’est pas intelligent ; de plus, c’est un ivrogne ; caractère indolent : aucune fermeté. Il cherche à donner satisfaction à l’autorité européenne uniquement parce qu’il y trouve son intérêt.
e) Agé de 40 ans environ. Marié – Polygame : il a deux femmes officielles,
dont il n’a pas d’enfant. D’une concubine, il a un fils.
f) LUKUNGU a repris le commandement du RUKOMA en 1926. Depuis
quelques années, déjà, il gérait en fait cette province, à la demande de son
128

père, trop vieux pour commander. GAKWAVU avait reçu de MUSINGA et de
NYIRA-YUHI les biens de MBANZABOGABO. Celui-ci tenait ses biens de
BINEGO, lequel les avait reçus de LWABUGIRI, lequel les avait volés à
NTORGWA après avoir fait mettre à mort ce dernier pour vol de bétail.
Comment GAKWAVU était-il entré en possession des biens de MBANZABOGABO ? Au début des hostilités, on avait confié à MBANZABOGABO la
garde des biens d’un protestant allemand d’IREMERA ; les Belges, à leur
arrivée, demandèrent des comptes à MBANZABOGABO, qui nia énergiquement avoir rien reçu ; on découvrit dans sa hutte les objets qu’il avait détournés, et son indélicatesse lui valut d’être exilé à KISSENYI. C’est alors
que le mwami désigna GAKWAVU pour succéder à MBANZABOGABO, dans
son commandement et dans ses biens.
g) LUKUNGU succéda à son père en 1926.
h) La proposition émanait de MUSINGA et de GAKWAVU ; elle fut approuvée par la Résidence.
i) LUKUNGU reste attaché aux anciennes pratiques de magie.
j) Même attitude que MANZI à l’égard des missions : plutôt favorable aux
missions catholiques, moins aux missions protestantes.
k) Ses rapports avec le mwami ne sont empreints d’aucune cordialité. Aucun
échange de correspondances avec Nyanza.
l) Néant.
m) LUKUNGU commande le RUKOMA, région très fertile et très peuplée,
mais caractérisée par l’absence de marais, et de ce fait, plus exposée que les
autres régions du territoire aux dangers de disette. Le RUKOMA compte
20 massifs, divisés en 136 collines. Population : 39.690 habitants. Contribuables : 10.209.
n) Tous les biens de LUKUNGU sont situés dans la province qu’il administre : 8 collines avec 723 contribuables ; 459 têtes de bétail. En comparaison des autres chefs, LUKUNGU est un chef pauvre.
o) Lui aussi se soumet aux ordres du mwami… quand il ne peut faire autrement.
p) Quant à sa soumission aux ordres de l’autorité européenne, même attitude
que MANZI.
q) S’est vu infliger quelques amendes disciplinaires en argent pour non exécution ou lenteur dans l’exécution des ordres reçus.
r) LUKUNGU ne jouit que d’un prestige très relatif. Le RUKOMA compte un
grand nombre de sous-chefs dépendant directement du mwami et sur lesquels LUKUNGU n’a pour ainsi dire aucune autorité.
LUKUNGU a la passion de l’ivrognerie et sa conduite est loin d’être toujours
édifiante ; surveillé très étroitement depuis quelque temps, il donne davantage satisfaction.

129

s) Même rubrique que pour les autres chefs ; LUKUNGU est plus particulièrement soupçonné de ne pas trancher les palabres selon l’équité. (Condamné
pour détournement en 1932, LUKUNGU a été destitué et remplacé par NTA69
GOZERA, note M. Coubeau, 1933)
KABERUKA, chef du NDIZA.

a) Muhutu, de la famille des ABAHENYI (dont la fondatrice est la célèbre
NYIRANZANA).
b) Généalogie :
SANGANO.
I
SERUSINGA.
I
RUNIGA.
I
GAKWANDI.
I
KABERUKA.
Note : GAKWANDI est l’oncle de LUVZANDEKWE, chef du KINGOGO.
(note de M. Coubeau, 1933 : GAKWANDI est mort en 1932).

c) KABERUKA sait lire et écrire ; il a suivi les cours de l’école de Nyanza en
même temps que MUSINGA, puis il a continué seul sa formation.
d) Intelligent mais hésitant. KABERUKA semble sincèrement dévoué à
l’autorité européenne.
e) Agé de 35 ans environ. Marié – Jadis, polygame, avait deux femmes ; de
la première, il eut trois fils et trois filles ; de la seconde, un fils et une fille.
Aujourd’hui monogame ; depuis son baptême, KABERUKA a répudié sa
seconde femme.
f) RUNIGA, aïeul de KABERUKA, était « suivant » de LWABUGIRI ; il reçut
du roi quelques collines au NDIZA. GAKWANDI, d’abord suivant de LWABUGIRI, fit ensuite la cour à NSHOZAMIHIGO, frère de MUSINGA, dont il
revint l’ « umutwale w’intebe » (régisseur en quelque sorte) ; tombé en disgrâce, il fut chassé par son maître, vint faire la cour à MUSINGA et… reprit
les collines de son père au NDIZA. Le NDIZA était, à cette époque, divisé
entre plusieurs chefs ; GAKWANDI, qui était parvenu à se faire aimer par
MUSINGA et NYIRA-YUHI, obtint, en 1915, le commandement du NDIZA
tout entier. En 1928, GAKWANDI, assez mal en cour, préférera abdiquer son
commandement en faveur de son fils.
69

En marge du document : « LUKUNGU, chef du Rukoma, fut destitué pour fraudes ds héritages (trav.
Katanga) à la fin 1932 ou 1933 ».

130

g) Date de l’investiture : 28 août 1928. Succède à son père encore en vie.
h) MUSINGA et GAKWANDI proposèrent, de commun accord, KABERUKA
pour le commandement du NDIZA ; leur proposition fut agréée par la Résidence.
i) KABERUKA s’est fait baptiser à KABGAYI en 1929. Il a renoncé aux anciennes croyances et sorcellerie.
j) Nettement favorable aux missions catholiques.
k) KABERUKA craint MUSINGA; il est très mal en cour à Nyanza, à la suite
des intrigues de YAMULE et MUNYANGEYO, ambitieux qui manœuvrèrent
pour devenir chefs du KYINGOGO et du NDIZA et qui furent évincés par
KABERUKA. Aucun échange de correspondance avec Nyanza.
l) Néant.
m) Le NDIZA est composé de 11 massifs, divisés en 80 collines.
Population : 24.293 habitants.
Contribuables : 5.952.
Province très montagneuse, fertile ; les pluies y sont régulières et les récoltes
abondantes. Population vigoureuse, simple.
n) KABERUKA possède au NDIZA : 73 collines avec 4.951 contribuables,
3.913 têtes de bétail. Son train de vie est très simple. En considération de son
origine modeste. KABERUKA est mésestimé, sinon méprisés par les Watutsi.
o – p) Même rubrique que pour les deux chefs qui précèdent.
q) KABERUKA n’a pas encore été puni. (Son père se vit infliger 10 génisses
d’amende pour ses exactions, ses abus dans l’exigence de prestation coutumière aux Bahutu).
r) KABERUKA est bon pour ses sujets et il en est aimé. Malheureusement la
présence du vieux GAKWANDI nuit à son autorité ; ce vieillard maussade et
aigri se résigne malaisément à abandonner toute initiative à son fils et celuici veut ménager son père tout en exigeant l’obéissance des indigènes à ses
ordres personnels.
s) Même rubrique que pour les autres chefs.
LUDAHIGWA, chef du MARANGARA.

a) Mtutsi, de la famille des ABANNYIGINYA.
b) Fils du mwami MUSINGA.
c) Lettré ; lit et écrit parfaitement le Kiswahili ; comprend le français, le
parle et l’écrit plus difficilement. LUDAHIGWA a suivi le cycle complet des
cours de l’école de Nyanza.
d) Très intelligent, mais manque absolument de caractère ; fourbe et dissimulateur. LUDAHIGWA a subi trop longtemps l’influence pernicieuse de la
Cour ; il dissimule habilement ses vrais sentiments à l’égard des Européens ;
tout en aimant et en recherchant ce qui vient d’eux, il reste profondément

131

attaché aux vieilles traditions et à cette conception du pouvoir qui donne, à
ceux qui détiennent l’autorité, tous les droits vis-à-vis de leurs administrés,
sans leur imposer aucun devoir ni aucune responsabilité.
e) Célibataire, né en 1911.
f) Le MARANGARA était la province de NSHOZAMIHIGO, frère de MUSINGA ; il y avait pour gérer ses biens dans cette région, un certains LWASABAHIZI (« mtwale w’intebe ») ; celui-ci, démis de ses fonctions d’intendant,
vint faire la cour à MUSINGA. A la mort de NSHOZAMIHIGO (1916), le
MARANGARA passe à NYIRIMBILIMA, mais celui-ci, détesté par le mwami
et recevant très souvent, sur son ordre, des coups de fouet, dut s’enfuir en
territoire anglais (1917). C’est alors que l’ex-intendant LWASABAHIZI demanda et obtint de MUSINGA le commandement du MARANGARA ; à sa
mort (en IX-1924) son fils MUGEMANGANO lui succéda. MUGEMANGANO
n’eut jamais aucune autorité et, depuis de nombreuses années, le MARANGARA était devenu un foyer d’anarchie : cette région ne fournissait plus
aucune corvée ; l’impôt était payé par ceux qui le voulaient bien, etc. C’est
ce qui décida le Gouvernement à confier l’administration du MARANGARA
à un des fils du mwami.
g) Désigné par Monsieur le Gouverneur le 3 juillet 1929, LUDAHIGWA fut
investi de ses nouvelles fonctions le 7 du même mois. Aucun lien de parenté
ne l’attachait à son prédécesseur.
h) Proposé à ce commandement par le Délégué de Nyanza, agrée par Monsieur le Résident et nommé par ordre de Monsieur le Gouverneur.
i) Bien que s’intéressant vivement à toutes les manifestations de notre civilisation, LUDAHIGWA reste cependant attaché, profondément, à son insu
peut-être ou tout au moins à son corps défendant, aux anciennes pratiques de
magie et de sorcellerie.
j) Tout en feignant l’indifférence à l’égard des missions, il n’est pas téméraire d’affirmer que LUDAHIGWA leur est nettement, encore que sournoisement, hostile.
k) MUSINGA a gardé tout son ascendant sur son fils et celui-ci se soumet à
toutes les volontés de son père.
l) Néant.
m – n) Pour faire cesser l’anarchie et la désorganisation qui régnaient au
MARANGARA, il fut décidé que toutes les collines et tout le bétail de cette
région deviendraient la propriété du fils du mwami. Or le MARANGARA
comporte 19 massifs, divisés en 94 collines. Sa population est de 32.886
habitants et le nombre de contribuables est de 7.475. LUDAHIGWA possède
10.040 têtes de bétail. Il veut mener grand train de vie ; solliciteur comme
son père, il ne dissipe pas, comme ce dernier, sa fortune en dépenses déraisonnables.

132

o) LUDAHIGWA se soumet docilement aux ordres et aux désirs de son père.
p) Avant d’exécuter un ordre lui donné par l’administration européenne,
LUDAHIGWA consulte son père. Dans les cas où l’ordre émanant de
l’Administration va à l’encontre des conceptions surannées et de la politique
du mwami, LUDAHIGWA feint de s’y soumettre mais, en dernière analyse,
c’est l’avis de son père qu’il suivra et c’est la volonté du mwami qu’il exécutera.
Remarque : Ces notes sont écrites le 11 octobre 1929, au moment, où LUDAHIGWA
vient d’être mis en demeure, par Monsieur le Résident, d’occuper immédiatement le
boma qui a été construit pour lui sur la colline KARAMA, au début du mois de juillet, et que LUDAHIGWA a refusé d’habiter jusqu’ici pour ne pas contrevenir à la volonté de son père, instigué lui-même par les sorciers. Cette remarque, ayant trait à
des événements tout récents, était utile pour la bonne compréhension de notes qui
précèdent.

q) Jusqu’à présent, aucun abus n’est à reprocher au jeune chef.
r) La manière dont LUDAHIGWA exerce son autorité sur ses sujets n’a donné
lieu, jusqu’ici, à aucune plainte. Sans l’influence néfaste de son père, LUDAHIGWA serait un bon chef. Lors de son arrivée au MARANGARA, le
jeune chef était aimé et respecté par ses sujets. Il les a froissés gravement,
tout d’abord en refusant d’entrer dans le boma qu’ils lui avaient construit,
puis en envoyant à Nyanza le bétail dont ils lui avaient fait cadeau en témoignage de soumission (« Indabukirano »).
s) Il serait prématuré d’émettre un avis sur la manière dont LUDAHIGWA
comprend sa mission de juge.
LWIDEGEMBYA.
Remarque préliminaire : LWIDEGEMBYA n’est pas un chef de province mais, comme il
commande des collines éparses dans toutes les régions du territoire, il semble indiqué d’en
faire mention ici.

a) Mtutsi, de la famille des ABEGA.
b) Généalogie :
LWAKAGARA.
_________________I_____________________
I
I
KYIGENZA.
NYIRA-YUHI.
I
LWIDEGEMBYA.

c) Complètement illettré.
d) Rusé, intrigant et procédurier. C’est aujourd’hui un vieillard dont les facultés sont considérablement émoussées, mais qui, néanmoins, prétend encore administrer par lui-même tous ses biens. Très hostile à l’autorité européenne au temps où il était le grand favori de MUSINGA (son premier mi-

133

nistre en quelque sorte), il est animé actuellement de bonnes dispositions à
notre égard.
e) Agé de 68 ans (sa tante NYIRA-YUHI est son ainée de deux mois). Marié –
Polygame – trois femmes officielles, dont il eut 4 fils et 3 filles.
f) LWAKAGARA épousa la fille du roi GAHINDIRO. Quand lui-même maria
sa fille KANJOGERA (actuellement NYIRA-YUHI) au roi LWABUGIRI, il
était extrêmement riche ; la presque totalité des biens que les ABEGA possèdent actuellement, c’est lui qui les a amassés. KYIGENZA ne reçut qu’une
partie des biens de son père mais LWABUGIRI lui donna la région de BWISHAZA, en territoire de LUBENGERA. Quand LWIDEGEMBYA succéda à son
père, il reçut encore d’autres collines de LWABUGIRI ; plus tard, sous le
règne de MUSINGA, il parvint à accaparer à son profit les biens de LWABILINDA, oncle du mwami (biens situés dans le KINYAGA et le BUFUNDU.
En territoire de Nyanza, LWIDEGEMBYA commande des collines dispersées
dans toutes les provinces.
g) LWIDEGEMBYA a succédé à son père au début du règne de LWABUGIRI.
h) Ces évènements sont trop anciens pour qu’on puisse déterminer avec certitude qui a nommé LWIDEGEMBYA.
i) LWIDEGEMBYA reste très attaché aux anciennes pratiques de magie et de
sorcellerie.
j) Sourdement hostile aux missions de tout culte, LWIDEGEMBYA a soin de
cacher son hostilité.
k) Il est très dévoué à MUSINGA et NYIRA-YUHI… ce qui n’empêche que le
mwami le déposséderait très volontiers.
l) Néant.
m) dans le territoire de Nyanza, LWIDEGEMBYA commande 12 collines
(980 contribuables) et possède 978 têtes de bétail.
n) S’il pouvait commander lui-même toutes ses collines et gérer tous ses
biens, LWIDEGEMBYA serait certainement le chef le plus riche de tout le
Ruanda, mais il a bien dû abandonner à son fils LWAGATARAKA
l’administration du KINYAGA et à son fils NDAKEBUKA l’administration de
ses biens situés en territoire de LUBENGERA. Son train de vie est encore
assez important à l’heure actuelle ; LWIDEGEMBYA est un vieillard, mais
qui aime encore le luxe de la grande vie.
o) Il ne se soumet aux ordres du mwami que dans la stricte mesure où il ne
peut pas s’y dérober.
p) Même attitude que celle des autres chefs, faite de soumission résignée.
q) Néant.
r) Jadis très puissant, LWIDEGEMBYA ne jouit plus aujourd’hui que d’un
prestige très relatif sur ses sujets ; son grand âge en est la cause ; il n’a plus
guère d’autorité ; toutefois, il est encore respecté, vénéré même par ses an-

134

ciens suivants, lesquels continuent à voir en lui le chef tout-puissant
d’autrefois.
s) Sous le rapport de l’équité, il ne se distingue pas des autres chefs.
LWIGAMBA.
Remarque préliminaire : S’il est parlé ici de LWIGAMBA, c’est par ce que, depuis
le 24-5-1925, par décision de M. le Résident, ce chef gère des biens de LWAMPUNGU situés en territoire de Nyanza.

a) Muhutu, de la famille des ABATSOBE (cette famille fut fondée par un
certains RUTSOBE, lequel avait épousé une femme Muhutu, bien qu’il fût le
fils de GIHANGA, 28ème roi avant MUSINGA).
b) Généalogie :
KANYAMUHUNGU.
I
LUKANGIRASHYAMBA.
_______________I_______________________
I
RWAMWA.
I
LWIGAMBA.

I
KASHAMULA.
I
LWAMPUNGU.

LWIGAMBA est cousin de LWAMPUNGU.

c)Lettré ; il a suivi les cours de l’école de Nyanza.
d) Chef indolent mais soumis à l’autorité européenne.
e) Agé de 20 ans – Marié – Monogame.
f) KANYAMUHUNHU fut successivement le suivant de LWKAGARA (père de
NYIRA-YUHI) et de LWOGERA (père de LWABUGIRI). De LWABUGIRI, il
reçut les biens du chef KARAMIRA (au BUMBOGA), ce dernier ayant été mis
à mort parce que soupçonné d’être un « umugome » (révolté). De NYIRAYUHI, il parvint à obtenir le MIRENGE au KISAKA ; tous ces biens passèrent
à son fils LUKANGIRASHYAMBA ; le fils de celui-ci KASHAMULA, reçut,
du vivant de son père, certains biens de LWABUGIRI (entre autres le BUBERUKA au MULERA) plus tard, de MUSINGA et NYIRA-YUHI, il reçut, du
vivant de son père d’autres collines et du bétail ; la raison de ces libéralités
était la réputation que KASHAMULA sut se faire comme « ubwiru » (conservateur des traditions) et surtout comme « umupfumu » (devin) ; en 1924
l’ascendant qu’il était parvenu à acquérir sur le mwami et l’influence néfaste
qu’il exerçait sur lui, le firent déporter à Kitega ; son fils LWAMPUNGU fut
désigné pour gérer les biens que ce dernier possédait dans le territoire de
Nyanza.

135

g) Comme il vient d’être dit, c’est pour administrer les biens que sa famille
possède dans le territoire de NYANZA que LWIGAMBA fut désigné en
1924 ; de là, le nom qui lui est souvent donné : LWIGAMBA, de la chefferie
LWAMPUNGU.

h) Il fut désigné par M. le Résident.
i) LWIGAMBA est catholique.
j) Et par conséquent très favorable aux missions catholiques.
k) Ses rapports avec le mwami sont amicaux. Aucun échange de correspondance.
l) Néant.
m) La « chefferie LWAMPUNGU » comprend 13 collines dans le territoire de
Nyanza, avec 1.517 contribuables.
n) LWIGAMBA gère les 13 collines qui constituent la chefferie LWAMPUGU et possède 2.244 têtes de bétail.
o) LWIGAMBA se soumet facilement aux ordres de l’autorité indigène ; par
contre, il n’est pas inutile de mentionner ici qu’il est en froid avec le chef de
sa famille, LWAMPUNGU, par suite d’un partage de biens.
p) LWIGAMBA est également docile aux ordres émanent de l’autorité européenne.
q) Aucun abus n’est à lui reprocher.
r) LWIGAMBA est bon pour ses sujets, mais manque un peu de fermeté à
leur égard ; son prestige sur les indigènes n’est pas très grand.
s) Sous ce rapport (façon de rendre la justice), LWIGAMBA ne diffère pas
sensiblement des autres chefs.
LWABUTOGO.
Remarque préliminaire : La mention du chef LWABUTOGO sous cette rubrique est
justifiée par l’importance de son commandement.

a) Mtutsi, de la famille des ABEGA.
b) Généalogie :
LWAKAGARA.
________________I________________
I
I
KABARE.
NYIRA-YUHI.
______________I_________________
I
I
NYANTABANA.
LWABUTOGO.

c) Lettré, LWABUTOGO a reçu sa formation à l’école de Nyanza, dont il fut
le meilleur élève. Très intelligent et très bien disposé à l’égard de l’autorité
européenne.
d) Né en 1910. Marié – Monogame ; a deux fils et une fille.

136

f) NYAMUSHANJA était chef de la famille des ABEGA ; il périt dans une
guerre contre les BANYABUNGO (Congo Belge) ; son fils SEKARAWENYERA lui succéda mais il fut tué (avec l’autorisation du roi LWABUGIRI)
par son oncle KABARE, lequel aspirait à devenir chef de la famille des
ABEGA et le devint effectivement par le meurtre de son neveu. KABARE
mourut en 1910 (la date fut corrigée : 1912) et fut remplacé par son fils
NYANTABANA ; un grand nombre de suivants de KABARE passèrent à MUSINGA. En1924, NYANTABANA mourut, phtisique, et fut remplacé par son
frère LWABUTOGO. Les biens de LWABUTOGO sont situés au BUGANZA;
les collines qu’il commande sont dispersées dans tout le territoire de Nyanza.
Note : C’est KABARE, père de LWABUTOGO, qui avec RUTISHEREKA,
conduisit la fameuse intrigue qui aboutit à la guerre de RUCHUNCHU, au cours
de laquelle fut tué RUTALINDWA-MIBAMBGE, successeur de LWABUGIRI
et frère du mwami actuel.

g) LWABUTOGO succéda à son frère au début de 1925.
h) Il fut nommé par M. le Résident.
i) LWABUTOGO est baptisé et ne croit plus aux anciennes pratiques de magie et de sorcellerie.
j) LWABUTOGO est très favorable aux missions catholiques.
k) Respectueux et déférent envers MUSINGA… qui le déteste. Aucune correspondance n’est échangée.
l) Néant.
m) Dans le territoire de Nyanza, il possède 56 collines, avec 2.665 contribuables et 4.925 têtes de bétail.
n) Comme bien personnels, il possède 6 collines au BUGANZA. Son train de
vie est modeste.
o) Soumis aux ordres de l’autorité indigène… mais tâchant cependant de se
soustraire le plus possible aux corvées imposées par le mwami.
p) Très soumis aux ordres de l’autorité européenne.
q) Aucun abus à signaler.
r) Grand souci de justice vis-à-vis de ses subordonnés, dont il est très aimé ;
il manque un peu de fermeté pour faire exécuter ses ordres.
s) LWABUTOGO tranche sous ce rapport sur tous les autres chefs ; comme
pour sa droiture, il remplit sa mission de juge avec une grande équité.
QUESTION N° 15 (Section B) : N’y a-t-il pas opportunité de détacher

certains groupements des circonscriptions indigènes auxquelles ils sont
rattachés pour les amalgamer dans d’autres circonscriptions ? Jusqu’en
1927, le territoire de Nyanza était divisé en 8 provinces indigènes, commandées par des chefs de provinces ; toutefois ainsi qu’il a été dit plus haut, (rép.
à la quest. N° 10), l’autorité de ces chefs de provinces sur les collines qui

137

relevaient coutumièrement d’autres chefs était limitée à la perception de
l’impôt et, de manière générale, à tout ce qui intéresse directement les services du gouvernement (travailleurs et porteurs).
En 1927, trois nouvelles « chefferies » furent créées : LWIDEGEMBYA,
LWAMPUNGU et LWABUTOGO. La raison d’être de cette innovation ? C’est
que les trois chefs en question possédaient des collines dans les différentes
provinces du territoire.
Mais l’expérience eut tôt fait de montrer les nombreux inconvénients qui,
au point de vue administratif, découlaient de cette nouvelle organisation.
En effet, chacun de ces trois grands chefs possédant d’autres biens en dehors du territoire de Nyanza, est représenté dans ce territoire par un chef qui
administre leur chefferie en même temps qu’il gère leurs biens. La tâche de
ces « intendants » est rendue particulièrement difficile puisque les collines
qui composent ces trois chefferies sont dispersées dans tout le territoire de
Nyanza ; il leur est impossible matériellement, de les visiter toutes régulièrement ; aussi, les sous-chefs placés à la tête de ces collines, ne relèvent pas
du chef de province, échappent à tout contrôle, ne donnent aucune satisfaction à l’autorité européenne et constituent de mauvais exemple pour les souschefs des collines voisines, jaloux de cette émancipation.
Conclusion : Il serait souhaitable de revenir à la situation antérieure à 1927,
c’est-à-dire de laisser commander toutes les collines d’une province par le chef
de province, tout au moins pour ce qui concerne, selon l’expression indigène, le
« travail du Gouvernement »
QUESTION N° 16 (Section B) : Dans quels termes se trouvent les chefs

de votre territoire vis-à-vis de l’autorité indigène dont ils relèvent directement ? Les grands chefs du territoire relèvent tous directement de Musinga.
Leurs rapports avec le Sultan ne sont rien moins que cordiaux ; la raison
de cette froideur presque générale ? Nous la trouvons dans l’histoire politique de ces dernières années.
Avant notre occupation, à l’époque où le favoritisme et l’intrigue étaient
les seules manifestations de la politique du mwami, les grands chefs étaient
constamment sollicités, tantôt par Musinga, tantôt par Nyira-Yuhi,
d’abandonner l’une ou l’autre colline au profit d’un nouveau favori ; « sollicitations » d’un genre tout spécial, il va sans dire, qui équivalaient à des
ordres et auxquelles aucun chef, si puissant qu’il fût, n’eût osé se dérober.
Depuis notre occupation, revirement complet sur le point ; on fit comprendre à Musinga que ce morcellement à l’infini du territoire et de l’autorité
ne pouvait que nuire, non seulement à la bonne administration du pays –
considération à laquelle le mwami ne pouvait guère s’arrêter – mais aussi à

138

sa situation personnelle : en effet, celui qui recevait ainsi de Musinga ou de
sa mère une ou plusieurs collines devenait pratiquement indépendant puisqu’il ne relevait pas du chef de province ; d’autre part, la situation de ce
dernier devenait de plus en plus précaire car les prestations et les corvées
qu’il devait fournir restaient les mêmes, nonobstant la diminution de patrimoine qui lui était imposée.
Il fut donc décidé que, chaque fois qu’il voudrait favoriser un chef ou un
courtisan, Musinga ne pourrait le faire que de l’assentiment de M. le Résident.
Musinga et sa mère tentèrent évidemment de se soustraire à un contrôle
aussi gênant et de continuer leur politique de libéralités ; mais cette fois, les
chefs de provinces, se sentant soutenus par l’autorité européenne, résistèrent
aux caprices du mwami, donnant comme prétexte à leurs refus la crainte de
contrevenir à un ordre de l’administration. C’est là l’origine de cette colère
sourde qui anime aujourd’hui le mwami à l’égard des chefs de provinces et
de cette haine que les courtisans ont d’ailleurs grand soin d’exciter par de
savantes intrigues. Voilà l’explication de cette froideur qui caractérise les
rapports des grands chefs avec la Cour de Nyanza.
QUESTION N° 17 (Section B) : Exposez votre sentiment sur l’influence
qu’exerce sur les chefs de votre territoire, l’autorité indigène supérieure
dont ils relèvent ... etc. ? L’influence que Musinga exerce sur les grands
chefs diminue de jour en jour ; ceux-ci critiquent ouvertement la vie privée
du mwami, sa partialité et, surtout son manque de clairvoyance car ils se
rendent parfaitement compte que ce sont les flatteurs et quelques sorciers
d’origine médiocre qui dictent au mwami toutes ses décisions.
Ils continuent cependant à respecter Musinga, ou plus exactement, à
« vénérer » en lui l’incarnation du pouvoir suprême, jadis tout-puissant, divin en quelque sorte ; chez certains même, particulièrement chez les vieux
chefs qui gardent le souvenir des années antérieures à notre occupation, à ce
respect se mêle une sorte de crainte superstitieuse : « Si les « abapfumu »
(devins) disent vrai… si les Blancs vont bientôt quitter le pays… si le mwami redevient tout puissant comme jadis… qu’adviendra-t-il de nous ? »
Pour ce qui concerne la DEPENDANCE DES GROUPEMENTS INDIGENCES VIS-A-VIS DU MWAMI, elle n’est pas sans présenter quelques
AVANTAGES à l’heure actuelle, en ce sens qu’elle établit une sorte
d’équilibre, un politique de contrepoids. En effet, les grands chefs qui, s’ils
le pouvaient impunément, se monteraient pour la plupart tout aussi capricieux que le mwami dans leurs décisions et feraient preuve d’autant
d’arbitraire dans leur administration, sont plus ou moins retenus par la
crainte de voir leurs manœuvres dénoncées à Musinga, qui, ils ne se font pas

139

illusion, s’empresserait d’avertir l’autorité européenne, trouvant là une excellente occasion de nuire à ceux qui sont particulièrement mal en cour.
Cette dépendance offrait de grands inconvénients au début de notre occupation, puisqu’elle couvrait des abus flagrants et des exactions sans nombre
de la part du mwami.
Aujourd’hui, ces INCONVENIENTS ont presque totalement disparu grâce
au contrôle exercé par l’autorité européenne et au prestige dont jouit encore
le mwami, prestige bien infime sans doute mais qui suffit encore à assurer
une cohésion suffisante entre les différents groupements indigènes du territoire.
C.- ORGANISATION SOCIALE ET FAMILIALE.
REGIME DE LA PROPRIETE.
QUESTION N° 18 (Section C) : Faites connaître la proportion numé-

rique des Batutsi et des Bahutu de votre territoire ? D’après un recensement datant de 1928, la population du territoire se répartit de la façon suivante :
Hommes

Femmes

Garçons

Filles

Inaptes

Total

Watutsi : 8.500
Wahutu : 51.829

7.602
54.875

7.945
54.699

7.316
43.297

589
3.622

31.952
199.322

Soit un total de 31.952 Watutsi pour 199.322 Wahutu.
Toutefois, la proportion numérique entre les deux classes diffère – et
même sensiblement – de province à province ; ainsi dans le RUKOMA, les
Wahutu sont presque 10 fois plus nombreux que les Watutsi ; dans le NDIZA, près de 18 fois ; dans le BUSANZA au contraire, la proportion WatutsiWahutu est de 1 à 3 ; dans le MAYAGA, de 1à 4,5.
QUESTION N° 19 (Section C) : L’influence des chefs Batutsi repose-t-

elle sur des considérations d’ordre économique (propriété du sol...
etc.) ? L’influence des chefs Watutsi repose sur des considérations d’ordre
politique, sans doute, mais principalement sur des considérations d’ordre
économique : propriété du sol et du bétail.
Si éventuellement ceux qui détiennent l’autorité grâce à leurs richesses
devaient, pour une raison quelconque, être remplacés par d’autres ne possédant pas cet avantage, ceux-ci ne jouiraient d’aucune considération, d’aucun
prestige et ne parviendraient que très difficilement à se faire obéir.
C’est si vrai qu’on a vu plusieurs fois des élèves de l’école de Nyanza ou
des secrétaires indigènes refuser le commandement qu’on leur offrait ou le
résilier peu de temps après l’avoir accepté pour cette seule raison que leurs

140

ressources trop modestes ne leur permettaient pas de vivre décemment et
d’assumer les charges inhérentes à leur fonction.
Pour parer, le cas échéant, à la difficulté qui vient d’être exposée, il
semble que la meilleure solution consisterait à rémunérer les chefs selon
leurs mérites et selon la manière dont ils s’acquittent de leurs fonctions.
QUESTION N° 21 (Section C) : Votre territoire présente-t-il des particu-

larités intéressantes au point de vue des coutumes sociales-familiales ou
religieuses... etc... ?
A & B) ORGANISATION DE LA FAMILLE
MARIAGE ET POLYGAMIE.

En ce qui concerne l’ORGANISATION DE LA FAMILLE, LE MARIAGE
ET SES CEREMONIES, il n’y a aucune coutume spéciale à signaler dans le
territoire de Nyanza ; ces deux sujets ont été longuement traités dans les
rapports annuels de 1925 et 1926.
En ce qui concerne la POLYGAMIE, elle est la règle générale chez les
Watutsi ; toutefois, il convient de remarquer que le nombre de femmes d’un
Mututsi, même très riche, est rarement supérieur à quatre ; la plupart des
grands chefs et des notables ont deux ou trois femmes qu’ils installent dans
des boma assez éloignés les uns des autres, là où il possèdent du bétail ou
des collines, de façon à être toujours « chez eux » lorsqu’ils se déplacent
pour visiter leurs administrés ou leurs troupeaux. Presque toujours, la femme
favorite habite le boma dans lequel le chef réside habituellement. Parmi les
Watutsi qui ne possèdent qu’une seule colline, de même que parmi ceux de
la nouvelle génération, la plupart sont monogames. Chez la femme Mututsi,
on remarque à l’heure actuelle une répugnance très marquée pour la polygamie ; il arrive fréquemment que la première femme quitte le toit conjugal dès
qu’elle apprend que son mari a pris une seconde femme.
Chez les Wahutu, la polygamie présente le même caractère que chez les
Watutsi, en d’autres termes, elle existe en fonction de l’importance de la
propriété : presque inconnue dans les provinces du Nduga, du Marangara, du
Mayaga, du Busanza et du Kabagali, là où les Wahutu ne disposent pas de
cultures suffisamment entendues pour pouvoir entretenir (et surtout employer) plusieurs femmes, elle est, par contre, assez répandue au Ndiza et au
Bunyambiriri là où les Wahutu disposent d’étendues beaucoup plus considérables, dans des régions fertiles et favorisées au point de vue du régime des
pluies : toutefois, ces femmes habiteront toutes dans des boma distincts et
chacune d’elles devra cultiver, pour le compte du maître, un certain nombre
de champs.
Ces quelques notes font ressortir le caractère ECONOMIQUE de
l’institution de la polygamie dans le territoire.

141

C) LA DOT.

Jadis, les Watutsi riches donnaient jusqu’à six, voire même huit vaches,
aux parents de la jeune fille que leur fils désirait épouser. Actuellement,
quand un Mututsi désire établir un de ses fils, il envoie à l’un de ses amis
dont la jeune fille est nubile, une vache appelée « inkwano » ; cet envoi
constitue, en somme, la demande en mariage. Quelque temps après, il envoie
une seconde vache : « gutebutsa » – (littéralement : faire vite) – pour signifier qu’il désire que ce mariage s’accomplisse le plus tôt possible. Le père de
la jeune fille choisit une des deux vaches et l’envoie, en même temps que sa
fille, chez le père de son futur gendre ; la jeune fille est accompagnée de son
oncle ou de son frère et d’une jeune femme, membre de la famille. Si le père
renvoie les deux vaches reçues, cela signifie qu’aucune des deux ne lui plaît
et qu’il se réserve le droit d’en choisir lui-même.
Le mariage accompli, le père du mari donnera, s’il est riche, une génisse
à la femme qui a accompagné sa bru, une autre à l’oncle ou au frère ; est-il
de condition plus modeste, il se contentera de donner un taurillon à la
femme et une génisse à l’homme.
Il semble bien que le bétail ainsi donné aux parents de la femme constitue
moins un prix qu’un gage de bonnes relations entre les deux familles.
D’autre part, le fils qui se marie recevra, pour son établissement, un troupeau de 30 à 40 têtes ; la jeune fille recevra de ses parents les ustensiles de
ménage nécessaires : baratte, cruches, pots, etc…
A la naissance d’un enfant, la mère conduira le nouveau-né chez son père
et celui-ci lui fera cadeau d’une vache (« itshari ») ; souvent aussi, le père de
la femme donnera au père de son gendre une autre vache (« ndongoranyo »)
mais, dans ce cas, si le mariage est dissout dans la suite, le père du mari ne
pourra plus réclamer la dot « inkwano » en même temps que les enfants issus
du mariage.
Chez les Wahutu, la dot consiste généralement, d’abord en une houe et
une cruche de bière, données au moment de la demande en mariage (inkwano) ; puis, de nouveau une houe et une cruche de bière au jour du mariage
(« gutebutsa »). Si le mariage est rompu, la dot n’est pas restituée.
D) DROIT FAMILIAL.

En règle générale, les parents prennent grand soin de leurs enfants, sinon
sous le rapport de l’hygiène, dont les règles les plus élémentaires leur sont
inconnues, du moins sous le rapport de la nourriture ; ils ne négligent pas
non plus leur éducation.
Quand les enfants sont âgés de 16-17 ans, alors se pose la question de
leur mariage, problème compliqué toujours du fait de la dot et dont la solution nécessite parfois de longs pourparlers ; les enfants n’ont aucun avis à

142

émettre ; le fils épousera la femme que son père aura choisie pour lui et que,
bien souvent, il ne connaît pas ; la fille ne se mariera pas, mais sera mariée
suivant le plaisir de son père.
Les parents paient la dot de leurs fils70 ; il serait inexact de dire : achètent
une femme à leurs fils, car ainsi qu’il a été dit en quelque sorte, ils débattent
la dot qui sera payée par les futurs beaux-parents de leurs filles. (Note
M. Coubeau, 1933 – Sinon il faudrait dire qu’en Europe certaines femmes
achètent leur mari !)
Le mariage n’apporte aucun changement à la situation des enfants vis-àvis de leurs parents : la femme continue à dépendre de son père, lui doit
obéissance et soumission comme avant son mariage. Le respect des enfants
pour leurs parents est remarquable ; d’autre part, dès leur plus jeune âge, ils
aident leurs parents dans tous leurs travaux : chez les Watutsi, les garçons
gardent le bétail avec leur père, les filles assistent leur mère dans les soins du
ménage et les travaux domestiques ; chez les Wahutu, il n’est pas rare de
voir de tout jeunes enfants (garçons et filles) travailler dans les champs et
apporter à leurs parents une aide vraiment efficace.
Les enfants dépendent du père, à conditions toutefois que les parents de
ce dernier aient versé le prix de la dot (« inkwano ») et, dans ce cas, ils restent sous la dépendance de leur père, même si les torts d’une séparation
étaient tous à charge du mari.
Chez les Wahutu, le mariage étant fréquemment conclu sans qu’une dot
soit versée (« nkuri »), les enfants dépendent de la famille de leur mère ; si le
père désire les racheter, en quelque sorte, de cette dépendance, il doit verser
le prix de la dot, lequel est fixé, dans ce cas, par le chef et par le tribunal
indigène.
E) DROIT DE SUCCESSION.

Le père de famille a toujours soin de désigner à ses amis – et, si c’est un
chef important, de présenter lui-même au mwami – celui de ses fils qui sera
son successeur, le « chef de la famille », après sa mort.
Très souvent, le père a déjà fait, de son vivant, la répartition de ses biens
entre ses fils ; il prononce ces dernières volontés en présence de témoins,
amis de la famille (abagaragu, etc…).
De son vivant encore, le père qui a des fils en âge de prendre femme les a
dotés d’une ou plusieurs collines et d’un troupeau de bétail au moins (un
troupeau se composant de 30 vaches et un taureau).
Les biens ainsi donnés en dot sont acquis définitivement et ne sont pas
sujets à rapport au décès du père.
70

Pour le mariage des fils de chefs, certaines particularités (voir, page suivante).

143

Par qui la dot est-elle constituée ? Une coutume assez bizarre veut que la
dot du premier fils soit constituée par les « abagaragu » du père ; la dot du
second fils, par le père lui-même ; celle du troisième, par les suivants, et
ainsi de suite.
Le père mort, celui de ses fils qu’il a désigné prend le titre de « chef de
famille » sans que cette succession au « nom » implique d’ailleurs le droit de
succéder à l’ensemble des biens possédés par le père ; elle comporte seulement un privilège, un droit de préemption sur les biens (collines et bétail)
dont le père s’est toujours réservé, jusqu’à sa mort, la propriété exclusive
(« ingarigari ») ; elle comporte aussi des charges, entre autres de doter les
jeunes frères encore en bas âge et de leur chercher une femme.
Quant à la succession proprement dite, sans qu’il y ait à faire de distinction entre les biens immeubles et les biens meubles, il convient d’en établir
une entre la succession au patrimoine du père et la succession au patrimoine
de la mère.
Pour la succession paternelle, ainsi qu’il a été dit plus haut, le partage a
été réglé le plus souvent du vivant du père ; si cela n’a pas été fait, les fils se
partageront l’ensemble des biens (en respectant toutefois le privilège du
« chef de famille ») mais ce partage donnera souvent lieu à de longues palabres.
Pour la succession paternelle, la polygamie pouvant être considérée
comme la règle générale chez les chefs de quelque importance, la coutume
veut que le ou les fils de chacune des femmes succèdent, à l’exclusion de
tous les autres, au patrimoine de leur mère, c’est-à-dire : la colline et le bétail
que celle-ci a reçus de son mari. Le « chef de famille » prend part à la succession de sa mère au même titre que ses frères.
Les filles ne prennent part à aucune des deux successions.
G)71 INFLUENCE DES SORCIERS ET DES GUERRISSEURS.

1.- Les sorciers : « ABAROZI » – Presque tous sont des étrangers qui viennent confier à Musinga qu’ils possèdent un secret pour jeter un mauvais sort
sur les hommes ou sur les animaux, ou pour conjurer les mauvais esprits ;
pour prix du service rendu, ils reçoivent généralement une colline ou du
bétail. D’autres viennent vendre à la Cour de Nyanza des médicaments et des
poisons (rarement à l’heure actuelle).
2.- Les devins et augures : « ABAPFUMU » – Ceux qui connaissent le « kuragura » c’est-à-dire l’art de prédire l’avenir.
71

Le « F » n’existe pas.

144

Les devins exercent une influence néfaste sur Musinga : le mwami
n’oserait rien faire, rien entreprendre, sans les consulter au préalable ; c’est à
cause des devins que Musinga, extrêmement superstitieux, change constamment d’avis ; à cause d’eux encore que, très fréquemment, après avoir donné
son assentiment à une décision de l’autorité européenne visant au bien-être
du peuple, le mwami change brusquement d’avis et cherche, par tous
moyens, à se soustraire à la promesse qu’il a faite de nous donner sa collaboration, uniquement parce que les « abapfumu » l’ont mis en garde contre les
malheurs qui vont fondre sur lui, si cette décision est réalisée72. Les devins
sont, presque tous, des gens de médiocre origine mais qui sont parvenus –
grâce à leur seule force de persuasion et à leur impudeur – à se rendre indispensables à Musinga et à sa mère. Tous haïssent profondément l’Européen
qui, en dévoilant leurs subterfuges, a porté une grave atteinte à leur prestige
et, à plusieurs reprises, a jeté sur eux le ridicule en faisant ressortir l’inanité
de leurs procédés divinatoires. La plupart du temps, c’est eux qui sont les
instigateurs – et par conséquent, les vrais coupables – des meurtres perpétrés
par application du droit de vengeance ; en effet, c’est eux qu’on va consulter,
en cas de mort suspecte, pour savoir « qui est responsable » ; c’est eux qui
désignent celui a jeté le « mauvais sort » au défunt, celui qui doit être sacrifié,… souvent leur ennemi personnel, presque toujours un innocent. Presque
tous les grands chefs ont, à l’instar du mwami, leurs « abapfumu », mais il
convient de dire que ces derniers sont loin d’avoir la même influence que les
devins de la Cour de Nyanza.
Les principaux « abapfumu » de Musinga sont, à l’heure actuelle :
KABIRIGITA (colline MULINJA au MAYAGA),
KARUGANDA,
SERUKAMBA,
SEBIGABIRO,
LWASHA,
LWAHURA,
NYIRABWABWANA (femme).
3.- Faiseurs de pluie : « ABAVUBYI » ou « ABASHYARA » – faiseurs et

faiseuses de pluie. Il convient de les mentionner ici, à raison du grand rôle
qu’ils jouent dans la vie indigène ; ils ne font pas autre chose qu’exploiter la
crédulité des Banyarwanda, faisant payer très cher leurs « promesses » et
leur pouvoir magique. Le métier qu’ils exercent n’est cependant pas dépourvu de risques, qu’ils paient, à leur tour, de terribles représailles parfois même
de leur vie, leurs abus de confiance et leurs duperies.
Exemple frappant et tout récent: l’interdit jeté par les abapfumu sur le boma construit pour Ludahigwa,
pour la seule raison que les augures, interrogés tardivement, s’étaient montrés défavorables sur la question de l’emplacement choisi.
72

145

Les faiseurs de pluie les plus cotés à l’heure actuelle sont : BOTEGE et
NYRAHIRGWA (femme).
Note : Pour ce qui concerne les diverses catégories de devins et les attributions
de chacune d’elles, voir : Rapport sur les « fonctions à la Cour de Musinga » –
Territoire de Nyanza – 8-2-25, p. 3.
NOTE SUR LES SORCIERS ET DEVINS JOUISSANT DU PLUS GRAND CREDIT A L’HEURE ACTUELLE.
1.- KABIRIGITA (umupfumu).
Munyarwanda de la famille de ABASHINGO (famille détestée par tous les
Watutsi : aucun d’eux ne consentirait à épouser une femme ABASHINGO

car pareille mésalliance amènerait les plus grandes catastrophes sur leur
famille et leur bétail ; jamais, ils ne prononceraient même le nom de cette
famille sans en avoir cité au préalable plusieurs autres car toutes leur
journée en serait empoisonnée).
KABIRIGITA est originaire du MAYAGA.
Son père, NYARURAMBA fut l’umupfumu de KANJOGERA (NYIRAYUHI) ; son grand-père, NGAGOGOYE, fut l’umupfumu de GAHINDIRO
et de LWOGERA.
KABIRIGITA commande la colline MURINJA au MAYAGA et relève directement, pour ce commandement, de l’autorité du sultan.
Musinga et sa mère le consultent pour toute question grave intéressant
l’administration du pays ainsi que pour toute décision au sujet de laquelle
le secret doit être observé.
En 1927, la Résidence a interdit à KABIRIGITA de séjourner à Nyanza
mais, depuis le début de cette année, il est revenu néanmoins s’installer
non loin de la Cour de Musinga. C’est lui qui a consulté les augures au
sujet du boma de LUDAHIGWA.
2.- KAMPAYANA (umupfumu).
Famille des ABEGA, frère de LWIDEGEMBYA.
Sous-chef de la colline NIJUNDO au NDUGA et de la colline KIBAGA au
Bunyambiriri. Quand le mwami se déplace, KAMAPAYANA l’accompagne avec un troupeau car il a persuadé le mwami qu’il ne pouvait boire,
en voyage, que le lait provenant de ses vaches.
3.- SERUKAMBA (umupfumu).
Famille des ABAKA (bien connue pour sa ruse et sa duplicité dans les palabres).
Sous-chef de la colline MUSANGE (partie de la colline NYABITARE).
Avec son frère LWANYAGAHUTU, il a essayé, jadis, de prendre les biens
de son maître LWANGAMPUHWE.
S’est présenté comme sorcier du mwami il y a un an à peine ; ses bons offices furent acceptés immédiatement.

146

4.- KARUGANDA (umupfumu).
Famille des ABASINGA.

Il fut désigné par Musinga pour être l’umupfumu de LWIGEMAHO
(fils du mwami, décidé en 1927 à l’âge de 7 ans).
KARUGANDA est sous-chef de la colline REMERA au Marangara (31
contrib.) et de la colline MUNYINYA au Kabagali (50 contrib.).
Son père, LUWUNGE fut l’umupfumu de LWAKAGARA, père de NYIRAYUHI.
KARUGANDA a consulté les augures avec KABIRIGITA au sujet du boma
de LUDAHIGWA.
5.- SEBIGABIRO (umupfumu).
Famille des ABANYIGINYA.
Fils du fameux BANDORA, décédé en 1928 à la colline RUBONA (terr.

Kigali) et chef de la famille des descendants de ce dernier.
SEBIGABIRO commande la colline KIRGWA au Ndiza et la colline RUGARIKA au Rukoma.
6.- LWAMATEMBARA (umupfumu).
Famille des ABASHINGO.
Frère de KABIRIGITA.
Commande la colline NYARURAMA.
7.- ABAROZI (sorciers).
Pas un seul n’est connu, de façon certaine, à l’heure actuelle.
On dit seulement que les nommées NYIRABWABWANA et KANDAGA
servent d’intermédiaires entre Musinga et les abarozi qu’elles reçoivent
chez elles, la nuit.
Note : Tous les Watutsi connaissent les abapfumu cités ci-dessus. Pour consulter les
augures, les devins se retirent dans un boma de Musinga ; ils discutent ensemble
quels indices sont favorables, quels ne le sont pas, mais deux ou trois abapfumu
seulement savent POURQUOI les augures sont consultés. Souvent c’est KABIRIGITA qui porte la réponse à Musinga et à sa mère. Ces consultations se font
dans le plus grand secret et c’est par LUDAHIGWA lui-même que nous avons
pu connaître les noms de ceux qui consultèrent les augures au sujet de son boma. Toutefois, si aucun fait précis ne peut être reproché à ces devins, rien ne
s’opposerait, semble-t-il, à ce qu’ils fussent forcés de rester sur leurs collines pour y
veiller aux cultures et à ce qu’on leur défendît de venir à Nyanza sans l’autorisation
du Résident ou de son Délégué.

D.- IMPOTS ET PRESTATIONS COUTUMIERS.
QUESTION N° 22 (Section D) : Impôt de capitation et de bétail ?

Tableau donnant, par province, le nombre de contribuables et de têtes de
bétail :

147

NDUGA :
MAYAGA :
KABAGALI :
BUSANZA :
BUNYAMBIRIRI
RUKOMA :
NDIZA :
MARANGARA :
Totaux :

Contribuables :
6.872.
5.945
8.936
4.474
6.255
10.209
5.952
7.475
56.118

Bétail :
13.227
18.646
14.188
5.032
7.892
15.532
5.100
9.941
89.558

Note : Les trois chefferies : LWABUTOGO – LWAMPUNGU et LWIDEGEMBYA
ne sont pas mentionnées dans le tableau ci-dessus ; les contribuables et le bétail que
comprennent ces chefferies sont repris à ce tableau, mais groupés par circonscriptions indigènes.
QUESTION N° 23 (Section D) : De quelle manière a été jusqu’ici perçu

l’impôt de capitation, l’impôt de polygamie et l’impôt sur le bétail ?
Lors de la réception des jetons d’impôt pour l’exercice en cours, chaque
chef de province reçoit un certain nombre de jetons d’impôt de capitation et
d’impôt sur le bétail.
A leur tour, les chefs de province répartissent les jetons reçus entre les
différents chefs de colline, selon l’importance du commandement qu’ils
exercent, c’est-à-dire selon le nombre de contribuables et de têtes de bétail
de chaque colline.
Le chef de province tient un registre dans lequel il inscrit le nom des collines de la province, le nom des sous-chefs qui les commandent et le nombre
de jetons distribués à chacun d’eux (selon la distinction : I.C.73 et I.B.74).
Chaque sous-chef tient également un registre dans lequel sont inscrits les
noms des contribuables de sa colline (les mutations par suite de décès, etc…
sont mises à jour chaque année) ; au moment de la perception ; le N° de
l’acquit délivré pour l’impôt de capitation est inscrit en regard du nom du
contribuable ainsi que le nombre de jetons délivrés à chacun en acquit de
l’impôt de bétail.
Chaque mois, les sous-chefs remettent au chef de province le montant des
perceptions effectuées ; le chef de province inscrit immédiatement dans son
registre, en regard du nom de chacun des sous-chefs, la somme reçue pour
l’impôt de capitation et pour l’impôt sur le bétail.
A la fin du mois, les chefs de province apportent, au bureau du territoire,
les sommes reçues de leurs subordonnés ; l’argent est compté immédiate73
74

Impôt de capitation.
Impôt de bétail.

148

ment, en présence des chefs ; la vérification étant terminée, les sommes perçues pour l’I.C. et pour l’I.B. sont inscrites dans un registre spécial ; registre
dans lequel un compte est ouvert à chacun des chefs ; un reçu est délivré
chaque mois aux différents chefs de province.
Aussitôt que la perception de l’impôt est terminée sur une colline, le
sous-chef de celle-ci apporte son registre au bureau du territoire, où un secrétaire indigène recopie, dans les registres du territoire, les numéros des jetons : I.C. et le nombre des acquits : I.B. délivrés dans la sous-chefferie
Quand la perception est terminée dans une province tout entière, le chef
apporte à son tour son registre afin de permettre le contrôle.
Bon nombre de chefs sont encore illettrés, mais presque tous se font assister par un membre de leur famille qui sait lire et écrire.
Quant aux chefs de province, en règle générale, ils s’adjoignent un ancien
secrétaire indigène ou un ancien élève de l’école de Nyanza ; parfois, ils
demandent à pouvoir s’attacher, pendant quelque temps un secrétaire indigène du poste pour les aider dans la tenue de leur comptabilité.
-----------------------------

Un des membres du personnel territorial étant presque toujours en
voyage, la manière dont s’effectue la perception de l’impôt est successivement contrôlée dans chaque chefferie.
Jusqu’à présent, aucun indigène n’est venu se plaindre d’avoir été victime
d’une injustice dans la perception de l’impôt ; il est bien certain cependant
que, si des exactions se produisaient, les échos en parviendraient bien vite au
poste.
Sans doute, on ne peut accorder qu’une confiance toute relative aux secrétaires indigènes et ils ne donnent vraiment satisfaction que dans la mesure
où ils sont (et ils se savent) étroitement surveillés.
Peut-être serait-il opportun d’attacher, à la personne de chacun des chefs
de province, un secrétaire indigène dépendant directement de
l’administration et rémunéré par elle ; ce système donnerait de bons résultats, à condition cependant que le même secrétaire ne restât pas toujours
auprès du même chef, mais qu’un roulement fût établi de façon à ce que,
chaque année par exemple, ces auxiliaires passent au service d’un autre chef.
QUESTION N° 24 (Section D) : Faites connaître le nombre d’exemptions

en matière d’impôt de capitation ? Justifiez-en le bien fondé ? Le nombre
des exemptions est de 4.211 (exercice 1928). Les exemptés sont, pour la
plupart, des vieillards sans ressources, des malades et des infirmes.

149

QUESTION N° 25 (Section D) : Les prestations en nature faites au

mwami sont-elles précisées par la coutume ? Les prestations en nature à
fournir au mwami sont précisées par la coutume ; à une époque bien antérieure à notre occupation, chaque chef savait déjà exactement ce à quoi il
était tenu.
QUESTION N° 26 (Section D) : Certains chefs ajoutent-ils spontanément

aux prestations prévues des cadeaux supplémentaires ? Pour tout le territoire du Ruanda, nous ne connaissons que deux chefs qui ajoutent, aux prestations coutumières, des cadeaux supplémentaires : KAYONDO et RWAGATARAKA ; ce faisant, ils agissent certainement par calcul, pour tâcher de
regagner les bonnes grâces du mwami. Certains chefs, parmi ceux qui habitent très loin de Nyanza, opposent une certaine « force d’inertie » à la fourniture des prestations coutumières et ne satisfont à leurs obligations dans ce
domaine que lorsqu’ils apprennent que le mwami s’est plaint à l’autorité
européenne.
QUESTION N° 27 (Section D) : L’administration intervient-elle active-

ment dans la fourniture des dons en nature et de quelle façon ? A plusieurs reprises, à la suite des plaintes réitérées du mwami, l’Administration
est intervenue pour accélérer la fourniture des prestations en nature. Il a été
prescrit au Délégué de veiller à ce que les chefs s’acquittent ponctuellement
de leurs obligations coutumières et d’avertir les retardataires et ceux qui
montrent de la mauvaise volonté. Toutefois, aucune sanction n’a dû être
prise jusqu’à présent ; il suffit qu’un chef apprenne que le mwami s’est
plaint à l’autorité européenne pour qu’immédiatement, il remplisse ses obligations coutumières.
QUESTION N° 28 (Section D) : Quelle est l’importance de ces presta-

tions ?
Tableau donnant la valeur des prestations en nature faites au mwami par
l’ensemble des circonscriptions indigènes du Ruanda :
Année 1925 : 26.854 frs.
Année 1926 : 63.957 frs.
Année 1927 : 45.014 frs.
Année 1928 : 93.469 frs.
Année 1929 : 67.491 frs. (pour la période allant du 1/1 au 30/9).
Le tableau détaillé des prestations en nature faites au mwami a été fourni,
pour chaque exercice, dans le rapport annuel du territoire.
Remarque : le territoire de Nyanza, étant considéré comme le plus pauvre de tout
le Ruanda, n’a jamais fourni de prestations en nature (même avant notre occupa-

150

tion) : seule la province du Bunyambiriri fournit chaque année quelques pots de
bière.
QUESTION N° 29 (Section D) : A la faveur de la centralisation de ces

prestations en nature, les chefs ne se livrent-ils pas à des abus ? En
1927, des abus furent commis par ceux qui avaient été désignés par la centralisation des prestations coutumières. Pour éviter le retour de ces abus, il
fut décidé que, dorénavant, les collecteurs, de l’ « inkoro » (prestations dues
au mwami) ne pourraient plus « récolter » eux-mêmes les prestations dans
les différentes régions ; le chef de province serait chargé à l’avenir de centraliser chez lui toutes les prestations de sa province ; le Délégué contrôlerait
les prestations et, par l’intermédiaire du chef, enverrait le tout à Nyanza, au
Délégué près de Musinga ; un bordereau accompagnerait chaque envoi, afin
de permettre le contrôle à Nyanza. A l’heure actuelle, les abus ne sont donc
plus à craindre ; en effet, les chefs de provinces pourraient les commettre,
mais bien vite, leurs exactions seraient dénoncées par les sous-chefs qui
échappent à leur autorité.
QUESTION N° 30 (Section D) : Ainsi qu’il a été dit sous le N° 28, le terri-

toire de Nyanza n’a jamais dû fournir au mwami de prestations en nature.
Par contre, jusqu’en 1926, il dut fournir des prestations considérables en
main-d’œuvre. Jusqu’en 1923, c’est Musinga qui commandait, seul pour
ainsi dire, le territoire de Nyanza ; c’est par lui que l’administrateur devait
passer pour recevoir les porteurs et les travailleurs nécessaires à
l’administration.
a) L’importance numérique de ces corvées ? On peut évaluer à 200 le
nombre de travailleurs que Musinga se réservait chaque jour, soi-disant pour
l’entretien de son boma et pour les travaux de cultures, en réalité, pour les
distribuer à ses favoris et ses courtisans et en mettre un certains nombre à la
disposition des servantes de Nyira-Yuhi. Outre les travailleurs fournis par le
territoire de Nyanza, le mwami employait encore les hommes envoyés par
les chefs des différents territoires pour l’entretien du boma (chaque chef
devant assumer l’entretien, les réparations d’une partie du boma de Musinga).
b) Périodicité des prestations en main-d’œuvre au mwami ? Les travaux de réparations s’exécutaient d’ordinaire vers la fin de la grande saison
des pluies (fin Mai).
c) La durée de l’absence de ces travailleurs ? La durée de l’absence de
ces travailleurs des autres territoires variait selon l’importance des travaux
que devait exécuter le chef dont ils dépendaient coutumièrement.

151

d) La nature des tâches qui leur sont imposées ? La nature des travaux
imposés aux travailleurs des autres territoires était le plus souvent : construction de huttes, d’enclos, réparations.
e) La façon dont ils sont traités pendant la durée des travaux ( qui assure leur ravitaillement, leur gîte) ? Ces travailleurs devaient pourvoir
eux-mêmes à leur nourriture et à leur logement.
f) La répercussion qu’entraînent ces prestations en travail sur le développement des cultures ? Ces prestations en travail avaient une répercussion assez grande sur les travaux saisonniers.
g) La répercussion qu’elles entraînent au point de vue morbidité et
mortalité des travailleurs désignés pour ces corvées ? Beaucoup
d’indigènes et plus particulièrement ceux du Mulera et du Bushiru, contractaient à Nyanza toutes sortes de maladies.
Mortalité : La mortalité, parmi ces gens, étaient assez grande.
Depuis deux ans, Musinga ne reçoit plus de travailleurs des autres territoires ; à plusieurs reprises déjà, il s’est plaint à ce sujet, mais aucune suite
n’a été donnée jusqu’ici à ses doléances, en raison de la situation pénible
créée par la disette.
En ce qui concerne le territoire même de Nyanza, la situation décrite plus
haut s’est modifiée du tout au tout.
Depuis 1924 déjà, l’Administration avait cessé de s’en remettre au bon ou
au mauvais vouloir du mwami pour la fourniture des travailleurs et des porteurs nécessaires pour la bonne marche des différents services du Gouvernement. En effet, Musinga avait, par suite de sa partialité, provoqué un mécontentement général en exemptant de toute corvée les chefs qui étaient les
favoris du moment pour faire retomber toute la charge sur ceux qui étaient
mal en cour.
A l’heure actuelle, pour faire face à toutes les nécessités (portage, travailleurs, etc.…), l’Administration ne demande même pas 5% des contribuables.
Chaque jour, Musinga reçoit, pour l’entretien de son boma, une vingtaine
de travailleurs, lesquels reçoivent le même salaire que les travailleurs employés par l’Administration ; une trentaine de travailleurs sont employés à la
fabrication des briques destinées à remplacer le boma actuel du mwami par
des constructions en matériaux durables.
QUESTION N° 31 (Section D) : La limite admise par le Gouvernement

est-elle respectée en ce qui concerne les prestations coutumières en travail dûes aux chefs indigènes ? La limite fixée par le Gouvernement en ce
qui concerne les prestations coutumières dues aux chefs est-elle partout respectée ?

152

Oui, sauf peut-être dans les régions les plus reculées du territoire, dans
ces régions du Nord et de l’Est dont les populations ne sont pas encore, à
l’heure actuelle, familiarisées avec l’Européen ; craignant de venir soumettre
leurs réclamations au poste, les indigènes de ces contrées n’hésitent pas à
quitter la colline du chef ou du sous-chef qui exige d’eux des prestations
extra-légales, pour aller s’installer sur la colline du chef ou du sous-chef
voisin, moins exigeant.
L’inverse se produit dans d’autres endroits, plus particulièrement aux environs du poste, des missions ou des établissements européens, où les chefs
éprouvent les plus grandes difficultés à obtenir de leurs Wahutu le jour de
corvée par mois lunaire autorisé par la loi.
Les prestations en travail fournies par les Wahutu à leurs chefs constituent en quelque sorte, le « prix de location » des champs que le chef met à
leur disposition. Il serait évidemment souhaitable que cette indemnité en
travail, contrevaleur de l’usufruit des champs, fût changée en un véritable
« prix » ; mieux encore serait que le Muhutu pût devenir propriétaire du
lopin de terre qu’il cultive ; mais c’est une situation à laquelle on ne pourra
arriver à brève échéance, car elle bouleverse trop profondément l’état de
choses actuel. Aller trop vite en besogne dans ce domaine serait désorganiser
la société indigène en enlevant aux chefs toute autorité sur leurs sujets ; à
l’heure actuelle déjà, bon nombre d’indigènes, qui gagnent de bons salaires
en louant leurs services aux entreprises européennes, préfèrent payer une
certaine somme au chef pour être quittes de toute corvée coutumière ;
d’autres échappent à ces prestations en faisant de menus cadeaux (étoffes) ;
d’autres enfin échappent, plus exactement s’y soustraient sans donner quoi
que ce soit ; et cette situation nouvelle, née du développement économique
du pays explique pourquoi certains Watutsi, à qui l’Administration offre un
commandement, le refusent ou, s’ils l’acceptent, le résilient bientôt ; s’ils
n’ont pas ou s’ils ont trop peu de bétail, il leur est absolument impossible de
supporter ceux qui possèdent de nombreuses têtes de bétail, en cédant
l’usufruit à des Wahutu pour recevoir d’eux en échange, des prestations en
travail, à raison le plus souvent de deux journées par semaine.
QUESTION N° 32 (Section D) : En quoi consistent ces prestations ?..

etc... ? Elles consistent à prester au chef une journée de travail par mois lunaire (plus exactement : cinq heures, le travail commençant à 7 heures du
matin et finissant à midi).
Le travail lui-même, en quoi consiste-t-il ? Le plus souvent : construction
de boma, de huttes, réparations à effectuer, culture des champs du chef.
Pour cette journée de prestation, les indigènes ne reçoivent aucun salaire ;
mais il arrive souvent qu’un chef, désireux d’exécuter quelque travail urgent,
enrôle des travailleurs volontaires et, généralement dans ce cas, le salaire
153

consiste en une ration de pombé ; aussi, le nombre de « volontaires » est-il
toujours proportionné à la générosité du chef.
Pour déceler les abus dans ce domaine des prestations coutumières (ubutaka), les membres du personnel territorial profitent de leurs déplacements
pour interroger individuellement les indigènes et proclamer périodiquement
les droits et les devoirs des chefs et de leurs administrés.
QUESTION N° 33 (Section D) : Parmi ces prestations coutumières en est-

il qui sont spéciales à votre territoire ou seulement à certaines régions de
votre territoire ? Outre les prestations énumérées sous le N° précédent (travail de la terre, entretien du boma et construction de nouvelles huttes), on
distingue encore d’autres prestations, plus essentiellement coutumières, en
ce sens qu’elles constituent plutôt un hommage qu’un travail proprement
dit :
ABALILIZI : Wahutu chargés de dormir dans la hutte du chef pour y faire
la garde (« kularira ») ; ils dorment dans le vestibule que l’on remarque dans
toutes les huttes des chefs.
ABASHENYI : Wahutu chargés des corvées de bois.
ABIKIREZI : Wahutu (le plus souvent) chargés d’accompagner le chef
quand il se déplace, de porter sa natte et les paniers dans lesquels on met les
provisions de voyage.

De façon générale, ces Wahutu astreints à des corvées spéciales sont des
gens qui ont reçu du chef l’usufruit de quelques têtes de bétail ; en accomplissant ces corvées, légères en somme, non seulement ils s’acquittent de
leur dette civile vis-à-vis du chef (redevance pour l’usufruit du bétail), mais
encore ils se dispensent par le fait même de tout autre travail.
---------------------------

A la Cour de Nyanza, les corvées coutumières sont plus nombreuses,
mais elles constituent plutôt des charges honorifiques lesquelles ne sont
d’ailleurs pas sans dangers !
ABANYAMURIRO : Wahutu chargés de la garde et de l’entretien du feu
sacré (lequel est conservé dans une grande cruche) ; si ce feu venait à
s’éteindre, les Wanyarwanda ne pourraient plus préparer leurs aliments.
ABOZI : Wahutu, et souvent aussi Watutsi, chargés de la garde du lait
destiné au sultan et à sa mère. Charge extrêmement dangereuse que celle-là,
à tel point que la hutte où le lait est conservé (umwozi) a reçu des indigènes
le nom de « kiryana » (la maison qui mange les hommes).
Nyira-Yuhi croit qu’elle mourra empoissonnée ; très soupçonneuse, il lui
arrive fréquemment, lorsque le lait ne lui paraît pas très propre, d’obliger le

154

malheureux gardien de boire tout le contenu de la cruche, soit 10 à 12 litres ;
au temps de l’occupation allemande encore, le marais mouvant situé non loin
de Nyanza (akatuzura) a englouti plus d’un gardien de lait ; les dernières
victimes furent LWARUBUNEYE, maître des « abozi » et son muhutu LWANYONGA. Depuis notre occupation, un « umwozi » fut encore mis à mort,
assassiné, dit-on par les Batwa ; c’est LUGURIRA.
ABANYAGIKARE : ceux qui, entre 9 et 11 heures du soir, apportent le
manger du sultan et à sa mère ; c’est leur seul repas et il se compose de lait
caillé, de haricots, petits pois, légumes et un peu de viande de vache.
ABAREZI B’ABAN’UWAMI : Hommes et femmes au service des enfants
du sultan.
ABATORA : ceux qui sont chargés de rechercher les « amamana
y’intama » (jeunes béliers) et les « inkoko » (poussins) destinés aux sacrifices des « abapfumu » (devins).
Depuis 1926, en raison des exactions nombreuses que commettaient ces
« abatora », l’Administration a défendu au mwami de les envoyer encore
« en mission ».
E.- TRAVAUX PUBLICS.
QUESTION N° 34 (Section E) : Sur quelles instructions ou suivant

quelles directives basez-vous actuellement les dépenses en distinguant
entre dépenses ordinaires et extraordinaires ?
Base des dépenses pour l’exercice 1929 :
a) Travaux de construction à Nyanza :
Crédit de 25.000 fs. alloué en Avril 1928, rubrique :
« Compte transitoire » (figurant au B.P.C.).
b) Entretien du poste :
Crédit de 960 fs.
c) Réfection de la route Nyanza-Mushao :
Crédit de 20.000 fs. alloués sur l’art. I.E.2. du B.E.1928.
d) Entretien de la route Akanyaru-Kigali :
Crédit alloué : 6.000 fs., suivant lettre N° 1964 / Routes, en date du
30/4/29.
QUESTION N° 35 (Section E) : Quel est le salaire journalier des travail-

leurs employés à la construction des routes ou autres travaux d’utilité
publique ?... etc... ?
A) Les travailleurs employés à la construction des routes ou autres travaux d’utilité publique reçoivent un salaire de un franc par jour. Ne sont

155

employés à ces travaux que des indigènes qui peuvent rentrer chez eux
chaque jour.
B) Les entreprises privées installées dans le territoire paient leurs travailleurs à raison de 1,50 fr. ou 2 fr. par jour.
C) Quant aux établissements de mission, la question de l’augmentation
du salaire des travailleurs a été laissée provisoirement en suspens pour cette
raison que l’obligation de doubler, voire même de tripler les salaires actuellement payés aux travailleurs serait de nature à paralyser momentanément
l’action de ces établissements dont les crédits sont, de façon générale, étroitement limités.
D) Lorsqu’un indigène du territoire loue spontanément ses services à un
autre indigène, il reçoit de un à 2 fs. par jour, mais le plus souvent, il travaille pour recevoir de la nourriture qu’il partagera avec sa famille ; après
avoir travaillé de 7 heures à midi, il recevra par exemple un K° ou 1 ½ K° de
haricots, ou encore 3 K° de patates douces.
QUESTION N° 36 (Section E) : Le recrutement des travailleurs néces-

saires à ces travaux se fait-il sans difficultés ? Ces travaux sont-ils imputés sur les prestations coutumières dues aux chefs ?
A) Jusqu’à présent le recrutement des travailleurs nécessaires pour les
travaux d’utilité publique se fait sans aucune difficulté.
B) Les travaux de construction et d’entretien des routes et des pistes ne
sont pas imputés sur les prestations coutumières dues aux chefs ; du moins
ne le sont-ils pas « formellement ». Ils le sont en fait, depuis que la coutume
suivante s’est établie : le Muhutu qui a travaillé un ou plusieurs jours à des
travaux de routes refuse de prester à son chef, pendant le même mois, la
journée de travail qui lui est due coutumièrement ; or, aucun des chefs n’a
songé à se plaindre de ce refus et tous, par le fait même, ont consacré cet
usage.
QUESTION N° 37 (Section E) : Les recrutements pour le compte

d’entreprises privées sont-ils nombreux ? Quelle aide y apporte
l’Administration ?
Les entreprises privées emploient :
L’U.M.H.K. : en moyenne 50 hommes par jour,
Protanag : en moyenne de 60 à 100 hommes par jour,
Forminière : en moyenne 400 hommes par jour.
Pour ce qui regarde les deux premières entreprises citées, l’Administration n’intervient pas dans le recrutement des travailleurs ; ceux-ci se présentent spontanément, sans aucune intervention des chefs (au nouveau camp

156

de la Protanag, situé à 4 Kms. du poste, environ 150 indigènes viennent,
chaque matin, offrir leurs services).
Pour les travailleurs nécessaires à la construction de la route du NDIZA
(entreprise Forminière), l’Administration a fixé la règle suivante : tous les
chefs possédant des collines sur le tracé de la future route doivent fournir,
journellement, 5% des contribuables qui se trouvent sur leurs collines.
Ce système donne d’excellents résultats : les indigènes travaillent pendant deux ou trois jours, sans contrat d’engagement, puis retournent chez eux
pendant un ou deux mois ; les travaux de cultures n’ont aucunement à souffrir de ces courtes interruptions. Les indigènes se relaient par colline et
d’eux-mêmes en quelque sorte ; lorsque tous les hommes de la colline ont
passé un jour ou deux sur la route, le roulement continu automatiquement.
Seuls, les contrats d’engagement des recrues de l’U.M.H.K. sont présentés au « visa » des autorités territoriales ; les nouveaux engagés viennent au
poste, le camp de Nyabisindu étant situé à 7 Kms. environ de Nyanza ; ils
sont interrogés individuellement sur tous les points essentiels de leur contrat
d’engagement.
F.- PERSONNEL INDIGENE.
QUESTION N° 38 (Section F) : Les secrétaires indigènes vous donnent-

ils satisfaction ? En quoi consistent leurs attributions ? Les secrétaires
indigènes donnent entière satisfaction. Voici leurs attributions :
Quatre S.I. sont adjoints aux chefs de provinces pour assister ceux-ci dans le
travail du recensement et dans la perception de l’impôt.
Un S.I. est chargé spécialement de la surveillance et du paiement des travailleurs ;
Un S.I. est chargé de l’achat des vivres et de la distribution journalière de la
ration aux travailleurs ;
Un S.I. est chargé de la surveillance du marché et du recensement ;
Un S.I. s’occupe du transit, du matériel, du paiement et du ravitaillement des
porteurs ;
Un S.I. est chargé de l’entretien du poste, des cultures et du reboisement ;
Un S.I. est chargé de la surveillance et de l’entretien des routes.
QUESTION N° 39 (Section F) : Les policiers indigènes vous donnent-ils

satisfaction ? Les policiers indigènes ne nous donnent aucune satisfaction.
Ils furent recrutés dans le territoire de Nyanza et formés au poste même ; ils
reçoivent chaque jour l’instruction en même temps que les soldats du détachement. Leur mission consiste à monter la garde avec les soldats et à surveiller les prisonniers. Nous n’oserions pas leur confier une mission délicate

157

ni les envoyer dans l’intérieur du territoire car il est certain qu’abandonnés à
eux-mêmes, ils se livreraient à toutes sortes d’exactions.
G.- ENSEIGNEMENT.
QUESTION N° 40 (Section G) : Quel est le nombre d’établissement

d’enseignements de votre territoire ?
A) Il existe, dans le territoire de Nyanza, quatre établissements
d’enseignement :
1) l’école des fils de chefs, à Nyanza,
2) Mission catholique de Kabgayi :
Enseignement supérieur,
Enseignement inférieur,
Enseignement professionnel
3) Mission protestante d’Iremera :
Enseignement inférieur,
Enseignement professionnel.
4) Mission adventiste de Gitwe :
Enseignement inférieur,
Enseignement professionnel ;
B) Ecole des Fils de chefs, à Nyanza :
Nombre d’élèves inscrits : 375 ;
Moyenne journalière des présences : 357 ;
Programme des cours : comporte 6 années d’étude ;
(voir rap. Annuel 1926).
Moniteurs : ont été formés par l’instituteur européen.
C) Mission Adventiste de GITWE :
Nombre d’élèves inscrits : 400 ;
Moyenne journalière des présences : 300 ;
Programme des cours : 7 années d’étude ;
Moniteurs : formés par les Missionnaires.
(d’après renseignements fournis par M. le Missionnaire ROBINSON)
Note : Pour ce qui concerne les missions de Kabgayi et d’Iremera, les renseignements demandés à la date du 27 septembre ne nous sont pas encore
parvenus ce jour (26-10-29).

D) Mission de KABGAYI :
(D’après renseignements parvenus à Nyanza le 30/10).
a) Nombre d’élèves inscrits au cours :
A la mission de Kabgayi : 17 sections – 469 élèves inscrits.
Dans les chapelles-écoles : 33 classes – 942 élèves inscrits.
b) Moyenne journalière des présences :
Les 4/5 environ du nombre d’élèves inscrits.
158

c) Programme des cours :
A l’heure actuelle, le programme du Gouvernement est adopté
dans les 50 classes précitées.
Nombre d’années d’études : 4.
d) Moniteurs : Ils ont reçu leur formation à la mission de Kabgayi.

Extrait de la lettre du R.P. Supérieur : « Outre ces cinquante écoles dans
lesquelles on suit le programme gouvernemental, il y a, tant à la mission
même que dans les succursales, de nombreuses écoles dans lesquelles on suit
le programme imposé par le Vicaire Apostolique. Le nombre global des
élèves –garçons, filles, enfants qui fréquentent les écoles est de 4.922 ».
H.- INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
QUESTION N° 41 (Section H) : Quels sont les établissements des Mis-

sions du Territoire ? ... etc... ? Ainsi qu’il vient d’être dit sous la rubrique
précédente (Enseignement) les renseignements demandés à la date du 27/9
ne sont pas encore parvenus à Nyanza, si ce n’est pour la mission adventiste
de Gitwe. M. le Missionnaire ROBINSON nous a communiqué des renseignements suivants :
Mission des Adventistes du septième jour :
Mission principale : Gitwe.
Chapelles-écoles : 20 (Note Coubeau, 1933 : dont 4 régulièrement
accordées).
Epoque de la fondation : 1919.
Directeur : M. F.M. ROBINSON.
Assistant : M. C.A. JOHNSON.
Activité philanthropique: dispensaire (moyenne de 1.200 malades
soignés mensuellement).
Mission de Kabgayi :
(D’après renseignements reçus à Nyanza le 30/10).
a) Mission principale : Kabgayi.
Succursales :
Kulengeri,
Kizibaziba,
Nyabisindu,
Gasoro,
Nyanza,
Ruyanza,
Kamonyi,
Nyamirembe,
Kirwa,
Bgirika,

Kageyo,
Rwinyana,
Rubona,
Kanyanza,
Munyinya,
Musambira,
Rukambura,
Giko,
Rusekera,
Kivono,

159

Kangoma,
Kibingo,
Kigoma,
Kavumu,
Kivumu,
Migina,
Manyana,
Murambi,
Chyeza,
Rutaka,

Mushishiro,
Rugendabali,
Kivumu,
Mulehe,
Giseke,
Mwendo,
Bgiramvura,
Karambi,
Nyagisozi,
Maso,
Gitovu,

Nyabitare
Gisharu,
Rongi,
Kanyanza,
Kwichukiro,
Saruheshi,
Kabere ,
Misambagiro,
Chabakamye,
Mugano,
Muyira.

Kibanda,
Kibango,
Kibyimba,
Nyarusange,
Chyichiro,
Muyunzwe,
Rwoga,
Gahengeri,
Suti,
Mugote,

b) Epoque de la fondation : 25 janvier 1906.
c) Son directeur actuel : R.P. VERHAEGEN ; Auxiliaires : 4.
d) Activité philanthropique :
1) Dispensaire : environ 50.000 malades soignés entre 30-6-28 et le
30-6-29.
2) Trois centres de la goutte de lait.
3) Deux ouvroirs, dans lesquels travaillent 60 jeunes filles.
QUESTION N° 42 (Section H) : Y a-t’il un inconvénient à la coexistence

d’établissements des Missions de différentes cultes ? Jusqu’à présent, la
coexistence d’établissements de missionnaires de trois cultes différents n’a
entraîné aucune difficulté sérieuse, seulement quelques petites controverses
au sujet de l’emplacement de certaines chapelles-écoles, incidents qui ont
pu, chaque fois, être réglés à l’amiable.
TRIBUNAUX INDIGENES.
QUESTION N° 43 (Section I) : Comment fonctionne l’institution des

tribunaux indigènes sans votre territoire ? ... etc... ?
A) Il n’existe, actuellement, qu’un seul tribunal indigène, dont le siège
ordinaire est au chef-lieu du territoire. Serait-il opportun d’envisager la création d’autres juridictions indigènes, dans chacune des provinces du territoire ? Certainement, à condition toutefois que la réalisation soit conduite
avec prudence. La meilleure façon de procéder serait, semble-t-il, de commencer dans une seule province, en choisissant pour cette expérience dont
celle à la tête se trouve le chef le plus intelligent et le plus estimé des indigènes pour son esprit d’équité (or, sous le rapport de l’équité, seul le chef
LWABUTOGO se distingue de ses confrères). Il serait au surplus absolument
nécessaire que la nouvelle juridiction ne fonctionnât dans ses début tout au
moins, que sous la surveillance du Délégué ou de son adjoint. On pourrait

160

ensuite, si cette première expérience donnait de bons résultats, l’étendre
successivement aux autres provinces du territoire.
B) Désignation des juges : C’est le Délégué qui désigne les juges du tribunal indigène. Ils sont choisis parmi les chefs de province et les grands
notables.
Chaque juge reste en fonction durant une semaine. Il est assisté de cinq
assesseurs, choisis parmi les sous-chefs de cinq provinces différentes ; toutefois, les juges qui ne sont pas en fonctions mais qui assistent à l’audience du
tribunal peuvent donner leur avis, au même titre que les assesseurs.
C) Composition du siège : Au premier degré d’instance : un juge, cinq assesseurs et un greffier (secrétaire indigène). En degré d’appel : le Délégué du
Résident et le mwami assistent à l’audience.
D) Audiences : Comme juridiction du premier degré, le tribunal siège
chaque jour, sauf le samedi, de 9 heures à midi. Comme juridiction d’appel :
le samedi, aux mêmes heures.
E) Contrôle de cette juridiction : Quand il est au poste, le Délégué assiste
presque tous les jours aux audiences du tribunal indigène.
Chaque fois qu’un jugement est rendu, le juge interroge les parties sur le
point de savoir si la décision intervenue les satisfait toutes deux et si aucune
ne désire représenter sa palabre le samedi suivant, en appel, devant le Délégué et le mwami. Si l’une des parties interjette appel, l’affaire sera reprise
entièrement, comme si aucun jugement n’avait été rendu.
F) Force exécutoire des décisions : Les parties débattent librement devant
le tribunal la question des délais d’exécution. Les indigènes savent très bien
que, si une des parties tente de se soustraire à l’exécution d’une décision, le
litige sera porté devant les juridictions civiles.
G) Incarcération : Jadis, les tribunaux indigènes pouvaient prononcer des
peines d’incarcération ne dépassant pas deux mois ; ces peines étaient subies
dans la prison du poste. Ce pouvoir leur a été enlevé cette année.
J.- ETABLISSEMENTS COMMERCIAUX.
QUESTION N° 44 (Section J) : Les établissements commerciaux ?
FIRME :

NATIONALITE DE
DE LA FIRME :

NATION. DU
GERANT :

STATUT JURID :

-----------------------------------------------------------------------------------------------------AZIZ bin NASSOR.
Arabe
(HALFAN bin

ALI – Arabe)
ALI bin NAYIM.
Arabe

Soc. Nom col. (1).

161

AZIZ bin NASSOR.

Arabe

SEF bin MOHAMED.
PARDAN MANDJI.

Arabe
Hindou

ESAK SIDIK.

Hindou

RHEMTULLA MENDJI.

Hindou

ABDALLA bin SALIM.

Arabe

MOHAMED bin HAMED.

Arabe

HAMED bin MOHAMED.

Arabe

ABDALLA bin SELIMAN.

Arabe

Locat. RHEM–
TULLA (Hind.)

Soc. Nom col. (2).
(Hussein NAS–
SORALI – Hind.)

(ESSAK ABA
Hindou – locat.)
(MOHAMED bin
MASSUD – Arabe)


Société (3).


ISA bin SEF
(Arabe)
HAMES bin
ABDALLA (Arabe)




SAID bin HAMED.
Arabe

------------------------------------------------------------------------------------------(1) Société en nom collectif « SULTAN bin RACHID & C° » (statuts publiés au
B.O. du R-U/. du 1/3/28).
(2) Société en nom collectif « SEF bin MOHAMED & C° » (statuts déposés au
greffe Trib. d’Usumbura le 4/3/28 ; publié au B.O. du 15/7/28).
(3) Société « ABDALLA bin SALIM & C° » – Siège social : Usumbura. (Statuts
publiés au B.O. du 1/5/29).
Tous ces commerçants font le trafic de peaux, vivres, étoffes et articles pour noirs.
Seul, ESAK SIDIK et SEF bin MOHAMED font le commerce de gros bétail.
QUESTION N° 45 (Section J) : Indiquer la nature des opérations com-

merciales d’une certaine importance à l’exportation et l’importation ?
Comme opérations d’une certaine importance, nous devons signaler :
A l’exportation : Le commerce des peaux
Les chiffres pour 1928 sont : 111.123 Kgs. de peau de gros bétail,
44.941 peaux de chèvres.
Pour la période allant du 1-1-29 au 31-10-29 les chiffres sont :
23.119 Kgs. de peaux de gros bétail,
10.274 peaux de chèvres.
A l’importation : Les étoffes et articles de traite venant, pour la plus
grande partie, des factoreries d’Usumbura.

162

K.- AGRICULTURE – POSSIBILITES D’INSTALLATION
POUR ENTREPRISES EUROPEENNES.
QUESTION N° 46 (Section K) : Existe-t-il dans le territoire des terres

libres de tout droit dont la mise en valeur par les indigènes n’est pas à
prévoir ? ... etc... ? Dans tout le territoire de Nyanza, il n’existe, pour ainsi
dire, aucune colline sur laquelle on ne trouve un ou plusieurs « boma »
(kraals d’indigènes) – sauf dans la région Ouest de Bunyambiriri, sur une
bande de 15 Kms. de largeur environ, région inhabitée mais exploitée par les
indigènes, qui périodiquement, mettent le feu aux broussailles, vestiges de
l’ancienne forêt, pour cultiver des haricots et des petit pois.
Les collines les moins peuplées – celles dont le terrain n’est pas favorable
aux cultures – sont réservées aux pâturages.
En conséquence, on peut dire que la possibilité de concéder à des entreprises privées des terrains d’une certaine étendue n’est pas à envisager dans
le territoire de Nyanza, tout autre est la question des « zones de protection
temporaire » et de la collaboration d’entreprises européennes avec les indigènes dans le domaine de l’agriculture et de la sylviculture.
QUESTION N° 47 (Section K) : Quelle est l’étendue approximative des
terres cultivée par les indigènes ? Des terres réservées aux pâturages ? ...
etc... ?
1.- L’étendue approximative des terres cultivées par les indigènes est de
39.800 Has. L’étendue approximative des terres réservées aux pâturages est
de 235.200 Has.
2.- le nombre d’adultes valides étant de 60.329, on peut déduire de ce qui
précède que chaque chef de famille dispose pour ses cultures d’environ
70 ares. Toutefois, il convient d’ajouter que chaque Muhutu peut aisément
disposer de 2 Has. de terre arable, l’administration et un grand nombre de
chefs ne cessant de pousser les indigènes à développer leurs cultures, à les
étendre au détriment des terres réservées aux pâturages.
QUESTION N° 48 (Section K) : Demande : Exposé des cultures du terri-

toire. Pour chacune d’elles indiquer :
a) l’époque d’ensemencement et de récolte.
b) la jachère est-elle pratiquée et éventuellement, quel est l’intervalle
entre deux mises en culture ?
c) son importance relativement à l’ensemble des cultures (pourcentage de chaque variété ; celui-ci est-il constant ?)
d) la moyenne des récoltes dans des conditions normales (rendement
moyen à l’hectare – proportion entre la quantité des semences confiées au sol et celle récolté) ?

163

Dans le territoire de Nyanza, sont cultivés principalement :
la patate douce,
les haricots et petits pois,
le sorgho,
l’éleusine,
le manioc,
la banane,
le café,
le tabac.
LA PATATE DOUCE.

1.- Ensemencement : dans les bas-fonds : durant toute l’année ; sur les
collines : durant toute la saison des pluies.
Récolte : en toute saison.
2.- Jachère : la jachère proprement dite n’est pratiquée qu’aux environs
de la forêt, là où les indigènes (peu nombreux d’ailleurs) disposent de
grandes étendues de terres ; ils y laissent le plus souvent le terrain en jachère pendant 2 ou 3 ans, puis, brûlent les broussailles et les cépées avant
de procéder à de nouvelles cultures. Partout ailleurs, la jachère n’est pratiquée qu’après épuisement complet du sol. Mais les indigènes connaissent l’alternance des cultures et le cycle qu’ils adoptent généralement est
le suivant : patates douces (pendant deux années consécutives), puis haricots, ou petits pois pendant un an ; enfin, sorgho pendant un an. Certains
indigènes pratiquent la fumure de leurs champs au moyen de bouse de
vache.
3.- Importance : la patate douce représente 50% des cultures indigènes.
4.- Rendement : en moyenne : 8.000Kgs. à l’hectare ; si les indigènes
laissaient arriver les tubercules à maturité complète, ils obtiendraient un
rendement bien supérieur, variant entre 15 et 30.000 Kgs. à l’hectare
(suivant climat, variété, fertilité du sol).
HARICOTS ET PETITS POIS.

1.- Ensemencement : de la mi-septembre à la mi-novembre et de ma mifévrier jusqu’à la mi-avril (dans les marais, on sème encore en juin, mais les
haricots seulement).
Récolte : deux à trois mois après l’ensemencement (dans le Bunyambiriri, où
la température est plus fraîche, trois à quatre mois).
2.- Jachère : voir plus haut.
3.- Importance : environ 20 % des cultures.
4.- Rendement : en moyenne : 5.000Kgs. à l’Ha., pour une quantité de semence variant de 150 à 200 Kgs.

164

LE SORGHO.

1.- Ensemencement : Septembre et Janvier.
Récolte : 5 à 6 mois après l’ensemencement.
2.- Importance : environ 20 % des cultures.
3.- Rendement : de 1.000 à 2.000 Kgs. par Ha (pour une quantité de semences variant de 25 à 30 Kgs.)
L’ELEUSINE.

1.- Ensemencement : de la mi-septembre à la mi-octobre.
Récolte : 3 à 4 mois après l’ensemencement.
2.- Importance : représentant environ 3% des cultures.
3.- Rendement : en moyenne : 1.000 Kgs. à l’Ha., quantité de semences nécessaires : 25 Kgs. à l’Ha.
LE MANIOC.

1.- Mise en terre des boutures : durant toute la saison de pluie.
Récolte : au minimum un an après la mise en terres des boutures.
2.- Importance : environ 0,4 % des cultures.
3.- Rendement : en moyenne : 10.000 Kgs. à l’Ha.
LE MAIS.

1.- Ensemencement : de la mi-septembre à la mi-octobre et de mi-février à
mi-mars.
Récolte : 4 à 5 mois après l’ensemencement, dans le Bunyambiriri ; ailleurs,
3 à 4 mois seulement.
2.- Importance : environ 0,6 % des cultures indigènes.
3.- Rendement : 3.000Kgs. à l’Ha. (pour 150 kgs. de semences).
LE CAFE.

1.- Récolte: commence la troisième année.
2.- Importance : environ 0,06 % dans l’ensemble des cultures indigènes.
3.- Rendement : en moyenne : 800 kgs. à l’Ha.
LE TABAC.

1.- Ensemencement : de mi-septembre à fin octobre et de mi-février à mimars. Récolte : environ 4 mois après l’ensemencement.
2.- Importance : 0,06% de l’ensemble des cultures.
3.- Rendement : très variable, en moyenne : 200.000 feuilles par Ha.
QUESTION N° 49 (Section K) : Les cultures faites par l’indigène sont-

elles rationnelles ? La collaboration européenne peut-elle améliorer la
situation en augmentant le rendement ? Les indigènes pratiquent presque
tous aujourd’hui le système de l’alternance des cultures. Il s’en faut encore
de beaucoup cependant que leurs méthodes soient absolument rationnelles

165

et, à ce point de vue, la collaboration d’entreprises européennes dans ce domaine d’agriculture ne pourra produire que de très heureux résultats.
QUESTION N° 50 (Section K) : De quel outillage dispose l’indigène
pour ses cultures ? Se procure-t-il aisément ? Quelle est son origine ? ...
etc... ? L’indigène se sert exclusivement de la houe et de la serpette, cette
dernière étant utilisée pour les travaux de débroussaillement et pour la récolte du sorgho. Les houes sont fabriquées par les forgerons indigènes ; elles
sont de qualité médiocre et d’une usure très rapide ; leur prix actuel – 15 à
20 fs – ne correspond certainement pas à la valeur de l’outil (1) ; de plus, les
indigènes se procurent malaisément cet outil indispensable. Si l’autorité
territoriale pouvait, chaque année, céder au prix de revient 4 à 5.000 houes
aux indigènes, ce serait une excellente chose car, de cette façon, l’indigène
pourrait acquérir un outil de qualité bien supérieur et à un prix beaucoup plus
raisonnable.
-------------------------------------------(1) Au début de 1929, la houe indigène coûtait seulement de 10 à 15 fs. C’est le jeu de l’offre
et de la demande (celle-ci étant de loin supérieure à celle-là) qui a provoqué une hausse tellement sensible en un temps aussi court.

QUESTION N° 51 (Section L) : Historique sommaire des forêts du terri-

toire ? ... etc... ? Jadis existaient dans le territoire de Nyanza deux grandes
forêts : l’une au Nord du Ndiza, dans la boucle de la rivière Nyavarongo ;
l’autre, à l’Ouest de la province du Bunyambiriri.
De la première, il ne subsiste aujourd’hui que quelques hectares boisés,
au flanc d’une colline et les indigènes exploitent ce dernier vestige pour la
fabrication des pirogues employées sur la Nyavarongo. La forêt du Ndiza fut
systématiquement détruite par les habitants de cette région (assez peuplée)
désireux d’étendre toujours davantage leurs cultures et ne pouvant arriver à
ce résultat qu’en conquérant, chaque année, quelques hectares sur la forêt.
Le même sort menace la seconde forêt : celle de Bunyambiriri, la seule
qui mérite de retenir notre attention à l’heure actuelle.
Pour connaître l’histoire de la forêt du Bunyambiriri, nous avons interrogé, sur place, un certain nombre d’indigènes ; le récit le plus intéressant est
celui que nous fit le vieux NYAMUHENDA, ancien sorcier de Musinga, né
vers 1860 aux abords de la forêt :
« Mon père m’a raconté que, au temps de MUBWAMBWE SENTABYO
(sixième roi avant Musinga), la forêt que vous voyez là-bas venait jusqu’à la
rivière NZAVU et couvrait le massif MUKONGORE.
Pendant le règne de LWOGERA, grand-père de Musinga, la lisière de la
forêt avait reculé jusqu’à la rivière KYIMBOGO et jusqu’aux massifs KINGURUWE et SEKERA.

166

Quand moi, j’étais encore enfant – c’était au temps de Lwabugiri – je me
rappelle très bien que la forêt s’étendait encore jusqu’à la rivière NYIRARANGE. Mais, chaque année pour avoir de belles récoltes, les gens brûlaient
en janvier et en février de grandes étendues, aussi bien à la lisière qu’à
l’intérieur de la forêt, près des clairières. Beaucoup de gens vinrent habiter
au Bunyambiriri sous le règne de Lwabugiri ; ceux du BWISHAZA (ter.
Lubengera) et ceux du KINYAGA (terr. Shangugu) entraient aussi dans la
forêt pour établir des cultures, parce que, là, les cultures souffrent moins de
la sècheresse.
Vous voyez mon fils (jeune homme de 17 ans environ) vous pouvez être
certain que, quand il aura mon âge, il ne restera plus rien de la forêt, plus
rien ».
L.- PROTECTION DES FORETS.
QUESTION N° 52 (Section L) : Indiquez l’importance des déboisements

effectués et les mesures déjà prises en vue de la reconstitution des forêts
indispensables à la prospérité et à la consommation normale du pays ?
RECULADE DE LA FORET DEPUIS 1860 - MESURES DE PROTECTION
A PRENDRE.

Des récits faits par les indigènes de la région on peut conclure que, en
60 ans, la lisière de la forêt a reculé sur une distance de 10 kilomètres.
Fin Septembre dernier, des ordres sévères ont été donnés aux chefs et aux
indigènes de la région Ouest du Bunyambiriri : il a été strictement interdit de
défricher encore ou d’incendier la lisière de la forêt ; des proclamations ont
été faites partout, en présence du Délégué et du mwami. En outre, de pressantes instances ont été faites auprès des chefs et des indigènes pour les
amener à reboiser aux environs de leurs boma et, plus généralement, au
sommet de toutes les chaînes.
Pour que cesse la destruction systématique de ce qui reste de la forêt, il
est nécessaire qu’une surveillance continuelle soit exercée par les Délégués
des territoires de Lubengera, Shangugu, Astrida et Nyanza.
La seule mesure qui nous paraisse adéquate pour protéger les vestiges de
la forêt est une mesure radicale ; elle consiste à interdire toute culture audelà d’une ligne qui serait déterminée sur place, de façon à créer, tout autour
des montagnes encore boisées, une zone interdite ; de plus réglementer étroitement l’exploitation forestière, aussi bien pour l’Administration que pour
les établissements de mission et les entreprises privées ; pour arriver à délimiter sur le terrain, au moyen de signaux, des « zones d’exploitation » qui
seraient affectées à chacune des scierie ; déterminer, à l’intérieur de ces
zones, quels arbres peuvent être abattus et dans quelle proportion ; enfin,

167

n’autoriser le transfert d’une scierie d’un endroit dans un autre que lorsque la
preuve aura été faite par l’exploitant qu’il a observé strictement la clause de
reboisement en ce qui concerne la zone qu’il abandonne.
QUESTION N° 53 (Section L) : Demande : Situation des forêts exis-

tantes.
1.- Superficie : On peut évaluer à 4.000 Has. ce qui reste de la forêt du Bunyambiriri en territoire de Nyanza.
2.- Noms indigènes des essences :
Umuhurizo,
Umushishi,
Umushwali,
Umufu,
Umuhurura,
Umushyika,
Umutake (1),
Umungo,
Umukore,
Umusekera,
Umugese,
Umwumba,
Umurife,
Umuneke,
Umushagwe,
Umuronzi,
Umujuga,
Umukereko,
Umusivya,
Inembge.

Ingongo,
Umuwande,
Umuyove,
Umuzimyamuriro,
Inkungu (ou Umunazi),
Umukaka,
Umurangara,
Umushabarara,
Umupyisi,

(1) Umutake : extrêmement rare aujourd’hui.

3.- Propriété des essences : Parmi tous ces arbres, l’Inkungu ou Umunazi est
celui qui devient le plus vigoureux.
Les essences les plus recherchés par les scieurs de long, celles par conséquent qui fournissent les meilleurs bois de charpente sont :
Umuhurizo,
Umushishi,
Ingongo,
Umushwali,
Umuhurura,
Umutake,
Umungo,
Inkungu,
Umushagwe,
Umujuga,
Umukereko,
Umwumba.
Parmi ces essences, sont plus particulièrement attaqués par les tarets, celles
dont les noms suivent :
Umuwande,
Umukore,
Umusekera,
Umugese,
Umuneke,
Umurangara,
Umuronzi,
Umushabarara,
Umusivya.

168

M.- INDUSTRIES INDIGENES.
QUESTION N° 54 (Section M) : Quelles sont les industries indigènes de

votre territoire ?
Indiquer : a) leur caractère utilitaire ou autre ;
b) l’origine des matières premières ;
c) les procédés de fabrication (exposé sommaire) ;
d) l’avenir qui paraît réservé à chacune de ces industries.
1.- ABABUMBYE : Potiers : l’industrie de la poterie est le monopole des
Batwa, installés un peu partout dans le territoire, mais principalement
près des terrains argileux. La poterie est généralement le travail des
femmes ; bien qu’elles ignorent le tour, et ne disposent que d’outils très
rudimentaires, elles parviennent à rendre parfaitement les motifs qu’on
leur présente. Jadis, elles se contentaient de confectionner des amphores
grossières, servant aux usages domestiques : depuis l’arrivée des Européens, elles fabriquent des ouvrages plus délicats ; elles confectionnent
aussi de longues pipes (genre « bahima ») très prisés par les Watutsi.
2.- ABACHUZI : Forgerons ; s’installent de préférence aux environs de la
forêt dont les arbres leur fournissent en abondance le charbon de bois nécessaire à leur industrie. Quoique ne disposant que d’outils tout à fait rudimentaires, ils fabriquent des lances, des flèches, des couteaux d’une
facture vraiment remarquable ; à côté de ces objets de parade, ils forgent
d’autres d’un usage courant : serpettes, houes, etc… Les forgerons deviennent très riches et rapidement.
3.- ABAKANYI : A la fois tanneurs, peaussiers et tailleurs ; préparent les
peaux pour en confectionner des robes de femmes, des couvertures et des
habits de parade pour danseurs.
4.- ABAJE : Sculpteurs sur bois ; confectionnent des boucliers de parade,
les pots à parfum, des fourneaux pour yatagans, des sièges indigènes,
etc…
5.- TRAVAUX DE VANNERIE : Nattes, paniers et paravents ainsi que tous
travaux de fine vannerie sont réservés aux femmes Watutsi, qui ne s’y livrent qu’en guise de passe-temps.
N.- REGIME PENITENTIAIRE.
QUESTION N° 55 (Section N) : De quels soins médicaux les prévenus

sont-ils l’objet lorsqu’ils tombent malade au cours de leur détention ?
Sont-ils visités par un médecin ou par un agent sanitaire au moment de
l’incarcération ? Lorsque des prévenus tombent malades au cours de leur
détention, ils reçoivent les premiers soins du personnel territorial ; leur cas

169

présente-t-il quelque gravité, ils sont dirigés sur l’hôpital d’Astrida. Toutefois, depuis le mois de mai de cette année, Monsieur le docteur MOL de
l’U.M.H.K. a l’amabilité d’examiner et de traiter les malades que nous envoyons à Nyabisindu (cas urgents, blessures, etc…). Au moment de leur
incarcération, les prévenus ne subissent pas de visite médicale pour cette
raison qu’il n’y a pas de médecin ni d’agent sanitaire au poste de Nyanza.
O.- RAVITAILLEMENT DES CENTRES EUROPEENS.
QUESTION N° 56 (Section O) : Dans quelles conditions, les indigènes

fournissent-ils aux autorités européennes, soit pour le besoin de
l’Administration... etc... soit pour leurs besoins personnels ... etc... ?
A l’heure actuelle, l’administration achète, chez les commerçants de la
place, tout ce qui est nécessaire pour le ravitaillement de la troupe, des prisonniers et des travailleurs régulièrement engagés. Quand la situation vivrière sera redevenue tout à fait normale, on pourra acheter, au marché du
poste, tout ce dont on aura besoin pour le ravitaillement du personnel indigène. En ce qui concerne le combustible (mais pour cela uniquement) force
est bien de recourir à l’intermédiaire des chefs, pour cette raison que le bois
de chauffage mis en vente sur le marché est absolument insuffisant pour
satisfaire la demande. Pour ce qui est des vivres frais : viande de boucherie,
poules et œufs, c’est au marché indigène que les Européens se les procurent
(1). Pour la fourniture de lait et de beurre, ils louent un certain nombre de
vaches à un chef du voisinage : le prix mensuel de location est de 15 fs. par
vache. Il n’est pas opportun d’envisager la création d’une laiterie à Nyanza ;
pareille innovation n’entraînerait que des mécomptes, à raison principalement de la grande quantité de lait nécessaire à la Cour du sultan.
--------------------------------------------(1) Mercuriale au 31 Octobre 1929 : Viande de boucherie : 3 fs. le K°.
Poules : 1,50 à 2 fs.
Œufs : 20 ou 25 centimes.

P.- COUT DE LA RATION.
QUESTION N° 57 (Section P) : Faites connaître le coût de la ration de-

puis le début de l’année ? Quelle dépense eût représenté la même ration
à la date du 1er janvier 1928 ?
Prix de revient de la ration réglementaire :
Au 1-1-1928.
Soldat :
0,35 fs.
Femme de soldat :
0,30 fs.
170

Au 31-10-1929.
3,50 fs.
2,75 fs.

Enfant :
Prisonniers :

0,15 fs.
0,30 fs.

1,375 fs.
3,50 fs.

Le décuplement du coût de la ration s’explique par la raison suivante : au
1ier Janvier 1928, les vivres nécessaires étaient fournis par l’intermédiaire des
chefs. Ce système qui lésait manifestement l’indigène et provoquait des abus
a été abandonné : à l’heure actuelle, les vivres sont achetés chez les commerçants de la place.
FIN

LE MWAMI RUDAHIGWA (ca 1939 ?)

171

PROVINCE DE MARANGARA
SITUATION POLITIQUE ET RECENSEMENT DU 31.XII.1929
Etabli par Mr Lenaerts, Adm. Terr.

MR LENAERTS

Chef : RUDAHIGWA

-----------------------------------------------------------------------------------------Massif.

Collines.

Sous-chef.

Chef.

Boma.

Contr.

Bet.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

1° KARAMA

Muhororo
Kamulenzi
Muchubi
Murukiriza
Nyakabungo
Tshabayumbu
Kirengeri
Nyagasozi
Nyagafumbegeshi
Ntenyo
Kageyo

Nyirinkindi
Nyirinkindi
Nyirinkindi
Nyirinkindi
Nyirinkindi
Nyirinkindi
Gakuba
Gakuba
Gakuba
Nyagatare
Tshondo

Karama

Karama I
Kavumu I
Shyogwe

Biryabayoboke Musinga
Kinyana
Musinga
Karekezi
Mugemangango

Shogwe

Matsinsi

Rukaza

Manzi
Manzi
Manzi
Manzi
Manzi
Manzi
Manzi
Manzi
Manzi
Musinga
Musinga

158
29
58
37
21
182
155
63

163
36
69
51
31
188
199
76

227
27
50
40
20
165
262
84

101
71
292

186
80
290

125
162
403

Mapfundo
Rwangeyo
Rwamaraba I
Kaburame
Matsinsi
Rwamasaka
Nyarunyinya
Rutuku
Rwamaraba II
Rwamudanga
Kyanza (Tshyanza) Kabakamuheto

Tshyitatire
Tshyitatire
Mugemangango
Muadakikwa
Mugemangango
Mugemangango

19
17
50
9
11
35

32
17
60
13
13
54

48
20
49
20
12
36

Mbari
Rwakirenge
Mukanyaga
Gukabungo
Rukaza
Rukaza
Rukaza

Musinga
Musinga
Musinga
Musinga
Mugemangango
Musinga
Rwigamba

55
37
135
91
89
16
53

78
60
141
114
143
18
52

55
46
110
95
67
11
61

Tshatshana
Gakwelere
Mudakikwa
Sebakunda
Rwamuningi
Mukurarinda
Nyabagabo

172

Rukaza
Rukaza

Kamangu
Sentananya

Mugemangango
Mugemangango

-

-

-

Musumba

Musumba
Musumba

Sebisaho
Sekaryongo

Mugemangango
Musinga

15
100

20
99

20
129

Mahembe

Mahembe
Mahembe
Busego
Busego
Nyabisindu

Rubambura
Kiretwa
Rusetsa
Kiretwa
Mugimbaho

Rwabutogo
Musinga
Rwabutogo
Musinga
Rwabutogo

93
21
27
45
15

85
24
32
56
31

110
24
90
81
52

2° RURI

Ruri
Kirimahwa
Murambi
Gatenzi
Gatenzi
Gatenzi
Karama II
Munyinya I
Bgirika
Bgirika
Biringaga
Birungaga
Kagarama
Takwe
Gisehuri

Mugemangango Musinga
Nyiringango
Musinga
Kamugisha
Musinga
Kanyandekwe Rwabutogo
Barashi
Rwabutogo
Sekaryongo
Rwabutogo
Rwagarindi
Rwabutogo
Kanimba
Rwabutogo
Mukuruwabatwa Nyagasaza
Gakwaya
Nyagasaza
Gasore
Musinga
Kabano
Musinga
Rugenera
Gasore
Ruterana
Rwabutogo
Burasa
Nyagasaza

349
24
26
12
35
39
168
121
100
19
135
45
43
-

411
47
39
18
36
66
170
123
145
14
103
44
64
-

293
72
20
17
34
70
208
161
159
20
180
39
72
-

Gihuma

Nyamabuye
Nyamabuye
Kavumu II
Gatarama
Gahogo
Gahogo
Gahogo
Gahogo
Gihuma
Gashara

Karuganda
Njamubiri
Kamaganda
Ntivunwa
Ntivunwa
Kanyabujinja
Rwarema
Serubabaza
Rwemarika
Ntivunwa

Rwidegembya
Rwabutogo
Rwigamba
Rwidagembya
Rwidagembya
Mugemangango
Mugemangango
Rwigamba
Mugemangango
Rwidegembya

34
15
136
68
164
81
173
44

31
19
158
72
201
99
207
58

50
27
55
67
74
123
231
57

Gifumba

Rugarama
Remeza
Remeza
Gifumba

Munvunanhiko
Karuganda
Ryumugabe
Kabarisi

Rwidegembya
Musinga
Musinga
Buzis

77
33
69
77

86
31
53
113

66
28
90
72

Kumunini

Kumunini
Nkoma
Mata
Mata
Mata
Mata
Kivumu
Gitongati
Gitongati
Karama III
Karama III
Muhanga
Muhanga
Muhanga
Muhanga
Kibanda

Ruhigirakurinda Musinga
Serinda
Rwidegembya
Kayigura
Rwabutogo
Semarura
Rwabutogo
Ruhigirakurinda Musinga
Karirima
Rwabutogo
Rukikampunzi Rwabutogo
Rukongi
Musinga
Ruberwa
Rwudegembya
Rubirima
Rwabutogo
Rugogwe
Rwabutogo
Muvunandinda Rwabutogo
Kabarega
Musinga
Rwabikinga
Rwabutogo
Ruhigirakurinda Musinga
Kananga
Rwabutogo

137
38
50
70
18
42
93
51
44
21
102
90
26
160

147
40
57
85
17
48
100
36
54
30
112
113
24
142

120
19
70
65
67
41
88
23
64
27
160
113
21
199

173

3° MUSHUBATI

Gasovu
Kabanda
Karama IV
Rutarabana
Katikabisi

Rubergwa
Rwabagina
Nyirindandi
Rwamanyiwa
Serinda

Kakuba

Gikomero
Gikomero
Mbiriri
Ngoma
Nyarunjinya I

Nyabitare

Rwidegembya
Rwidegembya
Rwidegembya
Rwidegembya
Rwidegembya

103
45
71
320
12

45
51
70
213
12

67
30
120
143
11

Mutezintare
Tshitatire
Sezikeye
Tshitatire
Rukundabarinzi Tshitatire
Tutuba
Tshitatire
Ruhumuriza
Tshitatire

108
40
12
40
41

95
35
10
80
37

85
80
11
119
47

Nyabitare
Musange
Buringa
Buringa
Buringa
Nyanza
Nyarunjinya II
Nyarusange
Kurusuzumiro

Rwangampuhwe Musinga
Serukamba
Musinga
Rwadirima
Tshitatire
Gakundi
Mutezintare
Kayijamahe
Tshitatire
Karega
Tshitatire
Kaganantagara Tshitatire
Nzamutuma
Tshitatire
Kayinamura
Tshitatire

402
35
34
49
100
50
25
12

407
38
56
87
148
40
20
11

577
33
101
31
113
36
21
17

Mushishiro

Mushishiro

Mwikaragu

Rwabutogo

342

494

343

4° SARUHESHI

Saruheshi
Gitishyuma
Nyarutovu
Kanyamunega
Byimana
Mayebe
Mugomba
Nyakabuye
Ndago

Songa
Sentama
Karabasharira
Rutwa
Tshyenge
Senyakazana
Gasore
Birakaza
Hangu

Kambanda
Kambanda
Kambanda
Kambanda
Musinga
Musinga
Musinga
Musinga
Musinga

206
231
40
32
24
43

316
234
58
58
35
52

246
398
53
52
48
100

Mukinga
Mukinga

Mukingi
Munyinya II

Nyanjwenge
Munyangeyo

Rwabutogo
Rwabutogo

229
20

297
29

337
46

Kanyarira

Kanyarira
Muhororo II
Gasasa
Nyaburondwe
Kigina
Mubisika
Giseke

Naho
Naho
Naho
Naho
Naho
Naho
Naho

Rwabutogo
Rwabutogo
Rwabutogo
Rwabutogo
Rwabutogo
Rwabutogo
Rwabutogo

214
15
12
100
14
-

173
15
16
138
16
-

224
22
12
200
14
-

Total général

*****************************

174

9.310

Haut

fgtquery v.1.9, 9 février 2024