Fiche du document numéro 36245

Num
36245
Date
Mardi 2 juin 2026
Amj
Taille
18515
Sur titre
Éditorial
Titre
Génocide au Rwanda : la France doit lever le secret-défense sur les archives classifiées
Nom cité
Nom cité
Source
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
L'inauguration d'un monument à la mémoire des victimes du génocide au Rwanda en plein cœur de Paris mérite d'être saluée. Cette double stèle participe d'un indispensable travail de mémoire sur ce que furent les massacres des Tutsis. Impossible d'oublier ces corps d'enfants, de femmes, d'hommes et de vieillards martyrisés.

Impossible d'oublier le déchaînement de haine raciste des extrémistes hutus qui a conduit à l'extermination méthodique de près d'un million de personnes. D'avril à juillet 1994, les tueries de masse ont baigné de sang le pays aux mille collines. Nous n'étions qu'une poignée à pointer le rôle et la responsabilité de la France alors présidée par François Mitterrand, qui, au nom des intérêts françafricains, a laissé faire les fanatiques du Hutu Power.

La présence de Paul Kagame à la cérémonie du 2 juin dit beaucoup de l'apaisement des relations entre Paris et Kigali, après des années de rupture diplomatique. En 2021, le rapport Duclert, critiquable à bien des égards, relevait néanmoins les « responsabilités lourdes et accablantes » de la France. Sa publication a contribué au dégel entre les deux pays, tout comme le discours dans lequel Emmanuel Macron, en 2024, a reconnu au Rwanda le trop long silence français « sur l'examen de la vérité » -- tout en refusant catégoriquement de parler de complicité.

Mais le travail de mémoire est vain si la quête de justice est entravée. La France a accueilli sur son sol, parfois même avec les honneurs, des génocidaires dont certains ont été condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda. La plainte visant des militaires français de l'opération « Turquoise » accusés d'avoir abandonné des Tutsis à la mort s'est soldée par un non-lieu.

La création en 2012 d'un pôle crimes contre l'humanité, crimes et délits de guerre au tribunal de Paris a permis l'ouverture de nombreuses procédures contre des responsables du génocide. Ces efforts judiciaires doivent se poursuivre. Enfin, fermer la parenthèse de l'impunité implique de lever le secret-défense sur les archives encore classifiées. Les rescapés des opérations d'extermination de 1994 ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation. Envers eux, la France doit assumer ses responsabilités.

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fgtquery v.1.9, 9 février 2024