De notre envoyée spéciale de retour de Mudende
Sous une tente, une dernière cérémonie réunit leaders locaux, familles et anciens combattants ou civils affiliés à un groupe rebelle en RDC, avant le retour de ces derniers dans la vie civile. Pierre Manirakiza retrouve son beau-frère, parti du pays en 2011. «
Nous sommes heureux qu’il soit revenu. On ne pensait pas le revoir, confie-t-il
. On doit le soutenir maintenant, et partager ce que nous avons avec lui, pour l’aider à recommencer sa vie. »
Devant la maison familiale, le repenti Jean Damascene Niyonzima embrasse ses proches après 15 ans passés en RDC. Après avoir, selon ses affirmations, travaillé sur les barrages des FDLR pour récolter les taxes prélevées par le groupe armé, les difficultés de la guerre l’ont poussé à rentrer au Rwanda. «
Quand le M23 a pris Goma, ceux qui n’étaient pas armés, nous sommes allés au camp de Mugunga, raconte-t-il
. Mais lorsque le M23 est arrivé, le camp a été détruit. Certains ont fui dans la forêt, d’autres sont rentrés chez eux. La situation devenait intenable, alors nous avons eu recours au HCR. »
Un plaidoyer en faveur de ces ex-combattants
Rapatrié l’an dernier d’abord en tant que civil avant de se déclarer aux autorités comme FDLR, Jean Damascene a passé plusieurs mois dans le centre de réintégration de Mutobo. À ses côtés, son fils adoptif de 25 ans, ancien combattant du groupe armé, Amos Bigirimana, témoigne : «
Je suis né au Congo, dans un quartier général des FDLR, à Rutshuru. Mes parents faisaient partie de ce groupe. Quand j’avais huit ans, leur base a été attaquée et ils ont été tués. Deux ans plus tard, Jean Damascene m’a recueilli. C’est aujourd’hui mon seul parent. »
Le secteur de Mudende, à proximité de la frontière congolaise, accueille régulièrement d’anciens combattants repentis. «
Après un mois, lorsqu’ils sont déjà en communauté, nous allons leur rendre visite pour voir comment ils ont été acceptés, explique Valérie Nyirahabineza, présidente de la Commission rwandaise de démobilisation et de réinsertion
. Il est question pour nous de faire du plaidoyer en faveur de ces ex-combattants. Si une personne quitte le centre de réinsertion de Mutobo, elle devient automatiquement un citoyen du Rwanda. »
Des retours en nombre qui s’accompagnent de défis. Avec l’arrivée de Jean Damascene et de ses proches de RDC, la petite maison familiale accueille près de deux fois plus d’occupants.