Fiche du document numéro 36024

Num
36024
Date
Mercredi 19 juin 1991
Amj
Taille
14332602
Titre
TA Kigali 172 - Objet : Les forces en présence dans le débat politique intérieur rwandais [3/3]
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Cote
NMR 172/AD/RWA/CD du 18 juin 1991 - Section 3/3
Fonds d'archives
Type
Document militaire
Langue
FR
Citation
2.2. === L'opposition extérieure === : Le Front patriotique rwandais ===

Constituée principalement, mais non exclusivement, par le
F.P.R., elle s'exprime surtout par les armes depuis le 1er
octobre 1990. Ce parti prétend être soutenu par l'ensemble
des expatriés installés dans les pays limitrophes du Rwanda. En
réalité, il forme plus probablement une structure dans laquelle
sont juxtaposées plusieurs tendances hétérogènes:

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- Celle représentant les réfugiés les plus anciens, dont la
situation depuis trente ans, quel que soit le pays d'accueil,
est restée précaire, en particulier en Ouganda, pour la plu-
part non intégrés voire même rejetés par les populations
locales, ils rêvent "d'un retour" dans un pays que la majo-
rité ne connaît pas et qui est perçu comme une "Terre pro-
mise", offrant intégration, paix et sécurité. On compte parmi
leurs chefs feu le général Fred Rwigyema et le major Paul
Kagame.

- Celle des opportunistes qui considèrent que le problème que
posent les réfugiés et leur organisation militaire, constituent
la seule possibilité d'acquérir ou de recouvrer une autorité
politique, économique ou même militaire, au Rwanda. Parmi eux,
on note spécialement la présence du colonel Alexis Kanyarengwe
auteur d'une tentative de coup d'État contre Habyarimana en
1980, ou encore celle de Valens Kajeguhakwa, ex-directeur
de l'entreprise rwandaise des pétroles, et de Pasteur Bizimungu,
ex-directeur d'Electrogaz, qui étaient tous deux en poste
à Kigali jusqu'en 1990. Ces derniers, qui avaient la confiance
du président avant leur départ, ont connu des difficultés
majeures avec le "premier cercle". Leur étiquette hutue
permet au F.P.R. de revendiquer une image pluri-ethnique,
d'autant plus qu'ils disposent de fonctions importantes
en son sein.

- Celle des monarchistes nostalgiques de l'ancien royaume tutsi
qui souhaiteraient, apparemment, rétablir sur son trône le
Mwami Kigeli V.

- Celle représentée par quelques intellectuels révolutionnaires,
prêts à utiliser toute possibilité de déstabilisation du régime
actuel, dans l'espoir d'installer un système dont les bases
seraient d'inspiration marxiste.

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Appuyée, au moins dans le domaine logistique, par le gouver-
nement ougandais désireux de se débarrasser de plusieurs
dizaines de milliers de réfugiés, ou simplement soucieux de
s'acquitter d'une dette contractée envers ceux qui l'ont aidé
à conquérir jadis le pouvoir, cette opposition n'a pas pu, dans
sa diversité, présenter un programme politique réellement
convaincant. Ses "correspondants" à l'intérieur du Rwanda
(on cite timidement le nom d'Evariste Sissi, industriel à
Kigali), n'ont pas encore osé affronter les risques qu'y ferait
courir, la fondation d'un parti qui serait très probablement
accusé d'intelligence avec l'ennemi. Il pourrait cependant
rassembler les modérés du F.P.R. et ses sympathisants, parmi
lesquels figureraient certainement Kajeguhakwa et Bizimungu
cités plus haut, ainsi que quelques Tutsis ou métis toujours
présents sur le sol rwandais.


III === Les écueils à éviter dans ce contexte ===

Actuellement, l'État et le comportement de ces cercles
d'influence et de ces partis qui s'organisent ou tentent de
s'organiser pour agir, l'indétermination des options de ces
derniers et leurs éventuelles alliances, ne permettent pas
de proposer des hypothèses dignes de crédit sur l'évolution,
à court terme, de la situation intérieure du Rwanda.

Il est, par contre, possible de retenir en fin d'analyse
que toute tentative de dégagement d'une solution destinée à
favoriser l'établissement de la démocratie, tout en préservant
la paix civile dans ce pays où la violence constitue un fait
social, doit impérativement tenir compte de trois écueils
majeurs:

3.1. Méconnaître l'indispensable préalable qui consiste à réduire
de façon sensible, directement ou indirectement, l'influence du
premier cercle dans la conduite des affaires. Cette opération est
d'ailleurs réclamée ouvertement par l'immense majorité du peuple
qui considère que, sans elle, toute mesure annoncée ou apparem-
ment prise, serait sans effet.

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3.2. Imposer aux populations un dialogue direct entre le gouverne-
ment et les agresseurs armés qu'elles honnissent, sans que les
partis politiques en gestation et auxquels elles s'apprêtent
à confier démocratiquement leur représentation, prennent une part
active au débat.

En effet, cette mesure prématurée apparaîtrait comme vexa-
toire et pourrait provoquer un sentiment de rejet irréversible
à l'encontre des émigrés et de leurs partisans supposés de
l'intérieur, réaction qui serait favorable aux thèses du premier cercle.

3.3 Entraver par précipitation (voir ci-dessus) ou au contraire
par immobilisme ou négligence coupable, l'établissement des
oppositions internes en voie d'organisation, seules susceptibles
par leur représentativité, de contraindre d'une part le F.P.R. à
une meilleure appréhension des réalités du pays et corrélative-
ment au renoncement à ses exigences anti-démocratiques.

Signé: Colonel Galinié 190800./.

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