Fiche du document numéro 35975

Num
35975
Date
Jeudi 16 juin 1994
Amj
Taille
1065894
Sur titre
Editorial
Titre
Tardif
Nom cité
Nom cité
Source
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
S'il existe le moindre espoir,
il faut Le saisir. Voilà la
seule raison qu'il y a de
saluer l'annonce d'un
cessez-le-feu au Rwanda,
conclu dans les coulisses du
sommet de l'Organisation de
l'unité africaine et sous l'égide
des dirigeants des pays voisins.
Ceci dit, toute manifestation de
satisfaction relèverait de la
plus épaisse hypocrisie.
D'abord parce que le génocide
a déjà eu lieu, sans que les
puissances concernées — à
commencer par la France —
s'en émeuvent outre mesure.
Ensuite, parce qu'il risque de
se poursuivre, tant la trêve
annoncée paraît dérisoire face
au déferlement de haine qui a
déjà coûté la vie à des dizaines
et des dizaines de milliers de
Tutsis, sans compter les Hutus
modérés qui ont été éliminés
les premiers.

Rappeler cette situation revient
à réclamer une nouvelle fois
l'envoi de contingents massifs
au Rwanda. C'est la conclusion
à laquelle parvient aujourd'hui
Alain Juppé, puisqu'il se
prononce pour «un véritable
devoir d'intervention».
Regrettons cependant qu'une
telle prise de position
n'intervienne que plus de deux
mois après le début de
massacres qui étaient
prévisibles dès l'assassinat
— sinon avant, tant les signaux
précurseurs d'une crise étaient
visibles pour les observateurs —
du président Habyarimana, au
début du mois d'avril.

Force est de reconnaître que
cet interminable délai à été
mis à profit par des meutes
d'assassins qui, dans
la meilleure des hypothèses
avaient bénéficié auparavant
du soutien de Paris. Du soutien
du gouvernement précédent comme
de l'actuel, dont le seul
souci, légitime mais pas
suffisant, a été de sauvegarder
les Français expatriés tout en
évitant de sonner le tocsin. La
France, que l'on sache, a bien
voté le 21 avril dernier, au
Conseil de sécurité, en faveur
d'une résolution réduisant
de 2 700 à 270 le nombre des
Casques bleus stationnés au
Rwanda.
On se demande, dans ces
conditions, ce qui pouvait
pousser un Charles Pasqua à
crier mardi soir “honte à la
communauté internationale», à
s'en prendre aux Etats-Unis et
demander "ce qu'attend
l'ONU pour réagir». Ce qu'elle
attend depuis des semaines?
Un signal clair et net qui à trop
tardé à venir, notamment de la
part du gouvernement dont
Charles Pasqua est ministre
d'Etat.

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