Fiche du document numéro 27542

Num
27542
Date
Jeudi 2 juin 1994
Amj
Taille
77510
Sur titre
 
Titre
Témoignages sur l'attitude française
Sous titre
 
Tres
 
Page
 
Nom cité
Lieu cité
Cote
 
Résumé
Testimonies of Pierre and Yvonne Galinier on the attitude of France in Rwanda.
Source
Extrait de
 
Commentaire
 
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
Témoignages
sur l’attitude
française

PIERRE GALIGNER, mi-
litant d'une organisation
non gouvernementale, vi-
vait au Rwanda depuis trois ans
quand ont débuté les massacres
le 7 avril dernier. De Butare, il
était venu à Kigali passer quel-
ques jours avec son amie tutsie.
La maison dans laquelle il habi-
tait a été encerclée par des mili-
ces gouvernementales. « Je suis
allé chercher des militaires de
l'ONU. Quand nous sommes re-
venus, les miliciens étaient sur le
point de pénétrer dans le jardin
pour tuer mon amie », raconte-t-
il. Le couple prend la direction
de l'hôtel Méridien le dimanche
10 avril. Pierre constate que
« des toilettes sont réservées aux
Blancs, d’autres aux Rwandais.
Il y avait un climat raciste ».

À l'hôtel, on le convie à une
réunion de Français et on lui
demande d'inscrire son nom sur
une liste. Il s'exécute. « Quand
j'ai demandé à partir avec mon
amie, ils ont refusé de l'inscrire.
Je leur ai dit : si elle ne part pas,
barrez mon nom. C'est ce qu'ils
ont aussitôt fait. » Le convoi
part sans eux. Ils n'auront pas
plus de chance avec le convoi sui-
vant : celui de personnels de
L'ONU. « Pourtant, précise
Pierre, le lieutenant belge : qui
nous avait sauvés nous a dit de
partir. Mais le représentant de la
- Caisse de développement et de
coopération française a refusé
prétextant que la présence de
mon amie tutsie mettait en dan-
ger tout le convoi.»

Ils passent une nuit supplé-
mentaire sous les bombardements
et, le lundi 11 avril, tous les
départs sont annulés car un
convoi vient de se faire attaquer.
Le soir même, Pierre est devant
sa télé. regarde les informa-
tions d’une chaîne française cap-
tée au Rwanda. Le présentateur
du journal dit : «ll n’y a pas de
problèmes. Tous les Français ont
été rapatriés. »

Pierre détaille la suite :« Par
hasard, le mardi, l'ONU orga-
nise un départ avec des militaires
belges. Nous partons avec eux.

Mon amie est cachée sous des
couvertures. À l'aéroport, un
avion hollandais nous emmène à
Nairobi, où le consul nous
donne les billets pour retourner
en France. »

Autre témoignage, celui d'une
Rwandaise prénommée Yvonne.
« En février 1993, je rentrais
chez moi à la campagne à 15 ki-
lomètres de Kigali. À l'époque,
dans la capitale rwandaise, les
drapeaux rwandais et français
flottaient ensemble sur les mâts.
Des militaires français ont dressé
un barrage sur la route et nous
arrêtent. Ils nous demandent nos
cartes d'identité », relate-t-elle.
« Pourquoi des Français s’occu-
pent-ils de cela ? », demande
Yvonne. Un militaire lui ré-
pond : « On nous l'a demandé
pour voir votre ethnie et votre
région d’origine. Comme ça, on
peut voir qui est l'ennemi. »

Propos recueillis par
CHRISTOPHE DEROUBAIX

ANITE/JEUDI 2 JUIN 1994 - 13

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