Fiche du document numéro 250

Num
250
Date
Mardi 16 octobre 1990
Amj
Taille
79403
Titre
Note à l'attention de Monsieur le Président de la République
Type
Langue
FR
Citation
PRESIDENCE

DE LA

REPUBLIQUE .

Le Conseiller à la Présidence .

Paris, le 16 Octobre 1990

NOTE

à l'attention de Monsieur le Président de la République

Situation au RWANDA

La situation militaire (Nord-Est) est incertaine encore pour les deux camps.

- L'armée rwandaïse , avec les Zaïrois, a bloqué l'offensive organisée les
premiers jours et avait même engagé une opération en tenaille qui réussissait jusqu'à
pénurie de munitions. Ils ont été obligés de reculer un peu.

- Les attaquants, après une avancée spectaculaire ont dû faire marche
arrière, vraisemblablement par manque de logistique. Ils occupent moins de terrain
qu'au début de l'offensive.

° Aujourd'hui ils reçoivent des renforts par le nord (Ouganda), en armements
lourds (mortiers, mitrailleuses lourdes) et se préparent à une offensive "de dernière
chance” qui pourrait percer les lignes

Politiquement le reste du pays est calme et on assiste même à un
regroupement politique chez les Hutus. Les Tutsis de l'intérieur ne bougent pas.

- Sur le plan diplomatique, les tentatives de médiation ne représentent pas
grand chose. Les Belges sont empêtrés dans leur politique intérieure et la rencontre
HABYARIMANA avec le Premier Ministre Belge, accompagné de ses ministres des
Affaires Etrangères et de la Défense, ne semble pas donner grand chose.

L'armée Zaïroise s'est repliée pour l'instant à la fois par manque de
munitions et par manque de coordination sur le terrain.Il y aurait eu, en plus, un
grave incident militaire entre les deux armées ou 46 zaïrois auraient trouvé la mort.

Les Rwandais demandent à la France d'intervenir militairement
directement et de favoriser leur approvisionnement en munitions et en armes.

Si le premier point est impossible, le niveau du second (munitions et
armes) pose une question politique :

- Des livraisons minimum permettent à l'armée de garder un statu quo sur
le terrain avec un risque d'effondrement si cette guerre dure trop longtemps (armée
peu nombreuse, matériel lourd - hélicoptères, véhicules blindés légers, AML - se
fatiguant rapidement).

- Un flux logistique sérieux qui permet à HABYARIMANA de marquer des
points militaires décisifs afin qu'il puisse négocier en position confortable-. Cette aide
permettrait à la France de demander avec force le respect des droits de l'homme et
une ouverture démocratique rapide, une fois le calme revenu.

Le Colonel HUCHON de l'Etat-Major particulier travaille sur ces deux
hypothèses. Un avion doit partir sur KIGALI mercredi matin. En fonction de la
décision, il sera presque vide (complément de livraison) ou plein, ce qui permettra
aux troupes régulières de reprendre l'offensive ou du moins d'en contenir une.

Dernier point confirmé par la D.G.S.E., des Libyens, membres des services
spéciaux, ont été vus avec les rebelles et même reconnus. Ils font partie d'un corps
très organisé et “dur”.

Jean-Christophe MITTERRAND

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