Fiche du document numéro 22714

Num
22714
Date
Janvier 2010
Amj
Fichier
Taille
843473
Titre
Billets d'Afrique No. 187
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Dans ce numéro

Sommaire
ËP. 2 Les brèves de la Françafrique Guinée : Szpiner au rapport – Compaoré : la salve de Louise Arbour
– Burkina : de l’utilité de l’ignorance
La Françafrique sur les ChampsElysées en 2010.

Secret
défense !
Le coût des opérations
extérieures (opex) de l’armée
française relève depuis longtemps
du flou artistique savamment
entretenu. Ça ne s’arrange pas…

ËP. 1 & 3 Editorial Un demi-siècle
tout mauvais
ËP. 4 Angolagate Le parquet rejoint
quasiment la défense de Falcone

La Françafrique dans l’ombre
d’Andry Rajoelina
C’est le pire scénario qui se dessine à Madagascar après
le coup d’Etat, le 17 mars, d’Andry Rajoelina. En décembre,
la tension est montée d’un cran après le torpillage des
pourparlers inter-malgaches. Doit-on s’en étonner à l’heure
où le pays est au bord de l’explosion ?
Andry Rajoelina,
«TGV», ancien disc
jockey, ancien maire
d’Antananarivo et
nouvel homme fort de
Madagascar en
compagnie de
l’ambassadeur de
France, Jean-Marc
Chataignier

Falcone reste toutefois en prison malgré la
«gentillesse» du parquet général.

ËP. 5 France Le coût des Opex
classé «secret défense»

Un flou artistique savamment entretenu.
Et ça ne s’arrange pas…

Les brèves de la Françafrique :
– Des accords de défense déjà vus
– L’opération Atalante au rapport

ËP. 6 Madagascar La Françafrique
dans l’ombre de Rajoelina

C’est le pire scénario qui se dessine à
Madagascar. En décembre, la tension est
montée d’un cran après le torpillage des
pourparlers inter-malgaches.

ËP. 8 France Rwanda: les
inquiétudes du Général Lafourcade

Avec la normalisation des relations
diplomatiques, craint-il d’assumer, seul,
les errances de la politique africaine de la
France qui ont conduit à soutenir,
en 1994, un régime génocidaire ?

Les brèves de la Françafrique :
Patrick de Saint-Exupéry, victime
d’une guérilla judiciaire
ËP. 9 Survie citée à comparaître pour

Un demi-siècle tout mauvais
Le 21 juin 2009 un communiqué de l’Elysée déclare : «La célébration en 2010 du
cinquantième anniversaire de l’indépendance de quatorze ex-colonies françaises
doit être l’occasion de souligner et de confirmer l’évolution des relations entre la
France et l’Afrique subsaharienne qui doivent rester privilégiées tout en étant renouvelées, équilibrées et transparentes.»
(suite page 3)

Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 187 Janvier 2010 - 2,30 euros

«injures publiques» !

ËP. 10 France Bolloré, nouvelle
victimes des médias

Les coulisses du procès en diffamation
qu’il a intenté à France Inter.

ËP. 11 Libérons Lapiro : la
compilation pétition
ËP. 12 Les gros sabots de Joyandet
w w w. s u r v i e . o r g

En bref
Guinée : Szpiner au
rapport

Après Balkany qui estimait, quelques
jours avant le massacre du 28 septembre
à Conakry, que la candidature à la présidentielle du chef de la junte guinéenne,
le capitaine Camara «n’était pas un pro-

été accablant » conclut ironiquement Le
Canard. Ce « consultant » a eu d’autres
clients dans le passé : Bokassa en Centrafrique, par exemple, Ismaël Omar Guelleh,
le dictateur et tortionnaire djiboutien ; ou
Robert Montoya, fournisseur de « services
de sécurité » au tyran togolais Eyadema ; et
nombre de figures françafricaines.
Avec douze autres bons apôtres, Szpiner
s’est rendu au Gabon en 1998 pour y enterrer
la démocratie, en «observant » et avalisant
la réélection frauduleuse d’Omar Bongo.
Question subsidiaire : l’ancien avocat de
Jacques Chirac a t-il accepté la rédaction de
ce rapport à titre gracieux ou pas ?

Blaise Compaoré :
la salve de Louise
Arbour
blème» (Billets d’Afrique octobre 2009),
Le canard Enchaîné (23 décembre 2009)
nous apprenait que Camara avait confié
à l’avocat Francis Szpiner une mission
d’enquête sur le massacre dont il est le
principal responsable.
Szpiner n’aura pas eu le temps de rendre
son rapport après que Camara eut été victime d’une tentative d’assassinat de son
aide de camp. « Lequel aurait forcément

Dans un article du Monde daté du 15 décembre consacré à la Guinée, Mme Louise
Arbour, ancien Haut Commissaire aux
droits de l’homme pour les Nations unies,
aujourd’hui présidente de l’International
Crisis Group, écrit : «Alors que la fermeté
s’imposait, Compaoré [ndlr: médiateur
dans la crise guinéenne] sembla aussi prendre le parti de Camara, en proposant qu’un
homme de la junte dirige le gouvernement
de transition menant aux élections, et que

l’un de ses membres soit autorisé à briguer
la présidence, en violation directe des recommandations de la Cedeao ». Mais il
faut lire l’International Herald Tribune du
26 novembre pour connaître le fond de la
pensée de Louise Arbour. Elle y a écrit en
effet : « Blaise Compaoré, lui-même ancien soldat putschiste et parrain politique

de Charles Taylor n’est pas le mieux placé
pour prêcher les vertus de la démocratie et
du pouvoir civil!»

Burkina, de l’utilité
de l’ignorance

Yao Ydo, conseiller du Bureau régional pour l’éducation en Afrique (Breda)
dépendant de l’Unesco, au cours de la
4ème édition des assises de la coopération décentralisée à Bordeaux : «Le
Premier ministre burkinabé a dit en

14 juillet 2010 : la Françafrique
les Champs-Elysées !
Avec «2010, année
de l’Afrique», Nicolas
Sarkozy a pris le prétexte
du cinquantenaire des
indépendances africaines
pour célèbrer «l’achèvement
d’une rénovation profonde
de nos relations avec le
continent africain ». En
faisant défiler, le 14 juillet
prochain, les armées
africaines qui répriment la
moindre contestation.

D

ans la tambouille du marketing politique chère à Nicolas Sarkozy,
le chef de l’Etat a la sale habitude
de piétiner allégrement les symboles de la
République ! Ainsi, le 14 juillet, symbole
de la conquête des libertés, les Champs-

Elysées verront défiler des contingents des
anciennes colonies tandis que les chefs
d’Etat concernés seront associés aux festivités. Ceux-là même qui maltraitent leur
population lassée des coups d’Etat qu’ils
soient militaires, électoraux ou constitutionnels. Car quels seront les contingents
qui défileront ?
Les anciens combattants ou les unités
gabonaises qui ont réprimées, cet été, les
contestations post-électorales à Port-Gentil ? Verra-t-on l’armée tchadienne qui
enrôle des enfants et qui assassine les opposants politiques ? Verra-t-on, le président congolais Sassou Nguesso, impliqué
dans les massacres du Beach, saluer ses
troupes sur la place de la Concorde ?
La mise en scène sera parfaite. La confusion des esprits aussi : en honorant les
soldats des anciennes colonies, souvent
enrôlés de force pour libérer la France de
l’occupation allemande, c’est la Françafrique qui va parader le 14 juillet prochain.

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2010 n No 187

D.R, graphisme Sébastien Marchal

Éditorial
plaisantant : c’est bien qu’il y ait 30%
d’analphabète dans notre pays, comme
ça on continue à faire ce que nous faisons et la population continue à ne rien
comprendre à ce que nous faisons.»

« Ce ne sont pas des
moustiques, ce sont
des Français !»
Relevé dans Courrier International, 3 décembre 2009 qui reprend un article du New
York Times : « Dans ce second volet du
bilan [de cinquante ans d’indépendance],
c’est la Françafrique qui est à l’honneur.
Nicolas Sarkozy avait promis une “rupture” avec certaines pratiques néocoloniales. Or, rien a vraiment changé entre Paris
et ses anciennes colonies.
« La scène se passait à Dakar, il y a peu,
par une chaude soirée. Un serveur dont le
client était assailli par les moustiques s’est
exclamé : “Ce ne sont pas des moustiques,
ce sont des Français!” Il ne fait pas bon
être français en Afrique francophone
par les temps qui courent. Alors que le
combat pour la démocratie gagne, l’un
après l’autre, les pays de la région, la
France continue souvent de se ranger,
discrètement, du côté des dictateurs
présents et futurs.

parade sur
C’est un message sans ambiguité envoyer
aux peuples africains qui brûlent, depuis
cinquante ans, de prendre leur Bastille.
En fait d’achèvement, la «rénovation profonde de nos relations avec le continent
africain» n’a jamais commencé. En 2009,
la France a légitimé les coups d’Etat malgache et mauritanien et les hold-up électoraux gabonais et congolais renvoyant le
vœu présidentiel à un simple discours incantatoire.
En réalité, quelles que soient les manœuvres de camouflage, la France a, une fois de
plus, encouragé les régressions démocratiques et fait prospérer la Françafrique dans
le droit fil des cinquante dernières années.
RdB

Un demi-siècle tout
mauvais
(Suite de la page 1)
Fort bien ! Hélas, dans le même communiqué on lit également : «Le président Nicolas Sarkozy a confié à l’ancien ministre Jacques Toubon “la mission de préparer et d’assurer la mise en oeuvre d’une initiative ‘2010 - Année de l’Afrique’». Sans avoir besoin de rappeler la vieille et longue histoire
françafricaine de Jacques Toubon, notamment dans le cadre du Club 89,
qu’il animait avec des gens comme Michel Aurillac, ancien ministre de la
Coopération, et Robert Bourgi, qu’on ne présente plus, on a pu se faire
une idée de l’ «évolution», des relations «renouvelées», qu’il allait mettre
en œuvre, dès les jours suivants. Jacques Toubon, en effet, est présent
à Brazzaville avant, pendant et après l’élection présidentielle du 12 juillet
2009. Il y affiche un zèle outrancier pour Sassou Nguesso, cautionnant un
processus électoral plus que douteux, attaquant le représentant de l’Union
Européenne, Miguel Amado, pour ses critiques, qualifiées d’« ingérence »,
des conditions électorales. Toubon se démène à Brazzaville, flanqué de son
compère Patrick Gaubert, député européen UMP, président de la LICRA,
celui qui fut accusé par la Fédération internationale des Droits de l’homme
d’avoir fait pression sur les familles des victimes du massacre du Beach,
afin que Sassou puisse faire son propre procès pour innocenter ses sbires,
alors qu’un procès était, et est toujours, en cours en France pour ces faits.
On ne saurait imaginer incarnation plus virulente de ce que la Françafrique
a eu de pire dans sa longue histoire : mépris du peuple congolais, complicité avec un dictateur établi dans le sang de ses compatriotes, encouragement à la pire gestion mafieuse des richesses d’un pays exsangue. Si
on avait voulu ôter toute crédibilité à cette opération du cinquantenaire on
n’aurait pas fait mieux.
Mais Sarkozy ne s’est pas contenté d’introniser le vieux cheval de retour
Allgood, en chantre de la nouveauté, il a lui-même payé de sa personne. Il
faut voir la conférence de presse qu’il a tenue le 16 décembre à l’Elysée,
entouré des représentants de onze pays du bassin du Congo siégeant à la
Commission des forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), dont quatre chefs
d’États, les présidents Sassou Nguesso du Congo Brazzaville, Biya du Cameroun, Déby du Tchad et Bozizé de Centrafrique. Cette prestation constitue un sketch françafricain caricatural. Aucun humoriste satirique n’aurait
imaginé mieux.
La séance dure en tout 35 minutes. Nicolas Sarkozy commence par présenter la brochette alignée à la tribune et exposer la question du bassin
du Congo pendant huit minutes, puis il répond aux questions pendant dix
minutes. A ce moment, il affirme en se tordant de rire (Ah la bonne blague
en effet !) «Mais je ne suis pas le porte-parole ». Denis Sassou Nguesso
parle alors pendant cinq minutes pour « saluer les initiatives du Président
Sarkozy », Idriss Déby pendant cinq minutes pour «demander à Nicolas
Sarkozy d’organiser des réunions pour le sauvetage du lac Tchad», François Bozizé pendant quatre minutes pour « soutenir l’action de la France »,
Biya pendant deux minutes pour « dire merci » implorer qu’«on secoure financièrement les pays africains » qui sont « derrière le président Sarkozy ».
Dans son introduction Nicolas Sarkozy a demandé « qu’on tourne la page
du débat sur la colonisation et la postcolonisation ».
Comment le pourrait-on devant cette exhibition grotesque ? On imagine
Sankara à cette tribune, comme il aurait dit très haut la réalité et remis les
choses et les gens à leur place !
Odile Tobner

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No 187 n Janvier 2010 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salve
Angolagate

France

Le parquet rejoint
quasiment la défense
de Falcone

Le coût des

La condamnation de Pierre
Falcone et sa détention
immédiate lors du procès
en 1ère instance avait été
une surprise en octobre
dernier. Elle avait provoqué
la colère de l’Elysée et de
l’Angola. Falcone reste
toutefois en prison malgré
la «gentillesse » du parquet
général.

C

ondamné à six ans de prison ferme pour avoir organisé un vaste
trafic d’armes entre la France
et l’Angola, pays alors en guerre civile et soumis à un embargo de l’ONU,
Pierre Falcone avait fait appel de cette
décision. Un mandat de dépôt avait été
délivré contre l’homme d’affaires, ministre-conseiller de l’Angola auprès de
l’Unesco à Paris, qui, selon le tribunal,
ne bénéficiait pas d’une immunité diplomatique pour ces faits.
A l’audience qui examinait, le 27 octobre, une demande de remise en liberté,
le parquet général est allé quasiment
aussi loin que les avocats de la défense ! Arguant de «difficultés juridiques»
du fait du statut diplomatique de Pierre
Falcone, privilégiant une «immunité de
juridiction», c’est-à-dire la compétence
de la justice française à le juger, à une
«immunité d’exécution» qui interdit
d’entraver la liberté d’aller et venir d’un
diplomate, l’avocat général a requis «la
présomption d’innocence» ! En conséquence, il demandait la remise en liberté
oubliant qu’une immunité diplomatique
peut être levée à la demande des autorités judiciaires comme l’a admis, sur ce
sujet précis, le Quai d’Orsay, le 22 novembre 2004, en s’appuyant sans doute
sur la Convention de Vienne.
Par ailleurs, l’un des motifs du mandat
de dépôt était les sommes énormes des
transactions. ZTS Osos, société slovaque de Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak par laquelle ont transité les ventes
d’armes à l’Angola, devait 140 millions

d’euros au fisc au titre d’un redressement fiscal. Mais ô surprise, PierreFrançois Veil, un des deux avocats de
Pierre Falcone, a produit une lettre de la
Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP), datée d’août 2009 adressée à Gaydamak, qui explique qu’en raison d’une irrégularité dans l’application
de la convention fiscale entre la France
et la Slovaquie, le redressement fiscal
a été réduit à 15 millions d’euros. Pour
ceux qui s’interrogeraient sur la nature
de l’irrégularité, il y a le secret fiscal !
Heureusement, la Cour d’appel de Paris refusa, le 17 décembre, la remise en
liberté et renvoya Falcone, ses avocats
et le parquet général dans les cordes.
L’arrêt du président Christian Pers rappelait méchamment que Falcone avait
été «opportunément » nommé en juin
2003 (dix ans après les faits) «en qualité de ministre conseiller de la représentation permanente angolaise auprès
de l’Unesco pour une activité couverte
selon lui par le secret diplomatique ».
C’est vrai qu’il serait intéressant de
connaître la contribution d’un marchand
d’armes auprès de l’Unesco, institution
internationale chargée de promouvoir la
paix pour l’éducation, la science et la
culture ». De plus, la cour a rappelé que
«les faits reprochés à Pierre-Joseph
Falcone sont antérieurs à sa nomination par l’Etat angolais» et sont «sans
lien avec l’exercice de ses fonctions diplomatiques».
Et pour enfoncer le clou, les magistrats
redoutaient une «fuite » du prévenu
qui, «ayant été condamné à une peine
importante en première instance», a
«désormais pleinement conscience de
la sanction encourue (...) et de l’absence d’incidence de sa nomination» par
l’Etat angolais. Le risque de fuite est selon eux «d’autant plus fort » qu’il a la
double-nationalité, «dispose de moyens
financiers conséquents, a diverses résidences à l’étranger et entretient des relations privilégiées avec des pays tiers
où il pourrait trouver refuge». Une déroute pour l’impunité diplomatique !
RdB

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2010 n No 187

Le coût des opérations
extérieures (opex) de l’armée
française relève depuis
longtemps du flou artistique
savamment entretenu. Ça ne
s’arrange pas…

E

n fait de coût, c’est le surcoût des
opérations (soldes majorées, frais
de transport, etc.) qui est traditionnellement évalué, par comparaison
avec les dépenses ordinaires des armées
restant à domicile. Dans la mesure où l’armée française dans son ensemble, et non
plus simplement quelques troupes d’élite,
a désormais une vocation expéditionnaire et que son organisation est pensée en
fonction de cet objectif, le mode de calcul
actuel est très contestable et sous-estime
le coût véritable des opérations extérieures. Par ailleurs, le coût des opex n’a,
pendant longtemps, fait l’objet d’aucune
budgétisation prévisionnelle. Ce n’est
qu’en 2003 qu’une somme de 24 millions
d’euros a été provisionnée dans le budget,
pour des opérations dont le surcoût atteindra finalement… 630 millions. Le budget
prévisionnel des opex est depuis traditionnellement fortement sous-évalué : 375
millions prévus en 2007 pour 685 millions réellement dépensés, 475 pour 852
millions en 2008 et 525 pour 900 millions
à un milliard d’euros vraisemblablement
en 2009. En proportion, l’écart entre les
prévisions et la réalité se réduit d’année
en année, mais le coût des opex, lui, ne
cesse d’augmenter…

Circulez, y’a rien à voir !
Dans un rapport d’information sur le coût
des opex, présenté au nom de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Louis Giscard d’Estaing (UMP)
et Françoise Olivier-Coupeau (PS), ont,
au début de l’été dernier, à nouveau déploré ce manque de transparence. Sans
remettre en cause le moins du monde la
logique néocoloniale des interventions
militaires françaises, ils formulaient aussi un certain nombre de propositions permettant la traçabilité des dépenses. Dans
un nouveau rapport sur le budget opérationnel de la défense publié en octobre
dernier, Louis Giscard d’Estaing rapportait : «Depuis qu’il rapporte sur le budget de la mission Défense, le Rapporteur
spécial n’avait jamais eu de difficulté à

Opex classé « secret défense » !
obtenir les effectifs et le coût des personnels déployés en opérations extérieures. (…) Or, le ministère de la Défense a
décidé de classifier cette année la réponse à l’unique question du questionnaire
budgétaire portant sur ce thème. À son
grand regret, le rapporteur spécial ne
pourra donc publier cette année aucune
information ni sur les effectifs présents
dans les différentes opérations extérieures, ni sur le coût de ces dernières “sous
peine de contrevenir aux règles en vigueur en matière de protection du secret
de la défense nationale.»

Des rapports parlementaires
pour la corbeille à papier
L’opacité entretenue autour de l’activité
de nos militaires suscite évidemment
des interrogations. En période de crise,
s’agit-il du montant astronomique des
interventions qu’on préfère faire oublier,
en grande partie dû à la présence de nos
militaires en Afghanistan, mais aussi
au Tchad ? Ou bien s’agit-il de garder
secrète la présence ou le volume de nos
troupes dans quelque endroit non encore
divulgué ? C’est en tout cas une nouvelle démonstration du mépris dans lequel
l’Elysée et le ministère de la Défense
tiennent les députés, pour ne pas parler
des simples citoyens, quant aux questions militaires. Louis Giscard d’Estaing
rapporte encore, en caractères gras dans
son rapport : «Le Rapporteur spécial
s’interroge sur les retombées des travaux parlementaires à l’égard des personnels civils et militaires du ministère.
(…) Régulièrement des rapports parlementaires de l’Assemblée nationale
comme du Sénat sont publiés sur des
thèmes d’actualité intéressant directement les armées. Or, les retombées
dans les revues spécialisées sont quasiment nulles. À titre d’exemple, le rapport (…) que le Rapporteur spécial a
publié en juillet 2009 (…) contient des
propositions très concrètes à l’égard de
la communauté militaire et ne semble
avoir fait l’objet d’aucun développement dans la presse institutionnelle du
ministère (…) »
Pas sûr que cette nouvelle protestation
feutrée suffise à ébranler l’indifférence
de l’exécutif et des militaires, ou même
simplement à réveiller les confrères parlementaires…
Raphaël Granvaud

Des accords de défense déjà vus !
Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération s’est rendu à la fin du mois de décembre
en Centrafrique pour signer, après le Togo et le Cameroun, un accord de défense «nouvelle
formule» (AFP, 13 décembre). Les cinq autres accords de défense restant (Comores, Gabon, Côte d’Ivoire, Djibouti, Sénégal) auraient également dû être renégociés avant la fin de
l’année. Il faut croire que ça patine… A nouveau interrogé sur leur teneur, Joyandet a réitéré
une promesse de «transparence totale, (...) les accords de défense ne seront plus secrets,
ils passeront devant le parlement». Lequel sera donc mis devant le fait accompli, une fois
que tout sera bouclé… Remarquable transparence ! «Et on souhaite une réorientation vers
une coopération technique, matérielle, vraiment beaucoup de formation à destination des
Africains», a ajouté Joyandet. Ah bon ? Ce n’était pas déjà le cas ? Depuis le temps qu’on
nous serine ce refrain… Cerise sur le gâteau, Joyandet affirme : «On est beaucoup moins
sur des interventions systématiques en cas de troubles intérieurs, c’est à dire qu’il n’y a
plus cette automaticité d’intervention.» Beaucoup moins ? Ce n’est donc pas exclu, alors ?
Quant à l’automaticité, elle n’a jamais existé : les interventions militaires, liées aux accords
de défense ou non, sont toujours restées à la discrétion de l’Elysée. Quand tout change pour
que rien ne change…

L’opération Atalante au rapport
Chantal Poiret, diplomate française nommée ambassadrice chargée de la coordination
de la lutte internationale contre la piraterie maritime faisait le bilan de l’opération européenne Atalante (Le Monde, 28 décembre) : «C’est un succès. En 2008, 40 % des
attaques menées par les pirates dans l’océan Indien étaient réussies. En 2009, ce pourcentage est inférieur à 19 %. Ce sont de bons résultats, compte tenu de la difficulté de
la tâche. Prévenir la piraterie maritime dans cet océan immense, c’est comme si vous
assuriez la lutte contre la criminalité en France avec un hélicoptère et deux voitures
roulant à 40 km/h !»
Mais ce qu’elle oubliait de préciser, c’est que si le pourcentage de réussite des attaques a
baissé, leur nombre a quasiment doublé, passant de 111 en 2008 à au moins 209 depuis
le début de l’année, selon le Bureau maritime international ; et le nombre de bateaux
détournés est passé lui de 42 en 2008 à 43 en 2009. Un «succès» !
«Ça ne va pas se résoudre en sillonnant l’océan Indien avec des navires de guerre et
en capturant des pirates», concédait le contre-amiral Peter Hudson, qui commande
Atalante. «La solution à long terme se trouve bien sûr à terre, sur les rivages de la
Somalie» (AP, 27 décembre).
No 187 n Janvier 2010 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Madagascar

La Françafrique
dans l’ombre de Rajoelina
C’est le pire scénario qui se
dessine à Madagascar après
le coup d’Etat, le 17 mars, de
l’ancien disc jockey et ancien
maire d’Antananarivo, Andry
Rajoelina. En décembre,
la tension est montée d’un
cran après le torpillage des
pourparlers inter-malgaches.
Doit-on s’en étonner à
l’heure où le pays est au bord
de l’explosion ?

A

près plusieurs mois de troubles, des négociations avaient
débuté au mois d’août à Maputo (Mozambique). Ces pourparlers
réunissaient les chefs de quatre principaux partis, dont Rajoelina et le président déchu. Après plusieurs rounds de
négociations sous l’égide du Groupe
international de contact (GIC) Billets
d’Afrique (n°187, octobre 2009) avait
estimé que les perspectives de sortie de
crise étaient minces, polluées par les
efforts de la diplomatie française pour
légitimer le putschiste Andry Rajoelina
à la tête d’une Haute autorité de transition. Comment, en effet, régler, une
crise majeure sur une base de travail
aussi peu crédible que celle de proposer
la présidence du gouvernement de transition à un putschiste ? Comment peuton condamner le putsch sans condamner les putschistes ?

Un accord « bancal »
C’est exactement l’avis des médiateurs
africains après quatre jours de négociations tumultueuses, début novembre,
à Addis Abeba. Les quatre principaux
dirigeants politiques malgaches -Andry
Rajoelina, Marc Ravalomanana, et les
anciens présidents Didier Ratsiraka et
Albert Zafy – y avaient paraphé un «acte
additionnel» aux accords de Maputo signés le 9 août. Ce texte confirmait Rajoelina comme président de transition,
mais flanqué de deux « coprésidents »
issus des mouvances Ravalomanana et
Zafy, la mouvance de Didier Ratsiraka
conservant le poste de Premier ministre, confié à Eugène Mangalaza.
Au-delà de l’optimisme de façade, les
doutes se sont donc clairement exprimés sur la capacité à fonctionner
« d’une telle usine à gaz », selon les
termes d’un diplomate de l’Union africaine (UA). Le médiateur de l’organisation internationale de la Francophonie,
Edem Kodjo, cherchait, lui aussi, à se
rassurer en qualifiant l’accord de «bancal » : «Cette architecture du pouvoir
correspond parfaitement à la conception de la vie en société du peuple malgache : on se retrouve ensemble sur un
minimum commun» (sic !). Quant au
Commissaire paix et sécurité de l’UA,
Ramtane Lamamra, il usait de la méthode Coué : «Même une monstruosité
juridique peut représenter une sortie de
crise.»

Les accords
de Maputo à la poubelle
Il n’y avait que Kouchner pour se féliciter, toujours lyrique, d’un accord qui
augurait d’une « sortie de crise pacifique», «du sens des responsabilités des
responsables malgaches» et appeler
«toutes les forces malgaches, à faire
preuve du même sens de l’intérêt national durant la période de transition qui
s’ouvre». L’ambassadeur de France,
Jean-Marc Chataignier, pouvait donc
présenter ses lettres de créance à Andry
Rajoelina.
La déclaration de Kouchner s’est révélée être de pure forme alors que Rajoelina refusait de participer, début décembre, à une rencontre - la troisième
à Maputo depuis le mois d’août - où

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2010 n No 187

chaque mouvance présentait la liste
de ses candidats au gouvernement de
transition, conformément à l’accord
d’Addis Abeba. Tandis qu’un «collectif de jeunes officiers » issus du
Corps des Personnels et des Services
Administratifs et Techniques (CAPSAT), des conseillers à la présidence,
conduits par deux faucons, les lieutenants-colonels Charles Randrianasoavina et René Lylison faisaient monter
la pression pour exiger que les ministères régaliens reviennent à la mouvance Rajoelina, celui-ci a prétexté de
ne pas vouloir négocier à l’étranger la
composition du futur gouvernement
d’union. Randrianasoavina et Lylison,
bien connus pour leurs méthodes musclées, ont joué un rôle clé dans le coup
d’Etat du 17 mars. De source bien
informée, ils sont, l’un ou l’autre, de
tous les voyages à l’étranger de Rajoelina. Pour l’escorter ou le contrôler ?

La diplomatie
française comme tuteur
Quant à la diplomatie française, qui
pourtant appelait au sens des responsabilités, elle trouvait le moyen
d’appuyer implicitement Rajoelina
en regrettant, dès le lendemain de la
consultation de Maputo « que les résolutions signées le 8 décembre par
les trois chefs de file malgaches présents à Maputo s’écartent du cadre
consensuel prévu par ces accords ».
Un feu vert pour Rajoelina qui, criant
au coup d’Etat, estimait, six jours plus
tard, qu’une cohabitation avec ces
trois mouvances était désormais «impossible» tout en leur interdisant un
retour à Madagascar.
Le 16 décembre, il annonçait unilatéralement la tenue de législatives le 20
mars et le 20 décembre, il nommait,
un nouveau Premier ministre, Cécile
Manorohanta , aussitôt remplacée par
le colonel Albert Camille Vital. Par
ailleurs, les journaux malgaches ont
mentionné l’arrivée d’un nouveau
conseiller technique français pour
le partage des postes ministériels et
le voyage en France d’un proche de
Rajoelina, Robert Ratsirahaona, qui
aurait rencontré des autorités françaises à l’Elysée. Claude Guéant ?

«Rajoelina otage de son clan»
Tandis que la France invitait mollement à une reprise du dialogue et à des
élections transparentes, la déclaration
de la Commission parlementaire paritaire ACP-UE réunie à Luanda (Angola), début décembre, n’avait rien de
diplomatique. Elle fustigeait, en effet,
«l’intransigeance » de Rajoelina,
«autoproclamé » président de la République « lequel apparaît comme l’otage
de son clan », « la répression par les
forces militaires des nombreuses manifestations de protestation populaire» et
exigeait «le rétablissement immédiat
du parlement malgache», « l’ouverture d’une enquête internationale indépendante chargée de faire la lumière
sur les violations des droits humains et
les répressions répétées contre la population», « la libération immédiate
de tous les prisonniers politiques et
l’annulation des procédures judiciaires
contre ceux-ci». Enfin la commission
demandait « à tout gouvernement intérimaire de Madagascar de ne conclure
aucun accord ou contrat avec d’autres
pays ou entreprises portant sur les richesses naturelles et le patrimoine
national, avant (…) que la population
malgache n’octroie un mandat légitime
à un nouveau gouvernement. »
Conséquence du coup de force de Rajoelina, l’Union européenne menace d’annuler son aide, actuellement bloquée,
d’un montant de 580 millions d’euros.
Les Etats-Unis ont également pris des
sanctions. Seule la France poursuit sa
coopération bilatérale.
Il semblerait, en fait, que la France ne voulait pas d’un nouveau Maputo. L’ambassadeur de France, Jean-Marc Chataignier,
si bavard jusque là et très actif dans les négociations a été plus que discret au mois
de décembre. Aurait-il perdu son rôle de
chef de file de l’Union européenne à Madagascar comme il aimait à se présenter,
au profit de l’ambassadeur d’Allemagne
comme le pense la presse malgache ?
De là à torpiller les accords de Maputo, il
n’y a qu’un pas à franchir.

Areva dans l’ombre de Total
Comme trop souvent, l’action de la
France est motivée par la seule défense
de ses intérêts économiques.
Dans un billet du 25 mars, Le Canard
Enchaîné expliquait l’aversion qu’inspirait Ravalomanana à la France et soulignait que sa chute ne désespérait pas
vraiment l’ancienne puissance coloniale, celle-ci jugeant le coup d’Etat «de
changement de pouvoir hors norme».
Le contentieux datait de 2002 où Paris

Alain Joyandet,
le secrétaire d’Etat
français à la
Coopération au côté
du putschiste Andry
Rajoelina lors d’un
point presse
avait mis cinq mois pour reconnaître son
élection. Ravalomanana lui avait ensuite
rendu la monnaie de sa pièce en mettant
les entreprises françaises en concurrence
avec les entreprises chinoises, américaines
ou canadiennes. Le groupe Bolloré avait
été écarté de l’appel d’offre pour la gestion
du port de Toamasina. «Quant au groupe
Total, il ne devra qu’à l’intervention personnelle de Sarko d’arracher, en 2008,
(…) un permis de prospection terrestre ».

Areva s’est également invité dans la danse,
officiellement dans l’appui logistique à
…Total à la prospection des sables bitumineux de Bemolanga. Curieux hasard, il
y a aussi de l’uranium dans la même zone
comme dans d’autres régions de Madagascar. Areva a-t-elle normalement des activités d’appui logistique dans la prospection
pétrolière ? Il serait intéressant d’avoir la
réponse…
Raphaël De Benito

La société française de transport maritime
CMA-CGM accusée de faciliter la
destruction des forêts tropicales malgache
L’instabilité politique de la Grande Ile
favorise les activités illégales nuisibles à
l’environnement. Des espèces rares sont
menacées d’extinction comme le palissandre, l’ébène ou le bois de rose.
Delmas, filiale de la compagnie de
transport maritime CMA-CGM, est
accusé de faciliter la destruction de la
forêt tropicale en transportant les bois
précieux comme le bois de rose abattu
illégalement dans les parcs nationaux
malgaches. Global Witness et l’Environmental Investigative Agency (EIA)
ont publié de multiples rapport sur ce
commerce illégal. Leur travail d’enquête pointe quatre compagnies de transport maritime, l’United Africa Feeder
Line (UAFL), Spanfreight, Safmarine
et Delmas. Les trois premières ont ac-

cepté de cesser le transport du bois de
rose après les nombreuses critiques
des ONG. Seule Delmas continuerait
à transporter du bois exploité illégalement en faisant valoir qu’elle a l’autorisation du ministre de l’Environnement
et des Forêts.
Pourtant, Adam Khedouri de l’EIA, qui a
participé à l’enquête, a déclaré que Delmas «avait donné des preuves claires que
- la marchandisequ’ils transportaient était
d’origine illégale.» De plus, les rapports
des ONG indiquent que, dans le nord-est de
Madagascar, un transport de bois était prévu
pour le 21 ou le 22 décembre depuis le port
de Vohémar. Ce transport qui n’avait pas
l’approbation du ministère et d’un volume
de deux cents conteneurs de bois de rose,
était estimé à 200 millions de dollars.

No 187 n Janvier 2010 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Rwanda

Les inquiétudes du
général Lafourcade
Le rétablissement des
relations diplomatiques
entre la France et le
Rwanda inquièteraitil certains officiers
français ayant servi au
Rwanda ? Avec cette
normalisation, craignentils d’assumer, seuls, les
errances catastrophiques
de la politique africaine de
la France qui ont conduit
à soutenir, en 1994, un
régime génocidaire ?

C

’est le sens de l’interpellation
publique du général Lafourcade, commandant de l’opération Turquoise en 1994, à l’adresse
de Nicolas Sarkozy publiée quelques
jours après l’annonce officielle (marianne2.fr, 15 décembre) : «Il est
normal d’exiger beaucoup des militaires, mais ils ne peuvent être les victimes désignées et muettes de jeux diplomatiques, voire d’une réal politik.
Il revient alors aux hommes politiques
de prendre leurs responsabilités, y
compris pour assumer le passé», «la
question que l’on peut légitimement
se poser est : à quel prix, ce rétablissement s’opère-t-il pour les soldats
français ?»

Les suggestions du général

Lafourcade, amer et inquiet : « En
effet, si les déclarations officielles
accompagnant cette décision importante vantent les mérites du régime
actuel de Kigali, elles font le silence
sur les graves mises en cause de l’action des militaires français ayant servi
au Rwanda », « Ces mises en cause
sont récurrentes : plaintes déposées
en 2005 devant le Tribunal aux Armées de Paris par des Rwandais pour
«complicité de génocide » [ndlr :
Survie est partie civile] (…). Alors
même que de nombreux militaires
ont été longuement entendus par la
Brigade criminelle en qualité de témoins, aucune suite procédurale n’a

été donnée aux plaintes de 2005 qui
semblent être toujours en cours d’instruction. Plus de quatre ans après, les
militaires concernés s’interrogent sur
les délais de cette procédure dont ils
demandent l’aboutissement. Mais la
presse, française et internationale,
rappelle régulièrement l’existence de
ces plaintes, relayant ainsi publiquement ces soi-disant charges de «complicité de génocide» (...). Suggère-t-il
à Nicolas Sarkozy qu’il serait préférable de clore une instruction trop lente
et qui n’instruit plus ?
Concernant la lenteur de l’instruction, on ne peut qu’approuver le général Lafourcade en s’interrogeant,
néammoins, sur les motifs d’une telle
lenteur. Mais contrairement à ce qu’il

écrit, l’instruction est toujours en
cours, avec des avocats qui produisent
des actes et réclament des pièces.
Aussi suggérons-nous, afin d’accélèrer
la procédure, la levée du secret défense
sur tous les documents relatifs à cette
période mais aussi l’augmentation des
moyens humains et matériels destinés
à l’instruction. Pas sûr que Lafourcade
nous suive dans ces revendications.
RdB

Retrouvez tous les articles
de Billets d’Afrique et d’ailleurs
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Le journaliste Patrick de Saint-Exupéry,
victime d’une guérilla judiciaire

L

e journaliste Patrick de Saint-Exupéry, auteur du livre sur le génocide rwandais intitulé «Complices
de l’inavouable, la France au Rwanda »,
a été relaxé, le 11 décembre, par le tribunal correctionnel de Paris, devant lequel il
était poursuivi en diffamation par le colonel Jacques Hogard qui avait commandé un
détachement de la Légion étrangère dans le
sud du Rwanda. Publié en 2004 sous le titre «L’inavouable, la France au Rwanda»,
l’ouvrage a été réédité en mars 2009 sous un
nouveau titre et augmenté d’une introduction inédite. Sur la page de couverture figurent autour du titre les noms de nombreuses
personnalités, parmi lesquelles des responsables politiques (François Mitterrand, Dominique de Villepin, Hubert Védrine...), des
militaires de haut rang, le juge Bruguière ou
encore les banques Crédit lyonnais et BNP.
Une bonne partie des personnalités citées,
estimant être taxées de «complices» du
génocide, ont assigné le journaliste et son
éditeur en diffamation dans plusieurs villes de France.
Le procès intenté par le colonel Jacques Hogard était le premier d’entre eux.
Celui-ci faisait valoir que le rapprochement
entre le titre et son nom lui imputait «ex-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2010 n No 187

P. de Saint-Exupéry : «En 2004, lors de la publication de «L’Inavouable», j’étais en colère. Je le reste
aujourd’hui et le resterai peut-être. Simple Français,
je ne peux accepter – comme beaucoup, je pense – de
servir de paravent à des hommes qui, après avoir aspiré
aux charges, esquivent les responsabilités. Et refusent
d’admettre, en propre, leur part d’inavouable.»

plicitement d’être le complice du génocide
survenu au Rwanda en 1994 ».
Le tribunal l’a justement débouté en estimant que la faute «inavouable» à laquelle le militaire était associé n’était
«ni nommée ni qualifiée en page de
couverture». «L’auteur n’insinue nulle
part qu’il y ait eu une compromission délibérée des forces françaises lors du génocide.» (AFP, 11 décembre).

France Rwanda

Survie citée à comparaitre
pour « injures publiques » !
Fabien Singaye, conseiller
spécial du président
centrafricain François
Bozizé, ex-expion rwandais
expulsé de Suisse en 1994,
cite à comparaitre Survie et
sa présidente pour « injures
publiques » !

A

u mois de septembre 2009,
Billets d’Afrique et d’ailleurs
publiait une interview de
Jean-François Dupaquier, historien,
journaliste, expert-témoin auprès du
Tribunal Pénal International pour le
Rwanda, titrée « Génocide des Tutsi
rwandais – L’attentat du 6 avril 1994 ?

Une manipulation de A à Z ». L’article
est disponible sur le site obsac.com.
Voici le passage incriminé :

Billets d’Afrique : Vous pensez que
l’équipe de Jean-Louis Bruguière pourrait avoir été intoxiquée par les détenus
d’Arusha, autrement dit les « grands
génocidaires » ?
Jean-François Dupaquier : Franchement, oui. Il suffit d’observer une
autre anomalie, énorme : le choix par
Jean-Louis Bruguière, comme son interprète, de Fabien Singaye, un ancien
espion rwandais connu pour sa xxxxxx
(expression incriminée, qualifiée par
Singaye d’injures publiques, où il est
question de son sentiment à l’endroit
des Tutsi) des Tutsi. Jusqu’au génocide, sous couvert d’un modeste poste de
second secrétaire d’ambassade à Berne
(Suisse), Fabien Singaye multipliait les
rapports sur l’opposition démocratique
rwandaise en exil. L’une de ses marottes était de dénoncer les diplomates
et militaires rwandais qui avaient discrètement épousé des Tutsies, ce qui,
évidemment, les discréditait aux yeux
du régime. Après la découverte de ces
rapports à l’ambassade et d’autres irrégularités, Fabien Singaye a été expulsé
de Suisse à l’été 1994. Il est vrai qu’on
l’accusait aussi d’avoir tenté de faire
passer frauduleusement en Suisse son
beau-père, Félicien Kabuga, le financier du génocide et de la RTLM, un des

hommes les plus recherchés aujourd’hui
encore par la justice avec Ousama Ben
Laden, et avec la même prime pour sa
capture : 25 millions de dollars. Fabien
Singaye a-t-il influencé l’enquête du
juge Bruguière ? Il est légitime de se
poser la question. Dans la plupart des
États de droit, le choix comme interprète d’un individu aussi controversé
suffirait à faire invalider l’ensemble de
l’instruction. (…)

Commentaires
Fabien Singaye, à l’honneur endolori, ne
conteste aucun des arguments de fond.
Il ne conteste rien des faits présentés
dans cette interview. Singaye est très
actif sur la Toile depuis quelques mois
traquant chaque article le mentionnant
: droit de réponse au journal belge Le
Soir, à Charlie Hebdo et à Jeune Afrique sans jamais contester les faits.
Pour Survie et le Nouvel Observateur,
c’est la voie judiciaire qu’a choisi Singaye essuyant d’ailleurs une première
défaite, Christophe Boltanski et le
Nouvel Obs étant relaxé de l’accusation de diffamation publique pour un
article autrement plus explicite.
Mais les procès en diffamation ou injures publiques ont parfois la particularité de «muter», le plaignant se trouvant sur la défensive devant la solidité
et la qualité de l’argumentation de la
défense.

Le précédent Noir Silence
Déjà en 2001, le trio Sassou Nguesso,
Omar Bongo et Idriss Déby avait regretté amèrement d’avoir trainé devant
le tribunal Survie et son président François-Xavier Verschave pour offense à
chef d’Etat à la suite de la publication
de Noir Silence.
Le procès s’était soldé par une victoire
nette et sans bavure de Survie qui voyait
donc ses enquêtes légitimées. Cela avait
donné une incroyable publicité à cette
Françafrique qui aime tant l’ombre et
l’abri des réseaux occultes.
Alors pourquoi donc Singaye, prend-t-il
le risque de voir son actualité passée et
présente s’étaler au grand jour ?
Car l’ex-barbouze rwandaise reconvertie
comme «conseiller spécial» du dictateur centrafricain Bozizé navigue depuis

longtemps
dans les eaux
usées de la
Françafrique.
De quoi susciter la curiosité journalistique pour un
personnage
qui fréquente
Patrick
Balkany,
l’émissaire
officieux et
sulfureux de
l’Elysée en
Afrique
et
qui joue les entremetteurs pour Areva.
Un concentré de Françafrique qui mérite
un coup de projecteur !
Quoi qu’il en soit, Survie encourt une
amende de 10 000 euros. Une première
audience, purement formelle, aura lieu le
9 février, à 13 h 30 à la 17e chambre du
tribunal correctionnel de Paris.
Raphaël De Benito

Tchad : les faux
dinars d’Idriss Déby
et un vrai témoin à
l’ombre ?
Comme nous le rapportions dans notre précédent numéro, selon les informations de Bakchich, Hassan Fadoul,
ancien homme de main de Déby, exilé
au Togo, avait demandé un visa - qui
lui a été refusé - pour venir témoigner
en France au procès des faux dinars de
Bahrein, dans lequel il est inculpé. La
justice française a requis cinq années
de prison contre lui, tandis que lui était
refusé le droit de venir se défendre ou
de témoigner. Hassan Fadoul souhaitait
en effet éclairer la justice sur le rôle de
premier plan du dictateur tchadien dans
l’affaire. Plus inquiétant, selon une dépêche RFI du 1er janvier, après une visite de Faure Gnassingbe à Ndjamena,
Hassan Fadoul a été arrêté par les forces
de sécurité togolaises, et l’on est depuis
sans nouvelle de lui.
Raphaël Granvaud

No 187 n Janvier 2010 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves

Vincent Bolloré, nouvelle victime de
l’acharnement médiatique
C’est du moins ce qu’il tente
de faire croire pour justifier
le procès en diffamation qu’il
a entrepris contre France
Inter et les journalistes de
l’émission Interceptions
après la diffusion, le 29 mars,
de l’enquête « Cameroun :
l’empire noir de Vincent
Bolloré ».

C

elui qui cherche à se présenter comme un patron humaniste
s’évertue en fait à cadenasser son
image médiatique. L’aspect le plus visible
de cette stratégie est bien sûr le contrôle direct de médias (Direct 8, Direct Soir...) et
de structures qui les alimentent en informations (institut de sondage CSA, Associated
Press…). Mais cela peut prendre d’autres
aspects. Par exemple, en s’attirant les bons
services de journalistes. Pius Njawé, directeur du journal camerounais Le Messager,
racontait à l’audience du 15 décembre,
qu’il avait ainsi dû relever de ses fonctions
son rédacteur en chef après que ce dernier,
approché par Bolloré, se mit à vanter étrangement ses mérites. Finalement, il troqua
sa casquette de journaliste pour celle de
consultant en communication, notamment
pour le groupe. «Vincent l’Africain» s’est
également entouré des services de Dalila
Berritane, ancienne responsable du pôle
Economie de RFI... jusqu’à son recrutement comme directrice de la communication du groupe Bolloré, auquel ses réseaux
professionnels sont sans doute bien utiles.
Une évolution de carrière guidée par le devoir d’information ?
En contrôlant Havas (sixième groupe
mondial de publicité et communication) et
les contrats de pub, Bolloré possède aussi
un puissant moyen de pression sur les médias, qui ne peuvent guère se risquer à lui
déplaire. Au sein de certaines rédactions,
c’est explicite. On ne mord pas la main
qui nourrit...

Le procès boomerang ?
Mais cela ne suffit pas : il reste des journalistes capables de faire leur métier, en
informant sur les agissements du groupe.
Bolloré s’insurge : «Quand on est pris
comme cible de façon caricaturale et
avec des méthodes sujettes à caution, cela
mérite une réaction. » (Jeune Afrique, 9

novembre 2009). Une menace mise à exécution en attaquant en diffamation France
Inter et Benoît Collombat dont le procès a
commencé le 15 décembre. Ce pourrait bien
être une erreur stratégique et l’occasion d’un
grand déballage. Ainsi, Bolloré offre la possibilité à ses détracteurs de se fédérer, et surtout à des témoins privilégiés de faire entendre leur voix, chose quasi impossible dans
leur pays. La défense de France Inter s’est,
en effet, entourée de syndicalistes, journalistes, défenseurs des droits de l’homme,
qui ont apporté à la barre leur témoignage.
Les prévenus et le groupe Bolloré, qui s’est
porté partie civile, ne s’exprimeront, quant à
eux, que le 10 mars prochain, à la demande
de l’avocat de Bolloré qui souhaitait, officiellement, disposer de plus de temps pour
préparer le dossier. Mais quel que soit le
temps de préparation, parviendra-t-il à nier
l’évidente nature des activités de son client
au Cameroun ? Bolloré devrait écouter
Jean-Marc Bikoko, président de la Centrale
des syndicats du secteur public qui témoignait à l’audience : « Les Camerounais

n’en peuvent plus. La révolte mûrit de plus
en plus, et l’exemple du 27 février 2008
est un avertissement à prendre au sérieux.
Bolloré croit avoir conquis le Cameroun,
mais il se trompe. Les Camerounais ne
vont pas se laisser exploiter éternellement,
et la rupture risque d’être violente.»
Alice Primo

Quand Survie
rencontrait Bolloré

Le 25 juin 2001, François-Xavier Verschave et Sharon Courtoux adressaient
un courrier sans concession à Vincent
Bolloré, quelques jours après l’avoir rencontré dans son bureau. En voici quelques
extraits :
«Ceci est au cœur de notre détermination : les criminels contre l’humanité
impunis ne sont pas fréquentables, encore moins soutenables. Nous pensons
aussi qu’une entreprise se compromet
gravement lorsqu’elle adresse des signaux amicaux à de tels personnages et
leurs régimes. (...)
Vous nous assurez qu’à votre connaissance les concessions forestières que vous
exploitez au Cameroun le sont selon les
règles, et que vous refusez la corruption.
(...). Plus généralement, à propos de votre projet d’investissement dans Camrail,
nous vous avons indiqué qu’il est des

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2010 n No 187

dictatures cruelles et/ou archicorrompues qui dévoieront sûrement le bénéfice
de nouveaux apports financiers, contre la
population qu’elles pressurent, et avec la
complicité intéressée de leurs partenaires occidentaux. Nous comprenons qu’il
est difficile de se retirer d’investissements
existants, qui rendent malgré tout un service au public, mais nous pensons que la
moindre des choses est de ne pas conforter
ces régimes par ce qui apparaîtra comme
des joint-ventures. Si au contraire la préférence des investissements va vers des régimes plus légitimes, cela forme une série de
signaux implicites, qui sont aussi des gages
de recevabilité par les usagers. »
Bolloré s’en est souvenu quelques années
plus tard mais pour chercher grossièrement
à maquiller la permanence des pratiques de
son groupe (Jeune Afrique, 31 mars 2008):
«Nous avons été épinglés par quelqu’un,
que j’ai d’ailleurs reçu, que j’ai trouvé
assez sympathique même s’il avait écrit
des choses terribles sur notre groupe,
François-Xavier Verschave (…). Il m’a
dit : l’exploitation forestière, la coupe des
bois tropicaux, ce n’est pas bien, vous ne
devriez pas continuer cela. J’ai alors décidé d’y mettre fin.» Selon Bolloré, il y a
donc un avant et un après Verschave. Mais
dans ce cas pourquoi a t-il continué à développer ses activités en priorité dans des
pays où sévissent toujours des «dictatures
cruelles et/ou archicorrompues»: Togo,
Cameroun ou Congo-Brazza... On est loin
des «régimes plus légitimes» suggérés par
Verschave On aimerait y croire en cette période de vœux. En réalité, Bolloré a cédé et
quitté la filière bois devant les critiques de
la Banque mondiale qui finance les projets
d’infrastructures ferroviaires et portuaires,
(Financial Times, 7 avril 2002). Or chacun
sait que son groupe contrôle, tout ou en
partie, nombre de ports ou de lignes ferroviaires africains. On peut aussi penser que
la mise en place des premières procédures
de certification des activités forestières,
à cette période, n’est pas étrangère à son
abandon par Bolloré L’émission Interceptions du 29 mars, enquêtant sur les pratiques du groupe Bolloré au Cameroun, nous
ramène donc à une réalité plus souvent sordide que rose.
A lire ou relire : Bolloré :
Monopoles, services compris.
Tentacules africaines, Agir
ici-Survie, L’Harmattan, Pa-

Lire
Cameroun

Libérons Lapiro :
la compilation-pétition
Des artistes se mobilisent
pour l’un des leurs, Lapiro
de Mbanga, en lançant
une compilation-pétition,
Libérons Lapiro, afin
de « défendre la liberté
d’expression et le rôle de
caisse de résonance que
peuvent et doivent jouer les
artistes dans leurs pays ». A
télécharger rapidement !

A

plusieurs reprises, Billets d’Afrique et d’ailleurs a relaté la répression qui s’est abattue sur le
chanteur camerounais Lapiro de Mbanga, arrêté arbitrairement au printemps
2008 et condamné à trois ans de prison
et de lourdes amendes à l’issue d’une
parodie de procès (n°169, mai 2008,
n°174, novembre 2008 et 182, juillet
2009). Ses torts ? Officiellement, sa
participation aux émeutes populaires de
février 2008... alors qu’il tentait de calmer les émeutiers. En réalité, le pouvoir
ne lui pardonne pas sa chanson Constitution constipée, tube national dénonçant les bidouillages constitutionnels
de Paul Biya lui permettant de s’offrir
une présidence à vie, et plus largement
la gestion du pays : «Les bandits en col
blanc veulent braquer la constitution de
mon pays. (…) C’est quoi l’urgence et
pourquoi cet acharnement farouche à
modifier absolument l’Article 6 alinéa
2 d’une constitution dont la mise en
application graduelle n’a jamais été
amorcée ? Dix années sont passées,
le Sénat et les Régions sont toujours
attendus… Dix années sont passées,
le peuple attend toujours la déclaration des biens des individus appelés
à gérer les fonds publics ; ce qui, en
cette période de lutte contre la corruption endémique, est une priorité! Dix
années sont passées, le peuple attend
toujours d’avoir une structure indépendante pour gérer les élections libres et
transparentes afin que la grande majorité des citoyens aient le droit de voter.
Ça, les marathoniens de la mangeoire
n’y trouvent aucun intérêt ; sauf celui
d’éliminer la limitation du mandat pré-

sidentiel de la Constitution.» Depuis le
1er janvier, de nombreux musiciens se
sont mobilisés pour réclamer sa libération et ont lancé une initiative soutenue
par Survie, Freemuse (association de
défense de la liberté d’expression des
musiciens), l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), le
Comité de soutien de la diaspora camerounaise pour la libération de Lapiro de
Mbanga, le fabricant de guitares Vigier
et le média musical spécialisé Mondomix (site web et bimestriel gratuit). Il
s’agit d’une compilation-pétition à télécharger de neuf titres dont plusieurs
inédits, cette compilation contient également une mise en musique, par Selector Matanzas, du célèbre poème de Paul
Eluard, Liberté, et bien sûr la chanson
Constitution constipée qui vaut à Lapiro de croupir en prison.
Alice Primo

Main basse sur le
Cameroun, réédition
Mongo Beti, écrivain camerounais, est
connu pour ses romans qui ont joué un
rôle important dans la prise de conscience
du colonialisme et dans la lutte contre
celui-ci. Publié en 1972 par les Éditions
François Maspero, Main basse sur le Cameroun était un réquisitoire contre les
crimes du président Ahidjo, dictateur du
Cameroun par la grâce du néocolonialisme français. Son but fut largement atteint,
semble-t-il, puisque le livre fut interdit,
saisi, l’éditeur poursuivi et l’auteur l’objet
de multiples pressions et menaces.
Un document historique majeur, indispensable pour comprendre les évolutions ultérieures de la Françafrique. Les éditions
La Découverte le rééditent en format poche, avec une préface inédite
Odile Tobner

à télécharger
sur
No 187 n Janvier 2010 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11
mp3.mondomix.com/liberons-lapiro

Salves

Les deux gros sabots
d’Alain Joyandet

D

ans une interview au journal Libération du 24 juin 2008 Alain
Joyandet déclarait : «Il faut une
coopération qui marche sur ses deux pieds:
une coopération traditionnelle (santé, éducation, aménagement) et une coopération
économique. Il faut renforcer l’influence
de la France, ses parts de marché, ses entreprises. Ne pas avoir peur de dire aux

Alain Joyandet : «Ne pas avoir peur
de dire aux Africains qu’on veut les
aider, mais qu’on veut aussi que cela
nous rapporte.»

Africains qu’on veut les aider, mais qu’on
veut aussi que cela nous rapporte.» Libération: «C’est un langage d’entrepreneur...»
et Joyandet de répondre : «C’est ce que je
suis.» […]1
En effet, Alain Joyandet est l’actionnaire
principal de Mediatour qui, par sa filiale
Yachting Selection, dont la gérante est sa
propre fille, commercialise les bateaux de
Bavaria Yachtbau, deuxième constructeur européen de bateaux de plaisance. Le
catalogue de ces bateaux indique l’utilisation de bois précieux, iroko, acajou,
dans leur construction et leur décoration.
L’iroko est classé comme essence «quasi
menacée » selon l’Union mondiale pour
la nature (UICN)2. Quant aux essences
regroupées sous le nom générique d’acajou, plusieurs sont «vulnérables» ou «en
danger», voire «en danger critique d’extinction» selon l’UICN3. Le pied dans le
sabot «économique» d’Alain Joyandet
ne craint pas de contribuer à la dégradation de la forêt équatoriale africaine, dont
le chœur des pleureuses officielles conduit
par Sarkozy lui-même, prétend s’ériger en
défenseur à Copenhague.
Business is business !

Bulletin d’abonnement

Billets d’Afrique et d’ailleurs
Édité par Survie, 210, rue Saint-Martin - 75003 Paris. Tél.: 01 44 61 03 25
11 numéros par an pour tout savoir sur la face cachée de la politique de la France
sur le continent africain et les jeux troubles de la «Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux faits de
l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique originale.
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2010 n No 187

L’autre sabot, «traditionnel», n’est guère plus léger. Sur son blog4, le mercredi
16 décembre 2009, Alain Joyandet, maire
de Vesoul, se félicite que l’hôpital de sa
ville, en voie de modernisation, ait expédié
«près de 50 lits d’hospitalisation, tables,
chaises, fauteuils de malade, appareils divers et lits bébé » à l’hôpital Saint-Jean
de Malte à Njombé au Cameroun.
Ce geste écologique de recyclage de matériels, grâce aux Africains, doit en effet être
salué comme il se doit. L’ambassadeur de
l’Ordre de Malte au Cameroun Jean-Christophe Heidsieck ne craint pas lui de mettre
les deux pieds dans le même sabot, puisqu’il est également actionnaire de la société des plantations de Njombé. On pressure
la main-d’œuvre d’une main, on essaie de
la faire durer de l’autre. C’est de l’intérêt
bien compris, tout compte fait.
Odile Tobner
1. http://discours.vie-publique.fr/
texte/083002071.html
2.http://www.uicn.fr/La-Liste-Rouge-des-especes.html
3. Ibid.
4. http://www.joyandet.fr/site/

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