Fiche du document numéro 22709

Num
22709
Date
Mercredi Juillet 2009
Amj
Fichier
Taille
1469183
Titre
Billets d'Afrique No. 182
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE Chinoiseries – De la flexibilité – Les
jérémiades de Total – Peines capitales
extra-judiciaires – Blaise, le normalisateur,
le démocrate, le nobélisable – Areva ou la
présomption d’innocence – Une voix bail-

Éditorial

Enterrement en
Françafrique

C

ËP. 12 BRÈVES Olivia Ruiz, sankariste ?

hacun sait qu’il ne faut pas parler de corde dans la maison d’un pendu, on comprend
mieux aujourd’hui pourquoi Jean-Marie Bockel, en parlant d’enterrer la Françafrique, a déchaîné contre lui les foudres des pouvoirs françafricains, séniles mais plus
offensifs que jamais. En fait d’enterrer la Françafrique, c’est Omar Bongo qu’on a enterré.
La Françafrique lui survivra. Elle s’est même manifestée dans toute sa splendeur lors de
cette disparition, combien emblématique.
D’abord un président de la Françafrique est tellement étranger à son pays qu’il n’y meurt
jamais. Senghor, Houphouët-Boigny sont morts en France. Eyadéma est mort dans l’avion
qui l’emportait en Égypte paraît-il, Bongo est allé mourir en Espagne. Au moment ultime, ils
vont chercher assistance loin du pays où ils n’ont même pas, pendant leurs longues années de
pouvoir – record battu par Bongo avec quarante-deux ans – construit un seul hôpital digne
de ce nom. ils délocalisent leur mort, comme ils ont délocalisé leur patrimoine. La famille
Bongo possède 39 résidences et 70 comptes bancaires en France seulement.
Pendant ce temps l’espérance de vie des Gabonais, qui doivent vivre et mourir sans soins, est
de 54 ans, dépassant à peine celle des pays les plus déshérités sous ce rapport, tous en Afrique,
tandis qu’aux Émirats arabes unis, pour comparer avec un pays pétrolier comme est le Gabon
avec son million et demi d’habitants, elle est de 79 ans. Cette triste performance est due, comme l’a rappelé opportunément Eva Joly, au taux très élevé, 95 pour mille, de mortalité infantile,
taux qui stagne au Gabon depuis des décennies alors que c’est sur ce point que les pays même
très pauvres font le plus facilement des progrès spectaculaires. il suffit d’une volonté gouvernementale de se consacrer prioritairement à la protection maternelle et infantile.
Ces chiffres suffiraient à condamner l’ère Bongo comme celle d’un autocrate sans conscience et sans scrupule. Pourtant en France, où l’on ne se prive pas de stigmatiser avec sévérité
maints chefs d’État, on a entendu un concert d’éloges indécents dans la bouche des principaux hommes politiques. il est vrai que Bongo leur consacrait plus d’attention qu’aux enfants de son pays. On a pu rappeler, en effet, les liens qui les unissaient à celui qui finançait
généreusement leurs campagnes électorales. Les présidents Sarkozy et Chirac ont été les
seuls présidents non africains à se rendre aux obsèques de Omar Bongo et, parmi les présidents africains, il n’y avait que ceux de l’Afrique francophone. L’aura de Bongo est en effet
réduite à ce cercle restreint comme parrain de la Françafrique.
Les couronnes déposées par les multinationales françaises, Total, Bouygues, Bolloré, témoignaient de la gratitude du petit cercle des amis reconnaissants du président gabonais.
On a été étonné, en revanche, de découvrir, parmi les admirateurs du disparu, un intellectuel
comme Elikia Mbokolo, qu’on pensait tant soit peu critique. Son intervention sur France
Culture, dans le pur style sophistique de l’intellectuel stipendié, a chanté la gloire de Bongo,
dont l’enrichissement personnel poserait les fondements d’une accumulation primitive du
capital aux mains d’une classe dirigeante autochtone. Quand le simple bon sens force à
constater que Bongo s’est inscrit dans la pure dilapidation et n’a justement rien construit
dans son pays, même pas, répétons-le, un hôpital où mourir, un tel argument paraît assez tiré
par les cheveux.
Et quand le même Elikia Mbokolo affirme qu’il met la morale d’un côté, la recherche scientifique de l’autre, on doit hélas lui opposer qu’il méprise l’une et l’autre. L’histoire sera
certainement plus sévère que le scribe accroupi chargé de l’oraison funèbre du prince.
Odile Tobner

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . s u r v i e . o r g

Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 182 Juillet-août 2009 - 2,30 euros

lonnée – ËP. 9 Services compris
ËP. 3 CONGO BRAZZAVILLE Gaubert,
soutien fidèle de S assou
La réélection de Sassou ne fait aucun doute
sans que cela gêne Patrick Gaubert, viceprésident de la commission des Droits de
l’homme au Parlement européen.
ËP. 4 MADAGASCAR Les racines de la crise
Par l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana
ËP. 6 AFRIQUE DES GRANDS LACS Main
dans la main
Seule une concertation économique
entre États voisins peut amener uen paix
durable alors que les multinationales
s’accommodent mieux de la concurrence
entre les pays de la sous-région.
ËP. 7 GOLFE DE GUINÉE Bataille de requins
La bataille pour le contrôle des ports
du golfe de Guinée est chaude entre les
groupes Progosa et Bolloré.
ËP. 8 MAURITANIE Élections faisandées à
la sauce de la Françafrique
Comment elle prépare la légitimation, par
les urnes, du candidat putschiste.
ËP. 9 ils ont dit
François Grosdidier (UMP): «Seule la
démocratie politique garantit la démocratie sociale.»
ËP. 10 NIGER Un silence coupable
C’est un silence lourd de signification que
la France observe à propos de l’évolution
politique de ces dernières semaines .

En bref
Chinoiseries
Le secrétaire d’État à la Coopération
Alain Joyandet a appelé, le 24 juin, Pékin
à «harmoniser» ses pratiques en Afrique
avec le reste de la communauté internationale.
La main sur le cœur, Alain Joyandet, a notamment mis en avant le nécessaire «respect de la Déclaration de Paris, qui définit les règles du jeu pour une meilleure
efficience de l’aide publique au développement, dans l’intérêt de l’Afrique ».
Plus certainement, c’est la dette comme
instrument de domination et la puissance
financière chinoise qui pose problème :
«Des choses nous inquiètent. Nous
n’avons pas envie qu’ils [les Chinois]
réendettent des pays que nous avons mis
des années à désendetter», a expliqué
anonymement et surtout sans gêne un
membre du cabinet de Joyandet (AFP, 24
juin).
Car, qui a contribué à l’endettement de
l’Afrique via le Club de Paris par exemple ? Où a-t-on vu que l’Afrique était
désendettée ? Qui a déjà été remboursé
plusieurs fois par les intérêts de la dette ?
Enfin, Alain Joyandet apprécie peu, également, qu’une partie de l’aide au développement octroyée par Pékin soit «liée»
à des contrats obtenus par des entreprises
chinoises : «Nous avons envie que les
règles du jeu s’appliquent à tous». C’est
pourtant la politique, désormais assumée
haut et fort, de la France.

De la flexibilité
En juin dernier, la ville du Cap accueillait
le xixe Forum économique mondial
(WEF) sur l’Afrique. Les experts ont estimé que le continent pourrait profiter de
la crise économique mondiale pour attirer
des investisseurs, la région étant l’une des
rares, dans le monde, qui pourrait connaître une croissance en 2009, mais elle devra se montrer plus flexible.
Il y a de quoi s’étrangler quand on sait
que les droits sociaux élémentaires sont
inexistants, les salaires minables, les biens
publics bradés ou les réglementations
inexistantes. Que leur faut-il de plus? Car
d’après le président de la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC),
Jian Jianqing, le retour sur investissement
y est en moyenne de 24 à 30% contre 16 à
18% dans les pays développés.
Cette différence ne serait-elle pas due à la
faiblesse des prélèvements ?

Les jérémiades
de Total

La réforme en cours dans le secteur pétrolier et gazier au Nigeria, Petroleum

Industry Bill (PIB), a visiblement du mal
à passer auprès des compagnies étrangères, dont Total, qui redoutent de voir
fondre leurs profits colossaux. Car pour
le secrétaire d’État nigérian au pétrole,
Odein Ajumogobia, le Nigéria cherche un
bon équilibre par rapport à d’autres pays
comme le Venezuela : «Nous constatons
qu’en matière fiscale, le Nigeria est en
bas de l’échelle. Mais nous ne voulons
pas être tout en haut». «Les majors ont
par exemple légalement le droit de renouveler leurs concessions en eaux peu profondes dans les mêmes termes qu’en 1958
et pour la même durée de quarante ans.
Aucun gouvernement ne peut décemment
se considérer lié par de tels termes!».
«Elles doivent faire des investissements
pour satisfaire les attentes de leurs actionnaires. Nous, nous devons satisfaire
celles de notre population». (On demande à voir) «Nous n’allons certainement
pas voter une loi qui sera dictée par les
multinationales». De passage récemment
au Nigeria, le patron de Total, Christophe de Margerie, s’est inquiété: «Nous
devons comprendre les règles du jeu (...)
Quels sont vos actifs aujourd’hui ? Quels
seront vos actifs demain ? ». Au Nigéria
ou dans les paradis fiscaux ? Car ainsi
que le soulignait dans Télérama (16 avril
2009), la nouvelle députée européenne,
Eva Joly : «Actuellement, les entreprises
ne publient que des comptes consolidés.
Du coup, on sait par exemple que Total a
gagné près de 13 milliards d’euros l’année dernière, mais on ignore où. Si ces informations étaient publiées en annexe des
comptes, on verrait alors qu’elle réalise
d’importants bénéfices à l’île Maurice et
aux Bermudes et très peu en Algérie ou en
Angola.»

Peines capitales
extrajudiciaires

Le parlement togolais a adopté, en juin,
à l’unanimité, une loi abolissant la peine
de mort.
Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, s’est également félicité depuis Bruxelles du vote, y voyant un
«signe fort de l’attachement de ce pays
aux droits fondamentaux humains» et
aux «valeurs auxquelles l’Europe s’identifie». «Une manifestation supplémentaire d’un enracinement durable de la démocratie et de l’État de droit au Togo».
Encore faut-il que les peines capitales
«extrajudiciaires» n’aient plus cours,
pour que l’on puisse vraiment croire à
cette abolition. Les «grands pas» que
le Togo a effectué depuis son indépendance et surtout depuis les années 1990
sont myriades, mais on n’en voit toujours

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-août 2009 n No 182

pas, dans le paysage politique, la moindre
trace. Certainement, ces «grands pas»
dont il est question relèvent plus du verbe
(comme le respect des Droits de l’homme)
que des actes. C’est pourquoi ils sont aussi
bien entendus par les bien-entendants que
par les bien-voyants.

Blaise
le normalisateur

Dans la déclaration finale du 22 juin de
sa conférence des chefs d’État et de gouvernement, la Communauté économique
des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a
félicité «Son Excellence Monsieur Blaise
Compaoré, Président du Faso pour son
inlassable contribution à la normalisation
de la situation politique en Côte-d’Ivoire ». Rajoutons : après avoir contribué
à la déstabiliser. Mais les participants à
cette conférence ont sûrement déjà oublié
le rôle trouble de Campaoré au début de la
crise ivoirienne.

Blaise le démocrate
Dans cette même déclaration, la Cedeao
a également salué «le rôle déterminant
joué par Son Excellence Monsieur Blaise
Compaoré dont l’aboutissement a été la
tenue des élections législatives réussies en
octobre 2007 [ndlr : au Togo] ». C’est-àdire il y a un an et demi. Une précision
bien tardive, puisque au moins trois sessions de cette conférence des chefs d’État
et de gouvernement de la CEDEAO, ont
eu lieu depuis. Et on oublie surtout le
duel fratricide entre Faure Gnassingbé
et son demi-frère Kpatcha qui a tout de
même connu un violent rebondissement,
le premier ayant tenté de faire éliminer
le second en avril dernier... Mais cela ne
saurait entacher «l’incroyable» palmarès
de Blaise

Blaise le nobélisable

En réalité, les lobbies françafricains se démènent pour donner une image d’homme
de paix à Blaise Compaoré dans l’espoir
de sa nobélisation. Parmi les premiers
d’entre eux, le Conseil international de
solidarité avec le Burkina Faso (Cisab)
et son président françafricain Jean R.
Guion. En novembre prochain, le «Sommet mondial des étoiles de la terre» dont
il est l’initiateur, véritable opération de
communication-blanchiment destinée à
offrir au président du Faso la stature de
protecteur «de la planète et de l’humanité», sera une pièce maîtresse de cette
stratégie (Billets d’Afrique n°159, juin
2007).

Salves
Areva ou la présomption d’innocence
Le 19 juin, Areva et les ONG Sherpa
et Médecins du Monde ont annoncé la
création d’observatoires de santé et la
mise en place d’un dispositif d’indemnisation des travailleurs qui seront reconnus comme souffrant d’une maladie
professionnelle. Lors de la conférence
de presse, le porte-parole d’Areva n’a
eu de cesse de fustiger la suspicion,
inacceptable selon lui, qu’entretiennent
encore certains journalistes à l’égard
des activités nigériennes du leader du
nucléaire civil. Il croyait sans doute que
son groupe avait été ciblé par ces ONG
par pur hasard ?

Une voix bâillonnée
À l’issue d’un procès caricatural, l’artiste
camerounais Lambo Sandjo Pierre Roger, dit Lapiro de Mbanga, a été condamné à trois ans d’emprisonnement et à
verser de lourdes sommes en dommages
et intérêts : 80 millions de francs CFA
au ministère de Finances et 200 millions
de francs CFA à la Société des plantations de Mbanga (SPM), groupe à 50%
français, 25% danois et 25% camerounais, dont l’actionnaire principal est le
béké martiniquais Jean Simonnet via son
groupe la Financière Castri. Le procès a
pourtant montré que le dossier d’accusation de «complicité de pillage en bande,
destruction de biens, attroupement sur la
voie publique» était vide. Des témoins
reconnaissent par exemple avoir, sous la
pression, menti dans leurs premières déclarations. Et chacun sait que le chanteur
paie la popularité de son tube dénonçant
la modification de la Constitution par
Biya afin de se représenter en 2011. Les
auteurs p rincipaux des faits, dont Lapiro serait seulement complice, avaient
d’ailleurs écopé de peines moins lourdes (maximum dix-huit mois de prison
ferme) avant de bénéficier d´une grâce
présidentielle deux mois et demi plus
tard. Il faut dire qu’ils faisaient moins
de tort à Biya et aux sociétés occidentales, françaises notamment, qui pillent le
Cameroun. Bien évidemment la France,
prompte à dénoncer tout fait similaire en
Iran, se tait sur ce dossier.
Gageons qu’avec la suppression du secrétariat aux Droits de l’homme dans le
gouvernement Fillon IV, cela fera encore
une raison de moins pour évoquer cette
mascarade judiciaire lors de la visite officielle en France du président Paul Biya
le 21 juillet.

Congo Brazzaville

Gaubert, soutien fidèle
de Sassou
La réélection de
Sassou ne fait aucun
doute sans que cela
gêne le vice-président de
la commission des droits
de l’homme au Parlement
européen, Patrick Gaubert.

C

ela ne fait aucun doute : Denis Sassou Nguesso sera bien son propre
successeur à la tête du Congo-Brazzaville avec le rejet de la candidature du principal parti d’opposition un mois avant l’élection présidentielle prévue le 12 juillet. Avec,
de plus, le soutien assuré de la France et de
ses milieux d’affaires, c’est une «élection »
tellement prévisible qu’on se demande si la
décision de l’Union européenne de ne pas
envoyer d’observateurs participe à ce sentiment. Une décision annoncée, le 21 juin, à
Brazzaville par des parlementaires européens
qui expliquaient, décus, en ces termes : «La
Commission européenne nous a dit que cette
élection n’était pas une priorité». Parce que
tout est joué d’avance ? Comme en 2002 où
l’UE avait dépêché ses observateurs ? Non,
pas du tout ! Les deux parlementaires européens semblent plutôt déplorer l’absence
d’une caution européenne à l’élection de
Sassou ?
Car l’annonce faite à Brazza ne manque
pas de sel quand on connaît l’identité de
son auteur . Il s’agit du vice-président de
la commission des Droits de l’Homme
au Parlement européen, Patrick Gaubert,
également président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Député européen UMP,
il cautionnait, en 2003, en ces termes la
réélection frauduleuse d’Eyadéma comme président du Togo : «Il y a un processus démocratique qui, à notre niveau,
se passe de manière convenable. Ce que
nous voyons n’a rien d’affligeant ni de
suspect.»
En 2004, on retrouve déjà Patrick Gaubert
au Congo-Brazzaville, soutenant la dictature sanglante de Sassou Nguesso dans ses
efforts pour faire juger, au Congo et
non en France, l’affaire des disparus du
Beach*. Gaubert préférait s’en remettre
aux assassins pour faire justice aux victimes, tandis qu’un juge français, qui instruisait à Meaux sur plainte de familles

de disparus, était grossièrement désavoué
par la justice française. En mars 2005, la
Fédération internationale des Droits de
l’homme (FIDH) condamnait d’ailleurs
publiquement les pressions exercées par
Gaubert sur les familles des victimes
pour qu’elles abandonnent les poursuites,
intentées en France, contre plusieurs responsables du régime de Sassou Nguesso.
Gaubert, membre du cabinet de Charles
Pasqua entre 1993 et 1995, était aussi
accompagné, le 21 juin dernier à Brazza,
par Jacques Toubon, ancien ministre de la
Justice, de la Francophonie et président
du Club 89, un satellite du RPR/UMP et
nid de françafricains notoires, aussi célèbres que le foccartien Maurice Robert,
Michel Aurillac ou Robert Bourgi, qui à
toujours l’oreille de Sarkozy. La Lettre du
Continent (n°557) précisant, tout en sousentendus, qu’«Omar Bongo était fan du
Club 89 installé dans de luxueux locaux,
avenue Montaigne ».
Toubon, qui se languissait des palais présidentiels africains, a été remis en selle
par Sarko qui lui a confié la préparation de
l’initiative «2010 - Année de l’Afrique ».
Une façon pour Sarko de laver plus blanc
que blanc en tentant de camoufler, par une
communication tapageuse, la permanence
de la Françafrique. Ainsi, la mission de
Toubon a trois objectifs : « L’achèvement de la réforme des instruments de
notre relation sur le plan économique et
politique, la contribution de l’Afrique à
la libération de la France et la marche
des indépendances, la valorisation de la
dimension humaine de cette histoire commune (…) à travers le rôle des Français
d’origine africaine dans la République».
Un écran de fumée qui ne masquera pas
le fait que les réseaux françafricains à
l’Élysée portent de plus en plus la marque
Sarko, passé maître dans l’art de faire du
neuf avec du vieux. La Françafrique est
morte, vive la Françafrique !
Elle a rendez-vous, cet été, au CongoBrazzaville, en Mauritanie (lire page 8)
mais aussi au Niger (lire page 10).
Raphaël De Benito
* En mai 1999, entre 350 et 400 réfugiés de
retour au Congo-Brazzaville, sous la protection
du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) qui
avait délimité un couloir humanitaire censé les
protéger, disparaissaient après avoir été enlevés
par des forces de l’ordre congolaises.

No 182 n Juillet-août 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Point de vue
Madagascar

Les racines de la crise malgache
L’écrivain malgache
Jean-Luc Raharimanana
analyse les origines de
la crise politique qui secoue
la grande île.

P

résident sans trône, l’ancien président déchu, Marc Ravalomanana
jouit encore à Madagascar, tout au
moins dans la capitale, d’un soutien difficile
à contourner, car on ne peut pas disparaître
comme ça après avoir autant occupé l’échiquier – politique, économique, et religieux –,
et symbolisé ce désir réel d’indépendance de
la population malgache.
Ce qui explique pourquoi certains discours
se sont radicalisés, appelant même à une
intervention armée de la Comesa (Common Market for Eastern and Southern
Africa, le Marché commun de l’Afrique
de l’Est et australe). Une option finalement écartée début juin par l’institution
nommée.
Beaucoup se demandent quelle est l’implication de la France dans la crise actuelle. Mais l’erreur serait de lire la situation
selon le schéma «françafricain» même
si beaucoup d’éléments s’y prêtent : un
Ravalomanana peu francophile, Andry
Rajoelina réputé de l’être, la France lésée dans les différents contrats avec l’État
malgache et régulièrement humiliée par
l’administration Ravalomanana, etc…
Il faut remonter au désir profond des Malgaches d’échapper aux différentes dépendances extérieures, celle de la France
comme celle des institutions financières
internationales.
La période de Ravalomanana est un
exemple parfait de décolonisation visà-vis de la France, par le refus de se
faire dicter une politique de gouvernance sous modèle français en premier
lieu, par la mise en place d’une industrie
performante ensuite, apportant ainsi la
preuve à la population qu’un développement sans la gestion directe de la France
est possible. C’est en cela que Ravalomanana a joué un rôle crucial dans l’histoire malgache.

Une deuxième indépendance
La décolonisation ne s’est faite ni en
1960, au moment de l’indépendance,
ni en 1975, lors de la prise de pouvoir
de Ratsimandrava – assassiné onze
jours après son investiture –, ni pendant les années Ratsiraka – devenu, au

contraire, un françafricain modèle–, ni
pendant les tentatives gauches de Zafy
Albert entre 1993 et 1996 pour trouver
des financements parallèles. C’est sous
Ravalomanana qu’elle s’est réellement
faite. L’administration malgache, depuis 2002, année de l’arrivée au pouvoir de Ravalomanana, s’est émancipée
de la tutelle française.

Décolonisation mentale
Le choix de la France condamnait les
Malgaches à ne pas tenir compte de leurs
propres réalités géographiques et commerciales. Adhérer à la France, c’est adhérer aussi à l’organisation mondiale de
la Francophonie et à ses échanges commerciaux et culturels. Si la Francophonie
n’est pas à négliger, économiquement,
elle n’arrange aucunement Madagascar,
car elle condamne les Malgaches à n’avoir
justement aucun échange commercial ou
culturel, pour la bonne et simple raison de
l’éloignement géographique. La grande
majorité des pays membres de la Francophonie étant en effet située à l’ouest de
l’Afrique. N’oublions pas l’histoire : la
France et l’Angleterre se sont partagé la
conquête coloniale : l’ouest réservé à la
France, l’est et l’Afrique australe à l’Angleterre. Madagascar, en principe, devait
revenir aux Anglais, mais l’île fut l’objet
d’un accord entre les deux puissances,
l’Angleterre abandonnant toute velléité de
conquête en échange de Zanzibar. Ainsi
Zanzibar devint colonie anglaise et Madagascar française.
L’adhésion à la Comesa est d’abord une
nécessité strictement réaliste, l’île étant
à l’est de l’Afrique, il est plus facile
de travailler avec ses voisins directs
comme l’Afrique du Sud ou le Mozambique qui se trouve en face, à 400 km
ce que la France coloniale et postcoloniale a toujours refusé à Madagascar,
prétextant une invasion de la langue
et de la culture anglaise. Sur ce point,
l’administration Ravalomanana, en privilégiant la Comesa au détriment de la
Francophonie, a affranchi Madagascar
d’une certaine colonisation des esprits
qui stipule que Madagascar ne peut se
développer qu’au sein de la Francophonie, en partenariat avec la France et ses
anciennes colonies.
Cette période a permis de gommer une
anomalie de l’Histoire et réintégré l’île
dans une dynamique commerciale plus
réaliste et pragmatique. Un mérite qu’ob-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-août 2009 n No 182

Jean-Luc Raharimanana analyse la crise malgache – «Le peuple paie, Tiko s’agrandit, la
misère s’accroît, Ravalomanana s’enrichit.
jectivement, un nombre important de
Malgaches reconnaît en l’endroit de Ravalomanana.
Décolonisation mentale également au niveau de l’entreprenariat et de l’industrialisation car avant l’entreprise Tiko créée par
Ravalomanana, les Malgaches souffraient
d’un complexe important du colonisé, ne
croyant pas qu’ils pouvaient rivaliser en
normes et qualités avec les entreprises
occidentales. Ravalomanana a prouvé
le contraire avec ses produits – Classico
contre Coca-Cola, et les fameux yaourts
Tiko contre Danone…
La situation actuelle dépasse le schéma
mis en place par les Foccart et consort.
Il ne s’agit pas simplement d’un rapport
de l’île avec la France, des liens qu’entretiennent les dictateurs ou les militaires
africains avec la politique françafricaine.
Il s’agit pour l’île d’une question de fond
– qui se règle malheureusement sur fond
de violence, à propos d’une réelle indépendance, d’une réelle mainmise sur la
gestion de sa propre destinée.
Car si Ravalomanana a initié toutes ces
avancées réelles, il a aussi contribué à installer une grande instabilité dans la société

malgache. Si l’émancipation à la France a
été réelle, cela ne voulait pas dire qu’il y
avait liberté. Ravalomanana, pour asseoir
son monopole, s’est appuyé sur le FMI et
la Banque mondiale.

80% du budget financé
par les bailleurs de fonds…
Invoquant l’idéologie libérale, prétextant
du partenariat privé/public – une idée
largement répandue par les institutions
financières internationales, il a basculé
l’île dans la dépendance aux financements
extérieurs. Ainsi, engageant le pays dans
une politique d’endettement intense, il a
favorisé ses propres entreprises. Le peuple paie, Tiko s’agrandit, la misère s’accroît, Ravalomanana s’enrichit.
Politiquement, l’ombre de la France coloniale, françafricaine, s’était éloignée,
mais une autre dépendance, pernicieuse,
sournoise, se met en place, une dépendance économique effarante : plus de 80%
du budget national étant financé par les
bailleurs de fonds…
Au cours de ses mandats, Marc Ravalomanana a tout fait pour consolider son
pouvoir personnel, étendant son entreprise dans tous les secteurs de l’économie au nom d’une stabilité et d’une efficacité que, lui seul, selon ses dires serait
capable d’apporter.
Lassée par la misère et les instabilités
institutionnelles chroniques, une grande
majorité de la population malgache avait
accepté cette politique assez brutale de
développement qui prônait l’acte au lieu
du discours. Pas de discours donc sur
la place publique, les opposants privés
d’antenne, les médias concentrés dans
les mains du Président, les manifestations interdites… Place à l’efficacité
présidentielle ! Aucune critique n’était
tolérée. Tous les signes d’une dictature
en fin de compte.

Ravalomanana, plus grand
propriétaire terrien de l’île
Parallèlement, des entreprises ont été arbitrairement fermées pour laisser place
toujours à «l’efficacité» présidentielle,
une mainmise de plus en plus importante
des terres agricoles et minières (en un seul
mandat, Ravalomanana est devenu le plus
grand propriétaire terrien de l’île, contrôlant le tourisme et la riziculture). Autant
d’éléments qui expliquent cette crise.
Ravalomanana avance l’idée de régler les
méfaits de la colonisation, les errances
des années d’indépendance et de dictature ratsirakienne, en réorganisant tout, en
remettant l’économie et l’administration
aux mains des Malgaches mais a tout détourné à son seul profit. Alors qu’il refuse
que les Malgaches s’expriment démocra-

tiquement, il est logique que cette frustration se soit exprimée dans la rue. Car
on revient toujours à cette question de
fond : comment être maître de sa propre destinée, et quelle forme de gouvernance ou de constitution adopter pour y
parvenir ?
Ravalomanana a trahi le désir d’autonomie
des régions en abrogeant la Constitution
prônant leur autonomie et en renforçant le
pouvoir présidentiel ou en centralisant à
l’extrême la politique gouvernementale.
Quand d’autres politiques ou d’autres régions rappellent ces faits, la présidence
bascule le débat sur l’ethnie et le risque de
division de la nation malgache, envoyant
en prison les opposants tenant ces discours
d’autonomie ou de fédéralisme.

Le cas Rajoelina
La décolonisation réclamée se doit d’être
effective à tous les niveaux, de nation à
nation, du pays aux institutions financières, de l’État à ses régions. A lui seul,
Ravalomanana a pris la place de l’ancien
colon, mais un colon sous les ordres des
institutions financières.
On peut donc comprendre pourquoi la
chute a été brutale pour Ravalomanana
et pourquoi un jeune homme d’une trentaine d’année, Andry Rajoelina, sans
parti ni expérience politique, a pu venir
aussi facilement à bout d’un homme qui
régnait sans partage sur l’île. La population malgache sait pertinemment que
Ravalomanana n’a pas respecté le pacte
de 2002, lorsqu’elle l’a aidé à prendre
le pouvoir après les années de dictature
de Ratsiraka. Il ne s’agissait pas de sortir d’une dictature pour entrer dans une
autre. Rajoelina est juste l’homme qui
s’est trouvé au bon endroit au bon moment, qui a compris très tôt que pour ne
pas se faire broyer, il valait mieux prendre le pouvoir.
Rajoelina a construit sa renommée et sa
richesse dans la publicité et la communication, créneau que personne n’avait
investi à Madagascar. Roi par le vide,
il fut clairement une menace pour
Ravalomanana qui chassait sur les
mêmes terrains : pub et contrôle des
médias pour un pouvoir économique
personnel. Alors qu’on lui interdit la
pose de panneaux publicitaires dans la
capitale, Rajoelina entre en politique,
et profitant de l’impopularité grandissante de Ravalomanana, ravit la mairie
d’Antananarivo (décembre 2007).
La présidence, dès lors, va rendre impossible le mandat du maire avec des
mesures rocambolesques comme les
coupures d’électricité dans les locaux
administratifs de la capitale, le déplacement de la capitale économique de l’île,

les voiries enlevées à la municipalité…
La fermeture de la station Viva, combinée à l’affaire Daewoo, fut la goutte de
trop. On connaît la suite. Prise de pouvoir
d’Andry Rajoelina sur des bases insurrectionnelles et de violence urbaine, l’armée
basculant de son côté.
Mais sitôt au pouvoir, Rajoelina commet
une erreur fondamentale : alliance avec
des politiciens notoirement corrompus
et adoptant des mesures qu’il était censé
combattre : tirs sur des manifestants,
arrestation d’opposants et de journalistes,
censures, dépendance pitoyable aux militaires pour gouverner… tournant déjà le
dos à ce désir de liberté profonde de la population malgache. Il est clair qu’une telle
situation ne peut se maintenir longtemps.
Rajoelina se retrouve donc comme les
autres personnalités politiques malgaches
à qui la population a confié leurs espérances de liberté.
Les conseils régionaux et la future conférence nationale seront décisifs, plus que
les élections présidentielles réclamées
par la communauté internationale, pour
écrire une autre constitution, pour rebâtir les codes électoraux et pour résoudre
la question de la réconciliation nationale.
Car quels crédits accorder à des élections
présidentielles qui se dérouleraient dans
les conditions actuelles ? Comment croire que le pays s’en sortirait indemne sans
répondre à ces désirs fondamentaux de
réelle indépendance ?
Pour l’instant, étonnamment, Andry Rajoelina ne semble pas l’avoir compris car
la Haute Autorité de transition se compromet, jour après jour, avec des actes de corruption et des abus d’autorité inquiétants.
Il est à parier que si Andry Rajoelina ne
réussit pas à répondre à ces questions, à
son tour, il devrait être éjecté du pouvoir
d’une manière bien malgache…
Cette crise illustre parfaitement le dilemme qui frappe le continent africain :
la révolte contre une dictature peut-elle
accoucher d’un régime légal soucieux
des intérêts de la Nation ? Et un régime
légalement institué garantit-il un exercice de pouvoir non corrompu ? Le défi
est de taille : parvenir à des institutions
stables qui tiennent compte des réalités,
de l’histoire et des rêves d’avenir du
pays…
Par Jean-Luc Raharimanana
Auteur de Za, éd Philippe Rey, 2008
Madagascar, 1947 (Vents d’ailleurs,
2007)
L’Arbre anthropophage, Gallimard, 2004.
Nour, 1947, Le Serpent à plumes, 2001.
Rêves sous le linceul, Le Serpent à plumes, 1998.
Le prophète et le président, théâtre (1989)

No 182 n Juillet-août 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Afrique des Grands Lacs

Main dans la main
Si la montée en puissance
d’un développement
économique concerté entre
États voisins semble être un
préalable incontournable à
la stabilité de la sous-région,
la présence industrielle
étrangère s’accommode
mieux de la concurrence
entre les pays que d’une
négociation face à un
interlocuteur unique

L

e spectaculaire rapprochement
rwando-congolais du début de
l’année, les prises de position
marquées – et remarquées pour celle de
Nicolas Sarkozy en janvier – de la communauté internationale prônant l’émergence d’un marché commun régional, la
soudaine fébrilité des bailleurs de fond
bilatéraux et de divers investisseurs : il
se passe quelque chose dans la région
des Grands Lacs. De toute évidence, les
lignes politiques classiques se sont effacées derrière une nouvelle donne économique : un changement de braquet
dans l’exploitation du Kivu. Les indices
s’accumulent, et l’un des derniers n’est
pas le moindre.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, les
scientifiques connaissent les facultés des
eaux du lac Kivu. Le paradis ou l’enfer.
En plus de générer, par un processus biologique complexe de grands volumes de
méthane dissous dans ses profondeurs,
le lac est limnique. C’est-à-dire qu’il se
garnit de CO2, par les cheminées sousmarines du volcan Nyiragongo dominant
Goma. Ce gaz carbonique, présent lui
aussi dans des proportions gigantesques
(150 km3), menace la région toute entière
d’un véritable cataclysme, s’il venait à
s’échapper comme ce fut le cas au Cameroun en août 1986 avec le lac Nyos
(1 800 morts).
Au Kivu, la quantité de CO2 est mille
fois plus importante et la zone surpeuplée. Une commission de l’ONU avait
estimé, en 2002, que cette catastrophe
naturelle potentielle pourrait être l’une
des plus importantes du globe.
Tout au contraire, le méthane contenu
dans l’eau se trouve être une vraie richesse. Une de plus pensera-t-on, capable de
générer de nouvelles convoitises.

Son volume de 65 milliards de m3 est en effet
assez important pour
justifier un pompage
industriel. Mais la frontière Rwanda/RDC qui
partage le lac a été,
ces dernières années,
l’obstacle principal à
l’extraction. Alors que
la présence du gaz est
attestée depuis 1937,
un premier projet fut
établi en 1963, entre
les deux pays, pour sa
récupération.
À l’époque, les technologies de pompage
et «d’ex-solution »
étaient mal maîtrisées,
très coûteuses.
Le développement du
Kivu était surtout la
dernière priorité de
Mobutu. En 1975 une nouvelle convention (dite de Bukavu) tenta de relancer
l’entreprise. Il y eut quelques prospections sans suite. Il est vrai que l’enclavement du lac motivait peu d’industriels
internationaux, l’exportation du gaz ne
pouvant se faire que par camions ou par
un oléoduc à construire. Personne ne
s’engagea.

120 millions de m3 de gaz
renouvelé chaque année !
Le génocide des Tutsi de 1994, les guerres du Congo, et l’affrontement par rébellions interposées opposant Kigali à
Kinshasa interdirent pendant quinze ans
toute relance du projet. Pourtant, l’absence d’approvisionnement électrique
des pays riverains du lac reste toujours
un obstacle majeur au développement.
En plus de quelques ouvrages nationaux, une seule grande centrale hydroélectrique (Ruzizi 2) pourvoie la région
autour de Bukavu, Goma, le Rwanda et
Bujumbura au Burundi. Son exploitation est confiée à Sinélac, société transétatique, placée sous la tutelle de la
Communauté économique des pays des
Grands Lacs (CEPGL).
La redistribution politique en cours
aurait logiquement dû voir cette même
Communauté – «réveillée» par Louis
Michel en 2006 après quinze ans de silence pour cause des guerres précitées
– reprendre autorité sur le développe-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-août 2009 n No 182

ment énergétique régional. Pourtant,
c’est bien un simple accord bilatéral qui
fut dévoilé par Kigali le mois dernier,
liant le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) pour le financement d’une usine d’extraction à Gisenyi, d’un oléoduc vers Kibuye où sera
bâtie une centrale électrique de cent
mégawatts. Le vieux projet de l’extraction et de l’exploitation du méthane
pour la production électrique se trouve
donc concrétisé. En réalité, dès 2006,
une société française, Data Environnement, spécialisée dans l’extraction des
gaz dissous, associée aux Israéliens de
Ludan Engineering, avait été engagé
par l’Upegaz (Union de production et
d’exploitation du gaz du lac Kivu), et
la Rec (Rwanda Energy Company) pour
jalonner ce projet et bâtir une première
micro centrale expérimentale de quatre
mégawatts. Le schéma qu’ils ont développé est largement séduisant.
En effet, le gaz se renouvelle de 120 millions de m3 chaque année et la consommation réclamée par la prochaine centrale sera inférieure. La région possède donc
là une source électrique inépuisable.
Si l’on ajoute que Goma et Bukavu nécessitent quarante mégawatt pour être
correctement approvisionnées, sans coupure, on mesure que le projet est à même
de moderniser largement la zone.
Une société américaine, Contourglobal,
vient de décrocher le marché d’un mon-

tant annoncé de 325 millions de dollars.
Une concession de vingt-cinq ans a été
accordée par les deux États riverains
sans que les détails de la convention les
liant à Contourglobal ne soient encore
très clairs. Il est évident, que l’initiative
du projet revient au Rwanda, très volontariste en la matière, et il n’y a pas là
matière à scandale bien au contraire.
Cependant, la mise en œuvre de Kibuye 2 hors d’un cadre économique régional, pourrait bien consacrer de graves inégalités. Le Burundi se retrouve
ainsi exclu du projet, et même si le
Rwanda pourra lui vendre son courant
électrique, le rapport de force ne sera
pas favorable au gouvernement de Bujumbura.
Il en est de même pour les zones rurales
du Kivu, où le transport électrique nécessitera d’importants investissements,
forcément négociés dans un cadre bilatéral, avec de fortes contreparties prévisibles.

Les multinationales à l’affût
Dans le contexte actuel, la montée en
puissance d’un développement concerté
entre États voisins semble être un préalable incontournable à la stabilité de la
sous-région. Or on le voit, la présence industrielle étrangère s’accommode mieux
de la concurrence entre les pays que
d’une négociation face à un interlocuteur unique, comme pourrait l’être cette
communauté des Grands lacs. De fait, les
marchés à venir ne manquent pas.
Le sous-sol du Kivu n’a encore rien livré de son cuivre et de son nickel. Les
entreprises occidentales sont là, toutes
prêtes à se partager le gâteau, chacune
dans sa spécialité. Ainsi, le groupe
Bolloré gère déjà le port sec de Dar-esSalam. Fort de cette base logistique, on
ne peut sérieusement exclure son intérêt
pour le futur train Kivu/océan Indien,
alors même que le groupe français revendique sa suprématie africaine sur les
«corridors de transport africains».
Et puis, il y a le pétrole du lac Albert,
les surfaces arables à dédier aux agrocarburants et, encore et toujours, le
wolfram, le pyrochlore, le tantale, la
cassitérite… Face à la poursuite annoncée d’une prédation de plus d’un siècle,
c’est, plus que jamais, d’union que la
région a besoin.
La France, après s’être subordonnée au
plan de paix « Cohen/Obama », saura-telle faire preuve de constance et appuyer
la nécessaire constitution d’une communauté politique des Grands lacs ?
Ou, comme souvent, va-t-elle plutôt privilégier ses seuls intérêts économiques ?
Vincent Munié

Golfe de Guinée

Bataille de requins
Avec la nouvelle ruée sur
les matières premières et
les cultures industrielles
en Afrique, la bataille pour
le contrôle des ports de la
côte du golfe de Guinée est
chaude. Comme en témoigne
le dernier épisode de la
guerre opposant, au Togo,
Progosa au groupe Bolloré.

L

’enjeu est de taille : celui qui
tient le guichet de tout ce qui sort
d’Afrique s’assure un jackpot.
On sait que ce secteur est recherché en
priorité par Bolloré qui s’est vu adjuger
l’exploitation du port de Douala au Cameroun – adjuger est un bien grand mot
puisqu’il est, au Cameroun, sous le coup
d’une plainte pour « favoritisme et corruption » déposée par son rival Jacques
Dupuydauby, patron de Progosa – puis
celui de Pointe-Noire au Congo Brazza
et qui vient d’emporter de haute lutte
un des plus convoités, celui de Lomé au
Togo, port en eau profonde et siège d’une
zone franche très profitable.
Pour cela, il a réussi un coup de force
contre le titulaire actuel de l’exploitation, Jacques Dupuydauby justement, un
de ses anciens collaborateurs devenu patron de Progosa, société espagnole.
La bataille pour le port de Lomé a connu
déjà des épisodes à rebondissements. Dupuydauby, bien en cour sous le général
Eyadéma, conseillé par l’homme orchestre du régime, Charles Debbash, emporte
le premier round. Le port de Lomé est
alors contrôlé par Kpatcha Gnassingbé,
qui en recueille d’importants dividendes. Au début de la présidence de Faure
Gnassingbé, deux collaborateurs de Bolloré sont même incarcérés pendant quelques jours pour «corruption».
Après la chute de Kpatcha et, l’intervention de Sarkozy – on a en effet, lors
du sommet de Lisbonne, pu l’entendre
conseiller à Faure Gnassingbé de prêter une oreille favorable aux propositions du groupe français – retournement
de la présidence togolaise, qui déclare
la guerre à Progosa et accorde ses dépouilles à Bolloré.
Bolloré veut faire de Pointe-Noire le
grand port de l’Afrique équatoriale, débouché pour l’exploitation de la Centra-

frique et de la République démocratique
du Congo (RDC), aux immenses ressources. Trois autres projets ont la même
ambition. Le Cameroun veut créer, près
de Kribi, débouché du pipe-line qui amène à la mer le pétrole du Tchad, un port
en eau profonde, où pourront accoster
les gros porte-containers. Les appels
d’offres pour ce gros projet, d’un coût de
282 milliards de Francs CFA, viennent
d’être lancés. La Banque africaine de
développement (BAD) l’Aide française
au développement (AFD), la Banque des
États d’Afrique centrale (BDEAC) se
sont engagées pour le financer.
Le port de Douala est situé en effet dans
l’estuaire du Wouri, qui ne peut être remonté que par des cargos de taille modeste, même si son principal atout est
d’être relié par le chemin de fer à l’intérieur du pays jusqu’à Ngaoundéré. On
prête à Bolloré le projet de prolonger
ce chemin de fer jusqu’en Centrafrique
pour désenclaver ce pays sans débouché
maritime.
La République démocratique du Congo
(RDC) n’est pas en reste et a la même
ambition régionale pour le site du port
de Banana, tandis que la Guinée équatoriale, qui dispose de moyens quasi
illimités, veut faire de Malabo le grand
débouché de l’Afrique centrale. Cette
Afrique centrale où les projets miniers
se multiplient concernant le fer, la bauxite, le nickel, le cobalt.
Plus que jamais la course est ouverte
à qui saignera le mieux l’arbre africain. Tout converge en effet vers les
ports. Il s’agit d’évacuer au plus vite
les ressources du sol et du sous-sol.
Par contre, on ne signale aucun projet
concernant les habitants et la vie de ces
régions qui ne récolteront que les nuisances de ces transports, qui vont saccager leur territoire.
Mais qu’est-ce qu’on peut faire avec eux,
qui sont si peu rentables. Qu’ils s’estiment heureux. Le temps est passé où on
se pourvoyait en esclaves sur ces mêmes
côtes. On en est aux matières premières.
On n’arrête pas le progrès.
Odile Tobner
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No 182 n Juillet-août 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Mauritanie

Élections faisandées à la sauce de la
Guéant, Balkany, Bourgi,
comment la Françafrique
version Sarkozy prépare
en coulisses la légitimation
dans les urnes du putschiste
Abdel Aziz.

D

epuis deux mois, la joute entre les
putschistes et leurs opposants se
poursuit. À chaque semaine son incident. Pourtant début juin, les négociations
de Dakar aboutissaient à un report, au 18
juillet, de l’élection présidentielle initialement
prévue le 6 juin. Côté jour, la junte militaire
et les opposants au putsch (FNDD et RFD)
sont tombés d’accord avec les bons offices
du président sénégalais Abdoulaye Wade et
du Groupe de Contact international (GCI).
Côté obscur, ce sont les cercles françafricains
en cour à l’Élysée, qui ont poussé le putschiste et candidat à la présidentielle, Abdel Aziz,
a accepter le report de l’élection.
Mais cet accord de Dakar vaut légitimation
et signifie surtout la non-condamnation
des putschistes. Pis, ils se présenteront à
l’élection présidentielle avec quelques
bons atouts en mains. Ils ont ainsi imposé un report de seulement quarantecinq jours, alors qu’eux-mêmes étaient
en campagne depuis plusieurs mois déjà,
qu’ils piochent allégrement dans les caisses publiques et utilisent les moyens de
l’État pour faire campagne. Cela continue
d’ailleurs : même s’il a officiellement démissionné de l’armée, Abdel Aziz utilise
la flotte aérienne militaire à des fins électorales. Par ailleurs, aucune nomination
faite par la junte n’a été annulée, ni aucun
militaire putschiste démis de son poste de
commandement...

Les putschistes
gagnent du temps
Dans le gouvernement d’union nationale
(GUN), le camp d’Abdel Aziz a aussi la
part belle : le poste de Premier ministre
et la moitié des fauteuils ministériels lui
reviennent, ainsi qu’un tiers des sièges de
la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Pourtant, les putschistes font tout pour
perturber cette période de transition. Une
vraie guerre d’intoxication : ils ont tergiversé pour la signature finale de l’accord,
gagnant ainsi quelques jours, puis ils sont
revenus sur la mise sous tutelle du Haut
Conseil d’État, le HCE (instance déci-

sionnelle de la junte), grappillant à nouveau deux semaines.
Pendant ce temps, les listes électorales ne
sont pas révisées, alors que seuls les proputschistes s’étaient inscrits pour le 6 juin,
comme sans doute, nombre d’électeurs
fictifs ou capables de voter à plusieurs endroits... De la même façon, le personnel
qui devra s’occuper de tout le processus
électoral n’est ni recruté, ni formé.
Face à de tels retards et des délais aussi
courts, les opposants au putsch estiment
désormais qu’il est impossible d’organiser
un scrutin dans des conditions satisfaisantes. Alors que le tout nouveau gouvernement d’union nationale n’avait rien décidé, le Premier ministre a tout de même
signé et a fait circuler dans les médias
d’État un décret « convoquant le collège
électoral pour l’élection du président de
la République prévue le 18 juillet 2009 »,
obligeant le FNDD et le RFD à en appeler
au conseil constitutionnel !

La Françafrique
œuvre en coulisses
Le but de ces manœuvres n’est pas de bloquer l’élection, mais de gêner suffisamment sa préparation. La junte pourra ainsi
rester sur les bases qu’elle avait posées
pour le 6 juin... la fraude n’en sera alors
que plus facile.
Or la junte bénéficie d’un allié de poids, la
Françafrique. Tout d’abord, l’ambassade
de France à Nouakchott n’a pas démenti
les multiples accusations faites à son Premier secrétaire, Jean-Michel Antona, pour
son rôle de conseil auprès d’Abdel Aziz.
Ensuite, lors d’un voyage privé à Paris,
le 12 juin, ce dernier a même reçu, dans
son hôtel, le chef des renseignements extérieurs français (DGSE), Philippe Erard
Corbin de Mangoux, puis un très proche
de Nicolas Sarkozy, Patrick Balkany, qui
servirait également d’intermédiaire entre
un homme d’affaire kazakh et la junte.
Le lendemain, ce fut le tour de Claude
Guéant, secrétaire général de l’Élysée,
de Robert Bourgi, qui fait partie de ces
«émissaires officieux qui n’ont d’autre
mandat que celui qu’ils s’inventent » et
le très riche et influent Mohamed Bouamatou.
Tous auraient assuré de leur soutien l’exgénéral avec le message qu’une élection
dans des conditions «passables » serait
acceptée à Paris... les hautes autorités
hexagonales assurant ensuite une recon-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-août 2009 n No 182

naissance internationale au putschiste
«élu».
La semaine suivante, le général Ghazouani, son bras droit, débarquait à Paris pour
assister au salon du Bourget et y acheter
quelque matériel militaire, français sans
aucun doute...

«Barbouzes et services»
Plus grand monde n’est dupe du manège
des responsables français, ainsi à l’Assemblée nationale française, le député
UMP, François Grosdidier, a été très critique (lire page suivante). Le député PS,
François Loncle a enfonçé le clou, indexant nommément les Claude Guéant,
Patrick Balkany, Robert Bourgi, les «barbouzes » et les « services », comme les
instigateurs du soutien élyséen aux putschistes mauritaniens...
Malgré tout, le jeu politique mauritanien
est loin de se décanter. Ely ould Mohamed
Vall s’est déclaré candidat, il devrait prendre des voix à son cousin, Abdel Aziz,
parmi les notables tribaux traditionnels
et leur clientèle. Vall est souvent présenté
comme pro-français et paraît plus politiquement correct : après avoir été à la tête
du putsch de 2005, il a cédé le pouvoir
aux civils. Il fut pourtant le numéro 2 du
dictateur Taya pour lequel il dirigeait les
renseignements et la police et est donc, à
ce titre, coresponsable des crimes du régime.
En plus des trois candidatures bidon qui
s’étaient déclarées pour le 6 juin, nombre
de candidats sont sans envergure. Seuls
trois sont significatifs. Tout d’abord, Ahmed ould Daddah, leader du RFD, mais
qui devrait payer son inconsistance en
ayant d’abord soutenu le putsch avant de
finir dans le camp de ses opposants. Jemil ould Mansour, ensuite, tête de liste
des islamistes modérés et opposant, dès
le début, au coup de force. Enfin, le candidat unique du FNDD, hors les islamistes, Messaoud ould Boulkheir. C’est le
véritable poids lourd des démocrates:
actuel président de l’Assemblée nationale
mauritanienne, chef de file du parti APP,
opposant historique au régime Taya (son
parti fut interdit deux fois) et leader de la
communauté des anciens esclaves (Haratin). Il a également su se poser, face au
putsch, en homme d’État responsable.
Toutefois, l’assassinat d’un Américain
travaillant pour une ONG et revendiqué
par Al Qaeda embrouille encore davanta-

Françafrique
ge la situation. Car de deux choses l’une,
ou bien les militaires et leur junte sont
incapables d’assurer la sécurité du pays,
ou bien cet assassinat arrive, à nouveau,
à point nommé pour faire comprendre à
la communauté internationale que seul
un pouvoir fort saura contenir la menace
terroriste. Tout en mettant un petit coup
de pression sur les États-Unis jugés trop
rétifs aux putschistes.
Pour l’instant tout est suspendu au report
ou non du scrutin et si celui-ci a lieu, à
l’ampleur de la fraude et aux réactions
des uns et des autres. Il y a tout de même
fort à parier que l’opposition ne se laissera pas faire...
Issa Bâ
issaba.mr@gmail.com

Services compris
L’Assemblée nationale a voté, le 18 juin,
la loi de programmation militaire (LPM)
2009-2014, qui étend le secret défense à
19 lieux (tandis qu’il était jusqu’ici limité
à des documents). Elle crée ainsi des «zones de non-droit législatif où les magistrats ne pourront jamais entrer», selon
les dires mêmes du député UMP Jean-Luc
Warsmann, président de la commission
des lois ; celle-ci était clairement opposée
à cette mise sous cloche de ce que l’exposé des motifs de la loi appelle les «services administratifs sensibles ou certains
locaux d’entreprises privées intervenant
dans le domaine de la recherche ou de
la défense ». Plus de perquisition possible sans s’être préalablement assuré de la
présence du président de la Commission
consultative du secret de la Défense nationale (CCSDN) : en clair, tant que les
juges d’instruction existent encore, on
s’assure qu’ils ne puissent plus travailler
sur les dossiers chauds.
Mais au passage, la LPM confirme la reprise en main par l’Élysée des Services,
déjà initiée lors de la fusion DST-RG pour
créer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Le blog du Monde
diplomatique évoque en effet la création du
«Conseil de défense et de sécurité nationale, présidé par le chef de l’État, et d’un
Conseil national du renseignement chargé
de piloter les différents services, également
à partir de l’Élysée».
Notre hyper-président renforce ainsi son
rôle de grand patron des barbouzes…

« Seule la démocratie

politique garantit
la démocratie sociale »
C’est ce qu’a déclaré, le
2 juin, François Grosdidier,
député UMP, à propos de
la situation en Mauritanie,
égratignant la doctrine
française « de la stabilité » et
l’interférence des réseaux.
Un vrai discours dissonant ?

D

ans une question écrite, déposée le
3 juin dernier, le député UMP de la
Moselle alertait Bernard Kouchner
sur la situation politique de la Mauritanie
après le coup d’État, du 8 août 2008, et à la
veille du scrutin planifiée alors par la junte
au 6 juin (avant son report) qualifié par le député de « simulacre d’élection ».
La veille, le député, plutôt connu pour ses
postures sécuritaires et droitières (on se
souvient des procès qu’il avait intentés à
quelques rappeurs français) avait participé à
une rencontre organisée à l’Assemblée nationale à l’initiative de forces démocratiques
mauritaniennes et de députés français de la
majorité et de l’opposition (François Loncle
et George Pau-Langevin du PS, Maxime
Gremetz, PCF). Au cours de cette rencontre,
le président légitime Abdallahi avait pu délivrer, par vidéo interposée, un message de
mobilisation et un appel au retour du droit
constitutionnel relayé par François Grodidier dans sa question au ministre.
Dans son interpellation, François Grosdidier souhaite que celui-ci «lui confirme
la fermeté de la position française, exprimée clairement par le président de
la République française, mais que des
informations publiées par la presse ont
pu brouiller : interventions officieuses
de représentants d’intérêts français, déclarations du représentant de la France
complaisantes pour la junte... ».
Il demande également «si la France reconnaîtra bien comme nulle et non avenue
l’élection prévue le 6 juin, juridiquement anticonstitutionnelle et factuellement truquée »
et « quand la France et l’Union européenne
s’aligneront, dans les faits, sur la position
ferme de l’Union africaine et des États-Unis,
en mettant en œuvre des sanctions individuelles contre les membres et les soutiens de
la junte, seules mesures de nature à les faire
céder tant leur action est plus mercantile
qu’idéologique». Ces propos font écho aux

déclarations tenues la veille à l’assemblée
par le député, souvent en décalage avec la
politique menée par la majorité RPR/UMP
à laquelle il appartient depuis 1995. Quand
Grosdidier affirme ainsi que «seule la démocratie politique garantit la démocratie
sociale [qu’elle est] la condition même du
développement du continent» et qu’il est
«important pour l’Europe d’avoir des démocraties apaisées en Afrique», on note la
différence avec le discours relativiste tenu
par Jacques Chirac en Tunisie affirmant
que le premier des Droits de l’homme est
«de manger et d’être soigné», ce que Nicolas Sarkozy n’a jamais contesté devant le
président Ben Ali.
En déclarant que «le fondamentalisme
se combat par la démocratie, pas par les
dictateurs car les armes renforcent le fondamentalisme » Grosdidier égratigne également (peut être involontairement) la doctrine d’intervention de la France au Tchad,
censée, selon l’expression utilisée par
les cabinets de Kouchner et de l’Élysée,
«contrer le fondamentalisme soudanais».
De même en alertant sur le fait
qu’«autoriser un putschiste, c’est créer
une dangereuse jurisprudence», le député semble se désolidariser de l’agitation
diplomatique orchestrée par Joyandet et
ambassadeurs interposés à Madagascar, en
Guinée et bien sûr en Mauritanie.
Ces propos nous informent-ils de la volonté de certains députés UMP d’égratigner le
modèle de la Françafrique «décomplexée»
ou au contraire, vu le peu de réactions suscitées, ne font-ils que confirmer le rôle et
l’influence très négligeable des parlementaires sur les questions diplomatiques ? Il
n’est, en effet, pas rassurant de constater
que ce qui pourrait suffire à congédier un
secrétaire d’État, un ambassadeur ou un
conseiller ministériel reste sans incidence
s’agissant d’un député (par ailleurs «bon
soldat» de l’UMP), qui affirme en public
dans un sursaut de lucidité « connaître
trop bien la politique africaine de la France pour savoir qu’il y a souvent des intérêts
parallèles et non officiels ».
A moins que ces déclarations n’aient été
que des contre-feux destinés à préparer et
annoncer les «évolutions» de la position
française sur la situation mauritanienne, le
report du scrutin ayant été annoncé dans la
foulée.
Pierre Rohman

No 182 n Juillet-août 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Niger

Un silence coupable
C’est un silence lourd de
signification que la France
observe à propos de
l’évolution politique de ces
dernières semaines au Niger.
Silence coupable, silence
révélateur de l’idée que se
fait Nicolas Sarkozy de la
démocratie dans des pays
riches… en ressources.

C

ar lorsqu’il s’agit d’émettre un jugement, ou au moins des réserves,
sur ce que l’on peut qualifier de
«coup d’État institutionnel » du président nigérien Mamadou Tandja, personne
à l’Élysée n’en prend la responsabilité.
En comparaison, la Cedeao, le Canada,
les États-Unis ont fermement condamné
la volonté de Mamadou Tandja d’organiser un référendum en vue de modifier la
Constitution, référendum qui lui permettrait de prolonger son mandat ou de se représenter indéfiniment.
Un rappel des faits semble nécessaire. Le
8 mai dernier, vingt-trois députés de l’Assemblée nationale du Niger ont saisi la
Cour constitutionnelle pour avoir son avis
sur le projet de référendum annoncé par le
président Tandja. L’avis, défavorable au
chef de l’État, tombe le lundi 25 mai.
La réplique est cinglante, l’Assemblée nationale du Niger est dissoute dès le lende-

main, le 26 mai. Passant outre
l’avis de la Cour constitutionnelle, Tandja annonce la tenue d’un référendum pour le
4 août et constitue une équipe
pour réécrire la Constitution.
Les condamnations internationales pleuvent et la France
se tait. Le 5 juin, à la suite de
l’interpellation de l’Élysée
Mamadou Tandja - Son projet de réferendum en vue de
par Survie et l’Association modifier la constitution a reçu un avis défévorable de la
des chrétiens pour l’abolition
Cour constitutionnelle
de la torture (ACAT), le porte-parole du ministère des Affaires étran- référendum et le Conseil de la République
gères, Rémi Maréchaux, déclare laconi- refuse au président le droit de légiférer par
quement : «à ce stade nous ne disposons ordonnance. Plusieurs manifestations ont
pas d’informations sur le contenu du lieu dans la capitale, Niamey.
projet de Constitution qui sera soumis à À Dosso, sis à 140 km au sud-est de Niaréférendum. Nous avons noté que la Cour mey), des partisans anti-référendum ont
constitutionnelle a considéré comme in- empêché une réunion des proTandja en
constitutionnelle une éventuelle modifica- s’attaquant au siège du gouvernorat et au
tion des dispositions relatives à la limita- palais du chef de province. Pour une fois,
tion du nombre de mandats présidentiels. la propagande gouvernementale assénée
Nous sommes naturellement très attentifs continuellement sur les télés et radios
au respect de l’ordre constitutionnel et de nationales ne parvient pas à convaincre.
la démocratie au Niger ainsi qu’à la sta- Mamadou Tandja recule provisoirement
bilité de ce pays».
le 20 juin, renonce à son projet de référenDepuis, aucune autorité française n’a fait dum et fixe la date des élections législatide commentaire sur la situation politique. ves le 20 août prochain, respectant ainsi
Par contre, la mobilisation d’organisations les délais légaux. On verra bien vite qu’il
de la société civile, de partis politiques et ne s’agit là d’un renoncement provisoire.
des institutions contre ce projet de référendum est très forte.
Tandja s’octroie
La Commission électorale nationale in- les pleins pouvoirs
dépendante (CENI) refuse d’organiser le Cinq jours plus tard, Tandja demande à la
Cour constitutionnelle de se déjuger de sa
décision d’invalidation du référendum, ce
qu’elle refuse de faire. En quarante-huit
heures la crise politique va s’accélérer
brutalement. Le même jour, le 25 juin, le
leader de la Convention démocratique et
sociale (CDS), deuxième parti du pays,
Mahamane Ousmane, président déchu de
l’Assemblée nationale dissoute, décide
de quitter la coalition gouvernementale et
fait démissionner les huit ministres de son
parti. Le vendredi 26 juin le président nigérien Mamadou Tandja décide, seul contre
tous, de poursuivre l’épreuve de force. Au
cours d’une allocution télévisée, Mamadou Tandja déclare «activer l’article 58
de la Constitution» qui, lorsque «l’indépendance de la République est menacée»,
permet au président de gouverner par le
biais d’ordonnances et décrets.
Tout est dit. Voyant l’impasse juridique et
le blocage institutionnel se préciser, Tandja confirme son coup d’État constitutionnel et se dote lui-même des pleins pou-

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-août 2009 n No 182

À (ne pas) lire
voirs. Les masques tombent, Tandja passe
en une journée du costume de président
élu à celui de dictateur. Maintenant c’est
clair, la France ne pipe mot et soutient un
dictateur de plus en Afrique pour la seule
préservation de ses intérêts économiques.
Mais qu’est ce qui avait décidé, début mai,
Mamadou Tandja à se déclarer pour un
changement de Constitution lui ouvrant
la voie à un troisième mandat, alors que
le projet de prolongation de mandat était
affirmé depuis de nombreux mois ? Ses
principaux rivaux, dont l’ancien Premier
ministre Hama Amadou, étant, de plus,
tous écartés de la course à la succession.
Pourquoi cette annonce a-t-elle été faite à
ce moment précis ?
La réponse est évidente. Le Niger est le
pays d’Afrique qui a connu, en 2008, le
taux de croissance de son PIB le plus élevé d’Afrique avec 9,5%. Les investissements et les retombées attendus dans les
secteurs miniers et pétroliers ne cessant
d’attirer toutes les convoitises. Le président et son entourage proche ne veulent
pas passer à côté.
En ce qui concerne la France, elle n’était
plus le seul pays en lice dans la course
aux ressources du sous-sol nigérien. La
Chine, le Canada, l’Afrique du Sud et
bien d’autres pays, ont, eux aussi, tout
tenté pour permettre à leurs entreprises
d’accéder à ces gisements. Mamadou
Tandja a joué pendant quelques mois de
cette concurrence nouvelle pour affirmer
ses positions face à la France, gagnant
son silence sur les exactions commises
par l’armée dans le nord du pays, sur l’enfermement durant dix mois d’un ancien
Premier ministre pourtant réputé proche
de Sarkozy et sur les reports multiples des
élections locales.

La France avide d’uranium
Les discours à la gloire du président Tandja chantés continuellement pendant des
mois dans la quasi-totalité des médias
n’ont pas manqué non plus. Un battage
lui demandant de rester au pouvoir après
la fin de son mandat pour parachever ses
«grands chantiers» : deuxième pont à
Niamey, raffinerie de Zinder, port sec de
Dosso, Imouraren, usine de phosphate de
Salkadamna, barrage de Kandaji sur le
fleuve Niger …
Mais, la France et Areva n’ont eu, en fait,
qu’à attendre pour saisir leur chance. Plusieurs facteurs ont contraint Tandja de revoir à la baisse ces prétentions : la guerre
dans le Nord du pays se prolongeant, la
mise en exploitation du pétrole nigérien
obtenue par les Chinois se faisant attendre
ou la contestation du projet de prolongation du mandat présidentiel qui se faisait
de plus en plus ouverte.

La France voyait donc sa domination sur le
Niger se renforcer sans avoir presque rien
concédé sur les conditions d’exploitation
du minerai d’uranium. La signature du
contrat avec Areva de la mine d’uranium
géante d’Imouraren, le 9 janvier dernier,
la visite de Nicolas Sarkozy fin mars au
Niger, la pose de la première pierre sur le
site le 4 mai, et l’annonce par Areva d’investissements pour un montant d’1,5 milliard de dollars sur le site lui-même, (ce
qui représente l’un des plus grands investissements industriels jamais réalisés en
Afrique de l’Ouest), ne sont pas étrangers
à l’instabilité politique actuelle du Niger. Car une fois la certitude acquise que
Mamadou Tandja ne ferait pas obstacle à
la poursuite (pendant les trente prochaines années) de l’exploitation du minerai
d’uranium par la France au Niger, à des
conditions tout à fait favorables à Areva,
celle-ci ne pouvait que le remercier.

Tandja, grand démocrate
selon Sarko
Ce qu’elle fit dès le début de la bataille
constitutionnelle au Niger, en étant, au
mieux, économe de commentaires sur les
agissements du grand démocrate qu’elle
louait précédemment, et au pire, en validant par son silence, ce processus de
confiscation de la démocratie nigérienne.
D’ailleurs, les visites privées du puissant
ministre de l’Intérieur Albade Abouba et
du chef d’État-major particulier de Tandja, le général Mai Manga Oumara à
l’Élysée (venus défendre la justesse du
projet de référendum) confirment de l’excellence des relations entretenues entre le
président nigérien et Sarkozy.
On sait aussi l’importance de l’approvisionnement en minerai d’uranium pour
la France. Au Niger, ce minerai est la
première recette d’exportation du pays.
L’augmentation du prix de l’uranium
payé par Areva au Niger, en 2008, a
permis une augmentation du budget national de près d’un tiers. Les trois quarts
de ce surcroît de ressources a été investi
dans l’armement (achat d’hélicoptères de
guerre et drones…), et dans les primes et
salaires d’une armée aujourd’hui toujours
cantonnée dans le nord du pays pour «sécuriser» la zone minière et lutter contre
les différents mouvements rebelles encore
actifs.
Finalement, le partenariat « énergétique
et stratégique » de Mamadou Tandja et
Nicolas Sarkozy permet la poursuite d’un
pillage, humainement et écologiquement,
dévastateur. Un partenariat rapproché qui
n’hésite pas, non plus, à nier aux Nigériens le droit à vivre dans une véritable
démocratie.
Danyel Dubreuil

Au pilon !

C

’est le sort que mérite cet ouvrage,
Le Code Biya, commis récemment
par l’ancien directeur de la rédaction de France-Soir, François Mattei. Si la
situation générale du Cameroun n’était pas
aussi désastreuse après vingt-huit ans de règne sans partage de Paul Biya, on pourrait
sourire du contenu de cet ouvrage tout à la
gloire du président camerounais. Une commande où François Mattei multiplie les éloges façon Pravda. Sous sa plume trempée
dans le meilleur et le plus cher des miels,
la sagesse se fait chair et s’incarne dans
un homme : «Paul Biya n’a pas eu besoin de prendre de l’âge pour accéder
à la claire conscience des responsabilités, à la maturité, à la sagesse. Enfant et
adolescent, a-t-il jamais été «jeune», au
sens où on l’entend ? Il fut toujours attentif à ne rien faire qui ne soit, en pensée
ou en actes, parfaitement pesé, équilibré.
Le chemin parcouru, les obstacles surmontés, et le bonheur retrouvé lui donnent enfin la possibilité d’atteindre à la
vraie jeunesse : celle des esprits libres.
Il ne connaît ni la fatigue, ni la lassitude,
ni la routine des horaires. (…) Se présider avant de présider les autres , telle
pourrait être la devise de Paul Biya.»
Paul Biya est donc doté d’une sagesse
extraordinaire (comme Bongo) et des
qualités inhérentes aux grands esprits.
Qui plus est, en dépit de ses 76 ans, il
aurait conservé la robustesse de son adolescence. Jeune, il était vieux, vieux, il
redevient jeune.
Il ne reste plus qu’à demander à ces sujets du prince de lui accorder un énième
«mandat » en 2011, et pour l’éternité.
Mattei a rencontré le Messie en personne : « Ma journée se déroule de manière
à ce que je puisse considérer à chaque
instant, non seulement que je remplis
mon devoir, mais aussi et surtout que
j’apporte une réponse de bon augure
à la question : «Quel Cameroun, voulons-nous pour nos enfants ? » (…) Mon
épouse et mes enfants savent qu’il n’y a
pas plus grand bonheur que de servir le
Cameroun et de rendre les Camerounais
heureux. Ils savent que notre famille,
c’est le Cameroun. En me consacrant au
Cameroun, c’est aussi à eux que je me
consacre.»
Un messie fainéant connaissant mieux les
parcours de golf que le Conseil des ministres et dont la fortune est proportionnelle
à la misère des Camerounais. Mais Paul
Biya est aussi sage que généreux avec qui
sait le flatter.
Emmanuel Afiri

No 182 n Juillet-août 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11

À voir

Olivia Ruiz sankariste ?

Le Sénégal, au bord
de la faillite

a sortie de son nouvel album en
avril et le début d’une tournée a
généré une importante campagne
médiatique selon la loi du genre pour
cette jeune chanteuse en pleine ascension. Non sans quelques surprises.
Ainsi, à la question «si, d’un coup de
baguette magique, tu pouvais changer quelque chose dans le monde,
ce serait quoi ? » Olivia répond :
« Je ressusciterais Thomas Sankara, le président du Burkina Faso
qui fut assassiné en 1987 lors d’un
coup d’État. Cet homme rendait les
Africains fiers et il manque cruellement aujourd’hui» (Métro du 28 mai
2009).
Peu avant la sortie de son album, Olivia Ruiz est partie une semaine au Burkina pour soutenir son frère Toan qui
s’est lancé dans un projet humanitaire et
artistique. Il s’agissait d’enregistrer des
rappeurs burkinabé, de les présenter et de
mettre en ligne leurs morceaux que l’on
peut télécharger gratuitement sur un site
réalisé par Orange et Sony Ericsson sur
lequel on peut aussi envoyer des fonds
pour le projet du petit frère…
L’enregistrement a été réalisé dans les
studios Abazon de Smockey, producteur et rappeur très en vue dans son

Voilà un publi-reportage bienvenu pour
les caisses de l’hebdomadaire Valeurs actuelles (25 juin 2009). Le Sénégal s’est en
effet offert un dossier de plusieurs pages
très flatteur sur l’action de son président
Abdoulaye Wade et sur «la stratégie de
croissance accélérée du gouvernement
sénégalais qui se traduit par des progrès
remarquables dans les domaines de l’agriculture, des infrastructures, de l’industrie,
des télécommunications et de l’exploitation des matières premières ». La réalité
est évidemment bien plus distanciée. Il
s’agit plus sûrement pour le Sénégal de
faire oublier sa situation financière extrêmement critique. Les caisses sont vides et
Dakar se démène dans les émirats du Golfe
mais aussi à Paris pour trouver d’urgence
des financements. En décembre dernier,
l’agence française de développement
(AFD) avait signé un accord de prêt de
125 millions d’euros au Sénégal (Billets
d’Afrique n°176, janvier 2009) vertement
critiqué par l’ambassadeur de France de
l’époque, Jean-Christophe Rufin. Un montant très substantiel qui devait apurer une
dette intérieure très lourde, celles des finances publiques et celles dues aux entreprises, notamment françaises. Il faut croire
que cela n’était pas suffisant.
Raphaël De Benito

L

pays. D’autres artistes connus pour leur
engagement comme Obscur Jaffar ou
Faso Kombat ont participé à l’aventure non sans une certaine perplexité
selon ce que nous savons.
Avec de telles fréquentations, les déclarations d’Olivia Ruiz surprennent
déjà moins. Promotion de rappeurs
burkinabé, projet humanitaire, campagne d’images de deux multinationales… Mélange des genres direz-vous ?
Nos demandes d’explication sont restées sans réponses. Mais Olivia Ruiz
ne cache rien des pratiques entre multinationales et artistes.
Trois mois après un séjour de Toan, ditelle : «…Sony et Orange me proposent de financer le projet humanitaire
de mon choix en échange de ma tronche
et de mon album espagnol pour vendre leur téléphone » (Interview dans
l’HD du 28 mai 2009). Ainsi, profitant
de la générosité, du frère et de la sœur,
Orange et Sony Ericsson, se sont payé
une publicité peu coûteuse, utilisant
l’image d’Olivia Ruiz, sous couvert de
financer un projet humanitaire et artistique, puisqu’ils bénéficient ainsi d’une
réduction d’impôt de 60% des sommes
engagées.
Bruno Jaffray

Bulletin d’abonnement

Billets d’Afrique et d’ailleurs
Édité par Survie, 210, rue Saint-Martin - 75003 Paris. Tél.: 01 44 61 03 25
11 numéros par an pour tout savoir sur la face cachée de la politique de la
France sur le continent africain et les jeux troubles de la «Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux
faits de l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique
originale.
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-août 2009 n No 182

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