Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs
I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 LES BRÈvES DE LA FRANÇAFRiQUE Incitation à la rébellion - Et moi, et moi,
et moi…- Elections, piège à c…- Sarko
demandait Haroun, il a eu Tourabi Meilleurs vœux - Dakar, première étape
pour Karim Wade
Éditorial
Incitation à la rébellion
D
ËP. 12 DiSPARiTiON Jean Carbonare, une vie
pour l’Afrique
Jean Carbonare, président de Survie de
1988 à 1994 et militant résolu contre la
Françafrique, celui qui a incarné la conscience de la France face au génocide des
Tutsi du Rwanda s’est éteint le 17 janvier
009.
éfendre sa liberté, ses droits, les droits du peuple et les droits de l’homme, ce n’est
plus un droit et un devoir, c’est un délit. La criminalisation de la libre expression et
des actions et revendications citoyennes est la réponse donnée par les régimes despotiques en Afrique, mais aussi par l’État français particulièrement sur ce qui touche à sa politique africaine.
Au Gabon, Marc Ona Essangui et Georges Mpaga, membre de la coalition «Publiez ce
que vous payez », Grégory Nbgwa Mintsa, le fonctionnaire gabonais qui s’est constitué partie civile dans la plainte de Transparency international et Sherpa contre trois
chefs d’État africains, Gaston Asseko, directeur technique de la radio Sainte-Marie et
le gendarme Jean Poaty ont été détenus pendant plusieurs jours et sont poursuivis pour
«détention d’un document en vue de sa diffusion et propagande orale ou écrite en vue
de l’incitation à la révolte contre l’autorité de l’État ». Il s’agit d’une lettre ouverte à
Bongo, de l’opposant en exil Bruno Ben Moubemba, présentant le bilan désastreux du
règne de Bongo (lire page 10).
Au Niger, au Sénégal, au Cameroun, entre autres, les arrestations et condamnations de
journalistes sont fréquentes. Pour janvier 2009, on note qu’au Niger, Boussada Ben Ali,
directeur de publication de l’hebdomadaire indépendant L’Action est arrêté pour avoir
publié un article mettant en cause le ministre nigérien de l’Économie et des Finances ;
au Sénégal, le directeur de publication du quotidien privé 4 Heures Chrono, El Malick
Seck, poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles est condamné à trois ans de prison ;
au Cameroun, Lewis Medjo, directeur de publication du journal La Détente libre est
condamné également à trois ans de prison pour le même motif, accusations commodes
pour qualifier les articles mettant en cause les autorités.
Mais, en France même, l’espace de liberté se rétrécit singulièrement sur certains points
particuliers. André Barthélemy, président d’Agir Ensemble pour les droits de l’homme,
doit comparaître devant la 14e chambre correctionnelle du tribunal de Bobigny le 19 février 2009. Il est poursuivi pour «incitation à la rébellion» pour s’être opposé aux
conditions violentes de l’expulsion de deux ressortissants congolais à bord d’un vol Air
France en partance pour Brazzaville. Le jour des faits, le 16 avril dernier, il avait été débarqué par la force et placé en garde à vue de 12h30 à 21h30 dans les locaux de la police
de l’air et des frontières de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Il se rendait à Brazzaville en mission pour les Droits de l’homme. Il les a rencontrés sur le sol français.
Notre militant de Survie, Emmanuel Cattier, webmaster du site de la CEC (Commission
d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide au Rwanda en 1994) a été convoqué par la Direction centrale du renseignementintérieur (DCRI)
le mercredi 14 janvier 2009. On lui a demandé de supprimer du site de la CEC, un document « confidentiel défense », le rapport du colonel Poncet sur l’opération Amaryllis
en avril 1994 au Rwanda, qui était venu à la connaissance de plusieurs journalistes il y
a un peu plus d’un an (voir www.survie.org). La publication par les journalistes de documents «confidentiels» tombés entre leurs mains au cours de telle ou telle enquête, est
courante. Le Canard enchaîné, pour ne citer que lui, s’en fait une spécialité. Cela répond
au droit à l’information faisant partie des libertés fondamentales dont on est censé jouir
en démocratie. Bizarrement, quant il s’agit de la politique africaine de la France, ce droit
subit les plus étroites restrictions.
L’action de Survie contre le recul des libertés et contre la persistance de la répression de
l’information en Afrique et sur l’Afrique est plus que jamais nécessaire.
Odile Tobner
w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . s u r v i e . o r g
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 177 Février 2009 - 2,30 euros
ËP. 3 FRANCE L’Afrique vue par les investisseurs français
ËP. 3 CÔTE D’ivOiRE L’héritage
d’Houphouët
ËP. 4 RWANDA La face cassée de la République (épisode 6) Qu’allait faire l’armée
française au Rwanda ?
Alors que se profilent les commémorations des quinze ans du génocide des Tutsi
rwandais en avril prochain, chaque mois le
rappel de la complicité de la France dans
cette tragédie. Ce mois-ci, la contribution
d’Odile Tobner.
ËP. 5 LiRE Le massacre des Bagogwe. Un
prélude au génocide des Tutsi
ËP. 6 RDC Sur les frontières
Le 1 janvier s’est posé en démiurge des
Grands Lacs pour donner des leçons de
géopolitique. Il a ainsi levé un peu plus le
voile sur le retour de l’influence française
dans la région.
ËP. 8 UNiON DES COMORES - MAYOTTe
Le coup de force de la départementalisation
Le 9 mars 009, le projet de loi sur la
départementalisation de Mayotte sera soumis à consultation auprès des Mahorais(es).
ËP. 10 GABON Omar Bongo, l’agonie de la
bête ?
Le «complot du réveillon » qui visait à
pousser vers la sortie un Omar Bongo de
plus en plus fatigué.
ËP. 11 SÉNÉGAL Le dernier républicain
Le premier président du conseil des ministres, Mamadou Dia, s’est éteint le janvier
dernier à l’âge de 98 ans.
En bref
Et moi, et moi, et
moi…
Décidément la diplomatie française continue de suivre avec beaucoup d’attention
le dossier guinéen en usant de toute son
influence. Pour le bien du peuple guinéen
bien évidemment (Billets d’Afrique n°176,
janvier 2007) Quitte à en faire trop. Après
avoir dépêché son ministre de la Coopération quelques jours après la prise de
pouvoir de Moussa Dadis Camara pour
réclamer le retour à la «légalité constitutionnelle» et la préparation des élections,
priorité des priorités, la France n’hésite
pas à se faire le porte-parole de la communauté internationale. La déclaration du
Quai d’Orsay, le 23 janvier dernier, est à
ce titre édifiante : «Nous constatons en
effet que la junte s’était engagée auprès
de la communauté internationale, notamment auprès d’Alain Joyandet lors de son
déplacement à Conakry les 3 et 4 janvier,
à ce que la transition soit assurée par un
gouvernement civil.» On ne peut manquer
de noter l’égo surdimensionné de la diplomatie française. Alain Joyandet est ici
présenté par le porte-parole de Kouchner
comme l’émanation de la communauté
internationale dans cette affaire. A-t-on
le souvenir d’une instance internationale
donnant une quelconque délégation à la
France dans la gestion de ce dossier ?
Rappelons-nous la manière si cavalière
par laquelle Chirac s’était auto-attribué un
rôle de faiseur de paix en Côte-d’Ivoire.
On connaît la suite...
Élections,
piège à c…
Alors que, depuis toujours, les citoyens
camerounais réclament une Commission électorale nationale indépendante
(CENI) pour contrôler le processus électoral local, notoirement défaillant, au
point qu’une grande partie des Camerounais, conscients de cette tromperie, ne
votent pas, voici deux ans que le pouvoir
prépare la structure Elecam, organisme
chargé de « redonner confiance au corps
électoral ».
On n’a pas été déçu quand, le 30 décembre 2008, on en a connu les membres,
nommés par le chef de l’État. Le président, Fonkam Samuel AZU’U est membre du Comité central du RDPC, Mmes
Bomba Cécile et Njeuma Doroty sont
membres du Bureau politique du RDPC,
Abdoulaye Babale est membre du comité
central du même parti. Mme Sadou Daouda et Ejake Mbonda Thomas sont aussi
membres du RDPC etc. Au total dix
membres sur douze appartiennent au parti
au pouvoir.
Devant l’indignation suscitée dans l’opinion, René Sadi, secrétaire général du
RDPC a annoncé que ces personnes
démissionnaient…du RDPC, pour se
conformer à la loi créant Elecam qui exige
que ses membres soient indépendants des
partis politiques.
La manœuvre était si grossière que le
Commonwealth a déclaré suspendre sa
subvention à l’organisation des élections
et que, lors de la fastueuse cérémonie de
prestation de serment des membres d’Elecam, le 30 janvier 2009, les représentants
diplomatiques des États-Unis, de l’UE,
du Royaume-Uni et du Canada étaient
absents. L’attaché de presse de l’ambassade des États-Unis, a déclaré, à propos
de l’institution désormais chargée d’organiser les élections au Cameroun : «Elecam n’est pas représentatif de l’ensemble
de la société camerounaise». Ce hold-up
du parti au pouvoir sur l’organisation des
élections, montre à quel point Paul Biya a
peur de la vérité des urnes et enlève tout
espoir d’avoir bientôt au Cameroun une
consultation crédible de la population.
Sarko demandait
Haroun, il a eu
Tourabi
Alors que l’arrestation d’un des pires
bourreaux des Darfouris, Ahmed Haroun,
réclamée par la France en signe de bonne
volonté du président soudanais Al-Bachir
se fait toujours attendre, celui-ci a encore
roulé son monde dans la farine. En premier lieu, Nicolas Sarkozy, qui a quelques
velléités de le soustraire à la justice internationale puisqu’Al-Bachir est accusé
par la Cour pénale internationale (CPI)
de génocide, crimes de guerre et crimes
contre l’humanité au Darfour. Rappelons
qu’Ahmed Haroun est toujours ministre
des Droits de l’homme du Soudan !
En guise de bonnes intentions, Al-Bachir
a trouvé une énième diversion : l’arrestation de son vieil ennemi, Hassan al-Tourabi (Congrès national populaire, parti
d’opposition au Soudan depuis 1999), le
14 janvier, par les services de sécurité
soudanais. Une arrestation intervenue à
la suite de ses déclarations à la presse accusant Al-Bachir de crimes au Darfour :
«Politiquement nous pensons qu’il est
coupable, il devrait assumer ses responsabilités pour tout ce qui est arrivé au
Darfour». Bien sûr, l’ancien haut dignitaire du régime d’al-Bachir, qui souligne
à juste titre la responsabilité du président
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Février 2009 n No 177
soudanais, ne se pose pas la question de
sa propre responsabilité dans l’imbroglio
soudanais. Bref, c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Et le dindon de la farce,
c’est qui?
Meilleurs vœux
C’est en souhaitant ses vœux à la Nation que
le président du Sénégal, Abdoulaye Wade,
a reconnu le 31 décembre dernier que des
« erreurs » avaient été commises dans la
gestion des finances publiques en 2007 et
2008. Un euphémisme à l’écoute de la suite
de son intervention : « Ces erreurs cumulées sont à la base de la dette de l’État due
au secteur privé d’un montant d’environ 174
milliards CFA » (265 millions d’euros).
Selon les estimations des bailleurs de fonds,
cette dette intérieure s’élève à 225 milliards
de FCFA (342 millions d’euros), soit plus
de 13% du budget 2009. Mais il a tenu à rassurer: «On n’a trouvé nulle part trace de
malversation ou de corruption».
On est prié de le croire mais les doutes sont
bien réels quand il poursuit: «Ce sont des
avances hors budget»! «C’est dans ces
conditions que nous avons sollicité et obtenu de la France un crédit de 87 milliards
CFA (125 millions d’euros), geste qui atteste de notre solvabilité (…)», (Billets
d’Afrique n°176, janvier 2009). Tout cela
n’était pas si grave, un coup d’ardoise magique : « Les ministres comme les agents
des services décentralisés ont été invités à
éviter ces pratiques qui, à l’avenir, seront
immédiatement sanctionnées », a-t-il averti
tout en admettant que depuis son arrivée au
pouvoir en 2000, « c’est la première fois
que le Sénégal se trouve dans une pareille
situation ».
Dakar, première
étape pour Karim
Wade
Le fils du président sénégalais Abdoulaye
Wade, Karim, souvent cité comme successeur de son père, est pour la première
fois candidat à un scrutin, à l’occasion des
élections municipales du 22 mars à Dakar.
Karim Wade a été investi à Dakar-Ville,
par la coalition Sopi au pouvoir, sur la liste
dirigée par Pape Diop, président du Sénat
et maire sortant de la capitale. Cette investiture de Karim Wade, déjà conseiller influent de son père, adoubé à l’Élysée, marque son arrivée officielle sur le devant de
la scène politique et confirme les craintes
de le voir succéder à son père à la tête du
Sénégal.
SMS, RDB, SC, OT
Salves
France
L’Afrique vue par les
investisseurs français
Une vision très personnelle
où la transparence ou la lutte
contre la corruption apparaît
comme un objectif moralement
souhaitable mais totalement
irréaliste sous peine de
nuire à la compétitivité des
entreprises.
L
e 20e rapport du Conseil français des
investisseurs en Afrique (CIAN),
comme l’a souligné son président délégué Anthony Bouthelier lors d’une conférence de presse, «n’est pas l’œuvre d’analystes en chambre mais un témoignage des
entreprises sur le terrain».
Le décor est planté: d’un côté d’obscurs
plumitifs qui n’ont jamais eu l’occasion
de franchir les limites du périphérique
parisien, de l’autre des entrepreneurs dynamiques qui tracent leur chemin à la machette au cœur d’une nature hostile.
Nous avons donc vite choisi notre camp
pour lire ce rapport, et en extraire quelques vérités qui nous avaient échappé.
D’après nos entrepreneurs, «seul l’investissement privé est en mesure de permettre
à l’Afrique de sortir de l’ornière compte
tenu de la faillite de l’Aide publique au
développement (APD)». C’est sans doute
une voie à explorer mais encore faudraitil pousser l’analyse un tout petit peu plus
loin en s’interrogeant sur les raisons qui
ont conduit aux résultats effectivement
décevants de l’APD. Ne peut-on craindre
que les mêmes causes, à savoir les «carences gouvernementales», délicieux
euphémisme pour ne pas dire le gros mot
corruption (à ce niveau du moins), ne produisent les mêmes effets, qu’il s’agisse de
fonds publics ou de fonds privés?
Le CIAN a néanmoins créé une commission de lutte contre la corruption, mais il
faut le dire, avec une vision très personnelle.
Tout d’abord «la corruption (stricto
sensu) n’est pas une pratique en vigueur
au sein des grandes entreprises» (qui
par chance se trouvent être membres du
CIAN). Certes, on reconnaîtra du bout
des lèvres que sans doute des opérateurs
de moindre surface y ont recours, honte à
eux, mais les grandes entreprises jamais.
La preuve? «Elles n’en ont pas besoin».
Imparable. Le patrimoine immobilier
considérable des trois chefs d’État africains qui font l’objet actuellement d’une
plainte en recel de détournement de biens
sociaux avec constitution de partie civile,
n’a pu à l’évidence être acquis qu’avec
quelques ristournes (sans doute excessives) concédées sur des travaux de plomberie ou des fournitures de plantes vertes.
Nous sommes rassurés.
La corruption existe malgré tout sous
une forme particulièrement perverse : le
L’héritage d’Houphouët
F
élix Houphouët Boigny, président
de la Côte-d’Ivoire de 1960 à 1993
n’a pas réussi à faire de son pays un
«dragon» africain – le fameux «miracle
ivoirien» n’était rien de plus qu’un «mirage
ivoirien» – mais il a accumulé un patrimoine
qui lui tient du miracle. En seulement quelque trente années de pouvoir, le petit planteur
a fait sa pelote en exerçant le métier de chef
d’État d’un pays sous-développé.
L’inventaire, même approximatif, donne
le vertige : appartements à New York, à
Londres, propriété aux Bahamas, villas (au
pluriel) à Marne-la-coquette, diverses propriétés et appartements en France dont le
célèbre hôtel Masseran, à Paris, le plus bel
hôtel particulier de la capitale, acheté au ba-
ron Elie de Rothschild et bourré d’œuvres
d’art au cours fantastique, sans compter
bien sûr toutes les villas en Côte-d’Ivoire,
quand même. Ajoutez à cela des comptes
bancaires comme s’il en pleuvait dans tous
les paradis fiscaux et principalement en
Suisse à la fameuse UBS, sur lesquels on
relève des virements dont les montants sont
en millions de francs suisses.
Depuis sa mort, autour de la nonantaine,
en 1993, sa succession a nourri une armée
d’aigrefins, hommes de lois, héritiers, intermédiaires, entre les mains desquels la majeure partie s’est évaporée, mais elle n’est
toujours pas réglée. L’État ivoirien a revendiqué la propriété de l’hôtel Masseran, alors
qu’il aurait dû saisir la quasi-totalité de cet
harcèlement fiscal. Le CIAN a donc décidé de confier ce dossier délicat à une
commission qui, après avoir condamné
énergiquement la corruption, «déplore
que les entreprises françaises opérant
en Afrique soient trop souvent l’objet de
sollicitations indues, parfois menaçantes,
de la part d’agents publics, notamment à
l’occasion de contrôles fiscaux ou de procédures de dédouanement».
Voilà donc l’ennemi: le fonctionnaire indélicat des Finances ou des Douanes qui
n’est sans doute pas un ange et qui, entraîné par un climat général tout sauf vertueux, entend bien, à son modeste niveau,
obtenir quelques menus avantages.
La transparence apparaît comme un objectif moralement souhaitable mais totalement irréaliste sous peine de nuire
à la compétitivité des entreprises. Cette
transparence, qui consisterait par exemple en une présentation comptable désagrégée des résultats de chaque opérateur, par secteurs d’activités, aurait pour
effet selon le CIAN « de livrer pieds et
poings liés les entreprises françaises à
ses concurrents étrangers, à moins que
l’ensemble des opérateurs présents en
Afrique ne décident de le faire en même
temps.»
Il est donc à craindre que le processus
de transparence des revenus des industries extractives, engagé dans le cadre de
l’EITI ou de la coalition Publish What
You Pay n’ait, sinon de beaux, du moins
de très longs jours devant lui…
Il fut pourtant un temps pas si lointain
où Anthony Bouthelier, dans une interview donnée au Monde (6 juin 2008) affirmait la main sur le cœur : «Nous ne
sommes pas complices des kleptocrates
africains».
Jean-François De Montvallon
héritage pharaonique acquis dans la gestion
de ce même État.
On mesure alors toute l’indignité de ces
chefs d’États africains, obsédés par un enrichissement personnel qui confine à la folie.
Ils ne pouvaient évidemment pas être des
hommes d’État, ce qui ne leur aurait pas
laissé le loisir de penser à autre chose qu’à
la tâche qui s’imposait à eux, tellement gigantesque qu’ils n’ont même pas essayé de
s’y consacrer et ont préféré se noyer dans
le lucre.
Le pire est qu’aujourd’hui, si les peuples n’y
mettent pas bon ordre, d’une façon ou d’une
autre, dans certains pays comme le Togo, le
Congo et le Gabon, la seconde génération,
aux dents encore plus longues, dignes héritiers des vampires, s’apprête à continuer et
amplifier, s’il se peut, le festin.
Odile Tobner
No 177 n Février 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
La face cassée de la République (épisode 6)
France Rwanda
Qu’allait faire l’armée
française au Rwanda ?
Alors que se profilent
les commémorations
des quinze ans du
génocide des Tutsi rwandais
en avril prochain, nous
rappelons, chaque mois,
dans une série d’articles
intitulée «La face cassée de la
République», la complicité de
la France dans cette tragédie.
Ce mois-ci, la contribution
d’Odile Tobner, présidente de
l´association Survie
L
e génocide des Tutsi au Rwanda, exécuté du 7 avril au 4 juillet 1994, est
un de ces événements qui frappent de
stupeur par leur horreur et par l’interrogation
qu’ils suscitent. Comment cela a-t-il été possible ? À la base, il y a une haine longuement
mûrie et entretenue contre un groupe tout entier, attisée par la propagande. Des ouvrages
savants (par exemple Rwanda, Généalogie
d’un génocide par Dominique Franche, Tribord 2004) ont, avec une grande clarté, exposé la genèse coloniale de cet antagonisme
greffé sur une structure sociale précoloniale
et les manipulations politiques qui en étaient
le but, avec toutes les conséquences qui s’ensuivront jusqu’à l’atrocité finale.
Les premiers colons allemands du Rwanda,
de 1898 à 1916, passent pour avoir respecté
la structure politique en place dans le pays,
auquel ils imposèrent seulement un protectorat. Les Belges, de 1916 à 1962, modifièrent
insensiblement cette structure.
D’une part ils développèrent l’antagonisme
Hutu-Tutsi et lui donnèrent un contenu raciste
à l’intérieur même du racisme colonial – les
Tutsi étaient regardés comme une espèce de
Noirs supérieurs aux Hutu . D’autre part, ils
se servirent de la masse des Hutu pour faire
pression sur le pouvoir Tutsi. Les velléités
d’indépendance de ce pouvoir furent ainsi tenues en lice et lorsque, en 1961, la Belgique
fut contrainte par l’ONU d’accorder l’indépendance au Rwanda, après une période de
troubles qui voit des massacres de Tutsi et la
fuite de certains d’entre eux en Ouganda, la
République fut proclamée et le pouvoir remis
à un président Hutu, Grégoire Kayibanda,
censé être plus docile sans doute.
En 1972, les désordres au Burundi voisin
ont des résonances au Rwanda. Le Burundi,
État jumeau, qui formait avec le Rwanda la
colonie belge du Ruanda-Urundi, a connu,
avec les mêmes populations, une histoire
analogue, jalonnée de massacres survenus
pour les mêmes causes d’antagonisme racial
fantasmé. Ces massacres culminent avec la
répression d’une tentative de coup d’État attribuée à quelques officiers et soldats Hutu,
minoritaires dans une armée majoritairement
Tutsi. Toute l’élite instruite Hutu est alors exterminée. On parle de cent à deux cent mille
morts en quelques semaines. Au Rwanda
voisin, en proie à une agitation qui fermente,
menaçant les Tutsi, dont beaucoup prennent
le chemin de l’exil, Juvénal Habyarimana,
ministre de la Défense, renverse Kayibanda
en 1973, prétendant rétablir le calme.
La France entre en scène
Elle avait conclu avec le Rwanda indépendant, d’octobre à décembre 1962, des accords de coopération classiques, s’agissant
d’un pays sous-développé de langue française, portant sur les domaines économique,
technique et culturel. En 1975, le président
Giscard d’Estaing y ajoute un volet militaire.
L’accord particulier d’assistance militaire du
18 juillet 1975 stipule que «le gouvernement
de la République française met à la disposition de la République rwandaise des personnels militaires français dont le concours lui
est nécessaire pour l’organisation et l’instruction de la gendarmerie rwandaise».
Sur le plan diplomatique également Giscard
d’Estaing s’impose au Rwanda. En 1979 le
vie sommet France-Afrique se tient à Kigali.
La politique africaine menée par Valéry
Giscard d’Estaing mérite d’être examinée. Il
s’est débarrassé certes de Foccart, pièce maîtresse du gaullisme, mais l’Afrique, pour lui
dont la famille a vécu pendant tout le vingtième siècle des revenus des sociétés concessionnaires en Oubangui-Chari, devenu Centrafrique, est un domaine aussi réservé et
aussi important, spécialement sur le plan de
l’exploitation de ses ressources.
C’est sous Giscard d’Estaing que la France
étend son emprise militaire en Afrique aux
ex-colonies belges. Giscard d’Estaing devient président de la République le 19 mai
1974. Le 22 mai, un accord général de coopération militaire est signé à Kinshasa entre
la France et le Zaïre. Il stipule que «Les
personnels d’assistance technique sont mis
en place au Zaïre pour participer en qualité
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Février 2009 n No 177
d’instructeurs à la formation du personnel
militaire zaïrois et pour contribuer en qualité d’experts à l’organisation des forces armées zaïroises».
Un article précise que «en aucun cas, ils ne
prennent part à la préparation ou à l’exécution d’opérations de guerre et de maintien
ou de rétablissement de l’ordre ou de la légalité». Cet article sera violé, en 1977 et en
1978, lors des deux guerres du Shaba. À la
demande de Mobutu, devant la défaillance
de l’armée zaïroise confrontée à l’offensive
du FLNC, mouvement de Congolais réfugiés en Angola, ce sont des militaires français qui, en 1977, organisent directement la
défense et transportent les troupes marocaines qui chassent les rebelles.
Le 19 mai 1978, avec le retour en force du
FLNC, les paras français de la Légion, précédant les paras belges, sont largués sur Kolwezi. Alors que les Belges se retirent quelques jours après, une fois l’évacuation des
Européens achevée, les Français vont rester
jusqu’au 16 juin pour «nettoyer» la région
des éléments rebelles mêlés à la population.
Sous la présidence de François Mitterrand
les liens avec l’Afrique des Grands Lacs se
resserrent. Un des plus gros scandales françafricains, celui du « Carrefour du développement », est issu de l’organisation du onzième sommet franco-africain à Bujumbura
au Burundi, les 11 et 12 décembre 1984, qui
a donné lieu à d’importants détournements
de fonds.
En 1983 un amendement est apporté à l’accord d’assistance militaire de 1975 signé
avec le Rwanda. Les conseillers militaires
français serviront désormais sous l’uniforme
de l’armée rwandaise et la clause de non
participation à des opérations de guerre et de
maintien de l’ordre est supprimée, sans pour
autant que l’accord devienne un accord de
défense. Un autre aménagement, en 1992
étendra à l’armée rwandaise l’assistance prévue initialement à la seule gendarmerie, ce
qui était déjà depuis longtemps inscrit dans
les faits.
Mitterrand dans l’engrenage
François Mitterrand et son fils Jean-Christophe établissent des liens personnels avec la
famille Habyarimana, au pouvoir au Rwanda. Ces liens pèseront d’un poids important
dans la décision présidentielle, en 1990,
d’aider les Forces armées rwandaises, avec
l’opération Noroît, à repousser les troupes
des exilés du FPR dans leur assaut contre le
régime Habyarimana. À partir de cet instant,
la France se trouvait immanquablement impliquée dans l’engrenage qui a conduit au
génocide.
Invité en 1998 par la mission d’information
parlementaire sur les opérations militaires
menées au Rwanda de 1990 à 1994, à expliquer ce qui l’avait amené à conclure, en
À lire
1975, avec le Rwanda un accord d’assistance
militaire, Valéry Giscard d’Estaing, répondit
avec une arrogance dédaigneuse : « Je ne
vois pas comment, ni au nom de quels principes constitutionnels, un ancien président de
la République pourrait avoir à rendre compte, devant une commission parlementaire, de
ses actes ou d’une politique conduite par son
gouvernement - ni même des analyses qui
l’ont amené à orienter et susciter cette politique -.» Il est vrai qu’il avait perçu l’enjeu
en disant: «D’éventuelles déclarations de
ma part ne pourraient qu’accréditer, à tort,
l’idée d’une continuité ou d’une logique de
la fatalité dans l’enchaînement des faits qui
ont abouti aux événements qui vous préoccupent. Une telle analyse d’une période de
trente ans n’aurait à mon avis aucune signification.»
C’est pourtant la question essentielle, qui est
régulièrement posée, avec bon sens, par le
public. Qu’allait faire l’armée française au
Rwanda ? On peut répondre qu’il s’agissait principalement de maîtriser l’accès aux
territoires miniers de l’Est du Congo. L’obsession des matières premières est le motif,
jamais dit, de la politique coloniale et néocoloniale depuis plus d’un siècle. Elle se
focalise sur le Congo dans les années 70.
L’accomplissement d’un génocide n’est
qu’un effet collatéral de cette politique, un
génocide par inadvertance en quelque sorte.
Il y a eu des signes avant-coureurs ? Bien
sûr, mais, si on n’a pas voulu les voir c’est
que ce n’était pas le plus important, comme
l’a fort bien dit, par inadvertance également,
Mitterrand.
La présidence française et la chaîne de commandement politique et militaire qui, dans la
position qu’ils avaient au Rwanda – où rien
sauf des enjeux impérialistes ne les obligeait
à être – pouvaient prévenir le génocide et
qui non seulement ne l’ont pas fait mais ont
protégé jusqu’au bout le pouvoir génocidaire, ont engagé la France. Ce crime que nous
portons tous doit être reconnu pour que la
justice ait le dernier mot.
Odile Tobner
Une censure manifeste
Ainsi donc la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a mis plus de un
an avant de réagir à la mise en ligne d’une note classée «confidentiel défense» sur le
site de la Commission d’enquête citoyenne (CEC). Cette note du colonel Henri Poncet,
que la DCRI a donc censurée et par la même occasion authentifiée, rendait compte de
l´opération Amaryllis, opération d’évacuation des ressortissants étrangers à Kigali (9
au 14 avril 1994) alors que les génocidaires hutus se déchaînaient. Ce rapport (n° 018/
3°RPIMa/EM/CD) qu’il adressa, le 27 avril 1994, au chef d’État-major des Armées, Jacques Lanxade, fait état du souci de l’armée française « de ne pas leur montrer [aux
médias présents sur place] des soldats français limitant l’accès aux centres de regroupement aux seuls étrangers […] ou n’intervenant pas pour faire cesser des massacres
dont ils étaient les témoins proches ».
En fait, c’est l’Agence rwandaise d’information (ARI) qui, le 25 janvier 2008, fait état de
cette note pour la première fois. L’information sera reprise, deux jours plus tard, notamment par le site d’information Rue 89 et le rapport Poncet sera téléchargé des milliers
de fois sur le net rendant illusoire toute tentative d’effacer le document en question.
Alors pourquoi les agents de la DCRI qui (en principe) ne sont pas des perdreaux de
l’année ont-t-ils attendu si longtemps pour ouvrir une enquête préliminaire sur la divulgation de cette note ? Les services feraient-ils la chasse aux fuites dans un dossier
aussi explosif que celui de l’implication française dans le génocide des Tutsi rwandais ?
La DCRI, craint-elle surtout que d’autres notes, d’autres rapports beaucoup plus explicites quant à l’implication française dans le génocide ne sortent des tiroirs ?
Car le contenu de cette note n’était pas si secret. Les témoignages de cette époque
sont nombreux pour dénoncer l’attitude des militaires français dans le cadre d’Amaryllis.
Cela figure dans nombre de publications sérieuses sur le sujet. On la retrouve d’ailleurs
dans…le rapport de la mission d’information parlementaire de 1998 qui, dans sa partie
consacrée à l’opération relève : « Les documents recueillis par la Mission concernant
les conditions d’exécution de l’opération Amaryllis indiquent, s’agissant des rapports
entretenus avec la presse, que les médias ont été très présents dès le deuxième jour de
l’opération. Ils précisent que le COMOPS a facilité leur travail en leur faisant deux points
de presse quotidiens et en les aidant dans leurs déplacements, mais avec un souci permanent de ne pas leur montrer des soldats français limitant aux seuls étrangers l’accès
aux centres de regroupement sur le territoire du Rwanda ou n’intervenant pas pour
faire cesser des massacres dont ils étaient les témoins proches. »
Dans tous les cas, cette censure manifeste des autorités françaises apparaît pour ce
qu’elle est : une tentative d’entrave claire à la manifestation de la vérité sur le rôle de la
France au Rwanda.
RDB
Le massacre
des Bagogwe
Un prélude au
génocide des Tutsi
L’intérêt de Rwanda (1990-1993), par
Diogène Bideri, est que ce livre montre que le génocide des Tutsi trouve
son origine bien avant la guerre de
1990 contre le Front patriotique rwandais (FPR). Depuis 1959, les Bagogwe
étaient considérés par les populations
hutus du nord du Rwanda comme une
caste inférieure. Ils seront marginalisés
par tous les régimes. Le massacre des
Bagogwe commence en janvier 1991. À
partir d’octobre 1990, la présence des
soldats français «s’intensifie dans les
zones de guerre». Un témoin oculaire
raconte que « les Français était parfaitement au courant des massacres et des
autres violations des droits humains».
Ces massacres « permirent au gouvernement rwandais de tester l’absence de
réaction de la communauté internationale». «Au mois de mars 1991, l’état
major des armées françaises avait décidé d’implanter à Ruhengeri un détachement d’assistance militaire et d’instruction (DAMI). Les premiers éléments du
DAMI s’installèrent le 29 mars 1991 à
l’université de Nyakinama près de Ruhengeri. […] L’armée française a formé
des militaires rwandais parmi lesquels
de nombreux tueurs. Un témoin militaire atteste la présence des militaires français à Bigogwe au moment des massacres : « Là où j’étais dans le Bigogwe,
les Français nous avait formés en nous
disant que c’était pour aller combattre
l’ennemi et le seul ennemi était le Tutsi.
Jusqu’au moment où nous avons tué les
Bagogwe qui habitaient dans le coin.»
Diogène Bideri souligne la responsabilité
de Pierre Tegera, qui vit tranquillement
en France. Un petit ouvrage d’une grande importance, qui se terminent sur ces
mots : «Le rôle des troupes étrangères,
surtout les militaires français, doit être
dégagé. Beaucoup d’informations montrent que les militaires français étaient
dans les camps où les exécutions étaient
commises. La présence des instructeurs
français apparaît comme un appui moral et matériel au régime rwandais. La
complicité éventuel entre le DAMI et les
tueurs devrait être établi.»
Sharon Courtoux
Rwanda (1990-1993). Par Diogène Bideri, l’Harmattan, 150 p., 14, 50 euros.
Cet ouvrage est disponible à la commande à Survie (voir adresse page 12)
No 177 n Février 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
République démocratique du Congo
Sur les frontières
Le 16 janvier, lors
de ses vœux aux
ambassadeurs, le
Nicolas Sarkozy du Discours
de Dakar s’est montré plus
décomplexé que jamais. Il
s’est posé en démiurge des
Grands Lacs pour donner
des leçons de géopolitique.
Il a ainsi levé un peu plus le
voile sur les termes du retour
de plus en plus officiel de la
France dans la région.
P
rès de vingt ans après que François Mitterrand a joué secrètement
dans la région avec les conséquences que l’on sait, Nicolas Sarkozy a donc
donné aux Africains quelques grandes
leçons de partage de l’espace et des richesses : «Il faut trouver une nouvelle
approche pour apporter aux pays de la
région – des Grands Lacs [NDLR]– l’assurance que l’ensemble de ces questions
sera réglé de façon globale. Cela met en
cause la place, la question de l’avenir
du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite.
Cela pose la question de la République
démocratique du Congo (RDC), pays à
la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières.
Il faudra bien qu’à un moment ou à un
autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas
simplement un dialogue conjoncturel
mais un dialogue structurel : comment,
dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses
et qu’on accepte de comprendre que
la géographie a ses lois, que les pays
changent rarement d’adresse et qu’il
faut apprendre à vivre les uns à côtés
des autres?»
On ne saurait être plus clair.
Du Burundi au Rwanda, la diplomatie
élyséenne confirme donc s’intéresser de
très près à la zone, quitte à bousculer
quelques dogmes.
Dans le même temps, la situation régionale évolue vite. Depuis le mois de janvier, il y eut d’abord le 8, la rencontre du
général Kabarebe, chef d’état major de
l’armée rwandaise, avec Joseph Kabila
à Kinshasa, signe clair d’un mouvement
en profondeur. Quel symbole ! Celui-
là même qui dirigea l’armée congolaise
avant que Laurent Désiré Kabila ne le
chasse de Kinshasa en 1997, remettait les
pieds dans la capitale congolaise !
Quelque chose se tramait. Aussitôt, se
déclara un putsch interne au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP),
consacrant le lâchage de Laurent Nkunda
par le Rwanda au profit de l’un de ses seconds, le général Ntaganda, – surnommé
« Terminator » – sur qui pèse un mandat
d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) au printemps dernier pour
des crimes de guerre en Ituri.
Le 16 janvier, le nouveau chef revendiqué
du CNDP proclamait la fin des combats et
la réintégration de ses troupes au sein des
Forces armées congolaises (FARDC).
Quatre jours plus tard, le 20 au matin,
à la surprise générale, avec l’accord de
Kinshasa, 7000 soldats rwandais investissaient la RDC par Goma et Bukavu pour
officiellement aider les FARDC à vaincre
les Forces démocratiques de libération du
Rwanda (FDRL).
Mais, nouvelle surprise : la première
prise de guerre de l’Armée patriotique
rwandaise (APR), se trouvait être Laurent
Nkunda lui-même, capturé le 22 au soir à
l’issue d’un bref combat à Bunangana à la
frontière rwandaise.
De fausses bonnes nouvelles ?
Si la nouvelle entente rwando-congolaise, a pris les observateurs de cours, elle
n’est ni plus ni moins qu’une application « vitaminée » du communiqué de
Nairobi signé à l’automne 2007, resté
depuis sans ébauche de la moindre application. A priori, le rapprochement
des deux pays, le retour à la paix du
CNDP, le règlement de la question des
FDLR sont des bonnes nouvelles pour
les habitants des deux Kivus. Mais l’histoire récente de la région exige de prendre du recul avant de se réjouir trop vite.
Beaucoup d’observateurs admettent que
la situation actuelle est un véritable imbroglio, au moins pour ce qu’il leur est
donné comme éléments d’analyse c’està-dire rien d’autre que des « indices » :
la relation de quelques rencontres et les
nuances syntaxiques des communiqués
diplomatiques.
Cependant, la coïncidence, de cette alliance inattendue – un vrai retournement
de situation - avec la prise de position
de l’Élysée est trop surprenante pour au
moins ne pas être évoquée.
Car la France de Nicolas Sarkozy, au nom
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Février 2009 n No 177
d’une «diplomatie de la réconciliation»
cherche depuis un an et avec une ténacité certaine à renouer les fils du dialogue
avec le Rwanda.
Avec l’accusation de complicité de la
France avec le régime génocidaire de
1994 qu’il tient en main, le rapport de
force est très favorable à Paul Kagamé
et l’on ne peut qu’admettre que les nouvelles positions françaises dans la région
soutiennent les intérêts de l’homme fort
de Kigali. En remettant sur la table l’idée
d’un redécoupage frontalier, d’une autonomie du Kivu, de l’extension des droits
rwandais sur ses richesses minières ou
bien de la balkanisation du Congo, Nicolas Sarkozy se réapproprie opportunément
le plan «Cohen», du nom de son auteur,
diplomate américain, suggérant d’entériner le partage actuel de l’exploitation minière du Kivu entre le Rwanda et la RDC
en un marché commun ventilant à chaque
pays de la sous-région, un droit d’exploitation du sous-sol kivutien. Le projet a
les faveurs de la nouvelle administration
américaine, mais Nicolas Sarkozy va plus
loin, en débordant du strict cadre économique pour remettre en cause la viabilité
même des frontières héritées de la conférence de Berlin. On imagine bien le rôle
et les prérogatives que la France pourrait
s’octroyer en défendant un tel projet,
en particulier en devançant l’influence
belge dans son ancienne colonie. Mais
en s’alignant sur la position américaine,
la France souhaite tout de même orienter
la création de ce grand marché minier en
l’intégrant à la Communauté économique
des États d’Afrique centrale (CEEAC),
forte des pays francophones de la région
et l’Angola, alors que Washington privilégie la Communauté économique des
pays des Grands lacs (CEPLG), rassemblant Burundi, Kenya, Tanzanie, Rwanda
et RDC.
La France à la manœuvre
Il serait naïf de ne pas envisager que la
France puisse avoir quelque chose à voir
dans l’entente rwando-congolaise du moment, en témoignent les récentes navettes
de Bruno Joubert entre Kinshasa et Kigali. Alors même qu’il était embarrassé par
les accusations de crimes pesant sur ses
«poulains», Paul Kagamé ne peut qu’être
enthousiasmé par le plan français.
Mais les choses ne sont pas si simples que
l’on puisse d’un simple coup de plume
bousculer le sentiment national congolais. Car en RDC, la déclaration du prési-
En bref
dent français a suscité un véritable tollé
dans la société civile. En effet, au Kivu
épuisé par dix ans de guerre, Paul Kagamé n’est guère apprécié et sa préemption
de régions entières par le biais de diverses
rebellions a suscité depuis 1998 une vraie
défiance des Rwandais, autour de Bukavu
et Goma…
Ainsi la présence des soldats de l’APR
en RDC n’a pas réveillé que des bons
souvenirs dans la population locale où
beaucoup ont encore en mémoire l’administration brutale du RCD Goma, appuyé par l’APR, de 1999 à 2003 ou plus
récemment le sac de Bukavu, en 2004,
alors même que les soldats de Kigali patrouillaient en ville. Bien sûr, officiellement, l’actuelle présence rwandaise doit
se limiter à quinze jours, mais l’on peine
à croire que ce délai suffira à réduire la
résistance annoncée des 8000 FDLR,
disséminés sur un territoire sept fois plus
grand que le Rwanda, rebelles souvent
parfaitement assimilés aux populations
locales.
La restauration
de l’État négligée
De même, le comportement futur de troupes comme le Pareco (Maï Maï), ou le
CNDP, appelées à s’entretuer il y a encore deux mois, et dorénavant à s’associer
à l’occasion d’une tractation politique
qui les dépassent, impose la prudence.
Pour l’instant, les objectifs restent pacifiques, et la disparition des barrières du
Nord Kivu est un progrès louable. Mais
l’évolution à venir de la stabilité régionale n’est pas qu’une affaire militaire. Et
à ce titre, la sincérité des protagonistes
sera déterminante. Dans ce contexte, la
France semble partir d’un mauvais pied,
tant la solution sarkozyste, néglige au
moins deux aspects: d’une part ce qui
importe avant tout au Kivu c’est le retour de l’État et si celui-ci est indigent,
une Monuc renforcée ou toute autre
force multilatérale dotée d’un mandat
clair. Cela reste la seule voie neutre pour
promouvoir cette restauration de l’État.
Mais au contraire, la Monuc vient d’être
totalement écartée des négociations en
cours. Ensuite, et il ne s’agit pas d’une
action symbolique, la France ne peut pas
sérieusement promouvoir le règlement
du conflit avec les FDLR sans y participer de son côté et donner la chasse à
l’encadrement du mouvement – dont certains sont d’authentiques génocidaires,
au contraire de nombre d’enfants soldats
de leurs troupes – car ceux-là continuent
en toute impunité depuis l’Europe à promouvoir des thèses ethnistes, et à vouloir
achever le «travail» de 1994.
Isabelle Méricourt
Prisonniers
politiques
Dernière minute !
L’ancien maire de Njombé-Penja, PaulEric Kingué et l’artiste Lapiro de Mbanga ont pour seul point commun d’être
emprisonnés, accusés d’être les meneurs
des émeutes de février 2008 qui ont secoué le Cameroun. Le cas de Paul-Eric
Kingué a été réglé le 19 janvier dernier :
six ans de prison ferme et la réparation du
préjudice subi par les sociétés bananières
à hauteur de 804 millions de francs CFA
(1,23 million d’euros) après un procès
inique où les droits de la défense ont été
bafoués, les avocats menacés et pis, deux
témoins assassinés. Les raisons d’une si
lourde condamnation sont évidemment à
chercher ailleurs.
Paul-Eric Kingué, membre du parti présidentiel, le RDPC, déplorait, depuis
longtemps, les conditions de travail des
ouvriers agricoles et savait la population
de sa commune démunie et impuissante.
Il avait été élu en 2007 face au député
André Ndono Mbanga, par ailleurs cadre
dans la société des Plantations du HautPenja (PHP), filiale de l’entreprise française, la Compagnie fruitière. Dans une
lettre ouverte au président Paul Biya, rédigée de sa cellule en mars 2008, il y explique que les sociétés bananières, Plantations du Haut-Penja (Php), la Société
des plantations de Mbanga (SPM), et la
société de fleurs et plantes exotiques Caplain ne s’étaient pas acquittées de leurs
taxes depuis trente ans. «J’ai obtenu,
après plusieurs démarches, de la direction des Impôts de les obliger à payer des
taxes de près de deux milliards de francs
CFA par mois. Ces sociétés ont juré ma
perte. D’où ma situation aujourd’hui».
Pour toute réponse, un décret présidentiel l’a déchu, le 2 juin, de son mandat
de maire sans qu’il ait été entendu par un
juge.
Quant à Lapiro de Mbanga, dont la voix
dérange tout autant que celle de Kingué,
son procès en appel a encore été renvoyé
au 20 février.
Erratum
Dans le numéro précédent de Billets
d’Afrique (n°176, janvier 2009), une faute
de frappe a augmenté considérablement le
nombre d’opérations militaires européennes en Afrique. Dans l’article «La chasse
est ouverte», il fallait donc lire : «L’Atalante est la 4e opération militaire (...) et
non la 47e.
L’Union de l’unité africaine (OUA) a
adopté, le 1er février, à l’unanimité une
décision sans équivoque sur la question de
l’île de Mayotte. La position française sur
l’appartenance de Mayotte à la France n’a
obtenu aucune adhésion africaine malgré
une intense campagne. Le conseil exécutif
de l’OUÀ est clair et sans détour. Il réaffirme l’appartenance de l’île comorienne
de Mayotte à l’Union des Comores : il
rappelle toutes ses résolutions antérieures,
rappelle également que le peuple comorien, lors du référendum du 22 décembre
1974, a exprimé sa volonté d’accéder à
l’indépendance dans l’unité politique et
l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores ; considère que les référendums organisés les 8 février 1976 et 11 avril 1976
par l’ancienne puissance coloniale dans
l’île de Mayotte constituent une violation
grave de l’intégrité territoriale des Comores et enfin considère que l’inscription de
l’île de Mayotte dans la Constitution de la
République française est contraire au droit
international. Et à ce titre, l’OUA condamne l’organisation, le 29 mars 2009, d’un
référendum sur la départementalisation de
l’Ile comorienne de Mayotte et exige l’arrêt immédiat de ce processus.
(Lire notre dossier sur la question dans ce
numéro, page 8).
À voir
Frères de sang
Les tirailleurs sénégalais sont nés il y a
150 ans d’un décret signé par Napoléon
III. Engagés pour conquérir et protéger
l’Empire, ils serviront dans toutes les
guerres françaises jusqu’aux indépendances. Au fil de leur récit et de celui de leurs
anciens chefs blancs, illustrés d’archives
de l’époque, Frères de sang démontre
le rôle déterminant joué par l’Afrique
noire dans la destinée européenne de ce
dernier siècle. Une démonstration supplémentaire face à la stupidité de ceux qui
pensent encore que « l’homme africain
n’est pas assez rentré dans l’Histoire ».
Frères de sang, un film de Bernard Simon, Arc-en-ciel Productions,
16, rue des Sports, 50570 Marigny.
Retrouvez tous les articles
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depuis 1993 sur le site
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No 177 n Février 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Union des Comores - Mayotte
Le coup de force de la départementali
Le 29 mars 2009, le
projet de loi sur la
départementalisation
de Mayotte sera soumis à
consultation auprès des
Mahorais(es). Ce statut de
département d’Outre-mer
(DOM) renforcera «l’ancrage
définitif » de Mayotte dans la
France1.
U
n «ancrage » et un projet de référendum pourtant illégaux pour
la communauté internationale au
regard des résolutions de l’ONU. Il faudra
d’ailleurs que les chancelleries de l’Union
européenne (UE) expliquent comment elles pourront reconnaître Mayotte comme
région ultra-périphérique (RUP) de l’Europe, où s’appliquerait dès lors le régime
commun (voir encadré), alors que ces États
ont voté presque toutes les vingt résolutions
reconnaissant Mayotte comme comorienne
et condamnant fermement la France depuis
1975.
Par quels réseaux les rappeler à l’obligation
de continuité de l’État ?
En tout état de cause, la départementalisation consacrerait de fait, via l’annexion pure
et simple de Mayotte par la France, une situation humaine des plus dramatiques : de
nombreuses familles séparées par la «frontière française » autour de Mayotte, les traversées clandestines sur de frêles embarcations au prix de nombreuses noyades (plus
de 7000 morts depuis l’introduction du visa
Balladur-Pasqua en janvier 1995). L’expulsion, ensuite : en 2008, il y en a eu 13 000
depuis Mayotte, à comparer aux 29 000 dont
Brice Hortefeux est si fier. Les conditions de
vie des Comoriens traqués à Mayotte sont
indignes d’une République, et aggravées
par une campagne lancée en 2005 sur le thème du «droit du sang » (Billets d’Afrique
n°143 et n°170).
La France ignore la légalité
internationale
Rappelons que l’archipel des Comores (la
Grande Comore, Anjouan, Mohéli, Mayotte) devait former en 1975 un État indépendant. Tournant le dos au droit onusien, qui
impose le respect des frontières issues de la
colonisation, la France conservera Mayotte
dans son giron en procédant au décompte
des suffrages île par île. Mayotte sera donc
rattachée à l’Hexagone par un statut mouvant, en toute illégalité. Parallèlement, la
partie indépendante de l’Archipel a été
déstructurée politiquement par une série de
coups d’État organisés par des mercenaires
français, Mayotte leur servant souvent de relais. Pour conserver Mayotte, la France joue
principalement deux stratégies. D’abord,
celle de maintenir à Mayotte un niveau de
vie supérieur à celui du reste de l’archipel
des Comores, afin que les Mahorais préfèrent l’administration par la France à l’achèvement de la décolonisation. Il est en effet
moins coûteux de perfuser l’économie mahoraise pour qu’elle se maintienne une tête
plus haut.
Ensuite, affaiblir politiquement les Comores, et contrôler le mieux possible leur régime par des méthodes barbouzardes, pour
anéantir la revendication de la restitution de
Mayotte, et servir la politique élyséenne.
Après les mercenaires, l’arme
du séparatisme
En contrôlant le palais présidentiel de
Moroni, Bob Denard et compagnie ont pu
être des prestataires géopolitiques très appréciés (soutien au régime d’apartheid en
Le statut européen de Mayotte
Actuellement, Mayotte est un PTOM pour l’UE, PTOM définis dans l’article 299 du traité
d’Amsterdam : «3. Les pays et territoires d’outre-mer dont la liste figure à l’annexe II du
présent traité font l’objet du régime spécial d’association défini dans la quatrième partie
de ce traité. » En devenant une région ultra-périphérique (RUP), le régime commun s’appliquerait, sauf dérogation. L’article 299 du traité établit les RUP : « 2. Les dispositions du
présent traité sont applicables aux départements français d’outre-mer, aux Açores, à Madère et aux îles Canaries. » Les quatre DOM français ne sont pas énumérés, contrairement
aux trois autres territoires. Cela suggère-t-il une automaticité d’entrée dans la catégorie
RUP d’un nouveau DOM ? Ce serait aberrant concernant Mayotte, vu que presque tous les
autres États européens ont voté les résolutions de l’ONU contre la France sur Mayotte.
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Février 2009 n No 177
Afrique du Sud, interventions mercenaires
sur le continent, etc.). À partir de 1997, ce
sont les séparatistes qui ont joué ce rôle
destructif. Eux aussi sont des petits protégés de l’Élysée. Le colonel Mohamed Bacar a été l’un des acteurs du séparatisme
à Anjouan. Les sécessions déclarées en
1997 ont abouti au changement de constitution, adopté fin 2003, qui a transformé
la République fédérale islamique des Comores en Union des Comores (UC), dotée
d’un pouvoir fédéral et d’un pouvoir sur
chaque île autonome. Le colonel Bacar a
ainsi obtenu la légalisation (au moins de
façade, le processus électoral ayant été
pour le moins suspect) de sa présidence
de l’île d’Anjouan.
Après trois décennies de protection juridique apportée à Bob Denard, lui permettant de sortir libre de procès caricaturalement inféodés à la raison d’État française
(Billets d’Afrique n°149, dossier spécial),
la France a déployé tous les efforts nécessaires pour protéger le colonel Bacar
(Billets d’Afrique n°168). Et l’on a vu à
nouveau une justice aux ordres jouer de
rhétoriques absurdes (voir encadré). Suite
à des tractations intenses de Paris, l’ancien
dictateur anjouanais a été extradé vers le
Bénin le 19 juillet 2008.2
L’acharnement de notre pays à protéger
l’ex-dictateur d’Anjouan, contre toute
raison, renforce les pires soupçons de son
implication de premier plan dans les crises séparatistes qui martyrisent les Comores depuis 1997. Après avoir saboté toute
émergence politique par le mercenariat,
la France aurait donc poursuivi ce jeu de
massacre par le séparatisme ?
C’est ce que Nicolas Sarkozy semble avoir
affirmé aux Comoriens et à la communauté
internationale en refusant d’extrader le justiciable Bacar en 2008.
Les responsabilités de la France sont donc
accablantes. Il faudra bien que Paris cesse
d’occuper illégalement les Comores, et d’empêcher les Comoriens de se saisir de leur histoire, en déchaînant sur l’archipel ses mercenaires, ses services secrets et ses réseaux.
Pierre Caminade
1. Afin de ne pas en surestimer l’aspect «définitif », il convient de se souvenir que l’Algérie fut
un département français, donc «plus fortement
ancrée » à la France qu’un DOM.
2. Selon la Lettre de l’océan indien, Thomas
Boni Yayi aurait été le seul chef d’État africain
contacté par la France à avoir accepté de
l’héberger.
sation
Les rhétoriques
françaises à
l’épreuve des faits
L’Ofpra estimant que le colonel Bacar
ne peut pas être renvoyé aux Comores,
car il pourrait y risquer sa vie, il ne sera
pas jugé par la justice comorienne.
Condamné en France à trois mois de
prison avec sursis pour entrée illégale
d’armes à Mayotte, il n’ira pas en prison. La cour d’appel l’a relax – pour
entrée irrégulière à Mayotte, évoquant
des dispositions de la Convention de
Genève, en l’occurrence citée hors
propos. De fait, cette décision de la
justice française signifie que Bacar
était menacé aux Comores d’un procès politique, de torture ou de peine de
mort. Seule cette dernière affirmation
est fondée. Les griefs non politiques
contre Mohamed Bacar sont largement documentés dans un rapport de
la Fondation comorienne des Droits
de l’homme (FCDH) réalisé sur l’île
d’Anjouan du 3 au 9 avril 2008 (http://
halidiallaoui.over-blog.com/article18845784.html).
Rapport accablant dont voici quelques
extraits : « La commission a relevé les
cas des exactions suivantes : viols,
actes de torture, assassinats et portés disparus, détenus [morts] de faim,
extorsion de fonds, vols et actes de
vandalisme, exils forcés, corruption et
le détournement des deniers publics ».
Ainsi, l’assassinat de Naoumane Daniel,
âgé de 18 ans, «devant la porte de la
résidence de Mohamed Bacar », serait
lié à «des raisons rituelles. D’ailleurs,
aucune explication n’a été fournie ni
par la FGA [Force au service de Bacar]
ni par Mohamed Bacar. » Au sujet des
exils forcés : « À Ouani, une trentaine
d’hommes et de femmes a été obligée
de fuir l’île d’Anjouan pour se réfugier à
Mohéli et à Moroni. Ils étaient menacés
de torture et de mort. À Nyantranga,
une vingtaine d’hommes a vécu dans
le maquis de janvier à mars 2008. À
Ongoni, deux tiers des hommes ont
vécu dans le maquis, depuis le mois de
décembre jusqu’au jour du débarquement [des troupes de l’Union africaine
qui ont destitué le colonel Bacar].»
Un aller simple
pour Maoré
Ce documentaire, où nos analyses tiennent une place explicite, a été réalisé entre
2005 et 2007 (Billets d’Afrique n°158).
Présenté en 2008 au Festival international
des programmes audiovisuels (FIPA) de
Biarritz, il vient de trouver un distributeur. Voir des extraits sur www.lesfilms.
info/teaser.
L’aller simple pour Mayotte est le parcours que font les Comoriens des trois
autres îles de cet archipel depuis que
le gouvernement Balladur en a fait des
clandestins, en 1995, en instaurant un
visa. Nous avons exposé à plusieurs reprise cette aberration et ses causes, mais
ce film le fait d’une façon bien plus vivante, et in situ. De nombreux Mahorais
utilisent des clandestins pour leur faire
des ménages et travaux à moindre coût.
Ainsi, cet ambulancier qui emploie des
clandestins pour garder ses zébus pendant la journée. Il ne pourrait pas s’offrir de salariés réguliers, car il devrait
leur livrer tout son salaire. D’autres
commandent des animaux volés, qu’ils
achètent au quart du prix du marché, et
qu’ils peuvent immédiatement revendre.
Jusqu’en 1995, ces ébénistes fort réputés à Mayotte exportaient depuis Anjouan. Depuis, ils ont dû s’installer de
façon clandestine à Mayotte, et vendent
principalement aux fonctionnaires français, dont les gendarmes qui doivent les
arrêter s’ils sortent de la maison de tôles
où les sculpteurs sur bois sont installés.
Dans leur press-book, un coffre offert
au président Chirac lors d’une visite sur
l’île. C’est un exemple symptomatique.
Le visa force les Comoriens des autres
îles à rester à Mayotte, au lieu d’y faire
de brefs séjours. La chasse aux clandestins a décuplé sous l’impulsion des
déclarations en 2004 de François Baroin, alors ministre de l’Outre-mer, sur
le droit du sang. Le film nous entraîne
dans l’univers cruel et absurde des
incendies commandités par des maires, des soins médicaux obligatoires et
interdits à la fois, des risques d’épidémies liés au refus de soigner un quart
de la population. Le tout impulsé par le
fantasme d’une nationalité française qui
serait trop facile à obtenir. Une honte de
plus pour notre République, dont le représentant sur place, le préfet, nous expose, en bon «spécialiste», ses stratégies pour répondre aux objectifs chiffrés
de déplacements forcés de populations.
Pierre Caminade
Un aller simple pour Maoré, documentaire d’Agnès Fouilleux, autoproduction,
2007, 84 minutes.
Dossier Noir n°19 - Comores-Mayotte : une histoire néocoloniale par Pierre Caminade, Agir ici et Survie, éditions Agone.
Mayotte : «Territoire d’outre-mer ou territoire occupé ?»
En droit international, les Comoriens des trois autres îles sont chez eux à Mayotte. Pourtant, ils en sont expulsés par des gendarmes français…
Ce dossier noir propose un examen des motivations de la présence militaire
française dans cette région. Il analyse le processus de «domtomisation » puis
ses conséquences. Il trace enfin quelques perspectives laissant espérer que la
population de Mayotte et des Comores redevienne maître de son destin.
No 177 n Février 009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 9
Salves
Gabon
Omar Bongo, l’agonie
de la bête ?
La répression de
membres de la
société civile menée,
en décembre dernier, par
l’entourage présidentiel
cachait peut-être un autre
dessein. Un «complot
du réveillon » qui visait à
pousser vers la sortie un
Omar Bongo de plus en plus
fatigué.
C
’est donc une simple lettre ouverte
signée par Bruno Ben Moubamba
au nom des acteurs libres de la société civile gabonaise et publiée sur Internet
fin décembre qui aura mis le feu aux poudres
à Libreville il y a quelques semaines.
Au-delà de l’arrestation inacceptable des
principaux leaders de la société civile gabonaise, finalement libérés dans la nuit du
12 janvier, cette lettre ouverte, réquisitoire en règle d’un régime prévaricateur,
aura eu le mérite d’éclairer d’une lumière
crue la situation politique, sociale et économique du Gabon. Un état des lieux sans
concessions après quarante années de
pouvoir du président Omar Bongo dilapidant les ressources naturelles du pays,
notamment le pétrole, mais aussi la forêt,
pour son enrichissement personnel et celui de son entourage.
La réaction d’un clan du pouvoir à la dénonciation de ses turpitudes a, en effet,
donné la mesure de la bataille qui se joue
à Libreville (et à Paris) pour la succession
d’Omar Bongo. Un président affaibli, à la
santé de plus en plus incertaine et dont on
dit, à Paris, qu’il ne passera pas l’année.
Un trio infernal
La mise en place (voir encadré) et l’arrestation, dans une mise en scène antiterroriste qui n’a trompé personne, des
principales figures de la société civile
ont été mené par un trio infernal : l’héritier auto-désigné, par ailleurs ministre
de la Défense, Ali Bongo, André Mba
Obame, ministre de l’intérieur et Alaba
Fall Bosco, procureur de Libreville. Celui-là même contre qui une plainte pour
corruption avait été déposée devant la
Commission contre l’enrichissement illicite1 par les animateurs des ONG dans
le collimateur du pouvoir. Un clan déjà
à l’offensive depuis l’automne après la
visite d’Ali Bongo à l’Élysée et le limogeage de plusieurs gradés de l’armée pas
assez dociles. Ce sont eux également qui
ont pris en main le traitement du dossier
de la plainte dite des biens immobiliers
mal acquis, relancée, à Paris, par les ONG
Sherpa et Transparency International. La
lettre ouverte des acteurs libres de la société civile est donc venue perturber la
marche triomphale du fils Bongo et ses
lieutenants vers le pouvoir en cristallisant
la frustration et le ras-le-bol des Gabonais
horrifiés de la perspective de voir un des
rejetons d’Omar accéder à la tête du pays.
Il faut dire que leur voracité à se payer sur
le bien public, leurs méthodes, à bien des
égards pires que celles d’Omar Bongo,
agit comme un répulsif efficace. En témoigne, le 19 janvier, le «traitement »
brutal de la mutinerie de la prison de Gros
Bouquet, et le bilan des victimes bien
au-delà de celui présenté par le ministre
de l’Intérieur. Construite en 1956 pour
300 personnes, la prison de Gros Bouquet
compte aujourd’hui environ 1400 prisonniers entassés dans les conditions que l’on
imagine et dont peuvent témoigner les
leaders de la société civile arrêtés en décembre dernier.
Mais outre la mise en lumière, chiffrée et
argumentée, aux yeux de l’opinion gabonaise des détournements massifs d’argent
public, c’est aussi quelques informations
contenues dans la lettre ouverte et ne pouvant qu’émaner de l’entourage présidentiel qui a provoqué la colère du clan d’Ali
Bongo et de sa sœur Pascaline Bongo, di-
rectrice de cabinet de son père et grande
argentière du régime. Leur prise programmée du pouvoir s’appuie sur un groupe
aux rôles bien répartis. Outre Pascaline, la
marraine, et Ali, rêvant de lumière parce
que depuis trop longtemps dans l’ombre
de sa sœur et de son père, le groupe dit des
«rénovateurs» compte également le ministre de l’Intérieur et copain d’enfance,
André Mba Obame, Bosco Alaba Fall, le
procureur de la République et neveu du
président, toujours prompt à embastiller
sans jugement les contestataires et Blaise
Louembet ancien trésorier payeur général
(TPG), ministre de l’Économie et qui à ce
titre détient une clef du Trésor gabonais.
L’entourage présidentiel a donc vu, dans
la lettre ouverte, la main d’une des deux
autres «chapelles » concurrente dans
la course à la succession. Une concurrence pour le pouvoir qui les anime certainement plus que l’intérêt général alors
qu’aujourd’hui encore, les citoyens emprisonnés en décembre dernier restent inculpés de «détention d’un document en vue
de sa diffusion dans un but de propagande» et de «propagande orale ou écrite en
vue de l’incitation à la révolte contre les
autorités». Celles-ci se gardant bien de
répondre aux questions qui fâchent : où
sont donc passées les recettes budgétaires
de 2008 d’un montant de 2700 milliards
FCFA (entre 4 à 5 milliards d’euros) ?
Où sont donc passés les 14 000 dollars de
PIB par habitant dans un pays peuplé d’un
million d’habitants et dont plus des deux
tiers ne vivent qu’avec moins de deux
dollars par jour? Dans les palaces les plus
prestigieux de la planète où la famille a
des comptes à l’année ? Dans des biens
immobiliers, des jets privés et des bijoux
aussi inutiles que somptueux ?
La tradition de la Françafrique
Quant à la France, les réactions publiques
à ces arrestations se sont faites a minima.
Le ministère des Affaires étrangères s’est
Les devinettes franco-gabonaises
La Lettre du Continent : « Quels sont les Français qui ont concocté la stratégie
d’embastiller les leaders des ONG gabonaises, le 18 décembre, avec le ministre
de l’intérieur, André Mba Obame ? » Billets d’Afrique ajoute quelques indices :
le 1er est un célèbre avocat parisien, pénaliste et avocat de la défense dans le
récent procès Ferrara, le 2e est auteur de nombreux best-sellers et spécialiste du
terrorisme et à ce titre, expert auprès des pays membres du Conseil de sécurité
de l’ONU et du Conseil de l’Europe.
Au rayon des devinettes franco-gabonaises nous rajouterons celles-ci : Quel est
l’avocat français qui a ouvert une galerie d’art fantoche à Paris et qui blanchit
l’argent de la corruption au Gabon en achetant à prix d’or de pseudo-œuvres
d’art gabonaises pour financer le train de vie de Pascaline Bongo ?
Quel est l’aéroport français par lequel transitent des masses d’argent gabonais
vers les paradis fiscaux ?
10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Février 2009 n No 177
contenté «de suivre attentivement la situation » malgré l’illégalité manifeste des
arrestations. C’est davantage en coulisses
que l’on s’est activé dessinant, une fois de
plus, les lignes de forces existant dans la
diplomatie française. En clair, c’est l’Élysée qui est à la manœuvre, dans la plus
pure tradition de la Françafrique quand il
s’agit d’organiser une succession dans un
de ses bastions. Un territoire, qui plus est
idéalement situé en bordure d’une région,
le golfe de Guinée, riche en gisements
pétroliers et théâtre d’une guerre économique mondiale. Gageons d’ailleurs, qu’à
l’heure des choix, la France préférera fermer sa base militaire de Dakar plutôt que
celle de Libreville.
Nicolas Sarkozy a donc envoyé, le 24 décembre, au Gabon, son conseiller Afrique,
Bruno Joubert pour des entretiens avec
Omar Bongo mais aussi avec deux opposants, Zacharie Myboto et Pierre Mamboundou. Deux figures politiques, pas
vraiment virulentes, reçues à l’ambassade
de France en présence de l’inévitable avocat Robert Bourgi (La Lettre du Continent
n°556). Ce qui malheureusement laisse
présager d’un petit arrangement entre amis
françafricains sur le dos des Gabonais.
En tous les cas, il semblerait que l’Élysée
garde plusieurs fers au feu alors qu’il se
chuchote à Paris qu’Ali Bongo n’a pas la
carrure pour succéder à son papa. En tous
les cas, le ballet des émissaires se poursuit
avec la visite récente à Libreville, le 27 janvier, de Louise Avon, chargée de mission
de Sarkozy.
Bref, pour le Gabon, tous les ingrédients de
lendemains désenchantés voire sanglants
sont réunis après quarante ans d’un pouvoir
clanique et kleptocrate, branché et perfusé
par le meilleur de la Françafrique alors que
Pascaline et Ali se targuent publiquement du
soutien de l’Élysée. C’est l’immense gâchis
dont parle cette fameuse lettre ouverte et que
les Gabonais, engagés dans des mouvements
sociaux toujours plus importants, refusent,
avec force de voir se perpétuer. La France le
sait-elle alors que 300 militaires du 1er Régiment des chasseurs parachutistes de Pamiers
ont été envoyés au Gabon pour une mission
de quatre mois? À ce sujet, La Lettre du
Continent (n°556) s’interroge: «Coïncidence des rotations sur les bases en Afrique ou
principe de précaution?».
Dans une interwiew à Ariege.news, les chefs
du régiment ne cachent pourtant pas la nature de leur mission, «la protection des ressortissants français».
Raphaël De Benito
1. Commission mise en place à la demande des
institutions financières internationales auxquelles
la société civile africaine reproche de donner de
de l’argent à des régimes africains sans aucun
mécanismes de contrôle
Le dernier républicain
Le premier président du
conseil des ministres du
Sénégal, Mamadou Dia,
s’est éteint le 25 janvier
dernier à l’âge de 98 ans.
Le Sénégal vient de perdre
celui qui a signé son acte
d’indépendance le 4 avril
1960.
C
et homme d’État est resté constant
par rapport à son idéal et à son
ambition pour son pays. L’histoire retiendra que c’est le foccartisme dans
toute sa splendeur qui a privé le Sénégal de
l’apport de Mamadou Dia à la construction
d’un Sénégal moderne et décomplexé. En
bon Machiavel, Léopold Sédar Senghor
prit le dessus sur son ami, le 17 décembre
1962, en l’accusant d’avoir voulu perpétrer un coup d’État. Or, à l’époque, le président du conseil des ministres avait tous
les pouvoirs et de fait n’avait pas besoin de
faire un coup d’État. Le président Senghor
craigna it d’être mis en minorité au sein
de son parti. Le président du conseil avait
des desseins moins néocoloniaux pour son
pays et c’est ce qui explique qu’une bonne
majorité de l’élite sénégalaise (hommes
politiques, marabouts etc…) se soit liguée
contre lui. Comme au Congo de Lumumba, l’on neutralisa les velléités progressistes au nom de la guerre froide et des intérêts supérieurs du colonisateur. Mamadou
Dia et ses amis, dont Valdiodio N’diaye,
le courageux ministre de l’Intérieur, furent
jugés puis condamnés à de lourdes peines.
Ils furent déportés à la prison de Kédougou dans le sud-est du Sénégal. Mamadou
Dia condamné à perpétuité y restera pendant douze ans dans des conditions atroces avant d’être libéré en mars 1974, puis
gracié en avril 1976. Le président Senghor
s’engagea dans une politique qui marginalisa tout ce que le Sénégal pouvait compter comme ressources humaines capables
de mener à bon port la pirogue Sénégal.
Cheikh Anta Diop, brillant historien et
homme politique, fut une victime de ce
nettoyage par le haut. Cette situation a eu
des conséquences lourdes dans l’évolution
des élites sénégalaises. Abdou Diouf reçu
en cadeau la présidence de la République
du Sénégal en 1981 (au titre de l’article 35
de la constitution donc sans élections) qu’il
conservera pendant dix neuf ans. Jusqu’à
sa mort, Mamadou Dia dénoncera les manquements républicains et les dérives monarchiques d’Abdoulaye Wade pourtant
démocratiquement élu le 19 mars 2000 et
qui s’apprête à offrir au forceps la présidence du Sénégal à son fils.
Mamadou Dia disait garder toujours «une
certaine tendresse» pour Senghor malgré
leur différend de 1962. Il repose désormais dans le cimetière de Yoff à Dakar.
Mayacine Diouf
Bibliographie, Mamadou Dia, «Afrique,
Le prix de la liberté». Ed. L’harmattan
2002.
Nicolas Sarkozy,
ou la Françafrique
décomplexée
Pendant la campagne des élections présidentielles en 2007, le candidat Nicolas Sarkozy a multiplié les annonces de
rupture avec la politique africaine de ses
prédécesseurs, dénonçant le soutien aux
dictatures, la diplomatie secrète, le clientélisme, ou encore les détournements de
l’aide au développement, bref la Françafrique. Pourtant, au regard des actes posés
depuis sa prise de fonction à l’Élysée, le
président français n’a pas tenu ses promesses: perpétuation de relations clientélistes, discours essentialiste de Dakar sur
l’«homme africain», soutien à des dictateurs, défense de l’affairisme français,
intervention militaire au Tchad, rôle joué
par certains émissaires officieux, la politique africaine de Nicolas Sarkozy s’inscrit plus dans une continuité que dans une
rupture. Elle est une perpétuation de la politique néocoloniale que chaque président
français a poursuivit depuis les «indépen
dances»africaines.
Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, par Samuel Foutoyet.
Préfacé par Odile Tobner.
Éditions Tribord, 160 p, 4,5 euros
No 177 n Février 009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11
Disparition
Jean Carbonare, une vie
pour l’Afrique
Jean Carbonare, président
de Survie de 1988 à 1994
et militant résolu contre la
Françafrique, celui qui a
incarné la conscience de la
France face au génocide des
Tutsi du Rwanda s’est éteint
le 17 janvier 2009.
J
ean Carbonare, né en 1926, d’un père
d’origine italienne et d’une mère protestante de Montbéliard est orphelin
à l’âge de 12 ans. Recueilli par une famille
protestante de Besançon, il continue ses études et passe le concours des Arts et Métiers.
Cependant, après la guerre, il interrompt celles-ci pour travailler dans le commerce de sa
famille d’accueil. Constatant les conditions
indignes faites aux travailleurs maghrébins,
il fonde une association d’accueil aux travailleurs algériens qui deviendra l’AATEM
(Association d’accueil des travailleur étrangers et migrants). Dans les années 1950, il
milite à la Cimade.
En 1961 le couple Carbonare – Jean ayant
épousé Marguerite Galland– s’installe dans
le Constantinois en Algérie dans le cadre
du CCSA (Comité chrétien de service en
Algérie) créé par le Conseil œcuménique
des Églises. Jean est alors placé à la tête
des chantiers populaires de reboisement
(CPR) qui planteront 100 millions d’arbres
(cèdres des Aurès, eucalyptus, oliviers,
etc.). La famille Carbonare reste dans le
Constantinois jusqu’en 1975.
Cet engagement au service du développement social, agricole et politique de l’Afrique se poursuit au Sénégal, puis au Bénin.
C’est ainsi qu’il fut en 1988 le président de
l’association Survie France qui avait vu le
jour au niveau international dans la lancée
d’un Manifeste-appel contre l’extermination par la faim, signé dès son lancement
par cinquante-cinq prix Nobel. Survie,
dont il fut l’un des premiers responsables,
Bulletin d’abonnement
Billets d’Afrique et d’ailleurs
Édité par Survie, 210, rue Saint-Martin - 75003 Paris. Tél.: 01 44 61 03 25
11 numéros par an pour tout savoir sur la face cachée de la politique de la France
sur le continent africain et les jeux troubles de la «Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux faits de
l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique originale.
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Février 2009 n No 177
se consacra à une lutte résolue contre la
Françafrique et Jean Carbonare y prit une
part déterminante.
En 1993, il participe à une commission
d’enquête qui fut envoyée au Rwanda,
un an avant le génocide, par la Fédération internationale des Droits de l’homme.
Jean Carbonare en revint décidé à alerter
les responsables politiques français sur les
dangers imminents de la situation et sur le
caractère ambigu et dangereux du soutien
militaire apporté par la France au régime
hutu. Il fut reçu à deux reprises par la
«Cellule Afrique» de l’Élysée, put obtenir une longue interview télévisée. Le tout
en pure perte. On sait la suite : le génocide de 1994. Jean Carbonare n’a jamais été
le «conseiller politique» de Paul Kagame.
Un mensonge figurant, dans un premier
temps, dans un article de Stephen Smith
(Le Monde, 18 mars 2004) et souvent repris
ensuite pour tenter de discréditer Survie.
S’il est en effet parti travailler au Rwanda
au lendemain du génocide, ce séjour s’est
effectué dans le cadre d’un projet de coopération technique de reconstruction que
lui a confié le président Bizimungu. Jean
Carbonare a démissionné de son poste de
président de Survie dès son départ pour le
Rwanda en juillet 1994. Retiré à Dieulefit,
dans la Drôme, il est décédé le 17 janvier
2009 après une vie entièrement consacrée
au développement et au combat pour les
droits de l’homme en Afrique.
Odile Tobner
Bulletin fondé par F.-X. Verschave
Directrice de la publication: Odile Biyidi
Awala.
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Benito.
Secrétaire de rédaction: Janine Sfiligoï.
Comité de rédaction: Pierre Caminade,
Sharon Courtoux, Sisulu Mandjou Sory,
Victor Sègre, David Mauger, Odile
Tobner, Vincent Munié.
Ils ont participé à ce numéro:
Isabelle Méricourt, Mayacine Diouf,
Jean-François de Montvallon
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Coordination: O.Thimonier
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Dépôt légal: février 2009 - ISSN 1155-1666 Imprimé par Imprimerie 3 A
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