Fiche du document numéro 22695

Num
22695
Date
Mardi Avril 2008
Amj
Fichier
Taille
936228
Titre
Billets d'Afrique No. 168
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s et avis de recherche sur les avatars des relations franco-afric a i n e s
Sommaire

Éditorial

ËP. 2 Changement de stratégie ou simple
ravalement de façade ?
Des changements se profilent dans la politique française en Afrique, Pour déjouer
les effets d’annonce, une analyse des discours et des rapports de force s’impose.
ËP. 3 FRANÇAFRIQUE Il était une fois la
rupture
Défendue au Cap par Nicolas Sarkozy,
la rupture avec la Françafrique est de
nouveau sous le feu de l’actualité. Mais
pour combien de temps ?
ËP. 4 DJIBOUTI Affaire Borrel : une
première !
Deux hauts fonctionnaires djiboutiens,
Djama Souleimanet Hassan Saïd, ont été
condamnés le  mars à Versailles à des
peines de prison ferme.
ËP. 5 TCHAD La France dans le marigot
Les graves compromissions françaises
au Tchad mérite amplement la création
d’une enquête parlementaire.
À fleur de presse. Ci-gît Bockel
ËP. 6 Burkina Faso Le feu couve
Les «émeutes de la faim» se multiplient
en Afrique. Provoquées par la hausse du
coût de la vie, elles traduisent surtout un
ras-le-bol généralisé d’une jeunesse sans
avenir. A bien des égards, la situation est
explosive.
À fleur de presse. L’homme qui a tué
Bockel
ËP. 7 France Les millions de Charles
Alors que les biocarburants
participent à la hausse des prix agricoles,
l’ancien ambassadeur de France auprès
l’Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO)
investit dans la bioénergie.
ËP. 8 RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU
CONGO Les FDLR à l’Onu
Le Conseil de sécurité de l’Onu est
«gravement préoccupé» par la présence
persistante des Forces démocratiques de
libération du Rwanda (FDLR) en RDC.
ËP. 9 COMORES Anjouan la carte du
sparatisme
La complicité de la France pour dérober
Mohamed Bacar à la justice commorienne jette à nouveau une lumière crue sur
l’Élysée.
ËP. 10 Lire: «Vincent Bolloré, ange
ou démon ?» de Nicolas Cori et Muriel
Gremillet
ËP. 12 Les ménages de Kouchner

L’homme africain
et les Droits de l’homme

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o

Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 168 - Avril 2008 - 2,30 euros

D

u 24 au 28 février, plusieurs villes du Cameroun, notamment Douala et la capitale
Yaoundé, ont été le théâtre d’émeutes généralisées, réprimées de façon brutale et sanglante, faisant au bas mot une centaine de morts, selon l’Association des chrétiens contre
la torture (ACAT) à Douala. Un dirigeant associatif connu, Jacques Tiwa, a été froidement abattu.
En France, il y a eu quelques articles dans la presse écrite et sur le net mais rien sur les grandes
chaînes de la télé, aucun commentaire de la classe politique. Une manifestation des Camerounais
de la diaspora à Paris a été ignorée des médias. Une déclaration de l’opposition en exil réclamant
une commission d’enquête de l’ONU n’est relayée nulle part. Dès le 1er mars, silence total alors
que la répression bat son plein : procès expéditifs, traque des meneurs supposés, matraquages des
suspects. Aucun avertissement public n’est adressé au régime camerounais.
Le 14 mars, une manifestation d’une centaine de personnes tourne à l’émeute à Lhassa au Tibet.
Les troubles s’étendent le 15 à la province du Sichuan. Le parlement des Tibétains en exil parle de
80 morts. Ces tristes événements font l’ouverture de tous les journaux télévisés pendant plusieurs
jours. On montre les manifestants tibétains à Paris. On interviewe l’opposition en exil. Quinze
jours après, on interroge encore tous les invités, politiques ou autres, de toutes les émissions télévisées, qui expriment leur indignation. Daniel Cohn Bendit se déchaîne sur France 2 : « Il y a des
moments où on n’a pas le droit de se taire» Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères
déclare: «La répression au Tibet n’est pas supportable». Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits
de l’homme, donne à nouveau de la voix « S’il y a bain de sang au Tibet, je ne vois pas ce que je
vais faire dans un gradin à observer une manifestation sportive ». Alain Juppé se scandalise qu’on
se soit contenté d’appeler la Chine à plus de retenue.
On constate que les droits des peuples opprimés partout dans le monde sauf en Afrique francophone sont vigoureusement défendus en France. Au Cameroun, on massacre tellement discrètement que la nouvelle n’en est pas parvenue à Alain Juppé. Le bain de sang camerounais a
échappé à Rama Yade sinon elle aurait proposé des sanctions contre un régime despotique qui
tue, après les avoir pillés, les habitants, des Africains, ses frères. Bernard Kouchner ignore ce qui
s’est passé au Cameroun, autrement il ne l’aurait pas supporté. Quant au tonitruant Cohn Bendit
sait-il seulement que l’Afrique existe ?
Cessons de croire à la mascarade des discours sur les Droits de l’homme tels qu’on les pilonne
dans les médias. Il y a seulement des discours de propagande politique. La France au Cameroun,
c’est pire que la Chine au Tibet : une puissance impériale qui soutient depuis un demi-siècle l’oppression d’un peuple de pauvres pour se gaver librement de ses ressources. Est-ce que, dans cette
situation, l’idée des droits de l’homme peut même l’effleurer ? Agacés qu’on puisse demander
de faire cesser l’oppression en Afrique, les politologues disent : Les Africains n’ont qu’à s’en
prendre à eux-mêmes. Qu’ils se libèrent ! Mais qu’une dynamique d’émancipation voie vraiment le jour en Afrique, ou que l’impérialisme du colonisateur soit battu en brèche par d’autres
puissances, on peut être sûr que les médias et les politiciens occidentaux découvriront tout à coup
avec la plus vertueuse indignation que les droits de l’homme y sont bafoués. Le sang des victimes
n’en finit pas de couler au Kivu dans l’indifférence générale. Pas de quoi émouvoir les cœurs sensibles des vedettes des médias et des politiciens. Pour nourrir la démence des tyranneaux locaux il
n’y a que l’appétit anonyme et sans frein des acheteurs de minéraux précieux et celui, non moins
intarissable des nébuleuses des fournisseurs d’armes. Derrière eux le monde pavé des milliards
des paradis fiscaux et des trafiquants. Trop peu médiatique tout ça. Trop compliqué.
Odile Tobner

Salves
France

Changement de stratégie ou simple
ravalement de façade ?
Cap ou pas Cap ? Des
changements se profilent
dans la politique française
en Afrique, mais pas
nécessairement ce que
les adversaires de la
Françafrique attendent. Pour
déjouer les effets d’annonce,
une analyse des discours
et des rapports de force
s’impose.

B

ien malin qui a pu distinguer les prémices d’une nouvelle stratégie française en Afrique dans le discours du
Cap, tant dans les propos présidentiels sur la
promotion de la démocratie, le soutien à la
société civile, la multilatéralisation et le redéploiement militaire, les formules convenues
ou floues sont restées la règle. Pas vraiment
de quoi esquisser une feuille de route.
De l’aveu de la diplomatie française,
qui multiplie les efforts pour tenter de
convaincre les ONG que «les choses ont
changé», il est pourtant bien question
de mettre en œuvre la rupture annoncée,
comme l’illustre la création de tasks forces thématiques, associant Elysée et ministères. La première sera consacrée au
redéploiement militaire, avec un calendrier de travail déjà établi qui n’inclut pas
pour l’instant la question de l’avenir des
bases militaires.
La «réussite» éventuelle d’un tel processus, si l’on accepte de mettre un instant de
côté le scepticisme qui s’impose, dépend
toutefois d’une série de facteurs sur lesquels nombre d’incertitudes sont bien loin
d’être levées.

Cacophonie ministérielle
Le premier élément à analyser concerne
l’articulation entre Elysée et les ministères concernés, à commencer par celui des
Affaires étrangères. Sans revenir excessivement sur l’épisode Bockel, on a pu percevoir, depuis mai 2007, des divergences
de points de vue au sein de la diplomatie
et de l’exécutif. En particulier, au sujet de
l’agenda et des déclarations présidentielles : visite à Libreville, contenu du discours de Dakar, allègements de certaines

dettes (ex : Gabon), attitude à adopter
face à Sassou, Kadhafi, etc.…
Sans doute pour éviter la cacophonie et
rappeler «qui est le patron» une clarification entre les différents niveaux de
décision est peut-être déjà à l’œuvre, à
travers la dépolitisation de la fonction de
secrétaire d’Etat à la coopération, laissée
à un «gestionnaire», Alain Joyandet,
dépourvu de vision politique sur le sujet
et peu susceptible de contester les orientations de son président, dont il compte
parmi les fidèles. Au niveau du secrétariat
d’Etat aux droits de l’homme, pas grandchose à attendre non plus. Passé l’agitation du mois de décembre dernier autour
du cas Kadhafi, Rama Yade s’est totalement désengagée de toute question relative aux droits de l’homme en Afrique, au
point, dans un courrier récent au secours
catholique, d’annoncer que les questions
traitées dans le Livre blanc de la Plateforme citoyenne France-Afrique (page 11)
ne relevaient pas de sa compétence mais de
celle du secrétariat d’Etat à la coopération.
Reste Bernard Kouchner, dont Libération
se demandait en une de son édition du
26 mars à quoi il pouvait bien servir,
question qui pourrait bien faire sourire si
l’ancien «humanitaire» ne se montrait
pas chaque jour davantage comme un défenseur acharné de la raison d’Etat, englué
dans les pires compromissions diplomatiques, du Tchad au Tibet. Quant au ministère de Brice Hortefeux, volontiers marginalisé par ses collègues diplomates, mais
pas par le Président, il demeure un mystère. Davantage que son poids économique
(très relatif) c’est l’idéologie véhiculée par
ce ministère et ce malgré son changement
de nom récent (le «codéveloppement » est
devenu le «développement solidaire», à la
demande de certains chefs d’Etat africains)
qui pèse sur l’ensemble de la politique
française de coopération.

Discours à l’ancienne
Dans ce paramétrage, il importe de mesurer le rôle de certains conseillers présidentiels, désignés dans le jargon diplomatique
par les sigles «PR2», «PR3», «PR4»
(en fonction du niveau hiérarchique qu’ils
représentent en dessous du président, le
PR en chef). Tout en se défendant de perpétuer la tradition de la cellule africaine,
certains conseillers apparaissent toujours

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2008 n No 168

comme des gardiens du temple au discours souvent marqué par les idées reçues
du néocolonialisme. «Il n’y a pas de démocratie parfaite en Afrique », «la France a bien agi au Togo en 2005», «nous
n’avons personne pour remplacer Déby»,
affirmait ainsi Bruno Joubert à des associations reçues à l’Elysée à la veille du
départ de Nicolas Sarkozy au Tchad et
en Afrique du Sud. Côté sémantique, la
rupture attendra… Mais ces discours sont
parfois nuancés par d’autres diplomates
ou conseillers ministériels, pas toujours
en phase avec la ligne élyséenne, comme
on l’a évoqué plus haut.

«Business as usual»
A écouter les conseillers ministériels,
on a toutefois l’impression qu’une nouvelle impulsion, à défaut d’une nouvelle
orientation est en train d’être donnée à la
politique française.
Parmi les grandes lignes de cette politique,
qui à bien des égards ne fait que prolonger
des pratiques précédentes, figure en particulier l’extension de la zone d’influence
au monde anglophone et lusophone. Le
rapprochement vers certaines démocraties qui ont impulsé un vrai processus
de développement (le Botswana, cité en
exemple par la diplomatie française) est
en cours, sans doute pour dissimuler les
travaux d’approche entrepris auprès de
régimes plus contestés comme l’Angola
et pour détourner l’attention du rôle de la
France dans le maintien de dictatures dans
d’autres pays.
Les voyages présidentiels au Cap et à
Luanda (au mois de mai) ont clairement
annoncé la couleur, il est avant tout question de consolider des positions commerciales et d’en développer de nouvelles, en
misant sur le développement à terme de
classes moyennes dans un certain nombre
de ces pays. Que la France s’intéresse aux
producteurs de pétroles et aux acheteurs
potentiels de centrales nucléaires ou de
réseaux ferrés n’est pas bien sûr une nouveauté, c’est plutôt l’affirmation claire de
ses intérêts commerciaux qui rompt un
peu l’hypocrisie ambiante. Les Français
ne seraient donc plus là uniquement parce
qu’ils «aiment l’Afrique» ?
De tels aveux sont en revanche bien plus
difficile à obtenir lorsqu’on aborde la
chasse gardée francophone et il n’est pas

rare d’entendre des conseillers diplomatiques affirmer que la France n’a rien à
gagner au Tchad (sic), qu’elle n’est présente dans certains pays que pour contenir les menaces terroristes, l’islamisme
soudanais ou faire rempart à la présence
chinoise. Ceux qui craindraient un redéploiement trop brutal peuvent toutefois
faire confiance à Bolloré, Bouygues, Areva et à l’état-major pour que la France ne
se «désintéresse» pas aussi vite de leur
terrain de jeu préféré…

Indispensables
contre-pouvoirs
Sur le terrain politique et en particulier
au niveau parlementaire, la contestation
du système est encore marginale et si
une mission d’information sur les relations franco-africaines a bien été crée à
l’automne, regroupant des députés de
différents horizons, (voir Billets d’Afrique
163) celle-ci peine à mobiliser. La quasiabsence de questions sur l’intervention
française au Tchad au Parlement, tend
également à illustrer que le manque de
contrôle est souvent le fait d’une intériorisation excessive par les parlementaires

de la notion de «domaine réservé présidentiel». Il est vrai que, de l’aveu d’un
parlementaire membre de la majorité,
les députés de l’UMP doivent demander
l’autorisation à l’Elysée avant de poser
une question sur un sujet «sensible».
Mais ce n’est jusqu’à preuve du contraire
pas le cas de ceux de l’opposition… En
acceptant de confier plus de rôle au Parlement en matière de politique étrangère,
dans le cadre de la réforme institutionnelle préparée par la commission Balladur, le
président prend-t-il réellement un risque,
dans le fond ? Petit signal positif, tout de
même, le dépôt à l’Assemblée à la fin du
mois de mars d’une demande de création
d’une commission d’enquête parlementaire sur l’intervention française au Tchad,
texte reprenant quasi intégralement les
propositions d’associations, dont Survie
(lire page 5). Émanant d’un groupe qui
dépasse à peine le quorum des 20 députés (le groupe de la gauche démocratique
et républicaine), cette demande a peu de
chances d’aboutir, à l’instar du projet de
commission d’enquête sur l’intervention
française en Côte d’Ivoire, enterré par la
majorité en février 2005, mais elle a au

moins le mérite d’exister. Du côté de la
presse, si on peut constater que certains
médias nationaux s’intéressent davantage
à la politique de la France en Afrique,
comme l’illustre l’écho rencontré par le
Livre Blanc, la publication de quelques
articles très critiques sur la position française au Tchad ou la diffusion de reportages sur les biens mal acquis à des heures de grande écoute, cela relève souvent
davantage d’initiatives individuelles de
journalistes que de nouvelles lignes éditoriales. Dans bon nombre de médias, la
désinformation ou la «censure démocratique» selon l’expression d’Ignacio Ramonet (noyer l’information importante dans
un torrent d’informations secondaires)
restent trop souvent la règle.
Dans ce paramétrage complexe de rapports de force souvent défavorables à
leurs re­vendications, les sociétés civiles
de France et d’Afrique ont plus que jamais un rôle essentiel à jouer. Maintenir
la pression, encore et toujours, prouver
qu’il existe des alternatives et… ne pas se
faire berner par les effets d’annonce et les
ouvertures de dialogues opportunistes.
Pierre Rohman

Il était une fois la rupture
Annoncée par JeanMarie Bockel, avec les
conséquences que l’on sait
(voir p. 5), défendue à son
tour par un Nicolas Sarkozy
se souvenant tout à coup au
Cap de ses promesses de
campagne, la rupture avec la
Françafrique est de nouveau
d’actualité. Mais pour combien
de temps ?
Il est bien tentant de ne voir là que là résurgence
d’un simple «marronnier», comme les journalistes nomment ces sujets récurrents, si pratiques pour combler les creux dans l’actualité.
Un débat qui serait aux relations franco-africaines ce que la suppression du Sénat ou des départements est aux débats sur les institutions :
un serpent de mer qui agite quelques commentateurs puis bascule à nouveau dans l’oubli.
Pour se convaincre que les déclarations incantatoires, voire les injonctions paradoxales
(« supprimons le système dont notre pouvoir
dépend») de l’exécutif français en la matière
ne sont qu’une éternelle répétition, il suffit de se
remémorer quelques séquences de l’histoire.

De 1981…
Commençons par les faux espoirs de l’alter-

nance de 1981 (parmi les 110 propositions
du candidat Mitterrand, «l’indépendance du
Tchad»), l’éphémère ministre-délégué à la
coopération Jean-Pierre Cot à l’ «audace»
si vite tempérée, pour remonter au célèbre
discours de la Baule prononcé par François
Mitterrand en 1990, discours que seuls Nicolas Sarkozy et quelques mitterrandolâtres
citent encore pour illustrer une prétendue
nouvelle ère des relations franco-africaines.
Suivirent les complicités criminelles dans le
génocide au Rwanda, le scandale de l’affaire
Elf, qui, quelques années après les faits et à
des échelles très différentes éclaboussèrent la
République sans la faire trembler, mais provoquèrent chez certains commentateurs leur
lot de «plus jamais ça» scandalisés, laissant
entendre que rien ne pourrait plus être pareil.
Sur le plan institutionnel, mentionnons la timide réforme de la coopération française par
le gouvernement Jospin en 1997 et sa doctrine du «ni, ni » (ni ingérence ni indifférence),
que les guerres civiles au Congo-Brazzaville
plongèrent aussitôt dans ses contradictions
mais qui n’empêchèrent pas certains de voir
un signe de changement radical dans la nonintervention (officielle) directe des troupes
françaises au Congo.
Vinrent ensuite la mise en place de textes
internationaux (déclaration de Bamako, Accord de Cotonou) conditionnant l’aide publique à la « bonne gouvernance », qui firent

bien peu trembler les Bongo, Sassou, Eyadema et consorts, rassurés qu’ils étaient par
leur ami Jacques Chirac même lorsque celuici brandit (pour de rire) devant eux la menace
de la Cour pénale internationale, au sommet
France-Afrique de 2003 (ce que plusieurs
journalistes considérèrent toutefois comme
un événement important…).

... au Cap
Depuis, l’embourbement français en Côte
d’Ivoire, la position intenable de la France au
Togo en 2005, camouflées dans un multilatéralisme sournoisement manipulé, ont donné
à certains de nouvelles occasions d’annoncer
un repli français du terrain miné africain et un
«changement de méthode».
La bataille de N’Djamena est arrivée à temps
pour que l’on se souvienne de toutes ces vaines prédictions, permettant au nouveau président français d’ajouter à son tour quelques
phrases, que l’on craint de devoir rapidement
qualifier d’anecdotiques, à la longue litanie
des promesses de rupture ressassées depuis
vingt-cinq ans.
Si bien que, de guerre lasse, on en vient à
considérer le jeu du «Cap ou pas Cap» lancé
par le président de la république le mois dernier comme un pur exercice de rhétorique et
de cynisme. Une épreuve obligatoire imposée au grand oral de la Ve République ?
Pierre Rohman

No 168 n Avril 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Djibouti

Affaire Borrel : une première et une
avancée considérable
Deux hauts
responsables
djiboutiens, Djama
Souleiman Ali et Hassan
Saïd ont été condamnés le
27 mars à Versailles à des
peines de prison ferme pour
avoir fait pression sur deux
témoins dans l’enquête sur
l’assassinat du juge Borrel.

L

e premier, Djama Souleiman Ali est
condamné à dix-huit mois. Actuel
procureur général de la république
de Djibouti, il a, selon le jugement, tenté
de suborner à plusieurs reprises, Mohamed
Saleh Alhoumekani, ancien officier de la
gendarmerie et responsable de la sécurité
du palais présidentiel devenu depuis citoyen
belge. Son objectif était d’obtenir d’Alhoumekani qu’il se rétracte, car ce témoin est
celui qui a fait basculer le dossier judiciaire
en janvier 2000, en mettant en cause le président djiboutien, un homme d’affaires corse et
deux autres personnages condamnés à l’époque pour des actes de terrorisme, Awalleh
Guelleh et Adouani (censés être en prison ce
jour-là) dans la commandite de l’assassinat
du juge Borrel.
Le second, Hassan Saïd est condamné à
douze mois. Patron du SDS (Service de documentation et de sécurité), il avait obtenu
d’Ali Iftin, officier de gendarmerie et supérieur de Mohamed Alhoumekani, par la
menace, une lettre destinée à décrédibiliser
son subordonné en le décrivant comme un
personnage instable et présentant des troubles de comportement. On peut d’ailleurs
s’étonner que Djibouti ait confié la responsabilité de la sécurité du palais présidentiel
à un être aussi fragile sur le plan psychologique mais le régime de Guelleh s’auto-affranchit de ce type de contradiction ….
Peine perdue, Ali Iftin fuit son pays en 2002,
se réfugie en Belgique, en devient citoyen et
déclare qu’il a été contraint de rédiger cette
lettre contre son ancien subordonné sous la
menace de représailles visant sa famille.
Dans cette fameuse lettre, apparaît l’avocat et député socialiste Arnaud Montebourg, accusé d’être derrière le «complot»
qui déstabilise Djibouti. À l’époque, il pré-

sidait le groupe d’amitié franco-djiboutien
où il ne cessait de dénoncer les violations
des droits de l’homme de l’ancienne colonie. Partie civile, Arnaud Montebourg était
présent tout au long du procès de Versailles.
Les deux condamnés, qui boycottent la justice française depuis la plainte d’Élisabeth
Borrel en 2002, refusant de se rendre aux
convocations et sous le coup d’un mandat
d’arrêt international délivré par la justice
française, étaient défendus par Francis Szpiner. L’ex-avocat de Jacques Chirac était
accompagné des chefs de la sécurité des
ambassades de Djibouti à Paris et à Bruxelles. Le président djiboutien Omar Guelleh
n’a donc rien perdu des échanges de la salle
d’audience.
Cette condamnation et la reconnaissance par
le tribunal de la subornation sont des points
très importants dans l’instruction principale,
celle de l’assassinat du juge Borrel, car on
ne suborne pas des témoins s’il n’y a pas un
secret à cacher.

Des attendus très clair
Les attendus du jugement sont clairs :
«Les faits de subornation commis par Hassan Saïd et ceux commis par Djama Souleiman s’inscrivent dans un projet concerté
d’entrave à la justice française dans le dossier d’information ouvert contre X du chef
d’assassinat du juge Borrel.
«Djama Souleiman et Hassa Saïd ont, de façon constante, refusé de fournir la moindre
explication sur les faits de la prévention, se
soustrayant systématiquement aux convocations des magistrats instructeurs, ne déférant
pas en personne pour l’audience et cherchant
à transformer la présente procédure en procès des témoins qui, pour leur part, affirment
avoir agi en leur âme et conscience par obligation morale à l’égard de la famille Borrel
parce que la thèse du suicide était retenue.
«La qualité de magistrat de Djama Souleiman, formé sur les bancs de l’université de
Toulouse... exige qu’il soit fait une application plus sévère de la loi que pour Hassan
Saïd, chef des services secrets de Djibouti...
«En effet Djama Souleiman a commis des
actes déloyaux et indignes au regard de sa
qualité de magistrat... Il a pris le parti de
provoquer l’échec d’une information judiciaire du chef d’assassinat en faisant usage
des pouvoirs liés à ses fonctions de procureur
de la République pour exercer une pression
sur le témoin Alhoumekani en le menaçant de

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2008 n No 168

représailles sur sa famille et en lui proposant
de l’argent et un poste diplomatique. Les attendus du jugement reconnaissent également
le préjudice causé à toute les parties civiles
et en premier lieu à Élisabeth Borrel et à ses
enfants.
«Elisabeth Borrel et ses enfants sont des victimes directs des faits de subornation qui ont
eu pour effet d’entraver le cours de la procédure quant à l’assassinat de leur époux et père.
«Mohamed Saleh Alhoumekani et Ali Abdillahi Iftin ont été les premières victimes.
Le premier justifie d’un préjudice moral
lié aux menaces, pressions constantes et
au bannissement d’une partie de sa famille, ceci suite aux mandats d’arrêt émis.
«Me Arnaud Montebourg justifie d’un préjudice personnel et direct pour avoir été mis
en cause délibérément par des accusations
mensongères de nature à porter atteinte à
son honorabilité et à son crédit moral.»
C’est une avancée considérable dans l’instruction de l’assassinat du juge Borrel.
C’est, en effet, la première fois qu’un tribunal français examinait en audience publique, l’un des volets de l’affaire. Le jugement reprend avec une grande précision
toutes les étapes de l’enquête. Il s’agit, sans
nul doute, d’une répétition du procès pour
assassinat qui devra juger les meurtriers du
juge et leurs commanditaires.
D’ailleurs l’avocat de la défense, Maître Szpiner, semble avoir évolué, puisqu’il a plaidé
en reconnaissant que la «thèse de l’assassinat s’est imposée» tout en rajoutant qu’il
«n’avait jamais cru à l’implication de la République de Djibouti.»
Me Szpiner, qui a annoncé qu’il ferait appel, a
eu une drôle de formule : « C’est un jugement
marqué du sceau du corporatisme» précisant
que «jamais ses clients ne se présenteront devant le tribunal». Une habitude en somme…
La réaction de la présidence djiboutienne ne
s’est pas attendre : elle a publié un communiqué, accusant la justice française de racisme et
les fonctionnaires français de pédophilie.
Se dirige-t-on maintenant vers la rupture des relations diplomatiques francodjiboutiennes, annoncée par le président djiboutien ? Ce ne sera pas une première pour
l’ambassadeur de France, Dominique Decherf, qui avait déjà fermé celle au Rwanda.
Au minimum, un rappel des ambassadeurs
respectifs pour consultation n’est pas à exclure.
Jean-Loup Schaal

Tchad

La France dans le marigot
Plus que jamais, le
parlement doit avoir
son mot à dire dans
la conduite de la politique
africaine de la France. Les
graves compromissions
françaises au Tchad mérite
amplement la création d’une
enquête parlementaire.

A

l’heure où Nicolas Sarkozy dit vouloir
«associer étroitement le Parlement
français aux grandes orientations
de la politique de la France en Afrique» (discours du Cap, 28 février 2008, en Afrique du
Sud), Survie et d’autres associations membres
de la plateforme France-Afrique1, prennent le
président de la République au mot en demandant la création d’une commission d’enquête
parlementaire sur l’implication française dans
le conflit tchadien. Cette volonté annoncée de
rendre la politique de la France en Afrique
plus transparente se heurte à la récente actualité au Tchad qui prouve que l’opacité reste de
mise. L’engagement militaire, diplomatique et
politique de la France a été déterminant dans
le maintien au pouvoir du régime du président
Idriss Déby Itno or le soutien sans faille apporté à ce régime dictatorial mérite, pour le
moins, d’être débattu dans notre enceinte démocratique.
Les députés des commissions Affaires étrangères et Défense ont été sollicités pour porter
ce projet. À la suite de cette interpellation et
reprenant à la lettre les revendications de nos
associations, le groupe parlementaire de la
Gauche démocrate républicaine (PC, Verts et
divers gauche) a déposé une proposition de ré-

solution visant à la création de cette commission d’enquête.
Une telle commission, dotée de pouvoirs
importants d’enquête et de convocation pour
audition, serait l’occasion pour le parlement
d’éclaircir le rôle de la France au Tchad dans
toutes ses dimensions : militaire, diplomatique et politique mais aussi sur le plan, ô combien majeur, des droits de l’homme.
Le soutien militaire de la France pour repousser les attaques rebelles sur N’Djamena en avril 2006 puis en février 2008,
les ventes et les transferts d’armes opérés au profit de l’armée tchadienne et,
plus largement, le cadre et les modalités
d’intervention des forces françaises au Tchad
prévues par les accords de coopération sont
autant d’éléments qui requièrent de nombreux
éclaircissements.
Sur le plan diplomatique et politique,
cette commission devra revenir sur les formes
de soutien apportés par la diplomatie française
au régime tchadien à travers les rencontres et
visites officielles, la validation des scrutins
contestés, la défense du régime devant les
organisations internationales… questions qui
méritent grandement une remise en cause.
En matière de violation des droits de l’homme,
une commission d’enquête parlementaire permettra d’établir le degré de connaissance par
la diplomatie française des violations commises par le régime pendant et depuis la bataille
de février 2008 : opposants démocratiques
emprisonnés, militants associatifs, journalistes
indépendants et autres membres de la société
civile menacés et contraints à l’exil.
En se saisissant du cas tchadien dans son ensemble, les parlementaires français pourront
apporter un appui démocratique et soutenir
l’implication de la France dans le processus de
paix en concertation avec les partenaires euro-

Poisson d’avril
Face au tollé provoqué par l’annonce de Nicolas Sarkozy devant les parlementaires
britanniques d’un renforcement de la présence militaire française en Afghanistan, le
gouvernement a accepté d’organiser le 1er avril un débat sur le sujet à l’Assemblée
nationale puis au Sénat avec les ministres concernés, Bernard Kouchner et Hervé
Morin. Selon la Constitution, l’exécutif a le droit -contrairement aux règles dans la
plupart des pays démocratiques- d’engager ses troupes dans des opérations militaires extérieures sans obtenir l’aval préalable du Parlement. Outre le fait que le
président réserve la primeur de son annonce aux élus britanniques, une question
s’impose : pourquoi, ce qui est possible à propos de l’Afghanistan, ne le serait-il pas
s’agissant du Tchad ou de la Centrafrique ? D’autant que le dispositif militaire au
Tchad coûtera, en 2008, 400 millions d’euros supplémentaires au budget de l’Etat.
Mais ne rêvons pas : le débat parlementaire du 1er avril n’aura duré qu’une heure et
il n’a été suivi d’aucun vote.

Raphaël De Benito

péens. Ils pourront également participer à la
mise en place d’un dialogue national inclusif
avec les partis d’opposition et la société civile,
seule voie pour empêcher une prise du pouvoir
par la force et assurer une stabilité à long terme
au Tchad. C’est ce que réclame d’ailleurs le
comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation nationale au Tchad.
Alexandra Phaëton
1. Associations cosignataires de cette
demande de commission d’enquête
parlementaire : ACAT-France, ATTAC, Ipam,
Mouvement de la paix, Peuples solidaires,
Réseau Foi et Justice, Secours catholique et
Survie.

À fleur de presse
Rubrique
nécrologie :
ci-gît Bockel
Alain Joyandet est le nouveau secrétaire
d’État chargé de la Coopération et de la
Francophonie, auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes à la faveur du dernier remaniement ministériel.
Un illustre inconnu, parlementaire UMP
sans palmarès en matière de politique
étrangère ou de défense. Du genre à ne
pas faire de bruit bien qu’il confirme en
off que c’est bien le président gabonais
Omar Bongo qui a eu la tête de son prédécesseur.
L’ancien titulaire du poste, Jean-Marie
Bockel qui s’imaginait naïvement pouvoir enterrer la Françafrique depuis la
rue Monsieur, devient secrétaire d’Etat à
la Défense et aux Anciens Combattants.
Il aurait dû savoir qu’Omar Bongo et
consorts s’occupe aussi des remaniements
ministériels en France. En guise de pommade, Nicolas Sarkozy lui a promis un
droit de regard sur les troupes pré-positionnées en Afrique. On ne saurait trop lui
conseiller de ne se tenir à l’écart de la base
française de Libreville !
En attendant, son scalp vient enrichir la
collection d’Omar où figure, en bonne
place, celui de Jean-Pierre Cot, l’éphémère ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé de la
coopération et du développement, victime
lui aussi, en 1982, des parrains françafricains. À la différence que Jean-Pierre Cot
avait préféré démissionner.
RDB

No 168 n Avril 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Burkina Faso

Le feu couve
Mauritanie, Guinée
Conakry, Sénégal,
Cameroun, Burkina
Faso, les « émeutes de la
faim » se multiplient en
Afrique. Provoquées par la
hausse du coût de la vie,
elles traduisent surtout un
ras-le-bol généralisé d’une
jeunesse sans avenir. A bien
des égards, la situation est
explosive.

«

C

’est comme si on avait des allumettes près d’un morceau de coton,
susceptible de prendre feu à tout
moment». C’est le commentaire révélateur que
faisait un syndicaliste quelques jours après les
émeutes qui ont embrasé le Burkina. Les manifestations ont commencé le 20 février dans
la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso.
De mémoire de Bobolais, la ville n’avait jamais connu un tel déchaînement de violence.
A l’origine, il s’agissait seulement d’une manifestation de petits commerçants contre les taxes
et patentes trop élevées qui a rapidement dégénéré. La foule a grossi rapidement, renforcée
par de nombreux jeunes trouvant là l’occasion
d’exprimer leur colère contre l’augmentation
des produits de base (riz, blé, essence ou tissu).
Les manifestations ont ensuite atteint trois villes
de province, puis le 28 février, la capitale, Ouagadougou, qui connaîtra à son tour un déferlement de violence. Des groupes de jeunes, très
mobiles, s’en sont pris aux bâtiments publics et
aux véhicules de l’Etat dans différents quartiers
de la ville. Qui étaient-ils ? Selon le quotidien
Sidwaya, les procès marathons qui ont suivi
ont permis de se faire une idée : «apprentis
chauffeurs, des mécaniciens, des apprentis
tailleurs, des élèves coraniques, des pousseurs
de charrettes, des commerçants ambulants, un
musicien et des élèves…». Tous sont touchés
directement par la cherté de la vie.
Les augmentations de prix au niveau international se répercutent au Burkina mais de façon
particulière. Le gouvernement veut faire passer
la contribution de la TVA au budget de l’Etat
de 40 à 50 %. Une hausse que les grossistes
répercuteraient directement sur les petits commerçants pour ne pas perdre leur gain. De son
côté, le gouvernement prétend qu’il oblige désormais les importateurs à payer leurs impôts.
Un manque à gagner que ces grossistes récupéreraient sur le dos des Burkinabés. Mais plus
généralement, c’est une défiance générale qui

s’est installée envers le régime. Blaise Compaoré, reconverti avec le soutien de la France
en homme de paix dans la région après y avoir
semé la guerre et les trafics, n’a guère gagné en
popularité malgré un score «soviétique» aux
dernières élections.
La méningite continue de tuer massivement,
déjà 500 morts cette année. Et pendant que
le pays ne décolle pas des dernières places du
classement de l’indice de développement humain, le quartier de Ouaga 2000, au luxe insolent, continue de s’étendre.
La croissance officielle dépasse depuis quelques années les 5 % mais la population n’en
voit pas les effets sur le niveau de vie. Seuls
les militaires, qui se plaignaient d’indemnités
de retraite insuffisantes ont obtenu satisfaction.
Des postes administratifs leur ont même été réservés après leur départ à la retraite alors que le
chômage des jeunes ne cesse d’augmenter.
Les étudiants ne sont pas en reste, qui ont organisé en 2007, une manifestation d’une ampleur
jamais égalée pour réclamer de meilleures
conditions d’études.
Enfin, une grave crise politique affecte le
sommet de l’Etat. Salif Diallo, l’homme de
confiance historique de Blaise Compaoré vient
de quitter le gouvernement. Il se serait opposé à
la montée en puissance du propre frère du président, François Compaoré pourtant impliqué
dans l’assassinat du journaliste Norbert Zongo,
officiellement toujours non résolu.
Le gouvernement a bien pris des mesures pour
diminuer les prix des produits de première nécessité, mais faute d’un contrôle des prix efficace, les baisses se répercutent difficilement sur
les consommateurs.
Les syndicats emmenés par la puissante
Confédération générale du travail du Burkina
(CGTB) ont rapidement réagi. Une coalition
contre la vie chère, soutenue par les principaux
partis d’opposition, s’est constituée autour
d’une quinzaine de revendications portant
sur la hausse des salaires, le contrôle des prix,
l’amélioration des conditions de vie des étudiants mais aussi contre les privatisations, les
plans d’ajustement structurel, les accords de
partenariat économique (APE) et pour la défense des libertés notamment la réouverture du
dossier Norbert Zongo. Le mouvement social
renoue là avec ses traditions de lutte. Plusieurs
gouvernements depuis l’indépendance en ont
fait les frais.
Le 15 mars, la population a massivement répondu à l’appel de cette coalition qui a organisé
des marches et des meetings dans tout le pays.
Alors que l’AFP évaluait à plusieurs dizaines
de milliers le nombre de manifestants à Ouagadougou, les journaux locaux évoquaient une

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2008 n No 168

marée humaine. Un mouvement social qui s’est
déroulé, cette fois, dans le calme, tandis qu’un
nouveau rendez-vous est déjà pris, pour une
grève générale, les 8 et 9 avril.
Bruno Jaffré

À fleur de presse
L’homme
qui a tué Bockel
par Hervé Gattegno, Le Point du 27 mars
2008
« Entre Paris et l’Afrique, la défaite de l’imprudent Bockel sonne aussi la victoire d’un
homme : Robert Bourgi. Avocat et intermédiaire (…) il est l’un des animateurs patentés
des réseaux d’influence qui continuent d’irriguer l’ancien empire colonial français (…).
Naguère, il fut au moins l’élève – sinon le légataire – de Jacques Foccart, le plus secret
des conseillers du général de Gaulle.»(…).
Vigoureux, le propos du secrétaire d’Etat
(Bockel) s’inscrivait pourtant dans le droit
fil du discours prononcé à Cotonou (Bénin) en mai 2006 par le candidat Sarkozy. Le futur président jurait alors vouloir
«construire une relation nouvelle » avec
l’Afrique et, pour cela, la « débarrasser des
réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autres mandats que ceux
qu’ils s’inventent ». Objection rejetée avec
aplomb par Bourgi : « Ce texte, dit-il, avait
été écrit par David Martinon.» On ne saurait
mieux dire qu’il n’engage plus l’Élysée... »
Le candidat Sarkozy n’avait semble-t-il
pas été affranchi par Chirac, ni même par
Pasqua, à propos des rapports occultes de
la France et de l’Afrique, d’où ces paroles en l’air pour faire bien. Une fois mis
au parfum par Robert Bourgi, disciple de
Foccart – dont il a fait un vibrant éloge
(voir Billets 163) – il est vite revenu à de
meilleurs sentiments à l’égard du bienfaiteur de la politique française qu’est
Bongo. Il a dû être chapitré également
par Bolloré et Cie et tous les grands bénéficiaires français de l’exploitation des
pays africains, qui n’ont pas intérêt à ce
que le type de régime qui y règne change
radicalement.
Bourgi, en ridiculisant le chef de l’État, mériterait la sanction qui s’impose. Les paris
sont ouverts… selon les bookmakers, c’est
un cheval de service qui court en marge de
l’hippodrome.
Odile Tobner et Sharon Courtoux

France

Les millions de Charles
Alors que les biocarburants
participent à la hausse
des prix agricoles et
détournent des milliers
d’hectares de terres de la
chaîne alimentaire, l’ancien
ambassadeur de France
auprès de l’Organisation
des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture
(FAO) investit dans la
bioénergie.

FIDA l’en aient convaincu, moins de deux
ans avant de conclure au cours d’une table
ronde que «les biocarburants constituent
un des facteurs de pression sur la demande
et de hausse des prix agricoles. La plupart
des pays pauvres, acheteurs nets de produits
alimentaires, seront donc perdants, d’autant
plus que dépendance alimentaire et énergétique vont souvent de pair».
Que les services des Nations unies aient
cru ou non aux vertus des agrocarburants à
l’époque, il est rassurant de constater qu’il
n’en est rien aujourd’hui. On ne peut pas en
dire autant de Charles Millon.

C

Celui qui dit avoir été «aguerri aux relations internationales» par sa fonction de
ministre de la Défense de 1995 à 1997,
a démissionné fin août 2007 de ses fonctions d’ambassadeur de France auprès de
la FAO, du FIDA et du PAM. Comme
annoncé en 2006, il n’a pas pour autant
oublié le continent africain : «l’Afrique
sera toujours là, je m’en occuperai autrement via une association ou à l’extrême
en créant ma société de développement.»
Promesse tenue ! … à l’extrême : il est désormais membre du conseil de surveillance
de la jeune société française Agro Energie
Développement, (AgroEd), qui souhaite
«devenir un opérateur significatif du développement de la bioénergie» dans les pays
en développement, selon le président de son
conseil de surveillance, Jean-Claude Sabin. Ce dernier, ancien responsable au sein
de puissantes organisations professionnelles agricoles, n’est autre que le président
fondateur de Sofiprotéol, l’établissement
financier de la filière française des huiles et
protéines végétales, dépositaire de la marque Diester. Initiateur de la filière biodiesel
en France, il est un pilier des groupes de
lobbying qui ont convaincu, dès le début des
années 90, les décideurs politiques français
et européens d’investir massivement de
l’argent public pour le développement des
filières agroindustrielles aux débouchés
prometteurs (La faim, la bagnole, le blé et
nous : une dénonciation des biocarburants,
Fabrice Nicolino, Fayard 2007).
La chargée de communication d’AgroEd,
Christiane de Livonnière, par ailleurs ancienne directrice de cabinet de Charles
Millon, peut donc se vanter que l’un des
principaux avantages de l’entreprise (...) est
la qualité des compétences réunies et parler
du travail qui sera mené en partenariat avec
l’Agence française de développement

harles Millon, nommé en 2003 ambassadeur de France auprès de la
FAO, du Fonds international pour
le développement de l’agriculture (FIDA)
et du Programme alimentaire mondial
(PAM), donnait trois ans plus tard sa vision
de ce «continent oublié» : «On a fait de
la santé, de l’éducation, du religieux… mais
on a oublié le développement» (Rhonealpespeople.com, 27 mars 2006). Quant à la
lutte contre la faim dans le monde, cela lui
inspirait tout de même de belles envolées,
comme à l’occasion de l’ouverture du comité mondial pour la sécurité alimentaire le 30
octobre 2006 : «Nous avons besoin d’une
prise de conscience générale, civique, des
enjeux non seulement humains mais aussi
géopolitiques de la lutte contre la faim à un
niveau mondial».

« Un biocarburant qui demain
participera au développement »
L’ancien ministre de la Défense, fait alors
partie des nombreux décideurs politiques
qui semblent éblouis par le mirage des biocarburants. Et il ne manque pas de communiquer son entrain au cours de ses visites.
En mission officielle au Bénin en octobre
2006, il venait ainsi «étudier, avec les entreprises béninoises et les banques, les opportunités d’investissement dans les domaines suivants : agricole, agroalimentaire,
énergies renouvelables, biocarburants,
ressources naturelles». Six mois plus tôt,
il vantait les bienfaits du Jatropha curcas,
dont la plantation sur des milliers d’hectares en Afrique de l’Ouest (10 000 ha pour le
seul Mali) allait permettre de produire une
huile aux multiples utilisations: insecticide,
savon... et carburant. «Un biocarburant qui
demain participera au développement»,
ajoutait-il. Est-il pensable que les experts du

« Partenariat public-privé »

(AFD) et le FIDA. Le système «fondé sur
un partenariat public-privé» qu’elle évoque peut en effet compter sur de solides
amitiés politiques, et elle le sait. Associée
gérante du cabinet de conseil Intelstrat,
elle siège aussi au conseil d’administration
d’un think tank établi à Bruxelles, l’Institut Thomas More – tout comme Charles
Millon. Plus récemment, tous deux ont rejoint la société Unipay’s qui s’intéresse au
gigantesque marché africain du paiement
sécurisé à distance par téléphonie mobile.
Leur appui dans ce domaine sera-t-il aussi
fructueux que pour AgroEd ?
Née en avril 2007, la société signait en effet, le 15 septembre, une convention-cadre
avec le Mali «sur un ambitieux projet de
production d’agrocarburants, la première
d’une série qui couvrira plusieurs pays
africains, mais aussi d’Asie et d’Amérique
latine» (Marchés tropicaux & méditerranéens, n° 3219, 21 septembre 2007).
Charles Millon signait fin novembre une
autre convention cadre, avec le Burkina
Faso cette fois. Et les médias burkinabés
de nous confirmer un partenariat publicprivé douteux «l’action de la société
AgroEd s’insérera également dans les
plans d’actions définis par le FIDA et
l’AFD. La société AgroEd bénéficiera du
soutien du gouvernement pour l’acquisition de terres pour la production et pour
l’implantation d’une unité industrielle
d’EMHV (l’ester méthylique d’huile végétale)» (Le Pays, Ouagadougou, 14 décembre 2007).

La faim justifie les moyens
En attendant, les émeutes de la faim se
multiplient en Afrique (voir page 6). Elles
dénoncent les hausses hallucinantes du prix
des denrées de base.
Des «troubles sociaux» évoqués, le 6 mars
dernier, par la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) devant des députés européens : «Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de
la production des biocarburants a détourné
des terres de la chaîne alimentaire. (...) Les
prix alimentaires atteignent un tel niveau
que celui de l’huile de palme en Afrique est
désormais au niveau des prix du carburant»
(AFP, 6 mars 2008). En mars 2006, Charles
Millon déclarait à Rhonealpespeople.com :
«un poste en politique, c’est ce que vous en
faites ; certains s’emmerdent, d’autres se
passionnent, s’investissent”. Ou investissent. On aura bien compris.
Thomas Borrell

No 168 n Avril 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
République démocratique du Congo

Les Forces démocratiques
de libération du Rwanda à l’ONU
Quatorze ans après
l’exécution du
génocide des Tutsi
rwandais, le conseil
de sécurité se déclare
« gravement préoccupé»
par la présence persistante
des Forces démocratiques
de libération du Rwanda
(FDLR) dans l’est de la
RDC, et exige de tous ses
membres qu’ils déposent
les armes. Comme les
FDLR l’ont aussitôt rappelé,
elles n’en feront rien, ce qui
est gravement préoccupant.
À qui la faute si elles sont
toujours là ?

D

ans sa résolution 1804, adoptée
le 13 mars dernier, les «préoccupations » du Conseil de sécurité, et son «exigence» que les FDLR
déposent les armes s’accompagnent
du rappel que la mission de l’ONU au
Congo (MONUC) «a pour mandat de
faciliter la démobilisation volontaire et
le rapatriement librement consenti » de
ces combattants, […] et d’utiliser tous
les moyens nécessaires, dans la limite
de ses capacités et dans les régions où
ses unités sont déployés, pour appuyer
les opérations menées par les Forces
armées congolaises». Si le représentant
du secrétaire général des Nations unies,
Alan Doss, a déclaré que la MONUC a
déjà pris des mesures pour «renforcer
sa présence militaire dans les zones
de proximité en coordination avec les
FARDC», il a aussi écarté toute option
militaire contre les FDLR. Le lendemain, sur RFI, un porte-parole de la
MONUC à Goma a ajouté que la mise
en œuvre de la résolution 1804 «serait
encore longue». Hélas !

Une résolution peu suivie
La résolution du conseil de sécurité demande, dans son article 4, «aux gouvernements de la RDC et du Rwanda d’intensifier leur coopération pour donner

suite aux engagements qu’ils ont souscrits dans le communiqué de Nairobi, en
particulier en vue de créer les conditions
propices au rapatriement, au Rwanda,
des combattants démobilisés».
Quelques remarques s’imposent. La
résolution suggère, sans le dire précisément, que le désarmement des forces
négatives reviendrait aux FARDC, ce à
quoi la RDC s’était préparée en s’engageant à fournir un plan à cet effet lors
de la signature du communiqué commun RDC-Rwanda de Nairobi. Or, de
l’avis de tous les observateurs, l’armée
congolaise n’est pas en mesure de venir
à bout des FDLR. Celles-ci ont déclaré
leur refus d’une démobilisation volontaire : elles exigent qu’un retour au
Rwanda s’accompagne de négociations
et qu’elles puissent s’instituer en parti
politique. Ce que Kigali refuse.

Un retour au pays
difficile
Le Rwanda se dit prêt à accueillir (réintégrer) ses ressortissants réfugiés en
RDC, en rappelant qu’ils devront respecter les lois et règlements qui régissent la
Nation dont ils sont issus, et confirme
son intention de traduire en justice ceux
qui ont participé au génocide de 1994.
La liste de ces derniers, fournie aux
autorités congolaises afin qu’elles procèdent à leur arrestation, atteindrait le
chiffre de plus de 60001 noms selon le
ministre congolais des Affaires étrangères, Antipas Mbusa Nyamwisi (sur
RFI). Ceci ne simplifie pas la situation,
même si le ministre congolais a terminé
son intervention sur une note d’espoir
concernant sa confiance dans l’amorce
d’un dialogue…
Rappelons que les forces de l’Armée
pour la libération du Rwanda (ALIR),
puis des FDLR, ont prêté main forte à
l’armée congolaise durant les années
des guerres qui ont ravagé la région, et
à de nombreuses occasions par la suite.
Quels que soient les ravages dont ces
forces se rendent sans cesse responsable dans l’est du Congo, les relations
entre celles-ci et Kinshasa perdureraient. Quant aux relations entre Kinshasa et Kigali, peut-on noter de part et
d’autre une plus grande disponibilité à
dialoguer ? L’avenir le dira.

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2008 n No 168

Ayant failli à sa tâche en 1994 (il est incontestable que le génocide commis au
Rwanda aurait pu être empêché), cette
communauté internationale – au sein de
laquelle une France «fâcheusement»
impliquée - a poursuivi dans sa mauvaise voie au lendemain du génocide en
laissant s’installer et se développer une
situation qui aboutit aujourd’hui à une
sanglante impasse. Si les forces génocidaires qui se sont repliées au Congo
après leur défaite en juillet 1994 avaient
été immédiatement désarmées et mises
au pas, nous n’en serions pas là. A quoi
sert alors la résolution 1804 ? Peut-être
à illustrer une fois encore que la communauté internationale a des obligations et qu’elle doit les honorer.
Sharon Courtoux
1. Les estimations du nombre total des personnes regroupées sous le sigle des FDLR ou affiliés sont diverses, mais ce chiffre ne serait pas
très éloigné de la réalité. Or, il est certain que
nombre d’entre eux, ne serait ce qu’en raison
de leur âge, n’ont pas participé au génocide.

Des mouvements
en pleine évolution
Dès l’automne 1994 s’est créée la
première organisation regroupant les
éléments (ex-FAR, les Forces armées
rwandaises avant le génocide), milices
Interahamwe et politiques), réfugiés
au Zaïre, ayant participé au génocide : le parti du Rassemblement pour
la démocratie et le retour des réfugiés
(RDR). En 1998, il laisse la place à
l’Armée de libération du Rwanda
(ALIR), doté d’une branche politique,
Peoples Army for the Liberation of
Rwanda (PALIR). La mise en déroute
définitive des forces de l’ALIR infiltrées
dans le nord du Rwanda a conduit ces
forces à créer le Comité de coordination pour la résistance (CCR). Des dissensions au sein du CCR ont conduit
à la création des FDLR (l’historique de
ces mouvements est magistralement
rappelé dans le document d’Aloys Tegera : « La conférence de Goma et la
question de la présence des FDLR au
sud et Nord-Kivu : état des lieux », sur
www.pole-institute.org).

Comores

Anjouan la carte du
séparatisme
La complicité
de la France pour
dérober
le sécessionniste
d’Anjouan, Mohamed
Bacar, à la justice
comorienne, jette à
nouveau une lumière crue
sur le rôle de l’Élysée
dans les multiples crises
séparatistes depuis 1997.
Objectif : affaiblir les
Comores pour garder
Mayotte.

«

P

arallèlement à l’examen de la
demande d’asile au regard des
conditions dans lesquelles elle
aura été déposée, monsieur Bacar fera l’objet de procédures judiciaires appropriée» a
déclaré Pascale Andréani, porte-parole du ministère des Affaires étrangères
(MAE). Le dictateur d’Anjouan, Mohamed Bacar, venait d’être chassé du
pouvoir par une intervention des troupes de l’Union des Comores (UC) et
de l’Union africaine (UA), pour mettre un terme à une nouvelle sécession
liée au refus d’organiser des élections
normales de présidence d’île sur Anjouan en mai 2007 (cf. Billets n°160).
Fidèle à elle-même, la France a accueilli à Mayotte le séditieux déchu, et
l’a transféré à la Réunion pour l’éloigner des vives manifestations qui ont
éclaté dès que les Anjouanais vivant à
Mayotte ont appris que Nicolas Sarkozy avait ainsi décidé de dérober Bacar
à la justice comorienne. Des mandats
d’arrêts internationaux avaient été déposés par l’UC contre lui une semaine
avant, pour rébellion et torture...

Le prix de la fidélité
Qu’importe : cet homme n’a jamais trahi
la France, et cette fidélité-là est la seule
qui compte. L’heure est donc à l’improvisation rhétorique pour justifier l’organisation de la fuite de Bacar.
Mais omment Sarkozy va-t-il maintenant pouvoir sauver la face devant la

communauté internationale ? Comment écarter les accusations envers la
France d’être, depuis 1997, l’incitateur
en sous-main, des crises séparatistes
qui ont achevé de détruire les Comores (alors Fédération, devenue Union
en concession aux séparatistes) ?
Yves Jégo, le secrétaire d’État à
l’Outre-Mer en bizutage à Mayotte, est
aussi de corvée : «De nombreux citoyens
anjouanais, auteurs des actes répréhensibles
[lors des protestations à Mayotte, le
jeudi 27 avril], ont été interpellés et seront
fermement jugés.» Il a dû comprendre
très vite que le maintien de Mayotte-la-Comorienne dans l’Outre-Mer
français, en violation du droit international (faut-il le rappeler ?), n’est dû
qu’à cette série de crises séparatistes
conduites par des militaires francocomoriens et autres mercenaires excollaborateurs de Bob Denard.

Vers l’asile politique ?
Revenons aux promesses du ministère
des Affaires étrangères : quelles seraient les « procédures judiciaires appropriées », en France, concernant un
Comorien qui a commis tous ses forfaits aux Comores, et qui fait l’objet
d’un mandat d’arrêt international ?
La seule solution défendable par Sarkozy serait l’extradition vers l’Union des
Comores : mais le président préfèrera
prendre une position intenable, et la
France poussera certainement le bouchon jusqu’à accorder l’asile politique
à Bacar. Elle n’en est plus à cela près
dans cet archipel, après la déportation
du président Djohar, et les multiples
relaxes de Bob Denard à la suite de
ses coups d’État. Notre pays a bien
accueilli à bras ouverts les dignitaires
du régime génocidaire rwandais, une
bonne partie d’ntre eux étant d’ailleurs
installée à Mayotte.
La procédure engagée contre Bacar et
ses 23 hommes débarqués à Mayotte
pour «séjour sans titre, importation,
port et transport d’armes prohibées»
a très vite été annulée pour vice de
forme par le tribunal correctionnel de
Saint-Denis-de-la-Réunion. Il n’existe
aucun accord d’extradition entre la
France et les Comores.

Pour faire bonne figure, la France
s’était tout de même sentie obligée
de transporter les troupes tanzaniennes jusqu’à l’île voisine de Mohéli.
Les Soudanais sont venus par leurs
propres moyens. Les Sénégalais, qui
devaient aussi être engagés dans cette
opération sous mandat de l’UA, ne se
sont pas déplacés. Quant à l’Afrique
du Sud, elle joue un jeu trouble et virevoltant : elle a refusé de s’engager
contre Bacar. Les relations entre Nicolas Sarkozy et Thabo Mbeki (l’un des
rares Africains à avoir défendu le discours de Dakar) sont une pierre angulaire de l’évolution géopolitique de la
région, qui reste à analyser. Ce dernier
a estimé que l’intervention à Anjouan
replongeait les Comores « dans leur
passé violent au lieu de résoudre la crise de
façon pacifique » (www.lepoint.fr). Ira-t-il
jusqu’à accueillir Bacar l’exilé ? Loin
de la dispute Mbeki-Chirac lors des
médiations en Côte-d’Ivoire, Sarkozy
a recruté un émissaire de poids pour la
Françafrique.
Pierre Caminade

Cinquante ans
de République
françafricaine
Cette année, le « Moi(s) contre la Françafrique » se déroulera du 7 avril (date
du début du génocide au Rwanda en
1994) au 13 mai (le 13 mai 1958 étant
considéré dans l’histoire officielle comme l’avènement de la Ve République
et le retour au pouvoir du général de
Gaulle).
En 1958, l’instauration de la Ve République par le général de Gaulle (rappelé
au pouvoir en pleine guerre d’Algérie)
coïncide avec la mise en place de la
Françafrique, devenue en quelque sorte
consubstantielle d’une République qui
s’attachera, jusqu’aujourd’hui encore, à
garder une haute main sur les pays africains et leurs ressources naturelles.
La stigmatisation des cinquante ans de
cette politique, non démocratique, est
pour nous l’occasion d’appeler à un
changement réel et à une véritable rupture dans ces pratiques par un assainissement des relations franco-africaines.
Pour retrouvez les événements du
« Mois » et rejoindre les militants de Survie, contactez le groupe local le plus proche de chez vous et consultez l’agenda
des mobilisations sur le site Internet de
Survie. www.survie-france.org

No 168 n Avril 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Lire
Bolloré,
services compris
Vincent Bolloré, ange ou démon?
de Nicolas Cori et Muriel Gremillet
(éditions Hugo doc, janvier 2008,
135 p., 12,50 euros).
Cet ouvrage est à lire absolument pour
connaître l’une des transnationales en très
bonne place sur le podium de la Françafrique. Trop bref pour entrer dans les détails,
il constitue une mise à jour nécessaire.
Cette page de Billets se veut être un guide
de lecture, car l’ouvrage gagne à être complété par notre Dossier noir n°15, Bolloré,
monopoles, services compris... afin d’approfondir certains aspects scandaleux de
la conquête sans vergogne des prébendes
africaines1, et la constitution d’un sorte
d’agence de barbouzerie privée. En complément également, pour mieux comprendre le détail des raids boursiers, les arrangements avec les tribunaux de commerces
et certains magistrats, les retournements
d’avocats et d’actionnaires, il faut lire aussi
Vincent Bolloré. Enquête sur un capitaliste
au-dessus de tout soupçon, de Nathalie
Raulin et Renaud Lecadre (Denoël 2000).
Précisons que la biographie autorisée de
Jean Bothorel, Vincent Bolloré, une histoire
de famille, (Picollec 2007), ne présente pas
plus d’intérêt qu’un article hagiographique
sur Blaise Compaoré dans Direct soir.
Vincent Bolloré est atteint, plus que tout
autre entrepreneur, d’une allergie à la
concurrence. Le leitmotiv de ses projets
industriels à long terme est d’assurer la
chaîne complète d’un service, ce qu’il
appelle le «multimodal intégré» : il l’applique dans le transport, les médias, voire
l’influence politique...

Le transport des
matières premières
Pour le transport des matières premières, il
est parvenu au «service de transport intégré, de bout en bout, de la sortie de l’usine
jusqu’à la porte de l’utilisateur final» (V.
Bolloré in JAE, 20/10/1997, p. 32). Dans
ce secteur, la conquête n’a pas beaucoup
progressé depuis les années 1990, le groupe
s’est au contraire séparé de quelques branches. On notera toutefois la bataille épique, et perdue, contre le groupe Progosa,
pour obtenir l’exploitation du port en eau
profonde au Togo. Reprenons au passage
cette citation du dialogue entre les chefs
d’État français et togolais, en marge du
sommet Europe-Afrique de Lisbonne, le 8
décembre dernier, retranscrite d’après témoignage par Le Canard enchaîné (6/02).
Elle porte sur cette concession du port de

Lomé : «vous en êtes où de ce projet
?», aurait demandé Sarkozy. Faure
Eyadema : « les procédures sont en
cours» Sarkozy. «Bolloré est sur les
rangs. Quand on est ami de la France,
il faut penser aux entreprises françaises.»

Les médias
Dans les médias il assure le service
«de la conception d’un message à sa
réception par le public» (p. 112-113).
Il contrôle à la fois la production de
communiqué de presse (Associated
Press), de sondage (CSA), la presse et
les médias qui les commentent (ce à
quoi à tendance à se réduire le journalisme politique), la création de publicité (Euro RSCG), la production (SFP,
VCF), l’achat d’espaces publicitaires (MPG
France, progression dans le concurrent Aegis), la presse et les médias qui les diffusent (Matin plus, Direct soir, Direct huit)...
Via Aegis, il contrôle Carat, «dont les analyses sur les programmes audiovisuels sont
largement reprises dans les rubriques médias» (d’après Rue 89)2, et il siège (grâce
à Euro-RSCG) au conseil d’administration
de Médiamétrie qui contrôle l’audimat !
Bravo l’artiste qui, avec une finesse digne
de Serge Dassault, étale sa conception de
l’indépendance de la presse : «je suis un
investisseur industriel. Je dois donc avoir
le contrôle éditorial.» (p. 111)

Un réseau
économico-politique
Nous pourrions ajouter dans le domaine
économico-politique, l’influence dans la
banque, l’assurance, la politique et la géopolitique. C’est par cette dernière application du «multimodal intégré» que tient,
par dessus tout, le groupe multicarte Bolloré. Avec sa structure en cascade de holdings, Vincent Bolloré ne détient, grosso
modo, qu’un million d’euro d’un capital
d’un demi-milliard qu’il contrôle. Le reste
vient d’actionnaires généralement mal rémunérés en dividendes ou valorisation.
Mais Bolloré n’est pas forcément ingrat
avec eux dans tous les domaines, puisque
d’après un industriel (les sources se laissent
rarement nommer quand elles s’expriment
sur Bolloré) : «ceux qui mettent des sous
dans les structures intermédiaires sont des
couillons. Ils ne gagnent rien, mais Bolloré
avec son entregent peut leur débloquer des
problèmes administratifs.» (p. 50). Jetons
donc un œil sur la liste de ces investisseurs
désintéressés : des «partenaires tradi-

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2008 n No 168

tionnels de la famille» (p. 49), la banque
Lazard, le Crédit lyonnais, la BNP, une
branche du groupe Lagardère, «un groupe
saoudien», AGF, Groupama, «une société
contrôlée par la famille Agnelli»...
Il pourrait donc leur arriver d’avoir des
«problèmes administratifs» à faire «débloquer» ?
D’autres activités industrielles le passionnent. Intéressons-nous à celle sur laquelle
il va se façonner une image politiquement correcte d’écologiste: sa batterie
«super-capacité», de Batscap, pour la
voiture électrique ou hybride. Cette solution serait en effet un progrès écologique.
Or, technologiquement, économiquement, comme écologiquement, elle est
supplantée par la voiture à air comprimé
(seul ou hybridé): un moteur deux temps
à trois chambres breveté par MDI. Mais
les réseaux économiques et politiques des
deux sociétés n’ayant rien de comparable,
ce sera certainement la solution de Batscap
qui s’imposera, généreusement appuyée
par des aides publiques (5 000 euros d’aide
par véhicules sont prévus).
Il n’y a que du beau monde dans l’entourage de Bolloré, ce qui fait sa force. Son pouvoir repose sur la confiance qu’inspire son
réseau. Le coup du Paloma a frappé fort
pour marquer le début du quinquennat présidentiel : «Nombreux sont les industriels
que nous avons interrogés qui estiment
que Bolloré est dorénavant “intouchable”
pendant cinq ans.» (p. 6). Un symptôme
du service médiatique «multimodal intégré» : le sondage informant les français
que cette croisière de Nicolas Sarkozy ne
les choque pas provient du CSA, détenu
à 44 % par Bolloré. L’image est plus que
jamais primordiale pour un groupe fran-

çafricain qui mue en magnat de la communication. «Personne n’investit dans la
presse pour des questions de rentabilités,
dit un patron. La presse, en France, c’est
l’influence.» (p. 82)
On trouvera bien quelques lacunes dans
ce livre, qui est plus une synthèse qu’une
enquête gorgée d’éléments inédits : rien
sur les incestes avec la magistrature, ni sur
le recrutement d’agents secrets de premier
rang (voir notre DN n°15). Mais pour le
reste, le livre met le doigt où ça fait mal.
Le goût pour les paradis fiscaux et judiciaires, et l’opacité financière, est clairement
exposé. Constantin Associés effectuent
l’audit des comptes de Bolloré depuis
1990, quand la règle est «de faire tourner
les auditeurs tous les six ans pour qu’ils
ne se retrouvent pas en conflit d’intérêt»
(p. 95). Nous apprenons au passage qu’une
filiale luxembourgeoise, qui apparait en
effet dans les tableaux du rapport annuel
2006 du groupe, est dénommée Carlyle
investissement. Pourquoi avoir choisi cette
homonymie avec la société américaine qui
mêle les intérêts de pétroliers texans, du
complexe militaro-industriel, du clan Bush
et de l’Arabie Saoudite… ?
L’achat à Firestone d’une exploitation
d’hévéas (pour le caoutchouc) au Liberia
dès la prise de pouvoir du sanguinaire Taylor est décryptée (p. 127-131) en exploitant
un rapport onusien qui nous avait échappé
(UNMIL : Human rights in Liberia’s Rubbers plantations, 2006).
Le nom de Bolloré, contrôlant en toute
discrétion l’exploitation via la société Intercultures, n’y était pas cité, et les auteurs
décrivent comment leurs confrères journalistes se sont gardés de remonter au vrai
propriétaire...
Pierre Caminade
1. Cette conquête étant à peu près achevée lors de
la parution de ce dossier noir, en octobre 2000, il
n’est pas trop daté de ce point de vu, et on le lit
encore avec profit.
2. www.rue89.com/2008/02/09/comment-bolloretisse-sa-toile-dans-les-medias

Pour une
politique
responsable
et transparente ?
Livre blanc pour une politique de la
France en Afrique responsable et transparente, Plate-forme citoyenne FranceAfrique, L’Harmattan, 2007, 160 p,
13,50 euros.

Ce Livre blanc pour une politique de la
France en Afrique responsable et transparente reprend une grande partie des
travaux du «Sommet citoyen FranceAfrique» organisé en France en février
2007, alimentés par des propositions de
la campagne « 2007 : état d’urgence
planétaire, votons pour une France solidaire !», coordonnée par le CRID.
Il se fait également le relais de l’
«Appel des organisations de la société
civile africaine pour une autre relation et la
France avec l’Afrique» finalisé lors du Forum social de Nairobi en janvier 2007 par
150 organisations africaines.
Le texte de cet a ouvrage a été consolidé
par la Plate-forme citoyenne France-Afrique créée à l’issue du printemps électoral 2007 dans le but d’assurer le suivi des
engagements de campagne des candidats,
à commencer par ceux du président élu,
Nicolas Sarkozy. Publié six mois après
l’élection de ce dernier, ce Livre blanc
tire un premier bilan d’une politique de
rupture qui se fait attendre.
Pour les contributeurs de cet ouvrage (militants des droits de l’homme, responsables d’ONG, journalistes), la nécessité de
rénover en profondeur et rapidement les
relations franco-africaines apparaît pourtant comme une nécessité, du fait de la
multiplication des tensions et des incom-

préhensions dans ces relations (politique
migratoire, interventions militaires mais
aussi « humanitaires», discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, etc.).
Chapitre après chapitre ils appellent de
leur vœu une politique de la France en
Afrique au service de la démocratie, une
politique transparente, contrôlée par le
Parlement et les citoyens, respectueuse
des droits économiques, sociaux et politiques des Africains. Ils prônent également
une remise en cause des outils de domination militaire, linguistique et monétaire,
une meilleure utilisation de la coopération
multilatérale et enfin, une politique migratoire respectueuse des droits des migrants.
Un véritable défi lancé aux nouveaux dirigeants français.

La ruée vers l’or

Les 2 ouvrages

L’un des rares livres sur le sujet, L’Or africain est une
plongée vertigineuse dans un secteur de production
qu’aucune règle ou presque ne régit et qui donne lieu à
une véritable course contre la montre entre les compagnies d’extraction.

dans cette page sont

présentés
disponibles à la vente
au siège de
l’association.
Survie

Gilles Labarthe, L’or africain. Pillages, trafics & commerce
international,
Survie-Oxfam France-Agir ici,
Agone, 224 p.
Sortie le 13 octobre 2007.

210 , rue Saint-Martin
75003 PARIS
www.survie-france.org
No 168 n Avril 008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11

À fleur de presse
France

Les ménages
de Bernard Kouchner

S

i Omar Bongo a fait le nécessaire
pour faire «sauter» Bockel, son
collègue congolais Denis Sassou Nguesso n’est pas resté silencieux.
Comme le rapporte Le Canard enchaîné
du 26 mars, «il avait deux arguments de
poids. Primo, les marchés que convoite Vincent Bolloré : la concession du port à conteneurs de Pointe-Noire et la ligne ferroviaire
Congo-Océan. Deuzio, Sassou a rappelé que
Bernard Kouchner, lorqu’il n’était pas encore ministre de tutelle de Bockel, n’avait pas
jugé le régime infréquentable, décrochant
(comme au Gabon) des contrats d’études
sur un nouveau système de sécurité sociale et
sur les dangers de la grippe aviaire. (…) Le-

dit Kouchner, n’a pas levé le petit doigt pour
prendre la défense de son collègue»
Notre ministre aux convictions à
géométrie variable est coutumier du fait.
Total avait déjà payé un «ménage » à
Kouchner pour un rapport «aux petits
oignons » sur la Birmanie.
Bien sûr, ce n’est pas beau de faire
chanter notre formidable-ministre-desAffaires-étrangères-défenseur-depuisquarante-ans-des-droits-de-l’hommepartout-dans-le-monde !
Mais Bernard Kouchner, qui «reste un
vrai militant des droits de l’homme», a
des formules toutes faites pour pouvoir
écarter les critiques : « La realpolitik,

c’est la différence entre signer une pétition ou être responsable de la politique
étrangère » ou «ne soyons pas plus tibétains que les Tibétains » (Le Parisien,
26 mars 2007) comme il aurait pu dire
d’ailleurs «ne soyons pas plus congolais que les Congolais»…
Bernard Kouchner se dit aussi blessé
par les critiques «parce qu’il est sentimental », «qu’il a des états d’âmes
mais que, pour le moment, la barque
de l’amour ne s’est pas heurtée à la
vie quotidienne !» Un sacré rameur ce
Bernard !
Raphaël De Benito

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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2008 n No 168

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