Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs
I n f o r m a t i o n s et avis de recherche sur les avatars des relations franco-afric a i n e s
Sommaire
ËP. 2 FRANCE Vente d’armes : priorité
nationale. La France est passée au troisième
rang mondial des marchands d’armes.
ËP. 3 FRANCE CENTRAFRIQUE Déforestation,
désinformation
D’après TF1, la forêt centrafricaine serait
«victime de l’exploitation industrielle mais
surtout de déforestation anarchique par la
population». Un sommet de désinformation.
ËP. 4 FRANCE La stratégie de l’araignée
Le trop célèbre capitaine Barril, qui s’est
miraculeusement tiré sans grand dommage
d’affaires d’État (affaire des Irlandais de
Vincennes, affaire des écoutes de l’Élysée)
vient de tomber comme un vulgaire truand.
ËP. 5 FRANCE RWANDA Poignée de main
Paris Kigali
Quand Nicolas Sarkozy rencontre Paul
Kagame, le 8 décembre à Lisbonne, en marge
du sommet Union européenne-Afrique.
ËP. 5 Ils ont dit
Alain Tasma, réalisateur du film Opération
Turquoise : «Les autorités militaires ont
refusé de projeter le film au ministère de la
Défense.»
ËP. 6 FRANCE RWANDA Nouveau retard
Le feuilleton continue dans les affaires
Munyeshyaka et Bucyibaruta.
ËP. 6 RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Les tentacules d’une guerre
African Rights publie un rapport sur les
activités criminelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)
ËP. 8 RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
John Le Carré au Kivu ?
Les événements vont mauvais train au Kivu.
ËP. 9 FRANCE DJIBOUTI Les affaires d’abord
Après deux mois de tension, Paris et Djibouti
opèrent un rapprochement après la visite à
Paris d’Ismaël Omar Guelleh
Éditorial
Nuages sur l’Afrique
L
’
ËP. 10 TCHAD L’Eufor ne va pas fort
La force européenne initiée par la France
pour sécuriser les camps de réfugiés au
Tchad et en Centrafrique tarde à se mettre
en place.
ËP. 12 À fleur de presse
Paul Biya, le président camerounais souhaite
amender la Constitution pour ne plus être
contraint de quitter le pouvoir en 011.
année 2008 s’annonce apparemment sous de sombres auspices pour l’Afrique.
C’est le continent qui connaît le plus de conflits et de misères, les uns et les autres
étant liés. L’ère des guerres intestines est venue, avec celle des interventions
étrangères, liées à ces mêmes guerres intestines. L’Afrique est un terrain facile pour
ces conflits, qui minent des États récents sans unité, où le pouvoir est l’enjeu de luttes
de clans féroces. Ces guerres peuvent engendrer de terrifiants épisodes génocidaires
comme on l’a vu au Rwanda en 1994.
L’Est de la RDC est, depuis plus de dix ans, en proie à une guerre permanente, avec son
cortège d’atrocités sur les populations civiles, entre des bandes armées de tous bords.
Le pire est peut-être que la présence de la plus importante mission d’intervention de
l’ONU, la Monuc, est impuissante à protéger les victimes désarmées. Plus de 4 millions
de personnes ont déjà péri et les tentatives de solution échouent les unes après les autres.
La guerre en effet, qui décime et réduit à la misère la population, est plutôt bonne pour
l’exploitation des minerais précieux, qui n’a jamais été aussi prospère.
Le Sud du Soudan a connu à partir de 1983 une rébellion durement réprimée qui a
fait en plus de vingt ans 2 millions de morts. Après un accord en 2004 pouvant mener
à l’autonomie, la guerre entre le Sud et le Nord pourrait reprendre. Depuis 2003, la
guerre fait rage au Darfour faisant 200 000 morts. Là aussi toutes les tentatives d’accord
ont échoué. Une force hybride ONU-UA, la Minuad (Mission des Nations unies et de
l’Union africaine au Darfour), commence à se déployer à partir du 1er janvier 2008, mais
elle manque de matériels pour couvrir l’immense territoire qu’elle doit protéger.
La Somalie sombre dans le chaos. Mogadiscio n’est plus que ruines. Les habitants ont
déserté la ville pour s’installer dans des camps à la périphérie. Ils fuient les exactions
de l’armée éthiopienne, venue rétablir le gouvernement provisoire contre celui des tribunaux islamiques, et qui occupe toujours la capitale. Par deux fois en janvier 2007
l’aviation des États-Unis a bombardé le Sud de la Somalie pour anéantir l’armée en
fuite des tribunaux islamiques. Un contingent de l’UA, l’Amisom, essaye de se déployer
depuis un an.
Au Tchad et en Centrafrique, des rébellions menacent les gouvernements en place. Le
maintien de l’ordre répressif est assuré avec l’aide de la France qui possède un important contingent de soldats au Tchad et a envoyé ses paras en Centrafrique reconquérir
l’aéroport de Birao. Une force européenne, l’Eufor, qui devait sécuriser les frontières du
Tchad et de la Centrafrique avec le Soudan, n’arrive pas à se mettre en place.
Le Nigeria doit toujours faire face, dans la zone pétrolifère du delta du Niger, à la guérilla de groupes armés dont le Mend (Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger). Les attaques risquent de redoubler en 2008. L’ambition du Mend est de paralyser
l’exploitation du pétrole, qui ne profite pas à la population locale.
Le Mali et surtout le Niger sont aux prises avec la rébellion touarègue. La Côte-d’Ivoire
n’arrive pas à mettre un terme à sa division. Le Kenya enfin vient d’occuper l’actualité avec les suites sanglantes d’une élection contestée qui ont fait des centaines
de morts. Partout des tyrans locaux s’accrochent au pouvoir, plongeant leurs pays
dans la pauvreté.
Il ne faut surtout pas se laisser entraîner dans un afro-pessimisme complaisant. Ici et là
on entend des voix et on observe des luttes qui manifestent la volonté des Africains de
s’unir contre les vrais ennemis de l’Afrique. Souhaitons à ces voix et à ces luttes d’attirer enfin l’attention au milieu du tumulte général.
Odile Tobner
w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 165 - Janvier 2008 - 2,30 euros
ËP9 - PETITION
Pour la restitution aux peuples des biens mal
acquis par les dirigeants des pays du Sud.
Salves
France
Vente d’armes : une priorité nationale
La France est passée
en 2006 du troisième au
quatrième rang mondial des
exportateurs de matériel
militaire. Mais le « pays des
Droits de l’homme » entend
bien rester concurrentiel sur
le marché de la mort.
L
e ministère de la Défense a rendu
public le 4 décembre dernier son
huitième rapport annuel au parlement sur les exportations d’armement1,
qui consacre une large part au rappel des
principes, textes nationaux et internationaux auxquels se conforme notre pays et
qui démontrent que « la France accorde
une grande priorité aux critères éthiques ». Officiellement, elle refuse par
exemple la fourniture « de matériels susceptibles de concourir à la répression interne » ou de fournir des armes à des pays
en « conflit ouvert », et ce, même « en
l’absence d’embargo international ».
Bien sûr, le rapport ne mentionne que
les ventes légales et officielles, sans tenir
compte des trafics d’armes, quand bien
même ils sont organisés ou couverts par
les services secrets2. Le rapport rappelle
toutefois la nécessité de tenir compte, en
lien avec la diplomatie gouvernementale,
de l’existence « d’accords de défense,
de partenariats stratégiques dans le cadre d’alliances ou d’accords bilatéraux
spécifiques ». Or, comme l’a rappelé le
ministre des Affaires étrangères pour
justifier la récente visite de Kadhafi en
France: «Il y a beaucoup d’autres pays
dans le monde avec lesquels nous entretenons des relations bizarres et nécessaires
pour notre pays.» (AFP, 30 novembre
2007). Ce qui laisse une certaine marge
de manœuvre au loin des « critères éthiques »…
Une plate-forme
«Contrôlez les armes»
À l’occasion de ce rapport, la plateforme «Contrôlez les armes»3 a déploré
que «la France ait exporté des matériels d’armement vers des pays désignés
comme responsables de violations des
droits humains»4, soulignant que ces
exportations pouvaient avoir lieu «de façon directe ou indirecte, par le biais des
réexportation», et de citer la Colombie,
la Chine, Israël, le Pakistan, la Russie ou
encore le Tchad. Elle s’est inquiétée que
le dispositif national de contrôle «n’intègre pas suffisamment les préoccupations
relatives aux Droits de l’Homme, au droit
international humanitaire et au développement durable». La plate-forme notait
également que « le rapport traite en premier lieu du Code de conduite de l’Union
européenne en matière de contrôle des
exportations d’armement », mais qu’il
reste « muet sur le rôle spécifique de la
France dans ce cadre ». Il appelait donc
cette dernière à déclarer « son plein engagement en faveur de l’adoption [de ce
texte] en position commune, sans y poser
de condition préalable » de manière à le
transformer en « un instrument juridiquement contraignant».
Le ministre de la Défense a lui aussi fait
part de son inquiétude, mais dans un
autre registre. En 2006, les livraisons
d’armement par la France se sont élevées
à 4,03 milliards d’euros, et les commandes à 5,74 milliards (3,87 milliards d’exportations en 2005 et 7,37 milliards en
2004, année faste). Nos marchands de
canons sont donc loin de la faillite. Mais
les industries françaises font face à une
concurrence plus diversifiée et leur part
relative sur le marché mondial régresse
légèrement alors que, comme le rappelle
Le Figaro du 13 décembre, «le marché
est pourtant globalement en expansion».
Selon le dernier rapport annuel de l’Institut international de recherche pour la paix
à Stockholm, le SIPRI, les dépenses militaires mondiales ont progressé de 37 %
en dix ans pour atteindre 1 200 milliards
de dollars annuels en 2006. Mais la France est passée du troisième au quatrième
rang mondial, devancée par la Russie
et talonnée par Israël. Les États-Unis
conservent bien entendu la première
place, loin devant le Royaume-Uni ; et
les quatre premiers exportateurs d’armes
(dont on ne se lassera pas de rappeler
qu’ils sont aussi quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité
de l’ONU...) totalisent 85% du marché.
Sauver Dassault
et Lagardère
Hervé Morin a immédiatement promis
un «plan stratégique de soutien aux exportations de défense» (AFP, 4 décembre
2007) bénéficiant de « la mobilisation
de tout l’appareil d’État»5. «Ce plan, a
résumé Hervé Morin, vise à «simplifier,
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2008 n No 165
moderniser et fluidifier les procédures
actuelles d’exportations d’armement»6.
Il s’agira, « à la demande des industriels»7 de réduire les délais dans les procédures d’agrément, mais aussi, pour les
matériels ou les pays considérés comme
moins «sensibles», de «développer des
agréments préalables globaux, permettant d’exporter une liste de matériels
vers une liste de pays sans limitation de
quantités et sans dépôt de dossier spécifique à chaque demande d’exportation.»
Il a aussi proposé la création d’un fonds
de soutien aux volets connexes des contrats
d’armement8, les “volets connexes” étant
constitués des mesures économicopolitiques accompagnant les signatures
de contrats (construction d’usines, transferts de technologies ou de savoir-faire,
coopération militaire, etc.).
Le ministre a également rappelé qu’une
Commission interministérielle pour les
exportations de défense et de sécurité
(Ciedes) avait été installée en octobre
pour favoriser les exportations, et une
war room mise en place l’été dernier.
Créée à l’initiative de l’Élysée sur le
modèle américain, celle-ci est composée d’un représentant des ministères des
Affaires étrangères, de la Défense, des
Finances, du Premier ministre, du chef
d’État-major particulier de la présidence
de la République et du secrétariat général
de l’Élysée (AFP, 24 octobre 2007). Pas
moins.
Une nouvelle garde
pour Kadhafi
L’Élysée présentait récemment comme
l’une des premières applications concrètes9 de cette war room la signature d’un
mémorandum sur la coopération dans le
domaine de l’armement avec Kadhafi,
qui découle de l’accord de coopération
en matière de défense signé en Libye le
25 juillet dernier, initialement nié par les
autorités françaises, puis attesté fin août
par le Canard enchaîné, et portant notamment sur la formation et l’équipement de
l’armée et des forces spéciales libyennes.
Le Figaro du 11 décembre confirmait que
la France postulait (comme le RoyaumeUni et la Russie) à l’équipement et à la
formation d’une nouvelle garde prétorienne pour le dictateur libyen, dotée des
matériels les plus performants et destinée à jouer le rôle d’«assurance-vie du
régime». Le mémorandum signé prévoit
l’ouverture de négociations «exclusi-
France Centrafrique
ves» avec la France en vue d’acheter
du matériel militaire pour un montant
qui pourra s’élever jusqu’à 4,5 milliards
d’euros. De quoi aider la France à retrouver sa place sur le podium des marchands
d’armes.
Les industriels de l’armement
aux anges
«Les industriels de l’armement entourant Hervé Morin étaient visiblement aux
anges devant cette nouvelle mobilisation
ministérielle», rapporte Le Monde du 14
décembre. Pas besoin d’être devin pour
prévoir que les mesures annoncées visant
à «fluidifier» les autorisations d’exportations d’armes vont encore multiplier
les dérogations aux vertueux principes
affichés. Les réexportations d’un pays
vers un autre en seront facilitées, de
même que la fourniture d’éléments en
kit, qui, tant que ces derniers ne sont pas
assemblés, si besoin avec la contribution
d’autres pays exportateurs, ne sont pas
considérés comme militairement sensibles (des hélicoptères à vocation civile ont pu par exemple rapidement être
transformés en hélicoptères de combat).
À défaut de concourir réellement au respect des Droits de l’Homme, on devra
se consoler d’avoir une secrétaire d’État
préposée aux états d’âmes et un ministre des Affaires étrangères qui amuse la
galerie.
Victor Sègre
1.http://www.defense.gouv.fr/defense/content/
download/99547/877833/file/rapport_cadre_
BDEF.pdf
2.Trafics d’armes, enquête sur les marchands de
mort, de Laurent Léger, Flammarion, 2006.
3. La plate-forme française est copilotée par
Amnesty International France, Oxfam France Agir ici et le Secours catholique - Caritas France.
Elle est composée du CCFD (Comité catholique
contre la faim et pour le développement), Handicap international, l’Observatoire des transferts
d’armements, Justice et Paix France, Pax Christi
France, Réseau Foi et justice Afrique-Europe,
Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du
monde.
4.Communiqué de presse du 6 décembre www.
amnesty.fr
5. Le Figaro, 13 décembre 2007, «Morin engage la relance des exportations d’armements».
6. Le Monde, 14 décembre 2007, « Un plan pour
relancer les exportations d’armement ».
7 et 8. Le Figaro, 13 décembre 2007, «Morin engage la relance des exportations d’armements».
9. l’express.fr, 11 décembre 2007, « Pour
l’Elysée, la Libye est un client comme les
autres».
Déforestation,
désinformation
Selon un reportage diffusé
au journal de 20 heures
le 4 décembre, la forêt
centrafricaine serait
« victime de l’exploitation
industrielle mais surtout de
déforestation anarchique
par la population ». Un
sommet de désinformation.
Á
l’appui de cette thèse, le journaliste reporter, Jean-Marc Choquet nous montre sur la route
de misérables pousse-pousse chargés
de morceaux de bois. Commentaire :
«Autour de Bangui le carnage continue», c’est-à-dire dans un rayon de 25
à 30 km, où 300 000 tonnes de bois de
chauffe seraient prélevés sur 2500 à
3000 ha.
Pour mesurer la désinformation de ce
reportage il faut s’intéresser à quelques chiffres. La zone de la forêt
dense humide située au sud du pays a,
selon l’Office international des bois
tropicaux (OIBT), une superficie totale avoisinant 50 000 km 2 soit 8%
du territoire national. Selon d’autres
estimations, 75 % du territoire centrafricain est occupé par la forêt, soit
450 000 km 2. Chacun se fera son idée
sachant qu’en France, où les statistiques sont plus homogènes, la forêt occupe 155 000 km 2 pour les uns et pour
les autres, avec plus de 14 millions
d’hectares (140 000 km 2), elle couvre
aujourd’hui 26% du territoire métropolitain.
Si la population de Bangui est accusée
de déforestation parce qu’elle consomme 300 000 tonnes, soit 600 000 stères de bois, pour environ autant d’habitants, que dire alors des Français,
qui, eux (un sur deux brûle du bois),
consomment 40 millions de stères de
bois. Ce qui ne représente cependant
que 2,5 % de leur consommation énergétique. Et on ne compte pas dans ce
volume celui des déchets non recyclés,
tels que, par exemple, les 60 millions
de palettes produites chaque année.
La transformation du bois d’œuvre en-
traîne 60 à 80 % de déchets, dont une
infime partie est recyclée en bois-énergie. Il faudrait donc pas mal de reportages pour faire la leçon aux Français.
Il est certain que la déforestation peut
affecter les environs de Bangui sur
2 500 à 3 000 ha. C’est dû uniquement
à la désastreuse gestion d’une administration incompétente et corrompue, pas même capable d’organiser
la gestion raisonnée de l’exploitation
des bois de feu, dont la ressource est
surabondante. Mais le grand problème
de la Centrafrique, reste l’exploitation
sans frein de presque trois millions
d’hectares sur les cinq reconnus exploitables, par moins de dix grandes
sociétés concessionnaires. Officiellement 150 000 m 3 de bois en grumes
sortent annuellement de la forêt centrafricaine. Ce chiffre doit être multiplié par quatre ou cinq pour approcher de la réalité, tant l’exploitation
échappe à toute maîtrise.
Un projet de l’Agence française de développement (AFD) a pour ambition
de « créer, sur l’ensemble de la zone
forestière de la République centrafricaine, les conditions d’une gestion
rationnelle et durable, permettant le
développement socio-économique du
pays […] Élaborer et mettre en œuvre
un plan d’aménagement forestier pour
chacun des permis afin de permettre le
développement d’activités d’exploitation forestière socialement bénéfiques,
écologiquement durables et économiquement soutenables. La superficie à
aménager par le projet est de 2,1 millions d’hectares»
Le projet est beau. Reste à savoir s’il
a une chance de se concrétiser dans
les pratiques et si des sociétés qui ont
l’habitude de faire tout ce qu’elles
veulent se laisseront « accompagner
dans la mise en œuvre effective et sensibiliser aux nouvelles techniques d’inventaire d’exploitation.» Il faudrait
probablement plus d’autorité pour les
persuader, mais ni TF1 ni personne n’a
jamais mis les pieds au fin fond de la
forêt en Afrique centrale pour enquêter et faire des reportages sur la réalité
de l’exploitation forestière.
Odile Tobner
No 165 n Janvier 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
France
La stratégie de l’araignée
Le trop célèbre
capitaine Barril, qui s’est
miraculeusement tiré sans
grand dommage d’affaires
d’État où il avait joué, de
notoriété publique, un rôle
non négligeable (affaire
des Irlandais de Vincennes,
affaire des écoutes de
l’Élysée) vient de tomber
comme un vulgaire truand.
A
près quatre jours de garde à vue,
Paul Barril a été mis en examen
et placé en détention à Marseille
le 24 décembre dernier pour «association
de malfaiteurs en vue de la commission
d’extorsion en bande organisée, en vue
de commission d’assassinat et en vue de
commission de corruption», dans le cadre de l’affaire du cercle de jeux parisien
Concorde. Rien que cela.
Cette affaire, où se côtoient la finance prédatrice et le grand banditisme révèle les
agissements de toute une faune pittoresque: du paisible retraité, Roland
Cassonne qui, dans sa somptueuse propriété provençale, tond sa pelouse avec
un gilet pare-balle et un pistolet chargé
à la ceinture, au monsieur sans histoire,
Marcel Ciappa, hospitalisé pour une
fracture, exécuté par deux faux médecins, en passant par le banquier suisse,
François Rouge – cela ne s’invente pas
– acquéreur de la banque de la loge P2,
l’ex-gendarme hâbleur du GIGN, vedette des médias, Paul Barril soi-même
et enfin le cerveau, directeur artistique
d’établissements de jeux et de restauration, Paul Lantieri, en fuite. Rajoutons
la fusillade contre des caïds arabes dans
un bar marseillais et d’autres ingrédients
dont on trouverait l’accumulation caricaturale dans un scénario. La réalité dépasse la fiction et l’on n’est pas au bout
des surprises et des rebondissements.
La vogue actuelle du poker, lancée par
des vedettes des médias, a accru les
convoiti-ses sur les dix cercles de jeux
installés dans la capitale. Le «Cercle
pour la communication et les relations
humaines» – puisque les cercles de jeux,
conventionnellement, sont des associations à but non lucratif et à objet de bienfaisance –, dit «Cercle Concorde» est la
nouvelle appellation du «Cercle républicain» fondé en 1907. Celui-ci, fermé
en 1987, a déposé, en novembre 2004,
une première demande de réouverture,
refusée par le ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin. Ce n’est que partie
remise et le 19 juillet 2005 un arrêté du
ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy,
autorise le Cercle Concorde à ouvrir un
espace de jeux de hasard au 14 de la rue
Cadet à Paris. Les policiers, connaissant
le pedigree de certains animateurs de
l’entreprise, n’en sont pas revenus.
Cette décision fera le bonheur du propriétaire des lieux, la Société anonyme
immobilière parisienne de la perle et
des pierres précieuses (SAIP), filiale de
Eau et Électricité de Madagascar (EEM),
qui a des intérêts également dans la Société française des casinos (SFC). En effet, après avoir loué en septembre 2005
son immeuble de la rue Cadet, inoccupé depuis plusieurs années, au Cercle
Concorde, et après que d’importants travaux ont été effectués en échange d’un an
de loyer, la SAIP vend l’immeuble, le 25
octobre 2006, pour 7,6 millions d’euros,
dégageant une coquette plus-value. Le
PDG de EEM n’est autre que François
Gontier qui de trader à succès est devenu
un redoutable raider. Il est, comme Nicolas Sarkozy, partie civile dans l’affaire
Clearstream, étant cité dans les fameux
listings. Ses témoignages chargent M. de
Villepin en le présentant comme protecteur d’Imad Lahoud, mis en examen pour
falsification des dits listings.
Arrestations et mises
en examen retentissantes
Mais revenons au Cercle Concorde. Tout
se gâte dans cette juteuse entreprise début
2007 quand le directeur artistique, gérant
de fait du Cercle, Paul Lantiéri, se trouve
inculpé de recel et association de malfaiteurs mais laissé en liberté par le juge, ce
qui étonne à nouveau les policiers, dans
l’affaire du bar des Marronniers à Marseille. Il aurait aidé un des assaillants,
blessé dans la fusillade, à se faire soigner. Les policiers, après une première
perquisition dans les locaux du Cercle
Concorde, vont mener une enquête sur sa
gestion qui aboutit, fin 2007 à la fermeture de l’établissement et à une douzaine
d’arrestations et mises en examen retentissantes, dont celle de Paul Barril.
Paul Lantiéri, lui, n’a pas attendu
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2008 n No 165
et a disparu dans la nature. Tout ce
dérangement viendrait d’une lutte
de clans pour le contrôle du Cercle Concorde entre l’ancien dirigeant
Edmond Raffali et le nouveau, Paul Lantiéri. Le premier l’aurait emporté sur le
second, qui aurait appelé Paul Barril à
son secours. Edmond Raffali apparut naguère dans une actualité de mauvais aloi
quand il fut poursuivi, et relaxé faute de
preuve, sous le soupçon d’avoir porté à
Yves Chalier, chef de cabinet du ministre socialiste de la Coopération Christian
Nucci, le vrai-faux passeport fabriqué
par les services français. Vrai-faux passeport qui lui permettait d’échapper à la
justice française pour gagner le Brésil où
il fut logé dans un appartement appartenant à Jules Filippeddu, autre notable
proche des acteurs de l’affaire du Cercle
concorde.
Il fut établi à l’époque que le passeport
fut bel et bien commandé par Charles
Pasqua en personne, alors ministre de
l’Intérieur. Le contrôleur général Jacques
Delebois porta le chapeau et, révoqué de
la police nationale, poursuivit une très
lucrative carrière au service de présidents afri-cains. Il est aujourd’hui un des
membres de l’équipe de l’agence «Protection totale engineering group», basée
à Genève où il est chargé de la «chasse
aux espions industriels en Europe et la
mise en place de réseaux d’information
et de renseignement pour le compte
d’États africains de façon à promouvoir
la stabilité politique » (en clair neutraliser les opposants).
À force de promouvoir la stabilité politique en Afrique, les anciens militaires ou
policiers français peuvent se retrouver,
comme Paul Barril, conseiller du régime
d’Habyarimana, qui finit en génocide.
En tout cas, le lien révélé entre Barril et
des protagonistes de l’affaire du Cercle
Concorde est un indicateur de la proximité existant entre les officines de «sécurité» opérant en Afrique et les machines à recycler l’argent d’origine douteuse
que sont les affaires de jeux. Si ces affaires réussissent à prospérer en France, où
les jeux sont théoriquement étroitement
contrôlés, que dire de leur vitalité exponentielle en Afrique francophone, où la
pègre française règne sans entraves dans
l’ombre de régimes «forts» conseillés
par des «experts» français !
Odile Tobner
France Rwanda
Poignée de main Paris-Kigali
Le 8 décembre,
à Lisbonne, en
marge du sommet
Union européenne-Afrique,
les présidents français et
rwandais, Nicolas Sarkozy
et Paul Kagame, se sont
entretenus durant dix
minutes. L’événement n’a
pas de quoi surprendre.
Avant la rencontre, dans un discours prononcé à Lisbonne, le chef de l’État français
avait déclaré : «Nous n’avons pas toujours
su prévenir ou arrêter des drames innommables. Je pense au Rwanda et à son génocide
qui nous oblige à réfléchir, France comprise,
à nos faiblesses et nos erreurs.» Quarantehuit heures plus tard, la secrétaire d’État
rwandaise à la Coopération, Rosemary
Museminari, a déclaré sur Radio Rwanda
que les deux présidents avaient «jeté les
bases du processus de rétablissement diplo-
matique». « Il y a de l’espoir », a-t-elle affirmé, avant d’ajouter que l’un et l’autre
reconnaissaient que «beaucoup reste à
faire». Sans doute…
Au mois de juillet dernier, le ministre
rwandais des Affaires étrangères, Charles
Murigande, interrogé au sujet des perspectives d’une normalisation des relations
franco-rwandaises, avait jugé celle-ci possible après avoir salué la «nouvelle attitude» française. Il a cependant clairement
indiqué que «l’espoir» dépendait du retrait des mandats d’arrêt lancés par le juge
Jean-Louis Bruguière contre des proches
du président Kagame dans le cadre de son
investigation sur l’attentat contre l’avion
de Juvénal Habyarimana. L’«enquête»
du juge Bruguière, qui attribue l’attentat
au Front patriotique Rwandais (FPR), ne
se fonde sur aucun élément concluant.
L’examen de cette question s’inscrit en
tête de liste de ce qui «reste à faire». Et
les excuses que le Rwanda souhaite que la
France lui adresse pour avoir prêté main
forte au régime qui a commis le génocide des Tutsi ? On ne sait pas où en sont
les deux États dans leurs négociations,
mais celles-ci sont engagées. La poignée
de mains de Lisbonne semble indiquer
qu’elles avancent. À l’issue de sa rencontre avec Paul Kagame, Nicolas Sarkozy
a annoncé que les deux hommes avaient
décidé de mettre en place un «groupe de
travail» destiné à poursuivre l’examen de
l’ensemble du dossier.
La rencontre de Lisbonne est qualifiée
par certains d’«historique». Historique ? Que notre pays reconnaisse ce
qu’il a fait et en demande pardon le serait. Mais quoi d’étonnant que des États
procèdent à des arrangements entre eux
en fonction de leurs intérêts ? Laissonsles à leurs tractations. Il nous reste à
inscrire dans l’histoire – de la France
–, une fois pour toutes, l’indéniable
réalité, et à achever la disqualification,
politique et morale, de ceux qui en sont
responsables. Il reste à faire en sorte que
la réalité ne puisse plus être niée. Libre
alors à ceux qu’elle n’affecte pas de rester dans l’ignominie.
Sharon Courtoux
Ils ont dit...
Alain Tasma, réalisateur du film « Opération Turquoise »
« Les autorités militaires ont refusé de projeter le film
au ministère de la Défense »
Comment la hiérarchie militaire a-t-elle réagi au film Opération Turquoise ? Voici la réponse d’Alain Tasma donnée à l’occasion
du XVIIIe Festival international du film
d’histoire de Pessac.
Gilles Taurand (scénariste) et moi-même
avons montré le scénario au chargé de la
communication du ministère de la Défense
ainsi qu’à des officiers, comme le colonel
Hogard, arrivé avec plusieurs compagnies, le
29 juin, dans le secteur sud du Rwanda, pour
relever le COS. Ce dernier, auteur des Larmes
de l’honneur, 60 jours dans la tourmente
du Rwanda, à la pensée très structurée, drapé dans une sorte de dignité, a refusé de voir
qu’on ne cherchait pas à envisager l’opération
Turquoise dans son ensemble, mais qu’on
présentait les quinze premiers jours de la mission du COS ouvrant les portes aux troupes de
Turquoise. Il a répété : «Nous n’avons fait
que de l’humanitaire ; ce film porte atteinte
à l’honneur de l’armée.»
En leur faisant lire le scénario, nous leur avons
dit : «Aidez-nous ! Éclairez-nous, corrigez !». Nous n’avons eu que des réponses
dilatoires, et les autorités militaires ont refusé
de projeter le film au ministère de la Défense.
J’ai eu l’impression qu’ils ne trouvaient rien
à redire, mais ils se taisaient, embarrassés.
Deux exceptions, cependant. Un général qui
a participé à Noroît (intervention de l’armée
française, en 1990, pour arrêter la progression
du Front populaire rwandais, FPR) a reconnu
qu’alors l’armée française était du côté d’Habyarimana. Et le colonel Martin-Berne, chef du
bureau instruction, en 1994, formation et droit
de la guerre de la Force d’action rapide (FAR),
l’unité qui a fourni les effectifs de l’opération
Turquoise a approuvé pleinement le film :
«ça s’est passé comme ça» a-t-il dit.
Parmi les acteurs, seize étaient des soldats qui
avaient participé à d’autres missions en Afrique, et deux étaient engagés dans l’expédition
Turquoise. Comme avec les Rwandais, j’ai essayé de les faire jouer au plus près de ce qu’ils
avaient vécu.
Quant à l’association France-Turquoise, elle a
rejeté violemment le film, nous reprochant de
nuire aux soldats français inculpés par le tribunal militaire après les plaintes des Rwandaises
Tutsi les accusant de les avoir violées. Des
membres de l’association parlaient de faire
censurer le film, de nous assigner en référé. Ils
n’ont pas mis leurs menaces à exécution.
Ce film s’adresse à ceux qui ne sont pas au
courant, et même à ceux qui n’ont pas vraiment envie de se plonger dans le drame d’un
pays lointain. Chacun peut se sentir concerné
par l’expérience tragique de ces militaires,
souvent totalement ignorants du chaos apocalyptique où ils sont tombés, et de la supercherie de l’opération. Ces images ont le pouvoir
de témoigner de ce qu’il s’est passé.
Il faut les voir pour «comprendre et en tirer
les conséquences».
Propos recueilli par J.-P. Cosse, Cauri 33.
Opération Turquoise sortira en DVD au mois de
février (Production CIPANGO)
No 165 n Janvier 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
République démocratique du Congo
Les tentacules d’une interminable
African Rights publie
un rapport détaillé
sur les activités
criminelles des Forces
démocratiques de libération
du Rwanda (FDLR) dont
plusieurs dirigeants vivent en
Europe. En toute quiétude.
L
e 9 novembre dernier, dans un accord
intitulé «communiqué de Nairobi»,
Antipas Mbusa Nyamwisi et Charles
Murigande respectivement ministres des Affaires étrangères de la république démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda, convenaient de la nécessité conjointe de mettre fin
à l’insécurité générale dans la région des Kivus (RDC).
Les engagements pris des deux côtés semblaient augurer d’un véritable tournant
dans la gestion de la guerre interminable
qui ensanglante la région dans l’indifférence générale depuis neuf ans. En effet,
les termes du communiqué impliquaient
au premier chef les ex-forces armées
rwandaises (FAR) et les miliciens Interahamwe, ex-génocidaires rwandais réfugiés en RDC, comme la menace principale
pesant sur la région. Ainsi, au chapitre des
résolutions, la RDC s’engageait à lancer
au plus vite des «opérations militaires
destinées à démanteler les ex-FAR/Interahamwe».
Bien sûr, les autres groupes militaires
étaient aussi nommées (Maï-maï, PARECO, CNDP du général Nkunda, Rastas,
etc.), mais c’est bien la fermeté et l’insistance de la responsabilité des FDLR1 et
RUD2 (jamais nommés autrement qu’exFAR/Interahamwe) qui peut surprendre
l’observateur.
Cependant, si Kinshasa déclarait vouloir
chasser une fois pour toutes les forces génocidaires de son territoire, le Rwanda s’engageait, de son côté, en dénonçant Laurent
Nkunda et promettant de ne lui accorder
aucun soutien à partir de son territoire.
Ce dernier désaveu, inédit, trahit bien le
virage que paraît aborder le gouvernement
de Kigali dans sa politique étrangère.
En effet, la situation du Kivu est pour le
moins incertaine et nul ne peut dire dans
quel camp tombera la région le jour où
le concert des Nations se souviendra enfin qu’en 2007 on y meurt beaucoup plus
qu’au Darfour. Mais il y a aussi d’autres
facteurs, une autre dynamique en cours,
dont l’un des rouages pourrait être le
rapprochement français en cours avec le
Rwanda. Les tractations en sous-main vont
bon train, il ne serait pas surprenant qu’il se
passe quelque chose sur ce terrain en 2008.
Toutefois, les promesses du 9 novembre
sont spécifiquement vouées à l’expulsion
des FDLR-FOCA. En effet, malgré le processus de désarmement et de rapatriement
(DDRRR) mis en place en 2001 et supervisé
par la mission de l’Onu en RDC (MONUC),
très peu de combattants du mouvement
franchissent le pas et acceptent de retourner
à Kigali.
Une guérilla de plus de 10 000
combattants
Pourtant, le FDLR, par la voix de son leader, Ignace Murwanashyaka, déclara à
plusieurs reprises accepter le processus de
démobilisation et y contribuer. Dans le
même temps, sur le terrain, les observateurs s’accordent à penser que nombre
de miliciens du mouvement, même s’ils
se revendiquent Interahamwe («ceux qui
combattent ensemble» en kinyarwanda),
sont trop jeunes pour avoir participé au
génocide de 1994, et donc pour être inquiété par la justice rwandaise. De plus la
prime de démobilisation – 200 euros – est
particulièrement attractive et les nouvel-
France Rwanda
Munyeshyaka et Bucyibaruta : la saga
Le feuilleton
continue dans les
affaires Munyeshyaka
et Bucyibaruta.
Compte-rendu de l’audience
du 12 décembre dernier.
U
ne nouvelle fois, les magistrats de
la chambre d’accusation de la cour
d’appel de Paris se sont prononcés
pour un renvoi dans les affaires Munyeshyaka et Bucyibaruta : la notification de la
décision du tribunal pénal international pour
le Rwanda (TPIR) se fera le 30 janvier 2008.
Ce nouveau retard ne semble pas troubler
outre mesure Edith Boizette, présidente de
la cour, qui a affirmé qu’il n’y avait « pas
d’urgence », et qui est même allée jusqu’à
s’excuser auprès des prévenus de devoir les
faire venir une nouvelle fois à Paris.
La raison de ce nouveau report ? La
cour d’appel n’a reçu la « révocation
de l’ordonnance de transfert » que sous
forme de courriel, ce qu’elle ne peut accepter. Ce sont les originaux qu’elle réclame. On pourrait penser que, une fois
encore, le TPIR a fait preuve de beaucoup de légèreté dans cette affaire. Or,
il semblerait bien que ce « raté » est dû
à la lourdeur de l’administration. En effet, le document original aurait été remis
dans les temps à l’ambassade de France à
Dar Es Salam, qui l’aurait fait suivre au
ministère français des Affaires étrangères
qui, à son tour l’aurait transmis au ministère de la Justice….Toujours est-il
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2008 n No 165
que les victimes devront attendre…. Le
30 janvier, la cour notifiera donc officiellement aux deux prévenus que le TPIR
renonce à leur remise. Mais c’est là que
les choses sérieuses vont commencer car
la France s’est engagée à les juger. Et
contrairement aux propos d’Edith Boizette,
il y a urgence. À partir d’aujourd’hui, les
parties civiles devront probablement être
plus incisives dans leurs exigences de justice et veiller à ce que la justice française
fasse son travail. Les propos sibyllins de
la présidente en fin d’audience («Si nous
n’avons pas les originaux, la cour en tirera
les conséquences»), doivent nous tenir en
alerte.
Il ne faudrait pas que ces renvois successifs laissent entendre aux prévenus
que des jours meilleurs s’annoncent pour
guerre
les de ceux qui sont retournés chez eux
témoignent de l’absence de représailles.
Car, en réalité, les groupes en armes de l’Est
du Congo jouent une partition hypocrite.
Comme le montre excellemment le film
Sleeping Monsters de Marion Glaser (en
attente de diffusion sur Arte), les volontaires au retour, potentiellement nombreux, se
voient fréquemment interdire, sous menace
de mort, d’accepter le marché que leur propose les soldats et agents de la Monuc.
Dans ce contexte, les déclarations des seniors et autres porte-parole des FDLR se
voient contredites par la situation au Kivu,
où le nombre de combattants FDLR-FOCA
sont encore estimé à plus de dix mille en
2007.
Car l’histoire même de la guérilla hutu issue des camps de Goma de 1994 a mis en
place une guerre à deux étages. Sous diverses étiquettes (RDR, ALIR, maintenant FDLR-FOCA et RUD Urunana),
la nébuleuse Hutu Power que sont les
ex-FAR/Interahamwe a entretenu au
Kivu depuis plus de dix ans une véritable
armée, dynamitant méthodiquement toute
pacification de la région, pour répondre
à la brutalité (avérée) de mouvements
adverses dont la rébellion de Laurent
Nkunda est le dernier avatar.
C’est une spirale infernale. Pourtant sur le
terrain, dans les deux camps, les soldats
sont bien loin des objectifs politiques de
leurs chefs.
Une guérilla
soigneusement manipulée
Dans un contexte de pauvreté absolue,
les recrues FDLR comme les hommes de
Laurent Nkunda ne sont parfois que des
paysans attirés par la promesse de rapines,
de vols ou l’espoir lointain de toucher une
solde voire… la prime de démobilisation.
Ceux-là font la guerre sans savoir pourquoi, sans même imaginer qu’il puisse en
être autrement puisque, de toute façon, ils
n’ont toujours connu que la guerre.
Si, pour ceux-là, on peut parfois admettre
une toute relative circonstance «atténuante» de la pauvreté, de la non-éducation, il
n’en est rien pour leurs chefs. C’est le grand
mérite du récent rapport d’African Rights3
publié en décembre dernier, que de retracer l’histoire confuse du mouvement combattant issu du Hutu Power, de 1994 à nos
jours. Il apparaît que cette guérilla perdue
dans le bush du Kivu est soigneusement
manipulée, entretenue et téléguidée par un
impressionnant tableau de personnages,
pour leur quasi-majorité impliqués dans le
génocide rwandais de 1994. Qu’ils aient été
officiers des FAR, politiciens Hutu Power,
ou ministres du GIR, ceux-là poursuivent
en toute impunité leur «lutte». Pourtant, la
structure de décision FDLR, ne se trouve
plus au Congo mais disséminée partout dans
le monde.
Le rapport d’African Rights nous révèle, en
détaillant les faits d’armes de chacun d’entre
eux, que l’Europe a été en la matière plutôt
accueillante. Ainsi certains, d’authentiques
criminels, ont tout de même trouvé un asile
confortable en Norvège, en Allemagne, en
Belgique ou en France. Des pays suffisamment bienveillants pour laisser cette véritable
diaspora entretenir en toute immunité l’un
des conflits les plus sanglants du globe.
La longue litanie des activités des dirigeants
FDLR énumérées dans le rapport nous rappelle alors que, parmi les combustibles du
drame actuel de la région des Grands Lacs, il
y a l’absence d’une réelle empathie du monde avec le Rwanda du génocide et l’impunité
dont jouissent encore certains génocidaires.
Vincent Munié
1. Forces démocratiques de Libération du
Rwanda, dont la branche militaire se double de
« FOCA » (forces combattantes)
2. Rassemblement pour l’Unité et la Démocratie,
dissidence «dure» des FDLR, avec de faibles
effectifs
3. « A welcome expression of intent. The Nairobi communique and the ex-FAR/interahamwe.»
Lire
judiciaire continue
eux, ou bien leur donnent à penser qu’ils
viennent de gagner une bataille. Le risque cependant existe de les voir prendre
de l’assurance. Pour preuve, le comportement de Wenceslas Munyeshyaka et de
son frère en marge de l’audience. Le premier, avant l’ouverture des portes, s’est
précipité vers le président du Collectif des
parties civiles pour le Rwanda (CPCR) à
qui il a tenu des propos d’une agressivité
extrême, accompagnés de gestes provocateurs : «De toute façon, la justice me
donnera raison» a-t-il vociféré.
En fin d’audience, probablement sur les
conseils de son avocate du jour, il a cependant tenté discrètement de s’excuser
en reconnaissant qu’il était «très fâché».
À la fin de l’audience, ce fut au tour de
son frère de jouer la provocation. Après
m’avoir pris en photo, il a crié haut et
fort, devant ses partisans : «Je vous
casserai». De telles intimidations doivent être dénoncées car il est clair que dans
le camp des accusés on perd facilement
son sang-froid : il ne faudrait pas qu’ils
se sentent encouragés à des actes encore
plus violents.
Du côté des parties civiles, gardons toute
notre énergie pour les vrais combats qui
nous attendent. Nous aurons besoin de
toutes nos forces.
Alain GAUTHIER, président du CPCR
N.B.: L’affaire Kamali Isaac était aussi au
programme de la journée. Une demande
d’informations complémentaires est adressée au
Rwanda. L’affaire est mise en délibéré au
6 février 2008. Il y a cependant peu de chances
de voir ce prévenu extradé vers le Rwanda !
Livre blanc pour une politique de la
France en Afrique responsable et transparente, Plate-forme citoyenne France-Afrique, L’Harmattan, 2007, 160 p,
13,50 euros.
Ce Livre blanc pour une politique de la
France en Afrique responsable et transparente reprend une grande partie des
travaux du «Sommet citoyen FranceAfrique» organisé en France en février
2007. Il se fait également le relais de
l’«Appel des organisations de la société
civile africaine pour une autre relation
de la France avec l’Afrique» finalisé lors
du Forum Social de Nairobi en janvier
2007 par 150 organisations africaines.
Publié 6 mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, ce Livre Blanc tire un premier bilan d’une politique de rupture qui
se fait attendre.
No 165 n Janvier 008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 7
Salves
République démocratique du Congo
John Le Carré au Kivu ?
Les événements
vont mauvais train
au Kivu, où il est
difficile de cerner qui mène
la danse macabre. On a
beau chercher, rien n’y paraît
aujourd’hui rassurant.
À
partir du 10 décembre, les forces du
général rebelle Laurent Nkunda ont
réussi à reprendre la majorité de leurs
positions après en avoir été chassées par une
offensive des Forces armées congolaises
(FARDC) après la décision de Kinshasa de
traiter la situation par les armes. L’armée
congolaise était incapable de réussir une telle
opération; les partenaires occidentaux de la
république démocratique du Congo (RDC)
avaient pourtant insisté pour que des négociations… entendait-on dire aussitôt.
Puis d’autres indications, ou soupçons, sont
venus alourdir (ou éclairer ?) le dossier. Le
commandant des FARDC à Goma, Gabriel
Amisi, ancien compagnon d’armes de Laurent Nkunda au sein du Rassemblement
congolais pour la démocratie (RCD) proche de Kigali à la fin des années 90, aurait
Aveu de pillage
Le Haut commissaire des Nations
unies pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, a déclaré dans une
interview au Financial Times le 3
décembre que « Les pays développés pillent les ressources de la
république démocratique du Congo mais ne font pas assez d’efforts
pour aider le pays à sortir d’une
grave crise humanitaire ». Le Haut
commissaire a conclu l’interview en
ajoutant : « De nombreuses entreprises exploitent la RDC, prenant
ses ressources et dans beaucoup
de cas, sans respect minimal des
règles. Le communauté internationale a pillé systématiquement la
RDC, nous ne devons pas l’oublier ».
Les paroles de Guterres méritent la
une ! Il est très rare qu’une haute
personnalité de cette communauté
internationale s’exprime avec autant de franchise.
«trahi». Il serait accusé d’avoir donné des
ordres contradictoires à ses troupes, créant
une débandade permettant la contre-attaque
de Laurent Nkunda.
Ce dernier aurait alors récupéré une grande
quantité d’armes abandonnées par des militaires congolais en fuite. Rappelé à Kinshasa,
incarcéré puis placé en résidence surveillée,
Gabriel Amisi y attendrait les résultats de
l’enquête d’une Cour militaire récemment
installée au Nord Kivu et chargée d’éclaircir les événements, affirment des proches du
dossier. Mais d’autres sources congolaises
affirment que l’affaire n’est qu’une mise en
scène, destinée à expliquer la défaite d’une
armée non opérationnelle, et qu’Amisi ne
sera pas inquiété. D’autres sources encore affirment que des soldats indiens de la Mission
de l’ONU en République démocratique du
Congo (Monuc) se seraient abstenus d’intervenir aux côté des FARDC après avoir fait
l’objet de chantage suite à leur implication
dans des trafics. D’autres encore que de nombreux soldats des FARDC, non originaires de
l’Est du pays, auraient fuit les combats pour
ne pas mourir.
Aujourd’hui, une nouvelle phase (encore
une !) s’ouvrirait, semble-t-il sous l’impulsion occidentale, surtout américaine (sans
pourtant que l’on puisse attribuer précisément son rôle à chacun). Le 17 décembre, le
président congolais a initié une Conférence
pour la paix au Kivu1 dont l’ouverture, initialement prévu le 27 décembre, a été repoussé
au 6 janvier. Elle devrait rassembler députés,
élus locaux, société civile, militaires, représentants des communautés de la région et
milices armées congolaises, et aborder toutes
les causes du désastre kivutien.
Cette conférence, qui doit se tenir à Goma,
est une initiative diversement appréciée au
Congo. Certains ne s’y retrouvent pas tandis
que d’autres s’y précipitent afin de ne pas en
être écartés. On peut voir, dans cette différence d’appréciation, la coupure qui existe
entre l’Est du Congo (où l’absence d’Etat est
manifeste) et le reste du pays.
Laurent Nkunda, qui avait d’abord affirmé
qu’il n’assisterait à rien tant que les FDLR
(milices hutu rwandais présents en RDC
depuis le génocide de 1994) ne seraient pas
maîtrisés, vient de déclarer qu’il « soutient
l’exigence exprimée par le département d’Etat
américain au terme de laquelle les parties en
conflit doivent observer un cessez-le-feu afin
de permettre le déroulement des travaux [de
la conférence]» auxquels il promet de parti-
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2008 n No 165
ciper «s’il y est invité». Bien des indications
tempèrent notre récente hypothèse selon
laquelle on pourrait se permettre un certain
espoir d’un règlement, au moins progressif,
dans le Kivu.
Toute ressemblance
avec la réalité…
Peut-être un début d’explication se trouve-t-il
dans le dernier ouvrage de John Le Carré (Le
Chant de la mission, Seuil, publication de la
traduction française en septembre 2007). Ce
« roman » se situe au temps du gouvernement congolais de la transition, avant les
élections présidentielle et législatives. Dans
ce polar, Le Carré met en scène une machinerie diabolique, la capacité de grandes entreprises internationales, en liaison avec « leurs »
politiques et les services de ces derniers, à
conduire une partie du monde à sa perte pour
une livraison de coltan2. Tous les moyens sont
bons pour obtenir ce dont on estime avoir besoin (dont, ne l’oublions pas, l’accès à l’approvisionnement énergétique). Comme l’écrit
Colette Braeckman, (Le Soir de Bruxelles,
27 décembre 2007) : «Les richesses minières extraites du Kivu passent la frontière (hors
taxes) et prennent la direction des entreprises
occidentales.» Avec la complicité d’une élite
corrompue qui engrange des bénéfices au détriment du peuple, soulignent de nombreux
Congolais bien informés.
Trop de sources, trop d’indices trouvent chez
Le Carré de quoi conforter de sérieux soupçons sur le « jeu » occidental à l’œuvre dans
la région. Dans ce contexte, que peut-on espérer de cette conférence pour la paix ? Une
attention plus soutenue pour les innombrables victimes civiles de l’Est du Congo pour
commencer. En attendant, la vigilance reste
de mise et le souci exprimé par les Etats-Unis
à l’égard des victimes mérite vérification.
Terminons par une question, à laquelle nous
n’avons pas encore la réponse : pourquoi le
président libyen, Mouammar Kadhafi, a-t-il
discrètement rencontré, à Lisbonne, JeanPierre Bemba, principal opposant (en exil)
du président congolais Joseph Kabila ? Dans
quelle intention ? Kadhafi agit rarement sans
qu’il n’ait un intérêt particulier. Il ne manquait que lui en RDC.
Sharon Courtoux
1. Dont l’ordonnance a été signée le 20 décembre.
2. Le coltan (Colombo-Tantale) est un minerai qui
entre dans la fabrication des puces de téléphones
portables et des condensateurs d’ordinateurs.
France Djibouti
Les affaires d’abord
Après deux mois
de tension, Paris et
Djibouti opèrent un
rapprochement après la
visite à Paris d’Ismaël Omar
Guelleh.
L
a réception à l’Élysée, le 19 juin dernier, d’Élisabeth Borrel, les derniers
développements de l’instruction et
surtout le renvoi pour subornation de témoins
de Hassan Saïd (patron des services secrets,
le SDS) et de Djama Souleiman, procureur
général de Djibouti, devant la justice pénale
a provoqué deux mois de fortes tensions entre la France et Djibouti. Le régime d’Ismaël
Omar Guelleh avait alors orchestré une vaste
campagne anti-française.
Des manifestations «spontanées» ont été
organisées, les 20 et 21 octobre derniers,
à Djibouti-Ville et dans plusieurs villes
du pays (voir Billets d’Afrique, n°163, novembre 2007). D’après les observateurs,
il s’agissait surtout de fonctionnaires
contraints de défiler et la population, dans
sa grande majorité, ne s’est pas mêlée aux
cortèges.
Deux figures françaises ayant exercé des
responsabilités de premier plan à Djibouti, ont été également renvoyées devant la
justice djiboutienne pour des accusations
calomnieuses de pédophilie. Chantage ou
monnaie d’échange pour tenter de faire
annuler le procès d’Hassan Saïd et de
Djama Souleiman devant le tribunal correctionnel de Versailles ? (le procès se
tiendra début mars à Versailles, en l’absence des accusés).
Rappelons également qu’un Français,
Christian Georges, est toujours incarcéré à Gabode (Billets d’Afrique n°159,
juin 2007) et que la France ne lui apporte
aucun soutien et n’a entrepris aucune démarche pour le faire libérer. Son crime ?
Avoir affirmé qu’il détenait des informations précises pouvant éclairer l’instruction
dans l’assassinat du juge Borrel.
Enfin, pour tenter de faire taire un témoin
capital, le régime a banni le 23 octobre, au
Yémen, sept membres de la famille de Mohamed Alhoumekani, ancien responsable de
la sécurité du palais présidentiel, réfugié en
Belgique, dont le témoignage avait permis de
relancer l’instruction de l’affaire Borrel. Ce
bannissement a été dénoncé par l’ensemble
des organisations djiboutiennes d’opposition.
Aujourd’hui, ces sept personnes, dont la mère
âgée de 78 ans, sont toujours au Yémen. Le
régime a pris soin de maintenir «en otage»
les femmes et les enfants qui sont séparés
des pères.
Business as usual
Dans ce contexte difficile, les autorités
françaises sont restées étrangement muettes. Pas tout à fait cependant … car l’ambassadeur de France à Djibouti remettait à Ismaël Omar Guelleh une lettre personnelle de
Nicolas Sarkozy, assortie d’une invitation à
venir le rencontrer officiellement à Paris. Visite du 10 au 12 décembre, pratiquement passée inaperçue, en pleine visite de Mouammar
Kadhafi. Selon certaines sources, l’entretien
prévu aurait été écourté par Nicolas Sarkozy.
Le président français aurait indiqué à son interlocuteur que la justice française était indépendante et qu’il n’avait aucune influence.
Ce qui n’a pas empêché Omar Guelleh de
déclarer au Figaro.fr : «J’ai dit au président Nicolas Sarkozy que la justice
française n’est pas indépendante». «M.
Sarkozy souhaite que les relations entre
nos deux États ne soient pas court-circui-
Arnaques et opacité
Jean-Paul Noël Abdi, le président de la ligue djiboutienne des Droits de l’homme
(LDDH) a de nouveau été incarcéré pendant quarante-huit heures. Il avait publié un article sur la nécessaire transparence lors des prochaines élections qui
se dérouleront en début d’année et sur l’espace minimal qui doit être réservé
aux formations d’opposition.
Le régime s’attaque également au portefeuille. En effet, les partis politiques
se présentant aux élections doivent déposer une caution, qui, en principe, est
restituée s’ils obtiennent un score de plus de 5 %. Les partis djiboutiens qui
avaient participé aux dernières élections ont été escroqués par l’État : ils n’ont
jamais été remboursés…
tées par cette affaire (...) Je suis d’accord
avec ce point de vue», a encore déclaré
Omar Guelleh.
En fait de relations, il s’agit surtout de relations économiques et militaires. Nicolas
Sarkozy ne s’en cache d’ailleurs pas en souhaitant relancer la coopération économique.
On fait bien affaire avec le guide libyen !
Paris va aussi accroître sa coopération militaire en formant des officiers, à Atar. Invité
à se rendre à Djibouti, il aurait immédiatement accepté en précisant que «le plus tôt
sera le mieux». On parle de février.
À noter qu’Omar Guelleh était accompagné de plusieurs hommes d’affaires français présents depuis longtemps à Djibouti,
André Massida (Massida Transit), Luc
Marill (Comptoirs, commerce), le docteur
Dell’Aquilla (président de l’association des
français résidents à Djibouti) et l’avocat de
la présidence, Me Alain Martinet. Le lendemain, Omar Guelleh rencontrait le Medef
International. Seules une dizaine d’entreprise étaient présentées parmi lesquelles 2 LCMaintenance (ingénierie dans les boissons
alimentaires), Bidim Geosynthétic (travaux
publics), Bolloré, Colas, Crédit agricole, Essilor International SA (industrie du verre),
Gras Savoye (courtier en assurances), Lafarge, Sade (eau et assainissement) et (Vinci
constructions grands projets).
Jean-Loup Schaal
Pétition
Selon un récent rapport de la Banque
mondiale, la corruption, les activités criminelles et les fraudes fiscales font perdre
chaque année aux pays africains 25 % de
leur PIB, soit de 100 à 200 milliards de dollars. Ces pratiques, qui s’accompagnent de
la prédation des richesses naturelles et du
détournement de fonds publics, constituent
les principaux obstacles au développement
des pays du Sud. En portant plainte, en
mars 2007 pour « recel de détournement
d’argent public » contre plusieurs chefs
d’Etats africains, les associations Survie,
Sherpa et la Fédération des Congolais de
la Diaspora ont mis le doigt sur un scandale
qui n’a que trop duré.
Pour soutenir les travaux pour la restitution
des biens mal acquis, soutenez la pétition
“Biens mal acquis des dictateurs, Restitution aux populations spoliées ! “
Signez la pétition en ligne sur
http://biensmalacquis.wb.st
No 165 n Janvier 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Tchad
L’Eufor ne va pas fort
La force européenne
initiée par la
France (voir Billets
d’Afrique n°162)
pour «sécuriser les camps
de réfugiés» au Tchad et
en Centrafrique peine à
se mettre en place, et les
critiques se multiplient.
L es ministères français de la Défense et
des Affaires étrangères ont beau se démener depuis plus de quatre mois pour
convaincre nos «partenaires» européens,
l’Eufor, qui aurait dû se déployer à la minovembre, n’a toujours pas vu le jour. Il
n’est pas certain non plus qu’elle puisse
respecter la nouvelle échéance fixée à mijanvier. Non seulement l’Allemagne et la
Grande Bretagne n’ont pas souhaité fournir des soldats (officiellement pour cause
de forte participation à l’intervention de
l’Otan en Afghanistan), mais ces pays
refusent également de compenser leur absence par une participation financière ou
matérielle, comme instamment demandé
par la France. L’Italie et l’Espagne ont
pour leur part fait valoir leur participation à la Finul pour décliner l’invitation
(Le Monde, 24 septembre 2007, « Paris
peine à obtenir des soldats d’autres pays
de l’Union »). La Suède, fortement sollicitée pour assurer le commandement de
l’opération a finalement passé la main.
C’est un général irlandais, Patrick Nash,
qui assurera le commandement opérationnel (basé en banlieue parisienne), tandis
que le commandement de la force sur le
terrain sera assuré par le général français
Philippe Ganascia, ce qui suffit au journaliste spécialisé dans les questions de
défense, Philippe Leymarie, pour affirmer
sans rire que «la chaîne de commandement de la Minurcat [en fait de l’Eufor,
la Minurcat étant la force de police de
l’ONU que la force militaire européenne
est censée seconder] sera donc entièrement indépendante de celle de l’armée
française » (RFI, 30 septembre 2007,
« Mise en place d’un état-major multinational pour la Minurcat »). A l’inverse, Le
Point du 6 novembre rapporte les considérations plus prosaïques d’un proche
du dossier: « C’est tout bénef pour la
France. Il suffira aux soldats de changer
de sticker sur l’épaule. D’une opération
française ils passent à une mission sous
mandat de l’ONU. On mutualise les risques. Si ça ne marche pas, la France ne
sera pas le bouc émissaire.» Sauf qu’il y
a toujours aussi peu de volontaires pour
tester «si ça ne marche pas» et que le
«bénef» se fait attendre.
Qui veut donner des millions ?
Au 30 novembre, sept autres pays seulement avaient accepté de fournir quelques
soldats aux côtés des troupes françaises
qui composeront la majorité des effectifs :
la Belgique, l’Irlande, l’Autriche, la Finlande, la Pologne, la Suède et la Roumanie. Mais le compte (3000 à 4000 soldats
attendus au total) n’y est toujours pas. Le
porte-parole du commandant de l’Eufor,
Dan Harvey, a expliqué le 29 novembre :
«Si je n’ai pas assez de joueurs, je n’envoie pas d’équipe de rugby sur le terrain»
(Le Soir, 30 novembre 2007, « L’Eufor en
panne d’hélicos »), oubliant sans doute
que l’Eufor est censée endosser le maillot
de l’arbitre et non celui d’une équipe...
Même l’Irlande qui assure le commandement et qui avait promis 450 soldats a
reporté leur départ à début 2008 pour 50
rangers et à février-mars pour le reste de la
troupe, faute d’un soutien logistique et aérien suffisant. Mi-décembre, le président
français expliquait que Bernard Kouchner
en était encore à «grapiller les hélicoptères les uns après les autres. » (Reuters,
vendredi 14 décembre 2007) « Si les pays
européens n’arrivent pas à compléter la
force, l’Union européenne fera appel à
des pays tiers, comme la Turquie, la Norvège et surtout l’Ukraine, aux importantes capacités aéronautiques», rapportait
Le Soir du 30 novembre. Par ailleurs, le
général irlandais Patrick Nash a demandé
que soit étudiée la possibilité de faire appel, le cas échéant, à de «l’outsourcing».
En bon français, l’engagement d’éléments
non militaires. Des mercenaires ? «Non,
pas du tout, explique un responsable militaire européen. C’est hors de question. Ce
ne sont pas les capacités en troupes qui
posent problème.» A voir...
La difficile préparation de l’Eufor en ferait
presque oublier qu’officiellement celle-ci
n’a vocation qu’à intervenir en soutien à
la force de police de l’ONU, la Minurcat,
10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2008 n No 165
dont on ne parle plus beaucoup. Dans
son rapport du 17 décembre 2007 sur la
Mission des Nations Unies dans le nordest de la république centrafricaine et au
Tchad, le secrétaire général de l’ONU
déplorait que sur les 300 policiers attendus, seuls 70 ont été sélectionnés et que
«le nombre total de candidats présentés
par les pays fournissant des policiers
est toujours insuffisant.» Bref, là aussi,
ça patine.
Mauvais esprits
Dans le même temps, alors que la France
avait obtenu les feux verts européens (Action commune 2007/677/PESC du Conseil de l’UE, 15 octobre 2007) et onusien
(Résolution 1778 du 25 septembre 2007),
ainsi que la mise en sourdine des réticences initiales des autres «poids lourds»
européens (Libération, 20 juillet 2007,
« Tchad : Paris veut enrôler les VingtSept »), les critiques se manifestent de
plus en plus ouvertement. Selon La Lettre
du Continent du 22 novembre « l’Allemagne s’est carrément montrée hostile à
l’opération, estimant que l’Europe devrait
plutôt concentrer ses forces et ses moyens
sur l’opération Minuad, au Darfour en
2008. Dans les débats au sein du Comité
politique et sécurité (COPS) européen,
Berlin s’est aussi inquiété de l’impact
d’Eufor sur les “ dynamiques internes ”
au Tchad et en Centrafrique.» Simultanément, un député vert autrichien, Peter Pilz
dévoilait un rapport interne et confidentiel
du ministère autrichien de la Défense daté
du 9 novembre signé du major Généralmajor Christian Segur-Cabagnac (AFP,
27 novembre 2007). Celui-ci affirme que
«le parti-pris net des Français en faveur
du président Idriss Déby pourrait réduire
significativement la marge de manoeuvre
de l’Eufor et conduire les troupes de paix
de l’UE à choisir leur camp. Il est redouté
qu’un engagement des troupes françaises
aux côtés des troupes gouvernementales
ne peut être exclu, dans le cas où les rebelles, comme en avril 2006, décideraient
d’attaquer la capitale, N’Djamena.» (Le
Soir, 28 novembre 2007 : «Les objectifs
cachés de Paris inquiètent»). Le rapport
pointait ainsi les dangers que la position
française ferait encourir aux soldats autrichiens. La fuite du rapport est-elle involontaire ? Toujours est-il que le ministre
autrichien de la Défense Norbert Darabos reconnaissait publiquement fin novembre devant l’académie militaire que
«l’importance de l’engagement français
suscite bien sûr des interrogations ici où
là» sur la neutralité de l’Eufor (AFP, 27
novembre 2007). Début décembre, un
rapport rédigé par Björn Seibert, un ancien expert de l’armée allemande, pour
le Massachusetts Institute of Technology
(MIT) pronostiquait un enlisement de
l’Eufor et un désengagement progressif
des pays européens déjà peu enthousiastes. Plusieurs députés européens ont
également manifesté leur scepticisme ou
leurs craintes : ainsi le socialiste belge
Alain Hutchinson, a appelé les Etats
membres à « démontrer qu’il s’agira
bien d’une force européenne»; le Vert
espagno Raül Romeya a estimé que «la
force est excessivement liée à la France, ce qui pourrait avoir un effet défavorable», et Mary Lou McDonald, une
députée issue de la gauche irlandaise
du Sinn Fein a mis en garde contre une
mission qui, dominée par la France serait
«presque provocatrice» et «vraiment
imprudente» (IPS, 19 décembre 2007,
« La position française retarde l’envoi
de troupes au Tchad). Plusieurs organisations humanitaires présentes sur le terrain, comme le CICR ou l’International
Rescue Committee (IRC) ont fait part de
leur crainte d’être associées par certains
groupes armés à une force qui ne serait ni
neutre ni impartiale, et de voir de ce fait
leur action auprès des réfugiés compromises et leurs personnels mis en danger
(IRIN, 26 décembre 2007, Tchad: Neutralité ou impartialité de la force nouvelle
force internationale?).
Bourbier françafricain
Des réticences et des critiques qui irritent
fortement notre ministre de la Défense, au
point qu’il a jugé bon d’endosser son costume humanitaire entre la bûche de Noël
et le foie gras du 31, et d’aller sermonner les autres pays européens depuis un
camp de réfugiés au Tchad, s’indignant
des «faiblesses et des défaillances européennes» et plaidant «du fond du cœur»
pour un déploiement en janvier. Si les télévisions françaises ont relayé cet appel à
la charité chrétienne sans trop se poser de
questions, pas sûr qu’il suffise à émouvoir
la prochaine «conférence de génération
de force» qui doit se réunir le 11 janvier à
Bruxelles et faire le point sur l’Eufor.
Les autorités françaises n’ont en effet
pas même fait semblant de réfréner leur
soutien militaire à la dictature tchadienne pendant la phase de préparation de
l’Eufor. La Lettre du Continent révélait
le 17 décembre que l’Elysée et la Déléga-
tion générale à l’armement (DGA) a fait
passer en procédure accélérée devant la
CIEEMG (Commission interministérielle
pour l’étude des exportations de matériels
de guerre) la livraison à Idriss Déby d’une
centaine de missiles Milan et de 20 postes
de tir. En mars dernier, la CIEEMG avait
déjà autorisé la Sofema (office français
d’exportation de matériel militaire) à exporter 25 véhicules blindés d’occasion,
livrés un mois plus tard accompagnés de
personnels du service action de la DGSE
(Bakchich, 19 décembre 2007, «Armement: Le tchadien Idriss deby se blinde
en France»).
L’évolution de la situation au Tchad ne
contribue pas non plus à susciter des vocations. Le chef irlandais de l’Eufor, encadré par les militaires français, s’est rendu
à N’Djamena pour réitérer l’engagement
pris par la France auprès de Déby que
l’Eufor n’aurait pas pour fonction d’intervenir dans les «affaires intérieures»
du Tchad (Libération, 5 novembre 2007,
« Déby entame le crédit de Sarkozy ») Le
même jour éclatait l’affaire de l’Arche de
Zoé. Il est vraisemblable que les militaires
tchadiens ont attendu le dernier moment
avant de mettre un terme à la scandaleuse
expédition, celle-ci constituant un moyen
de pression dans les relations franco-tchadienne (et la livraison des missiles Milan
mentionnée ci-dessus pourraient être une
contrepartie au scénario judiciaire concocté en commun par Déby et Sarkozy).
En état de belligérance
avec la France
Le dirigeant tchadien a également rendu
visite le 10 novembre à son homologue et
protégé centrafricain, qui s’était déclaré
favorable à l’Eufor, car celle-ci aurait pour
effet de «gêner» les rebelles a-t-il expliqué quelques jours plus tard (AFP, 20 novembre 2007). Les deux ont rendu public
une déclaration commune affirmant que le
mandat de la force européenne n’avait pas
vocation à être renouvelé. L’Eufor essuie
également des critiques inverses de la part
du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix
et à la Réconciliation au Tchad (voir leur
mémorandum sur billetsdafrique.info).
Par ailleurs, les combats entre l’armée tchadienne et les différentes rebellions (voir
Billets d’Afrique n°164, décembre 2007)
ont repris immédiatement après l’accord
mort-né signé en octobre en Libye, chacun semblant pressé d’en découdre avant
l’arrivée des troupes européennes. A l’issue des derniers combats, l’UFDD, qui a
à nouveau dénoncé les vols de reconnaissance français au dessus de ses positions
au profit de l’armée tchadienne, s’est déclaré « en état de belligérance » non seulement avec la France, mais avec «toute
autre force étrangère sur le territoire national» (AFP, 30 novembre 2007), visant
implicitement l’Eufor en préparation. Le
message a apparemment été bien reçu.
En outre, le 12 décembre, trois des rebellions tchadiennes, l’UFDD du général
Mahamat Nouri, RFC de Timan Erdimi,
et l’UFDD-Fondamentale d’Abdelwahid
Aboud Makaye affirment avoir conclu un
nouvel accord de coordination militaire
pour unir leurs forces contre Déby.
Enfin selon le Canard Enchaîné du 5
décembre, «nos alliés européens ignorent encore certains aspects secrets
de l’engagement français. Des petites
équipes du COS (Commandement des
opérations spéciales) opèrent dans
la zone frontalière du Soudan et du
Centrafrique, voire bien au-delà. Leur
mission : repérer les groupes rebelles
qui se réfugient dans ces Etats voisins,
et guider un avion Atlantique-2 pour
ses missions de reconnaissance ou
de préparation d’un éventuel raid de
Mirage. Il ne s’agit nullement d’initiatives prises par quelque chef militaire heureux de jouer à la guerre
dans l’“Afrique de papa”. La décision
vient de plus haut.» Pas sûr que cela
suffise à rassurer les autres pays européens, d’autant plus que la tension entre le Tchad et le Soudan, à la frontière
desquels se réorganisent les rebellions
tchadiennes à nouveau alliées, monte
à nouveau. Le 27 décembre, le Tchad
a accusé le Soudan de préparer «une
nouvelle agression» pour empêcher le
déploiement de l’Eufor. Le lendemain
le Soudan a accusé l’armée tchadienne
d’avoir fait une incursion terrestre et
des bombardements aériens en territoire soudanais, et se réservait le droit
«de se défendre au moment et à l’endroit qu’il jugera opportuns». Déby
s’est déclaré «indigné» de ces accusations, pourtant confirmées selon
l’AFP (5 janvier 2008) par des sources
militaires tchadiennes et d’autres observateurs.
Les bombardements tchadiens ont-ils
bénéficiés du repérage mené par les
hommes du COS mentionné plus haut ?
Le 5 janvier, lors d’une «manifestation
de soutien» à son régime, Déby a affirmé à plusieurs reprises vouloir en
finir avec les rebelles, quitte à mener
la guerre à l’intérieur du pays voisin :
«Nous allons les détruire dans leur nid
à l’intérieur du Soudan».
On saura maintenant rapidement si la
France réussit à nouveau à subordonner la
politique européenne de sécurité en Afrique à la défense de ses intérêts françafricains.
Victor Sègre
No 165 n Janvier 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11
À fleur de presse
Cameroun
Ad vitam æternam ?
Cameroun, Yaoundé, 1 er janvier
2008 (Reuters) - Le président Paul
Biya, qui dirige le Cameroun depuis
vingt-cinq ans, a fait part de son intention d’amender la Constitution pour
lever une limitation qui le contraindrait à quitter le pouvoir en 2011.
Dans son allocution radiodiffusée de
Nouvel An prononcée lundi soir, Biya
a déclaré que le gouvernement «réexaminerait» la Constitution en réponse à
ce qu’il a présenté comme un souhait
populaire de le voir se représenter à
l’expiration de son mandat.
Biya avait déjà fait réviser la loi fondamentale en 1996 afin de porter le
mandat présidentiel de cinq à sept ans,
renouvelable une seule fois. Il a été
élu en 1997 et réélu en 2004.
Le chef de l’Etat a déclaré qu’il
n’avait «pas été insensible» à des
appels en faveur d’une modification
de la Constitution, «en particulier du
paragraphe 2 de l’article 6 qui stipule
que le président de la République est
élu pour un mandat de sept ans, renouvelable une fois».
Il a fait valoir que ces appels étaient
«étayés par de très bonnes raisons
parce que l’article 6 limite la volonté
du peuple et est contraire à nos options
démocratiques».
Biya est arrivé au pouvoir en 1982 en
tant que dauphin du président Ahmadou Ahidjo. De nombreux Camerounais contestent sa gestion de l’économie du pays.
Le taux de croissance est passé de 7%
en 1982 à un taux de croissance négatif (-5%) en 1990 avant de se redresser
un peu en 2006 (3,3%). Mais selon les
détracteurs de Biya, ces résultats res-
tent très inférieurs au potentiel du pays
compte tenu de ses richesses agricoles,
pétrolières et minérales.
En 1998 et 1999, Transparency International a placé le Cameroun en tête
des pays les plus corrompus.
Tansa Musa
[Cette dépêche de l’agence Reuters est tout à fait substantielle avec
son «understatement» d’un humour
tout britannique dans la citation des
propos de Biya glorifiant la « démocratie». Les conseillers notamment
français de Biya ont donc, une fois
de plus, réussi à promouvoir la stabilité au Cameroun. Encore un effort
et le Cameroun sera définitivement
immobile sous les griffes d’une oligarchie gonflée de son sang.]
Odile Tobner
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2008 n No 165
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