Fiche du document numéro 22691

Num
22691
Date
Samedi Novembre 2008
Amj
Fichier
Taille
859832
Titre
Billets d'Afrique No. 174
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE.
Au-delà de la honte - Bernard Kouchner, le
ministre compassionnel - De la lucarne au soupirail… - L’Afrique disparue ! - L’Afrique zappée ! - Des armes pour les droits de l’homme !
- Le piège de la vertu - À fleur de presse
ËP. 3 CÔTE D’IVOIRE Trafigura en offshore
Grande absente du procès des déchets
toxiques, Trafigura pourrait être la véritable bénéficiaire de cargaisons pétrolières
ivoiriennes.
ËP. 4 RWANDA La face cassée de la République (épidode 3) Un déchirement progressif
Alors que se préparent les commémorations des quinze ans du génocide des Tutsi
rwandais en avril 009, nous rappellerons,
chaque mois, dans une série d’articles la
complicité de la France dans cette tragédie.
ËP. 5 CONGO BRAZZAVILLE Sauterie chez
Sassou
La revue Passages organise, depuis 00, le
Forum mondial du développement durable.
ËP. 5 MAYOTTE Un génocidaire recyclé dans
les faux papiers
ËP. 6 BURKINA FASO Compaoraison funèbre
Prince Yormie Johnson affirme avoir aidé
Blaise Compaoré, à éliminer Thomas Sankara. Un aveu qui donne un nouvel éclairage à
un triste épisode de la Françafrique.
ËP. 7 FRANCE SOUDAN Un « premier
pas… » vers quoi ?
La France manoeuvre pour soustraire Omar
Al-Bachir des griffes de la CPI.
ËP. 8 AFRIQUE Déchets toxiques : un scandale qui s’éternise
D’Abidjan à Accra, les pays du Nord se
débarrassent de leurs déchets toxiques.
ËP. 10 MAURITANIE Le grand écart de la
France
La position de la France est de plus en plus
schizophrène.
ËP. 10 À LIRE, Sarko en Afrique, de Stephen
Smith et Antoine Glaser
ËP. 11 Le livre que Nicolas Sarkozy
et Henri Guaino ne liront pas
Petit Précis de remise à niveau sur l’histoire
africaine à l’usage du président Sarkozy
ËP. 12 CAMEROUN Après les émeutes de la
misère
Malgré les révoltes populaires, le régime
camerounais s’obstine à réprimer toutes
formes de constestation sociale et politique.

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . s u r v i e . o r g

Éditorial

Sortir du SMI (Système
de Misère Imposée)

A

lors que le vaisseau de la finance mondiale est ballotté sur les flots déchaînés de l’océan
de la spéculation et que vacille l’«ordre » capitaliste, victime de sa jactance effrontée,
on a l’amère satisfaction de voir nos hommes politiques découvrir tout à coup l’existence et les vices des paradis fiscaux, au moment où les sociétés développées sont directement
menacées par les conséquences de l’avidité incontrôlée de ces zones obscures établies pour
piller impunément toutes les ressources disponibles.
Mais cela fait bien longtemps que leur malfaisance était à l’œuvre, depuis que les capitaux arrachés aux pays pauvres par les superbénéfices des multinationales, par les détournements de fonds, par la corruption y ont trouvé refuge, comme l’indique l’appellation
anglo-saxonne de tax heaven, traduite en français par «paradis fiscal ». Ces capitaux
cherchent bien sûr à échapper aux prélèvements fiscaux mais surtout à l’identification
de leur origine. Ils vont ensuite, blanchis à travers diverses chambres de compensation,
nourrir la spéculation effrénée dans l’ivresse d’enrichissement de traders fous.
Ce système a été dénoncé depuis longtemps par des économistes conscients, qui n’attribuaient la misère des pays pauvres ni à la fatalité, ni à l’incurie de leurs habitants, mais
à l’exploitation éhontée des ressources et des hommes par le capitalisme des grandes
puissances économiques, qui fermaient les yeux sur les mécanismes d’extorsion massive dont étaient victimes les plus pauvres.
Il faut que cette lèpre atteigne les zones «développées» pour que tout à coup les responsables politiques prennent peur. Le capitalisme mondial, à force de se nourrir de la
misère, voit ses appétits décuplés. Il va dévorer ses propres enfants, ceux qui se pensaient bien à l’abri dans son giron. D’où, en effet, pouvaient bien venir les rémunérations gigantesques des patrons des multinationales, les dividendes mirifiques de leurs
actionnaires? Non de la juste rétribution d’un travail précieux ni de la récompense d’une
épargne vertueuse, mais de la violence massive et anonyme qui assure la pérennité du
désordre mondial.
On attendait la révolte des pauvres et c’est à l’effondrement du système sous l’action
mortifère de ses propres excès qu’on va assister. On est sidéré devant les sommes pharaoniques mises, sans tambour ni trompette, au service du sauvetage du système d’exploitation de l’humanité, alors qu’on ne trouve que quelques malheureux sous, accordés
à grands cris, pour sauver l’humanité elle-même.
Si le Trésor français peut sauver ses banques c’est parce qu’il dispose des 11 000 milliards de francs CFA que les pays très pauvres de la zone franc sont contraints d’y
déposer.
Les financements de l’AFD ne représentent qu’une petite partie de ce que rapportent
ces fonds au Trésor français. C’est le Sud qui finance les extravagances spéculatives
du Nord. C’est cela qui doit changer. Le système arrogant de domination monétaire du
monde n’était qu’un vaste chaos. Si, par conformisme, manque d’audace et d’imagination, on le laisse se restaurer encore aux dépens des plus pauvres et engendrer encore et
toujours les guerres dont il se nourrit, on aura perdu une chance de s’engager hardiment
sur des voies entièrement nouvelles en rendant à la monnaie sa seule fonction d’échange
équitable entre les peuples et en lui enlevant le pouvoir exorbitant de s’enfler au gré des
ambitions démentielles de quelques apprentis sorciers.
Odile Tobner
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 174 Novembre 2008 - 2,30 euros

En bref
Au-delà de la honte
La situation dans l’est du Congo, dans la province du Kivu, est une honte pour l’ONU.
La Monuc, forte de 17 000 soldats, censée
protéger les populations de cette province
où les hostilités n’ont pas cessé depuis plus
de dix ans s’est illustrée par divers scandales
mais jamais par sa capacité à faire régner un
ordre quelconque, malgré son coût annuel
d’un milliard de dollars. Son dernier commandant, le général espagnol Vicente Dias
de Villegas, nommé le 25 août, a démissionné le 28 octobre.
La situation au Kivu est également une honte pour le gouvernement de la République
démocratique du Congo, incapable d’assurer l’autorité de l’État dans cette province,
incapable surtout de contrôler l’armée gouvernementale, les Fardc, qui s’illustrent par
leurs exactions contre la population civile et
s’enfuient devant les bandes armées.
La population du Kivu, où les victimes des
guerres qui font rage depuis plus de dix ans
se comptent par millions, où plus d’un habitant sur quatre est déplacé et a perdu tous ses
biens, vit son martyre dans l’indifférence des
autres pays, parce que sa cause n’est utile à
aucun lobby de politique internationale, parce que les intérêts des multiples exploiteurs
du Congo trouvent leur compte dans le désordre général. On constate, une fois de plus,
que le mélange mortel des ambitions et des
haines ethniques, ajouté à la convoitise pour
un sol trop riche, aboutit à un désastre humanitaire que les crocodiles de tous les marigots
politiques n’auront pas honte d’exploiter.

Bernard Kouchner,
le ministre
compassionnel
Si, dans leur livre Sarko en Afrique, Antoine
Glaser et Stephen Smith restent aimables
dans leur critique de la politique de Sarkozy
sur le continent (lire page 10), ils sont, en
revanche, plus incisifs à l’égard de Bernard
Kouchner. Moins dangereux sans doute.
Billets d’Afrique l’avait déjà souligné dès
sa nomination: le ministre Bernard Kouchner est bien le poids plume de la politique
étrangère de la France. Un peu comme son
prédécesseur, Philippe Douste-Bla Bla. Les
deux auteurs citent l’Élysée (sans plus de
précisions quant à la source) : «Kouchner
est un peu le ministre compassionnel, très
visible, dans l’urgence, le court terme. À
l’Élysée, nous travaillons plus sur la durée,
le long terme.» L’illustration de ce que nous
appelions, dans ces colonnes, la rhétorique
déplorative de Kouchner (Billets d’Afrique
n°169). Pis encore si on croit les déclarations
du président ivoirien, Laurent Gbabgo:

«Kouchner ne dirige pas vraiment un
ministère. On ne lui a donné qu’un portefeuille et un cabinet. Quand il est venu
me voir, j’ai reçu un émissaire de l’Élysée
avant et après pour m’expliquer qu’il ne
fallait pas tenir compte de ce que Kouchner disait – parce que ce n’était pas lui qui
engageait la France. On s’est donc échangé des parisianismes (…)» Heureusement
qu’il lui reste les caméras de télévisions
pour exister!

De la lucarne au
soupirail…
Antoine Glaser et Stephen Smith rapporte
également les propos d’un officier français
«las de l’enlisement français au Tchad » :
«Kouchner est entré au gouvernement en
échange de la promesse qu’il aurait un dossier très médiatique pour lui tout seul : le
Darfour et ce qui tourne autour. C’est sa lucarne pour exister en dehors du contrôle de
l’Élysée, auquel il n’échappe pas d’ailleurs.»
En juin 2007, quelques semaines après sa
nomination, Kouchner nous faisait la leçon
en nous conseillant «d’être patient » à propos du Darfour. Et pour quel résultat ? Alors
que la situation empire, l’Eufor, force plus
française qu’européenne campant aux portes
du Darfour, ne protègent pas grand monde,
la France manœuvre pour soustraire le président soudanais Omar Al-Bachir des griffes
de la Cour pénale internationale (lire page
7) et en prime, le président tchadien Idriss
Déby en a profité pour éliminer son opposition démocratique. Bravo l’artiste !

L’Afrique disparue !
Aveu du syndicat national des journalistes
(SNJ) du Figaro : «Depuis que Mougeotte
[directeur des rédactions] est arrivé, en décembre dernier, Dassault [propriétaire du
Figaro] et lui sont sur la même longueur
d’onde: “(…) Il y a des sujets qu’on ne traite presque plus, comme l’Afrique.» Les errements de la politique africaine de la France,
pilotée par l’Élysée, seraient-ils devenus trop
voyants ?

L’Afrique zappée !
Dans la même veine, le site Bakchich.info
(nous apprend que France Télévision qui retransmettait, le 23 septembre, la cérémonie
des Trophées des arts afrocaribéens avait menacé d’annuler la diffusion si les organisateurs
ne retirent pas de la sélection Livre, l’ouvrage
de Boubacar Boris Diop, L’Afrique répond
à Sarkozy : contre le discours de Dakar. Il
valait mieux prendre les devants, des fois qu’il

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2008 n No 174

puisse être primé. Les organisateurs, le Conseil
représentatif des associations noires (CRAN)
ont donc cédé et décidé de ne pas décerner de
prix littéraires. Comme si en supprimant toute
critique, la stupidité du discours de Dakar pouvait s’estomper avec le temps !

Des armes
pour les droits
de l’homme !
C’est le 22 octobre que le neuvième rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France en 2007 a été publié.
Pour Patrice Bouveret, président de l’Observatoire des armements, ce rapport dénote
un net recul en matière de transparence et
d’information sur les ventes d’armes françaises. Le contenu du rapport est largement
plus consacré à justifier le plan de relance
des exportations qu’à fournir des éléments
permettant aux parlementaires de mesurer
l’opportunité des exportations d’armes. On
y apprend quand même, que les exportations
françaises vers l’Afrique ont plus que doublé en un an, passant de 16 millions d’euros
à 38 millions d’euros. Ainsi, les exportations
vers le Tchad sont passées de 100 000 euros
en 2006 à 5,4 millions d´euros l´année suivante. Pour ceux qui s’inquièteraient de la
livraison d’armes à un régime qui enrôle
des enfants dans son armée, pourchasse son
opposition et au besoin la fait disparaître,
il y a les paroles rassurantes du porte-parole du ministère des Affaires étrangères,
Frédéric Desagneaux, pour qui une relance
des exportations d´armes ne se fait jamais
aux dépens d´une politique de défense des
Droits de l´homme. Et rappelle que le gouvernement autorise uniquement les «ventes
d´armes aux pays qui ne les retourneraient
pas contre leur population ». On est prié de
le croire !
En attendant, la France vient de vendre au
Cameroun (lire page 12) des hélico antiémeutes mais elle ferme les yeux sur les mitrailleuses qu’on met dessus.

Le piège
de la vertu
D’après La Lettre du Continent (n°549),
«l’un des prochains rapports du Conseil des
affaires étrangères (CSE) du Quai d’Orsay
sera une enquête sur les ONG qui devraient
bénéficier dans les prochaines années de
20 % de l’aide publique au développement
(APD) française, selon le souhait de Nicolas Sarkozy – contre 7 % actuellement – ce
rapport sera chargé de sélectionner les candidatures vertueuses à l’argent gouvernemental... Le chef de file de ce rapport sera

Salves
sans doute Michel de Bonnecorse» L’ancien chef de la cellule africaine de l’Élysée
sous Chirac et vieille figure françafricaine
en parangon de vertu, il fallait y penser!
Mais chères amies ONG, surtout ne tombez
pas dans le piège de la concurrence pour
être parmi les meilleures! Miaux vaut de
celles qui reçoivent le moins de subventions
plutôt que de celles qui se vendent avec leur
âme et l’espoir d’un monde qui tourne un
peu mieux.

À fleur de presse
Le Canard enchaîné du 29 octobre relève:
«Dans la nuit du 21 au 22 octobre, l’Assemblée (clairsemée) a voté un amendement
proposé par […] Frédéric Lefebvre. Cet
amendement crée un «avantage fiscal »
pour les «particuliers et entreprises qui
souscrivent au capital des sociétés de financement du développement (Sofidev). » Et le
volatile commente: «En Afrique principalement. Bénéficiaire potentiel de cette future
niche : le groupe Bolloré […] Espérons que
Vincent Bolloré a chaudement remercié son
ami le Président. »
L’idée initiale était de défiscaliser les sommes que les Africains de la diaspora envoient
au pays. Mais exit les placements dans les
entreprises des pays concernés. Cependant
on s’est gardé de prendre le modèle des
investissements dans les DOM-TOM, qui
profite effectivement aux particuliers qui y
acquièrent des biens et développent ainsi la
valeur foncière.
La création des Sofidev enlève toute initiative aux épargnants modestes. C’est un cadre
idéal par contre pour les entreprises françaises qui exercent en Afrique. Défiscalisés à
hauteur de 50 % (25 % pour les particuliers)
les bénéfices qu’ils investiront en Afrique
verront doubler la rentabilité déjà exceptionnelle (20 % en moyenne) de capitaux qui
ne font qu’un petit tour en Afrique, juste le
temps de s’enfler, avant de repartir bien vite
se mettre à l’abri dans les paradis fiscaux.
Qui a dit que la France n’avait pas besoin de
l’Afrique ?

Sur le site
Billetsdafrique.
survie.org
Les chroniques judiciares de l’Angolagate
- Gabon, « Fin de règne et luttes de clan»
Depuis quelques mois, les tentatives se multiplient pour freiner l’action des ong membres
de la plateforme Publiez ce Que Vous Payez
(PWYP-Gabon). Des abus de pouvoir sur
fond de lutte de clans pour succéder au doyen
françafricain, Omar Bongo.

Côte d’Ivoire

Trafigura en offshore
Grande absente du
procès des déchets
toxiques, Trafigura
pourrait être la véritable
bénéficiaire de cargaisons
pétrolières ivoiriennes

L

e procès des déchets toxiques s’est
conclu le 22 octobre avec la condamnation de deux accusés (lire page 8).
Leurs avocats avaient demandé en vain la
comparution en tant que témoin du représentant sur place de la société Trafigura.
La presse rapporte que ce dernier a préféré
s’éclipser du territoire ivoirien quelques
jours avant le début du procès. À l’ouverture de celui-ci, Trafigura s’est contentée
de faire savoir par communiqué qu’elle
présenterait des experts indépendants en
temps voulu pour démontrer que les déchets
ne pouvaient pas être la cause des maladies
constatées. S’agit-il de l’équipe conduite par
Lord Fraser of Carmyllie ? Dès l’automne
2006, Trafigura lui commandait dans les six
mois un rapport « indépendant » qui devait
être rendu public. Ce n’est que le 30 mai
2007 que Lord Fraser a remis un « rapport
intérimaire»1 d’une dizaine de pages, qui se
limite à énumérer les nombreuses raisons
pour lesquelles il n’a pu aboutir et que l’on
peut résumer à «je ne peux rien dire pour
le moment».

Attrape-moi si tu peux !
Absente du procès, Trafigura préfère se
consacrer à son métier. Selon les informations de La Lettre du Continent, une de
ses filiales, Worlwide Energy, bénéficiera,
par l’intermédiaire de Yam’s Petroleum de
Pierre Fakhoury, de sept cargaisons annuelles de 650 000 barils de pétrole jusqu’en
2010. Malgré le démenti de son président,
Frédéric Fatien, il semble bien que la société
Worldwide Energy, établie aux Émirats arabes unis, ne soit qu’une façade. L’an dernier,
énumérant des contrats pétroliers trimestriels au Nigéria, la publication spécialisée
Energy Compass (16 novembre 2007) citait
Worldwide Energy parmi trois «entreprises
mystérieuses qui ne peuvent être proprement
identifiées», ajoutant que, selon des sources,
parmi elles se trouveraient des «sociétésécrans établies par des négociants pour
protéger leurs parts de marché». Que les
autorités ivoiriennes soient au courant ou
non de l’identité du bénéficiaire réel de ces
sept cargaisons annuelles, on devine aisé-

ment le mobile d’une dissimulation. En
Mauritanie, quelques mois avant le renversement du président mauritanien, Trafigura
avait raté un marché d’approvisionnement
en pétrole. La compagnie avait pourtant pris
la peine, en septembre 2007, d’emmener
dans ses bagages le directeur d’un quotidien ivoirien qui, lors d’une conférence de
presse à Nouakchott, rejeta les « déboires »
de la multinationale en Côte d’Ivoire sur le
contexte politique ivoirien2.

Du pétrole dans les artères de la
future capitale ?
Dans une lettre d’intention au FMI, le gouvernement ivoirien s’était engagé en juillet
2007 à réduire les dépenses pour le transfert
de la capitale politique à Yamoussoukro.
L’Ivoiro-libanais Pierre Fakhoury, architecte de la pharaonique cathédrale NotreDame de la Paix, dirige les travaux de la future capitale. L’attribution de la construction
du palais présidentiel de Yamoussoukro au
groupe français Vinci avait précédé de peu la
venue de Laurent Gbagbo à Paris en février
2004 (Le Monde, 6 février 2004) et coïncidait avec la création du Carfi, un lobby regroupant les principales grandes entreprises
françaises investissant en Côte)d’Ivoire (La
Lettre du Continent, 5 février 2004).
Ce serait dans le cadre du financement des
travaux de Yamoussoukro que l’État ivoirien a attribué, en janvier 2004, trois blocs
pétroliers à la société Yam’s Petroleum de
Fakhoury (Jeune Afrique, 1er avril 2007). Selon Libération, le FMI regrette maintenant
que ce financement n’apparaisse pas sur le
budget ivoirien.
Outres les procédures en cours à Paris, à
Londres et à Amsterdam dans le cadre de
l’affaire des déchets toxiques, Trafigura
pourrait aussi avoir des ennuis avec la justice norvégienne. À la suite de l’explosion
d’un réservoir pétrolier à Slovag, le 24 mai
2007, une enquête de la télévision NRK l’a
mise en cause2. Ses dangereux procédés de
fabrication pour obtenir une essence de très
mauvaise qualité destinée aux pays africains,
seraient à l’origine de l’accident et des déchets «exportés» à Abidjan. Aujourd’hui,
des symptômes similaires persistent chez les
habitants des environs de Slovag et de certains quartier d’Abidjan. Les autorités norvégiennes ont ouvert une enquête.
Rafik Houra
1. Voir www.nrk.no/programmer/tv/brennpunkt/
2. Voir www.lecalame.mr/index.php?option=com_
content&task=view&id=885 Il s’agit du directeur
de l’Intelligent d’Abidjan.

No 174 n Novembre 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

La face cassée de la République (épisode 3)
France Rwanda

Un déchirement progressif
Alors que se
préparent les
commémorations
des quinze ans du génocide
des Tutsi rwandais en avril
2009, nous rappellerons,
chaque mois, dans une série
d’articles intitulée « La face
cassée de la république » la
complicité de la France dans
cette tragédie. Ce mois-ci,
la contribution d’un citoyen
rwandais, lecteur assidu de
Billets

E

n novembre 2006, à la suite des
mandats d’arrêt internationaux
émis par le juge français JeanLouis Bruguière contre neuf personnalités
militaires et civiles rwandaises, Kigali a
rappelé son ambassadeur à Paris et a fait
fermer la mission diplomatique française
à Kigali. Le Rwanda réagissait contre une
instruction biaisée et une décision injustifiée. Ce premier décrochage du Rwanda
du pôle francophone n’était pas motivé
par des considérations économiques ou
commerciales. Il faut pour comprendre la
réaction du Rwanda, se reporter à ce qui
en constitue la toile de fond, le génocide
de 1994. Le gouvernement de Kigali a
trouvé spécieux que la France s’acharne
contre les chefs militaires de la rébellion,
qui a combattu et défait les forces responsables du génocide alors qu’elle n’a
rien entrepris pour mettre en jugement les
quelques éléments de ces forces présents
sur son sol. Pour avoir soutenu le régime
de Habyarimana, faute de dénonciation
publique de ses actes, nombre de personnalités militaires et politiques français
sont soupçonnés de complicité de génocide. A l’issue du rapport Mucyo, rapport
de la commission nationale d’enquête sur
le rôle de la France dans le génocide, le
gouvernement de Kigali a dressé une liste
de 33 personnalités sur lesquelles il appelle le parquet à mener des investigations et
de les amener devant les tribunaux si les
enquêtes confirment les allégations des
commissaires. Près d’une dizaine d’années auparavant, un rapport d’une mission
d’information parlementaire française sur
le même sujet (le rapport Quilès) avait
conclu à l’aveuglement ou au manque de

vigilance des politiques et à la conduite
des militaires aux limites de l’engagement
dans le conflit au Rwanda. Il n’avait relevé aucun comportement répréhensible au
plan pénal. Il est regrettable qu’en 15 ans,
la radicalité du désaccord entre Paris et
Kigali et la gravité de l’objet, un génocide, n’aient pas fait l’objet d’un débat au
sein de la famille de la francophonie.
À la veille du dernier sommet de la francophonie au Canada, le Rwanda a déclaré
qu’il envisageait de remplacer le français,
langue d’enseignement depuis la création
de l’école en ce pays (plus de 70 ans), par
l’anglais. L’argument est incontestable.
Pour accompagner et achever avec succès
le processus d’intégration dans l’espace
est-africain, l’éducation au Rwanda doit
permettre aux générations montantes la
maîtrise de l’anglais. Il suffit de regarder
la carte pour s’apercevoir que son espace naturel est l’Afrique de l’Est et que
l’absence de liens forts avec ses voisins
de la Tanzanie et du Kenya le confine à
l’enclavement et le condamne au sousdéveloppement. Cet espace ouvert aux
échanges mondiaux par l’océan Indien est
par ailleurs engagé dans la construction
d’unions ou de communautés dynamiques
qui recèlent un vrai potentiel de développement. Or, dans cet espace, l’anglais est
la seule langue de travail.

chement du génocide. Pour renouer, il
faudrait, soit que l’une des deux parties
se remette entièrement au jugement de
l’autre, soit que chacune accepte de faire
vers l’autre une partie du chemin jusqu’à
la rencontre. La seconde alternative est
plus plausible. L’exécutif français pourrait au moins reconnaître que la France a
failli par un aveuglement qui l’a conduite
à soutenir un État qui préparait un génocide. On ne voit cependant pas comment
il pourrait promettre au gouvernement de
Kigali qu’il ordonnera au Parquet de faire
annuler les mandats d’arrêt.
Selon les règles en vigueur, il ne le peut
pas. Mais au vu des graves lacunes, et des
insuffisances du fameux « Soit communiqué », la chancellerie s’honorerait à le
retirer de la circulation en attendant que
les juges puissent se rendre sur le lieu de
l’attentat, examiner l’épave de l’avion,
entendre les personnes qui ont été mises
en cause et être en capacité d’en donner
une identité plus précise. La seule chose
que la France demande au Rwanda est
de renouer les relations diplomatiques en
rouvrant les deux ambassades. Mais Kigali peut-il revenir sur une décision alors
que les motifs pour lesquels elle a été prise demeurent ?

La France droite
dans ses bottes

Sauf que, eu égard justement à la gravité
des problèmes, les deux pays devraient
convenir d’une forme ou d’une formule
d’une relation diplomatique ou d’un cadre qui permette un dialogue et en assure
le suivi. Avec la dernière décision de Kigali sur la langue française, c’est un fil de
plus qui a été retiré du tissu qui reliait les
deux pays. La séparation d’avec la France s’est accentuée. Le Rwanda a affirmé
sa différence et tourne aujourd’hui le dos
à une famille dans laquelle il ne se sent
pas, depuis bientôt 15 ans, en empathie.
La question fondamentale que pose l’attitude des autorités de Kigali à l’égard de
la francophonie est de l’ordre des valeurs
et de l’éthique. La langue n’est pas seulement une clef qui permet d’accéder au
marché des biens. Le Rwanda le sait parfaitement. S’il tient à ce que ses enfants
maîtrisent l’anglais en vue d’une intégration au marché est africain, les mesures
qu’il prendra pour préserver l’héritage
français dépendront de la valeur qu’il y
attache.
Téophane Kizi

L’espace francophone situé à l’ouest du
Rwanda n’offre pas d’avantages comparables. Le Congo est englué dans une crise
qui paraît interminable. L’Atlantique est
bien lointain. Comme cela a été rappelé
plus haut, les liens avec la France, moteur
de la francophonie, sont coupés depuis
deux ans et il ne semble pas qu’il soit possible de les rétablir dans un horizon temporel proche.
La France invoque l’honneur pour ne pas
admettre une parcelle de responsabilité
dans ce qui est arrivé au Rwanda et met
en avant le principe de la séparation des
pouvoirs pour ne pas agir sur les mandats
d’arrêt émis contre les proches du président rwandais par le juge Jean-Louis Bruguière.
Pour Kigali, les conclusions de l’instruction de ce dernier sont d’autant plus inacceptables qu’elles inversent les rôles en
imputant à ceux qui sont à la fois victimes
et libérateurs, le mouvement du FPR, la
responsabilité de l’attentat et du déclen-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2008 n No 174

Un fil de plus retiré du tissu
franco-rwandais

Salves
À propos
des accords
d’Arusha
Les autorités françaises ont toujours prétendu qu’elles avaient appuyé, presque porté, les accords
d’Arusha pour faire aboutir la paix
au Rwanda dans la période précédant le génocide. Une analyse vient
renverser la lecture que l’on doit
faire de ce « soutien de la France »
aux accords d’Arusha. Le premier
accord d’Arusha, le cessez-le-feu
du 12 juillet 1992, comportait des
clauses qui impliquaient une modification radicale de la politique française au Rwanda à partir du 31 juillet
1992, date de son entrée en vigueur :
le retrait du Rwanda des troupes de
l’opération Noroît et la cessation des
livraisons d’armes au gouvernement
rwandais.
Les livraisons d‘armes managées
par la France ont continué après
cette date, y compris pendant le
génocide après l’embargo décrété
par le Conseil de sécurité. Le retrait
des troupes de Noroît n’a été effectif
qu’à partir de l’arrivée de la Minuar,
soit dix-huit mois plus tard. Il apparait même que, ces deux points devaient probablement être respectés
dès mars 1991, date du cessez-lefeu de N’Sele.
D’autres points importants de cet
accord de juillet 1992 n’ont pas été
respectés par la France. Il en résulte
que la France n’a respecté aucun des
points qui la concernaient pendant
les négociations d’Arusha, a bafoué
la signature de son allié rwandais et
l’a donc encouragé à considérer cet
accord comme un « chiffon de papier ».
Cette analyse, qui s’appuie sur le
texte de l’accord, des articles de
l’époque, le rapport des députés
français, celui de la Commission
d’enquête citoyenne (CEC) et sur
des documents de l’Élysée, montre
aussi que les députés ont présenté
en 1998 un rapport gravement falsifié à ce sujet. Cette analyse est accessible sur le site de CEC : www.
enquete-citoyenne-rwanda.org

Emmanuel Cattier

Congo-Brazzaville

Sauterie chez Sassou
Depuis 2003, sous
le nom pompeux de
Forum mondial du
développement durable, la
revue Passages organise un
colloque annuel en France au
Sénat. Son directeur, Émile
Malet a préféré Brazzaville
pour l’édition 2008. On y est
à l’abri des manifestations.

atomique, EDF, British Pétroléum, l’Institut français du pétrole, La Poste, Adoma,
Servier, la SNCF, l’Ademe, l’Institut français de recherche scientifique pour le développement, Cap Gemini, Suez, Réseaux de
transport d’électricité et Total ainsi que la
CGT et Le Point. ». Que diable vient faire
la CGT dans cette galère capitaliste ? C’est
l’ingrédient du fameux pâté d’alouette : un
cheval, une alouette…
Odile Tobner

À

Un génocidaire
recyclé dans les
faux papiers

l’occasion de l’édition 2007, le
président congolais Sassou Nguesso avait été salué, à son grand dépit, par une manifestation organisée par
plusieurs associations, dont Survie et
Les Congolais de la diaspora. C’est donc
à Brazzaville, du 28 au 31 octobre, que
s’est tenu le colloque 2008.
Sur la vingtaine de chefs d’État annoncés,
huit ont fait le déplacement, ne serait-ce que
pour quelques heures, comme Bongo (Gabon). Il s’agit de Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire),
François Bozizé (Centrafrique), Fradigue
de Menezes (São Tomé & Principe), Faure
Gnassingbé (Togo), Pierre Nkurunziza
(Burundi) et Thomas Yayi Boni (Bénin),
autant dire un club françafricain réduit en
fait de réunion d’envergure mondiale.
Les propos étaient à la hauteur de l’événement. Émile Malet a proclamé : «L’Afrique, je vous le dis franchement, c’est une
chance pour le développement durable».
Quant à Sassou, il a lancé un scoop : «Les
questions environnementales constituent
l’un des enjeux fondamentaux de l’avenir
de la planète ». Cette manifestation annuelle se veut en effet, selon ses promoteurs «une passerelle entre la mouvance
du World Economic Forum de Davos et
l’altermondialisme de Porto Alegre ». On
ne veut manifestement fâcher personne par
des propos inconsidérés.
La seule chose vraiment importante était
la liste des sponsors qui n’ont pas hésité à
faire valoir Sassou Nguesso. Ce colloque
se déroulait en effet «sous le haut patronage du président de la République Nicolas
Sarkozy et sous l’égide du ministère des Affaires étrangères et européennes et du sénat français, […et] rassemblait plusieurs
partenaires institutionnels et économiques
engagés pour le développement durable,
parmi lesquels le Commissariat à l’énergie

Un Rwandais génocidaire présumé a été arrêté
à Mayotte, le mardi 28 octobre : le capitaine
Pascal Simbikangwa. Il est présenté par African
Rights, dans le rapport «Rwanda, death, despair
and defiance» (revesited 1995 edition, page 64
et 114), comme l’un des organisateurs du «Réseau zéro» qui encadrait les escadrons de la mort,
avant et pendant le génocide des Tutsi du Rwanda
en 1994. Il était responsable des renseignements
généraux, avant le gouvernement intérimaire qui
conduisit le génocide, et aurait alors codirigé les
tueries sans occuper de position officielle.
Procureur général à Mayotte, cité par malangoactualite.com (Un génocidaire présumé arrêté à
Mayotte, 1er novembre, version 9:18), Marc Brisset-Foucault a expliqué «qu’un banal contrôle
d’identité a révélé qu’une personne utilisait une
carte d’identité falsifiée. » La police aux frontières a remonté «le réseau qui l’a conduite à Pascal
Simbikangwa ». Selon le même article, Pascal
Simbikangwa exerçait un «trafic de faux papiers
sous la fausse identité de Safari Sedinawara. Il est
apparu comme le chef de bande de ces faussaires.
Déjà poursuivi – sous une autre identité – pour
une affaire similaire mais moins importante, il a
cette fois été démasqué.» Les policiers ont interrogé Interpol : « C’est à ce moment là que nous
nous sommes aperçus qu’il était poursuivi par la
justice rwandaise» indique le procureur. Sa prochaine extradition vers le Rwanda semble presque
acquise au moment où nous bouclons ce numéro.
Signalons que l’AFP, mélangeant deux perquisitions simultanées, avait laissé entendre dans une
dépêche erronée que ce réseau pouvait avoir aidé
des anciens du régime séparatiste anjouanais
du colonel Bacar en leur procurant des papiers
à Mayotte. Aucun lien n’a pour le moment été
établi entre les deux affaires.
Pierre Caminade

No 174 n Novembre 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Burkina Faso

Compaoraison funèbre
Le sénateur du
congrès libérien,
Prince Yormie
Johnson, affirme avoir aidé
le président du Burkina
Faso, Blaise Compaoré, à
éliminer Thomas Sankara.
Un aveu qui donne un nouvel
éclairage à un triste épisode
de la Françafrique.

P

our le pékin moyen comme pour le
plus humble des Burkinabé, l’affaire
est entendue: l’actuel président du
Burkina Faso, Blaise Compaoré, a planifié
l’assassinat de Thomas Sankara pour accéder
au pouvoir et s’y maintenir depuis ce mois
d’octobre 1987 par le jeu d’astuces électorales. Pourtant, cette même affirmation dite, ce
25 octobre, par le sénateur du congrès libérien, Prince Yormie Johnson, provoque une
onde de choc qui se répercute jusque dans les
salons feutrés de la présidence du Faso et leur
bienséance démocratique.

La révolution liquidée
Il faut dire qu’officiellement, le capitaine
Thomas Sankara, meneur emblématique
de la révolution burkinabé, est d’abord
décédé de «mort naturelle». Paradoxe,
selon la même version officielle, il est
également tombé sous les balles de militaires burkinabé soucieux de le ramener
à la raison et de l’empêcher d’assassiner
son bras droit, un certain Blaise Compaoré, auquel a instantanément profité le
crime. Un Blaise Compaoré qui règne
donc sur le «pays des hommes intègres»
depuis 21 ans, sous le régime duquel les
autres dirigeants de la révolution ont été
liquidés, qui s’est empressé de renouer
avec une politique de coopération, replongeant le pays dans la pauvreté et
dans le sens du poil de la Françafrique.
Les élites ont aussi retrouvé un faste
qui n’était plus permis sous le régime
diététique de Thomas Sankara. «L’impérialisme lui offrira le pouvoir sur un
plateau d’argent en organisant l’assassinat» aurait prédit Sankara moins d’un
mois avant sa mort 1. Il connaissait parfaitement Compaoré puisqu’ils avaient
été élevés dans la même cour. Depuis
son accession au pouvoir, Blaise n’est
d’ailleurs jamais retourné voir les pa-

rents Sankara qui l’avaient adopté. Pour
les Burkinabé, ce comportement signe
la forfaiture.

Un seigneur de guerre
en costume
Mais pour les chercheurs comme pour
les journalistes, il reste malaisé de clamer cet assassinat, faute bien entendu,
de ces éléments avérés ou judiciaires
qu’une «démocrature» caractérisée est
si peu encline à dévoiler. Pour déterminer les complicités, les raisons et les réseaux, les premiers se sont donc attelés
patiemment à comprendre d’où provenait ce plateau d’argent, pendant que les
seconds remontaient à rebours la piste
des balles qui avaient foudroyé Sankara. Pour la première fois depuis 21 ans,
leurs chemins se sont rejoints, non loin
du lieu du crime, autour de Charles Taylor et d’une poignée de mercenaires libériens dont Prince Johnson. Un seigneur
de guerre en costume, dont le parcours
sanglant a été couronné de notoriété en
1990, lorsqu’il a capturé, torturé et tué
le président du Liberia, Samuel Kanyon
Doe, en buvant des bières américaines
et en filmant la scène, notamment celle
où ses hommes coupent les oreilles du
président.
Le 26 août dernier, Prince Johnson devenu sénateur, déclare en qualité de
témoin, devant la Commission réconciliation et justice du Libéria, qu’il a participé au coup d’état du Burkina Faso en
1987. Il précise son propos sur les ondes de RFI en indiquant l’avoir fait sur
ordre de Blaise Compaoré, en échange
de l’aide de ce dernier pour faire tomber
le président du Libéria, Samuel Doe, au
profit de Charles Taylor, avec les conséquences sanglantes que l’on sait. Selon
Prince Johnson, Sankara, également sollicité, aurait refusé de déstabiliser ainsi
la sous-région. Il affirme également que
le président ivoirien Houphouët-Boigny, disparu en 1993, était favorable au
renversement de Sankara et avait permis
aux mercenaires libériens de «passer
par son pays pour aller au Burkina».
François-Xavier Verschave fut l’un des
premiers à expliquer la connivence entre
Kadhafi, Charles Taylor et HouphouëtBoigny. Un réseau d’intérêts entre chefs
d’États pour lequel, selon lui, «l’élimination du président Thomas Sankara est
sans doute le sacrifice fondateur»2.

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2008 n No 174

Au Libéria, des chercheurs étaient également sur la piste, indiquant, comme
Byron Star, que Blaise Compaoré a ramené Charles Taylor du Ghana à Ouagadougou peu de temps avant l’assassinat de Thomas Sankara3. Dès 1992, le
journaliste nigérian, Nkem Agetua affirmait déjà que Taylor était associé à
la mort de Sankara4 . Quelques années
plus tard, l’historien libérien Stephen
Ellis écrivait, citant un ancien assistant de Compaoré: «Houphouët-Boigny était au courant des ambitions de
Compaoré. Le 15 octobre 1987 des soldats burkinabé sous le commandement
de Compaoré, avec l’aide d’un groupe
d’exilés libériens incluant Prince Johnson, tuèrent Thomas Sankara»5.
François-Xavier Verschave, pour sa
part, remonte un échelon au-dessus en
rappelant au souvenir de la Françafrique ce bon vieux Foccart, de retour aux
affaires africaines par la grâce de la nomination de Jacques Chirac au poste de
Premier ministre en 1986. «Foccart et
l’entourage de Kadhafi convinrent, en
1987, de remplacer un chef trop intègre et indépendant, au point d’en être
agaçant, par un Blaise Compaoré infiniment mieux disposé à partager leurs
desseins. L’Ivoirien Houphouët-Boigny
fut associé au complot». Le journaliste
ivoirien Bernard Doza écrit même, que
quelques jours avant le coup d’État,
Blaise Compaoré, en visite à Abidjan,
«reçoit la confirmation après un têteà-tête avec Houphouët qu’il sera le
prochain président du Faso.»6

De quoi régaler le tribunal
pénal international
De leur côté, les journalistes du Burkina tentent sur place de reconstruire
le puzzle de cette tragédie, jusqu’à
publier, dans les colonnes de l’hebdomadaire Bendré, les initiales des militaires ayant fait le coup de feu contre
Sankara. Ils sont tous Burkinabé et les
révélations peu de temps après, dans le
même journal, d’un certain John Tarnue, ancien chef des armées de Charles Taylor, racontant cette présence
libérienne au Burkina lors de l’assassinat de Sankara, jettent le trouble. Il
faut dire qu’entre temps, une enquête
judiciaire a été ouverte, puis bien vite
refermée, suite à la plainte contre X de
la famille Sankara pour assassinat. Na-

France Soudan

turellement, la presse est plus prompte à
alimenter le dossier que la justice burkinabé qui sera même condamnée, en
2006, par la Commission des droits de
l’homme de l’ONU, pour sa mauvaise
foi à mener cette instruction. Le Burkina, signataire de la Charte des droits
de l’homme est d’ailleurs prié de rouvrir ce dossier.
Si le général John Tarnue n’était pas
présent sur les lieux, les déclarations de
Prince Johnson constituent en revanche
un témoignage de premier plan pour
n’importe quel tribunal. De là l’onde
de choc actuelle. Et si le gouvernement
s’est contenté d’estimer, à juste titre,
que «ces affirmations viennent comme
une atteinte à notre image tout simplement», la presse, elle, est déjà sur la
piste du rôle exact qu’ont joué les mercenaires libériens dans ce coup d’État,
avant d’aller embraser, durant plus de
dix ans, le Liberia et la Sierra Leone
avec la bénédiction de ce que FX Verschave a nommé «le Consortium de
Ouaga». Un réseau mafieux de gouvernants propre à régaler l’auditoire d’un
Tribunal pénal international.
Rémy Rivière
1. Valère Somé: Thomas Sankara: l’espoir assassiné (L’Harmattan 1990)
2. François-Xavier Verschave: Noir Silence (Les Arènes 2000)
3. The Ecomog Initiative in Libéria:
A Liberian Perspective in Issu (nos12 1993)
4. M. Nkem Agetua: Operation Liberty,
the Story of Major General Joshua Nimyel Dogonyaro. (Lagos 1992)
5. Stephen Ellis: The Mask of Anarchy
(New York University Press, 1999)
6. Bernard Doza: Liberté confisquée.

Pétition pour Zongo
Le Centre national de presse Norbert Zongo
a lancé, le 20 octobre dernier, une pétition
pour la réouverture du dossier judiciaire du
journaliste Norbert Zongo, à l’occasion de
la 10e Journée nationale pour la liberté de la
presse. La pétition ouverte peut être signée en
ligne à l’adresse www.norbertzongo10ans.
net jusqu’au 13 décembre, date anniversaire
de l’assassinat de Norbert Zongo. La pétition
sera ensuite acheminée au palais présidentiel
de Kossyam, à l’adresse de Blaise Compaoré.

Un « premier pas… »
vers quoi ?
En affirmant que
le jugement, au
Soudan, d’Ali
Kosheib, visé par un
mandat d’arrêt de la Cour
pénale internationale (CPI)
pour crimes de guerre au
Darfour, serait « un premier
pas vers le respect par le
Soudan de ses obligations
internationales », la France
se moque encore de la
justice internationale.

L

e 14 octobre, le Soudan a annoncé son intention de juger
l’un des chefs des milices
armées janjawids, Ali Kosheib, en
lieu et place de la Cour pénale internationale. Attendue, l’annonce a
engendré une certaine satisfaction
française. Il n’y a pourtant pas de
quoi se satisfaire quand on connaît
le fonctionnement de la « justice »
soudanaise. On fait donc semblant
de rien voir et l’on exprime une cynique satisfaction, première étape
de la matérialisation d’un arrangement destiné à sortir des griffes de
la CPI le président soudanais Omar
Al-Bachir, visé par le procureur de
la Cour.
La justice ne se marchande pas
au gré des intérêts géopolitiques
et économiques avions-nous écrit
le mois dernier (Billets d’Afrique
n°173, octobre 2008). Sur ce dossier, qui fait couler peu d’encre, il
convient pourtant d’insister.
À la question de savoir si la France
était toujours prête à soutenir la
suspension des poursuites contre
Bachir, le porte parole du ministère
des Affaires étrangères (MAE), Eric
Chevallier, a répondu, le 17 octobre: «Que le Soudan respecte ses
obligations, qu’il fasse les gestes
attendus par la communauté internationale, et puis on verra ».
On verra quoi ? Et le journaliste
de suggérer la réponse : «Donc le
président Bachir peut avoir grand

espoir de ne plus être poursuivi ?». La
réponse évoquant un «premier pas »
(et l’espoir qu’il serait suivi par l’arrestation d’Ahmed Haroun, actuel ministre soudanais aux Affaires humanitaires, également poursuivi par la CPI),
le journaliste a réclamé des précisions:
«un premier pas vers quoi ?».
La réponse a été pour le moins peu satisfaisante : «Vers le respect par le
Soudan de ses obligations internationales.»
En quoi le fait de refuser de livrer un
criminel à la CPI serait-il respecter ses
obligations ? Et en quoi le fait qu’un
pays tiers y voit un pas vers le respect de ces obligations serait-il rassurant? En quoi juger des criminels (Ali
Kosheib et Ahmed Haroun) dans de telles conditions permettrait-il de ne pas
juger le premier d’entre eux (Al-Bachir, car c’est vers quoi nous dirigent
ces «premiers pas») ?

Total fait des affaires
Rappelons que, pendant ce temps, Total a repris ses activités pétrolières au
Soudan depuis l’été. Ce qui expliquerait l’examen français de l’opportunité
de surseoir aux poursuites engagées à
l’encontre de Bachir par l’utilisation de
l’article 16 des statuts de la CPI qui le
permettent durant un an renouvelable.
La communauté internationale1 qui, selon le porte parole du ministère des Affaires étrangères, attend des «gestes»
du Soudan, ferait grand tort à la justice internationale si elle devait effacer
celle-ci par des «gestes» – ou des…
gesticulations.
Le 16 octobre, la chambre préliminaire
de la CPI a rendu une décision demandant au bureau du Procureur de lui communiquer, mi-novembre au plus tard,
des éléments supplémentaires à l’appui
de certains aspects confidentiels de sa
requête aux fins de délivrance d’un
mandat d’arrêt à l’encontre d’Omar AlBachir.
La décision de la chambre est attendue
au tout début de 2009.
Sharon Courtoux
1. Il s’agit, en l’occurrence, du Conseil de
Sécurité de l’ONU, dont la France est membre,
à qui il reviendrait de décider de l’utilisation de
l’article 16.

No 174 n Novembre 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Afrique

Déchets toxiques : un scandale qui
D’Abidjan à Accra,
les pays du Nord
se débarrassent
de leurs déchets toxiques
à moindre coût. Boues
industrielles, cyanures,
solvants, pesticides ou
déchets électroniques ont
été déversés par cargaisons
entières. L’affaire du Probo
Koala en est l’exemple le
plus récent.

A

oût 2006, la Côte- d’Ivoire et
plus précisément la ville d’Abidjan sont au cœur d’un scandale
environnemental et sanitaire très grave.
Un tanker (le Probo Koala) appartenant
à une société grecque battant pavillon
panaméen, affrété par une société de
droit néerlandais créée par deux français opérant depuis Londres (avec à son
bord un équipage russe !) y déversait
en toute illégalité 500 tonnes de boues,
mélange de soude caustique, de résidus
pétroliers et d’eau. Ces déchets furent
déposés à ciel ouvert dans plusieurs
endroits de la ville dégageant des gaz
mortels faisant à ce jour 17 victimes et
des dizaines de milliers d’intoxiqués.
Octobre 2008. Deux années plus tard,
le premier procès de cette affaire vient
de se dérouler à Abidjan. La cour d’assise a rendu un verdict contrasté, en
condamnant à 20 et 5 ans de prison
deux accusés (le patron de la petite société ivoirienne ayant déversé les déchets à l’air libre ainsi qu’un agent du
port) mais en acquittant les sept autres.
Au-delà du jugement rendu, ce qui
ressort avant tout de ce procès, c’est
l’absence à la barre des dirigeants de
Trafigura, l’affréteur du navire, après
qu’un accord à l’amiable eut été conclu
en février 2007 entre la multinationale
et la présidence ivoirienne moyennant
le versement de 152 millions d’euros.
Ceci a d’ailleurs suscité les protestations de plusieurs avocats, pour qui le
procès était «biaisé» en l’absence du
«témoin central ». A juste titre.
Pour la petite histoire, le 2 juillet 2006,
le Probo Koala se trouvait à Amsterdam où il était censé décharger sa cargaison. Mais en raison du prix élevé

demandé pour le traitement des déchets
qu’il transportait, après un détour par
l’Estonie, le navire fit route vers le sud, à
la recherche de sous-traitants moins scrupuleux!

De vieilles pratiques
Parallèlement à la mise en place progressive des premières normes environnementales en Europe au cours des années 1970-1980, le coût d’élimination
des déchets toxiques a augmenté considérablement au cours des dernières décennies entraînant le développement de
divers trafics à destination de l’Afrique.
Une aubaine pour l’industrie chimique
des pays du Nord (Allemagne, Italie,
France, Suisse, etc.) qui a ainsi trouvé
le moyen de réduire les coûts d’élimination de ses résidus toxiques au détriment de la santé des habitants du Sud.
Ce commerce, malgré l’énorme logistique qu’il nécessite, a bénéficié de
l’ouverture incontrôlée des frontières
et du soutien de mafias payant parfois
leur «droit à décharger» avec des cargaisons d’armes, quitte à subventionner
des guerres civiles comme en Somalie.
De l’autre côté de la Méditerranée, ce
scandale a été facilité par le besoin urgent de devises étrangères de la part
de gouvernements déjà étranglés par le
mécanisme de la dette et, de surcroît,
souvent dirigés par des régimes autocratiques et corrompus.
Bien qu’ils soient dépourvus d’installations adéquates de traitement des
déchets dangereux, de nombreux pays
d’Afrique (Bénin, Congo-Brazzaville,
Djibouti, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Mozambique, Nigéria, Togo,
Somalie et d’autres encore) ont importé
des cargaisons entières de déchets toxiques (boues industrielles, cyanures,
solvants, peintures, pesticides, déchets
pharmaceutiques) et même nucléaires
(dans le cas de la Somalie) à des prix
très bas : entre 2,5 et 40 dollars la
tonne contre 75 à 300 dollars (de l’époque) le coût d’élimination dans les pays
industrialisés1. Ironie du sort, ces déchets étaient parfois conditionnés dans
des fûts marqués «engrais » ou «aide
humanitaire » afin de ne pas attirer la
curiosité des autorités portuaires des
pays d’accueil. Greenpeace avance le
chiffre de 167 millions de tonnes de déchets dangereux ayant ainsi trouvé une
deuxième patrie en Afrique2 avant 1986.

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2008 n No 174

En Italie, le trafic illégal des déchets
représenterait, dans les années 1980,
la deuxième activité des organisations
criminelles, juste après la drogue. Un
marché de quelque 100 millions d’euros
par an3. En France, une filiale du groupe
Arcelor Mittal est soupçonnée d’avoir
blanchi des millions de tonnes de déchets
toxiques (sous la forme de carburant pour
tanker) entre 1993 et 2004 (La Voix du
Nord, 17 septembre 2008) mais aucune
preuve formelle n’a pu être trouvée jusqu’à maintenant.

Les paradis fiscaux en bonne
place
Ces opérations ont fait parfois l’objet de
contrats en bonne et due forme, astucieusement ficelés par des contractants proches
du gouvernement du pays importateur.
Entre les producteurs et les sous-traitants
en charge de la basse besogne opèrent des
sociétés écrans, simples boîtes aux lettres
établies dans des paradis fiscaux. À titre
d’exemple, l’une d’elles (dont le capital
effectivement libéré n’était que de… deux
livres sterling!) était immatriculée sur l’île
de Man et gérée à distance par un couple
résidant à Chypre, puis à Gibraltar où l’on
a perdu sa trace. Dans d’autres circonstances, ces opérations ont été effectuées sans
même avoir à négocier de contrat avec les
pays d’accueil: les entreprises multinationales disposant de sites d’exploitation
dans ces pays ont pu y transférer les déchets sans avertir les autorités locales.

Quelques tentatives de
contrôle transfrontalier
À la suite à plusieurs scandales en 1988,
une série d’accords internationaux ont été
signés, censés réglementer voire interdire
les transferts de déchets toxiques vers les
pays du Sud. Créée en 1989 sous l’égide
des Nations unis (et rentrée en vigueur en
1992), la Convention de Bâle fut le premier instrument juridique international
contraignant en matière de contrôle des
mouvements transfrontières de déchets
dangereux et de leur élimination. Dans sa
première version, cependant elle tendait
à légitimer une pratique qui devrait être
considérée comme une activité criminelle.
Mais en 1995, un amendement fut adopté
afin de mettre un terme définitif aux exportations de déchets dangereux dans
les pays ne disposant pas d’installations
adéquates. En outre, une série d’accords
régionaux ont été signés, parmi lesquels

À paraître

s’éternise
la Convention de Bamako dont le champ
d’application s’étend également aux déchets radioactifs. Qu’à cela ne tienne, sur
166 États signataires de la Convention de
Bâle, trois pays – l’Afghanistan, Haïti et
les États-Unis (réticents à l’idée de reprendre sur leur territoire les déchets dangereux produits sur leurs bases militaires
du Pacifique) – ne l’ont toujours pas ratifié, ce qui porte inévitablement atteinte à
son caractère universel.

Les e-déchets, une catastrophe
annoncée
Le trafic des déchets se donne
aujourd’hui un visage plus respectable
mais les victimes pourraient bien être
encore plus nombreuses. Quand on ne
contrevient pas aux lois en vigueur,
on essaie en effet de les contourner…
Ainsi, au nom du recyclage, les pays
occidentaux continuent d’envoyer
aujourd’hui en Afrique et en Asie des
déchets dont le traitement est jugé trop
polluant ou trop peu rentable. On a tous
en tête l’image des navires en fin de vie
(tel le Clémenceau) faisant route vers
l’Asie du Sud pour y être démantelés.
Moins médiatisé, le «recyclage» de
déchets d’equipements électriques et
électroniques (mieux connus sous le
sigle D3E) en Afrique du Sud, au Nigéria ou encore au Ghana 4 est tout aussi
dramatique.
À première vue pourtant, certains ont
vu dans la réutilisation d’ordinateurs
ou de téléphones portables en état de
marche une manière de réduire le fossé numérique entre le Nord et le Sud.
Une formule «gagnant-gagnant » permettant aux uns de se débarrasser de
montagnes de déchets électroniques
tandis que les autres, trop pauvres pour
pouvoir acheter des équipements neufs
réutilisent des vieux équipements, leur
offrant ainsi une seconde vie. Malheureusement, une enquête de l’ONG Basel Action Network au Nigeria contredit
cette version : 75% des équipements
informatiques d’occasion importés ne
sont pas économiquement réparables
ou revendables. Et quand bien même
ils le sont, ils arrivent en quantités
sans commune mesure avec les besoins
réels. Alors, après avoir été dépouillés
pour en extraire les métaux précieux,
ces équipements rejoignent des décharges non contrôlées où ils sont brûlés,
émettant notamment dioxines, métaux

lourds et composés organo-chlorés et
contaminant ainsi l’air et le sous-sol.
Au nom du recyclage, on aboutit ainsi
précisément à l’opposé de ce que la
communauté mondiale a cherché à interdire avec l’adoption de la Convention
de Bâle.

Quelles pistes pour demain ?
Certes, ces dernières années, le paysage
est en train de changer en Europe et des
progrès importants ont été faits pour traiter au Nord les fameux D3E. Mais tant
que les gouvernements européens continueront à faire la sourde oreille, ces trafics vers l’Afrique risquent de subsister.
Le problème vient d’abord d’un manque
de moyens : sur 1 100 cargaisons contrôlées en 2006 dans le cadre d’une enquête
européenne, 50 % étaient illégales. De
l’avis même de l’Office central de lutte
contre les atteintes à l’environnement et
à la santé publique (OCLAESP), un renforcement des inspections s’impose ainsi
qu’une meilleure collaboration entre les
services de police et de gendarmerie nationale à l’échelle de l’Europe. Toutefois, le fait qu’en 2008, une société implantée sur l’île de Man échappe encore
à l’application de la directive européenne
sur le contrôle des transports transfrontaliers de déchets ne manque pas de poser
question.
Et bien qu’un projet de nouvelle directive
pour la protection de l’environnement (qui
permettrait de considérer les atteintes graves à l’environnement comme des crimes,
à l’instar de la Convention de Palerme
sur le crime organisé) soit en bonne voie
au Parlement et au Conseil européen, tant
que des îlots n’ayant décidément rien de
paradisiaque continueront d’échapper à de
telles lois, il y a fort à parier que les plus
malins continueront à passer à travers les
mailles du filet.
Franck Olivier
1. Les vaisseaux du poison – la route des déchets
toxiques. François Roelants du Vivier, éd. Sang
de la Terre, 1988.
2. Pops’ in Africa: hazardous waste trade 1980
- 2000. Obsolete pesticide stockpiles. A Greenpeace inventor. Johannesburg, 2000.
www.ban.org/library/afropops.pdf
3. Trafic d’armes et de déchets toxiques. Les déchets de mort à l’ombre du réseau «Gladio Staybehind», Enrico Porsia, 2003 www.amnistia.net
4. Chemical contamination at e-waste recycling
and disposal sites in Accra and Korforidua,
Ghana. Greenpeace research laboratories technical note, octobre 2008.

Nicolas
Sarkozy : la
Françafrique
décomplexée
par Samuël Foutoyet
préface d’Odile Tobner
Édition Tribord, 160 pages. 4,5 euros

P

endant la campagne des élections
présidentielles en 2007, le candidat Nicolas Sarkozy a multiplié les annonces de rupture avec la politique africaine de ses prédécesseurs,
dénonçant le soutien aux dictatures,
la diplomatie secrète, le clientélisme,
ou encore les détournements de l’aide
au développement, bref la «Françafrique».
Pourtant, au regard des actes posés
depuis sa prise de fonction à l’Élysée,
le président français n’a pas tenu ses
promesses : perpétuation de relations
clientélistes, discours essentialiste
de Dakar sur l’ « homme africain »,
soutien à des dictateurs (Bongo, Khadafi…), défense de l’affairisme français (Bolloré, Bouygues…), intervention militaire au Tchad, rôle joué par
certains émissaires officieux (Bourgi,
Balkany…), la politique africaine de
Nicolas Sarkozy s’inscrit plus dans
une continuité que dans une rupture.
Elle est une perpétuation de la politique néocoloniale que chaque président
français a poursuivit depuis les «indépendances» africaines.
C’est ce que montre ce livre en examinant les événements les plus marquants du début de quinquennat de
Nicolas Sarkozy. Se fondant sur des
informations et des faits avérés, ce
livre propose également un rapide retour en arrière sur les grandes lignes
de la politique française en Afrique
depuis 1958.
Au-delà de la simple dénonciation, il
s’agit pour Survie d’informer les citoyens français et de susciter une réforme de la politique de la France en
Afrique.
Retrouvez tous les articles
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No 174 n Novembre 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Lire

Salves
Mauritanie

Le grand écart
de la France
La position de la
France, après le
coup d’État du
6 août, est de plus en plus
schizophrène. Le résultat de
dissensions au sommet de
l’État entre les conseillers
Afrique de Sarkozy. Alors que
la ligne françafricaine semble
marquer des points, l’Union
européenne, sous présidence
française, fait preuve de
fermeté. Ce n’est pas le
moindre des paradoxes.

C

es contorsions de la diplomatie
française ont pris davantage de
corps avec les déclarations, le
17 octobre sur RFI, d’Alain Joyandet, le
secrétaire d’État à la Coopération : « Je
note que même en Mauritanie, les collectifs les plus attachés aux Droits de l’homme
ne demandent pas d’une manière ferme et
définitive le retour du président Abdallahi
dans ses pouvoirs précédents (…). Un compromis (…) est (…) acceptable, à la seule
condition que l’on puisse se raccrocher à la
Constitution. » Peu avant des négociations
cruciales avec l’Union européenne, ces propos ont évidemment comblé la junte.
Mais comment peut-on envisager un «compromis constitutionnel » quand la Constitution est violée ? Alors même que le
président élu et son Premier ministre sont
détenus, que les manifestations sont interdites et violemment réprimées, qu’un ancien
ministre est arrêté pour des critiques publiques visant la garde présidentielle commandée par Abdel Aziz, le chef de la junte.
Les États-Unis, eux, ont déclaré personae
non grata les putschistes, leurs ministres et
certains de leurs partisans. Trois des plus
sérieuses ong mauritaniennes de défense
des Droits de l’homme ont démenti Alain
Joyandet: l’Association mauritanienne des
Droits de l’homme (AMDH), affiliée à la
FIDH, l’Association des femmes chefs de
famille (AFCF) et SOS Esclaves «soutiennent, fermement, les sanctions internationales contre [la junte], son gouvernement et
leurs alliés. » Avec le Forum des organisations nationales des droits humains (FONADH) qui regroupe une vingtaine d’asso-

ciations des droits humains, elles ont assuré
réclamer le retour du président Sidi Ould
Cheikh Abdallahi dans ses fonctions.
L’Union européenne n’a pas été dupe : elle
«n’a (…) [noté aucune] proposition satisfaisante de la partie mauritanienne» et sans
avancées concrètes, sous un mois, l’a menacé de sanctions. L’UE a toutefois débloqué
86 millions d’euros dus au titre des droits de
pêche européens en Mauritanie.
Quant à Alain Joyandet, à l’issue de ces
consultations, il ne souhaite «pas du tout
(…) qu’on isole la Mauritanie ». En clair:
non aux sanctions. Alain Joyandet n’a toutefois pas osé se rendre en Mauritanie comme
prévu lors de sa tournée africaine fin octobre, conditionnant sa visite à la libération du
président légitime.
À Paris, une autre ligne est aussi de mise:
retour d’Abdallahi, mais flanqué d’un Premier ministre de transition. Dans ce rôle, on
verrait bien Ely Ould Mohamed Vall, cousin d’Abdel Aziz (avec qui il est désormais
en rivalité), chef de la junte version 2005,
qui avait cédé le pouvoir aux civils. Pendant
la dictature Taya, il avait aussi été le redouté
chef de la police et des renseignements y
compris pendant le nettoyage ethnique de
1989-1991.
Pendant ces tractations politiques, les affaires se poursuivent. Les entreprises françaises signent des accords avec la junte,
reconnaissant de facto cette dernière. Total
a ainsi signé un accord avec le ministre du
Pétrole pour agrandir une route d’accès à
ses zones d’exploration pétrolière. Le PDG
du groupe de BTP Vicat, 32e fortune française selon Challenges, Jacques MerceronVicat, a quant à lui été reçu par le chef de la
junte, Abdel Aziz, après avoir racheté 65 %
de BSA Ciment. Or cette société appartient
au richissime Mohamed Ould Bouamatou,
cousin de ce même Abdel Aziz et envoyé
spécial de la junte à Paris en août dernier.
À cette occasion, il a rencontré le secrétaire
général de l’Élysée, Claude Guéant, accompagné du fils du président sénégalais,
Karim Wade, d’Alain Joyandet et d’Albert
Bourgi, inamovible figure françafricaine et
conseiller de Sarkozy dans les affaires africaines, sans succès toutefois quant à la reconnaissance du nouveau pouvoir.
Diplomatie, business et dictature font toujours bon ménage…
Issa Bâ
issaba.mr@gmail.com

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2008 n No 174

Sarkologies
Pour Stephen Smith et
Antoine Glaser, c’est
encore et toujours la fin de
la Françafrique. Dans leur
nouvel ouvrage, Sarko en
Afrique, c’est une thèse
qu’ils développent encore
malgré la riche actualité
françafricaine qui a jalonné
la présidence Sarkozy. Une
contradiction majeure pour
une enquête censée «vérifier
le discours de la rupture ».

E

n introduction, les auteurs précisent
que «ce livre n’est ni de circonstance
ni une attaque ad hominem», mais
une enquête pour «vérifier le discours de la
rupture ». Leur conclusion est annoncée dès
la page deux: «globalement, l’éloignement
entre la France et l’Afrique s’accélère, une
rente de situation historique étant désormais
soldée pour tout compte par un président qui,
n’étant pas sorti lui-même du moule de la
Ve République, n’est aucunement attaché aux
vestiges de ‘’l’État franco-africain’’ [...] issu
de la décolonisation ‘’à la française’’ des
années 1960. » Smith et Glaser décrivent cependant le retour des «réseaux Foccart » à
l’Élysée en la personne de Robert Bourgi, la
star du bouquin, épouvantail agité dans tous
les chapitres ou presque. Selon les auteurs,
le ralliement de l’ancien bras droit de Jacques Foccart date de 2002, lorsque Jacques
Chirac aurait décrété un changement radical
de sa politique africaine et l’expulsion des
réseaux françafricains de l’Élysée. À la question auto-posée : «Est-ce donc le retour de
la Françafrique ? », les auteurs répondent
par la négative: « La coopération francoafricaine n’est plus que peau de chagrin ; la
convertibilité manuelle du franc CFA appartient au passé ; Paris intervient en Afrique
seulement pour y entraîner l’ONU ou l’Europe ; et la France fait des affaires bien plus
juteuses au Nigeria, en Angola et en Afrique
du Sud qu’au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au
Gabon. » Bref, la Françafrique n’existerait
plus, excepté Bourgi qui s’agite encore, mais
sans grande conséquence.
La complicité Sarkozy/Bongo, Bolloré et
Bouygues en Afrique, l’influence de Robert Bourgi, l’affaire des Biens Mal Acquis, l’intervention militaire au Tchad, le
discours de Dakar, les aventures d’EADS
en Libye... La plupart des événements

marquants depuis mai 2007 sont survolés avec un regard vaguement critique,
les auteurs insistant surtout sur la perte
d’influence de la France en Afrique, relativisant, de fait, les frasques sarkozystes. Ainsi, l’EUFOR est présentée comme
une initiative française pour impliquer les
autres pays européens et ne plus être seule
à gérer le problème tchadien, en attendant
de quitter définitivement le terrain: «Nicolas Sarkozy cherche en effet à plier les
gaules partout en Afrique, où la présence
militaire française n’entraîne désormais
que des charges et plus des rentes. »
Quant au soutien militaire français proDéby en février 2008, «le but est de créer

les conditions dans lesquelles la France
peut définitivement retirer ses troupes, à
la fois du Tchad et de la Centrafrique.
Ce qui n’aurait pas été possible au lendemain d’une victoire rebelle à N’Djamena.» Le discours de Dakar est rapidement abordé et mollement critiqué, les
auteurs trouvant «excessif» de le qualifier de discours raciste, citant la récente
tribune de l’auteur, Henri Guaino dans
Le Monde de juillet 2008.
En revanche, pas un mot sur les liens entre Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy,
ni sur les conséquences de la politique
africaine française. Ce livre semble avoir
été écrit pour «occuper le terrain». Il ne

contient aucune révélation fracassante.
Il est assez confus et délayé. Il passe
sous silence tout le tragique de la politique africaine de la France, à l’image
du chapitre sur l’immigration, qui présente de manière neutre et technique les
dispositifs mis en place par le gouvernement. Nicolas Sarkozy, décrit comme
un «sorcier de la contradiction», est
critiqué d’une manière «politiquement
correcte». Au final, un ouvrage anesthésiant et intoxicant. Smith et Glaser
revêtent le masque de la pseudo-critique
pour mieux asseoir leur thèse de la fin
de la Françafrique.
Nathalie Carton

Le livre que Nicolas Sarkozy
et Henri Guaino ne liront pas
Le 26 juillet 2007, Nicolas
Sarkozy prononçait le
tristement célèbre « discours
de Dakar » provoquant
l’indignation générale des
intellectuels africains. Un
discours qui a suscité de
nombreuses publications
dont la dernière se propose
de remettre à niveau le
mauvais élève Sarkozy.

C

e jour de juillet 2007, dans l’enceinte de l’université Cheikh Anta Diop,
Nicolas Sarkozy a donné à entendre
un concentré hautement toxique de tous les
préjugés et de tous les stéréotypes produits
depuis plus de deux siècles par les idéologues
du «devoir de civilisation ». Ce discours, pur
produit idéologique, a été accueilli par une légitime levée de boucliers d’intellectuels africains et d’africanistes. Chaque phrase, chaque
paragraphe de ce discours boursouflé, répétitif et redondant, écrit par son conseiller Henri
Guaino, a de quoi provoquer des hurlements
d’indignation et de colère. Mais au-delà de
l’indignation, il faut réfuter l’enchaînement
de syllogismes meurtriers censé fournir aux
jeunes africains une vision du monde dégagée à la fois du «mirage du collectivisme et
du progressisme » et de «la mondialisation
telle qu’elle se fait. »
Ce défi est relevé avec brio dans un ouvrage à paraître aux éditions La Découverte,
le 16 novembre : Petit précis de remise à
niveau sur l’histoire africaine à l’usage

du président Sarkozy. L’ouvrage est né
d’un appel lancé, en septembre 2007,
par Adame Ba Konaré, historienne malienne et épouse de l’ancien président
Alpha Omar Konaré, auquel ont répondu
400 historiens africains, africanistes et
citoyens. Sur 45 contributions, 25 ont
été sélectionnées par un comité scientifique pour figurer dans le livre.
Les
autres peuvent être consultées sur
le site memoireafrique.com
Les contributions retenues ont été
regroupées en quatre parties qui
abordent chacune un versant particulier du discours de Dakar. La
première – «qui a dit que l’Afrique n’avait pas d’histoire?»
– s’attache directement à réfuter
l’idée absurde de l’anhistoricité
et de l’immobilité du continent.
La seconde – «un discours d’un
autre âge» – s’efforce de comprendre l’origine des stéréotypes
et les raisons de la pérennité des
préjugés concernant l’Afrique
en France. La troisième – «qui
est responsable des «difficultés
actuelles de l’Afrique ?» – déconstruit l’entreprise de restauration du mythe de la mission
civilisatrice de la France et de
son action bienfaitrice et souligne les séquelles de l’esclavage
puis de la conquête coloniale.
Enfin, la dernière partie – «qui
a parlé de Renaissance africaine ? » – interroge l’avenir
que Nicolas Sarkozy est «venu
proposer » à l’Afrique et lui

oppose les pistes dont les Africains s’efforcent de développer pour leur propre
compte.
Fausto Giudice
Lire l’intégralité de cet article sur billetsdafrique.survie.org
Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président
Sarkozy (348 p., 22 euros).

No 174 n Novembre 008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11

Salves
Cameroun

Après les émeutes de la misère
Malgré les coups
de semonces
populaires, le régime
camerounais s’obstine à
réprimer toutes formes
de contestation sociale et
politique.

D

epuis le 9 avril, Pierre Lambo Sandjo, alias Lapiro de Mbanga, alias
également Ndinga Man (l’homme
guitare), maître du rap africain depuis une
trentaine d’années, auteur dans les années
80 du tube international «No make erreur»,
est incarcéré sous l’accusation d’avoir incité
à l’émeute lors des journées du 25 au 29 février. De violentes révoltes qui ont vu s’embraser plusieurs villes du Cameroun contre
l’augmentation des prix qui venait aggraver
la misère générale.
À Mbanga justement, la colère populaire s’est déchaînée contre les bureaux
de la Société des plantations de Mbanga
(SPM). Il est avéré que Lapiro, leader politique local du Social Democratic Front
(SDF), a tout fait pour calmer les esprits

et s’opposer aux violences. Il n’en a pas
moins été condamné, le 24 septembre, à
trois ans de prison ferme, deux cents millions de FCFA (300 000 euros) de dommages intérêts à la SPM qui réclamait un
milliard pour le saccage de ses bureaux
locaux et 80 millions au centre des Impôts
également dévasté par les émeutiers.
Au début des années 1990, lors du grand
mouvement de protestation des «villes
mortes », Lapiro, alors l’artiste le plus
populaire au Cameroun, s’était également
posé en médiateur.
Il avait alors perdu son «aura », soupçonné de complaisance à l’égard du pouvoir de Biya, mis en péril par les révoltes
urbaines. Cette fois il succombe à la vindicte du même pouvoir. Il a eu le malheur
en effet, au début de cette année de produire une chanson contre la réforme de la
constitution destinée à pérenniser le pouvoir en place.
Il partage cette disgrâce avec Paul Eric
Kingué, maire RDPC de la localité voisine de Njombe Penja, emprisonné lui aussi,
depuis le 29 février, et révoqué pour avoir
protesté contre le fait que les exploitants
expatriés des plantations de bananes ne
paient pas les impôts et contributions so-

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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2008 n No 174

ciales dont ils sont redevables. Lui aussi
a été accusé d’incitation à l’émeute et on
lui a trouvé une affaire de détournement
de fonds. Le verdict le concernant n’a pas
encore été rendu.
Les conditions d’exploitation des bananeraies sur les territoires de Mbanga et
de Njombe Penja, Plantations du Haut
Penja, sont en elles-mêmes une incitation
à l’émeute.
Elles ont été décrites dans un reportage
du Monde («Coup de torchon à la bananeraie», 10 juin 2008) mais avaient déjà
été dénoncées par le journal Bubinga de
l’ONG environnementale camerounaise
CED : «Banane: les paysans mûrs pour
l’enfer (28 janvier 2008)» et, plus anciennement encore, à la fin des années 1990,
par des militants du CIPCRE, ONG très
active dans le développement durable
(www.wagne.net/devdur/economie/ecobanane.html).
Ces bananeraies, malgré leurs pratiques
sociales et environnementales déplorables, sont subventionnées par l’Union
européenne. La banane est en effet massivement consommée par les Européens,
tandis qu’elle affame les Camerounais.
Odile Tobner
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Victor Sègre, David Mauger, Odile
Tobner, Vincent Munié.
Ils ont participé à ce numéro:
Rafik Houra, Issa Bâ, Téophane Kizi,
Nathalie Carton, Franck Olivier, Fausto
Giudice.
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