Fiche du document numéro 22685

Num
22685
Date
Dimanche Avril 2007
Amj
Fichier
Taille
523678
Titre
Billets d'Afrique No. 157
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Élection

Dans le monde actuel, le mode de gouvernement qui passe pour le meilleur, ou du moins pour le moins mauvais, est celui
qui est issu du suffrage des citoyens. L'élection est le seul moment où chacun peut exprimer sa voix. Le peuple souverain est
alors courtisé par ceux qui briguent la charge de le gouverner. C'est le moment des discours, des bilans et des promesses. La
communauté nationale décide alors de faire confiance pour quelque temps à tel ou tel candidat.
Si, en pratique, bien des données peuvent venir influencer et détourner ce processus, son application demeure assez
simple pour qu'on puisse penser que celui qui gouverne représente bien la majorité. On pourra donc la considérer comme
responsable des décisions, bonnes ou mauvaises, bienfaisantes ou nuisibles, prises en son nom. Le peuple allemand a donné
en 1933 le pouvoir à Hitler comme chancelier du Reich qui l'a conduit à l'abîme, le peuple anglais, en 1940, a fait confiance à
Churchill, comme Premier ministre, qui l'a mené à la victoire. Les Français ont choisi De Gaulle comme Président en 1958
pour perpétuer une France mythifiée. Tous ces peuples sont acteurs de leur propre histoire.
La machine démocratique commence à dérailler quand certains peuples prétendent s'ériger en acteurs de l'histoire des
e
autres, sous un prétexte quelconque. Dans la course à la puissance que menèrent les États européens à la fin du XIX siècle,
la colonisation, qui priva tant de peuples de leur souveraineté, fut fondée sur une idéologie de la supériorité. Ce n'est pas un
hasard si, dans ces circonstances historiques, les Européens en vinrent à tenter de s'anéantir mutuellement à deux reprises
e
au cours du XX siècle. Il y a en effet une contradiction entre la démocratie et l'impérialisme. La surenchère du nationalisme
conduit directement au fascisme, c'est-à-dire à l'exaltation de l'orgueil national et à la guerre.
La France n'a pas encore réglé la question du
colonialisme, et cette question empoisonne toujours la
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démocratie française. L'impérialisme français en Afrique,
pudiquement passé sous silence, est un fait essentiel. Si les
pays africains qui sont dans l'orbite française ne
- % 1 DOSSIER SPECIAL AFRIQUE DE L'EST. Journal de la Corne
connaissent pas des processus électoraux absolument
de
l’Afrique et des pays proches : Somalie, Somaliland, Puntland,
réguliers dans toutes leurs exigences, simples mais
Éthiopie, Érythrée, Djibouti et Yémen. Manigances et hypocrisies francoincontournables, c'est que la nécessité des élections libres
américaines.
est considérée comme superflue, voire gênante pour le
- # 1 Côte d’Ivoire – Accord de Ouaga. Laurent Gbagbo offre un
maintien de ces pays sous l'influence française.
nouveau costume à Guillaume Soro. L’accord de Ouagadougou, signé le
Parallèlement, les élections françaises se déroulent, elles,
4 mars, tente d'
installer un modus vivendi entre les Forces Nouvelles et
sur de faux enjeux, tel celui, inquiétant, de l'identité
celles du président Gbagbo et fixe un chemin semé d'
embûches vers les
élections... marginalisant les autres forces politiques et accordant
nationale, emprunté à Le Pen, revendiqué par Nicolas
toujours aussi peu de place aux citoyens.
Sarkozy, auxquels plusieurs autres candidats ont emboîté
bien vite le pas à leur manière. L'absence de démocratie
- 2 1 Rwanda – De 7 avril en 7 avril. 13 ans après le génocide des
Tutsi rwandais, la face cassée de la République n’est toujours pas
cautionnée d'un côté entraîne un dévoiement de la
réparée.
démocratie de l'autre. Les deux phénomènes politiques sont
intimement liés.
- 2 1 Kinshasa à feu et à sang. Le 22 mars, un affrontement à armes
légères, automatiques et lourdes, a éclaté entre des forces armées
La démocratie française est à un tournant. Si elle se
congolaises (FARDC) et les hommes de la garde rapprochée de l'
ancien
réfugie dans la défense de l'identité française au lieu
vice-président, Jean-Pierre Bemba, dans la capitale de la République
d'affronter
courageusement
son
histoire
et
ses
Démocratique du Congo (RDC) Kinshasa.
responsabilités dans l'état de l'Afrique, elle choisit un
- $ 1 RDC, « Mixage » ambigu au Nord Kivu ? Alors qu’à Kinshasa
chemin dangereux.
des combats ont opposé l'
armée congolaise et la garde de l'
ex-viceDerrière les discours convenus, c'est cela qui va se
président Jean-Pierre Bemba, au Nord-Kivu, la recomposition des forces
décider dans les scrutins qui se préparent. Les dirigeants
armées ne semble pas tenir ses promesses.
français seront-ils élus pour défendre la véritable
- $ 1 RCA. La France, chien de garde du Général-Président
démocratie, c'est-à-dire la voix des peuples partout où elle
Bozizé. Soutien aérien “quasi-permanent”, instructeurs militaires,
tente de se faire entendre, ou pour défendre une puissance
commandos parachutistes et forces spéciales, l’armée française a
française nostalgique, figée dans le chauvinisme et la peur
engagé de très gros moyens dans le Nord-Est du pays, à la frontière de
la province soudanaise du Darfour.
de l'autre ?
De la capacité de la France à rompre résolument avec une
- 3 1 Biens mal acquis. plainte pour recel de détournement de biens
politique impérialiste dépend son épanouissement futur
publics contre Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso.
comme État démocratique sans complexes et sans
- ' 1 Privatisation de la filière coton : dernier acte ? Après la vente
préjugés.
discrète du groupe Dagris en France, et le dépeçage annoncé de la
Odile Tobner

CMDT au Mali, la filière coton sera entièrement privatisée. Cela risque
d’entraîner une paupérisation accrue des paysans africains.

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Corne de l’Afrique : une situation à très haut risque
Journal de la Corne de l’Afrique et des pays proches : Somalie,
Somaliland, Puntland, Éthiopie, Érythrée, Djibouti et Yémen.
Manigances et hypocrisies franco-américaines.
1. Somalie : vers une situation à l’irakienne, que les forces de
l’AMISOM n’arrivent pas à maîtriser pour le moment

Fin 2006, les forces des Tribunaux islamiques, qui avaient
conquis le pays en juin, ont été battues par l’armée éthiopienne
qui s’était portée au secours du président Yussuf et de ses
faibles troupes encerclées dans Baïdoa.
Interdits de refuge au Kenya, recherchés et pourchassés sur
terre par les Éthiopiens et dans les airs par les Américains
(agissant avec un bombardier AC 130, basé à Djibouti), les
dirigeants islamistes sont entrés dans la clandestinité, en
multipliant les menaces contre les forces « infidèles
d’occupation » et leurs alliés. (cf. Billets n° 152 et 155)
Le Premier ministre, puis le Président, sont entrés en janvier
dans Mogadiscio. Le 13 mars, le Parlement somalien a voté le
principe d’un retour du gouvernement à Mogadiscio, mais en
se gardant bien de préciser une échéance.
L’Union africaine a poursuivi ses efforts pour organiser une
force multinationale africaine de maintien de la paix en Somalie
(AMISOM). Elle espère réunir à terme 8000 hommes. Trois
pays ont déjà donné leur accord et un quatrième réserve sa
décision : 1 700 militaires sont attribués par l’Ouganda, 850 par
le Nigeria, et 1 700 par le Burundi. La participation du Ghana
n’est pas confirmée.
Après un bref campement à Baïdoa, les premiers éléments
des forces ougandaises ont atterri, le 6 mars 2007, à l’aéroport
de Mogadiscio où elles ont été accueillies par des tirs de
mortier. Bien qu’elle n’ait pas été précisée par les
observateurs, il semble que l’identité des assaillants soit à
rechercher parmi les anciennes forces des Tribunaux
islamiques.
Un avion de transport de l’AMISOM a été la cible de deux
missiles au moment de son atterrissage le 9 mars à l’aéroport
de Mogadiscio. Officiellement il s’agissait d’un accident
technique qui n’aurait pas fait de victimes. Mais les islamistes
ont revendiqué la destruction de l’aéronef.
Les victimes civiles sont nombreuses et les habitants,
qui en ont les moyens, fuient la capitale – Depuis ce
débarquement des forces ougandaises, les accrochages et les
attentats se multiplient : il n’est pas un jour sans que l’on
n’annonce une nouvelle explosion ou des tirs en pleine ville.
Les populations civiles paient un lourd tribut à cette nouvelle
insécurité que les forces armées de l’Ouganda et de l’Éthiopie
(qui, en dépit de ses annonces de retrait, n’a rapatrié qu’un
tiers de ses troupes) n’arrivent pas à surmonter. Le Premier
ministre somalien a annoncé le 11 mars que la ville serait
sécurisée dans les trente jours... mais les observateurs sont
très sceptiques.
C’est véritablement une situation "à l’irakienne" qui s’installe
à Mogadiscio. Plusieurs dizaines de civils ont été tués, dont
des enfants. Selon l’ONU, rien qu’au mois de février, 40 000
personnes auraient quitté la capitale pour se réfugier dans les
provinces. En mars, il semble que ce mouvement se soit
encore accéléré.
De nombreuses personnalités politiques et des hommes
d’affaires sont pris pour cible : par exemple, le beau-frère du
Premier ministre a été tué fin février. À la résidence du
président du GFT (Gouvernement fédéral de transition), la villa
Somalia, les forces de l’ordre ont dû repousser plusieurs
attaques. Le 18 mars, c’est le Président d’une ONG

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somalienne, M. Isse Abdi Isse, qui tombe sous les balles à
Mogadiscio. Son assassinat a été dénoncé par l’ensemble de
la communauté internationale et par l’ONU.
Depuis le 21 mars 2007 – De violents combats ont opposé,
en cinq points de la capitale, des insurgés aux troupes
somaliennes et éthiopiennes. Les corps de cinq soldats tués
ont été traînés par les pieds et brûlés devant une foule
surexcitée. Cela rappelle les scènes qui avaient suivi la
destruction d’un hélicoptère américain en 1993 (cf. Billets
n° 152). Face à cette situation, l’Éthiopie avait annoncé une
accélération du retrait de ses troupes et un cessez-le-feu qui
n’a tenu que trois jours. Le 29 mars, l’armée éthiopienne a
utilisé un hélicoptère pour bombarder des positions islamistes
dans Mogadiscio : une dizaine de civils ont été tués. Le
30 mars, dès l’aube, les combats s’intensifient entre forces
armées éthiopiennes (qui ont perdu leur premier hélicoptère) et
des centaines de Somaliens armés.
Conférence de réconciliation à Mogadiscio, le
16 avril 2007 ? – Le Président somalien du GFT, Abdullahi
Yusuf Ahmed, a annoncé la tenue d’une conférence de
réconciliation à Mogadiscio à partir du 16 avril. Celle-ci devrait
accueillir 3 000 personnalités somaliennes et extérieures
pendant deux mois...
Sera-t-elle vraiment organisée ? A-t-elle des chances
d’aboutir à un compromis pour la pacification du pays ? Bien
qu’il soit impossible de répondre à ces questions, on peut
s’interroger sur les chances de réussite d’une telle initiative. On
voit mal un accord possible entre des parties qui ont des
intérêts tellement opposés : islamistes extrémistes et modérés
(la frontière est bien difficile à établir !), chefs de guerre et leurs
milices, pirates organisés en force économique locale (style
maffia), société civile, auxquelles s’ajoutent les ambitions
politiques et économiques, etc.
Déjà des voix se sont élevées pour reprocher au Premier
ministre son dialogue avec les islamistes “modérés”.
Qui soutient et approvisionne les extrémistes
islamistes ? – Le double jeu est de mise : officiellement les
États de la région soutiennent les efforts de paix et ils évitent,
en général (sauf l’Érythrée qui lance des déclarations parfois
anti-américaines), de s’opposer ouvertement à la doctrine
américaine ; mais officieusement, certains aideraient les forces
islamistes extrémistes somaliennes.
Tout d’abord, l’Érythrée avait pris ouvertement fait et cause
en faveur des Tribunaux islamiques et y avait envoyé des
milices (estimées à 3000 combattants, dont on ne sait pas s’ils
ont été rapatriés à ce jour...).
Ensuite, Djibouti contribue certainement à une aide au moins
logistique, sans que les forces armées américaines et
françaises ne trouvent rien à redire... et ne voient rien. Les
moyens techniques de détection hypersophistiqués ont une
vision sélective...
D’autres pays arabes envoient certainement des aides :
l’ONU et d’autres sources ont évoqué le soutien en matériel de
guerre, envoyé par l’Égypte, la Libye, l’Arabie Saoudite, l’Iran,
la Syrie et même le Hezbollah libanais.
Les Américains soupçonnés de mener une guerre
secrète en Somalie. – Selon une information du New York
Times, reprise par l’agence chinoise Xin Hua Net, les
Américains se livreraient à une guerre secrète en Somalie, en
utilisant les ressources et les facilités offertes par l’Éthiopie et
le Kenya : couloirs aériens, passage de forces spéciales qui
auraient pénétrées sur le territoire somalien, etc.
L’objectif serait la traque des islamistes et des terroristes
désignés. Sauf nouvelle information, ces opérations ne

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semblent pas avoir été couronnées de succès. On parle de
l’arrestation d’un ou deux responsables, mais les informations
sont confuses.
Selon des témoins, la nouvelle base américaine de Djibouti
servirait au regroupement des personnes qui sont enlevées
dans la région, en Somalie et au Kenya en particulier. Elles
seraient dirigées ensuite vers d’autres bases.
Les pirates somaliens reprennent du service – Les
pirates somaliens avaient été mis au chômage par les
Tribunaux islamiques. Dès la défaite de ces derniers, les
pirates ont repris leurs activités. Les eaux qui longent la
Somalie ont toujours été considérées comme l’une des zones
les plus dangereuses du globe pour les navires.
Le 25 février, le NU Rozen, un navire de transport du
programme alimentaire mondial, qui venait de décharger 1800
tonnes de vivre dans les ports de Berbera et Bosasso a été
arraisonné par des pirates. Depuis on est sans nouvelle
officielle. Il est probable que des négociations sont en cours
pour monnayer la restitution du bâtiment et de son équipage.
2. Somaliland

Le Somaliland, en dépit de ses efforts, ne parvient toujours
pas à faire reconnaître son auto-indépendance par la
communauté internationale. Parfois présenté comme une
réussite économique et un modèle de renaissance et de
démocratie dans une région secouée par les guerres civiles,
les changements de régime, dominée par les clans, le
Somaliland aurait réussi à rester à l’écart des tragiques
événements qui ont endeuillé la Somalie.
Malheureusement ses autorités ne parviennent pas à
chasser les vieux démons classiques : les journalistes en sont
les premières victimes.
Le 4 mars, la Haute Cour de Hargeisa, siégeant
exceptionnellement dans l’enceinte de l’académie de police de
Mandera (60 km au Nord-Est de Hargeisa), a condamné Yusuf
Abdi Gabobe, directeur de publication de Haatuf, à deux ans
de prison pour avoir « rapporté de fausses informations sur le
gouvernement, discréditant le Président et sa famille et créant
une tension entre les communautés ».
Ali Abdi Dini, rédacteur en chef, Mohamed Omar Sheik,
correspondant dans la région d’Awdal (Nord-Ouest), et Ibrahim
Mohamed Rashid Fara, journaliste, jugé par contumace, ont
pour leur part été condamnés à deux ans et cinq mois.
Encore un média “indépendant” qui disparaît du paysage
somalilandais. Ce jugement non équitable discrédite le
gouvernement et ruine ses efforts pour se présenter comme un
modèle de démocratie.

3. Yémen : des accrochages réguliers et meurtriers, dans la
discrétion absolue

Des accrochages entre tribus yéménites et forces de
l’ordre : plus de 100 morts – Selon L’Humanité, les
affrontements entre l’armée yéménite et les milices chiites
d’Abdel Malek Al Hawthi ont fait plus de 100 morts, dont
environ 90 soldats en cinq jours.
Un pont qui relierait la péninsule arabique à l’Afrique de
l’Est ? – On parle peu souvent de l’actualité du Yémen. Bien
que ne faisant pas partie géographiquement de la Corne de
l’Afrique, le Yémen exerce une influence régionale importante.
Par exemple, il y a un commerce important entre les côtes de
l’Érythrée, de Djibouti et du Somaliland qui transite sur des
boutres qui traversent la mer rouge.
Une nouvelle publiée par l’agence de presse Reuters le
23 février évoque le projet de construction d’un pont qui relierait
le Yémen aux côtes djiboutiennes et dont la construction pourrait
être rapidement confiée à une société de Dubaï. Le projet
serait évalué à un milliard de dollars US. Mais l'
information n'
a
pas été confirmée par d'
autres sources depuis cette date.

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Ce projet modifierait certainement et de façon
considérable l'
économie de la région, en ouvrant
une route entre l'
Afrique de l'
Est et la Péninsule arabique.
Reste à parler des routes à construire du côté djiboutien où le
point d'
ancrage du pont est constitué par une région très
isolée, n'
ayant aucune voie de communication pour un tel
trafic. (À suivre)
4. Djibouti : les violations des droits de l'Homme se multiplient

L'affaire Borrel toujours d'actualité – La juge Sophie
Clément avait profité du passage d'
Ismaël Omar Guelleh
(IOG), Président de Djibouti, à Cannes, pour lui envoyer une
invitation à s'
entretenir avec elle, en qualité de témoin, sur
l'
affaire Borrel. Comme on pouvait le prévoir, fidèle à sa
stratégie, ce dernier a ignoré l'
invitation.
À titre de compensation (morale ?), la ministre de la Défense
Mme Alliot-Marie a fait inviter le 7 mars dernier, IOG à visiter
(pour la deuxième fois en un an !) le porte-avions Charles-deGaulle qui a fait escale à Djibouti avant d'
aller patrouiller au
large de l'
Afghanistan. Cela suffira-t-il à rassurer le "suspect dans
l'
affaire du meurtre d'
un magistrat français en exercice" sur les
bonnes intentions des autorités françaises à son égard et sur le
soutien sans condition qu'
elles continuent de lui apporter, en
dépit des actions (jugées condamnables "en haut lieu") de la
Justice française... toujours à la recherche de la vérité malgré
les obstacles que lui oppose le Gouvernement français...
La découverte d'un premier charnier dans le Nord – On
sait que, depuis 1991 (début de la résistance conduite par le
FRUD), les forces gouvernementales (Armée nationale
djiboutienne AND) et les bataillons, constitués d'
enrôlés
somaliens pour l'
occasion, avaient mené des actions de
répression massive contre les populations civiles du Nord de
Djibouti, essentiellement d'
origine Afar. De nombreux
témoignages concernant des exécutions collectives, des viols,
des destructions de cheptels, de puits, de centres médicaux et
d'
écoles avaient été publiés.
La découverte de ce charnier est importante, car elle
confirme les témoignages reçus. – Elle est si importante que
les autorités ont immédiatement arrêté et traduit en justice le
Président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) 1
pour le punir d'
avoir ébruité l'
affaire en publiant un communiqué
dans lequel il réclamait l'
ouverture d'
enquêtes nationales et
internationales pour rechercher et punir les coupables.
Le viol sordide d'une jeune fille sourde et muette par un
militaire devient officiellement une simple altercation... –
Le Président de la LDDH avait relaté dans un autre
communiqué, le viol à son domicile, d'
une jeune fille sourde et
muette, par un militaire de la Garde présidentielle. Les
autorités djiboutiennes ont considéré qu'
il s'
agissait d'
un
nouveau délit de propagation de fausses nouvelles.
Après avoir fait pression sur les témoins, les autorités locales
et la famille de la victime, les médias gouvernementaux (La
Nation et la RTD), seuls autorisés à diffuser des informations à
Djibouti, ont publié des communiqués qui transformaient le viol
en simple altercation entre le militaire et la jeune fille. N'
ayant
pas la peur du ridicule, ils ont oublié qu'
une altercation n'
est
possible que si les deux adversaires peuvent parler...
Faisant d'
une pierre, deux coups, les autorités ont profité de
cette action judiciaire pour confisquer le passeport de M. Abdi,
afin de l'
empêcher de se rendre à la conférence de l'
UIDH du
15 mars à Ouagadougou. Elles voulaient éviter qu'
il y présente
son rapport sur la situation alarmante des droits de l'
Homme à
Djibouti.

1

Jean-Paul Noël ABDI est le Président de la LDDH. Il est aussi viceprésident de l'
UIDH –(Union interafricaine des droits de l'
Homme). La
LDDH est affiliée à la FIDH - Fédération internationale des ligues des
droits de l'
Homme, dont le siège est à Paris.

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Lettre ouverte concernant la situation d'un
défenseur des droits de l'Homme à Djibouti
À Monsieur Philippe Douste-Blazy
Ministre des Affaires étrangères
De l’ARDHD et Survie, Paris, le 14 mars 2007
Monsieur le Ministre,
Nos associations sont particulièrement inquiètes sur l'
évolution de la
situation à Djibouti et en particulier le harcèlement policier dont est
victime M. Jean-Paul Noël Abdi, Président de la [...] LDDH et Viceprésident pour l'
Afrique de l'
est de l'
[... UIDH...]
Depuis de nombreuses années, en dépit des difficultés et des
obstacles qu'
il rencontre dans son pays, Monsieur Abdi défend les
droits de l'
Homme. Son action courageuse et engagée est reconnue
non seulement par les Djiboutiens mais par l'
ensemble des défenseurs
des droits de l'
Homme.
La semaine dernière, il a publié deux informations importantes :
– la première concerne la découverte d'un premier charnier dans le
Nord de Djibouti (DAY)
– la seconde concerne une affaire sordide : le viol récent d'une jeune
fille sourde-muette par un militaire de la Garde nationale djiboutienne.
Les réactions officielles du Gouvernement djiboutien ne se sont pas
fait attendre. Dès le vendredi 9 mars, Monsieur Abdi était arrêté à son
domicile par la Police criminelle qui agissait sans mandat.
En dépit de son état médical préoccupant et de la nécessité de suivre
un traitement régulier, il a été incarcéré à la Prison de Gabode où il a
passé quarante-huit heures en garde à vue. Au cours de ces deux
jours complets, il n'
a été interrogé que durant 25 minutes par un juge
d'
instruction, qui lui a signifié sa remise en liberté provisoire et qui lui a
délivré une convocation pour samedi prochain (17 mars).
À sa sortie du tribunal, les policiers, agissant sur ordre, lui ont
demandé de leur remettre son passeport, qu'
ils ont saisi.
Pour ces deux raisons, Monsieur Abdi ne pourra pas se rendre à
Ouagadougou pour participer à la conférence annuelle de l'
UIDH et
présenter le rapport sur la situation des droits de l'
Homme à Djibouti.
Par ailleurs, la convocation qu'
il a reçue pour samedi prochain, laisse
supposer qu'
il est susceptible d'
être de nouveau incarcéré pour des
motifs qui n'
auraient rien de répréhensibles dans un état de droit.
Nous sollicitons votre Ministère pour qu'
il intervienne le plus
rapidement possible auprès des autorités djiboutiennes, afin que :
– le passeport de Monsieur Abdi lui soit immédiatement restitué et
qu'
il soit libre de circuler, y compris à l'
étranger, pour participer à cette
conférence internationale,
– cessent toutes les manœuvres de harcèlement qui sont dirigées
contre un défenseur reconnu des droits de l'
Homme [...]
La France ne saurait admettre que de telles injustices soient
commises sous ses yeux, sans réagir.
Dans le cas contraire, nous ne serions pas loin de penser qu'
elle
accorde un soutien abusif à une dictature qui viole sans cesse et en
toute impunité (jusqu'
à présent) les droits d'
une population civile qui est
soumise à une forme moderne d'
asservissement et qui est victime de
massacres (Arhiba 1991 et Arhiba 2005, plus tous ceux que l'
on
commence à identifier au fur et à mesure de la découverte de
charniers). Les raisons seraient faciles à imaginer : la défense des
intérêts stratégiques de la France serait-elle supérieure à celle de la
protection des défenseurs des droits de l'
Homme et aussi d'
un juge
français assassiné dans l'
exercice de ses fonctions. [...]

Une mobilisation conduite par l'ARDHD et Survie pour la
défense de Jean-Paul Noël Abdi – L'
ARDHD et Survie ont
publié un communiqué commun pour dénoncer l'
arrestation de
Jean-Paul Noël Abdi et ont adressé une lettre ouverte à M.
Douste-Blazy, ministre français des Affaires étrangères, pour
lui demander une intervention diplomatique auprès des autorités
djiboutiennes afin qu'
elles cessent de le harceler, qu'
elles lui
restituent son passeport et qu'
elles rétablissent sa liberté de
circuler (lire encadré ci-contre).
Ces communiqués ont été repris par de nombreux supports
et des interviews ont été réalisées par Radio-Vatican, la BBC...
Le jugement rendu le dimanche 18 mars est contesté par
tous les observateurs. Jean-Paul Noël Abdi était recherché
pour sa diffusion d'
information sur la découverte du charnier. Il
a été jugé au dernier moment pour diffusion de fausses
informations concernant le viol de la jeune fille handicapée.

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Son avocat avait demandé, dans ces conditions,
le renvoi de l'
affaire. N'
ayant pas obtenu gain de
cause, il n'
a pas pu plaider.
Jean-Paul Noël Abdi a été condamné très lourdement à 6 mois
de prison ferme et 100 000 FDJ d'
amendes, soit environ 425 €.
Vers l'établissement d'un centre de commandement US
pour l'Afrique à Djibouti ? – Depuis février, tant du côté
américain que djiboutien, on évoque la possibilité d'
installer à
Djibouti, le centre de commandement militaire américain pour
l'
Afrique. La nouvelle n'
a certainement pas fait sauter de joie les
Français, qui encaissent les dividendes de leur soutien abusif au
Gouvernement dictatorial de Guelleh. En réaction, les autorités
françaises multiplient les signes de sympathie envers le régime...
5. Érythrée

Le harcèlement des journalistes – L'
Érythrée est
considérée par Reporters Sans Frontières (RSF) comme la
plus grande prison au monde pour journalistes. RSF signale
que trois journalistes sur treize détenus dans des conditions
inhumaines depuis cinq ans, seraient morts en prison, au
secret. De nouvelles arrestations ont eu lieu récemment.
La guerre larvée avec l'Éthiopie – En dépit des
recommandations internationales pour fixer la frontière avec
l'
Éthiopie, les autorités érythréennes n'
ont pas accepté la
résolution à ce sujet, et contestent toujours l’attribution au pays
voisin de quelques dizaines de kilomètres arides...
Les tensions directes et indirectes sont permanentes. En
plus des accrochages réguliers à la frontière, l'
Érythrée s'
est
opposée à l'
Éthiopie en Somalie. Elle avait envoyé (selon les
informations publiées par les agences de presse) des milices
estimées à 3 000 hommes pour apporter un soutien aux
Tribunaux islamiques. Depuis la défaite de ces derniers, on est
sans nouvelles de ces milices. Sont-elles retournées en
Érythrée ou continuent-elles à agir en Somalie, contribuant aux
violences qui sont rapportées quotidiennement ?
Le ministre érythréen de l'
Information a fait une déclaration
sur les risques d'
aggravation de la situation engendrée par la
présence des forces ougandaises, il a dénoncé officiellement la
collusion Éthiopie-USA, accusant l'
Éthiopie d'
être la
marionnette des Américains.
Le renforcement des liens avec Djibouti – Djibouti et
l'
Érythrée multiplient les marques réciproques "d'
amitié". De
nombreuses visites croisées de ministres et de hauts
fonctionnaires sont médiatisées par les deux pays. S'
agit-il de
bien montrer l'
hostilité des deux régimes avec l'
Éthiopie, qu’ils
considèrent aujourd'
hui comme l'
ennemi commun ?
La prise d'otages. – Le 2 mars, la disparition de nombreux
touristes qui visitaient le Nord de l'
Éthiopie a été signalée. Les
informations sur le nombre et la nationalité ont d'
abord été très
confuses. De nombreux touristes ont été retrouvés dans les
jours qui ont suivi.
Au final, cinq Européens (trois Britanniques, une italobritannique et une Française, tous employés à la mission
diplomatique anglaise d'
Addis Abeba) et leurs huit
accompagnateurs éthiopiens manquaient à l'
appel. On a retrouvé
leurs voitures abandonnées dans un village, criblées de balles.
Les Éthiopiens ont accusé les Érythréens d'
être
responsables de l'
enlèvement. Ils ont aussitôt décliné toute
implication, provoquant un regain de tension entre les deux
États. Les services britanniques ont délégué sur place un
groupe d'
enquêteurs appartenant au SAS.
Finalement les cinq otages européens ont été retrouvés en
Érythrée, le 13 mars, après onze jours.. Ni l'
identité des ravisseurs,
ni les conditions d'
une négociation éventuelle n'
ont été rendues
publiques. Les otages ont certifié qu'
ils avaient été bien traités.
En revanche, on est sans nouvelles des huit
accompagnateurs et les observateurs sont très inquiets sur le
sort qui pourrait leur être réservé en Éthiopie...
L'
action en sous-main de Djibouti dans la prise et/ou la

(



4



libération des otages a été évoquée par certains observateurs,
mais rien ne permet de le confirmer.
6. L'Éthiopie incarcère toujours les journalistes d'opposition

Après plusieurs années de « modération », selon le rapport
annuel de RSF, une quinzaine de journalistes sont incarcérés
depuis novembre 2005 pour avoir participé ou couvert les
manifestations de la coalition d'
opposition au régime.

Côte d’Ivoire – Ouaga : Laurent Gbagbo
offre un nouveau costume à Guillaume Soro
L’accord de Ouagadougou, signé le 4 mars, tente d'
installer un modus
vivendi entre les Forces Nouvelles et celles du président Gbagbo et fixe
un chemin semé d'
embûches vers les élections... marginalisant les autres
forces politiques et accordant toujours aussi peu de place aux citoyens.

Après quelques semaines de « dialogue direct » à Ouagadougou,
les représentants des Forces Nouvelles, des présidents ivoirien
et burkinabé, sont parvenus à un accord, signé le 4 mars par
Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et le "facilitateur" Blaise
Compaoré. Négociations sans date butoir, ambiance de travail
sereine, prudence dans les déclarations à la presse, le savoirfaire de la communauté Sant'
Egidio (représentée par Mario Giro
– déjà présent à Marcoussis en 2003) s'
est révélé efficace.
L'
accord aborde successivement les questions de l'
identification
des populations, du processus électoral, de la restructuration de
l'
armée, du redéploiement de l'
administration et de la
réconciliation nationale. Il comporte un chronogramme devant
mener aux élections en dix mois et dont les premières lignes ont
été respectées scrupuleusement avec la mise en place d'
un
« centre de commandement intégré » et la désignation du
nouveau Premier ministre. Dans le prochain mois, la formation
du gouvernement, la suppression de la zone de confiance, puis
le démantèlement des milices, le début du regroupement des excombattants et leur désarmement, le redéploiement de
l'
administration et les audiences foraines devraient suivre.
Guillaume Soro, nommé Premier ministre ce 29 mars par
décret du président Gbagbo, acquiert des responsabilités
nationales alors qu'
il n'
a pas encore 35 ans. Mais sans un
accord additionnel sur le partage du pouvoir exécutif, la
signature du président ivoirien reste cruciale à chacune des
étapes : refondation de l'
armée, nomination des magistrats des
audiences foraines, attributions des nouvelles cartes d'
identité,
inscription sur les listes électorales, collaboration entre les
opérateurs établissant les cartes d'
électeur. En matière
d'
identification, le camp présidentiel obtient la limitation des
audiences foraines à 3 mois – « pour 3 à 4 millions de "sanspapiers" », selon Pierre Schori.
Réconciliation ou petits arrangements ?

Le paragraphe sur la réconciliation nationale laisse perplexe :
les signataires demandent aux Nations Unies la suppression de
la zone de confiance, l'
autorisation immédiate d'
importer des
armes légères et la levée des sanctions individuelles. Notons
que le 28 mars, l'
ONU a « fait sien l'
accord de Ouagadougou ».
Au menu de la réconciliation figure aussi une extension de la loi
d'
amnistie de 2003. Les faits couverts par la nouvelle amnistie
débutent environ un mois avant l'
arrivée au pouvoir de Laurent
Gbagbo. La date retenue ne doit rien au hasard : le
17 septembre 2000, le général Robert Gueï échappait au
« complot du cheval blanc », qu'
il attribua aux partisans
d'
Alassane Ouattara, soutenus, selon lui, par « certaines
chancelleries ». Fuyant la répression féroce qui s'
ensuivit, des
militaires ivoiriens – qui deviendront les chefs de l'
armée
rebelle – trouvèrent refuge à Ouaga. Le lot de consolation créé
pour Bédié et Ouattara ressemble à une coquille vide, le Cadre
permanent de concertation (CPC) ayant un rôle purement

!° "#$

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-#

Les relations diplomatiques avec Djibouti sont
tendues, d'
autant plus que Djibouti a choisi de
renforcer ses alliances avec l'
Érythrée. Mais l'
Éthiopie, qui a
perdu ses deux ports au moment de l'
accession de l'
Érythrée à
l'
indépendance, doit composer avec Djibouti qui lui assure une
ouverture sur le trafic maritime, prolongée par la liaison
ferroviaire qui relie les deux capitales. [Jean-Loup Schaal]

consultatif. La formation en cours du gouvernement de
Guillaume Soro ne semble pas faire grand cas de ces deux
poids lourds et de leurs partis politiques, le PDCI et le RDR.
En revanche, le rôle du "facilitateur" Compaoré est plus clair. Il
forme à lui tout seul une sorte de nouveau Groupe de travail
international : le Comité d'
évaluation et d'
accompagnement
(CEA) composé uniquement, pour le moment, des représentants
des signataires de l'
accord, est chargé de rendre compte à
l'
ONU. Il pourra inviter d'
autres acteurs ou observateurs à se
joindre au Comité.
En signant cet accord, Guillaume Soro gagne une légitimité et
une place de choix sur l'
échiquier politique ivoirien. Mais une fois
installé dans son nouveau bureau de la Primature, fera-t-il le
poids face au « boulanger d'
Abidjan » ? Les deux hommes se
connaissent parfaitement. Tout comme les leaders des jeunes
patriotes sanctionnés par l'
ONU, Eugène Djué et Charles Blé
Goudé, le nouveau Premier ministre est un ancien secrétaire
général du syndicat étudiant Fesci. Il a été formé à la politique
par le FPI de Laurent Gbagbo. Qui aura intérêt à appuyer le chef
rebelle, constitutionnellement trop jeune pour briguer la
magistrature suprême, dans son ascension politique ?
Les yeux doux de l’Élysée

La genèse de l'
accord de Ouagadougou laisse penser que
Laurent Gbagbo a obtenu cet accord grâce à la pression de
Paris sur la rébellion. Rappelons quelques faits. Venu rendre
visite à Blaise Compaoré, le Monsieur Afrique de l'
Élysée –
Michel de Bonnecorse – donnait son feu vert au « dialogue
direct » le 9 janvier : « Le but des pays raisonnables est qu'
il y
ait des élections libres et honnêtes en octobre, ce qui donnera
un président légitime qui sera soit élu, soit réélu, et c'
est à ce
président de mettre un terme à cette crise. » Le 11 janvier, RFI
évoquait une rencontre à Paris de magistrats ivoiriens avec leurs
homologues français au sujet des événements de
novembre 2004 : « Un règlement à l'
amiable est envisagé. Il est
bien sûr question d'
argent. » Le 12 janvier, la ministre de la
Coopération, Brigitte Girardin, s'
entretenait pour la première fois
avec le président Laurent Gbagbo. Entre le 28 février et le
2 mars, elle rencontra successivement le "facilitateur" Blaise
Compaoré, le président Laurent Gbagbo, l'
ex-Premier ministre
Charles Konan Banny, Guillaume Soro et l'
opposant Alassane
Ouattara. Mais cette agitation diplomatique tricolore ne doit pas
faire oublier qu'
un autre accord a été signé à Ouaga.
Le 24 janvier, le négociateur de la présidence ivoirienne,
Désiré Tagro, rencontrait à Ouaga Éric de Turckheim, cofondateur de Trafigura – la société responsable du déversement
des déchets toxiques à Abidjan qui provoqua 15 décès.
S'
ensuivit un accord, le 13 février, portant sur un versement de
Trafigura de 152 millions d'
euros à l'
État ivoirien, puis la
libération de Claude Dauphin, aussi co-fondateur de la société,
que Laurent Gbagbo gardait derrière les barreaux depuis
presque cinq mois. Rappelons que Claude Dauphin et sa société
sont impliqués dans de multiples scandales : affaire pétrole
contre nourriture en Irak, scandale des réserves de pétrole
stratégique en Afrique du Sud, financement du parti politique
People’s National Party en Jamaïque. Trafigura, fondée par deux
anciens collaborateurs français de Marc Rich, a pris l'
habitude

(



4



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de faire affaire avec les pires régimes : le Nigéria d'
Abacha, le
Soudan d'
El-Béchir, le Congo de Sassou Nguesso... la liste est
sans doute malheureusement très incomplète. L'
accord avec
Trafigura était sans doute un préalable. Les déclarations du
président de la Licra et député européen UMP, Patrick Gaubert,
laissent penser qu'
il s'
est impliqué dans les négociations entre
Trafigura et Laurent Gbagbo, qu'
il a rencontré au début du mois
de février puis du mois de mars : « c'
est un bon accord », « il n'
y
a pas eu de négociation secrète. »
Revenons à l'
accord politique. Ne peut-on imaginer que
Jacques Chirac a reçu des signaux l'
incitant à baliser une sortie
de crise, ou, tout au moins, le retrait partiel de l'
armée française,
avant de quitter l'
Élysée ? On siffle la mi-temps au moment où il
se retire, laissant Gbagbo occuper quasiment tout le terrain.
Libre au prochain locataire de l'
Élysée de reprendre l'
initiative...
Mais d'
ici là, le business franco-ivoirien reprend de plus belle :
une délégation du Medef est prévue à Abidjan mi-avril. Les
mauvais esprits se souviennent que fin 2005, Guillaume Soro
vantait ses mérites de « futur Premier ministre » et lançait un
« appel vers le BTP » sur le portail internet batiweb.com. À
quand le troisième pont d'
Abidjan ?
Cet accord tente d'
installer un modus vivendi entre les Forces
Nouvelles et celles du président Gbagbo, dans le cadre d'
un
désengagement des forces impartiales et fixe un chemin semé
d'
embûches vers les élections... marginalisant les autres forces
politiques et accordant toujours aussi peu de place aux citoyens.
[David Mauger]
De 7 avril en 7 avril
13 ans après le génocide des Tutsi rwandais, la face cassée de la
République n’est toujours pas réparée.

Dès 1993, nous avons pris conscience que le Rwanda vivait
sous une funeste menace : des nouveaux massacres, pires que
les précédents, pouvaient survenir. Les mois passant, de
nombreux signes, des informations vérifiées, renforçaient ces
craintes et, surtout, confirmaient qu'
une volonté d’une violence
extrême était à l'
œuvre. Sans en tenir compte, la France
maintenait son soutien aux dirigeants d’un régime dont l'
hostilité
aux Tutsi allait jusqu'
à appeler à leur extermination. Nous avons
dénoncé cette option, sans grand effet. Noyant dans des
camouflages les éléments d'
un long processus historique – dans
lequel notre pays avait sans conteste joué un rôle néfaste –, la
France s'
en est tenue à un engagement fatal.
Cette inexcusable, difficilement explicable complicité ne s'
est
hélas pas démentie lorsque le pire est survenu. Jusqu'
à la veille
de la catastrophe, elle aurait pu être corrigée. Au contraire, la
France est allée au-delà, confirmant sa complicité dans la
tourmente. Cette réalité est encore aujourd'
hui niée, 13 ans
après les faits. Ce sont les plus hautes autorités de ce pays qui
doivent la reconnaître, et agir en conséquence. Jusqu’à ce
qu’elles aient accompli ce devoir, le dossier reste ouvert. Dans
une démocratie, les élus agissent au nom du peuple qui les a
choisis, devant lequel ils doivent répondre de leurs actes. C'
est
ce que nous avons exigé en nous opposant avec détermination à
leur décision de soutenir un régime meurtrier. Nous réaffirmons ce
refus au nom des victimes, aux côtés desquelles nous resterons.
Si nous n'
avions pas la certitude que les circonstances
conduiraient jusqu'
au génocide avant qu'
il ne s'
enclenche, dès le
15 avril 1994 nous savions qu'
il s'
exécutait. De longues
recherches (à Survie, puis en association avec d'
autres au sein
de la Commission d'
enquête citoyenne dont nous avons pris
l'
initiative) nous ont permis de vérifier que des autorités de notre
pays savaient qu’une machine infernale s’élaborait au Rwanda.
Elles ne l’ont jamais dénoncée, elles l'
ont acceptée. Ces
recherches se poursuivent, au nom des victimes, non par
quelque pervers plaisir de critiquer notre pays, mais pour le
conduire hors du cycle pernicieux du mensonge. Pour réparer la
face cassée de la République. Ceci relève de notre condition

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-2

humaine, y manquer serait accepter qu'
une telle
abomination se reproduise, ailleurs, avec de
nouvelles victimes.
Très rapidement, à l'
issue du génocide, nous avons appris que
des exécutants présumés avaient trouvé refuge, sans grande
difficulté, sur le sol français. Des dossiers, sur certains d'
entre
eux, ont pu être constitués et des plaintes ont été déposées.
Notre association s’est portée partie civile dans plusieurs de ces
affaires. Depuis des années, nous nous efforçons de hâter ces
procédures face aux "lenteurs" de la justice française. Ces
"lenteurs" s'
expliquent. Elles ont pour seul objectif de renvoyer le
dossier du génocide aux rayons des bibliothèques, aux bons
soins des seuls chercheurs ou aux indignations que le silence
n’aurait pu éteindre. Il s'
agit d'
esquiver ce qui pourrait éclairer la
responsabilité française, d'
éviter tout débat sur cette question,
qu’un procès de cet ordre mettrait sur la place publique. C'
est
pourtant la place qu'
elle mérite. Il en va de même en ce qui
concerne les plaintes contre x visant des militaires français,
déposées par des rescapés du génocide devant le Tribunal aux
armées de Paris. Survie est partie civile aux côtés des
plaignants. En ce qui concerne ces procédures, nous n'
avons
pas l'
ambition de nous substituer à la justice, nous ne
prononçons pas de condamnations ni d'
acquittements. Nos
efforts visent à ce qu'
elles aillent à leur terme. Nous exigeons
que justice se fasse, tout simplement. On conviendra avec nous
qu'
il serait temps.
Il serait aussi temps de regarder l’histoire en face, pour en
extraire l’essentiel : quelles que soient ses multiples
composantes, elle a été chevauchée par des cavaliers indignes
que notre pays a infiltré dans son cours.
Aujourd’hui, à la suite de l’insensée « affaire Bruguière », les
relations diplomatiques entre la France et le Rwanda sont
rompues. Quelles pourraient être les conditions de leur
rétablissement ? À cette question, posée lors d’un récent
colloque organisé à l’UNESCO par la diaspora rwandaise
d’Europe, Patrick de Saint Exupéry a répondu que ce
rétablissement dépendait de l’aveu, chez nous, de la vérité.
Sans aucun doute. Nous espérons qu'
il en soit ainsi, que l’on
puisse reprendre le fil de l’histoire dans un contexte assaini. Que
l’on puisse se recueillir les 7 avril, sinon sans douleur, au moins
délivré de la honte. Combien d’années faudra-t-il encore
attendre ? [Sharon Courtoux]
Kinshasa à feu et à sang
Le 22 mars, un affrontement à armes légères, automatiques et lourdes a
éclaté entre des forces armées congolaises (FARDC) et les hommes de
la garde rapprochée de l'
ancien vice-président, Jean-Pierre Bemba, dans
la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC) Kinshasa.

Estimant que sa sécurité n'
était pas garantie, Jean-Pierre
Bemba a refusé de voir les soldats affectés à sa sécurité, à
l'
époque où il était vice-président du gouvernement de transition,
intégrer l'
armée régulière. Sa garde personnelle, composée de
plusieurs centaines d'
hommes stationnés dans ses résidences,
était complétée par d'
autres éléments répartis dans la ville. Les
combats qui ont opposé ces derniers aux FARDC a fait jusqu'
à
200 morts et de lourds dégâts matériels.
Au terme de 48 heures de combats, les FARDC et la Garde
présidentielle ont pris le dessus, et Bemba s'
est réfugié à
l'
ambassade de l'
Afrique du Sud. Le 23 mars, « les autorités
judiciaires de la RDC ont délivré un mandat d'
arrêt pour haute
trahison contre Jean-Pierre Bemba [pour avoir] détourné des
éléments de l'
armée à ses propres fins », a déclaré à l'
AFP, un
porte parole du gouvernement.
Le procureur général a précisé qu'
il poursuivait Jean-Pierre
Bemba, élu sénateur en janvier, pour pillage et entretien de milice et
qu'
il allait saisir le Parlement afin de lever son immunité.
Il est encore difficile de savoir qui a mis le feu au poudre, le
camp du président Joseph Kabila, ou le sénateur Bemba, battu à

(



4



l'
élection présidentielle mais aujourd'
hui chef de l'
opposition ?
Comme l'
écrit le journaliste de la BBC Mark Doyle, l'
un et l'
autre
sont d'
anciens combattants arrivés dans les espaces du pouvoir
par les armes. La décision d'
intégrer les anciennes gardes
personnelles à l'
armée régulière 1 a été confirmée par l'
ultimatum
lancé, mi-mars, par le chef d'
état-major.
La promesse avait été formulée de les remplacer par une
protection « adéquate ». Pourquoi n'
y a-t-il pas eu de
discussions entre le pouvoir et l'
opposition afin de conclure un
accord permettant de régler cette question pacifiquement ?
Selon Colette Braeckman (Le Soir de Bruxelles), les autorités
auraient découvert des dépôts d'
armes et des stocks
d'
uniformes, y compris des tenues de la Garde présidentielle,
dans la ville. Le soupçon que des assassinats et actes de
banditisme, commis récemment, ont été perpétrés par des
provocateurs déguisés en GP est né. La journaliste belge
évoque des « préparatifs insurrectionnels » qui expliqueraient
« la fermeté actuelle des autorités qui entendent faire
comparaître Jean-Pierre Bemba devant les tribunaux ». Bien
entendu, d'
autres accusent l'
équipe au pouvoir de vouloir juguler
l'
opposition qui dénonce la corruption du gouvernement.
La communauté internationale, qui multiplie des appels au
dialogue, confirme cependant son soutien au président Kabila.
La ministre française déléguée à la Coopération, Brigitte
Girardin, après avoir dit sa volonté de rencontrer Bemba pour
faciliter le dialogue, a signé le 24 mars à Kinshasa un documentcadre de partenariat de 200 millions d'
euros sur cinq ans. La
Belgique a fait de même.
En attendant de mieux décrypter les événements à Kinshasa,
nous pouvons, sans courir le risque de se tromper, rappeler ce qui a
conduit à la situation actuelle de la RDC : c’est le génocide commis
au Rwanda, traité par-dessus la jambe par la communauté
internationale avant, pendant et après son exécution. [SC]
« Mixage » ambigu au Nord Kivu ?
Alors qu’à Kinshasa des combats ont opposé l'
armée congolaise et la
garde de l'
ex-vice-président Jean-Pierre Bemba, au Nord-Kivu, la
recomposition des forces armées ne semble pas tenir ses promesses.

Depuis février, la situation au Nord-Kivu (à l’est de la
République Démocratique du Congo) a pris un tournant. Ce
virage, qui n’améliore pas le sort des populations civiles,
concerne la composition des forces en conflit. Le « mixage » de
troupes dissidentes fidèles au général insurgé Laurent Nkunda 2
à des éléments des Forces armées congolaises (FARDC) a
donné naissance à plusieurs brigades. L’une d’elle, baptisée Bravo,
a été placée sous le commandement du colonel Makenga Sultani,
issu des forces dissidentes. Cette opération a été menée à son
terme avec l’accord du président congolais Joseph Kabila et
l'
intercession de Kigali.
Auparavant, les combats voyaient s'
affronter les FARDC
(auxquelles s'
ajoutaient les combattants des FDLR 3 et des
miliciens Maï Maï installés dans certaines localités) et les
troupes de Nkunda. Désormais les troupes « mixées »,
notamment celles de la brigade Bravo, s’opposent aux FDLR.
Les derniers combats en date ont débuté le 9 mars. Les troupes
de Makenga ont été attaquées par des FDLR embusqués à
Buramba (territoire de Rutshuru). Des dizaines de milliers de
civils, fuyant l'
affrontement, se sont réfugiés à Nyamilima. Selon
les observateurs, les exactions et pillages qui ont suivi sont
imputables à certains éléments de la brigade Bravo. Ces
derniers ont par ailleurs tué des villageois les prenant pour des
FDLR. Toutes les forces armées, et toutes les milices, doivent
1

Les anciens vice-présidents devant par la suite être protégés par
12 policiers mis à leur service.
2
Général insurgé depuis les événements de Bukavu en 2004, Nkunda
commande les troupes dissidentes des 81ème et 83ème brigades qui l'
ont rallié.
3
Forces démocratiques de libération du Rwanda, force armée opposée à
Kigali comprenant des éléments ayant participé au génocide de 1994.

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répondre de nombreux viols, rapines et homicides.
Destiné à ramener la paix dans la région,
notamment en se débarrassant des FDLR 4, le « mixage » ne
semble pas près d'
atteindre son objectif. Il s'
accompagne de
faits qui ne facilitent pas la lecture de sa mise en œuvre.
– Mi-mars, des "combattants" rwandais se sont rendus aux
casques bleus au Nord Kivu. Ils affirment avoir déserté les rangs
du général dissident, expliquant qu'
ils avaient été recrutés au
Rwanda avec la promesse d'
obtenir un emploi civil en RDC. Ils
se sont retrouvés dans un camp militaire où des proches de
Nkunda leur ont demandé de les rejoindre. On ne sait s'
il s'
agit
d'
un incident mineur, ou si Nkunda tente de grossir ses rangs
avant les prochains mixages.
– Les informations selon lesquelles les FDLR auraient lancé
des bombes, à partir de la frontière de la RDC, sur Busasamana
au nord du Rwanda, sont confirmées à Goma. Selon des sources
crédibles, les services rwandais affirment n'
envisager aucune
réaction pour le moment. Il serait question d’une rencontre entre
Kagame et Kabila à ce sujet, mais elle ne semble pas encore
être inscrite sur les agendas des deux présidents.
Le site proche de Nkunda (kivupeace.org) insiste toujours sur
l’absence d’aide à la brigade Bravo de la part de la Mission des
Nations Unies au Congo. La MONUC est accusée de prendre
partie, après avoir utilisé les FDLR contre Nkunda avant le
« mixage ». Ce site appelle la communauté internationale, la
France en particulier, à prendre position sur la question. Il
évoque – en ce qui concerne le combat contre les FDLR – des
difficultés engendrées par les liens entre habitants et ces
derniers (mariages, mais aussi certains commerces, qui
intéressent les populations misérables). Des témoignages
rassemblés dans la région montrent que beaucoup ressentent
une plus vive hostilité à l’égard de la brigade Bravo qu’à l’égard
des FDLR, « avec qui nous avons appris à vivre ». En
diversifiant les sources, on comprend sans difficulté que les
groupes identitaires ne vivent pas la situation de façon identique.
Les rwandophones en général, les Tutsi un particulier, ont
davantage à craindre des FDLR que les autres groupes, qui
redoutent davantage les "corps habillés".
De tout ceci, Kinshasa, accaparé par d'
autres soucis, paraît
loin. Comme les nombreux représentants de la communauté
internationale que la capitale abrite. Qu’en est-il en réalité ? [SC]
La France, chien de garde du Général-Président Bozizé
Soutien aérien “quasi-permanent”, instructeurs militaires, commandos
parachutistes et forces spéciales, l’armée française a engagé de très
gros moyens dans le Nord-Est du pays, à la frontière de la province
soudanaise du Darfour.

Dès le début du mois de mars, les agences de presse faisaient
état des moyens considérables que la France mettait en œuvre
afin de contrer l’offensive rebelle de l’UFDR (Union des forces
démocratiques pour le rassemblement) autour de la localité de
Birao. On peut d’ailleurs se demander si les militaires français ne
font pas la guerre pour le compte d’une armée centrafricaine
déliquescente.
D’autant plus déliquescente qu’à l’automne 2006, les
renseignements militaires évaluaient les effectifs de l’UFDR à
une centaine de rebelles, rejoints par une partie des hommes
armés qui pullulent dans le nord du pays. Il faut donc croire que
la menace rebelle a grossi incroyablement vite en quelques mois
ou que les 18 instructeurs militaires français ont été
sérieusement inquiétés.
Comme souvent, ce sont les civils qui ont trinqué. Si on ne
connaît pas le nombre de victimes, le coordinateur humanitaire
de l’ONU en RCA, a constaté que 70 % de la bourgade de Birao
4

Qui seraient renvoyés au Rwanda, intégrés dans l'
armée ou dans la vie
civile, ou jugés pour des crimes passés s'
il y a lieu.

(



4



avait été incendié. Les écoles de la ville, ainsi que l’hôpital ont
été détruites et pillés durant les combats. Les soudards de
l’armée centrafricaine ont fini le “boulot” en incendiant les
maisons dont ils suspectaient les occupants de complicité avec
la rébellion. La situation est si dramatique que les Nations Unies
annoncent la création de bureaux de coordination dans le Nord
du pays pour assister les milliers de personnes dispersées et
cachées dans la brousse.
Par ailleurs, l’Union Africaine (UA) a déploré les exactions
commises en Centrafrique par les forces gouvernementales et
dénoncé “l’impunité” dont elles jouissent dans un rapport interne
de l’organisation.
Près de 14 000 personnes vivaient à Birao avant les récents
affrontements. Les Nations Unies estiment maintenant qu’il n’y
en a pas plus de 600. Le reste venant grossir le million de
personnes déplacées, soit le quart de la population, affecté par
une guerre civile larvée. À l’échelle du pays, les conflits armés
récurrents depuis des décennies, l’instabilité politique et les
régimes dictatoriaux ont dévasté la vie de 4,2 millions de
personnes.
C’est sans doute cette “stabilité” qu’invoque le gouvernement
français pour justifier son intervention militaire. Le cadre est
clair : « La France est liée au Centrafrique par un “accord de
défense”, conclu à l’indépendance, en 1960 », nous rabâche-ton. Ces accords de défense entre la France et le Centrafrique
prévoient une intervention militaire en cas d’agression
extérieure. En l’espèce, il s’agit d’un mouvement rebelle
centrafricain, auquel s’ajoutent sans doute des éléments
tchadiens. Les liens entre les présidents centrafricain Bozizé et
tchadien Déby, l’un et l’autre soutenus par Paris, sont connus. Il
y a bien le contexte régional permettant à Jacques Chirac de
souhaiter « éviter un débordement de la guerre au Darfour
voisin ». Mais de quel « débordement » s’agit-il précisément ?
Une préoccupation chiraquienne qui n’empêche pas la
poursuite, depuis plus de 4 ans, des pires crimes contre
l’humanité, à quelques dizaines de kilomètres.
De là à penser que cet engagement militaire ne sert qu’à
défendre un régime criminel et à sauvegarder des intérêts
purement français, il n’y a qu’un tout petit pas. D’autant que
François Bozizé n’a nullement la volonté politique de régler
pacifiquement la crise en instaurant un dialogue. Protégé par les
Mirages et les paras français, l’ancien chef rebelle s’obstine
dans la logique de guerre en achetant des armes en Chine et en
Afrique du Sud. Des cargaisons d’armes et munitions lui sont
fournies en échange de diamant et d’uranium. Les réseaux
français branchés sur la Françafrique s’enrichissent au passage.
C’est l’ancien directeur du SCTIP (Service de coopération
technique internationale de police), Jacques Delebois qui
conseille Bozizé en matière de sécurité et de renseignement. On
croise également à Bangui l’ancien chef de la milice lepéniste
Bernard Courcelle.
Comme au Tchad voisin, la France protège militairement un
régime peu reluisant mais Paris vient aussi d’accorder un créditrelais de 66 millions de dollars à Bangui pour rembourser ses
dettes à la Banque Mondiale. Un crédit perpétuant encore la
dette
publique
puisqu’il
permettra
de
débloquer
82 millions dollars de nouveaux concours.
C’est sûrement ce que Dominique de Villepin appelait « une
preuve tangible que la France défend des valeurs démocratiques
et non des régimes ».
Des valeurs démocratiques qu’elle pourrait commencer par
appliquer chez elle. En instaurant, par exemple, l’obligation d’un
débat et d’un contrôle parlementaire quand il s’agit de l’emploi
de la force militaire.
En pleine campagne présidentielle, on comprend donc que
l’Élysée ne souhaite pas que sa politique françafricaine s’invite
dans l’arène électorale. Les Français pourraient découvrir que
son armée couvre des violations massives des droits de
l’Homme. [Raphaël De Benito]

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-3

Biens mal acquis
À la suite de la publication, en mars 2007, par le CCFD (Comité
catholique contre la faim et pour le développement), du document de
travail de 126 pages dont nous reproduisons les conclusions ci-dessous,
trois associations, Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la
Diaspora (FCD), ont déposé à Paris une plainte pour recel de
détournement de biens publics contre Omar Bongo et Denis
Sassou Nguesso, qui sont personnellement, eux et leurs proches,
propriétaires en France de biens considérables dont l'
origine est inexplicable
sauf à soupçonner qu'
ils proviennent du détournement des ressources des
États gabonais et congolais. Cette plainte constitue le début d'
actions
résolues pour lutter contre la corruption qui a enfoncé dans la misère les
peuples africains, corruption à l'
égard de laquelle, malgré des résolutions
de principe, la justice et l'
État français font preuve d'
une grande inertie et
même d'
une tolérance complice extrêmement condamnables.
www.ccfd.asso.fr/ewb_pages/i/info_999.php

CCFD, Biens mal acquis... profitent trop souvent, la fortune
des dictateurs et les complaisances occidentales,
mars 2007 : « Principales conclusions
À en croire le président de la Banque Mondiale, l'
Américain Paul
Wolfowitz, la restitution des avoirs détournés par les dirigeants des pays
du Sud devrait démontrer l'
engagement déterminé de la communauté
internationale contre la corruption, décrite comme le cancer du
développement.
À combien peut-on estimer les sommes détournées et celles
restituées ? De quels instruments juridiques dispose un pays spolié et à
quels obstacles doit-il faire face ? L'
engagement de la communauté
internationale est-il sincère ? Telles sont quelques-unes des questions
auxquelles tente de répondre ce document de travail du CCFD. En voici
les principales conclusions :
1. Les avoirs détournés et les biens mal acquis par les dictateurs
des pays du Sud représentent un vrai enjeu de développement.
Au niveau quantitatif, les avoirs détournés par des dictateurs au cours
des dernières décennies représentent, au bas mot 1, entre 100 et
180 milliards de dollars. Pour certains pays, la ponction est massive : la
fortune de 5 à 6 milliards de dollars amassée par Mobutu en RDC (exZaïre) équivaut au PIB du pays ! Ces chiffres, qui ne tiennent pas
compte des détournements opérés par les proches des dictateurs, ne
donnent qu'
un aperçu de l'
ampleur de la corruption. Michel Camdessus,
l'
ancien directeur général du FMI, a ainsi évoqué des chiffres dépassant
1 000 milliards de dollars.
Au niveau politique, la grande corruption mine la démocratie. Elle
finance le maintien au pouvoir de régimes autoritaires (arrangements
avec l'
opposition, clientélisme, achat d'
armes). Elle s'
impose dans
l'
imaginaire de la population comme la clé de la réussite politique ou
économique et tend à s'
ériger en système. En sapant les efforts entrepris
par les citoyens pour la justice et la vérité, elle peut ruiner les espoirs de
démocratisation même des plus téméraires.
2. Les discours vertueux des bailleurs de fonds masquent mal la
faiblesse des fonds restitués (4 milliards de dollars) ou gelés
(2,7 milliards de dollars).
Pour l'
essentiel, les rares fonds restitués l'
ont été récemment par la
Suisse, notamment ceux de Marcos (Philippines) et d'
Abacha (Nigeria),
et par les États-Unis concernant Saddam Hussein (Irak). La France, qui
s'
enorgueillit d'
être le premier pays du G8 à avoir ratifié la Convention
des Nations Unies contre la corruption (dite de Mérida), n'
a procédé à
aucune mesure de restitution.
3. Le pillage des richesses des pays du Sud s'est opéré avec la
complicité ou à l'initiative des gouvernements et des entreprises du
Nord.
Soucieux de leurs intérêts géopolitiques et économiques, les ÉtatsUnis, le Royaume-Uni ou la France ont soutenu l'
arrivée ou le maintien
au pouvoir des régimes les plus despotiques et corrompus, que ce soit
en Asie (Suharto, Marcos), en Amérique latine (Duvalier, Pinochet) ou en
Afrique (Abacha, Houphouët-Boigny). Alors que Blumenthal, le
représentant local du FMI, les avait alertés par un rapport, en 1982, que
le régime Mobutu était un puits sans fond, les pays occidentaux ont
délibérément poursuivi leur soutien financier. En 1997-98, la France et la
compagnie Elf ont financé la reprise du pouvoir au Congo-Brazzaville par
Denis Sassou Nguesso, moins regardant sur les conditions d'
exploitation
du pétrole de son pays.

(



4



Dès lors, on comprend le peu d'
empressement des gouvernements du
Nord à saisir et restituer les avoirs et biens mal acquis des dictateurs en
question. Au-delà même de l'
activité économique générée par ces
apports de liquidités, sanctionner leurs alliés d'
hier ou d'
aujourd'
hui les
exposerait à des révélations dont ils préfèrent se passer.
4. Les paradis fiscaux et judiciaires constituent un obstacle
majeur au recouvrement des avoirs d'origine illicite.
Les paradis fiscaux et judiciaires, qui offrent à leurs utilisateurs faible
taux imposition et opacité garantie, minimisent l'
espoir que les pays
spoliés recouvrent un jour les 100 à 170 milliards envolés :
* Ils rendent très difficile la localisation des avoirs volés, car le secret
bancaire et de multiples entités juridiques (trust, fondations, special
purpose vehicle, etc.) permettent de masquer le véritable propriétaire
des fonds. Ils favorisent ainsi le blanchiment de l'
argent volé et son
recyclage dans l'
économie légale ;
* Ils permettent de transférer très rapidement les capitaux traqués (ou
susceptibles de l'
être) dans des lieux où on pourra difficilement venir les
chercher.
Or, ces paradis fiscaux et judiciaires n'
existent qu'
avec l'
accord des
grandes places financières internationales. La moitié des territoires
offshore dans le monde bat pavillon britannique ; l'
État du Delaware aux
États-Unis a tout du paradis fiscal ; l'
Europe abrite le Luxembourg, la
Suisse et le Liechtenstein et la France, en particulier, tolère à ses portes
deux des pires centres offshore au monde : Monaco et Andorre 2.
5. En dépit d'un arsenal législatif renforcé, l'identification, le gel et
la restitution des avoirs mal acquis se heurtent aux faiblesses de la
coopération judiciaire.
L'
arsenal législatif pour saisir et restituer les fonds d'
origine illicite s'
est
considérablement enrichi ces dernières années. Depuis dix ans,
l'
organisation des États américains, le Conseil de l'
Europe, l'
Union
africaine et l'
Union européenne se sont dotés de conventions et autres
protocoles contre la corruption. Surtout, les Nations unies ont adopté
en 2003 la Convention de Mérida, entrée en vigueur en décembre 2005
et qui, dans son chapitre V, érige le recouvrement des avoirs d'
origine
illicite en principe du droit international.
Pour autant, ces normes resteront condamnées au rang de
déclarations de principes tant qu'
elles ne s'
accompagneront pas d'
une
coopération judiciaire effective. Pour un pays spolié, le recouvrement des
avoirs volés relève du parcours du combattant. Une fois soumise la
demande d'
entraide judiciaire au pays qu'
on soupçonne d'
abriter les
fonds volés, encore faut-il compter sur le bon vouloir de l'
administration
sollicitée : la France a refusé au Nigeria une demande formulée en
anglais ; l'
Angleterre refuse de coopérer si on ne lui donne pas la preuve
que les fonds se trouvent bien sur son territoire (!) ; la Suisse ne cherche
pas à identifier les comptes détenus sous de faux noms ; le Liechtenstein
dispose d'
une quinzaine de voies de recours administratifs et judiciaires
rallongeant d'
autant le processus ; certains pays ne répondent jamais.
Dans le meilleur des cas, la demande aboutit mais, comme pour les
avoirs de Marcos en Suisse, après 17 ans de procédures !
Ces difficultés corroborent le triste constat des magistrats signataires
de l'
Appel de Genève en 1996 : “Les frontières n'
existent plus pour
l'
argent sale, mais pour la justice, si”. »
1. Faute de chiffres, la fortune présumée de certains dirigeants n’est pas prise
en considération dans ce calcul.
2. Ils complètent, aux côtés du Liberia, du Liechtenstein et des îles Marshall, la
liste de cinq pays identifiés en 2006 comme refusant les normes de transparence
et d’échange d’information définies par l’OCDE (Organisation pour la coopération
et le développement économique).

[Omar Bongo est à la tête du Gabon depuis 1967. Selon une
investigation du Sénat américain, il se réserverait chaque année 8,5 %
du budget de l’État (111 millions de dollars). Résultat : malgré un PIB
moyen par habitant élevé pour la région (5 500 $), la population
gabonaise n’a même pas de quoi se soigner. Omar Bongo reçoit
régulièrement les personnalités politiques françaises. Selon
afriquecentrale.info, il a rencontré le 19 mars, à Paris, le candidat de
l’UMP Nicolas Sarkozy. Il a également reçu, dans sa résidence
parisienne François Bayrou, candidat de l’UDF.
Denis Sassou Nguesso a été au pouvoir au Congo Brazzaville entre
1979 et 1992, avant d’y revenir par la force en 1997. Lors des guerres
civiles de l’été 1997 et de 1998-99, financées par Elf et plusieurs
banques françaises, ses milices (les Cobras) ont massacré et violé de
façon systématique. On parle de 100 000 morts. La justice française a

!° "#$

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-'

1

reconnu en 2002 qu’on pouvait parler de lui comme d’un
« dictateur », auteur de « crimes contre l’humanité ». Le
livre Afrique, Pillage à huis clos de Xavier Harel rapporte qu’entre 2003
et 2005, il aurait organisé l’évaporation de près d’un milliard de dollars de
revenus pétroliers. Proche de Jacques Chirac, Sassou Nguesso a reçu
la semaine dernière la visite de la ministre déléguée à la Coopération,
Mme Girardin. – OT]
*

/



) .!

Livre « Chirac, mon ami de 30 ans », de Jean-François Probst,
cité par le Nouvel observateur : « Automne 94. La résistance contre
Balladur, que les sondages donnaient gagnant haut la main. Probst est
chargé des torpilles contre le 1er ministre. Il monte des coups, aidé par
les hommes de Foccart [...], par le patron des RG Yves Bertrand et par
des hommes d'
Omar Bongo. »
[Bongo n’est jamais très loin d’une présidentielle française. En
marge du récent sommet France-Afrique, les rencontres avec Nicolas
Sarkozy se sont multipliées, à Paris, dans son hôtel particulier. La semaine
dernière, notre doyen françafricain était encore en visite privée à Paris.
Que peuvent-ils bien se raconter ? Sarkozy aurait-il besoin d’assurer
les positions de la France dans le golfe de Guinée en cas d’élection à la
présidence ? Une région, théâtre d’une formidable guerre économique
mondiale pour le contrôle des ressources pétrolières. Serait-il rattrapé
par la pire des Real Politik ? Donne-t-il des gages pour assurer la
continuité de la politique chiraquienne ?
Ce doit être la "rupture tranquille" qu’il revendique depuis des mois. – RdB]

Privatisation de la filière coton : dernier acte ?
Après la vente discrète du groupe Dagris en France, et le dépeçage
annoncé de la CMDT au Mali, la filière coton sera entièrement privatisée.
Cela risque d’entraîner une paupérisation accrue des paysans africains.

Autorisée par un décret du 25 mars 2005, la privatisation de
l'
entreprise Dagris est maintenant effective. La holding agroindustrielle, dont l'
État français détenait 64,7 %, est un petit
empire françafricain, surtout dans la filière coton en Afrique de
l'
Ouest. Spécialiste de la production de coton et d’oléagineux, de
leur commercialisation et des prestations logistiques en Afrique,
son chiffre d'
affaires s'
élevait à 422 millions d'
euros en 2004 et
336 millions en 2005, pour un bénéfice de 2,9 millions.
Créée après-guerre, la CFDT (Compagnie française pour le
développement du textile) qui deviendra Dagris en 2001, assure
à la France le monopole dans l'
approvisionnement d’un certain
nombre de matières premières. À l’heure des indépendances, la
CFDT devient une entreprise de coopération dont l'
État français
reste l'
actionnaire majoritaire. Elle possède des filiales ou des
participations financières importantes dans de nombreux pays
africains, et a renforcé sa présence, profitant à l'
occasion des
privatisations de ces dernières années.
La Socoma et la Sn-Citec au Burkina, la Sodefitex au Sénégal,
la CMDT au Cameroun, la Sodecoton au Cameroun, la Gamcot
en Gambie, la CNA au Mozambique, Coton Tchad au Tchad,
ICB au Bénin et Hasyma à Madagascar dominent le secteur du
coton. À travers sa filiale Copaco, Dagris absorbait en 2005
20 % du coton africain, ré-exporté vers l'
Asie pour les deux tiers.
Quelques autres filiales sont implantées dans le secteur des
huiles alimentaires (Nioto au Togo par exemple) et le groupe
tend à se diversifier géographiquement (Asie, Amérique latine).
Dagris est également adossé à l'
Agence Française de
Développement (AFD) et à sa filiale Proparco, « spécialisée
dans le capital-investissement, les prêts et les garanties au
secteur privé ». C'
est d'
ailleurs l'
ancien PDG de la Proparco qui
accède à la direction de Dagris en 2003.
Une privatisation très opaque

La toute récente privatisation de Dagris manque pour le moins
de transparence. Introduite par un amendement (n°38, article 53)

1

Cf. F.-X. Verschave et L. Beccaria, Noir procès, Les arènes 2002.

(



4



au projet de loi de finances rectificative pour 2004, elle est
qualifiée par le député communiste Jean-Claude Sandrier de
« privatisation à la sauvette ». Elle est approuvée par la
commission des finances de l'
Assemblée Nationale (séance du
10 décembre 2004), dont le rapporteur général M. Gilles Carrez
déclarait alors : « La commission a donné un avis favorable à cet
amendement, mais aucun de ses membres ne savait que l'
État
français avait encore des intérêts dans l'
industrie cotonnière. »
C'
est dire si la décision est éclairée...
Autorisée par un décret du 25 mars 2005, la recherche d'
un
repreneur ne commence officiellement qu'
en janvier 2006 par un
appel à candidature. La cession doit être effectuée de gré à gré,
officiellement pour se laisser la possibilité de choisir un
repreneur qui partage « les valeurs de l'
entreprise ». Après plus
d'
un an de suspens, c'
est finalement un consortium nommé
Sodaco (Société de développement africain du coton et des
oléagineux) qui est choisi. Il est composé de la société SofiProtéol (ex-Lesieur), conseillé par Edmond de Rothschild, et du
groupe IDI (société capital risque). Sodaco sera dirigé par
Antoine Gendry. Pur hasard, sa femme Luce Gendry est
associée gérante de Rothschild & Cie, banque conseil d'
État qui
a négocié la privatisation, et représente cette dernière au conseil
de surveillance de l'
IDI... (La Lettre du Continent, 22/03) Le
montant de l'
acquisition est pour l'
instant tenu secret, mais selon
Jeune Afrique (04/03), « il y a toutefois fort à parier que compte
tenu de la crise que traverse actuellement le secteur cotonnier,
la valeur de l'
entreprise, estimée entre 100 et 200 millions
d'
euros lors du lancement de la privatisation, en janvier 2006, ait
été revue à la baisse ». En effet, les salariés de Dagris accusent
le ministère d'
avoir bradé leur entreprise : La Lettre du Continent
avance la somme de 7,7 millions d'
euros !
De graves répercussions en Afrique : le cas du Mali

Les répercussions risquent aussi d'
être catastrophiques pour
les populations africaines. Dagris fonctionnait déjà largement
comme une entreprise privée, mais elle avait encore
officiellement la fonction d'
aider les sociétés cotonnières
nationales et de garantir un prix stable aux planteurs. Le vernis
de l’« aide au développement » risque de céder complètement la
place à la recherche du profit.
La majorité des compagnies cotonnières africaines sont
privatisées. L'
une des dernières à ne pas l'
être encore est la
CMDT au Mali, détenue à 40 % par Dagris et à 60 % par l'
État
malien.
Sa privatisation est réclamée depuis plusieurs années par la
Banque Mondiale. Le gouvernement malien s'
y est engagé, en
contrepartie de l'
initiative PPTE (Pays pauvres très endettés)
d'
allègement de la dette, mais en étalant le processus jusqu'
à
2008, pour éviter des mouvements sociaux trop importants avant
les élections de 2007. La privatisation de la CMDT, à laquelle
s'
oppose la CAD Mali (Coalition des Alternatives Africaines Dette
et Développement), a constitué, en effet, un des points important
du forum des peuples de Fana en 2005.
La CMDT, comme d'
autres compagnies cotonnières
africaines, souffre des décisions économiques prises au Nord
(dévaluation du Franc CFA en 1994, effondrement des cours
mondiaux du Coton sous l'
effet de la surproduction et des
subventions agricoles occidentales) et d’un taux de change
défavorable du dollar... Alors qu'
elle était bénéficiaire jusqu’à la
fin des années 1990, son déficit varie entre 30 et 70 milliards de
FCFA ces dernières années, alors que sa production a doublé.
Une situation qui résulte également de malversations
récurrentes. Selon Sory Ibrahim Guindo, consultant et auteur
d’une publication intitulée La privatisation de la CMDT à l'
horizon
2008, les détournements de fonds au sein de la compagnie ont
causé un déficit de 50 milliards de FCFA pour l'
année 2004-2005
(L’Essor, 13/03) Dagris refuse depuis plusieurs années de
contribuer au déficit de la CMDT, pour en accélérer la
privatisation complète. La holding française vient à nouveau de

!° "#$

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refuser de participer à la recapitalisation de la
compagnie malienne, contraignant cette dernière à
des prêts pour la sixième année consécutive. Le premier de
75 milliards de FCFA, souscrit à Paris le 18 février dernier
auprès de différentes banques, et le deuxième de 27 milliards de
FCFA à la Banque islamique de développement pour l'
achat des
intrants pour la campagne 2007-2008.
Dagris à l’affût

Le coton est la deuxième richesse du pays après l'
or (8 % du
PIB et 30 à 40 % des recettes d'
exportation), et la CMDT la plus
grosse entreprise du pays, alimentant beaucoup d'
autres
secteurs comme la banque, les transports, les douanes, les
impôts, la vie sociale et les infrastructures du pays. De quoi faire
saliver beaucoup de monde... Les modalités de privatisations
imposées par la Banque Mondiale prévoient donc la création de
quatre zones géographiques qui serviront de supports au
morcellement de la CMDT en quatre sociétés filiales, d'
abords
détenues à 100 % par la CMDT, puis cédées à raison de 61 %
pour un opérateur de référence par zone, 20 % pour les
producteurs, 2 % pour les travailleurs et 17 % pour l'
État.
« Dagris souhaiterait qu’une zone géographique lui soit attribuée
et a fait une offre en ce sens mais, à ce stade, rien n’est
décidé », écrivait en 2004 la mission économique de
l'
ambassade de France à Bamako...
L'
inquiétude est grande au Mali. La paupérisation des paysans
se poursuit : le prix payé par la CMDT aux producteurs est passé
de 210 FCFA le kilo en 2004 à 160 FCFA en 2006 alors que
leurs frais sont en augmentation. Avec l'
ouverture à la
concurrence, la logique de rentabilité risque d'
aggraver cette
situation et de mettre fin au prix unique du coton. Et les quelques
missions de services publics, dont la CMDT s'
acquittait encore,
risquent également d’en souffrir (ou de passer à la trappe). En
outre, l’achat de la totalité de la récolte ne sera imposé aux
nouvelles sociétés que pour les douze prochaines années. Le
coton fait vivre directement ou indirectement entre le quart et le tiers
de la population malienne (3,5 millions de personnes) : on devine
l'
étendue du naufrage social qui se prépare. [Victor Sègre]

Faux Billets
– Dans notre numéro précédent, nous avons laissé passer un
lapsus, dans la salve Une poche de résistance d’anciens de
l’opération Turquoise... : la plainte des Rwandais n’a évidemment
pas été déposée devant le TPIR (qui est à Arusha/Tanzanie),
mais bien à Paris devant le Tribunal aux armées.

(Achevé le 30/03/2007)

Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Secrétaire de la rédaction : Lila Chouli.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Raphaël De Benito, Sharon
Courtoux, Sisulu Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : David Mauger et Jean-loup Schaal.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.

Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : avril 2007 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
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