Fiche du document numéro 22684

Num
22684
Date
Jeudi Mars 2007
Amj
Fichier
Taille
947598
Titre
Billets d'Afrique No. 156
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation


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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Le roi est nu

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sommet des chefs d’État de France et d’Afrique, qui s’est déroulé à Cannes les 16 et 17 février a exhibé la
Le 24
décrépitude du système françafricain. Une décrépitude qui s’exhibait à la tribune avec un Bongo hébété, un Biya figé, un
Chirac grimaçant ressassant les vieilles antiennes sur l’amitié, l’aide, le développement et tout le toutim. Comme la France
met, paraît-il, des conditionnalités morales et politiques à ses relations amicales, les présidents qui ont couvert des crimes contre
l’humanité, des crimes de guerre et des crimes tout court étaient bien représentés sur le podium avec Denis Sassou Nguesso,
Idriss Déby, Blaise Compaoré, Faure Gnassingbé, Omar Guelleh et surtout Omar Al Béchir du Soudan. On avait snobé Mugabe à la
demande des Anglais qui n’avaient rien sans doute contre Al Béchir. Le reste des figurants représentait plus modestement les
élections truquées, les pillages de l’État et autres peccadilles. S’il y avait un homme vertueux dans cette assemblée il devait
essayer de se cacher timidement au dernier rang faute de pouvoir rivaliser avec des dignitaires de si bonne compagnie.
La perte de prestige de la France se marquait par les nombreuses absences de dirigeants qui avaient « mieux à faire » que
de venir s’exhiber en compagnie de ce que l’Afrique compte de plus usé. Ni Thabo Mbeki, ni Joseph Kabila, ni Mohammed VI
ni même Ben Ali, l’ingrat, ne se sont déplacés. Ils n’ont ni les uns ni les autres besoin de la France. Faute de s’être débarrassé
de Gbagbo, qui a résisté à toutes les tentatives de neutralisation, Chirac n’a pas pu finir son mandat en ramenant la Côte
d’Ivoire dans le giron du club des amis, dont Bongo a pleuré les réjouissances passées, quand on était entre soi. La France a
découvert trop tard qu’elle aurait dû patronner une réconciliation des Ivoiriens et non essayer d’imposer les uns aux autres.
Seul le dernier carré des fidèles s’est inquiété d’un après-Chirac gros d’incertitudes. On les comprend.
Tout le monde y est allé de son bilan de la politique africaine de Chirac. Pour cacher un échec global retentissant, qui est
d’ailleurs celui de tous les présidents de la Vème République, on a mis en avant la récente taxe sur les billets d’avion, qui
rapportera de quoi payer quelques médicaments et le fait que Chirac a plaidé pour l’Afrique dans les instances
internationales, sans grand succès semble-t-il , si l’on en juge par les décisions de la Banque Mondiale et de l’OMC, qui ont
régulièrement enfoncé les populations africaines dans la misère. Tout cela est vraiment bien piteux.
Désireux de s’habiller plus décemment, Chirac a fait des confidences dans un livre-interview, finement intitulé L’inconnu de
l’Élysée. Il y fait de stupéfiantes déclarations. Il aurait, dès ses débuts politiques été un partisan de Mandela et de l’ANC. C’est
oublier que tous les gouvernements qu’il a servis, sous Pompidou et sous Giscard, ont mené une lutte féroce contre ces
« communistes » de l’ANC, fournissant, via Bongo et Houphouët-Boigny, armement et débouchés économiques au régime
d’apartheid sous le coup d’un embargo international.
C’est oublier que, le 29 mars 1988, Dulcie September, représentante de l’ANC, a été assassinée à Paris, alors que Chirac
était premier ministre de Mitterrand et Charles Pasqua ministre de l’Intérieur. On ne se souvient pas les avoir entendu
exprimer une bien véhémente indignation. Au contraire Pasqua avait réduit l’événement à un « règlement de compte » entre
Sud-africains, sans faire le moindre zèle pour retrouver les assassins et leurs commanditaires. Dulcie September menait une
enquête sur les fournitures d’armement, notamment nucléaire, de la France à l’Afrique du sud raciste 1.
Que dire des déclarations inédites de Chirac, après une
carrière politique aussi longue aux postes de décision, sur
)*
+*
,
* le pillage de l’Afrique, sinon qu’il a tellement bien caché son
double jeu que tous les pilleurs français, forestiers,
' - La fin de la Françafrique ? Démontage méthodique de cette
pétroliers, ont toujours voté pour lui et que les pilleurs
ritournelle resservie à l’occasion du Sommet de Cannes.
africains sont tous ses grands amis.
' . - Génocide des Tutsi. Une poche de résistance d’anciens de
l’opération Turquoise cherche à s’infiltrer à l’Assemblée nationale.
Les complaisants y vont de l’appellation flagorneuse de
' / - Darfour. Appel aux autorités françaises et aux présidentiables
« Chirac l’Africain », feignant de croire à son discours.
pour stopper les massacres et protéger les populations.
Brigitte Girardin va jusqu’à dire qu’avec le départ de Chirac
' / - Cameroun, des instituteurs utilisent leurs élèves pour effectuer
l’Afrique « a de quoi s’inquiéter ». L’Afrique, non, certains
des travaux agricoles sous couvert d’activités de découverte ou
Africains, oui bien sûr. Où est l’enfant qui osera dire
d’initiation au travail manuel.
qu’aucune défroque, sinon imaginaire, ne voile plus la
'
- Compte épargne Co-développement, conçu pour les banques
crudité du système d’extorsion qui a si bien et si longtemps
et le retour au pays, pas pour le développement.
fonctionné ? Nous essayons d’être cet enfant et on
'
0 1 - Et aussi, manœuvres militaires à Sao Tomé, bilan Chirac
commence à voir les choses avec des yeux dessillés.
et flagorneries, Guinée...
2 3

Odile Tobner
1

Voir les détails de cette affaire, bien oubliée aujourd'hui, exposée par
F.X. Verschave dans La Françafrique, Stock 1998, p. 193-201.

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Ne pas vendre la peau de l’ours...
Le dernier sommet de la Françafrique à Cannes a relancé
pendant quelques jours la production médiatique sur le thème
des relations entre la France et l’Afrique. Sans surprise, on peut
dénombrer beaucoup plus d’articles convenus que de véritables
tentatives d’analyse étayées sur les évolutions en cours.
Plus d’intérêts économiques en Afrique ?

Ainsi par exemple dans une émission de RFI intitulée « Grand
Reportage » (14/02), en présence de l’africaniste Jean-Pierre
Dozon qui ne dément pas, une journaliste peut s’interroger sur
l’utilité d’un tel sommet de chefs d’État : « Mais quels sont les
intérêts encore défendus ? Parce qu’aujourd’hui c’est la Chine
que l’on voit faire des affaires en Afrique, ce n’est pas la
France. » L’accroissement des intérêts économiques des ÉtatsUnis et de la Chine en Afrique relève de l’évidence, mais la
minimisation systématique des intérêts économiques français
tient lieu d’analyse sur le sujet. Sous une forme plus nuancée,
on trouve également de curieux raccourcis dans les colonnes du
Monde (13/02) : « Mais si la présence de la France en Afrique,
en particulier dans ses anciennes colonies, lui procure une
bonne part de son influence diplomatique dans le monde,
l’intérêt économique, lui, apparaît de moins en moins
déterminant. Hors pétrole, l’Afrique ne représente qu’une part
minuscule du commerce extérieur français. Et, à l’exception
notable des hydrocarbures, la France est absente des secteurs
les plus porteurs, comme les mines. »
Si le pillage pratiqué par les entreprises françaises ou à
capitaux français se limitait au pétrole, excusez du peu, ce ne
serait déjà pas rien. Total, qui doit beaucoup à l’Afrique, est le
premier groupe français (12 milliards d’euros de bénéfice net en
2005) et la 4ème compagnie pétrolière mondiale. Et ce n’est pas
la seule compagnie pétrolière française implantée en Afrique (Cf.
le cas de Maurel & Prom, Billets n°152). Par ailleurs, prétendre
que la France est « absente » des secteurs miniers, c’est avoir la
mémoire un peu courte. Dans le top 10 des groupes miniers
opérant en Afrique 1, on trouve tout de même en 2006 la Comilog
à la 7ème place, dont les royalties à l’État gabonais doivent servir
à financer les caprices de Bongo 2. Filiale du français Eramet,
elle bénéficiait jusqu’à peu du monopole sur le manganèse
Gabonais depuis 1962 (2ème producteur mondial), et estime
encore aujourd’hui pouvoir exploiter pendant 100 ans la mine de
Moanda au rythme actuel de 3 millions de tonnes par an 3.
L’action d’Eramet a gagné 48 % en 2006. En 9ème position, on
trouve également la Cogéma, qui exploite les sous-sols du
Niger, 2ème producteur mondial d’uranium. Si AngloGold Ashanti
domine l’exploitation de l’or, on se souvient qu’elle compte parmi
ses sous-traitants une filiale de Bouygues (la Somadex, cf.
Billets n°143) qui a frauduleusement avalé, pendant les 3
années où elle bénéficiait d’exonérations fiscales, les deux tiers
des réserves de la mine de Morila au Mali (83 tonnes sur 120).
Loin d’être un secteur oublié des entreprises française, la
flambée des cours des ressources minières, due essentiellement
à l’explosion de la demande chinoise, a relancé l’intérêt pour des
projets jusque-là jugés insuffisamment rentables.
Les chiffres du commerce extérieur français ne constituent pas
à eux seuls une mesure fiable de l’importance de l’Afrique pour

nos entreprises (et ceci n’est pas spécifique à la France). Ils ne
rendent pas compte de mécanismes lucratifs sans lesquels on
n’a qu’une vision partielle de la situation : contrats léonins,
cession de matières premières à des prix ridiculement bas,
opacité sur les quantités réellement produites et les sommes
réellement payées, évaporation fiscale, etc. Le volume des
échanges ne rend pas non plus compte de leur rentabilité. Ainsi
en 2000, les entreprises françaises ont réalisé presque autant de
bénéfice sur les exportations à destinations de l’Afrique (40
milliards de Francs) que sur les exportations vers les USA (50
milliards de francs) pour un volume d’exportation quatre fois
inférieur (150 milliards de francs contre 600). Plus intéressante
que les statistiques du ministère de l’économie, la réalité des flux
financiers mériterait d’être étudiée en détail. Une ONG
britannique, Christian Aid, s’est livrée à ce travail concernant les
flux financiers entre l’Afrique et la Grande Bretagne, sur une
période d’un an à compter du sommet du G8 de Gleneagles en
2005, riche en promesses comme on s’en souvient. Les flux
financiers partant de la Grande-Bretagne vers l’Afrique se sont
montés à 17 milliards de Livres (dons, aides, investissements
directs étrangers, transferts financiers d’Africains vivant en
Grande-Bretagne). Mais en retour, les sommes entrant en
Grande-Bretagne en provenance d’Afrique (profits des
entreprises, remboursements de dette, fuite des capitaux,
recettes d’exportations) atteignent 27 milliards de Livres. Le
transfert massif de richesses du Sud vers le Nord apparaît très
nettement, à l’encontre des idées reçues sur le sujet. On ne
dispose pas d’une synthèse analogue pour les flux financiers
entre la France et l’Afrique. Mais l’évolution des Investissements
Directs Etrangers (IDE) est significative : si la part africaine des
Investissements Direct français à l’étranger est passée en
pourcentage de 1,83 % en 1992 à 1,55 % en 2004, en valeur
absolue elle est passé de 2307 millions d’euros en 92 à 9448 en
2004 (soit quatre fois plus). Pas plus en France qu’en Grande
Bretagne ces investissements ne sont désintéressés... et les
retours sur investissements souvent plus rapides et importants
en Afrique qu’ailleurs.
Par ailleurs, si on inverse la perspective, étudiant la part des
échanges franco-africains du point de vue du commerce
extérieur des États africains, on constate que la part française
est toujours largement prépondérante, particulièrement bien sûr
dans les pays de la zone franc.4
Rien d’étonnant à ce que bon nombre des poids lourds du
CAC 40 ou des plus grandes fortunes de France aient des
activités florissantes (et parfois quasi monopolistiques) en
Afrique : B. Arnault (LVMH), Bouygues, Bolloré, Pinault (CFAO)
Seillière (Bureau Véritas), J. Saadé (CMA-CGM), R. Zaleski
(Eramet), Lafarge, Total, Technip, Vinci, Véolia, BNP Paribas,
Natexis, Crédit Agricole, Alcatel, Accor, Gaz de France, Michelin,
Alstom, Air-France-KLM, ... liste non exhaustive à laquelle il
faudrait rajouter les marchands d’armes et quelques autres
groupes, dans l’agro-alimentaire par exemple. Et de manière
5
générale, les rapports du CIAN (Conseil français des
investisseurs en Afrique) le confirment chaque année : en dépit
de la concurrence internationale accrue, entre les patrons
français et l’Afrique, c’est toujours « Je t’aime plus qu’hier et bien
moins que demain... ».

1

Selon le classement établi par Jeune Afrique, « Les dix premières
sociétés minières du continent », 30/07/2006.
2
Par exemple l’achat d’un airbus A340 voulu par Bongo et encouragé
par Chirac, qui a malheureusement capoté (cf. La Lettre du Continent
n°500).

3

Selon Marcel Abéké, directeur général de la COMILOG, Xinhua
13/06/2005.
4
Statistiques par pays disponibles dans les rapports élaborés par les
missions économiques des ambassades françaises, consultables sur le
site Ubifrance.
5
Publiés par le MOCI (Moniteur du Commerce International).

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La fin de la Françafrique ?

Si l’on insiste autant sur l’importance économique de l’Afrique
aux yeux du patronat français, c’est que cette question n’est pas
sans incidence sur le versant politique des relations entre la
France et l’Afrique. Dans la plupart des discours médiatiques
tenus ces derniers jours, apparaît de manière récurrente l’idée
selon laquelle le départ de Chirac marquera la fin d’une époque
et d’un système, celui de la Françafrique. À titre d’exemple, dans
Le Canard Enchaîné (14/02), Jean-François Julliard s’interroge :
« Cet aimable système survivra-t-il à Chirac ? Peu probable, tant
les favoris à la présidentielle paraissent dépourvus du
chromosome africain. Ségolène Royal [...] ne semble pas au
contact des vieux réseaux mitterrandiens ou rocardiens [Constat
discutable...]. Sarkozy, lui, cultive les amitiés sélectives. »
Il y a une sorte de paradoxe : après avoir été abreuvés
d’explications selon lesquels les réseaux françafricains étaient
depuis longtemps en état de déliquescence avancée, dispersés,
privatisés et hors de tout contrôle politique, voici maintenant que
tout se ramènerait à la seule personnalité du président. A
contrario, interrogé sur l’avenir des relations France-Afrique,
l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, André Janier,
explique (Onuci-FM, 19/02) : « La rupture sûrement pas, la
continuité évidemment, parce les relations internationales
dépassent de beaucoup la personnalité de tel ou tel acteur. Ils
peuvent, ces acteurs, déterminer un style ou un cadre particulier.
Mais, ce sont les intérêts des pays ou groupe de pays qui
priment. » On ne saurait être plus clair. Indépendamment de la
bonne volonté affichée des uns et des autres en période de
campagne électorale (car la mode est incontestablement à la
réforme, voire à la rupture : même Michel Roussin, viceprésident de Bolloré et ex-ministre de la coopération de Chirac,
1
s’y est mis ! ), il convient donc de ne pas perdre de vue que
toute tentative de répondre à la demande d’une émancipation
véritable, politique et sociale, des peuples africains se heurtera
de plein fouet aux pressions des milieux économiques et
militaires français, auxquelles Jospin s’est plié en son temps.
Des mobilisations citoyennes, en France et en Afrique, doivent
donc rester à l’ordre du jour. [Victor Sègre]

Invariants
Le 16 février, Bibliothèque Médicis (le site télévisé du Sénat où
Jean-Pierre Elkabbach accueille des auteurs d’ouvrages
récents), a reçu Pierre Péan (L’inconnu de l’Elysée-Fayard),
François Orcival (Le roman de l’Elysée-Fayard), et Hubert
Védrine (Continuer l’histoire-Fayard). Au cours de la discussion,
Védrine a souligné, malgré que lui-même et Chirac ne soient pas
dans le même camp, « Les invariants de la politique extérieure
de la France ». Là, tout est dit. Droite-gauche, même combat,
Mitterrand ou Chirac sur le trône élyséen : les tyrans africains
peuvent dormir tranquilles, et l’implication de la France dans le
génocide des Tutsi rwandais continuer d’être niée. C’est ce que
l’histoire nous enseigne ; un parcours historique avec lequel il
est de longue date urgent de rompre. Merci à Védrine d’avoir
souligné l’une des graves difficultés du combat – qui est loin
d’être perdu cependant, et qui gagne du terrain. [Sharon
Courtoux]

Une poche de résistance d’anciens de l’opération Turquoise
cherche à s’infiltrer à l’Assemblée nationale
Deux députés, anciens membres de la Mission parlementaire
d’information sur le Rwanda, sont en désaccord sur la tentative
de l’association France Turquoise, du nom de l’opération
militaro-humanitaire française mise en place vers la fin du
génocide en 1994, de faire prévaloir exclusivement la vision des
militaires français sur les événements du Rwanda au sein de
l’Assemblée nationale. Rappelons que cette association, fût
montée rapidement fin 2005 par le staff de l’opération Turquoise,
à la suite des plaintes de Rwandais déposées devant le TPIR à
Paris.
Selon une dépêche de l’AFP, publiée par l’association FranceTurquoise, « Le député UMP de l’Ain, Michel Voisin, a annoncé
mardi la création d’une délégation locale "Assemblée nationale"
de l’Association France Turquoise, qui s’est fixé comme objectif
"d’établir la vérité" sur l’action de l’armée française lors du
génocide au Rwanda en 1994. [...] Elle a aussi pour objectif de
"participer à l’établissement ou au rétablissement de la vérité sur
l’action de l’armée française et des militaires français" dans ce
pays d’Afrique, rappelle M. Voisin. Ce dernier invite ses
collègues à adhérer à l’association. »
Ce à quoi le député communiste Jean-Claude Lefort, député
du Val-de-Marne, a répondu : « la création de cette association à
l’initiative d’un député ne peut en aucun cas se prévaloir [...] de
l’institution "Assemblée nationale". [...] Seul le Bureau est habilité
en cette matière, pour avoir à donner son accord ou non à
pareille initiative. En l’espèce, le caractère même de cette
association empêche absolument tout engagement de
l’Assemblée nationale en tant que telle. Il y a donc dans l’intitulé
(section ou délégation locale de l’Assemblée nationale) de cette
association un détournement et une usurpation graves qui ne
plaident pas en faveur de sa création. [...] Si, comme le dit M.
Voisin, 10 ans après il y a désinformation et attaques
"récurrentes" contre l’armée française c’est qu’il estime que la
Mission d’information de notre assemblée n’a pas joué son rôle.
Il conviendrait alors qu’il propose la création d’une Commission
d’enquête qui a des moyens et des pouvoirs plus étendus. »
Pour détendre l’atmosphère, nous pourrions proposer que la
Commission d’enquête citoyenne crée une délégation locale
« Assemblée Nationale » pour que les députés varient leurs
sources d’informations... Mais pour rester sérieux, il serait plus
constructif, comme le suggère le député du Val de Marne, que
les députés s’emparent vraiment de ce problème en créant une
commission d’enquête sur la Rwanda, ce que nous demandons
au moins depuis 1998. La rupture des relations diplomatiques
avec le Rwanda montre l’acuité de cette exigence. Rappelons
aussi que Monsieur Lefort avait refusé de signer le rapport de la
mission d’information en 1998, contrairement aux autres
membres de son groupe politique qui n’avaient pas suivi les
travaux de la mission d’aussi prêt que lui. De la part du député
communiste une telle prise de position personnelle fût
2
probablement très motivée. [Emmanuel Cattier]

1

RFI, « L’Invité de la semaine », 10/02 : « On ne peut plus entretenir ce
type de relations personnelles au plus haut niveau. Les vieilles recettes
ne fonctionnent plus [...] Je ne peux plus supporter d'
entendre parler d'
"ajustement structurel" ou d'"aide publique au développement". C'
est la
fin d'
une époque. »

2

Voir sur le site de la CEC les liens vers le site de l’association France
Turquoise www.enquete-citoyenne-rwanda.org / rubrique actualités.

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Travaux manuels
Les pratiques éducatives dans le sud forestier du Cameroun
n’ont guère changé depuis le bon temps du colonialisme, quand
les missionnaires faisaient cultiver leurs champs et battre leurs
briques par leurs élèves. Les directeurs et les maîtres des écoles
primaires suivent leur exemple. Sous couvert d’activités de
découverte ou d’initiation au travail manuel ils utilisent les
enfants pour effectuer des travaux dans leurs propres champs,
ou, contre rémunération dont ils sont les seuls bénéficiaires,
dans ceux de leurs relations. Ces activités occupent souvent tout
le temps scolaire. Si d’aventure un inspecteur arrive dans une
école vide, on lui explique qu’il y avait un deuil ou quelque autre
cérémonie dans le voisinage et il ferme les yeux contre
dédommagement.
Parfois l’école sert d’atelier. Le journal La voix du paysan de
février 2007 publie la photo (prise le 18 janvier à 10 heures 40
du matin) d’une classe au travail à l’école publique de Meyo
Esse, près de Sangmelima, fief du chef de l’État. Les tables sont
entassées au fond. Les élèves, assis à même le sol, sont
entourés de tas d’arachides : « Nous décortiquons les arachides
de la maîtresse » disent-ils. Vu la masse d’arachides à décortiquer
ce travail à façon doit satisfaire une nombreuse clientèle.

Ces travaux d’intérêt particulier arrondissent les revenus,
environ 80 000 Fcfa (120 euros) mensuels des instituteurs, qui
n’imaginent même pas revendiquer la revalorisation de leurs
salaires. Le pouvoir en place ne badine pas avec la contestation.
Il est plus facile de se débrouiller en exploitant les enfants.
Les parents se taisent dans la peur que leurs enfants soient
mal notés, sans penser qu’il est pire de rester analphabètes.
Certains envoient leurs enfant à l’école de la ville la plus proche,
où l’instituteur se contentera de faire payer une bonne place
dans une classe de plus de cent élèves.
Pendant ce temps-là, un collégien, fils d’un député du coin qui
est grand pote des exploitants de la forêt camerounaise, raconte
sur son blog qu’il a accompli l’exploit d’écluser en une soirée
plusieurs bouteilles de champagne à 75000 Fcfa la bouteille, soit
l’équivalent de plusieurs mois du salaire d’un instituteur. À
chacun ses travaux forcés.
Pendant ce temps-là également on peut entendre Biya et
Chirac discourir du sort de l’Afrique, de la priorité à donner à
l’éducation pour développer le Cameroun et autres balivernes de
même farine pour régaler les foules. [OT]

Darfour :
Appel aux autorités françaises et aux présidentiables pour stopper les massacres et protéger les populations
Communiqué de ACAT, CCFD, MRAP, Survie, le 02/03
Objet : sanctions individuelles et implication de la France dans le déploiement des casques bleus au Darfour.
Nos associations sont horrifiées par l’intensification des exactions commises, en toute impunité, à l’encontre des populations du Darfour. En quatre
ans, plus de 300 000 personnes ont été tuées et plus de 2,4 millions de personnes ont été chassées de leurs foyers. Dans le même temps, dix
résolutions ont été adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies, sans aucun résultat concret sur le gouvernement de Khartoum. Cette
situation insupportable déstabilise le Tchad et la République centrafricaine et risque d’embraser l’ensemble de la région.
En refusant, le 15 février 2007, d’octroyer des visas aux membres de la mission d’enquête du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies se
rendant au Darfour, et en niant le 26 février 2007 toute compétence à la Cour pénale internationale (CPI) au Darfour, le gouvernement soudanais vient
de prouver une nouvelle fois qu’il n’est pas prêt à mettre un terme aux exactions commises au Darfour.
Face au refus des autorités soudanaises de protéger ses populations, il est du devoir de la communauté internationale d’intervenir urgemment.
Le 15 février 2007, les députés du Parlement européen ont adopté une résolution sur la situation au Darfour qui "invite les institutions de l’Union
européenne à appliquer des sanctions visant toute partie, y compris le gouvernement soudanais, qui viole le cessez-le-feu ou s’en prend aux civils, et
à mener toute action nécessaire contribuant à mettre fin à l’impunité par l’application du régime de sanction du Conseil de Sécurité des Nations unies
qui prévoit des sanctions économiques ciblées, y compris des interdictions de voyager et des gels d’actifs, à l’instar des mesures prises par l’Union
européenne par le passé à l’égard d’autres pays".
Le Parlement européen "souligne que les sanctions à l’encontre du Soudan devraient également inclure la menace d’un embargo pétrolier".
Le 27 février 2007, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno Ocampo, a demandé aux juges d’assigner ou d’émettre des
mandats d’arrêt à l’encontre de deux hauts responsables des crimes commis au Darfour : Ahmad Muhammad Harun, ancien ministre de l’Intérieur du
gouvernement soudanais et Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, commandant d’une milice janjawid, alliée aux forces gouvernementales.
Même si nous avons bien conscience que la résolution de la crise au Soudan en général, et au Darfour en particulier, devra nécessairement passer
par un accord de paix inclusif et accepté par les parties, nous sommes convaincus que les sanctions ciblées individuelles sont indispensables pour
contraindre les belligérants à arrêter les combats et à accepter le déploiement de casques bleus au Darfour, conformément à la résolution 1706 des
Nations unies.
Jusqu’à présent, malgré ses discours et condamnations de principe, la France s’en est tenue à une simple diplomatie "classique", refusant de mettre
en œuvre des sanctions et voyant même son commerce avec le Soudan croître.
Convaincus du principe qu’on ne doit pas commercer avec des régimes responsables de crimes contre l’humanité quand on se revendique patrie des
droits de l’Homme, nous vous demandons de mettre immédiatement en œuvre, sur le territoire français, une série de sanctions ciblées individuelles à
l’endroit de toute partie qui viole le cessez-le-feu ou s’en prend aux populations civiles au Darfour :
* refus de visas, gel des avoirs en France de toutes les personnes nommées dans les rapports de la Commission d’enquête et du panel d’experts
des Nations unies et enquête sur les comptes en France des entreprises proches du gouvernement afin de préparer la mise en œuvre de nouvelles
sanctions ciblées ;
* gel des relations commerciales de la France avec les pouvoirs publics et le gouvernement de Khartoum et gel des investissements français dans le
secteur pétrolier soudanais.
Dans l’hypothèse où le gouvernement soudanais continuerait de ne pas respecter ses obligations de protection vis-à-vis de ses propres populations
et n’autoriserait pas le déploiement de casques bleus au Darfour, à l’échéance du mandat de la Mission préparatoire des Nations unies au Soudan
(MINUS), le 30 avril 2007, nous vous demandons d’apporter une contribution financière, humaine et matérielle au déploiement d’une force onusienne
ayant pour mandat, conformément à la résolution 1706, sous chapitre VII de la Charte des Nations unies :
* de favoriser les conditions d’un véritable accord de paix entre toutes les parties, permettant aux populations déplacées ou réfugiées de retourner
sur leurs terres, en toute sécurité ;
* de protéger efficacement les populations des violences, notamment à travers l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne sur tout le Darfour ;
* de mettre en place des corridors humanitaires sécurisés permettant aux organisations humanitaires d’accéder à l’ensemble des populations
nécessitant une aide vitale.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, Madame la candidate, Monsieur le candidat, l’expression de notre très haute considération.
Pour les associations signataires :
Jean-Étienne de Linares, Délégué Général de l’ACAT-France

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L’usine à gaz du Compte épargne Co-développement
Le décret sur le compte épargne Co-développement vient de
paraître au Journal Officiel. Cette mesure prétend permettre
« aux travailleurs immigrés qui investissent dans leur pays
d’origine de placer des fonds sur un compte bloqué et de
bénéficier d’exonérations fiscales en France » (AFP, 21/02).
Sachant que le montant maximal du compte ne peut dépasser
les 50 000 €, quel est le taux d’intérêt que les banques doivent
servir pour atteindre les 20 000 € d’exonérations fiscales
annoncées, par personne et par an ?
De plus, ces exonérations fiscales portent seulement sur les
intérêts servis par les banques sur les sommes épargnées. Elles
s’élèvent à 25 % des impôts dus.
En laissant aux banques la liberté de fixer le montant du taux de
rémunération de cette épargne, le gouvernement évite d’expliquer le
fonctionnement de ce qui ressemble à une usine à gaz !
Ce dispositif voté dans le cadre de la loi du 24 juillet 2006
relative à l’immigration, dite « loi Sarkozy », rejoint le catalogue
de mesures annoncées en faveur du Co-développement. Il
rejoindra très certainement le cimetière de ces mesures rendant
plus présentable la enième loi sur l’immigration.

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Depuis 1977 et le “million Stoléru” au
Programme Développement Local/Migrations (PDLM) en 1995,
ces dispositifs se sont multipliés pour un bilan maigrelet. En 5
ans de fonctionnement, le PDLM a permis la réinsertion de 63
personnes au Sénégal !
Pourquoi ? Parce que le Co-développement est seulement
regardé comme un instrument d’incitation au retour des migrants
et non comme un dispositif aidant réellement au développement
de leur pays d’origine.
Enfin, les migrants n’ont pas attendu Nicolas Sarkozy pour
aider leurs pays. Rappelons, par exemple, que les fonds
transférés au Mali par la diaspora constituent la 1ère source de
devises du pays. Un flux financier dépassant de très loin l’Aide
publique au développement et qui, surtout, profite directement à
la population. Un transfert au coût élévé : les banques prélevant
au passage, des commissions juteuses. On attend toujours le
système sécurisé permettant un allégement substantiel des
coûts de transfert. “Système” annoncé, en même temps que la
création de ce compte épargne. Pas touche au pactole !
[Raphaël De Benito]
(Achevé le 02/03/2007)

( ! " ! '''
Françafrique
« Ils vous traquent partout. Ils sont allés jusqu’à se procurer, à
deux reprises en 2006, vos notes d’hôtel du Waldorf Astoria de
New York, lesquelles ont été publiées dans la presse britannique
sous des titres ravageurs...
– Nous ne volons rien à personne. [...] Si nous mangeons du
caviar et que nous buvons du champagne, où est leur problème ?
[...] À la limite, seuls les Congolais pourraient nous en faire la
remarque, mais ils ne le font pas. [...] Comme les présidents
Bush, Kabila et bien d’autres chefs d’État, le président du Congo,
président en exercice de l’UA, a fréquenté en 2006 le Waldorf
Astoria. Cela les gêne qu’un africain y descende ? [...] Et je n’ai
pas à m’excuser d’aller au Crillon, au Meurice, au Bristol, au
Plazza Athénée ou au Georges V quand je vais à Paris. Ce serait
un comble. »
(Dialogue entre François Soudan et Denis Sassou Nguesso,
respectivement rédacteur en chef de Jeune Afrique et président du Congo
Brazzaville, Jeune Afrique du 25/02).

$ %

"

[Le journal britannique The Sunday Times du 7 janvier 2007 a
consacré un article aux dépenses somptuaires de Sassou Nguesso en
frais d’hôtel. Lui-même et sa délégation avaient dépensé 201 millions
FCFA lors de leur visite aux USA en début 2006. Lors de sa visite de
septembre dernier à New York 126,5 millions FCFA ont été dépensés en
cinq nuits pour les 44 chambres occupées par les membres du clan.
Il est évident que le président d’un pays de 3 millions d’habitants, où
70 % de la population vivent avec moins de un dollar par jour, soit environ
450 Fcfa, avec un revenu par habitant de l’ordre de 700 dollars par an, se
comporte en voleur quand il fait de telles dépenses. Les chiffres parlent
d’eux-mêmes. Les Congolais voyant à y redire se retrouvent en prison. Se
comparer à Bush c’est aussi faire un délire de grandeur, visible également
quand Sassou parle de lui à la troisième personne. En plus il a un
complexe d’infériorité manifeste, qui explique l’appétence pour le luxe,
seul capable de faire de lui quelqu’un. On ne lui reconnaîtra qu’une
compétence qui rivalise avec le guide Michelin dans la connaissance de
l’hôtellerie de luxe. Il pourra toujours se reconvertir en tour operator le
moment venu. Aujourd’hui, il ne préside plus l’UA, c’est déjà ça... – OT]

)

Françafrique
AFP, Manœuvres militaires conjointes France-Sao Tomé du 26
février au 2 mars, 16/02 : « Des manœuvres militaires conjointes
entre les armées saotoméenne et française vont avoir lieu pour
la première fois du 26 février au 2 mars à Sao Tomé et Principe,
a-t-on appris vendredi de source militaire dans ce petit archipel
du golfe de Guinée. Selon (le lieutenant colonel Eugenio
Guadalupe) ses militaires vont “profiter de l’expérience de
l’armée française dans le domaine du maintien de la paix. Ce
sera une première expérience qui pourra donner des fruits
importants pour l’avenir” a estimé le chef de l’armée de ce pays
lusophone très pauvre. »

[De plus en plus importante, c’est certainement la présence
militaire américaine dans ces parages qui a incité l’hexagone à y faire un
peu plus acte de présence. Des experts militaires américains y installent
des équipements radar destinés à surveiller le Golfe de Guinée afin de
« protéger la sécurité maritime de la région » selon un conseiller
scientifique du commandement des Forces navales américaines. « Le
plus important pour les États-Unis, c’est la stabilité de cette région » a-t-il
déclaré fin 2006. C’est fou ce que les grands de ce monde peuvent se
soucier de la paix et la stabilité dans les régions riches en pétrole. On ne
devrait pas trop tarder à voir arriver quelques chinois inquiets. Ainsi le
club des grands sera au complet dans ce bassin d’or noir et ils pourront
se surveiller mutuellement tout en servant la cause. – SC]

’$
$+ 3



Le Monde, Michel de Bonnecorse, l’Africain du président, JeanPierre Tuquoi, 16/02 : « Au terme de cinq années au côté de
Chirac le suzerain, Michel de Bonnecorse pense n’avoir pas
démérité. Il a maintenu le pré-carré africain de la France malgré
les vents contraires et les empêcheurs de tourner en rond. Les
plus rudes d’entre eux, convient-il, ne furent pas les sorciers
blancs qui rôdent dans les palais présidentiels africains, mais la
poignée de juges français lancés aux trousses de chefs d’État du
continent souvent au nom des droits de l’Homme. "Ils ont
beaucoup compliqué notre politique africaine au Rwanda, en
Angola, à Djibouti, en Mauritanie, au Congo Brazzaville. C’est
une donnée nouvelle. Il faut le savoir et faire avec", lâche Michel
de Bonnecorse. [...]
La doctrine de M. Afrique, son vademecum, aura tenu en un
mot : stabilité. C’est pour préserver la stabilité du Tchad que la
France continue à appuyer Idriss Déby. "C’est loin d’être un
modèle, mais il n’y a pas d’alternative", affirme M. de
Bonnecorse. C’est encore en son nom que Paris a fermé les
yeux lorsqu’au Togo Eyadema fils a succédé à Eyadema
père."J’ai quand même dit et répété au fils qu’il ne pouvait pas
s’asseoir dans le fauteuil du père sans passer par des élections.
Vous voyez, on est des démocrates", lance-t-il, l’air narquois.
M. de Bonnecorse sait que ses jours sont comptés à la tête de
la cellule Afrique. D’ailleurs, survivra-t-elle au départ de Jacques
Chirac ? "Si elle disparaît, il faudra quelqu’un dans l’entourage du
prochain président pour maintenir le contact direct avec les chefs
d’État africains". »

[Ces extraits d’un éloquent portrait de Michel de Bonnecorse,
qui officie depuis cinq ans à la trop fameuse « cellule africaine » de
l’Élysée, permettent de refroidir l’enthousiasme de ceux qui disent que la
Françafrique n’existe plus. Les « empêcheurs de tourner en rond » ne
sont bien sûr pas les « sorciers blancs » qui sévissent en Afrique,
puisqu’ils sont les correspondants de ladite cellule. Il est évident que
Debbasch et Bonnecorse ont agi de concert pour régler la succession du
général président Eyadéma. L’aveu sans complexe, présenté le plus
naturellement du monde, de la complicité avec le fils d’Eyadéma en dit
plus long que tout un chapitre sur la nature de l’action sans scrupule de la
France en Afrique. L’élection truquée par laquelle sont passés ces
« démocrates » a quand même fait un millier de morts et des dizaines de
milliers d’exilés. Bonnecorse plaisanterait moins si les parents des
victimes portaient plainte contre lui pour complicité de crime contre
l’humanité. Le jugement sur Idriss Déby est également assez renversant.
Bonnecorse décide souverainement du sort des Tchadiens, cela va de
soi. L’idée ne l’effleure même pas qu’ils pourraient choisir eux-mêmes
leur « alternative ». Par « stabilité » il faut entendre l’étau de l’emprise
française qui ne doit pas se desserrer.
Les « empêcheurs de tourner en rond », qui succèdent aux
« emmerdeurs » dont parle moins élégamment Foccart dans ses
Mémoires, ce sont tous ceux qui osent trouver indécent qu’on tue et
qu’on vole impunément les Africains par fantoches interposés. Il faut
mesurer l’ampleur de la perversité de la pensée, qui a guidé de façon
continue la politique française en Afrique, et qui s’exprime crûment dans
ces propos, pour comprendre la profondeur de la tragédie qui a été
imposée à des millions d’Africains spoliés de leur liberté. Cette perversité
semble incurable, puisque, envisageant la suppression de cette cellule
africaine honnie, Bonnecorse dit qu’il faudra, près du président français,
quelqu’un pour maintenir le « contact direct » – entendez la laisse – avec
les présidents africains. Comment appellera-t-on cela ? Pas « cellule
africaine 2 » quand même ? – OT]

°

'

Le Monde, France-Afrique : la fin des "années Chirac", (Philippe
Bernard et Jean-Pierre Tuquoi), 14/02 : « C’était au sommet
France-Afrique de janvier 2001 [...] l’épiscopat français avait
publié une lettre sévère demandant au président de prendre ses
distances par rapport à des régimes africains qui "pratiquent la
fraude électorale, la confiscation des ressources [...],
l’emprisonnement, parfois même l’élimination physique". M.
Chirac improvisa sur-le-champ une réponse qui surprit
l’assistance par sa véhémence. Le chef de l’État se
métamorphosa subitement en un avocat de l’Afrique contre
l’Eglise donneuse de leçons. "Nous avons saigné l’Afrique
pendant quatre siècles et demi, commença-t-il. Ensuite, nous
avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ils (les
Africains) ne sont bons à rien. Au nom de la religion, on a détruit
leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec
plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses.
Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un
état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à
ses dépens, on lui donne des leçons." Le discours sonnait juste.
Ce ne pouvait être celui d’un bonimenteur. M. Chirac est attaché
à l’Afrique. Sa culture l’intrigue ; le sort de ses habitants ne le
laisse pas indifférent. De là, sans doute, des initiatives françaises
en faveur de ce continent : la promesse de doubler en 2007 la
contribution au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le
paludisme, trois maux qui touchent en priorité le continent noir.
D’où, aussi, la création en 2005 d’une taxe sur les billets d’avion
dont le produit alimentera un fonds de lutte contre ces trois
pandémies. Mais, aussi généreuses soient-elles, les initiatives de
ce type ont laissé peu de traces, malgré les coups de clairon qui
les ont accompagnées. Moins d’une vingtaine de pays ont
adopté à ce jour la "taxe Chirac". Pour mieux cerner la réalité de
l’engagement africain de la France, d’autres indicateurs
s’imposent. Le montant des annulations de dettes consenties,
par exemple. Sous Jacques Chirac, elles ont atteint plusieurs
milliards d’euros – dont une bonne partie a profité à des pays
anglophones, au premier rang desquels le Nigeria. L’évolution de
l’Aide publique française au développement (APD) en est une
autre. Elle est remontée à 0,5 % du Produit intérieur brut (PIB) en
2007, après avoir fondu durant les années 1990. C’est enfin
l’activité – discrète – de lobbying de la France en faveur de ses
anciennes colonies auprès des institutions financières
internationales. "Sans Paris, nous n’aurions jamais accès aux
dirigeants de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire
international. On ne pourrait pas se faire entendre", résume
l’ancien premier ministre de la République centrafricaine Martin
Ziguélé. »
[Cet article, aux allures de nécrologie, est un véritable concentré
de désinformation. Permettons-nous quelques remarques, car il y a des
approximations gênantes dans un article qualifié d’« enquête ». Les
spéculations sur la sincérité éventuelle de Chirac dans son rôle d’avocat
de l’Afrique ont peu être leur intérêt dans la rubrique « étude des
pathologie mentales » (amnésie ? schizophrénie du personnage ?), mais
deviennent franchement indécentes quand elles viennent faire oublier le
bilan criminel d’une politique qui s’est poursuivie avec constance et
obstination. Chirac est-il sincère quand il crie « la maison brûle » à
Johannesburg et soigne les industries les plus polluantes ? Quand il
pleure la « fracture sociale » et encourage l’explosion des inégalités ?
Est-il sincère celui qui déclare à Cannes « que la stabilité des États
dépend avant tout du calendrier démocratique et de la régularité des
élections » quand il a passé sa carrière à défendre les Pinochet africains
et à encourager leurs élections truquées, considérant que « le
multipartisme est une sorte de luxe que les pays en développement n’ont
pas les moyens de s’offrir »1, par ailleurs inutile puisqu’en Afrique il y des
1

Propos tenu à Abidjan en 1990.

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°
1

ethnies mais « pas de clivages idéologiques » . Chirac refuse qu’ « après
s’être enrichi à ses dépends, on lui donne des leçons ». Soit. Il préfère
donc qu’on s’enrichisse à ses dépends sans lui donner de leçons, ce dont
il ne s’est pourtant pas privé.
De quoi se plaignent tous ceux qui ont été incarcérés, torturés, abattus
sur ordre des “amis personnels” de Jacques Chirac ? Leur sort « ne le
laisse pas indifférent ». Peut-être préfèrerait-ils le voir répondre de
complicité de crimes contre l’humanité devant la CPI ? Les familles des
dizaines de milliers de victimes des miliciens de Sassou Nguesso devront
se contenter de la commisération présidentielle. « Chirac est attaché à
l’Afrique », certes, mais toujours à la manière d’un colon au racisme
caricatural, de toute façon persuadé que les Africains sont « joyeux par
nature ».2
« De là, sans doute, des initiatives françaises en faveur de ce
continent ». On commence par une énième promesse en faveur du
Fonds mondial contre le sida, ça ne mange pas de pain. Une taxe sur les
billets d’avion ? « Aussi généreuses soient-elle, les initiatives de ce
type » ont surtout pour avantage de servir d’alibi et de jeter un voile sur
les choses sérieuses : les transferts ininterrompus de capitaux de
l’Afrique vers la France, et plus généralement du Sud vers le Nord. On
croit rêver de voir encore citer les prétendues « annulations » de la dette
et l’APD au titre de cadeaux. L’autopsie de ces supercheries a pourtant
été faite et refaite 3 : Les rééchelonnements et les annulations partielles
de dette ne visent qu’à la rendre « soutenable », c’est-à-dire à perpétuer
son paiement ad vitam aeternam, ou à relancer un nouveau cycle
d’endettement tout en engraissant les entreprises françaises, d’armement
par exemple. Quant à l’APD portée à 0,5 %, pas de quoi pavoiser ni en
quantité, ni en qualité : la promesse de la porter à 0,7 % a été faite par
les pays riches en... 1970. Quant au contenu, une fois retirées les
remises de dette qui ne coûtent rien, les capitaux qui restent au Nord ou
qui y reviennent, il faut examiner au microscope ce qui sert véritablement
aux populations africaines.4
Seule la confusion entretenue entre les intérêts des élites africaines à la
solde de Paris et ceux des populations privées de tout permet de gloser
sur « la France avocate de l’Afrique », au FMI ou ailleurs. Il n’y a qu’une
seule phrase avec laquelle on peut tomber d’accord : « Pour mieux
cerner la réalité de l’engagement africain de la France, d’autres
indicateurs s’imposent. » Proposons-en trois : démocratie, indépendance
politique, satisfaction des besoins sociaux. À cette aune, le bilan est
connu de tous. – VS]

Guinée
AFP, Conté nomme Eugène Camara..., 09/02 : « Réputé intègre,
modéré et proche du président Lansana Conté, [...] M. Camara
semble remplir les critères fixés fin janvier entre syndicats et
gouvernement, selon lesquels le Premier ministre devait être “un
haut cadre civil compétent, intègre, et qui n’a été impliqué ni de
près ni de loin dans des malversations”. »

[Surprenante analyse de l’AFP au soir de la nomination
d’Eugène Camara, que n’ont manifestement partagé ni le mouvement
syndical ni la population guinéenne. Cette nomination a au contraire été
immédiatement et unanimement ressentie comme une dérobade de
Lansana Conté pour confier le pouvoir à l’un de ses fidèles. On
s’interroge donc sur les sources qui ont inspiré une dépêche aussi
complaisante à l’égard de la junte Guinéenne...
Trois semaines plus tard, Conté a finalement été contraint au
consensus, en nommant Lansana Kouyaté à ce poste. – VS]

1

Interview de Jacques Chirac par Catherine Nay sur Europe 1 en 1990.
2
Propos tenus à Marseille peu après la boucherie commise par l’armée
française à Abidjan et rapportés par Le Monde du 16/11/2004.
3
Par le CADTM en particulier.
4
Même Jeune Afrique le reconnaît ! Cf. « Aide fictive », 18/02. Voir aussi
« Le CADTM dénonce l’augmentation totalement artificielle de l’Aide
Publique au Développement », communiqué du 4 avril 2006.

'

Backchich.com, Ceux sur qui Lansana Conté peut
compter (Kaba Bachir), 01/02 : « Depuis le temps que la chute
de Lansana Conté, le président guinéen, est annoncée, son clan
a eu le temps d’organiser la succession. Et espère que ses plans
n’ont pas rouillé dans les tuyaux. [...] Le clan présidentiel ne
désespère pas de se maintenir au pouvoir, une fois le vieux
écarté. Et sans introniser le fifils, pourtant patron de la garde
présidentielle. “Le clan présidentiel et la première dame savent
très bien que personne ne veut d’Ousmane”, se félicite une
barbouze en villégiature à Conakry. Restent deux scenarii. Si la
rue se calme, l’intérim sera confié au nouveau ministre des
Affaires présidentielles, Eugène Camara. La médiation de la
Première dame Henriette Conté et l’annonce de la nomination
d’un Premier ministre indépendant s’inscrivent dans ce
cheminement. Encore faut-il que les manifestations ne se
transforment en insurrection. En ce cas, une méthode plus
prosaïque serait employée : l’appel à un “sauveur”. Prévoyant, le
chef d’État major Kerfalla Camara s’est rendu à Paris en février
dernier, histoire de se faire adouber. [...] Et l’important bataillon
de “Rangers guinéens”, formé et équipé par le soin d’anciens
officiers américains et français, lui est tout dévoué. Une
assurance tout-risque. “Conté ne passera jamais la main en
dehors de son clan”, confirme un haut gradé. »
[L’article n’aurait, en apparence, rien de surprenant si ce n’était
la date de sa parution : 10 jours avant la nomination très peu consensuelle du
« premier ministre de consensus » exigée par les syndicats, et
obtenue par un accord après 18 jours de grève générale. À cette date, et
même jusqu’à la veille de sa nomination, aucune autre source française
ou étrangère à notre connaissance ne mentionnait le nom d’Eugène
Camara, alors ministre des affaires présidentielles. Les quelques
journaux qui se sont livrés aux jeux des pronostics, Jeune Afrique par
exemple, ne le mentionnaient pas. Les syndicalistes Guinéens affirment
n’avoir été ni consultés ni informés sur ce choix qui a instantanément
remis le feu aux poudres. Interrogés, des militants guinéens d’obédiences
diverses vivant en France, affirment qu’aucun indice ne laissait prévoir ce
nom, même si l’on peut s’attendre à tout de la part de Conté. Le
journaliste de Backchich apparaît donc singulièrement bien informé. Si la
source est la « barbouze en villégiature à Conakry » évoquée par l’article,
cela constituerait un indice supplémentaire (Cf. Billets précédent) sur la
manière dont les services français sont étroitement associés à la gestion
de la fin de règne de Lansana Conté en Guinée. Un article du Monde
(15/02, lire plus Haut) confirmait par ailleurs la présence récente de
représentants du clan Conté à la cellule Africaine de l’Élysée. – VS]

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Survie publie une nouvelle brochure pédagogique :

Pierre Laniray (coordonné par)

La France coloniale, d’hier et
d’aujourd’hui

L’homme qui voulait soulever les montagnes

format 15x21, 68 pages, 3 € + 1,30 € de port à Survie

Quel lien entre la colonisation française et la politique néocoloniale de la France en Afrique depuis 1960 ?

François-Xavier Verschave
Éd. les Arènes, juin 2006, 202 pages, 18,00 €

François-Xavier Verschave fut pendant vingt ans l’adversaire
redouté de la Françafrique.
Il croyait à la démocratie et aux engagements publics. Puisque
la République violait en Afrique ses principes fondamentaux, il
avait décidé de porter la plume dans la plaie.
Avec une poignée de bénévoles, une force de travail
considérable, il a rassemblé des milliers d’informations sur la
face cachée de notre politique africaine, écrit des livres
marquants, lancé une commission d’enquête citoyenne sur le
Rwanda, animé d’innombrables conférences.
Grâce à François-Xavier Verschave, la Françafrique a été mise
en procès.
L’homme qui voulait soulever les montagnes retrace l’itinéraire
de ce citoyen absolu, rassemblant ses pages les plus éclairantes
et les témoignages de ceux qui l’ont connu. Document d’espoir,
ce livre est un testament irremplaçable pour tous ceux qui, en
France et en Afrique, ne se résignent pas à l’inacceptable. [4ème
de couverture]

CD Décolonisons (Africa wants to be free 2)
Une compilation de soutien à l’association Survie

En février 2005, les députés français votaient une loi qui
reconnaissait « le rôle positif de la présence française outre-mer,
notamment en Afrique du Nord », mythifiant ainsi la période
coloniale et nourrissant l’orgueil national de certains nostalgiques
(notamment de l’Algérie française).
La volonté d’instaurer une telle version officielle de l’Histoire de
la France montre que, plus de 40 ans après les indépendances,
la colonisation (qui a consisté à imposer la domination française,
souvent par la violence) n’a toujours pas été officiellement remise
en cause. Au contraire, c’est à une véritable tentative de
légitimation que nous assistons, nous révélant que les mentalités
ont finalement peu évolué.
À regarder de plus près les rapports que la France entretient
encore aujourd’hui avec ses anciennes colonies, nous pouvons
constater qu’eux non plus n’ont pas beaucoup évolué depuis les
prétendues « indépendances ». La France y perpétue une
stratégique de domination au nom de la défense de ses propres
intérêts : ingérence dans les affaires africaines (soutien à des
dictatures et à l’organisation d’élections truquées) ; maintien des
États africains dans la dépendance via l’Aide publique au
développement (et la dette) ; pillage des richesses du continent.
La filiation entre la politique de la France en Afrique depuis
1960 et la colonisation qui l’a précédée est une évidence, que
cette brochure documente.

Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Raphaël De Benito, Emmanuel Cattier.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.

Survie a produit en 2003 une compilation de soutien intitulée « Africa
wants to be free! », qui dénonçait la dictature et le néocolonialisme. Cette
seconde compilation vise cette fois-ci à mettre en évidence la filiation
entre le néocolonialisme et les pratiques d'antan et de dénoncer la
persistance d'imaginaires coloniaux au sein de la société française (débat
sur le « rôle positif de la colonisation », discriminations envers les
Français « issus de l’immigration ») . Avec : Didier Awadi, Bernard
Lavilliers avec Tiken Jah Fakoly, Kwal avec Adama Yalomba, Axiom,
Kajeem, Desert Rebel, Tata Pound, Apkass et Hamé, Jahwise, Ministère
des Affaires Populaires, Lassy King Massassy, Duval MC, Meltin et
Sofaa, Papa Poué et Nasree, Synaps, Komandant SIMI OL, Casey.
Sortie en février 2007, disponible sur commande à Survie dès novembre
2006 : 12 € + 1,30 € de port à Survie.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : mars 2007 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
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