Fiche du document numéro 22683

Num
22683
Date
Jeudi Février 2007
Amj
Fichier
Taille
1014155
Titre
Billets d'Afrique No. 155
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Tableau de chasse

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Le 24 sommet France Afrique se tiendra en France, à Cannes, les 15 et 16 février prochains. Chaque édition de ce sommet
bisannuel approfondit un peu plus le fossé entre le discours stéréotypé qu'on y tient et la réalité africaine.
Depuis les années 70 l'Afrique francophone, bien loin de prospérer, plonge de plus en plus dans la pauvreté. Constituant
d'abord un enjeu de la rivalité est-ouest, les pays africains francophones avaient été verrouillés par des institutions et des
dirigeants despotiques appuyés sur la répression et le parti unique. Seuls les cadres africains dociles et intéressés, c'est-àdire les plus médiocres moralement et intellectuellement, ont été propulsés aux commandes des jeunes États, qui avaient
pourtant besoin d'une impulsion nationale forte pour exister.
Depuis les années 1990, les despotes se sont maintenus au pouvoir par des mascarades électorales et autres réformes
constitutionnelles. La corruption et le pillage ont littéralement explosé. La dette, pour rembourser des investissements
ruineux et inutiles, gonflés par la surfacturation, a étranglé des pays tombés sous la coupe de la banque mondiale. Les
services de base, transports ferroviaires, électricité, eau, sont passés de la gestion prédatrice des oligarchies au pouvoir à la
privatisation au bénéfice de multinationales rapaces, plus soucieuses de retour rapide sur investissement (cinq ans en
moyenne) que de l'intérêt des populations. Les indices de développement humain, espérance de vie, accès à l'eau, à
l'éducation, aux soins, sont dramatiquement en chute libre, tandis qu'on monte en épingle des taux de croissance dus
seulement à l'augmentation du pillage dans une économie de traite.
Dans ce contexte, les fastueuses exhibitions de dirigeants déconsidérés ne peuvent qu'attiser la colère populaire. Les
incantations débitées dans les rencontres internationales des chefs d'État, sur la lutte contre la pauvreté et la corruption, sur
la bonne gouvernance, sur le co-développement, dernier avatar d'une coopération qui a laissé l'Afrique exsangue, ne peuvent
qu'exaspérer ceux qui connaissent par expérience la réalité africaine. Gageons qu'on en aura un excellent exemple dans la
déclaration finale de ce sommet, à ajouter à la collection des 23 précédentes. Ces rassemblements de bons apôtres penchés
sur l'Afrique font penser à autant de docteurs Knock répandant les maladies qu'ils affirment guérir.
Les jeunes générations africaines héritent de pays dévastés, aux réserves de matières premières dilapidées, tandis que
s'étalent au pouvoir les gérontocraties les plus impudentes, cramponnées depuis des décennies sur des pays agonisants
qu'elles n'en finissent pas de vampiriser. Tout a été fait pour pousser les populations, sous l'empire de la misère, aux révoltes
spontanées et suicidaires.
Un des thèmes africains les plus pittoresques et les plus ressassés dans les médias occidentaux (livres, documentaires,
fictions cinématographiques, reportages) est le combat pour sauver la faune du continent, ou du moins ce qu'il en reste. On ne
peut pas allumer sa télé sans tomber ici ou là sur le sujet. Quel malheur, si un jour on ne pouvait plus organiser de safaris pour
les fines gâchettes de la jet-set internationale ! Un tel
*+
+
,
+ désastre culturel est insupportable. On a donc protégé le
gibier dans quelques espaces restreints pour pouvoir
( - Guinée, état de terreur : avec les encouragements français.
donner à quelques privilégiés un permis de tirer sur des
( . - Togo - Côte d'Ivoire : le double jeu que révèle l'agenda du
animaux quasi apprivoisés.
général Tidjani.
On déplore bizarrement beaucoup moins la disparition
( / - Delta du Niger : l’eldorado pétrolier dans le sud du Nigeria est
des forêts - très peu de documentaires sur le sujet - encore
en proie à une instabilité chronique. Des groupes armés réclamant
moins le gâchis de l'exploitation frénétique des ressources
notamment un meilleur partage des pétro-dollars multiplient depuis un an
les attaques et les kidnappings. Le plus important d’entre eux : le Mend.
naturelles - là les reportages sont carrément interdits - c'est
que non seulement cela ne nuit pas aux privilégiés mais cela
(
- Darfour : l’hypocrisie internationale persiste.
les sustente. Il n'est pas question de leur arracher leur proie.
( 0 - Somalie : trois changements de régimes autoritaires en un an.
Les populations, elles, sont le détail gênant dans tout ça :
Articulations internationales du conflit.
elles ne servent vraiment à rien et il y en a franchement trop,
comme l'a écrit en des termes d'une finesse toute française,
(
- &
le Chardonne des garçons-coiffeurs, Jean-Claude Jouhaud
dit Pascal Sevran. Seul l'art peut dire le réel. On comprend
que tant de gens distingués aient volé à son secours.
Si un rassemblement de "décideurs" prétendant être
1 2
utiles à l'Afrique avait le moindre sérieux, il ne prendrait
qu'une seule résolution : Il faut interdire la chasse, aux
(
minerais, à la flore, à la faune pour laisser une chance de
+
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survie aux hommes.
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Odile Tobner

Moi(s) contre la Françafrique

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Guinée
Le ras-le-bol d’un peuple réduit à la misère
Communiqué de Survie, le 25/01
Le 10 janvier 2007 l’intersyndicale réunissant la confédération nationale
des travailleurs guinéens (CNTG) et l’Union syndicale des travailleurs de
Guinée (USTG) a déclenché une grève générale, la 3ème en un an.
Les revendications portent sur la baisse du prix des produits de base,
la hausse des salaires, la lutte contre la corruption. Les syndicats
demandent aussi la formation d’un gouvernement d’union nationale,
estimant que l’actuel président Lansana Conté n’a plus la faculté de
gouverner, du fait de son état physique et mental. Il a montré son mépris
de la justice guinéenne en allant en personne, en décembre 2006, libérer
son ami le milliardaire Mamadou Sylla arrêté deux semaines auparavant
et mis en détention sous l’inculpation de corruption.
15 jours après le début de la grève, la répression qui a répondu au
mouvement populaire a déjà fait au moins une trentaine de morts. Les
responsables de la CNTG, Brahima Fofana, et de la CNRG, Hadja
Rabiatou Serah Diallo, ainsi que sept autres dirigeants syndicaux, ont
été arrêtés, après avoir été menacés de mort par Lansana Conté luimême, en guise de dialogue. Les tirs sur la foule et les arrestations sont
le fait de la garde présidentielle, où sévit le propre fils de Lansana Conté,
le capitaine Ousmane Conté, qui s’est distingué dans la répression.
La situation de la Guinée est la conséquence de 23 ans de pouvoir
despotique et prédateur exercé par le président Lansana Conté. Le
colonel Lansana Conté est arrivé au pouvoir en avril 1984, par un coup
d’État militaire. Avant de faire carrière dans l’armée guinéenne il avait
participé, comme sergent dans l’armée française, à la guerre d’Algérie.
Après l’instauration du multipartisme dans les années 90, il a remporté par
la fraude les élections de 1993 et de 1998, provoquant la réprobation de
l’opinion internationale, mais félicité par l’ambassadeur de France. Il a ensuite
fait ratifier par referendum le droit d’exercer un nombre illimité de mandats.
Malgré ces abus, une corruption galopante, l’emprisonnement
d’opposants, tel Alpha Condé, candidat à l’élection présidentielle, détenu
pendant deux ans, le général Lansana Conté a toujours été soutenu par
la France, qui est le fournisseur du matériel anti-émeutes utilisé à
maintes reprises contre les manifestations, faisant de nombreuses
victimes. La Guinée, sous la coupe du clan présidentiel, tente d’en sortir.
La Guinée est au premier rang mondial pour les gisements de bauxite
et en est le deuxième producteur. Le minerai est exploité par un
consortium réunissant l’Américain Enron, le Japonais Marubeni et la
Compagnie guinéenne, avec la Banque Mondiale. Les profits
considérables de cette exploitation vont aux compagnies exploitantes et
au clan présidentiel, rien n’est consacré au pays et à ses habitants, qui
vivent dans le plus misérable des dénuements.
Devant le risque de voir le pays basculer dans une violence
généralisée, l’Union Européenne a invité au dialogue, l’ONU exige des
enquêtes, l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) a
manifesté son inquiétude. La France s’est tardivement jointe à ces
avertissements.
Nous soutenons le peuple guinéen dans sa lutte pour obtenir un
gouvernement soucieux de l’intérêt du pays et des citoyens. Il est temps
que la communauté internationale exerce des pressions efficaces sur les
dirigeants guinéens auteurs des pillages et des crimes qui oppriment le
peuple, pour que les profits de l’exploitation des mines reviennent à
l’ensemble des Guinéens et servent à améliorer leurs conditions de vie.
Nous demandons à la France, qui soutient inconsidérément le
pouvoir discrédité de Lansana Conté, de ne pas faire obstacle aux
légitimes aspirations du peuple guinéen à la démocratie.
Nous demandons notamment qu’elle cesse toute coopération
avec la Guinée dans les domaines régaliens tel que l’assistance
militaire technique et l’aide à la Gendarmerie, tant que l’État
guinéen n’aura pas mis en place un système de gouvernance
démocratique et instauré l’État de droit 1.
1. Cette revendication de conditionner l'
aide française au respect de l'
État de
droit et à la gouvernance démocratique, fait partie de l'
ensemble des
revendications exprimées par une vingtaine d'
ONG françaises dont Survie, dans le
cadre de la campagne « État d'
urgence planétaire. Votons pour une France
solidaire », coordonnée par le CRID et destinée à interpeller les futurs candidats
aux élections présidentielle et législatives en France en 2007 :
http://www.crid.asso.fr/spip.php ?mot38

Guinée : silence, on tue !
Au lendemain du carnage commis le 22 janvier par les forces
de répression, Amadeu Altafaj Tardio, porte-parole du
commissaire européen Louis Michel, pour le développement et
l'
aide humanitaire, déclarait sur RFI : « Il est clair que nous
continuerons à soutenir le processus visant à renforcer la
démocratie, et bien sûr s'il y a des dérapages, ces décisions
peuvent être revues, si dérapages il y a, et après consultation de
toutes les parties, des décisions en ce sens peuvent être prises,
mais ce n'est pas en discussion pour l'instant. » Le 24, Louis
Michel durcissait un peu le ton, condamnant « les violentes
interventions des forces de l'ordre » et assurant que celles-ci
« pourraient » entraîner un gel des fonds européens. Ces propos
appellent une première question : combien de dizaines de morts
supplémentaires faut-il pour faire sauter le conditionnel, comme
le voudrait l’article 96 de l’accord de Cotonou qui conditionne
l’attribution de l’aide au respect des droits de l’Homme et des
principes démocratiques ? Et une deuxième : quel processus de
« renforcement » de la démocratisation l'
Union Européenne
prétend-elle soutenir quand le pouvoir tire à balles réelles sur la
foule désarmée ? La démocratie est-elle en marche quand le
propre fils du dictateur dirige la rafle des militants syndicaux ? À
quoi sert-il de déverser des dizaines de millions d'
euros (93
millions annoncés en juin et 147 millions promis en octobre) sur
un pays n°2 au hit parade mondial de la corruption ?
Quelle coopération européenne ?

Les événements récents ont amplement démontré que
l'
accord politique de décembre dernier, qui avait incité l'
Union
Européenne à reprendre une coopération économique n'
était
que de la poudre aux yeux. Cette aide, comme les précédentes,
ne profitera en rien à la population dont les conditions de survie
ne cessent de se dégrader. Les Guinéens l'
ont parfaitement
compris, comme en témoignent l'
évolution des mots d'
ordre de la
grève générale, passant de revendications sociales et judiciaires
(après la libération arbitraire du patron des patrons, Mamadou
Sylla, emprisonné pour détournements de fonds) à des
revendications politiques (démission de Lansana Conté). Signe
de la détermination des insurgés : ils se disaient prêts à mourir
plutôt que d'
en rester au statu quo.
Si l'
Union Européenne voulait réellement soutenir un
processus de démocratisation en Guinée, elle financerait les
contre-pouvoirs auxquels elle a le toupet de conseiller la
« modération ». Elle pourrait surtout proposer la mise en place
d'
une commission d'
enquête internationale sur l'
évaporation,
depuis des décennies, des richesses tirées de l'
or, des diamants
et de la bauxite (dont la Guinée possède les premières réserves
mondiales).
Discrétion française

De son côté, le gouvernement français se contentait du
service minimum. Le 19 janvier, après les premières victimes de
la répression, Jean-Baptiste Mattéi, le porte parole du ministère
des Affaires étrangères (MAE), se fendait d'
une courte
déclaration exprimant sa « préoccupation », et appelait toutes
les parties au « dialogue », alors que la dernière audience des
syndicalistes s'
était soldée par des menaces de morts de
Lansana “Ubu” Conté.
Le mardi 24 janvier, il indique finalement que « la France
condamne l'usage de la violence par les forces de l'ordre face à
une population pacifique et regrette l'arrestation des
responsables syndicaux, même si ceux-ci ont été depuis
libérés ». Un petit mieux puisque, en juin dernier, lors de la
précédente grève générale, le MAE français n'
avait fait que
« déplorer », sans les condamner, l'
assassinat de 18 étudiants
(et 83 blessés). On reste très loin des moyens de pression que

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la France pourrait exercer au regard de ses responsabilités dans
la situation actuelle.
Après la mort d’un Sekou Touré tout juste réconcilié avec
Foccart, Lansana Conté est installé au pouvoir. Le régime est
alors couvé par les réseaux gaullistes. Ses forces spéciales sont
formées par la DGSE. À partir des années 1990, les élections
truquées sont légitimées au niveau international, jusqu’à
récemment par un spécialiste en la matière : Jacques Chirac.
Quelle coopération française ?

La France a repris, avec la Guinée, une coopération
économique et militaire à partir de 1985. Dans la revue Frères
d'Armes n°247 (novembre 2005, disponible sur le site du
ministère de la défense), l'
ex-ambassadrice de France en
Guinée, Bernadette Lefort, chiffrait l'
aide bilatérale annuelle à
« environ 50 millions d'euros par an » notamment pour « le
renforcement des capacités institutionnelles de l'État et la
promotion des valeurs démocratiques ». La blague est cher
payée ! Et ce n'
est pas tout : « Outre ses engagements au plan
bilatéral, la France joue un rôle prépondérant au plan
multilatéral, notamment par le canal de l'aide accordée à la
Guinée par la Commission européenne (25 % par la France sur
le total de l'aide). »
Dans la même revue, l'
enthousiaste attaché de Défense, le
Lieutenant-colonel Pauc, qualifiait la politique du gouvernement
de « courageuse et dynamique » et caractérisait la coopération
militaire en Guinée de « particulière et attachante à la fois » avec
« un réel capital de sympathie » et un « climat très favorable au
développement d'une coopération complice et fraternelle », au
point d'
envisager l'
ouverture d'
une nouvelle École Nationale à
Vocation Régionale (ENVR, école militaire française
décentralisée) en Guinée.
L'
attaché de Défense notait également : « il est encourageant
de constater combien, à leur retour [de formation], les stagiaires
nouvellement formés sont utilisés dans leurs nouvelles
compétences et à leur niveau de responsabilité. » Des propos
qui sonnent étrangement après qu'
on ait vu les militaires
tabasser les manifestants blessés, et dévaliser leurs maisons.
Les fameux « Bérets rouges » (la garde prétorienne du dictateur)
n'
ont pas hésité également à bloquer l'
accès du quartier
administratif aux manifestants, tirant à la mitraillette, et même au
lance-roquettes ! On ignore si ces méthodes et le soutien à
Conté font l'
unanimité dans l'
armée guinéenne : toujours est-il que
des mercenaires de Guinée-Bissau ont été appelés en renfort.

Les conseillers français

D'
autres français sont également très bien placés en Guinée
(même si le business est ouvert à d'
autres influences,
américaines, russes ou libanaises). Michel Billard est conseiller
du ministère des mines guinéens et a organisé à Düsseldorf en
octobre 2006 un symposium sur « les potentialités géologiques
et minières considérables de la Guinée » (L'
Aurore - Conakry 28/09/2006). Lansana Conté est également escorté d'
une
conseillère en communication, Chantal Colle, au cœur du
pouvoir guinéen depuis 10 ans.
Enfin la succession de l'
autocrate est suivie de près par
l'
Élysée et la cellule africaine de Michel de Bonnecorse, selon La
Lettre du Continent (cf. par exemple Conté branché en direct sur
l'Élysée, 14/10/2004). Et de rappeler que le nouvel ambassadeur
de France en Guinée, Jean-Michel Berrit est « un "vieil"
Africain » nommé en 2005 « pour "gérer" le président Lansana
Conté et son interminable succession » (LdC, 21/07/2005).
Brigitte Girardin s'
était également rendue en Guinée fin mai
dernier pour relancer la coopération, prôner « le dialogue entre
le pouvoir et l'opposition [...] pour éviter toute aventure militaire
qui déboucherait sur des affrontements ethniques » (Le Point,
08/06/2006). Une demie réussite, sans doute involontaire : les
affrontements sont sociaux et ont fait passer au second plan les
instrumentalisations ethnistes. Quant à l'
aventure militaire...
[Victor Sègre]

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Le double masque de la diplomatie togolaise
dans la crise ivoirienne :
le général Tidjani comme révélateur ?
Du 25 au 27 novembre dernier, le général togolais à retraite,
Assani Tidjani, était à Bouaké, capitale de la rébellion ivoirienne,
aux côtés des Forces nouvelles de Guillaume Soro. Il fit dans le
quotidien ivoirien Nord-Sud des 2 et 3 décembre la confession
suivante qui faillit faire chavirer le navire mafieux sur lequel lui et
le clan Gnassingbé se trouvent embarqués : « Je ne suis pas
venu au séminaire d'une rébellion. La rébellion est terminée
depuis longtemps... Depuis 2005, j'ai quitté le gouvernement. Je
n'ai plus de fonction ministérielle. Cela veut dire que je suis à la
disposition du gouvernement de mon pays pour toutes les
missions qu'il voudra me confier ». À la question de savoir s'
il a
été autorisé à faire le déplacement, le général répliqua : « Un
général quand il se déplace ne le fait que sous autorisation.
Evidemment je ne suis pas venu en Côte d'Ivoire à pied. Je suis
venu par voie aérienne, avec tout ce que cela implique. J'ai
satisfait toutes les formalités d'usage car j'ai une autorisation de
sortie ». Il ajouta dans la même interview qu'
il était régulier dans
la zone rebelle depuis six mois, qu'
en 2002 il y a passé plusieurs
nuits et que Guillaume Soro est une de ses vieilles
connaissances. Dix jours plus tard après l'
interview, le 12
décembre, le pouvoir Gbagbo annonce avoir déjoué un coup
d'
État sans accuser cependant nommément personne.
Au Togo, les autorités se sentirent implicitement visées. Le 16
décembre, la hiérarchie militaire se réunit précipitamment et
infligea au général voyageur deux mois d'
arrêt de rigueur « pour
avoir accordé une interview à un journal ivoirien » qui jette des
suspicions sur le pouvoir togolais quant à son soutien au
président Laurent Gbagbo selon le communiqué officiel publié
sur le site gouvernemental republicoftogo. Les faucons du régime
réclament même de le déchoir de sa nationalité, comme ils ont
l'
habitude de le faire à l'
encontre des barons tombés en disgrâce.
Si les déclarations du général Tidjani sont exactes, et il n'
ya
pas de raison objective qu'
elles ne le soient pas, la sanction qui
le frappe cache mal les turpitudes de la diplomatie togolaise
dans la crise ivoirienne.
Le double jeu diplomatique de Lomé

Comme dans tout État voyou qui se respecte, existe au Togo
une double diplomatie, l'
une officielle, très souriante, qui pousse
le pouvoir à effectuer toutes sortes de médiation dans les
résolutions des conflits continentaux et sous-régionaux et pour
laquelle des mains plutôt intéressées que naïves lui ont décerné
une multitude de récompenses et de prix de la paix en chocolat
massif. L'
autre face, officieuse, mais antinomique de la
précédente, consiste pour le clan Gnassingbé à déployer
d'
immenses ressources imaginatives pour extraire de ces crises
qu'
il “médiate” d'
énormes bénéfices en espèces sonnantes et
trébuchantes. Cette diplomatie au double visage de Janus, avait
fonctionné avec une parfaite réussite dans la guerre civile
libérienne, et avant celle-ci, particulièrement dans la guerre
d'
Angola où le Togo fut épinglé par les rapports onusiens
comme violateur régulier et constant de l'
embargo sur les armes
à l'
Unita de Jonas Savimbi. Le Togo ne produit pas de diamant
que l'
on sache, mais il fait paradoxalement partie de
l'
Association des pays africains producteurs de diamant qui vient
de se créer en novembre (cf. dépêche d'
Angop du 1er novembre
2006), et il existe à Lomé, depuis des lustres, des comptoirs de
vente de cette pierre précieuse qui ne peut provenir que du trafic
avec le Liberia de Charles Taylor et de l'
Angola de Jonas
Savimbi, sans parler de l'
existence des comptoirs de l'
or trafiqué
au Ghana. Il est inutile de rappeler aussi que le Togo vend sur le
marché international plus de cacao qu'
il n'
en produit, et on sait
que ce surplus provient du Ghana pénalisé par la faiblesse de sa
monnaie, le cedi, par rapport au franc CFA.

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Dans la crise ivoirienne, Faure continue d'
opérer selon la
stratégie élaborée par son père : le double masque
diplomatique. En novembre et décembre 2002, le Togo abrita
des négociations entre Abidjan et le mouvement rebelle, et
envoya un contingent participer à la force internationale de
l'
Onuci. Ça, c'
est pour le “diplomasque” officiel. Dans le même
temps, par un dédoublement de la personne qu'
affectionne le
pouvoir en place, il apporte son soutien à la rébellion pour le
compte de laquelle le port de Lomé fonctionne comme une plateforme de transit du matériel militaire via le Burkina Faso. De
l'
autre côté, le cacao rebelle arrive au port de Lomé en passant
par le “Pays des hommes intègres”, transformé à son tour en
plaque tournante entre la zone de la rébellion et la capitale
togolaise. Le clan au pouvoir à Lomé n'
a absolument aucun
intérêt objectif de voir se résorber la crise ivoirienne qui a fait
exploser littéralement le fret portuaire qui dégage d'
importantes
entrées fiscales destinées à compenser partiellement la
suspension des subventions de Bruxelles à laquelle le Togo est
soumis depuis 1993 pour déficit démocratique. Notons ici que
Guillaume Soro était pratiquement le dernier politique étranger à
rendre visite au général Eyadéma à la tête d'
une délégation
venue à Lomé assister aux festivités marquant le 13 janvier
2005, anniversaire de sa prise du pouvoir.
Un jeu trouble dans lequel l’Élysée voit clair

Il est très difficile de penser, au regard de sa présence
panoptique dans le pays et surtout à Lomé, que la France n'
est
pas informée de ce commerce révélé au grand jour avec l'
affaire
Robert Montoya, trafiquant d'
armes français prospère installé à
l'
aéroport de Lomé, et impliqué dans la montée de la crise
ivoirienne en novembre 2004. C'
est que sur l'
échiquier de sa
géopolitique ouest-africaine, l'
Élysée a conçu le Togo comme un
pion stabilisateur dans la crise ivoirienne. Lorsqu'
il était au Quai
d'
Orsay, Dominique de Villepin se faisait le défenseur acharné
de cette thèse. Celle-ci a été renforcée depuis la disparition du
général Eyadéma en février 2005 dans la mesure où Jacques
Chirac a jeté tout son poids dans la bataille des présidentielles
d'
avril 2005 pour que Faure, le fils de son « ami personnel » soit
élu dans les conditions que l'
on sait. L'
un des enjeux principaux
de ces présidentielles togolaises était aussi la tête du président
ivoirien Laurent Gbagbo dont le nationalisme économique,
forcément anti-français, ou plus précisément anti-entreprises
françaises, nouvelle idéologie qui a remplacé l'
ivoirité (encore
que ce nationalisme économique mérite des nuances, car de
grands groupes français détiennent encore des monopoles dans
des secteurs importants de l'
économie ivoirienne) et dont la
capacité à jouer avec les nerfs de la communauté internationale
(c'
est-à-dire en fait principalement la France et accessoirement
les autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies)
en ne se sentant pas lié par des accords qu'
il a signés finissent par
irriter l'
Élysée pour qui il n'
a jamais été le “bon cheval" pour diriger
la Côte d'
Ivoire, l'
"ancienne vitrine de la France en Afrique".
Certes, la manipulation politique n'
est pas à exclure de
l'
annonce du coup d'
État manqué contre le président ivoirien qui
a aime mobiliser la rue et l'
opinion comme ressource de
légitimation dès que son horizon semble s'
assombrir. Mais le
pouvoir ivoirien, qui connaît suffisamment les méandres et les
arcanes de la Françafrique, a probablement de bonnes raisons
de s'
inquiéter, en rapprochant entre eux les séjours du général
Tidjani à Bouaké (du 25 au 27 novembre), de Xavier Darcos,
ancien ministre de la Coopération et membre du Comité
directeur de l'
UMP (28 novembre) et de Michel de Bonnecorse,
"Monsieur Afrique de l'
Élysée" (11 décembre) à Lomé. Lors des
événements de novembre 2004 dans le quartier présidentiel de
Cocody, l'
élimination de Laurent Gbagbo par des militaires
français n'
était-elle pas programmée selon les clabauderies
ambiantes ? En tout cas, on serait de mauvaise foi de croire que
Jacques Chirac ne cherche pas à "faire sauter" Laurent Gbagbo,
devenu persona non grata, avant de rendre les clés de l'
Élysée,

°

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et il ne fera rien non plus pour consolider le pouvoir
de son homologue ivoirien, tant la détestation entre
les deux hommes est devenue irrationnelle et somatique. La
perspective de l'
arrivée annoncée du Parti socialiste aux affaires
en France sur laquelle surfe Laurent Gbagbo rend cette
détestation plus paroxystique encore.
Tidjani : sanctions d’apparat

Quant à la sanction prononcée contre le général Tidjani, il y a
de forte chance qu'
elle reste purement symbolique. Ancien saintcyrien et ancien ministre de la Défense, ce général est un
intermédiaire incontournable dans les trafics d'
armes, où sa
connaissance et son expertise sont grandes, pour le compte de
la famille Gnassingbé. Il a joué un rôle déterminant dans la
capture du pouvoir par Faure, le fils de son ancien patron dont il
était un des sigisbées zélés et dévoués. Il faisait partie du trio de
généraux togolais reçus le 8 mars 2005 à l'
Élysée par Jacques
Chirac juste avant les présidentielles sanglantes d'
avril avec
mission explicite de tirer sur la population le cas échéant tout en
préservant la vie des Français installés dans le pays. Ce qu'
il fit
avec une brutalité inouïe à bord d'
un hélicoptère de combat dans
la région d'
Aného dont il est originaire. Bref, le général Tidjani
n'
est donc pas n'
importe qui : il est une pièce maîtresse
indispensable dans le dispositif françafricain au Togo, et surtout
dans cet axe Paris-Ouaga-Lomé-Bouaké construit pour encercler
manifestement Laurent Gbabgo. C'
est pourquoi la sanction prise
à son encontre ne sera pas effective et ne l'
est pas au moment
où s'
écrivent ces lignes. Comme furent sans lendemain les
sanctions ou les procès contre Robert Montoya et Charles
Debbasch, ces supposés wanted, qui ne sont nullement inquiétés
et continuent de mener belle vie sous les tropiques de l'
impunité.
Quand on lit bien le communiqué du commandement militaire
togolais, il est à relever que le général Tidjani n'
est pas
sanctionné pour ses contacts répétés avec la rébellion ivoirienne,
mais pour avoir commis cette bourde monumentale consistant à
accorder une interview dans la presse où il dévoile sur la place
publique le double masque de la diplomatie togolaise dans la crise
ivoirienne. C'
est là le fait marquant à retenir de cette histoire de
voyage du général togolais dans la zone de la rébellion ivoirienne ;
tout le reste, à savoir le coup d'
État manqué contre Gbagbo et la
sanction infligée à Tidjani, relève très probablement du domaine
de la manipulation communicationnelle.
[Comi M. Toulabor, CEAN-Sciences Po Bordeaux]

Un monde de Brut
Le Delta du Niger, eldorado pétrolier dans le sud du Nigeria, est en
proie à une instabilité chronique. Des groupes armés réclamant
notamment un meilleur partage des pétro-dollars multiplient depuis un an
les attaques et les kidnappings. Le plus important d’entre eux : le Mend.

Dans une région victime d’une catastrophe écologique
majeure, où 80 % des 27 millions d’Ijaws, Ogonis et Itsekiris
survivent avec moins d’un dollar par jour, les revendications
sociales, politiques et environnementales ne manquent pas.
Les multinationales pétrolières qui opèrent dans le delta sont
dénoncées par les communautés locales : «Impunité, spoliation,
corruption et enfer social sont les piliers de la mondialisation
façon Shell » déplore Lerum Medee du MOSOP (Mouvement
pour la survie de la tribu des Ogonis) dont le plus célèbre
représentant reste l’écrivain et militant Ken Saro-Wiwa, pendu
par la dictature Abacha en novembre 1995.
La région foisonne de rebellions, souvent soutenues en
période pré-électorale par des hommes politiques pour
décourager leurs adversaires. Certains de ces groupes ont
rejoint un nouveau mouvement, plus radical, bien organisé et
maîtrisant parfaitement sa communication grâce notamment à
lnternet : le Mend (Mouvement d’émancipation du delta du
Niger), apparu en janvier 2006.

!

’%
%

2



Ses combattants lourdement armés disposent d’embarcations
ultra-puissantes. Le mouvement a revendiqué l’attaque
d’importantes infrastructures de Shell, Agip, Chevron ou Total
causant une baisse non négligeable de la production et
provoquant notamment l’évacuation du terminal d’exportation de
Shell/Forcados. Le Mend fait également pression sur le
gouvernement central en kidnappant des dizaines d’expatriés,
tous employés du secteur pétrolier.
En réponse, Lagos a créé des unités spéciales de l’armée,
équipées par les compagnies pétrolières, qui attaquent
indistinctement, rebelles, gangs armés ou simples citoyens.
Le journaliste de la télévision publique grecque, Yargos
Avgeropoulos, a pu approcher les combattants du Mend : « ils
ne réclament pas de rançon pour les otages. Il exige en
revanche la libération de militants séparatistes et des
compensations pour les dégâts écologiques. Mais attention car
la réalité est plus complexe ».
Il est vrai que les deux leaders Ijaws, Alhaji Mujahid DokuboAsari et Diepreye Solomon Peter Alamieyeseigha, réclamés par
le Mend n’ont rien d’enfant de chœur : le premier est un
admirateur déclaré de Ben Laden, le deuxième, ancien gouverneur
de l’état de Bayelsa, est emprisonné pour corruption aggravée.
Tolérées par les autorités locales, le Mend serait-il
instrumentalisé par quelques politiques cherchant à déstabiliser
le régime du président Olusegun Obasanjo à l’approche des
présidentielles d'
avril 2007 ?
« Aux élections de 2003, dans les neuf états du delta,
personne n’a été élu, par personne. À l’époque, plusieurs
hommes politiques ont embauché des jeunes chômeurs, avides
d’argent, et les ont armés avec une seule mission : leur assurer
la victoire. Les jeunes ont gardé les armes et ils sont désormais
incontrôlables. Initialement, ils n’étaient pas les combattants de
la liberté qu’ils sont devenus.» explique Anyyakwee Nsirimovu,
ancien compagnon de lutte de Ken Saro-Wiwa (Institut des droits
de l’homme-Port Harcourt).
Lerum Medee, du MOSOP, rajoute : « ces élus savent où ils
dorment, où ils mangent mais ils préfèrent les laisser faire car
pendant que ces rebelles se font remarquer, ils continuent, dans
l’ombre, à piller l’argent public »
Anyyakwee Nsirimovu, est allé à la rencontre de cette
nouvelle génération d’opposants : « ils rejettent toute lutte
pacifique, ils n’ont pas oublié la répression de 95 ». Ce que
confirme, un des rebelles, interrogé par Yargos Avgeropoulos :
« si on parle pétrole, on parle d’abord avec les armes ! Comme
les géants du pétrole. Notre prix pour la cessation des hostilités
contre l'industrie pétrolière reste l'émancipation du delta du Niger
et de son peuple» [Raphaël De Benito]

Darfour : L’appel de Paris d’Abdelwahid Al-Nur
De récentes dépêches du service d’information des Nations
Unies titrent : Les massacres continuent au Darfour (18/01). Les
agences humanitaires des Nations Unies tirent la sonnette
d’alarme (17/01). Et pourtant, on attend toujours la réponse
adéquate face à de tels cris d’alarme, qui se succèdent
maintenant depuis quatre ans.
Le déploiement de la fameuse « force hybride » (un composé
de forces des Nations Unies et de l’Union Africaine, portant
uniforme national, casque bleu et brassard UA), prévu en trois
phases, fait du surplace. La première phase – déploiement de
conseillers militaires et de police – n’a pu s’établir en l’absence
1
des locaux qui devaient l’accueillir au Darfour . Ces conseillers
sont donc retournés à Khartoum. Les phases suivantes, devant
mener au déploiement d’une force mixte ONU-UA de 20 000
hommes au Darfour, ne seraient pas inscrites dans un agenda
1

Un premier contingent de 50 éléments a finalement pu se rendre au
Darfour fin janvier ; la suite est en attente de décision.

°

(

proche, en dépit des déclarations d’intention et
d’urgence. De nombreuses sources proches du
dossier qui fréquentent les couloirs de l’ONU affirment qu’il ne faut
espérer quoique ce soit de concret avant un an !
Les États-Unis, qui jusqu’ici tenaient un discours menaçant à
l’égard de Khartoum (faisant craindre de leur part une
intervention unilatérale intempestive), reculent au point d’excuser
le gouvernement soudanais d’avoir omis de préparer l’accueil de
la première phase au Darfour : « C’est une chose qu’on ne peut
pas reprocher au gouvernement soudanais » a déclaré le porteparole du département d’État Sean McCormack. Les États-Unis
avaient pourtant donné jusqu’au 1er janvier 2007 au Soudan pour
accepter le déploiement d’une force de paix au Darfour, sous
peine de devoir faire face à une action coercitive... Le 12 janvier,
l’émissaire du président américain pour le Darfour, Andrew
Natsios, a annoncé la décision de Washington de coopérer avec
la Chine « pour obtenir une paix négociée au conflit ». Moins
diserte sur la question, la France semble, elle aussi, être entrée
dans une « coopération » avec Pékin à cet égard... Difficile
dossier, certes, éminemment régional, il est cependant
caractérisé par un « problème » majeur : Khartoum tue en toute
impunité, et réussit, année après année, à retarder toute intervention
destinée à protéger ses victimes. L’indispensable volonté
politique – et morale – internationale n’est pas au rendez vous.
Du coup, le fondateur et principal dirigeant du Sudan
Liberation Movement (SLM 2), Abdelwahid Al-Nur, a appelé
l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union
européenne (UE) à intervenir « ainsi qu’ils l’ont fait dans le cas
de la Bosnie ». Le SLM, dans son « Appel de Paris » lancé le 17
janvier lors d’une conférence de presse tenue dans la capitale
française, a souligné son désespoir de voir l’ONU honorer ses
responsabilités avant d’obtenir la collaboration pleine et entière
de Khartoum sur laquelle on ne peut compter 3.
Outre les multiples réticences à l’égard des interventions
conduites sous l’égide de l’OTAN, notons que l’UE n’a pas
jusqu’ici exercé de pressions (qu’il s’agisse du Darfour ou de la
région dans son ensemble) sur les pays membres du Conseil de
Sécurité de l’ONU issus de ses frontières. Au fond, le SML le fait
à sa place. Dans l’espoir d’être entendu jusqu’à New York ? Le
SLM a réaffirmé son soutien au déploiement d’une force de
l’ONU au Darfour lors d’une rencontre entre le commandant Ahmed
Abdelshafi et Andrew Natsios le 19 janvier à Abeche (Tchad).
Le SLM est un mouvement politique. Il affirme l’ambition
d’instaurer un régime laïc et démocratique au Soudan,
susceptible de permettre à toutes les régions de ce vaste pays
de vivre ensemble et d’assurer la répartition équitable des
richesses nationales sur l’ensemble du territoire. Il affirme
également son ouverture au dialogue à l’échelle régionale afin
que la paix y revienne. Abdelwahid Al-Nur a débuté son appel au
secours des populations du Darfour en regrettant de ne pouvoir le
lancer depuis Khartoum, la capitale de son pays, le Soudan. [SC]

Darfour, qui dit la vérité...
Le représentant du Secrétaire général des Nations unies pour
le Soudan, Jan Pronk, a été déclaré persona non grata par le
gouvernement soudanais le 24 octobre 2006 suite à des
critiques qu'
il a exprimées à l'
égard de ce gouvernement pour
ses violations d'
accords internationaux et des droits de l'
Homme.
L'
ONU, glissant sous les fourches caudines de Khartoum, a
laissé tomber Pronk, remplacé à son poste le 31 décembre.
Comme dit la chanson, celui qui dit la vérité... doit être écarté.
2

Dont le SLM/A est le bras armé de ce mouvement rebelle au Darfour.
Le ministre des Affaires étrangères soudanais a déclaré le 20 janvier
que le Soudan n’avait pas d’objections à un éventuel déploiement d’une
force de l’ONU au Tchad pourvu qu’elle s’abstienne de mettre les pieds
au Soudan (AFP).

3

’%
%

!

2



°
1

Dans un récent article, paru sur le site Sudan Tribune , Jan
Pronk stigmatise la timidité onusienne face aux crimes commis
au Darfour par Khartoum, en soulignant un point particulièrement
inquiétant des négociations menées avec ce dernier. Il s'
insurge
contre l'
établissement d'
un mécanisme décisionnel tripartite,
exigé et obtenu par Khartoum, chargé de la mise en œuvre de
tout accord sur la force hybride, composé de l'
ONU, de l'
Union
africaine, et du gouvernement soudanais ! Ainsi le gouvernement
soudanais dispose, au même titre que l'
ONU et l'
UA, du pouvoir
d'
accorder ou refuser son consentement à toute décision. Il
dispose du pouvoir de veto concernant les mouvements de
troupes ou autres dispositifs que l'
UA et l'
ONU jugeraient
nécessaires pour la protection des civiles. Cette situation s'
est
insinuée dans le décor sans l'
aval du Conseil de sécurité, qui
semble avoir laissé faire. [SC]

Somalie : trois régimes autoritaires en un an !
De plus en plus d'insécurité pour des populations menacées à la fois par
les bombardements "aveugles" des américains, les inondations, la famine
et les maladies. Lire aussi Billets n°152, Somalie - Éthiopie - Djibouti.
Conquête des Tribunaux islamiques

En octobre 2006, les Tribunaux islamiques avaient
pratiquement conquis tout le Sud d’une Somalie emprunte à la
dictature des chefs de guerre, laissant seulement au
gouvernement de transition, "le secteur de Baïdoa". Il semble
que le Puntland avait fait quelques concessions pour maintenir son
autonomie et que le Somaliland ait réussi à se maintenir à l’écart.
La victoire des Tribunaux islamiques contre les "chefs de
guerre" (récemment financés et armés par les Américains, et
appuyés par le gouvernement de transition, qui les combattait
récemment encore !), avait été obtenue grâce au soutien massif
de la population qui ne supportait plus les exactions commises
par ces bandes armées autonomes et incontrôlées (viol, vols,
razzia, destruction de maisons, de villages...)
Sous prétexte d'
un retour aux valeurs traditionnelles, les
dirigeants islamistes extrémistes avaient aussitôt appliquée la
“charia” d'
une façon stricte : par exemple plusieurs cas
d'
exécutions publiques et immédiates, de personnes surprises à
ne pas prier, ont été rapportés par des témoins. Agissant ainsi,
ils se sont aliénés rapidement une majorité de la population qui
les avait pourtant accueillis en libérateurs quelques semaines
auparavant.
Majoritairement chrétienne, l'
Éthiopie a toujours soutenu le
gouvernement de transition, parce qu'
elle redoute l'
arrivée d'
un
régime islamiste en Somalie qui pourrait tenter de rallier ses
propres populations musulmanes avec le risque de développer
un conflit intérieur.

Assaut éthiopien

À partir du 24 décembre 2006, l'
armée éthiopienne s'
est
lancée à l'
assaut des forces des Tribunaux islamiques, avec le
soutien d’abord discret des forces américaines. Après un
bombardement aérien de l'
aéroport de Mogadiscio le 25
décembre, les forces terrestres ont rapidement conquis le pays,
prenant position dans la capitale le 29 décembre. Cette guerre
éclair a fait de nombreuses victimes parmi les populations civiles
somaliennes.
Les dirigeants islamiques ont été aussitôt qualifiés de
terroristes membres d'
Al Qaïda. Reculant au Sud, ils ont été
contraints de s'
arrêter à la frontière avec le Kenya qui, obéissant
aux "recommandations américaines", a empêché leur passage.

Forces US, avec un gouvernement de transition tout en finesse...

À partir de ce moment, les Américains sont entrés en action.

Au moins un bombardier AC-130 a décollé à
plusieurs reprises de la base US de Djibouti pour
bombarder le Sud du pays au motif de traquer des terroristes
dont ils ont donné les identités. En dépit de cris de victoire et
bien que les informations soient contradictoires, il semble qu'
ils
n'
aient pas réussi à atteindre leurs cibles. Mais ils n'
ont pas
épargné les populations civiles innocentes : le bilan est difficile à
établir. Selon les informations reçues, on dénombrerait au moins
une centaine de morts et probablement plus...
Ce terrible bilan n'
a pas arrêté les militaires américains qui
poursuivent leurs bombardements passant outre une timide
condamnation internationale (peu médiatisée) : associations,
gouvernement italien (Massimo d'
Alema)...
Le président du gouvernement de transition a fait son entrée
dans Mogadiscio début janvier 2007. Ses premières décisions
ont été de décréter la loi martiale pour trois mois et d'
interdire les
stations de radio privées. Face à la pression internationale
conduite en particulier par RSF, il a été contraint de revenir très
rapidement sur cette interdiction...
Depuis le 20 janvier, on annonce le début du retrait des forces
éthiopiennes : retrait véritable ou faux semblant ? Des observateurs
affirment qu'
il ne pourrait s'
agir que d'
un retrait « de façade », car les
forces éthiopiennes maintiendraient des postes d’observation.
Plusieurs pays africains 2 ont donné leur accord pour participer
à une force de maintien de la paix et de nombreux pays
occidentaux s'
accordent sur le fait qu'
il faut financer la
reconstruction. Au-delà des paroles, il ne semble pas que ces
promesses soient suivies d'
effets concrets à ce jour.
Les islamistes qui avaient appelé la population à la guerre
sainte contre l'
Éthiopie et qui ont été défaits ensuite, ont
annoncé qu'
ils allaient déclencher une vague de violence dans la
capitale et dans le pays. La Villa Somalia, résidence du
Président, a été attaquée au mortier. Plusieurs attentats à
l'
aéroport et en ville ont fait de nombreuses victimes, non
seulement parmi les soldats éthiopiens, mais aussi parmi les
civils somaliens. Va-t-on voir se développer une situation
semblable à celle que subit l'
Irak, avec l’émergence d'
une
guérilla organisée ?
Perspectives

En résumé, on peut dire que les deux décisions américaines
majeures n'
ont rien réglé et qu'
au contraire, elles ont contribué à
renforcer les haines et l'
insécurité. Rappelons que la première
décision avait été, en avril 2006, de financer les chefs de guerre
et la seconde en janvier 2007, de bombarder les villages du Sud
de la Somalie.
L'
intervention armée éthiopienne a mis un terme aux ambitions
des Tribunaux islamiques, mais elle a été généralement
ressentie comme une invasion à caractère colonialiste par les
populations somaliennes.
Les chefs de guerre ne manqueront pas de retrouver un
certain pouvoir, dans la mesure où le gouvernement de transition
a besoin de leur appui pour rétablir un minimum d'
autorité. On a
signalé le ralliement de certains d'
entre eux, mais un ralliement
est généralement assorti de compensations... lesquelles ?
Bref, les populations somaliennes subissent et continuent à subir :
- trois modes de régimes autoritaires et différents en moins
d'
un an ! La dictature des chefs de guerre, puis la Charia et
enfin la loi martiale et des attentats aveugles, dans l'
indifférence
quasi générale.
- les effets ravageurs des inondations qui se poursuivent et le
développement de la fièvre du Rift.
Le mutisme de la France est impressionnant ! À part l'
expression
de sa préoccupation, le MAE est resté plus que discret.
Par ailleurs et comme nous l’avons signalé (in Billets n°152, op.
2

1

www.sudantribune.com The wrong approach of the UN with Sudan's
government (La mauvaise approche de l'
ONU à l'
égard du
gouvernement soudanais), 14/01.

(0

Selon une dépêche de l’agence Reuters « L'
Ouganda, le Malawi et le
Nigeria ont promis des soldats. Le Mozambique et d'
autres pays

!

’%
%

2



cit.),

l'
Érythrée qui soutenait les Tribunaux islamiques,
commence à bouger contre l'
Éthiopie. Nos correspondants à
Djibouti nous ont signalé que des bruits de botte étaient perçus
dans le Nord de Djibouti. Ces différents épisodes auront-ils aussi
pour conséquence une reprise de la guerre entre l'
Érythrée et
l'
Éthiopie ? C'
est à craindre ! [Jean-loup Schaal]

RDC : à l’est rien de nouveau ?
Selon l’International crisis group (ICG), les autorités
rwandaises, décidées à traduire en justice ses quatre plus hauts
responsables 1, estiment cependant que la majorité des
commandants des FDLR (Forces Démocratiques de Libération
du Rwanda, milice hutu opposée au pouvoir de Kigali) sont
innocents des pires crimes commis au Rwanda durant le
génocide des Tutsi.
Quoi qu’il en soit, ces miliciens opèrent toujours en République
Démocratique du Congo, au Nord Kivu en particulier, où leurs
exactions, comme celles commises par certaines des Forces
2
armées congolaises (FARDC) , continuent de peser lourd sur
les populations. Ils occupent l’axe Rutshuru (environs 75 km au
nord de Goma) / Ishasha (plus à l’est, sur la frontière
ougandaise), où « ils font la pluie et le beau temps » selon des
sources de la région. Plus étonnant, ils serviraient, sous les yeux
apparemment consentants de la Monuc (Mission des Nations
unies au Congo), de “supplétifs” aux FARDC qui croisent le feu
avec les troupes du Général rebelle Laurent Nkunda (qui
traquent les milices FDLR, notamment d’anciens génocidaires
encore présents parmi ces dernières). Nkunda, visé par un
mandat d’arrêt lancé par l’État congolais pour crimes de guerre
et atteintes graves aux droits de l’Homme (sanction que Nkunda
est loin d’être le seul militaire congolais à mériter) se déplace
pour autant sans problème dans le Masisi, région du Nord Kivu
proche du Rutshuru dont il est originaire. Nkunda a confirmé la
signature prochaine d’un accord de paix (dont les détails sont
3
encore à l’examen) entre son mouvement rebelle avec les
autorités congolaises qui le confirment de leur côté. Cet accord
interviendrait à la suite d’une médiation conduite par Kigali dans
le cadre d’une entente en ce sens entre les présidents congolais
et rwandais, Joseph Kabila et Paul Kagame (quoique le
Président Kagame n’ait pas été invité à la prestation de serment
du président élu du Congo début décembre).
En dépit de ses crimes, de nombreux « rwandophones » (Hutu
ou Tutsi congolais du Nord Kivu qui s’expriment en kinyarwanda)
semblent compter sur Laurent Nkunda pour assurer leur
protection dans un contexte où les conflits identitaires sont loin
d’être dépassés et où “le Rwandais” (la haine ambiante accuse
ces congolais d’être des “étrangers”) n’est pas en sécurité.
Laurent Nkunda accuse le Général Christian Houdet, chef
d’État-major des forces de la Monuc, de s’opposer au
désarmement des FDLR (en refusant aux FARDC décidées à s’y
employer tout soutien onusien au-delà du logistique) en raison
du soutien français au camp rwandais qui a ordonné et exécuté
le génocide, et de son hostilité à l’égard du camp des victimes.
La Monuc souligne l’incapacité opérationnelle des forces
congolaises, ce qui est incontestable. Il est cependant troublant
de constater, plus de douze ans après le génocide, l’incapacité
internationale à mettre fin aux activités de ces “forces négatives”.
envisageraient aussi de participer à cette force. L'
Afrique du Sud et le
Rwanda ont pour leur part exclu tout déploiement. »
1
Dont l’un, le Colonel Kanyandekwe, décédé fin décembre, aurait été
empoisonné par le commandant en chef Silvestre Mudacumura, selon
les mauvaises langues de la région. Kanyandekwe, selon ces sources,
prônait l’arrêt des hostilités entre les Forces combattant Abacunguzi
(FOCA, bras armé des FDLR) et le Rwanda alors que Mudacumura
s’oppose au désarmement et au rapatriement des ses hommes.
2
Ce qu’attestent, de longue date, tous les observateurs de la RDC et
tous les rapports la concernant.
3
Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP).

°

(

Il serait consternant, si cela se confirme, de
constater que la Monuc tolère leur appui aux
FARDC qui répondent aux attaques menées par les hommes de
Nkunda. Or, il est devenu difficile d’en douter en raison du
nombre de sources crédibles qui l’affirment. Les besoins de ces
“forces négatives” présentes au Congo n’ont pas été négligés
par la France du temps où des forces rwandaises et
ougandaises occupaient l’est du pays. Depuis leur retrait, il est
difficile de vérifier les rumeurs et accusations selon lesquelles la
situation resterait inchangée. Certaines actions, ou certaine
inaction internationale alimentent cependant les soupçons.
L’axe Kigali/Kinshasa est-il engagé – malgré les multiples
obstacles qui s’y opposent – dans une opération de sa propre
initiative visant à atteindre, à terme, des objectifs susceptibles de
ramener la paix ? La gageure est immense, l’optimisme ne
s’impose pas, mais pourquoi n’en serait-il pas capable ? En cela,
nulle part ailleurs, réside l’espoir. [SC]

Agathe Kanziga : une révélation inattendue
Agathe Kanziga, la veuve de l’ancien président rwandais
Juvénal Habyarimana, a été entendu par la Commission des
recours des réfugiés (CRR) le 25 janvier (la CRR rendra sa
décision le 15 février prochain). Lors de cette audience, le
rapporteur de la CRR, Jan Koszmaluk, a révélé un élément
d'
information inattendu. Il a affirmé que le Tribunal pénal
international pour le Rwanda (TPIR) a émis un mandat d'
arrêt
contre Agathe Kanziga maintenu sous scellés. Il existerait donc
(forcément) un acte d'
accusation contre Madame Kanziga.
La CRR est une instance judiciaire indépendante. Elle
n'
instruit pas des procès, mais des demandes d'
asile, et prend
ses décisions en fonction de « raisons sérieuses de penser ». En
l’occurrence, elle affirme avoir des raisons sérieuses de penser
qu’Agathe Kanziga a participé au génocide des Tutsi rwandais
en tant qu’instigatrice ou complice.
La demande d’asile à l’Office français de protection des
réfugiés et apatrides (OFPRA) a été déposée par Madame
Kanziga le 8 juillet 2004. Cette demande a été rejetée
implicitement le 10 septembre suivant (60 jours après le dépôt
de la demande, qui est le délai légal à l'
issue de laquelle le rejet
est implicite). Le recours a été enregistré par le CRR le 19 mai
2005, l'
OFPRA a officiellement rejeté sa demande d'
asile le 4
janvier 2007. [SC]

Faux Billets
– Contrairement à ce que nous laissions entendre dans Billets
n°154, il n’y a pas de lien direct entre les consultations en
Nouvelle-Calédonie par « vote bloqué » et le fait que Jacques
Chirac soit parvenu en 2003 a faire supprimer toute mention
« Kanak » des statistiques officielles. En revanche, la
connaissance du vote kanak lors des scrutins a fait long feu en
2003, ce qui n’est pas bon signe pour la politisation des
revendications indépendantistes. De plus, une erreur d’une
décennie (celle qui mène des accords de Matignon à ceux de
Nouméa) s’est glissée dans l’explication du « vote bloqué » : il
concerne les personnes arrivées avant 1998 (et non 1988),
inscrites sur les listes. Le « vote bloqué » a été confirmé par le
Sénat le 16 janvier, mais cette mesure n’est qu’une bonne
nouvelle très accessoire, écartant le droit des personnes
arrivées en 1999 de voter aux élections des assemblées de
province et du congrès, en 2009. Nous y reviendrons après la
modification constitutionnelle très prochainement.

(Achevé le 26/01/2007)

’%
%

!



2

°

(3

) " # " (((
Impunité
« Aujourd'
hui, dans un arrêt attendu depuis plus de deux ans, la Chambre criminelle de la Cour de cassation française a décidé de
casser et annuler “en toutes ses dispositions” la décision du 22 novembre 2004 de la Chambre de '
l'
instruction de la Cour d'
appel de Paris
qui avait annulé l'
intégralité de la procédure des “Disparus du Beach” de Brazzaville. La Cour de cassation décide ainsi de renvoyer devant
la juridiction de Versailles laissant la voie ouverte à la réouverture de l'
enquête.
La Fédération internationale des ligues des droits de l'
Homme (FIDH), la Ligue française des droits de l'
Homme et du Citoyen (LDH) et
l'
Observatoire congolais des droits de l'
Homme (OCDH) se félicitent de cet arrêt qui devrait permettre aux victimes d'
obtenir justice et de
demander réparation devant un tribunal indépendant. Tel n'
avait pas été le cas lors de la mascarade de procès qui s'
est tenue devant la
Chambre criminelle de Brazzaville, conduisant en août 2005 à l'
acquittement de l'
ensemble des personnes poursuivies.
Or, depuis l'
origine de cette affaire, le politique était omniprésent et avait tenté de tenir en laisse la justice comme en atteste notamment
la libération -dans des conditions dénoncées avec la plus grande vigueur a l'
époque par la FIDH, la LDH et l'
OCDH – de Jean François
NDENGUE, directeur de la police congolaise, dans la nuit du 2 au 3 avril 2004 par la Cour d'
appel de Paris. Le juge d'
instruction chargé du
dossier avait d'
ailleurs saisi le Conseil Supérieur de la Magistrature à propos des pressions subies dans le cadre de son enquête.
La plus haute juridiction française rappelle aujourd'
hui l'
importance de la séparation des pouvoirs entre l'
exécutif et le judiciaire et se
faisant rétablit un équilibre en faveur du droit.
La Cour de cassation confirme ainsi que la justice française est compétente pour poursuivre et réprimer les auteurs de crimes de
tortures commis qui ont conduit au massacre de plus de 350 personnes au Beach de Brazzaville en avril et mai 1999. Elle renvoie ce
dossier devant la juridiction de Versailles.
La FIDH, la LDH et l'
OCDH rappellent que l'
instruction qui avait duré plus de deux ans et demi avait permis de rassembler énormément
d'
éléments et de témoignages à charge impliquant les plus hauts responsables de l'
État congolais.
“C'est une victoire majeure pour les victimes de torture et de disparitions forcées au Congo Brazzaville auxquelles le droit à la justice
avait été refusé au profit de la raison d'État” a déclaré Patrick Baudouin, avocat des parties civiles et président d'
honneur de la FIDH. »
(FIDH, LDH et OCDH, communiqué, L’affaire des Disparus du Beach : une importante victoire contre l'impunité, le 10/01).
[Survie, partie civile dans cette affaire, se réjouit, avec la FIDH, la LDH, le Collectif des parents des disparus et les rescapés du massacre de
cette victoire. – SC]

% &

#

*

Côte d’Ivoire

Françafrique

AFP, Girardin rencontre Gbagbo et évoque des "relations
apaisées", Abidjan, 12/01 : « La ministre française déléguée à la
Coopération Brigitte Girardin a rencontré pour la première fois
vendredi le président ivoirien Laurent Gbagbo à Abidjan, symbole
selon elle des "relations apaisées" entre le président ivoirien et la
communauté internationale. [...] Les relations se sont fortement
dégradées entre la France et son ancienne colonie depuis
novembre 2004 et un bombardement de l'
aviation ivoirienne qui a
tué neuf soldats français. Quelques jours plus tard, plusieurs
Ivoiriens avaient été tués par des soldats Français au cours de
violentes manifestations antifrançaises à Abidjan. »

AP, Faux dinars du Bahreïn : le tribunal correctionnel se déclare
incompétent, 16/01 : « Le tribunal correctionnel de Paris s'
est
déclaré mardi incompétent pour juger une affaire portant sur 350
millions d'
euros de faux dinars du Bahreïn, quatre des huit
personnes poursuivies l'
étant pour des faits relevant de la cour
d'
assises. L'
ordonnance saisissant la 12e chambre du tribunal
visait les faits criminels de "transport, mise en circulation et
détention de signes monétaires contrefaits ou falsifiés en bande
organisée" et ceux, délictuels, de "blanchiment de fonds en
bande organisée". Le président de la 12e chambre, Dominique
Pauthe, a estimé qu'
il ne pouvait disjoindre les deux séries de
faits, ceux de blanchiment étant totalement liés à ceux mise en
circulation de fausse monnaie. Le parquet s'
était prononcé pour
la disjonction des faits criminels. [...] Mardi, quatre des huit
protagonistes de ce dossier étaient absents, l'
un d'
eux, Hassan
Fadoul, ressortissant tchadien résidant au Togo, se voyant
e
refuser un visa pour venir en France, selon son avocate, M
Marie-Laure Barré, malgré les interventions du président du
tribunal et du ministère public. Me Barré avait plaidé un renvoi de
l'
affaire à une date ultérieure afin que M. Fadoul puisse obtenir
les documents pour venir en France avant de se demander si ce
refus de visa ne cachait "pas une volonté politique" au regard
des longues relations franco-tchadiennes. M. Fadoul a affirmé
lors de l'
instruction avoir agi sur l'
ordre du président tchadien
Idriss Deby qui souhaitait financer sa campagne électorale. [...]
L'
enquête n'
a pas identifié les véritables commanditaires de cette
affaire sans précédent. »

[Si la France courtise Gbagbo en ce début 2007, c'est
probablement pour qu'il honore l'invitation au 24ème sommet FranceAfrique qui aura lieu à Cannes en février. Ce serait une victoire pour la
diplomatie africaine de Jacques Chirac. On est étonné cependant de lire,
à la fin de cette dépêche, une relation aussi biaisée des événements de
novembre 2004. Si les mots ont un sens, "plusieurs" n'est pas
exactement l'adjectif qui convient pour désigner la soixantaine de
victimes tombées spécifiquement devant l'hôtel Ivoire, alors qu'elles
manifestaient contre la présence de l'armée française dans ce lieu, siège
de services gouvernementaux ivoiriens, où il n'y avait aucun Français à
protéger. Même si l'épisode est peu glorieux pour l'armée française, on
doit à la vérité de ne pas l'escamoter ou le travestir. – OT]

!

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2



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[En septembre 2004, Billets d'Afrique rappelait : « La sulfureuse
affaire des "vrais-faux dinars de Bahreïn" a impliqué tout un pan de la
Françafrique, de Kinshasa à N'Djaména, Niamey et Paris en passant par
Rabat. Au minimum. Malgré l'ampleur de l'escroquerie, et le montant de
fausse monnaie amené à Paris, la justice française reste très discrète. »
Trois ans plus tard, force est de constater que l'on piétine toujours : le

(

procureur s'obstine à vouloir saucissonner l'affaire et Hassan Fadoul
(Voir Billet n°111 pour la reproduction de son témoignage recueilli par
RFI), qui avait déjà été empêché de témoigner lors du procès « Noir
Silence » intenté à François-Xavier Verschave, est de nouveau persona
non grata devant un tribunal. Et il n'est pas certain qu'il n'y ait qu'Idriss
Deby que l'on cherche à protéger... – VS]

)
Bob Swaim, Lumières noires, film documentaire, 52 min,
Production Entractes, 2006.
En septembre 1956, à Paris, le créateur et rédacteur en chef de
"Présence Africaine", Alioune Diop, parvenait à organiser, à la Sorbonne,
le 1er Congrès des écrivains et artistes noirs. Parmi les 27 intervenants,
la fine fleur intellectuelle noire des États-Unis, de l'
Afrique noire et des
Caraïbes : Amadou Hampaté Bâ , Léopold Sedar Senghor et Cheikh
Anta Diop, Aimé Césaire et Frantz Fanon, le jamaïcain Marcus James,
l'
afro-américain Richard Wright, l'
haïtien Jean Price Mars, René
Depestre, Edouard Glissant, James Baldwin, Claude Lévi-Strauss. C'
est
Picasso qui signa l'
affiche de la manifestation.

Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes [première édition
française : 1998], Préface de Patrick de Saint-Exupéry, et Terra
nullius, Les Arènes, 2007, 14,80 € chaque volume
Dans ces deux ouvrages Sven Lindqvist publie les carnets de ses
voyages, en Afrique pour l'
un [Lire Billets n°86], en Australie pour l'
autre.
Il y souligne la visée exterminatrice de l'
expansion européenne, aux
dépens des peuples autochtones, voués à la disparition selon la loi
d'
airain d'
un darwinisme social impitoyable. Place aux forts ! [OT]

Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)

"Lumières noires" raconte comment et pourquoi les autorités
françaises, américaines et soviétiques de l'
époque ont tout fait pour
perturber ce congrès, en dénigrer les conclusions et en étouffer la
portée. Par son importance, un tel événement a laissé des images, des
documents, des interviews même si l'
Histoire les a consciencieusement
dissimulés. Les derniers participants encore en vie apportent leurs
témoignages et se souviennent d'
un congrès fondateur, qui sera suivi, à
la veille des indépendances, en 1959, de celui de Rome. Superbe.
Lumières Noires est en attente de programmation sur France
Télévision. Programmes à surveiller dans quelques mois ! [RDB]

Fadel Dia, Á mes chers parents gaulois, Les Arènes 2007, 335 p.
Dans cet essai ironique, Fadel Dia, né en 1939 au Sénégal, ancien
professeur d'
histoire et géographie, qui a occupé différents postes au
Ministère de l'
éducation du Sénégal avant d'
être Secrétaire général de la
conférence des ministres de l'
éducation des pays francophones, vide son
sac sur la relation franco-africaine telle qu'
il l'
a vécue.
Son écriture, d'
une impeccable élégance, sa culture aux références
françaises sans faille, témoignent de ce qu'
a été la francisation des élites
intellectuelles en Afrique francophone. Cette entreprise ne serait pas
condamnable en soi si la France avait reconnu à ces élites le droit de
parler d'
égal à égal avec l'
intelligentsia française. Or Fadel Dia relève
avec une pertinence sévère la persistance des préjugés, le paternalisme,
la condescendance avec lesquels les intellectuels africains sont traités
par la France.
D'
abord ils ne sont acceptés que lorsque, comme L. S. Senghor, ils
chantent la supériorité de la langue et de la culture françaises. Mais,
même dans ce cas, ils ne sont guère considérés lorsqu'
ils n'
ont plus
d'
utilité, montrant leur office de purs faire-valoir. L'
ostracisme attend ceux
qui, comme Cheikh Anta Diop, osent remettre en cause la prééminence
des maîtres blancs et ne s'
alignent pas sur leurs dogmes.
L'
arrogante domination culturelle que la France a exercée sur ses
colonies, s'
ajoutant à la domination politique et la parachevant d'
une
façon terriblement efficace, risque de prendre fin brutalement. Il n'
est pire
hostilité que celle qui succède à un amour déçu. Fadel Dia invite les
Français à laisser tomber les écailles qui aveuglent leur regard sur les
Africains, à écouter ce qu'
on pense d'
eux, qui les surprendra
certainement.
S'
ils ont assez d'
esprit pour admettre la critique, ils pourront peut-être
comprendre que les jeunes générations souhaitent tourner la page et
construire leur destin de French speaking sur la base d'
une réflexion
africaine, comme l'
ont déjà fait avec l'
anglais, l'
espagnol et le portugais,
les peuples qui ont depuis longtemps rompu le cordon ombilical avec les
métropoles colonisatrices. [OT]

!

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(

Février 2007 : Mobilisation contre la Françafrique
Sommet citoyen France-Afrique
Le 24ème Sommet des chefs d’État France-Afrique se tiendra les 15 et 16 février prochains à Cannes. Depuis 1994, ce type d’évènement donne lieu à
une mobilisation de la société civile et à l’organisation de "contre-sommets" sous l'
impulsion de Survie et d'
Agir Ici. Cette année encore un "Sommet
citoyen France-Afrique" est organisé à Paris du 11 au 13 février par Survie, le CCFD, le Cédétim, Greenpeace, le groupe Afrique d'
ATTAC, Oxfam
France-Agir Ici, le Secours catholique.
Si les "contre Sommets" précédents ont permis de faire le constat des dérives de la politique de la France en Afrique dans différents domaines, celui de
2007 est axé sur la formulation de solutions concrètes et de propositions alternatives élaborées en collaboration avec les organisations de la société
civile africaine. (Programme complet disponible sur www.survie-france.org)
« Moi(s) contre la Françafrique »
Dans ce contexte, Survie organise un mois entier de mobilisations en février dans toute la France, avec des conférences-débat, des projections, des
manifestations, des concerts, etc. La plus grosse mobilisation que l’association ait organisée depuis 2 ans avec la campagne Rwanda 1994-2004 : Les
victimes et complices oubliés du génocide des Tutsi, le Moi(s) contre la Françafrique mobilisera l’ensemble des groupes locaux de Survie. Il verra aussi
le lancement de la toute nouvelle compilation musicale de Survie « Décolonisons ! », contre le néocolonialisme français et les imaginaires coloniaux.
(Programme complet disponible sur www.survie-france.org)
Pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente
Enfin, 2007 est aussi pour Survie une année d'
interpellation des futurs candidats aux élections présidentielle et législatives en France sur la question
des relations franco-africaines ; interpellation menée dans le cadre de la campagne 2007. Etat d'urgence planétaire. Votons pour une France solidaire,
coordonnée par le CRID (collectif d’ONG françaises). (Fiche de revendications consultable sur www.survie-france.org)

Survie publie une nouvelle brochure pédagogique :

La France coloniale, d’hier et
d’aujourd’hui

CD Décolonisons (Africa wants to be free 2)
Une compilation de soutien à l’association Survie

format 15x21, 68 pages,
3 € + 1,30 € de port à
Survie
Quel lien entre la
colonisation française et la
politique néo-coloniale de
la France en Afrique
depuis 1960 ?

En février 2005, les députés français votaient une loi qui
reconnaissait « le rôle positif de la présence française outre-mer,
notamment en Afrique du Nord », mythifiant ainsi la période
coloniale et nourrissant l’orgueil national de certains
nostalgiques (notamment de l’Algérie française).
La volonté d’instaurer une telle version officielle de l’Histoire
de la France montre que, plus de 40 ans après les
indépendances, la colonisation (qui a consisté à imposer la
domination française, souvent par la violence) n’a toujours pas
été officiellement remise en cause. Au contraire, c’est à une
véritable tentative de légitimation que nous assistons, nous
révélant que les mentalités ont finalement peu évolué.
À regarder de plus près les rapports que la France entretient
encore aujourd’hui avec ses anciennes colonies, nous pouvons
constater qu’eux non plus n’ont pas beaucoup évolué depuis les
prétendues « indépendances ». La France y perpétue une
stratégique de domination au nom de la défense de ses propres
intérêts : ingérence dans les affaires africaines (soutien à des
dictatures et à l’organisation d’élections truquées) ; maintien des
États africains dans la dépendance via l’Aide publique au
développement (et la dette) ; pillage des richesses du continent.
La filiation entre la politique de la France en Afrique depuis
1960 et la colonisation qui l’a précédée est une évidence, que
cette brochure documente.

Survie a produit en 2003 une compilation de soutien intitulée « Africa
wants to be free ! », qui dénonçait la dictature et le néocolonialisme.
Cette seconde compilation vise cette fois-ci à mettre en évidence la
filiation entre le néocolonialisme et les pratiques d'
antan et de dénoncer
la persistance d'
imaginaires coloniaux au sein de la société française
(débat sur le « rôle positif de la colonisation », discriminations envers les
Français « issus de l’immigration ») . Avec : Didier Awadi, Bernard
Lavilliers avec Tiken Jah Fakoly, Kwal avec Adama Yalomba, Axiom,
Kajeem, Desert Rebel, Tata Pound, Apkass et Hamé, Jahwise, Ministère
des Affaires Populaires, Lassy King Massassy, Duval MC, Meltin et
Sofaa, Papa Poué et Nasree, Synaps, Komandant SIMI OL, Casey.
Sortie en février 2007, disponible sur commande à Survie dès novembre
2006 : 12 € + 1,30 € de port à Survie.
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Raphaël De Benito, Jean-loup Schaal, Comi M.
Toulabor.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : février 2007 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
http://www.survie-france.org – contact@survie-france.org

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fgtquery v.1.9, 9 février 2024