Fiche du document numéro 22682

Num
22682
Date
Janvier 2007
Amj
Taille
408961
Titre
Billets d'Afrique No. 154
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
°

"

#

%

$ %& '

!



(

)))

Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

$ #*

Pour la paix au Darfour

Le Soudan est le premier pays africain en superficie. Grand comme presque cinq fois la France, il compte 33 millions
d'habitants. Ethniquement il est à la jonction entre le monde arabe et le monde noir, et non "africain", comme l'écrivent bizarrement
certains journaux. Cette opposition est plus culturelle qu'ethnique du fait d'une cohabitation qui date du VIIe siècle.
Cependant les "arabes" soudanais, bien que le plus souvent noirs eux-mêmes, sont politiquement dominants. Le général
Omar El Bechir, arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1989, n'est que le dernier en date des dirigeants arabes, qu'ils soient
nationalistes, marxistes ou islamistes. Cet affrontement a été depuis toujours violent dans le Sud Soudan, où la plus ancienne
guerre civile africaine, qui a duré près de quarante ans, faisant deux millions de morts, entre musulmans et non musulmans, a
pris fin théoriquement en 2005, lorsqu'une constitution de type fédéral, accordant une certaine autonomie aux 26 provinces, a
été adoptée. Mais des dissidences sont apparues également d'une part dans l'Est, où un accord de cessez-le feu est intervenu
le 14 octobre 2006, mettant fin à un conflit qui dure depuis plus de dix ans, et, d'autre part, dans l'Ouest, où la région du
Darfour est ravagée par les violences depuis le début de 2003. La rébellion est le fait de deux organisations principales, le
SML, Mouvement pour la Libération du Soudan, et le JEM, Mouvement pour la Justice et l'Egalité. Des négociations en vue
d'un cessez-le-feu ont eu lieu au Nigeria. La majorité du SML a signé le 5 mai un accord de paix avec le gouvernement
soudanais. La faction minoritaire du SLM ainsi que les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont rejeté cet accord.
Depuis 2004 l'UA intervient en simple observateur de l'application des accords successifs, ce qui n'a pas empêché les
combats de se poursuivre. Pour réduire la rébellion Khartoum compte plus sur les milices arabes Jenjawid que sur l'armée
fédérale. Les exactions contre les populations civiles relèvent du crime contre l'humanité. On évalue le chiffre des victimes à
plusieurs centaines de milliers et deux millions de personnes, sur les six millions que compte le Darfour sont déplacées, soit
dans les camps au Tchad, soit au Soudan même, où Khartoum compte 7 millions d'habitants, dont deux millions de déplacés
des diverses régions en guerre.
Pour tenter de remédier à ce désastre humanitaire la communauté internationale a voté à l'ONU une résolution pour envoyer
des casques bleus assurer la sécurité des populations du Darfour. Khartoum s'oppose jusqu'à présent à cette intervention,
considérée comme hostile. Il faut donc que l'ONU affronte le risque de faire la guerre, elle en a le devoir. En attendant la force
déployée par l'UA est prolongée pour six mois mais elle manque cruellement de moyens. La France vient d'offrir une obole
mais les financements promis par les États arabes pétroliers se font attendre. L'UA demande à Khartoum de désarmer les
milices Jenjawid. Cette demande doit être relayée et appuyée. Tony Blair a proposé d'interdire l'espace aérien du Darfour,
pour mettre fin au bombardement des régions rebelles et de mettre en place un blocus de Port Soudan, seul débouché maritime.
Pendant les massacres en effet les affaires continuent. La
chambre de commerce de Paris invitait il y a quelques jours
à une rencontre pour proposer aux hommes d'affaires les
,
+
opportunités offertes par le Soudan, dont les ressources
$+
+ " . / 0 1 )
font saliver les grandes puissances.
)
Il est excessif de dire qu'on ne parle pas du Soudan sur
+
)
lequel le silence ne peut être comparé à celui qui pèse sur la
Tchétchénie dont un quart de la population civile a péri dans
d'indicibles traitements et dans l'indifférence générale,
tandis qu'on assassine les journalistes qui veulent lever le
voile. Mais parler ne suffit pas. La mobilisation humanitaire
se révèle tristement inefficace. Un arsenal sérieux de
moyens de pression doit être mis en place sur toutes les
parties pour qu'elles désarment. L'accès aux victimes doit
être assuré pour les secours humanitaires.
Sur la frontière du Soudan la France a mis le doigt dans
l'engrenage de la manière forte. Elle a préféré écraser la
rébellion en Centrafrique, plutôt que de conseiller à Bozizé,
incapable de relever ou même de gouverner son pays, de
négocier. Elle prétend éviter ainsi la "somalisation" du pays,
c'est-à-dire son dépeçage par les chefs de guerre. C'est bien
mal parti si on regarde ce qui se passe au Tchad et au
Soudan, où la guerre sans fin s'est installée.
Odile Tobner

Josette Kabwa nous a quittés le matin du 15
décembre. Josette n’était que générosité. Elle a
consacré
à
Survie
toutes
ses
forces,
inlassablement. Quand elle se disait fatiguée, au
printemps dernier, on ne s’étonnait pas. Revenue
d’un séjour avec son mari Léo au Burundi, en
août, elle attribuait la détérioration de son état aux
antipaludéens. Malgré tout elle était avec nous au
CA du 16 septembre. Elle a appris peu après le
mal qui la frappait et a fait face avec courage. Elle
rejoint François-Xavier et nous les unissons dans
notre affection et notre chagrin. À Léo, à ses
enfants, nous souhaitons beaucoup de courage
dans la perte qu’ils subissent et nous les assurons
de notre plus profonde amitié.
Survie

’&
&2 3

"

$*



4

°

5 &

&44* #

Le mois dernier, nous nous sommes efforcés de
montrer le parti pris et l’instrumentalisation suspecte du
rapport du juge Bruguière sur l’attentat contre l’avion du
président rwandais en 1994. Nous présentons ici les
éléments nouveaux allant dans le même sens, et
d’autres (cf. ci-dessous les citations en Ils ont dit ou À
fleur de presse) par lesquels ce rapport, ou
l’interprétation qu’en avaient livré en avant-première
certains journalistes, semble faire “pschit !”
* # $ #



&44* #

"

6

« [Vous faisiez partie du "Network Commando". S'agissait-il de
l'équipe chargée de l'attentat ?] Non ! Je ne sais pas pourquoi on a
exagéré ça. Le Network, c'
était un service de renseignements
dont les membres provenaient de trois groupes : le High
Command, l'
équivalent de la garde présidentielle, la Direction of
Military Intelligence (DMI) et un groupe qu'
on appelait "les
techniciens". Je faisais partie de cette dernière catégorie [...]
C'
est comme ça que j'
ai été amené à voir les gens qui ont
commis l'
attentat, et ce sont ces noms que j'
ai donnés au juge.
[...] Si certains disent que j'
ai participé activement à l'
attentat, ce
n'
est pas mon affaire. J'
en ai assez que mon nom soit utilisé
pour justifier les thèses de tel ou tel. »
(Abdul RUZIBIZA, Libération, “J'ai été amené à voir les gens qui
ont commis l'attentat”, 28/11, interrogé par Christophe AYAD).

« Appartenant au groupe 1 du "network commando", Abdul
Ruzibiza dit avoir effectué les repérages pour l'
attentat, aidé
notamment par le sergent Bosco Ndayisaba [...] Le 6 avril, à
17h30, il a rejoint le point de ralliement à partir duquel les quatre
membres de son groupe se sont déployés pour "couvrir" l'
équipe
de tir qui serait arrivée par ses propres moyens »
(Stephen SMITH, résumant le témoignage de Ruzibiza, in Le
Monde, le 10/03/2004).
[La nouvelle version présentée par Ruzibiza présente un
avantage : s'il n'est pas lié à l'attentat, on comprend pourquoi le juge
Bruguière n'a pas lancé de mandat d'arrêt contre celui qui constitue
son principal témoin. En revanche, on attend les commentaires de
ceux qui n'avaient pas bien compris la première version et leur
appréciation éventuelle, concernant la valeur de ce témoignage... Celui
qui fut exfiltré par la DGSE en 2003 à l'occasion de l'opération Artémis
pour atterrir dans le bureau du juge Bruguière a par ailleurs déclaré
qu'il avait décidé de « suspendre [sa] collaboration » avec ce dernier et
qu'il n'était pas « une marionnette de la justice française » (Le Monde,
07/12) – VS]

Un statut très particulier
Par l'
AFP, nous apprenons que le juge Bruguière a reçu les
avocats de la veuve de Juvénal Habyarimana, Agathe Kanziga,
partie civile depuis avril 2004 dans l'
enquête, instruite depuis
1998, sur l'
attentat contre l'
avion de l'
ancien Président
rwandais du 6 avril 1994. Le rapport de l'
enquête du juge
antiterroriste publiée, l'
émission de neuf mandats d'
arrêts
contre des proches du président Kagame effectuée, ils
venaient sans doute aux nouvelles...
À cette occasion, les avocats de la plaignante ont rappelé

"

6

)

0 1

que cette dernière n'
avait “toujours pas obtenu le statut de
réfugiée en France” dont elle a fait la demande en 2004. Ils ont
déclaré avoir formulé un recours devant la Commission de
recours des réfugiés. En attendant, Agathe Kanziga bénéficie
d'
autorisations provisoires renouvelables régulièrement...
depuis que François Mitterrand l'
a faite débarquer en France
au lendemain du déclenchement du génocide !
Rappelons que l'
ancienne première dame du Rwanda est
notoirement connue pour ses opinions favorables à
l'
élimination des Tutsi. Il est même probable qu'
elle soit parmi
les principaux ordonnateurs du génocide. Une équipe
d'
enquêteurs (composée d'
effectifs peu importants semble-t-il)
lancée sur ses trousses par le TPIR n'
a jusqu'
ici pas réussi à
constituer un dossier susceptible d'
amener la dame devant ce
tribunal. Les enquêteurs n'
auraient pas reçu beaucoup d'
aide
et d'
assistance chemin faisant, et guère d'
encouragements,
notamment dans notre pays.
La France craint la mauvaise publicité qui ne pourrait que
l'
atteindre si elle accordait officiellement – donc publiquement –
refuge à Agathe (après lui avoir offert gîte et couvert1), mais
semble cependant décidée à ne pas la laisser rejoindre la
cohorte des sans papiers. Et si d'
aventure les investigations en
cours la concernant aboutissaient ? Il faudrait aménager son
statut, déjà très particulier, afin de la mettre à l'
abri de tout
inconvénient majeur. Il lui serait pourtant loisible de continuer
d'
accuser le FPR d'
avoir abattu l'
avion de son mari depuis
Arusha, où elle serait mieux à sa place que dans la région
parisienne où elle réside. Mais la fidélité en amitié compte
avant tout... [Sharon Courtoux]

Bruguière dans la presse
On a déjà salué (Billets n°153), l'
article de P. de SaintExupéry dans Le Figaro [25/11, La véritable enquête sur
l'assassinat du président rwandais Habyarimana reste à faire]. Dans
Libération, Christophe Ayad a également relevé certaines
bizarreries et pointé la question du négationnisme [Une relecture
ambiguë de l'histoire, 23/11], tandis que, dans le même numéro,
Thomas Hoffnung exhumait Paul Quilès et dressait le portrait
de Kagame en « ennemi résolu de la France ». On peut
estimer que dans l'
ensemble la presse a porté un regard
critique sur le contenu du rapport Bruguière et le contexte de
son apparition. Quelques articles en revanches laissent
songeurs.
Le Monde

Dans Le Monde du 27/10, J.-P. Rémy relève « une
accumulation d'
erreurs déconcertantes » sur des « détails » et
note « s'
agissant de l'
importance de cette enquête [...] ces
imprécisions laissent songeur. » Il note également des
confusions « plus graves » et souligne que nombre de témoins
sur lesquels s'
appuie le rapport sont indirects, voire douteux.
Étonnamment, cela ne l'
empêche pas d'
affirmer : « Ces
faiblesses ne remettent pas en cause le fond de l'
enquête, dont
les conclusions font porter au FPR la responsabilité de
l'
attentat. Ces conclusions sont confortées, en particulier, par
l'
établissement de la filière des missiles ayant servi à abattre
1

À son arrivée en France au mois d'
avril 1994, le ministère de la
coopération a remis à Agathe Kanziga un chèque de 200 000 francs.
Pour ses projets d'
aide au développement du Rwanda sans doute !

’&
&2 3

"



°

l'
avion de Juvénal Habyarimana, et qui auraient été livrés au
FPR. » Pourtant Rémy reconnaît aussitôt que pour cette
question, le rapport Bruguière s'
appuie sur le témoignage des
génocidaires aujourd'
hui jugés à Arusha, et se demande en
conclusion : « Ces officiers supérieurs peuvent-ils être
considérés comme des témoins fiables ? » La démonstration
porte pour le moins à confusion...
L’Express

Du côté de L'Express (21/11), sous la plume de Eric
Pelletier, Jean-Marie Pontaut et Vincent Hugeux, un long
article paraphrase le rapport qui « met en évidence l’implication
directe de l’actuel président dans l’assassinat, le 6 avril 1994,
de son prédécesseur. Attentat qui déclencha le génocide
antitutsis. ». Pas l'
ombre d'
une interrogation ou d'
une critique.
On fustige en revanche les « manœuvres de désinformation »
et « une campagne de presse, qui débute en Belgique » à
l'
initiative d'
une mystérieuse société ISTO « d'
escrocs manipulés
par la CIA » qui imputent à la DGSE la responsabilité de
l'
attentat. Cette version a déjà été présentée en janvier de cette
année dans le très pro-Péan « Afrique Education ».
Bakchich et le Canard

Enfin, c'
est le degré zéro de l'
information dans les
hebdomadaires satiriques souvent mieux inspirés sur d'
autres
sujets. Le Canard Enchaîné n'
y consacre qu'
une caricature du
meilleur goût : sous la légende « Kigali coupe tout lien avec
Paris », un Rwandais amputé à la machette déclare
« Décidément, couper c'
est une habitude... » ; suggérant en
deux phrases une barbarie atavique et une continuité entre
l'
ancien régime génocidaire et les nouvelles autorités. Dans
Bakchich, une simple brève, et un renvoi vers leur “partenaire”
geopolitique.com qui publie « en exclusivité » le fameux
rapport Hourigan. Un sacré scoop auquel Péan et Smith ont
pourtant déjà assuré une large publicité1... [Victor Sègre]

& '

$

4



4

5 &

&44* #

"

6

Jeune Afrique, L’escalade, 26/11 : « C'
est d'
ailleurs en
concertation avec un Jacques Chirac en fin de mandat que le
juge Bruguière a fixé la date de délivrance des neufs mandats
internationaux. »
[Cf. Billets n°153, ce que nous publiions au sujet des
coïncidences de date qui ont permis d’éviter d’envoyer physiquement
le colonel Saint-Quentin témoigner devant le TPIR. S’agit-il d’un début
de réponse quant aux commanditaires du rapport ? La Lettre du
Continent écrivait pour sa part (23/11) : « l’armée française et ses
officiers généraux veillent » pour expliquer le retour d’un rapport que
l’on croyait enterré. – VS]

Le Monde, L'opération "Turquoise" au Rwanda a trouvé ses
avocats, 07/12 (Philippe Bernard) : « Un ancien ministre, un
général à la retraite, un journaliste à la réputation sulfureuse,
un historien d'
extrême droite et quelques députés de toutes
tendances, parmi lesquels Henri Emmanuelli (PS) et Jacques
Myard (UMP). La défense de l'
armée française, mise en cause
dans le génocide des Tutsis au Rwanda, a mobilisé ce
surprenant aréopage, mercredi 6 décembre, dans une salle de
l'
Assemblée nationale. »

1

Dans Le Vrai journal en octobre 2000 pour le premier, avec une
reproduction partielle du document, et pour le second dans Libération
du 3 novembre 2000, en première page, puis dans Le Monde les 10 et
19 mars, puis à nouveau le 3 avril 2004.

)7

[Les « avocats » mentionnés au début de
l’article sont cités nominativement dans la suite du texte. Il s’agit dans
l’ordre de Bernard Debré, du général Lafourcade, de Pierre Péan et de
Bernard Lugan. On aimerait connaître la liste exhaustive ! Lugan, qui
fait du génocide au Rwanda une analyse en terme de conflit de
« races », imputait en 1994 une « lourde responsabilité dans les
massacres » à « la France socialiste » (Le Figaro, 14/06/1994,
Rwanda, qui est responsable ?). Depuis, il est devenu le défenseur
inconditionnel de Mitterrand, depuis que la mémoire de ce dernier se
confond avec l’honneur de l’armée française (cf. François Mitterrand,
l’armée française et le Rwanda, Bernard Lugan, 2005). Ceci explique
pourquoi on peut retrouver au coude à coudre dans ce combat douteux
des personnalités de la gauche socialiste à la droite la plus extrême.
Qu’en pense la candidate socialiste à la Présidentielle ? – VS]

Libération, Un témoin rwandais récuse le juge Bruguière,
04/12 (Christophe Ayad) : « Nouveau rebondissement dans le
très sensible dossier de l'
enquête du juge Bruguière sur
l'
attentat du 6 avril 1994 [...] Aujourd'
hui, un témoin
abondamment cité par Bruguière dans son ordonnance (pages
23 à 25) accuse le magistrat d'
avoir déformé son témoignage
pour coller à son instruction. Surprise. Emmanuel Ruzigana,
entendu le 29 mars 2004, explique dans une lettre à Bruguière,
dont Libération s'
est procuré une copie, "ignorer l'
existence du
Network Commando", présenté par le juge comme celui qui a
abattu l'
avion, et n'
avoir "aucune connaissance sur la personne
qui aurait tiré sur l'
avion", n'
étant pas à Kigali le 6 avril. Quelle
ne fut pas sa surprise de découvrir, à la lecture de
l'
ordonnance, que Bruguière avait fait de lui un membre du
commando, chargé de la protection du site de tir de missile
depuis la colline de Masaka, et un témoin visuel de l'
attentat.
Contacté par Libération en Norvège, Emmanuel Ruzigana, 35
ans, donne un certain nombre de détails troublants. Premier
problème, Ruzigana parle à peine le français, encore moins
bien l'
anglais. Or le procès-verbal d'
audition, daté du 29 mars
2004 à 15 h 40, dont Libération a pu lire une copie, ne
mentionne que trois personnes présentes : le juge, la greffière
Sandrine Mounes et le témoin. Pas de traducteur en
kinyarwanda ! Pourtant, les réponses du témoin, dans un
excellent français, fourmillent de détails. Aujourd'
hui, Ruzigana
explique que la greffière lisait un texte, lui demandant de
confirmer ou d'
infirmer. "Parfois, je ne comprenais pas la
question, il fallait s'
y reprendre à plusieurs fois. Le juge n'
aimait
pas mes réponses. À la fin, il m'
a dit, énervé : "C'est fini,
sortez, il n'y aura pas d'asile !"" Avant de partir, la greffière lit à
toute vitesse le procès-verbal et lui demande de signer. Il
s'
exécute sans comprendre. Deuxième problème : [...]
Vérification faite au Rwanda auprès de soldats du FPR
présents à l'
époque à Kigali, Ruzigana n'
était pas dans la
capitale rwandaise. [...]. Troisième détail troublant : Ruzigana
assure que, le jour de son audition, Abdul Ruzibiza ( Libération
du 28 novembre), autre témoin clé du juge Bruguière, était
présent dans un bureau attenant. Ruzibiza et Ruzigana se sont
rencontrés à Kigali à la fin des années 90. Le premier semble
avoir joué un rôle central dans l'
exfiltration du second hors du
Rwanda. C'
est Ruzibiza qui l'
incite à se rendre à l'
ambassade
de France en Tanzanie, où un certain "Pierre" lui remettra un
visa pour la France, qu'
il obtient en effet sans difficulté. »
[Si ces faits sont avérés, ce qu'une contre-enquête doit
impérativement établir, ils finissent de ruiner la crédibilité de l'enquête
du juge Bruguière. Il y aurait en revanche à s'intéresser de manière un
peu plus précises aux commanditaires de ce qui apparaît comme un
grossier montage, et aux liens du juges avec les réseaux politicomilitaires en guerre contre le Rwanda depuis plus de dix ans. Il serait
également intéressant d'en savoir davantage sur l'identité et le rôle du
dénommé "Pierre" de l'ambassade de Tanzanie... – VS]

"

#

8

’&
&2 3



°
59

% +

,

)
.

+

:

par Sisulu Mandjou Sory
Les démons de la division et les artistes de la confusion et de
l'
intox semblent avoir pris ces jours-ci le dessus en Côte d'
Ivoire.
Le pays se réveille et s'
endort avec des rumeurs de coups d'
État.
Tout se passe comme si un malin génie s'
amusait à retarder à
l'
infini le retour à la paix, pourtant unanimement réclamé par les
Ivoiriens de tous bords. En effet, et ce n'
est pas le moindre des
paradoxes de ce pays, tous les protagonistes du conflit, pressés
par un fort courant populaire qui exprime de plus en plus
ouvertement son ras le bol de cette crise qui n'
en finit pas, clament
haut et fort leur désir ardent d'
aller à la paix. Le hic est que chaque
camp prétend sauver le processus de paix en multipliant les
préparatifs de confrontation avec les méchants d'
en face. Résultat
de cette course folle : c'
est la cacophonie totale, une succession
de communiqués et de contre-communiqués, d'
invectives, de
demandes de pardon, de recours à des médiations pour régler des
conflits qui n'
existent pas. Bref, c'
est la pagaille ! Dans ce contexte,
les manifestants qui sont tombés récemment sous les balles des
forces dites de « défense et de sécurité » viennent alourdir la liste
macabre de ces nombreux « morts pour rien » qui jalonnent la
sinistre période ouverte par les événements de septembre 2002.
À qui profite cette confusion ? À qui profite le statu quo ?
Dans un dernier rappel à la raison et à l'
ordre (assorti d'
une
énième menace de sanctions) adressé aux protagonistes ivoiriens
de la crise, Kofi Annan, avant de tirer sa révérence à la tête de
l'
ONU, apporte une réponse sans équivoque à ces deux
questions : les acteurs politiques ivoiriens sont tous coresponsables du marasme ambiant.
Disons la même chose sans les circonlocutions diplomatiques
habituelles : dans le contexte actuel, le camp qui a le plus intérêt
au blocage voire au dérapage de la situation, c'
est bien celui du
FPI et de son mentor Laurent Gbagbo. Ce dernier, il faut lui
reconnaître sa franchise sur ce point, n'
a jamais fait mystère de
son refus catégorique de la thérapie onusienne pour sortir de la
crise. Dès l'
annonce du vote de la résolution 1721 il a clairement
indiqué sa préférence pour une voie de sortie de crise bâtie en
interne par les ivoiriens seuls, à l'
exclusion de toute interférence
extérieure. Face à une communauté internationale plombée par les
conflits d'
intérêt des puissances chargées « d'
accompagner la
Côte d'Ivoire vers la paix », le FPI et Gbagbo ont vite compris le
« bénéfice politique » qu'
ils pouvaient tirer de cette faiblesse
onusienne, quitte à s'
embarquer, avec un argumentaire quelque
peu scabreux et brinquebalant dans « une lutte pour la
souveraineté et l'
indépendance de la Côte d'
Ivoire ». Surfant sur la
vague montante du sentiment anti-français bien réel dans le pays,
dû à la gestion chaotique et maladroite du dossier ivoirien par le
locataire actuel de l'
Élysée, les tenants du pouvoir d'
Abidjan font
flèche de tout bois, n'
hésitant pas à recourir dans leur « combat
contre la France » à des fantasmagories servies par des
journalistes aux ordres du palais. Selon l'
aveu de deux grandes
figures de cette presse « au service de la patrie » fait récemment à
un journaliste de l'
AFI qui s'
étonnait de leur grand écart par rapport
à la déontologie journalistique « il s'
agit d'
un journalisme de temps
de guerre où tous les coups sont permis ». Dans cette rude
« bataille contre l'
ancien colonisateur », tous les arguments (même
contradictoires !) sont bons. Un exemple parmi tant d'
autres : au
lendemain de la publication par le Conseil de sécurité de l'
ONU de
la Résolution 1721, comme un seul homme, tous les acteurs et
supporters du camp présidentiel ont applaudi ce qu'
ils ont qualifié
de « déculottée diplomatique de la France » prenant appui sur les
réserves exprimées par certains pays lors du débat de la première
mouture du texte, initiée par la France. Dans son discours, Laurent
Gbagbo s'
en est réjoui et a salué le refus exprimé par ces pays
face à « cette énième tentative de la France de mettre la Côte
d'
Ivoire sous tutelle onusienne » .Une fois passé ce moment quasi
euphorique de « victoire des authentiques républicains ivoiriens
contre la France Chiraquienne », le FPI n'
a pas craint de se

contredire en embouchant un air désormais bien connu des
ivoiriens : « il faut refuser par tous les moyens l'
application de la
1721 par ce que c'
est le résultat de l'
entreprise diabolique de la
France qui rêve de recoloniser la Côte d'
Ivoire ». On voit bien que
la diatribe du FPI est bancale. De deux choses l'
une ; soit la 1721
exprime une « défaite mémorable de la France », soit elle traduit
« sa volonté exclusive de recoloniser la Côte d'
Ivoire ». On l'
aura
compris, l'
essentiel pour Gbgabo et les siens est ailleurs : il s'
agit
avant tout d'
empêcher par tous les moyens l'
application des
décisions de l'
ONU. Leur volonté c'
est de rendre impossible la
jouissance par Banny des fameux « pouvoirs élargis » que lui
confèrent l'
ONU.
Au-delà des contradictions dans l'
argumentaire du régime FPI, la
question qui nous intéresse est de savoir si la défense de la
souveraineté de la Côte d'
Ivoire (combat combien noble) prônée
par Gbagbo n'
est pas un leurre. En effet, avec des faits et chiffres
indiscutables toute personne ayant quelque peu suivi la politique
économique du régime en place sait que la lutte contre la
Françafrique version FPI c'
est largement du pipeau. Car l'
essentiel
des secteurs juteux de l'
économie a été concédé (en toute
souveraineté !) aux entreprises françaises. Comme en attestent les
quelques données suivantes :
– Les deux grandes sociétés des secteurs de l'
eau et de
l'
électricité (la SODECI et la Compagnie Ivoirienne d'
Électricité)
sont toutes les deux concédées à Bouygues,
– Côte d'
Ivoire Télécom a été rachetée par France Câble, une
filiale de France Télécom,
– Orange, filiale de France Télécom a le monopole de la
téléphonie cellulaire,
– Le secteur des Assurances et des Banques est contrôlé par
AXA, AGF Assurances, la BICICI (filiale de BNP Paribas, SIB
(Filiale du Groupe Crédit Lyonnais), Société Générale de Banque
en Côte d'
Ivoire (filiale du Groupe Société Générale),
– Colas(filiale de Bouygues) se partage le marché juteux des
Travaux publics avec la SETAO,
– Dans le transport, on a Sitarail (Bolloré) et AERIA (Chambre
de Commerce de Marseille) qui a racheté l'
Aérport d'
Abidjan,
– Aventis Sanofi garde la haute main sur le secteur de la Pharmacie,
Total Fina Elf sur celui des Hydrocarbures tandis que Sofitel, Novotel
et Club Méditerranée se partagent le secteur de l'
Hôtellerie.
Avec çà, La France peut en effet trembler sous le règne de
Gbagbo, l'
intrépide combattant « du néocolonialisme et du
colonialisme pervers ». Il vient de se faire applaudir par un parterre
de jeunes panafricanistes accourus à Abidjan (à l'
invitation du
« Général de la rue » Charles Blé Goudé) pour saluer l'
exemplarité
de « la lutte héroïque que mène la Côte d'
Ivoire contre la France et
l'
ONU impérialistes ». Tirez le rideau !
Quant à la brouille Chirac-Gbagbo (bien réelle), quotidiennement
surdimensionnée par la presse proche du régime, qu'
en est-il
exactement ? En fait, les ponts (même au plus fort de la crise de
novembre 2004) n'
ont jamais été coupés entre le Palais de Cocody
et l'
Élysée. En ce moment même, pendant que la presse « au
service de la patrie » continue de « tirer à boulets rouges contre la
France Chiraquienne » le ballet des émissaires présidentiels
sillonnant les deux capitales n'
a jamais été aussi intense depuis le
début de crise en 2002. Au plan militaire, le Général Mangou peut
rouler les mécaniques devant les « jeunes patriotes » et envoyer
ses hommes tirer sur les manifestants proches de l'
opposition mais
il sait bien que son armée n'
entreprendra aucune action
significative sans l'
accord (ou tout au moins le feu orange) de la
Force Licorne, qui est la vraie armée disposant de la maîtrise
opérationnelle du terrain ivoirien.
Dans quel but et à qui veut-on donc faire croire que le torchon
brûle entre Paris et Abidjan ?

"

’&
&2 3



À l'
allure où vont les choses, dans l'
intérêt de la paix et sans
forcément abandonner son légitime combat souverainiste de
président élu, Laurent Gbagbo aurait tout à gagner à renoncer au
coup d'
État qu'
il est entrain d'
opérer sous le regard complaisant
des dits « facilitateurs de paix » onusiens. Ce putsch qui s'
opère
sous nos yeux a connu plusieurs épisodes : l'
irruption des FDS
dans le débat politique, l'
impunité accordée à Mangou et à ses
hommes pour traquer, mâter et jeter en prison des présumés
auteurs de coup d'
État en préparation, le contrôle exclusif par le
camp présidentiel des médias d'
État et du Trésor Public, le décret
d'
interdiction des manifestations de rue (en réalité ce décret
instaure de fait un État d'
urgence qui ne veut pas dire son nom), etc.
On peut comprendre la volonté légitime du régime FPI d'
exister,
mais on ne saurait excuser et cautionner sa logique aventuriste
actuelle. Revendiquer son droit à assumer son destin national et
inculquer aux ivoiriens un fort attachement à la République (plutôt
qu'
à l'
ethnie) sont des combats dignes et nobles. Mais ce sont des
combats qui sont exigeants au plan éthique et politique.
Revendiquer la défense de la Constitution est une lutte à mener
dans le contexte ivoirien actuel. Il importe cependant de ne pas le
faire de façon opportuniste dans le seul intérêt de sauver un
régime aux abois. Cela exige par dessus et avant tout d'
être soimême respectueux de la Constitution. Or que constate-t-on ?
L'
article 78 de l'
actuelle constitution stipule la prééminence de la
légalité internationale sur la loi nationale. Le FPI a fait fi de cet
article en récusant bruyamment et sur la base d'
arguments
douteux la résolution 1721. De nombreux articles constitutionnels
reconnaissent et garantissent les libertés individuelles et
collectives. Chacun peut voir que les récents décrets de Gbagbo
visant à prendre le contrôle politique exclusif des médias d'
État (la
télévision , la radio et la presse écrite) et interdire le droit de
manifestation publique sont des infractions graves à la
Constitution. Des vies innocentes ont été fauchées par les FDS
lors des rassemblements initiés par les « jeunes houphouétistes ».
Le FPI par la voix de son président Affi Nguessan a salué lors d'
un
point de presse « le professionnalisme des FDS » sans dire un
seul mot de compassion pour les victimes. L'
idée de condamner
l'
usage de la force face à des jeunes aux mains nues (dont les
méthodes n'
ont rien à envier à celles des manifestants des « jeunes
patriotes ») ne lui a même pas effleuré l'
esprit. Le républicanisme
du FPI s'
arrête aux portes du palais présidentiel de Gbagbo !
Parlant de la crise au sommet de l'
État ivoirien, des analystes
ont pointé un bicéphalisme qu'
aurait introduit la résolution onusienne
dans le paysage politique ivoirien. Il nous semble plus juste de parler
non pas de deux mais de trois têtes en charge de gérer le pays.
En face du régime de Gbagbo et de sa stratégie de maintien du
pouvoir, on trouve contre le camp présidentiel deux autres
gouvernants ayant leurs propres calculs et agendas politiques : le
chef présumé des forces nouvelles, Guillaume Soro et le Premier
ministre imposé par l'
ONU, Charles Konan Banny.
De ces deux leaders ivoiriens, le plus redouté du camp
présidentiel et paradoxalement le plus absent en ce moment des
joutes politiques en cours c'
est Guillaume Soro. Il a multiplié ces
temps-ci des actes de défiance « au pouvoir de l'
autre moitié de la
Côte d'
Ivoire » sans être inquiété le moins du monde. Pire, c'
est au
vu et au su de tous que les forces nouvelles ont tenu fin novembre
leur
fameuse
« rencontre
de
réorganisation
et
de
professionnalisation des forces nouvelles ». Ni le GTI, ni l'
UA, ni
Chirac n'
ont exprimé la moindre réserve ou condamnation face à
ce qu'
il faut bien qualifier de remise en cause de la dynamique de
désarmement. Ladite communauté internationale en charge du
dossier ivoirien doit savoir qu'
elle contribue objectivement à
apporter de l'
eau au moulin du FPI qui ne rate aucune occasion (à
juste raison !) pour dénoncer la politique de deux poids deux
mesures qu'
elle applique quand il s'
agit des manquements graves
du camp de Soro. Comment a t-on pu accepter la présence et la
participation d'
un général togolais à la rencontre de restructuration
des FN à Bouaké ? En assumant ouvertement le fait de l'
avoir
invité, Guillaume Soro savait pertinemment qu'
aucune voix
onusienne ne s'
élèverait pour condamner une telle initiative. Les
agitations tardives du régime togolais sur cette infraction grave de

°

)

l'
embargo en vigueur ne sont que de la diversion. Il
faut exiger la cessation immédiate de toute initiative
des forces nouvelles visant à se réorganiser. Ce temps est
désormais révolu. Et comme le dit Guillaume Soro lui même « le
temps des combats est terminé ! ». La seule chose sérieuse qu'
on
attend d'
eux c'
est de se mettre à disposition des forces dites
impartiales en vue de leur désarmement et de la réintégration
(sous des conditions claires et transparentes) de ceux d'
entre eux
qui méritent vraiment de porter l'
uniforme de la nouvelle armée
ivoirienne républicaine à bâtir. Il va sans dire qu'
il faudra bien, un
jour prochain, ouvrir le lourd dossier des nombreux crimes
économiques et de sang de la rébellion et de ses parrains (au
premier rang desquels figure Blaise Compaoré) en même temps
que celui des escadrons de la mort du FPI et des victimes de la
guerre coloniale menée par Licorne lors des évènements sanglants
de novembre 2004.
Des trois gouvernants ivoiriens en scène, seul Konan Banny a
réellement intérêt au succès des solutions préconisées par le
Conseil de Sécurité de l'
ONU. Son avenir politique immédiat et à
long terme en dépend. Son problème c'
est son statut actuel de
général sans armée. La difficulté actuelle du Premier Ministre est
qu’il est coincé entre deux armées ivoiriennes qui sont au service
de clans et de camps pas très pressés d’aller à la paix. Certes, il a
le soutien entier des forces de l'
ONUCI et de la Licorne. Mais cela
ne suffit pas à lui donner la légitimité que requiert sa tâche de
sauveur impartial du processus de paix. Signe néanmoins
encourageant : toute la mouvance des houphouétistes, une large
majorité des populations des zones sous contrôle des forces
nouvelles et la quasi-totalité de la société civile ivoirienne ont
clairement montré leur préférence pour Banny comme l'
homme de
la situation susceptible de conduire à bon terme la transition
ouverte par la résolution 1721. Ce soutien « populaire » reste
encore fragile et indécis. Banny a tout intérêt à garder le cap d'
une
gestion non partisane de la transition, renvoyer dos à dos les
jusqu'
au-boutistes et va-t-en-guerre de tous bords, veiller à une
transparence et à une équité du fonctionnement des structures
utiles pour sa feuille de route. La tâche n'
est pas aisée. Le camp
présidentiel va multiplier jusqu'
au bout de son mandat les crocs en
jambes et les peaux de bananes. Ces manœuvres échoueront les
unes après les autres si Banny ne se contente pas d'
attendre que
ce soit l'
ONUCI qui lui donne sa force mais sait s'
appuyer sur la
volonté populaire qui est largement favorable à son style de
gouvernement.
On l'
aura compris, dans le contexte actuel de la Côte d'
Ivoire, les
sentiers de la guerre sont nombreux. Les tentations de recours aux
coups d'
État et autres passages en force sont présentes aussi bien
dans la mouvance présidentielle, chez les forces nouvelles qu'
au
Rassemblement des houphouétistes dont les leaders n'
hésiteront
pas, comme en mars 2005 , à utiliser les « jeunes militants »
comme chairs à canon dans l'unique dessein de s'
assurer un
avenir politique. Quant à la paix, il n'y a malheureusement pas
trente six chemins pour l'
atteindre. La seule voie (la moins
mauvaise, la moins coûteuse en vies humaines et en argent pour
le pays et la communauté internationale) c'
est l'
application
intégrale et consensuelle de la résolution 1721. Elle est n'
est
certes pas parfaite, loin s'
en faut. Mais elle a l'
énorme avantage
d'
être le résultat de compromis âprement obtenus à l'
issue d'
un
long processus de discussions qui a su associer tous les
protagonistes ivoiriens (y compris Gbagbo et son parti, le FPI), la
CEDEAO, l'
Union Africaine et les membres du Conseil de Sécurité
de l'
ONU. Prétendre que cette résolution découle de la seule
volonté de puissance de la France est un grossier mensonge qui
d'
une part surestime à dessein la force de dissuasion de la
diplomatie française actuelle dans les négociations à l'
ONU et
d'
autre part constitue une injure à l'
égard des représentants des
autres membres du Conseil de sécurité de l'
ONU qui sont ainsi
ravalés au rang de serviteurs dociles des intérêts français en Côte
d'
Ivoire. Il est temps de renoncer au verbiage souverainiste et à la
lutte de façade contre la Françafrique pour enfin assumer et
défendre la paix qui constitue aujourd'
hui le bien le plus précieux
dont rêve le peuple ivoirien.

"

’&
&2 3



°

);

&
Ravages de la guerre et
intervention directe de la France en Centrafrique
Le 30 octobre dernier une centaine de combattants de l'
UFDR
(Union des forces démocratiques pour le rassemblement) a
occupé la ville centrafricaine de Birao, située près des frontières
avec le Tchad et le Soudan, puis rapidement d'
autres localités
dans la région nord-est. L'
UFDR est une coalition de trois
anciens groupes armés issus de camp adverses dans le passé.
Elle rassemble en effet des ex-libérateurs, alliés au président
Bozizé jusqu'
à sa prise du pouvoir en 2003, sous le
commandement d'
Abdoulaye Miskine, ex-rebelle tchadien et
ancien collaborateur de Patassé.
Bangui a, d'
une part, accusé le Soudan de soutenir la rébellion
et a, d'
autre part, exigé l'
arrestation le 20 novembre à Cotonou
(Bénin) du président de l'
UFDR Michel Am Non Droko Djotodia
et de son porte-parole le capitaine Abakar Sabone. Les
associations des droits de l'
Homme ont mis en garde les
autorités béninoises contre toute tentative d'
extradition des deux
hommes vers la Centrafrique « où il risquent la peine de mort ».
Le Tchad a immédiatement envoyé des troupes au secours de
Bozizé, pour renforcer le contingent de la Fomuc (Force
multinationale en Centrafrique, composée de soldats tchadiens,
gabonais et congolais), stationné en Centrafrique. Les Faca
(Forces armées centrafricaines), appuyées par des soldats et
des tirs de Mirage français, ont repris l'
aéroport et la ville de
Birao le 27 novembre au cours d'
une opération aéroportée.
Du 28 novembre au 2 décembre, une colonne des Faca,
appuyées par la Fomuc et par un « détachement opérationnel »
d'
une quinzaine de militaires français, partie de la ville minière
de Bria, à 400 km au sud de Birao, a reconquis successivement,
parfois à la suite de violents combats, les localités de Mouka
puis de Ouadda, de Sam Ouandja et de Ndélé. Plusieurs
bombardements de Mirage français ont accompagné cette
reconquête.
Cependant rien n'
est résolu. Les rebelles, chassés des villes,
se sont dispersés dans la région. Selon une source militaire
française : « Il reste maintenant tout un travail de nettoyage à
faire, qui prendra du temps car l'
espace est grand et les moyens
limités ». L'
Union africaine (UA) a déploré les exactions
commises par les forces gouvernementales et dénoncé
« l'
impunité » dont elles jouissent. Des exécutions sommaires,
démenties par Bangui, de villageois soupçonnés d'
aider les
rebelles auraient eu lieu. Plus de 3000 personnes auraient fui
vers le Soudan. L'
insécurité qui règne dans tout le nord-est
s'
ajoute à celle que font régner plusieurs groupuscules rebelles,
bandes armées et “coupeurs de route” depuis plus d'
un an dans
le quart nord-ouest de la Centrafrique.
L'
opposition centrafricaine s'
est déclarée « indignée de voir la
France s'
engager directement et résolument dans la logique de
l'
affrontement militaire ». Dénonçant « cette intrusion française
dans le conflit », l'
Union des forces vives de la Nation (UFVN) a
affirmé qu'
il y avait eu des « massacres » de civils
« occasionnés par les bombardements » des Mirage, même si
aucun bilan de ces combats n'
est encore disponible. Principale
coalition de l'
opposition, l'
UFVN comprend notamment le
Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) du
président déchu Ange-Félix Patassé, renversé en 2003 par
l'
actuel chef de l'
État François Bozizé et accusé par les autorités
de soutenir la rébellion.
Après une semaine de grève, la presse privée a elle aussi
protesté « Silence ! La France tue dans la région nord-est », titre
le quotidien Le Citoyen, notant que cette « énième intervention
militaire disproportionnée » se déroule « en plein brousse, loin
des regards indiscrets de la presse et des organisations
humanitaires ».
Un “dialogue” incluant les rebelles est réclamé par l'
opposition,

la presse privée et une partie de la société civile. « L'
intervention
française ne fait que repousser le problème », explique le
président de la Ligue centrafricaine des droits de l'
Homme
(LCDH), Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, qui s'
étonne que la
France, au lieu d'
œuvrer pour la paix, ait activement soutenu le
très contesté Bozizé dans sa logique de guerre. En France, les
communiqués du ministère de la Défense n'
ont pas craint de
parler de « légitime défense » des forces françaises... [OT]
RCA : La guerre et le nerf de la guerre
Les autorités françaises ne se contentent pas de mener les
opérations militaires en Centrafrique : elles veillent aussi à
l'
approvisionnement des caisses du régime Bozizé. Ainsi début
décembre, on apprenait que le conseil d'
administration de la
Banque Mondiale (BM), « activement encouragé par la France »
(Jeune Afrique 03/12), débloquait d'
urgence une subvention de 82
millions de dollars (63 millions pour effacer les arriérés dûs à la
banque, 12 millions pour couvrir le service de la dette et 7
millions d'
aide budgétaire). Décision d'
autant plus surprenante
que les relations entre la BM et la Centrafrique sont gelées
depuis 2002 pour défaut de paiement. Dans le même temps, la
France a accordé à Bangui une aide exceptionnelle d'
un million
d'
euro, destinée à apurer ses arriérés vis-à-vis de la Banque
africaine de développement (BAD). Selon l'
ambassadeur de
France, Alain Girma, il s'
agit d'
appuyer « une stratégie commune
de réengagement de la BAD et de la Banque mondiale (BM) » et
« l'
approbation par le Fonds monétaire international (FMI), au
profit de la République centrafricaine, d'
une Facilité pour la
réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC),
conditionnée par l'
apurement des arriérés dus aux bailleurs de
fonds internationaux » (AFP, 05/12). Le surlendemain, le Conseil
de paix et de sécurité de l'
Union Africaine décidait « le principe
d'
une aide budgétaire directe » et « un appui aux forces armées
centrafricaines » (BBC Afrique, 08/12), dont les exactions à
l'
encontre des populations civiles sont pourtant publiquement
reconnues par l'
UA elle-même. Une table ronde des donateurs
était également annoncée. Toutes ces décisions sont
évidemment justifiées par la nécessité de promouvoir le
« développement » du pays pour mettre fin à son « instabilité ».
On aimerait y croire... Il y a fort à parier que ces remises de
dettes providentielles et le déclenchement d'
un nouveau cycle
d'
endettement appuie la consolidation militaire du régime sans la
moindre forme de redistribution sociale ou d'
ouverture
démocratique. [VS]
Marc Ravalomanana,
réélu Président de la République Malgache au Premier tour
Le conte de fées continue...

Marc Ravalomanana a été réélu sans véritable contestation
politique d'
envergure nationale, dès le premier tour, avec 54,8 %
des voix. Son principal concurrent, Jean Lahiniriko totalise
11,68 % des voix au niveau national mais le devance dans sa
Province de Toliara, toujours rebelle. Dans la Province de
Toamasina, le neveu de l'
ancien Président, Roland Ratsiraka fait
un bon score, mais ne totalise que 10,09 % au niveau national.
De même Herizo Razafimahelo (9,05 %) et Norbert
Ratsirahonana (4,20 %) ne parviennent pas à résister à la
puissante machine électorale du Président sortant. Ni aucun des
dix autres candidats.
La démocratie formelle a encore des progrès à faire...

La disproportion entre les moyens mis à la disposition des

’&
&2 3

"



challengers du Président en exercice (financiers, médiatiques,
transports) est vertigineuse et nullement contestée par celui-ci.
Cette inégalité de traitement a été contestée par l'
ensemble des
autres candidats, mais elle ne sera pas prise en considération en
l'
absence d'
une loi électorale précise sur les budgets de
campagne. La CNOE, Commission nationale d'
observation des
élections, qui a toujours joué un grand rôle dans les momentsclés de la vie politique et électorale malgache, en 1991 et 20012002, a pourtant dénoncé ce manquement aux règles
démocratiques élémentaires, dans une conférence de presse, à
la veille des élections.
La saga du petit marchand de yaourts à vélo...

Toute la presse internationale colporte cette saga sympathique
qui dissimule une conquête inexorable du pouvoir à partir d'
un
groupe agro-alimentaire puissant, forgé dans les années 80 avec
l'
appui de financements multilatéraux généreux. À partir de cette
base économique et financière, Marc Ravalomanana a su élargir
son rayonnement commercial dans plusieurs domaines et bâtir
un groupe médiatique (Radio-Télé) qui va lui servir de caisse de
résonance. Il ne néglige pas les responsabilités dans la religion
et deviendra Vice-Président d'
une puissante branche de l'
Église
protestante, poste qu'
il ne quittera même pas après les élections
de 2002. Puissant dans le business, les médias et la religion, il
se lance dans la politique en remportant les élections
municipales dans la capitale malgache, Antananarivo, à la fin
des années 1990. Puis, il se présentera aux élections
présidentielles de la fin 2001. Ce sera le grand conflit avec le
Président sortant, Didier Ratsiraka, dont il sortira vainqueur
après six mois d'
une longue crise, qui paralysera le pays tout
entier (voir Billets de 2002). Le chef d'
entreprise est devenu Chef
d'
État en moins de dix ans. Il a su s'
appuyer sur la lassitude pour
ne pas dire plus, du peuple malgache vis à vis du Président
Ratsiraka, au pouvoir depuis 1975, et parfaitement corrompu.

Le développement rapide et... durable !

Le nouveau président Ravalomanana s'
installe au pouvoir en
juin 2002, avec le soutien de la Communauté internationale qui
le reconnaît officiellement et lui assure très rapidement les
moyens du rétablissement de l'
activité économique et financière.
Les Américains (USA) et tout particulièrement l'
équipe néoconservatrice au pouvoir lui seront reconnaissants de son
libéralisme échevelé et de son envie de secouer la tutelle
francophone. James Bond, car tel est le nom du représentant de
la Banque Mondiale à Antananarivo, sera le meilleur et le plus
écouté des conseillers de Ravalomanana. Au point, disent les
mauvaises langues, que le Président souhaite le faire siéger au
Conseil des Ministres. En tout cas, les programmes de
« Réduction de la pauvreté » qui traînaient dans les tiroirs depuis
2000-2001, sont adoptés après un lifting très léger, en moins
d'
un an et le Président parcourt le monde à la recherche
d'
alliances tous azimuts (Chine, Canada, États-Unis, Indonésie,
Afrique Australe, Maurice...), sans négliger de faire le minimum
avec la France et la Francophonie, à laquelle il adhère du bout
des lèvres. Sur le plan intérieur, tous les efforts sont concentrés

°

)

sur la construction des routes, ce qui est visible et
a un impact certain sur les échanges intérieurs.
Malheureusement, la hausse du pétrole et la libéralisation à tout
va, aura des effets dévastateurs sur les grands équilibres
économiques : inflation, dévaluation de la monnaie, dégradation
du commerce extérieur. Les gendarmes du FMI et de la Banque
Mondiale seraient prêts – sans doute – à négocier avec des
économistes malgaches conscients des risques d'
un excès de
libéralisme dans ce contexte international défavorable, mais
l'
idéologie triomphe au Palais présidentiel. Et l'
énergie,
totalement dépendante du cours du baril sera libéralisée à
marches forcées, comme l'
eau : la Jirama privatisée... Les
Malgaches qui ont un très grand respect pour leur terre et pour
leurs ancêtres, sont bousculés par leur Berlusconi qui a fait
passer au cours de l'
été 2004 une loi révolutionnaire – dans le
sens où Marx disait que la bourgeoisie l'
était aussi, face à
l'
aristocratie – une loi foncière qui commence à rencontrer de
profondes résistances [lire La Lettre du Consortium n°9 : Jacquerie
d'
Ankorondrano, Premiers signes d'une montée en puissance des luttes
paysannes].
Quelques conclusions partielles.

Le départ précipité de Didier Ratsiraka en 2002, s'
est fait dans
un grand désordre maîtrisé et le nouveau Président a su s'
allier
alors des forces nombreuses et sincères qui n'
ont pas encore
voulu lors de ces élections présidentielles, renoncer à lui
conserver son pouvoir omnipotent. Pour autant, Marc
Ravalomanana aurait tort de croire que la partie est gagnée pour
un nouveau bail présidentiel. Les prochaines élections
législatives et municipales pourraient lui apporter quelques
déceptions si son opposition et la société civile, très puissante
mais trop discrète, décidaient de débattre des vrais problèmes
qu'
un des peuples les plus pauvres de la planète ait à affronter :
le libéralisme débridé sous contrôle des bailleurs internationaux.
[Jean-Yves Barrère, Président du Consortium de solidarité avec
Madagascar]
Bon point
– Le processus de consultation en Nouvelle-Calédonie par
« vote bloqué » (c’est-à-dire restreint aux personnes présentes
depuis 1988) a finalement été adopté, malgré la ferme
opposition des sarkozistes. L’opposition a voté pour, avec la
fraction de l’UMP qui a suivi Jacques Chirac. Celui-ci revient de
loin. Comme nous le développions dans Billets n°117 (Les
Kanaks, ces Français “racistes”), en 2003, le Président français
ne comptait pas respecter les accords de Nouméa sur ce point,
trouvant alors « proprement scandaleuse cette idée de faire
cocher une origine ethnique dans un document officiel », alors
que la CNIL et le Conseil d’État venaient de valider cette
démarche.

(Achevé le 16/12/2006)

* # $ # )))
Françafrique
« Le chef de l'
État [Jacques Chirac] a assuré le 30 novembre que
la France reste plus que jamais aux côtés de la République
Centrafricaine. Si ce n'
est pas une directive politique précise, je ne
sais pas comment il faut dire les choses. »
(Jean-François BUREAU, porte parole du ministère de la Défense,
au sujet de l'
implication des forces françaises aux côtés de l'
armée
centrafricaine dans le conflit qui les oppose à des troupes rebelles, cité
par l’AFP le 07/12).

[Bureau affirme disposer d'un cadre politique “clair” pour
l'engagement de l'armée française dans ce conflit. Il confirme ainsi
publiquement, qu'en France, c'est le chef de l'État qui décide d'engager le
pays dans un conflit, sans en référer au parlement, ni en informer les
français. Il est grand temps que davantage de citoyens lui en demandent
des comptes, et que le parlement exige d'être consulté avant toute entrée
en guerre ! – SC]

"

’&
&2 3



« On constate que les forces militaires françaises ont été
engagées directement dans des conflits qui mettent en cause des
gouvernements, des rebelles, que ça soit en Centrafrique ou au
Tchad. [...] Ce que je demande moi, c'
est que nous ayons un
véritable débat au parlement français pour savoir quelles sont les
finalités de la politique africaine de la France. Quel est le contenu
du cette politique africaine. [...] On nous dit que des avions de
combat français, des Mirages F1, sont intervenus notamment en
RCA pour neutraliser des mitrailleuses, des mortiers. Ce sont des
actes de guerre ! Et on ne peut pas laisser les forces françaises
intervenir sur des territoires étrangers sans le parlement soit saisi.
Mais il n'
y a pas eu un mot de discussion au parlement »
(Paul QUILÈS, en réponse à une question de Philippe Leymarie sur
RFI, retranscription Tchadactuel 14/12).

[Paul Quilès, ancien président de la mission parlementaire sur le
Rwanda en 1998, ne s'est pas posé de telles questions alors que la
France s'impliquait aux côtés du régime rwandais qui préparait le
génocide des Tutsi. Lors de la publication du rapport de la mission, il a
déclaré que la France n'avait rien à se reprocher en dépit des multiples
pistes ouvertes en sens contraire par ce rapport. Le discours Quilès a tout
d'une opération s'inscrivant dans la campagne électorale qui s'amorce –
oublions le passé mais vous verrez comme nous serons bien à l'avenir.
Qu'il nous dise que son camp, s'il est élu au printemps prochain, exigera
qu'une commission d'enquête sur l'implication de la France au Rwanda
prenne le relais de la mission et aille au bout du travail amorcé et on le
prendra au sérieux .– SC]

« La France ne choisit pas un camp, elle choisit la paix. Elle ne
défend pas des régimes, elle défend des valeurs. »
(Dominique de VILLEPIN, discours à l'université de Johannesburg,
le 01/12).

[C'est beau comme l'antique. Sauf que chacun connaît le sens
de "pacification" en langue coloniale, voire néocoloniale. Cela suppose
beaucoup d'activité militaire, comme les quelque trente interventions en
quarante ans, dont certaines, au Tchad, durent depuis vingt ans. La France a,
hélas, prouvé qu'elle défend – le jeu de mots est très facile – non des valeurs
mais des voleurs, Houphouët, Mobutu, Eyadema, Bongo, Sassou et Cie.
A-t-elle même jamais défendu quelqu'un qui n'était pas un voleur ?
Par ailleurs la tournée de Villepin en Afrique a été un fiasco. Sassou se
faisait soigner en France – seul le pouvoir central a des hôpitaux, les
provinces reculées sont mal desservies – Kabila fils était en tournée dans
l'Est du Congo, quant à Mandela, pour la photo de collection, il se reposait
au Mozambique. Il est vrai que les chances que Villepin devienne
président de la République française sont quasi nulles. – OT]

Mondialisation
« Ce qui n'
était pas prévu est finalement arrivé. J'
ai reçu une
convocation de première comparution à mon domicile la semaine
passée. [...] On me reproche un recel d'
abus de confiance sur
lequel je me suis déjà expliqué ici. Je répondrai sans aucune
difficulté à toutes les questions qui me seront posées, comme je
n'
ai jamais manqué de le faire. [...] j'
ai toujours œuvré dans l'
unique
but d'
informer le plus grand nombre, sans jamais enfreindre la loi,
sur les pratiques et dérives en cours dans ce milieu très opaque de
l'
hyperfinance. Je suis allé là où aucun juge n'
avait jamais mis les
pieds car dans les paradis fiscaux, les magistrats ont pour fonction
indirecte mais bien réelle de protéger les criminels. [...] Ma volonté
d'
informer le plus grand nombre s'
est ensuite concrétisée par la
publication en juin dernier de mon livre Clearstream, l'enquête, où
j'
ai, le premier, révélé les turpitudes et les protections des acteurs
de cette tragicomédie à la française. Cette histoire de corbeau est
d'
abord l'
histoire du détournement de mon travail à des fins
politiciennes, et en définitive, mercantiles. Cette convocation
judiciaire tombe après que mes téléphones ont été écoutés, mes emails piratés, et après que des policiers et un expert en
informatique ont perquisitionné mon bureau, recopiant les disques
durs de plusieurs de mes ordinateurs, détruisant au passage l'
un

°

)<

d'
eux. [...] Je suis aujourd'
hui la victime non
consentante d'
une minable guerre politicienne entre
sarkozystes et chiraquiens. Aujourd'
hui, le Parquet a obtenu ma
mise en examen. Les juges ont obtempéré. Cela permet au moins
de ne pas parler de l'
implication des politiques et d'
ouvrir une
brèche sur un autre front. Là sont le cynisme et le calcul. Jacques
Chirac, Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin, mais aussi
Nicolas Sarkozy étaient à coup sûr tous informés, au moins depuis
juin 2004, du trafic des listings de Clearstream. C'
est facilement
démontrable. »
(Denis ROBERT, Ma mise en examen est programmée, le 28/11).
[L'acharnement judiciaire contre Denis Robert ne s'arrête pas là.
Il vient d'être condamné lourdement pour propos diffamatoires, à la suite
d'une interview bidonnée dans VSD. VSD a reconnu avoir trafiqué
l'interview mais n'a pas été inquiété. Clearstream ne va pas manquer
d'exploiter le jugement (dont Denis Robert fera appel), déjà relayé sans
aucune explication dans la presse. Autant d'éléments à apprécier à l'aune
des promesses récurrentes de sévir contre les "patrons voyous" ou de
lutter contre la criminalité financière... – VS]

Écologie
« [Vous dénoncez la part active de la France dans cette destruction.]
Notre pays est un acteur majeur de la filière commerciale des bois
tropicaux et, à ce titre, participe activement à la déforestation, aux
côtés de compagnies privées françaises comme Pallisco, Rougier
Océan, Bolloré, Leroy Gabon... Je suis scandalisé que les
gouvernements français successifs laissent saccager les forêts
d'
Afrique centrale après celles d'
Afrique de l'
Ouest.
[Là, vous sortez du discours scientifique.]

C'
est l'
expérience du Radeau des cimes qui m'
a ouvert les yeux,
qui a été le déclic. J'
ai été confronté aux collectivités locales, aux
déboiseurs, aux faiseurs de routes... On nous donnait un site à
étudier et, dès que nous avions tourné le dos, ce site était rasé !
Parfois, le discours scientifique devient la plus subtile des
langues de bois et je crois qu'
au contraire, face à ce massacre,
on doit élever la voix. Je suis botaniste mais aussi humaniste.
[Alors c'est vraiment fichu ?]

Je ne suis pas pessimiste de nature, mais la disparition de ces
forêts est aujourd'
hui inéluctable. Je recherche désespérément
un producteur de cinéma pour réaliser un film sur les forêts
tropicales tant qu'
il en existe encore, pour en garder au moins la
mémoire ! Jacques Perrin est d'
accord, mais booké jusqu'
en
2025. Ce sera trop tard. »
(Eliane PATRIARCA, Libération, On massacre sous nos yeux les
dernières forêts primaires, le 27/11).

[Le botaniste Francis Hallé est à l'origine de l'initiative radeau
des cimes pour étudier les forêts tropicales (www.radeau-des-cimes.org).
Il affirme que seul l'arrêt total de l'exploitation de la forêt primaire peut
sauver le milieu forestier où vivent des populations pratiquant
l'agroforesterie depuis des millénaires. Connaissant et dénonçant les
ravages de l'activité des exploitants forestiers, il dénonce les démarches
d'écocertification comme des alibis qui n'éviteront pas un désastre
écologique et humain annoncé. Les besoins de bois devraient être
satisfaits par des espaces plantés à cet effet. – OT]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
A aussi participé : Jean-Yves Barrère.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : janvier 2007 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
http://www.survie-france.org – contact@survie-france.org

Haut

fgtquery v.1.9, 9 février 2024