Fiche du document numéro 22680

Num
22680
Date
Jeudi Novembre 2007
Amj
Fichier
Taille
743242
Titre
Billets d'Afrique No. 163
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e c h e r c h e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f r a n c o a f r i c a i n e s
Au sommaire
ËP. 2 TOGO Des élections législatives
peu convaincantes
Dimas Dzikodo : «La réalité est que la
majorité des électeurs ont voté pour l’UFC».
ËP. 4 FRANÇAFRiQUE Pas de Kärcher pour
les réseaux de la Centrafrique
Robert Bourgi a été fait chevalier de la légion
d’honneur par Nicolas Sarkozy
ËP.5 FRANCE-RWANDA Des assassins parmi
nous ?
L’ancien sous-préfet rwandais Dominique
Ntawukuriryayo a été arrêté à Carcassonne
pour «génocide, complicité de génocide et
incitation directe et publique à commettre le
génocide ».
ËP. 6 FRANCE-AFRiQUE Mission
impossible ?
Une mission d’information parlementaire sur
les relations franco-africaines vient d’être
créée en toute discrétion.
ËP. 7 GUiNÉE CONAKRY Un combat usurpé
Le 10 janvier 007, éclatait une grève
générale, noyée dans le sang par le régime
de Lansana Conté. La nomination d’un
Premier ministre de consensus n’a rien
changé huit mois plus tard. La mafia et les
politiciens tirent toujours les ficelles.
Avec la bénédiction de la France.
ËP. 8 CONGO BRAZZA Sassou, Ntumi : les
masques tombent
Comment le président congolais a nommé
au poste de conseiller à la présidence un
criminel de guerre notoire qu’il qualifiait, il
n’y a pas si longtemps, « d’illuminé».
ËP. 9 CAMEROUN Biya à l’Élysée
Après Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso,
Nicolas Sarkozy a reçu, le 6 octobre, Paul
Biya, président du Cameroun depuis 198.
Plus ça change, plus c’est la même chose.
ËP. 10 CÔTE D’ivOiRE Un paysage politique
en pleine recomposition
Le rapprochement Gbagbo-Soro détourne
l’attention des médias sur une situation des
Droits de l’homme déplorable.
ËP. 11 BURKiNA FASO Thomas Sankara au
bon souvenir de Blaise Compaoré
Vingt ans après la mort du jeune leader, de
nombreux partisans manifestent.
ËP. 12 COMORES Nouveau recul
Malgré ses promesses, le nouveau président
des Comores amorce une marche arrière

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o

Éditorial

Développement séparé

P

lusieurs sondages d’opinion récents montrent le renforcement des stéréotypes concernant la façon dont les Français voient l’Afrique et les Africains. Selon le baromètre
AFD-Ifop du 13 septembre 2007, les Français sont attachés à l’aide au développement.
Ils sont sensibles au rôle de leur pays et légitiment son action : 75 % estiment que la France
joue un rôle majeur dans l’aide publique au développement. Prêts à s’investir personnellement
en faveur des pays en développement à 56 %, ils souhaitent que les efforts qui y sont consacrés
par la France se maintiennent (51 %).
Á côté de cela, selon un sondage CSA du 19 octobre publié dans Le Parisien, 49 % des
personnes interrogées répondent que les tests ADN pour le regroupement familial sont
«une bonne chose» parce que cela permet de savoir si les candidats «sont bien issus de
la même famille» et 43 % une mauvaise chose parce que c’est «contraire aux valeurs
de la société française». Sur le même sujet un autre sondage OpinionWay pour Le Figaro
et LCI effectué les 10 et 11 octobre prétend lui que 56 % des Français sont favorables à
l’utilisation des tests ADN dans le cadre d’un regroupement familial contre 44 % qui y
sont opposés. Apparemment aucun indécis n’a été consulté. Une large majorité se déclare également favorable à la limitation du regroupement familial et à l’établissement
de quotas.
Ces deux catégories de sondages illustrent deux traits marquants de la mentalité prévalente en France : le paternalisme et la xénophobie. Les Africains ont besoin de nous
chez eux et nous ne voulons pas d’eux chez nous. C’est cela qu’il faut entendre par
l’histoire commune et les liens dont parlent Sarkozy et son conseiller Guaino.
Si les Français étaient mieux informés, ils nourriraient moins d’illusions sur leur générosité. Serge Michailof, ancien directeur des opérations de l’Agence française de développement, dans son livre À quoi sert d’aider le Sud (Économica 2006) déclare «Les huitdixièmes de l’aide dite directe actuelle, qui est déjà passée de 3, à 1,7 milliard d’euros en dix
ans, est virtuelle: elle ne finance pas de vrais programmes d’action ou de coopération.» Il
affirme que les chiffres sont «gonflés» en incluant les annulations de dettes, les frais de
scolarité des étudiants étrangers et même une partie des dépenses en faveur de la francophonie. Il s’interroge sur le rôle de la France, dont la «forte implication en Afrique»
francophone n’a pas empêché la région d’accumuler un «retard de développement important». Pour dire les choses plus crûment, l’aide est fictive, elle ne sert qu’à promouvoir l’image et les intérêts français et elle a enfoncé les Africains dans la pauvreté.
L’autre fantasme entretenu dans la population française est celui de l’horreur de l’immigration africaine. Le sondage sur les tests ADN publié par Le Figaro a été commenté
par Brice Hortefeux sur France Inter. «C’est la deuxième ou troisième enquête consécutive qui montre que nos compatriotes approuvent très massivement la loi que j’ai présentée
concernant la maîtrise des flux migratoires». Le populisme xénophobe est une corde
qu’un politique devrait se garder de faire vibrer, sachant à quelles conséquences cela
peut conduire. Manifestement, c’est un thème essentiel de la politique de l’actuel président et de ses proches. Henri Guaino, interviewé par Alain Auffray et Antoine Guiral,
le 20 octobre, dans Libération, déclare : «Aujourd’hui, avec l’immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire». Dire qu’il y a un problème
à accueillir des Africains, seules cibles de la loi Hortefeux, mais pas à avoir un président issu
de l’immigration hongroise, cela porte un nom.
Odile Tobner

Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 163 - Novembre 2007 - 1,90 

Salves

Togo

Le RPT continuera à régner, l’UFC à
crier et les Togolais à souffrir
Le résultat des
dernières législatives
a été sans surprise. Le
Rassemblement du peuple togolais
(RPT) s’est assuré de la victoire
grâce à un découpage électoral sur
mesure et à l’achat massif de votes.

J

e suis arrivé hier seulement, mais
on sent dans l’air une atmosphère
particulièrement triste, un poids qui
accable les Togolais, qui, une nouvelle fois,
ont voulu y croire, et se sont fait encore voler tout espoir. Pourtant, à l’international,
comme localement, tout le monde reconnaît
l’exemplarité du scrutin, la transparence,
l’absence de pressions, de violence et de
chaos qui marquaient jadis chaque élection. Cette fois-ci, les fraudes massives ne
semblent pas avoir été commises comme

d’habitude, et l’on voit se dessiner une nouvelle forme d’organisation mafieuse, qui
continue à servir les intérêts des «puissances» et des «puissants», tout en donnant
l’allure d’une situation «démocratique» normale. Un peu comme au Burkina-Faso.
«Cadeautages» à tous les étages
Les gens racontent qu’après la première semaine de campagne, qui s’était déroulée dans
une atmosphère apaisée, on entendait parler
un peu partout du Comité d’action du renouveau (CAR), parti du Premier ministre et
deuxième parti d’opposition, qui devait être
plébiscité par les Togolais, pour sanctionner
les deux partis s’affrontant traditionnellement, le RPT au pouvoir et l’Union des forces de changement (UFC), du fils du leader
de l’indépendance Sylvanus Olympio.
La deuxième semaine, la machine à corrompre du pouvoir en place s’est mise à fonction-

ner jusqu’au jour du vote. Tandis qu’au nord
du Togo, les chefs de canton étaient achetés
à coup de voitures, de motos et d’enveloppes
bien grasses, on distribuait un peu partout, du
sel, de l’essence, du maïs, du riz, et des billets
de 1 000 francs CFA aux populations, les
chefs de cantons se chargeant de redistribuer
aux chefs de quartiers, etc. Comme rapporte
un observateur, dans les villages, en brousse,
les gens déclarent «ne rien comprendre à
la politique». Ils votent «par rapport à ce
qu’on nous donne». Le reste ? ils ne veulent
rien savoir. C’est ainsi qu’on verra, non loin
de Lomé, des gens réclamer leur 1000 F CFA
pour avoir «bien voté»…
Au sud du pays, et en particulier à Lomé, ce
sont les opposants «radicaux» qui remportent la victoire des urnes. En effet, l’UFC sort
grand vainqueur, loin devant tous les autres,
mais ce n’est pas pour autant que leurs sièges
à l’assemblée sont acquis. La Cour consti-

Témoignage

Dimas Dzikodo : « La victoire du RPT est
amère et difficile »
Enjeu majeur pour la pacification du pays,
après le coup d’État électoral d’avril 2005,
les élections législatives au Togo se sont
déroulées le 14 octobre dernier, en présence
d’observateurs de l’Union africaine, de
l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie et de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest
(Cedeao) qui ont estimé le déroulement de la
consultation satisfaisant et transparent. Dimas
Dzikodo, directeur de publication du journal
le Forum de la Semaine commente le résultat
de ces élections.
Billets d’Afrique. La campagne législative
togolaise semble s’être déroulée dans le
calme et dans le respect du débat démocratique, ce qui tranche avec le climat de la
présidentielle d’avril 2005. Comment expliquez-vous ce relatif apaisement ?
Dimas Dzikodo. Il faut saluer le calme et la
sérénité qui ont entouré ce scrutin. Faure
Gnassingbé savait que tout dérapage du
processus électoral sonnerait le glas de son
régime. L’opposition, qui s’illusionnait de
remporter ce scrutin, y a également contribué.

C’est la conjonction de ces deux éléments qui a
permis de déjouer les pronostics les plus sombres de tous ceux qui pariaient que la violence,
une arme de prédilection du RPT, s’inviterait
au cours de cette confrontation politique.
BdA. N’est-il pas étonnant que la plupart
des partis aient accepté d’aller aux élections malgré un découpage électoral très
favorable au RPT et des listes électorales
inchangées depuis 2005 ? Pensaient-ils
avoir suffisamment de garanties quant à la
transparence du scrutin ?
D.D. C’est vrai que le découpage électoral
actuel pose problème, car, dans certaines
circonscriptions électorales, il faut cent mille
électeurs pour un siège dans le sud du pays,
alors que dans d’autres, celles du Nord, il en
faudrait dix mille. Qu’importe, tous les
acteurs majeurs de la vie politique nationale
ont accepté d’entrer dans la compétition avec
un schéma a priori défavorable à une partie.
Et les résultats sont là, semblant démontrer
que le peuple togolais est un peuple sadomasochiste. Ce qui est loin de la réalité sur le
terrain. La classe politique dans les réformes

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2007 n N° 163

annoncées devra examiner ce point pour
qu’aux prochaines législatives les populations
soient mieux représentées à l’Assemblée nationale. Quant à la liste électorale elle a évolué
car il y a eu au début du processus électoral un
recensement général de la population.
BdA. Quel a été, selon vous, le niveau de
transparence de ce scrutin, du vote à la
proclamation des résultats, en passant par
le dépouillement des bulletins? Les observateurs internationaux ont-ils fait correctement leur travail ?
D.D. Globalement, le niveau de sincérité de
ce scrutin tranche par rapport aux autres scrutins que le Togo a connus. La seule tache noire
de tout ce processus reste la pénurie orchestrée
des timbres d’authentification, le taux élevé
de bulletins nuls, plus important que le niveau
d’abstention, et l’attitude de la Commission
électorale nationale indépendante (Ceni), supposée indépendante et impartiale, dans son refus d’examiner le recours introduit par l’UFC,
qui se plaint, à juste titre, des quarante mille
votes en sa faveur annulés par des bureaux de
vote accusés de corruption. Les observateurs

tutionnelle devra trancher. Mais comment
gouverner un pays quand la capitale est totalement acquise à l’opposition ?
Résultats sans surprise
Les résultats au niveau national attribuent
50 sièges au RPT, 27 à l’UFC et seulement
4 au CAR de Me Agboyibo, l’actuel Premier
ministre. Les «indépendants», qui avaient
fleuri un peu partout, et qui se voyaient déjà à
l’Assemblée n’ont rien obtenu.
Ces chiffres reposent sur un scandale, qu’il
aurait fallu dénoncer bien plus tôt : le découpage électoral du pays, mis en place et hérité
du temps de Gnassingbé Eyadéma, qui attribue de très nombreux sièges dans les régions
du nord, moins peuplées, et très peu dans le
sud traditionnellement favorable à l’opposition. L’autre point qui fait débat, c’est la
question des bulletins nuls, nombreux à avoir
été écartés puisque ne respectant pas scrupuleusement le code électoral qui prévoit une
croix, ou une empreinte digitale face à la case
du candidat choisi. Les bulletins de ceux qui
ont par exemple signé dans la case au lieu
de faire une croix sont considérés comme
invalides. L’UFC estime avoir été la principale victime de cette situation. UFC et CAR,
au lieu d’expliquer comment voter, comme
ils l’avaient très bien fait en 2005, ont passé
ont eu une attitude politique par rapport aux
résultats. Ils connaissaient tous la réalité des
résultats, mais ont certainement estimé qu’une
alternance incarnée par l’UFC à la suite de ce
scrutin provoquerait des soubresauts risquant
de plonger le Togo dans l’abîme.
Il n’y a aucune logique dans les résultats incohérents affichés par la Ceni. Mais le Togo a
besoin de calme et de la reprise de la coopération. C’est ce fil d’Ariane qui a conduit les
éloges dithyrambiques de ces observateurs et
en particulier ceux de l’UE dont l’attitude a
choqué les Togolais.
BdA. Il paraissait inconcevable que le RPT
obtienne la majorité des voix, depuis la répression violente du printemps 2005. Audelà des fraudes dénoncées par l’UFC,
quelle est la signification du vote RPT  ?
D.D. La victoire du RPT est amère et difficile
à avaler, car elle dément deux réalités, d’abord
la sanction par le suffrage universel des
leaders de l’opposition, qui, depuis un an,
ont parti-cipé au gouvernement RPT, et la
contestation populaire ouverte du régime pour
sa mauvaise gouvernance des affaires du pays.
La réalité est que la majorité des électeurs a
voté pour l’Union des forces de changement1.
BdA. Comment envisagez-vous l’avenir du
processus démocratique au Togo après ces
élections ? Quel rôle peut jouer la communauté internationale (la France) ?

leur temps à se tirer dans les pattes, ce qui a
bénéficié au RPT qui veut garder le pouvoir.
Alors, on peut certes se réjouir que le scrutin se soit passé sans violence. On peut également se réjouir de voir les Togolais parler
librement, sans peur, de politique, sans s’inquiéter d’être suivis, menacés, arrêtés, disparus ou tués. Dans un pays qui a tant souffert,
cette conquête de liberté soulage un peu les
cœurs. Mais cela a-t-il vraiment un sens si
c’est là l’unique liberté, et que la faim et la
misère continuent à sévir partout ?
Retour à la case misère
Ce qui est sûr : l’Europe a eu des élections
propres, le RPT reste en place et bien en place, l’UFC continuera à crier, et les Togolais à
souffrir. Le port de Lomé continuera à ravitailler les pays voisins enclavés, et à exporter
les richesses du Togo, ceux qui les exploitent
continueront à s’enrichir… Les panneaux
qui criaient «Non à l’impunité!» seront
remplacés par des pubs vantant les mérites de multinationales françaises des
télécoms, et Sarkozy continuera à traiter
avec ses «amis chefs d’État» quand bien
même ceux-ci seront arrivés au pouvoir
sur un bain de sang, et se seront maintenus
en achetant leur victoire…
Sebastian Alzerreca
D.D. Le duel de l’UFC et du RPT sur le
décompte des bulletins nuls devra trouver une
issue sérieuse sinon, demain, l’engouement
populaire qu’il y a eu autour de ce scrutin va
retomber comme un soufflé.
Faure a fait un parcours sans faute depuis le
début de ce processus mais son intégrité morale risque de se noyer dans les appétits gloutons de son parti qui dispose d’une majorité
parlementaire qui défie son impopularité dans
le pays, du sud au nord.
Pour finir, il est impérieux de souligner que
la communauté internationale, la France,
l’UE et les autres partenaires au développement ne doivent pas se noyer dans un
satisfecit béat exprimé face à ce scrutin. Ils
ont un devoir de vigilance envers ce pays
où la dynastie et la royauté sont en train
d’être légitimées avec un ravalement démocratique de façade. Bref, que la chape
de plomb ne tombe pas sur le cri du pauvre
peuple togolais !
Propos recueillis par Fabrice Tarrit
1. L’UFC a en effet obtenu ses meilleurs scores
dans les circonscriptions les plus peuplées du Sud,
tandis que le RPT «faisait le plein» au Nord, dans
des circonscriptions peu peuplées. Dans l’absolu,
et dans l’attente des résultats de Lomé, l’UFC a
donc probablement obtenu plus de suffrages que le
parti vainqueur au plan national. C’est le résultat de
l’incohérence du
découpage électoral, dénoncé par Dimas
Dzikodo dans cette interview (NDLR).

Duel fratricide
au sommet
Comme Billets d’Afrique et d’Ailleurs (n° 161,
septembre 2007) l’avait déjà relaté, la
rivalité entre le président togolais, Faure
Gnassingbé et son demi-frère
Kpatcha, tout-puissant ministre de la
Défense, est source de graves inquiétudes
pour l’avenir du Togo. Si les deux
s’entendent comme larrons en foire sur la
confiscation du pouvoir, ils sont
opposés sur la stratégie et la gestion de
cette confiscation. En fait, au sommet de
l’État, les deux frères jouent chacun sa
partition. Kpatcha estime avoir le charisme
et la force de caractère de leur père
Eyadéma. C’est d’ailleurs dans la
circonscription de Kara, bastion de son
père que Kpatcha a recueilli 85 % des voix
aux dernières législatives. Nombreux sont
les membres du clan à penser qu’il est
« l’homme de la situation» qui peut incarner la continuité et à même de faire des
réformes.
Dans ce contexte tendu entre les deux
héritiers, les bruits de coup d’État planent.
Dans une interview donnée au Monde, le
19 octobre dernier, Kpatcha démentait
mollement ces rumeurs et il ajoutait :
« Mais si le pays arrivait à une situation de
blocage politique, l’armée n’hésiterait pas
à entrer en jeu. » On l’en croit
malheureusement capable.
RDB

Majorité
pour le RPT
D’après les résultats provisoires partiels
communiqués par la Commission
électorale nationale indépendante (CENI),
le Rassemblement du peuple togolais (RPT,
au pouvoir) aurait remporté la majorité
absolue au Parlement avec 50 sièges sur
81, contre 27 sièges à son éternel rival,
l’Union des forces de changement (UFC)
de Gilchrist Olympio.
Quatre reviendraient au Comité d`action
du renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo,
l’actuel Premier ministre et ancien
opposant, sans doute sanctionné pour sa
participation au gouvernement. L’UFC a
dénoncé de nombreuses irrégularités et
exigé le recomptage des voix.
Les chiffres devront être validés par la
Cour constitutionnelle, après l’annonce des
résultats des 6 circonscriptions de Lomé,
en principe acquises à l’UFC, mais dont la
Ceni conteste la validité.

N° 163 n Novembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
France

Pas de Kärcher pour les réseaux
de la Françafrique...
Robert Bourgi a été fait chevalier de
la Légion d’honneur, le 27 septembre
par Nicolas Sarkozy. Non content
d’honorer un des piliers des réseaux
françafricains, le président de la
République a rendu hommage à leur
fondateur, Jacques Foccart.

C

’est Renaud Dutreil qui est à l’origine de la proposition, et Claude
Guéant qui a suggéré au président
de la République de remettre lui-même la
distinction à Robert Bourgi1. Si Sarkozy a
accepté, c’est, dit-il, pour «[permettre] à la
France de récompenser l’un de ses grands
serviteurs.» Comprenez grand serviteur de
la Françafrique... Issu d’une famille de négociants libanais en Afrique, Robert Bourgi,
officiellement avocat de profession depuis 1993, fut l’un des proches de Jacques
Foccart. Il a animé, aux côtés de Jacques

Toubon et de l’ancien ministre de la Coopération Michel Aurillac, le Club 89 (club
créé à l’arrivée de François Mitterrand au
pouvoir, et défini par F.X.Verschave comme «un forum foccartien, RPR tendance
bunker», qui jouait à la fois le rôle de réseau
d’influence et de pompe à fric). Il fut également l’un des artisans de la réhabilitation
(éphémère...) de Mobutu sur la scène internationale en 1994, quand la Françafrique avait
besoin du Zaïre pour mener sa guerre génocidaire au Rwanda. En 1995, il faisait partie
de la cellule africaine bis, sous la direction
de Jacques Foccart et de Fernand Wibaux.
En 1998, il concoctait une équipe d’observateurs «au-dessous» de tout soupçon pour
avaliser les élections frauduleuses au Gabon.
Le journal Le Monde révélait à cette occasion
un courrier de Robert Bourgi adressé à Omar
Bongo qui se concluait par ces mots : «Allez
Papa, vous nous reviendrez (...) en triomphateur des élections». Outre les services rendus
à «papa» Bongo, Robert Bourgi continue à

jouer le rôle d’homme de confiance, d’avocat
ou d’émissaire de l’ombre pour un certain
nombre de potentats : il fut par exemple le
conseiller d’Abdoulaye Wade jusqu’à récemment. Il a également, avec Claude Guéant, eu
le privilège d’être invité à déjeuner par Denis
Sassou Nguesso2...
Selon la Lettre du Continent du 19 avril
2007, ce «fidèle de Jacques Chirac (...)
est discrètement présent dans les coulisses des dossiers africains de Nicolas
Sarkozy depuis au moins dix-huit mois».
Il fut en effet l’un des rares invités de
Sarkozy à la cérémonie de passation des
pouvoirs le 16 mai 2007. Quelques mois
auparavant, le candidat de la «rupture»
déclarait à Cotonou qu’il fallait rendre
«transparente» la «relation entre la
France et l’Afrique». «Il nous faut, affirmait-il, la débarrasser des réseaux d’un
autre temps, des émissaires officieux (...).
Le fonctionnement normal des institutions
politiques et diplomatiques doit prévaloir

France Rwanda

Des assassins parmi nous ?
L’ancien sous-préfet
rwandais Dominique
Ntawukuriryayo, a été
arrêté à Carcassonne, par le SRPJ
de Perpignan, le 17 octobre dernier.
Le TPIR d’Arusha demandait
son extradition pour « génocide,
complicité de génocide et incitation
directe et publique à commettre le
génocide ».

C

hrétien engagé, paroissien exemplaire et toujours prêt à rendre service, militant associatif reconnu1, Dominique Ntawukuriryayo, un père tranquille
de 65 ans, avait le profil parfait de «l’immigré choisi» et intégré. Installé avec sa femme
dans le quartier du Viguier à Carcassonne
depuis 2001, ce Rwandais avait bien sûr pris
soin de cacher son histoire.
Une histoire qui vient d’éclater au grand
jour, à la stupéfaction de tous ceux qui
l’ont connu : le TPIR (Tribunal pénal

international pour le Rwanda) l’accuse
d’avoir ordonné et organisé le massacre
de 25 000 Tutsis regroupés de force sur la
colline de Kabuye entre le 21 et le 25 avril
1994 alors qu’il était sous-préfet de Gisagara, dans la préfecture de Butare.
Dominique Ntawukuriryayo est aussi cousin de l’archevêque de Kigali. Après la fin
du génocide, il a quitté le Rwanda pour
Mayotte, le Togo puis la Belgique avant
d’atterrir à Carcassonne en 2000, où il
s’est rapidement intégré dans la communauté catholique locale. Le 6 juillet 2004,
il a créé l’association Le futur génie dont
l’objet déclaré à la préfecture de l’Aude
est d’«aider les enfants privés de scolarité par la guerre, la misère, l’extrême
pauvreté, la maladie ou le décès de leurs
parents ; secourir financièrement et matériellement les enfants renvoyés de l’école à cause de manque de moyens financiers ; contribuer à trouver une solution
pour les jeunes déscolarisés qui prennent
le chemin de la drogue, du vol ou de la
violence ; promouvoir les parrainages à

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2007 n N° 163

distance pour le soutien scolaire.» Un
programme vaste et vague…
L’adresse de l’association (45, rue Raymond-Radiguet) n’était autre que celle
de son président qui figure aussi sur le
site officiel de la ville de Carcassonne.
Comment expliquer alors que le tribunal
de grande instance de Carcassonne, saisi
par une plainte déposée en mars 2006
par le Collectif des parties civiles pour le
Rwanda (CPCR) au nom de 32 parents de
victimes du massacre de Kabuye, se soit
déclaré incompétent, invoquant le fait que
Dominique Ntawukuriryayo n’avait pas
été trouvé à l’adresse indiquée ?
N’importe quel internaute pouvait recueillir, en quelques minutes, cette information par une simple recherche sur Internet. Il aurait pu aussi lire l’accablant acte
d’accusation du procureur du TPIR émis
en février 2005 contre celui qui occupe la
quatorzième place dans la liste des accusés pas encore arrêtés.
Que les chrétiens du groupe Lavigerie dont il faisait partie ne se soient pas

sur les circuits officieux qui ont fait tant
de mal par le passé.» «Sarkozy veut nettoyer la «françafrique», titrait imprudemment Libération, le 20 mai 2006, ce que
confirmait Pierre Lellouche, conseiller du
candidat Sarkozy sur les questions diplomatiques. Juré, craché !

« Une très grande franchise
entre nous »
Une fois n’est pas coutume, le ton change
quand l’élection est passée, et le discours
de Nicolas Sarkozy en l’honneur de Robert Bourgi vaut le détour : «En Afrique,
j’ai eu l’occasion de le dire à Dakar, le
26 juillet dernier : la France a eu des
torts immenses. Mais nous sommes ici
entre amis et cette amitié commande une
très grande franchise entre nous : (...)
qui d’autre que la France a développé et
entretenu une politique d’une ampleur et
d’une intensité identique à ce que fut la
Coopération entre les années 1960 et les
années 1980 ? (...) la France demeurera
aux côtés de l’Afrique. C’est le sens très
clair de la première grande visite internationale que j’ai effectuée, peu après
mon élection, en Afrique. C’est également
ce message que j’ai délivré au doyen des
chefs d’État africains, le président Omar
Bongo, que je salue amicalement (...) Je
interrogés sur le présumé passé génocidaire de l’ancien sous-préfet peut s’expliquer
par leur a priori évangélique («tout humain est un pêcheur à libérer»). On peut
peut-être créditer la société Saint-Vincent-de-Paul et la Pastorale des migrants,
où Dominique Ntawukuriryayo était actif,
du même a priori. Mais que Mgr Alain Planet, évêque de Carcassonne, alerté par un
courriel du 6 juillet 2007 du président du
CPCR, Alain Gauthier, sur le pedigree
chargé de son paroissien, n’ait pas réagi,
est plus étonnant.
Wenceslas Munyeshyaka2, curé à Gisors
(Eure) et Laurent Bucyibaruta 3, ancien préfet de Gikongoro demeurant à
Saint-André-les-Vergers (Aube), Isaac
Kamali4, membre du conseil pastoral
de sa paroisse à Béziers (Hérault), Dominique Ntawukuriryayo à Carcassonne ont tous été accueillis par la France
officielle. Ils ont tous réussi à s’immerger dans la France profonde et à
donner le change à leur entourage français pendant des années. Même lorsqu’il était de notoriété publique qu’ils
étaient poursuivis par la justice. Leurs
histoires doivent éveiller la vigilance
de tout citoyen engagé aux côtés des
victimes du génocide, au nom de la vérité et de la justice : des assassins pré-

sais, cher Robert [Bourgi], pouvoir continuer à compter sur ta participation à la
politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que, sur ce
terrain de l’efficacité et de la discrétion,
tu as eu le meilleur des professeurs et que
tu n’es pas homme à oublier les conseils
de celui qui te conseillait jadis de “rester
à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de
soleil.” (...) Jacques Foccart avait bien
raison.»
À travers cet hommage à Foccart et à son
«œuvre» néocoloniale, voici affiché
clairement ce que tout observateur un
peu attentif avait pu constater dès l’élection de Nicolas Sarkozy. De la bénédiction accordée à Zine el-Abidine Ben Ali,
jusqu’à la réception d’Idriss Déby et de
Denis Sassou Nguesso à l’Élysée, en
passant par la très symbolique visite à
Omar Bongo, «doyen des chefs d’États
africains», ou par l’enterrement annoncé
de l’Angolagate, la volonté est claire de
donner des gages aux parrains de la françafrique, de ne pas toucher au fond du
système et de consacrer l’impunité de ses
acteurs.
Victor Sègre
1. Selon le discours qu’a prononcé Sarkozy à
cette occasion
2. La Lettre du Continent, n°522, 19 juillet 2007.

sumés vivaient parmi nous ! D’autres y
vivraient encore ?
Après des années de léthargie suspecte,
la justice française semble désormais
s’être réveillée. La raison principale en
est sans doute la volonté de la présidence
Sarkozy de normaliser les relations avec
Kigali, rompues par le Rwanda en novembre 2006. Mais le chemin est encore
long pour que les victimes du génocide
obtiennent une réparation convenable.
La société civile française doit continuer
ses pressions pour que cesse l’impunité
des responsables et auteurs du génocide
et que soient établies publiquement et
définitivement les responsabilités françaises dans ce génocide.
La cour d’appel de Paris devait examiner le 31 octobre 2007 la demande de
remise en liberté de Dominique Ntawukuriryayo et le 7 novembre 2007 la demande
d’extradition.
Fausto Giudice
1. Il siégeait à la commission de la Vie associative
du Pays carcassonnais.
2. Sa demande d’extradition par le TPIR doit être
examinée par la justice française le 21 novembre.
3. Sa demande d’extradition par le TPIR doit être
examinée par la justice française le 21 novembre.
4. Sa demande d’extradition par Kigali doit être
examinée par la justice française le 14 novembre.

Djibouti

Affaire Borrel :
le feuilleton
continue

E

n expulsant, le 23 octobre, la famille de Mohamed Saleh Aloumekhani vers le Yémen, le chef
de l’État Ismaël Omar Guelleh tente de
faire taire celui qui le met directement en
cause dans l’assassinat du juge Borrel.
Mohamed Aloumekhani, lui-même réfugié en Belgique, est un témoin essentiel.
Son témoignage implique les plus hautes
sphères de l’État djiboutien. Il a déjà fait
l’objet de pressions, de tentatives de subornation et de menaces de mort. Pour Survie
et l’Association pour le respect des Droits
de l’homme à Djibouti (ARDHD) cette
«agression caractérisée» que constitue
cette expulsion est un acte de «persécution» qui vise à «entraver la marche de
la vérité sur l’affaire Borrel, et tente ainsi
de soustraire l’actuel président djiboutien
et son entourage à leur mise en cause dans
la commandite de l’assassinat du juge Borrel.» (lire le communiqué de presse sur
www.survie-france.org). Depuis plusieurs
semaines, le régime djiboutien mène également une campagne de communication
hostile à la France. Localement, plusieurs
fonctionnaires et coopérants français,
des membres du clergé catholique ont été
accusés de «pédophilie» et de «trafics illicites». Cette campagne a culminé le 20
octobre par des manifestations anti-françaises clairement orchestrées par le pouvoir. Cette nouvelle crise dans les relations
franco-djiboutiennes intervient au moment
où de nouvelles informations révèlent la
collusion entre la dictature djiboutienne et
d’anciens dirigeants français pour étouffer
l’affaire Borrel. De nouveaux éléments qui
font suite à la perquisition du Quai d’Orsay, le 20 avril dernier, par les deux juges
d’instruction Fabienne Pous et Michèle
Ganascia. Les deux magistrates, qui enquêtent sur une plainte déposée, en février
2005, par Élisabeth Borrel pour «pression
sur la justice» contre l’ancien porte-parole
du Quai d’Orsay, Hervé Ladsous, avaient
saisi à cette occasion de nombreux supports informatiques. La pêche fut bonne
puisqu’une note révélée par Le Figaro du
23 octobre atteste de l’existence de pressions sur la justice française exercées par
Pierre Vimont, à l’époque directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères.
Olivier Thimonier, avec l’ARDHD

N° 163 n Novembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
France-Afrique

L’impossible mission ?
Une mission d’information
parlementaire sur
les relations francoafricaines vient d’être créée en
toute discrétion. Si sa composition
est connue, ses objectifs
paraissent flous. Les associations
mobilisées sur ce thème se veulent
coopératives mais vigilantes.

C

e n’est qu’au détour d’un échange avec l’un des élus qui a
accepté d’y prendre part que
des représentants d’ONG françaises
ont appris, à la fin du mois de septembre, la création par la commission des
Affaires étrangères de l’Assemblée
nationale d’une mission d’information
sur la politique africaine de la France.
Relayée par Rue89.com et par quelques
entrefilets dans la presse, la nouvelle
est restée assez confidentielle, malgré
l’importance qu’elle revêt pour les partisans d’une politique de la France en
Afrique responsable et transparente.
Cette mission s’avère pourtant tout
à fait officielle et, si elle n’est annoncée nulle part sur le site de l’Assemblée
nationale, ce ne serait qu’«en raison de
l’actualisation lente du site» apprendt-on auprès des services de l’Assemblée, toutefois bien disposés à fournir les informations demandées à son
sujet.

Un programme de travail
en cours d’élaboration
La mission d’information sur la politique africaine de la France (les associations préfèrent parler de «politique
de la France en Afrique» mais ne brusquons pas les choses) rassemble une dizaine de députés (6 UMP et 4 PS). Elle
a débuté ses travaux au mois de septembre et devrait les poursuivre pendant une durée assez longue, environ
dix-huit mois, avant de les conclure par
un colloque à l’Assemblée. Des auditions et des déplacements sont en train
d’être programmés. Pour l’anecdote,
c’est l’ancien ministre de la Coopération Jacques Godfrain (lequel a sans
doute beaucoup à confesser), qui a eu
l’honneur d’inaugurer la séance des

auditions. Pour mesurer l’intérêt potentiel de cette mission il faut bien sûr
s’intéresser à son programme de travail, en cours d’élaboration, mais surtout à sa composition, l’esprit critique
étant, on le sait, inégalement réparti sur
les bancs de l’Assemblée, notamment
en matière de politique étrangère.

Un casting
sarkozien

À première vue, le casting de cette mission apparaît hétérogène et fidèle à l’esprit «sarkozien»: quelques opposants
pour l’«ouverture», quelques novices
pour afficher la «rupture» et quelques
fidèles pour contrôler le tout. Parmi
les «novices» notons la présence du
député Jean-Louis Christ, inconnu du
grand public et des ONG (et pour cause, il ne semble avoir jamais travaillé
sur les questions de développement)
mais parachuté président de la mission.
À ses côtés, le secrétaire général du
Parti radical (affilié à l’UMP) Renaud
Dutreil, au palmarès quasiment vierge
en matière de relations franco-africaines, si l’on excepte le terrible aveu
présidentiel formulé à l’occasion de la
remise de la Légion d’honneur à Robert Bourgi (Nicolas Sarkozy a remercié Renaud Dutreil de lui avoir soumis
la candidature de Bourgi, voir article
p. 4). Pas si novice que ça, finalement,
l’ancien secrétaire d’État aux PME,
qui, d’après la Lettre du Continent
du 11 octobre 2007, ambitionnerait le
poste de secrétaire d’Etat à la Coopération. Mais ce n’est rien en comparaison
de Patrick Balkany, ancien disciple de
Charles Pasqua dans les Hauts-de-Seine aujourd’hui inséparable de Nicolas
Sarkozy, qu’il a accompagné en Lybie
et au Gabon et qui, d’après le journal
en ligne Backchich (Xavier Monnier,
le 6 août 2007), semble s’intéresser de
(trop) près aux richesses du Katanga
(RDC). Balkany, futur missi dominici
de la Françafrique ?
Rassurons-nous toutefois de la présence dans cette mission des députés
socialistes Serge Janquin et François
Loncle, qui se sont fendus par le passé
d’interventions critiques à la tribune
de l’Assemblée sur certaines dérives
de la politique de la France en Afrique comme les élections au Togo ou
l’affaire Borrel. «Je plaide depuis plu-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2007 n N° 163

sieurs années pour la fin du système de
la Françafrique», écrivait ainsi Serge
Janquin en retour du questionnaire sur
les relations franco-africaines adressé
par Survie à tous les députés. Mais
quels rapports de force parviendront à
établir ces députés si la mission s’avère
trop complaisante ?

Un nécessaire travail
de vérité
On le voit, la création de cette mission
apporte, pour l’instant, davantage de
questions que de réponses. Sur sa finalité d’abord. Si Survie a demandé
à tous les parlementaires élus en juin
de se prononcer sur la création d’une
commission d’enquête parlementaire
chargée de réaliser un bilan des politiques françaises en Afrique (avec des
réponses plutôt encourageantes), rien
ne garantit que la mission aboutira aux
conclusions souhaitées par l’association. Le risque de voir la mission dédouaner la France de ses responsabilités politiques est grand, de même que
celui de voir des députés «libéraux»
conclure que l’Afrique, l’aide publique
et les bases militaires «coûtent cher»
(on l’entend dans les rangs politiques
de tous bords) et qu’il faut donc couper
les ponts pour obéir à une logique purement gestionnaire, qui occulterait par
ailleurs tous les bénéfices réalisés sur
le dos des Africains.
Sur les modalités de son travail de recherche, ensuite. On l’a vu avec la mission de 1998 sur le Rwanda, une mission d’information n’a pas les pouvoirs
d’une commission d’enquête, ce qui
relativise la portée de son action. C’est
une des raisons pour lesquelles Survie demande l’ouverture d’une vraie
commission d’enquête sur le rôle de la
France dans le génocide au Rwanda.
De plus, en fonction du choix de la séquence historique et de l’étendue du
champ politique, économique et militaire couvert par la mission, certaines
investigations sur les crimes coloniaux
et néocoloniaux, le pillage des ressources, les interventions militaires,
les financements occultes, le rôle des
réseaux pourraient être soigneusement
évitées. Une hypothèse inadmissible
pour tous ceux qui plaident pour la
transparence des relations franco-afri-

caines et qui exigent qu’un vrai travail
de vérité soit poursuivi.

Guinée-Conakry

La société civile enfin
entendue ?

Un combat usurpé

Le choix des personnalités auditionnées
est la dernière des inconnues et pas la
moindre. Outre les politiques et les
experts plus ou moins autoproclamés,
il est indispensable que cette mission
écoute les associations et les mouvements citoyens, qui, en France comme
en Afrique, enquêtent, dénoncent les
dérives de la Françafrique et tentent de
construire en toute objectivité des relations franco-africaines apaisées, fondées sur le respect mutuel et la défense
d’intérêts communs.
Si tel s’avère être également le but de
cette nouvelle mission d’information et
si celle-ci parvient à trouver un écho
qui dépasse le cadre feutré et policé du
palais Bourbon, pour atteindre le Palais de l’Élysée voisin, nous serons les
premiers à nous en féliciter. De la qualité du processus de concertation établi
avec cette mission (déjà contactée par
la Plate-Forme citoyenne France-Afrique, initiée par Survie) nous tirerons
des raisons d’espérer… ou de continuer à monter au créneau, encore et
toujours.
Pierre Rohman

Ils ont dit
«Quand nous nous retrouvions une
petite trentaine dans l’hémicycle du
palais Bourbon pour traiter de ces
questions, nous étions particulièrement heureux.
«Il faut souhaiter le développement
d’une culture de l’investigation qui
appartient trop peu, en politique
étrangère et en Défense, à nos traditions parlementaires : elle permettrait un vrai contrôle de l’exécutif
par le législatif et ferait participer
les parlementaires à la formation de
l’opinion publique renforçant ainsi
leurs liens avec les citoyens.»
Message de l’ancien député du Parti
socialiste Pierre Brana aux participants du sommet citoyen FranceAfrique réuni à Paris en février
2007.
Pierre Brana, a été le rapporteur de
plusieurs missions d’information
et autres commission d’enquête
parlementaires (Rwanda, Elf, Srebrenica, etc.)

Le 10 janvier 2007, éclatait
une grève générale, noyée
dans le sang par le régime
de Lansana Conté. La nomination
d’un Premier ministre de consensus
n’a rien changé huit mois plus tard.
La mafia et les politiciens tirent
toujours les ficelles.
Avec la bénédiction de la France.

L

es revendications de l’intersyndicale guinéenne, qui avait déclenché la grève générale, portaient
sur la baisse du prix des produits de base,
la hausse des salaires, la lutte contre la
corruption et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Largement suivie
par la population, cette grève donna lieu
à de nombreuses manifestations, violemment réprimées. Le 12 février, le général
Lansana Conté décréta l’État d’urgence.
Tortures, assassinats et viols furent perpétrés par les bérets rouges de la garde présidentielle – une milice en partie équipée
par la France – l’armée et des mercenaires
recrutés en Guinée Bissau et au Liberia.
Face à la pression de la rue et des syndicats, Lansana Conté accepta cependant de
nommer un premier ministre de consensus, Lansana Kouyaté. D’abord acclamé à
Conakry, celui-ci n’aura pas fait illusion
bien longtemps. Les mauvaises notes s’accumulent : création, en lieu et place d’une
commission d’enquête internationale sur
les exactions commises en janvier et février dernier, d’une «commission nationale indépendante» largement inactive,
réhabilitation du milliardaire Mamadou
Sylla, le patron des patrons guinéens inculpé pour corruption et détournements de
biens publics et sorti de prison par Lansana Conté lui-même en décembre dernier,
multiplication des tournées internationales
et des réceptions somptueuses, rénovation
de sa villa aux frais de la princesse, etc.
Mais la défection de cet ancien membre
du Parti présidentiel guinéen (PDG) de
Sékou Touré ne saurait surprendre ceux
qui ont suivi son parcours à la Francophonie, à la Cedao et à l’ONU.
Il faut dire aussi que la guerre de succession à laquelle il se livre ne lui laisse
guère beaucoup de temps pour s’attaquer
à l’indigence qui règne dans le pays. Sur
ce terrain, les efforts et les moyens qu’il

déploie, avec notamment la création du
Mouvement des jeunes patriotes de Guinée, ne sont d’ailleurs pas sans rappeler
les méthodes de son ami Laurent Gbagbo.
Quant à la révision des contrats miniers
censée rétablir des niveaux de revenus acceptables pour l’Etat, les choses n’avancent pas très vite. Le pays continue par
exemple de ne percevoir que 0,35 dollars
par tonne de bauxite extraite. Mais là encore, l’investissement de Lansana Kouyaté semble des plus limité, en particulier
depuis sa visite aux Etats-Unis lors de
laquelle il s’est rendu au siège de Hyperdynamics, une société qui cherche à s’implanter en Guinée après avoir acquis les
droits d’une autre société - US OIL - créée
de toute pièce par l’entourage de Lansana
Conté. À noter toutefois que le gouvernement refusa de signer le contrat léonin
qu’elle s’était concocté pour l’exploration
et l’exploitation du pétrole guinéen et imposa de nouvelles négociations.
Autre fait inquiétant : une partie des leaders de l’intersyndicale ayant porté les
mouvements de grève de janvier/février
2007 semble bien avoir été récupérée
par l’entourage du Premier ministre. La
secrétaire générale de la CNT-G, Hadja
Rabiatou Diallo, continue le combat mais
apparaît de plus en plus isolée. En attendant, la colère gronde, sourdement mais
sûrement.
Gnama Khilira

Un scandale géologique
Avec ses gisements d’or, de diamants,
d’uranium, de pétrole, de fer et de
bauxite (premières réserves mondiales
et second producteur au monde), la
Guinée est potentiellement l’un des pays
les plus riches d’Afrique et pourtant l’un
des plus pauvres du monde.

Erratum
Dans l’article « Armée française, camouflage européen » du précédent numéro,
l’opération Artémis, première intervention militaire « européenne » en Afrique,
était datée de 1998. Celle-ci, dont Billets
d’Afrique a rendu compte à l’époque, a
bien sûr eu lieu en 2003.

N° 163 n Novembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Congo Brazzaville

Sassou, Ntumi : les masques tombent
Comment le président
congolais a nommé au
poste de conseiller à la
présidence, avec rang de ministre,
un criminel de guerre notoire qu’il
qualifiait, il n’y a pas si longtemps,
« d’illuminé».

P

our comprendre les soubresauts du
feuilleton Ntumi qui secouent périodiquement les quartiers sud de
Brazzaville, il faut rappeler brièvement les
conditions de retour au pouvoir de Sassou, et
sa volonté de réduire au silence par tous les
moyens toute velléité d’opposition.
Le 17 octobre 1997, le général Sassou
Nguesso, battu aux élections de 1992 par
Pascal Lissouba, reconquiert le pouvoir
par la force à l’issue d’une guerre sanglante menée par sa milice, les «cobras».
La répression est sanglante pour les populations du Sud originaire de la région
qui entoure Brazzaville, le Pool, considéré également comme étant le siège de
la rébellion. Certaines figures de la françafrique comme Jean-François Probst, qui
avaient prêté un concours actif au retour
de leur poulain Sassou, sabrent le champagne.
Un an plus tard, le 18 décembre 1998, les
miliciens «ninjas» attaquent Brazzaville.
Venus du Pool, leur objectif est officiellement de renverser le régime putschiste
de Sassou Nguesso. À la tête de ces «rebelles», on découvre un inconnu qui se
fait appeler «pasteur Ntoumi». Les miliciens cobras de Sassou Nguesso, appuyés
par une coalition de soldats angolais,
tchadiens, de mercenaires, d’anciens de
la division spéciale présidentielle (DSP)
de Mobutu et de génocidaires hutus (ceux
qui l’avaient aidé à s’emparer du pouvoir
en 1997) vont se livrer à des massacres
sans précédent. Une boucherie à huis clos
que les plus optimistes chiffrent à près de
200 000 morts. Les miliciens «ninjas»
du pasteur Ntumi ne sont pas en reste. Ils
excelleront dans la destruction des biens
meubles et immeubles encore debout,
l’exécution d’individus suspectés d’hostilité ou de tiédeur à leur égard, pis, de complicité avec les «cobras». Les populations
prises en sandwich entre les miliciens de
Sassou et ceux de Ntumi ne doivent leur

salut qu’à la fuite dans les forêts ou au
Congo voisin. Beaucoup y laisseront la
vie, morts de maladie et de faim.
C’est aujourd’hui un secret de polichinelle que le pasteur Ntumi n’était rien d’autre
qu’une création de Sassou, pour consolider son pouvoir en instaurant l’instabilité
dans l’arrière-pays brazzavillois, perçu
comme une région hostile. Originaire du
nord du pays, Sassou Nguesso (comme
tous les principaux dirigeants du régime)
vit dans une ville dominée par les ressortissants du Sud. De ce fait, le nouveau
pouvoir est convaincu que le Pool est susceptible d’abriter une guérilla capable de
lancer contre son régime des opérations de
déstabilisation. Pour prévenir ce scénario
catastrophe, Sassou va donc s’employer à
instaurer l’instabilité permanente dans la
région en initiant une véritable politique
de la terre brûlée. La mission confiée à
Ntumi est simple : offrir aux militaires de
Sassou les raisons d’organiser des expéditions punitives dans la région du Pool
sous prétexte de pourchasser des rebelles.
Le pasteur va faire merveille en y semant
la terreur pendant près de cinq ans au
même titre que les miliciens et soldats de
Sassou. Ces deux parties officiellement
opposées ne s’affronteront qu’à de très
rares occasions. Le partage de rôles fonctionne parfaitement.

Neutralisation
par la promotion
Alors que réapparaissent enfin au grand
jour le drame du Pool et les exactions
commises, le cas Ntumi (et le calvaire des
populations du Pool qui lui est associé) devient pour Sassou une épine dans le pied
dont il ne sait plus comment se débarrasser. Les temps ont heureusement changé.
L’éliminer physiquement (comme il le fit
jadis avec le capitaine Anga sans avoir à
s’expliquer) ne ferait que renforcer son
image de dictateur sanguinaire. Le tolérer
accréditerait la thèse de ceux qui prétendent que Ntumi est sa marionnette. La
seule porte de sortie qui s’offre à lui, c’est
une forme de paix des braves. Ntumi rend
les armes et Sassou, grand seigneur, passe
l’éponge sur ses crimes.
Mais Ntumi ne l’entend pas de cette oreille.
Il a grandi et se voit désormais dans la
peau d’un vrai chef. Il exige de Sassou un
vrai partenariat politique. En résumé, de

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2007 n N° 163

simple supplétif, il exige un statut d’allié.
Ce qui est très gênant pour Sassou. Les
pressions «amicales», notamment américaines, conjuguées à celles du Vatican et
du représentant de l’Union Européenne,
lui feront entendre raison. Denis Sassou
Nguesso consent à lui accorder un poste
de conseiller à la présidence avec rang de
ministre. Après avoir longuement hésité,
Ntumi finit par accepter. Une aubaine pour
cet homme parti de rien et subitement propulsé au rang de ministre. Le scénario est
idéal sur le papier car ni Sassou ni Ntumi
n’en sortent véritablement perdants. En
lui accordant un poste en rapport avec
son pedigree, «délégué général auprès du
président de la République, chargé de la
promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre», Sassou
neutralise un homme qui aura bien du mal
à jouer les opposants alors qu’il dépend
financièrement de lui. Il croit ainsi avoir
sauvé son image d’homme de paix. Quant
à Ntumi, de plus en plus isolé, il sait que
le temps joue contre lui. En intégrant le
jeu politique, il pense acquérir une stature
d’homme politique de premier plan susceptible de jouer un rôle important sur la
scène politique, et auprès de ses compatriotes du Pool en particulier. Les fonds
qu’il espère obtenir du régime y aideront
largement. Il reste qu’il n’a pas totalement
confiance en Sassou. Il veut rentrer dans
les rangs, mais en conservant sa capacité
de nuisance, c’est-à-dire sa milice, qu’il
ne fait même pas semblant de dissoudre.
La petite marionnette veut jouer sa propre
partition en monnayant son ralliement au
pouvoir au prix fort, en continuant à faire
croire qu’il est un homme libre, qui maîtrise son destin, et non un mercenaire au
service du pouvoir. D’où son insistance à
réclamer des garanties de sécurité maximum pour sa modeste personne. À ce
jour, le pouvoir lui propose une garde de
30 soldats, prélevés parmi ses partisans, et
une résidence hyper-protégée.

Épreuve de force

Les choses sont pourtant loin d’être simples. Le haut commandement militaire,
aux mains des chefs «cobras», ne voit
pas d’un bon œil la promotion de Ntumi
alors que, pour la plupart impliqués dans
l’affaire des disparus du Beach, ils passent pour des pestiférés et doivent vivre
cachés. Aucun d’eux ne figure d’ailleurs

au gouvernement. Le retour impromptu
de Ntumi à Brazzaville, escorté de milliers d’hommes en armes, et en l’absence
de Sassou, va être l’occasion, pour ces généraux frustrés de montrer que sans eux, il
n’est rien. Dans ce contexte, Ntumi, sans le
savoir, devient la victime d’un bras de fer
sourd qui se joue entre les différents clans
«cobras» à la tête du pays. Il faut dire que
son arrivée dans la ville a créé la panique
dans un gouvernement incapable de gérer
une situation lui échappant totalement. Isidore Mvouba, le chef du gouvernement,
montre rapidement ses limites. Les généraux de l’affaire du Beach entrent en scène
et imposent leur loi. Ntumi doit retourner
dans son maquis du Pool. Des hélicoptères de combat appuient la démonstration
de force engagée par les militaires. L’opération se soldera par deux morts selon les
militaires et quinze, selon le pasteur Ntumi. Sassou n’y trouvera rien à redire et se
contentera d’exiger du pasteur Ntumi qu’il
revienne occuper ses fonctions impérativement au plus tard le 31 décembre de cette
année. Son retour devant naturellement
s’effectuer sans son immense escorte armée, un plan étant mis en place pour occuper ses 5 000 combattants.

Le vernis craque

Ce que l’entrée ratée de Ntumi à Brazzaville, le 10 septembre dernier, aura mis
en évidence, c’est le caractère profondément militaire du régime de Sassou.
Toute la propagande sur la démocratie
apaisée, les élections, la liberté (surveillée) de la presse ne sont qu’un vernis
qui craque très vite à la moindre contradiction. Nous l’avons vu lors de la crise
interne du Parti congolais du travail entre
les «rénovateurs», fidèles de Sassou et
actuels grands profiteurs du régime d’un
côté, et de l’autre, les «conservateurs»
ou les anciens barons écartés des bienfaits du pouvoir. Sassou n’a pas hésité à
faire appel au haut commandement militaire pour ramener l’ordre dans les rangs
de son parti, sous le prétexte fallacieux
de préserver la paix civile.
Denis Sassou Nguesso n’est pas à une
contradiction près. Ainsi, n’hésite-t-il
pas à nommer comme conseiller, celui
qu’il qualifiait «d’illuminé» il n’y a pas
si longtemps. Il est à l’image de la classe politique congolaise prête à toutes les
compromissions pour se hisser jusqu’à la
mangeoire nationale. Le pasteur Ntumi
n’en est qu’un exemple de plus. Dans ces
conditions, le régime a encore de beaux
jours devant lui, pour le plus grand bonheur des réseaux affairistes et mafieux
françafricains.
Benjamin Moutsila (Fédération des
Congolais de la diaspora-FCD)

Cameroun

Biya à l’Élysée
Le défilé des présidents
africains du pré-carré
continue à l’Élysée, dans
la meilleure tradition de la
Ve République. Après Omar Bongo,
Denis Sassou Nguesso, Nicolas
Sarkozy a reçu, le 26 octobre,
Paul Biya, qui a déclaré, ravi, à propos
de la politique africaine de la France:
« Il y a plus rupture dans la forme et
continuité dans le fond. »

E

n vingt-cinq ans le Cameroun, considéré dans les années 70 comme l’un
des pays les plus prometteurs parmi
les pays émergents en raison de la richesse
et de la variété de ses ressources, a régressé
au rang de pays très pauvre. Cent vingt-septième sur cent quatre-vingt pour le PIB, il
chute au cent quarante-huitième rang pour
l’indice de développement humain. Depuis
des dizaines d’années, l’État n’a investi ni
dans la santé ni dans l’éducation ni dans
les infrastructures. Pourtant les ressources naturelles, particulièrement le pétrole
et le bois, sont exploitées massivement.
L’oligarchie au pouvoir a connu un enrichissement pharaonique. Paul Biya a pu
ainsi, entre autres libéralités, faire cadeau
à la secte française de l’Ordre souverain du
temple initiatique (Osti) d’un immeuble au
22 de la rue Beaunier dans le xive arrondissement parisien.
Les programmes d’ajustement structurel
imposés par la Banque mondiale ont amené
à brader les services publics des chemins de
fer (Régifercam, devenu Camrail), acquis
par Vincent Bolloré, de l’électricité (Sonel)
vendu au groupe américain AES. La distribution de l’eau vient d’être attribuée en septembre 2007 à l’Onep (Office national de
l’eau potable du Maroc). D’autres services,
téléphone, transport aérien, vont suivre. Le
résultat pour les usagers se traduit par une
dégradation des services et une augmentation galopante des prix.
Présenté comme un pays calme, le Cameroun connaît de graves problèmes
d’insécurité. Dans le Nord, des bandes
armées de «coupeurs de routes» font régner la terreur en pillant et en rançonnant. Né
au Cameroun, le phénomène s’est étendu à
la Centrafrique voisine.
L’insécurité règne également à Douala et
à Yaoundé. Nombre d’étrangers ont été

assassinés par des malfrats : une chercheuse
française, une commerçante chinoise, un
diplomate marocain, pour ne citer que les
victimes les plus récentes.
Les conditions de vie qui se dégradent
aboutissent de plus en plus souvent à des
affrontements entre la population et les autorités. Depuis quelques semaines, on compte
au moins six morts : deux à Abong Mbang,
tués lors d’une manifestation pacifique pour
protester contre la privation d’électricité
depuis quatre mois. Deux au marché Mokolo
à Yaoundé lors de la destruction des échoppes sur les trottoirs. Le commerce et les activités «informelles» sont la seule possibilité
de survie pour les trois quarts de la population. Deux jeunes moto-taxis enfin ont été
victimes, à Bamenda, de la répression de leur
mouvement de protestation après le tabassage d’un des leurs par la police.
Ces révoltes, traduisant l’exaspération
de la population, cadrent assez peu avec
l’écrasante victoire électorale que le
parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple congolais (RDPC),
vient d’obtenir aux élections législatives et
municipales de juillet dernier. Une victoire
obtenue, comme d’habitude, par une fraude
massive et multiforme (Billets d’Afrique
n° 161, septembre 2007). Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Coopération, de passage à Yaoundé début octobre, s’est risqué à
dire qu’il y avait des progrès à faire dans la
gouvernance.
Mais le Cameroun a été bien reçu avec les
honneurs à l’Élysée. C’est en effet un des
pays les plus importants stratégiquement en
Afrique, le pivot de l’Afrique centrale. La
France va y implanter, à Awaé, une École
internationale des forces de sécurité (Eiforces). Le projet de création est, en effet,
selon le Cameroon tribune du 3 octobre,
«l’expression de la volonté du Cameroun
de voir le Ctpmo (Centre de perfectionnement des techniques de maintien de l’ordre)
d’Awaé s’ériger en une école à vocation internationale, ayant pour mission essentielle
de préparer des unités constituées de la gendarmerie aux missions policières de maintien
de la paix». Plus que jamais les grandes puissances s’intéressent à ce cœur de l’Afrique
regorgeant de ressources. Les enjeux pour le
contrôle des matières premières passent loin
devant les droits et le sort des habitants dont
les velléités de révolte seront tenues en lisière
par l’intimidation. Pour le sale boulot, rien
ne vaut un dictateur ami.
Odile Tobner

N° 163 n Novembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Côte d’Ivoire

Un paysage politique en pleine
recomposition
Conséquence du dialogue
direct entamé en début
d’année, le rapprochement
Gbagbo-Soro n’a pas fini de
recomposer le paysage politique
ivoirien, détournant trop facilement
l’attention des médias d’une situation
des Droits de l’homme déplorable.

L

a trêve médiatique qui avait accompagné le dialogue direct et l’accord
de Ouagadougou du 4 mars dernier
est maintenant bien terminée. Une succession d’articles de la presse d’opposition
sur les «affaires» – de fausse monnaie, de
détournement de l’argent du cacao, d’enlèvement du journaliste Guy-André Kieffer
– critique violemment le président Laurent
Gbagbo. Mais, paradoxalement, la première
attaque du régime ivoirien est venue cet été
du président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, dénonciateur du «pacte
colonial» liant la Côte d’Ivoire à la France
et membre du parti au pouvoir, que l’on a
connu jusque-là ardent défenseur de la légitimité de Gbagbo. Une dissidence assumée
s’est fait jour au sein du Rassemblement
des républicains (RDR), le parti d’Alassane Ouattara, débouchant sur la création de
l’Alliance pour la Nouvelle Côte d’Ivoire de
Zémogo Fofana.

Dissensions chez
les rebelles
Mais c’est au sein de la rébellion que les
dissensions sont les plus fortes. L’attentat du 29 juin dernier contre l’avion du
Premier ministre et leader politique de la
rébellion Guillaume Soro, dans son fief de
Bouaké, a montré l’absence de consensus
au sujet de l’accord de Ouagadougou.
La promotion d’une petite élite de la rébellion aux postes gouvernementaux, sa
participation aux Fêtes de réjouissances
des patriotes et son allégeance portée à
Gbagbo est en flagrante contradiction
avec les revendications initiales des rebelles. Ce qui laisse planer le doute sur sa capacité à maîtriser l’ensemble des «forces
nouvelles».
Au sein de ce noyau, le commandant Issiaka Ouattara (ou Wattao), chef d’état

major adjoint de la rébellion, avait fait
des déclarations jetant la suspicion sur les
«forces impartiales» (Licorne et Onuci)
au lendemain de l’attentat du 29 juin. Plus
précisément, il s’interrogeait sur la présence d’un véhicule de l’armée française
bloquant l’une des pistes et sur le repli
des casques bleus marocains au moment
de l’attaque. À la demande de la Côte
d’Ivoire, l’ONU a diligenté une enquête
internationale. Entre-temps, le contingent
marocain a été suspendu pour des affaires
d’abus sexuels sur mineures.

Médias aveugles

Les médias d’opposition mettent l’accent
sur la situation sociale déplorable, les
mouvements de protestation de certaines
professions et sur les «affaires» du régime
du Front populaire ivoirien (FPI), ciblant
nommément Gbagbo comme le responsable de cette situation.
Guillaume Soro reste relativement épargné
par les attaques des journalistes sur son
«virage» politique et sa gestion au niveau
gouvernemental comme dans son fief.
Pourtant les critiques légitimes ne manqueraient pas. L’application du chronogramme dont il a la charge, établi à Ouagadougou, tourne au fiasco. Le centre de
commandement intégré – rassemblant
les officiers loyalistes et rebelles – n’est
qu’une coquille vide. Le désarmement des
milices et des rebelles n’a pas dépassé le
stade symbolique. Les audiences foraines
– censées résoudre les problèmes d’étatcivil, avant la mise à jour des listes électorales – sont loin de rencontrer le succès
escompté.

Désastre sanitaire
et sécuritaire
Non seulement le processus politique
est au point mort, mais, surtout, la situation des populations en zone rebelle
est plus que jamais catastrophique. Les
derniers rapports d’organismes onusiens
– ONUCI, Groupe d’experts sur la Côte
d’Ivoire, FAO - s’accordent sur la recrudescence de l’insécurité dans la partie du
pays gérée par la rébellion.
Dans son rapport de septembre, le groupe
d’experts de l’ONU sur la Côte d’Ivoire
note : «Dans cet état de transition, on

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2007 n N° 163

remarque également la recrudescence
de cas d’abus d’autorité tels que des arrestations et détentions arbitraires, des
mauvais traitements et des exécutions
extrajudiciaires. À titre illustratif, lors
d’un séjour dans la partie nord du pays,
le Groupe a obtenu des informations documentées au sujet d’un épisode qui s’est
conclu par le décès d’une personne à la
suite des tortures qui lui ont été infligées
par des éléments des FDS-FN (forces de
défense et de sécurité des Forces Nouvelles) lors de son arrestation. Ces faits se
sont produits au secrétariat général des
FN, à Bouaké, entre le 29 et le 30 août
2007, date à laquelle les experts ont été
reçus en audience, en ce même endroit,
par le secrétariat général et l’état-major
des forces armées des FN.»
Autre exemple éloquent, à Bouna, le
21 octobre, des rebelles ont tiré sur
un groupe de jeunes qui manifestaient
contre les «taxes», faisant un mort et
une dizaine de blessés.
Le risque le plus important actuellement
est sans doute celui d’une déliquescence
de la rébellion, d’une autonomisation des
commandants de zone et d’une course de
toutes les composantes de la rébellion à
l’argent – du petit soldat au commandant
de zone.

La Côte d’Ivoire à l’ONU

Lors de la présentation du quatorzième
rapport du secrétaire général Ban Ki-moon
sur l’Onuci, l’ambassadeur ivoirien a suggéré que l’initiative des projets de résolution sur la Côte d’Ivoire soit désormais
laissée aux trois membres africains du
Conseil de sécurité plutôt qu’à la France.
Notons qu’à compter du 1er janvier 2008,
les trois membres en question, admis pendant deux ans, seront le Burkina Faso, la
Libye (2008-2009) et l’Afrique du Sud
(2007-2008).
Lors de sa venue en septembre à l’ONU,
Laurent Gbagbo s’est accordé avec Ban
Ki-moon sur le nom de son nouvel envoyé
spécial en Côte d’Ivoire, Choi Young-Jin,
qui sera aussi chargé des élections. À
moins d’une forte ingérence internationale, Laurent Gbagbo part avec une bonne
longueur d’avance dans ce scrutin – si le
chronogramme de Ouaga aboutit...
David Mauger

Burkina-Faso

Thomas Sankara, au bon souvenir
de Blaise Compaoré
Véritable affront pour le
régime de Blaise Compaoré,
les commémorations non
officielles autour de l’assassinat de
Thomas Sankara ont été un immense
succès populaire.

B

on élève de la Banque mondiale et
du FMI, le président Blaise Compaoré règne paisiblement dans le précarré de la France depuis vingt ans. Sa démocratie est, paraît-il, exemplaire et si son pays a
une réputation tenace de tranquillité, la réalité
de son peuple est tout autre. Ce 15 octobre,
la célébration officielle des «Vingt ans de la
renaissance démocratique» n’a pas été la fête
populaire escomptée. À l’image des élections,
les manifestations populaires n’attiraient du
monde que parce que le régime distribuait à la
pelle des tee-shirts, ou des bons d’essence.
Demos Kratei
Dans les sal ons feutrés du pouvoir, on déclinait le mot démocratie comme les Grecs d’antan. Demos Kratei au nominatif, le pouvoir du
peuple. «Démocrature» à l’accusatif selon la
nouvelle rhétorique désignant ces dictatures
au vernis démocratique. On a même reconnu
l’acteur Richard Bohringer, président du festival panafricain de Ouagadougou (Fespaco),
louer, plein d’emphase, aux côtés de Guy
Penne, la démocratie de Blaise Compaoré. Et
pendant que les bons sentiments se mêlaient
idéalement au champagne, la rue avait le poing
levé pour commémorer le vingtième anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. Une
affluence qui a pris tout le monde de court et
qui est due en partie à l’arrivée à Ouagadougou, de Mariam Sankara, veuve de celui qui
dirigea le pays de 1983 à 1987, de retour dans
son pays pour la première fois depuis vingt
ans. Paradoxe : pendant que le pouvoir célèbre la démocratie, le «pouvoir du peuple»,
des milliers de personnes demandaient justice
pour l’assassinat de “Tom Sank” perpétré par
l’actuel président Blaise Compaoré.
Le Burkina n’est pas à une contradiction
près et cette tentative de réappropriation n’est
qu’un symptôme de la lutte politique qui agite
le pays depuis vingt ans et cristallise les passions autour de la mémoire d’un chef d’État
singulier, symbole d’intégrité, dont l’exemple

continue d’animer la vie politique du pays.

Consortium de Ouaga

La valeur de Thomas Sankara peut se mesurer aux moyens qui ont été mis en œuvre pour
l’abattre. François-Xavier Verschave, le premier, a montré du doigt le «Consortium de
Ouaga», «groupe d’intérêt politico-mafieux»
qui, dès la mort de Sankara, via des ramifications en Libye et au Libéria, a embrasé l’Afrique de l’Ouest. Un passé que Blaise Compaoré voudrait bien oublier aujourd’hui. Impliqué
dans les conflits du Libéria, de Sierra Léone,
de Côte d’Ivoire, ce pompier pyromane ne désespère pas de recevoir un jour le prix Nobel
de la paix. Mais si, aujourd’hui, le président
du Faso reconnaît publiquement avoir soutenu
Charles Taylor, «comme beaucoup de monde
à l’époque» dit-il et «pour renverser le dictateur Samuel Doe», son image d’assassin de
Sankara reste sans doute la plus gênante. Fort
de ses soutiens internationaux, notamment
de la France, Compaoré semble intouchable.
Même un rapport de l’Union européenne, établissant un trafic de diamants pour financer Al
Qaeda via Ouagadougou et rendu public par le
New York Times, n’a pas eu raison de cette insolente reconnaissance. Mais cette vigueur du
sankarisme, vingt ans après, parvient pourtant
à effriter cette image de souriant démocrate, à
l’intérieur du pays et bien au-delà de ses frontières.

Une mémoire toujours
vivace
Thomas Sankara reste plus que jamais dans le
cœur des Burkinabè comme ce jeune capitaine qui voulait «oser inventer l’avenir». En atteste l’engouement des manifestations autour
du 15 octobre à Ouagadougou. En atteste la
vigueur des partis sankaristes, qui pour l’occasion ont annoncé leur volonté d’union dans
la perspective de devenir la première force
d’opposition du pays. Altermondialiste avant
l’heure, Thomas Sankara fait aussi des émules
dans tout le continent. Contre une mémoire
longtemps confisquée par le pouvoir et la tentation de marquer le 15 octobre d’une autre
empreinte, cette commémoration des vingt
ans de l’assassinat de Thomas Sankara reflète
toute la vigueur et la modernité d’une pensée
qui continue de faire l’actualité en nourrissant
la réflexion sur l’annulation de la dette des pays
africains, la lutte contre le néocolonialisme et

la corruption, la moralisation de l’administration, la promotion des femmes et des jeunes,
la santé, la scolarisation… Autant de dossiers
sur lesquels le Burkina Faso n’a pas avancé en
vingt ans. Et si l’on peut parler de développement durant ces deux décennies, c’est surtout
celui de la corruption qui saute aux yeux en
parcourant les statistiques du pays. À l’issue
des quatre jours de travail, les participants au
symposium international Thomas Sankara ont
indiqué vouloir «poser les jalons de la conceptualisation du Sankarisme». Plusieurs motions
ont été déposées, sur l’éveil de la conscience
de la jeunesse et la condamnation de la Françafrique. Les recommandations portent sur
l’élaboration d’un code d’éthique sankariste, l’unité des Sankaristes, la mise en place
d’un comité international de rédaction de la
conceptualisation du Sankarisme, la poursuite
du travail enclenché par le comité national
d’organisation et les différents clubs Thomas
Sankara au-delà de la commémoration du xxe
anniversaire et enfin, une promotion véritable
des femmes dans un esprit d’équité.
Au Burkina, cette édition historique de la
commémoration de l’assassinat de Sankara a
également marqué le retour d’une parole longtemps réprimée dans un enthousiasme qui a
même surpris les organisateurs. Sous le vernis
de la télévision d’État et sa vision scotomisée
du réel, pendant que les élites du peuple en
appelaient au «développement» comme si,
depuis vingt ans, il suffisait de l’appeler, la rue
scandait les slogans de la Révolution dans une
ferveur presque libératrice: «Les assassins au
poteau», «le pouvoir au peuple», «justice
pour le peuple» ou «Compaoré assassin».
Mariam Sankara ne disait pas autre chose en
affirmant, à Ouagadougou, dix ans après avoir
déposé une plainte contre X pour l’assassinat
de son mari, que «tôt ou tard, la justice finira par aboutir car la vérité finit toujours par
triompher».
Un optimisme qui se nourrit notamment d’une
décision du comité des Droits de l’homme
de l’ONU, qui a condamné en 2006 le Burkina pour «traitement inhumain» à l’égard
de la famille Sankara, l’invitant à respecter
les recommandations de sa charte des Droits
fondamentaux et à organiser le procès de cet
assassinat. Une question de «réconcilation nationale» pour Mariam Sankara qui «veut bien
pardonner à condition de savoir ce qu’il y a à
pardonner».
Rémy Rivière

N° 163 n Novembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11

Salves
Comores

Nouveau recul
Malgré ses promesses,
le nouveau président
des Comores amorce
une marche arrière dans ses
revendications sur Mayotte.

L

e 25 août 1972, l’ONU inscrit l’archipel des Comores, composé des
quatre îles d’Anjouan, de Mayotte,
de Mohéli et de la Grande Comore, sur la
liste des territoires auxquels s’applique la
«Déclaration d’octroi de l’indépendance
aux pays et peuples coloniaux»1. L’archipel
aurait donc dû s’émanciper en bloc. Mais la
préservation de son unité sociale et culturelle
importait peu pour des réseaux françafricains. Soucieux de sauvegarder leurs intérêts présentés comme ceux de la France, ces
derniers se sont alors mis à manœuvrer pour
que Mayotte reste française. Et c’est ainsi
qu’entre 1975 et 1995, l’Assemblée générale des Nations unies, condamnant l’organisation d’une consultation s’adressant aux
seuls Mahorais, prit une vingtaine de résolutions pour que la France respecte l’intégrité
territoriale des Comores en tant qu’archipel
incluant Mayotte.
Juridiquement peu contraignante, cette série

de résolutions eut néanmoins le mérite de
freiner l’ancrage de cette île dans la République française. De façon diplomatique,
elle permit également de condamner une
politique aux conséquences désastreuses.
À partir de 1995, cette question ne fut plus
portée devant les instances onusiennes et
l’État français eut tout le champ libre pour
réamorcer la poursuite de cette politique
d’annexion : organisation de la départementalisation, suppression progressive du
droit coutumier et surtout, instauration,
pour les Comoriens souhaitant se rendre à
Mayotte, d’un visa qui provoquera la mort
de plusieurs milliers d’Anjouanais partis
sur des embarcations de fortune rejoindre
Mayotte.
Devant cet état de fait, les promesses
faites depuis quelques temps par le président de l’Union des Comores, Ahmed
Abdallah Sambi, de réintroduire la question de Mayotte à l’ONU suscitaient
quelques espoirs. Mais des espoirs de
courte durée car peu après l’annonce de
sa réception à l’Élysée, celui-ci retira
cette question de l’ordre du jour de la
62e session de l’Assemblée générale des
Nations unies et se laissa convaincre par
le président Sarkozy de «maintenir cette

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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Novembre 2007 n N° 163

question dans un cadre bilatéral»2.
En contrepartie de l’apurement d’arriérés
de dette et, sans doute, de quelques faveurs.
Il faut dire aussi que la crise séparatiste
anjouanaise, menée par un Bacar bien
vu des services français, ne mettait pas
Sambi en position de force. Malgré les
menaces de Moroni et de l’Union des
Comores d’une intervention armée à
Anjouan, une délégation sécessionniste
a pu se rendre à une négociation menée
par Thabo Mbecki sans rien céder, et a pu
retourner aux Comores sans être inquiétée.
Paris reste donc tranquille et peut continuer de s’activer : le référendum sur
la départementalisation pourrait se tenir
dès 2008 et des mesures pour renforcer
l’éloignement des « étrangers » à Mayotte, c’est-à-dire des Anjouanais, sont sur
le point d’être prises3.
Pierre Caminade et Marc Haus
1. Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU
du 14 décembre 1960.
2. http://www.elysee.fr/documents/index.php?la
ng=fr&mode=view&cat_id=5&press_id=472
3. Loi n°2007-224 du 21 février 2007 portant
dispositions statutaires et institutionnelles à
l’Outre-Mer qui autorise le gouvernement à
prendre par ordonnance (article 19 du titre 8
«dispositions applicables à Mayotte») des «dispositions relatives au caractère non suspensif des
recours juridictionnels dirigés contre certains
actes visant à l’éloignement des étrangers en situation irrégulière».

Lettre fondée par F.-X. Verschave
Directrice de la publication : Odile Biyidi
Awala.
Directeur de la rédaction : Raphaël De
Benito.
Secrétaire de rédaction : Janine Sfiligoï.
Comité de rédaction : Pierre Caminade,
Sharon Courtoux, Sisulu Mandjou Sory,
Victor Sègre, David Mauger, Odile Tobner,
Vincent Munié.
Ont aussi participé : O.Thimonier,
F.Tarrit, S.Alzerreca, P. Rohman, G. Khilira,
B.Moutsila, R.Rivière, M. Haus.
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Coordination : Olivier Thimonier
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Commission paritaire n° 0211G87632
Dépôt légal : Septembre 2007
ISSN 1155-1666
Imprimé par Imprimerie 3 A sur papier recyclé
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