Fiche du document numéro 22678

Num
22678
Date
Vendredi Septembre 2006
Amj
Fichier
Taille
556542
Titre
Billets d'Afrique No. 150
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation


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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Pourrissement

Comme un organisme travaillé par une infection maligne, l’Afrique n’en finit pas de voir pourrir ses plaies, qui semblent
inguérissables. Après le Sud c’est l’Ouest du Soudan, le Darfour, qui se trouve indéfiniment en proie à une guerre civile
féroce. Les milices pro-gouvernementales font régner la terreur. Depuis début 2003, les combats, les opérations de
purification ethnique et la crise humanitaire ont provoqué la mort de 180 000 à 300 000 personnes. Au moins 2,4 millions de
personnes ont été déplacées dans cette région. Les émissaires de l’ONU et les ONG, comme Amnesty International ou MSF
ont beau dénoncer la situation critique des droits de l’Homme au Darfour, les populations restent exposées aux exactions, qui
ne cessent pas. Mis en demeure de protéger ses populations ou d’accepter une intervention de l’ONU, le régime de Khartoum
ne fait pas grand-chose d’un côté et refuse de l’autre toute ingérence, considérée comme hostile de la part de l’Occident. La
solution serait-elle dans l’intervention, sous mandat de l’ONU, de contingents de pays musulmans ? Les efforts de médiation
des chefs d’État du Sénégal et du Nigeria n’ont pas, jusqu'à présent, eu beaucoup de résultats sur le terrain, malgré les
accords signés avec certaines fractions de la rébellion. Peu peuplé, le Soudan est le pays de plus vaste du continent africain.
Il est riche d’immenses ressources, dont le contrôle est convoité par les puissances mondiales. Sur les frontières du Soudan,
le Tchad et la Centrafrique sont en proie également aux funestes enchaînements rébellion - répression, avec des populations
civiles qui subissent les exactions de toutes parts. La situation ne cesse de se dégrader dans le Nord de la Centrafrique. La
FIDH dénonce l’inertie de la Cour pénale internationale concernant les crimes commis, entre octobre 2002 et mars 2003, aussi
bien par les troupes loyales au président de l'époque, Ange-Félix Patassé, que par la rébellion alors menée par le général
François Bozizé, qui a finalement renversé le premier le 15 mars 2003 et s'est depuis fait élire à la tête de l'État. Il est aidé
activement par la France pour venir à bout des mouvements de rébellion. Parmi les accusés dans la responsabilité des crimes
poursuivis devant la CPI, on cite Jean-Pierre Bemba, dont les milices étaient venues au secours de Patassé, et L’ex-gendarme
français Paul Barril.
Enfin la situation en République démocratique du Congo est loin d’être rassurante. Des élections viennent de s’y dérouler
sous la surveillance de la MONUC et de l’EUFOR. Le deuxième tour de l’élection présidentielle risque d’avoir lieu sous haute
tension, dans un pays divisé entre l’Est, la région des grands lacs qui a plébiscité Joseph Kabila, et l’Ouest, avec Kinshasa,
où Jean-Pierre Bemba a fait ses meilleurs scores. L’état de déliquescence du Congo, après trente ans de prédation mobutiste
et dix ans de guerres civiles qui ont fait entre trois et quatre millions de morts, est total. Là aussi les puissances mondiales
sont aux aguets, plus soucieuses de contrôler les pouvoirs que de protéger les populations autrement qu’en discours et en
gesticulations. L’occupation durable par la MONUC, forte de 17 600 soldats, a ainsi contribué au développement de la
prostitution des mineures, dans un pays ravagé par la misère.
Les enjeux de puissance qui s’exercent en Afrique sont à la mesure des ressources convoitées. La machine folle de la
consommation mondiale de pétrole et autres matières premières a besoin, tel un moloch, de dévorer les pays qui recèlent ces
ressources, et qui, hélas, ne sont pas en mesure de les défendre. La carte des conflits, du Soudan à la RDC, recouvre
exactement la carte des réserves du sous-sol.
Pour couronner le tout voici qu’on annonce la réception officielle en France, le 7 septembre prochain, de Faure Gnassingbé,
qui a accédé à la Présidence du Togo, succédant à son père le sinistre dictateur Eyadéma, par le coup de force, la fraude et
l’assassinat. Le sang des centaines de Togolais, qui sont morts pour avoir protesté contre la reconduite de la dictature, n’a
pas pu empêcher que, toute honte bue, la France ne consacre de son approbation ce triomphateur, prétendant faire de ceux
qui incarnent toutes les turpitudes du passé, les garants d’un avenir démocratique. Cette propagande mensongère est grosse
de tristes lendemains, et nous pensons que le peuple togolais doit pouvoir choisir librement ses gouvernants, avec de
véritables garanties d’un scrutin honnête. Tant qu’il n’aura pas pu le faire, l’illusion de la stabilité n’aura rien à
voir avec un état de
développement tant désiré.

paix

civile

nécessaire

au

D’où vient l’infection qui mine l’Afrique ? Plus il y a de
“décideurs” qui s’intéressent à son sort, plus les
rhétoriques sur son devenir s’étalent en vain ronflement,
plus les Africains se ruent pour quitter leurs pays
invivables. Cherchez l’erreur !
Odile Tobner

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Kinshasa entre le 20 et le 22 août ?
Que s’est-il réellement passé ?

Vers 18h30 le dimanche 20 août, alors que le président de la
Commission électorale indépendante (CEI), Apollinaire Malu
Malu, s’apprêtait à annoncer les résultats provisoires du
premier tour de l’élection présidentielle, des tirs ont retenti à
proximité du siège de Jean-Pierre Bemba 1, principal
adversaire de Joseph Kabila dans ces élections. Des éléments
armés se dirigeaient vers le centre de presse de la CEI,
ouvrant un feu sporadique, puis de plus en plus nourri. La
conférence de presse ne peut avoir lieu. L’une des chaînes de
télévisions du MLC est alors attaquée. Vers 23 heures, Malu
Malu, conduit à la Radio-Télévision nationale congolaises par
un blindé des Nations Unies, peut enfin annoncer les 44,81 %
des voix obtenus par Joseph Kabila et les 20,03 % obtenu par
Bemba. Un fidèle de ce dernier a-t-il été tué durant la soirée
comme l’affirme le camp de ce dernier ? Qui a mis le feu au
poudre, et pourquoi ? Notons au passage que l’Est de la
République démocratique du Congo a voté massivement pour
Kabila, l’Ouest, la capitale Kinshasa en particulier, portant son
choix sur Bemba.
Le lundi 21 août, plusieurs chars d’assaut de la Garde
spéciale de la sécurité présidentielle (GSSP) ont pris position
autour de la résidence de Bemba, qui s’y trouvait en
compagnie de 14 diplomates composant le Comité
international d’accompagnement de la transition (CIAT), dont le
chef de la Mission de l’ONU au Congo (Monuc) William Lacy
2
Swing . Ces blindés ont ouvert le feu, détruisant l’hélicoptère
du président du MLC garé au fond du jardin. Les diplomates se
sont réfugiés dans la cave ; ce n’est qu’au bout de plusieurs
heures qu’ils en ont été évacués et amenés au siège de la
Monuc à l’issue d’une opération conjointe ONU-Eufor.
Pourquoi les chars présidentiels ont-ils attaqué la résidence de
Bemba à ce moment précis ? Ce dernier affirme que des
éléments de la GSSP l’ont attaqué sans qu’il n’ait commis
aucun acte susceptible de l’y inciter. Pour s’emparer de sa
personne, pour l’éliminer ? Le camp présidentiel a accusé
l’adversaire de Kabila de provocations multiples, notamment de
propos incendiaires diffusés sur sa chaîne de télévision 3, et
même d’une tentative de « coup de force ». Dans l’entourage
du Président, certains affirment que Bemba, ayant fait venir de
l’extérieur de la capitale des troupes en renfort de celles qu’il y
entretient, représentait désormais une « menace » qui ne
pouvait être ignorée. D’autres affirment que les hommes de
Bemba ayant fait prisonniers deux éléments de la GSSP, dont
l’un encore détenu, l’attaque de sa résidence avait eu pour
objectif de libérer ce dernier. Qui dit vrai ? Il est encore trop tôt
pour en juger, mais pas grand monde sans doute. Quoi qu’il en
soit, des blindés de la GSSP ont bien attaqué la résidence de
Bemba le lundi 21 août. Des éléments fidèles à, et aux ordres
de, Kabila, ou des éléments « indisciplinés » (comme le
suggère un officier congolais proche du Président et peu

1

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Président du Mouvement de libération du Congo (MLC), Bemba,
ancien rebelle sanguinaire, fils d’un affairiste mobutiste avec qui il
partage ces caractéristiques, a conduit une campagne xénophobe, sur
le thème : « je suis 100 % congolais » tandis que Joseph Kabila, qui
n’est pas le fils de Laurent-Désiré, est un « étranger » (un Rwandais,
Tutsi qui plus est). Louons ceux de ses adversaires qui le jugent sur
ses actes et sur ses paroles sans lui rappeler qu’il est le fils d’un métis
d’origine portugaise.
2
Cette rencontre avait pour objet la recherche des moyens de « calmer
le jeu » périlleux commencé la veille, une rencontre du même ordre
avec Kabila étant au programme.
3
Dimanche après-midi, les radios et télévisions du MLC répétaient, au sujet
de Kabila, que « les Rwandais pouvaient venir rechercher leur fils ».

admiratif de l’initiative) ?
Quant au vote des Congolais, comme me le fait remarquer
un ami du Nord-Kivu, l’Ouest a voté contre « l’étranger »
Kabila, l’Est pour le même Kabila qui y est considéré comme
un Congolais pur sucre, d’aucune façon soumis aux influences
ou intérêts rwandais, au contraire.
Et maintenant ?

Une forte pression internationale exercée sur les deux
adversaires a amené ces derniers à affirmer leur volonté de
poursuivre la procédure électorale selon les règles établies,
dans la transparence et sans recours à la force. L’avenir dira
ce que valent ces paroles contraintes. Par ailleurs, on s’est
aperçu que la loi électorale prévoit que le deuxième tour de
l’élection présidentielle doit se tenir 15 jours après la
proclamation des résultats définitifs du premier tour par la Cour
Suprême (attendue le 29 août). Or, la date du deuxième tour
choisie par la CEI, avec l’appui du CIAT, est fixée à fin octobre,
ne serait-ce que pour des raisons budgétaires et logistiques.
Une belle bagarre semble s’annoncer entre les supporteurs du
respect de la loi électorale et ceux des arguments de la CEI et
du CIAT. À la pointe du fusil ? Le Congo vit dans l’angoisse le
temps qui le sépare du mot final de l’aventure. Un temps
pendant lequel on ne sait trop qui est aux commandes. Un
temps pendant lequel le président Kabila, en tête du premier
tour mais rejeté par les Kinois, et le vice président Bemba,
largement devancé mais qui a leur faveur, devront se croiser
dans les palais de la capitale...
Une certaine communauté internationale a investi du temps
et de l’argent dans ces élections. Car il s’agit d’un
investissement : le sous sol de ce pays serait-il moins attirant
qu’il aurait attiré moins de « générosité ». Elle a investi sans
vraiment se rendre compte où elle mettait les pieds, divulguant
à quel point l’ex-Zaïre (qui n’est pas si facile à connaître et à
comprendre !) lui est plutôt étranger. Il n’est pas non plus facile
de prévoir les événements des semaines à venir. Il faut
compter sur le plus long terme, sur les Congolais déterminés à
se passer d’une générosité encombrante et à rendre leur pays
vivable. Afin que nul ne l’ignore, je l’annonce : il y en a. [Sharon
Courtoux]
Les mines du Congo-Kinshasa vues des paradis fiscaux
Ses partenaires commerciaux étant sis dans les paradis
fiscaux, il arrive à l’État congolais de ne même pas savoir avec
qui il a paraphé certains contrats. Il y va pourtant de gisements
miniers fondamentaux de la Gécamines et de la MIBA, deux
sociétés publiques qui ont été dépecées de leurs ressources
ces dernières années alors qu’elles fournissaient l’essentiel du
maigre budget étatique.
On sait que le gouvernement de transition a créé, dans la
foulée, des accords de paix qui concernent le Congo, une
« Commission spéciale chargée de l’examen de la validité des
conventions à caractère économique et financier conclues
pendant les guerres de 1996-1997 et de 1998 au 30 juin
2003 », dont on a confié la présidence au député d’opposition
Christophe Lutundula.
Tel un manuel scolaire, le rapport qu’a déposé la
commission en juin 2005, mais que le gouvernement de
transition a mis une année à rendre public, après qu’on l’ait vu
4
apparaître sur internet , passe en revue une série de cas où
figurent des sociétés et filiales des Bermudes, des Îles Vierges
Britanniques ou du Panama, qui ont signé des ententes avec

4

Cf. www.congonline.com/documents/Rapport_Lutundula_pillage_2006.pdf

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des seigneurs de guerre, d’une part, ou, d’autre part, avec un
gouvernement en manque de financement pour poursuivre le
combat.
Un cas parmi d’autres

La canadienne Emaxon appartenant au magnat israélien du
diamant Dan Gertler, mais dont on ne sait pas si les
actionnaires ne sont pas en réalité au Panama. Après que la
Commission Lutundula a enquêté sur cette entreprise au
Canada, Emaxon a modifié ses statuts et indiqué que le
principal actionnaire de la société est International Diamond
Industries de Dan Gertler. Mais aucune source n’est claire.
L’International Peace Information Service (IPIS) ajoute que
Chaim Liebowitz, un proche de Gertler, est le président
d’Emaxon, quoique son nom n’apparaisse pas dans les statuts
québécois de l’entreprise 1. La compagnie panaméenne FTS
Worldwide étant citée dans des documents concernant
Emaxon, IPIS a aussi mis en doute que les diamants exportés
par Emaxon soient vraiment comptabilisés en Israël, tout en
soulignant que le point 3.1.1 du contrat paraphé avec la MIBA
permet aux titulaires d’Emaxon d’être localisés partout, faisant
de la compagnie canadienne une société écran au même titre
que n’importe quelle coquille vide sise dans les paradis fiscaux.
Signe des temps, « lorsqu’on l’a rejointe [FTS Worldwide
Corporation au Panama], cette firme a refusé de dévoiler quelque
information que ce soit [la] concernant. »2
Les sociétés qui trouvent « refuge » au Panama disposent
de comptes à numéro et bénéficient d’un secret bancaire
blindé. L’idée même d’enquêter sur les transactions des
sociétés enregistrées au Panama est illégale. « Il y a encore
une législation spéciale renforçant le secret bancaire pour les
“Cuentas Bancarias Cifradas” (comptes bancaires codés), qui
interdit au juge local, même en cas de litige, de lever le secret
bancaire (sauf en matière pénale). »3 L’investisseur inscrit au
Panama, qui agit partout dans le monde depuis le Panama,
peut être n’importe qui. Aucune condition ne régit la
reconnaissance des actionnaires d’une société inscrite sur l’île.
Ceux-ci peuvent être de toute nationalité, résider où que ce soit
et taire leur identité en se laissant représenter par des
mandataires. « La société anonyme fixe librement un capital
“autorisé”, pour lequel il n’est pas imposé de minimum ou de
maximum, et qui ne correspond pas forcément au capital payé,
lequel n’a, lui-même, pas besoin de transiter par Panama ou
d’être déposé dans une banque. »4 La question du siège social
de la société concernée ne se pose pas du moment que celleci se donne une boîte aux lettres à Panama auprès d’un avocat
d’affaires. Les réunions de la société n’ont pas à avoir lieu sur
l’île, elles peuvent se tenir partout et elles n’ont pas à avoir lieu
nécessairement. « Si la société n’a pas d’activité à l’intérieur de
la République de Panama, elle n’a pas de déclarations fiscales
ou de rapports financiers à faire »5. Elle est à Panama pour
agir sans exister formellement.
Il existe plus de 120 000 sociétés de ce type au Panama.
C’est le type de « partenaires » financiers que s’est donnée
la République « démocratique » du Congo.
Le sort économique du Congo s’est joué depuis de tels nonlieux politiques, ces dernières années.

Emaxon
a
obtenu
un
quasi-monopole
sur
la
commercialisation des diamants de la MIBA. Une autre société
canadienne, Kinross Gold, a créé avec l’homme d’affaires
belge George Forrest (très proche de Kabila) une nouvelle

1

International peace information service (IPIS), Power Struggles and
Transparency in the Sale of MIBA Diamonds, IPIS Editorial, Anvers, le
10 septembre 2003.
2
Partenariat Afrique Canada, Revue annuelle des diamants,
République démocratique du Congo, Ottawa, 2004, p. 4.
3
Édouard CHAMBOST, Guide Chambost des paradis fiscaux,
Lausanne, Favre 2005, p. 358.
4
Op. cit., p. 359.
5
Ibidem.

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'1

entité, la Kinross-Forrest, dans les Îles Vierges
Britanniques. C’est cette dernière qui a obtenu
l’autorisation d’exploiter à des fins commerciales la prodigieuse
mine de Kamoto, dans le Katanga. Dans les Îles vierges
britanniques, « il n’y a pas d’obligation de divulguer l’identité
des actionnaires, qui peuvent se réunir où et quand ils le
désirent »6. Les sociétés que gère Forrest se trouvent, elles, au
Luxembourg. En réalité, la mine ne sera jamais développée à
sa pleine capacité. Ses nouveaux titulaires ne manqueront pas
toutefois de s’enrichir passivement grâce à elle, parce qu’elle
fait l’objet de très lucratives spéculations boursières.
Au détriment de la Gécamines

En se portant acquéreur de gisements aux seules fins de
spéculation, les deux sociétés privent la population de revenus
qui lui sont indispensables pour la gestion du bien public. La
Banque mondiale a commandé à cet égard un audit à
International Mining Consultants qui est sans équivoque : les
accords tels que celui entre Kinross-Forrest et la Gécamines
« contiennent de nombreuses anomalies qui sont toutes au
détriment de la Gécamines. [...] Ils visaient principalement à
générer rapidement du numéraire, plutôt qu’un développement
durable et rationnel du patrimoine de la Gécamines. [...] Les
contreparties auxquelles les partenaires privés s’engagent sont
des programmes de production et d’investissement dont les
objectifs sont d’habitude très inférieurs au potentiel
d’exploitation des gisements de minéraux concernés. De
nombreux actifs de la Gécamines sont ainsi gelés. De plus, les
principaux partenaires effectuent tous des investissements
avec des capitaux empruntés que la société en joint venture
doit rembourser avant que la Gécamines touche le moindre
dividende. Afin d’obtenir les prêts nécessaires auprès
d’institutions financières, les partenaires privés donnent en
gage les actifs de la Gécamines. Comme ces sociétés privées
ont souvent leur siège social dans des paradis fiscaux offshore,
elles peuvent facilement être dissoutes si un problème
quelconque survient, par exemple dans le cadre de la faillite
éventuelle de la joint venture. »7 La Gécamines garantit des
actifs qu’elle ne contrôle en pratique jamais.
Des tels récits s’additionnent. Le Rapport Lutundula, lui, cite
le cas de VIN MART-Canada, partenaire de l’État dans
l’exploitation de la Somika, au Katanga. Cette société n’est
représentée par personne, « une violation de la loi
commerciale »8.
On ne voit pas comment ces accords léonins ont pu être
signés de façon aussi systématique sans que la corruption n’y
fût pour beaucoup.
Curieusement, les diplomaties occidentales restent muettes
devant un tel problème, comme s’il relevait des fioritures de
l’anthropologie. « Pendant la guerre l’exploitation des
ressources naturelles du Congo a été vue par beaucoup
comme une des forces motrices du conflit. Il est d’autant plus
surprenant qu’elle ne joue plus aucun rôle dans le débat
international sur les forces motrices potentielles pour la paix. »9
L’histoire récente du Congo, sa guerre, ses viols, ses morts,
ses enfants enrôlés de force et drogués, ses conquêtes à
coups de villages détruits et de cultures ruinées, cette histoire
donc ne saurait seulement s’expliquer par la politique. Des
sociétés cotées en bourse ont financé les mouvements
« rebelles », et obtenu en retour des gisements fructueux alors
que les instances nationales étaient à genoux, et que l’État
n’existait pratiquement plus. Ces sociétés ont profité d’un vide
qu’elles ont accentué pour donner aux affaires africaines leur
nouvelle jurisprudence et établir les termes selon lesquels des
6

Op. cit., p. 271.
NIZA (Institut néerlandais pour l’Afrique australe) et l'
IPIS, p. 51.
8
Le Rapport Lutundula, op. cit., p. 122.
9
Dominic JOHNSON, Aloys TEGERA et Christiane KAYSER,
L’exploitation des ressources naturelles et la sécurité humaine en
République Démocratique du Congo, Pole Institute 2004, p. 4.
7

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diplomaties reconnaîtraient le pouvoir sous ce jour nouveau.
Cette jurisprudence postule le droit au pillage massif des
ressources congolaises, et rend légales et commercialisables
les extorsions réservées jadis au seul clan du despote Mobutu.
Les réseaux nécessaires à ces avancés ont souvent des gens
louches comme têtes d’affiche, dont le passé est garant de
l’avenir. [Alain Deneault]
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Le Monde diplomatique, Arrière-pensées européennes, Raf
Custers, 01/08 : « L’Union Européenne a manifesté un
volontarisme peu habituel en politique étrangère, lors du
sommet des 23 et 24 mars 2006 à Bruxelles, en décidant
l’envoi d’une nouvelle force militaire en République
démocratique du Congo (RDC). [...] Cette nouvelle opération
porte le nom d’Eufor-RDC. La première mission,
l’opération“Artémis”, s’était déroulée sous direction française
de juin à septembre 2003 dans la région agitée de l’Ituri, dans
le nord-est de la RDC. [...] Cette démonstration de force suscite
des interrogations sur les motivations profondes des
européens. L’Union Européenne maintient qu’elle a pris
l’initiative fin décembre 2005, à la demande formelle de
l’Organisation des Nations unies (ONU) [...]. Pourtant, les
déclarations des ambassadeurs belges et hollandais en RDC
autorisent à croire que c’est plutôt l’Union qui a soufflé aux
Nations Unies l’idée d’une force européenne. La proposition
aurait été faite par l’intermédiaire de M. Jean-Marie Guéhenno,
secrétaire général adjoint français de l’ONU. En effet, l’Union a
décidé de muscler ses capacités autonomes d’intervention,
surtout en Afrique. [...] Dans un document publié fin 2005, la
Commission de Bruxelles affirme notamment la volonté
d’exercer un rôle politique en Afrique : selon elle, l’Union “ne se
contente pas d’apporter son aide au développement, elle est
également un partenaire politique et commercial.”1 [...]
Cependant, les débats qui ont eu lieu en Allemagne éclairent
les véritables intérêts en jeu pour l’Union. [...] Les résistances
ont été vives à Berlin sur l’opportunité d’un tel engagement. [...]
Mais, argument décisif, selon le ministre de la défense FranzJoseph Jung, la“stabilité dans cette région riche en matières
premières serait profitable à l’industrie allemande”. Le 1er juin
encore, jour du vote au Bundestag, M. Jung répétait que la
mission serait avantageuse pour l’économie congolaise ainsi
que pour les “marchés internationaux”. Ce discours est en
bonne partie fondé sur les études du patronat allemand. [...]
D’autres plaident même ouvertement en faveur d’actions aux
frontières de la légalité.2 [...] Cependant, l’Union, emportée par
son zèle, a “oublié” de consulter l’Union africaine et la RDC. [...]
“Ici, on a commencé par planter le drapeau avant même
d’envisager ce qu’il fallait faire”, admet [M. André Flahaut, ministre
belge de la défense]. Il impute explicitement la faute de cette
précipitation à la France, qui a entrepris une “action
« cavaliéresque »”. “S’il n’y a pas de demande de la part du
Congo, cela devient une force d’occupation”, a encore ajouté le
ministre. »
[On doit à l’historien-journaliste Raf Custers une enquête
minutieuse sur la généalogie de l’Eufor-RDC, qu’il détaille davantage
dans d’autres articles publiés sur Indymedia Belgique. Il se confirme
que cette opération militaire qui vise officiellement à sécuriser les
élections en RDC est bien une initiative française vêtue d’un manteau
européen et déguisé sous une “demande” de l’ONU. Elle a valeur de
test dans le projet de réhabilitation des interventions militaires
françaises en Afrique, alors que ces dernières ont été de plus en plus
souvent dénoncées pour ce qu’elles étaient : des interventions
coloniales. Il s’agit à la fois de prendre le contrôle de la diplomatie
européenne et d’agir dans un cadre multilatéral (1ère opération Artémis
1

COM (2005) 489 final, Bruxelles, 12 octobre 2005
Lire « Patrons allemands partisans d’une guerre des matières
premières », www.indymedia.be/nl/node/2375

2

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en 1998), d’obtenir une légitimation par l’ONU
(Turquoise au Rwanda, Licorne en Côte d’Ivoire) et de
placer les futures troupes de maintien de la paix africaine sous contrôle
(dispositif de formation RECAMP). Dans une interview récente au
Figaro, la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie déclarait que « La
Défense est le seul domaine où l'
Europe a vraiment progressé depuis
quatre ans. Certes grâce à une forte volonté française, mais pas
seulement [...] Il y a six ans, une opération sous drapeau européen
aurait été impensable. » En outre, le comité militaire de l’Europe doit
bientôt être présidé par le général Bentégeat (actuel chef d’État major
des armées françaises) à compter de mai 2007, pour faire fonction,
selon sa propre définition, de « Conseiller militaire des responsables
politiques européens » et être « la voix des chefs d’état-major des
armées des 25 pays européens. » (AP, 12/07)
Si la volonté d’éviter une reprise de la guerre civile par certains
candidats malheureux peut sembler légitime, plusieurs observateurs
congolais et étrangers (dont Survie, cf. Billets n°148) se sont interrogés
sur le coût de l’Eufor-RDC et l’importance des moyens militaires mis en
œuvre, au regard de leur absence en amont des élections, qu’il
s’agisse d’en finir avec les exactions des multiples milices ou de
l’armée congolaise, ou encore d’organiser les conditions d’un réel
débat démocratique sur lequel la population puisse avoir prise. Dans
un article publié la veille de son assassinat, le journaliste Bapuwa
Mwamba confirmait que les congolais « n’ont été associés ni à la
conception ni à la concertation du projet de l’Eufor. Totalement
ignorées, les autorités congolaises n’ont fait qu’avaliser. Leurs
compatriotes ont suivi en spectateurs à la télévision un débat au
parlement allemand sur une question concernant au plus haut point
leur pays. Quelle frustration ! »
On peut supposer sans trop d’audace que les motivations évoquées
dans l’article qui ont emporté la décision des députés allemands
(lesquels, à la différence de leurs collègues français, ont la chance de
pouvoir s’exprimer sur le rôle de leur armée...) ne sont pas étrangères
aux capitaux français, et à quelques autres (les Sud Africains, après
avoir tenté de s’opposer à l’Eufor, ont souhaité y être associés). Ainsi
que l’explique Colette Braeckman dans un article du même numéro du
Monde Diplomatique, développer l’exploitation de certaines ressources
minières (cuivre, cobalt, uranium...) dont la demande mondiale va
croissante, et qui nécessitent des investissements lourds et de long
terme, suppose un minimum de stabilité politique et de légitimité de
l’État, lequel doit néanmoins rester suffisamment faible et inféodé pour
ne pas pouvoir se permettre de refuser des contrats léonins. On verra
bientôt si les pressions internationales pour reconvertir les chefs de
guerre en simples politiciens corrompus ont été efficaces. En revanche,
il est désormais certain que ce n’est pas l’intérêt des populations qui a
été pris en compte. – Victor Sègre]
Le journaliste Bapuwa Mwamba a été assassiné à l’arme à feu, à
son domicile, dans la nuit de vendredi 7 au samedi 8 juillet. Le
Phare a publié cet article la veille de sa mort, et l’a republié le 9,
comme le testament d’un confrère « mort au front, ainsi qu'
en
témoigne sa dernière analyse ». Nous en présentons quelques
extraits, en invitant à le lire intégralement sur notre site web. Pour
montrer que sa réflexion critique et progressiste était une position
ancrée en lui depuis toujours, avec bien des remarques utiles
encore aujourd’hui, on lira avec profit son compte-rendu d’un
colloque sur les Révolutions africaines auquel il avait participé [cf.
www.arts.uwa.edu.au/mongobeti/issues/pnpa49temp/pnpa49_04.html].

Le Phare (Kinshasa), Pourquoi la transition est-elle bloquée ?,
Bapuwa Mwamba, 07/07 : « Depuis un certain temps, la
tension politique est palpable en République démocratique du
Congo. [...]
La RDC sous la coupe des Occidentaux
1° Du fait d'
avoir en son sein les anciennes métropoles
coloniale, le CIAT [Comité international d'accompagnement de la
transition], en tant qu'
institution de la transition, ne pouvait faire
un bon usage du droit d'
ingérence dans les affaires intérieures
du Congo, tant est forte la tentation de privilégier leurs
immenses intérêts. [...]
2° Après Sun City, bon nombre de diplomates occidentaux
auraient tout fait pour écarter du gouvernement les partis ayant
une large représentation populaire, les seuls intéressés à
défendre la démocratie et l'
intégration de l'
armée. [...]

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3° Les anciennes métropoles coloniales sont également
parmi les pays qui assurent la formation des forces de
répression : l'
armée, la police et les services congolais de
renseignements, qui relèvent du domaine sensible de
souveraineté du Congo. La France s'
occupe de la police et la
Belgique de l'
armée. [...]
4° Au niveau des élections, la communauté internationale,
principalement les pays qui ont soutenu Mobutu, essaie de
marginaliser les candidats les plus représentatifs de la
population au profit des plus serviles à leurs intérêts. [...]

'

[Journaliste
de
toujours,
journaliste
indépendant à Kinshasa lors de son assassinat, Bapuwa Mwamba
n’était pas un étranger pour Survie, loin de là. Nous ne l’avions pas
rencontré depuis assez longtemps lorsque j’ai appris qu’il avait choisi
de rentrer dans son pays pour couvrir la période précédant les
élections et le déroulement de celles-ci. Je me réjouissais à l’idée de le
rencontrer par la suite, je ne savais pas que je ne le reverrais jamais.
Je l’ai appris le 8 juillet. J’ai appris le 8 juillet qu’on l’avait froidement
éliminé dans la nuit.
Qui a commis le forfait ? Qui en aurait donné l’ordre ? On ne le sait
pas encore – des assassins sans foi ni loi qui devront répondre de ce
crime. Ils m’ont ôté un ami. Bien pire, ils ont privé le Congo d’un
citoyen, d’un journaliste indiscutablement indépendant, dont l’ambition
n’était autre que l’intégrité, l’observation et l’analyse de la situation à
laquelle son pays était confronté. Il écrivait sans haine et sans crainte,
tout en sachant qu’une telle liberté n’était pas sans danger.
Adieu Bapuwa. En mon nom et au nom de Survie, que l’on sache que
ton souvenir ne s’effacera pas de nos mémoires. Que l’on sache que
nous poursuivrons nos efforts pour contraindre nos pays de cesser de
nuire au tien, aux côtés de tes compatriotes qui s’efforcent de
construire le Congo que tu appelais de tes vœux.. – Sharon Courtoux]

L’exclusion de tous les dangers
L'
enjeu de la concertation c'
est le retour probable, dans le
champ électoral, du leader historique de l'
opposition, Etienne
Tshisekedi wa Mulumba. Poussé à l'
auto-exclusion par toutes
sortes de manœuvres du pouvoir soutenu par la Communauté
internationale, le leader de l'
UDPS pratique le boycott des
élections. Une situation qui arrange beaucoup Joseph Kabila
[...] Joseph Kabila a de nombreux atouts : le soutien évident à
l'
Est du pays où il passe pour l'
artisan de la paix, d'
importants
moyens financiers acquis dans la gestion opaque et
discrétionnaire du pays, un soutien extérieur assuré. [...] Les
résultats des élections ne seront probablement pas acceptés.
Tout le problème est là ! »

$
Pour Jean-Paul Gouteux
Le 11 juillet dernier la nouvelle de la mort de Jean-Paul
Gouteux nous a frappés. Un an après celle de François-Xavier
Verschave, cette mort nous afflige par le vide qu’elle creuse
dans les rangs de ceux qui luttent pour que la tragédie du
génocide rwandais ne soit pas effacée des mémoires.
Chercheur en entomologie médicale, Jean-Paul Gouteux a
travaillé en Afrique, à partir de 1973, pendant plus de vingt ans,
épisodiquement en France pendant une dizaine d’années. Il
avait pris son dernier poste, pour l’IRD (Institut de recherche
pour le développement), au Cameroun, en 2003. Parallèlement à
ses recherches scientifiques, il a partagé, par ses liens familiaux,
l’histoire atroce du génocide des Tutsi au Rwanda. Dès lors il
s’est attaché à en faire connaître les circonstances dans quatre
livres qui stigmatisaient l’implication de la politique française au
Rwanda et la désinformation par les médias en France. Attaqué
en diffamation par le journal Le Monde, il mena une longue
bataille juridique, gagnant en première instance, en appel et,
après cassation, définitivement par un jugement rendu il y a
quelques mois.
Survie perd avec lui un militant, un ami, un de ceux qui ont le
plus apporté, par leur contribution précieuse et documentée, au
travail d’information libre, critique et désintéressée fait par
l’association.
Il laisse également, outre ses très nombreux articles, deux
ouvrages où il exprime ses convictions de libre penseur, engagé
contre la superstition et le fanatisme religieux.
Nous espérons que son exemple suscitera l’engagement actif
des amis de la vérité dans la voie qu’il a tracée.
Il nous laisse, de sa vie, le témoignage de son dévouement à
la cause de la justice, de la paix et de la liberté. [OT]
Sur le Rwanda :
– Un génocide secret d’État - La France et le Rwanda, 1990-1997,
Editions sociales, 1998.
– Le Monde, un contre pouvoir ? Désinformation et manipulation sur le
génocide rwandais, L’esprit frappeur, 1999.
– Un génocide sans importance : la Françafrique au Rwanda, Lyon,
Tahin Party, 2001. (traduit en italien en 2005)
– La nuit rwandaise. L’implication française dans le dernier génocide
du siècle, L’esprit frappeur / Dagorno, 2002.

Sur la croyance :
– La foi, une histoire culturelle du mal - En danger de croire,
L’Harmattan, 1997.
– Apologie du blasphème - En danger de croire, Syllepse, 2006.

« Quelque chose de terrible se prépare au Darfour »
Le titre de ces quelques lignes est une citation, celle des
termes dans lesquels le Vice Secrétaire général de l’ONU, Marc
Malloch Brown, s’est adressé à la presse le 18 août dernier au
sujet du Darfour. « Nous tous, dans la communauté
internationale, au Secrétariat de l’ONU, ou dans la presse, avons
du mal à maintenir l’attention sur deux crises à la fois » a-t-il dit,
mais « quelque chose de terrible s’y prépare » a-t-il ajouté.
La veille, le Sous-secrétaire général aux opérations de
maintien de la paix, Hedi Annabi, en présentant le dernier
rapport (du 28/07) du Secrétaire Général sur le Darfour, a
rappelé au Conseil de Sécurité que la situation ne cesse de s’y
1
empirer. Annabi a souligné que « le plan du gouvernement
soudanais, dont l’objectif affiché est de rétablir la stabilité au
Darfour, semble révéler sa détermination à poursuivre une
offensive militaire d’envergure dans la région ». Il a rappelé
l’opposition acharnée du président soudanais au déploiement
d’une force internationale au Darfour – que le maître de
Khartoum promet d’accueillir à la pointe du fusil si la
communauté internationale devait dépasser ses velléités pour
aller au secours de la population.2
Le 11/07, le responsable des opérations humanitaires de
l’ONU, Jan Egeland, avait déjà dit de la situation qu’elle était
« totalement intenable », en soulignant l’urgence du déploiement
d’une force capable de rétablir la sécurité pour les populations
civiles soumises à « un niveau de violence catastrophique ». En
1

Par ce « plan », destiné, selon Khartoum, « à rétablir la stabilité au
Darfour et à restaurer la stabilité » le gouvernement soudanais propose
l’envoi de 10 500 troupes soudanaises au Darfour (rien que ça !). Voir le
communiqué de Human Rights Watch (www.hrw.org) du 19/08, qui
appelle au rejet de ce « plan » par l’ONU, dont le secrétaire général au
moins ne semble pas dupe.
2
Le 15/08, Omar el-Béchir a déclaré que si l’ONU envoyait des forces au
Darfour, le Soudan les combattrait comme le Hezbollah libanais a
combattu les forces israéliennes.

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$. /



°

'

effet, les combats entre mouvements rebelles (signataires et non
signataires de l’accord de paix d’Abuja du 5 mai entre rebelles et
Khartoum) font rage, avec leur litanie de populations déplacées,
de meurtres, de viols, de pillages, commis aussi bien par les
premiers que par les seconds. Soulignant l’augmentation de plus
de 100 % des attaques et affrontements durant le premier
semestre de 2006 par rapport à la même période de 2005,
Egeland a remarqué : « S’il n’y avait pas une guerre au Liban,
nous serions tous mobilisés pour remédier à la détérioration de
la situation au Darfour ». La signataire de ces lignes ferait plutôt
remarquer que la situation au Darfour se détériore régulièrement
depuis bien avant le déclenchement de la guerre au Liban !
Koffi Annan, qui plaide depuis le début de l’année pour le
déploiement de casques bleus au Darfour, termine son courrier
du 14 août au Conseil de Sécurité en ces termes : « Pendant
que le Gouvernement [soudanais] maintient sa ferme opposition à
ce projet, la situation sur le terrain s’aggrave. [...] Le Conseil
voudra peut-être réfléchir d’urgence à ces questions, de façon
que les efforts déployés par la communauté internationale pour
mettre fin aux souffrances des Darfouriens puissent enfin
aboutir. »

politique signé au Togo ?

Post-scriptum

Pour cela, il faut aller vite, mais alors très vite. Premièrement
pour mieux plaider la cause du pouvoir à Bruxelles lors de la
visite de Faure au début du mois prochain. Et deuxièmement,
pour éviter la présidence tournante de l’UE qui échoit à
l’Allemagne en janvier 2007, le pays d’Angela Merkel perçue
comme très hostile à la dictature togolaise.

El-Béchir a fait (re)sortir l’ONU de ses gonds le 17 août en
amorçant, sans crier gare, son programme de destruction des
habitations de 12 000 personnes déplacées à Dar Eassalam, à
une cinquantaine de kilomètres de Khartoum. Déplacées depuis
les années 80, ces personnes sont originaires de l’ouest du
pays. Des bulldozers ont déjà détruit des centaines de maisons,
la présence autour de la communauté de policiers armés et de
tanks a été constatée, des coups de feu ont été entendus et il y
aurait des morts et des blessés dans le camp. Un mémorandum
d’accord avait pourtant été signé stipulant qu’un site convenable
devait être trouvé pour la relocalisation de cette population avant
qu’elle ne soit invitée à partir. Sacré Béchir ! Il fait tout ce qu’il
peut pour inciter le Conseil de Sécurité à « peut-être réfléchir
d’urgence ». On frémit à l’idée de tout ce qu’il pourrait être
amené à inventer avant d’y arriver.
Pour l’y aider, il faudra se souvenir que le Conseil de Sécurité,
c’est nous. [SC]
TOGO – Accord politique global :
Chirac veut aller vite pour sauver le pouvoir de Faure

La dictature togolaise profite « opaquement » à la France.
Point n’est besoin de le démontrer outre mesure. Le rôle joué
par la Chiraquie dans les diverses manœuvres qui ont amené à
consolider le pouvoir des Gnassingbé, à chaque fois que les
fondements de celui-ci sont ébranlés grâce à des pressions
populaires, est vivant dans les esprits. En clair, les pas posés
pas la France dans le processus de démocratisation du Togo
démontrent à satiété que l’Hexagone pense qu’il n’a rien à
gagner quand le Togo sera un pays démocratique.
Mais subitement, dans les coulisses, c’est cette même France
qui joue le rôle principal, en poussant les acteurs politiques
togolais, ceux qui sont au pouvoir surtout, à faire des
concessions feignant de pousser le Togo à corriger son mal
récurrent : le déficit démocratique, qui profite tant à la France. La
pression serait forte, à telle enseigne qu’apparemment le pouvoir
semble lâcher du lest en faisant montre d’une ouverture d’un peu
d’espace démocratique et des libertés fondamentales. Est-ce à
dire que la France a daigné écouter la souffrance de ce peuple
martyrisé et veut pousser ses poulains à amorcer un vrai
chantier démocratique ?
Loin de là ! Car, pour un vrai analyste politique, l’inoculation
d’un sérum démocratique dans les veines politiques togolaises
serait fatal aux intérêts et du pouvoir, et de la Chiraquie au Togo.
Alors quelles peuvent être les vraies raisons qui sous-tendent
l’empressement du pouvoir et de la France à voir un accord

La première raison est que la France et la Belgique attendent
un hôte « embarrassant » au début du mois prochain. Et Faure
Gnassingbé, puisqu’il s’agit de lui, fils et successeur d’un « ami
personnel » de Jacques Chirac, doit s’attendre à la mobilisation
d’une frange importante de la communauté française et
étrangère, hostile à sa venue.
Pour ce faire, il a besoin d’un trophée de guerre à brandir
lorsqu’il se confrontera à cette dure épreuve. Et rien n’est mieux
trouvé qu’un accord politique signé par toute la classe politique
togolaise et surtout par « l’opposition radicale elle-même ». Et là,
il sera pris pour un faiseur de paix, et pour cela, à l’instar de son
père, le rite initiatique, c’est-à-dire le baptême élyséen, lui sera
accordé. La rencontre avec la presse étrangère lui sera aussi
aisée, le chemin étant déjà bien balisé.
Ensuite, la reprise de la coopération avec l’Union européenne
est garantie de facto et sera perçue non comme un trophée de
guerre, mais plutôt une « coupe du monde politique » et un
quitus pour le droit de vie et de mort sur les citoyens ou, au
mieux, un label de légitimité pour ce pouvoir tant décrié à
l’intérieur comme à l’extérieur.

Enfin la France, qui se «réfugie» au Togo après ses démêlés
ivoiriens, qui sont loin de trouver un début de solution, ne veut
pas ouvrir un autre front dans un pays de la sous-région,
membre de son pré carré. Alors, il faut sauver les apparences et
pousser l’opposition à danser sur le rythme du dilatoire, que fait
jouer la France à la dictature afin de se maintenir avec des
armes négociées et achetées de partout pour « mater » toute
velléité contestataire du système venant du peuple.
La réelle volonté de changement se percevra non pas
seulement dans la nomination d’un Premier ministre de
consensus mais surtout au retour de Faure Gnassingbé de son
baptême élyséen.
Mais en attendant, jetons un bref regard sur le contenu du
fameux Accord politique global qui fait tant jaser nos politiques et
la Communauté internationale.
Accord politique global : Rien qu’un clinquant document de 25 pages

C’était tout sourire et sur leur trente et un que les politiques
togolais ont paradé à la Salle Concorde le dimanche 20 août
dernier pour signer le fameux « Accord politique global » qui, diton, ouvre de nouvelles perspectives pour le pays. Le tout au son
de « l’Alléluia » de Haendel, et autres «Monzonlam !» d’Antoine
Tchoyou des applaudissements nourris des participants et des
cornes Kabyè. Une ambiance de fête donc. Mais c’était trop
beau pour être vrai. Pour preuve, une simple relecture de ce
document de 25 pages montre des insuffisances inquiétantes et
surtout crée un flou artistique qui permettra au pouvoir de
naviguer en eaux troubles tout en se « carapaçonnant » derrière
les bornes posées par le même document et l’opposition à
toujours se complaire dans sa sempiternelle rengaine de victime.
En clair, et ce n’est pas être un oiseau de mauvais augure, très
bientôt, les rixes vont démarrer avec la phase d’application.
D’ailleurs, Faure Gnassingbé avait prévenu : « ... aucun
processus n’est linéaire ; il y aura des hauts et des bas, mais la
finalité c’est d’atteindre les objectifs fixés ». Et l’« Accord
politique global » n’en fixe clairement aucun, il n’y a que les
partisans du statu quo qui se frottent les mains.
– La fonction du PM n’est pas restaurée

C’est la première grosse bourde qui saute aux yeux de tout
observateur averti. Bien que les successifs tripatouillages de la

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Constitution consensuelle de 1992 aient transformé la
valeureuse fonction de Premier ministre en celle d’un simple
« coursier » du chef de l’État, et l’aient dépouillé de tous ses
attributs pour la transformer en celle de « Premier des
ministres », le fameux Accord politique global n’a pas daigné la
restaurer. Cela relance la question du maintien du «coursier de
Faure», Edem Kodjo. Il se dit dans bien de conservations que
pour mettre à rude épreuve les nerfs des opposants, le RPT
envisagerait de maintenir son paravent à la Primature. Cette
information ne doit pas être prise à la légère, surtout que
l’Accord politique global contient cette autre grosse bourde : la
Primature n’est pas expressément acquise pour l’opposition.
Point 4.1 : « Toutes les parties prenantes au Dialogue [...]
proposent au Président de la République de former un
gouvernement d’union nationale »
– La nomination du PM, pas totalement acquise pour l’opposition

Le coup de tonnerre est venu de la bouche de Pascal
Bodjona, le Directeur de Cabinet de Faure Gnassingbé lors d’un
déjeuner de presse organisé le mardi dernier. Il avait clairement
signifié que cette nomination se fera à la discrétion de Faure
Gnassingbé. Or, sortant d’une laborieuse et longue recherche de
consensus, cela sonne comme un tocsin sépulcral. D’autres
diront que l’Accord politique global et tout le tintamarre qui avait
suivi n’étaient que de la poudre aux yeux : Ouaga n’a été qu’un
échec qu’on a saupoudré pour faire naître un fol espoir chez les
Togolais. La vérité est que cet accord n’interdit pas à Faure
Gnassingbé de nommer qui il veut. Bien au contraire ! Il peut
donc remettre Edem Kodjo. Ce serait la catastrophe bis.
– L’hypothétique gouvernement d’union

Corollaire direct de toutes les appréhensions évoquées
jusqu’ici, le gouvernement d’union préconisé par l’accord
n’existera pas. Il y a des risques que certaines parties prenantes
au dialogue ne se sentent pas concernées après la désignation
d’un Premier ministre qui n’a pas de poigne. Mais plus grave est
la question du cadre électoral et surtout le mode du scrutin qui
n’est pas défini et qu’on confie à un tel hypothétique
gouvernement d’union. Arrivera-t-il à trancher là où les partis ont
échoué ?
– La question de l’impunité

À ce niveau de l’Accord politique global, on se serait cru à la
messe du dimanche, où l’on égrène des vœux pieux au bon
Dieu. « Les parties prenantes reconnaissent que l’impunité des
actes de violence à caractère politique est un phénomène grave
que le Togo a connu de tout temps, notamment à l’occasion des
processus électoraux » et patati et patata. Mais aucun mot sur la
recherche, le jugement et la punition des auteurs, surtout ceux
de l’année dernière qui ont installé Faure Gnassingbé dans le
sang et qui sont connus de tous. De la salle Evala, en passant
par Ouaga jusqu’à la salle Concorde, les politiques ont passé
par pertes et profits les malheureux morts d’Aného, d’Atakpamé
et les traumatisés à vie de Bè, Baguida, Avépozo, Kpogan, les
oubliés du Ghana, d’Agamé au Bénin...
– La réforme de l’armée

C’est sur cette cruciale question qu’apparaissent toute la
fragilité et l’aspect clinquant de l’Accord politique global. Il n’y
avait que des mots et encore enfouis sous la rubrique III
intitulée : la poursuite des réformes constitutionnelles et
institutionnelles nécessaires à la consolidation de la démocratie,
l’État de droit et la bonne gouvernance. Et on retrouve aux points
3.5 et suivants, enfin, la question de la réforme de l’armée à
peine évoquée : « Les parties prenantes au Dialogue national
recommandent au gouvernement d’étudier les questions
relatives à la réforme de l’Armée et des Forces de sécurité ».
Pour des institutions qui se sont toujours illustrées en mal aux
yeux des Togolais, l’Accord politique global aurait dû poser
d’autorité ce principe aussi bien que celui qui concerne la
question précédente de l’impunité. Mais hélas, trois fois hélas...

°

'3

En conclusion, l’Accord politique global n’a été
qu’un gigantesque coup de bluff qui ne fait que légitimer Faure
Gnassingbé, un marché de dupes d’où, encore une fois,
l’opposition togolaise est sortie sans marge de manœuvre, avec
un avenir incertain. [Dimas Dzikodo]

Quelle alternative pour la paix au Tchad aujourd’hui?
Après le régime sanguinaire de Hissen Habré dont le procès
se fait toujours attendre les tchadiens ont cru à la promesse du
président Idriss Deby de leur donner la liberté et la démocratie
ont espéré enfin retrouver la quiétude mais hélas. Très vite une
crise sociopolitique grave s’est installée. Des violations des
droits élémentaires de la personne humaine, une misère
savamment entretenue, une généralisation de l’insécurité
imputable en grande partie aux forces de sécurité sont des bas
mots pour décrire la situation. Une crise socio-politique qui
s’aggrave un peu chaque jour et qui se caractérise par une
fermeture de l’espace d’expression plurielle et démocratique, et
de toute possibilité d’alternance au pouvoir via les élections
libres, transparentes et démocratiques. Cette crise qui met à mal
la paix et la sécurité du pays ne trouvera une solution que si tous
les acteurs politiques et publics s’accordent sur la manière de
gérer le pays. La société civile (associations de défense des
droits de l’Homme, syndicats, associations de femmes et de
jeunes, commissions justice et paix, presse indépendante,
signataires des chartes) regroupée dans le Comité de suivi de
l’appel à la paix et à la réconciliation (CSAPR), avait depuis 2002
poussé à un dialogue nationale global non exclusif qui devrait
entre autre amener les tchadiens et tchadiennes à négocier les
conditions d’élections libres, transparentes et équitables dont les
résultats seront acceptés par tous. Sont ainsi visées les
reformes nécessaires, notamment dans les secteurs
sécuritaires, la réconciliation nationale populaire, etc. Dialogue
qui enlèverait d’une manière durable toute possibilité d’escalade
de violence compte tenu de l’existence de nombreux foyers de
rébellion dans le pays.
L’attaque de N’djaména le 13 Avril, après des défections dans
l’armée et des coups d’état manqués, est le baromètre de l’état
de gravité de la crise. Les élections fantomatiques du 3 mai, qui
ont renforcé le pouvoir d’Idriss Deby et lui ont permis d’organiser
un pseudo « dialogue politique » boycotté par les principaux
partis de l’opposition, n’ont pas apporté une réponse adéquate à
la crise qui persiste. Le CSAPR continue à croire aux valeurs
d’un dialogue global non exclusif. Il compte pour cela sur la
mobilisation des populations a l’intérieur, sur le soutient des
partenaires sociétés civiles du Nord et sur la communauté
internationale pour que, dans un élan de solidarité, cette marche
vers la paix soit possible. Il fait également appel à l’esprit de
patriotisme de tous les acteurs politiques nationaux et
internationaux dans la recherche de cette paix chère à tous.
[Delphine Djiraibe]
Renforcement de l’appui militaire et financier
au régime de Bozizé
Depuis plusieurs mois, les populations du Nord de la
République centrafricaine sont prises en tenaille entre les
enrôlements forcés accompagnés des pillages des diverses
rebellions, et les représailles aveugles des troupes
gouvernementales. Si les exactions ont été confirmées par la
Croix Rouge et dénoncées par la FIDH, l’identification précise
des responsables reste à faire. Il est difficile d’imaginer en tout
cas qu’elles aient pu échapper à l’attention des militaires
français. Après avoir aidé l’armée centrafricaine à « nettoyer »
l’ouest du pays « d'
anciens miliciens partisans du président
Bozizé, devenus bandits de grand chemin » [Jeune Afrique,
17/07/2005], l’armée française est active dans le Nord depuis

’$
$. /



janvier, avec deux hélicoptères de transport Cougar et une
centaine d’hommes, les premiers pour servir de taxi aux
militaires centrafricains, les seconds pour « l’entretien » et « la
protection » des premiers, selon la version officielle [Afrique
centrale Info, 09/01]. Bozizé n’a longtemps connu que des heurts
avec des « coupeurs de route », puis a demandé à partir d’avril
le renforcement des moyens militaires français pour l’aider à
« surveiller ses frontières » face à des incursions puis des
attaques militaires menées selon lui par les rebelles tchadiens
du FUC. Version démentie par Miskine, ex-milicien à la solde de
Patassé et leader de l’une des rebellions, qui s’attribue l’entière
paternité des revers essuyés par l’armée centrafricaine et
dément la présence de rebelles tchadiens. Quoi qu’il en soit,
Bozizé a limogé pour « indiscipline » et « manque de courage »
plusieurs hauts gradés début juillet, dont le chef de l’armée et
celui de la gendarmerie, vraisemblablement à la demande du
général français Jean-Pierre Perez qui fait office de conseiller
présidentiel [La Lettre du Continent, 13/07]. Le porte-parole du
ministère des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, a
annoncé mi-juillet un « appui militaire logistique renforcé », sans
autre précision, alors que l’armée française est déjà présente « à
tous les niveaux de la défense centrafricaine »1. Le ministère
centrafricain de la défense évoquait quant à lui « la mise à
disposition d'
un avion français de type C-130 (appareil militaire
de transport) qui se chargera d'
acheminer la logistique lourde »,
« des officiers d'
état-major pour aider l'
état-major des Faca
[Forces armées centrafricaines] dans la planification des opérations
qui pourraient être conduites » et « des avions de chasse » pour
« des missions d’observation ». L’ambassadeur de France, M.
Girma, avait par ailleurs signé fin juin « trois conventions de
dons pour un montant total de 12,8 millions d'
euros » qu’il a
justifié par le fait que la République Centrafricaine « s’est
engagée résolument dans un effort de bonne gouvernance »
[ACAP, 28/05]. Ce qui explique sans doute l’évaporation
constante des fonds publics et l’état de faillite perpétuelle du
trésor centrafricain... Une faillite à la responsabilité partagée
puisque la France, qui avait déjà accordé l’année précédente
une aide supplémentaire de quatre millions d'
euros « pour
appuyer les mesures de redressement en cours » [AFP,
01/08/2005], « a détaché des fonctionnaires aux postes-clés de
l’administration centrale » [Le Monde, 28/02], pour le plus grand
bonheur des entreprises « à capitaux français le plus souvent »
qui « placées en situation de monopole [...] dégagent toutes des
bénéfices qui font rêver » [Le Monde, 28/02]. [VS]
Prépositionnement journalistique
Du 19 au 24 juin, le Ministère Français des Affaires Étrangères
a invité des journalistes d’Afrique du Sud, d’Angola, du Burkina
Faso, du Burundi, du Cameroun, du Congo-Brazza, de
1

Jeune Afrique, 26/01, qui précise « Depuis avril 2003, un détachement
de deux cents hommes fournit ainsi, dans le cadre de l’opération Boali, le
soutien logistique du continent panafricain de la Force multinationale en
Centrafrique (Fomuc), composée de Gabonais, de Congolais et de
Tchadiens. Ce même détachement entraîne par ailleurs le bataillon de
protection, de sécurité et d’intervention (BPSI), une unité d’un milliers
d’homme destinée à servir de Garde présidentielle et à remplacer le
détachement de militaires tchadiens zaghawas qui en tient lieu depuis
près de trois ans. Le chef d’état-major de l’armée centrafricaine, le
général Gambi, bénéficie des conseils d’un colonel français détaché par
Paris, et le président François Bozizé lui-même a pour assistant militaire
le général Pérez, un saint-cyrien qui commanda notamment à Djibouti
et... en Centrafrique. Pérez, qui sera bientôt remplacé, à sa demande,
par un autre officier supérieur français, conseille également le directeur
de cabinet du ministre de la défense, lequel n’est autre que Francis
Bozizé (36 ans), le fils du chef de l’État. Ce dernier n’est pas un inconnu
pour l’armée française, au sein de laquelle il a servi. Sous-officier au sein
du 36e régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMA), il fut
notamment affecté sous mandat onusien à Sarajevo, avant de défiler le
14 juillet 1996 sur les Champs-Élysées. En mars 2003, Francis Bozizé

°

'4

l’Ethiopie, de la Guinée-Conakry, du Mozambique,
du Rwanda, du Sénégal et du Soudan pour une
opération de charme autour d’un thème qui relève des pulsions
de la Françafrique. Il s’agissait d’éclairer ces journalistes sur des
questions politico-militaires (renforcement des capacités
africaines de maintien de la paix, rôle des forces françaises prépositionnées, Union Africaine, Force africaine en attente, OTAN,
RESD, etc.). Ce marketing, ou plutôt ce matraquage à l’endroit
de leaders d’opinion, a lieu au moment où les peuples africains
réunis en associations de défense des droits humains ou
mouvements de résistance dénoncent ouvertement la présence
militaire française sur le continent. Présence française doublée
d’une politique de coopération permettant le maintien de régimes
despotiques. Le tout, en poursuivant le pillage des ressources
naturelles. La plupart des journalistes invités à cette semaine de
rencontres n’ont pas été dupes. Ils se souviennent des
nombreuses opérations militaires françaises sur le continent :
Épervier, Barracuda et surtout Turquoise au Rwanda en plein
génocide. Ils n’ont pas manqué de poser les questions
gênantes : à quoi servent les bases militaires françaises en
Afrique ? Sinon à intervenir pour sauver des régimes, comme
cela l’a été au Tchad récemment ? Que représenterait la France
sur la scène internationale si elle ne maintenait pas sous sa
dépendance politique, économique et militaire un certain nombre
de pays en Afrique ? Qu’est ce que le renforcement des
capacités africaines de maintien de la paix sinon une nouvelle
structure militaire à l’image des tirailleurs africains ?
L’Afrique fournit les troupes mais le commandement appartient
aux autorités militaires françaises. Bien des questions donc qui
ne pouvaient évidemment avoir de réponses satisfaisantes sinon
des bafouilles embarrassées. Voilà une opération de
communication politique, aux frais du contribuable français qui a
fait Pschiit. Ah, Françafrique quand tu nous tiens !
[Cheriff M. Sy, Directeur de publication de Bendré, Burkina Faso]
L’atome à l’assaut de l’Afrique
Reconduite à la tête d’Areva, la très mitterrandienne Anne
Lauvergeon (elle fut chargée de mission à l’Élysée à partir de
1991 pour l’organisation des sommets internationaux), songe
manifestement à développer ses activités en Afrique. Ce
continent n’occupe pour l’instant que 1 % des activités du
groupe, contre 37 % pour la France, 24 % pour le reste de
l’Europe, 22 % pour les USA et 16 % pour l’Asie/Pacifique.
Début février, Areva s’est doté d’un « président pour l’Afrique et
le Moyen Orient et conseiller de la présidente sur les questions
internationales », en la personne de Zephirin Diabré, dont
Jeune Afrique a récemment fait la promotion (« Le pari de
l’atome », 11/06/06). Ce dernier fut ministre de l’économie de
Compaoré et numéro 2 du groupe Castel au Burkina, avant
d’accéder au poste d’administrateur associé du PNUD. En 1994,
il avait comparé la dévaluation du franc-CFA à la colonisation et
l’esclavage... pour mieux la justifier, « car il s’agit d’épreuves que
le destin réserve toujours aux peuples qu’il a choisi d’aimer » [La
Dépêche Diplomatique, 19/09/2005]. Un spécialiste en catastrophes,
donc. Il affirme aujourd’hui que « Compte-tenu de l’acuité des
problèmes d’accès à l’énergie, il faut prendre l’utilisation de
l’uranium au sérieux », et que « Dans l’esprit de certains chefs
d’États, l’idée est moins taboue aujourd’hui. » [Jeune Afrique,
11/06] La hausse du prix du pétrole semble en effet en passe de
doper le marché du nucléaire et d’aviver les appétits des pays
producteurs et exportateurs de technologies nucléaires qui
lorgnent sur l’Afrique (France, Chine, USA mais aussi Afrique du
Sud, équipée par la France sous le régime d’apartheid). Début
avril 2005, le Nigeria et les États-Unis signaient un accord pour
« faciliter la sécurité des installations nucléaires et des sources
était le chef d’état-major des « Libérateurs » qui renversèrent le régime
d’Ange-Félix Patassé, à Bangui. »

’$
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de radioactivité » [Xinhuanet, 06/04]. Début mai, une centrale
nucléaire était annoncée au Maroc avec le soutien de la France
dont l’ambassadeur Philippe Faure déclarait que la voie de
l’énergie nucléaire était « insuffisamment explorée » [Jeuneindependant.com, 09/05]. Malgré l’accord de l’AIEA, la centrale à
nouveau annoncée en mai 2006 est toujours à l’état de projet.
Fin mai 2005, le ministre des Affaires étrangères français, J.-F.
Mattéi, déclarait [AP, 31/05/05] que la France avait accepté de
coopérer avec la Libye en matière de nucléaire civil (on sait par
ailleurs qu’il y a difficilement plus poreux que la frontière entre
nucléaire civil et militaire), demande rejetée l’année précédente
par J. Chirac. Début mai 2006, le ministre de la recherche
tunisienne annonçait devant le parlement être en train d’étudier
l’implantation d’une centrale nucléaire [La Tunisie s’engage sur la
piste du nucléaire, in enerzine.com, 12/05]. Fin mai, les participants
au 16ème Forum économique mondial (WEF) sur l’Afrique, réunis
au Cap en Afrique du sud, envisageaient de faire du nucléaire
« une option énergétique pour répondre au développement
économique de l’Afrique » selon l’agence Xinhuanet [01/06]. Fin
juin, Areva accueillait pendant deux jours à Paris un conseiller
scientifique du président Abdoulaye Wade, « suite à une
rencontre entre le chef de l’État sénégalais et la présidente du
directoire d’Areva, Anne Lauvergeon » [Demain le nucléaire, in
Jeune Afrique, 16/07]. Fin juillet, le Nigeria annonçait la réalisation
de sa première centrale nucléaire dans un délai de 10 à 12 ans.
Au cours du sommet WEF du Cap déjà cité, le PDG de Pebble
Bed Modular Reactor expliquait que « les coûts énergétiques
élevés, qui représentent jusqu'
à la moitié des coûts de
production dans certains pays africains, portent gravement
atteinte à la profitabilité des industries » [Xinhuanet, 01/06].
Comment expliquer que des pays producteurs de pétrole, et
parmi les plus importants, comme le Nigeria, soient contraints de
recourir à l’énergie nucléaire ? Facile : en bonne logique
économique néocoloniale, il est plus intéressant pour les
multinationales pétrolières d’importer du pétrole brut dans les
pays occidentaux et de revendre des produits pétroliers finis aux
pays d’origine, plutôt que de laisser ces derniers développer une
industrie de raffinage...
On sait comment l’enfouissement de déchets radioactifs en
Afrique est déjà l’occasion de trafics qui prospèrent à l’ombre
des réseaux françafricains et atlantistes [cf. Billets n°113, ou Les
Pillards de la Forêts, A. Labrousse et F.-. Verschave, p.34-38]. Un
exemple révélateur de l’hypocrisie officielle : les 13 et 14
septembre 2005, se tenait à Ouagadougou une conférence
organisée par l’AIEA, réunissant 18 pays africains, pour
« promouvoir la ratification de la convention commune sur la
sûreté de la gestion du combustible usé et des déchets
radioactifs » [Sidwaya, 16/09/2005]. Or moins de la moitié d’entre
eux produit de l’uranium, et aucun pays du continent n’a
développé d’activité nucléaire à l’exception de l’Afrique du Sud,
de l’Egypte, de la RDC et de l’Algérie. Par ailleurs la quatrième
convention de Lomé interdit l’importation des déchets radioactifs
en Afrique. Il n’empêche que la conférence de Ouagadougou
devait permettre « d’harmoniser les politiques et dispositions en
rapport avec les déchets radioactifs » et de « normaliser les
arrangements internationaux sur leur mobilité ». (idem) Les
« arrangements » secrets ont une longue vie devant eux, à la
différence des populations qui en font les frais... On connaît
également l’extraordinaire pouvoir de nuisance des firmes
chargées de l’extraction d’uranium, comme Areva au Gabon ou
au Niger (cf. par exemple les enquêtes de l’association Sherpa).
On ne peut donc que s’inquiéter sérieusement de l’exportation
de centrale sur le continent noir, surtout si celle-ci épouse le
modèle des relations françafricaines.
À ce sujet, un petit feuilleton passé presque inaperçu mérite
d’être mentionné. Bouygues a fait savoir depuis plusieurs mois
qu’il envisageait de diversifier ses activités, notamment dans le
secteur énergétique dont l’ouverture à la concurrence doit être
totale en 2008, et qu’à ce titre il était intéressé par la

°

'

privatisation d’Areva, avec laquelle son groupe
entretient déjà des liens étroits et anciens. Anne
Lauvergeon, qui a multiplié les sièges d’administrateur dans les
grands groupes (Total, Eramet, Suez-Lyonnaise des Eaux, est
elle-même une franche partisane de la privatisation, et ne serait
« pas défavorable » (Capital, 28/04/06) à l’arrivée de Bouygues.
Selon cette dernière (idem), le projet aurait même les faveurs de
l’Élysée. Mais la privatisation partielle envisagée initialement
pour 2004 est officiellement au point mort, Villepin s’y étant
opposé pour ne pas compromettre la privatisation d’EDF et de
GDF [Challenge, septembre 2005], et le ministre de l’économie
Thierry Breton a promis qu’il n’y aurait pas de privatisation avant
5 ans. Une promesse bien hasardeuse à quelques mois d’une
présidentielle où candidate Nicolas Sarkozy, ami intime de
Bouygues, et favorable lui aussi à son entrée dans l’enceinte
très opaque du nucléaire [Libération, 28/04]. Deux précautions
valant mieux qu’une, un scénario de rechange a été mis en
œuvre plus discrètement. Fin juin, l’État a vendu les 21 % de
parts qu’il détenait dans Alstom (renfloué quelques mois
auparavant par ses soins). Cette vente s’est faite hors marché,
au bénéfice exclusif de Bouygues, qui devient ainsi le premier
actionnaire, avec l’assentiment de Patrick Kron, PDG d’Alstom.
Ce dernier travaille étroitement avec Framatome, filiale d’Areva,
et réclame depuis plusieurs mois une fusion entre les deux
groupes, « qui semble écrite sur le long terme au-delà de
certains blocages politiques », selon Boursier.com [29/06], et qui
est soutenue par Michel Pébereau de BNP-Paribas [Le Monde,
07/07]. À noter enfin que le « Monsieur Afrique » de Bouygues,
mis à disposition de Sarkozy pour la campagne électorale selon
La Lettre du Continent [27/07] est Michel Lunven, ancien
conseiller de Foccart, ex-ambassadeur de France au Gabon, où
il fut également président de la COMUF (Compagnie des mines
d’uranium de Franceville), filiale de la COGEMA, qui a laissé en
héritage de 40 ans d’exploitation intensive, « quelques milliers
de tonnes de déchets industriels nocifs ». (« L’Afrique a-t-elle
besoin de poubelles industrielles ? », s’interroge AFRICA Info
Plus Gabon, 04/03) La boucle est bouclée... [Victor Sègre]
Le PS en campagne... africaine
Après Nicolas Sarkozy, c’est au tour des présidentiables
socialistes d’entamer leur campagne africaine. François
Hollande, accompagné de Dominique Strauss Kahn et Pierre
Moscovici, s’est ainsi rendu en Algérie puis au Maroc début
juillet. « Demain, il se peut que le Parti socialiste ait des
responsabilités en France, c'
est pour cela qu'
il était important de
venir avant 2007 » [Libération, 10/07] a expliqué le premier
secrétaire du PS à son arrivée à Alger. Il s’agissait de se
démarquer publiquement de la droite sur l’appréciation de la
colonisation et sur la question des visas. Mais ce n’était sans
doute pas le seul objet de l’entretien « particulièrement amical »
[AFP, 09/07] de trois heures que Bouteflika a accordé à Hollande.
Ce dernier a affirmé avoir fait le déplacement pour « témoigner
de cette entreprise de démocratisation en Algérie » [El Watan,
09/07] et a tenu à « remercier le président Bouteflika qui a
apporté des réponses utiles à nos interrogations » [La Tribune
(Alger), 09/07]. On ignore si ces interrogations concernaient la
récente loi d’amnistie (dont la fonction est d’assurer l’impunité de
la junte militaire qui a organisé l’instrumentalisation du
terrorisme 1), le projet de révision constitutionnel (qui doit
permettre à l’actuel président, « élu » avec 85 % des suffrages,
ème
de briguer un 3
mandat, rallongé pour l’occasion de 5 à 7 ans,
et de s’octroyer une immunité à vie [Le Monde, 06/07]), ou encore
le dernier rapport d’Amnesty International intitulé « Des pouvoirs
illimités. La pratique de la torture par la Sécurité militaire en

1
Cf. « L'
autoamnistie des généraux criminels est inconstitutionnelle et
illégale », sur www.algeria-watch.org/fr/aw/autoamnistie_generaux.htm

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$. /



1

Algérie. » , qui témoigne de la continuation des pratiques mises
en œuvres par le régime à l’occasion de la « sale guerre » et qui
confirme le lieu réel du pouvoir. À moins qu’il ne s’agisse de la
dernière condamnation de l’Algérie par le comité des droits de
l’homme de l’ONU 2... À son retour en France, Hollande a
également tenu à saluer au Maroc « la démocratisation de la vie
politique [...] et le processus de relecture critique de son passé –
et de son passif – auquel s’est livré la société sous l’impulsion de
son roi. »3. Si l’Instance Equité et Réconciliation a effectivement
permis de reconnaître une partie des crimes d’État commis sous
Hassan II et d’entendre publiquement des victimes, ce qui n’est
pas rien, rappelons qu’elle avait, par contre, interdiction de
désigner les tortionnaires, dont beaucoup sont encore en poste.
La relecture reste donc partielle, et la démocratisation relative,
surtout quand on est militant des droits de l’homme, militant
syndical ou indépendantiste sahraoui.
Hollande avait été précédé sur le continent par Laurent
Fabius, qui s’était rendu sur les traces de Nicolas Sarkozy au
Mali puis au Sénégal, espérant un écho médiatique qui est
finalement resté modeste. Il a donc publié un mois plus tard une
tribune dans laquelle il rend compte des réflexions que ce périple
lui a inspiré [Quatre changements pour l’Afrique, in Le Figaro, 22/07].
On y lit notamment : « Nous devons en finir avec « la
Françafrique », conception dépassée, marquée souvent par
l’arrogance et l’opacité. » Après, en mai dernier au Bénin, une
déclaration similaire de Sarkozy, qui a pourtant récupéré les
réseaux Pasqua, on nous permettra de nous étonner de cet
engouement nouveau pour en finir avec un système pourtant
officiellement enterré depuis plusieurs années... Tout s’explique
quand Fabius détaille la méthode : « F. Mitterrand, il y a seize
ans à la Baule, avait commencé à tracer une voie différente. »
Les lecteurs de Billets savent ce qu’il en est... L’ancien premier
ministre de Mitterrand aussi. Autre revirement : Fabius qui
déclarait il y a six ans que « c’est grâce au fonds (FMI) et à la
Banque [Mondiale] que la pauvreté recule » [Libération, 17/04/2000]
dénonce à présent la « mondialisation libérale ». Mais celui
qu’Omar Bongo cataloguait parmi ses amis, que Denis Robert a
classé parmi « les soutiens des banquiers de clearstream »
[Imagine-magazine n°43, février 2004] lors de la mission
parlementaire sur le blanchiment des multinationales, celui qui
sut être bienveillant à l’égard de Pinault quand il était ministre de
l’économie, et qui cultiva quelques relations pétrolières, n’a pas
perdu tout lien avec les milieux d’affaire. C’est en effet son ami
Lionel Zinsou, businessman béninois et neveu de l’ancien chef
d’État Emile Derlin Zinsou, qui a organisé sa tournée
africaine [Jeune Afrique, 18/07]. Zinsou est l’animateur d’un Think
Tank intitulé Capafrique, parrainé par Claude Bébéar, et dont le
blog nous apprend qu’il a ses entrées à l’Élysée. Zinsou est enfin
associé gérant de la banque Rothschild où il est en charge de la
privatisation prochaine de Dagris [La Lettre du Continent, 27/07].
Est-ce pour cette raison que Laurent Fabius a rencontré lors de
sa tournée le PDG de la Compagnie malienne pour le
développement du textile (CMDT) qui est détenu à 49 % par...
Dagris ? [AFP, 27/06]
Du côté de Ségolène Royal, c’est plutôt silence radio sur les
questions africaines. Au point que son site « Désir d’avenir », qui
se veut un « forum participatif » où « la parole est à vous », a
squizzé à deux reprises et sans la moindre explication malgré
les protestations de l’auteur, une contribution sur la politique
africaine de la France et la complicité de notre pays dans le
génocide au Rwanda, qui fait l’objet de plaintes devant le tribunal
aux armées [Cf. http://manu.citoyen.free.fr/index.htm].
Bref, comme d’habitude sur les questions africaines,
l’alternance semble se préparer dans la continuité... [VS]

1
2

http://web.amnesty.org/library/index/framde280042006

Cf. www.algeria-watch.org/fr/article/just/matoub/medjnoun_cdh.htm
3
Interview donnée à Jeune Afrique, 30/07/06.

°

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Doha : dolce vita pour les dompteurs dominants
Début août, L'
Organisation des Nations Unies pour
l'
alimentation et l'
agriculture (FAO), commentant l'
échec des
négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha, a
déclaré : « L'
effondrement des négociations commerciales
internationales du cycle de Doha est essentiellement dû à une
tentative des pays riches, des corporations et des puissants
lobbies de s'
accaparer des avantages sur les marchés
agricoles », et regretté que les récentes négociations se soient
concentrées sur « le commerce libre, plutôt que sur le commerce
équitable ». (On croirait entendre des commentaires de Billets
d’Afrique !)
Soulignant que ces négociations devaient se concentrer sur
les modalités commerciales susceptibles de répondre aux
besoins des pays pauvres et des petits agriculteurs, le FAO a
enfoncé le clou : « Elles n'
y sont jamais arrivées, ce qui a
provoqué l'
échec du cycle de Doha faute d'
équité dans sa vision,
son processus et les résultats escomptés ».
Cinq ans après le lancement, au sein de l’Organisation
mondiale du commerce (OMC), des négociations « sur la
libéralisation
du
commerce
mondial
axée
sur
le
développement », celles-ci échouent sur les politiques agricoles
des pays développés. L’échec des pourparlers (entre l’Australie,
le Brésil, les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Union Européenne)
du mois de juillet ont amené le Directeur général de l’OMC,
Pascal Lamy, à décider d’une « pause » (sine die) des
négociations afin que les membres du Conseil général de
l’organisation prennent le temps « pour réfléchir ». Les dits
pourparlers s’en sont tenus à la question du niveau de soutien
des producteurs agricoles et de la protection des importations de
pays développés. La question de l’accès au marché des produits
non agricoles n’a pas été abordée.
Les pays développés exigeaient que les pays pauvres ouvrent
leurs marchés « afin de pouvoir convenir de meilleures
conditions pour leurs exportations ». Or, comme le dit fort bien le
FAO : « Le cycle de Doha était sans grand intérêt pour les pays
les moins avancés, qui n'
ont pratiquement rien obtenu lors des
précédentes négociations commerciales sur l'
agriculture de
l’OMC. Si la réduction des subventions et des droits de douane
agricoles par les pays développés se fait dans l'
intérêt des pays
en développement, elle doit être appliquée dans un cadre qui
accroît les revenus de leurs petits agriculteurs et améliore leur
sécurité alimentaire ». On ne voit pas comment il pourrait en être
ainsi sauf application d’un système de juste échange, le libre
échange ne pouvant s’appliquer équitablement qu’entre
producteurs ayant atteint un niveau de développement
comparables.
Pour le FAO : « Lorsque les négociations redémarreront, le
cycle de Doha se devra d'
être un véritable “cycle du
développement”, porter sur les subventions intérieures et l'
accès
au marché, faire en sorte qu'
elles ne nuisent pas au
développement, affronter les questions liées à la capacité d'
offre
et aux besoins d'
investissement nécessaires afin que les pays
les moins avancés puissent tirer parti des opportunités résultant
d'
un commerce équitable ». Ainsi soit-il. [SC]
Fausse note
– Le nouveau président de l’Union des Comores a « reporté » sa
demande de relance du litige sur Mayotte auprès de l’ONU. La
déception est cruelle pour tous ceux qui voient dans ce
contentieux de trente ans avec la France une des causes
principales de déstabilisation de l’archipel. Ce renoncement
prolongera certainement la politique du visa introduit en 1995,
qui a provoqué plus de 4000 morts par naufrage des
embarcations clandestines vers Mayotte.
(Achevé le 27/08/2006)

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( ! " ! '''
Françafrique

Médias

« Quand je quittais le Cameroun, j'
étais informé du début du
retrait effectif des troupes nigerianes de Bakassi. Bon, je ne suis
pas au Cameroun ici. »
(Paul BIYA, propos tenus le 28/07, publiés par Mutations le 10/08).

« Je vous écris pour vous signaler la participation de
l’Agence française de développement (AFD) aux frais de
tournage d’un récent sujet de Soir 3 sur l’action de l’AFD en
Afrique du Sud. Ceci constitue à mon avis un manquement grave
aux principes de l’honnêteté et de l’indépendance de l’information
dont il est de votre ressort de contrôler l'
application.
À ma demande de clarification de ce que signifiait la mention :
« avec la participation de l’AFD » parue en incrustation en fin d’un
sujet diffusé le 10 juillet 2006, la médiatrice des rédactions de
France 3 répond dans son email du 17 juillet que « l'
AFD a pris
en charge le voyage d'
un membre de l'
équipe de reportage ».
Dans un deuxième email elle précise que cette prise en charge,
qui entrerait « dans le cadre de [la] politique de communication »
de l’AFD, n’aurait pas pour autant « débouché sur un quelconque
engagement » de la part de la rédaction de Soir 3.
Ce cas de publireportage est d’autant plus scandaleux, me
semble-t-il, que depuis de très nombreuses années l’AFD est
régulièrement critiquée par des écologistes et altermondialistes
pour ses investissements désastreux dans l’exploitation forestière
en Afrique, sans qu’aucun média audiovisuel français n’en ait,
sauf erreur, jamais parlé.
Je souhaite que le CSA obtienne et mette à la disposition du
public de plus amples clarifications sur la production du sujet
sponsorisé du 10 juillet. Notamment,
1. Quel était le montant exact de l’investissement de l’AFD dans
ce sujet ?
2. La chaîne l’a-t-elle sollicité ou bien l’AFD l’a-t-elle proposé ?
3. L’AFD s’est-elle associée à la conception ou à l’écriture du sujet ?
4. Quels autres sujets diffusés par des chaînes de télévision ou
des radios françaises l’AFD a-t-elle financé, intégralement ou
partiellement, dans le cadre de sa « politique de
communication » ?
En permettant qu’un organisme public l’utilise pour faire son
show, Soir 3 a failli également à son devoir d’objectivité dans la
“couverture” qu’il a consacré au partenaire privé de l’AFD dont il
est question dans ce sujet. Il est intéressant de comparer les
propos de la responsable de la Rand Merchant Bank qui a été
interviewée avec ceux d’un autre responsable de la même
banque, cités dans le nouveau rapport de l’ONG britannique
Global Witness intitulé Une corruption profonde : Fraude, abus et
exploitation dans les mines de cuivre et de cobalt du Katanga.
Marlene Hesketh, sur Soir 3 : « Pour la liberté et la démocratie en
Afrique du Sud nous croyons qu'
il est nécessaire de commencer
à partager des richesses » ; Gerhard Kemp, dans le rapport de
Global Witness : « Les richesses minérales du Congo sont
tellement importantes qu’il est impossible de les ignorer. On ne
1
veut pas être les derniers à en profiter. »
Quant au raccrochage du publireportage au sujet qui le
précède, sur l’immigration clandestine en Europe, cette
juxtaposition n’a bien entendu aucun sens, même selon la logique
que veut faire passer l’AFD. L’Afrique du Sud n’est guère un
pays-clé de « l’exode massif » déploré par Marie Drucker.
Le maquillage des intérêts en informations ne surprend pas
ceux qui suivent les efforts parfois effrénés de la coopération
française et de l’administration Bush pour bien vendre un
« Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo » à un public en
soif de bonnes nouvelles. Il laisse entrevoir assez clairement, je
crois, la place qu’elles réservent, dans leur vision commune du
« développement durable » en Afrique, à une presse « libre et
indépendante. »
(Arnaud LABROUSSE, lettre à Dominique BAUDIS, Président du

[C’est la réponse débile, rapportée par le quotidien Mutations,
que Biya a faite, en juillet, à Paris, au sortir d’un entretien avec le
président français Jacques Chirac, à un journaliste qui lui demandait
quelle était la situation à la frontière avec le Nigeria, quelques jours avant
l’échéance du retrait des troupes nigerianes de Bakassi. Si Biya n’est
informé de ce qui se passe au Cameroun que lorsqu’il s’y trouve, il doit lui
échapper pas mal de choses sur le pays qu’il est censé présider, puisqu’il
passe une large part de son temps en villégiature à l’étranger. Á Bakassi,
justement, péninsule gorgée de pétrole, qu’un jugement de la cour
internationale de La Haye a attribuée au Cameroun, dans le différend
frontalier qui l’oppose au Nigeria et qui a donné lieu à des affrontements
armés au cours des années 90, tout ne va pas bien. Les troupes du
Nigeria, effectivement, se retirent, mais il s’élève des protestations dans
une population qui ne veut pas être rattachée au Cameroun. Un
mouvement indépendantiste se serait même manifesté. C’est
probablement pour éviter de parler de cette déplaisante actualité que Biya
a trouvé l’échappatoire ridicule de l’ignorance. Biya était à Paris pour
rencontrer les hommes d’affaires français. Avec les fonds de l’annulation
de la dette il y a un pactole à rafler (cf Billets n° 148). Les compères
habituels s’entendront pour en empocher l’essentiel. Pendant ce temps la
société camerounaise sombre dans le chaos. Le dénuement fait
s’affronter les gens pour de misérables butins. Les agressions dans les
taxis sont courantes, les lynchages de petits voleurs, ou censés l’être, se
multiplient. L’État n’est présent que par le racket généralisé qu’il pratique
à tous les niveaux. – OT]
[Le dialogue inter togolais vient de désigner le président du Burkina Faso
pour faciliter les discussions en vue d’un accord pouvant dénouer la crise
au Togo. Quelle en est votre réaction ?]

« Un médiateur, par définition, doit être indépendant et
équidistant des partis en conflit. Or le président Compaoré ne
satisfait pas à ces conditions. [...] Le président du Faso est la
main noire de Jacques Chirac sinon de l’Élysée en Afrique
Occidentale. N’oublions pas le poids de la France et du réseau
françafricain dans le pourrissement de la situation au Togo. À
notre avis, il vaut mieux se rendre directement à l’Élysée pour la
médiation que de s’adresser à la succursale qu’est le Burkina
Faso dirigé aujourd’hui par Blaise Compaoré. »
(Rodrigue KPOGLI, Secrétaire général de Jeunesse unie pour la
démocratie en Afrique (JUDA), interview du 04/08).
[JUDA est une petite organisation togolaise dont le discours du
Secrétaire général vaut d’être entendu. On peut trouver cette intéressante
interview sur www.icilome.com – SC]
1

Traduction de Global Witness. « “The Congo is so rich in mineral wealth,
you can'
t ignore it,” said Gerhard Kemp, head of resource corporate
finance at Rand Merchant Bank in Johannesburg. “You don'
t want to be
the last guy at this party.” » Cité dans Bloomberg, « BHP, Anglo Shun
Congo Risks to Expand as copper soars », 07/02/2006
(www.bloomberg.com/apps/ news ?pid=10000081&sid=aa_GmuOoj8Ss). Le
projet d’Anvil Mining Ltd. à Dikulushi au Katanga a été financé à hauteur
de 4,5 millions de dollars par Rand Merchant Bank International Ltd.
(Dublin). (www.anvil.com.au/prj_dikulushi2.shtml). Global Witness fait état
des allégations selon lesquelles en octobre 2004 des soldats congolais de
la 62ème brigade de la 6ème région militaire ont utilisé des véhicules
appartenant à Anvil Mining pour mener une offensive à Kilwa contre le
Mouvement révolutionnaire pour la libération du Katanga (MRLK), au
cours de laquelle une centaine de civils non armés ont été tués. En plus, «
des témoins de l’incident affirment qu’Anvil Mining a donné de la nourriture et
de l’argent aux militaires et que les véhicules d’Anvil, conduits par des
employés d’Anvil, ont servi à enterrer les dépouilles des victimes. »

Conseil supérieur de l’audiovisuel, le 19/07).

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Françafrique
Nouvelobs.com, L'
Union européenne et le Maroc ont signé un
partenariat sur le secteur de pêche au large du Sahara
occidental, 27/07 : « L '
Union européenne et le Maroc ont signé
mercredi 26 juillet un nouvel accord de partenariat dans le
secteur de la pêche qui comprend des eaux situées au large du
Sahara occidental, malgré les protestations de la Suède et des
partisans de l'
indépendance du territoire disputé. Un accord
préliminaire avait été signé il y a un an et a été adopté au
printemps par le Parlement européen. L'
accord signé mercredi à
Bruxelles autorise 119 navires d'
États membres de l'
UE à pêcher
dans les eaux territoriales marocaines dans l'
Atlantique pendant
les quatre prochaines années, en échange de 144 millions
d'
euros, selon le ministère marocain de l'
Agriculture, du
développement rural et de la pêche. Mais l'
inclusion dans
l'
accord de riches eaux au large de la côte du Sahara occidental,
ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975, et
revendiquée par le Front Polisario qui demande son
indépendance à travers un référendum d'
autodétermination, a
suscité des protestations. La Suède s'
était opposée au nouvel
accord car "le Sahara occidental ne fait pas partie du territoire du
Maroc selon le droit international", comme l'
avait souligné la
mission européenne suédoise en mai. De son côté, le Front
Polisario avait condamné l'
an dernier le futur accord, dénonçant
"une entreprise massive de pillage [...] de la richesse naturelle du
Sahara occidental et une violation flagrante du droit
international". Aucun pays ne reconnaît la souveraineté du Maroc
sur le Sahara occidental. Une soixantaine de pays reconnaît
l'
autorité du gouvernement en exil installé en Algérie par le Front
Polisario. En 2002, les Nations unies avaient statué que le Maroc
ne disposait pas de droits d'
exploitation pétrolière au Sahara
occidental et ne pouvait légalement accorder des licences
d'
exploitations. »
[Le droit international pèse décidément peu de chose au regard
des intérêts économiques, ici essentiellement de la France et de
l’Espagne en matière de pêche. En mars déjà, des députés européens
avaient dénoncé l’infraction des résolutions de l’ONU par l’accord de
pêche pour les mêmes raisons. Le Sahara occidental étant également
riche en phosphates et en pétrole, cet accord risque de créer des émules.
Mais les juristes de l’UE avaient finalement jugé l’accord légal. Pour se
donner bonne conscience, un amendement avait été ajouté, précisant
que la contrepartie financière accordée par l’UE devait aussi servir au «
développement des populations côtières du Maroc et du Sahara
occidental qui vivent de la pêche, et à la création de petites et moyennes
entreprises locales de la filière pêche » (Jeune Afrique, 26/05). Un vœu
pieux qui ne coûte rien... Après avoir coulé le plan Baker de l’ONU qui
prévoyait un référendum sur l’autodétermination du Sahara occidental,
Mohammed VI a proposé une « autonomie sous souveraineté
marocaine ». Lors du sommet de l’UA à Banjul début juillet, le Maroc a
reçu le soutien des diplomaties sénégalaise, gabonaise, burkinabè et
tchadienne. Mustapha Ould Salek, ministre des affaires étrangères de la
République arabe sahraouie démocratique, a dénoncé « l’influence
néfaste d’une puissance étrangère sur la position de certaines capitales
africaines » (Jeune Afrique, 02/07). Suivez mon regard... Le Polisario
avait d’ailleurs formulé des menaces publiques à l’encontre des troupes
françaises de la Minurso (contingent de l’ONU présent au Sahara) en juin
dernier. – VS]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Alain Deneault, Dimas Dzikodo, Delphine Djiraibe,
Arnaud Labrousse, Cheriff M. Sy.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.

Centrafrique-presse, Avec Bozizé, où va l’argent du peuple
centrafricain ?, 17/08 : « Il n’ y a pas longtemps CentrafriquePresse informait ses lecteurs de ce que Bozizé était en train,
pour les nécessités de ses trafics mafieux et ses besoins
militaires, d’acquérir aux États-Unis d’Amérique un vieil avion de
type Hercules C 130 pour 5 765 049 millions USD, soit près de
trois milliards de Fcfa. L’ambassadeur de Centrafrique à
Washington, Emmanuel Touaboy, n’arrête pas d’effectuer
coûteusement et régulièrement plusieurs voyages, non
seulement à l’intérieur des USA mais aussi plusieurs allersretours Washington - Paris - Bangui. [...] Un colonel de l’armée
tchadienne se trouve présentement aux USA pour prendre les
commandes de l’appareil et le ramener à Bangui. [...]
Comment Bozizé peut-il sérieusement convaincre ses
compatriotes, fonctionnaires, retraités et étudiants de continuer à
se serrer la ceinture, parce qu’il n’y a pas d’argent pour payer
leurs droits, et qu’au même moment le directeur général du
trésor émette des ordres de virement de plusieurs centaines de
millions de Fcfa pour l’acquisition d’un vieil avion ! ?
Comment les partenaires au développement (le PNUD, l’Union
européenne, la France, la Chine, les USA, les pays de la
CEMAC etc.), qui ne cessent de faire pleuvoir des milliards de
Fcfa, peuvent-ils croire à la sincérité des discours de mendiant
de Bozizé, alors qu’il fait sortir des caisses du trésor public des
milliards de Fcfa pour acheter un vieil appareil pour ses propres
et obscurs besoins guerriers et mafieux ! ?
Que dira la délégation des institutions de Bretton Woods qui
séjourne actuellement à Bangui ? Elle ne peut pas ne pas
demander quelques comptes et explications au Premier ministre,
Elie Doté, à son ministre des Finances et du budget, Théodore
Dabanga, ainsi qu’au directeur général du trésor, Mahamat
Kamoun, au sujet de tous ces milliards de Fcfa qui quittent
Bangui pour traverser l’Atlantique. »
[Bozizé sait qu’il peut adopter impunément le comportement de
ce que Centrafrique presse appelle “la folie d’un dictateur”. Rien ne lui
arrivera. Il a été mis là pour garantir les affaires et la politique françaises
(cf salve Centrafrique ). Quant à la Banque mondiale, elle ne peut que se
réjouir que les milliards donnés retournent à leur point de départ. C’est la
règle du jeu n’est-ce pas ? Les grands perdants, les Centrafricains,
peuvent croupir dans la misère. Au besoin, s’ils se rebiffent, on les
convaincra par les armes. – OT]

François Lille,

À l'aurore du siècle,
où est l'espoir ?
Éd. Tribord, juin 2006, 4,50 €

Le passage de l'
idée de l'
aide à celle des biens publics, c'
est celui de
l'
assistance aux droits des peuples et des gens. L'
une se quémande, les
autres se revendiquent et s'
exigent. Tracer l'
espace des biens mondiaux
les plus essentiels est indissociable aussi d'
une réflexion sur l'
usage des
biens privés, qu'
ils soient de production ou de consommation, et plus
globalement sur le caractère illimité du droit à la propriété. Ne faudra-t-il
pas le replacer comme un droit second, dérivé en quelque sorte du droit
d'
usage équitable des choses ?
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : septembre 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
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