Citation
€
°
!
"
$
# $% &
'
(((
Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
# ")
Campagne présidentielle
Ne voilà-t-il pas que le Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui ne manque pas d’air, a décidé d’aller prêcher en Afrique
pour sa loi sur, ou plutôt contre l’immigration. Il aurait pu aller le faire en Ukraine ou en Roumanie, mais non. Il avait annoncé
une étape au Liberia, qui n’a pas eu lieu, et on dit que Dakar a décliné l’honneur de sa venue, non que Wade ne soit de ses
amis, mais, vu l’impopularité croissante de ce dernier, il devait craindre, plus que tout, les réactions négatives des Sénégalais.
Désormais il faudra compter en Afrique avec l’opinion de l’électorat, là où peuvent se dérouler des élections tant soit peu
libres, bien sûr. Le jour même où sa loi était votée à l’Assemblée, Sarkozy est donc allé au Mali et au Bénin, où sa venue a
déchaîné une indignation prévisible, dont certains échos ont réussi à percer les rangs serrés des policiers, et les pancartes
hostiles ont remplacé à l’écran les haies d’Africains riants, traditionnellement déployés sur le parcours des politiciens
français en virée africaine. On peut penser que ces images ont été programmées pour être électoralement payantes. Aminata
Traoré ne s’y est pas trompée. Son unique but, a-t-elle déclaré, est d’envoyer « un signal fort à la frange de l’électorat français
à qui les politiciens en manque de vision et de projet d’avenir ont l’habitude de vendre la peur et la haine des étrangers, et
plus particulièrement, les Noirs et les Arabes » (Propos cités par Serge-Henri Malet, L’humanité, 20/05). Le discours de
politique africaine, à usage français, médiatisé à cette occasion est double : d’une part une vertueuse dénonciation des
pratiques antérieures, réduites du reste à des « scories », qu’il oublie de faire remonter à De Gaulle, salué au contraire pour
« ses qualités visionnaires », pour la France, bien sûr, pas pour l’Afrique. Cela ne mange pas de pain et cela charge le seul
Chirac, jamais nommé. On s’étonne seulement, vu l’ancienneté de la carrière politique de Sarkozy, de la nouveauté de ses
blâmes. Les agences de presse et les journaux en ont fait leurs gros titres : Sarkozy veut nettoyer la “Françafrique”, « Au
Bénin, le ministre prône l’abolition de la politique des réseaux incarnée par Chirac » (Vanessa Schneider, Libération,
20/05), Sarkozy pour une “relation nouvelle” et “transparente” avec l'Afrique (AFP), Sarkozy prône la rupture avec la
“Françafrique” (AP). Le ministre a daubé ceux qui prétendent qu’il y aurait « je ne sais quelle incompatibilité entre l’Afrique et
la démocratie ».
Mais il y a eu aussi un tout autre discours, beaucoup moins répercuté,
cyniquement falsificateur, dénonçant de prétendus « fantasmes » ou « mythes »,
étalant ses contradictions : « Il n’existe plus de compagnie minière française ».
Areva au Niger pour l’uranium, Bouygues au Mali pour l’or, c’est des Martiens ?
« Les deux pays africains où Total réalise l’essentiel de sa production sont le
Nigeria et l’Angola ». Le Nigeria ne fournit que 3 % du pétrole que la France
achète. Sur les 19 % achetés en Afrique, 10 % le sont à l’Algérie et la Lybie. Pour
le Nigeria et l’Angola, premier et deuxième producteurs de pétrole du continent
africain, les achats français ont un poids négligeable. Par contre les 5 %
restants représentent la quasi totalité de la production au Gabon, au Congo
Brazzaville et au Cameroun. Là, Elf/Total règne en maître, sur les prix et sur les
commissions, en complicité avec les dictateurs locaux. Quand Sarkozy affirme
que « les entreprises françaises présentes en Afrique sont surtout spécialisées
dans les services », il pourrait préciser que ces services couvrent notamment
les domaines essentiels des transports, aériens, maritimes et terrestres et que,
si Air-France fait l’essentiel de ses bénéfices en Afrique, c’est grâce à une
position de quasi-monopole qui doit plus à la politique qu’à la compétitivité.
Aussi, lorsque Sarkozy répond à l’interpellation d’une Malienne que « La France,
économiquement, n'a pas besoin de l'Afrique », il avance avec arrogance une
contre-vérité patente. Comment affirmer qu’on encourage, contre la dictature,
« ceux qui luttent pour la démocratie » et présenter, en même temps, la
présence militaire française comme une « aide », alors que cette aide militaire
vient de maintenir un dictateur en place ? Escamotage du passé, évitement du
présent, le discours de Sarkozy n’avait aucun intérêt. Quant au gros morceau, le
torrent des phrases creuses aurait pu tenir en trois mots « restez chez vous ! ».
On en reparlera.
Odile Tobner
*
+
,
#*
% 0
-
". / % #
(
(
(1
%
Quand le Conseil de Sécurité
se rend en Afrique
Une mission du Conseil de Sécurité
des Nations-Unies se rendra en Afrique
du 4 au 13 juin prochain. Des
représentants du Conseil se rendront au
Soudan (dans la capitale Khartoum, à
Juba au Sud du pays, et au Darfour), au
Tchad, à Addis Abeba au siège de
l’Union Africaine, puis au Congo
Brazzaville
et
en
République
Démocratique du Congo. La première
partie de cette mission sera présidée par
l’ambassadeur britannique à l’ONU, la
seconde, à partir de Brazzaville, par celui
de la France, Jean-Marc de la Sablière.
Décidément, il y a des occasions où
l’absence d’une maîtrise hexagonale est
inenvisageable. [Sharon Courtoux]
!
#*
’%
%0 2
’
-
°
(
". / % #
Tchad :
chronique d’un chaos annoncé
Idriss Déby a donc été réélu. Après un
simulacre de référendum en juin 2005
pour modifier la constitution et sa
validation par une Assemblée nationale à
sa solde, le dictateur tchadien n’a pas
ménagé sa peine. Avec l’appui en
renseignement, en logistique et en
protection
rapprochée
de
l’armée
française -1100 militaires français du
dispositif Epervier + 150 soldats venus
tout droit de Libreville-, Déby a résisté à
l’assaut –quelque peu précipité- du 13
avril lancé par la rébellion du FUC.
L’ancien élève de l’Ecole de guerre de
Paris a ensuite réussi, grâce à une
parodie de campagne électorale menée
en dernière minute dans les faubourgs
de la capitale, à maintenir la date du
scrutin présidentiel prévu le 3 mai, alors
qu’une partie du territoire national
(notamment le sud-est du Tchad) était en
proie à une insécurité flagrante.
Le résultat des élections était donc
assuré, malgré le boycott unanime des
partis d’opposition (les conditions de
transparence n’étant pas plus réunies
que lors de la dernière farce électorale
de 2001) et la boude quasi générale de
la population. Si la proclamation officielle,
le 14 mai, d’un taux de participation
surréaliste de 61 % et d’un score officiel
du président sortant, crédité de 78 %, n’a
convaincu personne, la communauté
internationale s’est contentée pour sa
large part « d’encourager le Président
Déby à ouvrir un dialogue national avec
l’opposition ». On est bien loin des
revendications de la société civile et des
partis d’opposition qui demandaient, en
préalable à tout scrutin électoral,
l’ouverture d’une consultation nationale
avec l’ensemble de la classe politique,
des mouvements politico-armés et de la
société civile, et le démarrage d’une
période de transition institutionnelle et
politique...
Déjà classé en tête des pays les plus
corrompus au monde et parmi les
derniers
en
terme
d’indice
de
développement humain (173ème rang
sur 176) le Tchad est en proie, depuis
une dizaine d’années, à une dégradation
de ses conditions socio-économiques,
auxquelles son nouveau statut de
producteur d’or noir n’a rien changé. Le
récent amendement à la loi de
distribution des revenus pétroliers,
permettant à Idriss Déby de renforcer
son armée avec les recettes destinées
aux
« secteurs
prioritaires
de
développement », l’a illustré une fois de
plus, au grand damne d’une Banque
mondiale
assistant
–presque
impuissante- à l’échec de son célèbre
« projet pilote ».
Le Tchad s’enfonce donc, lentement
mais sûrement, dans un chaos
généralisé, susceptible d’entraîner avec
lui la sous-région ; Darfour (déjà en proie
à un désastre humanitaire), Soudan (où
le Président El Bechir joue la carte
ethnique
ultra-dangereuse)
et
Centrafrique (dirigé par le général
Bozizé, mis au pouvoir et intronisé au
sein d’une obscure loge maçonnique par
son mentor, Idriss Déby). L’avenir de ce
théâtre
régional
devenu
géo-
stratégique risque de dépendre en
grande partie du rapport de force entre
les belligérants en présence ; chefs
rebelles, Chefs d’État africains mais
aussi
compagnies
pétrolières
et
stratèges de la diplomatie américaine,
chinoise et taïwanaise. Sans oublier la
France, qui protège Déby tout en
recherchant désespérément un poulain
susceptible de lui succéder. La
population tchadienne devra donc
patienter encore avant de pouvoir
maîtriser
elle-même
son
destin...
[Guillaume Olivier]
Tchad
Lettre ouverte au Secrétaire général des Nations Unies
Signataires : Agir Ensemble pour les Droits de l'
Homme, Association Chrétienne pour l'
Abolition
de la Torture (ACAT France), Association pour le Respect des Droits de l'
Homme à Djibouti
(ARDHD), Brot für die Welt (Allemagne), Comité de suivi de l'
appel à la paix et à la réconciliation au
Tchad, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (France), Fédération des
Congolais de la Diaspora (FCD), FERN (UE), Franciscans International, Ligue Togolaise des Droits
de l'
Homme (LTDH), Réseau Foi et Justice Afrique-Europe (UE), Survie, le 12/05
Monsieur le Secrétaire général,
Au lendemain du scrutin présidentiel du 3 mai boycotté par une grande partie du monde politique
tchadien et maintenu malgré le développement d'
un conflit armé sur une partie du territoire national,
nous souhaitons vous faire part de notre plus vive inquiétude quant à l'
évolution de la situation au
Tchad, compte tenu des répercussions probables sur les populations.
Comme vous le savez, la crise tchadienne est multiforme. Soutenu par les autorités françaises et
leur dispositif militaire Epervier, le régime despotique, brutal et corrompu auquel préside Idriss
Deby Itno est en décomposition. Il est miné par des luttes internes et engagé dans un conflit auquel
participent plusieurs groupes rebelles et, à son encontre, une partie importante de son armée.
S'
appuyant sur le soutien français, le Président Déby est en conflit avec la Banque Mondiale, le
consortium pétrolier, son opposition politique démocratique ainsi qu'
avec la société civile.
Le président Déby refuse tout examen des effets de sa gouvernance et tente d'
accréditer l'
idée
que l'
unique problème auquel son pays doit faire face est le conflit tchado-soudanais. Il vise ainsi à
détourner l'
attention de ses propres responsabilités, à l'
origine des problèmes auxquels le Tchad
est confronté, notamment en ce qui concerne sa fermeture au dialogue et son refus d'
une
alternance démocratique.
Dans un tel contexte, les organisations non gouvernementales tchadiennes, structurées, depuis
2002 au sein du Comité de suivi de l'
appel à la paix et à la réconciliation, avaient appelé à un
cessez-le-feu immédiat, au report de l'
élection présidentielle ainsi qu'
au lancement d'
une
consultation nationale avec l'
ensemble des forces politiques et la société civile, préalablement à
toute nouvelle élection.
Compte tenu de ce qui précède, nous vous demandons d'
intervenir rapidement auprès des Étatsmembres de l'
Organisation des Nations-Unies afin de :
- ne pas reconnaître le résultat du scrutin présidentiel du 3 mai, organisé dans les mêmes
conditions d'
opacité que la dernière élection de 2001, que la population a donc boycotté, et
maintenu malgré le contexte de conflit armé sur une partie du territoire,
- répondre favorablement aux revendications de la société civile tchadienne en initiant une large
consultation nationale de tous les partis politiques, des mouvements politico-armés ainsi que de la
société civile, avec l'
implication de la communauté internationale : Union africaine, Union
européenne et/ou Nations Unies pour la tenue du Forum National de Réconciliation tel que proposé
par la société civile,
- assurer la sécurisation d'
un tel processus par le déploiement d'
une force internationale sous
mandat des Nations Unies dans toute la sous-région dans les délais les plus brefs, en excluant
l'
intervention de toute force militaire en dehors de ce mandat.
Dans l'
attente [...]
[Si les deux précédents communiqués, adressés aux "autorités françaises" et au "Président de la
République française", ont trouvé un certain écho dans les média, y compris au Tchad où ils ont beaucoup
circulé (Déby aurait même protesté contre l'Appel du 13 avril), ils n'ont en revanche fait l'objet d'aucune
réponse de la part des autorités concernées. Seul un commentaire oral aurait été formulé par le Président
Chirac à son conseiller diplomatique, selon lequel "la situation est difficile au Tchad" et "il n'y a pas
d'alternative crédible à Déby". Chirac est-il mûr pour décider du sort des tchadiens à leur place ?
L'objectif de ce dernier communiqué était donc de passer à l'échelle onusienne, dans la perspective
notamment d'un déploiement d'une force internationale, sans laisser au France le rôle de gendarme bien
illégitime du Tchad.... – GO]
!
’%
%0 2
’
°
) " # " – ". / % #
Défense et des Affaires Étrangères de l’Assemblée
Nationale, publication du MAE, le 10/05).
« Il y a tout juste une semaine, des élections ont eu lieu au
Tchad. Elles se sont déroulées dans le calme et le président
Déby en est, semble-t-il, le vainqueur. Pourtant la participation au
vote a été limitée. [...] Le Tchad est un pays fragile dont l'
unité
nationale reste difficile à construire. [...] Le tir de semonce réalisé
par un Mirage F1, devant une colonne rebelle, le 12 avril au
matin avait pour but de montrer notre présence si des intentions
agressives se manifestaient à l'
égard de nos compatriotes. »
(Michèle ALLIOT-MARIE, audition conjointe, sur la situation au
Tchad, de la ministre de la Défense, devant les commissions de la
%
(3
4
[Ah qu’en termes galants... ! On savourera en effet le « semble-t-il », qui
vient couvrir d’une ombre délicate la mention du « vainqueur », même
euphémisation du boycott en « participation limitée ». On sera attendri
par la préoccupation pour un « pays fragile », dont la construction difficile
est patronnée par la France depuis quarante-cinq ans, sans le moindre
succès, « semble-t-il ». Enfin on partira d’un franc éclat de rire à
l’affirmation que, sans un tir dit « de semonce », les rebelles auraient
ignoré qu’il y avait des troupes françaises à Ndjamena, et que ce tir, bien
loin de risquer de déchaîner l’hostilité populaire contre les Français, était
destiné à attaquer préventivement ceux qu’une grossière propagande
faisait croire qu’ils n’en voulaient qu’à Déby. – OT]
5
De la souveraineté et
du devoir de sauver les vivants
Selon un chercheur particulièrement
bien informé, l’accord de paix signé entre
Khartoum et une partie des groupes
rebelles du Darfour ne mettra pas un
point final au conflit qui embrase la
région, Tchad compris. Selon le même
spécialiste, l’actuel semblant de partage
du pouvoir entre le nord et le sud Soudan
a peu de chances d’aboutir à la paix et
au partage équitable des richesses du
pays. À l’examen de la situation
régionale, qui est un tout explosif, on ne
peut, hélas, qu’en convenir.
De retour d’une visite au Soudan et au
Tchad, le Secrétaire général adjoint aux
Affaires humanitaires des Nations-Unies,
Jan Egeland, après avoir prononcé
quelques paroles encourageantes, a
ajouté qu’il y avait quand même urgence
car « il y a risque aussi d’entrer dans une
spirale qui précipitera des millions de
personnes au fond des abysses ». Les
paroles encourageantes font partie des
règles du métier, la suite de la réalité. Ni
au Darfour ni au Tchad rien n’est réglé.
Le 16 mai, le Conseil de sécurité a
adopté une résolution « donnant une
semaine au gouvernement soudanais
pour accepter une mission d’évaluation
pour le déploiement d’une force des
1
en
Nations-Unies dans le Darfour
remplacement de l’actuelle force de
l’Union Africaine » selon une dépêche du
centre de nouvelles de l’ONU. En fait,
l’article 3 de la résolution (n° 1679)
demande que soit dépêchée une mission
d’évaluation conjointe de l’UA et de
l’ONU dans la semaine qui suivra
l’adoption de la présente résolution. La
résolution ne dit rien des sanctions qui
pourraient être prises si la dite mission
devait être empêchée. Le Soudan fait ce
qu’il peut pour ralentir le processus avec
un certain succès. Khartoum lambine
depuis des mois, arguant à présent du
principe de sa souveraineté en matière
de décisions concernant ce qui pourrait
se passer sur son sol. De mois en mois,
on ne peut que constater que la
« souveraineté » soudanaise est mieux
respectée que le devoir de sauver les
vivants. Le mot souverain s’applique à
qui, dans son domaine, n’est subordonné
à personne. Il y a encore du chemin à
faire pour qu’il s’applique à ce qui n’est
subordonné à personne : le devoir sus
mentionné.
Évoquant la situation dans l’est du
Tchad, Jan Egeland a souligné que les
attaques menées en toute impunité
contre les populations civiles étaient
aussi graves qu’au Darfour et a exprimé
sa crainte d’une dégradation de la
situation en raison d’une totale absence
d’autorité dans la région. [SC]
1. Dont l’extension au Tchad s’impose !
Eufor RD Congo
Le dernier rapport de la Mission des
Nations en République Démocratique du
Congo (MONUC) confirme, une fois de
plus, les multiples exactions commises
par les Forces armées de la RDC
(FARDC) sur tout le territoire. Le rapport
ne passe pas sous silence les
nombreuses violences perpétrées par les
milices armées, actives dans les
provinces de l’est et au Katanga en
particulier, mais l’armée congolaise y est
pointée
en
tant
que
principale
responsable des violations enregistrées.
Comme nous l’avons déjà souligné,
aucun budget permettant de créer les
conditions susceptibles de rectifier cette
situation n’a été ni préconisé ni sollicité.
Ceci n’empêche pas l’Union Européenne
d’avancer son projet (baptisé EUFOR RD
Communiqué de la Commission d'
enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide
des Tutsi au Rwanda (Aircrige, Obsarm et Survie), 24/05,
Six personnes qui s'
estiment victimes d'
actes accomplis au Rwanda en 1994 par des militaires
français de l'
opération "Turquoise" se sont constituées parties civiles devant le Tribunal aux Armées
de Paris (TAP). La LDH et la FIDH se sont constituées parties civiles à leurs côtés.
Le 10 mai 2006, les avocats de ces parties civiles ont tenu une conférence de presse au siège de
la LDH. Ils ont dénoncé le comportement du Parquet militaire qui cherche à paralyser l'
instruction
de ces plaintes - conformément à la volonté manifeste du Gouvernement [...].
La Commission d'
enquête citoyenne (CEC) n'
ayant qu'
un rôle d'
enquête et de conseil juridique
n'
est pas partie dans ces procédures devant le TAP mais, en suit attentivement le déroulement.
Elle considère, en effet que le rappel par la justice française des principes de droit qui auraient été
transgressés par les autorités françaises et la qualification par cette même justice, des faits
rapportés par les plaignants, sont beaucoup plus importants que les peines qui pourraient être, le
cas échéant, prononcées.
C'
est pourquoi, à la suite des avocats des parties civiles, la CEC dénonce le comportement du
Parquet militaire qui cherche à empêcher l'
instruction de ces affaires.
Elle rappelle que l'
instruction contradictoire, conduite à charge et à décharge, a pour fonction
d'
établir autant qu'
il est possible, la vérité sur les faits dont la justice est saisie.
Elle voit donc, dans le comportement du Parquet militaire, une reproduction de l'
attitude officielle
consistant à nier purement et simplement, contre toute évidence, l'
implication française dans le
génocide.
La CEC tient également à rappeler que les quelques militaires qui pourraient être inquiétés si
l'
instruction se déroulait correctement, ont agi dans le cadre des ordres qu'
ils avaient reçus. On doit
donc admettre que la responsabilité première des crimes qui leur sont imputés incombe aux
auteurs de ces ordres qui sont, en dernière analyse des autorités civiles.
Cette responsabilité pèse également sur les citoyens et leurs élus qui se désintéressent des
politiques poursuivies en leur nom.
!
’%
%0 2
’
Congo) d’envoie en RDC d’une force –
aux objectifs encore mal définis – dont
un premier contingent de 450 soldats
(français) arriverait à Kinshasa 6
semaines avant la tenue de l’élection
présidentielle prévue le 30 juillet. Selon
la ministre française des Affaires
européennes, Catherine Colonna, la
France y contribuera à hauteur de 850
hommes (350 de plus que ce qui avait
été envisagé auparavant), sur un total de
1500 soldats au lieu des 1250 prévus
initialement. Il semble se confirmer que
l’opération sera coordonnée à partir de
Potsdam
en
Allemagne,
le
commandement opérationnel à Kinshasa
assuré par la France, et le gros des
troupes posté en attente au Gabon.
Or, le 17 mai, des responsables militaires
africains et de l’UE se sont réunis à
Brazzaville en une conférence, organisée
à l’initiative de Paris 1, « pour aider les
pays africains à assurer eux-mêmes la
sécurité du continent. » À cette occasion
le président congolais, Denis Sassou
Nguesso, a déclaré (dans un discours lu
en son absence) que l’Afrique reste
« l’un des maillons faibles du progrès »
et évoqué « l’incapacité [de l’Afrique] à
fortifier durablement les fondations de la
paix, de la sécurité et de la stabilité ».
Dans la foulée de ces fortes paroles, le
chef d’état major des armées françaises,
le général Henri Bentégeat, a déclaré :
« L’engagement européen au service de
la paix et de la sécurité en Afrique
devient dans le même temps une réalité,
en République démocratique du Congo
hier, et demain et bien sûr au Soudan. »
Sassou Nguesso est de ces dirigeants
africains estampillés « maillon faible du
progrès » que Paris affectionne au
détriment du continent. Les capacités
africaines entreront en scène lorsqu’elles
se seront libérées des tyrannies
sponsorisées qui leur interdisent l’accès
aux libertés nécessaires pour bâtir une
organisation économique et sociale de
leur choix. Quant à Bentégeat, il a perdu
une belle occasion de se taire. Si
l’Europe (notamment la France, état
européen membre du Conseil de
Sécurité) avait fait quoique ce soit d’utile
pour empêcher qu’il y ait en moyenne
100 000 morts au Darfour par an depuis
trois ans, cela se saurait. Si l’Europe
(notamment la France, engagée à hauteur
prédominante dans EUFOR RD Congo)
avait pris acte de la réalité congolaise,
elle aurait privilégié les investissements
indispensables pour assurer la sécurité
des populations avant qu’elles ne se
rendent aux urnes. Il est à parier qu’elles
ne s’y rendront pas en toute tranquillité.
Sauf peut-être dans la capitale, où les
enjeux d’apaisement sont les plus
importants aux yeux des sponsors ? [SC]
1. Dans le cadre du programme français
Recamp (Renforcement des capacités
africains de maintien de la paix).
°
Une visite pour redorer l’image du
“beau Blaise” ?
Le Président du Burkina Faso, Blaise
Compaoré, effectue une visite officielle
en France du 29 mai au 4 juin 2006. Il
prendra part dans différentes villes
françaises
à
plusieurs
rencontres
consacrées
à
la
coopération
décentralisée franco-burkinabé.
N’eût été la réputation tenace de
régime liberticide que traîne depuis des
années le pouvoir de Ouagadougou (en
dépit du trésor d’ingéniosité des médias
commis à la tâche d’embellissement du
palais présidentiel et de son occupant) il
y aurait matière à se réjouir d’une telle
visite compte tenu du rôle majeur que
jouent désormais les collectivités locales
françaises dans le cadre de leurs
nombreuses actions de coopération
décentralisée avec les pays du Sud,
notamment ceux d’Afrique.
Hélas ! Force est de constater que les
multiples liens des collectivités locales
françaises avec le Burkina Faso
soulèvent aujourd’hui plus de questions
et
de
motifs
d’inquiétude
que
d’enthousiasme et d’adhésion politique
au niveau des citoyens burkinabé.
En effet, sans douter des bonnes
intentions qui animent les élus et acteurs
de l’Hexagone qui multiplient ces
dernières années des projets de
partenariat avec les autorités étatiques et
communales de ce pays sahélien, l’on ne
peut taire les nombreuses interrogations
préalables qui doivent précéder toute
action
de
coopération
réellement
soucieuse du bien être et des droits les
plus élémentaires des populations
censées en être bénéficiaires.
Lorsqu’on observe le contexte sociopolitique du Burkina Faso, ce qui saute
aux yeux de tout observateur honnête et
impartial, c’est le lourd passif du régime
en matière de violation des droits
humains sur fond de corruption et de
pauvreté généralisées.
Est-ce là le prix du calme relatif qui
semble régner dans le pays ?
Sans remonter à la violence effroyable
qui a caractérisé la prise du pouvoir par
Blaise Compaoré le 15 octobre 1987
(notamment l’assassinat de Thomas
Sankara et de ses collaborateurs), la
situation politique et sociale qui prévaut
aujourd’hui “au pays des hommes
intègres” illustre clairement le caractère
illégitime, liberticide, anti-social et
mafieux du pouvoir en place :
– l’élection
présidentielle
du
13
novembre 2005 a été entâchée de
nombreuses irrégularités, avant, pendant
et après le scrutin. Les nombreux
recours des partis d’opposition n’ont pas
pu empêcher (ni même retarder !) la
(
proclamation de la victoire
du “président candidat du
parti supra majoritaire” ;
– les élections municipales du 23 avril
2006 (dont les résultats officiels sont
encore attendus) ont été l’occasion d’une
grande foire d’empoignes entre les
dignitaires du régime qui se sont arrogés
“la part du lion” à coups de fraudes, de
corruption, de tripatouillages des urnes ;
laissant aux partis d’opposition (qui
acceptaient de s’engager dans cette
“parodie
démocratique”)
quelques
strapontins ;
– reconnu et complimenté comme
meilleur élève en matière de politique
sociale par le FMI et la Banque
Mondiale, le régime Compaoré déroule
sans pitié depuis une dizaine d’années
un rouleau compresseur anti-social
contre les travailleurs burkinabé. Les
résultats sont là : une privatisation des
entreprises publiques juteuses au profit
de copains du régime et d’entreprises
étrangères (notamment françaises), des
licenciements sans aucune indemnisation, un surenchérissement des prix des
produits de première nécessité, bref une
paupérisation croissante des couches
populaires ; tandis qu’en parallèle l’on
assiste à un enrichissement effréné de
ceux qui sont “en phase” avec le “beau
Blaise”. Toutes choses qui alimentent à
grande vitesse et à grande échelle la
corruption dans tous les rouages et à
tous les niveaux de l’État burkinabé . En
riposte à cette politique des Programmes
d’ajustement
structurel,
tous
les
syndicats du pays dans un élan unitaire
salvateur ont massivement manifesté
leur mécontentement à travers deux
journées de grève et de manifestations,
les 23 et 24 mai derniers ;
– ces nombreux crimes économiques
viennent alourdir le passif d’un régime
qui n’a jamais su (ou pu ?) se départir de la
violence en politique, comme en témoigne
la longue liste des assassinats crapuleux
du pouvoir de Ouagadougou contre les
personnes gênantes (Thomas Sankara,
Norbert Zongo et des dizaines d’autres),
–à
ces
dizaines
de
crimes
économiques et de sang commis à
l’intérieur du pays, s’ajoutent des milliers
d’autres perpétrés en Angola (sous l’ère
du “rebelle” Jonas Savimbi), au Libéria
(aux côtés de Charles Taylor, aujourd’hui
poursuivi par la justice internationale
pour crimes de guerre), en Sierra Léone
(en soutien à Fodé Sankoh) , et plus
récemment en Côte d’Ivoire. Des
missions d’experts dûment mandatées
par l’ONU ont réuni une masse
impressionnante de faits qui étayent
cette politique criminelle et mafieuse du
régime de Blaise Compaoré en dehors
de ses frontières.
Au regard de ces faits graves dont
!
’%
%0 2
’
s’est rendu coupable le régime en place
au Burkina Faso (qui sévit depuis bientôt
vingt ans) les citoyens burkinabé et de
nombreux démocrates de par le monde
sont en droit de se demander quelles
valeurs et quels intérêts défendent l’État
français et les collectivités locales
françaises qui déroulent aujourd’hui le
tapis rouge de la République à un
autocrate et sanguinaire qui a endeuillé
tant de familles au Burkina Faso et en
Afrique ?
Il est temps pour les autorités
françaises, à quelque échelle du pouvoir
public républicain, de sortir de la logique
des faux semblants, de la diplomatie à
géométrie variable (aux relents racistes)
qui rend moralement soutenable et
politiquement correct le soutien aux
dictateurs africains.
Il n’est pas trop tard pour enfin
amorcer avec le Burkina Faso et avec
l’Afrique, une politique de coopération
digne et vraie !
Il n’est pas trop tard pour exiger du
pouvoir de M. Blaise Compaoré de
répondre de l’assassinat de “son frère
d’arme”
Thomas
Sankara,
de
l’assassinat du journaliste Norbert
Zongo, de l’assassinat de l’étudiant Dabo
Boukari, etc. ; ainsi que de sa complicité
avérée dans les abominations des tueurs
de Jonas Savimbi, de Charles Taylor, de
ses nombreux trafics d’armes, de métaux
précieux et de mercenaires qui
alimentent les guerres en Afrique.
Pour notre part, nous entendons
poursuivre le combat, aux cotés des
démocrates burkinabé, qui se mobilisent
massivement contre l’impunité et contre
la vie chère que génère la politique du
régime Compaoré, Dans le même élan,
nous entendons poursuivre la lutte pour
contester et contribuer à mettre un coup
d’arrêt à la complicité de l’État français
avec les dictatures africaines !
Nous en appelons à la vigilance des
citoyens français qui doivent exiger plus
que jamais que les nobles idéaux de la
république ne soient pas mis au service
d’intérêts douteux et contraires à l’amitié
et à la solidarité entre les peuples !
[Ardiouma
Sirima,
Président
du
COFANZO]
°
Côte d’Ivoire :
l’impunité enfin bannie ?
Pour
la
première
fois
depuis
l’éclatement de la crise en septembre
2002, une autorité ivoirienne ose mettre
en garde son propre camp contre les
pratiques criminelles et attentatoires aux
libertés fondamentales. Le fait est
suffisamment rare (voire inédit !) pour
être souligné : le porte-parole des forces
nouvelles a tenu à ce sujet face aux
siens des propos clairs et nets lors de sa
conférence de presse tenue à Bouaké le
26 mai dernier : « Chacun répondra de
ses actes, de ses dérives et des atteintes
aux droits humains. Nous avons tous lu
le dernier rapport de Human Right Watch
International. Il est évident que les
Forces nouvelles y sont épinglées. C’est
dramatique... Cette crise va finir un jour
mais des crimes ne pourront pas être
effacés. Les rapports des droits de
l’Homme ne vont pas s’effacer », a t-il
assené en ouverture de sa conférence.
Ces propos devraient faire date !
Il y a longtemps que les militants d’une
paix juste et équitable en Côte d’Ivoire
attendent ce type de paroles et cette
prise de conscience de la part de tous
les protagonistes de la crise, notamment
des leaders des camps en conflit.
Comme le dit l’adage, mieux vaut tard
que jamais ! On ne peut que se réjouir
que les ex-rebelles abordent enfin
publiquement la question de leurs crimes
économiques et de sang, et se déclarent
prêts à assumer individuellement et
collectivement leurs responsabilités.
Mieux ! les responsables des ex-rebelles
s’engagent à éduquer leurs troupes au
respect des droits humains. C’est
incontestablement un tournant dans
l’évolution de ce pays vers la paix !
Certes, passer de la parole aux actes
ne sera sans doute pas un exercice
facile mais c’est déjà un bon début pour
chacun des protagonistes de la crise de
reconnaître et d’admettre ses propres
actes dans la longue série des crimes
restés jusque-là impunis.
À la suite des Forces nouvelles, nous
attendons que le camp présidentiel
Pierre Laniray (coordonné par)
François-Xavier Verschave
L’homme qui voulait soulever les montagnes
Éd. les Arènes, juin 2006 [sortie le 8], 202 pages, 18,00 €.
François-Xavier Verschave fut pendant vingt ans l’adversaire redouté de la Françafrique.
Il croyait à la démocratie et aux engagements publics. Puisque la République violait en Afrique
ses principes fondamentaux, il avait décidé de porter la plume dans la plaie.
Avec une poignée de bénévoles, une force de travail considérable, il a rassemblé des milliers
d’informations sur la face cachée de notre politique africaine, écrit des livres marquants, lancé une
commission d’enquête citoyenne sur le Rwanda, animé d’innombrables conférences.
Grâce à François-Xavier Verschave, la Françafrique a été mise en procès.
L’homme qui voulait soulever les montagnes retrace l’itinéraire de ce citoyen absolu, rassemblant
ses pages les plus éclairantes et les témoignages de ceux qui l’ont connu. Document d’espoir, ce
livre est un testament irremplaçable pour tous ceux qui, en France et en Afrique, ne se résignent
pas à l’inacceptable. [4ème de couverture]
(6
ivoirien, la France et ses
suppôts dans la sousrégion (dont le régime burkinabé) disent
publiquement
leurs
parts
de
responsabilités dans les crimes commis
depuis septembre 2002 et s’engagent à
mettre fin, chacun à son niveau, à la
culture de l’impunité qui continue
d’imprégner la vie politique du pays.
Afin que leurs propos ne restent pas
lettre morte, les Forces nouvelles
devraient examiner avec une grande
rigueur et dans un souci de justice les
nombreuses doléances des familles
ayant fui Bouaké au début de la guerre et
qui ont récemment rencontré le Ministre
en charge des victimes de guerre pour
exiger de retrouver leurs maisons et
leurs biens confisqués par des
combattants des Forces nouvelles.
En attendant cet élan collectif pour
faire cesser les crimes en tous genres
qui fragilisent le précaire processus de
paix impulsé par le Premier ministre
Konan Banny, saluons tout de même le
courage politique de tous les leaders
ivoiriens qui considèrent que la lutte
contre l’impunité est à engager avec le
même sérieux et la même détermination
que celles menées pour conduire
sereinement et dans la transparence les
opérations relatives à l’identification, au
désarmement, au redéploiement de
l’administration sur l’ensemble du
territoire ainsi que l’organisation d’un
scrutin présidentiel aux résultats clairs et
indiscutables. Le retour à la paix est à ce
prix ! [Sisulu Mandjou Sory]
Visite de Sarkozy au Mali :
Un provocateur mis en déroute
Le gouvernement malien a reçu au Mali, les
17 et 18 mai 2006, le ministre de l’Intérieur
français, Nicolas Sarkozy Nagy de Bosca.
Sarkozy le téméraire venait en fait vendre sa
marchandise de "l'immigration choisie",
camelote puant à plein nez le racisme et les
expulsions, le jour même où l'Assemblée
Nationale française votait cette loi.
Sarkozy démasqué
La provocation était à son comble ! Le
discours s'
est fait paternaliste et
faussement amical au début. Sarkozy a
passé la pommade aux Maliens qui ont
« une bonne réputation » et qui sont
« travailleurs » ! Sarkozy a prétendu
ensuite que le « pire ennemi » du
« Malien régulier » c'
est le « Malien sans
papiers » qui « crée les conditions de
l'amalgame » ! Il a été démasqué séance
tenante : « ce sont les lois de plus en
plus racistes de la France qui transforment les réguliers en irréguliers ! ». Les
Maliens ne se sont pas privés de relever
la foutaise de Sarkozy qui s'
est évertué à
expliquer que "l'
immigration choisie"
devait l'
être à la fois par la France et
l'
Afrique. Si tel était le cas, lui a-t-on
rétorqué, « ne fallait-il pas discuter
!
’%
%0 2
’
ensemble avant que la nouvelle loi ne
soit votée ? »
Poussé dans ses retranchements par
des journalistes sur « le pillage de
l'Afrique et ses ressources », Sarkozy est
carrément sorti de ses gonds et a lâché
avec un brin de chauvinisme et de
menace : « La France, n'a économiquement pas besoin de l'Afrique ! » Et ajouta-til : « Si c'est ce que l'on croit en Afrique,
on doit s'attendre à des désillusions ! »
La
conférence
de
provocation
programmée en grande pompe à l'
Hôtel
de l'
Amitié par Sarkozy sur le thème : Le
Partenariat entre la France et l’Afrique ;
quel avenir ? a fait lamentablement
fiasco. Elle s'
est ainsi soldée par une
déroute complète de Sarkozy, qui est
reparti en ayant donné aux Maliens
l'
image d'
un homme hautain et arrogant,
cachant à peine son mépris pour les
Africains. Sarkozy Nagy de Bosca peut
se féliciter d'
avoir terni encore plus
l'
image de la France en Afrique.
Visas biométriques et laisser-passer
Et pourtant, cet homme arrivait en
quelque sorte en territoire conquis dans
le Mali officiel du Président Amadou
Toumani Touré, dit ATT !
En effet, moyennant la tenue du 26ème
Sommet France-Afrique à Bamako en
décembre 2005, quelques milliards de
francs-CFA jetés par "son ami" Chirac
dans un Centre International des
Conférences et la réfection de quelques
artères de la capitale malienne, ATT a
non seulement accepté de faire du Mali
le cobaye pour l’implantation des visas
biométriques (rejetés, semble-t-il par les
pays voisins comme le Sénégal et la
Côte d'
Ivoire), et multiplié à tour de bras
la délivrance par le consulat du Mali en
France
des
“laisser-passer”
pour
l’expulsion des Maliens.
Le processus est connu. La France
stocke les expulsables dans les centres
de rétention de Roissy et achète ses
“laisser-passer” aux consulats des pays
d'
origine 150 euros (environ 99 000 frsCFA) par immigré à expulser. Elle a
instauré et encouragé ainsi tout un trafic
dans lequel les autorités consulaires de
nos pays (le Mali en tête) exigent en
outre des expulsés jusqu’à 500 euros
pour soi-disant "éviter" l'
expulsion. Mais
on ne compte plus aujourd'
hui le nombre
de sans papiers arnaqués qui finissent
par se faire expulser.
Le Mali officiel n'
est pas le Mali réel
La visite de Sarkozy a clairement établi
que le Mali officiel est aux antipodes du
pays réel.
En effet, à la veille du voyage, 21
députés de la région de Kayes, première
région du pays, dont sont originaires la
plupart des travailleurs maliens en
France, ont élevé la voix pour dénoncer
dans une déclaration largement relayée
par la presse, ce voyage comme une
« pure provocation » et appelé le
gouvernement à l'
annuler. Ces députés
°
proclamaient que, s'
ils n'
y parvenaient
pas, ils soutiendraient toutes les
initiatives programmées par l’Association
des Maliens Expulsés et le Collectif de
soutien aux expulsés. Ils étaient prêts à
marcher et même aller à l'
aéroport pour
empêcher Sarkozy de débarquer ! Mais,
du jour au lendemain, les députés se
sont dégonflés face aux pressions du
gouvernement
malien
et
de
l'
Ambassadeur de France, Nicolas
Normand, qui s'
est répandu en
communiqué dans la presse pour
répondre aux députés. On assure que
les enveloppes ont valsé ! Les 21 ont
honteusement renoncé à participer à
toute manifestation publique et les
Maliens
se
moquent
d'
eux
en
demandant : « où sont nos députés ? »
Le mérite pourtant ineffaçable des 21
est d'
avoir amplifié une protestation
profondément populaire et même
contribué à révéler que Sarkozy venait
au Mali, non à la demande du
gouvernement malien, mais à sa
demande personnelle.
Mobilisations citoyennes
Il faut noter qu'
au même moment
Dominique de Villepin avait pris d'
assaut
la Réunion pour soigner son image de
marque électorale avec la lutte contre le
Chikungunia. Question : Chirac et de
Villepin ont-ils secrètement poussé leur
ami Sarko à la faute ? Probable dans la
lutte électorale à mort des « frères
ennemis » de l'
UMP ! Quoi qu'
il en soit,
le Mali a été tout sauf la promenade
électorale de santé que Sarkozy comptait
s'
offrir, car il a essuyé en outre deux
protestations majeures.
Le 18, alors que Sarkozy devait visiter
au Consulat général de France les tristement célèbres “équipements biométriques”, un sit-in de protestation organisé
devant les locaux du Consulat par le
Conseil National des Jeunes et le FORAM
(Forum pour un autre Mali) l'
a interpellé.
Mais la principale riposte à Sarkozy est
venue de la marche de protestation
organisée avant son arrivée dans la
journée du 17 à 16 h à la Bourse du
travail. À l'
origine de cette marche,
l’Association des Maliens Expulsés
(AME), héritière d'
une longue tradition de
lutte depuis sa création en 1996 face aux
expulsions de Maliens de France et
d'
Angola. Son Collectif de soutien
comprend notamment la CAD-Mali
(Coalition
des
Alternatives
pour
l'
Annulation de la Dette et le
Développement), le journal Sanfin/La
Nuée et le Parti SADI (Solidarité
Africaine pour la Démocratie et
l'
Indépendance). Passant outre les
velléités d'
ATT et ses services d'
ordre de
l'
interdire, la marche a drainé pendant
près de deux heures dans les rues de
Bamako plus de 200 personnes en
colère contre Sarkozy. Elle a recueilli en
fait le soutien de la seconde centrale
syndicale
du
pays,
la
CSTM
(
(Confédération syndicale
des travailleurs du Mali) et
de l'
AMDH (l'
Association malienne des
droits de l'
Homme). Les banderoles et
slogans des organisateurs proclamaient :
« Sarkozy dehors ! Non à la Loi
"Immigration choisie" ! Non au racisme !
L'État français viole les droits humains !
L'État malien et ATT complices ! Des
papiers pour tous ! Liberté de circulation
et de séjour pour tous ! » À vrai dire les
organisateurs
ont
été
rudement
bousculés par une masse de jeunes
armés de leurs propres banderoles et
pancartes spontanément préparées dans
les quartiers. On pouvait lire « Sarkozy
déguerpis, immigration choisie » ou
encore « Sarkozy, un immigré qui
s’insurge contre les immigrés » !
L'
AME et son Collectif ont, par leurs
initiatives, manifesté la preuve que
Sarkozy n'
était pas le bienvenu au Mali,
ils
ont
discrédité
largement
le
gouvernement répressif d'
ATT, qui a
annulé un second sit-in prévu le
lendemain. Non seulement l'
initiative a
encouragé à la mobilisation au Bénin,
mais les conditions sont aujourd'
hui
réunies pour aller vers la large coalition
de lutte (appelée par l'
AME) pour aller à
l'
action
systématique
contre
"l'
immigrTation choisie" et les expulsions
au Mali ! [Momo (Bamako)]
Algérie : la grande braderie continue
Après la privatisation, sur prescription
du FMI, de 800 entreprises publiques,
qui n’avait rapportée que 200 millions de
dollars ; après la libéralisation des
hydrocarbures l’année dernière, qui avait
mis un terme au monopole de la
Sonatrach et avait permis, pour ce qui
concerne la France, l’implantation de
Total ; le dépeçage de l’Algérie au profit
d’une classe dirigeante corrompue et de
multinationales étrangères prédatrices se
poursuit. Le ministre des « Participations
et de la Promotion des investissements », Hamid Temmar, a annoncé un
bilan de 63 entreprises publiques
privatisées depuis le début de l’année
(avec grosses facilités de paiements
pour les acheteurs), et promis 500
nouvelles privatisations avant la fin 2006.
Laurence Parisot s’est rendue en visite à
Alger début mai, à la tête d’une
délégation de 70 membres du Medef
pour
saluer
un
processus
de
libéralisation « prometteur ». Banques,
poste, gaz, bâtiment, assurances... tous
les secteurs sont visés. Alors que
l’Algérie n’exporte que du pétrole, elle est
obligée d’importer quantité de biens de
consommations. Ces importations étant
l’objet
de
tous
les
trafics,
le
développement
d’une
économie
autocentrée
a
été
purement
et
!
’%
%0 2
’
°
simplement sabotée. Les importations de
marchandises françaises (entre un quart
et un cinquième des importations totales)
ont doublé entre 1996 et 2005 pour
atteindre 4,472 milliards de dollars. Cette
nouvelle vague de privatisation va donc
renforcer
encore
la
dépendance
économique (recolonisation ?) du pays.
Les
déclarations
incendiaires
de
Bouteflika, qui ont sans doute plus à voir
avec les luttes d’influence entre le
président algérien, la Chiraquie et la
junte algérienne, qu’avec un quelconque
et soudain souci de vérité historique, ne
vont tout de même pas jusqu’à remettre
en cause la pompe à fric...
Parallèlement, les revenus de l’État
Algérien, liés à la rente pétrolière, ont
explosé en même temps que la hausse
du prix du pétrole. L’Algérie a donc pu
négocier
avec
la
France,
le
remboursement anticipé de sa dette
(1,24 milliards d’euros), en fait convertie
en contrats pour les entreprises
françaises. Elle venait de faire de même
avec la Russie, contre signature d’un
contrat de 7,5 millions de dollars de
matériels de guerre, prouvant du même
coup qu’elle pouvait se procurer les
armements sophistiqués, que la France
et les USA rechignaient à lui livrer, selon
Libération du 13 mars. Du coup, le
robinet militaire français vient de se
rouvrir : « Le général Gaïd Salah, chef
d’état-major, vient ainsi de répondre à
l’invitation de son homologue français, le
général Henri Bentegeat, qui a déroulé
pour lui le tapis rouge. Au programme :
rencontre avec Michèle Alliot-Marie, la
ministre de la Défense, et visite des
installations de Giat industries. Si une
livraison de Rafale paraît exclue,
l’aviation algérienne étant largement
d’origine russe, une vente de chars
Leclerc est tout à fait envisageable. »
(Jeune Afrique, 07/05)
Au moins on est sûr que l’excédent
d’argent algérien ne servira pas à sortir
la population algérienne de la misère...
[Victor Sègre]
% &
#
Pitreries pour la paix à l’Unesco
Le 16 mai dernier, le prix HouphouëtBoigny pour la recherche de la Paix (tout
un programme !) de l’Unesco a été remis
à Abdulaye Wade qui empochera
120 000 euros (peanuts...). Certes, si l’on
cherchait absolument à distinguer un
chef d’État, le choix devait être difficile
tant les véritables promoteurs de la paix
sont une espèce rare en leur sein. Mais
on ne peut s’empêcher de penser que le
choix de Wade relève soit de la blague,
soit de la provocation. Alors même que le
président du Sénégal se pavane et dédie
son prix « à tous les hérauts de la Paix et
de la Démocratie », cette dernière est à
l’agonie dans son propre pays.
Arrestations et intimidations d’opposants,
de journalistes ou de cinéastes se
multiplient à l’approche des prochaines
élections présidentielles, couplées aux
législatives repoussées par décision du
Prince. Dernier en date à faire les frais
de la dérive autoritaire du régime : Amath
Dansokho,
Vice-président
de
l’Assemblée nationale du Sénégal et
secrétaire
général
du
Parti
de
l’Indépendance et du Travail (PIT),
poursuivi pour « trouble à l’ordre public »
et « diffusion de fausses nouvelles »
pour s’être interrogé sur l’évaporation de
440 milliards des caisses de l’État au
moment de l’arrivée au pouvoir de Wade.
Trois jours avant son arrestation, il
dénonçait à Paris le « bâillonnement de
la presse » et « la machine infernale de
destruction » de la société sénégalaise
[FIDH, 07/04]. La remise du prix a
d’ailleurs été boycottée par l’opposition
politique sénégalaise et dénoncée par
les organisations de la société civile. Une
petite anecdote qui illustre la corruption
du régime : de l’aveu même d’un des
économistes de la Banque Mondiale qui
s’occupe du Sénégal, « il y a 1 milliard
de dollars qui est arrivé en 2004 au
Sénégal. Si cet argent était distribué
directement aux populations, ce serait
100 dollars par personnes et 1000
dollars par ménage. » [Wal Fadjri, 3/05].
(1
Pour compléter le tableau,
rappelons que Wade a
refusé l’extradition de Hissen Habré
lorsqu'
un juge belge a délivré contre cedernier un mandat d'
arrêt international
pour crimes contre l’humanité. Mais il en
faut plus pour démériter du prix
Houphouët-Boigny
(« un
homme
admirable, s’il en fût, par sa sensibilité,
sa finesse, son intelligence, sa vision » a
rappelé Chirac lors de la cérémonie),
surtout quand le président du jury n’est
autre que l’ancien boucher Henry
Kissinger... Et Wade ne présente-t-il pas
l’avantage d’être un fidèle soutien de
toutes les opérations militaires de la
France et des USA dans leurs néocolonies respectives ? Cerise sur le
gâteau, huit chefs d’État ont participé à la
cérémonie de remise des prix, dont
Téodoro Obiang Nguema, dictateur à la
poigne de fer de la Guinée équatoriale,
invité par Jacques Chirac ; Mamadou
Tandja,
indéboulonnable
dinosaure
françafricain
du
Niger,
finalement
déboulonné ; ou encore João Bernardo
Vieira qui a repris possession de la
Guinée-Bissau, ou du moins de ce qu’il
en reste après les ravages de son règne
précédent et la guerre civile qui s’en est
suivie. On attend avec impatience le
prochain nominé. [VS]
Bon point
– Les premières élections libres sans
fraude depuis trente ans viennent de se
dérouler aux Comores. Le guide
religieux Ahmed Abdallah Sambi l’a
emporté, loin devant le favori du
président sortant (58 % des suffrages
exprimés contre 28 % pour Ibrahim
Halidi). Il ne nous appartient pas
d’évaluer son programme : notre rôle de
citoyens français est principalement de
rester vigilants sur le comportement de
notre pays vis-à-vis d’un président
légitime...
(Achevé le 28/05/2006)
7
Françafrique
Le Messager, Contrat Désendettement Développement : une
entourloupe bien française, Léopold Chendjou le 08/05 : « Les
entreprises françaises risquent fort de rafler tous les marchés
d'
infrastructures nés de l'
annulation de la dette du Cameroun visà-vis de la France. Une organisation non gouvernementale s'
en
inquiète en ces termes : “Le C2D [Contrat de Désengagement et de
Développement, voir sur le site du Ministère des Affaires étrangères dans
la rubrique « Dette et lutte contre la pauvreté »] produira exactement
les mêmes conséquences, si jamais tout est abandonné aux
entreprises étrangères. Des travaux de 300 milliards pourraient
être facturés 900 milliards, la différence ayant été expatriée, virée
dans les comptes privés, cachés on ne sait où. L'
enjeu est on ne
peut plus clair”, Jean-Claude Shanda Tonme interpelle ainsi le
Premier ministre, chef du gouvernement, dans une
correspondance datée du 6 mai. Le président de la Commission
Indépendante contre la Discrimination et la Corruption (CICDC)
réagit ainsi après l'
adoption vendredi 5 mai à Yaoundé d'
un
projet dénommé Règlement particulier des appels d'
offres
(RPAO). [...] Ce règlement, selon la CICDC, consacre de
nouvelles règles applicables aux appels d'
offres pour ce qui est
du C2D, le contrat désendettement développement de la France.
Selon l'
Agence Française de Développement (AFD), pour
prétendre aux marchés C2D, toute entreprise soumissionnaire
devrait rassurer le maître d'
ouvrage sur sa capacité à respecter
!
’%
%0 2
’
ses engagements en produisant des garanties sur ses moyens
financiers humains et matériels. Cela, en produisant des
cautions, une attestation de solvabilité, des bilans et des rapports
de commissaires aux comptes sur la situation financière des cinq
dernières années, en proposant un personnel d'
encadrement
justifiant pour la plupart de dix ans d'
expérience, en possédant
en propre au moins 75 % du matériel lourd nécessaire. Pour la
CICDC, ces conditionnalités éliminent de fait toutes les
entreprises camerounaises. Mieux, ce règlement particulier est
une violation flagrante des lois de la République, notamment les
dispositions légales sur le régime d'
octroi des marchés publics au
Cameroun. Conséquence de cette "forme pernicieuse
d'
exclusion et de discrimination", les 700 milliards de Fcfa de
retombées du contrat désendettement développement risquent
fort de retourner en France par des pratiques obscures de
corruption et de surfacturation. "Les études faites sur les
financements passés des infrastructures, qui constituent
aujourd'
hui le gros de la dette censée être annulée, prouvent que
notre pays a payé trop cher, souvent le triple du coût réel des
travaux réalisés", rappelle Jean Claude Shanda Tonme, le
président de cette commission, qui s'
interroge aussi : "s'
il faut
encore payer des salaires mensuels de 20 millions de Fcfa à des
ingénieurs expatriés, alors que des Camerounais aux
compétences équivalentes toucheraient le dixième ? ". Par un
rapide calcul, la CICDC observe qu'
en se fondant sur la dette
totale du Cameroun qui est d'
environ 5.000 milliards de Fcfa, l'
on
s'
aperçoit que l'
essentiel, soit près de 3.500 milliards, a été
généré par les grands travaux d'
infrastructures réalisés par des
entreprises étrangères dans des conditions de manipulation et
d'
ententes illicites. Fort de tout cela, la commission interpelle le
premier ministre, Inoni Ephraim, pour que les entreprises
camerounaises spécialisées dans les BTP ne soient pas les
grands perdants des retombées de l'
annulation de la dette
camerounaise vis-à-vis de la France. Sera-t-elle entendue ? On
attend de voir. »
[Cet article illustre de façon éclairante le processus qui a conduit à la
clochardisation les populations africaines. Les fonds de la remise de
dette vont être utilisés de la même façon que ceux qui ont constitué la
dette, avec les mêmes effets nuisibles. Les financements iront à des
projets décidés et réalisés par les grands groupes étrangers, en
complicité avec le pouvoir camerounais, qui touchera certainement au
passage le pourboire habituel. Comme, théoriquement, on commence à
exiger une certaine transparence, ce sont des artifices réglementaires qui
élimineront les entreprises camerounaises, nouvelle forme prise par
l’arbitraire. Le résultat est qu’on ne touche pas au système. Tout le profit
de la remise de la dette ira d’une part aux groupes étrangers qui
s’attribueront les marchés de chantiers élaborés pour eux et par eux,
c’est-à-dire destinés à faciliter l’exploitation et le transport des matières
premières, d’autre part à l’oligarchie corrompue qui monopolise l’appareil
d’État. Les résultats de cette politique se lisent dans le délabrement
social croissant, avec des indicateurs de développement humain en
baisse. Mais qui s’en soucie ? On surmédiatise les proclamations sur des
remises de dettes et sur des taux de croissance, quitte à s’étonner
hypocritement ensuite que les Africains s’enfoncent, malgré tout, dans la
misère. – OT]
Mondialisation
AFP, Conférence de la Francophonie au Canada, 15/05 : « Plus
de la moitié des Casques bleus déployés dans le monde le sont
dans des pays de l'
OIF (Organisation Internationale de la
Francophonie), comme la Côte d'
Ivoire, le Burundi ou Haïti. »
[Enfin un cocorico pour le Français, dans sa compétition avec la perfide
Albion ! Être francophone rend belliqueux. Ou alors il s’agit d’une funeste
conséquence du legs culturel dans l’aire francophone, qui serait plus
propice à l’autocratie répressive. – OT]
°
(
Le Monde, Clearstream, une victime collatérale,
Anne
Michel,
(10/05) :
« La
société
luxembourgeoise Clearstream s'
assure, avec l'
affaire qui porte
son nom, une notoriété bien involontaire. Le président de son
conseil d'
administration, André Roelants, a jugé, mardi 2 mai, «
affolant de voir le nom de Clearstream associé à cette affaire de
manipulation politique, une affaire franco-française qui nous
dépasse complètement ». Cette entreprise de services utilisée
par les banques européennes depuis 1972 pour s'
échanger des
titres - 54 millions de transactions ont ainsi été acheminées en
2005 - était jusqu'
alors inconnue du grand public. Comme des
listes - publiées sur Internet - de ses clients ont été manipulées,
elle se retrouve sous les feux des projecteurs, avec l'
image d'
une
institution opaque, autorégulée, ayant permis à des
intermédiaires de percevoir des commissions occultes. Une
image éloignée de la réalité, préjudiciable au point que
Clearstream, propriété de la Bourse allemande depuis six ans, a
porté plainte avec constitution de parte civile, vendredi 28 avril, à
Paris. Elle a aussi envisagé de changer de nom (Clearstream
signifie « courant clair » en anglais !). L'
actuel scandale a été
précédé par une autre affaire, provoquée en 2001 par le
journaliste-écrivain Denis Robert dans son livre Révélation$.
Pour la première fois, un ouvrage - controversé - avait laissé
entendre que Clearstream servait d'
“outil de dissimulation”
d'
opérations de blanchiment d'
argent. L'
ouverture d'
une
information judiciaire par le parquet du Luxembourg, en 2001,
s'
était close par un non-lieu en 2004. L'
enquête de la justice a
montré qu'
il n'
existait pas de comptabilité cachée. Mais elle a
conduit la société à se montrer plus vigilante dans l'
application
des règles de bonne gouvernance.
[En décembre 2004, Laurent Beccaria, éditeur de Denis Robert,
dénombrait « cinquante poursuites pénales ou civiles en France, en
Suisse, en Belgique, demandant plus de 6 millions d’euros de dommages
et intérêts cumulés contre nous », imputables à Clearstream. Seuls deux
ont été gagnés par la chambre de compensation, pour un euro
symbolique. Pour le reste, les affirmations de Denis Robert sont
confirmées par la justice. Le film de Denis Robert et Pascale
Lorent, L'
Affaire Clearstream racontée à un ouvrier de Daewoo n’a jamais
été poursuivi. Quant au non-lieu luxembourgeois, il est l’aboutissement
de trois années d’une non-enquête au cours de laquelle tous les témoins
n’ont pas été entendus, ni toutes les pièces examinées. Il reconnaît
pourtant des faits délictueux, mais ceux-ci sont déclarés prescrits et ne
font pas l’objet d’une enquête... L’article du Monde omet en revanche le
remplacement du directoire de Clearstream après la publication du
premier livre de Denis Robert... Ce n’est pas faute de place, puisque
l’auteure, Anne Michel, commet le même jour et pour le même journal un
deuxième article (Une institution, pivot des échanges entre banques, par
laquelle ne font que transiter les fonds, 10/05) qui redit la même chose...
mais en plus long, et qui, peut-être plus encore que le premier, ressemble
à une plaquette publicitaire de Clearstream. Au petit jeu du contre-feu
médiatique pour éloigner l’affaire Clearstream de ses véritables enjeux, la
palme revient sans doute au journal Le Monde. Pour ce qui est de la télé,
on ne proposera pas de classement, faute d’avoir vu toutes les émissions
consacrées au sujet, mais notons tout de même, dans un autre genre,
une mention d’honneur pour Arrêt sur images du 7 mai, et Daniel
Schneidermann, acharné à minimiser le travail d’enquête de Denis
Robert (http://www.france5.fr/asi/007548/34/134427.cfm). – VS]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Momo, Guillaume Olivier, Ardiouma Sirima.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : juin 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
http://www.survie-france.org – contact@survie-france.org