Fiche du document numéro 22673

Num
22673
Date
Mercredi Mars 2006
Amj
Fichier
Taille
667027
Titre
Billets d'Afrique No. 145
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
°

!

#

" #$ %



&

'''

Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

" !(

La fuite des capitaux

Le jeudi 2 février, à l’initiative d’une dizaine d’ONG, parmi lesquelles on compte le Secours catholique, le Comité catholique
contre la faim et pour le développement (CCFD), Attac, Survie, Tax Justice Network, a été lancée une plate-forme de lutte
contre les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ).
Il est essentiel en effet de s’attaquer à ce fléau qui mine tous les pays, développés et non développés, mais qui se révèle
particulièrement catastrophique pour ces derniers, parce qu’ils se trouvent entraînés, depuis des dizaines d’années, dans la
spirale de l’appauvrissement, bien loin de pouvoir donner un commencement d’espoir à leurs habitants. L’existence des PFJ
donne l’exemple d’une impunité organisée au bénéfice de la criminalité économique. On a pu parler en effet de « génocide
exsangue » pour désigner les ravages produits par la grande pauvreté tout particulièrement en Afrique, où les flux financiers
qui sortent de pays pauvres très endettés sont bien supérieurs à ceux qui viennent de toutes les aides possibles, rendant ces
dernières dérisoirement inefficaces.
En 2004, Raymond Baker, dans le Financial Times, affirme que chaque année 500 milliards de dollars sortent des pays les
plus pauvres. Sur ce montant, 50 milliards viennent de la corruption, 200 milliards des transferts des bénéfices des grandes
sociétés transnationales, 250 milliards des activités criminelles (trafics d’armes, de diamant, de drogue). En quasi-totalité ces
sommes aboutissent dans les PFJ, sous couvert de la bienfaisante opacité qui les met à l’abri de toute enquête judiciaire. Ces
1
sommes excèdent très largement le montant des aides financières internationales octroyées à ces pays . Il conclut que les
mouvements de capitaux sont virtuellement incontrôlés.
Tant que dure cet état de fait, on pourra continuer à déplorer, comme l’a révélé l’ONG Transparency International, que sur
les 28 milliards de dollars versés par la Banque mondiale et le Fond monétaire international au Nigeria, 5 soient allés dans la
poche de l’ancien dictateur Sani Abacha, tout comme 5 autres étaient allés dans celle de Mobutu sur les 10 milliards versés au
Zaïre. Aucun montant n’a pu être récupéré, ces sommes ayant disparu sur des comptes off shore. Par ailleurs les codes des
investissements dans les pays pauvres sont extrêmement favorables, permettant les transferts les plus avantageux. En cinq
ans les capitaux sont amortis. Le milieu politico-affairiste, notamment français, qui tient l’Afrique peut ainsi engranger des
bénéfices considérables qui ne viendront jamais bêtement directement en France. Ils iront grossir les comptes suisses,
comme on a pu en avoir une petite idée avec ce qu’on a dévoilé des pratiques de Elf, dans l’affaire du même nom. Ou alors ils
effectueront des voyages compliqués, passant, d’un simple clic informatique, aux îles vierges puis à une banque newyorkaise, pour se retrouver au Luxembourg avant d’atterrir candidement sur le compte d’un honorable particulier des
Yvelines. On a pu voir ce genre de circuit pour des fonds issus de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) au
Cameroun, finissant sur les comptes du fameux gourou, templier, maçon à la GLNF et je ne sais quoi encore, Raymond
Bernard, ou d’une mystérieuse officine dénommée FAO 2. Il n’y a aucune raison pour que ces pratiques changent
spontanément. Enfin, dans des pays où règne la corruption, s’épanouissent et prospèrent sans aucun frein toutes les activités
financières criminelles possibles, générant les flux financiers les plus importants, qui prennent les même chemins, après
avoir vampirisé littéralement ces malheureux pays, condamnant leurs populations au désespoir.
Connaissant ces faits et impuissants à les faire cesser, nous sommes, dans la
situation des serfs du Moyen Âge, courbant l’échine sous l’arbitraire des
seigneurs. Les grands prédateurs d’aujourd’hui échappent au contrôle
De lourds travaux dans les locaux de notre
siège nous ont empêché de réaliser Billets
démocratique. Nos élus sont, au mieux aussi impuissants que nous devant les
dans les délais habituels. Veuillez nous
puissances de l’argent, au pire complices. Survie, avec d’autres, dans plusieurs
excuser pour ce retard.
pays, va porter ses efforts en vue d’obtenir une véritable traçabilité des
transactions financières et surtout la mise hors jeu des PFJ par les instances
internationales qui sont menées par des pays puissants, capables, s’ils le
veulent, de faire régner l’ordre financier. Qu’on ne se moque plus de nous avec
je ne sais quelle taxe sur les billets d’avion pour arriver à l’extinction du
*
)
paupérisme, qu’un humoriste appela plus précisément l’extinction des pauvres.
! +
! (,(
'
'.
Odile Tobner
")
)/0 "
'1
)
'
$ 2
'
' .
1. Voir, sur ce sujet et sur d’autres, les études publiées sur www.taxjustice.net
2. Enquête, restée isolée et sans lendemain, de Philippe Broussard dans Le Monde 23/12/1999.

’$
$2 3

!

+



! (,(

°

'

Faure ne viendra pas à l’Élysée sous Chirac
par Comi M. Toulabor, Sciences Po Bordeaux

Depuis la capture de la succession de son père en février
dernier, Faure est inlassablement à la recherche du saint Graal
de la légitimité. Il a parcouru en vain le vaste monde et ses
capitales (Tripoli, Riyad, Téhéran, Pékin, etc.), il se rend compte,
désespéré, que cette quête passe fatalement par Paris. Mais
comment savourer les délices du Jardin de l'
Élysée, alors que
Chirac, patron et cerbère des lieux, ne veut point l'
y inviter
contrairement à ses engagements pré-électoraux d'
avril 2005 ?
Le clan Gnassingbé commence par mal supporter ce qui est
considéré comme un abandon, voire une déchéance politique,
dont le pauvre Faure se sent la victime, moqué et accusé de ne
pas se rendre dans les capitales qui confèrent le sacre de la
légitimité : Berlin, Bruxelles, Washington et surtout Paris.
Auprès de Faure siège un trio de conseillers constitué du très
discret (trop même) Moussa Barqué, l'
éminence grise du
système, qui excelle dans l'
art de tirer en douceur les ficelles
depuis les coulisses ; du prisonnier en cavale le Français Charles
Debbasch, Nobel de coups fourrés et foireux et de l'
ultra-tribaliste
Pitang Tchalla, pour qui le Togo aurait dû commencer et s'
arrêter
à sa région natale de la Kozah. Pour résorber le déficit de
légitimité de Faure, le trio lui monta le scénario de la tragicomédie Bolloré vs Dupuydauby, une affaire rocambolesque à
rebondissements et à plusieurs tiroirs. Au départ, il s'
agit pour le
clan Gnassingbé de renégocier le contrat qui le liait depuis 2001
au groupe SAGA-Togo de Jacques Dupuydauby au profit de son
grand rival, le puissant groupe de Vincent Bolloré, qui contrôle
les ports et autres lieux stratégiques dans nombre de pays
francophones. Après la mort du fondateur éponyme de la
dictature togolaise, ses enfants "bousculent" systématiquement
les concessions que leur père avait accordées aux différentes
entreprises, pour la plupart françaises. Jacques Dupuydauby,
dopé depuis sa réussite extraordinaire au port de Lomé, qui a vu
son trafic plus que quadrupler avec la crise ivoirienne, renâcle et
ne veut pas lâcher l'
hyper rentable morceau. La nature des
relations entre Dupuydauby et Bolloré qui se connaissent bien,
tous deux étant des proches du cercle chiraquien, rend plus âpre
leur affrontement pour la conquête et le contrôle du port de
Lomé.
C'
est ici que le trio de conseillers entre en jeu au nom d'
un
"patriotisme économique radical", comme on se plaît à l'
affirmer
au sein du clan, en élaborant un scénario abracadabrant qui
permettrait à Faure de se rappeler au bon souvenir de son
parrain de l'
Élysée. Dans le casting, fidèle à sa réputation de dur
et de cruel, le ministre de la Défense Kpatcha, endosse le rôle du
méchant loup, et Faure celui du tendre piégeur : une division du
travail bien réglée entre les deux frères consanguins qui savent
mettre une sourdine à leurs luttes fratricides pour le pouvoir.
Ainsi, lorsque Faure invite début février les collaborateurs de
Bolloré à le rencontrer à Lomé, Kpatcha se charge de les y
incarcérer, obligeant Chirac et le Quai d'
Orsay, confus et
ridicules, à intervenir pour leur libération.
C'
est que l'
hôte de l'
Élysée se fait plus en plus distant depuis
son rôle de premier plan joué dans la "nomination électorale" de
Faure. Lors du Sommet françafricain de Bamako de décembre
dernier, le filleul attendait de sa première rencontre avec son
parrain beaucoup de chaleur et d'
expansivité célébrées naguère
par le dictateur défunt auprès de ses enfants médusés. Mais
Faure a eu droit à une poignée de main terne et a lu dans le
regard de Grand-Chirac un sentiment de bouderie et d'
évitement,
voire un certain mépris à son égard, alors qu'
il préférait s'
afficher
ostensiblement, et longuement, avec son vieux complice Omar

Bongo. Pourtant Chirac est le seul dirigeant d'
un État occidental
à valider son "élection", entraînant dans son sillage Louis Michel,
commissaire européen au Développement et à l'
Action
humanitaire, et Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies,
et bizarrement aucun d'
entre eux ne semble prêt à l'
inviter pour
lui tendre la coupe de la légitimité.
Le clan Gnassingbé voit dans le lamentable échec du énième
dialogue prévu pour le 20 février dernier à Ouagadougou une
autre illustration de cet abandon/mépris du parrain Chirac à son
endroit. Étant l'
une des dernières conditions à remplir pour voir
l'
Union européenne lever sa main sur les importantes
subventions gelées depuis 1993 pour "déficit démocratique", ce
dialogue était considéré comme très important par le clan qui
l'
attendait dans l'
euphorie comme une bouée de sauvetage.
Aussi son ajournement sine die est-il jugé dans l'
entourage de
Faure comme un coup monté par l'
Élysée et son Monsieur
Afrique, Michel de Bonnecorse, « venu à Lomé feindre de nous
soutenir alors qu'
il est venu faire exactement le contraire ; ces
Blancs-là on ne peut pas croire en eux ».
Alors peut-on dire que le torchon commence à brûler entre
Lomé et Paris et que Faure cherche à prendre ses distances visà-vis de son parrain ? Dans la manipulation de l'
affaire Bolloré vs
Dupuydauby, il faut reconnaître que Charles Debbasch a tout
intérêt à jeter de l'
huile sur le feu pour régler ses vieux comptes
judiciaires avec son pays d'
origine, la France, dont la justice avait
lancé en décembre 2005 un mandat d'
arrêt international, même
s'
il est bidon, contre lui. Ses compères togolais Moussa Barqué
et Pitang Tchalla ne voient pas non plus comment, au nom du
"patriotisme économique radical", ils sont menés en bateau par le
prisonnier en cavale dont les avis et les conseils sont très
appréciés,
relevant
même
d'
une
certaine
sagesse
transcendantale, dans le clan. Pour Chirac, à la suite d'
autres
scandales de drogues, de trafics d'
armes, de meurtres qu'
il a
couverts pour sauver les meubles, ce duel industriel est un
épisode de trop qui met en cause l'
épicentre même de la
Françafrique au travers du pacte signé avec le fondateur de la
dictature Gnassingbé. Si l'
on en est arrivé là, c'
est que les
enfants de l'
"ami personnel" sont des malotrus qui n’en font qu’à
leur tête, qui ne pensent qu'
à leur "ventre" en oubliant de
renvoyer l'
ascenseur alors même que des élections importantes
s'
annoncent en France à partir de 2007 et qu'
il leur faudra un jour
ou l'
autre cracher au bassinet. L'
"amitié" de Chirac avec le
dictateur Eyadéma n'
est pas une amitié solaire, mais une amitié
palpable en donnant-donnant, en pièces sonnantes et
trébuchantes, ce que les enfants semblent ignorer superbement.
Outre ces scènes de mauvaise humeur, résultante d'
une
mauvaise socialisation des fistons Gnassingbé à la Françafrique,
s'
ajoute le calendrier de l'
hôte de l'
Élysée. Depuis l'
"élection" de
Faure en avril 2005, l'
agenda de Chirac est une succession
d'
échecs ou de drames : référendum sur la Constitution
européenne, candidature de Paris pour les JO 2012, crise des
banlieues, porte-avions Clémenceau, campagne présidentielle
de 2007 mais déjà entamée, etc. Où donc caser dans cet agenda
chargé Faure que le très superstitieux Chirac finit par considérer
comme son porte-malheur ? Aussi l'
inviter à l'
Élysée ne risque-t-il
pas d'
être une opération politiquement contre-productive à deux
pas des présidentielles ? Plus la visite de Faure au Jardin de
l'
Élysée tardera et mieux Chirac se portera. Après avoir achevé
le corps électoral togolais, Chirac ne sait pas où le cacher, mais il
risque de le hanter pour longtemps.

’$
$2 3



°

'.

$
Le Darfour laissé à son “triste sort”.
La France doit agir d'
urgence.
Communiqué de Survie, le 26/01
1

Kofi Annan, 25/01 : « La dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d’une
force de l’Union africaine a une opération des Nations Unies est désormais inévitable. » Le
Secrétaire général de l’ONU appelle le Conseil de sécurité à « rapidement prendre une décision
ferme ». Il serait en effet temps que le Conseil de sécurité (sécurité de qui ?) se décide à prendre
cette « décision ferme » !
Kofi Annan rappelle les meurtres, viols, qui continuent au Darfour (depuis 2003), les gens qui
fuient par milliers, les 2 millions de déplacés, les 3 millions (la moitié de la population de la région)
qui ne survivent que grâce à l’aide internationale quand celle-ci peut leur parvenir. Il rappelle le
« manque chronique de fonds » mis à disposition des troupes de l’Union Africaine (UA),
l’insuffisance des forces sur place (5000 soldats et 2000 policiers). Il rappelle surtout que les
troupes de UA n’ont « pas le mandat qu’il leur faudrait pour protéger les gens qui sont en danger ou
faire appliquer un cessez-le-feu que les rebelles, les Janjaouid et les forces gouvernementales
soudanaises enfreignent désormais régulièrement ».
Kofi Annan souligne que si le passage d’une force de l’UA à une opération des Nations Unies est
inévitable, il est surtout indispensable que cette opération dispose d’un mandat « qui l’autorise à
protéger ceux qui sont en danger, en recourant à la force si nécessaire », et des moyens de le
faire. Il en appelle aux pays disposant de moyens militaires à renforcer l’opération qu’il appelle de
ses recommandations.
Combien de fois, pendant combien de temps encore, faudra-t-il répéter ce que rappelle Kofi
Annan : « Le Conseil de sécurité se trouve ainsi mis sur la sellette. La Charte des Nations Unies lui
attribue le principale responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationale. » C’est
quoi le maintien de la paix, la sécurité internationale, pour quoi faire si ce n’est pour sauver des vies
? Faut-t-il encore répéter que les vies au Darfour valent celles qui se trouvent à New York, à Paris,
ou à Amsterdam ? Faut-il encore répéter ce que Kofi Annan ne dit pas : l’impunité des pires
coupables de la catastrophe en cours au Darfour est l’une des principales causes de sa
persistance. Survie insiste tout particulièrement sur ce point, dont le traitement reflète le courage ou
la lâcheté de qui s’en charge.
Survie rappelle que la population du Darfour, prise dans les rets d’une situation à la fois simple et
complexe, est, depuis longtemps, en danger d’éradication. Il faut commencer par suivre les
recommandations du Secrétaire général de l’ONU pour empêcher que cette menace ne devienne
réalité, puis s’attaquer aux paramètres du drame en sanctionnant sans ambages les pires
coupables parmi ses acteurs. En commençant par les plus hauts responsables des intérêts en jeu
(dont les chefs des Etats de la région, celui du Soudan, Omar el Béchir, et celui du Tchad, Idriss
Déby), quitte à ce que cela coûte quelques barils de pétrole à ceux qui s’engageraient dans une
telle œuvre de salubrité.
Survie demande à la France, membre du Conseil de sécurité, de prendre, d’urgence, ses
responsabilités au sein de cette instance. Notre pays doit, sans discussion, soutenir, publiquement,
avec force et conviction, les recommandations que Kofi Annan vient d’énumérer. Elle doit rappeler
que la sécurisation des populations en danger et la sanction des criminels sont les préalables
politiques au règlement des conflits.
1. Service d’information des Nations Unies, www.un.org

Darfour : cynisme sans limites
Le 17 février, la secrétaire d'
État
américaine Condoleezza Rice a affirmé
qu'
un génocide se poursuivait au Darfour
en se déclarant « très inquiète » [AFP,
17/02, 7h19] Le même jour [AFP, 17/02,
21h29], le Président des États-Unis,
Georges
Bush,
exprimant
son
« inquiétude » à lui, a souligné que son
pays avait été parmi les premiers à parler
de génocide au Darfour. Il a préconisé pour
la région une force de paix onusienne
soutenue par l'
Otan comprenant le
double des effectifs (7 000 hommes)
actuellement déployés sur place (sans
mentionner la nécessité de rendre le
mandat des forces au Darfour compatible
avec l'
urgence). Le 20 février [AFP, 20/02,
7h41], l'
ambassadeur des États-Unis à
l'
ONU, John Bolton, s'
est déclaré réservé
sur la question d'
une participation

américaine aux efforts « pour résoudre la
crise au Darfour ». Il a déclaré : « Il est
facile de parler légèrement de mettre des
militaires en jeu quand des vies peuvent
être perdues. On peut se retrouver avec
de nombreux militaires morts et ne pas
sauver un seul civil. » Il a par ailleurs
confirmé la position américaine selon
laquelle la crise au Darfour « constitue
un génocide ». Allez comprendre.
Génocide : oui ou non ? Et si on affirme
que oui, on fait quoi ? On reste sur sa
réserve ? Génocide ou « simples »
crimes
massifs
contre
l'
humanité
(avérés), ça change quoi quant à
l'
obligation de sortir de sa réserve ? Le
cynisme n'
a décidément pas de limites.
Le 13 février, la secrétaire nationale
aux droits de l'
Homme et aux libertés du
Parti socialiste (PS) a publié un
communiqué demandant que « la France
agisse de toute urgence au sein du

Conseil de Sécurité de l'
ONU afin que la
population du Darfour fasse l'
objet de
mesures de sécurisation ». Un bon point
au PS. Nous en avons reçu copie mais,
soit le PS a oublié de l'
envoyer l'
AFP,
soit l'
AFP a oublié d'
en avertir ses
correspondants. Ceux qui souhaitent
féliciter leur député PS de cette initiative
peuvent en avoir copie à Survie. [Sharon
Courtoux]

La crise congolaise perdure...
Depuis maintenant plus de huit ans,
huit longues années, un climat
d'
insécurité permanente s'
est installé au
Congo
Brazzaville,
frappant
tout
particulièrement les populations de la
capitale, et au-delà celles de la région du
Pool. Une victoire sans précédent a
néanmoins été remportée par le peuple
congolais lors du simulacre de procès
organisé par le pouvoir en juillet dernier,
à seule fin d'
escamoter la vérité sur
l'
affaire des disparus du Beach. Quelle
n'
a sans doute pas été la double surprise
de Denis Sassou Nguesso :
– De voir le courage et la
détermination des familles des victimes
qui, faisant face aux bourreaux de leurs
enfants et parents, se sont présentées
non seulement libres mais armées et
entourées de leurs gardes du corps,
devant une cour de justice aux ordres ;
– De constater que les quinze accusés
livrés par le pouvoir, refusant d'
assumer
seuls une quelconque culpabilité,
menaçaient la Cour. Dès lors, le verdict
prononcé, condamnant l'
État mais
relaxant les prévenus, ne pouvait qu'
être
absurde. Le régime est à bout de souffle
comme en témoigne cette affaire du
Beach qui n'
est qu'
une petite partie
visible de l'
ensemble des forfaits commis
par les seigneurs de guerre qui ont
ramené puis maintenu Sassou au
pouvoir, et ceux de sa famille et son clan
qui intéressent les instances internationales.
La démarche proposée aujourd'
hui
d'
une réconciliation nationale dans
l'
impunité n'
est qu'
une fuite en avant
débouchant sur davantage encore de
destructions et de morts. Bernard
Kolélas, rentré récemment au Congo, se
retrouve à la fois acteur et victime d'
une
situation créée par l'
accord passé
autrefois avec Sassou ayant entraîné la
création d'
une milice Ninja mise à son
service. Bernard Kolélas, condamné par
coutumace, vient en effet de bénéficier
d'
une étrange « amnistie humanitaire ».

’$
$2 3



Mais entre temps, sa milice Ninja a été
doublée par une autre milice Ninja
Nsiloulou au service d'
un individu qualifié
il n'
y a pas si longtemps d'
"aliéné" par le
pouvoir, mais en réalité totalement
instrumentalisé par celui-ci, Fréderic
Bitsangou, plus connu sous le nom de
"révérend pasteur Ntoumi". Ces miliciens
et leur chef autrefois si utiles pour le
pouvoir, et dont un grand nombre s'
est
mêlé aux habitants des quartiers sud de
Brazzaville, sont donc aujourd'
hui
devenus gênants. Les fusillades et tirs au
canon ou depuis des hélicoptères
survenus récemment à Brazzaville, n'
ont
d'
autre objet que de les forcer à retourner
dans le Pool.
Cette situation de violence prend une
fois de plus en otage la population civile
qui, pillée, rackettée, violentée, abattue
gratuitement, se voit forcée à fuir.
On mesure bien les limites de cette
étrange politique de réconciliation
proclamée par le pouvoir, qui n'
est
envisagée qu'
avec la complicité de ceux
qui l'
aideront à étouffer toute vérité sur
ses crimes passés : crimes de sang et
crimes
économiques.
Or,
nous
observons depuis 1997, une pléthore de
1
comités chargés du suivi de la paix . En
réalité des clubs clientélistes où se
casent des comparses, les faux rebelles
et des obligés, mus par les mêmes
intérêts : faire perdurer les crises (le
Pool), pomper les rares fonds détenus
par le Trésor congolais, et détourner les
fonds des différentes aides post-conflits,
tels des vautours à la recherche de
charognes. Tous ceux qui entendent se
laisser convaincre ou séduire par ce
discours, doivent savoir qu'
ils se rendent
complices des crimes passés, présents
et à venir sur les populations
congolaises. Ils seront victimes du
double langage des professionnels de la
propagande qu'
ils sont restés.
Et comme pour confirmer la perfidie et
le non respect du droit, notamment
présomption
d’innocence,
par
les
dirigeants de ce système, plusieurs
personnalités
croupissent
encore
aujourd'
hui dans les geôles du régime
sans jugement. En réalité, ces hommes,
parmi lesquels il y a des officiers de
l'
armée et non des miliciens, sont mis
tout
simplement
au
frais
dans
l'
éventualité d'
un complot inventé comme
dans les pires cauchemars des
dictatures de "démocratie populaire".
C'
est pourquoi les cadres congolais,
dans leur grande majorité en exil, ne
peuvent rentrer car ce climat d'
insécurité
perdure et montre régulièrement ses
méfaits : arrestations arbitraires, pillages,
viols, assassinats, etc.
Et aujourd'
hui voila que le syndicat des
chefs d'
État de l'
Union Africaine (UA) ont

°
désigné le chef d'
État du pays comme
président de cet organisme pour l'
année
civile 2006...
C'
est la prime aux violations des droits
des citoyens de toutes sortes. Une
tentative de sa part de se parer d'
une
virginité de démocrate, alors que
"démocrateur" kleptocrate.
Surtout gommer et masquer ses
nombreux crimes de plus en plus criards
deviennent l'
urgence. Comment l'
Afrique
peut elle mettre à sa tête un homme qui
n'
a jamais réglé son problème avec la
démocratie car ne sachant se parer que
d'
habits de dictateur.
Un journal congolais Le Choc, titrait :
« Pourquoi la crise du Pool perdure telle ? » Parce que les complices sont au
gouvernement et dans les comités de
paix. [Benjamin Moutsila, Fédération des
Congolais de la Diaspora]
1. Comité de suivi de la convention pour la
paix et la reconstruction du Congo ; Haut
commissariat chargé du désarmement des excombattants ; Commission spécifique pour le
désarmement ;
Haut
commissariat
de
réinsertion sociale des ex-combattants ;
Commission spécifique Politique ; Comité
Ad'
hoc de suivi des engagements croisés ;
Secrétariat technique dudit comité.

Congo-K, le cas Congo
Mi-février, les Nations Unies (ONU) et
l'
Union Européenne (UE) ont fait appel à
contribution à hauteur de 681 millions de
dollars pour le financement d’un plan
d’action humanitaire au bénéfice de la
République démocratique du Congo
(RDC). Il s’agirait de « répondre aux
besoins de 30 millions de Congolais
dans une situation particulièrement
vulnérable ». Si l’on en croit les
commentaires qui ont suivi cette
annonce, il y aurait peu de chances de
réunir une telle somme pour l’objectif
désigné.
L’International crisis group (ICG), de
son côté, insiste sur la nécessité
d’obtenir des bailleurs qu’ils privilégient
les financements destinés à améliorer les
conditions de sécurité de la population
(rémunération des militaires, création
d’une police nationale aux effectifs
correctement formés...). L’ICG insiste sur
ce préalable aux élections (pour
l’organisation desquelles les bailleurs
font preuve de plus de générosité) qui
doivent se tenir à la fin du printemps
dans un pays où la sécurité est très, très
loin de régner. Fin février, le Haut
Commissariat des Nations Unies pour les
réfugiés (HCR) a lancé une alerte sur le
« très fort risque de résurgence d’un
conflit ». Le Haut Commissaire du HCR,
Antonio Guterres, a répété ses craintes à

'
l’issue du voyage qu’il a
effectué en RDC, au
Rwanda et au Burundi en compagnie de
ses collègues du Programme alimentaire
mondial (PAM) et de l’UNICEF. Il a
insisté sur la nécessité d’agir à l’échelle
régionale et d’assurer la sécurité des
populations civiles.
Des violations des droits humains sont
signalées par toutes les organisations de
défense de ces droits (congolaises et
étrangères) sur tout le territoire. Les
divers milices qui opèrent dans tout le
pays mettent la population au supplice,
mais pas davantage que les militaires de
l'
armée nationale (FARDC), peu ou non
payés, alimentés et équipés. En guise de
gouvernance, la corruption et les jeux
d’intérêt galopent, laissant place à
l'
inévitable
combat
des
groupes
identitaires entre eux pour avoir accès à
des moyens de vivre.
Dans le Sud Kivu, on assiste à la
persistance des exactions commises par
les groupes de rebelles hutus rwandais
(FDLR),
contre
lesquels
l’armée
congolaise et la MONUC ont lancé une
opération début mars. La population de
Bukavu (capitale de la province)
manifeste contre l'
éventualité du maintien
de Minembwe (Hauts plateaux de
l'
Itombwe, habités à 80 % par les
Banymulenge) et de Bunyakiri (habité
par l'
ethnie Tembo) comme territoires, ce
qui
leur
permettrait d'
avoir
une
représentation législative. Cette question
agite fortement la classe politique,
chaque faction, désireuse de voir midi à
sa porte, exprimant peu de souci pour
que soient représentées les minorités
fragiles. Dans le Nord Kivu, la situation
reste d’une conflictualité extrême entre
factions armées, qu’elles agissent sous
la bannière de l’armée nationale ou s’en
soient détachées. En Ituri, fin février, de
mille à deux mille soldats congolais,
appuyés par la MONUC, ont commencé
une opération destinée à déloger des
miliciens (dont l’identité précise est
encore difficile à cerner) responsables
d’exactions contre les populations civiles
de la localité de Tchei, situé au nord de
Bunia, la capitale. Cette opération a été
suspendue début mars à la suite d’une
mutinerie (sur laquelle peu d’informations
sont encore disponibles) de soldats au
sein des troupes congolaises.
À la base militaire de Kitona (centre de
brassage du Bas-Congo), des militaires
banyamulenge ont été attaqués par des
compagnons d’armes en raison de leur
appartenance ethnique. Une quinzaine
de militaires, responsables de cette
attaque, ont été arrêtés et condamnés
par la justice militaire à des peines de
prison dont il reste à savoir si elles seront
exécutées.

’$
$2 3



L’UE va-t-elle mobiliser une force
européenne susceptible d’intervenir en
cas de troubles graves lors des élections
qui doivent se tenir avant l’été ? Rien ne
semble encore définitivement décidé.
Selon certaines sources, l’Afrique du Sud
s’opposerait à cette éventualité.
L’impression qui prévaut est celle
d’une Communauté internationale sans
projet cohérent face à un dédale dans
lequel elle peine à se retrouver, faute
d’avoir acquis une boussole il y a une
quinzaine d’années. Alors élections,
élections. Et que le meilleur gagne, on se
débrouillera avec : qui est le meilleur
pour chacune des composantes de cette
communauté ?
Il reste à parler du pillage des
ressources de la RDC, qu’il s’agisse du
rapport du parlementaire congolais
Christophe Lutundula (dont la publication
a été retardé huit mois durant et qui met
en cause, entre autres, des autorités
congolaises), de l’audit commandé par
de la Banque Mondiale et jamais publié...
Nous aborderons la question dans notre
prochaine publication. Elle n’est certainement pas étrangère au dossier. [SC]

Processus de paix en Côte d’Ivoire :
Ombres et lumières
Les détracteurs (il en existe encore,
même si leur nombre décroît à vue d’œil)
et les supporters de l’actuel Premier
ministre Konan Banny sont au moins
d’accord sur une chose : le pays joue
cette fois-ci sa dernière carte pour une
sortie de crise la moins coûteuse
possible (en vies humaines, en temps,
en argent, etc.). Si cette occasion venait
à échouer, on voit mal quel homme ou
quelle femme dans ce pays pourra
susciter un brin de consensus pour
réconcilier les protagonistes et enclencher un processus irréversible afin de
mettre fin à la souffrance des Ivoiriens.
Non pas que Konan Banny soit vu
comme le messie, comme l’homme
providentiel ou comme l’homme qui sait
se placer au dessus de la mêlée. Ce
genre de personnage modèle dont on
ébauche
le
profil
dans
les
recommandations onusiennes de sortie
de crise n’existe pas en Côte d’Ivoire, il
n’existe d’ailleurs nul part au monde.
C’est bien connu, l’actuel premier
ministre ivoirien, avant de se préoccuper
de savoir s’il allait convenir à ses
compatriotes est d’abord passé et
repassé par le tri sélectif de la France, de
l’ONU et accessoirement de l’UA. C’est
un financier à qui toutes les portes sont
ouvertes au FMI et à la Banque Mondiale
pour ses remarquables services rendus à
la tête de la BCEAO. Cet examen de

°
passage qui lui donne le blanc seing de
la “Communauté internationale” peut
constituer pour Banny un boulet aux
pieds. Mais ce mode de sélection peut
être au contraire une caution et une
garantie qui lui donnent le poids politique
et économique requis pour gérer
l’équation actuelle qui est posée à son
pays : ramener la confiance entre les
ivoiriens de tous les bords à travers un
mécanisme fiable et transparent de
réhabilitation de l’intégrité territoriale et
de (re)définition d’un nouveau pacte
social
républicain
(une
claire
identification des citoyens et un choix
démocratique du futur Chef de l’État).
Après un début tumultueux, Konan
Banny semble avoir pris le bon cap
comme le confirme la tenue du fameux
sommet inter-ivoirien de Yamoussokro
qui a réuni pour la première fois depuis
septembre 2002 en terre ivoirienne les
principaux leaders du pays.
Mais il est évident que la sortie de
crise ne dépendra pas que des seules
qualités du Premier Ministre ivoirien.
D’où peuvent venir les obstacles ?
Pas
du
peuple
ivoirien !
Des
informations
concordantes,
souvent
relayées dans les propos des acteurs
politiques font état d’une volonté
largement majoritaire au sein des
populations ivoiriennes de toutes les
régions de voir s’instaurer au plus vite la
paix. La fameuse rengaine désormais
populaire « On est fatigué ! Gbagbo,
Bédié, Ado, Soro, réconciliez-vous ! » en
dit long sur l’état d’esprit général.
Les sources de blocage et d’inquiétude
sont plutôt à chercher du côté de la
classe politique, notamment au niveau
des jusqu’auboutistes des deux camps.
Si personne ne peut nier aujourd’hui à
Gbagbo sa volonté affichée (en actes et
en paroles) pour un retour rapide à la
paix, son régime et surtout son parti le
FPI grouille de va-t-guerre de tous poils
qui continuent à entretenir un climat de
violence à travers les médias et les
bandes militarisées sur le campus et
certains quartiers d’Abidjan et à l’Ouest
du pays.
La question qui se pose c’est de savoir
si Gbagbo saura imposer la paix à son
clan qui ne brille pas par son unité et la
cohérence et la cohésion politiques de
ses responsables. Les actes et les
propos de Mamadou Koulibaly, de Affi
Nguessan, de Simone Gbagbo, de
Philippe Mangou, de Blé Goudé et
consorts sont-ils toujours concertés avec
le chef de l’État ?
Du côté des Forces nouvelles (FN), on
voit mal la frontière entre les brigades de
police et de gendarmerie récemment
créées dans leurs zones et leurs propres

'
détachements qui sont
appelés à déposer les
armes. Aussi bien au niveau des milices
du pouvoir que du côté des FN, il y a un
risque grandissant de faire de la
surenchère à l’approche du démarrage
imminent du désarmement. Par exemple,
nul observateur ne peut aujourd’hui
clairement dire si les FANCI à l’heure de
la démobilisation/désarmement de ses
troupes va comptabiliser ou pas toutes
ses nombreuses “recrues de la promotion
Blé Goudé” ? Nul ne sait non plus quel
nombre exact de combattants vont déclarer
les FN. Ce sont autant de zones d’ombres
qui pourront obscurcir pendant longtemps
l’horizon de la paix en Côte d’Ivoire.
Face à ces dérapages prévisibles,
l’ONU ne semble pas un rempart sûr.
Elle ne fait peur à personne avec ses
sanctions “coups d’épée dans l’eau”.
D’autres
raisons
de
s’inquiéter
existent. Avec le départ annoncé (mais
non encore officiellement confirmé) de
Monteiro “le monsieur élections de
l’ONU” en Côte d’Ivoire, avec la récente
prise en mains du dossier ivoirien par
Sassou
Nguesso
(un
dictateur
sanguinaire notoire), de lourds nuages
s’amoncellent dans le ciel ivoirien. Dans
un autre registre, il faut noter que les
récentes tensions intervenues entre
certains militaires des FANCI et les
forces Licorne (à l’Ouest du pays et lors
de la première journée avortée du
sommet inter-ivoirien de Yamoussokro)
ne présagent rien de bon.
Heureusement que de cette large
couche parsemée de zones d’ombres,
émergent des lueurs d’espoir. La
principale bonne raison d’espérer, nous
l’avons dit plus haut, c’est cette soif
massive de paix qui traverse tout le pays
à ses quatre points cardinaux. Mais
ayant sans doute compris que ce vœu de
paix, aussi populaire soit-il, ne suffira pas
à lui seul pour sortir du tunnel. On
assiste à une lente mais irréversible
montée en puissance de nombreuses
voix indépendantes de la société civile
ivoirienne déterminées à apporter leur
pierre pour bâtir le nouveau pacte social
en gestation. Soyons à leur écoute pour
leur prêter main forte, en cas de besoin.
[Sisulu Mandjou Sory]

Les États-Unis poussent Biya
à faire le ménage
« Les actes de corruption sont
devenus si communs et si banals que
certains observateurs se demandent si le
sens du mot “corruption” a une
connotation différente au Cameroun ».
C’est sur la base de ce constat que Niels
Marquardt, l’ambassadeur des États-

’$
$2 3



Unis au Cameroun, a dit sa « grande
tristesse » de voir se développer une
véritable « culture de la corruption » au
Cameroun. Ce diagnostic a été fait le 19
janvier au cours d’une conférence de
presse organisée dans les locaux de la
Maison de la communication, à Yaoundé.
Cette sortie médiatique de Niels
Marquardt est survenue 48 heures après
le lancement d’une campagne nationale
de sensibilisation sur ce fléau qui mine
tous les secteurs d’activités au
Cameroun, et 8 ans après le lancement
d’une
opération
similaire,
mais
infructueuse, au lendemain du placement
du Cameroun sur la plus haute marche
du podium des pays les plus corrompus
du monde (classement de l’ONG
Transparency international).
Des antécédents qui ne sont
certainement pas étrangers à cette
précision de l’ambassadeur des USA au
Cameroun : « Ce n’est pas assez de
publier les noms des personnes
suspectées de corruption, ou de les
relever de leurs fonctions. Les personnes
accusées de corruption doivent être
officiellement inculpées, poursuivies et
condamnées si leur culpabilité est
établie. Dans le même temps, leurs biens
mal acquis doivent être confisqués et
retournés au Trésor public. » Des
mesures qui, si elles sont effectivement
appliquées, doivent s’étendre à tous,
sans exception. Car, a rappelé Niels
Marquardt, « l’autre aspect de la
démocratie est que personne n’est au
dessus de la loi ».
Au demeurant, l’ambassadeur des
USA a trouvé que le Cameroun devait
pouvoir relever ce défi, puisque ce pays,
a-t-il déclaré, dispose des « mécanismes
nécessaires pour assurer cette protection
des biens publics ». À titre d’exemple,
Niels Marquardt a lu devant l’assistance
l’article
66
de
la
Constitution
camerounaise, qui oblige les hauts
responsables de la République à
déclarer leurs biens et avoirs au début et
à la fin de leur fonction ou de leur
mandat, un « texte court et efficace »
Mais qui n’a jamais été appliqué, 10 ans
après l’entrée en vigueur de ce texte.
Cette
déclaration
publique
de
l’ambassadeur des USA a été relayée,
début février, par des propos similaires
tenus par l’ambassadeur des Pays-Bas.
Paul Biya ne pouvait plus reculer. Le
mardi 14 février trois arrestations ont eu
lieu : Emmanuel-Gérard Ondo Ndong,
Gilles-Roger Belinga, Joseph Edou,
respectivement
ex-Présidents
du
FEICOM (Fond de financement des
communes), de la SIC (Société
immobilière du Cameroun), et du CFC
(Crédit foncier du Cameroun). Le samedi
suivant, après avoir été démis de ses
fonctions, le ministre de l’eau et de

°
l’énergie, ex-PDG du port autonome de
Douala, dont l’exploitation est affermée à
Bolloré, Alphonse Siyam Siwe, a été
également arrêté. Deux autres noms
sont cités : Gervais Mendo Zé, exdirecteur de la CRTV (radio-TV
nationale), qui a été entendu mais laissé
en liberté et surtout Polycarpe Abah
Abah, le flamboyant ministre des
Finances, ex-directeur des impôts, à qui
les déplacements à l’étranger sont
interdits. Cette opération mains propres,
dénommée
épervier
par
les
Camerounais, se fait à la satisfaction
unanime du public. Il y a seulement ceux
qui se confondent en louanges à l’égard
du chef de l’État, et ceux qui murmurent
que ce n’est qu’un petit début et qu’on
devrait lui demander aussi des comptes
sur ses biens. Quant à l’ambassadeur
US, il a dit qu’il le soutenait –
comprendre qu’il lui met l’épée dans les
reins – dans cette grande lessive. On
espère donc que les États-Unis et les
États européens, particulièrement la
France, qu’on n’a guère entendue,
pousseront leur zèle jusqu’à bloquer les
comptes à l’étrangers alimentés par la
corruption et collaboreront au retour au
Cameroun des sommes détournées,
qu’ils ont hébergées avec profit jusqu’à
présent
avec
la
plus
grande
complaisance. [OT]

Nouveau naufrage au Sénégal
Les
phosphates
constituent
la
première richesse minière du Sénégal.
L’essentiel de la production est assurée
par les Industries Chimiques du Sénégal
(ICS). Ces dernières, au capital de 130
milliards de francs CFA sont au bord du
gouffre avec un déficit financier évalué
au minimum à 90 milliards de francs
CFA.
Selon
l’intersyndicale
de
l’entreprise, une mise en faillite
signifierait la mise au chômage de 2500
travailleurs, une perte de 15 % du chiffre
d’affaire des PME sénégalaises et de
700
milliards
de
francs
CFA
d’investissement, la fin du programme
d’appui à la lutte contre la pauvreté dans
les villes et villages environnants des ICS
(plus de 500 millions de francs CFA par
an) et une perte de devises de 250
millions de dollars, sans compter
« l’extinction du premier pôle de
croissance économique de la grande
côte » du Sénégal [Angola Press, 19/01].
Plusieurs créanciers, dont la compagnie
pétrolière Total tentent de faire saisir
directement les matières premières de
l’entreprise, avec l’appui de compagnies
d’assurance, dont la Coface. [Walfadjiri,
30/01]. Par ailleurs, des « saisines ont été
obtenues par des hommes d’affaires
français sur les comptes logés à Paris et

'
à New York » [Walfadjiri,
27/01].

Les finances, toujours très opaques,
de l’entreprise n’ont jamais été au beau
fixe, mais le coup de grâce remonte à
quelques années. À l’origine de ce
naufrage économique, un plan de
sauvetage de l’entreprise avalisé par
l’Agence française de développement
(AFD),
la
Banque
européenne
d’investissement (BEI) et la Banque
ouest africaine de développement, qui
autorisait un emprunt de 75 milliards de
francs
CFA,
dont
une
partie
remboursable à court terme, pour
parvenir au doublement de la production
d’acide phosphorique, sur la base de
prévisions fantaisistes. Et quelle était la
société en charge de ce miracle ?
Technip, ex-filiale d’Elf, aujourd’hui
menacée par une instruction judiciaire
ouverte par le juge Van Ruymbeke pour
ses pratiques occultes, et dirigée au
moment des faits par M. Kremers.
2 milliards 100 millions de francs CFA de
commissions versées par Technip se
sont évaporées entre 1999 et 2000 et
auraient grandement aidées à faire
accepter le projet par les actionnaires, au
premier rang desquels l’État sénégalais.
[Walfadjiri,
13/06].
Plus récemment,
Jérôme Godard, dirigeant d’Offnor, une
société chypriote de négoce, avait été,
selon ses dires, appelé à la rescousse en
2004 par le gouvernement sénégalais et
avait « obtenu sur le marché financier
international plus de 30 millions de
dollars (près de 16 milliards 800 millions
de francs CFA) de lettres de crédits
ouverts en faveur des ICS. » Les
contrats avaient été supervisés par le
Premier ministre Macky Sall en
personne, qui passe pour être un proche
de Ousmane Ndiaye, le dirigeant des
ICS, et qui se serait, selon un cadre de
l’entreprise interviewé par Walfadjiri
[30/01], rapproché de J. Godard à la
demande du président Wade. J. Godard,
mis en cause par les travailleurs des
ICS, affirme s’être engagé « à acquérir
des produits [...] aux prix du marché, ce
qui était une première au vu des ventes
antérieures »
[Walfadjiri,
19/01]. « En
retour, les contrats signés n'
ont jamais
été respectés par la direction des ICS »,
conclut le négociant français [Walfadjiri,
27/01] qui affirme « La marchandise est
partie ailleurs » [Jeune Afrique, 22/01].
Mais l’argent n’a sans doute pas été
perdu pour tout le monde. Suite à la
mobilisation des salariés, le président
Wade vient d’annoncer un nouveau plan
de sauvetage des ICS [Le Soleil, 11/02]
Mais qui paiera les dégâts ? Les
contribuables, à coup sûr... À moins que
le gouvernement sénégalais n’en profite
pour privatiser complètement l’entreprise,
pour une bouchée de pain. [Victor Sègre]

’$
$2 3



Une désertion qui inquiète
Un spectre hante le Mali depuis son
indépendance en 1960 : celui de la
rébellion touarègue. Celle-ci commence
dès 1963, sous le régime de Modibo
Keïta (les premières armes des rebelles
provenaient du 2ème Bureau français qui,
vers la fin de la guerre d’Algérie avait
échafaudé un scénario de « République
du Sahara » avec l’objectif de garder les
réserves de pétrole et d’uranium sous le
contrôle direct de la France), et continue
par intermittence sous la dictature de
Moussa Traoré, qui renverse Modibo Keïta
en 1968. Ce n’est qu’après la révolution
démocratique de mars 1991 que le
nouveau régime parviendra à régler la
« question touarègue » par la signature
d’un « Pacte national » qui verra notamment l’intégration de 2000 rebelles dans
l’armée et dans la fonction publique. En
mars 1996, lors d’une cérémonie dite
« Flamme de la Paix », la rébellion était
officiellement enterrée à Tombouctou.
Mais certains croient voir son spectre
ressurgir, à l’occasion de la désertion du
lieutenant-colonel de la Garde nationale,
Hassan Fagaga, ancien combattant du
Mouvement populaire de l’Azawad (MPA),
l’un des deux mouvements rebelles qui
défrayèrent la chronique dans les années
1990. Le 11 février, Fagaga, qui avait
refusé de joindre sa nouvelle affectation
dans la région de Tombouctou, a quitté
Kidal et a pris le maquis dans les
montagnes avoisinantes avec quelques
dizaines de jeunes. On se perd en supputations sur les raisons exactes de cette
désertion : Fagaga avait dirigé une prise
d’otages qui lui avait rapporté beaucoup
d’argent en 1997 et voudrait maintenant
réapprovisionner ses caisses en menaçant les gouvernements de Bamako et
de Tripoli de saboter tous les projets
bilatéraux engagés par le Mali et la Libye
dans le Nord. Il exigerait la fermeture du
tout nouveau consulat de Libye ouvert à
Kidal. Il reprocherait aussi aux autorités
militaires de ne pas accorder de places
dans l’armée à ses parents.
Alors que du côté de l’état-major, on
semblerait favorable au règlement par la
force, les autorités politiques privilégient
la voie des négociations. Trois hommes
ont été dépêchés pour les mener :
Intallah, un notable local qui est déjà
parvenu à faire rentrer à la maison un de
ses fils qui avait suivi Fagaga dans son
équipée, ainsi que quelques autres
jeunes ; Ag Chérif, conseiller à la
présidence de la République et Iyad Ag
Ghaly, qui fut à l'
origine de la rébellion
déclenchée au Nord dans les années
1990. On soupçonne ce dernier, d’après
le journal Le Républicain de Bamako,
d'
avoir sa propre "armée" et son nom
reviendrait sans cesse dans beaucoup
d'
affaires obscures. [Fausto Giudice]

°
Mauritanie : quelle transition
depuis le putsh ?
Le 3 août 2005, alors qu'
il assistait aux
obsèques du roi Fahd d'
Arabie Saoudite,
le président Maaouya Ould Sid'
Ahmed
Taya est renversé, après 21 ans de
règne sans scrupule sur la Mauritanie. Le
principal commanditaire de ce coup
d'
État n'
est autre que son bras droit
depuis deux décennies, le colonel Ely
Ould Mohamed Vall, directeur de la
Sûreté nationale.
Rapidement
condamnée
par
la
communauté
internationale,
cette
révolution de palais, qui succède à deux
tentatives de putsch ratées en trois ans,
va cependant prendre une direction
quelque peu inattendue. Créé sous
l'
égide du nouvel homme fort, le Comité
Militaire pour la Justice et la Démocratie
(CMJD) met immédiatement en place
trois groupes de travail : le premier sur
une réforme de la Justice, le second sur
le respect de la « bonne gouvernance »
et la lutte contre la corruption, et le
troisième chargé du processus de
transition démocratique. L'
Assemblée
nationale est dissoute, un nouveau
gouvernement est désigné, représentatif
de diverses composantes de la classe
politique, et une période de transition de
24 mois est annoncée (puis raccourcie à
19 mois).
Accueillis par la population locale
comme un véritable espoir, ces
engagements s'
accompagnent d'
actes
concrets qui confirment une volonté
politique forte. Sur le plan électoral, un
calendrier est mis en place avec
l'
organisation d'
un référendum en juin
2006 sur une révision de la Constitution,
destinée notamment à restreindre à deux
le nombre de mandats présidentiels,
ainsi qu'
avec la tenue d'
élections
municipales et législatives en novembre
2006 et des élections présidentielles en
février 2007, pour lesquelles les
membres du gouvernement de transition
et du Comité militaire ne pourront se
porter candidat. La liberté de la presse
est rétablie, avec la réouverture de RFI
sur les ondes FM, la mise en place d'
une
Commission nationale chargée de
proposer une nouvelle législation pour
assurer la liberté de la presse (composée
de journalistes de diverses tendances),
et la levée de la censure sur les journaux
indépendants qui peuvent désormais être
vendus tôt le matin. Enfin, les prisonniers
politiques sont amnistiés, y compris les
responsables de tentatives de coup
d'
État antérieurs, à l'
exception de ceux
accusés de soutenir la lutte contre le
terrorisme.
Ce beau tableau comporte cependant
des zones d'
ombre importantes, compte
tenu du maintien en place de certains
fonctionnaires influents sous le régime

'4
de Ould Taya, de la faible
représentativité
des
« négro-africains »
comparé
aux
« maures », du report annoncé de la
« question humanitaire » relative à
l'
esclavage, aux déportés et aux
exactions de 1989-1991 (qui concerne
environ 300 000 personnes), enfin de
l'
absence totale de préparation de la
classe politique mauritanienne qui,
jusqu'
à présent, s'
était surtout tenue à
exiger le départ du dictateur Ould Taya...
Si la réaction de la communauté
internationale a rapidement évolué pour
soutenir cette transition (le PNUD a été
sollicité pour accompagner le processus
électoral, l'
UE est sur le point d'
achever
la consultation au titre de l'
article 96 de
Cotonou, l'
UA a affiché son soutien à
« l'
aboutissement
d'
une
réelle
démocratie »), cette nouvelle donne
semble profiter à certains plus qu'
à
d'
autres. Les États-Unis menaient une
coopération étroite avec l'
ex-dictateur
(notamment sur le plan militaire, avec un
suivi satellitaire des rebelles salafistes au
moment de son renversement). La
France,
qui
n'
a
pas
condamné
immédiatement le putsch, semble profiter
plus directement de l'
installation de ce
nouveau régime, le nouvel homme fort
ainsi que son Premier ministre désigné,
Sidi Mohamed Ould Boubacar, étant
considérés par la presse locale comme
de « grands amis de la France »...
Par ailleurs, à l'
heure où la Mauritanie
entre dans le cercle des pays
producteurs de pétrole grâce à la
découverte d'
un gisement off shore (les
vannes ont été officiellement ouvertes le
17 février 2006), et alors que le contrat
d'
exploitation signé avec la société néozélandaise Woodside (alliée pour la
circonstance à Halliburton) fait l'
objet de
très
vives
critiques
pour
sa
compromission avec le régime disgracié,
la France aurait-elle parié sur le bon
cheval vapeur ? [Guillaume Olivier]

Rencontre amicales :
pour discuter de quoi ?
Après sa visite à la Réunion le Premier
ministre, Dominique de Villepin, a fait
escale le 27/02 à Djibouti où il a
rencontré le président Ismaïl Omar
Guelleh. À l'
issue de l'
entretien, il a
déclaré à la presse : « J'
ai transmis au
président Guelleh toutes les amitiés de
Jacques Chirac et je souhaite que très
rapidement le chef de l'
État djiboutien
puisse venir à Paris, parce que cette
relation a constamment besoin de se
développer ». Selon l’AFP, D. de Villepin
s'
est félicité des relations francodjiboutiennes sur les plans économiques
et politiques, sans faire mention de

’$
$2 3



l'
enquête sur la mort du magistrat
français
Bernard
Borrel
– dont
l'
assassinat en 1995 fait partie des
dossiers de la honte françafricaine que
l'
on maintient, autant que faire se peut,
dans des tiroirs sous clef. L’AFP souligne
que Djibouti, petit pays de la Corne de
l'
Afrique stratégiquement situé, abrite la
principale base militaire française à
l'
étranger, ce qui constitue l’explication
de cet omertà.
Le 28/02, à l'
Élysée, Denis Sassou
Nguesso (président de la République du
Congo et président en exercice de
l'
Union Africaine) a apporté son soutien à
l'
initiative chiraquienne consistant à taxer
les ventes de billets d'
avion au bénéfice
de l'
achat de médicaments contre le sida,
la tuberculose et le paludisme pour
l'
Afrique. On a du mal à imaginer que

")

°

'1

Sassou Nguesso ait fait le voyage de
Brazzaville à Paris uniquement pour
exprimer ce soutien, de quoi les deux
présidents ont-ils discuté ? De l'
affaire du
Beach ? On se souvient qu'
en novembre
2004, la cour d'
appel de Paris a annulé
l'
intégralité de la procédure judiciaire dite
« disparus du Beach » dans laquelle un
haut fonctionnaire congolais était mis en
examen pour crimes contre l'
humanité
par le tribunal de Meaux. À l'
époque,
Patrick Baudoin, avocat de la FIDH,
partie civile dans ce dossier, avait parlé
« d'
instrumentalisation totale de la justice
par le pouvoir politique », puis engagé un
pourvoie en cassation contre cette
décision. Si on attend toujours que la
justice s'
exprime (en toute indépendance
du pouvoir politique ?), ce serait pour
bientôt selon des sources proches du

dossier : un sujet de
conversation tout trouvé…
Enfin Idriss Déby est venu récemment
à Paris « en visite privée ». Il a
néanmoins fait un saut à l'
Élysée. Les
échanges qui ont pu avoir lieu à cette
occasion sont restés également privés.
Pour clore le chapitre, signalons que,
selon le journal en ligne Letogolais.com,
le ministre de la Défense togolais,
Kpatcha Gnassingbé, (l’homme fort du
gouvernement, frère du président,
initiateur de nombreuses violences lors
des élections présidentielles d’avril 2005)
serait attendu (mais pas à bras ouverts)
à Paris le 16/03. [SC]
(Achevé le 02/03/06)

)/0 "
Procès Denard
Anciens et nouveaux “corsaires de la République”
Communiqué d’Agir ici et de Survie, le 22/02

Se déroule actuellement – du 20 février au 15 mars 2006 – le procès
du mercenaire Bob Denard (qui n'
y assistera pas pour cause
d'
Alzheimer) et de vingt six autres prévenus pour leur “tentative de
coup d'
État” aux Comores en 1995.
La France, qui était alors intervenue et avait chassé les mercenaires, avait
toutefois validé la prise du pouvoir par l'
opposant Mohamed Taki et envoyé
le président destitué Saïd Mohamed Djohar en exil forcé à la Réunion.
Cette opération a toutes les allures d'
un véritable coup d'
État perpétré
par la France. La collusion entre Bob Denard et les dirigeants français
n'
est d'
ailleurs plus à démontrer, puisque reconnue lors des précédents
procès de celui qui est désormais surnommé le “corsaire de la
République”.
Qu'
attendre donc de ce procès, sinon un brouillage des cartes, afin
de détourner l'
opinion publique d'
un interventionnisme de type néocolonial toujours d'
actualité, allant à l'
encontre des droits des peuples à
disposer d'
eux-mêmes et dont les vrais commanditaires ne sont jamais
poursuivis ?
Nous assistons en effet, avec ce procès, à la tentative de faire passer
le “mercenariat de papa” – celui des barbouzes et aventuriers de la
génération Denard – comme relevant d'
une époque désormais révolue,
dont on devrait discrètement tourner la page.
Nos associations rappellent qu'
au contraire, le mercenariat est
actuellement en pleine expansion et que ce type de procès médiatisé
permet de dissimuler l'
émergence d'
un phénomène majeur avec la
professionnalisation de ce secteur au travers des Sociétés militaires
privées (SMP).
Bob Denard et sa Garde présidentielle comorienne ont été des
précurseurs des nouvelles SMP francophones qui ont aujourd'
hui
pignon sur rue et qui agissent bien souvent, officieusement, dans le
prolongement de la politique étrangère de la France, loin de tout
contrôle démocratique.
Face à ce danger pour le droit international et la démocratie, en
France et à l'
étranger, nos associations rappellent :
– la nécessité de renforcer le dispositif de répression du mercenariat
en intégrant dans la loi du 3 avril 2003 des dispositions relatives à un
contrôle strict des sociétés militaires privées,
– la nécessité de lutter contre les paradis fiscaux, espace de non droit
pourvoyeur d'
impunité pour les organisateurs d'
opérations militaires
officieuses 1,
– la nécessité d'
un contrôle parlementaire permanent sur les
opérations militaires extérieures de la France.
1. L'
enquête a permis de déterminer que, pour le coup d'
État de 1995 aux
Comores, Denard a créé deux sociétés domiciliées à Genève, afin d'
acheter un
bateau en Norvège, immatriculé au Panama. L'
opération aurait d'
ailleurs été
financée avec l'
intention de créer aux Comores une zone franche et un système
bancaire off shore pour blanchir l'
argent.

( ! " !

– 5 (6

"

$ "

Interview de Saïd Mohamed Djohar,
Président renversé en 1995 par la France
(Kashkazi, 27/10/2005, p.11 à 13)
(Comme un coup de théâtre dans le procès de Bob Denard, le
président qu’il a déchu vient de décéder, dans la nuit du 22 au 23
février. Il avait donné cette interview précieuse pour l’histoire à
l’annonce de l’ouverture du procès. Nous recommandons la lecture
intégrale de cette interview, disponible sur www.kashkazi.com. Cet
épisode de la valse des présidents comoriens au gré des caprices
élyséens concerne celui qui s’est opposé à la mise en place début
1995 du visa “Pasqua-Balladur” pour Mayotte [cf. communiqué du
20/12 in Billets n° 143], quelques mois avant l’élection présidentielle de
Jacques Chirac.)
[Votre garde personnelle a t-elle essayé de s'interposer ? Y a t-il eu
échange de coups de feu ?]

S.M. Djohar : Je n'
en ai pas entendu un seul. Ils étaient 25
gardes et ont été désarmés par cinq mercenaires. En quittant
la résidence, je les ai vus dans la cour déshabillés et debout
devant le portail. À mon avis, le chef de la sécurité, Rubis, était
au courant du putsch parce qu'
il est entré avec Bob Denard
presque en s'
excusant, me disant qu'
ils étaient désarmés et
qu'
il fallait se rendre.
[Depuis quand Rubis dirigeait votre garde présidentielle ? Qui l'avait
nommé ?]

S.M. Djohar : Depuis deux ans. Il m'
avait été conseillé par
Paris.
[...] Le huitième jour, j'
entends un bruit d'
hélicoptères survolant
le camp et au loin des tirs d'
armes automatiques et d'
obus. Bob
est rentré, visiblement énervé. Il a dit : “Ils m'envoient ici, et
puis
ils
viennent
me
chercher !”.
Vers
17 heures, Bob Denard revient au camp et m'
informe qu'
un
accord a été trouvé avec l'
armée. À 22 heures, le colonel des
bérets rouges entre au camp et me salue. “Monsieur le
Président, préparez-vous, on va aller à l'ambassade de France
ce soir”, m'
ordonne t-il.
[Sans explications ?]

S.M. Djohar : Non. Il m'
a dit qu'
on devait y aller ce soir.
J’ai dit : “Pourquoi pas demain matin ?” Il a dit que ce soir, les
rues étaient calmes.
[Qui vous attendait à l'ambassade ?]

S.M. Djohar : Je trouve l'
ambassadeur lui-même, Didier
Ferrand. Il m'
informe qu'
il a reçu des instructions de me faire

’$
$2 3



°

sortir de mon pays pour me faire soigner à la Réunion ou à
Mayotte. Je lui réponds que je ne suis pas malade. Il insiste. Je
lui assure que je suis en pleine forme. Il insiste encore. Alors
j'
ai dit : “J'ai compris, vous voulez m'exiler comme notre dernier
sultan, Saïd Ali”. [...]
[Qui d'autres avez-vous rencontré dans l'enceinte de l'Ambassade ?]

S.M. Djohar : Il y avait mon Premier ministre, Caambi El
Yachourtui, qui devait me faire signer une lettre de démission.
Il ne l'
a pas fait. Je crois qu'
il n'
a pas osé. Et puis j'
ai reçu un
appel d'
Hervé de Charrette, alors ministre français des Affaires
étrangères, qui m'
a demandé d'
excuser le gouvernement. Je
lui ai dit que ce qu'
il me faisait était une déportation. [...]
[Comment vous a t-on accueilli à la Réunion ?]

S.M. Djohar : C'
est le préfet et le chef des armées stationnées
sur le département qui m'
attendaient sur un aéroport désert. Ils
m'
ont tout de suite fait comprendre qu'
ils avaient des
instructions pour me conduire à l'
hôpital. J'
ai encore une fois
rouspété contre cet entêtement à soigner de force un homme
qui n'
est pas malade. [...] Le troisième jour, le médecin de
l'
hôpital m'
apportant le rapport de bilan m'
a affirmé qu'
à
l'
exception de ma vue qui baissait, je me portais bien. [...] Un
peu plus tard, j'
ai entendu le préfet reprocher au médecin de
me l'
avoir montré sans son autorisation. J'
ai ensuite quitté
l'
hôpital pour Hell-Bourg, dans le cirque de Salazie.
[Comment avez-vous passé ces quatre mois dans votre prison dorée ?]
S.M. Djohar : [...] J'
ai écrit à presque tout le monde pour

expliquer ce qui se passait, ma détention. À Hosni Moubarak,
Boutros Boutros Ghali, Abdou Diouf, Salim Ahmed Salim de
l'
Union Africaine... Ce dernier est parti le lendemain en France
pour protester devant le président Chirac. J'
ai reçu les visites
de Jacques Sylla, ministre des Affaires étrangères de
Madagascar, d'
un ambassadeur de la Tunisie, de responsables
politiques comoriens, de beaucoup de Comoriens de la
Réunion.
[Et les autorités françaises ?]

S.M. Djohar : J'
ai envoyé un fax à Jacques Chirac pour
protester. Il m'
a répondu qu'
il s'
agissait d'
une affaire intérieure
aux Comores.

'

Xavier Renou

Dossier noir n° 21
La privatisation de la violence

Mercenaires & sociétés militaires privées
au service du marché
Éd. Agone, janvier 2006, 596 pages, 24,00 €

La marchandisation s’étend désormais au domaine de la
“violence légitime”, un secteur en plein essor qui représenterait
déjà un bénéfice annuel de plus de 100 milliards de dollars.
Les mercenaires de jadis sont aujourd'
hui les employés de
"sociétés militaires privées" parfaitement légales qui, renvoyant à
un passé révolu l'
image sulfureuse des "chiens de guerre", tentent
de se construire un rôle respectable dans la fiction d'
un marché
dispensateur de paix et de démocratie. Elles proposent pourtant à
leurs clients (États, firmes multinationales, mouvements armés
divers) les habituelles prestations d'
ordre militaire : opérations de
déstabilisation, combat, conseil en stratégie, logistique, etc. C'
est
ainsi, par exemple, qu'
une firme dont la mission officielle de
"formation à la transition démocratique" conduit au bombardement
de civils recevra la bénédiction aussi bien de son client que des
instances de contrôle.
Parce qu'
elles font pleinement jouer le mécanisme de circulation
entre les secteurs militaires privé et public - l'
une d'
elles a recruté
successivement l'
ancien secrétaire a la Défense de Ronald
Reagan, l'
ancien secrétaire d'
État James Baker et l'
ancien
président des États-Unis George Bush père -, les sociétés
mercenaires influent de plus en plus sur les politiques de
"défense". Parce qu'
elles se mettent au service des multinationales
qui exploitent les pays du Sud dotés en ressources minières, ces
sociétés agissent comme les gardiens d'
un ordre économique qui
maintient dans la plus grande dépendance des pays en principe
libérés depuis plusieurs décennies du joug colonial.
Chercheur en sciences politiques, Xavier Renou est responsable
de la campagne "Désarmement nucléaire" de Greenpeace France.

( ! " ! '''
Mondialisation
« On est dans un jeu mondial, il faut accepter de jouer ou alors
ce serait vraiment dommage pour la France. À un moment donné,
il faut savoir ce qu’on veut dans la vie : si on veut que les
entreprises pétrolières soient toutes basées ailleurs dans le
monde, il n’y a qu’à le dire. » (Thierry Desmaret, PDG du groupe
Total, cité par AFP, 15/02).

$ %

"

[Total a annoncé une hausse de 30 % de ses bénéfices (12 milliards
d’euros pour 2005, résultant de la hausse du prix du pétrole). Dans la
foulée, l’Union fédérale des Consommateurs UFC-Que Choisir réclame
l’application d’une taxe sur de tels profits au bénéfice des transports en
commun. Selon l’AFP, Thierry Desmaret, « visiblement agacé » a appelé
à refuser une telle « démagogie ». Comme s’il s’agissait de causer des
dommages à la France! L’application, à l’échelle globale, de règles du jeu
solidaires ferait l’affaire de 99 % de l’humanité, les plus pauvres en
particulier : il s’agit de réformer le jeu mondial. Et la compagnie pétrolière
américaine, Exon Mobil, qui a réalisé 36 milliards de dollars de bénéfices
en 2005, serait traitée en toute égalité. Certes, il n’y a pas que la question
de la taxation des grands groupes pétroliers à régler, nous y reviendrons.
Mais elle fait partie des dossiers importants. – SC]

5

Françafrique
AFP, Brazzaville admet “cacher” ses revenus pétroliers des
“créanciers vautours”, 22/01 : « Le Congo “cache” ses revenus
pétroliers pour échapper à des “créanciers vautours” qui veulent
saisir ses comptes, a admis dimanche à Brazzaville le Premier
ministre congolais Isidore Mvouba, lors d'
une conférence de
presse à Brazzaville. »

[Suite à l’enquête et au jugement londonien dans l’affaire Kensington – cf.
Billets précédents – le régime de Brazzaville finit par reconnaître
publiquement ce qui relevait du secret de polichinelle. Que des dirigeants
rapaces cachent leurs rapines pour échapper aux « fonds vautours »,
voilà qui ne manque pas de piquant. Sur le site Les dépêches de
Brazzaville, l’inusable Jean-Paul Pigasse s’en prend même aux
« prédateurs de la finance internationale », dénonce une « campagne de
désinformation à l’échelle mondiale » et conclut sans rire : « La bataille
que mènent les dirigeants congolais dépasse de très loin les seuls
intérêts du Congo. Elle vise à neutraliser les «fonds vautour» en mettant
fin au «capitalisme à visage inhumain» qui n’est pas autre chose qu’un

’$
$2 3



enfant monstrueux de la mondialisation. » (16/01) Sassou, virtuose du
cocktail pétrole-armes-paradis fiscaux et judiciaires, à l’avant-garde du
combat altermondialiste ? Il fallait y penser... – VS]

Mondialisation
Le Monde diplomatique, L’Afrique n’est plus l’eldorado des
entreprises françaises, 01/02 (Anne-Valérie Hoh et Barbara
Vignaux) : « “En Afrique francophone, notre problème n’est pas
d’identifier de nouveaux investisseurs privés, mais d’empêcher
ceux qui sont là de partir.” Ce constat de M. Anthony Bouthelier,
président délégué du Conseil des investisseurs (français) en
Afrique noire (CIAN) est confirmé par M. Jean-Pierre Barbier,
directeur du département Afrique centrale, australe et océan
Indien de l’Agence française du développement (AFD) [...] la
présence française économique hexagonale en Afrique se
résume désormais à une vingtaine de groupes moyens et
grands. Il est loin le temps où, durant la guerre froide, les
groupes français, très bien implantés en Afrique francophone,
contrôlaient plus de la moitié des marchés au Gabon, en Côte
d’Ivoire, au Cameroun ou au Sénégal, et enregistraient des
profits considérables avec les soutien de la Compagnie française
d’assurance pour le commerce extérieur (COFACE). [...] Ainsi,
après avoir quitté la Guinée-Équatoriale et le Mozambique, et
annoncé son retrait du Mali – Bouygues – via ses filiales Saur et
Sodeci – souhaite se désengager de Côte d’Ivoire. [...] Les
opérateurs hexagonaux délaissent aussi le secteur forestier [...]
Reste Rougier, un groupe de taille intermédiaire [...] plus petit,
par exemple, que l’Allemand Danzer. [...] Dans certains pays, le
retrait hexagonal est très marqué, comme en Centrafrique. “Il n’y
a pratiquement plus aucun secteur économique avec une
présence significative des entreprises françaises”, estime le
ministre centrafricain des affaires étrangères Jean-Paul
Ngoupandé. [...] Total lui-même, l’héritier d’Elf, clame qu’il a
“normalisé” sa présence sur le continent. Le géant français
réalise plus de la moitié de sa production quotidienne
continentale [...] au Nigéria et en Angola, hors de l’ancien “pré
carré”. [...] Très peu de groupes hexagonaux disposent encore
d’une stratégie africaine : “[... L’Afrique] n’est clairement plus
stratégique pour nous”, constate ainsi M. Philippe Hugon,
directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et
stratégique (IRIS). [...] La globalisation fait tomber les remparts
qui protégeaient les groupes nationaux de la concurrence
internationale [...]. Le secteur de la construction est soumis à une
telle compétition que le leader mondial Colas (groupe Bouygues),
battu d’avance, ne prend plus la peine de participer à certains
appels d’offres. [...] En troisième lieu, le redéploiement
économique français s’explique par l’instabilité chronique du
continent, que les événements de Côte d’Ivoire n’ont fait
qu’illustrer. [...] La vie des affaires est perturbée par l’incertitude
juridique, les soubresauts politiques la corruption, les difficultés
de recouvrement. À Niamey (Niger), Véolia aurait le plus grand
mal à recouvrer le tiers de la facture d’eau des institutions
publiques présidence et armée comprises. [...] Protégé de la
concurrence extérieure par ses positions monopolistiques et ses
liens étroits avec le monde politique, le capitalisme français
pouvait prospérer tranquillement. Or, quoiqu’on prête au Premier
ministre Dominique de Villepin de solides relations avec les
réseaux vieillissants de la “Françafrique”, la tendance de fond est
celle d’un désengagement continu de Paris et d’une “disjonction
progressive des sphères militaires, économiques, politiques et
culturelle de la présence française en Afrique depuis le début des
années 80” selon l’expression d’Achille Mbembé [...]. Plusieurs
députés français réclament d’ailleurs une commission d’enquête
sur les comptes de la Coface, dont les dettes ne cessent
d’augmenter. “La “Françafrique” est morte [...] confirment les
journalistes Antoine Glaser et Stephen Smith. [...] Le

°

'

comportement des firmes nationales peine à
s’adapter à une nouvelle donne qui [...] fait une part
croissante à la “moralisation” des pratiques économiques en
Afrique.” [...] Aussi l’AFD affiche-t-elle sa volonté de “soutenir les
bonnes pratiques” [...] Dans certains pays, comme le Gabon,
relève la CNUCED, les rapatriements de bénéfices dépassent,
certaines années, les entrées de capitaux étrangers ! C’est dire
que le continent reste, dans certains secteurs, une terre
attrayante. [...] Entreprise vieille de vingt ans, détenue à 42 % par
France Télécom depuis 1997 (et à 27 % par le gouvernement
sénégalais), Sonatel représente la première capitalisation
boursière sur la place régionale de Dakar [...] Son chiffre
d’affaires a bondi de 30 % en 2004 [...] En Côte d’Ivoire [...]
Orange a continué à gagner de l’argent [...] Alcatel profite
également de l’expansion du secteur [...] Certains groupes
français ont ainsi su adapter leur périmètre d’activités. [...] Le
premier employeur français du continent [Bolloré] tire ainsi parti du
constat dressé par un ancien du groupe : “L’Afrique est comme
une île, reliée au monde par les mers. Donc, qui tient les grues
tient le continent !” [...] la centenaire CFAO occupe désormais
des niches, étroites mais lucratives [...]. En 2005, son chiffre
d’affaires devrait dépasser les 2 milliards d’euros au terme d’un
triplement ces dix dernières années ! Au total l’écrasante majorité
des membres du CIAN est bénéficiaire, quoique avec des
variations parfois sensibles. »
[Nous ne citons que partiellement ce long article du Monde Diplomatique
qui mérite une lecture intégrale. La tonalité générale vise en effet, refrain
connu, à minimiser le poids de l’impérialisme français en Afrique, même
si plusieurs aspects du texte viennent nuancer le propos initial.
Contrairement à ce que prétendent les auteures, le temps des « profits
considérables » n’est pas si loin. Si certaines situations de monopoles se
sont effectivement fissurées, l’imposante domination économique
française n’a pas disparu pour autant. À bien des égards, les
privatisations constituent même un véritable processus de recolonisation
des économies africaines. En Côte d’Ivoire par exemple, 210 filiales
d’entreprises françaises étaient implantées avant 2002, contrôlant
l’ensemble des secteurs stratégiques (télécommunications, énergie, eau,
transports, banques, bâtiment et travaux publics, agro-industrie), pour un
chiffre d’affaires supérieur à 1500 milliards de francs CFA (Le Soleil,
28/12/2002). Toujours en 2002, le nombre de filiales d’entreprises
françaises en Afrique s’élevait à 2637, en hausse de 13 % par rapport à
l’année précédente. Le budget de Côte d’Ivoire était alimenté à 60 % par
les recettes fiscales des entreprises françaises auxquelles il fallait ajouter
un nombre important de PME-PMI de droit local contrôlées par des
intérêts français, représentant entre la moitié et les deux tiers du secteur
privé formel, et cette dernière proportion est similaire dans la plupart des
pays de la zone franc d’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, la France reste
par exemple le « premier bailleur bilatéral, premier investisseur, premier
fournisseur, premier client du Sénégal » et « sur la totalité des flux d’Ide
(Investissements directs étrangers) reçus par le Sénégal en 2003, 80 %
sont d'origine française » (Sud Quotidien 02/02/2005). À en croire la
thèse défendue dans la première partie de l’article, la tendance se serait
non seulement inversée, mais effondrée. La démonstration, qui repose
essentiellement sur des déclarations émanant des milieux économiques,
est pour le moins fragile. Les exemples et les chiffres cités en fin d’article
contredisent d’ailleurs largement le propos. On pourrait compléter la liste
des bénéficiaires : 1 milliard de chiffre d’affaires pour Bolloré en Afrique ;
1,2 milliards sur 2004 pour Bouygues (Jeune Afrique 29/01/2006).Selon
les chiffres même du CIAN (Rapport 2005), seuls 11,5 % des
entrepreneurs français s’attendaient à une baisse de leur chiffre d’affaires
pour l’année suivante en Afrique de l’Ouest, 5,4 % au Maghreb, 5,2 % en
Afrique centrale, 4,2 % en Afrique australe ; les autres prévoyant une
stagnation ou une progression, comme les années précédentes. L’article
pratique également la confusion entre certaines difficultés objectives, des
soi-disant volontés de retrait et des réorientations stratégiques de la part
des grands groupes. Il manie également plus d’une approximation. Ainsi
Bouygues ne s’est pas retiré du Mali : sous la pression populaire, le
gouvernement a partiellement renationalisé Energie du Mali, et Saur,
filiale de Bouygues, s’est vu retirer, la gestion – catastrophique – des
réseaux de distribution d’eau et d’électricité. Bouygues reste en revanche
présent dans l’exploitation de l’or (cf. Billets n° 142). Bouygues ne
« souhaite » pas davantage se désengager de Côte d’Ivoire, puisque son
patron en personne a fait le déplacement à Abidjan pour obtenir le
renouvellement du contrat entre sa Compagnie Ivoirienne d’Electricité
(CEI) et l’État ivoirien, même au prix de clauses moins avantageuses.
Bouygues est également présent dans l’exploitation du gaz de Côte
d’Ivoire. Tout aussi superficielle est l’analyse concernant Rougier, et

’$
$2 3



carrément farfelue la supposée absence française de Centrafrique où en
2003 l’on trouvait par exemple Total, Bolloré, CFAO, Castel, Axa, AGF,
Air France, AGS, Bivac, même s’il est exact que la guerre civile a conduit
à des désengagements. Sans compter les vastes marchés parallèles de
bois et de diamants, qui ne sont sans doute pas sans rapport avec l’aide
militaire française sur place. Enfin citer les activités de Total en Angola
pour illustrer l’éloignement des pratiques du pré carré relève de la douce
plaisanterie… Le renforcement de la présence américaine et chinoise est
une réalité, notamment dans le secteur du pétrole. En revanche, elle
n’induit pas systématiquement une situation de concurrence conflictuelle,
mais bien souvent une complicité dans le pillage par le biais de
consortiums multinationaux. En outre, il paraît assez paradoxal de
prétendre dans le même temps que l’Afrique n’intéresse plus les
entreprises françaises et que celles-ci se plaignent d’une concurrence de
plus en plus rude… Que Bouygues soit nostalgique d’une époque où il
obtenait tous ses marchés africains sans appel d’offre (comme l’eau et
l’électricité offerts par l’ami intime Alassane Ouattara alors Premier
ministre de Côte d’Ivoire), c’est possible. Non seulement ces pratiques
n’ont pas disparu, mais l’entreprise reste particulièrement bien implantée
en Afrique et sur ses 1255 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2004,
338 millions reviennent à Colas. En 2002, sa filiale Saur, faisait 60 % de
son chiffre d’affaires en Afrique. Et la concurrence dans le BTP
n’empêche pas l’entreprise Jean Lefebvre d’être impliquée dans les
surfacturations gigantesques des chantiers de Thiès au Sénégal, comme
dans d’autres affaires profitables. Quant à « l’instabilité chronique » du
continent, s’il est exact qu’elle peut conduire à des stratégies provisoires
de retrait (le plus souvent forcées, comme en Côte d’Ivoire), l’inverse est
tout aussi vrai : les stratégies de domination économique et
d’accaparement des ressources naturelles, avec leurs bras armés
militaires ou miliciens, sont très largement responsables de cette
instabilité. Comme le rappelle Aminata Traoré dans son dernier ouvrage,
est-ce un hasard si la tentative de coup d’État de septembre 2002 en
Côte d’Ivoire, qui a ouvert la situation de guerre civile, survient juste au
moment où le gouvernement ivoirien, après avoir fait entrer les
entreprises américaines dans la filière Cacao, annonce son intention de
faire désormais jouer la concurrence entre les entreprises françaises et
les autres, notamment en ce qui concerne la construction du 3ème pont
d’Abidjan qui devait être attribué à Bouygues ? Par ailleurs, si la guerre
peut perturber le business officiel, elle est parfois bien commode pour
masquer et prolonger le business officieux, comme un rapport de l’ONU
de juillet 2005 l’a encore très largement démontré au sujet de la RDC.
Quant aux difficultés de recouvrement de Véolia (ex-Vivendi) au Niger, on
consultera utilement le rapport d’octobre 2002 de la FIDH « Droit à l’eau
potable au Niger » : on y verra que Vivendi n’a pas à se plaindre de la
privatisation dont elle a bénéficié, contrairement à la population et aux
enfants empoisonnés, de Tibiri en particulier. Nous n’insisterons pas sur
le « désengagement continu de Paris » confirmé par Stephen Smith (le
contraire eut été étonnant !) qui fera davantage sourire les dictateurs
encadrés militairement par l’armée française que les victimes
congolaises, rwandaises ou togolaises. Quant à prendre l’exemple de
l’opacité de la Coface pour attester de la mort de la Françafrique, il fallait
oser ! La fin de l’article, comme on l’a dit, apporte pourtant un certain
nombre d’éléments, qui étonnamment nuancent ou contredisent la thèse
annoncée par le titre.
Très en pointe sur l’analyse et la dénonciation de l’impérialisme
américain, Le Monde Diplomatique a rarement brillé par son audace ou
sa lucidité quant à l’impérialisme français, et les articles les plus
importants sont la plupart du temps le fait d’auteurs étrangers (Demba
Moussa Dembélé en juin 2004, Colette Braeckman en septembre 2004,
Boubacar Boris Diop, en mars 2005). À noter toutefois dans l’édition de
février, sous l’article incriminé ci-dessus, un autre article plus petit,
d’Anne-Cécile Robert, intitulé « Mélange des genres » qui donne
quelques exemples dans le pré carré de « collusions parfois mafieuses
sur lesquelles la représentation politique française ne s’est jamais
vraiment penchée. » Voila qui paraît plus proche de la réalité. – VS]
[Autre réaction : nous reproduisons ci-dessous une réaction qu’Arnaud
Labrousse a proposée au Monde diplomatique comme Courrier de
lecteur, sans savoir s’il sera publié]

« Si elles n’avaient pas choisi le secteur forestier comme exemple
phare, j’aurais peut-être trouvé touchante la crédulité avec laquelle
Anne-Valérie Hoh et Barbara Vignaux retransmettent (dans leur
hommage au capitalisme tardif français « L’Afrique n’est plus
l’eldorado des entreprises françaises » [février 2006]) cette thèse
des services français de la lente mais inexorable déliquescence
des réseaux de la Françafrique. Qu’elles se rassurent : la filière du
bois françafricain se porte plutôt bien.
Certes, l’extraction des matières premières aux fins
d’exportation n’a toujours été qu’une activité anecdotique, on le

°

'

sait, dans les eldorados tropicaux. De sorte que le
« désengagement » du business néocolonial du
Continent s’explique en premier lieu par « l’étroitesse de son
marché [...,] la moitié des habitants n’y dispos[a]nt que d’un dollar
par jour ». Obstacle le plus terrible pour les profits françafricains, la
misère de l’Africain n’est pas bien sûr le seul : il y a aussi «
l’instabilité chronique du continent, que les événements de Côte
d’Ivoire n’ont fait qu’illustrer. [...] La vie des affaires est perturbée
par l’incertitude juridique, les soubresauts politiques, la corruption,
les difficultés des recouvrements. » 1
Les affairistes ne perturbent-ils pas tout autant qu’ils se laissent
perturber ? Pauvreté, corruption, justice aux ordres, régimes
interchangeables, ne sont-ils pas autant d’atouts pour une
entreprise aussi mafieuse que la boîte moyenne françafricaine ?
« Les événements » du pays vitrine, n’illustrent-ils pas, plus que
« l'
instabilité chronique », l’échec du système pillard en tant que
modèle de développement ?
Bien sûr que non. « Les entreprises ne peuvent plus se
contenter de créer “un îlot de prospérité dans un océan de
misère”», claironnent vos copistes, expert en main. « Il faut aller
plus loin. » Ce qu’on a créé, Mesdames, c’est bien l’océan.
Celles-ci dénoncent, dans le secteur pétrolier, « l’offensive de
Pékin, dans le cadre de grands contrats d’État à État dépourvus
de toute conditionnalité politique (Angola, Congo-Brazzaville…).»
À l’opposé lointain, s’entend, des contrats de la Françafrique.
Qu’on garde la tête froide et la Françafrique entre guillemets :
« Or, quoiqu’on prête au Premier ministre Dominique de Villepin
de solides relations avec les réseaux vieillissants de la
“Françafrique”, la tendance de fond est celle d’un désengagement
continu de Paris. » Et pourquoi pas : « Quoiqu'
un prête à George
Bush de solides relations avec “le milieu pétrolier” » etc. ?
Doucement, le message passe : « Dans certains pays, le retrait
hexagonal est très marqué, comme en Centrafrique. » Décrypté :
c’est en Centrafrique diamanto-pétrolo-forestière sécuritaire que
l’inceste entre business et barbouzes tricolores se pratique
aujourd’hui avec le plus de vigueur.
Et la forêt dans tout ça ? Il est exact que les comptoirs forestiers
français connaissent une vive concurrence. Mais enfin, ils la
connaissent depuis les années 1880, cette branche ayant toujours
attiré les capitalistes aventuriers de tout poil. Le scoop en 2006
n’est pas que les Français « délaissent » finalement le secteur,
mais que tant d’entre eux trouvent les moyens de tenir bon.
Au lieu d’affirmer que « Bolloré a vendu ses parts dans les
plantations du continent » – secteur qu’il domine à travers la
Socfinal (Liberia, Cameroun, Côte d’Ivoire, Kenya, Nigeria) – Hoh
et Vignaux voulaient sans doute nous informer qu’il y a deux ans
Bolloré a vendu ses parts dans les deux exploitations forestières
camerounaises qu’il contrôlait jusqu’alors. Elles oublient de
préciser qu’il n’a pas vendu ses parts dans les Sociétés
d’exploitation des parcs à bois du Cameroun (SEPBC) et du
Gabon (SEPBG). Des entreprises qu’on imagine hautement
rentables.
Mon problème avec « Thanry a cédé l’ensemble de ses
concessions à des Chinois de Hong Kong, sauf au Gabon » n’est
pas seulement la superficie de ce « sauf », mais surtout l’absence
d’un deuxième « sauf » : sauf erreur, Thanry-Côte d’Ivoire reste
elle aussi dans l’escarcelle de la maison mère nancéenne. Curieux
choix que celui des médias hexagonaux, l’an passé, de ne pas
relayer les affirmations du « général » Denis Mao Glofiei, chef de
la milice loyaliste Front de libération du Grand Ouest (FLGO), au
sujet de « sauf Thanry-Côte d’Ivoire. » 2 Le seigneur de guerre le
plus connu de la frontière ivoiro-libérienne avait déclaré que :
« Les unités industrielles du bois [...] nous ont aidé [...,] surtout la
société Thanry à qui revient la palme d’or. [...] C’est grâce à cette
société que nous sommes là. Surtout M. Merkli Louis, le directeur
général, qui est en étroite collaboration avec nous. [...] Je me
souviens qu’en pleine guerre, les Fanci [Forces armées nationales de
Côte d’Ivoire] n’avaient pas suffisamment de porte-chars. Si bien

’$
$2 3



que pour acheminer les chars un peu partout, il a fallu prendre les
porte-chars de la société Thanry. » [24heuresci.com, 16/05/2005]
Pour revenir sur le décompte des pertes françaises selon Hoh et
Vignaux, « Leroy a été racheté par des Portugais » n’arrive pas à
faire ressortir le peu d’impact qu’a eu ce drame sur la volonté de la
Coopération française de le subventionner, pour le plus grand
bonheur des importateurs franco-français de bois tropicaux.
Qu’« un groupe de taille intermédiaire » soit vraiment la
meilleure apposition pour « Rougier », il existe des centaines de
pages qui nous en font douter, dont plusieurs dans nos Pillards de
la forêt (Agone, 2002), cité mais non lu par Hoh et Vignaux. Leur
soupir « Reste Rougier » laisse entendre que ce dernier se trouve
désormais tout seul face aux hordes malaisiennes, italiennes ou
suisses. Reste Rougier, c’est vrai, et restent également Interwood,
Pasquet, la Compagnie du Komo, J. Lalanne, Joubert, CID,
Thébault, ITBL, SFC pour ne nommer que les plus connues des
autres forestiers français. On ne compte pas dans les restes les
fils de colons, sans plus aucune attache en métropole.
Pour le seul Gabon, j’estime à au moins 3,1 millions d’hectares
3
la forêt encore « gérée » par le capital français . Mais comme
n’est malheureusement pas publiée l’identité des sous-traitants
des permis détenus par l’indémodable Omar Bongo, par son fils et
ministre de la Défense Ali Bongo, par les ministres de l’Économie,
de l’Environnement, du Pétrole, bref par tout fidèle de ce régime
kléptocrate, 4 il est fort à craindre que ce chiffre soit par trop
modeste.
Des régimes kleptocrates, Hoh et Vignaux affichent une belle
inconscience, parfois au dépens de la précision. « Dans le secteur
du bois, les pays producteurs manifestent également des
exigences industrielles et fiscales croissantes afin de mieux servir
le développement de leur pays. » À défaut de pouvoir publier, au
moins dans les pages du Monde diplomatique, l’information selon
laquelle les dictateurs serviraient le développement de leurs pays,
elles nous proposent les pays qui serviraient le développement de
leur pays.
Prises à témoins, les souffrances des Rougier : « dans le bassin
du Congo, indique M. Rougier, “la fiscalité a été multipliée par
deux ou trois depuis cinq ans”. » Le résultat net du groupe Rougier
pour le premier semestre 2005 a progressé de 44 % par rapport à
la même période de 2004.
Dans une liste de preuves que « La baisse tendancielle du
nombre d’expatriés depuis vingt ans ouvre un espace à la
promotion des cadres africains », voici le chiffre de « 60 [expatriés]
pour 2000 emplois directs chez Rougier ». Proportion qui nous
semble plutôt pléthorique. Mais comme le sait tout lecteur des
Pillards de la forêt, c’est surtout un non-salarié chez Rougier qui
mérite d’être plus connu… » (Arnaud Labrousse, courrier au
Monde diplomatique, le 28/02).
1. Ou encore : « La géographie de l’implantation des groupes français en
Afrique a [...] évolué [...] au détriment de l’Afrique de l’Ouest et centrale,
plus pauvre, plus instable et moins peuplée. » Impossible de ne pas
adorer, dans Le Monde diplomatique, ce « au détriment ».
2. Voir Arnaud Labrousse, À la mémoire de François-Xavier Verschave,

www.brainforest.org et www.bdpgabon.org/content/view/2054/91

3. www.finances.gouv.ga/CFAD %20Nov %202004.pdf
4. Voir Labrousse, Le roitelet de la forêt et Les mauvais payeurs de la
forêt gabonaise, www.brainforest.org et
www.bdpgabon.org/content/view/1405/71,
www.bdpgabon.org/content/view/1651/71

Génocide Tutsi
Le Gri-Gri International, Pour en finir avec Péan, 23/02 (Nelson
Bogans) : « Après la charge du journaliste Patrick de SaintExupéry, après la réponse de Charles Onana à Saint Exupéry,
voici enfin ce que tous les lecteurs attendaient : l'
opinion du GriGri sur le livre de Péan « Noires fureurs, Blancs menteurs ».

°

'

C'
est peut-être le plus regrettable aspect de la
polémique engendrée par le brûlot de Pierre Péan :
par ses outrances, il n'
a finalement réussi qu'
à exacerber les
antagonismes déjà existants. Ses détracteurs ont dénoncé ses
indéniables dérapages - la culture du mensonge chez les Tutsis,
leurs femmes sublimes censées rallier les élites à leurs causes,
etc. -, en disqualifiant d'
emblée certains chapitres plus
dérangeants : les archives inédites de la présidence de la
République, exhumées par l'
auteur, même si elles ne
blanchissent en aucun cas les militaires français accusés des
pires exactions au Rwanda, ont, par exemple, le mérite de
tempérer certains délires distillés par l'
association Survie (la
volonté politique de la France d'
éliminer les Tutsi). Par ailleurs,
les chapitres consacrés aux exactions du FPR et à l'
autoritarisme
du triste Kagamé, qui continue de diriger son pays avec une
insupportable poigne, pourront peut-être raisonner quelques
lecteurs naïfs de l'
inénarrable et indémodable Jeune Afrique. On
peut toujours rêver. Dans le livre L'Horreur qui vous prend au
visage, dirigé par feu François-Xavier Verschave, la couverture
du conflit rwandais par RFI et Le Monde était pointée du doigt :
pro-hutu, forcément. Jean Hélène (assassiné en Côte d'
Ivoire) y
était présenté comme le petit télégraphiste du Quai d'
Orsay. À la
lecture des articles et reportages de ce véritable journaliste,
plutôt équilibrés, on mesure l'
incongruité de l'
accusation.
L'
analyse de Péan pêche par les mêmes approximations,
notamment lorsqu'
il s'
embarque sur le terrain ô combien glissant
du nombre des victimes : seuls 280000 Tutsis auraient été
massacrés, fait-il dire dans la bouche d'
un témoin rwandais. Une
querelle de chiffres bien dérisoire. Le martyre du peuple
rwandais mérite sans doute mieux que deux camps retranchés et
"hystériques" (n'
en déplaise à Charles Onana), davantage
préoccupés, soit par la grandeur d'
un dictateur (Kagamé), soit
par la réhabilitation d'
un homme politique français traîné dans la
boue (Mitterrand). »
[Il nous avait déjà paru aussi incongru de voir Onana invité à s'exprimer
sur le livre de Péan, au nom d'une conception tendancieuse du débat
pluraliste, que d'imaginer solliciter Faurisson sur le génocide des juifs.
Mais Le Gri-Gri franchit ici un cap supplémentaire en reprenant à son
compte, sous une apparence de juste milieu, une démarche que nous
connaissons bien. Si l'évaluation du " travail " de Péan est toute en
euphémisme ("dérapages" pour qualifier la reprises des délires racistes
qui ont alimenté le génocide, "dérisoire" la tentative de diminuer des trois
quarts le nombre des victimes), la présentation de notre association ne
fait pas dans la finesse. Survie distillerait des "délires" résumés en une
formule de dix mots a priori inconcevable ("la volonté politique de la
France d'éliminer les Tutsi") qui dissimule la complicité de génocide
démontrée par des faits derrière la question - non tranchée - du (des)
mobile(s) et du partage de l'intention génocidaire chez certains acteurs
français du drame. Pour enfoncer le clou, on dissimule le combat pour la
vérité et la justice de simples citoyens révoltés derrière l'affrontement
entre deux "camps retranchés” et "hystériques", dont l'un (la vénalité de
Jeune Afrique et le bénévolat de Survie mis dans le même sac !) est
vendu au nouveau régime de Kigali (ou au complot tutsi ?). Même s'il
prétend prendre ses distances d'avec Péan, cet article vise pourtant au
même objectif : la réhabilitation de la politique africaine de la France.
Derrière les attaques contre Survie, c'est bien sûr le travail de la
Commission d'Enquête Citoyenne qui est visé. Cette dernière instance
est passée sous silence : L'
Horreur qui nous prend au visage est
présenté comme un livre « dirigé par feu François-Xavier Verschave », et
non comme le compte-rendu exhaustif des travaux de la CEC. À moins
que l'ouvrage n'ait tout simplement pas été lu : contrairement à ce qui est
affirmé en effet, il traite bien la question du rôle joué par Le Monde
pendant le génocide, mais pas de celui de RFI. À ce sujet, les analyses
de la CEC sont à nouveau grossièrement déformées : l'accusation "proHutu" relève d'une grille de lecture ethniste qui réduit le génocide à un
conflit entre Hutu et Tutsi (alors que de nombreux Hutu sont morts pour
s'être opposés au génocide), et qui ne saurait évidemment être celle de
la CEC. Quant aux fameux articles de Jean Hélène, proprement
surréalistes pour certains d'entre eux lorsqu'on sait que leur auteur était
aux premières loges, le seul équilibre que l'on puisse leur reconnaître est
celui qui a consisté à répartir équitablement "les massacres" ou leur

’$
$2 3



°

' .

responsabilité entre FAR et FPR... S'il ne fallait citer qu'un article comme
exemple du travail de désinformation mené par Le Monde et Jean
Hélène, rappelons simplement celui du 18 juin 1994, date à laquelle
même la télévision ne pouvait plus faire semblant d'ignorer ce qui se
déroulait au Rwanda, intitulé "D'où viennent les armes au Rwanda ? Les
responsables de l'ONU semblent incapables de mettre fin aux trafics qui

rendent possibles les massacres", et tout entier consacré
à l'approvisionnement en armes... du FPR !

Gérard Prunier, Le Darfour. Un génocide ambigu, La Table
Ronde 2005, 267 pages.

Jean Audibert, Je n'ai jamais cessé d'apprendre l'Afrique,
Karthala, 2006.

« Depuis février 2003, le Darfour, province orientale du Soudan jouxtant
le Tchad, est le théâtre de massacres épouvantables suivis d'
une famine
largement programmée par l'
action des autorités gouvernementales.
Génocide ou pas ? La communauté internationale s'
interroge mais, en
attendant, la population meurt.
L'
ouvrage de Gérard Prunier remonte dans le temps pour expliquer ce
qu'
a été le Darfour, pays indépendant du Soudan jusqu'
en 1916. Il
montre comment il a été marginalisé sur tous les plans tant pendant la
période coloniale que du fait des gouvernements qui ont suivi
l'
indépendance en 1956. La révolte du Darfour et la violence de la
répression qui a suivi ont fait exploser le mythe des guerres “religieuses”
au Soudan puisqu'
ici tout le monde, tueurs et victimes, est musulman.
Pour l'
auteur, il s'
agit d'
une guerre de races, d'
autant plus paradoxale
que les “Arabes” sont noirs et les Noirs souvent arabophones. Mais
Khartoum espère garder le contrôle d'
une périphérie qui lui fait
désormais peur en dressant les unes contre les autres des tribus qui
avaient jusque-là vécu dans des rapports parfois tendus mais jamais
destructeurs.
Génocide “ambigu”, la crise du Darfour est à l'
image des déchirements
de l'
Afrique contemporaine dans un pays qui est en train de devenir l'
un
des plus gros producteurs pétroliers du continent. » [4ème de couverture]

Jamais Jean Audibert n’a cessé d’apprendre l’Afrique. En 1981,
Jean-Pierre Cot est désigné ministre de la Coopération ; un novice dans
le domaine. Il a besoin d’un expert, il le trouve en Jean Audibert – qui à
travaillé dans ce ministère de 1963 à 1976 – : « J’expliquai à Jean-Pierre
que la politique ne consiste pas seulement à lire le rapport d’Amnesty
International tous les matins, mais de savoir ce que l’on souhaite faire
avec quelles ambitions, quel moyens et surtout de quelles façon gérer
ses relations avec Cheysson, Mauroy ou “Le Château”, chose qui était
toujours ardue. »

Le livre de Gérard Prunier est un savant rappel historique, un regard
aigu sur le chemin qui va d'
un passé lointain à nos jours, un regard de
connaisseur sur les intérêts et les acteurs d'
un drame funeste, et un
examen sans complaisance du cynisme avec lequel la communauté
internationale le laisse se dérouler sans prendre les mesures qui
s'
imposent depuis 3 ans. Ce précieux document permet de comprendre
que le Darfour est un morceau du puzzle régional qui s'
étend bien audelà des frontières de la province martyrisée, et que c'
est cette situation
régionale qu'
il faut saisir dans son ensemble. Gérard Prunier termine son
ouvrage en soulignant l'
ampleur des travaux qui restent à entreprendre
pour éclaircir toutes ces questions. Qu'
il soit remercié d'
avoir mis à notre
disposition un si excellent début. [SC]

Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

Abonnez-vous :
France : 20 €
Soutien : à partir de 24 €

Étranger : 25 €

(chèque bancaire ou postal à l’ordre de Survie)

NOM :..................................................................................
Prénom :...............................................................................
Adresse : ..............................................................................
.............................................................................................
Code postal : ............ Ville :................................................
Abonnez un(e) ami(e) :
France : 20 €
Étranger : 25 €
Soutien
Prénom, NOM : ...................................................................
Adresse : ..............................................................................
Code postal : ............ Ville :................................................
Je souhaite recevoir une plaquette de présentation de l’association Survie.

(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)

Nous n'aurions sans doute pas cité cette nouvelle pitrerie si elle ne
prétendait représenter la position officielle du Gri-Gri. Désolant... – VS]

Audibert et l’Afrique. Ensemble, ils font d’abord un constat de l’échec
de toutes les politiques menées en Afrique, par la France bien sûr, mais
aussi les institutions internationales, l’ONU, le FMI, la Banque Mondiale,
etc. La faute de qui ? « Des facteurs exogènes et des causes
endogènes ». L’Afrique reçoit en matière de « transferts publics
mondiaux et bilatéraux [...] presque la moitié des montants totaux
mondiaux. [...] Par contre, en ce qui concerne les investissements privés
étrangers, la part de l’Afrique est infime... » Une aide humanitaire en
quelque sorte qui, dans le meilleur des cas, maintient les choses en
l’état ; dans les faits, elle alimente la corruption et conforte les dictateurs
sans jamais donner aux peuples africains les instruments de leur
affranchissement. Des causes internes, il y en aussi : « Je ne vous
parlerai pas de la prévarication, de la politique du ventre, de
l’accaparement des richesses, de l’inégalité croissante, de l’urbanisation
sauvage, de la démographie galopante [...], ni des mauvais choix
économiques du capitalisme d’État sans capitalistes, du socialisme
d’appareil sans société socialiste. Ni du rôle de l’armée, ni de la
parcellisation de l’espace économique, etc., » ; Bref, des causes internes
qui sont le prolongement direct des causes externes, dont les figures les
plus notables ont un nom : « Bokassa, Mobutu, Bongo, Eyadema,
Houphouët... »
« La volonté de Jean-Pierre Cot était de mener une politique différente
de celle des gouvernements précédents, dont nous avions critiqué
l’action », ces réseaux où « on s’embrasse, on se tutoie, on se rend
mutuellement service, [tout] ce que Jean-Pierre Cot ne supportait pas. »
« L’élection de François Mitterrand a suscité bien des inquiétudes chez
certains chefs d’États africains, mais aussi un immense espoir pour les
élites africaines qui, 20 ans après les indépendances, souhaitaient
l’instauration de nouveaux rapports avec l’ancienne puissance coloniale.
Elles voulaient en particulier que la démocratie soit encouragée et que
les systèmes mono-partisans, leurs dérives autoritaires, leurs abus et
parfois leurs prévarications ne soient plus soutenus de manière
inconditionnelle. »
Le duo où « Audibert le politique, le diplomate, complète le militant
Cot » s’attelle à la tâche : il fallait commencer par « ne plus intervenir
dans les affaires intérieures des États africains. À notre arrivée au
ministère, une grève générale sévissait à Libreville. [...] les gendarmes
qui maintenaient l’ordre et qui réprimaient les grévistes étaient français !
Décoloniser la coopération, passait par l’abandon de telles pratiques. »
Cela ne signifiait pas rompre avec ces États, mais cesser « ces rapports
étranges, familiaux, intimes, qui entraînaient une double ingérence. De
notre part, mais aussi de la part de certains chefs d’États comme
Houphouët, Eyadema ou Bongo dans la politique africaine de la France,
mais aussi dans la politique intérieure puisque [ils] contribuaient,
apparemment, au financement de certains partis politiques ou avaient
des liens étroits avec les services secrets français. » Face à cette
volonté d’assainissement, un obstacle : Claude Cheysson. Car « pour les
responsables des Affaires africaines du Quai d’Orsay, il ne pouvait y
avoir d’autre politique que celle qui avait été suivie jusqu’à présent. »
Et ce qui devait arriver arriva : « Les crispations [avec] la cellule
africaine de l’Élysée qu’animent Guy Penne et Jean-Chritophe Mitterrand
deviennent insolubles. [...] Après deux ans d’exercice, Cot est limogé. »

’$
$2 3



Ce sera finalement le duo Penne-Jean-Christophe, en alternance avec
Jacques Foccart lors de la cohabitation en 1986, qui porteront à leur
paroxysme les « rapports anciens ». Nous connaissons la suite.
Des anti-français, Jean-Pierre Cot et Jean Audibert ? « La politique que
nous menions ne portait pas atteinte aux intérêts français dans ces pays,
sauf lorsque nous luttions contre certains projets [...]. Mais là encore, il
ne s’agit pas tant d’intérêts privés que de ceux de quelques entreprises
comme Bouygues ou Lefèvre, qui avaient l’habitude de proposer aux
chefs d’États des marchés de travaux publics grandioses pour leur faire
plaisir mais aussi pour recevoir d’importantes commissions. »
Audibert et Algérie. Jean Audibert débarque à Alger comme
ambassadeur après les manifestations « plus ou moins spontanées »
d’octobre 1988. C’était un moment d’« embellie [vécue] comme la
promesse d’une vraie démocratie ». Il quittera le pays mortifié, au
lendemain de l’assassinat de Boudiaf, en 1992. Quel regard a-t-il sur le
sérail militaire ? Pas de révélations fracassantes, mais un tableau
impressionniste d’une justesse rare : Chadli roi fainéant ? En mars 1989,
Mitterrand est à Alger. « Le dîner se termine vers minuit. Chadli dit à
Mitterrand : “Cher président, je vais faire un petit tour, car j’ai besoin
d’air.” Nous l’accompagnons jusqu’à la porte. Là, une Maserati rouge
l’attend. Il prend le volant et part en pétaradant. » Belkheir ? « Sans
doute avait-il une influence déterminante ». Avait-on vraiment envisagé
cohabiter avec le FIS ? « Pas du côté de Ghozali ni de Belkheir ».
M’Hamed Tolba était-il « en charge de la manipulation » ? « Disons
contrôle vigilent. Tolba était un haut fonctionnaire de la police par
tradition familiale. » Nezzar ? Il « parlait avec simplicité [...] de son
passage à l’école des enfants de troupes, de son séjour à SaintMaixent ». Zeroual ? « Il jouit d’une image positive [car] il a commencé
sa carrière dans un maquis et non dans l’armée française comme le
général Nezzar et le président Chadli ». La mafia politico-financière ?
« Par définition, une mafia est secrète, elle n’est perceptible qu’à travers
ses méfaits. » Les méfaits ? « Exemple, l’Algérie importe 85 % des
médicaments qu’elle consomme [...]. Il existe à Médéa un complexe de
fabrication de médicaments, qui n’a jamais fonctionné de façon
satisfaisante. J’étais arrivé avec des propositions de Rhône-Poulenc
pour monter des usines pharmaceutiques qui n’ont jamais pu aboutir. »
Pourquoi ? Parce qu’il y a des « intérêts très importants dans
l’importation de médicaments. » Contrôlés par les militaires ? « Il est vrai
que dans le secteur privé commercial il y a beaucoup d’anciens militaires
à la retraite. » Est-ce difficile de lutter contre cela ? « On découvre un
Hadj Bettou qui gagne des milliards en faisant un trafic très important, en
particulier de lait et de sucre importés en Algérie grâce à des
subventions du gouvernement, qu’il revend ensuite au Mali et au Niger
avec un fort profit. Des officiers qui tentaient de lutter contre la corruption
ont été assassinés. »
L’interruption du processus démocratique en janvier 1992, l’assassinat
de Boudiaf, San Egidio, la « nouvelle guerre d’Algérie » où « les
méthodes utilisées par les forces antagonistes sont directement issues
de celles utilisées durant les années 1960 », l’utilisation « de la religion
comme instrument de son influence », le soutien de la France à la
politique d’“éradication”, etc. Et, bien sûr, le pouvoir prescripteur, la
« responsabilité française particulière [qui réside] dans le fait que la
plupart des grands pays industrialisés : les États-Unis, le Japon, les pays
de l’Union européenne, se réfèrent à la position française pour définir la
leur [...] ».

CD + Livre Elf, la pompe Afrique

lecture d'
un procès, préface de F.-X. VERSCHAVE,
France Inter MERMET
Nicolas LAMBERT, F.-X. VERSCHAVE, MERMET, CHAO
Genre : Littérature, politique, théâtre
Langue d'
écoute : française
Le livre & le CD nous plongent dans le plus grand scandale politicofinancier de la France du XXème siècle. Il s'
agit de la pièce de théâtre
créée à partir du procès par Nicolas Lambert et des émissions qui lui
furent consacrées à France Inter
«Je m’aperçois que nous ne sommes pas face à trois personnes qui ont
dérapé. C’est beaucoup plus profond que ça. Il s’agit réellement d’un
système de gouvernement.» Eva JOLY
De ce “casse du siècle”, Nicolas Lambert a tiré une pièce souvent drôle
mais toujours cruelle, qui se veut tout autant la lecture d’un procès à bien
des égards exceptionnel qu’un réquisitoire militant contre cette forme de
colonialisme pétrolier français.
12 €, franco de port à Survie

°

'

« Enfin, [comment] ne pas parler de l’affaire Mécili qui a
montré que certaines connivences existaient entre les
services français et la sécurité militaire algérienne. » Pour Audibert, la
complexité des rapports entre la France et l’Algérie vient de ce qu’on ne
distingue pas assez clairement « les relations, les rapports d’État à État
d’un côté et de peuple à peuple de l’autre ». Mais ce clivage établi, on
n’est pas au bout de nos peines car il faut encore distinguer ce qui relève
de l’avouable, dont Audibert incarne le visage le plus noble, et le visage
hideux de la diplomatie parallèle, où barbouzes côtoient groupes
d’intérêts économiques prédateurs. Et les faveurs ne vont pas aux
meilleurs, à telle enseigne que lorsqu’en 1995 « de hauts responsables
de la police, de la magistrature et de l’administration » s’indignent que
« l’aide financière de la France à l’Algérie est considérable et elle vient
encore d’augmenter. Pour qui prenons-nous parti, sans le dire
ouvertement, par une telle politique ? », ils sont obligés de se dissimuler
derrière un pseudonyme pour publier une tribune dans Le Monde. Car la
France ne ménage pas son soutien aux militaires algériens. Des fonds
offerts par la France qui serviront à la junte pour « gagner du temps, à
acheter des armes, à nourrir la population, et à redistribuer directement
ou indirectement à ceux qui assurent la répression au quotidien. » Et ne
pas oublier que « la monnaie [algérienne] a perdu 50 % de sa valeur en
dix-huit mois, que l’inflation annuelle reste de l’ordre de 30 %, que la
production industrielle du secteur d’État a baissé de 9 % au premier
trimestres 1995 » et que le chômage des jeunes est de « 50 % ». À quoi
servent les Algériens ? Ils meurent, meurent, meurent... 150 à 200 000,
tués « aussi bien par les islamistes [...] que par la police et l’armée ».
Tous des sympathisants islamistes, les Algériens ? « La masse de la
population n’adhère ni à l’un ni à l’autre des protagonistes. Si l’opinion
avait basculé du côté islamiste, le pouvoir aurait été balayé. » Non !
« l’aspiration unanime du peuple est d’aller vers plus d’équité, plus de
justice, plus de responsabilité comme elle est de lutter contre l’arbitraire,
la corruption, l’accaparement du pouvoir. N’est-ce pas là l’expression
d’un besoin de démocratie ? » Au lieu de cela, « chaque fois qu’il s’est
agi de prendre des décisions capitales, d’affirmer des choix, un conclave
secret a été organisé (comme à Zeralda le 5 septembre [1997]) au cours
duquel une attitude commune a été décidée. » En l’occurrence, il s’est
agi de se débarrasser de Zeroual au profit de Bouteflika qui, depuis son
avènement en 1999, a pris le contre-pied de toutes les exhortations de
Jean Audibert...
Vous l’aurez compris, résumer ce concentré de livre est impossible,
sinon à reproduire intégralement ses quelque 200 pages, dont une note
de décembre 1993 pour Michel Rocard qui vaut son pesant d’or. Au
moment où se dévoile la barbarie américaine, de l’aveu même de ses
plus hauts responsables, inspirée par l’école algérienne, qui fait la part
belle à la torture, aux espaces de non-droit, à l’opacité et aux abus de
tous ordres, il faut lire ce livre de Jean Audibert pour découvrir l’Algérie,
la vraie, aux antipodes de celle que nous dépeignent les médias depuis
15 ans. Comment un tel homme a-t-il pu être maintenu à l’écart des
débats sur l’Algérie, ces débats où, dit-il « l’ardeur de l’engagement est
souvent inversement proportionnel à la connaissance de ce qui se passe
sur le terrain » ? Il a sans doute connu le même ostracisme que tous
ceux qui ont voulu informer honnêtement.
Grâce à cet ouvrage, la vérité des faits franchit un pas substantiel de
plus. Il manquait une caution diplomatique pour ce que Noir silence et
Françalgérie, crimes et mensonges d’États ont largement démontré ; cet
ouvrage la leur apporte. Un témoignage qui réconcilie aussi un peu avec
une Gauche telle qu’on la rêverait. Hélas, c’est l’autre qui prend chaque
fois le dessus, prolongeant jusqu’à la caricature de ce que la Droite
produit de plus infâme. [Ahmed Dafrik]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Benjamin Moutsila, Fausto Giudice, Guillaume
Olivier, Comi M. Toulabor.
Secrétaire de rédaction : Lila Chouli.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 76019 – Dépôt légal : mars 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
http://www.survie-france.org – contact@survie-france.org

Haut

fgtquery v.1.9, 9 février 2024