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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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L’anti-France
La notion d’anti-France est née avec l’affaire Dreyfus. Elle a été forgée pour stigmatiser ceux qui osèrent dénoncer une
injustice d’État. Ce ne pouvait être qu’une manipulation de l’étranger. C’est ce scénario, qu’on croyait définitivement
déconsidéré après les péripéties de l’« affaire », que bâtit Pierre Péan à travers plus de 500 pages qui ciblent Juifs,
protestants, journalistes, chercheurs, associations de défense des droits de l'Homme (dont la nôtre) dans un déraillement
1
haineux . François-Xavier Verschave y est particulièrement visé. Vouées à la même déroute que les propos incendiaires de
Drummont, les vociférations de l'
auteur trahissent sa détestation d’un homme à l’intelligence et au désintéressement exceptionnels.
Il ne trouve rien de mieux pour appuyer son dénigrement de François-Xavier
Verschave que de citer les défenseurs des dictateurs Bongo, Sassou et Déby.
On sait que ces dictateurs perdirent, en première instance et en appel, le procès
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qu’ils avaient intenté à l’auteur de Noir silence. L’avancée du droit français à
)
l’issue de ce procès fut de faire tomber en désuétude le « délit » d’ « offense à
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chef d’État » (loi du 28 juillet 1881), qui est contraire au droit fondamental à la
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liberté d’expression. « Parler et offenser, pour de certaines gens, est
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précisément la même chose », constatait déjà La Bruyère. Péan est de ce
nombre. Il affirme que « la cour d’appel a reconnu que les trois présidents
africains avaient été offensés ». Tout ce qu’on peut dire de vrai sur ces gens-là
est en effet offensant. Il fut enfin dit. Et la cour en a pris acte.
Alors que François-Xavier Verschave a écrit de Paul Kagame, entre autres
jugements sévères : « Ce régime a commis des crimes graves, qui sont dénoncés
par des organisations et observateurs impartiaux, il gère de manière agressive
Chirac à Bamako
l’après-génocide » 2, Péan prétend mensongèrement que François-Xavier
Verschave voit en Kagame « un héros de l’Afrique nouvelle », sans pouvoir citer
Bien que la France ait perdu l’Afrique,
une seule phrase à l’appui de cette allégation. Le crime de François-Xavier
Chirac a tenu à perdre lui son temps, les
Verschave est d’avoir cherché à élucider les responsabilités de l’État français
3 et 4 décembre 05, dans la célébration
avant, pendant et après un génocide qui a bien eu lieu, organisé par un régime
du traditionnel sommet désormais intitulé
qui a bénéficié de l’amitié, de l’aide et du soutien politique et militaire français.
Afrique-France, l’inverse ayant désormais
L’amalgame et le confusionnisme sont les moindres défauts d’une littérature
une connotation péjorative. Sur le sujet
de fiche de police dans ses allégations outrageantes. Nous ne relèverons que
brûlant de l’immigration, un des signes
l’une des plus abjectes, parce qu’elle est de nature à donner une idée de la
les plus visibles de l’échec de la politique
crédibilité de quelqu’un qui ose dire de François-Xavier Verschave : « Son
de coopération de la France avec
sentiment de supériorité sur les “nègres” était si fort qu’il le hantait. Pour
l’Afrique durant un demi-siècle, Chirac,
exorciser ses démons, il crachait, vitupérait, vomissait des insanités sur son
dans son discours, s’est contenté d’en
pays et sur les dirigeants africains proches de la France. » Cette présentation,
appeler « à la responsabilité de chacun »
habillée des affabulations de Péan, de la dénonciation de la politique africaine
et a proposé, comme remède principal,
de la France et de ses « amis » africains, ferait rire si elle ne visait un mort, dont
de « démanteler les réseaux d’imminous regrettons amèrement le style et l’élégance. Le livre de Péan aligne des
gration clandestine ». Le président
kilomètres de cet acabit mais ne cite pas vingt lignes de celui dont il prétend
malien Amadou Toumani Touré (ATT),
dénoncer les idées.
interrogé, pendant la conférence de
Autant dire que ce que Péan pourfend c’est lui-même, à l’aune de ses
presse, pour savoir s’il a « plaidé pour
obsessions et de ses phobies : obsession d’une France si définitivement
[ses] milliers de compatriotes africains qui
identifiée à ses pires errements qu’en parler serait la détruire, phobie de
seraient menacés par ces charters », a
l’homme noir identifié à ses représentants les plus grotesques, qu’il serait
montré son irritation en disant qu’on
raciste de critiquer. Il y a des folliculaires qui ne restent dans l’histoire que pour
quittait le thème pour faire une confés’être attaqué à plus grand qu’eux. Le crachat sur François-Xavier Verschave
rence de presse sur la France : « Ceux
vaut finalement tout un panégyrique. Certaines haines sont des décorations.
qui veulent poser des questions sur la
Avec le lieutenant-colonel Picquart, Clémenceau et Zola nous sommes en bonne
France au président Chirac, eh bien,
compagnie pour représenter l’anti-France, dont la France de demain s’enorgueillira.
qu’ils partent à Paris. » Ajoutant « Ici,
nous sommes venus parler de notre
Odile Tobner
préoccupation : c’est la jeunesse ».
Justement, c’est bien de cela qu’il s’agit..
1. Nous reviendrons sur le pire que contient ce livre : la négation d'un fait historique et du groupe
humain qui en a été victime.
[OT]
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2. Négrophobie, p.104.
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L’amitié Chirac-Bongo
Bongo sans papiers
Après quarante ans de rente pétrolière
évaporée, le président Bongo demande
pour son petit pays (moins d’un million
cinq cent mille habitants) le bénéfice du
traitement de Pays pauvre très endetté.
Réélu le 27 novembre 2005 dans
l’indifférence d’un électorat qui ne s’est
pas déplacé pour faire de la figuration
dans la farce et au terme d’une
campagne marquée par l’exhibitionnisme
de la dilapidation et de la corruption,
Omar Bongo a reçu de Jacques Chirac
félicitations
et
encouragements
à
continuer dans la même voie : « C'
est
pour moi un grand plaisir de vous
adresser mes sincères et amicales
félicitations. À l'
occasion de cette élection
présidentielle, le peuple gabonais vous a
largement renouvelé sa confiance. Je
vois dans ce succès une adhésion de
vos compatriotes à votre bilan politique,
à votre engagement constant en faveur
du progrès, ainsi qu'
à vos inlassables
efforts au service de la paix et de la
stabilité du continent africain ». Se disant
certain que le développement du Gabon
continuera à progresser, Jacques Chirac
a assuré que « la France, qui attache un
grand prix à son partenariat ancien,
amical et confiant avec le Gabon, aura à
cœur de l'
accompagner sur cette voie ».
Jacques Chirac a ajouté de sa main :
« avec ma bien cordiale estime et mon
amitié ».
Et c’est comme cela que les
populations africaines continueront à
s’enfoncer dans la pauvreté. Amen. [OT]
Nous ne pouvons résister au plaisir de
présenter à nos lecteurs les propos tenus
par Omar Bongo dans l'après-midi du 15
septembre 2005, devant l'Assemblée
Générale de l'ONU. En voici la fin :
« Ehhhhh... Les papiers a disparu, vous
m'
excuserez, maaaiiiis... Bon, alors, je
vaaaiiiis... Je disais que... Monsieur le
Président, Mesdames, Messieurs, il y a
des choses que l'
ont dit mais qu'
on ne
fait pas. Le Gabon a peut-être des
atouts, mais j'
ai entendu le président du
Vénézuela parler et parler... Il a dit
beaucoup de choses, je n'
en dirai pas
autant. Je dis tout simplement que nous
avons créé des parcs, et ces parcs
nationaux sont à la disposition de tous
ceux qui veulent venir investir au Gabon.
Avec nous, il y a beaucoup d'
autres pays
qu'
on appelle les pays du bassin du
Congo... depuis que nous avons créé
ces parcs, depuis que nous parlons de la
biosité, personne ne vient. Or, qu'
est-ce
que nous avons comme richesse ?
Pétrole... Pétrole y en a assez... Qu'
estce que nous avons encore comme
richesse ? La Forêt ! Il paraît qu'
il y a des
écologistes... il paraît qu'
on ne peut pas
toucher à la forêt... Alors, nous avons
trouvé le moyen de faire le parc... et ces
parcs,
c'
est
le
tourisme,
c'
est
l'
écotourisme. C'
est pourquoi on donne
du Gabon d'
abord puisque c'
est mon
pays... et ensuite de mes collègues du
Bassin de Congo, nous vous deman...
nous vous lançons un appel à toute la
communauté, pour que le bailleur de
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Marianne (Patrick Girard), Gabon. Le “Mollah Omar” en reprend
pour sept ans, 30/11 : « On peut penser ce que l’on veut d’Omar
Bongo Ondimba, qu’il est un ami sincère de la France ou un
affreux dictateur – ce que dément la réalité –, il a surtout un
extraordinaire sens de l’humour qui lui fit intituler son livre
d’entretiens avec le journaliste Airy Routier Blanc comme Nègre.
Il dissimule, derrière sa roublardise une certaine culture et un
sens extraordinaire de la psychologie qui lui a permis de
retourner comme des “crêpes” certains de ses opposants
devenus ses plus chauds partisans. »
[L’exercice de courtisanerie de Patrick Girard dans Marianne est un
modèle du genre. Dictateur et ami de la France ne s’excluent pas, bien
au contraire, c’est quasiment un pléonasme à propos de l’Afrique
francophone. La réalité du pouvoir dictatorial de Bongo est indéniable. Il
dispose à son gré de toutes les ressources du Gabon, qu’il distribue
selon son caprice. Si l’humour de Bongo réside dans le titre de son livre,
qui n’est sûrement pas de lui mais de l’éditeur, c’est plutôt un assez
pauvre jeu de mots. Quant à la psychologie qui lui fait retourner ses
opposants, elle consiste uniquement en espèces sonnantes et
trébuchantes, seule qualité qui lui soit unanimement reconnue et qui est
en effet tout à fait « extraordinaire ». Bongo achète tout, y compris une
entrevue avec Bush. – OT]
Marianne, idem : « Pierre Mamboudou aurait été instamment
invité à faire acte de candidature et aurait reçu des assurances
quant au remboursement de ses frais de campagne. [...] En dépit
de l’intense mobilisation des médias officiels et des nombreux
fond se penche sur ce problème, et fasse
chez nous ce que vous avez fait chez
nous dans le cadre du tourisme, parce
que vous en avez besoin... de la forêt, du
carbone... et l'
accord de Kyoto est là.
C'
est pourquoi je vous invite tous à venir
investir au Gabon dans le cadre des
parcs nationaux. Je vous remercie. » 1
Péan dit qu’il a « plaisir à discuter avec
lui (Bongo) de l’évolution de l’Afrique ».
Ils doivent parler en Téké, parce que,
pour ce qui est de la langue française,
dont le même Péan accuse Kagame de
vouloir la faire disparaître d’Afrique, on
peut compter sur Bongo pour son
élimination. Péan discute aussi avec
Bongo « de la politique française dont il
(Bongo) est un fin connaisseur ». Pour
cela pas besoin d’être fin connaisseur de
la langue française, il suffit de pratiquer
la langue des mots-valises (de billets),
dont Bongo est un virtuose inégalé. Ce
discours tenu par un Bongo parfaitement
incapable d’exposer un sujet important
pour le Gabon montre, à qui en douterait
encore, le peu d’intérêt que cela a pour
lui. Sa seule fonction est de remplir ses
poches et celles de ses proches et de
ses nombreux amis. [OT]
1. Pour ceux qui veulent écouter ce sketch :
www.un.org/webcast/summit2005/statements15.html
On peut aussi y lire la version écrite, donc le
fameux papier égaré : « Et pourtant nous
disposons de nombreux atouts pour la mise
en place de partenariat porteur de
développement et de progrès. Parmi ceux-ci je
citerai, en guise d'
illustration, celui de
l'
environnement et de la biodiversité ».
déplacements effectués par Omar Bongo en province, la
participation a été faible, très faible. Elle ne devrait pas excéder
les 40 %. On se pressait moins dans les bureaux de vote que
dans les meetings du candidat. Il est vrai que, dans ceux-ci, l’on
distribuait bières et billets de 5 000 F CFA ce qui est plus
agréable que de devoir choisir entre plusieurs bulletins de vote !
[...] il a su habilement prendre le virage du multipartisme qu’il
transforma en “multibongisme”, subventionnant généreusement
ses partisans et ses adversaires. Cela a évité au Gabon de
connaître les guerres civiles qu’ont subies les deux Congo
voisins et d’autres pays. [...] Le bilan global d’Omar Bongo
Ondimba est toutefois satisfaisant, ce qui explique sa
réélection. »
[Patrick Girard confirme bien que tout pour Bongo passe par l’argent. Il
n’y voit cependant aucun inconvénient, tout au plus un sujet de
plaisanterie aux dépens des Gabonais de base. Les 40 % de
participation, c’est ce qui est admis officiellement. On devrait plutôt parler
de boycott, seule façon pour la population d’exprimer son opposition.
Plutôt que de parler de ce qui ne s’est pas passé au Gabon, on ferait
mieux de parler de ce qui s’y est passé. Les opposants incorruptibles
manquent généralement de santé, les manifestations sont réprimées
violemment. L’espérance de vie, l’indice de développement humain, la
mortalité infantile, la scolarisation sont au niveau des pays les plus
pauvres et c’est en soi un scandale dans un pays où tant de richesses se
sont évaporées en quarante ans. Réélu par la force de l’argent, Bongo
n’a à présenter comme bilan que la misère du peuple gabonais et
l’enrichissement éhonté de son clan. Merci Patrick Girard pour le travail
de “communication”. – OT]
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De l'impunité à la censure chez
le cobra en chef Sassou
au Congo Brazzaville
Beaucoup de capitales africaines
bruissaient des manifestations et autres
colloques sur la quinzaine contre la
Françafrique. Le clou de toutes ces
manifestations ayant été Bamako.
À Brazzaville, après la mascarade de
procès sur l'affaire des disparus du
Beach, la même journée a été l'objet de
péripéties d'autorisations et d'interdictions
non revendiquées... Le ministre de la
sécurité en personne avait convoqué les
responsables de l'Association Convergence Citoyenne pour complément
d'informations. À la vue des documents
et affiches qui portaient les noms de
Survie et de la FCD [Fédération des Congolais
de la diaspora], ce ministre a repris ses
autorisations pour une date ultérieure.
Quelle est cette démocratie qui a peur du
débat et où le ministre s'occupe
personnellement des autorisations de
réunion et de manifester ?
En fait, l'opposition intérieure est plus
un faire-valoir car, dès que le vrai débat
est posé par la Société Civile, la censure
apparaît encore plus forte. Ladite
opposition ne se manifeste qu'en allant
s'incliner dans les cimetières privés de la
famille du dictateur Sassou, pour passer
à la télévision et jouir des avantages et
autres facéties du pouvoir : hélicoptères,
limousines et exhibitions des groupes de
danseuses et danseurs folkloriques. Et
depuis, chez le dictateur Sassou, nous
sommes passés de l'impunité à la
censure : la journée n'a finalement pas
eu lieu.
Après les violations des droits de
l'Homme par les militaires miliciens
contre les populations civiles, celles-ci
ont subi les vols de leurs téléphones
portables dans les villes. Alors que de
soit-disant accords de paix ont été signés
avec les ninjas de Ntoumi, leur donnant
droit de cité dans la capitale, ces
derniers en ont été chassés après que
les populations aient subi des tirs
d'armes de toutes sortes : canons et
hélicoptères de combats de la part des
militaires miliciens, duplicités et calculs
du pouvoir de Mpila... Et depuis, ces
ninjas miliciens se font remarquer dans
les campagnes en pillant et violant les
populations civiles déjà démunies et en
détresse.
Avec le retour de Bernard Kolelas au
Congo, le flou et l'incertitude continuent
de plus belle au détriment des
populations congolaises. Ainsi avonsnous appris que la paroisse de Linzolo, à
30 km de Brazzaville, qui est aussi un
centre de santé important géré par la
société civile, a subit les rezzou des
ninjas et autres bandits armés à la solde
de Sassou. Cette situation de ni guerre ni
paix, découlant d’une méthode de
gouvernement, est finalement l'alpha et
l'omega de l'impunité, l'insécurité et la
censure. Comment des soit-disant
leaders peuvent-ils aller s'incliner dans
des cimetières privées et parler au nom
de populations suppliciées dont les morts
n'ont pas de sépultures, comment
peuvent-ils aller parler de paix et de
réconciliation alors que les populations
sont sous les balles de miliciens, ou aller
demander pardon en dehors de ceux
qu'on a spolié, ou se proclamer
défenseur de la démocratie alors que la
censure est présente dès que le débat
est posé ? [Benjamin MOUTSILA, FCD]
Alerte à Mayotte
Communiqué de Survie, le 20/12
Les propos tenus en septembre 2005 par François Baroin, ministre de l'Outre-mer, suggérant qu'il
fallait remettre en question le droit du sol au profit du droit du sang dans « certaines Collectivités
Territoriales », ont déclenché des défoulements haineux à Mayotte, où des leaders d'opinion
appellent les Mahorais à la chasse contre leurs cousins comoriens, qu'ils hébergent ou qu'ils
emploient à bon compte grâce au statut de "clandestins", en les désignant comme responsables de
tous les maux qui les frappent, et ce dans une large indifférence médiatique 1.
Or, en droit international, ces "clandestins" ne franchissent aucune frontière. En effet, le 12
novembre 1975, l'archipel des Comores, composé de quatre îles (Ngazidja, Anjouan, Moheli, et
Mayotte), était admis à l'ONU comme un État nouvellement indépendant. Mais la France viole les
règles internationales et maintient son drapeau et ses fonctionnaires à Mayotte, en s'appuyant sur
une « volonté des Mahorais » construite par des menaces et des frustrations (transfert de la
capitale administrative, économique et politique des Comores de Mayotte vers Ngazidja, à Moroni,
dans les années 1960, déplacements forcés d'indépendantistes supposés de Mayotte vers ses îles
sœurs, lors et autour du référendum d'autodétermination...). Condamnée fermement vingt fois par
l'ONU, cette situation reste illégale.
Après 1975, la France a laissé les Comoriens circuler entre les quatre îles, pour ne pas ajouter le
crime de déplacements forcés de populations à l'illégalité de l'occupation de Mayotte. Ceci jusqu'en
1995, où Charles Pasqua, au sein du gouvernement d'Édouard Balladur, a mis en place un visa,
laborieux à obtenir, pour empêcher les Comoriens des autres îles de se rendre à Mayotte.
Depuis, ce sont des milliers de traversées qui se font chaque année sur des embarcations de
fortune, en cachette des forces françaises. On décompte en tout des milliers de morts par naufrage
de ces "kwassa-kwassa".
Pour ceux qui réussissent la traversée, les conditions de la vie clandestine sont indignes,
notamment lorsqu'ils travaillent sans aucun droit pour des salaires misérables.
Les maisons de ces "clandestins" sont régulièrement incendiées avec la bénédiction de maires,
du préfet et sous la protection de la gendarmerie. Les victimes sont entassées dans des centres de
rétention en attendant leur déportation vers les autres îles.
Depuis fin septembre, le député UMP Mansour Kamaridine organise la fronde (manifestations,
pétitions, etc.), et le préfet continuait de faire incendier des quartiers hébergeant des "clandestins"
alors qu'il n'y avait plus un seul bateau autorisé à les évacuer vers les autres îles. Nombreux sont
ceux qui se sont réfugiés dans des forêts.
Rappelons qu'en droit international, les déplacements forcés de populations dont les forces
françaises se rendent coupables sont un crime contre l'humanité, passible de la Cour pénale
internationale (articles 7.1.d et 7.2.d des Statuts de Rome) pour ceux commis depuis son entrée en
vigueur, en juillet 2002.
Pourquoi la France demeure-t-elle sur la scène internationale un pays qui bafoue des frontières
nationales et des résolutions de l'ONU ?
Une attitude légaliste lui rendrait la légitimité qui lui a manqué pour donner des leçons de droit
international aux États-Unis lorsqu'ils annonçaient leur intention d'envahir l'Irak. Les Comoriens des
autres îles circulant à Mayotte ne sont ni des "immigrés", ni des "clandestins" : ils sont sur leur
territoire, qui est occupé par une puissance étrangère.
Nous demandons aux autorités françaises :
– d'abroger ce visa immédiatement, et donc de renoncer aux déplacements forcés des Comoriens,
– de nommer à Mayotte un préfet qui aura pour mission d'apaiser les esprits d'une population
galvanisée par le poison de la xénophobie.
Nous demandons également à l'ONU et à l'UA d'établir une commission d'enquête internationale
sur la possibilité de rendre la souveraineté sur Mayotte à l'Union des Comores. La nouvelle
Constitution comorienne laisse en effet une telle autonomie aux quatre îles qui la composent que
les Mahorais pourront s'administrer eux-mêmes, avec un niveau de partenariat très poussé avec la
France. Le principe constitutionnel de la présidence tournante de l'Union leur assurera le partage à
tour de rôle de la souveraineté de l'Union, dont les pouvoirs peuvent se résumer à la protection des
frontières comoriennes.
1. France inter fera notoirement exception en programmant prochainement une série des émissions Là-bas si
j’y suis sur le sujet (probablement durant la semaine du 9 au 13 janvier).
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Burkina Faso :
Une méga-investiture présidentielle
dans l’indifférence générale
L’annonce du 25 Novembre dernier du
Conseil
constitutionnel
burkinabé
officialisant la victoire de Blaise
Compaoré avec 80, 35 % des suffrages
a soulevé l’indignation des 11 autres
candidats et des partis de l’opposition.
Sans contester sur le fond les
nombreuses irrégularités constatées par
l’opposition dans l’organisation de cette
élection, la Commission électorale
nationale indépendante et le Conseil
constitutionnel ont préféré parler de
« défaillances
matérielles »
et
de
« difficultés d’organisation ».
À l’examen des faits, la réalité est
beaucoup plus grave : le pouvoir
Compoaré, malgré les milliards gaspillés
pour s’acheter des voix à la tonne, a dû
tricher par tous les moyens pour “ravir de
haute lutte” le fauteuil présidentiel. Mais
aucun citoyen burkinabé honnête n’a été
dupe. Dès l’annonce du refus du régime
de la surveillance de l’élection par des
observateurs indépendants (dont l’équipe
internationale commise à cette tâche par
le Mouvement burkinabé des droits de
l’Homme et des peuples), chacun avait
compris le message : le CDP (parti du
président) avait décidé de ne faire aucun
cadeau aux 11 autres candidats. Toutes
les ficelles ont été utilisées : doubles
inscriptions d’électeurs dans les zones
jugées favorables au pouvoir, omissions
d’électeurs du fichier dans les régions
jugées “dangereuses”, etc. Ceux qui
avaient oublié (ou feint d’oublier) que
Faure Gnassingbé avait reçu ses leçons
auprès de son parrain Compaoré pour
préparer sa mascarade du 24 avril au
Togo en ont été pour leurs frais.
Depuis cette “victoire écrasante”, la
cour et l’arrière cour de la présidence
burkinabé s’active pour le grand jour :
l’investiture le 20 décembre de « l’enfant
terrible de Ziniaré ». Mais en dépit du
branle-bas médiatique pour susciter
l’intérêt du grand public pour cet
« événement historique », le peuple
burkinabé continue de vaquer à ses
occupations, préoccupé qu’il est par la
hausse vertigineuse des prix des
produits
de
première
nécessité,
l’escalade des licenciements – des
centaines de travailleurs jetés à la rue
sans
indemnisation
suite
aux
privatisations imposées par le régime en
place, la Banque Mondiale et le FMI.
Face à l’indifférence générale suite à la
“reélection” de Blaise Compaoré, il a bien
fallu trouver quelque chose qui puisse
marquer les esprits et attirer quelque peu
l’attention sur le “nouveau président”.
Alors que majoritairement les médias
burkinabé donnaient de larges échos aux
°
récentes
manifestations
populaires
contre l’impunité et la vie chère, qui se
sont tenues à travers tout le pays à
l’occasion du 7è anniversaire de
l’assassinat de Norbert Zongo et de ses
compagnons d’infortune, le scoop est
venu
du
journal
gouvernemental
Sidwaya, qui a fièrement annoncé à sa
une l’initiative hautement civique de
quatre jeunes qui ont pris la décision
héroïque de participer à l’investiture
présidentielle du 20 décembre après un
parcours à pied de 365 km.
Partis le 10 décembre 2005 de Bobo
Dioulasso (deuxième ville du pays) où
l’impopularité du régime atteint des
sommets, aux dernières nouvelles, nos
marcheurs auraient parcouru 130 km,
traversant
les
bourgades
dans
l’indifférence
générale,
et
parfois
accueillis par des quolibets ! Souhaitonsleur quand même bonne route... [SMS]
Côte d’Ivoire : l’impunité obstrue
toutes les voies de sortie de crise !
S’il y a une priorité qui est
constamment renvoyée à plus tard par
l’ONU, l’Union Africaine et leurs
membres, dans la recherche des
solutions de sortie de crise en Côte
d’Ivoire, c’est la lutte ferme et résolue
contre l’impunité.
En remettant au cœur du processus de
sortie de crise les protagonistes ivoiriens
signataires des accords successifs, la
Résolution 1633 de l’ONU crée de facto
les conditions objectives pour de
nombreux blocages qui ne vont pas
manquer d’émailler son application. C’est
déjà le cas ! Il a fallu en effet plus d’un
mois pour trouver « un Premier Ministre
consensuel ». Il en faudra autant, sinon
plus, pour former « le gouvernement
consensuel chargé de la transition ». On
ne sera pas surpris de constater que
l’ordre du jour du premier Conseil des
ministres fasse l’objet de multiples
pinaillages.
Pendant que ce temps précieux est
gaspillé pour gérer l’ego des uns et les
caprices des autres, les populations
ivoiriennes de toutes les zones
s’enfoncent chaque jour dans une
paupérisation croissante. La situation
humanitaire s’aggrave et le passif des
droits humains quotidiennement violés
s’alourdit, et tout cela dans l’indifférence
d’une classe politique toute accaparée
au partage des postes ministériels et les
hésitations
d’une
communauté
internationale qui semble difficilement se
départir de l’influence élyséenne.
Pire, il n’y a pas de jour qui passe sans
qu’on ne découvre, par voie de presse,
de graves accusations portées contre tel
ou tel camp par des anciens amis et
)
partisans en rupture de
banc. Successivement, on a ainsi appris
les horreurs perpétrées par les rebelles
dans la Zone Nord suite aux révélations
d’ex-rebelles en mal de repentance. Du
côté du régime de Gbabgo, les
révélations sont quotidiennes. D’anciens
officiers et sous-officiers, ayant trouvé
l’hospitalité dans des pays voisins,
décrivent avec force détails, le carnage
des escadrons de la mort, citent des
noms de commanditaires, des dates, des
lieux, etc. Les Forces Licorne elles aussi
sont
secouées
depuis
quelques
semaines par ce qu’on appelle
désormais l’affaire Poncet. Mais toutes
ces
révélations
restent
partielles,
partiales et en l’état, ne suffisent pas
pour établir toute la vérité et rien que la
vérité sur l'ensemble des crimes commis
par les uns et les autres.
Ce constat éclaire l’un des points
faibles de la gestion de la crise ivoirienne
par la communauté internationale, du
moins, celles et ceux qui ont jusque là
endossé cette dénomination. En se
refusant à publier in extenso et sans
édulcoration le Rapport sur les
violations des droits humains établis
par ses propres experts, l’ONU ne se
donne pas les moyens de donner un
coup d’arrêt décisif à l’escalade de la
violence, aux mensonges et aux demivérités des uns et des autres.
Or, à l’analyse de sa propre
expérience de gestion de crises
analogues dans d’autres régions du
monde, l’Onu sait pertinemment qu’il n’y
aura jamais de sortie durable de la crise
en Côte d’Ivoire s’il n’ y a pas une lutte
conséquente contre l’impunité. Publier le
rapport qu’on s’évertue à cacher à
l’opinion ivoirienne et internationale, pour
des raisons obscures, est devenue la
priorité des priorités. Il va de soi que
cette
publication
devra
être
accompagnée de mesures fermes contre
les criminels, de la création et la garantie
d’espaces de libre expression pour le
peuple ivoirien, qui reste, encore hélas,
pris en otage par des clans politiques
antagonistes sans vergogne. [SMS]
Dénis majeurs en Mali mineur
Nous le rappelions dans notre
précédent numéro [salve Honni soit qui Mali
pense], le Mali possède la troisième
réserve d’or mondiale. Tout en étant l’un
des pays les plus pauvre de la planète, il
est paradoxalement l’un des plus riche
par son potentiel minier. Le Mali est
connu depuis des siècles pour produire
de l’or de manière traditionnelle. Depuis
bientôt 10 ans, des multinationales
œuvrent afin de s’emparer de cette
manne, en s’accaparant les bénéfices
"
’&
&/ 1
’
issus de l’exploitation dans le plus grand
mépris des populations locales et au
détriment de l’environnement, détruisant
ainsi l’activité de 20 000 orpailleurs
traditionnels.
L’exploitation de la mine d’or de
Sadiola
par
la
Semos
(Société
d’exploitation des mines d’or de Sadiola),
située dans la région de Kayes, a
commencé en 1996. La Semos est
°
détenu par IamGold (38 %), AngloGold
(38 %), l’État malien (18 %) et la SFI
(6 %). La SFI (Société financière
internationale) est une filiale de la
Banque Mondiale. Les Amis de la Terre
ont effectué en janvier 2003 une mission
d’investigation sur la mine de Sadiola. Le
constat est accablant et les principales
préoccupations qui ressortent de leur
rapport sont :
Commission d'
enquête citoyenne
sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda
Aircrige (asssociation internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides),
Observatoire des transferts d'armements, Survie
Communiqué de la CEC (www.enquete-citoyenne-rwanda.org), le 19/12
Après la parution de divers ouvrages à caractère négationniste, la Commission d'
enquête
citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda (CEC) tient à présenter
les observations suivantes :
1 – La notion de "génocide" et celle de "complicité de génocide" applicables au Rwanda et dans
les pays limitrophes entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 ne sont pas affaires d'opinion.
Elles sont impérativement définies par la jurisprudence du Tribunal Pénal International pour le
Rwanda (TPIR), sur la base des articles 2 et 6.1 du Statut de ce Tribunal qu'a institué le Conseil de
Sécurité des Nations Unies (v. Résolution 955 du 8 novembre 1994 ; v. aussi Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948).
En vertu de la loi 96-432 du 22 mai 1996, les juridictions françaises peuvent être saisies à raison
d'actes accomplis par quiconque au Rwanda, entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 et doivent,
alors, appliquer les mêmes principes que le TPIR.
2 – Conformément aux principes applicables (v ci-dessus, 1), n'importe quel massacre massif
accompli au Rwanda n'est pas, ipso facto, un "génocide".
Sont, seuls, constitutifs de "génocide" les "actes ... commis dans l'intention de détruire en tout ou
en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel..."
3 – Chaque fois que la question lui a été posée, le TPIR a constaté qu'un "génocide" avait été
commis à l'encontre des Tutsi rwandais.
Il n'est donc pas possible de contester, en droit, l'existence de ce "génocide".
4 – Par ailleurs, en fait, aucun "groupe" rwandais autre que les Tutsi n'a été victime d'actes visant
à sa destruction "en tant que tel".
Dans ces conditions, il serait déraisonnable, en droit, de soutenir qu'un autre "génocide" que celui
des Tutsi aurait été perpétré au Rwanda.
5 – Nul ne prétend que la République française ait partagé avec tel ou tel gouvernement rwandais
l'intention de détruire tout ou partie du groupe formé par les Tutsi.
En droit, cependant, il n'est pas nécessaire que les autorités françaises aient eu cette intention
pour être "complices".
En effet, la "complicité" n'implique pas "l'intention spécifique qu'a l'auteur principal de commettre
le génocide" (v. notamment, TPIR, Jugement du 15 juillet 2004, affaire Ndindabizi).
Il faut – mais il suffit – que le complice ait "au moins connaissance de l'intention générale et
spécifique de l'auteur principal" (v. le même jugement).
Or, dans le cas du Rwanda, les autorités françaises avaient indiscutablement cette connaissance
(v. notamment, les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, le 15 mai 1994 à
l'issue d'un Conseil des ministres européens et le 18 mai suivant, à l'Assemblée nationale ; v.
également, le rapport de la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda, chapitre VI, pp. 286
et suivantes).
6 – En vertu de l'article 6.1 du Statut du TPIR l'encouragement "à préparer, planifier ou exécuter"
le "génocide" est une forme de "complicité".
Or, il a été jugé que "la présence d'une personne en position d'autorité en un lieu où un crime est
en train d'être commis ou en un lieu où il est connu que des crimes sont régulièrement commis peut
générer une forme d'approbation ... qui s'assimile à l'aide et à l'encouragement. Ce n'est pas la
position d'autorité qui est importante en elle-même, mais plutôt l'effet d'encouragement qu'une
personne en position d'autorité peut susciter au regard de ces évènements" (v. le même jugement
du 15 juillet 2004).
En droit, par conséquent, la "présence" de militaires français "en un lieu où un crime est en train
d'être commis ou en un lieu où il est connu que des crimes sont régulièrement commis" est
susceptible de constituer une "complicité".
7 – Nombre de témoignages et de documents permettent, malheureusement, de nourrir le
soupçon de "complicité" des autorités françaises civiles et militaires par d'autres faits que la simple
présence.
Il s'agit, notamment, de la remise de Tutsi aux Forces Armées Rwandaises (F.A.R.) et aux milices
– pour ne rien dire des allégations de meurtres et de sévices graves ; enfin, surtout, de l'aide
militaire, technique, financière et diplomatique apportée de 1990 à la fin d'août 1994, à un appareil
d'État qui préparait puis faisait exécuter le "génocide" (v. notamment, le rapport de la CEC,
L'
horreur qui nous prend au visage, Karthala 2005, pp. 420 et suivantes).
8 – La CEC se réserve de publier un rapport complémentaire à partir des éléments d'information
qu'elle n'a cessé de recueillir depuis mars 2004 sur les divers aspects de l'implication française.
)6
– Les risques élevés de
pollution de l’eau par le cyanure, ainsi
que l’impact sur l’environnement qui en
découle,
– Le manque d’accès aux informations
détenues par la Semos, et en particulier
aux résultats d’analyses d’eau,
– Le
défaut d’embauche de la
population locale, auxquels on préfère
des travailleurs venus d’autres pays,
– Une gestion opaque et floue des
fonds destinés au développement
communautaire,
– L’impact social et environnemental
sur les conditions de vie à Sadiola.
L’exploitation de l’or de la mine de
Morila, situé à 280 km au sud-est de
Bamako, a débuté elle en 2000. La
société Morila SA sous-traite les travaux
d’extraction à la Somadex (Société
malienne d’exploitation), une filiale du
groupe Bouygues, qui emploi environ
600 personnes sur les 1500 qui
travaillent à la mine. Morila SA est
détenue par Randgold (40 %), AngloGold
(40 %) et l’État malien (20 %). La réserve
d’or de Morila est estimée à 120 tonnes.
Une convention signée entre l’État
malien et Morila SA, stipule que
l’exploitation de la mine doit se faire sur
11 ans, à raison de 11 tonnes d’or par
an. En échange de quoi, l’État malien a
accordé à Morila SA une franchise
fiscale durant les 3 premières années
d’exploitation. Morila SA a en fait exploité
83 tonnes d’or durant les 3 premières
années, au lieu des 33 prévues, soit plus
des 2/3 des réserves de la mine.
Réduisant d’autant la durée effective
d’exploitation, Morila SA s’est ainsi autoexonérée d’impôts et de taxes sur une
grande partie de la production. Par
contre, la convention collective des
sociétés et entreprises minières prévoit
qu’en cas de dépassement de la production prévue, la société doit verser aux
mineurs une prime de rendement, qui est
un pourcentage du taux de dépassement.
La Cour d’appel de Bamako a d’ailleurs
rendu le 10 février 2005 un jugement
confirmant que la prime de rendement
était due ; ce que la direction de la mine
se refuse toujours à honorer.
C’est ce déni de droit qui est l’une des
principales causes du conflit social très
dur en cours à la mine de Morila. En
janvier 2005, les mineurs multiplient les
démarches pour faire reconnaître le
Comité syndical, sans succès. En juillet,
550 ouvriers de la Somadex se mettent
en grève durant 3 jours pour essayer
d’imposer la reconnaissance du Comité
syndical. La direction de la Somadex
réplique en licenciant 17 ouvriers et en
menaçant d’en licencier 60 autres. La
grève reprend pour :
– Demander la réintégration des 17
licenciés,
"
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&/ 1
’
– Revendiquer
les
primes
de
rendement non payées, estimées à 17
milliards de FCFA (26 millions d’euros).
– Dénoncer les conditions de travail
indignes, les protections étant la plupart
du temps absentes alors que les mineurs
sont exposés aux vapeurs de cyanure et
aux poussières d’arsenic.
– Dénoncer la falsification, voir parfois
l’absence de contrat de travail.
Après un mois de grève, la direction de
la Somadex licencie 300 de ses
employés en toute illégalité. Depuis le
mois d’août, la situation s’est dégradée
et le Comité syndical est entré dans la
clandestinité. De véritables commandos
sont organisés pour créer la confusion et
arrêter les grévistes. Une trentaine de
mineurs ont été emprisonnés en octobre
et à l’heure actuelle, 8 personnes
semblent encore en prison.
Le 12 novembre 2005, le Président du
Mali Amadou Toumani Touré (ATT) a
inauguré une nouvelle mine d’or à Loulo,
à 350 km à l’ouest de Bamako, dont
l’exploitation a débuté en juin 2005. La
Somilo (Société de la mine d’or de Loulo)
est détenue par Randgold (80 %) et l’État
°
malien (20 %). Sur les 1100 employés de
la mine, 250 seulement sont Maliens. Le
Directeur
général
de
Randgold
ressources limited, Mark Bristow, a
précisé
lors
de
son
discours
d’inauguration : « Notre foi dans ce pays
a été justifiée par les résultats de
Morila ». Tout un programme. [AL]
Ennemis de la liberté de la presse
Jean-Olivier Arfeuillère, PDG et
fondateur de l'hebdomadaire Lyon
Capitale, a été limogé par l'actionnaire
majoritaire
du
périodique,
Bruno
Rousset, président du groupe April. Lyon
Capitale avait révélé des anomalies dans
l'attribution des marchés publics du
Grand Lyon (présidé par le Maire de
Lyon). Ces marchés concernaient la
construction et la gestion des parkings,
soupçonnés
d’être
attribués
trop
systématiquement à Lyon parc auto
(LPA). Selon Le Monde (16/12) : « Le
maire, qui entretient avec les milieux
économiques d'excellentes relations, a
reconnu avoir demandé à quelques chefs
d'entreprise emblématiques locaux de
)
convaincre Bruno Rousset
de cesser "de jouer contre les intérêts de
Lyon". »
Cette affaire réunit de façon cocasse
deux politiciens, présumés innocents,
que Survie Rhône avait déjà mis côte-àcôte sur un tract intitulé "Lyon au cœur
de la solidarité internationale (envers les
dictateurs) » (cf. Billets n°133, Ils ont
dit) : le Maire PS de Lyon, Gérard
Collomb, et le député qui préside le
groupe d'amitié parlementaire FranceTogo, mais aussi la société LPA,
Christian Philip, amis respectifs de
Blaise Compaoré et de la famille
Gnassingbé.
Nous leur connaissions donc le même
genre de fréquentations. Nous découvrons
que portent sur eux des soupçons de
connivences communes, conduisant à
une atteinte majeure à la liberté de la
presse qui remet en question la
démocratie... chez nous cette fois.
Dernière minute : Une nouvelle PDG a
été nommée. Elle a interdit la sortie de
l’édition du 20 (cf. Libération, 20/12). [PC]
(Achevé le 20/12)
* # $ # )))
Darfour
internationales en créant des comités qui ne produisent
absolument aucun résultat,” a déclaré [Peter Takirambudde,
directeur de la division Afrique à HRW ...]
« Le Président du Soudan, Omar El Bashir et d’autres
responsables de haut rang devraient faire l’objet d’une enquête
pour crimes contre l’humanité au Darfour et être placés sur la liste
des Nations unies des personnalités passibles de sanctions
[indique le rapport de Human Rights Watch (HRW), préalable des
prochaines discussions du Conseil de sécurité des Nations unies sur le
Darfour : Impunité inébranlable...] Le procureur de la Cour pénale
internationale doit faire aujourd’hui une présentation au Conseil
sur l’enquête qu’il a menée sur les atrocités au Darfour.
Ce rapport apporte des informations nominatives sur le rôle de
plus d’une douzaine de personnes, responsables civils et
militaires, dans l’utilisation et la coordination des milices
Janjaweed et des forces armées soudanaises pour commettre
des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité au Darfour
depuis la mi-2003.
[... Il] décrit le procédé, répété dans tout le Darfour, qui a permis
aux responsables de la milice de collaborer avec des
administrateurs régionaux et des commandants militaires, ces
individus se retrouvant d’ordinaire pour coordonner leur stratégie
avant de lancer des attaques contre des villages et des villes en
campagne. Au début de l’année 2004, il est clairement apparu, y
compris aux yeux de certains soldats, que les civils étaient pris
pour cibles. Un ancien soldat a déclaré à Human Rights Watch
que lorsqu’il avait protesté auprès de son commandant, il lui avait
été répondu : “Tu dois attaquer les civils.”
Human Rights Watch affirme que le pillage et la destruction des
villages étaient non seulement excusés par les responsables du
gouvernement mais qu’ils étaient méthodiquement organisés, les
soldats et les membres des milices étant autorisés à s’emparer
des terres, du cheptel et d’autres biens civils. Des officiels
soudanais de haut rang ont joué un rôle direct dans la
coordination des offensives – en particulier la campagne aérienne
de bombardements – à partir de Khartoum. [...]
“Le gouvernement soudanais feint de se plier aux demandes
Le Conseil de sécurité des Nations unies recevra, en
décembre, trois rapports sur le Darfour : le rapport final et les
recommandations du Panel d’experts du Comité des sanctions ;
le rapport mensuel du Secrétaire général des Nations unies et la
présentation du Procureur de la CPI. En mars, le Conseil a
soumis le Darfour à la CPI et le Procureur a ouvert une enquête
le 6 juin. [...]
“Il y a neuf mois, le Conseil de sécurité des Nations unies a
mis sur pied un Comité des sanctions pour pénaliser les
personnes responsables d’abus au Darfour mais, à ce jour, il n’a
agi à l’encontre de personne,” a déclaré Takirambudde. “Si le
Conseil de sécurité veut voir de réels progrès au Darfour, il
doit agir maintenant.” » (communiqué de Human Rights
Watch, Nations unies : inscrire les hauts responsables soudanais sur la
liste des personnalités passibles de sanctions. La CPI devrait enquêter
sur les responsables en fonction au Darfour, Nairobi le 12/12).
[Qu'
ajouter, si ce n'
est répéter que la France, membre du Conseil de
Sécurité, doit agir maintenant. – SC]
Impunité
(Nous préparons un sujet sur l'immunité diplomatique, nous évoquerons
un certain nombre d'affaires. Je voulais dans cette perspective vous
demander : pourquoi le Quai d'Orsay n'avait-il rien tenté pour empêcher la
nomination de Pierre Falcone à l'Unesco ?)
« M. Falcone a été nommé par l'Angola comme ministre
conseiller auprès de l'Unesco. Les privilèges et immunités qui
sont liés à cette fonction découlent de l'application de l'accord de
siège qui existe entre l'Unesco et la France, ainsi que de la
Convention de Vienne sur les privilèges et immunités
diplomatiques. C'est l'application de ces textes qui font que M.
Falcone, effectivement, s'est vu reconnaître certains privilèges et
immunités. » [...]
"
’&
&/ 1
’
(Donc, cela implique qu'une personne qui serait poursuivie pour
meurtre pourrait, de la même manière, échapper à la justice française ?
C'est imparable.)
« Non, ce n'est pas du tout imparable, et dans certains cas,
l'immunité peut être levée à la demande des autorités judiciaires.
Dans certains cas, nous avons demandé que l'immunité soit
levée et elle l'a été. » [...]
(Dans une autre affaire, en septembre 2004, le fils de M. Kadhafi avait
été arrêté sur les Champs Élysées, il avait été relâché en raison de son
immunité diplomatique. D'après nos informations, il n'était pas du tout
accrédité au Quai d'Orsay. Comment est-ce possible ?)
« L'expression correcte n'est pas "accrédité au Quai d'Orsay".
L'immunité diplomatique s'applique aux personnels diplomatiques
qui résident en France, elle s'applique également aux personnes
qui effectuent une mission officielle en France. »
(Etait-ce le cas du fils de M. Kadhafi ?)
« À ma connaissance, non. Il ne bénéficiait pas de l'immunité
diplomatique et nous avons fait part aux autorités libyennes de
notre mécontentement pour le comportement de M. Hannibal
Kadhafi.
(Pourquoi a-t-il été relâché alors ?)
« Je ne sais pas. » [...]
(Concernant l'affaire Ndenguet en avril 2004, le chef de la police
congolaise avait été mis en examen et puis relâché en pleine nuit et en
raison de son immunité. Là encore, il n'était pas accrédité au Quai
d'Orsay, lequel avait fourni une lettre à la Justice disant, d'après les
informations que nous avons obtenues à l'ambassade du Congo qu'il était
protégé par l'immunité. Or, un envoyé d'un pays doit, auparavant, être
accrédité au Quai d'Orsay. Comment les choses fonctionnent-elles ?)
« Je n'ai pas forcément la chronologie précise en tête. Ce qui
est important, c'est le fait que les autorités du pays d'où vient
cette personne nous disent que cette personne est en mission
officielle, ce qui, semble-t-il, était le cas en l'espèce. »
°
)7
aujourd'hui à Bamako avec une débauche de
moyens insultant la misère de leurs peuples.
Et ce n'est pas le nouvel habillage européen et multilatéral
auquel la France essaye de faire croire qui changera la nature du
système dont la logique conduit à la pauvreté, à la désespérance,
et par ricochet à l'exode et l'émigration forcée des jeunes...
Les participants au Sommet alternatif citoyen se sont indignés
des politiques de répression et de stigmatisation des populations
immigrées ou d'origine immigrée, reflet d'un passé colonial mal
assumé et d'un présent néo-colonial occulté.
Constatant l'échec de ces politiques et le refus de dialogue des
participants au Sommet officiel, le Sommet alternatif a décidé de
relayer les aspirations de la masse des citoyens, d'organiser les
réseaux internationaux associatifs qui les mobilisent pour permettre
à leurs résistances de se construire, de mener des actions pour
exprimer leur révolte et obtenir des transformations radicales avec
les peuples et pour les peuples.
Cela requiert de notre part :
– d'opérer un vaste programme d'éducation à la citoyenneté ;
– de favoriser le décloisonnement et la solidarité des luttes
nationales, régionales et internationales ;
– de créer un réseau d'information et de mobilisation
internationale ;
– de travailler conjointement pour la mise en place de
mécanismes de lutte contre l'impunité des crimes politiques (justice
pénale internationale, compétence universelle) et économiques
(audit de la dette, nouvelles règles du commerce international,
transparence des industries extractives, etc.)
– d'exiger la libre circulation des personnes.
(Mais, le Quai d'Orsay n'était pas au courant avant, est-ce normal ?)
Pour ne pas répondre aux discours vides par d'autres discours
sans effet, les participants au Sommet alternatif s'engagent à
mettre en place dans les prochains mois un cadre cohérent
d'actions et de propositions.
« Je ne sais pas. Ce que je dis, c'est qu'à un certain moment,
nous avons su qu'il était en mission officielle. » (Point presse du
Quai d’Orsay, le 22/11).
L'heure est venue de construire une véritable coopération entre
l'Afrique et la France basée sur la vérité, la justice, l'égalité, la
liberté et le respect mutuel.
[La scène serait comique si les sujets abordés n’étaient aussi graves. On
retiendra un double aveux : l’immunité de P. Falcone aurait pu être levée,
et le Quai d’Orsay préfère « ne pas savoir » quand la raison d’État fait
dérailler les procédures légales... – VS]
Le règne de la Françafrique et l'impunité de ses dirigeants
doivent prendre fin ! » (Le Sommet Alternatif Citoyen France
Afrique, Appel de Bamako, le 01/12).
[Survie, et ses délégués, a bien entendu pris une part active dans ce
constat.]
Mondialisation
« Du 30 novembre au 1er décembre 2005 s'est tenu à la Maison
des Jeunes de Bamako (Mali), le Sommet alternatif citoyen Afrique
France en réplique au 23ème Sommet Afrique France, vitrine du
néo-colonialisme français.
Cet événement inédit en Afrique a réuni plus de 200 participants
venant de 12 pays d'Afrique et du reste du monde, représentant
par délégation plus d'une centaine d'organisations de la société
civile. Au cours des travaux, le Sommet s'est penché sur les
thèmes relatifs aux principaux maux qui minent l'Afrique :
dictatures, dette odieuse, corruption, échange inégal, violations
massives des droits de l'homme, impunité, pillages.
45 ans de coopération et 22 Sommets France Afrique n'ont
apporté aucun remède à ces maux. Le Sommet alternatif citoyen
Afrique France constate au contraire que la coopération
françafricaine n'a servi que les intérêts économiques et politiques
des seuls dirigeants français et africains, au mépris des peuples
qu'ils sont censés représenter.
En cette année 2005, la France a validé le coup d'état électoral
de Faure Gnassingbé Eyadéma au Togo, poursuivi un jeu trouble
en Côte d'Ivoire. Elle soutient le régime agonisant d'Idriss Déby au
Tchad et les pouvoirs dictatoriaux de Paul Biya au Cameroun,
Denis Sassou N'Guesso au Congo et tant d'autres accueillis
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris)
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°
)0
Outre-mer
migratoire de L’Express, le 01/12).
« Nous sommes à un tournant identitaire, [...] car nous sommes
devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons
aujourd'hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970
pour noyer les mouvements indépendantistes d'alors et sécuriser
le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l'Agriculture de
l'époque, a joué les apprentis sorciers. » (Christiane TAUBIRA,
[Ce propos est à la fois une dénonciation et un aveu. La dénonciation
d’une politique d’instrumentalisation des différences ethniques pour mieux
régner, grand classique colonial, s’accompagne de l’aveu qu’on a mordu
à l’hameçon : nous, les vrais Guyanais, sommes envahis. Une certaine
schizophrénie règne cependant, puisque Mme Taubira dénonçait « la
chasse à l'homme, reconnaissable au faciès et à la pauvreté » (Libération,
19/09), au moment des déclarations de François Baroin remettant en
question le droit du sol. – PC]
députée (PRG) de Guyane, citée dans le dossier Outre-mer, La bombe
& '
$
2
Françafrique
AFP, Un procès à Londres démonte le détournement des
pétrodollars du Congo (Pierre PRATABUY), 15/12 : « La justice
britannique a récemment mis au jour de complexes montages
financiers destinés à dissimuler les revenus pétroliers du CongoBrazzaville depuis plusieurs années, dans une affaire opposant
l'État congolais à l'un de ses créanciers. La société financière
Kensington International, basée aux îles Caïman, à laquelle le
gouvernement de Denis Sassou Nguesso devait 121 millions de
dollars (100,8 M EUR) au 12 août 2005, a obtenu gain de cause
dans un jugement de la Haute Cour de Justice rendu à Londres
le 28 novembre. Elle demandait à recouvrer une partie de ses
créances congolaises auprès d'une tierce partie, la société
pétrolière britannique Glencore, redevable de 39 millions de
dollars (32,4 M EUR) à la société Sphynx Bermuda, présentée
comme une société écran agissant pour le compte de
Brazzaville. Le juge Cooke est parvenu à la même conclusion :
l'argent de Glencore finirait, en réalité, dans les caisses de l'État
congolais. Il a ordonné en conséquence à Glencore de payer
Kensington, et non Sphynx.
L'affaire débute en février 2005 avec la vente d'une cargaison
du tanker Nordic Hawk par la Cotrade, filiale de la Société
nationale des pétroles du Congo (SNPC), à la société Africa Oil
and Gas Corporation (AOGC). Cette dernière revend le
chargement à Sphynx Bermuda, qui le cède ensuite à Glencore.
Selon la Haute Cour, les contrats passés entre la Cotrade,
AOGC et Sphynx Bermuda étaient factices et visaient à
interposer des sociétés écrans entre la SNPC et Glencore. Le
but ultime étant de dissocier l'État congolais de revenus que ses
créanciers pourraient saisir. Pour parvenir à ces conclusions, le
juge Cooke a remonté l'histoire récente de l'industrie pétrolière
du pays, en examinant le rôle de Denis Gokana. Cet ancien
salarié de la compagnie française Elf contribue à la création, en
avril 1998, de la SNPC, dont il dirige la filiale britannique de 1999
à 2001. Il crée ensuite à Londres, en 2002, Sphynx Bermuda, qui
fournit ses conseils à la SNPC. En décembre, il revient au Congo
régler un différend avec Total et devient à cette occasion le
conseiller spécial du président Sassou Nguesso pour le pétrole.
En janvier 2003, Denis Gokana crée AOGC qui, jusqu'en avril
2005 et avec Sphynx Bermuda, vend 23 cargaisons de pétrole
congolais, dont celle du Nordic Hawk, pour un total de 472
millions de dollars (393,2 M EUR). Or, les relevés bancaires de
Sphynx, obtenus par Kensington International, montrent que
l'argent tiré des ventes de pétrole, à l'exception d'une seule, ne
transitait pas par les Bermudes mais arrivait directement sur le
compte bancaire de l'AOGC au Congo, dont les relevés n'ont pu
être consultés par la justice britannique. La Haute Cour en a
conclu que M. Gokana avait toujours agi pour le compte du
Congo et non comme dirigeant de sociétés indépendantes. Il est
d'ailleurs devenu en janvier le directeur général de la SNPC. Le
juge Cooke, sans en avoir la preuve, n'a pas exclu que le
montage financier ait permis un enrichissement personnel de M.
Gokana et de dirigeants congolais, comme l'affirmait l'ONG
Global Witness dans un rapport récent. Cet aspect fait l'objet
d'une autre plainte déposée à New York par Kensington, à
l'encontre de la SNPC, de son ancien patron Bruno Jean-Richard
Itoua, actuel ministre congolais de l'Energie, et de la banque
française BNP-Paribas. Cette action est intentée dans le cadre
du Racketeer and Corrupt Organizations Act, adopté par le
Congrès américain en 1970 pour lutter contre la mafia. Le 19 mai
2005, selon la Haute Cour, la Caisse congolaise
d'amortissement, qui dépend du ministère des Finances, avait
exclu de faire un quelconque paiement à ses créanciers avant
que diverses négociations sur l'allègement de la dette du pays
n'aboutissent. »
[Rien de bien surprenant si l’on se souvient que l’imposante société de
courtage suisse Glencore, au départ fondée par Marc Rich, s’est déjà
illustrée dans le dépeçage de Metaleurop, dans le naufrage du Prestige,
et dans différents trafics d’armes ou de pétrole avec le Congo-Kinshasa,
la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou l’Angola, aux côtés d’acteurs de premier
plan de la Françafrique et de certains milieux russes. Mais ce n’est pas
tous les jours que la justice décortique les circuits de l’argent sale ; et il
s’agit d’un cinglant démenti aux appréciations du FMI et la Banque
Mondiale qui jugeaient récemment que M. Gokana avait su impulser
davantage de transparence dans les revenus énergétiques du Congo. On
attend donc avec impatience les résultats de l’autre enquête visant BNPParibas, qui fut avec Glencore au cœur de l’ingénierie financière de
l’Angolagate comme de certaines affaires de pillage de l’ex-URSS. – VS]
Mondialisation
Libération, Travail forcé en Birmanie : Total paie (Philippe
Grangereau), 30/11 : « Total n'a pas voulu risquer une
condamnation pour travail forcé en Birmanie. Le groupe pétrolier
a accepté hier d'indemniser sept Birmans qui l'accusaient de les
avoir contraints de travailler gratuitement pour elle sous la
supervision de l'armée birmane. [...] La compagnie, qui assure
que, si du travail forcé a bien eu lieu, c'était à son insu, avait fait
appel à Bernard Kouchner en 2003 pour la cautionner. Dans un
rapport payé 25 000 euros, Kouchner avait affirmé que la
compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits
“mal informés” ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le
travail forcé en Birmanie. »
[Total n’aurait donc eu recours au travail forcé qu’à l’insu de son plein
gré, comme dirait Virenque. Ou comme l’a dit un responsable de Total en
Birmanie à des reporters de Canal + [cf. Billets n° 134] : « Moi je pense
que j'ai vu des militaires qui travaillaient, avec leur famille. » Alors,
pourquoi vouloir éviter un procès ? – VS]
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