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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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Panique à bord
Les Occidentaux découvrent avec effroi la présence de la Chine en Afrique, consacrée par un sommet Chine Afrique qui
s’est déroulé à Beijing les 4 et 5 novembre derniers, remportant un franc succès auprès des États africains. 48 étaient
représentés, dont 24 par leur chef d’État, sur les 53 appartenant à l’UA. Seuls les 5 pays africains : Burkina Faso, Gambie,
Sao-Tomé et Principe, Swaziland, Malawi, qui reconnaissent Taïwan, étaient absents. On ne compte plus, depuis quelque
temps, les appels dramatiques lancés dans les médias français par les experts de tout poil pour sauver les malheureux
Africains de l’ogre chinois. Le journal burkinabé San Finna laisse entrevoir des possibilités de revenir à la surenchère de type
"guerre froide" comportant des risques de déstabilisation et d'utilisation de la vieille recette des guerres par procuration.
C’est ainsi que, de 1960 à 1990, toute entreprise progressiste en Afrique a été combattue, sous prétexte qu’elle était de mèche
avec Moscou. Il y avait même une véritable paranoïa des services français là-dessus dans leur chasse aux intellectuels
africains tant soit peu critiques, qui ont été étouffés et
censurés par tous les moyens.
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Mais, après l’effondrement de l’URSS, le climat a bien
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changé. Le dragon chinois, beaucoup plus redoutable
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apparemment, n’exporte plus sa révolution mais ses
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marchandises et lorgne l’accès aux matières premières,
chasse gardée de l’Occident. La concurrence ne peut
qu’être favorable aux Africains. Les motos chinoises à bon
marché sont plus efficaces pour empêcher l’exode des
jeunes, du fait des activités possibles qu’elles leur offrent,
que les discours sur le co-développement de Sarkozy. La
Au Darfour et autour, silence on tue...
compétition pour les matières premières fera certainement
grimper les cours en faveur des pays africains. Déjà, au
En Afrique centrale, rien ne va plus : ni le Darfour, qui continue
Niger, la Cogema-Areva, jusque là en situation de monopole,
de brûler après 3 années de conflits sanglants entre milices et
dictant ses conditions, s’inquiète de l’accord conclu avec la
factions armées locales, soutenues pour certaines par le régime
Chine pour l’exploitation d’un gisement d’uranium. Si la
de Karthoum et pour d'autres par le président tchadien. Les
France a, depuis des décennies, l’électricité la moins chère
populations autochtones en ont déjà payé un lourd tribut : plus
d’Europe, c’est parce qu’elle fait son électricité nucléaire
de deux millions de personnes ont dû fuir leur région ou leur
sur le dos des pauvres Nigériens, sans état d’âme. Quant à
pays, causant un désastre humanitaire. En dépit de la résolution
la lutte contre la corruption, après une éternité de discours
des Nations Unies votée le 29 août dernier, et malgré les
creux, elle a une chance de devenir une réalité s’il s’agit de
insuffisances flagrantes constatées au regard de la force de
contrer les Chinois. La vertu a peut-être enfin de beaux
l'Union Africaine (l'AMIS est composée de 7000 soldats et
jours devant elle.
policiers essentiellement rwandais et nigérians, à la fois sous
Et on ne le regrettera pas à voir les conséquences de
financée et mal équipée), la communauté internationale
l’impunité qui a protégé le déploiement débridé des activités
n'envisage toujours pas l'envoi de troupes de maintien de la paix
criminelles en Afrique jusqu’à présent. Il a fallu plus de dix
sans l'aval préalable du Président soudanais. Or celui-ci, rendu
ans pour que l’assassinat du juge Bernard Borrel, perpétré
responsable de nombreux massacres dans la région, persiste à
en octobre 1995 à Djibouti, soit reconnu, alors que, dès les
rejeter le principe d'une quelconque intervention extérieure. Les
premiers instants, les autorités françaises ont orchestré le
fragiles tentatives de conciliation de l'Union européenne puis de
mensonge à son sujet pour couvrir d’infâmes trafics. La
la diplomatie française (bien tardives et mi-complaisantes) ont
justice protégeant le crime, il n’y a pas de perversion plus
confirmé, s'il le fallait encore, la difficulté de faire respecter les
ruineuse pour un État, à très brève échéance. Enfin, sur la
droits fondamentaux -universels et indivisibles- lorsque la
brûlante question du Rwanda, toute la politique française se
souveraineté des États (pétroliers) était en jeu...
résume à un lamentable « ce n’est pas nous, c’est l’autre »,
Au Tchad, le régime vacillant du dictateur Idriss Déby ne tient
dans un effort désespéré de pointer du doigt un
plus qu'à un fil : celui de la présence militaire française (la
responsable présumé de l’événement qui a précipité la
France dispose de 1200 soldats pré positionnés en permanence
tragédie et qui en ferait oublier les organisateurs et les
au Tchad, et est liée à ce pays par des accords de coopération
acteurs. Se camper dans une posture arrogante : surtout
militaire). La multiplication des conflits sanglants au Sud Est du
pas de repentance, n’empêchera pas la vérité de faire son
pays (récents massacres de 350 villageois par des groupes
chemin.
instrumentalisés par le pouvoir en place), l'avancée progressive
des trois principaux groupes rebelles et, sur la scène politique
intérieure,
le refus du Président Déby d'ouvrir la consultation
Odile Tobner
nationale demandée par l'ensemble de la classe [../.. suite p. 4]
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L'affaire Bruguière
En amont
René Degni Ségui, rapporteur spécial de l'Organisation des
Nations Unies sur le génocide des Tutsi commis au Rwanda en
1994, a été chargé, le 25 mai 1994, d'enquêter sur l'attentat
contre l'avion de Juvénal Habyarimana dans la foulée de
l'enquête qu'il a menée sur le génocide. Lorsqu'il a prié l'ONU
de lui fournir les moyens indispensables à cette fin, il s'est
entendu répondre qu'il n'y avait pas de budget pour cette
investigation – ce dont il a témoigné publiquement devant la
mission d'enquête sénatoriale belge. Ahurissant mais vrai : un
tir de missile abat l'avion dans lequel se trouvent deux chefs
d'État, celui du Rwanda et celui du Burundi, à la suite de quoi
un génocide, dont on connaissait les préparatifs, a été mis à
exécution, sans que la communauté internationale juge
nécessaire d'en savoir davantage. Aucun État n'est intervenu
pour exiger qu'elle honore son évidente responsabilité. La
France, dont le soutien au régime qui a commis le génocide est
avéré, s'en tient à son exercice qui consiste à éluder cette
complicité, et à accuser de ce qu'elle aurait pu et dû empêcher
les victimes d'un processus historique dans lequel elle a joué
un rôle funeste (au sens propre : qui cause la mort).
Aujourd'hui
Notre pays est engagé dans un bras de fer avec le Rwanda
dont on ne sait ce qu'en sera l'aboutissement. Le Rwanda a
rappelé son ambassadeur à Paris pour consultation, laissant
entendre qu'il pourrait rompre ses relations diplomatiques avec
la France, puis, le 24 novembre, Kigali a annoncé la rupture. Á
l'origine de cette "crise" se trouve l'enquête du juge Jean-Louis
Bruguière (rendu publique le 20 novembre) sur l'attentat contre
l'avion de l'ancien président rwandais, dans lequel les 3
membres français de l'équipage ont perdu la vie, dans le cadre
de la plainte déposée par les familles de ces derniers. Le
magistrat recommande des poursuites devant le TPIR contre
l'actuel président rwandais Paul Kagamé, et il vient de signer,
avec l'aval du parquet parisien, des mandats d'arrêt
internationaux contre 9 collaborateurs de ce dernier, dont le
chef d'état major James Kabarebe. L'enquête Bruguière attend
dans un tiroir depuis environ deux ans une éventuelle
utilisation [cf. la « Troisième esquive », celle de l’audition de Grégoire
de Saint-Quentin à Arusha, p.3]. De longue date tenue en réserve,
elle jaillit sur le terrain dans un contexte politique dans lequel la
vérité, la justice, et l’entente internationale en sont pour leurs
frais, comme en écho des procédures ouvertes devant le
Tribunal aux armées de Paris (TAP) à la suite de plaintes de
rescapés du génocide visant des militaires français, et de la
commission d'enquête rwandaise sur la complicité française
avec les organisateurs du génocide. Récemment, le président
de la commission, Jean de Dieu Mucyo, a déclaré
publiquement que si la France savait « faire un geste »
(demander pardon), l'ensemble du dossier pourrait retourner à
l'histoire et la relation franco-rwandaise reprendre. On peut
penser ce que l'on veut de cette suggestion. On ne peut que
constater que la réponse a été donnée via Bruguière.
L'enquête de ce dernier, rapportée dans un document de 64
pages, n'apporte rien de nouveau sur la connaissance des
faits, ni sur ce qui circulait concernant son contenu depuis
longtemps. Il s'agit d'une enquête qui ne peut être considérée
comme impartiale, qui se fonde sur ce que rapportent des
militaires ou services français, sur les affirmations connues
d'anciens militaires de l'Armée patriotique rwandaise (APR)
dont les dires n'ont pas été vérifiés, et sans que le juge
d'instruction se soit rendu au Rwanda afin de procéder à ces
vérifications. Entamée en 1998 lors du déroulement de la
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mission parlementaire d'information sur le Rwanda – il y a huit
ans ! – tout semble indiquer qu'elle n'avait pas pour objectif de
faire la lumière sur l'attentat du 6 avril 1994. Pire : ce rapport
écarte l’hypothèse d’un attentat commis par les Forces armées
rwandaises (FAR) au mépris de révélations passées (lire
l’analyse de Patrick de Saint-Exupéry p. 3-4).
Sait-on, pour autant, aujourd'hui, qui a commis l'attentat du 6 avril 1994 ?
Non. Seule une enquête internationale indépendante et
impartiale, initiée sous l'égide de l'ONU peut, et doit, en faire la
lumière. Il serait temps de l'exiger, et de l'obtenir. Sa soustraitance entre les mains d'un juge français aux ordres du
politique n'est pas tolérable.
Il est également intolérable de constater les confusions
jetées dans la compréhension d'une question qui concerne
l'humanité toute entière, et bien entendu tous les Rwandais qui
doivent bâtir un avenir à la suite du drame qui les a atteint et
dont ils ne sont pas les seuls responsables. Le génocide, le
processus historique qui l'a précédé, l'attentat, ses intentions,
ses conséquences, la responsabilité de la communauté
internationale et celle de ses membres... ne peuvent être
compressés dans un paquet signé Bruguière.
Oui, décidément, la vérité et la justice en sont pour leurs
frais. Au nom des victimes du génocide, il reste du devoir des
citoyens français d'exiger qu'elles soient mises à l'ordre du
jour, au détriment de tous les calculs, cynismes et mensonges.
[Sharon Courtoux]
L’enquête esquivée par trois fois
Pour la troisième fois la France évite de devoir rendre compte de ce que
des français ont fait au moment de l'attentat du 6 avril 1994 au Rwanda.
Plusieurs questions se posent à propos des conclusions du
juge Bruguière.
Les familles des pilotes de l'avion d'Habyarimana ont attendu
trois ans et demi avant de porter plainte. C'est un délai très
long qui ne s'explique que par des conseils de prudence et de
patience qui leur auraient été donnés. Par qui et pourquoi ?
Première esquive
Une première réponse, donnée par le juge, serait que les
familles auraient attendu une enquête internationale. C'est
possible. Quand la France a-t-elle demandé cette enquête ?
Membre permanent du Conseil de Sécurité, la France est
coresponsable de la décision qui a refusé que des fonds soient
débloqués pour concrétiser cette enquête dont Monsieur
Degni-Segui fut chargé par l'ONU en 1994.
Selon cet enquêteur de l'ONU, qui a déposé le 17 juin 1997
devant le Sénat de Belgique, l'armée française et les FAR se sont
renvoyé la balle pour éviter de lui donner les éléments d'enquête
de terrain qu'elles auraient prélevés dès le 6 avril 1994.
Seconde esquive
Le parlement français a reconnu en effet, à la suite de ses
auditions en 1998, que le Colonel Grégoire de Saint-Quentin
était dès les premières heures qui ont suivi l'attentat sur les
lieux du crash. On sait aussi que le Capitaine Barril fut chargé
de cette affaire par la famille Habyarimana et que les débris de
l'avion seraient tombés dans le jardin de la propriété
présidentielle, donc accessible à la famille.
Y a-t-il eu d'autres demandes françaises pour une enquête
internationale ? Nous n'en connaissons pas.
Cette information en provenance de Belgique aurait-elle
déclenché la plainte des familles puisqu'elle est déposée le 31
août 1997, deux mois et demi après la déclaration de
l'enquêteur de l'ONU ? C'est probable. On attend ensuite le 27
mars 1998, sept mois, pour répondre favorablement, c'est à
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dire trois semaines après la décision de créer la mission
d'information parlementaire française sur le Rwanda. Le
premier effet de cette décision sera de soustraire le Capitaine
Barril au devoir de répondre aux questions des députés
français. Il aurait réservé ses réponses au juge Bruguière.
Géopolitique judiciaire
Le deuxième effet de cette décision se fera sentir devant le
TPIR en 2000-2001 mais n'aboutira pas : coincer le Front
patriotique rwandais (FPR), et donc Paul Kagame, qui ne
cesse de rappeler les responsabilités de la France au Rwanda.
On se souvient que Louise Arbour, magistrate canadienne et
procureur du TPIR, avait permis à ce tribunal de décoller après
des débuts difficiles. Mais elle souhaitait faire un procès global
d'une trentaine de prévenus pour faire ressortir l'entente en vue
de commettre le génocide. Ce projet, pourtant sensé, pour
apprécier les caractéristiques juridiques du génocide, fut
combattu et Louise Arbour échoua et céda la place à Carla del
Ponte, magistrate suisse réputée pour sa détermination, en
septembre 1999.
À partir de la nomination de Carla del Ponte, le juge
Bruguière fera le siège de cette juridiction et de son procureur
à plusieurs reprises, à La Haye et à Arusha, pour tenter de les
convaincre d'instruire à charge contre le président du Rwanda
sur la question de l'attentat. Si c'est le FPR ce n'est personne
d'autre. « La meilleure défense c'est l'attaque » ? Le procureur
fera des déclarations qui laisseront quelques espoirs à
certains. Un rapport d'une page, trois avec les pages de garde,
initiative privée d'un fonctionnaire de l'ONU, Mickaël Hourigan,
viendra opportunément soutenir la démarche du juge français.
À cette époque un autre soutien tout aussi opportun vint d'un
mystérieux "network commando" en exil désignant le FPR
auteur de l'attentat. On en entendra parler. « Paul Kagamé est
le coupable ».
Carla Del Ponte a en outre précisé la position officielle du
parquet du TPIR concernant l'enquête sur l'attentat contre
l'ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana :
« Est-ce que nous avons une juridiction pour ouvrir une
enquête sur l'
abattement de cet avion ? Est-ce que ça
constitue un acte de préparation de génocide ? Apparemment
ça va dans cette direction, mais naturellement si on n'
a pas
établi qui sont les auteurs de ce crime, c'
est difficile d'
en savoir
plus. Comme vous savez, le juge Bruguière, le juge
d'
instruction à Paris a ouvert une enquête cette année, [...] Moi
je coopère avec le juge Bruguière, il va d'
ailleurs revenir bientôt
à Arusha pour de nouvelles auditions, et naturellement, je suis
de très près cette enquête parce que les résultats me
permettront de décider si le bureau du procureur de ce Tribunal
doit ouvrir une enquête lui-même [...]. Avec le juge Bruguière je
viens d'
avoir une rencontre à La Haye ; je pense qu'
au début
de l'
année on pourra faire une décision motivée [...]. » [Fondation
Hirondelle, 13/12/2000].
Le Rwanda bloquera les procès du TPIR en soustrayant aux
auditions les témoins rwandais. Carla del Ponte devra se
résoudre à refuser l'initiative française. L'enquête ne sera pas
ouverte. Mais on assistera à de multiples tentatives de
fragmentation et réduction des responsabilités dans le
génocide, voire même de négation du génocide au sein du
processus juridique, notamment par la volonté d'imposer l'idée
du double génocide et la responsabilité du FPR dans le
génocide. Le TPIR résistera.
Le juge Bruguière décida de changer son fusil d'épaule. Il
"découvrit" en 2003 un nouveau témoin du "Netwok
commando" encore plus bavard et confirmant les dires des
premiers, Abdoul Ruzibiza. Il aurait fait partie du "fameux"
network commando, il sait qui a tiré les missiles.
C'est en mars 2004, que le juge dévoile son nouvel axe de
bataille, via Stephen Smith dans Le Monde. Ruzibiza confirme
que c'est bien le FPR et Paul Kagame qui seraient les auteurs
de l'attentat. La publication des conclusions serait imminente.
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)
L'information sort au moment où le président
du Rwanda est en visite officielle en Belgique, un
mois avant le dixième anniversaire de la commémoration du
génocide. Bruguière a comme lancé un juron au milieu du
recueillement des rescapés, alors qu'ils attendent des excuses
de la France. Kagame répliquera par une gifle publique qui
renverra la diplomatie française à Paris.
Troisième esquive
Pourtant il fallut attendre Novembre 2006 pour que le juge
mette en pratique sa menace. Pourquoi ? La France est en
situation critique. Plainte de Rwandais devant le tribunal aux
armées, travaux de la commission nationale rwandaise sur
l'implication de la France, et surtout le Juge Bruguière n'a pas
oublié la menace que représente le TPIR pour la France à
cause de la détermination du FPR et des “anglo-saxons”.
Visiblement quelque chose s'y joue qui concerne la France.
Le Colonel de Saint-Quentin, qui a probablement prélevé les
éléments matériels de l'attentat sur le terrain le 6 avril 1994 est
convoqué par la défense d'un militaire présumé génocidaire. Le
TPIR a obligé la France à répondre favorablement à cette
demande. Dans la semaine qui débute le 20 novembre 2006,
le général Dallaire doit aussi témoigner des premiers jours du
génocide. Il s'agit bien de la période précise où a eu lieu
l'attentat. La France entoure le témoignage de Grégoire de
Saint-Quentin de précautions draconiennes. Pourquoi ?
Le juge Bruguière publie ses conclusions le 21 novembre
2006. Le même jour les autorités françaises annoncent que
Grégoire de Saint-Quentin ne se rendra pas à Arusha
« pour raison de sécurité ». La France a encore évité de
devoir rendre compte de ce qu'on a fait au moment de l'attentat.
Mais le plus frappant vient de la lecture attentive des
conclusions du juge Bruguière : les faits matériels sur lesquels
il se base, les deux missiles numérotés, ont déjà été analysés
soigneusement par les députés français en 1998. Il s’agit des
mêmes missiles et les députés avaient conclu que ces faits ne
permettaient pas de prouver l’implication du FPR. Cette
entêtement incompréhensible rappelle les irlandais de Vincennes !
Et maintenant ? Le TPIR ferme ses instructions en 2008... ça
va peut être passer ? [Emmanuel Cattier]
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Le Figaro, Enquête sur la mission du juge Bruguière (Patrick
de Saint-Exupéry), 25/11 : « [Jean-Louis Bruguière] a initialement
étudié “cinq hypothèses”, mais s'est très vite trouvé dans
l'obligation, affirme-t-il, de n'en retenir qu'une.
D'un trait de plume, il explique avoir balayé l'éventualité d'un
attentat réalisé par des Hutus appuyés par l'ancienne armée
rwandaise (FAR) : “S'
agissant des FAR, écrit-il, il a pu être
établi qu'
elles étaient mal équipées et peu entraînées (...) qu'
au
surplus, elles ne disposaient que de faibles moyens antiaériens
et n'
avaient pas de missiles.” Ce point est déterminant : l'attentat
du 6 avril 1994 aurait été réalisé avec deux missiles Sam 16.
Le problème, et il est de taille, est que l'affirmation du magistrat
a été contredite. Jean-Louis Bruguière paraît écarter d'emblée
des pistes ouvertes par les parlementaires français. Dans leur
rapport, publié à la fin de la mission d'information, ils notent
que l'armée rwandaise dispose en 1994 de 40 à 50 missiles
Sam 7 et de 15 Mistral. [...]
Lors de son témoignage face à la cour d'Arusha, le colonel
Théoneste Bagosora, accusé d'avoir été “le cerveau du
génocide”, avait également contredit l'affirmation du juge
Bruguière. Sur la base de pièces à conviction, l'ancien
commandant du bataillon antiaérien à Kigali en 1992 avait
admis que les autorités rwandaises de l'époque s'étaient
portées acquéreurs de missiles Sam 16. L'hypothèse sur
laquelle a travaillé le juge Bruguière n'est pas à écarter. Mais
d'autres restent à explorer. »
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Agence Hirondelle (Arusha), Le porte-parole du TPIR
récuse l’enquête du juge Bruguière, 23/11 : « Selon [Everard
O’Donnell, porte-parole du TPIR], des preuves ont été apportées
au TPIR que les missiles qui ont détruit l’avion du président
rwandais avaient été tirés depuis la zone sous contrôle des
forces armées rwandaises. [...]
“Nous sommes de l’avis que ce n’est pas l’attentat qui a créé
le génocide” a dit O’Donnell. Selon lui le statut du tribunal ne
permet de juger que les incriminations de génocide, de crimes
contre l’humanité et les crimes de guerre. “L’assassinat
d’individus n’est pas du ressort du tribunal” a-t-il dit. Le porteparole a précisé que le procureur du TPIR n’avait rien reçu du
juge Bruguière et qu’en ce qui concernait ses enquêtes, même
le conseil de Sécurité des Nations Unies “n’avait rien à lui
dire.”»
[Pour résumer l’affaire du rapport Bruguière : il écarte une
hypothèse majeure pour faire croire à la certitude de la culpabilité
unique du FPR, et dès qu’il est rendu public, il est exploité par les
autorités françaises pour esquiver la très gênante audition du Colonel
Saint-Quentin devant le TPIR. – PC]
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Membre du comité de pilotage de la Commission d'enquête citoyenne
(CEC) pour la vérité sur l'implication française dans le génocide des Tutsi
(http://cec.rwanda.free.fr)
Ma lecture de Ruzibiza (Rwanda "L'
histoire secrète")
D’après un couple rwandais qui m'affirme avoir fréquenté Abdoul
Ruzibiza après le génocide, le témoignage de Ruzibiza serait un
montage de toute pièce, dont l'évocation les plonge dans un état
goguenard. Ruzibiza n'aurait, par exemple, jamais exprimé devant
ses connaissances l'idée qu'il y aurait eu un génocide des Hutu,
comme il le dit dans son livre.
Réfugié Tutsi au Burundi avant de rejoindre le FPR, Ruzibiza
n'aurait pas pu avoir la confiance de Kagame pour participer à une
opération aussi secrète qui aurait été réservée au petit cercle des
réfugiés d'Ouganda. Simple aide-soignant dans le maquis à
Ruhengeri, il n'aurait jamais été dans le bataillon FPR installé au
CND par les accords d'Arusha. D'autre part la multiplicité des
personnes évoquées par Ruzibiza qui auraient eu à connaître de
cette affaire leur semble absurde car une opération de cette
envergure, si hautement sensible, aurait été nécessairement
entourée du plus grand secret et connue d'un très petit nombre de
personnes. Ils font remarquer que même des officiers de l'APR ne
savent pas, quinze ans après, comment le chef historique du FPR,
Fred Rwigema, a été tué le 2 octobre 1990...
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Pour ma part, je ne peux que remarquer que le
témoignage de Ruzibiza ne laisse apparaître
aucune difficulté importante à aller et venir du CND à Masaka pour
effectuer ce tir de missiles. C'est hautement improbable. Cette
zone était quadrillée par la garde présidentielle rwandaise et il est
impossible que le "network commando" n'ait eu qu'à cacher les
missiles dans une camionnette sous quelques bâches !
Aucune anecdote ne ponctue ce récit d'une pauvreté laconique,
comme si on avait voulu éviter la moindre évocation de détails
facilement contestables sur l'environnement local... ou plus
bêtement, comme si cela avait été écrit pas des gens sans grande
imagination littéraire pouvant se substituer à une expérience
authentique.
D'une manière générale, le style d'écriture n'est absolument pas
rwandais. C'est d'une fadeur grise de tiroir occidental tiré d'un
vieux bureau métallique où traine une vague odeur de cendrier et
quelques bouts de papiers. Un exemple parmi mille, pour la
reconnaissance des lieux, il raconte qu'ils utilisaient des motos :
"ceux qui les conduisaient s'habillaient en tenue d'agronome et
portaient des casques cachant le visage pour n'être pas reconnus.
Deux véhicules ont été utilisés dans les derniers jours avant
l'attentat : un minibus, souvent conduit par un dénommé JeanMarie Munyankindi, et une camionnette, conduite par Paul
Muvunyi. Celui-ci a d'ailleurs changé la peinture de la camionnette
et porté sur les portières l'inscription : "Commune de Kanombe".
Tout cela pour éviter les soupçons", page246. Page 248 : "le jour
de l'attentat [...] la camionnette Toyota 2200, conduite par le
sergent Didier Mazimpaka, avait déposé les deux missiles à
Masaka sur le lieu du tir. Le véhicule a aussi fait plusieurs fois le
tour du rond-point, ensuite il est sorti vers Remera. En attendant
l'arrivée imminente de l'avion présidentiel, ledit véhicule effectuait
des va-et-vient entre Kabuga-Nyagasambu et la localité connue
sous le nom de 15° (km)"... Et les barrages de contrôles
d'identité ?! Est-ce crédible ?. Et ça dure 500 pages comme cela
"l'histoire secrète" du Rwanda!
Tout au long du livre on a l'impression qu'on veut montrer tout ce
qu'on sait de l'extérieur sur le FPR, mais nulle part on n’a
l'impression d'un récit raconté par quelqu'un qui a vécu ces
événements de l'intérieur.
Cette multiplicité incroyable d'informateurs au courant de
l'attentat contredit complètement la réputation que les "français
biens informés" veulent donner par ailleurs de Kagame : chef
secret, cruel et inflexible qui tue tous ceux qui le trahissent...
Quelle peut être l'origine de ce bluff manifeste ? Quoi qu'il en
soit, Claudine Vidal, André Guichaoua, Pierre Péan et le juge
Bruguière ne font pas preuve d'un grand sens critique dans cette
affaire. Mais chacun d'eux n'a sans doute pas le même niveau
d'implication dans ce que je considère comme une vaste
supercherie.
:
[suite de la page 1 ...] politique d'opposition et la société civile, font
du Tchad l'un des pays les plus instables -et potentiellement
explosifs- du continent. Quel rôle exact joue la France dans cette
situation de pré-chaos annoncé ? Si le soutien -logistique et en
renseignements- de l'hexagone au régime tchadien est
désormais avéré, des informations circulent sur des tractations
officieuses qui seraient en cours entre les services français et la
principale faction rebelle. Ce qui expliquerait peut-être l'absence
d'ingérence militaire directe de la France lors de la prise
d'Abéché (la principale ville à l'Est du pays) le 25 novembre
dernier par les troupes du Général Mahamat Noury (UFDD), et
leur avancée annoncée vers la capitale (pas encore vérifiée à
l'heure où nous publions)...
En Centrafrique, la rébellion initiée au Nord Est du pays a pris
possession des villes de Birao et d'Ouanda Djalle, dans la
préfecture de Vakaga, et continue d'avancer vers Bira (près de
laquelle se trouvent des mines de diamants), contribuant au
chaos politique et aux représailles violentes des troupes
gouvernementales. Déjà 300 000 personnes auraient besoin
d'assistance selon plusieurs représentants d'organisations
humanitaires. S'il est difficile de cerner l'identité des rebelles
(insurgés centrafricains, mercenaires et rebelles tchadiens pour
la plupart), le Président Bozizé (à l'instar de son mentor Idriss
Déby) accuse le Soudan d'en être l'initiateur, cherchant ainsi à
se dédouaner de toute responsabilité interne. On peut
également s'interroger sur les raisons précises du soutien
militaire français qui, comme au Tchad lors de la tentative de
coup d'État du 13 avril dernier, appuie les forces
gouvernementales en logistique et en renseignement. Le pot
brûle dans la région... mais silence, on tue ! [Guillaume Olivier]
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RDC – Le bateau ivre
« Depuis la proclamation des résultats provisoires du second
tour de la présidentielle, la République Démocratique du Congo
ressemble plus que jamais à un bateau ivre, qui vogue à la merci
des vents » écrit Onesphore Sematumba [Pole Institute, 24/11].
La Cour suprême de justice (CSJ), qui examine un recours
pour fraude déposé par Jean-Pierre Bemba (candidat perdant à
l’élection présidentielle), a dû ajourner son audience lors d’un
grave incident survenu le 21 novembre dans ses locaux. Alors
que la CSJ faisait face à des incidents de procédure, des coups
de feu ont retenti. Selon les témoins présents (notamment la
presse, congolaise et internationale), des hommes en armes se
trouvant parmi des manifestants favorables à Bemba auraient
ouvert le feu sur des policiers qui assuraient la sécurité de la
Cour et qui tentaient de disperser les manifestants à coup de
gaz lacrymogène. Les blindés de la MONUC qui assuraient
également la sécurité des lieux se sont retirés, laissant aux
partisans de Bemba le champ libre. C’est alors que ces derniers
auraient mis le feu à la CSJ, puis saccagé des locaux voisins.
L’incendie a été éteint lorsque les pompiers de la MONUC,
arrivés une heure plus tard, ont prêté main forte aux pompiers de
la ville (qui manquaient d’eau). La CSJ, délocalisée pour raisons
de sécurité, qui a repris ses travaux le 24 novembre, semble
toujours en proie à des incidents de procédure que les avocats
de Bemba font durer. Elle doit rendre son arrêt dans une
semaine et le président déclaré élu prêter serment début
décembre. À voir.
Kinshasa est pollué d’hommes en armes. Selon des sources
onusiennes, Jean-Pierre Bemba disposerait de 600 hommes
armées – d’autres sources estiment ce contingent à mille unités
– alors que ce dernier aurait droit à 100 hommes pour sa garde
rapprochée. Ses hommes doivent quitter la capitale, mais il
semble qu’ils s’y dispersent plutôt que de partir. La présidence a
indiqué qu’elle recourrait à la force pour les désarmer s’ils
refusaient de se retirer. La garde présidentielle qui entoure
ème
tour de l’élection présidentielle,
Joseph Kabila, gagnant au 2
se charge de la sécurité de ce dernier. À chaque camp ses
troupes, ce qui, compte tenue de la haute tension qui règne,
n’est pas rassurant.
Selon plusieurs observateurs, Jean-Pierre Bemba serait
aujourd’hui entre les mains des “durs” de son camp dont il ne
pourrait se passer, et qui préconisent l’affrontement violent au
détriment du politique. Les mobutistes du camp Bemba (dont
certains seraient de retour de leur exile à Brazzaville) auraient
pour ambition un retour au pouvoir (comme dans “le bon vieux
temps”), alors que ceux du camp Kabila représenteraient une
faction en rupture avec les premiers pour des raisons à la fois
politiques et familiales. Quant à certains observateurs de la
situation congolaise, qui estiment que Kabila est le “moins
mauvais choix” pour le pays, ils semblent douter que ce dernier
pourrait honorer ses promesses post-électorales. Bref, les
promesses de Kabila, notamment en ce qui concerne une plus
juste utilisation des revenus nationaux, sont intéressantes, mais
personne n’y croit. On y croit d’autant moins qu’un projet
consistant à limiter leur distribution équitable serait en cours
d’étude à Kinshasa.
Goma (Nord Kivu, dans l’est du pays) confirme les combats, à
Sake (à 25 km au nord-ouest de Goma) entre militaires des
Forces armées congolaises (FARDC) et des soldats fidèles au
général dissident Laurent Nkunda. L’attaque des FARDC par les
forces de Nkunda, à l’origine de cet affrontement, serait
intervenue à la suite de l’assassinat d’un “jeune Tutsi”, dont il est
confirmé qu’il est le fils d’un notable de la région.
Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR,
rebelles hutus rwandais), toujours présent dans le Nord Kivu,
région frontalière avec le Rwanda, n’a pas cessé ses activités
violentes. Or, le Rwanda, à tort ou à raison, soupçonne la
)
France de lui apporter son soutien, comme cela a
pu être le cas par le passé. L’extension des
divisions congolaises sont à l’infini.
2700 personnes ont fui la RDC pour se rendre au CongoBrazzaville au début du mois de novembre à la suite de
violences entre groupes identitaires dans la localité de Bolobo au
nord de Kinshasa.
Discours populistes, corruption généralisée, rumeurs de coup
d’état, craintes de guerre civile, de soulèvements urbains, la
misère et ses multiples conséquences, une armée toujours
divisée selon les fractures de ses allégeances, toujours aussi
mal lotie donc dangereuse… Il est impossible de dire ce qui peut
arriver dans les semaines, ou les jours, ou les heures qui
viennent. Bien des Congolais se demandent ce qui se passera,
notamment à Kinshasa, lorsque la Force européenne aura quitté
ses murs, ce qui se passerait si la MONUC devait partir. Il n’est
pas impossible que les Congolais, laissés à eux-mêmes, se
débrouillent à terme. On peut cependant estimer qu’il est peu
probable que “on” les y laisse. [SC]
Données Corrigées des Variations Saisonnières
Il y a un an, une vague d'espoir submergeait le Burundi.
Enfin, à l'issue d'une décennie de guerre (de "basse intensité"
certes, mais qui coûta tout de même au pays 300 000 morts),
Pierre Nkurunziza était élu. À l'issue d'élections peut-être pas
irréprochables, mais en tout cas "irréprochées", le CNDD-FDD
(Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de
défenses de la démocratie, ex-mouvement rebelle), balayait tout
sur son passage y compris, l'axe de rotation ethnique, colonne
vertébrale de l'affrontement politique du pays depuis trente ans.
En effet ne voyait-on pas Nkurunziza s'allier avec Kagame – à
l'occasion de l'affaire des réfugiés de Songore – ou avec
l'oligarchie militaire du pays ?
De fait, la nouvelle donne politique burundaise s'organise
désormais autour de l'affrontement de deux grands partis
d'obédience Hutu Frodebu (Front démocratique du Burundi) et
CNDD. Ce qui aurait pu il y a dix ans passer pour un progrès
intellectuel – le déplacement du débat autour d’un autres thème
que l’ethnisme – se révèle pourtant encore très dangereux. Car
un an après son arrivée au pouvoir, le moins que l'on puisse dire
c'est que le régime de Nkurunziza ne fait plus illusion. Pour
l'immense majorité des Barundi, la vie n'a guère changé. Certes
on entend nettement moins le canon, mais la pauvreté a encore
gagné du terrain, si cela était encore possible. La mise en place
de quelques mesures phares s’est avérée complètement vide
d’effets, essentiellement par l'amateurisme de leur mise en
place. L'école gratuite pour tous, par exemple. Il était courageux
de l'annoncer, mais pour la majorité des élèves, cette innovation
a consisté à entasser les enfants dans les classes déjà
existantes. Sans le moindre apport supplémentaire de l'État,
l'afflux consécutif à la mesure s'est révélé un casse tête
insoluble pour l'administration. En 2006, certains élèves ne vont
toujours pas en classe, non plus pour cause de moyens, mais
tout simplement de place dans les locaux, ou pour manque de
professeurs.
Mais un autre changement significatif s'opère dans la vie
burundaise. Le pays est en train de se transformer en un régime
policier, où les libertés publiques fondamentales sont de plus en
plus ouvertement bafouées. En témoignent l'arrestation très
récente de journalistes, comme ceux de la RPA (Radio publique
africaine, l'une des rares radios vraiment "libre" des Grands
Lacs), les innombrables cas de tortures dénoncés unanimement
par les ONG (Human rigths watch et Amnesty international en
tête), et la désormais omniprésence des agents de la "sécurité
intérieure".
#
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Le pouvoir du CNDD, pourtant fort d'un authentique succès
électoral, serait-il aux aguets ? Tout pousse à le croire, comme
par exemple l'affaire du coup d'État de juin dernier, qui se solda
par l'incarcération de l'ancien président de la République
Domitien Ndayizeye. Dans cette affaire fumeuse – dont tout
esprit sensé se doit d'imaginer que de projet de putsch il n'y eut
jamais – le gouvernement réussit tout de même à impliquer
nombre d'ennemis politiques, dont MM. Kadege et
Mugabarabona, (Uprona et Palipehutu) mais aussi médiatiques
tel Alexis Sinduhije directeur de RPA.
Plus grave encore, les exactions. Difficile de connaître
réellement leur ampleur, une seule chose est sûre, les exrebelles intégrés dans l'armée nationale, comme les anciens
militaires, n'ont pas laissé de côté leurs pratiques brutales, et se
comportent encore avec les mêmes termes auprès des
populations hostiles. Ici, le champ du mot “hostile” est très large,
de toute façon l'opacité est telle que n'importe qui peut se
retrouver accusé d'être un membre du FNL, la dernière faction
rebelle en activité. Cette accusation aux yeux des militaires du
CNDD mérite une mort sommaire, c'est au moins ce qui s'est
passé pour une cinquantaine d'entre eux, (23 corps déjà
identifiés) exécutés cet été au camp de Mukoni, province de
Muyinga. De source sûre, les victimes étaient des paysans sans
réelle activité militaire, possiblement membres du Frodebu, ou
de tout autre parti d'opposition. Dès lors le mobile de leur
meurtre dans le camp militaire parait pour ce qu'il est :
l’instauration d'une terreur politique destinée à museler la
contestation. Quoiqu'il en soit, l'action a été ordonnée par le
colonel Vital Bangirinama. Malheureusement pour celui-ci, le
procureur général de la cour d'appel de Ngozi, (lui-même ayant
perdu un proche dans l'affaire) s'avère être perspicace et vient
d'émettre un mandat d'arrêt à son encontre. On ne pariera pas
sur la longévité du procureur à son poste...
C'est ici que la France apparaît. Notre pays, dont l'influence
fut relativement discrète au Burundi depuis 1974 (malgré la
présence de Barril en 1993 lors du putsch et de l'assassinat de
Ndadaye), serait potentiellement prêt à recueillir ce M.
Bangirinama, de façon à le soustraire à la justice de son pays.
Certes, la France a une certaine expérience en la matière, mais
en tirant le fil de ce petit "détail" on découvre, qu'il n'est pas dû
au hasard. En effet, un net "rapprochement" est en cours. Il y
d'abord la façade officielle : une visite de M Douste Blazy à
Bujumbura, ainsi que celle de M. Nkurunziza à Paris le 11
Novembre. Il y a aussi diverses offres de prêt au début de
l'année, puis de l'avis de beaucoup, un net accroissement de
l'activité diplomatique de l'ambassade. Ce ne sont là que des
signes, de toute façon il est bien entendu qu'un accord militaire
ne sera pas ébruité, fort du passif de la France au Rwanda.
Toutefois cette thèse du soutien de l'Élysée est loin d'être
farfelue, essentiellement pour deux raisons : d'abord la volonté
affichée de résister à l'expansion du rôle de l'Afrique du Sud en
Afrique. Cet affrontement a déjà lieu en Côte d'Ivoire autour du
leadership de la médiation. Au Burundi, il consiste à limiter le
succès de Thabo Mbeki, instigateur du processus de paix qui
s'acheva dans les élections de l'armée dernière. À Bujumbura,
des "Sud'Afs" on ne voit pas que les soldats "casques bleus",
mais aussi les hommes d'affaire, agents secrets et autres
aventuriers de toute sorte...
Ensuite et surtout, la France pourrait, en vassalisant le régime
de Nkurunziza (une proie facile), faire d'une pierre deux coups :
reprendre pied aux Grands Lacs, en établissant une "tête de
pont" limitrophe du sud Kivu, dont nul ne sait encore ce qu'il
deviendra à courte échéance, et imposer sa force aux frontières
du Rwanda de Kagamé, ennemi de toujours. Au cas où...
Dans le contexte toujours explosif des Grands lacs en 2006,
l'une de plus pauvres et des plus dangereuses régions du globe,
l'attrait des richesses à y piller est toujours aussi fort pour les
°
)
puissances occidentales. Le retour de la France,
s'il se vérifie, dans le jeu du Kivu est au moins à
envisager avec inquiétude, surtout s'il s'appuie sur un régime
tyrannique comme celui qui voit le jour au Burundi. [Vincent
Corsaire]
Morilla news
Nous avions évoqué dans ces colonnes [voir n°143, salve Dénis
majeurs en Mali mineur] le combat des ouvriers de la mine d'or de
Morilla pour que soient payées les primes de rendement prévues
dans la convention collective et pour dénoncer des conditions de
travail indignes. En effet, les protections sont la plupart du temps
absentes alors que les mineurs sont exposés aux vapeurs de
cyanure et aux poussières d'arsenic. Selon nos informations,
neuf syndicalistes encore emprisonnés à la prison de Bougouni
au Mali depuis plus de 15 mois, ont été libérés vendredi 24
novembre. Cependant, plus de 300 ouvriers de la Somadex, une
filiale du groupe Bouygues à laquelle Morilla SA sous-traite les
travaux d'extraction, demeurent arbitrairement licenciés et ce,
depuis plus d'un an. De plus, il semblerait que la falsification,
voire parfois l'absence de contrat de travail demeure une réalité
et que les maladies professionnelles restent encore non
soignées et non reconnues. [Antoine Lecanut]
Grand'messe du Développement
Organisées par la Direction générale du Développement de la
Commission européenne, les Journées européennes du
Développement se sont tenues à Bruxelles du 15 au 17
novembre dernier avec, pour thème principal... la Bonne
gouvernance ! Opportunément placé deux semaines après le
Sommet Chine-Afrique qui avait rassemblé une quarantaine de
Chefs d'État et de gouvernement africains, cet événement a
surtout été l'occasion pour ces derniers de prôner les progrès
constatés dans leur pays en matière de "gouvernance", les
représentants de la société civile étant, eux, relégués dans les
ateliers annexes de la seconde journée “side events" -hormis
l'inévitable Aminata Traoré.
Dans leur discours de clôture, les présidents issus de la
nébuleuse Françafricaine (notamment François Bozizé et Blaise
Compaoré) se sont érigés en hérauts de la démocratie africaine,
et excellents élèves respectueux des exigences des institutions
internationales. À l'opposé, les Chefs d'État de la zone
anglophone ou arrivés au pouvoir au grand dam de la
Françafrique se sont montrés particulièrement critiques à l'égard
des leçons de "gouvernance" imposées par la communauté des
bailleurs. Ce fut le cas notamment de Ravalomanana
(Madagascar), demandant avant tout le soutien à l'Agenda
malgache de développement, Museveni (Ouganda), rappelant la
nécessité des étapes de transition politique, Kagame (Rwanda)
très critique à l'égard d'une démocratie "à l'occidentale" et Vall
faisant la promotion de la transition politique et institutionnelle en
cours en Mauritanie.
Quant à Louis Michel, dont les nombreuses promesses faites
aux Chefs d'État ont une fâcheuse tendance à outrepasser son
mandat de Commissaire européen au Développement, il a
encore une fois axé son discours sur l'importance de la bonne
gouvernance pour le développement des États du Sud, tout en
tenant à souligner, en guise de conclusion, que "ce processus
de bonne gouvernance ne devait pas être imposé de l'
extérieur"
et que l'UE devait se contenter "d'
aider le pays à avancer dans
ce processus à son rythme et selon ses priorités"... À quand un
fonds mondial de lutte contre l'hypocrisie ? [GO]
(Achevé le 26/11/06)
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* $
’
°
)0
$ )))
Côte d’Ivoire
« (La France propose quand même les pleins pouvoirs pour le
Premier ministre. Les fidèles du président Gbagbo considèrent qu'
il
s'
agit désormais d'
une mise sous tutelle politique après une mise
sous tutelle militaire du pays. [...])
– D'abord, ce n'est pas la France qui propose. [...] la base de ce
projet de résolution, ce sont les recommandations de la CEDEAO
et de l'Union africaine.
(Justement, confirmez-vous ce que l'
Agence France Presse a
annoncé ce matin, c'
est-à-dire qu'
il y a bien un texte, un projet
défendu par la France qui circule en ce moment et qui affirme
notamment que le Premier ministre, Charles Konan Banny, aura le
pouvoir de nommer un nouveau chef d'
État-major, c'
est-à-dire aura
autorité sur les forces de défense et de sécurité ivoiriennes, ce que
l'
Union africaine n'
a pas osé recommander ?)
– [...] Encore une fois, il y a différents projets. Je ne sais pas s'il y
a un projet spécifiquement français. »
(Porte-parole du Quai d'Orsay, Point de presse du 24/11).
[Il fait plaisir de constater que le sens de l'
humour est une qualité
qui ne se perd pas au ministère des Affaires étrangères, et on espère que
les journalistes présents n'
auront pas trop eu l'
impression d'
avoir été pris
pour des imbéciles. Quelques mois plus tôt, Francis Blondet,
ambassadeur de France au Burkina, présentait l'
action de la France à
l'
égard de la Côte d'
Ivoire de manière un peu plus conforme à la réalité :
"En général, c'est la France qui prépare les textes de résolutions, les fait
circuler, et use de son influence quand il faut les amender. C'est vraiment
un gros travail d'arrière-salle qui est mené à ce niveau." (Le Pays, 13/07)
On comprend d'
autant moins les petites cachotteries du Quai d'
Orsay
que, non seulement Associated Press et l'
AFP révélaient le jour même
l'
existence et la teneur du projet français de résolution soumis à
discussion, mais en plus Chirac et Girardin préparaient le terrain haut et
fort et en toute franchise depuis quelques temps déjà...
Depuis plusieurs mois, le débat était agité entre le pouvoir français et le
pouvoir ivoirien concernant le Groupe international de travail (GIT),
proposé par l'
UA et avalisé par la résolution 1633 de l'
ONU ; concernant
surtout ses compétences et son degré de prééminence sur les pouvoirs
présidentiels définis par la Constitution ivoirienne. À l'
approche de la fin
de la période de transition, les élections n'
ayant toujours pas eu lieu faute
de désarmement et de recensement du corps électoral, plusieurs voix se
sont faites entendre pour un basculement des pouvoirs présidentiels vers
le Premier ministre (choisi à l'
initiative de Chirac lors du dernier sommet
Afrique-France), et une mise entre parenthèse de la Constitution
ivoirienne. La proposition est émise une première fois par Omar Bongo le
31 août, à la sortie d'
un entretien à l'
Élysée, puis par le GIT lors de sa
dernière cession le 8 septembre, à l'
initiative de notre ministre déléguée à
la Coopération Brigitte Girardin. La légitimité de cette dernière instance
paraît toutefois insuffisante pour entraîner une validation immédiate par le
Conseil de Sécurité. La Chine et la Russie exigent une nouvelle
consultation de la Cédéao et de l'
UA. Chirac profite du sommet de la
Francophonie à Bucarest fin septembre pour monter lui-même au
créneau : "Je considère que M. Konan Banny est un homme de sagesse,
qui n’est pas impliqué dans la défense d’intérêts particuliers en Côte
d’Ivoire, qui incarne donc autant que faire se peut l’intérêt général. Je
serais donc, pour ma part, tout à fait favorable à ce qu’une disposition
constitutionnelle lui permette d’avoir les pouvoirs les plus larges
possibles." (Yahoo CI, 03/10). La réunion de l'
UA est également préparée
à cette occasion en petit comité françafricain (ATT, Compaoré,
Gnassingbé, Vieira, Wade, Yayi) à l'
initiative d'
Omar Bongo et Sassou
Nguesso, lequel rencontre par ailleurs Guillaume Soro en marge du
sommet (Jeune Afrique 01/10). Le 6 octobre, la Cédéao n'
émet que des
recommandations théoriquement confidentielles à destination de l'
UA,
mais d'
où il ressort rapidement qu'
elles demandent une reconduction du
mandat de Gbagbo avec accroissement des pouvoirs du premier ministre.
Quelques jours plus tard, Sassou Nguesso annonce, à l'
issue d'
un
entretien avec Chirac, des "mesures sérieuses" de l'
UA qui ne s'
est pas
encore réunie. Commentant la résolution de l'
UA, le porte-parole du
ministère des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, déclare ensuite
accueillir "avec intérêt l'appel à un renforcement important des pouvoirs
du premier ministre qui pourra décider par ordonnances ou par décretslois et qui aura l'autorité nécessaire sur les forces de défense et de
sécurité". Sassou Nguesso, à qui Chirac a réitéré "toute sa confiance" au
sommet de Bucarest, est par ailleurs désigné "médiateur" en
remplacement du Sud Africain Thabo Mbeki, jugé trop proche des
autorités ivoiriennes par Paris, et les Forces Nouvelles. Tout semblait se
dérouler conformément au vœux de l'
exécutif français, au point que JeanPierre Tuquoi pouvait annoncer dans Le Monde du 25/10 : "Même s'il
subit quelques retouches avant son adoption (au plus tard le 31 octobre
date de la fin d'application de la résolution précédente), le texte français
ne devrait pas être bouleversé par les autres membres du Conseil de
Sécurité." Paris, qui occupe par l'
histoire une position centrale dans le
dossier ivoirien, a fait en sorte, en effet, que le document s'
inscrive dans
le droit fil des "recommandations" adressées ces dernières semaines à
l'
ONU par les pays africains. Le projet de résolution a le mérite d'
être clair.
Le 26 octobre, l'
ambassadeur de France aux Nations Unies se disait
encouragé par « l'
énorme soutien » à la résolution française (AP, 26/10).
Le 31 au soir, la résolution n'
était pourtant pas adoptée, plusieurs pays
(Chine, USA, Russie, Tanzanie) menaçant de s'
abstenir au motif que la
suspension par l'
ONU d'
une constitution nationale établirait un précédent
dangereux. Le lendemain, la France obtenait finalement un vote à
l'
unanimité sur un texte plus ambigu. Depuis, Ggagbo a déclaré que les
dispositions qui entraient en contradiction avec la Constitution ne seraient
pas appliquées, tandis que Brigitte Girardin commentait : « La
Constitution ivoirienne ni aucune autre disposition juridique ne peuvent
plus être opposées [au premier ministre] pour lui contester ses pouvoirs. »
(Le Parisien, 03/11) Retour à la case départ ? – Victor Sègre]
« [La présence militaire française] devient dangereuse pour la
France et néfaste pour la Côte d'Ivoire. [...] Bientôt, nous serons
accusés de colonialisme. [...] Notre interposition a, au début, évité
la guerre civile. Aujourd'hui, elle consolide en la pérennisant une
sécession à laquelle nous voulons aider à mettre fin »
(Pierre MESSMER, ancien Premier ministre et ex-gouverneur
de la Côte d'Ivoire à l'époque coloniale (1954-1956), lettre au
président Jacques Chirac appelant à un retrait militaire des troupes
françaises de Côte d'Ivoire, citée par l’AFP, le 03/11).
[Le « bientôt, nous serons accusés de colonialisme », révèle un
rare talent pour la prémonition de la part de celui qui fut responsable de
tant de carnages et de trafics néocoloniaux, en particulier au Cameroun.
En 1994 déjà, Messmer avait jugé l'
opération Turquoise au Rwanda « mal
fondée, inefficace et dangereuse », jugeant sans doute, comme
aujourd'
hui pour la Côte d'
Ivoire, que les coût politiques et économiques
des interventions françaises pourraient l'
emporter sur les gains
escomptés. Une chose est certaine en tout cas : si des "forces
impartiales" sont sans doute nécessaires en Côte d'
Ivoire pour permettre
à la société civile d'
imposer une logique de paix, il faut qu'
elles soient un
peu plus impartiales que ne peut l'
être une France qui cherche avant tout
à préserver par tous les moyens les situations de monopole ou de quasimonopole que ses entreprises conservent encore dans plusieurs secteurs
de ce pays. À plus forte raison quand ce pays a été si longtemps la vitrine
du pré-carré françafricain, et a, à ce titre, une valeur exemplaire. – VS]
Chinafrique
« La politique chinoise en Afrique pourrait contribuer à maintenir
des types de gouvernance politique et économique qui sont au
cœur des entraves à la croissance économique du continent
africain. »
(Pierre-Antoine BRAUD, chercheur à l'Institut d'études de sécurité,
affilié à l'Union européenne, www.iss-eu.org/new/analysis/analy124.pdf, cité
par Le Monde, 48 pays africains réunis à Pékin, le 04/11).
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°
[Cette étude, consultable sur le site du Haut Conseil pour la
Coopération Internationale (hcci.gouv.fr) rattaché au premier ministre, La
Chine en Afrique : anatomie d’une nouvelle stratégie chinoise, se
livre à une critique en règle de l’intrusion économique de la Chine en
Afrique. L’inconvénient est que les processus qui y sont vigoureusement
dénoncés, pillage des matières premières, soutien à des régimes
despotiques, croissance due à l’intensification du pillage, sans profit pour
les populations, existent depuis très longtemps sans jamais avoir fait
l’objet, dans les instances officielles, d’une description aussi critique. Bien
au contraire, durant toutes ces années ces institutions ont obstinément
entretenu le public du mythe de l’“aide”. Cette nouvelle sollicitude à
l’égard de l’Afrique exprime donc plutôt l’inquiétude des prédateurs
concurrencés sur leur terrain, en passe d’être spoliés de leurs avantages
traditionnels, qu’ils ont toujours niés. Quant aux Africains, ils feront leurs
choix, qui ne peuvent guère être plus mauvais, vu les résultats, que ceux
qu’on leur a imposés jusqu’à présent. – OT]
Affaires
« Il me semble que la corruption que l'on a connue dans les
années 1980-1990, fondée sur la mise en place d'un système – je
pense à Urba et aux marchés de la région Ile-de-France –
appartient au passé. Désormais, ce sont surtout des dérives
individuelles qui ont succédé à ces pratiques. J'ai au moins une
raison d'être optimiste : si j'en crois les dernières statistiques de
Transparency Agency [sic], la France est passée du 27ème au 18ème
rang des nations les moins corrompues de la planète... »
(Jean-Claude Marin, procureur de Paris, L'Express, Le parquet
)2
[Le système "abracadabrantesque" n'
a
évidemment pas disparu, mais certains juges et journalistes font
remarquer que le parquet fait traîner les instructions préliminaires et
n'
ouvrent pas d'
informations judiciaires sur les sujets sensibles.
L'
affirmation n'
étonnera donc pas trop de la part d'
un procureur très
dévoué au pouvoir politique. Dernière illustration en date, Jean-Claude
Marin vient de rappeler à l'
ordre les juges qui enquêtent sur l'
affaire
Clearstream, exigeant la convocation de D. de Villepin en qualité de
témoin (et donc pas de mis en examen ou de témoin assisté), la
convocation de Rondot en qualité de témoin assisté (sans aucune autre
logique judiciaire, puisqu'
il n'
est que l'
exécutant de Villepin, que de lui
permettre d'
accéder au dossier) et, cerise sur le gâteau, la mise en
examen du journaliste Denis Robert, par qui le scandale est arrivé, pour
recel d'
abus de confiance pour avoir détenu et utilisé des documents
bancaires détournés. Les deux juges, d'
Huy et Pons, en charge de
l'
affaire l'
ont fort heureusement envoyé balader. Enfin concernant la
référence au classement de "Transparency Agency" (en fait
"Transparency International sans doute"), rappelons les enquêtes –
utiles – de cette ONG ne mesurent par la corruption en fonction de
critères objectifs, mais le sentiment de corruption ressenti par les
populations. Si Jean-Claude Marin a été sondé, il aura certainement
contribué à faire remonter la France dans le classement puisqu'
il analysait
deux jours plus tôt dans 20 minutes au sujet du refus de lever le secret
défense dans l'
affaire des frégates : "Depuis quelques années, les levées
du secret-défense sont plus nombreuses. Lorsqu'il n'est pas levé, je
pense et j'espère que ce n'est pas fondé sur le souci de protéger une
action réprimée par la loi mais bien le reflet de la défense des intérêts
supérieurs de l'État." Les deux ne sont hélas pas incompatibles, mais
l'
espoir fait vivre... – VS]
n'
étouffe pas les affaires, le 10/11).
& '
4
Françafrique
RFI, Vers une normalisation des relations UE-Togo (Anne-Marie
MOURADIAN), 16/11 : « L’aide quinquennale allouée au Togo
par l'Europe dans le cadre du 9ème FED s’élevait, à l’origine, à
104 millions d’euros mais elle a été amputée d’un certain
pourcentage par an en raison des sanctions mises en place en
1993. Le Togo ne touchera donc plus, en principe, que 20 % des
104 millions initiaux auxquels il n’est toutefois pas exclu que
l’Europe apporte une rallonge. C’est une bonne nouvelle pour le
Togo même s’il ne s’agit pas encore d’une normalisation ni d’une
reprise totale de la coopération européenne suspendue depuis
1993. Suite aux 22 engagements démocratiques pris par Lomé
en 2004, l’Union européenne avait décidé qu’elle notifierait le
9ème FED, autrement dit qu’elle prendrait la décision de principe
d’une reprise de son aide dès que Togo aurait fixé la date
d’élections législatives. Il était prévu, en revanche, que les fonds
européens ne seraient concrètement débloqués qu’après la
tenue de ces élections. Cette semaine, le Conseil des ministres
de l’UE a décidé de ne pas attendre le scrutin de juin 2007 pour
débloquer l’argent, une des raisons étant que le 9ème FED expire
l’an prochain et n’aurait pas pu financer de projets après juillet
2007. Par ailleurs, l’Europe veut encourager le Togo en
dégageant rapidement de l’argent pour appuyer le processus
électoral. »
[Quel meilleur moyen pour ramener un putschiste sur la voie de
la démocratie que de lui décaisser des fonds sur la base d’une simple
promesse d’élections démocratiques ? Des 22 engagements exigés par
l’UE, la tenue effective d’élections pluralistes et transparentes était
évidemment la plus importante, mais signifierait à coup sur un nouveau
désaveux pour un régime honni par la population. La décision de l’UE est
effectivement un encouragement pour ce dernier, mais sans doute
davantage un encouragement à se maintenir au pouvoir, moyennant une
façade plus ou moins convaincante d’union nationale. On peut douter qu’il
s’agisse d’une « bonne nouvelle pour le Togo », mais c’est assurément une
bonne nouvelle pour les finances du clan Eyadema. – VS]
Libération, Pas de mandat d'
arrêt contre les mercenaires qui ont
bombardé la force Licorne (Thomas HOFNUNG), 08/11 : « Veuton enterrer l'enquête sur les exécutants du bombardement par
un avion de l'armée ivoirienne d'un campement français à
Bouaké qui, le 6 novembre 2004, avait fait 9 morts parmi les
soldats de l'opération Licorne en Côte-d'Ivoire ? Deux ans après
le drame, Me Jean Balan, l'avocat des familles, ne cache pas son
inquiétude, alors que le parquet du tribunal aux armées de Paris
(TAP) s'oppose aux demandes d'arrestation de deux
mercenaires biélorusses et du négociant d'armes français Robert
Montoya. “J'ai peur qu'on veuille faire passer le dossier à la
trappe”, a-t-il déclaré, lundi soir. En février 2006, juste avant de
quitter ses fonctions, l'ancienne juge aux armées Brigitte
Raynaud avait formulé trois mandats d'arrêt dans cette affaire.
Mais, début septembre, le procureur Jacques Baillet a refusé,
comme l'a révélé lundi le Figaro, de les délivrer. Selon lui,
l'identité des pilotes ne serait pas établie. Pourtant, la DGSE ellemême, comme l'a indiqué Libération (3 juillet 2006), a cité les
noms des deux pilotes biélorusses, Yuri Sushkin et Barys
Smahin. “Ils bénéficient de la présomption d'innocence, mais
pourquoi s'interdire de les entendre ? s'interroge Me Balan. En
réalité, les autorités françaises n'ont pas envie qu'on sache qui a
donné l'ordre et pourquoi de bombarder Licorne à Bouaké.” Alors
que l'enquête reprise par la juge Florence Michon paraît au point
mort, certaines familles de soldats tués commencent à exprimer
ouvertement leurs doutes quant à la volonté du gouvernement de
faire la lumière sur le bombardement de Bouaké. »
#
’&
&1 3
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°
[La mort des soldats français avait, rappelons-le, servi de
justification à la destruction de l'
aviation ivoirienne, alors que cette
dernière était engagée depuis trois jours dans une opération militaire de
reconquête du Nord du pays, qui avait initialement laissé de marbre la
France et l'
ONU. Des représailles s'
en étaient suivies de la part des
jeunes patriotes à l'
encontre de la communauté française d'
Abidjan (sans
mort d'
homme, mais avec trois viols recensés). L'
armée française,
"égarée" près du palais présidentiel, selon l'
explication officielle, avait
alors tiré à balles réelles sur la foule venue s'
interposer, faisant une
soixantaine de morts et plus de mille blessés.
En juillet dernier, notre ministre de la défense, Mme Alliot Marie,
prétendait encore que les noms des mercenaires bielorusses
responsables des bombardements sur les soldats français n'
étaient pas
connus et qu'
ils n'
avaient pu être ni arrêtés ni interrogés faute de preuves
pour fonder un mandat d'
arrêt international. On sait pourtant, d'
après les
notes déclassifiées de la DGSE, que l'
armée française avait suivi de A à
Z l'
arrivée et l'
installation de ces mercenaires et qu'
elle disposait donc
peut-être de ces informations avant même le début des opérations
militaires. Quinze autres mercenaires avaient même été interceptés le 6
novembre, arrêtés quatre jours et auditionné par le COS, mais, toujours
selon Mme Alliot Marie, cette audition n'
avait pas porté "au fond" en
l'
absence de procédure judiciaire. Sans doute n'
avaient-ils discuté que de
la météo...
Enfin dix jours après les bombardements, huit Bielorusses étaient
arrêtés au Togo, placés en garde à vue, tenus à la disposition de la
France... et finalement relâchés sans suite à la demande expresse de
cette dernière ! On ne s'
étonnera donc pas trop de la volonté du parquet
du Tribunal aux armées de classer l'
affaire. Outre l'
identité des
commanditaires des bombardements sur les soldats français, c'
est le rôle
de Robert Montoya qui aurait pu être mis en lumière. Ce dernier, qui a
fourni avions et mercenaires à Gbagbo et qui lui sert de conseiller, aurait
bénéficié, selon la Lettre du Continent du 31/08, de la promesse de
l'
Élysée de ne pas être inquiété par la justice en échange de son silence.
Montoya fait partie de ces anciens super-gendarmes de l'
Élysée
reconvertis dans les sociétés militaires ou de sécurité privées, et dans le
"conseil" aux dictateurs africains. Généralement présentés comme des
"électrons libres" par la presse, on sait que leur indépendance est
relative, et qu'
ils sont fort utiles pour effectuer des tâches de soustraitance officieuse pour le compte de la cellule africaine de l'
Élysée,
comme ce fut le cas pour Paul Barril au côté des génocidaires au
Rwanda. Certaines des activités antérieures de Montoya, comme la
surveillance de plusieurs centaines d'
opposants togolais au régime
d'
Eyadéma, relevaient vraisemblablement de cette logique. Dans le cas
ivoirien, il serait donc extrêmement instructif de savoir de quel degré
d'
autonomie bénéficie Montoya, et de quelle nature sont ses protections
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)"
parisiennes, sans lesquelles le rôle qu'
il a joué paraît
difficilement envisageable. Cela pourrait éclairer d'
un jour
intéressant la crise franco-ivoirienne. – VS]
AFP, Un séminaire sur le Soudan à Paris indigne Urgence
Darfour et SOS Racisme, 24/11 : « Un séminaire de la Chambre
de commerce et d'industrie de Paris (CCIP) intitulé Le Soudan,
un marché à découvrir, prévu le 29 novembre, a provoqué
l'indignation d'Urgence Darfour et de SOS Racisme qui en
demandent l'annulation.
Ce séminaire est inscrit "alors que dans le monde entier
s'
élèvent enfin des voix pour dénoncer le génocide en cours au
Darfour avec la complicité active du gouvernement soudanais",
déclarent les deux associations dans une lettre au président de
la CCIP, également signée de François Zimeray, député
honoraire au Parlement européen.
"C'
est peu dire que cette manifestation est choquante. En effet,
il y plus que de l'
indécence à ce qu'
un établissement public
français vante un pays où se déroule le premier génocide du
21ème siècle", soulignent-ils, demandant de "déprogrammer cette
manifestation au moins jusqu'
à ce que le gouvernement
soudanais accepte l'
intervention effective des casques bleus". »
[Ce genre de manifestation, alors que la litanie de crimes contre
l’humanité au Soudan est incessante, n’est pas la première du genre de
la part d’instituts public : Ubifrance n’a pas été de reste (cf. Billets n°129).
Espérons que les expressions d’indignation seront désormais plus
courantes dans de tels cas. – PC]
Pole Institute, Regain d'
insécurité à Goma et ailleurs
(Onesphore Sematumba), 24/11 : « Depuis la proclamation des
résultats provisoires du second tour de la présidentielle, la
République Démocratique du Congo ressemble plus que jamais
à un bateau ivre, qui vogue à la merci des vents.
À Kinshasa, la capitale qui a de nouveau adoubé le candidat
Jean-Pierre Bemba, confirmant son hostilité au candidat et
Président sortant Joseph Kabila, l'ambiance est électrique et les
événements du 21 novembre 2006 ont prouvé à quel point il sera
très difficile pour l'actuel locataire du Palais de la Nation de
gouverner. Ce jour-là, en effet, la séance de travail de la Cour
Suprême de Justice qui devait justement plancher sur les
revendications du candidat Jean Pierre Bemba, s'est terminée
dans un chaos total.
Malgré la présence de toutes les forces armées nationales et
étrangères sur les lieux (Police nationale congolaise, EUFOR,
EUPOL, MONUC), une poignée de manifestants (deux cents,
selon des sources concordantes) est parvenue à incendier
partiellement le lieu emblématique et à le piller, mettant ainsi à
nu la vulnérabilité de tout le système sécuritaire que la
Communauté internationale tente depuis plus de trois ans de
mettre en place et d'accompagner. Ce n'est que grâce à
l'intervention (tardive) de la MONUC que le feu a été maîtrisé, les
sapeurs-pompiers congolais ayant été à court... d'eau ! [...]
Sachant que le processus de sortie de crise en RDC a été porté
à bout de bras par la Communauté internationale qui a tout
organisé, de la formule 1+4 aux élections “libres, démocratiques
et transparentes”, qu'adviendra-t-il lorsque ladite Communauté
déposera le pays et ses dirigeants à terre, avec le ouf de
soulagement qu'on imagine ? Autrement dit, la RDC pourra-t-elle
survivre au départ de tous ses parrains ? Cette question, tout le
monde devrait se la poser, dans la mesure où la classe politique
au sommet s'évertue à briller par son manque manifeste de
maturité et le refus de jouer le jeu démocratique.
En province, le contexte n'est guère plus reluisant. En Ituri, des
fosses communes viennent d'être découvertes dans un camp
des Forces armées de la RDC. Au fond de ces fosses, une
#
’&
&1 3
’
trentaine de corps ayant appartenu à des déplacés internes
ayant fui les combats entre l'armée nationale et les milices
locales, et qui auraient été purement et simplement massacrés
par ceux auprès de qui ils cherchaient refuge. Là aussi, sans le
concours de la MONUC, cet acte ignoble aurait été classé sans
suite et les morts rangés parmi les disparus dont notre Histoire
regorge : ceux qu'on ne pleure pas ! Les jeunes institutions qui
vont bientôt se mettre en place (enfin !), notamment les
Assemblées provinciales, pourront-elles lever le voile sur les
coins les moins brillants de notre histoire récente pour une
réconciliation véritable, préalable à la solidarité sans laquelle la
bataille du développement serait perdue d'avance ?
À Goma, l'insécurité a repris de plus belle. [...] La nomination
d'un nouveau commandant de la 8ème Région militaire tombe
donc à point nommé. Le Général de brigade Ngizo vient combler
le vide laissé par le Général Amissi, promu il y a quelques mois
Chef d'Etat Major des Forces terrestres. Ancien de l'Armée
nationale du Congo (ANC), l'ancienne branche armée de la
rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie
(RCD) qui avait ses quartiers à Goma, le nouveau Commandant
[...] devra faire face aux groupes armés étrangers qui écument
certaines parties de son entité, notamment les FDLR et
Interahamwe Rwandais. Il lui faudra aussi résoudre l'épineuse
question de la présence des troupes fidèles au Général déchu
Laurent Nkunda, qui contrôle d'importants espaces dans les
territoires de Rutshuru et de Masisi. Encore faut-il que les
nouvelles institutions politiques dotent le pays d'une armée
nationale véritablement républicaine. Les efforts de la
Communauté internationale (encore elle !) n'ont pas abouti, c'est
le moins qu'on puisse dire. Le processus dit de “brassage” des
forces naguère belligérantes, a accouché de quelques brigades
politiquement mélangées, chacune pouvant se reconnaître par la
couleur de son brassard, sans plus. Comment former une
véritable armée lorsque les différents belligérants et les milices
ont promu des généraux et autres officiers cooptés au sein des
FARDC sans aucune formation militaire de base ? Comment
passer des armées personnelles à la solde des individus à une
Armée au service du pays et de ses habitants ? L'avenir de la
RDC dépendra de la réponse que l'on aura donnée à ces
interrogations au moment où la Communauté internationale
mettra le “fardeau RDC” à terre. »
[Cet article renvoie à la salve RDC – Le bateau ivre, p. 5]
Survie publie une nouvelle brochure pédagogique :
La France coloniale,
d’hier et d’aujourd’hui
format 15x21, 68 pages, 3 € + 1,30 € de port à Survie
Quel lien entre la colonisation française et la politique néo-coloniale de
la France en Afrique depuis 1960 ?
En février 2005, les députés français votaient une loi qui, dans son
article 4, reconnaissait « le rôle positif de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord ».
La volonté d’instaurer une telle version officielle de l’Histoire de la
France montre que, plus de 40 ans après les indépendances, la
colonisation (qui a consisté à imposer la domination française, souvent
par la violence) n’a toujours pas été officiellement remise en cause.
À regarder de plus près les rapports que la France entretient encore
aujourd’hui avec ses anciennes colonies, nous pouvons constater qu’eux
non plus n’ont pas beaucoup évolué depuis les prétendues
« indépendances ». La France y perpétue une stratégique de domination
au nom de la défense de ses propres intérêts.
La filiation entre la politique de la France en Afrique depuis 1960 et la
colonisation qui l’a précédée est une évidence, que cette brochure
documente.
°
)
Chinafrique
Libération, Premier tapis rouge pour la Chinafrique (Pierre
HASKI), 03/11 : « Mais tout n'est pas si rose. D'abord, parce que
la Chine a commencé par nouer des liens étroits avec certains
des régimes les plus controversés du continent tels le Soudan et
le Zimbabwe, dont les présidents seront présents au sommet de
Pékin alors qu'ils ne sont guère accueillis ailleurs. »
[Qu'
ils savent se montrer courageux, nos journalistes tricolores !
Aucun mot n'
aura été trop dur à l'
occasion du premier sommet ChineAfrique : politique irresponsable en matière d'
endettement, pillage des
matières premières, soutien aux régimes criminels, autoritaires et
corrompus, etc. Ils ont raison, bien sûr, de dénoncer ce nouvel
impérialisme. Mais on aimerait tellement qu'
ils gardent un peu de leur
verve pour les sommets France-Afrique ou les réunions de la Banque
Mondiale et du FMI. Quant aux "régimes controversés" (dont la liste
proposée est étonnamment courte !), chacun sait que la France n'
a
aucun intérêt économique au Soudan et qu'
elle n'
a jamais fricoté – parole
de Pasqua ! – avec le régime raciste d'
Al Béchir, qui a d'
ailleurs demandé
son adhésion à la francophonie. Quant à Mugabe, c'
est bien simple, il n'
a
jamais mis les pieds à un sommet France-Afrique à l'
invitation d'
un
président français, et ceux qui l'
ont vu ont rêvé... – VS]
CD Décolonisons (Africa wants to be free 2)
Une compilation de soutien à l’association Survie
Survie a produit en 2003 une compilation de soutien intitulée « Africa wants to
be free! », qui dénonçait la dictature et le néocolonialisme. Afin cette fois-ci de
mettre en évidence la filiation entre le néocolonialisme et les pratiques d'antan
et de dénoncer la persistance d'imaginaires coloniaux au sein de la société
française (débat sur le « rôle positif de la colonisation », discriminations
envers les Français « issus de l’immigration ») . Avec : Didier Awadi, Bernard
Lavilliers avec Tiken Jah Fakoly, Kwal avec Adama Yalomba, Axiom, Kajeem,
Desert Rebel, Tata Pound, Apkass et Hamé, Jahwise, Ministère des Affaires
Populaires, Lassy King Massassy, Duval MC, Meltin et Sofaa, Papa Poué et
Nasree, Synaps, Komandant SIMI OL, Casey.
Sortie en février 2007, disponible sur commande à Survie dès novembre
2006 : 12 € + 1,30 € de port à Survie.
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Emmanuel Cattier, Vincent Corsaire, Antoine
Lecanut, Guillaume Olivier.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : décembre 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
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