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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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Déchets-cadeaux
Lorsque, en 1955, Claude Lévi-Strauss, par une célèbre prosopopée, dans Tristes Tropiques, lance : « Cette grande
civilisation occidentale, créatrice des merveilles dont nous jouissons, elle n’a certes pas réussi à les produire sans
contrepartie. Comme son œuvre la plus fameuse, pile où s’élaborent des architectures d’une complexité inconnue, l’ordre et
l’harmonie de l’Occident exigent l’élimination d’une masse prodigieuse de sous-produits maléfiques dont la terre est
aujourd’hui infectée. Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. », il
exprime prophétiquement, ce qui, un demi-siècle plus tard, s’exhibe impudiquement. L’Afrique, faible et sous domination, est
le réceptacle tout trouvé des déchets dont personne ne veut en Occident.
À la fin des années 1980, Bongo, avec la Sogaben (Société gabonaise d’études nucléaires) de ses amis corses, envisageait
de stocker au Gabon des déchets nucléaires. L’affaire se perdit dans le marigot. Au même moment un plan d’enfouir deux
millions de tonnes de déchets toxiques européens et américains dans le sol congolais (avec 74 millions de dollars pour
Sassou, une aumône) capota grâce au bruit fait par des écologistes hollandais. Ces échecs officiels incitèrent à plus de
modestie et de discrétion. Des cas de décharges sauvages, avant l’irruption du scandale ivoirien, ont déjà été cités. Il y a
quelques mois, dans un quartier populeux de Douala (Cameroun), des fûts remplis d’acide, d’où émanaient des vapeurs
toxiques, furent signalés. L’armée camerounaise fut chargée d’aller les déverser en mer, non sans déplorer, du fait de
l’explosion d’un fût, la mort d’un militaire. Au Niger, la région d’Arlit, où sont exploitées les mines d’uranium par la CogemaAreva, est une véritable décharge à ciel ouvert de résidus d’exploitation du minerai radio-actif. Au Nigeria le pays des Ogonis,
sur le littoral du golfe de Guinée, jadis florissant, a été désertifié, rendu stérile par le rejet dans la nature des déchets produits
par l’exploitation des champs pétrolifères.
À part les protestations, vite étouffées, vite oubliées, de telle ou telle ONG de protection de l’environnement, ce sujet
n’intéresse personne. Autant le thème des enfants soldats et des mutilations a produit une ribambelle de romans et des
centaines d’heures de documentaires édifiants, autant celui des enfants sans bras, des enfants à deux têtes, des enfants à
nageoires et autres monstruosités, n’a mobilisé aucun journaliste ou romancier. Ces êtres torturés peuplent pourtant, en
grand nombre, les hôpitaux du Vietnam, des années après les déversements, pour cause de lutte contre le communisme, des
terribles défoliants chimiques sur les forêts par les Américains. Si on y faisait un reportage, on crierait au voyeurisme. Il
faudrait interdire la télé aux cœurs sensibles. Ignorons-les. Le taux des malformations augmente significativement dans les
populations démunies exposées à diverses pollutions de leur environnement. L’espérance de vie, quant à elle, diminue.
Il faut un scandale comme celui qui vient de se passer en
Côte d’Ivoire pour qu’on se pose quelques questions ;
+
encore ne se pose-t-on pas toutes les questions
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nécessaires ; certaines, pourtant évidentes, restent
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bizarrement dans l’ombre. Si on a largement décrit les
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circuits de corruption, bien réels, qui ont permis l’entrée et
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)!
le déversement en Côte d’ivoire de ces déchets, on n’a pas
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du tout évoqué leur origine. Issus du traitement du pétrole,
ces déchets ne peuvent provenir que d’une puissante
multinationale pétrolière. Laquelle ? Mystère. Elle doit avoir
TCHAD :
Rentrée françafricaine à l’Élysée
les moyens de préserver son anonymat et d’orienter les
médias dans les bonnes directions, loin de toute curiosité
Communiqué de Survie, le 04/09,
malencontreuse. Ces déchets fantomatiques, venus de nulle
[...] Le lundi 4 septembre, le président français reçoit, en « visite de
part, errant sur les mers, cherchant qui empoisonner, sont
travail », le dictateur Idriss Déby, qui vient d’être reconduit à la tête du
pourtant d’abord le signe de l’irresponsabilité et de
Tchad, à coup de réforme constitutionnelle et de mascarade électorale,
l’impunité qui caractérise ceux qui, bien cachés, sans
et avec l’appui vigilant de l’armée française. [...]
visage, sans nom, sans lieu, décident de se débarrasser de
Idriss Déby, après avoir exercé comme bourreau au service de
ce qui les encombre en se lavant les mains de ce qu’il en
Hissène Habré, [...] a renversé ce dernier et a tourmenté pour son propre
adviendra, juste en collant l’étiquette haute toxicité sur leur
compte les Tchadiens, au prix de dizaines de milliers de morts.
paquet cadeau. On nous a tout dit sur les camions d’Abidjan
Idriss Déby refuse le dialogue qu’exigent la société civile tchadienne et
qui ont déchargé le Probo Koala et rien sur la gueule
les partis politiques de l’opposition [...] Déby refuse également leur
vomissante qui l’a rempli. On aimerait savoir pourquoi.
exigence qu’une élection présidentielle incontestable soit organisée [...]
Odile Tobner
Nous pensons que le plus élémentaire respect des droits de l’Homme
exige que soit déclaré persona non grata dans notre pays tout dictateur
arrivé et maintenu au pouvoir par la violence faite aux populations et par
la fraude électorale. [...]
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Trafigura prête à "venir en aide"
Une catastrophe sanitaire "sans précédent"
en Côte d'Ivoire
Des centaines de personnes déjà intoxiquées, plus de
500 000 personnes contraintes à être évacuées d'
une région
sinistrée, une cellule de crise sur le pied de guerre et une
catastrophe "sans précédent, semblable à celle de Tchernobyl
en 1985" : à lire la presse ivoirienne, un nouveau scénario
d'
apocalypse s'
est abattu depuis quelques jours aux alentours
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du port autonome d'
Abidjan. Plus de 528 m principalement
d'
hydrogène sulfuré (H2S), de soude (NaOH) et de mercaptan
– produits très toxiques pouvant entraîner la mort – ont été
déversés sur 7 sites répertoriés pour le moment à travers la
capitale, depuis le 19 août 2006. Arrivé la veille, c'
est un navire
russe battant pavillon panaméen, le Probo Koala, qui a
déchargé durant plus de 30 heures ses slops – officiellement
des eaux usées, contenant un peu de pétrole – comme si de
rien n'
était. En réalité, sa vidange chimique était bien plus
meurtrière. Comment le Probo Koala a-t-il reçu l'
autorisation
d'
accoster en Côte d'
Ivoire, alors qu'
il s'
était fait refouler
successivement de Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria, en
raison de son chargement hautement toxique ? Pourquoi les
autorités portuaires d'
Abidjan n'
ont-elles pas réagi plus tôt,
alors que selon les premiers éléments de l'
enquête
actuellement menée par la police criminelle, elles avaient été
averties du contenu mortel du navire ? Tandis que les
opposants au régime de Laurent Gbago dénoncent une fois de
plus la corruption des fonctionnaires qui sévit dans la région, la
question de l'
origine des produits chimiques, des
responsabilités et surtout de « qui va payer » fait lentement
surface. La traque risque d'
être difficile. Comme de coutume
pour les convois maritimes de produits pétroliers et chimiques,
le Probo Koala a brouillé les pistes, arborant un pavillon de
complaisance renvoyant à un paradis fiscal des Caraïbes. Il
multiplie aussi les intermédiaires. Sur place, l'
écoulement des
produits toxiques du navire russe a été effectué par la société
Tommy, auxiliaire maritime locale. Pour cette mission spéciale,
la société a été approchée par l'
entreprise Puma Energy,
précise le Commandant Tano Bertin, directeur de la
Navigation, de la Sécurité et de la Garde côtière. Puma
Energy, avec un siège en Floride, est active depuis 1997 dans
la Transport maritime, les installations de stockage et de
distribution de produits pétroliers. Or, depuis 2000, son
actionnaire à 100 % est un leader mondial du trading :
Trafigura Beheer BV, inscrite en Hollande, mais dont le siège
décisionnel se trouve à Lucerne. Contactée en Suisse, la firme
nous renvoie à une porte-parole du groupe à Londres, qui nous
a confirmé hier les liens entre les deux sociétés et l'
implication
de Puma Energy à Abidjan. De source ivoirienne, on apprend
qu'
un courrier électronique envoyé le 17 août 2006 par M.
Jorge Marrero, de la société Trafigura LTD, qui a affrété le
navire, au Capitaine du N'
Zi Kablan, administrateur de Puma
Energy, aurait bien précisé que le chargement contenait des
produits chimiques et qu il fallait « prendre toutes les
dispositions afin d'
éviter tout problème environnemental ». Le
message, balancé par Internet, n'
a pas suffi. Un responsable
de Trafigura a promis de se rendre sur les lieux pour constater
l'
étendue des dégâts. [Gilles Labarthe / DATAS]
Dans un communiqué de Trafigura Beheer BV obtenu [le 05
septembre], la direction de la multinationale de trading fondée
par des anciens de Glencore s'
est déclarée « très préoccupée
par les allégations que le résidu (les rejets) de la cargaison
d'
essence du Probo Koala, un navire affrété par la société, a
été éliminé de manière inappropriée à Abidjan, et ceci malgré
le fait que la société a communiqué la nature des déchets aux
autorités et qu'
une demande écrite ait été faite de les éliminer
sans risques, conformément aux lois du pays et avec tous les
documents requis. Trafigura confirme que le résidu (les rejets)
était un mélange d'
essence, d'
eau et de lessive de soude. La
société est prête à aider la Commission du gouvernement
nouvellement nommée à Abidjan par tous les moyens
possibles ». [GL]
Du pétrole et des pétroliers
Le scandale du déversement de déchets toxiques dans les
décharges d’Abidjan met en lumière de singuliers acteurs.
L’affréteur du cargo Probo Koala, naviguant avec un équipage
russe, sous pavillon panaméen est la multinationale de
courtage de produits miniers et pétroliers Trafigura. Cette
multinationale a déjà été citée, en 2001, dans le transport
clandestin, sur le cargo Essex, sous pavillon libérien, de
pétrole irakien, alors sous embargo, lié au scandale « pétrole
contre nourriture », pour le compte de Ibex, société domiciliée
à Paris, dont le siège est aux Bermudes. Parmi les amis
français de Saddam, on citait Charles Pasqua et Patrick
Maugein, corrézien, proche de Jacques Chirac, qui l’appelle
« mon cousin ».
En réalité c’est Puma Energy international qui a négocié le
déchargement avec la société ivoirienne Tommy pour
l’affréteur du transport des déchets pétroliers déversés à
Abidjan. Puma Energy international, société de distribution de
produits pétroliers dont Trafigura possède la totalité, est
domiciliée en Floride avec son siège aux Bahamas. Son site
africain est à Pointe-Noire au Congo-B.
Les enquêteurs américains sur la trace du pétrole irakien
soupçonnent Patrick Maugein d’être le véritable maître de
Trafigura. Ce dernier affirme n’avoir aucun lien avec cette
société, prétendant que seul son frère Philippe Maugein en
aurait été le consultant [cf. Libération, Affaire Maugein : croche-pied
de Sarkozy à Chirac, 01/11/2004]. Patrick Maugein, après avoir été
l’associé du célèbre Marc Rich, dans la non moins célèbre
société Glencore, a créé, en 1999, sa propre société, Soco
international, dont le siège est à Londres, société d’extraction
et de courtage en hydrocarbures et gaz. En Afrique, Soco
possède un site d’exploitation au Congo B, dont les actions se
partagent pour 75 % à Soco-EPC et pratiquement le reste à la
SNPC (Société nationale des pétroles du Congo).
Parmi les dirigeants de Soco, on trouve Olivier Barbaroux,
directeur de la Compagnie générale des eaux, responsable du
secteur de l’énergie à Paribas, président de la Coparex,
société de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures,
président de Dalkia, société de prestation de services
énergétiques, partagée entre Veolia et EDF, membre de la
direction de la fondation Veolia environnement.
Dans le dernier rapport d’activité de Dalkia on peut
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lire : « Dalkia est un acteur de premier plan en matière de
protection de l'
Environnement et de préservation des
ressources naturelles ». Ma main droite ignore ce que fait ma
main gauche.
La France a envoyé à Abidjan quelques experts en
protection civile. Le Japon a annoncé qu'
il allait consacrer un
milliard de francs CFA (1,5 million d'
euros) d'
aide à la lutte
contre cette pollution. Mais, pour l’instant, on ne sait ni d’où
venaient les résidus pétroliers mêlés de soude caustique, issus
du nettoyage de cuves de pétroliers, transportés par Trafigura,
ni qui a permis qu’ils soient déversés dans les décharges
d’Abidjan. Les principales responsabilités sont pourtant à ces
deux bouts de la chaîne. Les Africains aussi sont aux deux
bouts de la chaîne. D’un côté on leur vole leur pétrole, de
l’autre on le leur renvoie dans la gueule sous forme de déchets
empoisonnés. [OT]
Déchets : des chiffres
Pour l’instant, ont été recensés à Abidjan 7 morts et 15000
intoxiqués au cours de 42000 consultations. Les effets de
l’intoxication en terme de maladie ou de diminution de l’espérance
de vie ne sont pour l’instant pas connus ou pas rendus publics.
Selon Pierre Portas, du secrétariat de la convention de Bâle,
« quatre ou cinq cas comparables, soit de déversement, soit de
tentatives » sont identifiés chaque année, mais on n’a
« aucune idée du trafic illicite effectué par le crime organisé. Ce
qu’il rapporte se chiffre en milliards de dollars. » [Le Monde, 13/09]
Selon le même, « plus de 100 millions de tonnes de déchets
dangereux sont générés dans le monde selon les années, et 8
à 10 % de ce volume est sujet à des transports transfrontaliers.
Et la Commission Européenne estime quant à elle que « la
moitié des transports de déchets issus des ports européens
sont illicites. » [Libération, 14/09]
Enfin selon les experts de l’Office de l’environnement, « près
de 10 % du fret maritime seraient composés de déchets
illégaux. » [Le Figaro, 08/09]. [Victor Sègre]
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BDP, Les pillards de la forêt d’Afrique centrale, Arnaud
Labrousse, 01/11/2004 [www.bdpgabon.org/content/view/1424/71] :
« Un livre italien, Ilaria Alpi : Un homicide au carrefour des
trafics (Baldini & Castoldi, 2002) de Barbara Carazollo, Alberto
Chiara, et Luciano Scalettari, enquête sur la mort de la
journaliste éponyme, assassinée en Somalie en 1994. Le trafic
pour lequel elle s’était montrée trop gourmande d’infos était
celui de déchets toxiques en provenance de la mafia italienne
et à destination de l’Afrique. Un repenti du nom de Gianpiero
Sebri a accepté de parler aux auteurs :
Une fois j’ai assisté à une opération de chargement d’armes et de
déchets toxiques. Nous étions dans le port de Hambourg, il y avait
avec moi un certain Licata, que Luciano Spada a pu décrire comme un
homme puissant et lié au clan mafieux de la « famille » Fidanzati. Il y
avait six ou sept conteneurs, qui avaient été transportés par des
camions avec des plaques d’immatriculation américaines [ !]. Des
armes et des substances extrêmement dangereuses ont été chargées
sur trois bateaux. Plus tard, Spada me spécifia qu’il s’agissait de
substances radioactives.
Autre témoin haut en couleurs, Nicolas Bizzio est un riche
trafiquant italo-américain et résident monégasque, qui dispose
d’au moins une villa en Corse du Sud. Lui aussi connaît Spada.
Savez-vous combien d’argent on gagne dans des affaires pareilles ?
Chaque bateau, selon sa cargaison, peut valoir jusqu’à 50 millions de
dollars de bénéfice net. En réalité, j’ai participé à une seule opération,
et en pleine légalité : c’était en 1984. Spada s’était rendu en Amérique
et avait obtenu le permis de décharger en Guinée les déchets du
décapage des navires de la marine militaire US. Mais l’affaire ne se fit
pas à cause des protestations des « Verts » européens. Il s’agissait de
50 bateaux de 20 000 tonnes. Il y avait 650 millions de dollars de
bénéfices, si l’opération avait pu se conclure. »
[Où l’on voit que le trafic de déchets à destination de l’Afrique
ne date pas d’hier, qu’il n’a jamais fait la Une des journaux et que les
tarifs n’ont guère changé puisque, si l’on en croit la Lettre du Continent
[14/09], une main anonyme a donné quatre milliards de Fcfa, soit
soixante millions d’euros, pour se débarrasser, via Trafigura et le Probo
Koala, de ses saletés, à très très bon marché vu l’érosion de la
monnaie et le coût croissant du recyclage. Á ce prix-là l’expéditeur
devait bien se douter que le traitement ne serait pas très raffiné, si l’on
peut dire. – OT]
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Côte d'Ivoire : faut-il bannir Banny ?
On croyait le train de la paix de Banny bien parti ! Hélas
depuis bientôt deux mois, des signes inquiétants s'
amoncèlent à
nouveau dans le ciel ivoirien, mettant à mal le processus de
sortie de crise.
Après une première phase laborieuse au cours de laquelle le
Premier ministre issu de la résolution 1633 de l'
ONU a dû
manœuvrer dur pour gérer les susceptibilités et les réclamations
des uns et des autres, une feuille de route, claire et avalisée par
tous les protagonistes, a été mise en chantier : une expérience
pilote des audiences foraines qui ont connu une massive
adhésion des populations, des pourparlers entre les militaires
des Fanci et des Fafn ayant abouti à des pré-regroupements des
combattants autour de sites identifiés par l'
Onuci et la force
Licorne, la tenue dans le nord du pays des examens scolaires,
une réinstallation progressive de l'
administration centrale avec le
retour dans leurs communes des maires ayant fui les combats
en 2002 et la nomination de préfets et sous-préfets, etc.
Pourquoi cette belle mécanique s'
est -elle grippée ? Quel bilan
peut-on faire à l'
orée de la cinquième année de crise ? Banny,
n'
est-il plus (comme le proclament certains cercles proches du
régime de Gbagbo et du Rassemblement des houphouëtistes)
"l'
homme qu'
il faut pour conduire le train de la paix" ?
Quand on observe les faits (et non pas les grandes phrases et
gesticulations médiatiques des principaux animateurs de la
classe politique ivoirienne), il apparaît nettement que Banny a
réussi à créer un espoir de paix et a su poser les balises du
chemin de sortie de crise à chaque fois qu'
il s'
est montré
indépendant et au-dessus de la mêlée. C'
est cette attitude qui lui
a permis de démarrer et de conduire avec succès l'
expérience
des audiences foraines. C'
est également de cette manière qu'
il
s'
y est pris avec les militaires , en leur faisant confiance, en leur
laissant la plus grande marge de manœuvre pour arrêter entre
eux les conditions et le rythme du pré-regroupement.
Les choses ont commencé à se gâter quand Banny, sous la
double pression (contradictoire) d'
une part, d'
une partie de la
classe politique ivoirienne et du courant dominant de la
"communauté internationale" en charge de la crise ivoirienne qui
le poussaient à agir vite, très vite, pour tenir le délai imparti par
la résolution 1633 et d'
autre part des voix qui s'
élevaient parmi
les acteurs politiques ivoiriens pour demander au Premier
ministre de "temporiser", "d'
éviter de faire le jeu de ceux qui
veulent brader la nationalité ivoirienne".
Comme on le sait, de tous les points d'
achoppement qui ont
donné lieu à des controverses, c'
est la question de
l'
identification, et donc des audiences foraines qui a suscité le
plus de polémiques dont le paroxysme a été atteint avec les
affrontements qui se sont soldés par des morts. Il est important
de s'
arrêter sur cette question qui concentre toutes les passions
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des différents bords. Revenons à la feuille de route,
unanimement entérinée par tous les protagonistes. Le schéma
arrêté était le suivant : mener sur un échantillon représentatif de
la population une série d'
audiences foraines dont les résultats
serviraient à l'
opération d'
identification proprement dite. C'
est sur
la base des données issues de l'
identification que seraient
actualisées les listes électorales. On voit bien que chaque étape
de ce processus est capitale et méritait une présence effective,
une attention et des rôles clairement répartis de tous les
participants requis (magistrats, préfets, représentants de partis
politiques, témoins des réquérants, etc). Tous les avis
convergent aujourd'
hui pour dire que dans la phase pilote ce
dispositif a bien fonctionné, nonobstant des erreurs qui ont été
identifiées au cours d'
une session de restitution des travaux.
C'
est après cette session-bilan que les dérapages vont surgir.
Bien évidemment, de bonne ou de mauvaise foi, les avis vont
diverger dans l'
exposé et l'
explication donnés à ces dérapages.
À l'
analyse des faits, on peut établir les constats suivants :
Banny n'
a pas voulu (n'
a pas pu ?) et n'
a pas pris le temps de
tirer, avec l'
ensemble des acteurs concernés, les enseignements
de la phase pilote des audiences foraines afin de réajuster le
dispositif. Ce passage en force (au motif qu'
il fallait tenir le délai
du 31 octobre 2006) a porté un coup à son image d'
homme
politique "rassembleur et au dessus des intérêts partisans". Le
deuxième dérapage de Banny a été la publication d'
un "guide
des audiences foraines" sans une concertation (ni même une
information préalable) de certains protagonistes. Dans son
principe et dans son contenu ce guide pose deux problèmes
majeurs. Premier problème : pourquoi publier un guide pour
régler une opération qui était déjà largement entamée ? Cette
manière de procéder a été vue par certains ivoiriens comme "un
changement des règles du jeu pendant le match". À quels
desseins ? Banny n'
a pas apporté à ce jour une réponse claire et
convaincante à cette question. Deuxième problème : les
audiences foraines qui se déroulent dans cette phase de crise
doivent-elles avoir les mêmes objectifs et les mêmes modalités
que celles qui s'
étaient déjà tenues dans le pays en période de
paix (notamment sur la base de la loi de 1961 régissant les
audiences foraines) ?
C'
est sur cette question que se sont durcies les positions. Le
président Laurent Ggabgo et la mouvance présidentielle
martèlent l'
idée que les audiences en cours ne doivent revêtir
aucun caractère exceptionnel. Pour l'
opposition politique et les
forces nouvelles, les audiences foraines ainsi que l'
opération
d'
identification font partie des points d'
accord acceptés par tous
(y compris le FPI) lors des pourparlers successifs de sortie ce
crise. L'
opération des audiences est de ce point de vue
exceptionnelle et doit répondre au souci massivement partagé
dans le pays de résoudre une bonne fois pour toute le problème
des millions d'
Ivoiriens sans papiers.
Ce point de polémique sur la question de savoir s'
il faut ou non
s'
en tenir à la loi ivoirienne (qui était en vigueur avant la crise)
pour élaborer et conduire les audiences foraines traduit à
d'
évidence la mauvaise foi de certains politiciens ivoiriens en
même temps qu'
il révèle le flou qui subsiste sur les prérogatives
réelles fixées par la résolution 1633 au Premier ministre Banny.
Ceux qui s'
accrochent becs et ongles à la loi, et ne veulent en
aucun cas s'
écarter de l'
esprit et de la lettre de la Constitution
ivoirienne, font mine d'
oublier que la sortie de la crise (qui est
une période exceptionnelle) va nécessairement passer par
l'
adoption de mesures exceptionnelles. Sauf à être incohérent on
ne peut pas d'
une part accepter de travailler avec Banny (qui est
lui même un Premier Ministre exceptionnel de par son mode de
désignation) et de l'
autre s'
arc-bouter sur une loi au motif (au
demeurant fort louable) de défendre la souveraineté politique de
son pays et exiger que toutes les solutions pour aller à la paix
respectent scrupuleusement la Constitution. C'
est cette attitude
politique qui crée de fait les blocages. On ne peut pas le matin
applaudir l'
ONU, quand elle prend des mesures avantageuses
°
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pour soi et son camp, et le soir venu, aller clamer à
la télévision ivoirienne que "c'
est l'
Onuci qui
empêche le pays de retrouver rapidement la paix". Il n'
y aura pas
de paix sans compromis. Il faudra bien que tous les acteurs
politiques ivoiriens acceptent la règle minimale qui est qu'
on ne
peut pas être gagnant à tous les coups dans les compromis
successifs qu'
exigera le processus de sortie de crise. Chaque
homme ou femme politique, sincère et réellement soucieux
d'
une sortie rapide de cette crise qui n'
a que trop duré, doit
préparer son camp à accepter cette évidence politique. Que
personne ne s'
imagine qu'
il sera porté en héros au lendemain de
la victoire du camp de la paix. Le seul héros dans cette histoire
ce sera le peuple ivoirien lui même, et lui seul.
Banny devra tirer les leçons de ses dérapages dans la gestion
du dossier des audiences foraines, un exercice politique
nécessaire s'
il veut retrouver sa posture d'
homme politique audessus des partis et des clans, et se remettre au service des
intérêts vitaux du peuple ivoirien. De nombreux acteurs de la
société civile ivoirienne et africaine l'
encouragent dans cette voie
et ne ménageront pas leurs efforts pour le soutenir. L'
heure est
grave. Elle l'
est devenue plus grave avec l'
éclatement de la crise
des déchets toxiques. Banny doit continuer son action sans
céder aux sirènes des uns (qui crient au bradage de la
nationalité ivoirienne) et des autres (qui veulent une opération
"une kalach contre une carte d'
identité”). C'
est à cette seule
condition que le train de la paix va pouvoir rouler de nouveau sur
de bons rails. [Sisulu Mandjou Sory]
Bruits de bottes au Tchad
Le Tchad à un tournant ?
L’armée tchadienne est engagée dans divers combats contre
des groupes rebelles (divisés certes, mais certaines ententes
pourrait apparaître à l’horizon) dans l’est du pays. Les forces
tchadiennes en auraient pris l’initiative, à l’encontre du FUC de
Mahamat Nour dans les montagnes d’Aram Kolé, du Rafd des
frères Erdimi entre Guéréda et Adré, ou dans la région de
Moudeïna où se trouve l’Union des forces pour le progrès
(UFPD) de Mahamat Nouri.1
La France, accusée par ces groupes rebelles d’avoir effectué
des bombardements et d’une offensive terrestre en soutien des
forces gouvernementales, répond, par la voix du ministère de la
Défense, que son assistance reste limitée aux domaines du
transport, de la santé et de l’échange d’information.
Il n’est pas facile de désembrouiller les rumeurs, les
assertions, et aussi certaines informations vérifiées mais
incomplètes, dans le contexte tchadien du moment. Certains
groupes politico-militaires seraient-ils en phase de concertation
afin de renverser Déby, quitte à se renverser mutuellement par
la suite ? Nous n’avons pas la réponse à cette question, mais
elle est incontournable. Et elle maintient à l’ordre du jour
l’indispensable dialogue inclusif des politico-militaires, puis
l’organisation d’élections législatives et présidentielles,
réclamés par l’opposition politique et la société civile tchadienne.
Et la France dans ce contexte ?
Plus d’une source, certaines crédibles, affirment que « la
France » cherche (plus) activement (que jamais) une « solution »
pouvant se substituer à un éventuel effacement d’Idriss Déby.
Quitte à consentir à un tel effacement afin d’orienter le choix de
l’effaceur ? D’aucuns affirment que notre pays aurait été séduit
(un temps, révolu ?) par les qualités d’un « pire que Déby »
1
Mahamat Nouri, ancien compagnon de route de Hissen Habré, puis
longtemps ministre de la défense sous Idriss Déby, a récemment quitté
son poste d’ambassadeur en Arabie Saoudite pour prendre le maquis
dans l’intention de renverser le « président » tchadien. Parmi les
fossoyeurs du Tchad, il tient un place importante.
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(Nouri pour ne pas le nommer).
Quoiqu’il en soit, notre pays serait toujours aussi peu
enthousiaste devant les exigences de l’opposition politique et de
la société civile mentionnées plus haut. Quelle aberration,
pourtant, d’en rester à ce point mort juché au bord de l’abîme,
dans lequel le sort du peuple tchadien n’a aucune chance de
s’améliorer, et dans lequel les inévitables manieurs de
kalachnikovs sont poussés au pire. [Sharon Courtoux]
TOGO
Non à la visite scandaleuse de Faure Gnassingbé en France !
Communiqué de ACAT-France et Survie, le 30/08,
En recevant en visite officielle le 7 septembre prochain le président
Faure Gnassingbé, Jacques Chirac légitime le président togolais et
continue à faire de la France et des Français les complices de la
dictature familiale et clanique qui opprime le peuple togolais depuis plus
de 40 ans.
Le 5 février 2005, l’un des plus sinistres dictateurs africains,
Gnassingbé Eyadéma mourait après 38 ans de pouvoir absolu. L’appui
de la France à ce dictateur n’avait jamais flanché depuis 1967. Tous les
présidents qui s’étaient succédés, de De Gaulle à Chirac, en passant par
Mitterrand, avaient assuré à Eyadéma un indéfectible soutien, méprisant
les souffrances infligées au peuple togolais.
À sa mort, l’armée togolaise impose son fils, Faure Gnassingbé,
comme successeur. Devant la condamnation quasi unanime de la
communauté internationale, Faure Gnassingbé organise la tenue d’une
élection présidentielle, qu’il manipule afin de l’emporter, le 24 avril 2005.
Le peuple togolais, exaspéré, descend dans la rue. La répression fait
plus de 500 morts, selon les Nations unies, et des milliers de réfugiés
dans les pays voisins. La France s’active alors à légitimer le nouveau
pouvoir en le présentant comme un gage de stabilité dans la continuité.
Pour inciter l’Union Européenne à reprendre son aide, le pouvoir
togolais engage des négociations avec l’opposition. Un « Accord
politique global » est signé le 20 août 2006. Des concessions ont été
faites, sur le papier, à l’opposition, pour obtenir la signature d’un accord
avant la visite de Faure Gnassingbé prévue en France début septembre.
Mais rien ne garantit que ce nouvel accord sera respecté. Le peuple
togolais n’a pas été consulté. Aucune association indépendante de
défense des droits de l’Homme n’a été conviée aux pourparlers. Le texte
n’accorde que très peu de place à la question des droits de l’Homme
pourtant cruciale dans le pays. Les questions essentielles de la fraude
électorale, et de l’impunité des auteurs des violences perpétrées en
2005, n’ont pas été intégrées à l’accord, mais renvoyées aux bons soins
d’un futur gouvernement. La question de la réforme de l’armée, qui a
jusqu’à présent servi les ambitions du clan au pouvoir, est également
esquivée.
Le nouveau gouvernement, hormis des promesses de réconciliation,
n’a, à ce jour, pour les crimes passés relevant du droit international,
progressé sur aucune des trois facettes de la lutte contre l’impunité, à
savoir la vérité, la justice et la réparation. Aucun des auteurs des crimes
perpétrés avant, pendant et après les élections présidentielles d’avril
2005 n’est pour l’instant poursuivi devant une juridiction nationale.
En conséquence, nos associations considèrent qu’en recevant Faure
Gnassingbé en France, Jacques Chirac apporte sa caution morale et
politique à l’impunité qui règne actuellement au Togo.
Nos associations dénoncent donc cette visite et demandent son
annulation pure et simple. Une telle visite ne peut avoir lieu tant que le
régime togolais n’aura pas mis en oeuvre les recommandations émises
dans le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des
Nations unies sur les violences d’avril 2005, à savoir :
– Mettre sur pied dans les meilleurs délais une « commission paix,
vérité et réconciliation » indépendante et impartiale.
– Procéder immédiatement à des enquêtes indépendantes et
impartiales sur tous les cas de violences passées, notamment en 1993,
1998, 2003 et 2005, en vue de poursuivre en justice leurs auteurs et
responsables.
– Veiller à ce que des réparations et indemnisations des victimes
d’atteintes aux droits de l’Homme soient prévues.
La République française ne peut accueillir au nom des citoyens
français Faure Gnassingbé et se rendre ainsi complice de l’impunité et
de la dictature au Togo.
°
)
Le devenir de la République Démocratique du Congo
L’énergie du désespoir
Depuis les événements du mois d’août, un calme « volatile »
s’est installé dans la capitale congolaise. Le terme est utilisé par
le porte-parole de la force européenne EuroforRDCongo, le
lieutenant-colonel Thierry Fusalba, qui a déclaré, le 21
septembre, qu’il y avait « trop d’hommes en armes et d’armes à
Kinshasa ». Certes, mais il n’y a pas qu’à Kinshasa où c’est le
cas. Si l’on n’avait que la presse comme source d’information, on
pourrait imaginer que le reste du pays importe peu, voire qu’il
n’existe pas. A Kinshasa, le 18 septembre, les locaux abritant les
deux chaînes de télévisions du second en lice de l’élection
présidentielle, Jean-Pierre Bemba, ont été ravagés par le feu.
Court circuit, incendie volontaire provoqué par les partisans de
Kabila, auto-incendie allumée par Bemba afin d’accuser ce
dernier ? Tout est possible, on ne sait pas encore ce qu’il en est,
et le saura-t-on jamais ? L’enquête sur l’affaire semble stagner.
La classe politique est tout à ses discussions, ses arrangements,
ses constructions de coalitions, dans l’optique du futur exercice
du pouvoir. Dans le Nord Kivu, la sécurité et l’ordre d’une partie
non négligeable de la province serait entre les mains du rebelle
Laurent Nkunda, et dans le Sud Kivu on observerait des
alliances étranges entre des rebelles rwandais du FDLR et des
habitants des hauts plateaux (Banyamulenge). Nous reviendrons
sur ces questions, mais aujourd’hui il y en a une en particulier
qui semble mériter l’attention : à l’heure de l’installation de la
nouvelle Assemblée Nationale issue des élections législatives, à
la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle, alors que
rien n’est joué, ni gagné, dans ce grand pays. L’auteur de ces
lignes a pu aborder cette question avec des Congolais, les
premiers intéressés n’est ce pas, qui lui en ont parlé avec
l’énergie du désespoir.
La tutelle
La République Démocratique du Congo est, sans conteste,
sous tutelle, celle de la communauté internationale où la
Belgique, les États-Unis, la France (par ordre alphabétique),
jouent un rôle prépondérant. Récemment, le ministre belge des
Affaires étrangères a déclaré qu’il convenait de prolonger la
tutelle internationale de la RDC après la période électorale.
Embarrassé par tant de franchise, Londres aurait proposé un
protocole d’accord donnant au perdant de l’élection
présidentielle un statut particulier et des avantages officiels
(notamment la mise à l’abri de toute poursuite judiciaire). Nos
lecteurs peuvent imaginer certaines réactions congolaises à ce
qu’un journal kinnois, Le Potentiel, a appelé RDC, méga
laboratoire des occidentaux 1. Nous avons maintes fois abordé
les raisons de l’intérêt des grandes puissances pour la RDC.
Pour mes interlocuteurs congolais, cet intérêt représente
l’obstacle majeur entre les Congolais et leur capacité de trouver
et d’appliquer des solutions à leurs nombreux problèmes. La
tutelle serait l’ultime piège, dans lequel tombe un peuple et ses
représentants, chacun devant manœuvrer avec elle au détriment
de l’intérêt général (la tutelle restant aux commandes des
manœuvres). Aucun des nombreux groupes identitaires dont le
pays est constitué ne se laissera réduire à une quantité
négligeable, mais tous seraient en mesure d’apporter leur pierre
à l’édifice national à bâtir. Quand on examine la « gestion »
étrangère du Zaïre ou du Congo au cours des dernières
décennies (de l’époque coloniale à nos jours en passant par
l’assassinat de Lumumba et la période précédant et suivant le
1
La « solution » adoptée à Sun City (que les Congolais appellent
1+4=0), qui a installé au pouvoir les chefs d’anciennes forces
violemment antagonistes – un président et quatre vice présidents – , est
considérée comme l’une des pires fautes dudit laboratoire, dont les
travaux débouchent notamment sur le maintien de l’impunité et sur
l’addiction à celle-ci.
"
’&
&3 4
’
génocide des Tutsi au Rwanda), laisser le dernier mot de ces
quelques lignes à mes interlocuteurs congolais me paraît
s’imposer.
Ceci ne contredit en rien, bien entendu, l’indispensable
intervention de l’ONU, où que ce soit dans le monde, en cas de
génocide (comme cela aurait du être le cas au Rwanda en 1994
par exemple) ou de graves crimes contre l’humanité. [SC]
# 8 * 9 &9
– 0* 9 * " & : : &
Interview de Christian Mounzeo et Brice Mackosso,
Propos recueillis par Fabrice Tarrit.
« Au Congo B, pas de protection possible pour nous,
le gouvernement a tous les pouvoirs »
[Les militants congolais des droits de l'
homme Christian Mouzeo et Brice
Mackosso, engagés dans la campagne Publiez ce que vous payez
Congo ont été arrêtés et maintenus arbitrairement en détention en avril
dernier (voir Billets du mois de mai). Leur travail d'
enquête sur l'
affaire
des disparus du Beach et sur les malversations de la gestion pétrolière
inquiète sérieusement le régime de Sassou N'
Guesso. Les deux
hommes ont cependant pu faire un déplacement en Europe en
septembre, notamment à Paris où nous les avons rencontrés]
[Billets d'Afrique] Comment avez vous pu quitter le Congo
dans le contexte actuel ?
Christian Mounzeo et Brice Mackosso : Assez facilement.
Nous avons reçu une invitation du gouvernement allemand, du
gouvernement norvégien, ainsi que du Secours Catholique.
Nous avons fait une demande de visa pour la France, ce qui a
provoqué un branle-bas de combat au niveau de l'
ambassade de
France et du Ministère des Affaires Étrangères français, qui ne
savaient pas quelle attitude adopter. Ils ne voulaient surtout pas
fâcher le président Sassou. Ils croyaient que nous étions sous
contrôle judiciaire, ce qui n'
est pas le cas. Il n'
empêche que dès
notre départ, il a été annoncé dans les médias que nous avions
quitté précipitamment le pays pour échapper à la Justice, que
nous allions rejoindre les rangs de l'
opposition, à Paris. Tout cela
fait partie d'
un vaste plan de dénigrement à notre égard.
Parlez nous un peu de la campagne de calomnie dont
vous faites l'objet au Congo ?
CM et BM : Tout cela a commencé bien avant notre
arrestation. Tous les coups sont permis pour décrédibiliser notre
action. Du fait de notre plaidoyer international pour la
transparence des revenus pétroliers on nous a traité de valets de
l'
impérialisme, instrumentalisés pour détruire le Congo. On
affirme que nous voulons faire obstacle au point de décision de
l'
initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endéttés, NDLR) et de
contribuer ainsi à ce que les fonctionnaires se retrouvent sans
salaire, les étudiants sans bourses. Nous avons été désignés
comme des ennemis de l'
État à la télévision par des conseillers
de Sassou. Brice Mackosso a été accusé de préparer un coup
d'
État. Cette campagne, orchestrée par des organes de presse
comme « Le Choc » et « le Coq », ainsi que par la TV nationale
a pour but de susciter une colère populaire à notre égard. On a
réussi à instrumentaliser une partie de la population contre nous,
y compris des militants des droits de l'
homme qui ne nous ont
pas défendu, malgré les conditions arbitraires de notre détention.
Pensez-vous que cela puisse aboutir ? Craignez vous
pour votre vie, avez vous des protections ?
CM et BM : Au Congo il n'
y a pas de protection possible. Le
gouvernement a tous les pouvoirs.
Heureusement la majorité des Congolais n'
est pas dupe en ce
qui nous concerne. Beaucoup de gens nous reconnaissent dans
la rue, disent qu'
ils nous comprennent. Les audiences de notre
procès étaient à la limite du meeting, il y avait des
applaudissements quand nous prenions la parole.
°
)
Mais trop peu de personnes veulent ou peuvent
s'
engager dans des luttes citoyennes actuellement
au Congo. Certains amis s'
excusent de ne plus pouvoir s'
afficher
avec nous. Les vrais soutiens restent d'
autant peu nombreux
que beaucoup d'
argent circule pour « acheter » les gens,
notamment depuis que les cours du pétrole ont flambé. Sassou
a trop d'
argent actuellement. La presse se laisse corrompre, les
journalistes reçoivent des « per diem » énormes pour
accompagner le président dans tous ses déplacements. Certains
journaux sont aux mains de proches du pouvoir. Si vous lisez la
presse au Congo vous serez perdus, elle n'
est plus depuis
longtemps l'
indicateur de ce qui se passe réellement dans le
pays.
On sait que beaucoup de vos archives et dossiers ont été
confisqués ou volés, quelles sont ces informations qui
inquiétaient tant le pouvoir ?
CM et BM : Beaucoup de matériel a été saisi dans nos
domiciles, où nous pensions qu'
il était plus à l'
abri que dans les
locaux associatifs. Nous n'
avions pas de copies. Les dossiers
disparus concernent la campagne Publiez ce que vous payez !
et la gestions du pétrole, les affaires concernant l'
impunité , des
dossiers sur les élections et d'
autres sur le processus de paix et
le dialogue congolais. Nous étions sur le point de sortir un
rapport qui devait faire « boum ! », avec de nombreux faits
étayés concernant des privilèges accordés dans l'
embauche de
fonctionnaires, la triche dans les résultats de concours militaires,
qui permettaient de pointer du doigt une vraie politique clanique
visant à privilégier les ressortissants de tel village, de telle
région, etc.
Autre matériel saisi, les enregistrements des conférences du
contre-sommet France-Afrique de 2003 à Paris, du contre-G8
d'
Annemasse, des photos du plaidoyer Publiez a ce que vous
payez ! au siège de Total, à Paris. Des photos prises par Brice
de paysans sans terre du Brésil ont été présentés comme la
preuve qu'
il était passé par un camp d'
entraînement militaire !
Comment s'est passée votre arrestation et votre
détention ? Quels chefs d'accusation ont été invoqués ?
CM et BM : Nous avons été arrêtés pour de prétendus
détournements de fonds, ce qui n'
aurait justifié en aucune
manière une mise en détention. Un policier s'
est presque excusé
en nous lisant l'
ordre du procureur de nous priver de liberté
avant qu'
une enquête soit ouverte. Les interrogatoires du
procureur étaient bidons, celui-ci tenait surtout à nous faire
savoir que le mandat d'
arrêt relevait de son pouvoir
discrétionnaire. Le juge d'
instruction ne nous a entendu et n'
a
délivré un mandat de dépôt officiel que 5 jours après notre
arrestation. Il y a eu beaucoup de violence verbale et
psychologique à notre égard, mais pas physique. Nous pensons
cependant qu'
une des premières intentions du pouvoir était de
nous tuer lors de notre première nuit de détention (les 2 hommes
sont restés trois semaines en prison et doivent en grande partie
leur libération à un mouvement de solidarité internationale lancé
par de nombreuses ONG, dont Survie, et quelques
gouvernements et institutions, NDLR).
Tout cela est la conséquence de notre implication dans
l'
affaire des disparus du Beach de Brazzaville. Il y a également
d'
autres enjeux : nous empêcher de participer à la commission
EITI (initiative internationale lancée par Tony Blair sur la
Transparence des revenus de l'
extraction de matières
premières, NDLR), nous éloigner du groupe d'
observation de
l'
annulation de la dette, du groupe de surveillance de la
corruption, etc. Et puis au Congo, nous entrons dans la
préparation des législatives qui doivent avoir lieu en 2007. C'
est
un scrutin important, pour lequel nous réclamons la création
d'
une commission électorale indépendante. Au pays même le
parti majoritaire est divisé et dans la population, la colère monte.
"
’&
&3 4
’
°
);
Regain de censure au Mali
Des journalistes et militants du réseau Radio libre Kayira
subissent depuis quelques mois une nouvelle vague de
répression qui s’est accentuée cet été. La radio Kayira, dirigée
par Oumar Mariko, également secrétaire général du SADI
(Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance)
constitue un soutien important des luttes sociales et
démocratiques au Mali, qu’il s’agisse de la lutte des syndicalistes
de la mine d’or de Morila face au pillage effréné de la Somadex
(filiale de Bouygues, cf. Billets n° 142 et 143), ou de celle des
cheminots face à la concession scandaleuse de la Régie des
Chemins de Fer du Mali à Transrail 1. Plusieurs de ses membres
ont déjà connu la prison pour « incitation à la révolte » et
« opposition à l’autorité de l’État ». En septembre 2005, Radio
Kayira dépose une demande de fréquence pour émettre dans la
ville de Niono, afin d’appuyer les luttes des paysans dans les
terres de l’Office du Niger. Huit mois plus tard, la radio est fin
prête, mais n’a toujours reçu aucun réponse du ministre de la
communication (par ailleurs ancien éditorialiste de l’UDPM du
dictateur Moussa Traoré et de Alpha Oumar Konaré...) Le 24
avril 2006, elle décide alors de commencer des diffusions
d’essai. Quarante huit heures après ces premières diffusions, le
préfet de Niono leur intime l’ordre de procéder à la fermeture de
la radio et les intimidations policières commencent. Radio Kayira
saisit alors le Conseil supérieur de la Communication qui leur
donne raison au regard de la loi. Le répit est de courte durée :
mi-mai, une nouvelle décision préfectorale leur intime le silence,
toujours sans justification relatives aux procédures d’obtentions
des fréquences. Décision d’autant plus scandaleuse que
pendant ces huit mois, deux autres radios (Séko et Sikoro)
créées par le directeur de l’Office du Niger émettent sans avoir
reçu, ni déposé de demande d’autorisation d’émettre. Fin août, 6
collaborateurs de Radio Kayira sont finalement arrêtés et
condamnés à un mois de prison ferme et 50 000 FCFA
d’amende pour, à nouveau, « opposition à l’autorité de l’État. »
[VS]
Super Blagueur
Alors que se déroule (enfin !) le procès (partiel) des faux
électeurs de la mairie de Paris, et que Jacques Dominati nous
joue le grand classique du « Retenez-moi où je fais un
malheur », menaçant de fournir une liste des élus magouilleurs
(L’Express, 20/09), alors que Jacques Chirac est nommément
désigné comme « le vrai responsable » par Gérard Merle, ancien
responsable du RPR à Paris (Le Monde, 11/09), notre président
songe d’autant plus à l’après immunité présidentielle, que
d’autres affaires restent à traiter... ou à étouffer. Il vient donc de
nommer son ancien conseiller judiciaire Laurent Le Mesle
Procureur général de Paris. Le porte-parole du gouvernement
J.F Copé s’est indigné que cette nomination puisse susciter des
critiques et a salué « un haut magistrat à l'
éthique et à la
compétence unanimement reconnues » (Le Figaro, 13/09). On
ne se prononcera pas sur l’éthique, mais pour ce qui est des
compétences, on veut bien le croire ! Moins de quinze jours plus
tard, Chirac faisait la leçon à Sarkozy et rappelait « sa très
grande exigence quant au respect de l’indépendance des
magistrats » (AFP, 22/09). Un sens de l’humour toujours aussi
prononcé... [VS]
1
L’actionnaire majoritaire de la nouvelle entreprise Transrail SA est au
départ un consortium canado-français Canac-Getma. Le consortium
CANAC-GETMA a ensuite cédé ses actions au Français J. Lefebvre et à
l’American Savage Companies. Cf. « Mali, Niger : la mondialisation
néolibérale
contre
les
plus
pauvres »,
www.cadtm.org/article.php3?id_article=1712
Gabon
Menace sur la forêt de la Mondah
Communiqué de Survie et Environnement Gabon, le 26/09
Survie et la plate-forme Environnement Gabon, qui regroupe en son
sein une quinzaine d’associations et ONG environnementales
gabonaises tiennent à alerter l’opinion internationale sur le danger pour
l’environnement que représente le site choisi pour la construction d’un
nouvel aéroport près de Libreville au Gabon. En effet le site retenu pour
ce projet se trouve à l’intérieur d’une zone hautement protégée : « La
forêt classée de la Mondah ».
Cette unique forêt à la périphérie de Libreville constitue un trésor
écologique.
La baie de la Mondah est une zone humide côtière du nord-ouest du
Gabon, dont de larges parties ont été incluses en août 2002 dans le parc
national d’Akanda. C’est un site précieux qui abrite de nombreuses
espèces végétales et animales dans une mangrove.
La réalisation de ce projet menace sévèrement l’équilibre des
écosystèmes du Parc d’Akanda et constitue un sérieux problème de
sécurité aérienne pour des avions à réacteurs par la simple présence en
ce lieu de sites de niche et de migration d’oiseaux.
L’étude de faisabilité a été confiée, en juillet 2006, au groupe français
Bouygues. Aucune consultation préalable de la population et des
instances de protection de l’environnement n’a eu lieu. Il est curieux de
constater que sans une étude préalable d’impact environnemental sur le
site, conformément aux dispositions du Code de l’environnement, le
gouvernement décide de manière unilatérale d’implanter un aéroport
dans un site aussi sensible.
Face à ce qui précède et au regard des enjeux écologiques du
moment, de la nécessité de développer la politique de mise en place des
parcs nationaux et pour garantir la crédibilité des engagements pris par
le chef de l’État gabonais auprès de la communauté internationale, nous
recommandons l’abandon du site de Malibé II, empiétant sur la forêt
classée de la Mondah, pour ce projet.
Des alternatives existent : soit par l’agrandissement de l’aéroport
existant avec la création d’une seconde piste d’atterrissage, soit par le
choix, dans la région de l’Estuaire, d’un site plus favorable pour
l’implantation d’infrastructures économiques et industrielles, sans
destruction de zones protégées.
Vu l’urgence, puisque la réalisation de ce projet est prévue courant
2007, il est nécessaire que cette information soit largement relayée et
qu’une puissante protestation s’élève dans le monde contre cette
destruction d’une zone protégée.
Aide française au développement : communiquer avant tout
Le 20 septembre dernier, le ministère délégué à la
Coopération, au développement, à la Francophonie, organisait,
avec l’Agence française de Développement (AFD), une
conférence de presse afin de présenter les résultats de la
« première enquête nationale sur l’opinion des Français à l’égard
de l’aide au développement ». Selon ce sondage AFD-Ifop,
« 83 % des Français estiment que la France joue un rôle
important » dans le domaine de l’aide au développement.
Que veulent donc bien dire les Français par « rôle important » ?
C’est ce que Brigitte Girardin (ministre déléguée à la Coopération),
Jean-Michel Severino (Directeur général de l’AFD), Olivier
Bauby (Directeur général de l’Ifop) et Jacques Pelletier,
président du Haut Conseil de la Coopération internationale
(HCCI) ont tenu à expliquer par cette conférence de presse.
Autosatisfaction
Mme Girardin a tout d’abord constaté que l’aide française est
« en phase avec les attentes des Français », notamment sur la
nécessité de créer des emplois au Sud et d’y transférer des
compétences, afin de lutter contre l’immigration. Les Français
sont aussi favorables à l’allocation de l’aide aux secteurs de
l’eau et des « biens publics mondiaux » (santé et
environnement). Ils considèrent enfin l’Afrique sub-saharienne
comme devant être la destination prioritaire de l’aide française,
tout en demandant plus de transparence et d’efficacité à celle-ci,
’&
&3 4
"
’
afin que leur argent soit bien utilisé.
Si les Français (c’est-à-dire « un échantillon représentatif » de
1000 d’entre eux) se sont exprimés de la sorte, c’est que les
questions posées les ont invité à le faire. En revanche, aucune
question ne leur a été posée sur la nécessité ou non de conditionner
l’aide à la bonne gouvernance, ou s’il fallait continuer à aider un
régime arrivé au pouvoir par un coup d’État ou des élections
truquées. À croire que l’aide au développement n’est en rien
politique et que les Français n’ont pas à s’exprimer sur ce sujet.
Voir dans ce sondage autre chose qu’une opération de
légitimation de la politique française d’aide au développement
est difficile. C’est même de toute évidence une véritable
opération de communication.
Stratégie de communication
Et de communication il en a justement été question tout au
long de cette conférence. Pourquoi ? Parce que le sondage
montre tout de même que « 41 % des Français trouvent les
actions menées par la France peu efficaces » (contre 42 % qui
les trouvent assez efficaces). Et pourquoi ? Parce que l’aide est
gaspillée ? Non, c’est juste parce que l’AFD ne communique pas
assez ! Tous les intervenants l’ont dit, l’ « AFD doit populariser
l’action publique », « afin que son indice de notoriété soit
proportionnel aux efforts financiers consentis ». Qu’on se le dise,
l’AFD a l’intention d’augmenter ses moyens de communication et
de mettre ainsi en place une véritable campagne d’opinion afin
de répondre aux attentes des Français.
C’est ce qu’elle a du reste commencé à faire en finançant
récemment une série de sujets diffusés au JT de France 3,
présentant ses propres actions comme étant positives.
Lorsque l’on sait que l’AFD prend actuellement de plus en plus
d’importance dans le système français d’aide au développement,
avec une enveloppe financière de plus en plus importante, on
peut se dire que la propagande (car c’est de cela dont il s’agit)
va continuer à aller d’un bon train.
°
)2
Sauveurs de l’Afrique
Afin de rendre la séance un peu moins
ennuyeuse et convenue, quelques personnes dans la salle ont
interpellé Mme Girardin sur les implications politiques de l’aide
en faveur de dictatures avérées et leur pendant nourricier, la
corruption. Toutefois, selon Mme Girardin, il n’y a pas que la
corruption liée au pétrole au Congo Brazzaville (balayant ainsi
une question d’un journaliste sur ce sujet), mais « il y a aussi la
petite corruption, celle des fonctionnaires, qui est le résultat de la
pauvreté ». « La priorité pour la France c’est la lutte contre la
pauvreté » et non contre la corruption qui n’en est que la
« conséquence ». Et de rajouter que l’objectif de la France est
avant tout de « lutter contre la pauvreté » et d’ « améliorer la vie
quotidienne des populations », bref, de sauver l’Afrique en
quelque sorte.
La Droite en campagne
Sur ce registre, Jacques Pelletier (sénateur et ancien ministre
de la Coopération) a failli être bon lui aussi en ajoutant qu’aider
est une « question morale » pour la France, compte tenu que
« les gens, là-bas, crèvent de faim ». Mais c’est lui qui, malgré
les précautions prises jusque là par ses acolytes, exprimera
ouvertement ce qui se cachait dernière toutes les belles phrases
prononcées avec hypocrisie durant cette conférence : l’ « aide
française à des intérêts bien compris » des Français, à savoir
« la présence de la France sur la scène internationale », l’
« accession [des entreprises françaises] à des marchés », et « la
lutte contre l’immigration ». Tout était dis. Même que la question
de l’aide devait faire partie intégrante des programmes des
candidats aux élections 2007.
Toujours est-il que si la droite n’a pas de programme novateur
sur la question, elle a une stratégie : la communication. [Olivier
Thimonier]
(Achevé le 27/09/06)
* # $ #)))
Françafrique
« C'
est vrai que la France a toujours entretenu des relations
privilégiées avec la RDC parce que nous avons une position
spécifique : la France a été très présente en Afrique, mais elle
n'
était pas présente au Congo Belge, la France a peu d'
intérêts
économiques dans ce pays. Nous sommes donc très libres à
l'
égard de la RDC. La France est ici en accompagnement du
processus démocratique de façon désintéressée. C'
est vraiment
sur cela que je vais insister. Qu'
est-ce qui nous paraît important ?
Ce sont les liens qui nous unissent, Congo et France, à travers la
Francophonie. La langue française que nous partageons est un
facteur d'
unité pour le Congo. Il y a la culture française. Je crois
que c'
est très important, dans cette partie stratégique d'
Afrique,
que le Congo puisse vivre la Francophonie de façon épanouie. »
(Bernard PREVOST, nouvel ambassadeur de France à Kinshasa,
interview au Potentiel, 20/09).
[D’ailleurs, la France est tellement étrangère à l’histoire
congolaise qu’on ne sait même pas qui est Mobutu... Si Jeannou Lacaze
et Paul Barril étaient au Zaïre, c’était juste pour faire du tourisme. Et si la
France contribue aujourd’hui lourdement aux 2000 soldats de l’Eufor dans
cette région « stratégique », c’est uniquement pour protéger les
richesses... de la langue française, sans lesquelles il est bien connu que
les populations congolaises ne sauraient vivre de façon « épanouie ». Un
bon début pour les aventures de « Nanard au Congo »... – VS]
« Il n’appartient pas à la Banque [mondiale] de faire de la
gouvernance et de la lutte contre la corruption l’axe central de son
action ; la réduction de la pauvreté doit rester sont objectif principal. »
(Brigitte Girardin, rapporté par Le Monde, le 19/09).
[Il faut donc croire qu’il n’y a entre les deux phénomènes,
corruption des élites vendues aux multinationales et pauvreté des
populations, aucun rapport de cause à effet... – VS]
Mondialisation
« Voici 10 ans, sept magistrats européens lançaient à Genève
un appel en constatant que l’ouverture des frontières à la
circulation totalement libre des capitaux ouvrait un espace
incontrôlable de fraude aux délinquants financiers. [...]
Nos États entretiennent, de droit ou de fait, l’opacité du
système bancaire vis à vis des institutions judiciaires ou fiscales
en acceptant notamment que s’installent des systèmes “d’auto
surveillance” intrinsèquement condamnés à l’inefficacité : nul ne
peut être juge et partie. [...]
Nos États ne font rien pour donner aux instances judiciaires
des moyens informatiques adaptés et pour leur permettre un
accès réel aux informations dont elles ont besoin (données du
clearing...). [...]
Par des campagnes de “citoyenneté active” nous devons
continuer à prendre le relais des magistrats de l‘Appel de
Genève en élargissant et intensifiant le débat au niveau politique,
nous qui ne sommes pas enfermés dans un devoir de réserve. »
(collectif travaillant sur le thème « Paradis fiscal, enfer
mondial – des effets de la délinquance financière ici comme
ailleurs », Appel de Villeurbanne, lancé le 23/09).
[La vocation de cet appel est que chacun se l’approprie, et le diffuse
largement. Il a été adressé au Parlement Européen car aura lieu le 2 et 3
octobre prochain à Bruxelles une session interparlementaire où sera célébré le
"
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°
10ème anniversaire de l'
Appel des Juges. Plus qu'
une collection de
signature de personnes physiques ou morales, les auteurs souhaitent que
cet appel suscite réflexion et action autours de ce thème incontournable.]
Darfour
« Monsieur le Président de la République,
Le gouvernement soudanais rejette catégoriquement la résolution 1706
du Conseil de sécurité des Nations unies visant à déployer des casques
bleus au Darfour. Il lance dans le même temps une vaste offensive militaire
dans cette région de l'
ouest du Soudan, tout en se disant prêt à continuer le
dialogue avec la communauté internationale.
Depuis le 28 août 2006, la région de Kulkul, dans le Darfour septentrional
est en proie à des bombardements aériens et des attaques au sol menées
conjointement par les soldats et les miliciens Janjawids. Des exécutions
sommaires, des actes de torture et des viols ont été commis en grand
nombre dans les territoires conquis par l'
armée. Le 31 août, sept hommes
ont, par exemple, été capturés près de la ville d'
Um Sider par des militaires
et des Janjawids. Quelques jours plus tard, les corps de trois d'
entre eux,
criblés de balles et présentant des traces de pneus, ont été retrouvés non
loin d'
une caserne occupée par les troupes gouvernementales.
Depuis trois mois, les travailleurs humanitaires, pris pour cibles, ont quitté
les lieux. Les Nations unies (NU), l'
Union africaine (UA) et la Cour Pénale
Internationale (CPI) estiment les zones de combat trop dangereuses pour
envoyer des équipes chargées d'
enquêter sur les atteintes aux droits de
l'
Homme et au droit humanitaire. Du coup, les forces gouvernementales
tuent sans témoins internationaux.
En trois ans de conflit, et plus de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés,
aucune véritable solution n'
a été proposée par les autorités soudanaises pour
mettre fin aux souffrances de la population au Darfour, au contraire elles
démentent régulièrement les allégations de violences. Le gouvernement
soudanais méprise le Darfour et brave ouvertement les différentes
résolutions des NU : violations du cessez-le-feu, utilisation d'
avions de
combat pourtant interdits de survol, obstruction à l'
aide humanitaire,
violation de l'
embargo sur les armes... Khartoum réfute la compétence
juridique de la CPI au Soudan et affirme que son système judiciaire est en
mesure d'
enquêter sur tout type de crime perpétré au Darfour. Le tribunal
spécial pour le Darfour, créé en juin 2005, n'
a pourtant jugé aucun
responsable de rang intermédiaire, ni entrepris de véritable enquête.
Depuis trop longtemps, les pays de la Ligue arabe, la Chine et la Russie
ferment les yeux sur les atrocités commises au Darfour pour des raisons
économiques et bloquent toute mise en place de sanctions au niveau du
Conseil de sécurité des NU. La France, de son côté, devrait aller plus loin.
En 2005, les échanges commerciaux entre la France et le Soudan se sont «
envolés » selon le MEDEF [Medef International, Comité Afrique, Note de
Présentation de la rencontre avec M. Lam Akol, Ministre des Affaires
Etrangères de la République du Soudan, le 31 mai 2006]. Plusieurs
entreprises françaises ont gagné des marchés dans les secteurs de
l'
énergie, des transports et des télécommunications. Si la France ne veut
pas être soupçonnée de ménager le régime de Khartoum au nom de ses
intérêts économiques et financiers, elle doit davantage se faire entendre.
Pour l'
Action des chrétiens pour l'
abolition de la torture (ACAT-France), le
Comité Catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), la
Cimade et le Secours Catholique - Caritas France, la France doit :
Accentuer la pression sur les autorités soudanaises pour qu'
elles
acceptent le déploiement des casques bleus au Darfour.
)!
Encourager fortement la Chine, la Russie et les pays
de la Ligue arabe pour qu'
elles appuient le déploiement de
casques bleus au Darfour, acceptent la mise en place de sanctions à
l'
encontre des responsables soudanais qui bloquent le processus de paix
au Darfour et la mise en oeuvre de la résolution 1706, qui violent l'
embargo
sur les armes et qui encouragent la poursuite des atteintes aux droits de
l'
Homme, et acceptent le renforcement de l'
embargo sur les armes adopté
lors de la résolution 1591 (juillet 2004), en l'
étendant à l'
ensemble du
territoire soudanais.
Bloquer tout investissement commercial français au Soudan tant que
Khartoum refusera le déploiement de la force des Nations unies au Darfour.
La Mission Economique et Commerciale de l'
Ambassade de France à
Khartoum devrait être symboliquement fermée.
Soutenir fermement le travail de la CPI au Darfour.
Nous demandons enfin à la France de rappeler que la résolution
1706, votée sous chapitre VII de la Charte des Nations unies, est
contraignante pour Khartoum. Il serait mieux d'
obtenir l'
accord des
autorités soudanaises pour mettre en application cette résolution, mais cela
n’est pas forcément nécessaire.
La crise au Darfour n'
a que trop duré, la population civile ne peut pas
continuer à mourir en silence. Ne retardons plus le déploiement des
casques bleus au Darfour. »
(Action des chrétiens pour l'
abolition de la torture [ACAT-France],
Le Comité Catholique contre la faim et pour le développement [CCFD],
La Cimade, Le Secours Catholique - Caritas France, lettre à Jacques
Chirac, Ne retardons plus le déploiement des casques bleus, le 15/09).
[Voici des propos que nous soutenons.]
« D’abord tout le monde ne sait pas très bien ce que c’est que le
Darfour, mais c’est une région immense [...] dans laquelle il y a de
multiples ethnies avec des oppositions entre elles qui ont conduit le
gouvernement du Soudan à chercher à rétablir le calme par la force. »
(Jacques CHIRAC, interviewé par J.-P. Elkabach sur Europe 1, le 18/09).
[Comme à l’accoutumée, le rideau de fumée de l’explication
ethniste est bien pratique. L’interprétation en terme de conflit interethnique
dispense de désigner les coupables des crimes contre l’humanité qui sont
commis, et dissimule les intérêts économiques occidentaux en jeu dans le
ballet diplomatique en cours. – VS]
« Un crime contre l'
humanité se prépare [au Darfour] »
(Jacques CHIRAC, discours à l’ONU le 19/9, cité par l’AFP, le
21/09).
[Que le débat ne soit pas tranché pour savoir s’il s’agit d’un
génocide est une chose, mais le Président français est au sommet de la
désinformation en parlant comme si la dimension de crime contre
l’humanité n’était pas totalement avérée depuis des années !
Sinon, pour l’essentiel, son intervention s’inscrivait dans la posture « il
faut que le Soudan accepte que l’ONU prenne le relais de l’UA au
Darfour », sachant très bien qu’il n’est pas question pour Khartoum
d’accepter de respecter la si peu résolue résolution 1706. – Pierre
Caminade]
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Congo-Brazzaville
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Le canard Enchaîné, Notre amis Sassou, 20/09 : « Le 9 juillet
2005, au lendemain du sommet du G8 qui se tenait en GrandeBretagne, Chirac gommait unilatéralement 513 milliards de
francs CFA (780 millions d’euros) de dettes de la République du
Congo. [...] Or, quelques jours plus tard, le président Sassou
suspendait la délivrance d’un permis à la société canadienne
Energen pour l’exploitation du gisement “Marine XI”, et l’attribuait
à Soco International. Une société dont le pédégé n’est autre que
Patrick Maugein, un milliardaire corrézien, grand pote de Chirac.
Un hasard sans doute. »
[Où l’on retrouve le schéma le plus classique de l’économie
"
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françafricaine : d’un même geste, le clan élyséen pille les contribuables
français et congolais, peaufine son image de tiers-mondiste meilleurs ami
de l’Afrique, et augmente au passage, à n’en point douter, la cagnotte
d’un criminel contre l’humanité qui pourra entretenir l’armement de sa
garde anti-peuple. Où l’on retrouve Patrick Maugein, l’incontournable
des affaires pétrolières les plus trafiguresques ! – PC]
Le canard Enchaîné, Du pétrole congolais en vente clandestine,
Nicolas Beau, 20/09 : « L’antenne parisienne de la SNPC [Société
nationale des pétroles du Congo] n’est enregistrée nulle part, même
comme simple bureau de liaison. La douzaine de salariés qui y
travaillent ne sont pas davantage déclarés aux Assedic et à l’Urssaf.
La SNPC loue ces locaux à la Serelco, une société qui appartient
à Jean-Yves Ollivier, un homme d’affaire proche de l’Élysée [...].
Quatrième producteur d’Afrique avec 250 000 barils-jour, le
Congo-Brazzaville utilise donc une officine clandestine pour
commercialiser une partie du pétrole que Total, Agip et autres poids
lourds pompent dans ses gisements... Et personne à Paris ne
semble s’offusquer de cette situation, surtout pas BNP-Paribas,
qui assure le pré-financement de ces exportations pétrolières.
La SNPC, qui est en relations d’affaire avec Trafigura (lequel
vient de s’illustrer dans l’affaire des déchets toxiques déversés
en Côte d’Ivoire) a son siège social à Brazzaville. Mais pourquoi
éprouve-t-elle le besoin de commercialiser son pétrole depuis
Paris ? [... Parce que des créanciers courent] après l’État congolais. [...]
Yitzhak Koula, le Pétrole et Violences au Congo Brazzaville,
Les suite de l'affaire Elf, 254 pages, L’Harmattan 2006.
Yitzhak Koula, dans une production minutieuse, fait une rétrospective de
la réalisation du coup d'
état sanglant de Sassou Nguesso, avec la
logistique d'
une major du pétrole et des milieux politico-mafieux de la
Françafrique. Il nous montre les connexions avec les différents milieux,
plutôt mafieux que politiques. Des implications avec le trafic d'
armes en
Afrique et les transferts financiers dans des circuits plutôt crapuleux
qu'
officiels. Tout cela piloté par ses maîtres logés dans cette compagnie
qui officiellement s'
occupe de pétrole. Mais le procès passé a montré à
satiété le caractère machiavélique, manipulateur et néfaste des objectifs
de sa politique “industrielle”. Ainsi les hommes qui appliquaient cette
politique ne devaient avoir d'
état d'
âme donc être cyniques et crapuleux.
Leurs objectifs, en sus de la politique officielle de la société, est un
pillage éhonté des ressources naturelles des pays africains en y plaçant
des "rois nègres" qui sont leurs obligés.
Il présente sa production en deux parties. Quelques exemples tirés du
livre qui illustrent nos propos :
La première : Impact du système Elf en Afrique francophone (Coup d'
état,
détournement des revenus du pétrole, surendettement et pauvreté)
– Un système de corruption installé par des cadres d'
Elf qui
permettaient d'
entretenir une clientèle politique et la maintien au pouvoir
déniant les populations et les laissant croupir dans une misère noire. Et
la majorité des fonds étant rapatrié en France dans des officines
mafieuses.
– Un système de maintien au pouvoir des obligés et la destitution de
tous ceux qui ne sont pas dociles ou posent des conditions que la
Compagnie juge exorbitantes, c'
est à dire pas plus de 17 %.
– Destitution des systèmes démocratiques et mise en place de
parlement croupion ( Rump Parliament en 1648 en G-B avec Cromwell )
– Mise en place de sociétés militaires privées dévolues au dictateur
avec des mercenaires issus d'
armées régulières étrangères et des
milices pour créer des situations de psychose et d'
annihilation de la
volonté du suffrage universel (Gabriel Périès, Mercenaires atout des
sociétés militaires privées)
– Traficotage des contrats au profit des majors du pétrole et au
détriment des populations qui ne connaissent pas du tout un quelconque
développement sinon une régression programmée.
La deuxième : Le régime africain installé au pouvoir par la force ; ses
méfaits sur son propre peuple (Institutions, crimes contre les civils,
réconciliation escamotée et fraude électorale) – Institutions a posteriori
pour "légitimer" le coup d'
état écrit par les officines de la Mafiafrique.
°
)
En 2005, [...] la Cour de justice de Londres saisissait une
cargaison d’or noir appartenant à l’État congolais pour donner
satisfaction à des créanciers. À cette occasion, c’est tout un
système de siphonnage des fonds pétroliers congolais par les
amis du président Sassou qui a été mis au jour. Il y avait le feu :
la SNPC, qui officiait à Londres, a dû émigrer vers Paris, et vite. »
[Voilà donc que Paris peut être un paradis judiciaire et financier
plus protecteur que Londres et sa City ! La suite de l’article, à lire
également, raconte la genèse des trafics de pré-financements innovés
par Elf au Congo, notamment pour alimenter en armes la série de
guerres qui ont martyrisé sa population à partir de 1997.
Jean-Yves Ollivier fût l’agent-traitant d’Alfred Sirven pour la DGSE,
c’est à dire qu’il contrôlait le sommet du pouvoir géopolitique d’Elf. Il a été
un acteur majeur du contournement du boycott du régime d’Apartheid,
donc très actif aux Comores. Il est resté aux côté de Sassou et de
l’économie pétrolière congolaise durant toute sa guerre putschiste, et aux
côtés d’un autre criminel contre l’humanité, Jean-Pierre Bemba, dans
l’autre Congo, la RDC, en jouant un rôle dans des complots visant à
déstabiliser le pouvoir. S’il est arrivé que son nom ait été écrit dans la
presse française grand public durant ces quinze dernières années, cela
nous a échappé. Évitons d’attirer l’attention sur un homme de main de
Chirac en Afrique. – PC]
– Particularités de ceux-ci la concentration de tous les pouvoirs dans la
mains d'
un seul individu c'
est à dire une dictature. Le système est une
véritable "démocrature" – Avec le système des milices, des armées
privées : euphémisme pour désigner les militaires d'armées étrangères
qui viennent comme mercenaires (Armées Angolaises et Tchadiennes ),
les génocidaires hutus (hutu power) et les hommes de la DSP de
Mobutu. On installe une peur dans les populations afin de créer un
électorat captif grâce à un "kriegspiel franco-congolais". Il utilise les
méthodes les plus barbares tel le viol des femmes quelque soit les âges,
et les assassinats.
– Les disparitions (Beach de Brazzaville et autres check point appelés
bouchons Idem opération Condor en Amérique du Sud) les
déplacements des populations et bien évidement la destruction de
champs, de vergers, des élevages, des villages et autres propriétés
immobilières des populations tant dans les campagnes qu'
en villes.
– l'
implantation de populations allochtones dans des régions qui
n'
étaient pas acquises au dictateur, un électorat tout dévoué.
Autant ce livre est très détaillé sur le Congo, autant il a le mérite de
s'
être donné la peine d'
avoir compulsé une énorme documentation sur
un sujet très complexe et controversé. Des complicités ont été pointées
au plus haut niveau de l'
exécutif français par des comparses : Christine
Deviers-Joncour, Loïc Le Floch Prigent etc.
On a induit dans l'
opinion publique internationale et l'
imagerie populaire
que ce sont les ethnies qui se battent alors qu'
il n'
en est rien. Aujourd'
hui
le brassage des populations depuis la colonisation fait que ces "guerres
ethniques" autaient été des guerres familliales. [Mary-Albert Colelat et
Benjamin Moutsila, de la Fédération des Congolais de la Diaspora]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Mary-Albert Colelat, Gilles Labarthe, Benjamin
Moutsila, Fabrice Tarrit, Olivier Thimonier.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : octobre 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
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