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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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“ L’horreur qui nous
prend au visage ” 1
Le jeudi 13 janvier 2005 est une date importante dans
l’histoire du Tribunal pénal international pour le Rwanda
(TPIR), sis à Arusha et chargé de juger les responsables
du génocide de 1994. Pour la première fois, un témoin y a
mis en cause publiquement des militaires français dans
la formation des Interahamwe, les miliciens du génocide.
Selon ce témoin, dont le TPIR protège l’anonymat,
« vers fin 1992, dans une forêt près du camp Gabiro (est),
des miliciens Interahamwe recevaient un entraînement
militaire. Ils étaient formés par des militaires rwandais mais
aussi par des instructeurs militaires français qui
dispensaient les techniques de survie. […] Les miliciens
s'y relayaient par cohortes de 500 à 600. » Le camp
militaire de la Garde présidentielle (GP) à Kimihurura
(Kigali) a également servi, selon le témoin, de centre
d'entraînement pour les miliciens : « Vers fin mai 1993,
j'ai vu à deux ou trois reprises des miliciens s'entraîner au
camp GP. Les instructeurs étaient des militaires rwandais,
dont certains de la GP, mais aussi des militaires français. » 2
Un tabou est levé : ce que savaient les milieux informés
est étalé dans une instance internationale que la France
a tout fait jusqu’ici pour protéger de tels déclarations.
Début février, la Commission d’enquête citoyenne (CEC)
que nous avons initiée en 2003 et qui a tenu une semaine
d’auditions en mars 2004 va publier deux livres importants :
les actes de cette semaine exceptionnelle (L’horreur qui
nous prend au visage. L’État français et le génocide au
Rwanda, chez Karthala) ; et, par le président de la CEC,
Géraud de la Pradelle, Imprescriptible. L’implication
française dans lé génocide tutsi portée devant les
tribunaux (Les arènes).
Cette conjonction a une signification très forte : d’une
part le rapport de la CEC confirme une complicité globale
*
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%
+
(
(,
(
de l’État français, jusqu’à son sommet, et nomme
un certain nombre de responsables, civils et militaires,
présumés avoir joué un rôle important ou prépondérant
dans cette complicité ; d’autre part, cette complicité
peut être attaquée devant la justice française, et elle est
imprescriptible. Certains n’ont donc pas fini de se faire
du souci : les plaintes dont la CEC a connaissance, ou
celles qu'elle peut être conduite à faciliter, pourraient
amener un jeu de défausse au bénéfice de la vérité,
les subalternes renvoyant à leurs supérieurs.
Nous ferons tout pour que la justice rouvre le débat
public sur cette complicité qui s’apparente à une coaction.
L’enjeu n’est pas seulement la vérité historique due aux
victimes, et la mise en œuvre d’une exigence de réparation.
Il est aussi la prise de conscience, par le peuple français,
des monstruosités auxquelles peut mener l’abandon
de la relation franco-africaine à un cercle d’initiés sans
scrupules, qui squatte ses institutions. Cet abandon
a favorisé un génocide. Dans le quotidien des dictatures
françafricaines, il continue de semer la destruction des
biens publics (santé, éducation, etc.), la répression et la
torture des opposants. Le cas du Togo, dont il sera
amplement question dans ce numéro, est à cet égard
exemplaire.
François-Xavier Verschave
1. La phrase est de François Mitterrand, le 10/05/1994 sur TF1. Un
« nous » de majesté, ou un désir inconscient de faire partager au
peuple français la complicité française dirigée depuis l’Élysée ?
2. Fondation Hirondelle du 13/01/05, repris par l’AFP et Le Figaro.
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Bentegeat au Beach
Nous apprenons (Xinhuanet, 14/01) que
le chef d'
État-major des armées françaises, le général Henri Bentegeat, sera
à Brazzaville à la mi-janvier. Il y rencontrera le président congolais, Denis
Sassou Nguesso, au sujet de la paix, de
la sécurité, et de l'
arrivée d'
une délégation française conduite par le président
Chirac dans le pays (où se tient un
sommet des chefs d'
État d'
Afrique centrale sur le Bassin du Congo), les 4 et 5
février. Le général rencontrera également le chef d'
État-major général des
Forces armées congolaises (FAC), le
général de division Charles Richard
Mondjo, au sujet de la coopération entre
les deux armées. Xinhuanet rappelle que
« l'
armée française apporte un soutien
aux FAC, tant dans le domaine de la
formation que de la dotation ».
Nous rappelons 1 que la chambre de
l'
instruction de la cour d'
appel de Paris a
annulé, le 22 novembre dernier, la totalité de la procédure judiciaire ouverte en
France (tribunal de Meaux) à l'
encontre
de militaires et dirigeants congolais, pour
crimes contre l'
humanité, torture et actes
inhumains : il s'
agit de l'
affaire du Beach,
vous vous souvenez ? Au moins 350
réfugiés congolais, originaires du Pool
(sud du Congo), rentrant du CongoKinshasa au printemps 1999, ont été
enlevés au Beach, le point de passage
entre Kinshasa et Brazzaville, puis massacrés tout près du Palais présidentiel.
Des rescapés du massacre se trouvant
en France, ainsi que des familles de
victimes, ont porté plainte contre de
présumés responsables du crime, dont le
général Dabira, propriétaire d'
un domicile
dans la région parisienne. Quoi de plus
normal ? Quant à l'
annulation de la
procédure visant les criminels, elle est ./..
1. La rédaction s’excuse d’avoir omis d’évoquer, dans Billets n° 132, cette nouvelle, parvenue au lendemain du bouclage du n° 131.
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un déni de justice aux normes françafricaines. Le soutien persistant de l'
armée française à l'
armée congolaise, dont
de hauts responsables sont impliqués
dans le massacre du Beach, respecte
ces normes. L'
effronterie du déplacement
présidentiel au Congo aussi. La
République ne trahit pas ses traditions.
[Sharon Courtoux]
Partenariat d’exception
Ali Dilem, caricaturiste au quotidien algérien Liberté et Sid Ahmed Simiane, dit
SAS, chroniqueur du quotidien algérien
actuellement suspendu Le Matin (dont le
directeur Mohamed Benchicou, en prison,
croule sous les procès), ont été condamnés chacun à 6 mois de prison ferme et
une amende de 250 000 DA (environ
2 600 ) dans un procès les opposant au
ministère algérien de la Défense. Dans
les deux cas, le procès faisait suite à des
déclarations sur l’armée faites par Ali
Dilem et SAS en 2003. Par ailleurs,
Fouad
Boughanem,
directeur
de
publication du Soir d’Algérie, ainsi que 3
chroniqueurs de ce même journal, ont
été condamnés à une année de prison
avec sursis assortie d’une amende de
250 000 DA chacun, plus 10,5 millions
DA (environ 110 000 ) infligés au
quotidien. On rappellera utilement au
lecteur les propos du ministre français
des Affaires étrangères Michel Barnier
lors d’une visite à Alger au mois de juillet
2004. Interrogé sur la question de la
liberté de la presse en Algérie, il déclara
avoir « compris, et c'
est une chance pour
votre pays, que la presse est ici diverse
et libre ». Il a en outre reconnu qu’il
1
connaissait « encore mal l'
Algérie » . On
ne saurait être plus clair !
C’est avec ce régime que la France a
2
noué un « partenariat d’exception » ,
selon le souhait de Jacques Chirac qui
s’était précipité à Alger le 15 avril dernier,
une semaine après la réélection
d’Abdelaziz Bouteflika. Depuis, on a pu
assister à une valse de ministres français
(Sarkozy, Barnier, de Villepin, AlliotMarie) dans la capitale algérienne. Il
s’agit en fait de contrer l’hégémonie de
l’administration américaine qui compte
étendre sa zone d’influence au Maghreb.
Le projet américain du « Grand MoyenOrient », qui doit s’étendre du Maroc au
Pakistan, a été présenté au dernier sommet du G8 et fait craindre à Paris une
perte d’influence dans cette région stratégique et riche en pétrole et en gaz.
[Antoine Lecanut]
1. El Watan du 14/07/2004.
2. À ce sujet lire Algérie, la colonisation
recommencée, Lounis Aggoun in Le Croquant
n°44-45 12/2004 www.le-croquant.com
°
Les Temps qui changent
Le dernier film d’André Téchiné Les
Temps qui changent, sorti sur les écrans
le 15 décembre 2004, marque les retrouvailles de deux « monstres sacrés » du
cinéma français : Catherine Deneuve et
Gérard Depardieu.
C’est la juge d’instruction de Nanterre
Isabelle Prévost-Duprez, chargée de
l’enquête sur le méga scandale du
groupe algérien Khalifa 1, qui pourrait les
réunir à nouveau dans son bureau pour
un tout autre scénario. En effet, les deux
acteurs ont été entendus durant le mois
de janvier par les policiers de la brigade
financière, comme simples témoins, dans
le volet télévisuel de cette affaire : la
faillite de Khalifa-TV. Ils sont soupçonnés
d’avoir reçu des sommes en espèces, et
plus largement d’avoir bénéficié des
largesses
(notamment
des
billets
d’avion) de l’homme d’affaires algérien
pour des prestations « d’image de
marque » (comprendre : « de présence »), dans le cadre du lancement de
la chaîne en 2002.
Les dépositions de Catherine Deneuve
et de Gérard Depardieu, qui ont en partie
reconnu les faits, seront transmises au
juge d’instruction de Nanterre qui décidera ou non de les convoquer pour une
éventuelle mise en examen. Si les faits
sont confirmés, les deux stars françaises
pourraient être poursuivies pour « fraude
fiscale » et « abus de biens sociaux ».
C’est grâce à ce genre de complicités
médiatiques que certains régimes arrivent
à conserver assez de « bonne image »
pour perdurer, malgré le combat courageux des opposants et démocrates de
ces pays. Démonter cette image est l’un
des objectifs de la « campagne dictateurs » lancée par Survie. Dans l’espoir
qu’effectivement, un jour, les temps
changent. [AL]
1. Voir salve Khalifa News in Billets n° 127.
Procès controversé d'un
leader étudiant togolais
[Au Togo, l’étudiant Jean-Paul Oumolou
est incarcéré et torturé. Son procès reporté, il
sera jugé le 28 janvier 2005 pour des crimes
que les militants des droits de l’homme
remettent en cause. Louis Lessard, journaliste
canadien indépendant, est allé en brousse
recueillir les témoignages d’étudiants fugitifs
pourchassés par les forces de l’ordre et
menacés de mort par des étudiants proches
du gouvernement d’Eyadema. Voyage au
Togo, en quête de faits et de justice.]
31 décembre 2004. C’est un étudiant
pieds nus, menotté et visiblement exténué, qui s’est présenté à la barre des
accusés du palais de justice de Lomé.
Accusé de violence volontaire, d’outrage
envers les forces de l’ordre et de
(
destruction de biens privés
et publics. À son entrée par
la porte des inculpés, Jean-Paul
Oumolou affichait un regard surpris par
la présence de plus de 200 étudiants.
« L’évènement est de taille, les étudiants se sont déplacés au point de venir
ici en ne se laissant pas intimider par les
militaires postés près de l’enceinte du
palais de justice » constatait Frank
Aktopan, militant des droits de l’homme.
Une défense qui s’organise
Deux heures de retard, des avocats de
la défense sans micro, un procureur qui
décroche son cellulaire à tout moment,
des suspensions de l’assemblée avant
chaque décision importante, le militaire
responsable de la clé des menottes
introuvable. Ces circonstances n’ont pas
réduit pour autant les ardeurs des avocats dans leur requête de reporter le
procès. Une demande qu’ils justifiaient
par l’annonce du jugement d’Oumolou, la
veille. Décision hâtée que les avocats ont
jugé « précipitée » les plaçant, « dans
l’impossibilité de préparer une défense
adéquate ».
Gêné par la présence de journalistes
ou tout simplement pris de court, le juge
a acquiescé à la demande des avocats.
Le procès aura donc lieu le 28 janvier
2005. « Oumolou est un leader déterminé, mais toujours pacifiste, toujours
calme, sans agressivité aucune. Il aura
au moins droit à une meilleure défense »
affirme Fofo Badjo, son ancien colocataire. « Lorsqu’il y a eu les manifestations
mouvementées d’avril 2004, il a toujours
appelé à la passivité du mouvement
étudiant », assure Komi Tonton, un ami
intime de l’inculpé qui s’est présenté à
l’audience.
À l’annonce du report de procès, les
étudiants ont aussitôt chanté à pleins
poumons l’hymne national Terre de nos
aïeux (l’hymne national de l’ancien
gouvernement du président Olympio
décédé le 13 janvier 1963) alimentant
l’atmosphère tendue qui ; déjà, régnait
dans la salle. « Cette fois c’en est assez,
encore un étudiant et défenseur des
droits de l’homme tombé dans les griffes
de la dictature, à qui le prochain tour ? »
pouvait-on lire sur les nouveaux tracts en
circulation. « Nous voulons la libération
immédiate de Oumolou et ce, avant le 28
janvier » affirmait à la sortie du tribunal,
Kossi Klevo, militant des droits de
l’homme.
Les accusations
Les faits remontent au vingt décembre
2004 dernier lorsque des individus non
identifiés mais proches du président de
l’Université ont « kidnappé » le leader
étudiant Jean-Paul Oumolou. Pour justi-
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fier l’acte de séquestration, le président
lui-même affirme encore aujourd’hui que
le leader et autres délégués étudiants
s’apprêtaient à distribuer des tracts
« subversifs » Il s’agit d’une convocation
écrite, que plusieurs étudiants ont
effectivement reçue, qui « convoque les
étudiants à un sit-in pour dénoncer la
présidence de l’Université aux ordres du
pouvoir dictatorial enrobé d’une pseudo
démocratie depuis trois décennies ».
Nouvelle version
Or, à 60 km de la capitale, trois
délégués étudiants Dagbenyon Kossivi
Oyono, Bado Kangnikoé et Salifou
Alassani menacés de mort par certains
étudiants universitaires proches du
gouvernement et poursuivis par l’armée
gouvernementale ont une toute autre
version. Deux des fugitifs rencontrés
dans la clandestinité la plus totale affirment « qu’il s’agit d’un faux tract ». Leur
tract qu’ils affirment être « le vrai » se
limite à inviter les étudiants à une conférence de presse dans l’objectif d’expliquer le vrai motif de leurs exclusions de
l’Université. Bado Kangnikoé note que
« le faux tract » qui a circulé le jour de
l’enlèvement, comporte une faute
d’orthographe dans le nom de l’auteur
auquel on veut l’associer. On y lit le nom
de Oumourou et non Oumolou. Nous
aurions bien voulu questionner une
source officielle sur les éléments de preuves que sous-tendent les accusations,
mais le contexte politique ne permet pas
une telle interaction avec les autorités
compétentes. Arrestations, intimidations
et interrogations sont souvent utilisées
contre les journalistes trop insistants
quand le sujet est sensible. Notre journaliste n’y a pas échappé, soumis à un
interrogatoire serré.
Les raisons cachées de la séquestration
Les fugitifs affirment que les autorités
et les étudiants proches du gouvernement ont eu peur que soit mis à jour le
contenu de la rencontre du 3 mai 2004 à
Lomé II (la présidence togolaise). Cette
rencontre, qui faisait suite à un important
mouvement de contestation étudiante sur
le campus, réunissait 24 délégués
étudiants et le général Eyadema, président du Togo depuis 37 ans. Lors de
cette rencontre, le chef de l’État luimême a exigé que soit lue sur place une
motion affirmant que « l’opposition est
l’instigatrice du mouvement estudiantin et
qu’elle agit de la sorte dans l’objectif
d’entraver la reprise de coopération avec
l’Union européenne », se souvient Bado
Kangnikoé qui avait, lui, refusé de l’appuyer. Cette motion devait éventuellement
être lue par les étudiants concernés, sur
les ondes de la télévision nationale. À
°
cette requête du Général, quelques
étudiants ont choisi de répondre par la
négative, les autres auraient reçu
« 500 000 FCFA par tête », affirme
l’étudiant Salifou Alassani. « Ce refus de
lire la motion est à la base de notre
expulsion de l’Université. De plus, notre
volonté d’expliquer cette situation par
une conférence de presse constitue la
raison principale de l’emprisonnement de
Oumolou et de la chasse à l’homme dont
nous sommes victimes », conclut Bado
Kangnikoé.
Diplomatie et gants blancs
Adoté Ghandi Akwei, le président de la
Ligue togolaise des droits de l’homme
(LTDH), est le seul qui a pu voir l’inculpé
lors de son passage à la Gendarmerie
lorsqu’il était en garde a vue. « Celui-ci
portait au coude gauche une blessure et
se plaignait de douleurs au thorax. Il
n’avait pas mangé toute la journée
jusqu’à 18h30, heure à laquelle le
contact a été établi », précise-t-il.
Coïncidence fortuite, le soir même du
procès, l’ambassadeur du Ghana au
Togo Kwabena Mensa-Bonsu félicitait le
Général et tout le corps diplomatique
réunis pour l’occasion « de l’énorme progrès en ce qui a trait à la sensibilisation
des forces de l’ordre au renforcement
des droits de l’homme ». Ces propos ont
été largement diffusés sur la télévision
nationale.
D’autres révélations des étudiants fugitifs, Bado et Salifou, mettent en cause le
personnel de l’ambassade des ÉtatsUnis. Le 22 novembre (moins d’un mois
avant la séquestration), anticipant
d’éventuels problèmes liés à la mise sur
pied de la conférence, le trio étudiant
togolais a sollicité l’ambassade américaine pour une demande de soutien.
« C’était la chargée des affaires politiques de l’ambassade, Mme Lucia Verrier.
Elle nous avait bien reçus, elle nous a
même offert à manger », se rappelle
Bado Kangnikoé. Le jour des évènements, après les avoir écoutés, elle a
refusé la demande de protection temporaire qu’ils imploraient sous prétexte que
les faits, tels qu’exposés, portaient à
confusion. « Nous ne savions vraiment
pas où aller », se remémore Salifou.
Le trio a donc décidé de quitter Lomé
pour un petit village à 60 km de la ville
avant une courte escale à la LTDH. Sans
nourriture, sans contacts, sans information, ils se cachent encore aujourd’hui
dans une case près d’une forêt dans la
crainte d’un passage de l’armée dans le
maquis. « Il y a des milices déjà qui sont
passées dans le village. Nous craignons
de nouvelles séquestrations », confient-ils.
Les médias n’accordent pas non plus
leur appui. Gui Mario, le correspondant
(
de
Radio
France
Internationale aurait refusé
de faire un reportage sur le sujet. « Il me
connaît, il connaît notre histoire, je lui ai
parlé de cette atmosphère d’insécurité et
je l’ai imploré d’alerter la communauté
internationale. Il a fait la sourde oreille »,
déplore Bado Kangnikoé. « Nana FM, une
radio locale, nous a également laissé
tomber », corrobore Salifou Alassani.
Notons toutefois que cette même radio a
par la suite aidé la LTDH dans la
diffusion de ses messages.
La veille du procès, Francyne Favreau,
consule du Canada à Lomé, se
demande : « Que se passe-t-il au Togo ?
Je ne suis pas trop l’actualité depuis
quelques jours ». La dame semblait pour
le moins résignée à ne rien faire en ce
qui à trait aux évènements entourant le
procès. « C’est dommage, mais nous ne
pouvons rien faire, tous les jours je
reçois des fax d’ONG canadiennes des
droits de l’homme, ils espèrent que je les
transmette aux ONG togolaises, mais ce
n’est pas mon rôle et si je commençais,
je n’en finirais plus », explique la dame
qui affirme toutefois un amour inconditionnel pour l’Afrique.
Enfin, l’association étudiante de l’Université déclarait en conférence de presse,
quelques heures après le procès :
« Nous voulons signifier notre appui aux
autorités dans leur volonté de rompre
avec les manœuvres de déstabilisation
de ces étudiants qui visent à détruire les
biens universitaires fournis par le gouvernement ». « Ils sont tous payés par le
gouvernement, même le public étudiant
qui est assis sur les chaises devant les
caméras », confie Constantin Koudjo, un
citoyen togolais qui a regardé la conférence de presse sur son téléviseur.
Un procès à suivre
Le 28 janvier, Jean-Paul Oumolou sera
jugé au palais de justice de Lomé.
Plusieurs militants des droits de l’homme
affirment que ce procès politique est déjà
décidé d'
avance. « Je suis tellement
choqué, ce procès est déjà fait. Oumolou
sera incontestablement emprisonné.
Notre justice emprisonne des innocents.
Oumolou, c’est la torture et la prison qui
l’attendent », se désole Frank Massi,
militants des droits de l’homme. « Le
dernier rapport du PNUD sur l’état de la
Justice au Togo conclut que cette institution est aux ordres du pouvoir, que la
corruption est flagrante et que la justice
est difficilement accessible au peuple
togolais », corrobore le président de la
LTDH. [Louis Lessard]
[Dans ce texte, le nom de certains des
intervenants a été délibérément modifié suite
à leur demande explicite de garder l’anonymat.]
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TOGO : FAUT-IL OU NON ESPERER ?
par Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas Dzikodo
Au lendemain de l’adhésion aux forceps par le gouvernement
togolais de la feuille de route de l’UE qui faisait la démocratisation du pays un préalable à la reprise de sa coopération avec
le Togo, suspendue depuis une décennie, une lueur d’espoir
semble illuminer les cœurs et les visages des Togolais, et nous
rappelle singulièrement l’espérance qu’ont suscitées les prises de
position de l’ancien chef de gouvernement Agbéyomé Messan
Kodjo au moment de sa démission en juin 2002, contenues dans
son testament politique intitulé : « Il est temps d’espérer ».
Cette fronde n’a pas résisté à la détermination du Général de
modifier la constitution pour se maintenir à la tête de l’État, en
violation de ses engagements pris devant le président Jacques
Chirac en juillet 1999 et de son serment militaire de prendre sa
retraite politique en juin 2003. Le peuple, suite à cette palinodie,
s’est réfugié dans la résignation et la prière, et attend toujours le
Ciel pour sa libération.
Il a repris le chemin de l’espérance quand, le 14 avril dernier,
le gouvernement, suite à l’asphyxie financière de l’État, s’est vu
obligé d’accepter une ordonnance de la Commission européenne, qui connaissait depuis des lustres les graves manquements de ce régime en matière de gouvernance politique et
économique. C'
est la raison pour laquelle elle a mis sur la table
de négociation une thérapie en 22 points dont la stricte
application devrait guérir le Togo de son déficit démocratique
chronique, et l’ouvrir à la modernité et au développement
économique.
Mais cette nouvelle espérance ne sera que de courte durée au
regard des résistances affichées et des manœuvres orchestrées
par le régime dans la mise en œuvre des engagements auxquels
il a librement souscrit à Bruxelles. Ce qui semblait aller de soi
pour sauver un pays qui va à la dérive est devenu un corset pour
ceux qui sont habitués à gouverner en marge des lois et des
principes démocratiques depuis plus de quatre décennies.
Il aurait fallu, comme l’avaient suggéré certains leaders
politiques, un gouvernement et un parlement de transition pour
qu’une rapide exécution de cette ordonnance mette fin au
calvaire d’un peuple frappé de septicémie et de résignation.
Cela relève d’une grave absurdité que de confier la charge des
reformes indispensables pour résorber le déficit démocratique à
des violateurs patentés des droits de l’Homme, dont l’incurie et
la gabegie n’ont d’égales que le mépris dans lequel ils tiennent
les populations. Cela ne devrait étonner personne, car la
légitimité de leur pouvoir ne réside pas dans les urnes mais dans
l’instrumentalisation de la violence récurrente.
L’avenir de cette ancienne colonie germano-franco-britannique
de 56 600 km², avec une population avoisinant les 5 millions
d’âmes, paraît sombre et comporte des facteurs aggravants et
dirimants pour la paix et la stabilité sous-régionales. Il serait
temps d’en prendre conscience et d’en tirer les conséquences,
afin que les lobbies stipendiés qui œuvrent pour l’éternité du
Général au pouvoir comprennent que les Togolais sont des
victimes de ce “tsunami” tyrannique qui échappe à la vigilance
des médias occidentaux.
Depuis le 14 avril, date de la signature des 22 engagements,
force est de constater que le bilan de leur application est à ce
jour fort peu reluisant. Même si, sur le plan “libertés fondamentales”, des ravalements de façade et des aménagements
cosmétiques sont opérés au niveau des textes, sur le terrain la
situation n’a guère évolué, et les atteintes aux droits de l’Homme
continuent de prospérer.
La détention abusive au delà du délai de garde à vue, suivie
de tortures et traitements inhumains et dégradants, l’intimidation
des journalistes trop indépendants, l’achat des consciences, la
corruption et persécution des leaders politiques et des responsables étudiants, rythment le quotidien des Togolais. La liste des
entraves aux libertés et au respect des droits élémentaires des
citoyens est loin d’être négligeable.
Pendant ce temps, le clan au pouvoir s’illustre dans une
kyrielle d’affaires aussi louches que juteuses, allant du blanchiment aux trafics de tout genre, et le peuple pris en otage agonise
et manque du minimum vital.
Toucher son salaire de fin de mois, dont le niveau est bloqué
depuis plus de 20 ans, sur un marché où le pouvoir d’achat est
érodé par l’inflation, relève du miracle et la plupart de nos
concitoyens se contentent, la mort dans l’âme, d’un repas quotidien difficilement acquis. La prévarication semble être un jeu
favori pour ceux qui ont l’immunité et la garantie de l’impunité.
En dépit des dénonciations de la presse sur des prélèvements
illégaux sur la trésorerie de la société cotonnière, du port de
Lomé, de la société des phosphates, sur la liquidation de l’office
des produits agricoles, sur le pillage du Trésor public, force est
de constater la persistance des faits dénoncés et l’impossibilité,
pour une justice ligotée aux ordres du Prince, d’ouvrir la moindre
information judiciaire contre les délinquants drapés du sceau de
la République.
Les centres hospitaliers n’existent que de nom et ne sont en
réalité que l’antichambre de la mort. L’insalubrité généralisée,
l’université et les établissements scolaires sont laissés à l’abandon, les chercheurs et les enseignants surveillés, les retraités
oubliés, les paysans et les jeunes diplômés laissés pour compte,
comptabilisés en pertes et profits d’un régime qui navigue à vue
et qui est à bout de souffle.
Dans l'
ensemble du pays, les routes sont dans un état de délabrement avancé. Les ressources du Fonds d’Entretien Routier,
fortes de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA prélevés
sur la distribution des produits pétroliers, sont détournées pour
couvrir les dépenses somptuaires à la gloire du Prince qui à
l’évidence a d’autres soucis que le bonheur de ses concitoyens.
Les opérations de privatisation des entreprises publiques
furent des occasions pour nos gouvernants de se substituer à
l’État actionnaire, pour s’offrir à titre privé des pans entiers de
l’économie nationale avec l’argent du contribuable.
En dehors de ce spectacle au sommet somme toute désolant,
nous assistons impuissants à l’émergence d’une race d’homme
d’affaires rapaces issue de l’écurie familiale au pouvoir. Ceux-ci
s’en donnent à cœur joie d’écumer les sociétés de la place et
traitent avec elles des volumes d’affaires qui donnent le tournis,
en s’exonérant du paiement des droits de douanes, de la TVA, et
des impôts sur les résultats. L’économie nationale est désormais
sous contrôle des bandes mafieuses qui rivalisent entre elles et
livrent le pays à des pillages éhontés.
Une colère légitime se lit dans les yeux des damnés de la faim
et de la misère que bon nombre de Togolais sont devenus dans
ce petit rectangle promis aux premières heures de l’indépendance à un bel avenir.
Sur le plan politique, les observateurs avisés pensent que la
récente déclaration du pouvoir de dissoudre l’Assemblée
nationale n’est qu’un leurre de plus en vue d’abuser l’Union
européenne à l’annonce de l’arrivée à Lomé du Commissaire au
!
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développement et à l’action humanitaire, M. Louis Michel.
Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, dit-on.
Les Togolais en ont fait déjà l’amère expérience. Le vieux
Général n’est pas un novice en la matière. Il a déjà violé son
serment militaire de quitter le pouvoir en juin 2003, et s’illustre en
expert dans l’art du double langage et de la manipulation.
Organiser de nouvelles élections législatives avant juin 2005 –
pour remplacer l’assemblée actuelle, frauduleusement élue,
dont la mission fut de modifier la Constitution afin d’offrir un
pouvoir sans partage et sans fin au souverain togolais – suppose
une série de travaux préparatoires : la révision des listes
électorales et du découpage électoral, l’établissement des cartes
d’électeurs, le choix des observateurs neutres, l’élaboration du
budget de ce scrutin, la mobilisation des ressources afférentes et
la définition du cadre électoral – qui constitue la pomme de
discorde entre le pouvoir et l’opposition.
Pour l’heure, les discussions semblent bloquées et les acteurs
politiques se regardent en chiens de faïence, alors que tous les
indicateurs économiques et sociaux donnent des signes d’alerte
stridents. Même la dernière contribution de l’opposition pour
donner du souffle au dialogue, articulée autour de onze points
visant à améliorer le code électoral, fut balayée d’un revers de
main par les tenants de l’immobilisme suicidaire de notre pays.
Comment peut on faire aboutir une négociation politique
quand l’un des protagonistes, fort de sa position dominante,
refuse d’écouter ses adversaires, use des subterfuges, mise
uniquement sur le recours à la violence et la corruption de ceux
de ses adversaires qui n’ont d’idéal que leur autopromotion ?
En réalité, au Togo, nous avons une opposition atypique, qui
est d’accord sur la diagnostic accablant de la gestion du pays
par le pouvoir, mais qui reste divisée sur la stratégie à déployer
pour mettre fin à un système inique, préoccupés qu’ils sont tous
à vouloir chacun succéder au vieux dictateur.
Entre ces deux entités, on retrouve une société civile qui
manque d’organisation et de moyens et se trouve être la proie
Un pantin de la République
Sur rapport favorable du Premier
ministre validé en Conseil des ministres,
M. Fodé Sylla a été nommé membre du
Conseil économique et social, en qualité
d’expert, au mois de septembre 2004.
Cette nomination n’est rien d’autre
qu’une récompense (envisagée dès notre
n° 116) : elle intervient 15 mois après un
séjour controversé au Togo, où Fodé
Sylla s’était rendu à la demande de l’Élysée. Mission : superviser le bon déroulement du scrutin présidentiel organisé au
mois de juin 2003 dans ce pays.
Depuis son retour, et au bon plaisir de
l’Élysée, l’ancien président de SOS Racisme et accessoirement ancien député
européen (membre de la Gauche unitaire
européenne) répète a qui veut l’entendre
que le Togo est en voie de démocratisation et qu’aucun élément ne permet
d’affirmer que des infractions graves ont
été commises pouvant remettre en cause
le résultat du scrutin.
Les propos caricaturaux du nouveau
membre du Conseil économique et social
relèvent soit de la plus profonde ignorance,
soit du cynisme le plus abject. Ou, pire,
des deux à la fois [cf. ils ont dit, C. Philip].
(
facile de l’argent corrupteur qui la dévie de son rôle
et de sa partition dans la lutte pour l’alternance pacifique au
Togo.
Il est donc fort à parier que le calendrier électoral envisagé par
le Vieux Dictateur soit reporté à une autre date, et l’opposition
accusée d’en être responsable. Ce scénario est le même que le
régime joue depuis l’ouverture démocratique au Togo il y a une
décennie, avec les mêmes acteurs. Pendant ce temps, Eyadéma
continuera de gouverner avec les méthodes décriées, adoubé
par ses parrains occidentaux qui, bien que conscients de la
déconfiture prononcée du pays, préfèrent ménager leur protégé
pour garantir leurs cyniques intérêts, abandonnant le peuple
corvéable à son triste sort.
Devant ce sombre tableau, le peuple résigné et pris en otage a
cessé d’espérer, et de croire au miracle. L’histoire nous rappelle
qu’aucun peuple n’a obtenu sa liberté sur un plateau d’argent, il
faut lutter et refuser de se courber l’échine devant l’incurie et
l’injustice de nos gouvernants. Le mur de Berlin n’est pas tombé
tout seul. Il l’est par la soif de la LIBERTÉ et la détermination des
Allemands de vivre ensemble en hommes libres.
Certes, la période de la guerre froide est révolue, mais malheureusement les changements que cela a induit ailleurs n’ont
pas affecté les rivages des anciennes colonies françaises, au nom
d’une doctrine dont l’hypocrisie à peine dissimulée est un rempart
pour nos dictateurs : « NI INGÉRENCE, NI INDIFFÉRENCE ».
Cette doctrine est une bombe à retardement qui risque à
moyen terme de compromettre les relations séculaires qui lient
la France à nos pays et particulièrement au Togo. Pour l’heure,
les Togolais n’ont aucune raison d’espérer un changement dans
leurs conditions de vie, à moins d’une surprise dont seuls les
retournements de l’Histoire ont le secret. Pauvre Togo ! France,
qu’a tu fais de ton engagement de défendre la LIBERTÉ et les
droits de l’Homme dans le monde ? Le Togo est peut être un
pays enfoui sur la planète Titan !
Comment parler de démocratisation
dans un pays ou le pouvoir se plaît a
manipuler subitement et à dessein la
Constitution et le code électoral ?
Comment parler de progrès dans un
pays où l’opposition est condamnée a se
taire, à s’exiler ou à mourir ? Comment
parler de libertés lorsque des journalistes
trop critiques sont si facilement
emprisonnés et torturés ?
Les œillères apposées à M. Sylla par
l’Élysée ont eu l’effet escompté. Ne voir
et n’entendre que ce qu’il faut pour
cautionner et renforcer le pouvoir de la
dictature togolaise.
Fodé Sylla poussera l’audace jusqu’à
feindre l’indignation, déclarant lors d’une
interview sur le site du gouvernement
togolais [www.gouvernement.tg] : « C’est
honteux et inadmissible que l’Union européenne n’ait pas envoyé d’observateurs au Togo. »
Pour rappel, l’Union européenne a
suspendu depuis 1993 toute aide
économique à destination du Togo en
raison du déficit démocratique qui caractérise ce pays depuis près de 40 ans et
l’arrivée au pouvoir du général Eyadéma.
N’ayant constaté aucun progrès sur le
terrain (contrairement à la France), l’ins-
titution européenne n’a pas pris la peine
d’envoyer des observateurs pour cette
énième mascarade électorale, considérant à juste titre que le régime liberticide
de Lomé II, victime d’une pathologie grave
et incurable appelée « despotisme »,
était incapable d’apporter les garanties
nécessaires à l’organisation d’un scrutin
juste et transparent.
Par ailleurs, sur le site afrik.com, c’est
un Fodé Sylla ragaillardi et en pleine
confiance qui reviendra sur son aventure
togolaise en qualifiant notamment ses
détracteurs d’individus incompétents et
de mauvaise foi.
Mme Deviers-Joncour, de l’affaire Elf,
s’est longtemps prévalue d’être la « putain de la République ». La Françafrique,
elle, a trouvé son pantin.
[Alexandre
Gélican]
Scrutin françafricain à Bangui ?
Le 27 novembre 2004, « au moment
où la plupart des délégations qui avaient
e
participé au X sommet de la Francophonie étaient en train de quitter Ouagadougou, les francs-maçons proches de la
Grande Loge Nationale Française
(GLNF) se sont discrètement réunis, de
!
’%
%
-
’
17h à 21h au siège de l’UEMOA (Union
économique
et
monétaire
ouestafricaine). Une “tenue noire” », avec entre
autres Blaise Compaoré, Idriss Déby,
Denis Sassou Nguesso et François
Bozizé (initié par Sassou). « On notait
également une très forte représentation
de banquiers et de financiers de la région » (La Lettre du Continent, 09/12) – ce
qui explique sans doute pourquoi une
institution économique internationale a
été mise à disposition de ce club théoriquement privé.
En réalité, il s’agissait d’une sorte de
sommet occulte de la Françafrique après
le sommet officiel de la Francophonie,
tant aujourd’hui GLNF et Françafrique
sont devenues connexes. La Françafrique
équatoriale a choisi pour le Centrafrique
le général putschiste François Bozizé, et
le peuple risque de ne voir respectées ni
sa voix, ni ses voix.
Les préparatifs des élections présidentielle et législatives du 13 février tendent
à ressembler à ceux de toutes les farces
électorales dans les dictatures françafricaines. Alors que la société civile avait
su imposer une transition aux formes
semi-démocratiques, le clan Bozizé
accapare l’organisation des opérations
de vote en marginalisant les contrôles
indépendants. Et une Cour constitutionnelle aux ordres a écarté sous des
prétextes ridicules une série de candidats à la présidence dont il aurait été
difficile d’étouffer le score.
Tout n’est pas encore réglé à ce sujet
au moment où nous bouclons ces Billets.
Paris tient au respect des formes et a
chargé le “parrain” Bongo d’une médiation – ce qui au passage est censé renforcer sa stature régionale. Et la justice
centrafricaine fait de la résistance : elle a
repêché 219 des 261 candidats députés
écartés par le pouvoir. Les démocrates
centrafricains pourront-ils empêcher la
“légitimation” d’un Déby ou un Sassou
banguissois ? [FXV]
Ce que défend l’armée française
Le 13 janvier 2005, le Président camerounais, « cher Paul » pour les intimes
comme Chirac, signe cinq décrets de
modernisation de l’armée camerounaise.
Cinq jours plus tard, le général
Bentegeat, chef d’État-Major des armées
françaises, vient en visite à Yaoundé. La
réorganisation concerne les transmissions, l’électronique, l’informatique, le
renseignement. Elle est, paraît-il, « menée
de concert » entre les militaires camerounais et français. En fait, ce sont les
coopérants militaires français qui ont
monté ces dossiers. Un Centre de Formation militaire supérieure va également
être créé au Cameroun, bénéficiant de
°
l’expertise militaire française. On y
enseignera les programmes de l’École
de Guerre française, où les colonels
camerounais vont se former.
On ne saurait trop souligner l’appui
essentiel donné par la France au régime
camerounais et son engagement dans le
domaine régalien d’un pays étranger, sa
sécurité. Cela revient à cautionner totalement le régime en question, puisque
cet appui n’est pas soumis à la moindre
exigence de transparence, de moralisation, ou de respect des principes et des
pratiques démocratiques. Lors de la
récente élection présidentielle, cher Paul
n’a pas plus satisfait que par le passé à
la disposition constitutionnelle qui veut
qu’il publie le compte de sa fortune. Le
journal français L’Événement du Jeudi
(22/05/1997), l’évaluait à 45 milliards de
FCFA (450 millions de FF), soit presque
70 millions d’euros, un montant probablement largement dépassé depuis. Á
titre de comparaison, Chirac déclare
environ 1 500 000 euros de fortune personnelle (une infime partie des ponctions
et détournements qu’il a orchestrés en
Afrique et en France). On peut s’amuser
par conséquent à imaginer la relation
entre les deux compères. L’un, politicien
distingué, assis sur une presque grande
puissance dite démocratique, disposant
du pouvoir politique et militaire lié à cette
puissance, l’autre, vague entité exotique,
assis sur des comptes faramineux,
disposant d’un pouvoir discrétionnaire
sur son domaine équatorial. Imaginez la
suite du feuilleton.
En décembre 2004, l’attribution des
principaux ministères a fait l’objet de
véritables enchères. Pour obtenir ces
postes convoités, qui permettent de racketter la population et de puiser dans les
caisses de l’État, la concurrence était
grande. On parle pour certains de un à
deux milliards et demi de FCFA versés.
La fortune d’un ministre actuel est évaluée à 11 milliards de FCFA. Ce ne sont
pas des hommes politiques, ce sont les
fondés de pouvoir des sociétés pétrolières, forestières, minières et autres
opérant en Afrique.
Les concessions d’exploitation forestière sont accordées notamment aux
pontes de l’armée camerounaise, qui les
monnayent aux sociétés étrangères. Les
coopérants militaires français ne sont
pas en reste puisqu’ils ont une solde
multipliée par deux ou trois et bénéficient
d’un train de vie princier, villas, domesticité, transports. Tout ce monde a donc
intérêt à ce que le système perdure.
C’est pour défendre cet ordre-là que
l’armée française équipe l’armée camerounaise, de façon à ce qu’aucun citoyen
n’ait la moindre velléité de bouger. Il y a
des gens qui se demandent pourquoi les
Africains sont si passifs, pourquoi toute
(/
opposition est achetée ou
intimidée,
pourquoi,
lorsqu’il y a des guerres pour le pouvoir,
elles sont si féroces. Mais personne ne
se demande pourquoi les Français
acceptent cette politique militaire de la
France et ne s’informent jamais de ce
que cela leur coûte. [Odile Tobner]
Marchiani commence à balancer
Ils étaient peu nombreux les lecteurs
des quotidiens, le 25 décembre… Pourtant Le Monde daté de ce jour-là, paru en
fait le soir du réveillon, publiait un extrait
passionnant d’une audition de JeanCharles Marchiani au juge Courroye.
L’on sait que ce dernier a mis en examen
le préfet barbouze à propos de quelques
gros pots-de-vin de toutes origines
géographiques,
plus
ou
moins
contrôlées. Marchiani aurait affirmé avoir
perçu ces commissions considérables
« en vertu d’instructions » qui lui auraient
été données à partir de 1986 par
« Charles Pasqua » et par « le directeur
de cabinet du Premier ministre [Jacques
Chirac], Maurice Ulrich. » Il aurait ajouté
que « les mouvements de tous ces
comptes étaient surveillés par une cellule
spéciale de la DGSE dont c’était la
vocation. Cette cellule, dirigée par un
magistrat financier, était chargée de surveiller les avoirs financiers réels ou supposés des personnalités de droite, dont
messieurs Jacques Chirac et Charles
Pasqua. »
Sont confirmés en quelques phrases
un certain nombre d’éléments que nous
avançons depuis plusieurs années sur la
base de nombreux recoupements : le
rôle majeur du tandem Chirac-Pasqua
dans la République souterraine qui dirige
aussi la Françafrique (un tandem discordant à partir de 1990) ; l’interpénétration
entre les faces politiques et barbouzardes
de cette République. Les Services se
servent largement sur les méga-détournements opérés sur les ressources africaines, les ventes d’armes, l’aide publique, les escroqueries sur la dette, etc.,
mais les hommes politiques initiés à
cette face cachée du pouvoir, ceux qui
« jouent le jeu », en profitent aussi. Et la
connaissance intime des fortunes personnelles de ces derniers, planquées
dans les paradis fiscaux, permet aux Services d’exercer un chantage permanent.
Comme souvent les boucs émissaires,
Jean-Charles Marchiani en dit à la fois
trop et trop peu : il se rappelle au bon
souvenir de ses mandants, mais n’est
pas encore assez désespéré, ou assez
suicidaire, pour décrire l’intégralité du
système. Merci quand même de ces
signaux, que bien sûr les médias se sont
largement abstenus de commenter.
’%
%
!
-
’
°
Un indice significatif de l’« idéologie »
françafricaine : Jean-Charles Marchiani a
choisi pour avocat Jacques Trémolet de
Villiers, qui défendit aussi le milicien pronazi Paul Touvier… [FXV]
de Ricard, Charles Pasqua, était aux
premières
loges
de
la
French
Connection. Ce qui relativise la sincérité
de leur lutte contre la drogue et le
blanchiment. [FXV]
Ricard et l’argent de la drogue
Regroupez vous non de nom,
attirez l'attention !
Une autre information intéressante est
sortie durant la “trêve des confiseurs” :
l’État colombien a porté plainte pour
« concurrence déloyale » contre plusieurs multinationales de l’alcool, dont
Ricard. En parfaite connaissance de
cause, celles-ci « vendraient en contrebande leurs whiskies, rhums et autres
liqueurs à des narcotrafiquants, qui leur
assureraient de meilleures marges qu’un
distributeur légal » (Libération, 27/12). Un
excellent moyen de blanchir l’argent
liquide du narcotrafic.
Ce bizness bénéficie très probablement de la bienveillance des Services
des pays occidentaux où ces multinationales ont leurs sièges – comme au bon
vieux temps où le directeur commercial
Le Président d'
Attac-France, Jacques
Nikonoff, évoquant les morts et destructions causés par le tremblement de
terre survenu en Asie, rappelle que selon
la FAO (Food and Agricultural Organization) 25 000 personnes meurent
chaque jour dans le monde de faim et de
malnutrition. Il écrit : « Peut-être ces
affamés pourraient-ils consentir, pour
leur
propre
bien,
à
un
effort
supplémentaire et se mettre d'
accord
pour disparaître le même jour ? Le total
fait 9 millions, ce serait le record toutes
catégories. Alors seraient sans doute
réunis les 40 milliards de dollars
nécessaires annuellement, selon le
Programme des Nations Unies pour le
(,
développement
(PNUD),
afin de réaliser et maintenir
l'
accès universel à l'
éducation de base, à
l'
eau potable et à des infrastructures
sanitaires [...] ». Il a raison Nikonoff, ces
crève-la-faim n'
ont aucun sens de la
communication ! Qu'
ils s'
en persuadent :
l'
expiration au compte gouttes ne paie
pas, ils n'
auront de consistance que
regroupés
en
de
grandioses
manifestations.
Faisons, à l'
occasion de prodiguer ce
conseil, un constat déprimant mais dont il
est utile de se souvenir. La réparation
des dégâts causés par les forces de la
nature attirent plus facilement des dons
que ceux qu'
engendrent l'
absence de
volonté politique. Quant aux dégâts que
causent l'
action criminelle, au Darfour par
exemple, ils passent généralement à la
trappe et les criminels à travers les
mailles du filet. [SC]
(Achevé le 22/01/05)
) " # "(((
Françafrique
« Vous me permettez d'
être surpris par le tract que vous publiez
me concernant par rapport au TOGO, tract qui malheureusement
traduit ou une position idéologique de gauche (ce que je respecte
mais ayez la franchise de dire qui vous êtes) et/ou une réelle
méconnaissance de ce dont vous parlez.
Tout d'
abord, je ne suis jamais allé au TOGO en "touriste
électoral" mais désigné par l'
Assemblée Nationale comme son
représentant au sein d'
une mission internationale d'
observateurs
placée sous le contrôle du secrétaire général de la Francophonie,
le Président DIOUF.
D'
autre part, l'
élection n'
a pas été "frauduleuse". Désolé ! J'
ai pu
vérifier la régularité globale de l'
élection, même si cela vous déplait.
D'
ailleurs l'
Union européenne l'
a reconnue, et depuis, les
négociations avec le TOGO vont permettre la reprise de l'
aide. En
contrepartie, nous avons pu obtenir, normalement dès 2005, de
nouvelles élections législatives (dont on contrôlera la tenue) après
révision des listes électorales et du Code électoral (sous contrôle
européen également).
Attention à ne pas déstabiliser ces pays africains ! Pourquoi
vouloir prétendre que notre système occidental est nécessairement
le système qu'
ils doivent mettre en œuvre (vieux relent de
colonialisme qui est le nôtre !). L'
exemple de la COTE D'
IVOIRE
est là pour montrer les risques.
Le TOGO n'
est pas le régime le plus répressif ! EYADEMA, c'
est
aujourd'
hui, comme hier HOUPHOUET-BOIGNY, le garant de
l'
unité nationale. Le fils OLYMPIO ne cherche qu'
à créer les conditions d'
une guerre civile pour, comme GBAGBO, imposer par la
force son pouvoir. (Christian PHILIP, député du Rhône, lettre à
Survie-Rhône, le 23/11).
[Le tract en question a été réalisé par Survie-Rhône à l’occasion de la
Semaine de la solidarité internationale (SSI) de Lyon (parrainée par la
ville de Lyon), en novembre. Il était intitulé Lyon au cœur de la solidarité
internationale*, l’astérisque renvoyant à la note : « envers les dictateurs »
(http://survie.69.free.fr/agenda/Tractssi.htm). Son objectif était de faire
découvrir au public du chapiteau de la SSI quelles étaient, dans le Rhône,
les personnalités politiques qui avaient apporté leur contribution au
maintien de potentats en Afrique. Y figuraient le député UMP Georges
Fenech, pour la validation « de l’élection » d’Omar Bongo en 1998 ; le
maire PS Gérard Collomb (qui pourrait débattre avec le député de la
« position idéologique de gauche » que trahit ce tract), pour son accueil
de Blaise Compaoré en 2002 ; le président de l’Université Lyon 3 Guy
Lavorel, qui a décerné en 2004 un doctorat honoris causa au même
dictateur burkinabè ; le député UMP Christian Philip, pour la validation
« de l’élection » d’Eyadéma en 2003.
Nous avons rencontré Monsieur Christian Philip, le 7 janvier suite à ce
courrier.
Quand la Francophonie (l’OIF) envoie des observateurs créditer la
dernière étape d’un processus “électoral” totalement bidonné, ne serait-ce
que par la constitution des listes, ça s’appelle du « tourisme électoral ».
Or le député n’a eu aucune difficulté à reconnaître ce trucage en amont. Il
précise que le rapport remis à Abdou Diouf était critique à ce sujet, et que
l’OIF a refusé de le rendre public. Mais ensuite, la distinction entre le
processus électoral global et sa dernière étape, appelée « élection », est
un artifice qui permet l’exercice rhétorique déculpabilisant : « l'
élection n'
a
pas été "frauduleuse" ».
L’Union européenne (UE) réitère comme en 1998 des négociations qui
permettent de se donner une bonne conscience feinte et de ré-enclencher
les aides qui lubrifient les mécanismes de prédation. Nous renvoyons à
Billets n° 127 sur la probité du processus, en rappelant également les
persécutions contre le journaliste Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas
Dzikodo (cf. communiqué commun du 07/10 in Billets n° 130). Comme en
1998, l’UE fait semblant de croire que le pouvoir en place, partie
écrasante de la « négociation », cèdera les clefs d’un scrutin honnête :
une organisation, des lois et des listes électorales non truqués. Le clan
prédateur n’est pas assez fou… Comme en 1998, il ne cède quasiment
rien sur ces points et joue l’usure. Nous ne résistons pas à la tentation de
répéter la citation de Anna Sylvia Piergrossi, chef de la mission
européenne au Togo, selon laquelle le gouvernement « a commencé la
mise en œuvre de ce qu’il pouvait faire pour commencer la mise en
œuvre » (in Billets n° 127, salve Togo : L’UE veut relancer la pompe à
!
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-
’
fric). Au commencement du commencement, on se paie notre tête.
Ensuite, ça continue...
Le député a affiné sont argumentaire depuis ce courrier caricatural, mais
il faut tout de même répondre à ces poncifs. En oubliant qu’Eyadéma est
placé et maintenu par la France, on se permet de dire qu’un « vieux relent
de colonialisme » pousse des Français à transmettre le cri d’agonie des
Togolais qui n’en peuvent plus de cette dictature. Pourquoi ? Nous
enfreignons la stabilité d’un régime à la Houphouët (ce qui est encore
bien trop flatteur). Quel beau service Gbagbo a rendu là à la
Françafrique ! La doctrine ivoiritaire et la criminalité qui l’accompagne
seront donc plus volontiers citées en “alternative” à la Françafrique que
les transitions arrachées par les peuples ou une armée républicaine au
Mali, au Niger, au Sénégal et à Madagascar...
Mais de cela, le député n’a pas voulu entendre parler. Ni du reste
d’ailleurs, la rencontre s’étant quasiment limitée à un long monologue très
brièvement interrompu, par moments. Nous avons donc religieusement
écouté le nouveau leitmotiv de M. Philip. Il ne s’agit plus de nier que le
régime est une dictature. Les observateurs auraient d’ailleurs mentionné
les fraudes dans leur rapport à l’OIF en 2003. Mais en fin de vie,
Eyadéma aurait le souci de sa place dans l’histoire… Et ce serait grâce
au processus engagé par l’UE (dont nous venons de rappeler la
“clairvoyance”) que va émerger la démocratie.
Oh, bien sûr, dans un premier temps ce serait le fils d’Eyadéma qui
serait “élu” président, mais la constitution de vraies listes électorales puis
des législatives honnêtes feraient émerger une personnalité fiable (Ouattara, l’ami de Sarkozy et de la Banque mondiale est cité en exemple, c’est
dire...) pour une transition en douceur. Et le député d’ajouter que, depuis
un an, la France n’a plus aucun intérêt au Togo. D’ailleurs, Chirac ne
serait plus copain avec Eyadéma… L’essentiel est de disposer d’une
rhétorique pour continuer de faire semblant d’y croire. Nous laisser parler
aurait pu ébranler cette fiction, cet aveuglement volontaire. Nous ne
pouvons laisser ce député dire : « J’ai rencontré des responsables de
Survie, je leur ai expliqué la situation, ils ne m’ont rien répondu de
spécial. » Faire semblant d’y croire : décidément, la rhétorique frança– Pierre
fricaine investit beaucoup dans l’auto-déculpabilisation...
Caminade]
Mépris
« Si on n’aide pas les Africains à gagner de l’argent par euxmêmes, dans vingt-cinq ans, sur un milliard, ils ne seront que 250
millions à partager notre niveau de vie. Les autres continueront à
colporter la misère et le sida. » (Michel ROCARD, ex-premier
ministre, cité dans Michel Rocard, un certain regret, de Sylvie Santini,
Stock 2005).
[Un projet stupide s’exprime forcément par une phrase stupide. Que veut
dire « aider quelqu’un à faire quelque chose par soi-même » ? Ou
quelqu’un fait quelque chose par soi-même, et ce n’est pas la peine de
l’aider, ou il faut l’aider à faire quelque chose, et il ne le fait donc pas par
lui-même. Mais faudrait-il comprendre, derrière cet emberlificotage, l’idée,
grand classique de la pensée raciste, qu’il faut tout apprendre aux
Africains, grands enfants ou arriérés, y compris à pêcher pour qu’ils puissent manger un poisson. C’est encore plus stupide. Que dire de l’objet
« gagner de l’argent » ? Alors qu’il faudrait seulement leur conseiller de
garder l’argent. Pourquoi ne pas dire en effet que tout l’argent tiré
d’Afrique va dans les coffres de l’Occident ? Comment ignorer que la
course au « niveau de vie » est non seulement une illusion mais une
calamité pour la planète et que l’objectif doit être, pour nous aussi, non
l’accumulation des biens, mais la qualité de la vie, quitte à voir ce qu’on
appelle son « niveau » baisser ? Enfin, merci pour l’aimable « colporter » !
Tout le chapitre Rocard l’africain du livre de Sylvie Santini est du même
calibre. Rocard va sauver l’Afrique, avec deux sous donnés par Bolloré,
qui se marre, en subventionnant un « service de pesage à domicile de
nourrissons sénégalais pour mamans désargentées ». De qui se moque-ton ? Dans ce chapitre, où on cite tous les amis français qui l’encouragent
dans cette noble entreprise, on trouve le nom d’un seul Africain, qui lui a
été présenté par son « passeur d’Afrique, Michel Dubois ». Il s’agit de...
Mobutu, lequel lui aurait dit : « Toi, tu es un vrai Africain ! » Un avis
d’expert en quelque sorte. C’est drôle mais Rocard n’en a même pas
profité pour lui demander qui l’avait aidé à gagner de l’argent par luimême, pour rendre service ensuite aux Africains en leur révélant la
recette. – OT]
°
(0
Mondialisation
« [Il y a] l’équivalent d’un tsunami, mais fait par l’homme, que l’on
pourrait prévenir chaque semaine en Afrique. » (Tony BLAIR,
Premier ministre britannique, le 06/01. Cité par Libération du 08/01).
[On peut le faire, donc faisons-le ! La convergence d’un ensemble de
pressions des sociétés civiles, à l’occasion notamment de la campagne
« 2005 : plus d’excuses ! » en faveur des Objectifs du Millénaire pour le
développement (OMD), pousse les dirigeants occidentaux dans une sorte
de surenchère de lucidité sur les maux de ce monde – Chirac prônant de
son côté la création d’une taxe mondiale. Activons les feux, et attendons
ces annonceurs au tournant de leurs contradictions, dont leur profond
attachement aux paradis fiscaux, ces “trous noirs” de l’argent et des biens
publics. C’est au titre notamment du refus de ces abîmes de criminalité
que Survie participe à la campagne susdite. – FXV]
« On donne ici une liste [...] des mesures à gains rapides, qui
amélioreraient sensiblement le bien-être de millions de
personnes, dans le monde, et qui mettrait beaucoup de pays sur
la voie de la réalisation des OMD [... :] il faudrait élargir l’utilisation
des combinaisons de thérapies efficaces contre le sida, la
tuberculose et le paludisme. En ce qui concerne le sida, il faudrait
aussi [...] fournir des médicaments antirétroviraux [ARV] à trois
millions de personnes d’ici à 2005 [sic]. » (Jeffrey D. SACHS,
Investir dans le développement : plan pratique pour réaliser les objectifs
du Millénaire pour le développement - résumé, p. 32-33, janvier 2005,
New York).
[D’après Libération (18/01), « à gains rapides » signifie « projets peu
onéreux mais à fort impact ». Ce rapport préconise bien l'
utilisation des
ARV génériques. Mais il est curieux qu’un rapport paru mi-janvier 2005,
destiné à servir de base aux discussions d’une réunion du Projet du
millénaire de l’ONU en septembre prochain, propose un objectif « d’ici à
2005 » !
La date du 1er janvier 2005 constitue un tournant car c’est celle de « la
transposition des accords ADPIC de l'
OMC dans les pays en
développement disposant d'
une industrie pharmaceutique ». Cette
transposition « supprimera la possibilité de produire, sous des formes
génériques, à bas prix, les nouvelles molécules rendues indispensables
par l'
apparition de résistances aux traitements de première ligne », précisait
Jean-Hervé Bradol, président de Médecins Sans Frontières, en novembre
dernier (http://www2.paris.msf.org/site/actu.nsf/actus/ introsida251104). Nous
recommandons la lecture de cette page web qui pose clairement les
problèmes, notamment le (non) financement des trithérapies. Le Fonds
Global de lutte contre le sida est presque en cessation de paiement, et le
PEPFAR (fonds américain) n'
autorise que l'
achat des médicaments
brevetés... – PC (remerciements à la Commission Nord/Sud d’Act Up-Paris)]
[Participant à un débat dans une université, aux États-Unis, le ministre
brésilien de l’Éducation fut interrogé par un jeune étudiant américain sur la
suggestion d’internationaliser l’Amazonie. Ce dernier commença sa
question en affirmant qu’il espérait une réponse d’un humaniste et non d’un
Brésilien. Réponse du ministre :] « En effet, en tant que Brésilien, je
m’élèverais tout simplement contre l’internationalisation de
l’Amazonie. Quelle que soit l’insuffisance de l’attention de nos
gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.
En tant qu’humaniste, conscient du risque de dégradation du
milieu ambiant dont souffre l’Amazonie, je peux imaginer que
l’Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de
l’importance pour toute l’humanité. Si, au nom d’une éthique
humaniste, nous devions internationaliser l’Amazonie, alors nous
devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier.
Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l’humanité que
l’Amazonie l’est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des
réserves de pétrole se sentent le droit d’augmenter ou de diminuer
l’extraction de pétrole, comme d’augmenter ou non son prix.
De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l’Amazonie est une réserve pour tous les
hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire,
ou d’un pays. Brûler l’Amazonie, c’est aussi grave que le chômage
provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l’écono-
!
’%
%
’
-
°
mie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières
brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.
Avant l’Amazonie, j’aimerai assister à l’internationalisation de
tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas
appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le
gardien des plus belles œuvres produites par le génie humain. On
ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le
patrimoine naturel de l’Amazonie, être manipulé et détruit selon la
fantaisie d’un seul propriétaire ou d’un seul pays. Il y a quelque
temps, un millionnaire japonais a décidé d’enterrer avec lui le
tableau d’un grand maître. Avant que cela n’arrive, il faudrait
internationaliser ce tableau.
Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont
eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux
frontières des États-unis. Je crois donc qu’il faudrait que New York,
lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins
Manhattan devrait appartenir à toute l’humanité. Comme du reste
Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife,
chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde
devraient appartenir au monde entier.
Si les États-unis veulent internationaliser l’Amazonie, à cause du
risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des
% &
#
(
Brésiliens, alors internationalisons aussi tout
l’arsenal nucléaire des États-unis. Ne serait-ce que
par ce qu’ils sont capables d’utiliser de telles armes, ce qui
provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les
déplorables incendies des forêts brésiliennes.
Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence
des États-unis ont soutenu l’idée d’une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d’un effacement de la dette.
Commençons donc par utiliser cette dette pour s’assurer que tous les
enfants du monde ait la possibilité de manger et d’aller à l’école.
Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu’ils naissent,
comme un patrimoine qui mérite l’attention du monde entier. Davantage encore que l’Amazonie. Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l’Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu’ils devraient aller à
l’école ; ils ne les laisseront pas mourir alors qu’ils devraient vivre.
En tant qu’humaniste, j’accepte de défendre l’idée d’une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme
un Brésilien, je lutterai pour que l’Amazonie soit à nous. Et seulement
à nous ! » (Cristovam BUARQUE, texte repris par de nombreux
journaux et sites web, après le New York Times du 2 novembre 2003).
[Muito obrigada Senhor Ministro. – SC]
1
Françafrique
Grands Lacs
Reuters, Côte d'
Ivoire : pas d'
enquête parlementaire française
(citation par Le Monde du 20/01) : « La commission des affaires
étrangères de l'
Assemblée [nationale] a rejeté, mardi 18 janvier,
une demande du groupe socialiste de création d'
une commission
d'
enquête sur la situation en Côte d'
Ivoire, a-t-on appris mardi. Le
6 novembre, deux jours après la mort de neuf militaires français
tués à Bouaké dans un raid de l'
aviation gouvernementale
ivoirienne et la destruction par la France de la quasi-totalité de la
flotte ivoirienne en guise de représailles. »
www.obsac.com, Transition vers le chaos, 31/12/2004 (Etienne
Rusamira et Pierre Bigras) : « L'
année 2004 se termine comme
elle a commencée : bruits de bottes dans la partie est du pays,
avec en arrière plan des manipulations de la part des acteurs
politiques et de la société “si vile” installés à Kinshasa.
[Les relations extérieures de la République (monarchique) française ne
regardent pas le citoyen (ni donc ses élus) : l'
exécutif (en fait l'
Élysée)
exécute (comme il l'
entend, et parfois dans tous les sens du terme) et le
législatif consent. Ce fonctionnement n'
est pas inscrit dans la Constitution, il s'
applique dans les faits. Il cessera de s'
appliquer si les Français
exigent de savoir ce qui est fait en leur nom, il ne changera pas d'
un iota
si les français continuent d'
y consentir. Nos élus tiennent compte des
exigences de leurs électeurs. Vous souhaitez savoir ce qui s'
est passé en
Côte d'
Ivoire ? Allez voir votre député et dites le lui ! – SC]
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Je souhaite recevoir une plaquette de présentation de l’association Survie.
En ce qui concerne les élections prévues en juin 2005, il y a
très peu de chances qu'
elles puissent se tenir dans ce contexte
de guerre larvée [...]. Il faut dire que la solution aux deux
principales causes du conflit congolais ne sortira pas des urnes,
et ce, quelle qu’en soit la date choisie. En effet, sans garanties
de sécurité physique et juridique pour les minorités ethniques
dans l'
est du pays, et sans le désarmement des groupes armés
rwandais opérant à partir du territoire congolais, il n'
y a pas de
paix durable possible en RDC.
Quant à l'
actuelle transition [...], elle est bien mal partie. Premièrement, les faiblesses et les contradictions qui caractérisent
les institutions de la transition ne peuvent pas conduire le pays
vers un avenir meilleur. Deuxièmement, le contexte régional et
international ne favorise pas une véritable réconciliation nationale
au Congo. Plus concrètement, on fonce tout droit vers un mur et
le choc frontal risque d'
être encore une fois fatal pour la
population congolaise.
[...] Il faudrait restructurer les institutions de la transition en
cours, et impliquer dans ce processus un acteur important mais
qui a été laissé de côté lors des “marchandages” de Pretoria. Ce
dernier est maintenant courtisé de tous les côtés par ceux-là
mêmes qui avaient contribué à l'
évincer : Tshi Tshi [Etienne
Tshisekedi] devient soudainement incontournable dans le bourbier
actuel. [...]
Dans quelques jours un nouveau remaniement ministériel
devrait intervenir pour remplacer les six ministres “voleurs”. Reste
à savoir si un simple remplacement d'
individus va apporter des
changements dans un système caractérisé par la corruption et la
course effrénée à l'
enrichissement personnel. À ce titre, le
président Kabila donne un “exemple à suivre” : après seulement
trois ans à la tête du pays, il est en train de devenir l'
homme le
!
’%
%
-
’
°
(
plus riche du Congo (propriétaire de la deuxième compagnie
d'
avion, de plusieurs propriétés à l'
étranger, sans oublier les
avoirs qui dorment dans les caisses des paradis fiscaux), comme
ce fut le cas avec le feu Mobutu.
couper les vivres aux « nazis tropicaux », le Rwanda
n’aurait plus aucun prétexte à sa politique intrusive. Il
pourrait s'
employer à chercher une autre politique régionale, plus
productive. – SC]
D'
autres changements importants devraient également intervenir au niveau des médias congolais. Le peuple congolais mérite
mieux que le salmigondis haineux que diffuse la majorité de la
presse [... qui] berne l'
opinion publique congolaise en ce qui
concerne les véritables enjeux auxquels est confronté la RDC. »
Géraud de La Pradelle
[Depuis le 31/12, rien n'
est venu démentir cette appréciation de la
situation congolaise. Certes, les agressions rwandaises répétitives
comportent elles aussi un arrière-plan de pillage en vue d’un enrichissement collectif et personnel de la nomenklatura de Kigali. Mais cette
dimension ne peut se maintenir que parce qu’une partie importante de la
classe politique congolaise, mettant le génocide de 1994 entre parenthèses, considère toujours l’antitutsisme le plus abject comme un levier
de mobilisation, par médias de la haine interposés – des médias proches
du clan Kabila. Dans la même ligne, elle considère avec la France que
les milices génocidaires (FDLR) demeurent des alliés convenables dans
la Realpolitik des Grands Lacs. Alors que si France que les milices
génocidaires (FDLR) demeurent des alliés convenables dans la
Realpolitik des Grands Lacs. Alors que si tout le monde se mettait à ./..
L’horreur qui nous prend au visage
L’État français et le génocide au Rwanda
Coordonné par Laure Coret et François-Xavier Verschave
Karthala, 2 février 2005, 588 p., 32
En 1994 s’accomplissait au Rwanda le dernier génocide du XXe
siècle. En trois mois, un million d’hommes, de femmes, de
vieillards et d’enfants étaient exterminés uniquement parce qu’ils
étaient Tutsi. Il est vite apparu que la France était complice, de
multiples manières. Elle a sciemment soutenu un régime raciste
qui couvait l’idéologie et les forces du génocide, puis ces forces
en train de commettre l’abomination, avant de favoriser leur repli
et leurs préparatifs de « revanche ». Les voix qui dénonçaient en
France ce sinistre scandale ont été vite étouffées par une chape
de plomb politico-militaire et une désinformation incessante.
En 1998 cependant, les révélations du journaliste Patrick de
Saint-Exupéry contraignaient une Mission d’information parlementaire à soulever le couvercle, mais pour conclure seulement
à une « erreur » d’appréciation politique, en dépit du contenu
même de son Rapport. Un ensemble d’associations et de
citoyens ont estimé ne pas pouvoir laisser dans un tel déni la
commémoration des dix ans du génocide. Ils ont organisé, du 22
au 26 mars 2004, une Commission d’Enquête Citoyenne (CEC),
appuyée par plus de huit mille signatures. Cette semaine intense
de travaux et de débats est retranscrite dans le présent ouvrage :
rapports, documents (pour certains inédits), paroles d’experts, de
rescapés et de bourreaux se prolongent dans les échanges de la
Commission.
Les membres de la CEC, même ceux qui connaissaient très
bien le sujet, ont été saisis d’effroi et de dégoût devant ce qui
ressort d’un tel faisceau de preuves et d’informations : leur pays
est inextricablement mêlé à un génocide. Réfléchissant, décidant
et agissant comme si ce génocide n’était qu’un phénomène
collatéral d’une guerre civile, les responsables civils et militaires
de la France ont favorisé de fait son accomplissement. Notre
pays ne veut toujours pas le savoir, ni assumer ses responsabilités, ni demander des comptes à ses plus hauts dirigeants.
Au printemps 2004, la CEC n’a pas été seule à relever cette
évidence. Désormais, il y a deux attitudes incompatibles. Certains
continueront de considérer que la raison d’État doit protéger le
nœ ud politico-militaire engagé dans un génocide, dans le sillage
d’une doctrine qui a des accointances avec tous les fascismes.
Pour d’autres, la mémoire des victimes rwandaises, les leçons de
ce génocide après celui des Juifs où l'
État français s'
était déjà
trouvé compromis, la prévention de futurs crimes de masse, en
Afrique ou ailleurs, l’avenir de la démocratie en France, imposent
de faire la vérité et d’y restaurer des contre-pouvoirs. La lecture
de ce livre peut contribuer à accroître le nombre des citoyens qui
refusent l’intolérable.
Imprescriptible
L’implication française dans le génocide tutsi
portée devant les tribunaux
Les arènes, 2 février 2005, 188 p., 19,90
Le génocide et la complicité de génocide sont des crimes
imprescriptibles. Quelle que soit leur nationalité ou leur niveau de
responsabilité, aucune immunité n’en protège les auteurs. En
1994, la communauté internationale a reconnu le génocide tutsi
comme l’un des trois génocides du XXe siècle. Cette décision
met la France dans une position délicate.
Il est désormais avéré qu’entre 1991 et 1993, des soldats
français ont formé, sur ordre, des Rwandais qui ont participé, en
première ligne, à ce génocide. Pendant les massacres, l’armée
française s’est portée à leur secours, leur permettant de poursuivre aussi longtemps que possible leur terrible besogne. Elle les
a épaulés dans leur guerre contre le FPR avant de faciliter leur
fuite au Zaïre. Depuis, les autorités françaises n’ont cessé de
protéger leurs anciens alliés devenus génocidaires.
Ce livre appelle à la mise en cause, devant les juridictions
françaises ou devant le Tribunal pénal international pour le
Rwanda (TPIR), d’hommes politiques placés au cœ ur de l’État,
mais aussi de hauts fonctionnaires, d’officiers supérieurs ou de
simples soldats, au titre de la participation directe ou de la
complicité dans le génocide.
Au début de l’année 2005, les premières plaintes visant des
Français ont été déposées à Paris. Ce livre explique pourquoi
elles sont juridiquement fondées et comment elles peuvent
prospérer. L’imprescriptibilité exclut tout échappatoire. Un jour,
c’est inéluctable, les hommes qui ont rendu la République
française complice du « crime des crimes » au Rwanda devront
rendre des comptes. Imprescriptible marque la fin de leur
impunité.
François-Xavier Verschave
De la Françafrique à la
mafiafrique
Éd. Tribord, octobre 2004, 3,00
Ce petit livre est tiré d’une conférence-débat de 3 heures avec
des étudiants n’ayant aucune idée des thèmes abordés depuis
11 ans dans ces Billets : la Françafrique, la mondialisation de la
criminalité économique et politique (paradis fiscaux,
instrumentalisation de l’ethnisme et de la terreur), la
revendication de biens publics mondiaux, etc. De style oral, avec
à la fin une série de questions et de réponses, l’ouvrage permet
une entrée aisée dans tous ces enjeux auxquels l’association
Survie a résolu de se confronter.
Directeur de la publication : François-Xavier Verschave.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Secrétariat de rédaction : Lila Chouli.
Comité de rédaction : Pierre Caminade (PC), Sharon Courtoux (SC),
Christian Loubier (CL), Sisulu Mandjou Sory (SMS), Victor Sègre (VS),
Odile Tobner (OT).
Ont aussi participé : Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas Dzikodo,
Alexandre Gélican (AG), Antoine Lecanut (AL), Louis Lessard (LL),
François-Xavier Verschave (FXV).
Abonnements : Joseph Demeulemeester.
Association Survie, 210 rue Saint–Martin, F75003–Paris –
Commission paritaire n° 76019 – Dépôt légal : février 2005 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20 (Étranger : 25 ; Faible revenu : 16 ) –
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