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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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Fracture sociale et fracture coloniale
Les populations d’origine africaine posent décidément bien des problèmes. En Afrique comme en France elles ne se sentent
pas bien. Pour tout dire elles ne se sentent chez elles nulle part. Écartées en Afrique de toute consultation loyale et de toute
décision sur leur propre sort par les régimes dictatoriaux soutenus par la
France, reléguées en France, géographiquement et socialement, dans des
+
*
espaces dont elles ne peuvent franchir les barrières, il ne leur reste pour refuge
,
(
qu’une culture religieuse ou banlieusarde de la protestation, qui suffit à en
*
(épouvanter plus d’un.
%
.
(
Il y aurait, paraît-il, un modèle français d’intégration. L’inconvénient c’est qu’il
se cache bien. On ne le voit guère, et particulièrement pas dans les hautes
sphères. Quand, naguère, on a nommé dans la précipitation un préfet d’origine
nord-africaine, on a salué comme un événement ce qui n’aurait pas dû l’être, s’il
y avait une intégration quelconque. C’était souligner, a contrario, l’absence
d’intégration.
La réaction du pouvoir à la colère des jeunes des banlieues est significative.
La loi sur l’état d’urgence, outre qu’elle fait bon marché des libertés publiques
Où va Mayotte ? (2)
censées être garanties par la constitution, montre avec quelle facilité on les
suspend, et c’est un fait politique en soi bien plus inquiétant que les incendies
[Chronique des suites des déclarations de
de voitures. Cette utilisation d’un dispositif inauguré en 1956 en pleine guerre
François Baroin sur le « droit du sang » en
coloniale en a choqué plus d’un.
outre-mer.]
Mais que les banlieues s’insurgent, c’est la fin du monde. C’est probablement
Fin octobre : un tract ordurier circule à
en effet le signe de la fin d’un monde. Il y a quelques mois le manifeste des
Mayotte pour stigmatiser ceux qui ont
« Indigènes de la république » a été salué par un tollé de l’intelligentsia
prix publiquement position contre la
médiatique. Aujourd’hui les médias découvrent tout à coup les exemples des
chasse aux Comoriens des autres îles.
situations qu’ils décrivaient et dénonçaient. Mais on préfère accuser et casser le
Ces derniers sont de plus en plus
thermomètre plutôt qu’observer et soigner la maladie. La France est malade de
nombreux à se cacher dans les forêts.
son passé colonial parce qu’elle n’a fait jusqu’à présent que tenter de le justifier
27 octobre : Ibrahim Dindar, président
et de le perpétuer en tâchant d’en dissimuler les réalités.
de l’Union centriste et libérale, persiste et
L’Afrique a été une réserve de soldats, d’ouvriers et de matières premières
signe [cf. Billets n°140, p.4] : « on n’est pas
bien utiles pour résoudre les problèmes politiques et économiques de la
racistes, on anticipe sur les réactions de
« métropole ». Grâce à cela, la France a pu figurer sur la scène de la seconde
guerre mondiale et être placée au rang des « grandes puissances », elle a pu
xénophobie » [cité sur www.clicanoo.com
faire le bond économique des « trente glorieuses ». Aujourd’hui on n’a plus
28/10]. Autant dire : « on les devance. »
besoin de soldats, très peu d’ouvriers mais on continue à se servir en matières
12 novembre 2005 : Comme en
premières.
contre-point, le Parlement de l’Union des
Les enfants des soldats et des ouvriers sont là. On n’a pas trouvé scandaleux
Comores a adopté, en présence de
de leur appliquer un apartheid sournois et honteux, plus dévastateur que le vrai,
l’ambassadeur de Chine, une résolution
contre lequel on peut au moins se battre.
engageant le gouvernement à proclamer
Seules les matières premières sont désormais dignes d’intérêt. On s’apprête à
officiellement le 12 novembre « journée
les disputer de haute lutte contre les appétits chinois et anglo-saxons. Les
de la réintégration de Mayotte dans
humains ne sont, dans cette configuration, que des empêcheurs de tourner en
l'
Union des Comores », chômée et
rond, à parquer, à empêcher de bouger et de circuler, nouvelle « classe
payée. Le 12 novembre 1975, les
dangereuse » du nouvel ordre économique mondial. On stigmatise donc la
Comores (y compris Mayotte) étaient
polygamie, sans craindre le ridicule d’un tel étalage de fantasme. L’Afrique
admises à l’ONU, qui reconnaissait ainsi
rêvée ne devrait être peuplée que de quelques « amis », les Bongo, Biya,
l’indépendance proclamée le 6 juillet.
Compaoré, Sassou, Déby, Bozizé et compagnie, avec leurs descendants et
15 novembre : La police détruit le
successeurs dûment estampillés conformes, c’est celle qu’on va exhiber dans la
quartier de Tsoundzou 1, où logeaient
tenue du traditionnel sommet Afrique-France, sans penser que, ce qui s’étale
ainsi, c’est une image coloniale archaïque... Mais il y a aussi les peuples, les
des “clandestins”, mais pas seulement.
grands oubliés, qui ont coutume de s’inviter de temps en temps dans l’Histoire
Aucune solution de relogement n’a été
quand on ne les attend pas !
prévue...
%
Odile Tobner
[PC]
!
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%. /
’
Un attentat en attente d'élucidation
Qui a commis l'
attentat contre l'
avion
du
président
rwandais,
Juvénal
Habyarimana, le 6 avril 1994, tuant deux
présidents, de deux pays membres de
l’ONU, le Burundi et le Rwanda ? Faute
qu'
une commission d'
enquête internationale (indépendante et impartiale) ait
été saisie de la question, nul ne peut y
répondre au delà de ses propres
convictions – ou de ses engagements
éventuels. L'
ancien représentant spécial
de l'
ONU sur les violations des droits de
l'
Homme au Rwanda, René DegnySégui, qui devait s'
en charger en mai
1994, a raconté devant le Sénat belge
comment il en a été empêché. S'
étant
adressé à des interlocuteurs français,
rwandais, sans obtenir d'
éléments
d'
information, il raconte : « j’ai demandé
aux Nations unies de mettre à ma
disposition une commission d'enquête
avec un expert en balistique, en vue de
faire des recherches. [...] On m'
a répondu
qu'
il n'
y avait pas de budget pour cela. »
Sans doute, aucun des acteurs de la
catastrophe rwandaise n'
a envie que la
vérité voie le jour. On peut le
comprendre, on ne peut que le regretter.
Un regret d'
autant plus vif que
l'
assassinat d'
Habyarimana sert de
support 1 à tous les discours, qu'
il faut
dépasser pour que la réalité de l'
histoire
puisse s'
écrire. Il est temps que la
communauté internationale (à travers
l'
ONU), qui a failli à ses responsabilités
en 1994, trouve enfin « le budget pour
cela ». Si l’ONU ne débloquait pas les
moyens de cette enquête, cela laisserait
supposer que les responsabilités dans
cet attentat sont éventuellement très
imbriquées entre plusieurs pays, voire
peut être même impliquerait un ou
plusieurs membres du Conseil de
Sécurité. [SC et EC]
1. On le voit en ce moment en particulier, où
de nombreuses publications (dont il sera
question dans nos prochains numéros)
l'
utilisent à des fins de toutes natures.
Observateurs amicaux
L’élection de Bongo à la tête du
Gabon dépasse tous les sommets du
grotesque. Simple formalité, elle a quand
même englouti les sommes les plus
pharaoniques, dans la plus extravagante
parade de cirque. Il y manquait la touche
clownesque. Ce rôle a été réservé à un
quarteron d’observateurs français. Le
Sénat enverra en effet quatre observateurs pour l'
élection présidentielle du
27 novembre au Gabon.
La délégation sera conduite par JeanPierre Cantegrit (UMP), président du
groupe France-Afrique centrale et FranceGabon au Sénat, et sera complétée par
°
son collègue UMP François Trucy, le
socialiste André Rouvière, et Michel
Laflandre, administrateur du Sénat.
Jean-Pierre Cantegrit, toujours au titre
de l’amitié sénatoriale France-Afrique
centrale a participé, en juin dernier, à la
réception de la délégation gabonaise du
groupe d’amitié France-Gabon, présidé
par l’ancien ministre de la Coopération
Jacques Pelletier (UMP), à l’Assemblée
nationale. Ce grand ami du Gabon de
Bongo était tout désigné pour vérifier la
« transparence du processus électoral »
qui reconduira ledit Bongo au pouvoir.
Son acolyte François Trucy s’est illustré,
entre autres, par cette déclaration, datée
de 1986, dans Le Monde : « Il y a en ce
moment une race qui en chasse une
autre, c’est comme les fourmis rouges
d’Argentine, qui ont chassé les fourmis
noires de Provence. Je suis simplement
pour le retour des Toulonnais dans
Toulon ». Un tel humanisme l’appelait de
toute évidence à porter les valeurs
démocratiques au Gabon. [OT]
Vieux amis
Blaise Compaoré n’était pas encore
réélu que déjà les prétendants se
pressaient au palais. Devançant les
félicitations de Jacques Chirac à son ami
Compaoré, Guy Penne, Monsieur Afrique
de François Mitterrand au moment où
Sankara fut éliminé, vient de créer au
Sénat l’association France-Burkina Faso,
et s’est rendu au Burkina où il a
déclaré que les élections se déroulaient
« sainement », ajoutant : «On est
heureux quand on va au Burkina et je
suis heureux d’être président de cette
association».
Jean-Pierre
Bayle,
conseiller maître à la Cour des comptes,
et ancien sénateur des Français
établis hors
de
France,
qui
l’accompagnait, a quant à lui conclu :
« C’est
un
pays
démocratique. »
(Sidwaya
15/11).
Nos
sénateurs
s’étaient-ils vraiment déplacés pour la
campagne électorale burkinabé qui s’est
déroulée, ou pour la campagne
électorale française à venir ? [VS]
Tchad : crimes... et châtiments ?
Il est fort à parier que l'
ex-dictateur
tchadien Hissen Habré, responsable de
40 000 assassinats et 200 000 cas de
tortures commis entre 1982 et 1990 [Le
Figaro, 26/11, cité par africatime.com], se
sorte indemne des nouvelles accusations
portées contre lui. En réponse à la
demande d'
extradition belge formulée
selon
la
loi
de
« compétence
universelle » de 1993, malheureusement
abrogée depuis, la cour d'
appel de Dakar
s'
est
déclarée
« incompétente »,
(
transmettant le dossier
entre les mains du président sénégalais.
À l'
heure où nous publions, Abdoulaye
Wade, qui dispose d'
un délai d'
un mois
pour donner suite à cette demande, a
informé qu'
il consulterait ses pairs de
l'
Union africaine avant de se prononcer. Il
est à craindre que cette consultation soit
rapidement accaparée, au nom d'
intérêts
que l'
on peut facilement deviner, par les
présidents-dictateurs-généraux d'
Afrique
francophone ; Bongo, Sassou, Biya et
autres adeptes de la même obédience
maçonnique, et qu'
en définitive Hissen
Habré se soustrait, une fois de plus, à la
justice internationale...
Son successeur a beau jeu de fustiger
les atrocités de cet ancien dictateur qu'
il
a lui-même évincé en 1990, avec le feu
vert des services français. Mais avant de
parfaire son éducation à l'
École de
Guerre de Paris, Idriss Déby a été sous
le régime Habré son conseiller militaire et
Chef d'
État-major, et à ce titre a fait
preuve d'
un zèle particulier dans les
tortures infligées aux opposants et
défenseurs des droits de l'
homme, ainsi
que dans les massacres perpétrés contre
les populations – majoritaires – du Sud 1.
Aujourd'
hui encore, plusieurs anciens
responsables de ces exactions font
partie du cercle rapproché de Déby, à
commencer par le ministre de la Sécurité
Abderramane
Moussa,
l'
ancien
tortionnaire de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), avec sa
tristement célèbre « piscine à tortures »...
Et surtout, son régime perpétue le même
type de criminalité que celui d’Habré.
S'
il bénéficie encore du soutien sans
faille
de
Jacques
Chirac
par
l'
intermédiaire de l'
Ambassadeur Berçot,
un ancien militaire caractériel et
omnipotent 2, Idriss Déby continue
d'
accompagner son pays vers un
naufrage
socio-économique
sans
précédent, malgré la manne financière
provenant des bailleurs de fonds, et en
dépit des revenus pétroliers. D'
autant
que
le
projet
d'
oléoduc
TchadCameroun, présenté par la Banque
mondiale comme un « programme
pilote » pour toute l'
Afrique subsaharienne en matière d'
industries
extractives, est en train de tourner au
fiasco pour les populations locales : d'
un
coût d'
investissement de 3,7 milliards de
dollars, au profit surtout du consortium
Exxon-Mobil / Chevron-Texaco (ÉtatsUnis) / Pétronas (Malaisie), la mise en
oeuvre de ce projet confirme toutes les
craintes que soulignait déjà la coalition
internationale
d'
ONG
en
1999 ;
déplacement forcé de populations avec
des compensations minimes, destruction
de l'
environnement autour de la base de
Komé et tout le long des 1070 km de
conduites, dépassement du nombre de
!
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%. /
’
300 puits de forage, détournement du
bonus initial (7,4 millions de dollars
utilisés
pour
l'
achat
d'
armes),
inexactitude
des
déclarations
du
consortium, opacité de la gestion des
revenus par le gouvernement, manque
d'
expertise et de moyens du collège de
contrôle et de surveillance... Dernier
épisode en date : l'
Assemblée nationale,
au service commandé du président, vient
de
voter
une
loi
qui
affaiblit
considérablement
les
garde-fous
imposés par la Banque mondiale ; d'
une
part, l'
obligation d'
affecter 80 % des
revenus
pétroliers
aux
secteurs
prioritaires de développement est
réduites à 65 %. D'
autre part, la
« sécurité » fait désormais partie des
secteurs
prioritaires
inclus
dans
l'
affectation de ces 65 %. Pour un pays
classé au premier rang mondial en
matière de corruption, cette nouvelle
manne financière, ajoutée aux 30
millions euros d'
aide budgétaire octroyée
dans le cadre du Fonds européen de
développement (FED), est une aubaine
pour le pouvoir en place. Surtout pour
payer quelques salaires et « calmer les
tensions sociales », dans la perspective
des élections présidentielles de juin
2006, pour lesquelles le président Déby
vient de modifier la constitution pour se
représenter une troisième fois... [GO]
1. Cf. l'
ouvrage très documenté de l'
opposant
et député Ngarlejy Yorongar, Tchad, le procès
d'
Idriss Déby, témoignage à charge,
L'
Harmattan, 2003.
2. L'
ambassadeur Berçot est même décrié par
la très grande majorité des coopérants
français présents au Tchad.
Honni soit qui Mali pense
Le quotidien suisse Le Courrier, nous
apprend dans son édition du 12
novembre que le Mali s’apprête à renationaliser partiellement son système
de distribution d’eau et d’électricité. Sous
l’impulsion du FMI et de la Banque
mondiale, Énergie du Mali (EdM) avait
été en partie cédée en 2000 à un
consortium dirigé par Saur international,
une filiale du groupe Bouygues. En
échange, ce dernier s’était engagé à
investir dans le développement des
infrastructures et des réseaux de
distribution d’eau et d’électricité. Non
seulement les investissements réalisés
n’ont jamais été à la hauteur des
promesses faites, mais les tarifs ont
fortement augmenté, faisant un bon de
60 % en 4 ans. En octobre, Bouygues
décide de céder ses parts. L’État malien
choisit alors, pour 200 millions d’euros,
de faire passer sa participation au capital
d’EdM de 40 % à 66 %. Un cinglant
échec pour le FMI et la BM qui
présentaient la cession d’EdM au
°
bétonneur français comme un modèle.
Alors qu’en France nous privatisons
notre énergie (c’est fait de longue date
pour l’eau), on ne peut que souligner le
courage politique et économique qu’il
faut à un des pays les plus pauvres de la
planète pour reprendre en main ce qui
n’aurait jamais dû lui échapper. La notion
de
bien
public,
qui
s’applique
parfaitement à l’eau, ne peut s’entendre
correctement que si le service qui permet
aux usagers un accès juste et équitable
à ce bien, est public également et donc
exempt de toute spéculation privée. On
sait l’importance capitale que revêt pour
les populations l’accès à l’eau potable, et
la difficulté spécifique du développement
d’un tel réseau dans un pays sahélien.
Le défi pour l’État malien est donc de
taille. D’autant que la question ne semble
pas faire l’unanimité au sein du
gouvernement malien. Si Hamed Diane
Semega, le ministre de tutelle d’EdM et
Ousmane Thiam, le porte-parole du
gouvernement, précisent que la renationalisation constitue un « évènement
majeur » pour le Mali, le ministre de
l’Économie et des Finances, Aboubakar
Traoré, insiste lui sur le fait qu’il s’agit
avant tout d’un échec de Saur et il
(0
n’exclut pas de faire appel
à de nouveaux partenaires privés.
Bouygues ne quitte pas le Mali pour
autant. Il garde le contrôle de la Société
malienne d’exploitation (Somadex), soustraitante pour l’exploitation de la mine
d’or de Morila. Notons que, depuis juillet
dernier, est engagé un conflit social très
dur, qui a conduit une trentaine de
mineurs en prison. Les travailleurs
dénoncent le non-versement de primes
de rendement, mais aussi l’utilisation de
cyanure sans aucune protection, ainsi
que le harcèlement syndical. La seule
réponse du groupe Bouygues a été le
licenciement des grévistes. Depuis fin
octobre, le Comité syndical de Morila est
entré dans la clandestinité, les licenciés
ne lâchent pas prise et réclament la
libérations de 8 de leurs camarades
encore emprisonnés. Le Secrétaire
Général du Comité syndical, Amadou
Nioumanta est recherché par la
gendarmerie. Il faut préciser que le Mali
possède la troisième réserve d’or
mondiale.
Est-ce
les
prébendes,
inhérentes à ce type de marché, qui
suscitent la convoitise de Bouygues ?
Honni soit qui mal y pense ! [AL]
Question d'
honneur
L'
ambassadeur de France à Djibouti, Jean-Paul Angelier, distribue des médailles.
Communiqué de Survie, le 02/11,
Pourquoi ?
Pourquoi la France a-t-elle décerné 1 les insignes de commandeur de l'
ordre de la Légion
d'
honneur au général Zakaria Cheick Ibrahim, chef d'
état-major de la Défense djiboutienne ?
Outre le général Zakaria, deux officiers de haut rang des forces armées djiboutiennes, le colonel
Youssouf Kayad Guelleh et le colonel Hassan Ali Kamil, ont été décorés des médailles de l'
ordre de
la Légion d'
honneur au grade de chevalier. Pourquoi ?
– alors que le Général Zakaria commande aux exactions d'
un régime, présidé par Ismaël Omar
Guelleh, renommé pour son mépris des droits humains.
– alors que Djibouti a suspendu sa coopération judiciaire avec la France dans l'
affaire de
l'
assassinat du juge Borrel, et que des dizaines de personnalités ont lancé un appel réclamant la
vérité la concernant.
– alors que le procès en diffamation intenté par le général Zakaria au président de l'
Association
pour le respect des droits de l'
Homme à Djibouti (ARDHD), Jean-Loup Schaal 2, est en attente de
jugement (le 22 novembre).
Les médaillés pouvant se féliciter d'
une honorable conduite doivent avoir envie de renvoyer leur
rosette à ceux qui les mélangent avec d'
insupportables fréquentations. La coutume de décerner la
Légion d'
honneur à des personnes peu recommandables est de nature à jeter le discrédit sur cette
haute distinction nationale
1. Le dimanche 30 octobre à la résidence de l'
ambassadeur de France à Djibouti.
2. Le site de l'
ARDHD (www.ardhd.org) ne ménage guère le régime Guelleh, dont il pointe l'
ordinaire fait
d'
assassinats, de tortures, de viols, de corruption, d'
exécutions sommaires - ni " l'
un de ses premiers
exécutants militaires ".
[Jean-Loup Schaal, le président de l’ARDHD, n'
a été condamné à verser au général Zakaria que
l’équivalent de un euro, sans aucun dépens, outre une amende de 1 000 euros avec sursis sur trois
années. Cette clémence est à attribuer conjointement à la mobilisation de la société civile, qui
soutient sans relâche le combat pour les droits de l'
Homme et la justice (notamment à travers
l'
affaire de l’assassinat du juge Borrel, au sujet de laquelle l'
ACAT venait d’émettre un appel), et à
l'
indépendance du président Bonnal et de ses assesseurs.
Ajoutons que le plaignant est aussi un parent d’Ismael Omar Guelleh, le président de Djibouti, luimême neveu de l’ancien homme fort de Djibouti Hassan Goulleh Aptidon, auquel il a succédé. Il
n'
est pas exclu que le Général Zakaria soit pressenti un jour pour succéder à son parent... Pour les
autorités de Djibouti, un succès de ce procès aurait été le moyen idéal pour faire d’une pierre deux
coups : obtenir un blanc seing de la justice française et la déconnexion du site www.ardhd.org qui
vient en aide aux victimes du régime dictatorial de Djibouti. C’est raté ! – CC et MK]
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Le SMSI : bilan provisoire...
[Djilali
BENAMRANE,
économiste,
chercheur dans l’association Biens publics à
l’échelle mondiale (BPEM), qui s'
est impliqué
tout au long du processus, nous livre ses
premières impressions sur ce Sommet.]
Les fondamentaux du Sommet mondial
L’histoire
de
l’organisation
d’un
Sommet mondial de la société de
l’information (SMSI) est une initiative de
la Tunisie au sein de l’Union
internationale des télécommunications
(UIT), qui remonte à 1998, retenue par
l’ONU lors de son Assemblée générale
du 21 décembre 2001 [résolution 56/183]
qui
en
confia
l’organisation
principalement à l’UIT. Ce Sommet a
innové en matière d’organisation des
rencontres onusiennes, d’une part en
s’organisant en deux phases et en deux
lieux : Genève en 2003 et Tunis en 2005
et d’autre part en ouvrant la participation
en qualité de partie prenante au secteur
privé et à la société civile (ONG), deux
nouveaux partenaires invités à dialoguer
avec les délégations gouvernementales
et intergouvernementales (OIG) qui
monopolisaient les débats par le passé.
Cette
démarche
de
partenariat
quadripartite s’inscrit dans les priorités
onusiennes à la mode, à savoir la
promotion du concept fourre-tout des
« 3P » : partenariat public privé.
Deux défis, deux enjeux
Le premier enjeu est la transformation
de la fracture prévalant en une solidarité
numérique agissante au profit des sansdroits
à
l’information
et
à
la
communication, condition principale pour
en faire de ces droits humains essentiels
un bien public mondial, équitablement
accessible à toutes et à tous, en tous
lieux et en toutes circonstances, dans la
diversité culturelle et linguistique. Le
second risque concerne le respect des
droits humains comme objectif majeur de
tout effort de construction d’un monde
nouveau de paix, de progrès, de
durabilité et d’équité. Le second enjeu
consiste à faire des technologies de
l’information et de la communication un
instrument efficace de promotion du
respect du droit de tout être humain à la
jouissance des libertés d’opinion et
d’expression (article 19 de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme).
Résultats obtenus
S’agissant de sommets mondiaux,
organisés par le système onusien, toute
tentative d’évaluation des résultats passe
nécessairement par l’examen des
documents produits, lesquels ne sont
que le reflet des rapports de force
prévalant.
Dépendant
des
préoccupations des uns et des autres,
les mêmes documents peuvent être
considérés comme des avancées
significatives
ou
des
reculs
°
remarquables, dans un contexte donné
et par rapport au traitement d’enjeux a
priori consensuels.
Le Sommet de Genève s’est achevé
avec une Déclaration officielle, une
Déclaration discordante de la société
civile et un Plan d’action. Le déficit de
transparence et de lisibilité des
documents adoptés n’était pas grave
puisque le Sommet de Tunis allait en
principe corriger les incohérences et
insuffisances. Malheureusement, peu de
progrès dans les documents de Tunis
convenus lors de la seconde phase,
comprenant « le chapeau politique »
rebaptisé « Engagement de Tunis » et
une partie opérationnelle. Pas plus
d’apport par le biais des sessions
d’ouverture, les sessions plénières, les
tables rondes sur les thèmes « de
l’engagement à l’action » ou les
modalités de mise en œuvre du SMSI, ni
le panel de haut niveau autour de la
thématique
des
technologies
de
l’information et de la communication pour
le développement, ni les dizaines
événements organisés par la société
civile ni les centaines d’expositions où
les intérêts des gouvernements et des
entreprises privées se confondaient,
transformant le sommet mondial en une
foire exposition internationale des
concepteurs, équipementiers et autres
producteurs et vendeurs de biens et de
services d’information.
Insatisfaction autour des questions
relatives aux impératifs de mobilisation et
d’allocation des ressources à la hauteur
des exigences de la solidarité numérique
et de transformation du mécanisme de
contrôle de l’Internet, et de gestion des
noms de domaines confiés à une entité
américaine de droit privé : l’ICANN. En
effet, à l’issue de quatre années
d’agitation, les interrogations de départ
demeurent entières en fin de cycle.
S’agissant
des
mécanismes
de
financement, le seul et bien maigre
résultat aura été l’acceptation du bout
des lèvres de l’institution d’un Fonds de
solidarité numérique qui ne fait
qu’obscurcir la problématique. Pour ce qui
(
concerne la gouvernance
de l’Internet, cette thématique recèle
encore de grandes ambiguïtés de
perception. Au demeurant, il s’avère
établi que les deux questions ne peuvent
trouver de solutions adéquates hors du
cadre d’une réforme préalable et en
profondeur de la gouvernance mondiale
et du système onusien. D’autres questions
ont été volontairement écartées parce
que pouvant donner lieu à des prises de
positions contradictoires flagrantes. Il en
est ainsi de l’utilité de mettre en place un
mécanisme novateur d’évaluation et de
suivi des conclusions et recommandations
du Sommet, de la clarification de la
division des tâches entre ce qui relèverait
des lois du marché et ce qui reviendrait
de droit à la coopération et au transfert
non marchand de technologies et de savoir
faire ou d’une régulation équitable et
concertée des contenus de l’information.
Relative satisfaction au regard de la
société civile dans son immense
diversité, son indescriptible misère et son
indiscutable dépendance, qui s’est
malgré tout renforcée tout au long du
processus jusqu’à conquérir un pseudo
statut de partie prenante aux débats du
Sommet. Elle a constitué un Bureau de
coordination, mis en place des groupes
spécialisés tels celui « thèmes et
contenu » ou « méthodes de travail » et
des dizaines de groupes de travail
régionaux, thématiques. Elle s’est
impliquée tant bien que mal dans des
négociations de procédures pour faire
reconnaître son droit d’expression, y
compris dans des réunions plénières et
des groupes de travail gouvernementaux. Ce ne fut pas un véritable quadripartisme (gouvernement, OIG, secteur
privé, société civile) mais au moins la
société civile en assistant aux réunions,
même avec un statut d’observateur ou
de participant à statut consultatif,
imposait progressivement sa légitimité,
accédait de plus en plus à l’information,
saisissait de mieux en mieux les rapports
de force et développait ses capacités de
lobbying. [DB]
sous la direction de Djilali Benamrane et Bruno Jaffré
Les télécommunications, entre bien public et marchandise
Éd. Charles Léopold Mayer, octobre 2005, 378 p, 16,00
En quête de secteurs à très haute profitabilité, la finance s’est ouvert le capital des monopoles
publics, avec l’appui des gouvernements et de l’OMC. La perspective de fortes plus-values a
déclenché des achats-ventes d’opérateurs, la mise aux enchères de licences et des yoyos
boursiers de plusieurs centaines de milliards de dollars, jusqu’à l’éclatement de la « bulle
spéculative » causant des pertes sans précédent. Les promesses de progrès ont balayé les règles
du service public et pénalisé l’ensemble des consommateurs chargé de payer la note, en particulier
les plus faibles et ceux des pays du Sud.
Face à la déréglementation et à la perspective d’un élargissement de la « fracture numérique »,
les résistances se multiplient. Nombre des pionniers des NTIC sont proches du mouvement des
logiciels libres et militants d’un monde plus solidaire. En Afrique, des syndicalistes, parlementaires,
groupements d’usagers, ONG inventent des pratiques nouvelles. Ces mouvements montrent que la
revendication de biens publics dans le domaine des télécommunications devient primordiale.
!
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Mort d’un espion
On est rassuré !
Décolonisation
On a appris le décès, le 9 novembre
2005, de Maurice Robert, à Bordeaux, à
l’âge de 86 ans. Ancien du SDECE
(aujourd’hui DGSE), ancien des services
de renseignements de ELF, ancien bras
droit de Foccart, ancien ambassadeur au
Gabon et ami fidèle de Bongo, il
représentait la quintessence de la
politique africaine de la France dans la
seconde moitié du XXè siècle. Il s’était
épanché, en 2004, sur sa carrière, dans
un livre d’entretiens avec André Renault,
publié au Seuil, sous le titre Maurice
Robert, “ministre de l’Afrique”. Il y
« révélait » ce qu’on savait déjà sur les
manigances de Foccart et Cie en
Afrique, mais cette confirmation n’était
pas sans intérêt, comparée à l’angélisme
des confidences du même Foccart dans
ses Mémoires. Ainsi, à propos de Sékou
Touré, il expliquait : « Nous devions le
déstabiliser, le rendre vulnérable,
impopulaire et faciliter la prise du pouvoir
par l’opposition. Rien d’autre. » Cet aveu
a minima donne une idée de ce que dut
être la réalité pour arriver au fait que
Sékou vit très vite des complots partout
et décima la classe politique guinéenne.
Tout cela parce que Sékou Touré avait
eu l’insigne impudence de vouloir
gouverner son pays sans la France. Cela
valait
bien
qu’on
provoque
l’anéantissement de toute une génération
d’intellectuels.
Dans un récent documentaire de la
Télévision
Suisse
Romande :
L’assassinat de Félix Moumié, l’Afrique
sous contrôle, le même Maurice Robert,
interviewé il y a quelques mois,
confirmait sans difficulté, avec franchise
mais
sans
le
moindre
regret,
l’empoisonnement
du
leader
camerounais Félix Moumié à Genève,
en 1959, par un agent français, William
Bechtel. Dans le même documentaire les
réponses
de
Messmer,
Haut
Commissaire de la République au
Cameroun en 1957, et de Maurice
Delauney, administrateur à Edéa au
moment de la féroce répression des
maquis
camerounais,
sont
aussi
assurées. L’un revendique le caractère
« impitoyable » de la répression, l’autre
se contente de dire qu’il n’a fait qu’obéir
aux ordres en faisant rayer de la carte
les villages insoumis. Il a du reste
consigné ses souvenirs de l’époque dans
un livre intitulé Gobina (Éd. Bénévent
2004).Tous ces octogénaires affectent
de penser qu’ils ont bien servi la France
en contribuant à faire des pays africains
ce qu’ils sont actuellement : le résultat
pitoyable de leur zèle aveugle. [OT]
Patrick Gaubert, député européen
UMP, s’était déjà signalé en juin 2003
pour avoir cautionné la réélection
frauduleuse de feu Eyadéma, et début
2005 pour son soutien à Sassou
Nguesso et ses pressions sur les familles
des victimes du Beach pour qu’elles
abandonnent leurs poursuites en France.
Alors que se négocie le choix du premier
ministre de transition, il s’est rendu début
novembre en Côte d’Ivoire pour
rencontrer différents protagonistes de la
crise, au titre de président de la LICRA.
Selon Afrique Centrale.info [14/11], « M.
Gaubert a tenu à lever tout malentendu
et à rappeler clairement que la France
n’était pas à la tête d’un complot contre
la Côte d’Ivoire, mais qu’elle œuvrait
depuis le début de la crise à un retour à
la paix pour tous les Ivoiriens. » La Licra
est-elle
donc
porte-parole
du
gouvernement français ?
L’œuvre française en faveur du
« retour à la paix » est en tout cas
toujours classée « secret défense »
puisque Michèle Alliot Marie a refusé, en
octobre dernier, de déclassifier la totalité
des documents demandés par la justice
française dans le cadre de l’affaire sur
les massacres de Bouaké, et a même
renforcé le tri effectué par la commission
consultative du secret de la défense
nationale (CCSDN). [VS]
La dissolution du Comité spécial
chargé d’étudier la situation en ce qui
concerne l’application de la Déclaration
sur l’octroi de l’indépendance aux pays et
aux peuples coloniaux de l’ONU, dit
« Comité des 24 », est un serpent de
mer qui a la vie dure. Mais voilà : le
travail de ce Comité n’est hélas pas
terminé. Il existe un lobby qui s’inquiète
de « la seconde Décennie internationale
de l'
élimination du colonialisme (20012010) », œuvrant à une accélération de
sa dissolution.
Pour prendre sa part dans la semaine
de langue de bois que France culture a
consacrée à la décolonisation, l’émission
Les enjeux internationaux a invité Ilios
Yannakakis, Professeur de relations
internationales à l’université de MarneLa-Vallée
(spécialiste
du
bloc
soviétique !). Les auditeurs seront sortis
de cette écoute avec l’idée que le Comité
des 24 est une aberration. Ou alors, ils
sont
sourds,
ou
insensibles
au
martèlement. La démonstration aura pris
soin de choisir ses exemples, ses
amalgames, et d’énumérer de façon nonexhaustive la très officielle liste actuelle
1
des pays à décoloniser . La Nouvelle
Calédonie a été curieusement oubliée :
ne parlons pas des sujets qui fâchent.
Oserons nous ajouter que Mayotte est,
en droit international, un territoire
comorien occupé par la France ? Et que
la Polynésie française a fait sa demande
d’entrée dans la liste ? Mais Thierry
Garcin, animateur de l’émission, ayant
conclu que ce thème lui paraît mériter
d’autres éclaircissements, nous sommes
à sa disposition pour lui proposer des
intervenants connaissant mieux le sujet.
[PC]
Foot et fric
Luis Fernandez, ancien joueur de
l’équipe de France, est devenu manager
du Betar Jerusalem, l’équipe de foot
israélienne qu’a racheté, en août dernier,
Arcadi
Gaydamak.
Lequel,
pour
mémoire, est au cœur du scandale de
l’Angolagate et à ce titre sous le coup
d’un mandat d’arrêt international, qui l’a
conduit à se réfugier en Israël. Ce
dernier a d’ailleurs reconnu « en marge
de la conférence de presse » selon
Afrique Centrale.Info du 17/11, « qu’il se
servait du football comme "plateforme"
pour redorer son image et "régler [s]es
comptes avec la justice française. » Le
foot lave plus blanc ? [VS]
1. 16 territoires non autonomes : Anguilla, les
Bermudes, les îles Caïmanes, Gibraltar,
Guam, les îles Falkland, Montserrat, la
Nouvelle-Calédonie, Pitcairn, Sainte-Hélène,
le Sahara occidental, les Samoa américaines,
les Tokelaou, les îles Turques et Caïques, les
îles Vierges américaines, et les îles Vierges
britanniques. Cf. www.un.org/french/Depts/dpi/
decolonization/main.shtml
Faux Billets
– La déclaration de Roch WAMYTAN
devant le Comité de décolonisation de
l’ONU date du 10/10/2005, et non du
10/05 comme nous l'
avons écrit par
erreur (Billets 141 p. 13).
(Achevé le 27/11/2005)
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Françafrique
Gilles Labarthe
« L'
Union européenne réitère sa condamnation des actes de
violence, d'
où qu'
ils viennent, et invite les autorités togolaises à
traiter de façon approfondie et juste la question des droits de
l'
Homme au Togo, dans le respect des engagements pris en 2004,
en poursuivant les responsables de ces violences pour mettre fin à
tout sentiment d'
impunité. [...] l'
Union européenne renouvelle son
appel à la mise en place d'
un véritable dialogue qui associe
l'
ensemble des acteurs politiques du pays, avec une forme et un
contenu clairs, qui permette d'
établir un cadre électoral acceptable
par tous. » (Déclaration de la Présidence au nom de l’Union
européenne, Bruxelles, le 24/10).
[On doit donc comprendre que le « cadre électoral acceptable pour tous »
concerne les prochaines élections. Le hold-up électoral meurtrier de cette
année est donc entériné en toute « impunité », sans que cela ait jamais
été déclaré par l’UE. L’UE « invite » simplement les bandits à punir une
poignée de sous-fifres aux ordres, en sachant parfaitement bien que cette
« invitation » minimaliste restera non honorée. L’UE attend, pour 2006,
une nouvelle poignée d’« engagements » bidons (sur le modèle de ceux
de 1999 et 2004, cf. L’agenda d’Eyadema in Billets n°126), pour rouvrir
les vannes de l’“aide au développement”. L’UE « réitère sa
condamnation » de sa propre crédibilité. – PC]
% &
#
Le Togo
de l'
esclavage au libéralisme mafieux
Dossier noir n° 20 d’Agir ici et Survie
Éd. Agone, 2005, 206 p., 12
franco à Survie
Cette enquête mène le lecteur à la découverte d'
un pays encore
méconnu : le Togo, l'
une des plus longues dictatures militaires de l'
histoire
contemporaine africaine. Dans ce pays « ami de la France » s’activent
depuis plus de quarante ans un ensemble de réseaux au service d'
une
passion commune : le détournement des fonds publics et le pillage des
ressources naturelles.
En réponse aux thèses persistantes qui voudraient attribuer la
responsabilité du marasme aux Africains eux-mêmes, ce nouveau
Dossier noir de la politique africaine de la France démonte les principaux
mécanismes et jeux d'
influence étrangers qui ont contribué à ruiner
depuis 40 ans l'
équilibre économique et social d'
une jeune nation,
surnommée la « Suisse de l’Afrique » jusqu’à la fin des années 1970.
Le coup d’Etat militaire et les récentes pressions diplomatiques qui ont
immédiatement suivi la mort de Gnassingbé Eyadéma, le 5 février 2005,
ont encore confirmé le rôle prépondérant des chancelleries occidentales
qui cherchent à garantir leurs intérêts dans la région.
1
Françafrique
Le Courrier d’Abidjan, Les guerres secrètes à la française : le
cas rwandais, par Théophile Kouamouo, 02/08/05 : « La mise en
relation des derniers événements survenus en Côte d’Ivoire en
fait une évidence : Jacques Chirac et son état-major le plus
proche se préparent à mettre en scène une «guerre totale» en
Côte d’Ivoire pour empêcher le désarmement des rebelles, la
réélection du président Laurent Gbagbo sous la bannière
patriotique, et la liquidation symbolique de la Françafrique. Pour
cela, il mise sur l’arme favorite de la stratégie impériale
hexagonale depuis les guerres d’Indochine et d’Algérie : la
guerre secrète.
[... L]’étude du cas rwandais en 1994 est un outil précieux pour
comprendre «la guerre que Chirac nous prépare». Le livre du
journaliste français Patrick de Saint-Exupéry, toujours en service
au Figaro, est l’outil idéal pour mettre en parallèle le passé
rwandais et le présent ivoirien. [... La France cherche à] préserver
ses «possessions» [... en soutenant] une «solution finale» militaire
malgré l’existence d’accords de paix dont on se fait en
apparence l’ardent défenseur [...].
[ndlr : la suite de l’article reproduit abondamment des extraits de
L’inavouable, Patrick de Saint-Exupéry, Les arènes 2004, p. 180-185,
268-270, etc. Nous ne reproduisons pas ces longues citations.]
1 – La thèse de l’Empire en danger. [...]. En Côte d’Ivoire, les
fantasmes français sont du même acabit [que ceux de François
Mitterrand et son état-major concernant le Rwanda], d’autant plus qu’il
s’agit du centre de l’Empire, et non de sa périphérie. L’ennemi
n’est pas un mouvement rebelle sponsorisé par les Américains
mais un gouvernement soupçonné de vouloir “casser la
Françafrique”. L’intérêt obsessionnel pour les “pasteurs
pentecôtistes d’inspiration américaine” qui entourent le président
Gbagbo et surtout son épouse, participent d’une logique d’auto
persuasion [...].
2 – D’Arusha à Marcoussis : le cache-sexe du soutien aux
accords de paix. [...] L’attitude de l’actuel exécutif français face
aux accords de Linas-Marcoussis et de Pretoria conforte cette
thèse. Ainsi, Kléber, par ses décisions révoltantes, a été le
premier coup tordu contre Marcoussis. Par ailleurs, Paris n’a
jamais exigé l’application du point 7 de l’accord qu’elle a
parrainé : le désarmement des rebelles dès la formation du
gouvernement d’union nationale. [... En Côte d’Ivoire,] la France est
[...] chargée de garantir un embargo pour le compte de l’ONU.
Pendant qu’elle va jusqu’en Israël pour traquer des éventuelles
armes loyalistes, plusieurs tonnes d’armes sont débarquées, mijuillet 2005, à Ouagadougou puis à Bouaké, sous la supervision
de Gilbert Diendiéré, chef d’État-major particulier de Blaise
Compaoré... Dans la même semaine, le chef de la cellule Afrique
de l’Élysée est à Ouagadougou où il s’entretient avec Diendiéré.
Plus que troublant ! Au Rwanda comme en Côte d’Ivoire, les
obligations internationales ne doivent valoir que pour les ennemis
de la France.
3 – Des forces spéciales partisanes camouflées derrière les
Casques bleus. Il y a dix jours, deux militaires français des forces
spéciales ont été arrêtés dans une voiture banalisée sur la route
du retour d’Anyama quelques dizaines de minutes après le début
de l’attaque des rebelles dans cette ville. Plans, munitions : ils
!
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°
avaient le parfait attirail des instructeurs militaires illégaux. Au
Rwanda il y a plus de dix ans, ce dédoublement des forces
militaires françaises, tantôt engagées dans des opérations
“humanitaires” de l’ONU, tantôt aux côtés de leurs alliés les
tueurs, a profondément troublé Patrick de Saint-Exupéry. [...] Le
dispositif ressemble étrangement à celui qui se trouve à Man,
pour protéger les rebelles sous couvert de la “zone de confiance”
(on a vu les moyens déployés pour contrer le MILOCI à
Logoualé). Par ailleurs, les grincements de dents et les guerres
d’interprétation autour de Turquoise, qualifiée «d’opération
littéralement schizophrénique» rappellent étrangement les
dissensions au sein de Licorne. »
[Nous citons des extraits de cet article très long, car il est rediffusé
intégralement par le site www.gign.org, qui est effectivement tenu par
des super-gendarmes. Tout cela appelle une série de commentaires,
suivant des sentiments mitigés.
Tout d’abord, qu'
un tel site prenne une telle position de dénonciation de
son corps d'
élite est extrêmement encourageant, et à encourager.
Sur le fond, il faut faire la part dans l'
analyse du journaliste Théophile
Kouamouo. La stratégie, prêtée à la France, d'
instrumentalisation de la
rébellion pour renverser Laurent Gbagbo (par guerre secrète), est une
hypothèse parmi d’autres, que nous nous garderons de trancher. Quoi
qu'
elle gagnerait à être approfondie : si "la France" avait voulu un putsch
(quel qu'
en soit le bilan humain), elle aurait pu simplement laisser la
rébellion prendre Abidjan en septembre 2002. L'
analyse d'
une guerre des
réseaux (par exemple intra-UMP) ajouterait en consistance pour affiner
l’hypothèse : copie à revoir.
Mais cet article cultive un amalgame, aux tournures d'
accusation en
miroir. Cette comparaison avec le Rwanda évoque immanquablement un
risque de génocide. Le sous-entendu (il est vrai jamais explicité dans cet
article), étant que la France serait à nouveau derrière le camps des
planificateurs de massacres à grande échelle. Or, des structures
semblant inspirées du clan Habyarimana (escadrons de la mort sous
contrôle informel de la première dame, slogans du pouvoir ostracisant
une catégorie de la population, impunité assurée aux “patriotes”
responsables de pogroms, etc.) se trouvent au sein du clan Gbagbo. Le
journaliste aurait dû prendre la précaution de présenter son hypothèse en
soulignant la séparation des domaines de la guerre secrète, de celle de
la guerre totale. Or d’emblée, il a soigneusement amalgamé les deux.
C’est une façon d’écarter les soupçons visant le pouvoir. – PC]
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org
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(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)
(2
La Commission d'
enquête citoyenne sur le rôle de la France
durant le génocide des Tutsi propose (détails in Billets n°133, p. 10) :
L’horreur qui nous prend au visage
L’État français et le génocide au Rwanda
Coordonné par Laure Coret et François-Xavier Verschave
Karthala, 2 février 2005, 588 p., 32
Géraud de La Pradelle
Imprescriptible
L’implication française dans le génocide tutsi
portée devant les tribunaux
Les arènes, 2 février 2005, 188 p., 19,90
Communiqué de la Coalition des Alternatives Africaines
Dette et Développement 1, le 10/11
Le 23ème sommet des Chefs d'
État de France et d'
Afrique aura lieu les 3
et 4 décembre prochain à Bamako. Depuis 1994 et sous l'
impulsion de
nombreuses organisations françaises et africaines, des rencontres
citoyennes se tiennent en marge des sommets africains organisés sur le
sol français. Ces rencontres ont pour objectif de rappeler que les
relations franco-africaines ne doivent pas être une simple clause de style,
de formules diplomatiques convenues, ni même un forum d'
aliénation et
de subordination. Elles donnent l'
occasion de formuler des revendications
concrètes sur les questions de droits humains, de dette, de coopération
militaire, commerciale, de commerce mondial, de migrations...
Cette année, la contre-initiative citoyenne est portée par de
nombreuses organisations maliennes, et africaines sur initiative de la
Coalition africaine dette et développement (CAD-Mali) organisatrice du
Forum des peuples et partie prenante dans le processus d'
organisation
du Forum social mondial polycentrique de Bamako (prévu du 19 au 23
janvier 2006). Ce Sommet alternatif citoyen de Bamako, se traduira par
l'
organisation d'
un colloque de deux jours (du 30 novembre au 1er
décembre 2005), d'
une conférence de presse, et d'
un concert populaire
auquel participeront de nombreuses associations et organisations de la
société civile du Mali, d'
Afrique (la RADDHO -Sénégal, le FNDP de la
Côte d'
Ivoire, le Mouvement burkinabé des droits de l'
Hommes et des
peuples, la Ligue tchadienne des droits de l'
Homme, la Ligue togolaise
des droits de l'
Homme, l'
UIDH, RODADHD-Niger, FLAM-Mauritanie ...),
d'
Europe (Survie, Agir Ici, ATTAC (groupe Afrique), CRID, CEDETIMIPAM, Secours catholique, CCFD, Peuples solidaires, Fédération des
Congolais de la diaspora, Terre des Hommes France...), ainsi que
d'
importantes personnalités, du monde universitaire, des artistes...
Ce Sommet alternatif citoyen va interpeller les dirigeants de France et
d'
Afrique afin qu'
ils prennent des décisions qui répondent aux aspirations
de nos peuples. Il permettra de créer un espace alternatif populaire pour
la mobilisation, la réflexion et l'
organisation de tous les mouvements
sociaux qui s'
opposent aux politiques qui renforcent le néolibéralisme et
l'
hégémonie des marchés. Il dénoncera les réseaux de connivence, les
porteurs de valise, les sectes mafieuses et les oligarchies financières qui
instrumentalisent les relations entre nos peuples, organisent des
élections truquées, bloquent les sanctions populaires, créent l'
instabilité
politique et les violences et érigent la corruption en mode de gestion
politique et économique dans nos États.
Enfin, ce Sommet alternatif citoyen se veut un espace de résistance au
néocolonialisme, au néo-libéralisme et à la démocratie tropicalisée ; et de
construction d'
alternatives pour un autre sommet Afrique France.
Le Secrétaire à la Communication
Nouhoum Keita
[Parmi les intervenants : Traoré Sayouba (écrivain) Ténébaye
Massalbaye (LTDH, Tchad), Clumson Siméon (LTDH, Togo), Aboubacry
M’Bodj (RADDHO, Sénégal), Roger Bouka (OCDH, Congo-B), Salifou
Yago (MBDHP, Burkina)... et des représentants de la Commission
Justice et paix de Lomé, des FLAM de Mauritanie, le RODADHD Niger, le
FNDP de Côte d'
Ivoire.
Soit une dizaine de pays africains représentés, une dizaine
d'
organisations françaises et une bonne dizaine d'
organisations
maliennes... Si l’on peut s’attendre à un sommet Afrique-France
ordinaire, le sommet alternatif ne le sera pas.]
!
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(3
Mondialisation
Le canard enchaîné, Vite dit, 09/11 : « Avec 300 000 euros de
subventions annuelles (dans le cadre de la PAC) pour 700
hectares céréaliers dans l’Aisne, le prince Albert de Monaco est
évidemment en deçà (La tribune, 4/11) des prestations perçues
par le prince Charles d’Angleterre (435 000 euros) et bien plus
encore par sa mère, la reine Élisabeth II (1,1 million). Mais il fait
aussi figure de nécessiteux au regard d’une “quinzaine de grands
propriétaires français”, un riziculteur du Sud-Est, par exemple
(866 290 euros pour 1 733 hectares) ou un producteur de maïs
d’Aquitaine (811 755 euros pour 1 500 hectares). »
[Certains prétendent que les Africains ne se développent pas parce qu’ils
sont des mendiants. Mais quand on subventionne les riches ce n’est plus
de la mendicité, c’est de la préservation de l’agriculture. Cela permet
même d’exporter généreusement à bas prix vers les pays pauvres. C’est
ce qu’on appelle le libéralisme. Comme cela les Africains n’ont même
plus besoin de travailler. L’inconvénient c’est qu’ils ne peuvent pas non
plus acheter le riz, même bon marché, alors on est obligé parfois de leur
distribuer gratis quelques sacs de riz. C’est immoral et contraire à la
bonne marche de l’économie. Lire aussi Billets 138, Ils ont dit. – OT]
Boubacar Boris Diop,
Odile Tobner et
François-Xavier Verschave
François-Xavier Verschave et
Philippe Hauser
Au mépris des peuples,
le néocolonialisme franco-africain
Éd. La Fabrique, 2004, 128 p., 12
franco à Survie
Ce livre met à jour le scandale à travers lequel la politique mondiale,
c’est-à-dire celle des pays riches, se reconstitue chaque jour sur le mode
de l’oubli actif et de l’exploitation éhontée de populations dont la vie est
en suspens. La vie des uns ne vaut pas celle des autres : il existe un
partage entre ce qui est digne de vivre dans des conditions de sécurité
maximale et ce qui peut mourir dans l’abandon le plus total.
La Françafrique est l’un des modèles les plus aboutis de cette logique.
Le livre de Verschave et Hauser en retrace l’historique, de la première
guerre froide à la mondialisation. Il en décrit les formes actuelles – car,
contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, tout continue :
“Mafiafrique”, paradis fiscaux, scandales politico-financiers en tous
genres, guerres civiles entretenues à peu de frais par les grandes
puissances. Il précise les impacts sur la France, où la politique du secret
et de l’impunité au nom de la “raison d’État” constitue un défi à la
démocratie.
Enfin, il trace les voies possibles pour “en sortir”, en Afrique comme en
France.
NÉGROPHOBIE
Coordonné par l'
association Survie
Réponse aux « négrologues », journalistes françafricains et
autres falsificateurs de l’information.
Le choix volé des Togolais
Éd. Les arènes, 16 juin 2005, 200 p. environ.
Disponible à Survie dès le 10 juin. Prix en librairie : 19,80
Dès lors qu’il s’agit d’un pays d’Afrique « noire », la République
se croit tous les droits. Et d’abord celui de mentir.
Pour la Françafrique, l’information est une arme comme une
autre. De RFI au Monde, son traitement est surveillé, filtré,
parfois même organisé. Au plus haut niveau, la République est
passée maître dans l’art de biaiser l’information, à coup de vraisfaux scoops, de rideaux de fumée et de sources privilégiées.
L’un de ces « ingénieurs de l’âme » s’appelle Stephen Smith.
Responsable de la rubrique Afrique au Monde jusque fin 2004,
après avoir tenu celle de Libération, il est l’auteur d’un best-seller
inquiétant, Négrologie. Ce livre ressuscite les pires clichés
coloniaux – sur les Africains, naturellement cruels, qui « se
bouffent entre eux » (sic) – dans un salmigondis de statistiques
tombées de nulle part et de prose apocalyptique.
Stephen Smith accompagne la métamorphose de la
Françafrique. Car la République installe désormais ses comptoirs
et ses réseaux, profitables et protégés, au milieu d’un chaos
politique et économique dans l’avènement duquel elle porte une
lourde responsabilité. Quand elle ne se glisse pas derrière les
fauteurs de trouble.
Trois auteurs ont mêlé leurs plumes pour répondre à ces écrits
de mauvaise augure. Ils décortiquent le discours pervers de
Négrologie. Ils décryptent dix ans d’information maligne, à
Libération et au Monde. Ils défendent l’honneur des Africains
face à tous ceux qui jouent avec le feu du racisme pour mieux
masquer la face honteuse de la République.
Rapport sur un coup d'
État électoral perpétré avec la complicité
de la France et de la communauté internationale
Éd. L’Harmattan, avril 2005. Prix en librairie : 10,00
Le 24 avril 2005, les électeurs togolais étaient appelés aux
urnes pour élire un nouveau Président. Alors que de nombreux
observateurs de ce scrutin constatent un vote massif du peuple
togolais en faveur du candidat de l'
opposition unie, le pouvoir en
place, à l'
issue d'
une vaste opération de manipulation, donne la
victoire à Faure Gnassingbé.
Rédigé rapidement pour pouvoir être publié avant que l'
attention ne retombe – et pour aider à ce qu'
elle ne retombe pas –, ce
document obéit à la nécessité de rendre disponibles au plus tôt
les tenants et aboutissants de cette crise politique et diplomatique majeure, qui pourrait affecter durablement l'
essor démocratique du continent africain.
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Lounis Aggoun (LA), Pierre Caminade (PC),
Sharon Courtoux (SC), Sisulu Mandjou Sory (SMS), Victor Sègre (VS),
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Ont aussi participé : Djilali Benamrane (DB), Claude Chenaud (CC),
Mariama Keïta (MK), Antoine Lecanut (AL), Guillaume Olivier (GO),
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ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20 (Étranger : 25 ; Faible revenu : 16 ) –
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