Citation
N° 122 - Février 2004 - 1,90
Lettre mensuelle éditée par SURVIE
Ouvrir les yeux
Est-ce dans ce monde là que nous voulons vivre ?
questionne le titre du best-seller d’Éva Joly (cf. Édito n° 116).
Elle y montre l’ampleur des dégâts, politiques et autres,
de la grande corruption, qui prolifère grâce à l’opacité de la
finance offshore, hors les lois. Celle-ci paraît lointaine,
mais les paradis fiscaux et leurs sociétés-écrans sont en
réalité pilotés depuis les écrans d’ordinateur de quelques
places financières (New York, Londres, Tokyo, Francfort,
Paris, Genève, Luxembourg, etc.) au bénéfice des
« décideurs » des grandes puissances : patrons d’écuries
politiques, des principales banques, des multinationales,
chefs d’états-majors et de services secrets, plus quelques
milliardaires interlopes, mi-mafieux, mi-barbouzards.
La question qu’il convient de poser maintenant serait
plutôt : « Est-ce dans ce monde là que nous pouvons
vivre ? » Il ne se passe plus de mois sans que des signaux
clairs révèlent à l’opinion publique internationale la gravité
des agressions contre notre planète, mais aussi contre le
socle de droits universels et les garde-fous institutionnels
patiemment édifiés depuis deux siècles pour tenter
de contenir les haines identitaires, les folies de la guerre,
les voracités du capital. Nos lecteurs savent ce qu’il en est
en Afrique, mais ces agressions atteignent aussi de plus
en plus les peuples occidentaux, leur climat, leurs biens
publics, et même leur épargne vieillesse. Celle de dizaines
de milliers d’Italiens a coulé, comme le pot au lait
de Perrette, au large des îles Caïmans…
De la possibilité d’un autre monde, il a été longuement
question à Mumbai (Bombay). Dans une ambiance festive,
on y a continué de roder la compatibilité des logiciels
locaux et spécifiques d’indignation, de refus d’une logique
économiciste et oligarchique, irresponsable et inique.
L’on sait que mettre en ligne des milliers d’ordinateurs
personnels peut développer une puissance de calcul
supérieure aux plus gros systèmes : surgira-t-il des
rassemblements altermondialistes une nouvelle intelligence
collective, capable d’enrayer les déchaînements actuels
et d’autoriser un monde vivable ?
Même à Davos, on commence à se poser des questions.
Mais là-bas, comme dans les principaux médias
et l’opinion occidentale qu’ils malforment, on oscille
encore entre le déni et l’aveuglement face aux causes
de tant de dérèglements : on ne veut pas voir ni savoir.
Le négationnisme est une attitude humaine beaucoup
plus fréquente qu’on ne pense. Ainsi Survie, après avoir
établi le très lourd passif de la Françafrique, ne cesse
de rencontrer la négation des effets et de la perpétuation
d’un néocolonialisme caricatural. Inclus dans ce numéro,
le rappel par le politologue Comi Toulabor du “traitement”
de l’indépendance togolaise rafraîchira les mémoires.
Plus insupportable encore, la France officielle persiste
à nier ses responsabilités dans le génocide d’un million
de Tutsi en 1994 au Rwanda. Cette négation continue
d’être relayée complaisamment par les médias français et
d’abuser une partie de l’opinion publique. Pour le dixième
anniversaire de cette abomination, Survie et d’autres
associations organiseront du 22 au 26 mars à Paris
une Commission d’enquête citoyenne (CEC) : durant cinq
jours, celle-ci examinera objectivement les témoignages
et documents disponibles, qui font présumer une
complicité militaire, financière, diplomatique, idéologique
et médiatique avec les responsables du génocide.
Le défi n’est pas simple, on le devine. Nous aurons à faire
aux négationnistes durs, ceux qui restent solidaires
des génocidaires ou nient carrément le génocide ;
et aux négationnistes mous, tous ceux qui estiment qu’il
« n’est pas opportun » d’ouvrir les placards des pratiques
sordides de notre pays, ou qu’il est « trop tôt ».
Nous pensons au contraire que, pour la France, il est
plus que temps de reconnaître qu’elle s’est fourvoyée
dans sa relation avec ses anciennes colonies. Parce que
des Français y ont aussi fait du bien, il est encore possible
à notre pays de reconnaître ses crimes et demander pardon.
Mais il aurait tout à perdre à abuser de ce délai de grâce.
Cette « mise en cause » citoyenne n’est donc pas facile.
Nos moyens sont infiniment plus faibles que ceux de nos
adversaires. Nous appelons tous nos lecteurs à nous
1
aider. Comme il est précisé sur le site Internet de la CEC ,
ils peuvent le faire de trois manières : financièrement,
ce qui n’est jamais négligeable ; moralement, en signant
et faisant signer la pétition de soutien à la démarche
de la Commission ; en nous signalant des témoins
potentiels ou des documents probants. Nous comptons
sur votre appui.
1. http://www.enquete-citoyenne-rwanda.org
François-Xavier Verschave
SALVES
Soudan : la paix vraiment ?
Le gouvernement soudanais (GOS)
et l’Armée populaire de libération du
Soudan (SPLA) ont signé un accord
de partage des revenus pétroliers le 7
janvier dernier à Naivasha, au Kenya.
La presse internationale fête l’espoir
de paix que cet accord pourrait représenter pour un pays déchiré par
plusieurs décennies de guerre.
Cette même presse annonce le retour à Khartoum, dès l’encre de l’accord
séchée, des pétroliers états-uniens.
Avides d’un or noir qu’“interdisait”
l’épuration ethnique conduite par
Khartoum dans le périmètre pétrolier,
au sud du pays, voici qu’ils se rendent
dans la capitale soudanaise pleins
“d’espoir”. Ils ne sont pas les seuls à
se précipiter. Selon une déclaration de
la porte-parole adjointe du Quai
d’Orsay : « M. François Loos, ministre
délégué au Commerce extérieur, se
rendra les 15 et 16 janvier au Soudan
où il participera à l’inauguration de la
Foire commerciale de Khartoum […].
Une vingtaine d’entreprises françaises
participent à cette manifestation […].
Le ministre confirmera la disponibilité
de la France à participer à la reconstruction du Soudan, dans le contexte
créé par les avancées récentes du
processus de paix. » Rappelons que
Total détient des concessions pétrolières au Soudan, qu’il n’exploite pas…
dans l’immédiat.
Il est moins souvent question des
événements qui ravagent l’ouest de ce
Billets d’Afrique et d’ailleurs
pays. En février 2003, un mouvement
de rébellion s’est soulevé dans le
Darfur, une des nombreuses régions
périphériques laissées pour compte
par le pouvoir en place, et naturellement privées de tout dividende du
pactole pétrolier. La répression n’est
pas empreinte de tendresse. Des
milices qui seraient liées à Khartoum
sont accusées de pillage et d’avoir
brûlé des villages, rappelant les
“procédures” utilisées dans le sud du
pays. Le 12 janvier, les forces gouvernementales ont bombardé la localité
de Tiné, menaçant de la raser si la
rébellion ne s’en retirait pas. Le HCR
estime à environs 100 000 le nombre
de Soudanais qui ont fui au Tchad, à
600 000 les personnes déplacées à
l’intérieur de la région. S’il n’est pas
facile d’appréhender tous les tenants
et aboutissants de ce conflit (qui a des
extensions dans plusieurs pays voisins, dont le Tchad), on peut affirmer
que le moment est mal choisi pour
aller tranquillement, dans ses environs, faire du business as usual. [SC]
Retour ?
Francois Loos a fait jaser en allant
rencontrer le ministre soudanais de
l’Industrie à Khartoum mi-janvier (Sudan Tribune, 21/01). Après des années
sans qu’un ministre français n’aille au
Soudan, cette visite annonce-t-elle le
retour de Total ? Le groupe, qui en est
parti en 1985, dément une telle
intention, tant qu’une paix définitive
n’est pas assurée...
Mi-février, ce sera au tour de
Dominique de Villepin d’aller visiter le
Soudan. « Avant même cette gestuelle
politique, Alstom a remporté le contrat
de 250 millions d’euros d’équipements
électromécaniques du projet de barrage de Merowe, […] EDF va réaliser
les études d’énergie électrique de la
Khartoum Ring et le BRGM a des
"trésors" de découvertes à réanimer. »
(La Lettre du Continent, 22/01) [PC]
À nos lecteurs
La mobilisation de Survie dans la
préparation de la Commission d’enquête citoyenne sur les responsabilités
de la France dans le génocide de 1994
au Rwanda va entraîner un retard
dans la livraison des deux
prochains numéros de Billets : une
semaine pour le n° 123, une dizaine
de jours pour le n° 124, qui sera
presque exclusivement consacré à la
retranscription des moments les plus
importants de la CEC. Nous espérons
votre compréhension.
N° 122 - Février 2004 p. 2
Françafrique centrafricaine
Un vol sans importance
La Françafrique est en train de déployer ce qu’elle a de moins reluisant
auprès du président centrafricain
François Bozizé, un putschiste que
l’on avait pu croire un temps converti
aux intérêts de son pays. Elle ne se
contente pas d’y assurer une gestion
néocoloniale de la sécurité nationale
sous la houlette du général JeanPierre Perez, avec l’appui des troupes
du Gabonais Bongo et des bandes du
Tchadien Déby. Elle pousse, dans le
pays des diamants, de l’ivoire, de
l’uranium, du bois tropical et bientôt du
pétrole, quelques chevaux de retour
peu recommandables.
Jean-François Hénin d’abord, un des
spéculateurs-naufrageurs du Crédit
Lyonnais, reconverti en aventurier de
l’Afrique profonde, grand amateur d’or
vert et noir. Après s’être positionné sur
le bois centrafricain, ce proche de
l’Opus Dei s’intéresse pieusement aux
prolongements centrafricains des gisements pétroliers tchadiens.
Toute une équipe d’anciens agents
des services français et d’ex-supergendarmes du GIGN (à l’instar de Paul
Barril) entoure à Bangui un intermédiaire « richissime et beau parleur »,
Médard Bemba, porteur des « ambitions de plusieurs groupes pétroliers et
de banques d'
affaires ». (La Lettre du
Continent, 22/01).
Éminence françafricaine, ancien chef
du service Action de la DGSE, le général Pierre Costedoat conseille le groupe
LCF Rothschild et sa filiale néomercenaire Sécurité sans frontières. « On
prête l'
intention aux dirigeants de LCF
Rotschild de venir le mois prochain à
Bangui proposer au général-président
[Bozizé] un savant montage financier.
Gagé sur des concessions de diamants ? » (idem).
Un autre « conseiller spécial » s’agite auprès de Bozizé, le sulfureux
Fabien Singaye (idem et CentrafriquePresse, 18/01). Il a travaillé jadis pour le
couple présidentiel rwandais Habyarimana, protégé de la Françafrique. Selon La Tribune de Genève (20/08/1994),
Singaye dirigeait depuis l’ambassade
du Rwanda à Berne « un réseau d'
espionnage contre les opposants de l'
exrégime ». Il est par ailleurs le beau-fils
du principal financier du génocide des
Tutsi, Félicien Kabuga, en fuite depuis
1994, qu’il aurait un temps hébergé à
Berne, selon La Tribune.
Aujourd’hui, d’après CentrafriquePresse, il serait chargé par Bozizé de
« trouver des financements contre des
permis miniers. Il partage son temps
entre Bangui et Paris. » Paris, où son
ex-patronne, Agathe Habyarimana, exhibe son impunité. [FXV]
Le pillage de la succursale de la
BCEAO (Banque centrale des États
de l’Afrique de l’Ouest) à Bouaké, fief
de la rébellion en Côte d’Ivoire, qui
opposa, en septembre 2003, des milices rivales, faisant une trentaine de
morts, refait parler de lui. Début janvier
l’armée française a révélé l’arrestation
en décembre de quatre de ses soldats
qui, appelés à intervenir à cette
occasion dans le cadre de l’opération
Licorne, se seraient emparés de 37
millions de FCFA (56 406 ).
Vincent Hugeux, qui rend compte de
l’affaire dans L’Express du 15 janvier
sous le titre Opération Licorne. Fricfrac en Afrique, qualifie de « larcin »,
c’est-à-dire, selon le dictionnaire, un
« vol de peu d’importance fait adroitement et sans violence », ce vol d’un
montant dont peu de malfrats osent
rêver, fait bêtement par des hommes
en armes. Il insiste en parlant d’un
« pactole dérisoire au regard du butin
total […] 500 fois supérieur », lequel en
effet court toujours. Cette indulgence
est partagée semble-t-il par l’auteur
des propos cités ensuite : « Ils ont
trahi la confiance de leurs chefs et mis
en péril une mission délicate, constate
un ponte de l’état-major. Mais depuis
le début du déploiement, 15 000
hommes ont servi en Côte d’Ivoire. Et
voilà que quatre types pètent les
plombs parce qu’ils trébuchent sur
l’équivalent de dix ans de salaire. Qui
peut jurer qu’il aurait résisté à la
tentation ?»
Selon la version officielle, ils seraient
en effet tombés par hasard, lors de
leur intervention, sur ce sac qui
traînait. On admirera également les dix
ans de salaire, ce qui met la solde
mensuelle du soldat en opération à
470 malheureux euros pour quatre. On
ne conseille pas au ponte en question
de pantoufler comme comptable, ni
comme avocat. Imaginons en effet la
tête des juges qui sévissent chaque
jour contre les affreux qui délestent de
quelques billets les passants distraits,
si on alléguait l’irrésistible tentation
subie par les malheureux détrousseurs
et la modestie de leurs gains.
Pourquoi cette volonté de minimiser
une affaire dont on devrait plutôt
chercher à éclaircir les circonstances
bizarres ? L’Afrique aurait-elle le don
de faire perdre tout repère, dans
l’échelle des mots et des valeurs, aux
acteurs et commentateurs qui s’y
aventurent ? [OT]
Schizophrénie francomorienne
L’opposant franco-comorien Said
Larifou a fini par être libéré le 19 janvier, après avoir subi la répression tous
azimuts du colonel putschiste franco-
Billets d’Afrique et d’ailleurs
comorien Azali (qui, par ailleurs, refuse
toujours de reconnaître les pouvoirs de
gendarmerie dévolus aux trois îles
autonomes qui constituent l’Union
comorienne). Pendant des mois, diverses associations de défense des droits
de l’Homme ont dénoncé sa détention
illégale. Dans une lettre conjointe
adressée à Dominique de Villepin le
30 décembre, la FIDH et la LDH
e
rappelaient que « M Larifou [...] fait [...]
l’objet de poursuites judiciaires à
l’initiative des autorités comoriennes.
[...] À notre connaissance, les faits qui
lui sont reprochés relèvent d’une dé1
marche plus politique que judiciaire .
[...] Nous apprenons que ce dernier a
été le soir même hospitalisé et se
serait vu refuser l’accès à l’Ambassade de France auprès de laquelle il
aurait tenté de se faire entendre. [...] Si
les faits qui nous ont été rapportés
sont exacts, il nous paraît surprenant
qu’un ressortissant français se voie
interdire l’accès à son ambassade et
ne puisse réclamer l’aide des autorités
françaises. »
Comme il s’agit d’une affaire
“francomoro-française”, notre ministre
des Affaires étrangères la considérait
peut-être comme une affaire intérieure... Dans ce cas qu’attendait-il
pour transmettre le dossier à Nicolas
Sarkozy ?
Pendant ce temps, les nouvelles les
plus inquiétantes nous proviennent de
Mayotte (île comorienne occupée illégalement par la France depuis 1975) :
exacerbée par les harangues du préfet
et des élus locaux, la chasse aux
Anjouanais prend des dimensions de
2
plus en plus criminelles . À Tsingoni,
en janvier, des milices se sont
constituées à plusieurs reprises pour
chasser les Comoriens non Mahorais.
« La police, arrivée comme par hasard
une fois que c’était fini, n’a pu que
constater les dégâts et appeler une
ambulance », affirme un témoin, qui
questionne : « Comment pouvons-nous
continuer à supporter [...] de voir tous
ces actes immondes impunis et donc
implicitement autorisés ? » Notre ministre de l’Intérieur considère peutêtre, conformément au droit international, que Mayotte est comorienne.
Qu’attend-il alors pour transmettre le
dossier à Dominique de Villepin ?
Le Figaro, qui relaie la propagande
contre les “immigrés clandestins” à
Mayotte, rappelle que, selon l’INSEE,
« environ 38 000 clandestins ne parleraient pas français » (03/01). Le quotidien omet d’ajouter que c’est aussi le
cas d’au moins quatre fois plus de
Français nés et vivant sur cette île. Les
“clandestins” parlent tout simplement
la même langue que les Mahorais
“français” qui les “embauchent” (ou les
réduisent en quasi-esclavage).
N° 122 - Février 2004 p. 3
Notre ministre des Affaires étrangères met autant de soin à examiner
les violations du droit international par
les États-Unis qu’à s’aveugler sur
celles commises par la France sur
l’archipel comorien, où elle nie depuis
1975 toute légitimité aux Nations unies
– lesquelles ont demandé vainement
par vingt résolutions la fin de l’occupation de Mayotte. Interviewé par
Newsweek, il assène sans complexes
la leçon qu’il oublie de s’appliquer :
« Pour être efficace dans les différentes crises internationales, qu’il s’agisse
de l’Irak ou du Proche-Orient, il faut
être légitime. Cette légitimité, personne
ne l’a davantage que les Nations
unies. » (diplomatie.gouv.fr, 01/04) [PC]
1. Lire Billets n°119 p. 2.
2. Lire Billets 120 p. 10, et 121 p. 7.
Pom de roi et Pom d’ami
Comment, d’un coup d’un seul,
éteindre les revendications indépendantistes en Polynésie, conforter le
potentat Gaston Flosse – et donc son
amitié avec Jacques Chirac – et se
consoler des coups durs assénés par
les Corses et les Antillais au projet de
décentralisation ?
La solution est frappée au coin du
bon sens (par le bulldozer UMP) : un
nouveau statut est adopté par le Sénat
pour la Polynésie française. Ce sera
désormais un POM : Pays d’outre-mer
de la République. Ce statut avait été
défini sur papier il y a quelques
années, mais son application a pris du
retard...
Le président du gouvernement
prend le titre de « président de la Polynésie française ». L’ami de Chirac est
ainsi quasiment juché sur un trône
monarchique. Mais il ne faut pas
pousser l’autonomie jusqu’aux sujets
essentiels : « la gestion des hydrocarbures liquides et gazeux et la
définition des principes fondamentaux
des obligations commerciales » restent
sous tutelle de la métropole. Pour que
soient rejetés des amendements
(n° 181 et 182) présentés par l’opposition et contrariant ce principe, le
sénateur rocardien Jean-Pierre Sueur
« a rappelé, à cet égard, qu’il convenait d’être très attentif aux intérêts
1
supérieurs de la Nation. » [PC]
1. Séance du 17 décembre www.senat.fr/
commission/loi/lois031219.html#toc4.
Ruineux développement
Dans son allocution de fin d’année le
président de la République du
Cameroun Paul Biya a mentionné le
projet d’une restructuration de la
Cellucam comme action de développement. Le nom de cette entreprise
est lourd de toutes les malédictions qui
ont affecté le développement de
l’Afrique depuis des décennies.
Le journal Mutations, dans son édition du 7 janvier, en rappelle l’histoire
désastreuse mais éloquente. C’est en
1974 que l’État camerounais, alors
présidé par Ahmadou Ahidjo, signe un
accord avec l’Autriche pour que l’entreprise d’État de production d’acier
Voest Alpine construise au Cameroun,
près d’Edéa, une usine de pâte à
papier. L’ambition du projet est de
valoriser une matière première locale,
le bois, de supprimer l’importation de
papier et même de faire du Cameroun
un pays fournisseur. C’est le bon sens
même. Le projet est financé par l’État
camerounais, conjointement avec
l’Autriche, sous forme de subvention à
l’exportation, et par la Banque
islamique de développement (BID), qui
regorge de pétrodollars.
L’exécution calamiteuse de ce projet
illustre jusqu’à la caricature le mal
politique qui mine l’Afrique. Le coût
initial de 30 milliards de FCFA atteint
110 milliards lors de l’achèvement de
l’installation le 16 mars 1981, du fait
des « commissions fantaisistes et autres pots-de-vin attribués aux pontes
du régime ». Qui pis est jamais l’usine
ne pourra fonctionner faute d’une
gestion compétente : personnel pléthorique, pannes, carences dans l’approvisionnement en bois et en produits
chimiques, c’est la parfaite gabegie. Le
28 novembre 1982 la chaudière de
l’usine explose mettant fin pratiquement à la production, qui cessera
définitivement en 1986, date à laquelle
la production totale de papier n’a pas
atteint 100 000 tonnes au lieu des
122 000 tonnes annuelles prévues.
La dette du Cameroun envers
l’Autriche est estimée en 1999 à 245
milliards de CFA, par le jeu des
intérêts et de la dévaluation de 50 %
du CFA par rapport au franc et aux
autres monnaies européennes. Le
Cameroun achète tout son papier aux
producteurs étrangers.
L’usine et ses machines sont là. Il y
a une dizaine d’années René Owona,
alors ministre du Développement
industriel et commercial, aujourd’hui
secrétaire général adjoint à la présidence de la République, avait bien
essayé une première “restructuration”
avec des partenaires indonésiens. Le
projet, qualifié de « nébuleux » par
Mutations, consistait en fait à céder les
coûteuses machines, qui iraient
fonctionner enfin en Indonésie, contre
des sacs de riz. Même si les Camerounais adorent le riz, la production
vivrière du Cameroun est largement
autosuffisante. Cette « opération de
pillage » fut stoppée par les protestations de l’opposition.
Billets d’Afrique et d’ailleurs
Les responsabilités de cet échec,
que les Camerounais n’ont pas fini de
payer, s’imposent : gigantisme du
projet, proposé à la vanité mégalomaniaque de dirigeants incapables,
par des fournisseurs et des banquiers
intéressés, absence totale de prévision
et de gestion, détournement massif de
fonds dans la plus grande impunité.
D’autres
ruineuses
réalisations
pourraient être décrites. Irresponsabilité, incompétence, voracité, voilà
apparemment ce qui nous plaît dans
nos amis les dirigeants africains.
Il y a des petits pays pauvres qui
fabriquent tout leur papier. [OT]
Parrain Bongo
Comment se fait-il qu’Omar Bongo,
d’allure si bonhomme, terrifie beaucoup
plus ses opposants que les sanguinaires Déby ou Sassou Nguesso ?
Parce qu’il a su pratiquer l’assassinat
ciblé, et que chacun le sait capable de
frapper de nouveau. Marco Bokoukou
Boussaga avait lancé à Libreville un
bimensuel impertinent, L’Autre Journal.
Il ne souffrait d’aucune maladie, mais il
est décédé le 15 décembre en rentrant
d’un dîner avec les autorités locales. Il
a subitement été pris d’hémorragies au
nez et aux oreilles. Terrifiée, la famille
s’est refusée à tout commentaire et n’a
pas souhaité d’autopsie (Reporters sans
frontières, 26/12). On ne saura donc
jamais s’il s’agit d’un assassinat ou
d’une mort naturelle. C’est exactement
ce qui sied à la réputation du « parrain
régional ». [FXV]
Offense à chef d’État
Le poète et essayiste sénégalais Almamy Mamadou Wane, qui a participé
au comité de rédaction de Billets d’Afrique, a publié l’automne dernier chez
L’Harmattan un ouvrage en forme de
fusée de détresse : Le Sénégal entre
deux naufrages ? Le Joolah et l’alternance. Le pilotage par le président
Wade de l’alternance démocratique
voulue par les Sénégalais y apparaît
aussi erratique et irresponsable que
celui du Joolah, le navire dont le naufrage a causé la plus grande catastrophe maritime connue (cf. Billets n° 119).
Le livre a d’autant plus déplu au
pouvoir en place qu’il a rencontré un
large écho dans les médias dakarois
et suscité de nombreux débats. Il fallait
donc tenter de châtier l’impudent. La
Présidence a d’abord envoyé l’un de
ses affidés, le ministre d’État Cheikh
Tidiane Sy, porter plainte en diffamation à Paris et y réclamer 76 231
euros ! Pourquoi à Paris ? Mystère,
s’agissant d’un auteur sénégalais revenu vivre au Sénégal. Le ministre
laisse entendre que l’on peut y réclamer de plus forts dédommagements –
N° 122 - Février 2004 p. 4
le genre de détail qui ne saurait laisser
insensible un ancien conseiller de
Mobutu.
Comme si cela ne suffisait pas, le
Président lui-même a annoncé qu’il
portait plainte en diffamation contre
notre ami. Toujours à Paris. Est-ce bien
raisonnable ? Les derniers chefs d’État
africains à s’être essayés à ce genre
de procès politique ont été déboutés –
après avoir subi l’étalage public de
leurs méfaits et de leurs attaches françafricaines. Le président sénégalais
risque fort d’y ruiner sa réputation de
démocrate, étant donné l’ancienneté
de ses compromissions avec la
Françafrique la plus droitière et la
dégradation rapide des mœurs de son
régime. L’opposition à ces dérives
bénéficiera d’une tribune inespérée.
Notons en passant qu’à l’initiative du
sénateur socialiste Michel DreyfusSchmidt, le Sénat a voté un amendement supprimant le délit d’offense à
chef d’État. Avant de nous féliciter de
l’abolition de cet héritage du crime de
lèse-majesté, attendons la confirmation de ce vote par l’Assemblée. [FXV]
Francophonie :
une faute lourde de signification
Le 19 janvier, le président de la
Francophonie, SE Abdou Diouf, a
présenté ses vœux à de nombreux
invités priés de le rejoindre pour cette
occasion au Centre Kléber. Parmi ces
derniers figurait Mme Agathe Habyarimana (Kanziga pour les intimes),
veuve de l'
ancien président rwandais
Juvénal Habyarimana. Est-il vraiment
utile de présenter le personnage en ces
Billets ?. L'
ancienne première dame
d'
une “République devenue folle” n'
était pas une “figurante” de cette “folie” :
le génocide. Elle en était l'
un des
principaux personnages, elle a joué à
la perfection un rôle prépondérant
dans le cercle où s'
élaborait le projet
et se préparait son exécution. Le jour
viendra où on lui en demandera des
comptes.
Il s'
agit ici d'
en demander à la Francophonie, à son président en particulier. Ou à ceux qui ont éventuellement inspiré une faute lourde de
signification. Comment a-t-on pu décider – car il s'
agit bien de cela – que la
1
place d'
une suspecte de génocide
était dans un tel rassemblement, où
chaque convive représentait quelque
chose ? Comment a-t-on pu y convier
ce que représente Agathe Kanziga ?
La Francophonie est-elle, à son tour,
devenue folle ? [SC]
1. Tout suspect ou accusé est cependant
présumé innocent dans l'
attente de son
jugement.
Droit de réponse (Djibouti)
Nous publions, conformément à la
loi, les rectifications demandées par le
député Yves Coussain :
« L’article intitulé “Heureux élus”,
paru en p. 3 de votre n° 121, me mettant en cause, n’a aucun rapport avec
la réalité que vous présentez.
J’ai été désigné par l’Assemblée
nationale française pour me rendre à
er
Djibouti, du 1 au 4 décembre 2003,
afin d’assurer l’animation d’un séminaire consacré au travail parlementaire, à la demande conjointe du
Programme des Nations unies pour le
développement
(PNUD)
et
de
l’Assemblée nationale djiboutienne.
Contrairement à ce que prétend
votre article, aucune indemnité “ni
commission” n’a été perçue, ni par
moi-même, ni par le fonctionnaire qui
m’accompagnait pour cette mission.
Les frais de déplacement et de séjour
ont été pris en charge par l’Assemblée
nationale, le PNUD l’a partiellement
remboursée pour un montant total de
4 642 dollars, montant sans aucun rapport avec les chiffres que vous avancez.
Par ailleurs, le budget du Programme
des Nations unies pour le développement n’est pas consacré uniquement à
l’institution parlementaire des pays éligibles à ce type de coopération multilatérale mais également, entre autres
objectifs, au renforcement des moyens
de travail de leurs administrations centrales et territoriales. […] »
Le député reconnaît une bonne partie de
la réalité de notre Salve. Il est bien allé
« former » l’Assemblée djiboutienne, et
donc cautionner ce soviet composé à
100 % des affidés d’une dictature mafieuse,
assassine du juge Borrel. Que le Parlement
français se montre complaisant envers les
dictatures
africaines,
c’est
malheureusement une constante : il ne s’est
jamais opposé depuis 44 ans au néocolonialisme françafricain. Cette complaisance
est d’autant plus inconditionnelle que
l’Assemblée actuelle est dominée par le
parti du Président, lequel est depuis trente
ans le patron de la Françafrique. Quant au
PNUD, il a lui aussi cautionné un certain
nombre d’élections frauduleuses visant à
“légitimer” des dictatures. Au Tchad par
exemple.
Le PNUD et le député n’ont-ils pas lu les
études de la Banque mondiale montrant
que l’aide à des États dictatoriaux ne fait
que renforcer l’oppression et la prédation,
donc le malheur des peuples concernés ?
Plutôt que d’être « éligibles » à ce genre
d’aide, les citoyens des pays concernés
préféreraient être réellement électeurs.
Quant au coût de l’opération, ce n’est
pas nous qui l’avons inventé pour nuire au
régime djiboutien et à ses supporters. C’est
ce régime lui-même, via son agence d’information officielle ADI, qui l’écrit noir sur
blanc (ADI/DJIB/5019/407 du 01/12/2003) :
« Ce séminaire de renforcement des capacités des élus du peuple […] est financé ./..
Billets d’Afrique et d’ailleurs
N° 122 - Février 2004 p. 5
Il y a dix ans au Rwanda (une année de chronique)
Rwanda : la face cassée de la République (VI)
Février 1994 : “Inquiétudes”…
par Sharon Courtoux
Tout au long du mois de février 1994, les avertissements se succèdent, dans les faits et dans les communications livrées au Conseil de sécurité. Kigali est
secouée par des manifestations qui laissent morts et
blessés dans leur sillage. Qu'
il s'
agisse des services de
sécurité ou de la diplomatie belge, de la MINUAR, des
organisations de défense des droits de l'
Homme…
l'
alerte est donnée sans ambiguïté : une «explosion
irréversible de la violence» n'
est pas loin. La MINUAR
renouvelle son appel à l'
urgence de faire cesser la
distribution d'
armes et l'
entraînement des milices
extrémistes par les Forces armées rwandaises (FAR).
L'
impuissance de la MINUAR à atteindre cet objectif
compte tenu des limites de son mandat est soulignée.
L'
évidence d'
une “action concertée” visant les Tutsi et
les membres des partis d'
opposition est également
soulignée, comme le sont l'
invraisemblance des
démentis du Président Habyarimana, les liens de ce
dernier avec ceux qui conduisent cette action, et
l'
intensité des incitations à la haine diffusées par la
revue extrémiste Kangura et la non moins extrémiste
Radio Télévision des Mille Collines (RTLM).
Le 17 février, le Conseil de sécurité exprime, comme à
l'
accoutumé, ses «inquiétudes». Il s'
inquiète du «retard»
que prend l'
instauration du Gouvernement de transition
à base élargie (GTBE) – pour laquelle une nouvelle date
est fixée au 22 février – et il avertit de sa disposition à
retirer son soutien à la MINUAR si l'
accord de paix
d'
Arusha n'
est pas rapidement respecté. Le 20 février,
Faustin Twagiramungu, Premier ministre du GBTE dési-
gné lors de la signature de l'
accord d'
Arusha, échappe à
une tentative d'
assassinat. Le lendemain, Félicien Gatabazi, ministre des Travaux publics et dirigeant du Parti
social démocrate (PSD) est assassiné par un commando extrémiste. Rappelons que le 3 décembre 1993,
de tels assassinats avaient été annoncés. Plusieurs
officiers supérieurs des FAR ont alors adressé un
courrier au général Dallaire pour évoquer les massacres
de Kirambo, Mutura et Ngenda, pour en annoncer
d'
autres, et pour prévenir d'
un «plan machiavélique»
comprenant le meurtre de Twagiramungu et de Gatainstauration du GTBE
bazi, entre autres 1. Le 22 février, l'
n'
aura pas lieu bien entendu, en raison des “événements” qui s'
en mettent en travers.
Durant ce mois de février, et quoique des militaires et
des membres des services français sont encore présents
au Rwanda où ils scrutent la situation, on n'
entendra
guère la France exprimer d'
inquiétudes. Des inquiétudes
pour un peuple à qui une explosion irréversible de
violence, aiguillonnée par une action concertée, ouvre
les bras. La communauté internationale s'
emploie à esquiver ses responsabilités alors que le crime des crimes
se prépare. La France reste résolument proche de son
partenaire rwandais qui en est le sponsor. Elle participera ainsi à l'
engrenage qui va entraîner tout un
peuple en enfer. Paradoxe ? Ou faute de s'
inquiéter
pour ses “amis” ? Las !
1. Lettre reproduite dans Les crises politiques au Burundi et au
Rwanda (1993-1994), André Guichaoua, Karthala, 1995, p. 654.
La France : souteneur de la dictature au Togo.
1ère partie : Les fondements d’un soutien mafieux
par Comi M. Toulabor, Directeur de recherche FNSP (Fondation nationale des sciences politiques)
CEAN-IEP (Centre d’études d’Afrique noire, Institut d’études politiques) de Bordeaux
(article paru sur le site letogolais.com du 15/01/2004)
Il ne s'
agit pas ici de refaire l'
histoire des relations entre la
France et le Togo depuis l'
indépendance, mais d'
essayer de
comprendre l'
attitude pour le moins équivoque des pouvoirs
politiques français à l'
égard du processus démocratique au
Togo, un cas d'
école affligeant. Mais il faut convenir que ce
cas d'
école s’inscrit dans les eaux glauques et nauséeuses
des relations françafricaines […] d’ordre incestueux, quelque
chose de subliminal, dont il est difficile de deviner la rationalité
qui les gouverne. Cette France dont nous parlons est
essentiellement limitée à son gouvernement central qui se
décline en de multiples centres de pouvoir aux intérêts
contradictoires (l’Élysée et sa cellule africaine, le ministère de
la Coopération aujourd’hui intégré à celui des Affaires
étrangères, le Trésor, le ministère de la Défense, les services
d’espionnage, etc.) et s’étend, en les absorbant partiellement
ou totalement, à des réseaux situés à sa périphérie qui n’ont
rien à voir à l’origine dans la définition de sa politique africaine,
si tant est qu’il en existe une. Ce sont les grandes entreprises
publiques et privées, les marchands de canons, les éditeurs de
manuels scolaires, les obédiences maçonniques, les
parlementaires, groupes et clubs d’amitié de toutes sortes, le
reliquat des milieux coloniaux, le mercenariat et la
barbouzerie, des personnalités influentes intéressées, des
universitaires a priori sans scrupule, etc. Tous ces acteurs et
milieux se retrouvent enchevêtrés dans une combinatoire
volontaire ou inconsciente, serrée et inextricable avec le pouvoir de la Bande au Togo, où finalement les intérêts privés se
substituent au pouvoir public, comme au bon vieux temps des
colonies. Au temps des colonies, on le sait, les intérêts privés
constituaient des lobbies si puissants et si influents qu'
ils
arrivaient à s'
imposer à l'
État colonial, et de ce point de vue, il
n'
y a fondamentalement rien de nouveau sous les cieux francotogolais depuis les indépendances.
1.1 - Le Togo de la Bande : une colonie idéale pour la France
françafricaine
Il faut dire que c’est contrainte par le nouveau contexte
international né de la Seconde Guerre mondiale que la France
« octroya » à ses colonies « l’indépendance » à laquelle d'
ailleurs s'
opposèrent des roitelets locaux comme Léon Mba avant
d'
y être astreint, rabroué par la métropole, si on se fie aux mémoires de Jacques Foccart. Et à la différence par exemple de
la Grande Bretagne, qui a été une superpuissance coloniale, la
France n'
a jamais pris au sérieux l'
indépendance de ses
(anciennes) colonies africaines où pèse encore lourdement sa
présence multiforme. C'
est ainsi que les leaders nationalistes
africains qui voulurent donner sens et contenu au mot « indépendance » furent harcelés, puis évincés ou trucidés avec un
cynisme extraordinaire.
Billets d’Afrique et d’ailleurs
François Mitterrand confessait que la période où la France
organisait dans ses dépendances ces pratiques jamais avouées
avec ses barbouzes était révolue. Mais Jacques Foccart,
homme de l'
ombre et âme damnée du général de Gaulle,
aimait, lui, à jouer au somnambule et à l'
amnésique dans ses
mémoires lorsqu'
il s'
agit de parler de ces points obscurs et
sensibles de la politique françafricaine dont il a été le fidèle
exécutant à la tête de la Cellule africaine de l’Élysée. De ces
pratiques, le Togo fit pour sa part l’expérience précoce le 13
janvier 1963, quand fut assassiné Sylvanus Olympio dans des
conditions où il est difficile d’écarter la main de la France françafricaine et foccartienne. Et depuis l’accession du francophile
Nicolas Grunitzky au pouvoir en 1963 jusqu’au jour d’aujourd’hui avec le non moins francophile chef de Bande Eyadéma,
la France est devenue un tiers-acteur incontournable dans la
vie politique togolaise, se substituant aux acteurs internes
quand ses intérêts l’exigent. Le chef de Bande lui-même, dans
un complexe d’attraction contemplative et d’infériorité active,
s’est érigé en un énorme étui pénien gainant et protégeant
cette incestueuse politique françafricaine, comme d’autres
féodaux tels que Bongo, Biya, Déby ou Houphouët-Boigny
avant eux. D’autant que la souveraineté et l’indépendance
nationales, réduites à un drapeau, à un hymne et à une place
aux Nations-unies, sont littéralement vidées de leur substance.
Au Togo, même ces oripeaux furent rapidement placés sous
le boisseau : l’hymne national remplacé par une chanson
vulgaire et stupide; la date de l’indépendance par celle de
l’assassinat du 13 janvier, etc. On assista à une réécriture de
l’histoire nationale où tout indiqua que le Togo n’avait jamais
été indépendant et que tout avait commencé avec l’avènement
du chef de Bande au pouvoir qui, justement, a offert le pays à
la France sur un plateau de sang, en prenant soin d’y poser
dessus la tête de Sylvanus Olympio et celles des Togolais.
C’était un gâteau pour le Nouvel An 1963, un gâteau sanguinolent que la France françafricaine continue de savourer avec
volupté. Ces deux pays en sont arrivés à un face-à-face assez
étrange où l’autisme le dispute à la schizophrénie ; et du
moment que les deux partenaires portent ces œillères-là, ils
ont vocation à aller le plus loin possible dans la fuite en avant.
Ce que le colonisateur n’osera jamais faire chez lui deviendra
normalité prescrite ou assignée en néo ou postocolonie (le néo
et le post étant de trop ici). Les élites franco-françafricaines,
pour peu qu’elles veuillent passer sur le divan de Freud,
aimeraient gouverner chez elles, affranchies de toute norme,
comme ses féaux le font en colonie. Car la colonie, c’est le lieu
idéal où le colon franco-françafricain vient se dévergonder
royalement, c’est le lieu où ses pulsions n’ont pas de bride, où
la loi de moralisation de la vie politique n’a pas cours, c’est le
lieu où la devise de la République (Liberté, Égalité, Fraternité)
et la « France patrie des droits de l’Homme » ne sont que de
purs slogans, des mots « père-noëllisés » agités à la face du
monde pour des naïfs qui veulent bien y croire.
Ce qui a plutôt fait sens au pays de la Bande c’est la
« grandeur de la France », récurrence datant du règne de
Louis XIV, réappropriée par les élites franco-françafricaines,
de De Gaulle à Chirac en passant par Mitterrand. Une
« grandeur » dont le trône est vissé sur le dos des Africains et
des Togolais avec la complicité des potentats imposés. Cette
« grandeur » n’est ni solaire ni imaginaire. Elle a un contenu
bien palpable qui se décompose en de gros intérêts économiques, politiques et culturels qui n’ont de mystère pour
personne. François Mitterrand, lui-même ancien ministre des
e
Colonies sous la IV République, résumait assez bien la pensée
de la petite élite franco-françafricaine dans ses différentes
composantes et diversités idéologiques en disant que la
France n’est rien et ne peut guère peser sur la scène mondiale
sans l’Afrique. Peu importe pour cela que la colonie regorge de
matières stratégiques (pétrole, uranium) et de produits rentiers
(café, cacao, coton). Ce qui compte c’est que la colonie reste
une véritable CDI, c’est-à-dire une Colonie à durée
indéterminée. Pour cela, il importe de trouver des agents
N° 122 - Février 2004 p. 6
autochtones dévoués pour y assumer et maintenir ce statut
dans sa plénitude, des autochtones à qui « stabilité » sera
garantie pourvu qu’ils remplissent avec efficacité leur rôle de
supplétifs.
1.2 - La « stabilité » comme principe béton fondant la CDI
Dans les relations françafricaines, le mot clé magique qui fait
recette et instaure le consensus, ce n’est pas celui de la
démocratie, mais bien celui de la « stabilité ». La conditionnalité démocratique posée par le discours de La Baule de
François Mitterrand en juin 1990 a courroucé nombre de
potentats africains (Hassan II, Bongo, Biya, Houphouët-Boigny
et bien sûr le chef de Bande togolais), mais aussi les élites
franco-françafricaines qui avaient accusé Mitterrand de brader
l’Empire colonial, lequel ne pouvait et ne devait en aucun cas
rimer avec démocratie. Aussi la conditionnalité démocratique
labaulienne fut-elle très vite évacuée, au Sommet de la Francophonie du Palais de Chaillot, en novembre 1991, au profit de la
« sécurité » et de la « défense de la langue française ». Il en
fut de même au Sommet franco-africain d’octobre 1992 à
Libreville, […] « expositions coloniales » […] où l’on a conjugué
à tous les temps présents et futurs de l’indicatif « sécurité » et
« solidarité » sous la houlette du tout nouveau Premier
ministre Pierre Bérégovoy. Jusqu’à l’Exposition coloniale de
février 2003 tenue à Paris, la dernière en date, il est toujours
question de « stabilité », de « paix » et de « sécurité » qui
seraient « indispensables » au développement économique.
Actuellement, le ministre des Affaires étrangères, Dominique
de Villepin, fait feu de tout bois de ce terme de « stabilité » à
l’égard du pays de la Bande. Pour lui en effet, « il y a une
situation difficile au Togo. Qui a la recette magique ? Que fautil faire ? Est-ce que vous savez, vous, quelle est la bonne
solution au Togo ? Il y a un processus électoral qui a été
engagé. Certains peuvent contester ce processus. Moi, mon
souci, c’est à la fois de prendre en compte la stabilité et la
poursuite de ce processus démocratique. Il y a des pays où
er
cela est particulièrement difficile ». (Interview sur RFI le 1
septembre 2003). Au-delà de la mauvaise foi du ministre qui
semble aveuglé par l’évidente et aveuglante solution pour le
Togo, qui tient tout essentiellement en l’organisation d’élections libres, transparentes et sincères, […] de Villepin mêle des
notions frontalement opposées et antinomiques : processus
démocratique (au sens où l’entend le commun des mortels) et
« stabilité » (au sens françafricain).
La stabilité dans la bouche d’une autorité françafricaine (africaine ou française) a un sens assez précis jamais explicité.
Elle signifie d’abord longévité de l’élite féale au pouvoir en CDI.
Depuis janvier 1967, le chef de Bande togolais a vu défiler cinq
Présidents franco-françafricains (de Gaulle, Pompidou,
Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac), ce dernier étant à lui
seul le condensé caricatural de ses prédécesseurs. La stabilité, en colonie, c’est donc rester le plus longtemps possible au
pouvoir. Les élites franco-françaises ont fabriqué un diplôme
sublime en chocolat idoine : « Doyen des chefs d’État africains » qui permet aux roitelets nègres de s’asseoir à la droite
du Père lors des Expositions coloniales. Cependant, cette
condition n’est pas suffisante en soi. Intervient une seconde
qui est la préservation des intérêts françafricains, fort nombreux, en CDI. Comme dans un jeu de don et de contre-don,
cette fonction est la contrepartie de la longévité que les autorités franco-françafricaines garantissent à leurs homologues
bandites du Togo. Les potentats afro-françafricains qui ont
refusé ou oublié de remplir cette fonction indispensable savent
le sort qui leur est réservé, la longévité étant proportionnelle au
zèle et au dévouement investis dans leur fonction assignée.
De ce point de vue, Bongo, Biya, Sassou Nguesso et bien sûr
Mobutu, Houphouët-Boigny et Eyadéma, sont ou ont été des
clones assez illustratifs.
La troisième condition que décline la stabilité est la sécurité
pour les biens et les personnes engagés dans la Françafrique.
La Lettre de la rue Monsieur du ministère de la Coopération
Billets d’Afrique et d’ailleurs
(n° 63 de mai 1995) note que « la montée de la criminalité et
de l’agitation sociale dans de nombreux pays justifie un
soutien accru du ministère de la Coopération aux forces nationales de police et de gendarmerie ». Ce qui entraîne que « les
projets sécuritaires de la Mission militaire de coopération
bénéficiant aux forces à statut militaires soient éligibles aux
crédits du Fonds d’aide et de coopération ». La Lettre conclut
qu’«un développement durable nécessite en effet un État stable.
Le maintien de la sécurité est donc un préalable indispensable ». On croit lire le discours sécuritaire rituel et routinisé de
la Bande togolaise passée maître en la matière. Mais ce qui
caractérise ces obsessions sécuritaires françafricaines c’est de
s’attaquer aux conséquences des choses plutôt que de
prendre en considération leurs causes, lesquelles sont dans la
nature même du système françafricain dont l’État bandit
togolais n’est que le révélateur.
1.3 - L’armée : garant desdits intérêts françafricains
Il va sans dire que l’armée, ou ce qui en tient lieu, est le
meilleur support pour garantir cette « stabilité ». Une fois
accepté ce rôle (a-t-elle le choix ?), peu importe alors si les
chefs de Bande sont des nabots incultes, des tirailleurs ou des
satrapes notoirement médiocres. Mais il convient infiniment
mieux de voir ces chefs de Bande en Trissotin ou en Maître
Aliboron, leur médiocrité étant une ressource capitale pour
consolider, pérenniser, dynamiser et réguler les rapports
françafricains. Très vite au lendemain des indépendances,
Jacques Foccart et l’élite franco-françafricaine, pour éviter de
fortes têtes nationalistes et patriotes africaines dans les CDI,
n’avaient-ils pas opté pour des laquais et des domestiques
serviles, dépouillés de culture et d’éducation ?
Au Togo, le chef de Bande aime se targuer d’avoir passé sa
vie à bâtir « son » armée. En fait cette armée est fille de l’armée
française qui l’a taillée sur mesure. En 1963, après l’assassinat
de Sylvanus Olympio, des accords d’assistance militaire
technique permettent à la France de prendre en charge sa
formation, son organisation et son équipement. Son caractère
quasi-monoethnique, s’il est voulu par le chef de Bande, est
toutefois couvert par des autorités franco-françafricaines. Dans
les années 1970, le Togo de la Bande signe des accords
secrets de défense avec la France françafricaine, qui prévoient
une assistance militaire technique fournie par Paris pour la
formation en France des forces armées togolaises et des
facilités de transit et d’escale pour l’armée française. Le Togo
de la Bande est ainsi une excroissance du territoire francofrançafricain dont l’armée française peut voler au secours du
pouvoir bandit quand il est menacé comme en septembre
1986. Durant le conflit du Tchad, l’aéroport de Niamtougou,
dans le Nord du pays, a servi d’escale aux troupes françaises.
La « stabilité » implique pour le Togo de la Bande une
insertion très poussée de l’armée dans les structures et les
rouages militaro-françafricains. Ainsi les armées de terre, de
l’air et la marine sont-elles de purs produits françafricains, de
même en est-il du Régiment paracommando, de la Garde
présidentielle, de la Force d’intervention rapide, du Régiment
de soutien et d’appui, des quatre Régiments interarmes du
pays, sans oublier la gendarmerie, la police, des différents
services de renseignement ou de l’École de formation des officiers des FAT à Pya. Même si Paris entend recevoir de moins
en moins de stagiaires africains dans ses académies militaires
en créant sur place, en Afrique, des structures de formation à
vocation régionale, le Togo de la Bande continue à bénéficier
d’attentions particulières dans la nouvelle politique de défense
définie en 1998 par Paris. Et le Togo de la Bande entend jouer
un rôle de premier plan au sein du RECAMP (Renforcement
des capacités africaines de maintien de la paix) initié à Paris
en 1998 pour contrer les Américains dans la gestion des crises
et conflits sur le continent. Avec la bénédiction de Paris, le
Togo de la Bande n’hésite pas à envoyer des contingents de
militaires, sous l’égide de l’ONU, sur les fronts de crise où les
N° 122 - Février 2004 p. 7
autorités françafricaines savent jouer parfois avec habileté les
pompiers pyromanes après avoir instrumentalisé le supposé
« tribalisme atavique des Africains » pour leurs propres
intérêts. Par ailleurs, le Togo et la France françafricains conduisent souvent des manœuvres militaires conjointes sur le
territoire togolais, permettant à la puissance tutélaire d’avoir
une connaissance géo-militaire détaillée du territoire qu’elle
maîtrise de toute façon par d’autres moyens. N’est-ce pas par
exemple l’Institut géographique national français qui établit les
relevés topographiques et cartographiques du Togo ? Ce partenaire parraine aussi des opérations de type « Kompienga 98 »
rassemblant à Kara (ville natale du chef de Bande togolais)
huit pays d’Afrique occidentale et centrale pour restaurer et
maintenir la paix. Ce qui n’a point empêché l’éclosion du conflit
ivoirien où les protagonistes sont pratiquement les mêmes
qu’au Kompienga. La DGSE et la DST ont des antennes à
l’ambassade de France à Lomé dont les responsables sont
aussi des conseillers du chef de Bande. Lorsque des intérêts
françafricains (Lycée, Centre culturel, restaurant Okavango)
ont été plastiqués en mai-juin 2003 à Lomé, les enquêtes ont
été menées conjointement entre ces services de renseignement et leurs homologues togolais, selon les propos de
l’ambassadeur Jean-François Valette (Tribune du peuple,
n° 86 du 3 septembre 2003).
Dans des domaines autres que militaires, la confusion entre
les deux partenaires est telle que dans leur face-à-face, les
têtes rentrent en collusion fusionnelle et finissent par former
une seule tête françafricaine à double visage : l’un « franco »
et l’autre « togolo ». N’oublions pas que c’est de concert avec
ses homologues Bongo, Biya et Hassan II que le chef de
Bande était intervenu auprès de Mitterrand au début des
années 1980 pour faire virer Jean-Pierre Cot, trop attentif aux
droits de l’Homme, de son ministère de la Coopération. Par
ailleurs, dans Libération du 26 novembre 2003, Christophe
Ayad et Annick Peigne-Giuly racontent comment le pouvoir de
la Bande et l’ambassadeur de France au Togo interviennent
pour interdire des interviews d’opposants sur RFI où « depuis
[octobre 2002], un usage s’est installé : chaque fois qu’un opposant passe à l’antenne, ils préviennent Lomé, qui brouille
l’émetteur local ». La situation n’est pas brillante pour la presse
internationale non plus à la lecture de l’article de Franck Ekon
sur le www.letogolais.com/article.html?nid=1177. L’auteur
révèle comment le pouvoir bandit met la pression sur les
correspondants de la presse internationale, notamment de RFI
et l’AFP, en les harcelant, en intervenant auprès de leurs hiérarchies qui passent le clair de leur temps à courber l’échine, à
ramper tête baissée dans leur nudité déontologique, en
affectant les « indésirables » ailleurs quand ils ne sont pas
purement et simplement virés de leur poste.
De son côté, la France françafricaine a aussi les coudées
franches en CDI togolaise. C’est tout logiquement qu’elle trouve
normal de donner son aval à des nominations de Togolais à
certaines hautes fonctions, à des postes ministériels ou d’ambassadeurs quand elle ne suggère pas des noms. Dans la petite élite togolaise, elle a ses hommes adoubés qu’elle cherche
à incorporer au système bandit sur des postes stratégiques
pour l’avenir de ses intérêts. Il est certain que la désignation
de Edem Kodjo par exemple à la Primature en 1994, alors qu’il
ne remplissait pas les conditions politiques à l’Assemblée
nationale, était une stratégie françafricaine pour casser l’opposition qui n’avait rien fait pour contrecarrer la manœuvre. De
même le lieutenant-colonel Antoine Laokpessi a été viré de la
direction de la gendarmerie sur intervention de Paris à cause
de l’image détestable qu’il donnait de son institution, vitrine de
la France françafricaine. Les ambassadeurs de France au
pays de la Bande, en fonction de leurs personnalité et profil
idéologique, sont des gouverneurs, dont les avis sont sollicités
pour un oui et un non. De son côté, la Bande traduit le moindre
étourdissement, le moindre hoquet, le moindre éternuement ou
la moindre lassitude de la France françafricaine comme un
Billets d’Afrique et d’ailleurs
signe de lâchage. Elle se met au garde-à-vous, plus raide
encore, en multipliant toutes sortes de prévenance, de révérence et de courbette, comme les arrestations arbitraires de
mai-juin dernier lorsque des intérêts franco-françafricains ont
été touchés. Comment dans ces conditions, une CDI peut-elle
devenir une démocratie et un État de droit (démocratique) ?
1.4 - Une CDI n’a pas besoin de démocratie mais de développement
En février 1990 à Abidjan, chez le sous-traitant continental
de la politique françafricaine, Houphouët-Boigny, avec le sens
de l’à-propos qui le caractérise, Jacques Chirac, alors maire
de Paris déclarait : « Pour les pays en développement, le
multipartisme est une erreur politique », « une sorte de luxe
pour les pays en développement, qui doivent concentrer leurs
efforts sur leur expansion économique, n’ont pas les moyens
de s’offrir ». Il poursuit en ajoutant que « de toute façon le
multipartisme n’est pas lié à la démocratie puisqu’il y a des
pays à parti unique où la démocratie s’exerce au sein de ce
parti unique » et qu’« en revanche, il y a des régimes de pluralisme où la démocratie n’est pas respectée ». Tout naturellement le modèle pour les pays en développement est tout
trouvé, c’est le régime monopartiste à démocratie interne avec
« naturellement le respect de la liberté et de la dignité des
personnes ». Et l’ancien Premier ministre de France et maire
de Paris de conclure que c’est ce qui « se passe dans un
grand nombre de pays africains » et permet d’agréger les
nombreuses « tribus » qui les composent.
Il est inutile de dire que cette énième sortie « abracadabrantesque » de Chirac a soulevé en son temps beaucoup de
réactions et de tollé comme entre autres la « Lettre ouverte à
M. Jacques Chirac président du RPR » datée du 2 mars 1990
émanant du « Forum panafricain pour la démocratie ». Elle
appelle toutefois trois observations intéressantes :
– D’abord, il y a un rapprochement entre cette déclaration
abidjanaise et celle, plus récente, faite le 3 décembre 2003 à
Tunis chez son homologue et « ami » Ben Ali. Il montre que le
regard du Président franco-françafricain n’a pas bougé d’un
iota depuis plus d’une décennie sur la question démocratique
en Afrique. Il ânonnait en effet auprès de son hôte tunisien
que : « Le premier des droits de l’Homme, c’est de manger,
d’être soigné, de recevoir une éducation, d’avoir un habitat. Et,
de ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est
très en avance sur beaucoup de pays. Nous avons chacun
nos critères d’appréciation. »
– Ensuite il n’y aucune différence notable entre Jacques Chirac
et son autre grand ami le chef de bande togolais Eyadéma à
propos de la démocratie et des droits de l’Homme. Ce dernier
ne déclarait-il pas dans une confusion des genres et dans son
style particulier : « On dénie à ce groupe d’hommes [c’est-à-dire
le tiers-monde] le plus élémentaire des droits : celui de vivre,
alors qu’on le reconnaît aux animaux, qui ont droit à la protection. Le droit de l’Homme signifierait-il le droit de mourir de
faim, d’ignorance et de maladie ? Que signifie la liberté d’expression lorsqu’on ne sait ni lire ni écrire ? ». Il réclamait en
revanche de substituer aux « droits de l’Homme théoriques »
ceux « plus concrets de disposer du minimum vital ». Le chef
de Bande togolais tenait ce discours à l’occasion du renouvellement des accords ACP-CEE en 1984, plus connus sous
l’appellation Lomé III, où il s’était fermement opposé à l’insertion des droits de l’Homme dans lesdits accords. Pour lui
comme pour Chirac, le développement économique primait et
prime encore sur les droits humains. Vingt ans plus tard, c’est
en vain qu’on scrute l’horizon pour voir poindre ce développement économique tant promis qui conférerait à chaque
Togolais son droit concret de minimum vital. Ce sont plutôt la
décomposition sociale et la pourriture des mœurs qui brillent
dans le ciel togolais comme pour narguer le bon sens.
Enfin, Jacques Chirac a exprimé des idées largement partagées au sein de la classe politique françafricaine. La démocratie
N° 122 - Février 2004 p. 8
et les droits de l’Homme ne sont pas des denrées comestibles
pour les Africains, qui ne sont pas encore matures pour leur
consommation, surtout lorsque ces Africains sont ressortissants des CDI comme le Togo de la Bande. Ce que propose
Chirac pourrait s’appeler « démocrature », cet alliage manqué
où l’on essaie en vain de loger la dictature bandite dans les
habits institutionnels de la démocratie.
Mais il faut reconnaître que les propos chiraquiens représentent une formidable évolution par rapport aux décennies
1970 et 1980. Dans ces années-là, les dictatures, surtout lorsqu’elles sont militaires, étaient magnifiées et considérées
comme « naturelles », « normales » ou « allant de soi » pour
les pays africains. Des théories développementalistes ont
légitimé ces discours dictatorophiles quand on pense aux
« modernizing soldiers » d’un Samuel Huntington et aux « militaires bâtisseurs d’État-nation » d’un Bernard Asso par
exemple. Souvenons-nous aussi de la rengaine selon laquelle
les partis uniques étaient mieux aptes à faire « l’intégration
nationale et le développement économique », etc. Il y avait un
consensus dans le monde scientifique d’alors qui validait le
discours des hommes politiques africains, lesquels validaient à
leur tour ceux des scientifiques, et la boucle est bouclée.
Jacques Foccart pouvait aller se pavaner, l’air heureux, dans
les CDI, distribuant à tour de bras des brevets de satisfecit à
ses laquais et domestiques locaux, comme dans
l’emblématique Togo de la Bande le 13 janvier 1971. À partir
des années 1990, avec la vague démocratique, ce vieux
discours a accusé un retard très perceptible chez Chirac et ses
« amis » dictateurs africains.
La Françafrique a toujours considéré que ses intérêts bien
compris en Afrique ne peuvent pas être sauvegardés par une
démocratie en bonne et due forme. Elle peut faire des concessions et tolérer à la rigueur une démocrature. En avril 1991, au
plus fort de la demande démocratique, le pouvoir mitterrandien
a fourni à la Bande togolaise du matériel policier (gaz lacrymogène, balles, matraques, gilets pare-balles, etc.) pour réprimer
les manifestations de rue. En décembre de la même année, il
refusa d’intervenir pour sauver la Primature de transition prise
dans une lutte à mort avec la soldatesque bandite. Les élections
frauduleuses qui ponctuent les moments forts de la démocrature
ont toujours été entérinées par les autorités franco-françafricaines.
Jacques Chirac, dans sa grande sagesse françafricaine, ne
disait-il pas que si l’on ne laissait pas les dictateurs remporter
les élections ils n’en organiseraient plus ? Jusqu’à ce jour, n’at-il pas assis son séant royal sur le rapport défavorable à son
« ami » Eyadéma, rapport produit par la délégation officielle
des observateurs de la Francophonie lors des élections
présidentielles de juin 2003 ?
Comment les élites françafricaines peuvent-elles voir, dire et
faire quelque chose sur l’Afrique qui soit différent de ce que produisent leurs neurones marinés dans la saumure composée de
la malédiction de Cham, de l’esclavage et de la colonisation qui
perdurent sous les traits du culturalisme lévy-bruhlien ?
Comment peuvent-elles rompre avec leur propre conditionnement ? Surtout qu’au bout du compte il y a des intérêts
palpables faramineux ? Mais Docteur Diafoirus vous dira que
vous êtes en train de faire de la survictimisation (alors que le
questionnement est valable dans les deux sens) et vous prescrira l’ordonnance de la sagesse de trois simiens qu’il faut
refuser avec véhémence. Parce que, entre autres, simplement,
celui qui hurla un jour d’été 1967 au balcon de l’Hôtel de ville
de Montréal « Vive le Québec libre ! » ne l’a jamais fait pour
l’Afrique, surtout en ce 30 janvier 1944 à Brazzaville lorsque
l’occasion lui fut pourtant donnée. En CDI, on n’a pas besoin
de liberté et de démocratie, mais de développement pour
manger : n’est-ce pas là le destin du Nègre prescrit par le
Blanc depuis la nuit des temps ? Surtout quand le roi nègre,
choisi par lui, adhère superbement et fièrement à cette
proposition humiliante contre quelques grains de lentilles ?
Billets d’Afrique et d’ailleurs
par le PNUD à hauteur de 150 000 dollars
US ». Dans une conclusion elle-même
diffamatoire (et qui échappe par conséquent
au droit de réponse), le député qualifie nos
informations de « totalement erronées, gravement diffamatoires, mais surtout complètement grotesques. » Pourquoi, si c’était le
cas, n’adresse-t-il pas ces compliments aux
informateurs de l’ADI, fonctionnaires d’un
pays “ami” ? Lesquels seraient de surcroît
masochistes : car si le PNUD n’a remboursé que 4 642 dollars à l’Assemblée
nationale française, ils signaleraient à tort
ou à raison l’évaporation de 145 358 dollars
dans les circuits du clientélisme local…
À propos du député Coussain, nous n’avons pas employé le mot « commission ».
Nous avons parlé de récompense, dans la
mesure où ce genre de mission à l’étranger
est généralement très prisé. À moins qu’il
ne s’agisse d’une forme nostalgique de
militantisme pro-“démocratique”, au sens
où l’on entendait cet adjectif derrière le
Rideau de fer. [FXV]
Image menacée
Bernard Kouchner est l’une des
personnalités politiques françaises les
plus populaires. Mais par ses actes
présents ou le resurgissement de son
passé, cette image sympathique pourrait se dégrader à vive allure.
Cela ne s’arrête pas à la caution du
rôle de Total en premier soutien de la
dictature birmane. Selon La Lettre du
Continent (08/01), il est allé rencontrer
Omar Bongo à Libreville dans le cadre
d’un audit du système de santé gabonais. Il n’est pas vraiment besoin d’aller
à Libreville ni d’y rencontrer Bongo
pour savoir ce dont souffre le système
de soins gabonais : le siphonnage
massif de l’argent public par l’un des
prototypes de la Françafrique ; de ce
qui reste dans le budget, 2 % seulement sont affectés à la santé. Bongo,
lui, se soigne à Paris.
Kouchner se serait-il laissé prendre à
d’autres jeux de miroir plus redoutables
encore – le piège tendu aux personnages trop soucieux de leur image ?
Du 9 au 13 mai 1994, le chef adjoint
de l’armée qui encadrait le génocide
d’un million de Tutsi au Rwanda s’est
concerté à Paris avec le général JeanPierre Huchon (chef de la Mission
militaire de Coopération, qui avait été
à l’Élysée un proche collaborateur de
François Mitterrand). L’officier rwandais
a rédigé un compte-rendu de cette rencontre. Il y est indiqué que le général
Huchon aurait conseillé au régime génocidaire (le « Gouvernement intérimaire rwandais ») d’améliorer son
image. La moitié du « travail » d’extermination était déjà accomplie à cette
date…
Bernard Kouchner débarque à Kigali
mi-mai, selon le chef des Casques
bleus sur place, le général canadien
Roméo Dallaire. Ce dernier le questionne sur le but de son voyage. « La
N° 122 - Février 2004 p. 9
réponse est venue, très simple : sauver un nombre d’orphelins se trouvant
dans des lieux contrôlés par l’Interahamwe [la principale milice génocidaire]. Il
voulait leur faire quitter la guerre, les
emmener par avion pour les ramener
au Rwanda une fois la situation calmée.
Il m’a annoncé que le public français
était en état de choc devant l’horreur
du génocide au Rwanda et qu’il exigeait des actions concrètes. Je lui ai
exposé ma position : pas question
d’exporter des enfants [... et de] s’en
servir comme porte-enseigne pour [...]
quelques Français bien-pensants. »
Il faut préciser que Dallaire était très
remonté contre les faveurs françaises
envers le camp génocidaire.
Une réunion des chefs militaires de
ce camp-là, dirigés par le colonel
Bagosora, a lieu le lendemain. Dallaire
s’y rend avec Kouchner, accompagné
d’une meute de journalistes. Bagosora
et ses officiers promettent d’aider l’évacuation des orphelins. « J’ai détesté
l’argument de Kouchner qui estimait
que ce genre d’action serait une excellente publicité pour le gouvernement
intérimaire », commente Dallaire. « Je
n’aimais déjà pas l’idée de faire sortir
du pays des enfants rwandais, mais se
servir de ce geste pour montrer une
meilleure image des extrémistes me
1
donnait la nausée. »
Plus tard, le 17 juin, Kouchner a de
nouveau rencontré Dallaire à la
demande du pouvoir exécutif français.
Il est muni d’une carte sur laquelle, selon un témoin, aurait figuré une proposition de partition du Rwanda, la partie
ouest étant placée sous contrôle
2
français : un avant-goût de l’opération
Turquoise, où l’on verra la France bien
plus préoccupée de contenir ses
« ennemis tutsi » et sauver la mise de
ses « amis hutu », y compris les génocidaires, que de sauver des vies.
Nous aimerions pouvoir interroger
Bernard Kouchner sur les objectifs qu’il
poursuivait lors de ses voyages du
printemps 1994 au Rwanda. Épousaitil ou s’éloignait-il de la ligne de conduite des responsables français, dans
un des moments les plus sombres de
l'
histoire de France ? Un moment
d’histoire qui doit être dit. [SC et FXV]
1. Extraits de J’ai serré la main du diable,
Libre Expression, 2003, p. 463s.
2. Human Rights Watch et FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, Karthala 1999, p.780.
Trou noir
Un “trou” de plus de dix milliards
d’euros. La faillite du groupe agroalimentaire italien Parmalat a « toutes
les chances de passer à la postérité
comme l’une des plus grandes escroqueries jamais commises par une
entreprise en Europe » (Le Monde,
14/01). Et « on n’a pas vu le plus beau
de l’affaire », selon l’ex-magistrat spécialisé Antonio di Pietro. L’argent est
passé par les paradis fiscaux des Caïmans, du Luxembourg et de Malte.
Leur opacité permettait, selon l’ancien
administrateur délégué de Parmalat,
de faire « des montages créatifs. Dans
les bilans, on passe de l’actif au passif
et on s’invente des trucs pour obtenir
1
des subventions européennes. » Les
escroqueries impliquent de très grandes banques (dont la première américaine, Citigroup) et toutes sortes de
“contrôleurs” et intermédiaires.
En réalité, on ne contrôle plus rien,
admet un autre magistrat spécialisé,
Renaud Van Ruymbeke : le passage
par les paradis fiscaux est devenu « un
outil de gestion banal » pour « frauder
le fisc », « détourner des fonds », « financer des tentatives de corruption »,
couvrir les « coups tordus des États ».
« Nous n’avons accès qu’à un très
petit nombre de dossiers. Peut-être un
sur mille ou un sur un million, c’est im2
possible à savoir. »
Ainsi dans des pays dotés de nombreux juges, policiers et agents du fisc
va-t-on vers l’impunité la plus totale du
vol sous toutes ses formes, y compris
celui de l’argent public. Et il ne se
passe plus de jour sans que l’on explique que l’on ne peut plus financer les
retraites, la santé, la recherche, la culture, etc. On imagine à quel point les
mêmes mécanismes peuvent ruiner
des pays pauvres, où les administrations publiques déjà très faibles sont
dans le collimateur de la Banque mondiale… On devine ce qui reste dans
les Trésors publics de N’Djaména,
Brazzaville, Lomé, etc.
Ce qui frappe, c’est l’espèce d’insolence ludique engendrée par l’excès
d’impunité de la criminalité financière.
Pour Parmalat, Citigroup a créé dans
un paradis fiscal une société-écran
appelée « Trou noir » (Bucconero).
Situées dans les îles Caïmans, deux
autres pièces maîtresses de l’escroquerie s’appelaient « Bon lait » (Bonlat)
et Epicurum, « un fonds mutuel » de
500 millions de dollars. Enfin, le holding familial de Parmalat s’appelait
3
« La Coloniale »… Cela évoque le
grand œuvre de l’un des ancêtres les
plus féconds de la multiplication des
« trous noirs » financiers, l’influentissime
Américano-Luxembourgeois
Henry Leir : La Grande Compagnie de
4
Colonisation (1937) .
./..
1. Citations par Libération du 15/01.
2. Interview au Monde du 01/01.
3. Cf. Le Monde des 23/12, 31/12 et 01/01.
4. Cf. Denis Robert et Ernest Backes,
Révélation$, Les arènes, 2001. Le successeur de Leir est Nadhmi Auchi, grand
correspondant du réseau Pasqua.
Billets d’Afrique et d’ailleurs
Vision pessimiste : Orwell dirrettissimo. Version optimiste : trop d’arrogance indique que l’entreprise en
question, en dépit ou à cause de ses
soubresauts frénétiques, est moribonde. Selon la formule éprouvée, il
convient de marcher sur deux jambes :
le pessimisme de l’intelligence et
l’optimisme de la volonté. Il est
prématuré de Bombay le torse. [FXV]
Bons points
– Même si l’institution est perfectible,
la mise en place de la Cour africaine
des droits de l’Homme et des peuples marque « une étape historique
dans la lutte contre l’impunité sur le
continent », se félicite la FIDH. Il fallait
15 ratifications d’un protocole additionnel à la Charte de l’Union africaine : la
e
15 a été le fait de l’Union des Comores, le 26 décembre 2003. Ainsi se
poursuit le paradoxe déjà constaté à
propos de la Cour pénale internationale : en Afrique, il n’y a pas que les
démocraties qui promeuvent les instruments d’un État de droit supranational. À peine un tiers des 15 premiers pays signataires ont un pouvoir
légitimé par une élection authentique.
– Au nord-est du Congo-Kinshasa,
l’Ituri était encore il y a un an dans une
situation atroce et désespérée. On est
encore très loin du paradis, mais ce
qui s’y passe aujourd’hui pourrait montrer qu’il n’est pas forcément vain de
N° 122 - Février 2004 p. 10
faire appel à la « communauté
internationale » et que celle-ci, pourvu
qu’elle se dote d’un minimum de
moyens, peut faire évoluer les choses
dans le bon sens. Ainsi vient d’être
rouverte une route vitale entre la
capitale de ce territoire, Bunia, et
Kasenyi sur le lac Albert, frontalier
avec l’Ouganda : cela va permettre la
reprise
des
échanges
et
de
l’approvisionnement, et rendre plus
difficile les massacres dans cette zone
prometteuse en hydrocarbures.
Il a fallu pour cette tâche une ONG
allemande, Agro-action, une compagnie népalaise de Génie civil et ses
collègues de l’Uruguay et d’Indonésie.
Un laboratoire du bien public mondial,
au cœur de la mondialisation mafieuse
qui assaillait la région ?
Fausses notes
– Selon La Lettre du Continent (22/01),
l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, Secrétaire général
de l’Élysée au temps du génocide des
Tutsi et apologiste-fleuve de la politique
étrangère de François Mitterrand, travaille aujourd’hui comme avocat pétrolier pour le compte du régime congolais
de Denis Sassou Nguesso, un criminel
contre l’humanité. C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées.
– Chaussant les bottes de Charles
Pasqua, Nicolas Sarkozy promeut la
coopération policière française avec la
pétrodictature de l’Angola. Son cabi
net projette, via le SCTIP (Service de
coopération technique internationale
de la police) d’y renforcer et équiper
des brigades anti-émeutes (La Lettre du
Continent, 22/01). Pour mieux réprimer
les aspirations démocratiques. Et
entretenir la réputation barbouzarde du
SCTIP.
– Guantanamo, deux plombes. Deux
années que les États-Unis bafouent
ouvertement les droits de la guerre et
de la défense en « châtiant » de manière totalement arbitraire ceux qui ne
sont que des suspects, coupables de
s’être trouvés là où il ne fallait pas, ou
d’avoir combattu du côté maudit de
l’Axe du Bien et du Mal. Peut-être y at-il parmi eux des terroristes, mais
pourquoi cacher au regard de l’opinion
internationale les crimes qui pourraient
“expliquer” l’extrême rigueur de la riposte américaine ? Et le déni des droits
des prisonniers par l’hyperpuissance
risque fort de faire école. On peut enfin
s’étonner de la quasi-absence de
réaction de l’exécutif français, alors
qu’au moins six de nos concitoyens
sont concernés par ce déni.
Erratum
Dans notre numéro 121, la première
salve était signée “SMS”.
(Achevé le 25/01/04)
ILS ONT DIT
Françafrique
« Vous êtes ici en France, c’est la France qui vous bloque. » (Un
ministre nigérien, recevant le 05/12 une mission des associations
françaises CRII-RAD et Sherpa venues enquêter sur l’extraction de
l’uranium au Niger par deux filiales du groupe français Areva, et
confrontées à de nombreux obstacles. Compte-rendu du 19/12,
www.criirad.com/criirad/actualites/Communiques/NIGER).
[Difficile d’avoir un aveu plus direct du vécu néocolonial du Niger et de la
persistance d’une Françafrique prétendument évanouie. Une Françafrique où l’ambassadeur français à Niamey cède le pas à Areva et sa
filiale Cogema. Selon la mission, Son Excellence reconnaît que « si les
compagnies minières et Cogema ne souhaitent pas notre venue, il ne
pourra rien faire pour nous. » Sur cette mission édifiante et l’absence de
protection des populations locales contre la radioactivité, on peut
consulter aussi le compte-rendu de Sherpa et les communiqués des deux
associations sur le site indiqué ci-dessus. – FXV]
« Nous plaçons l’année 2004 sous le signe de l’espoir mais surtout du travail avec la gestion des revenus pétroliers. Puissent
les flux générés par l’exploitation de notre pétrole contribuer dès
l’année prochaine au progrès économique et social de notre
pays, pour notre bonheur et l’amélioration des conditions de vie
de nos populations. » (Idriss DÉBY, Président tchadien, message
de fin d’année à la Nation tchadienne le 31/12, cité par l’AFP du jour).
[Idriss Déby est à peu près aussi crédible quand il parle de travail et de
progrès que Jacques Chirac quand il parle de mettre fin à l’impunité. Il y a
aussi un problème de langage : « nos populations » désignant manifestement un pluriel de majesté, celui du Souverain, on en déduit que
« notre bonheur » renvoie exclusivement à celui du dictateur. Comme la
rente pétrolière. – FXV]
« [Je suis partisan] d’une lutte implacable contre les actes de
brigandage […] par l’application sans complaisance de nos lois, y
compris celle relative à la peine capitale. » (Idem).
[Non seulement ce n’est pas bien, M. Déby, de recommander l’usage de
la peine capitale, mais la recommander « pour les actes de brigandage »
quand on ne fait que ça depuis 13 ans, c’est ce qui s’appelle tenter le
diable.]
« Les autorités françaises et libyennes se réjouissent de l’accord
[… sur l’indemnisation des victimes du vol UTA 772 Brazzaville-Paris,
victime en 1989 d’un attentat imputé entre autres à la Libye]. Les deux
pays [...] favoriseront [...] la coopération à destination des popu-
lations du continent africain entre les organisations non gouvernementales françaises et libyennes intéressées. [...] La France,
qui a des relations anciennes et profondes avec la Libye, est
prête à l’accompagner dans cet effort qui permettra à la Libye de
tirer tout le profit souhaitable de son insertion dans la communauté internationale à la place qui lui revient. Les deux pays
sont d’accord pour étudier des projets dans ce sens dans les
meilleurs délais. » (Dominique de VILLEPIN et Abdulrahman
CHAGHAM, ministres français et libyen des Affaires étrangères. Déclaration conjointe du 09/01).
[Les deux dernières phrases cachent mal l’impatience des milieux
françafricains du pétrole et du BTP : à nous les milliards de dollars de l’or
noir ! Ou du moins pas seulement aux Anglo-Saxons... « Tout le profit
souhaitable » qu’obtiendra la Libye ne concernera comme d’habitude
qu’une infime minorité. On ne savait pas, par ailleurs, qu’il y avait des
organisations « non gouvernementales » libyennes. Par contre, les ONG
para-étatiques sont sûrement « intéressées ». Et les ONG françaises qui
vont s’y coller ? Notons enfin que cet intéressant communiqué a été ôté
du site officiel du Quai d’Orsay. – FXV]
Billets d’Afrique et d’ailleurs
La Chaîne internationale d’information (CII) :
Chirac l’a voulue… Le Lay l’aura ?
Communiqué du 12/01 de l’Observatoire français des médias (OFM)
Le président de la République a souhaité la création d’une
chaîne internationale d’information, d’une CNN à la française […
pour] concurrencer l’information “made in USA”. Alors que l’Assemblée nationale avait créé un groupe de travail pour étudier la
faisabilité d’une telle chaîne, l’Élysée, de son côté, missionnait un
député de l’UMP, Bernard Brochand, maire de Cannes et ancien
publicitaire.
Aujourd’hui, les raisons de ce choix élyséen éclatent au grand
jour : la CII ne sera pas une chaîne publique. Elle sera confiée à
une structure privée associant TF1 et France Télévision, et
échappant à la tutelle du CSA [Conseil supérieur de l’audiovisuel].
[…] Elle ne sera pas visible en France pour ne pas concurrencer
LCI. Son budget étant modeste (et irréaliste), M. Brochand propose de créer un club de partenaires, gros annonceurs, ayant
accès au conseil d’administration, et disposant donc un droit de
regard sur les destinées d’une chaîne au contenu éditorial
sensible. Enfin, pour dégager des crédits, le rapport du député
de la majorité préconise curieusement l’arrêt des structures
propres d’information de TV5 et d’Arte pour les mettre à la
disposition de la CII. […]
M. Le Lay, le président de TF1, claironne sans retenue qu’il ne
mettra pas d’argent dans la CII, mais qu’il en maîtrisera la direction éditoriale. Comment peut-on laisser une filiale du groupe
Bouygues, lié par contrat à de (trop) nombreux gouvernements
antidémocratiques, contrôler l’information internationale à la
“ française ” ?
En outre, le montage préconisé par le rapport Brochand est
choquant : peut-on imaginer une chaîne payée par le contribuable français mais invisible sur le territoire national ? L’aide
apportée par les pouvoirs publics au secteur audiovisuel du
groupe Bouygues pose un véritable problème de démocratie.
L’audience de TF1 connaissant une érosion constante, le groupe
cherche des solutions pour asseoir son développement et
assurer sa pérennité. […] Le gouvernement français lui vient en
aide en lui offrant une chaîne lui donnant une dimension internationale. Pour l’Observatoire français des médias (OFM), la CII
ne peut être qu’une chaîne publique, associant toutes les composantes de l’audiovisuel public (télévision et radio) et de l’AFP,
dont les potentiels sont sans équivalent dans le monde. Le
gouvernement doit abandonner le rapport Brochand et étudier les
solutions préconisées par l’Assemblée nationale et par les
personnels du service public.
[Il nous a paru nécessaire de citer largement ce communiqué. Avec
Bouygues et Le Lay aux commandes, on aura une chaîne de la
N° 122 - Février 2004 p. 11
Françafrique et de la GLNF fusionnées (Patrick Le Lay ayant le plus haut
grade de cette obédience).]
Mondialisation
« Il ne se passait pas grand chose ici. Le plus gros des activités
est vraiment en Europe. » (Sam BULGIN, ministre de la Justice des
îles Caïmans. Cité par La Croix du 08/01).
« S’il y a eu malversation, c’est évident que cela s’est passé en
Italie. » (Andrew JONES, chargé de Parmalat dans un cabinet d’avocats des Caïmans. Ibidem).
[Le doigt montre les paradis fiscaux, et les hommes de paille des paradis
montrent le doigt. L’escroquerie et le crime ne sont pas exotiques, ils sont
chez nous, à la City, à New York, à Milan, à Paris… Les paradis fiscaux
ressemblent à des malles de prestidigitateur. Ou encore à une
gigantesque partie de bonneteau, destinée à plumer jusqu’à l’os 99 %
des habitants de la planète. – FXV]
« On ne saurait [… via le fichage numérique des données biologiques
imposé aux étrangers dans les aéroports US] dépasser certains seuils
dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer
dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus
dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l'
Homme mise en œuvre à travers les techniques les
plus sophistiquées.
Le fichage électronique des empreintes digitales et de la rétine,
le tatouage sous-cutané ainsi que d'
autres pratiques du même
genre sont des éléments qui contribuent à définir ce seuil. Les
raisons de sécurité qui sont invoquées pour les justifier ne doivent
pas nous impressionner : elles ne font rien à l'
affaire. L'
histoire
nous apprend combien les pratiques qui ont d'
abord été réservées
aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l'
ensemble des
citoyens.
Ce qui est en jeu ici n'
est rien de moins que la nouvelle relation
biopolitique " normale " entre les citoyens et l'
État. Cette relation
n'
a plus rien à voir avec la participation libre et active à la sphère
publique, mais concerne l'
inscription et le fichage de l'
élément le
plus privé et le plus incommunicable de la subjectivité : je veux
parler de la vie biologique des corps.
Aux dispositifs médiatiques qui contrôlent et manipulent la parole publique correspondent donc les dispositifs technologiques
qui inscrivent et identifient la vie nue : entre ces deux extrêmes
d'
une parole sans corps et d'
un corps sans parole, l'
espace de ce
que nous appelions autrefois la politique est toujours plus réduit
et plus exigu. » (Giorgio AGAMBEN, Point de vue in Le Monde du
11/04).
[On voit bien, en effet, le terme de ce double mouvement qui tend à
prendre en étau les habitants de la planète et à faire disparaître la
possibilité même du politique : la dictature sous Prozac, TF1 et Loft story.
Avec de temps en temps un nettoyage ethnique.]
À FLEUR DE PRESSE
Françafrique
La Lettre du Continent, Pierre Aïm. Glencore, 22/01 : « L'
ancien
patron de Saga qui a depuis 2002 quelques soucis avec la justice […] est de retour au business en Afrique, en particulier pour
Glencore. Sur la côte ouest-africaine, Pierre Aïm a toujours
assisté ce groupe auprès des présidences où il avait ses
entrées, en particulier au Congo-Brazzaville. Pour le compte de
Glencore, Pierre Aïm travaille avec l'
intermédiaire libanais, Ely
Khalil. »
[La confirmation du lien de collaboration entre deux pivots financiers de
la dictatorophilie françafricaine et le groupe suisse Glencore – dont le
fondateur Marc Rich a fait le numéro 1 mondial de la prédation des
matières premières –, méritait de figurer dans ces Billets.]
Le Canard enchaîné, Chirac multiplie les intouchables, 21/01 :
« La décision de Chirac de nommer conseiller d’État “en service
extraordinaire” son ancien directeur de cabinet à la mairie de
Paris Michel Roussin n’est pas passée inaperçue au Palais de
Justice. Roussin accumule en effet les mises en examen dans
les affaires liées au financement du RPR. »
[On savait que Michel Roussin exigeait une protection en béton (sans jeu
de mots) contre les nuisances de la Justice. On constate que ses mérites
sont reconnus par cette promotion. Il paraît que cette fonction serait
cumulable avec celle de vice-président du MEDEF, chargé des relations
avec l’Afrique, ainsi qu’avec celle de dirigeant de Bolloré-Afrique et
autres participations à des clubs d’investisseurs, notamment dans le
bois. Que demander de plus ! – OT]
Angolagate
Le Soir de Bruxelles, Mandat d’arrêt contre Pierre Falcone,
16/01 (Le Soir avec AFP) : « Le juge Philippe Courroye a délivré
mercredi un mandat d’arrêt international visant l’homme
d’affaires français Pierre Falcone, également ministre conseiller
au sein de la délégation permanente de l’Angola à l’Unesco.
Le magistrat, qui instruit une affaire de vente d’armes
présumée illégale à l’Angola dans laquelle M. Falcone est mis en
examen, justifierait la délivrance de ce mandat d’arrêt par le fait
que l’homme d’affaires a violé le contrôle judiciaire qui lui était
imposé. M. Falcone a notamment refusé de déférer à deux
convocations du juge et a quitté le territoire français, ce que son
contrôle judiciaire lui interdisait.
Avant de délivrer ce mandat d’arrêt, le juge Courroye avait
Billets d’Afrique et d’ailleurs
N° 122 - Février 2004 p. 12
sollicité à deux reprises les réquisitions – c’est à dire l’avis – du
parquet de Paris sur ce mandat, sans obtenir de réponse.
[…] M. Falcone est mis en examen pour “trafic d’influence,
commerce illicite d’armes sans autorisation, abus de bien
sociaux et abus de confiance” »
[N’est-il pas étrange que le parquet de Paris n’ait pas d’avis sur la
question ? Pour élucider le mystère : avis de recherche. L’article du Soir
souligne par ailleurs que la nomination à l’Unesco de M. Falcone “lui
permet de jouir d’une immunité diplomatique dont l’étendue est
controversée”. Est-ce la controverse ou le cas Falcone qui va occuper la
scène ? – SC]
Mondialisation
Diario della Settimana (Milan), Lombardi, l’homme qui dessinait
les réseaux, cité par Courrier international du 24/12 (Enrico
DEAGLIO) : « Né en 1951 à Syracuse dans l’État de New York,
Mark Lombardi se consacre initialement à la peinture abstraite
avant de se lancer, un peu par hasard au début des années 90,
dans ce qui va devenir sa marque de fabrique : les diagrammes
politiques. À partir des informations recoupées dans la presse ou
rendues publiques par des banques après leur faillite, Lombardi
reconstruit des schémas appelés “structures narratives” pour
expliquer les liens politico-financiers qui sous-tendent certains
scandales, célèbres ou pas. […] Le 22 mars 2000, Lombardi est
retrouvé pendu sous le toit de son loft new-yorkais. Certains de
ses amis ne croient pas au suicide et dénoncent un complot
contre ce “peintre d’investigation”. […]
Le 17 octobre 2001, cinq semaines après les attentats contre
les tours jumelles […], le FBI demanda à voir un tableau et à
l’interroger [… ainsi que son auteur]. La conservatrice du Whitney
Museum de New York […] répondit qu’il ne lui était pas possible
[… de rencontrer celui qui s’était] suicidé un an auparavant, quelques jours après le vernissage qui l’avait consacré comme l’un
des grands de la peinture américaine contemporaine. […] On ne
sait combien d’heures de travail le FBI a consacrées au tableau,
mais on peut aujourd’hui comprendre ce qui intéressait les
enquêteurs : un réseau de noms, de banques, d’institutions, qui
liait, dans une petite partie de la vaste fresque, les noms de la
famille Bush à ceux de la famille saoudienne des Ben Laden.
Tous les membres de cette famille – des dizaines de
personnes, habitant dans diverses villes – furent réunis dans un
aéroport du Kansas et de là évacués par les services secrets
américains, quarante-huit heures après les attentats. L’avion qui
transporta le vaste clan familial vers Riyad fut le seul vol autorisé
ce jour-là à voler dans le ciel des États-Unis. […]
L’agent du FBI s’intéressait tout particulièrement à un nom sur
cette vaste toile d’araignée : celui de James R. Bath. […] C’est
un homme d’affaires texan, dont une des entreprises, la Skyway
Leasing, qui a son siège aux îles Caïmans, a été l’un des centres financiers utilisés par le colonel Oliver North pour approvisionner en argent tout le réseau chargé de fournir des armes aux
Contras (les antisandinistes du Nicaragua) et en même temps
d’armer les ayatollahs de Téhéran à la fin des années 80.
Financier, agent du cheikh Salim Ben Laden (fils aîné et héritier
du cheikh Mohammed Ben Laden, le père du célèbre Oussama),
James Bath travaillait comme médiateur (à 5 %) pour les investissements saoudiens aux États-Unis et était associé à un autre
saoudien, le cheikh Khalid Ben Mafouz, qui fut compromis dans
la faillite de la BCCI. Dans sa jeunesse, James R. Bath avait été
avec George W. Bush dans la garde nationale du Texas (un bon
moyen pour ne pas être envoyé au Viêtnam) et ensemble ils
avaient été arrêtés pour possession de cocaïne. George Bush
père était intervenu.
Mark Lombardi voulait représenter [… entre autres] le poids
croissant de la finance dite propre dans le recyclage de l’argent
de la mafia, de la drogue, du trafic d’armes. Il aimait par-dessus
tout les banques. […] Il voulait dominer le paysage, […] le raconter comme un flux narratif, comme un génome qui révèle sa
carte. Mais c’est le paysage qui a cartographié l’artiste. »
[Les diagrammes de Lombardi sont tout à fait prodigieux, tant dans
l’invention formelle que dans la richesse d’informations sur les liens
quasi-neuronaux qui relient entre eux les principaux acteurs physiques et
moraux de la criminalité politico-financière. On rêve de pareils diagrammes pour Maugein et Chirac, Auchi et Pasqua, etc. On se dit aussi
que si un non-spécialiste isolé a réussi un tel travail, des réseaux de
citoyens résolus devraient pouvoir aller plus loin. Et cartographier le
génome de la mondialisation mafieuse. Un “complot public”, pour desserrer l’étreinte qui étouffe le bien public à l’échelle mondiale. On peut
suicider un Lombardi. Mais des milliers de Lombardi ?– FXV]
VOIR
1
Semifilms, Borry Bana ou le destin Fatal de Norbert Zongo , 2003.
« Norbert Zongo vit parmi nous, grâce à vous, grâce à nous tous ».
Ces mots d’un des leaders burkinabé du mouvement contre l’impunité et
pour la démocratie résument en une phrase la portée politique et historique de cette œuvre filmique alliant générosité et professionnalisme.
Borry Bana est un film documentaire qui raconte comment l’assassinat
d’un journaliste d’investigation est devenu une affaire d’État au Burkina
Faso. Tour à tour alternent témoignages et extraits de discours des
principaux protagonistes de l’affaire Norbert Zongo. On y découvre une
mère, Augustine Zongo, révoltée mais sereine, déterminée, et pardessus tout, généreuse et profondément humaine ; des proches de
Norbert qui le font revivre au travers de leurs souvenirs ; des militants et
leaders du Collectif contre l’impunité convaincus de la noblesse et de la
justesse de leur combat et prêts à le mener jusqu’au bout ; et aussi des
voix de l’Hexagone qui se font l’écho, au plan international, de ce sursaut
citoyen venu du « pays des hommes intègres ».
Au delà de l’assassinat du journaliste et de la colère citoyenne qu’il
continue de susciter cinq ans après ce crime odieux, le film montre
comment se comporte un régime “chouchou” la Françafrique. Un régime
qui a accumulé ces deux dernières décennies des dizaines de crimes
économiques et de sang au Burkina et dans d’autres contrées africaines
et qui se trouve aujourd’hui au centre d’une vaste entreprise de déstabilisation de toute la région ouest - .
Bravo à la jeune équipe de Semifilms qui a produit ce documentaire,
avec les soutiens de Reporters Sans Frontières, Amnesty International et
l’Institut Panos Afrique de l’Ouest. [SMS]
1 Pour co-organiser dans l’Hexagone des projections-débats, contacter le
Cofanzo : 06 80 98 29 86 ou 06 63 97 46 90. Pour toute commande du film,
contacter Semifilms à Ouagadougou, tél : 00 226 63 30 65.
Pierre CAMINADE
Comores-Mayotte :
une histoire néocoloniale
Dossier noir n° 19 d’Agir ici et Survie
Agone, 2004, 182 p., 11
franco à Survie
En 1975, lors de la décolonisation du territoire des Comores, la France
viole le droit international en arrachant Mayotte à son archipel. Le rattachement de Mayotte à la France est un facteur de déstabilisation des Comores
qui, à partir de 1997, ont subi une crise politique sans précédent.
Ce dossier noir propose notamment un examen des motivations
françaises, dont une présence militaire dans cette région où passe deux tiers
du pétrole exporté du Moyen-Orient. Il analyse ce processus de
“domtomisation” et ses conséquences pour le reste de l’archipel, devenu
chasse gardée d'une clique de mercenaires.
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Ils ont dit
À fleur de presse
Voir
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A aussi participé : François-Xavier Verschave (FXV).
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