Fiche du document numéro 22650

Num
22650
Date
Janvier 2004
Amj
Fichier
Taille
332605
Titre
Billets d'Afrique No. 121
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
N° 121 - Janvier 2004 - 1,90

Lettre mensuelle éditée par SURVIE

Vœux
Laissons-nous aller à un certain optimisme de la volonté,
puisque nous savons de plus en plus clairement
ce que nous ne voulons plus. En 2004, Survie a résolu
de s’engager tout spécialement contre la perpétuation
du soutien français aux dictatures françafricaines ; contre
le système de destruction des biens publics et de toute
légalité qui s’exhibe dans les paradis fiscaux ; contre la
négation par la France de sa complicité dans le génocide
d’un million de Tutsis au Rwanda, en 1994. Nous espérons
bien marquer des points dans ces combats, avec nos
lecteurs, nos militants et nos partenaires.
Le refus de la prolongation de dictatures surannées,
parfois ubuesques, était l’objet de l’éditorial précédent
(Dictators no more !). Si nous ne discréditons pas assez
radicalement ces dictatures, c’est que nous y sommes
accoutumés. En 1790, les Européens étaient habitués
à l’esclavage. Ils trouvaient que George Washington était
un grand humaniste, malgré ses 300 esclaves. Cela n’aurait
plus été possible en 1850, le regard avait changé. Eh bien,
le regard des Français doit changer sur l’Afrique : ils
doivent considérer comme intolérable le quasi-esclavage,
tyrannique et ruineux, que nous avons imposé à quantité
de peuples. Le néocolonialisme foccartien, ou plutôt
élyséen, n’a jamais été aboli : notre Président continue
d’embrasser plus d’une dizaine de dictateurs africains
dont l’argent, la réputation et la sécurité dépendent encore
largement de la France. Nous allons nous employer à
rendre inadmissibles ces fréquentations et ces appuis.
S’agissant des paradis fiscaux, nous avons exposé
plusieurs fois à quel point ils étaient le point de passage
obligé du pillage et des escroqueries subis par les pays
du Sud, mais aussi les lieux d’une sous-enchère perforante
de tous les droits sociaux et environnementaux dans
les pays du Nord. Nous parlons des paradis fiscaux,
parce que c’est par là que ça se passe, mais ils ne sont
que la mise en scène d’une criminalité tous azimuts,
d’un double langage orchestré par les grandes puissances,
leurs banques et leurs multinationales. Chacune a un pied
dans le légal, la bienséance des pays dits “civilisés”,
et un pied dans la fraude ou le crime.
Les paradis fiscaux sont ce qui permet cette schizophrénie.
Une grande partie de leur finance extra-territoriale est
par exemple pilotée depuis la City londonienne – ce qui

permettait aux Britanniques d’exclure le dictateur nigérian
Abacha du Commonwealth tout en planquant son énorme
butin. La Françafrique, bien sûr, n’est pas en reste, même
si elle est moins puissante financièrement : elle a Monaco,
elle est familière de la Suisse, ses banques sont en flèche
dans les montages frauduleux, ses multinationales sont
des as de la corruption.
Les Français, les Européens, les citoyens du monde
sont encore trop peu nombreux à avoir perçu l’extrême
danger de cette criminalité extra-territorialisée,
exponentielle, qui corrompt tous les décideurs et
contrôleurs, rend inopérantes la démocratie, la loi,
la sanction. Il s’agit d’une véritable gangrène, tellement
avancée que l’on pourrait raisonnablement désespérer.
D’où l’extrême urgence d’une pédagogie militante. Tout
cela n’est pas si difficile à expliquer, et il y a encore à notre
portée quelques vannes de sécurité existantes ou
installables. Nous allons pour notre part nous lancer dans
ce travail, en recherchant le plus grand nombre de
partenaires.
Au bout des dérèglements criminels, il y a le génocide.
Dans celui de 1994, il y a une criminogénèse rwandaise,
mais aussi des permissivités et complicités étrangères.
La République française, elle, n’a pas seulement laissé
faire : elle a soutenu militairement, diplomatiquement,
financièrement, idéologiquement et médiatiquement
le camp des génocideurs. Nous allons exposer les éléments
les plus incontestables de ce soutien incroyable – sans
ème
doute le plus grand crime français du XX
siècle –
1
avant le dixième anniversaire du génocide .
Si nous sommes suffisamment convaincants, il faudra
réparer ce crime. Nous commencerons par une demande
difficilement réfutable : que notre pays assure l’accès aux
soins pour tous les Rwandais atteints du sida, puisque
l’explosion de cette maladie a suivi les centaines de
milliers de viols qui ont accompagné le génocide. Si nous
y parvenons, nous n’aurons pas gaspillé notre énergie.
Un vœu encore pour la Côte d’Ivoire, que les passions
trop échauffées menacent à nouveau du pire : que se
manifestent assez d’Ivoiriens de cœur et de raison pour
enrayer les engrenages de la haine !
1. Voir http://www.enquete-citoyenne-rwanda.org

François-Xavier Verschave

SALVES
Côte d’Ivoire : Le pire et le meilleur
frappent à la porte
Les aiguilles du baromètre sociopolitique de la Côte d’ivoire oscillent
ces derniers jours à un rythme qui
donne le tournis. Le pays se réveille le
matin, bercé par les belles intentions
de paix de Gbagbo et de Soro et s’endort le soir, angoissé, après l’annonce
d’une marche imminente des “jeunes
patriotes” pour “libérer Bouaké”. En

arrière fond de la symphonie des voies
officielles des deux camps chantant
l’hymne à la paix, les seconds
couteaux sont chargés, en voix off, de
l’invective contre l’ennemi (l’exemple
de la partition jouée dans cette optique
par Mamadou Koulibaly, président de
l’Assemblée nationale ivoirienne, est
assez éloquente). Mais au-delà des
mots de paix et de guerre, qui se
bousculent et se neutralisent dans une

cacophonie tragique et rocambolesque
à la fois, que nous révèlent les faits ?
Dans le registre du pire, les
exemples sont légion : une vingtaine
de morts, une vague d’arrestations
dans les quartiers à forte concentration
d’immigrés d’Abidjan, la descente
continue de l’économie ivoirienne aux
enfers, la foule toujours plus
nombreuse des personnes déplacées
fuyant la guerre (dont la reprise est
chaque jour annoncée) et les

Billets d’Afrique et d’ailleurs
pogroms. Quant aux signes palpables
de paix, on trouve pour l’instant un
seul
cas
significatif :
le
prédésarmement des belligérants qui a
enfin officiellement commencé, se
poursuit sous les auspices et la
vigilance du Groupe de Suivi composé
des forces de Licorne, de la CEDEAO,
des FANCI et des Forces Nouvelles.
Ce processus reste encore timide
voire incertain à en croire une certaine
1
qui soupçonne les “expresse
rebelles” de déplacer de leurs “QG des
zones assiégées” les armes lourdes
vers leurs bases arrières au Mali et au
Burkina. Néanmoins, bien qu’encore
fragile, c’est à cette bouée de
sauvetage
que
veulent
bien
s’accrocher tous ceux qui croient
aujourd’hui à une sortie non violente
de cette guerre larvée qui mine toute
la sous-région ouest africaine. Les
ballets diplomatiques des émissaires
internationaux qui se sont multipliés
ces derniers temps sont à saluer, de
même que les dynamiques de paix
que tentent d’impulser les ONG de
défense des droits humains. Il est à
craindre cependant que toutes ces
initiatives restent vaines si les
premiers concernés, à savoir les
protagonistes ivoiriens, ne s’impliquent
pas
davantage
(au
delà
des
incessantes professions de foi) pour
faire pencher la balance en faveur de
la paix. Car pour l’instant, dans chaque
camp, force est de constater que ce
sont ceux qui ne veulent pas de la paix
qui donnent le la : ils disposent des
médias, des moyens divers pour
parader, organiser des casses de
banque, prendre d’assaut de lieux
publics symboliques, provoquer les
forces d’interposition, etc . Tout ceci
sous le regard bienveillant, et dans
certains cas avec la complicité, de
leurs chefs de file respectifs.
Le pire et le meilleur frappent aux
portes de la Côte d’Ivoire. À qui les
Ivoiriens
ouvriront-ils ?
Aux
incendiaires d'
une certaine Côte
d’Ivoire “d’en haut” ?
Survie, pour sa part, a choisi dès le
déclenchement de cette crise, en
coalition avec de nombreuses forces
citoyennes
de
l’Hexagone,
de
“prévenir le pire” et d’agir pour
favoriser l’avènement d’une véritable
réconciliation. Nous continuerons,
malgré les nombreuses incertitudes de
l’heure, à maintenir ce cap, faisant
confiance à celles et ceux qui, en Côte
d'
Ivoire, parient quotidiennement sur le
meilleur.
1. Cf. le journal ivoirien Le Temps, 06/12.

Barril à Brazza
Dans sa livraison du 20 novembre,
La Lettre du Continent annonçait le
présence du capitaine Paul Barril à

N° 121 - Janvier 2004 p. 2
Brazzaville, où il allait « travailler pour
le président congolais ». Depuis lors,
diverses sources confirment l’information. Le capitaine serait chargé
d’assurer la sécurité du Président. Il a
été engagé par Jean-Dominique
Okemba, conseiller spécial du chef de
l’État, secrétaire général du Conseil
national de Sécurité. Ce dernier, non
dépourvu d’ambition semble-t-il, a
peut-être aussi besoin de sécurité.
Quoi qu’il en soit, qui dit Barril, dit
généralement
baril
de
poudre.
L’Afrique en a fait l’expérience. Quand
la France cessera-t-elle d’y exporter
des produits toxiques ? [SC]
Re-Barril
1

Entre Sassou III et son gendre
Omar Bongo, il y a le non-dit de la
bataille pour le leadership dans la
sous-région Afrique centrale.
En effet, Sassou Nguesso a toujours
cherché à s’affranchir de la tutelle de
son
homologue
gabonais
contrairement à son prédécesseur,
Pascal Lissouba, qui était “pieds et
mains liés” face à Bongo. Ce dernier
en est même arrivé à lui déléguer
comme trader du pétrole congolais à
Londres son propre conseiller aux
hydrocarbures, le très discret béninogabonais Samuel Dossou Aworet. Un
coup dur pour la souveraineté du
Congo ! Ce qui aurait fait dire à
Pascal Lissouba, selon son entourage
aujourd’hui en exil, qu’« en fait Bongo,
via Dossou, n’aurait pas eu un
comportement très catholique avec les
barils de pétrole du Congo ».
S’occupant à l’époque de la sécurité
du président Lissouba, Paul Barril
aurait été mis au parfum de ces faits
par son employeur.
Mais le 15 octobre 1997, Sassou
Nguesso,
avec
l’aide
d’armées
extérieures et de la France, chasse
Lissouba du pouvoir et s’y installe.
Dans l’euphorie de ce retour sanglant
au pouvoir, il limoge tous azimuts.
Samuel Dossou en fera les frais lui
aussi, avec tant d’autres. « Le Congo
2
commercialisera sa part de brut sans
l’aide extérieure », tonne-t-on à
Brazzaville. Pour ce faire, la Société
nationale des pétroles du Congo
(SNPC) est mise sur pied. Et avec elle
vont
commencer
les
nouveaux
déboires financiers du pays.
Parallèlement à cela, toujours dans
sa volonté d’affranchissement de la
tutelle de son gendre Bongo,
Sassou III a créé, à l’image de ce
dernier, sa propre loge maçonnique
(une excroissance locale de la GLNF)
dont il est “le vrai maître à bord”.
Le recrutement du soldat Barril
(LdC, 20/11) dans le dispositif de
sécurité de Sassou III participerait
aussi au souci de “l’homme fort de
Brazzaville” de tenir en respect son

homologue gabonais. Selon nos sources, Sassou III profiterait à cet égard
d’une arme détenue par Paul Barril :
des informations gênantes sur les
marchandages du pétrole congolais
que réalisait Bongo via son conseiller
aux hydrocarbures Samuel Dossou.
Ce chantage, s’il en est un, ouvre un
énième front pour Omar Bongo. En
effet, son régime essuie en ce moment
de sérieux revers. Tenu par un
système de corruption à vaste échelle,
il voit depuis un moment sa capacité
de redistribution prébendière (sa ligne
de stabilité et de survie) s’amenuiser à
cause du déclin de sa production
pétrolière. Le FMI boude ce régime
pour absence de transparence dans la
gestion des deniers publics. L’avenir
de ce pays rentier s’assombrit de plus
en plus. Du coup, l’influence du “doyen
Omar” est mise à mal. Son épouse,
fille aînée de Sassou, rêve d’une
carrière politique au pays de papa
(LdC, 04/12). Mesure de précaution
avant le naufrage du navire Gabon ?
Le lâchage du soldat Bongo serait-il
déjà programmé en Françafrique ? De
nouveaux “émirs pétroliers” de la sousrégion, les présidents équato-guinéen
et tchadien, Teodoro Obiang et Idriss
Déby sont déjà dans les starking
blocks…
Dans tous les cas, le retour de Paul
Barril au Congo-B promet des rebondissements. [CL]
1. Denis Sassou Nguesso déguisé en
président “démocratiquement élu”, en 2002,
après le Sassou dictateur et le Sassou
putschiste.
2. Obtenue grâce au contrat de partage de
production désormais en vigueur depuis
1994.

Ben Ali-Chirac : un coût de vieux
En choisissant de badiner sur les
droits de l’Homme en Tunisie (cf. p. 3,
8) et de flatter la tyrannie de Ben Ali,
qui nourrit si bien son homme,
Jacques Chirac a choqué le monde
entier. Se rend-il compte que
l’affichage avec un dictateur peut être
passé de mode ? Conseillons lui de
méditer sur l’air du temps avant
d’accorder de prochaines accolades à
certains de ses amis : elles seront de
plus en plus coûteuses pour son
image dans l’opinion. Il n’est pas sûr
qu’il puisse encore longtemps relever
le crédit de ces drôles de clients en
épuisant le sien. [PC]
Chirac veille-t-il bien sur
les billets de Biya ?
Dans un écho de la Case à
devinettes de La Lettre du continent
(04/12), intitulé Un missi dominici
camerounais à la valise pleine, on peut
lire : « Quel est l’envoyé spécial

Billets d’Afrique et d’ailleurs
camerounais qui s’est fait arrêter fin
octobre à Roissy avec 2 milliards de
FCFA en devises et n’a pu être délivré
que par le directeur de cabinet civil de
la Présidence ? » En bon latin le
missus dominicus est « l’envoyé du
maître ». Si on comprend bien, ce
seraient donc Biya et sa femme qui
feraient
partir
depuis
quelques
semaines des valises énormes de
devises notamment vers la France, au
rythme de deux fois par mois, soit des
montants totaux estimés à 6 milliards
de FCFA (près de 10 millions d’euros),
en direction, entre autres, de la BNPParibas et du Crédit Lyonnais. Si c’est
vrai, on se demande comment toutes
ces espèces peuvent bien ne pas
allumer les signaux anti-blanchiment.
Dans le même numéro de La Lettre
du Continent, on apprend qu’« entre
les annulations de dettes, les
redevances du pipe-line Doba-Kribi et
les fonds du sida, le Cameroun ne va
bientôt plus savoir quoi faire des
tombereaux de millions de dollars qui
se déversent sur sa tête (ou plutôt
celle de la nomenklatura) ». Ceci
expliquerait donc le regain d’activité du
pipe-line à sous Yaoundé-Paris.
À la suite des malencontreuses
déclarations de Chirac à Tunis (cf.
p. 8), Alain Duhamel publie, dans la
rubrique Rebonds de Libération
(10/12), un article intitulé Chirac, notre
Houphouët, où il se livre à une
comparaison filée, un tantinet forcée. Il
affirme notamment que « La doctrine
Chirac pour l’Afrique, c’est le
développement en deux temps,
économique d’abord, politique plus
tard. » Si seulement c’était cela ! À la
lumière de l’histoire, on peut dire que
la doctrine des présidents français
depuis cinquante ans pour l’Afrique est
d’une évidence aveuglante, c’est « pas
de développement du tout » et « à
nous
les
valises ! ».
Comment
expliquer autrement que, après trente
ans de rente pétrolière, qui aurait dû
les hisser au niveau de vie des
habitants de Dubaï, la très grande
majorité des 1 200 000 habitants du
Gabon vivent dans la pauvreté ?
Comment expliquer la misère publique
des États pétroliers du golfe de
Guinée ? Où est passé l’argent ? Mais
dans les valises bien sûr ! [OT]
Heureux élus
L’Agence djiboutienne d’information
er
(ADI) nous apprend le 1 décembre
que s’ouvre « un séminaire de formation de 4 jours sur le travail législatif à
l’intention des parlementaires djiboutiens. Ce séminaire de renforcement
des capacités des élus du peuple, qui
est financé par le PNUD à hauteur de
150 000 dollars US, sera dispensé par
deux éminents représentants de l’As-

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semblée Nationale française : M. Yves
Coussain (député) et M. Bruno Bass
(administrateur). »
Cent cinquante mille dollars pour huit
journées d’intervention, cela fait un joli
coussin de billets verts (15 000 euros
par jour), et sans doute de belles commissions, observe le site de l’observatoire de la situation des droits de
l’Homme à Djibouti (ARDHD). Mais il
s’agit, selon l’ADI, « d’aider les parlementaires [djiboutiens] à connaître et utiliser les outils et mécanismes formels
et informels du travail parlementaire ».
Va donc pour l’informel, même si cela
ne renforcera pas la réputation de rigueur du Programme des Nations
unies pour le Développement! De toute
façon, le Parlement djiboutien 100 %
UMP (Union pour la majorité présidentielle, pro-Guelleh), fruit de la fraude
électorale, ne peut que suivre l’exemple
présidentiel : mettre le maximum d’argent dans les circuits “informels”.
Quant au député français Yves Coussain, il voit sans doute récompensé
son ralliement de l’UDF à l’UMP ! UMP
ici, UMP là-bas, « France à fric » partout. [FXV]
Affaire Borrel :
information tronquée
TF1 a diffusé, lors de l’émission
Sept à huit du 30 novembre, un
reportage pour le moins tendancieux
sur l’affaire Borrel. On a longuement
insisté sur les arguments pour la thèse
du suicide, donné très brièvement la
parole à Mme Borrel et surtout
totalement omis de mentionner les
conclusions de la dernière autopsie,
dont la presse venait de se faire l’écho
et qui réduisent à néant la thèse officielle. Le grand public n’a pas dû comprendre pourquoi on faisait tant de foin
pour une histoire aussi simple, mais ce
n’est pas ce qu’on lui demande.
Le site de l’observatoire de la
situation des droits de l’Homme à
Djibouti (ARDHD) décortique cette
mascarade audiovisuelle.

(www.ardhd.org/affinfo.asp ?articleID=2379)

Il suppose que TF1, en l’occurrence,
s’est mise gracieusement au service
de
la
politique
franco-africaine.
Laquelle voudrait « s’attirer les bonnes
grâces du Président mafieux et sanguinaire [Ismail Omar Guelleh], afin de
retarder le moment qui nous semble
inéluctable où nos forces pourraient
être mises à la porte de Djibouti, au
profit des Américains restant seuls
maîtres du terrain et n’ayant aucun
état d’âme concernant l’assassinat
d’un juge français en mission. ça serait
quand même bien affligeant d’apprendre un jour que nos dirigeants ont
sacrifié la mémoire d’un juge pour
gagner quelques mois de présence à
Djibouti, en soutenant un dictateur
connu pour sa cruauté, son enri-

chissement personnel et son asservissement du peuple djiboutien. » [OT]
Néocolonialisme à la Martinique
La Martinique fut l’une des premières
colonies esclavagistes françaises, il y
a plus de trois siècles. C’est aujourd’hui un département français, où
théoriquement tous les citoyens sont
libres et égaux en dignité et en droit.
Les descendants des esclaves, y compris métissés, forment l’écrasante majorité de la population. Mais la petite
communauté non métissée des descendants des esclavagistes, les békés
(à peine 1 % des 400 000 habitants),
contrôle encore la majeure partie de
l’économie de l’île, notamment les
juteux secteurs de l’importation, dans
une ambiance de néocolonie rentière.
Entendons-nous bien : ces Blancs-là
sont aussi égaux en droit, et l’on pourrait oublier les généalogies contraintes
dans une société de toutes les couleurs. Mais c’est impossible si ce petit
groupe verrouille sans vergogne d’effarants privilèges économiques.
Car cette suprématie n’est pas qu’une
situation de fait : le calvaire sociojudiciaire vécu pendant vingt ans par
un entrepreneur de couleur, Félix
Jean-François, illustre à satiété les
mille et une manières dont la justice
locale se met au service de l’« ordre
1
établi » . Les magistrats békés, ou
métropolitains, ou compromis, veillent
à ce qu’aucune activité rentable ne
reste entre les mains d’un non-béké :
soit il doit la céder à vil prix, soit un
béké crée une société similaire et on
étouffe par tous les moyens la société
initiatrice. Avec la bénédiction de la
majorité des médias locaux, sous
influence.
L’affaire Jean-François a atteint un
tel degré d’iniquité qu’elle a fini par
mobiliser, autour de rares avocats
“résistants”, un noyau de Martiniquais
résolus à ne plus laisser se perpétuer
ces mécanismes de domination – un
système totalement soutenu par la
Chiraquie, qui a là-bas de vieilles attaches. Première victoire : plusieurs procès, où la magistrature locale n’était
manifestement pas impartiale, ont été
dépaysés à Paris. Reste à savoir s’il
existe encore assez de justice républicaine en France pour contrer les
mœurs bananières de notre outremer... [FXV]
1. Cf. Pierre-Henry de la Reydiargues, Institution judiciaire hors-la-loi à la Martinique.
L’affaire Jet Aviation Services, ADPA Éditions, 2003.

D’Esnon !
L’inventif Jérôme Grand d’Esnon,
emploi fictif, conseiller électoral de
Jacques Chirac, multiplicateur de voix
fictives en faveur du général Idriss
Déby lors de la parodie d’élection qui

Billets d’Afrique et d’ailleurs
sacra « démocratiquement », en 1996,
une terrifiante dictature françafricaine,
fait à nouveau parler de lui. Promu
directeur des Affaires juridiques au ministère des Finances, il y applique sa
conception minimaliste du droit en sabotant consciencieusement les gardefous anti-corruption dans les marchés
publics.
Et, pour permettre au parti chiraquien UMP de crever sans en avoir
l’air le plafond des dépenses électorales, il a inventé les meetings fictifs : il
a « convaincu la direction du parti de
tenir à travers la France et d’ici aux
régionales une centaine de meetings
[…] camouflés en d’innocentes réunions publiques. » (Le Canard enchaîné,
10/12). C’est ainsi en Françafrique : la
fiction n’a pas de limites, et la réalité
dépasse la fiction. [FXV]
Savoir se vendre
Le groupe Total a bien des difficultés
à nous vendre l’image d’une entreprise
qui ne soit pas trop compromise avec
la dictature qui a rebaptisé son pays
« Myanmar ». Plus les pratiques sont
indéfendables, plus cela coûte de se
procurer une brosse à reluire perçue
comme indépendante par l’opinion. Il
reste encore quelques personnalités à
acheter par les spécialistes ès
communication françafricaine, comme
un Fodé Sylla pour valider la
“réélection” d’Eyadéma au Togo.
Pour la modique somme de 25 000
euros (selon Le Monde du 12/12),
Total s’est payé les services d’une
mission d’observation de quelques
jours de BK Conseil, qui a remis son
rapport le 29 septembre. “BK”, comme
Bernard Kouchner, au panthéon de
la popularité des hommes politiques,
aujourd’hui presque unanimement
contesté par les associations de
1
défense des droits de l’Homme . Le
sabir de son rapport est truffé
d’amalgames, de faux débats, de
réponses à des accusations qui n’ont
jamais été formulées, etc. Objectif :
jeter un nuage de fumée sur des
compromissions inadmissibles avec la
narcojunte birmane.
Le French Doctor nous fournit une
illustration de son “malaise” après une
telle énormité en répondant à la
question de Laure Gnagbé (Nouvel
Obs.com, 10/12) : « Mais comment
expliquez-vous que Total se soit
adressé à l’un de ses premiers
détracteurs pour effectuer une telle
enquête ? ». La réponse se passe de
commentaires : « Mais parce que je ne
suis pas mauvais ! Je connais mon
travail et suis reconnu pour ça. Avant,
j’accusais Total, comme tout le monde,
mais je n’étais pas au courant de la
réalité sur le terrain. Et, aujourd’hui, je

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n’ai pas peur de dire que je me suis
trompé. C’est tout. [...] Quant à cette
histoire de liens avec la juge
d’instruction chargée du dossier Total,
c’est ubuesque. Je n’étais évidemment
pas au courant qu’elle travaillait làdessus. Une de mes anciennes
collaboratrice est juge, ce n’est pas un
crime, tout de même ! » [PC]
1. La FIDH a diffusé sur sa liste de
courriers électroniques une analyse très
complète de ce rapport (15/12). Extraits :
« La FIDH a pris connaissance avec
consternation du rapport rédigé par Bernard
Kouchner Conseil [...] La méthodologie
suivie par BK Conseil ne respecte [...
aucune des deux] règles de base [...
indépendance et impartialité]. La FIDH
rappelle qu’il est reproché à Total :
– D’avoir occasionné des déplacements de
populations et d’avoir forcé à l’exil des
centaines de villageois
– D’avoir bénéficié du travail forcé pratiqué
par l’armée birmane qui s’est livrée à une
militarisation complète de la zone – et
d’avoir continué à en bénéficier même
après avoir pris connaissance des
exactions commises par l’armée
– De fournir un soutien logistique et militaire
à l’armée birmane, en outre de lui apporter
une caution morale, politique et financière.
[...] La FIDH estime que, plutôt que de
payer régulièrement des consultants à venir
en visite guidée sur le site, Total gagnerait
en crédibilité si ses dirigeants autorisaient
des enquêteurs effectivement indépendants
à se rendre sur le chantier. »

Barbichettes
Le procureur de Pau a avoué « être
dans l’incapacité d’indiquer la date d’un
éventuel procès » de l’affaire Destrade,
dont l’instruction est bouclée (26 tomes,
48 mis en examen), « car le parquet et
le tribunal connaissent des problèmes
d’effectifs » (Le Monde, 13/12). Pendant
ce temps, la justice française trouve le
temps d’annuler pour prescription une
bonne partie de l’affaire des emplois
fictifs de la Mairie de Paris – de quoi
réjouir, entre autres Michel Roussin et
Jacques Chirac. La doctrine est la
même : fermons les yeux sur les dévoiements des ressources humaines
et financières en principe affectées au
service public, et on n’aura plus les
moyens de ce service. Sauf pour
absoudre en catimini les tricheurs.
Admirable cercle vicieux.
Il n’échappera pas aux connaisseurs
que l’affaire Destrade (du nom d’un
ancien député PS), un racket de 135
millions de francs sur l’implantation de
grandes surfaces commerciales, inquiétait surtout la gauche – via Richard
Moatti, proche ami de Lionel Jospin, et
un certain Gérard Peybernès, financier
du PS, également impliqué dans le
partage des rackets milliardaires sur
les marchés parisiens et franciliens.

Derrière Michel Roussin. À Paris (et
ailleurs), la droite et la gauche se
tiennent par la barbichette. L’affaire
Destrade avait été un temps réactivée
fin 2001, durant la campagne présidentielle… Mais la paix des barbichettes
est tôt revenue, entre leaders rasés de
frais.
Ainsi le PS a attendu le dernier
moment, et une pression médiatique
insoutenable, pour attaquer Chirac sur
la protection de François Pinault dans
l’affaire Executive Life. Or il s’agit d’un
dossier particulièrement scandaleux
(que nous n’avons cessé d’évoquer
depuis plusieurs mois) : le chef de
l’État a longtemps préféré risquer de
perdre des milliards d’euros d’argent
public plutôt que de contraindre son
ami Pinault à allonger quelques dizaines de millions de dollars d’amendes à
la justice californienne.
Pinault a bâti une fortune de plus de
dix milliards d’euros à l’ombre des
connivences politico-financières chira1
quiennes – un système de renvois
d’ascenseurs, avec arrêts privilégiés
dans les paradis fiscaux.
Comme de coutume, une certaine
gauche n’a pas été délaissée. On a pu
observer plusieurs migrations entre
l’état-major du groupe Pinault et l’écurie Fabius. Lequel, ministre de l’Économie en 2001, a accordé une énorme
amnistie fiscale à François Pinault…
Gageons que le parti chiraquien et
cette gauche si attentive au portefeuille des milliardaires ne chercheront
pas de poux aux activités françafricaines de Pinault, dans la distribution
et le bois. Ni chez quelque autre
groupe françafricain…
Comme il est signalé par ailleurs,
même le plus populaire des représentants de cette gauche “responsable”,
Bernard Kouchner, a éprouvé le besoin de venir redorer la réputation du
pétrolier Total. Les vrais clivages ressortent plus nettement : le refus de la
complaisance envers les dictatures et
l’argent sale des paradis fiscaux.
Débarqué du Monde, Daniel Schneidermann se fait un plaisir d’expliquer
dans Libération (12/12) de quel côté se
situe son ancien patron, Jean-Marie
Colombani. Le quotidien du soir a mené la propagande de François Pinault
en omettant de rappeler que le milliardaire contrôlait indirectement une partie de son capital et avait pour éminent
conseiller Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde. Moyennant quoi François Pinault n’était pas
coupable de ce dont l’accusaient les
magistrats californiens, mais plutôt victime d’un « racket ».
Chirac le protège-t-il ? « Faisons-lui
ce crédit, il protège avant tout les ./...
1. Nous restons polis. Libération titre, le
05/12 : Une affaire tout en relations incestueuses.

Billets d’Afrique et d’ailleurs

N° 121 - Janvier 2004 p. 5

Il y a dix ans au Rwanda (une année de chronique)

Rwanda : la face cassée de la République (V)
Janvier 1994 : « Peux ce que veux. Allons-y. »
par Sharon Courtoux
Chronologie du mois de janvier 1994 1, extraits :
« - 3 janvier : les troupes belges de la MINUAR […]
saisirent un stock caché d’armes, de munitions et
d’explosifs, qu’ils restituèrent ensuite à l’armée rwandaise
à laquelle il aurait appartenu.
- 4 janvier : l’ambassadeur de Belgique à Kigali
rappelait à son ministère des Affaires étrangères que les
partisans du Président distribuaient des armes.
- 8 janvier : lors d’une manifestation violente des
Interahamwe, à laquelle participèrent le sous-préfet de
Kigali et des soldats de la Garde présidentielle en civil, la
gendarmerie ne fit rien pour intervenir. […] Les services
de renseignement belges firent état d’une réunion qui
s’était tenue le 7 janvier au siège du MRND 2 et qui
rassemblait Mathieu Ngirumpatse, président de ce
mouvement, Augustin Bizimana, ministre de la Défense,
Nsabimana, chef d’état major, Augistin Ndindilimana,
major de la gendarmerie, Robert Kabuga, président des
Interhamwe, ainsi que des agents de la police secrète
(SCR). Suite au raid de la MINUAR cinq jours auparavant
et pour éviter d’autres pertes, ils décidèrent de stocker les
armes au domicile des officiers fidèles au MRND, où les
propriétaires viendraient les récupérer en cas de besoin.
- 10 janvier : des officiers belges de la MINUAR
rencontrèrent un informateur du nom de Jean-Pierre, un
commandant des Interahamwe, qui leur proposa de leur
montrer une cache d’armes […]. Il raconta que les forces
armées rwandaises fournissaient ces armes aux milices,
de même qu’elles les entraînaient.
- 11 janvier : dans un télégramme codé adressé au
général Maurice Baril au Département des opérations de
maintien de la paix à New York, le général Dallaire 3
transmit les informations recueillies la veille auprès de
Jean-Pierre. Il signala que, selon son informateur, les Interahamwe avaient formé 1 700 hommes depuis l’arrivée
de la MINUAR, dont trois cents miliciens en sessions de
trois semaines dans des camps de l’armée rwandaise.
[…] Jean-Pierre déclara qu’il avait cru que les Interahamwe devaient défendre Kigali contre le FPR. Or […], ses
supérieurs lui avaient ordonné de dresser des listes de
tous les Tutsi de Kigali, ce qui l’avait convaincu que les
Interahamwe allaient être utilisés dans un autre but. […]
Jean-Pierre estimait que les hommes qu’il avait formés
[…] pouvaient tuer jusqu’à mille Tutsi en vingt minutes. »
Ayant vérifié l’indication sur la cache d’armes, le
général Dallaire demande une protection pour JeanPierre 4 et informe New York de son intention de saisir les
armes qui s’y trouvent bel et bien. Il conclut son
messages en ces termes : « Peux ce que veux. Allonsy. » De ce que Dallaire pourrait et voudrait, il n’en sera
rien. Le 12 janvier, New York refuse de protéger JeanPierre (la France, à son tour, refusera de lui donner asile).
La réponse onusienne, affirmant que le mandat de la
MINUAR n’autorise pas la saisie, donne ordre à Dallaire
de discuter de la question avec le président rwandais,
Juvénal Habyarimana, et d’en informer les ambassadeurs
de Belgique, de France et des États-Unis. Roméo
Dallaire et Jean-Jacques Booh-Booh 5 exécutent les
ordres reçus. Ils informent l’ONU que les trois
ambassadeurs demanderont des instructions à leurs pays

respectifs. Puis ils rencontrent le Président rwandais, qui
prétend tout ignorer des activités des milices.
Extraits, suite :
« - 14 janvier : les ambassadeurs de Belgique et des
États-Unis accompagnés du chargé d’affaires français
rendirent visite à Habyarimana pour l’encourager à
appliquer les Accords d’Arusha. Le Secrétaire général [de
l’ONU] avait demandé à ces diplomates d’insister sur
l’urgence d’une action qui tienne compte des informations
contenues dans le télégramme du 11 janvier. Or, aucun
échange précis n’eut lieu à ce sujet, le chargé d’affaires
français s’y étant apparemment opposé. »
« S’agissant du fax que le Général Roméo Dallaire
aurait adressé aux Nations Unies pour signaler les
risques de génocide, M. Jean-Michel Marlaud
[ambassadeur de France au Rwanda], a signalé que le 12
janvier 1994 le chargé d’affaires de son ambassade avait
envoyé un télégramme à Paris, intitulé : “Menace de
guerre civile”, dans lequel il rendait compte d’un entretien
avec les ambassadeurs des États-Unis et de Belgique
ainsi qu’avec M. Jacques-Roger Booh-Booh ».6 [Ainsi, les
craintes de Dallaire (« risques de génocide ») changent de
nature : elles deviennent une « menace de guerre civile ».]

« Ces informations ne constituaient qu’un élément de
plus dans la longue succession des alertes dont
l’ambassade était saisie concernant, un jour, la reprise de
l’offensive par le FPR et, le lendemain, le début d’un
massacre. »6 [Et pourtant, comme l’écrit Alison Des Forges 7 :
« Compte tenu de ses liens étroits avec Habyarimana et les
hauts responsables politiques rwandais ainsi que de l’existence
de ses opérations secrètes de renseignement, la France était
certainement au courant des préparatifs de tueries des Tutsi et
des opposants au Hutu Power. » Comment interpréter le peu
d’intérêt de l’ambassadeur Marlaud pour cette “alerte” particulière ? Qu’est-ce qui autorisait, ou qui lui dictait cette “cécité” ?]

Extraits suite :
« - 21-22 janvier : un DC-8 français transportant un
chargement d’armes comprenant 90 caisses de mortiers
de 60 mm, de facture belge mais provenant de France,
atterrit en secret dans la nuit. La MINUAR, qui découvrit
ce chargement violant les Accords d’Arusha, plaça les
armes sous la garde conjointe de la MINUAR et de
l’armée rwandaise.
- Fin janvier : selon une source confidentielle, un
analyste des services de renseignement américains
donna une estimation des pertes potentielles en vies
humaines, en cas de recrudescence des affrontements
au Rwanda. Celui-ci aurait décrit trois scénarios
possibles, dont le pire prévoyait la mort de 500 000
personnes. » [Il faudra multiplier par deux.]
1. Aucun témoin ne doit survivre (Human Rights Watch, FIDH.
Karthala 1999, p. 176).
2. Mouvement républicain national pour le développement et la
démocratie, parti du Président rwandais.
3. Commandant de la force de maintien de la paix de l’ONU au Rwanda.
4. Ce dernier exigeant des Nations unies qu’elles garantissent sa
protection avant de fournir d’autres renseignements.
5. Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, chargé des
problèmes politiques au Rwanda.
6. Audition de J.M. Marlaud, Rapport de la mission parlementaire, Enquête sur la tragédie rwandaise (Tome III, audit. : vol. I, p. 293, 1998).
7. Aucun témoin..., (op. cit., p. 205). Nous recommandons cet ouvrage.

Billets d’Afrique et d’ailleurs
intérêts français », dixit Colombani
dans son éditorial sur RTL. Ce serait
bien la première fois qu’il oublierait le
reste ! [FXV]
RIF : les eaux troubles du non-droit
En partenariat avec Attac et BPEM
(Biens publics à l’échelle mondiale),
Agir ici mène jusqu’en mars 2004 une
campagne intitulée Trafics en mer :
Marins en galère ! Campagne pour en
finir avec les pavillons de complaisance. La campagne vise à plus de
1
sécurité et de droits pour les marins ,
ainsi qu’à prévenir les futurs
naufrages, notamment par la ratification des conventions internationales
allant en ce sens ; elle demande également une réforme de l’Organisation
maritime internationale (OMI).
Ces associations dénoncent au
passage le projet français, adopté par
le Sénat le 11 décembre, créant un
statut de « véritable pavillon de
complaisance français : le Registre
international français (RIF). Cette
proposition de loi cherche en effet à
remplacer le pavillon-bis français
TAAF (des Kerguelen) par un nouveau
système qui balaie en quelques pages
toutes les composantes essentielles
du contrat social français.» (communiqué, 10/12). Un sujet si brûlant méritait
le court-circuit par le Sénat des
concertations parlementaires auxquelles s’attachent les démocraties : une
modification essentielle du texte
(article 3) n’a été rendue publique que
la veille du délai de clôture des
amendements !
Le tout pour permettre aux
armateurs français de nager en toute
légalité dans les eaux troubles du nondroit, allant chercher la main d’œuvre
la moins protégée et la moins
onéreuse dans le monde. Le seuil de
35% de Français à bord, permis
depuis 1987 grâce au “pavillon bis” de
Kerguelen,
était-il
encore
si
contraignant ? [PC]
1. Le cas extrême des marins abandonnés,
sans possibilité de rentrer chez eux, est
traité dans le film de Claire Devers Les
marins perdus (2001), sorti récemment au
cinéma.

N° 121 - Janvier 2004 p. 6
L’« intouchable » Marchiani
L’épouse d’un homme d’affaires français a expliqué au juge d’instruction
Philippe Courroye, qui instruit les gigantesques trafics et escroqueries de
l’Angolagate, que Jean-Charles Marchiani, le superbarbouze pasquaïen,
s’était vanté de « pouvoir tout régler »
et qu’il était « intouchable ».
« L’histoire semble lui donner raison »,
conclut Libération (27/11), puisque la
commission juridique du Parlement
européen a, pour la troisième fois,
refusé la levée de l’immunité parlementaire de celui qui est présumé
avoir « profité » de quelque 5,5 millions d’euros de « détournements ».
C’est du moins la somme des dérives
que le juge estime avoir établies, et qui
ne portent que sur une petite partie de
l’activité du personnage.
Le rapporteur de la commission,
l’eurodéputé démocrate-chrétien allemand Klaus-Heiner Lehne, renverse
même l’accusation : Marchiani serait
victime d’un complot de la justice française. Quand on connaît la carrière de
1
l’individu , ce retournement à de quoi
sidérer. Jean-Charles Marchiani reconnaît lui-même être sorti des voies
légales : de 1993 à 1995, il a bien, avec
Charles Pasqua « mené une diplomatie
parallèle pour remédier à l’incurie de
ceux qui en étaient alors chargés » (Le
Monde, 06/12) – les diplomates visés
n’étant autres qu’Alain Juppé et Dominique de Villepin…
Quant à l’eurodéputé Lehne, il s’est
beaucoup investi dans les relations
entre l’Europe, la Russie et le Maghreb. Ce n’est pas exactement le choix
de la transparence. [FXV]
1. Cf. F.X. Verschave, Noir Chirac, Les
arènes, 2002, p. 143-146.

Bons points
– Torturé quarante jours par les séides
de la junte militaire algérienne, Mehdi
e
Mosbah (assisté par M William Bourdon) a porté plainte contre le général
Larbi Belkheir, alors hospitalisé à l’hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce

– qui soigne plus souvent les commanditaires de tortures que leurs
victimes. De même, la famille de l’un
des sept moines français tués en 1996
e
à Tibehirine (assistée par M Patrick
Baudoin) et un religieux de leur ordre
ont porté plainte pour assassinat. Cela
contribuera peut-être à lever l’omertà
sur la criminalité abominable du régime algérien (voir Lire, n° 120), jusqu’ici
couverte par la Françalgérie.
– Pressée par les ONG et les scandales, la Banque mondiale a consenti
de demander l’avis d’une commission
indépendante (la Revue des industries
extractives) sur l’effet des financements
qu’elle consent aux investissements
houillers, pétroliers et gaziers. Nous
connaissions depuis longtemps les
désastres multiformes engendrés, mais
il est bon qu’ils soient portés directement à la connaissance de la
Banque. Le rapport de la Revue est
sans appel : « en l’absence de cadres
robustes » (c’est le plus souvent le cas
dans les ex-colonies), on assiste à une
exacerbation des conflits sociaux et
des violations des droits de l’Homme,
à la corruption des élites et la
multiplication des atteintes à l’environnement. (Libération, 11/03). Reste à
voir si la Banque pourra continuer de
faire semblant de ne pas savoir.

Fausse note
– Pourquoi la Deutsche Bank éprouvet-elle le besoin de fourguer à un État
richissime en or noir, la Guinée équatoriale, un prêt de 400 millions de dollars gagé sur le pétrole futur (LdC,
04/12) ? Le pétrole présent ne suffirait
pas ? L’on sait plutôt que ces préfinancements sont l’occasion de commissions et détournements gigantesques.
Et l’on ne s’étonne pas de retrouver,
“syndiqués” derrière la DB les banques
françaises Société Générale et
Natexis, goulues de ce genre d’aubaines.
(Achevé le 16/12/03)

ILS ONT DIT
Françafrique
« Les souvenirs que je garde du Tchad sont trop nombreux pour
que je puisse énumérer tout. [… Parmi les] souvenirs forts [… il y a]
les images de l’ouverture de la vanne du pétrole de Doba, […]
également la visite très chaleureuse [… du] président Chirac […]
qui a vraiment été incroyablement utile et fructueuse pour la suite
des relations tchado-françaises. […] La France est un partenaire
privilégié du Tchad. [… Les] relations sont très bonnes, plus que
bonnes même. […] La visite du président Chirac au Tchad et

celle du président Déby en France, il y quelques semaines, […]
sont la consécration de la qualité extrêmement grande des relations entre la France et le Tchad. Je crois que c’est un point
d’orgue. » (Jacques COURBIN, ex-ambassadeur de France à
N’Djaména, peu avant son départ le 23/10. Interview à l’hebdomadaire
tchadien Notre Temps du 21/10).
[Les relations sont d’autant meilleures que le Tchad s’enfonce dans une
dictature de plus en plus délirante, enivrée par le pétrole.]

Billets d’Afrique et d’ailleurs
« Q. – L’opposition et la société civile ont accusé la France d’avoir
cautionné le fraudes massives qui étaient à l’origine de l’élection de
Déby [en 2001]. Que répondez-vous ?
[…] La France n’a rien à voir avec ce qui s’est passé dans ces
élections. Le rôle de la France, c’est de mettre à la disposition du
processus électoral des avions, d’apporter un appui pour l’acheminement des urnes et des matériels pour le vote. Le reste, ça
concerne les Tchadiens. […] Que quelqu’un explique comment la
France sous une forme ou sous une autre a pu avoir une influence sur ce niveau de fraude quelconque d’une élection au
1
Tchad . J’aimerais bien que ceux qui le disent viennent me voir
et me disent que : “Moi j’ai les preuves que vous les Français,
vous avez aidé à ce que ces fraudes se produisent”. » [On notera
que l’ambassadeur ne conteste pas l’existence des fraudes].
1. Pour l’élection présidentielle de 1996, cf. l’abondance de faits exposés
dans Agir ici et Survie, Tchad, Niger. Escroqueries à la démocratie,
L’Harmattan, 1996.
Q. – Ce que l’opposition et la société civile reprochent à la France,
c’est d’avoir mis à la disposition du gouvernement tchadien des
moyens logistiques et matériels pour la tenue de ces élections alors
que l’Union européenne par exemple, qui les savait truquées
d’avance, avait refusé de les financer.
[…] C’est la première fois que j’entends ces affirmations selon

lesquelles la France se serait rendue complice de fraude parce
qu’elle a aidé le processus électoral. […]
Q. – Excellence, juste après la proclamation des résultats, le
président français a salué la « victoire » de Déby pendant que les
contestations fusaient de partout.
[…] Le président de la République n’a fait que respecter les
traditions républicaines. […] Des contestations, il y en a tout le

temps, en France également. Après les procédures constitutionnelles prévues, […] après l’épuisement des recours, le président
de la République envoie des lettres de félicitations au président
élu. Je ne vois rien d’anormal. » (Jacques COURBIN, ibidem).
[Autrement dit, la France aide, seule, à la réalisation d’une élection dont
elle sait, par ses Services, qu’elle va être truquée. Elle ne s’indigne pas
en constatant le truquage. Elle le laisse valider par une Cour constitutionnelle inféodée, désignée en vertu d’une Constitution qu’elle a plus
qu’aidé à rédiger. Et le président de la République française bénit le
résultat. C’est effectivement la « tradition » françafricaine, et ça s’appelle
« cautionner » l’élection frauduleuse d’un dictateur – n’en déplaise à Son
Excellence Courbin qui, au fil de l’interview, a validé presque toutes les
étapes de cette ingérence. – FXV]

« [Une] vaste structure géologique découverte [dans les eaux territoriales de la Côte d’Ivoire] pourrait receler des réserves de pétrole
atteignant 2 milliards de barils [300 millions de tonnes], ce qui en
ferait l’un des plus grands gisements d’Afrique de l’Ouest. » (Gene
VAN DYKE, PDG de la firme exploratrice Vanco Energy, dans Africa
News Report de l’ambassade US à Abidjan. Cité par LdC du 04/12).
[Ce pétrole-là ne va pas contribuer à éteindre les passions. Même la
Banque mondiale se voit contrainte de reconnaître la « malédiction des
ressources ».]

« Le problème de l’exploitation illégale des ressources naturelles
et du trafic d’armes en République démocratique du Congo
(RDC) continue encore aujourd’hui. […] Chaque partie ou faction
impliquée dans le processus de transition au Congo sait qu’il est
encore facile d’inonder le pays d’armes pour faire imploser cette
paix difficile et précaire. […] Ce sont essentiellement les multinationales qui nous ont attaqués […]. Quand nous mettions une
société à l’index, elles nous attaquaient. Quand nous leur apportions les preuves, elles disaient qu’elles étaient fausses. Quand
nous démontrions qu’elles étaient vraies, elle n’y croyaient toujours pas. […] Elles voulaient et veulent démontrer qu’elles ont
raison et leurs gouvernements les soutiennent. Plus d’une fois, il
nous est arrivé de devoir nous confronter sur deux fronts. »
(Mamoud KASSEM, président du groupe d’experts de l’ONU chargé
par le Conseil de Sécurité d’enquêter sur le pillage des ressources
naturelles dans l’ex-Zaïre. Interview à Il Manifesto, 06/12).
[Une fois de plus, il s’avère que le pillage n’est pas qu’économique. Tous

N° 121 - Janvier 2004 p. 7
ceux qui pillent, multinationales en tête, ont besoin du soutien des
gouvernements de leurs sièges. Ce sont en partie les mêmes gouvernements qui ont mandaté le comité d’experts présidés par Mamoud
Kassem, et qui ne se pressent pas de prendre en compte les résultats de
ses travaux. À noter que le Conseil de sécurité a tenu à garder secrète la
partie la plus intéressante du rapport des experts. – FXV]

« Je viens de vivre un cauchemar au Cameroun. Ailleurs en
Afrique, nous nous sommes établis sans véritable problème.
Depuis 20 ans que ce réseau des universités existe, on n’a pas vu
ça. Trop d’atermoiements, trop de procédures et humiliations et
finalement une diffamation qui fait de nous des hors la loi alors que
le cadre juridique n’est pas entièrement en place pour les
universités privées au Cameroun. […] Pour toutes ces raisons,
nous avons décidé de quitter le Cameroun. Nous fermons et
renonçons au projet que nous avions de faire du Cameroun un
pôle principal pour l’Afrique centrale. » (Fayçal GHISSASSI,

président fondateur du groupe HECI – Hautes études canadiennes et
internationales –, le 28/11 à Yaoundé. Cité par le journal camerounais
Mutations du 01/12).
[Ces propos illustrent les difficultés rencontrées par les institutions
privées d’enseignement supérieur, dont on redoute qu’elles ne
deviennent des lieux de réflexion et de formation indépendants du
pouvoir en face d’un secteur public universitaire sinistré, miné par la
corruption portant sur le recrutement et les diplômes. Ajoutons que les
rejetons de la classe dirigeante font eux leurs études en France, en
Europe ou aux États-Unis. – OT]

« J’ai appris par votre journal que j’aurais bénéficié d’une faveur de
l’administration fiscale, ce qu’a formellement démenti le ministre
du Budget. Je n’ai bénéficié d’aucune faveur. J’ai adressé à l’administration mes observations en réplique à ses notifications de
redressement. J’ai fait observer :
1. que je n’avais jamais perçu les commissions ou honoraires
qu’elle prétendait réintégrer dans mon revenu ;
2. que des éléments provenant soi-disant de procédures pénales
auxquelles j’étais totalement étranger ne pouvaient m’être
opposés ;
3. qu’enfin il ressortait de la convention franco-helvétique d’entraide judiciaire qu’aucune utilisation politique, militaire ou fiscale
ne pouvait être faite des éléments transmis par une juridiction
d’instruction à une autre.
Il est donc normal que l’administration fiscale suspende ou annule ces recouvrements totalement injustifiés. » (Jean-Charles
MARCHIANI, lettre au Monde du 13/12).
[Au lecteur de s’accrocher, le genre littéraire du superbarbouze Marchiani
n’est pas des plus simples. Je commence par nier que j’aie « bénéficié
d’une faveur » pour finir par admettre que j’ai obtenu une suspension ou
annulation des recouvrements demandés par le fisc. Ce n’est pas une
faveur parce que le fisc avait tort. Il avait tort parce que je n’ai jamais rien
fait ni rien touché. Ou plutôt, j’ai touché, mais le fisc ne le sait que grâce à
des documents transmis par la justice suisse, documents dont il n’a pas
le droit de se servir. Autrement dit, je peux faire pis que pendre, je suis
protégé par le secret bancaire et les paradis fiscaux, sans compter le
secret-défense. Dégagez, ya rien à voir !]

« Malgré les accords de “Fomboni 2” [...], les Comores ne
disposent toujours pas de Parlement central ou local élu. [...]
S’agissant de l’unité nationale, le gouvernement Azali a
abandonné, au lendemain de son coup d’État, l’idée de
réconciliation nationale [...]. À telle enseigne que, lorsque le 27
octobre 2003, les compatriotes vivant à Mayotte ont vu leurs cases
incendiées par le maire de Bandrélé, sous la surveillance
bienveillante de la gendarmerie de l’île, ce gouvernement central
s’est illustré par son mutisme, même lorsque le Préfet de Mayotte
justifiait cet acte ignoble. Le régime Azali est passé maître dans
l’art de réprimer les manifestations revendicatives du peuple. Déjà,
en 2001, il faisait usage de fusils chargés de “balles réelles” [...]. Le
mercredi 26 novembre 2003, jour sacré de l’Aïd-el-Fitr, il faisait à
nouveau usage de ses armes chargées de balles réelles, sur des
manifestants pacifiques réclamant le respect des Accords de
Réconciliation nationale, faisant plus de 15 blessés dont quatre

Billets d’Afrique et d’ailleurs
grièvement. [...] Préoccupée par les graves dérives autocratiques
du régime Azali, son abandon de la défense de l’unité nationale et
de l’intégrité territoriale, la répression sanglante qu’il exerce sur le
peuple comorien, son mépris des libertés collectives et
individuelles et l’impunité dont il jouit, la Communauté Comorienne
de France : condamne la fascisation du Gouvernement de l’Union
des Comores, exige le respect des “Accords de Réconciliation
Nationale”, réclame avec vigueur le respect des libertés
démocratiques, la libération de tous les prisonniers politiques, et
une justice équitable. » (La Communauté comorienne de
France, Appel lancé le 06/12 pour une manifestation ayant rassemblé
300 personnes à Marseille).
[Les Comoriens n’ont plus droit de protester qu’à Marseille, puisque la
France, et le colonel franco-comorien Azali, leur refusent ce droit sur leur
archipel. En effet, à Mayotte, l’administration française d’occupation a
empêché une marche de protestation contre l’incendie d’un village par les
er
employés municipaux, le 1 novembre à Brandélé ! (Le Quotidien de la
Réunion, 05/11, p. 28, et Billets n°120, p. 10). Et dans le reste de
l’archipel, c’est le colonel putschiste qui fait tirer sur les manifestants ! Ce
qui n’empêche pas Jean-Jacques Brot, préfet égaré à Mayotte, d’affirmer
que l’arrivée d’Anjouanais sur l’“Hippocampe”(Mayotte) « est dangereuse
parce qu’elle remet en cause le suffrage universel et la démocratie
française » (QdlR, 10/11, p. 19). Face à la remarque « les Anjouanais
n’ont pas le droit de vote [à Mayotte] ! », il ne se laisse pas démonter :
« Dieu merci, [...] imaginez qu’on installe chez vous une personne qui n’a
rien à voir avec vous dans votre maison... Est-ce que vous trouveriez
cela normal ? ». C’est beau comme du Marchiani... Il ne faut pas y
chercher une logique : on en viendrait à ne pas trouver normal que des
Français (qui “ n’ont rien à voir ” avec les Mahorais, alors que les quatre
îles des Comores dont Mayotte comportent les mêmes brassages
ethniques) s’installent à Mayotte. À moins qu’il ne faille y entendre : “ les
Français d’abord, et partout ! ” À Marseille, des colleurs d’affiche du FN
ont tué un Comorien. À Mayotte, d’autres crétins incendient leurs maisons... mais ces derniers représentent l’administration française ! – PC]

Outre-mer
« Ce dimanche, les habitants des Antilles vont être amenés à se
prononcer par référendum sur un projet de réorganisation
territoriale qui vise à mettre un terme à la superposition de la
région et du département sur le même territoire. [... Je dirais d’abord
que] c’est une réforme très importante ; c’est une réforme à la

N° 121 - Janvier 2004 p. 8
Corse qui est soutenue par les indépendantistes ainsi que par la
plupart des partis politiques sans que l’Assemblée nationale n’ait
été amenée à se prononcer autrement que [...] "pour avis". [...
Ensuite,] la Guyane est exclue. Pourquoi ? [...] Cerise sur le
gâteau : François Bayrou ayant fait un déplacement aux Antilles
pour participer à ce débat, Madame Brigitte Girardin, qui est
ministre des Dom-Tom, s’est étonnée, s’est déclarée choquée,
dans l’édition du Parisien de samedi dernier, que Monsieur Bayrou
soit allé ainsi aux Antilles. Elle a dit : "C’est un peu comme si un
Antillais se mêlait des institutions du Béarn". Je ne croyais pas, de
ma vie, pouvoir entendre un ministre dire qu’un élu de la nation
n’avait pas le droit de se rendre sur une partie du territoire de la
République pour dire ce qu’il pense de l’organisation d’une
Collectivité territoriale de la République. Ça c’est pour moi
entièrement nouveau : qu’on oblige Monsieur Bayrou à se
cantonner dans les affaires du Béarn [... qui,] Madame Girardin
semble l’oublier, [...] n’est pas une Collectivité territoriale de la
République. [...] Quand on voit tout cela, on a quand même le
sentiment qu’il y a des démissions qui se perdent. » (Jean-Louis
BOURLANGES, eurodéputé UDF, sur France Culture, L’esprit public,
le 07/12, 11h-12h).
[Martiniquais et Guadeloupéens ont ensuite voté contre cette
réorganisation, pour des raisons multiples et variées. Discrédité par cet
échec, le gouvernement ne perd peut-être pas sur tous les tableaux... Le
Comité de décolonisation de l’ONU sera bientôt dissous, alors que de
nombreux indépendantistes des Dom envisageaient de tenter d’y faire
inscrire leur territoire, pour rejoindre la Nouvelle-Calédonie sur la liste des
pays à décoloniser. En interprétant ce projet comme une proposition
rejetée de marche vers plus d’autonomie, la métropole confortera son
discours sur “l’attachement des Domiens à la République”. – PC]

GLNF
« Depuis deux ans, nous avons fait le ménage. Et nous
continuons. Nous avons coupé les branches mortes ; notre
obédience a encore procédé à trente-sept radiations cette
année. » (Jean-Charles F., élu premier Grand Maître de la GLNF à la
fin 2001, cité par Le Monde du 09/12).
[Le zèle ménager du Grand Maître n’est pas allé jusqu’à couper les
branches Bongo et Sassou, dont la présence rehaussait au contraire les
fastes du convent. Comme dit l’autre : on ne scie pas la branche... – OT]

À FLEUR DE PRESSE
Françafrique
Le Soir de Bruxelles, Les droits de l’Homme selon Jacques
Chirac, 06/12 (Baudouin LOOS) : « La France, dit-on, est la
patrie des droits de l’Homme. Ses habitants s’en vantent. Et ses
dirigeants s’enorgueillissent de cette flatteuse réputation.
Jacques Chirac, président de la France, incarne ces valeurs
avec zèle et éloquence. Hélas ! il arrive que tout cela ne suffise
pas à masquer la sordide réalité des compromissions. Quelques
présidentielles déclarations, sur le sol tunisien, en attestent.
Pressé, jeudi, de se prononcer sur le respect des droits de
l’Homme dans la Tunisie du président Ben Ali à partir du cas de
Radhia Nasraoui, cette avocate tunisoise en grève de la faim
depuis 51 jours pour que cesse le harcèlement policier dont elle
est victime, Chirac a lâché : “Le premier des droits de l’Homme
c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un
habitat”.
Beaucoup, en France et en Tunisie, ont cru avoir la berlue. […]
Les faits, eux, sont simples et têtus, édifiants et terrifiants : en
Tunisie, certes, la plupart des gens mangent, sont soignés, vont
à l’école et ont un toit ; mais les Tunisiens ne jouissent d’aucune
des libertés qui trahissent l’État de droit, de démocratie : liberté
d’expression, liberté de réunion, liberté d’activité politique, liberté
de presse, comme ils ne peuvent compter sur une justice
indépendante, eux qui vivent dans un État infiniment policier.
Toutes les organisations compétentes dans la branche des
droits de l’Homme sont d’accord à Tunis comme à Paris : le

président français a fait preuve d’un incroyable mépris pour les
Tunisiens en estimant qu’en matière de droits humains ils
n’avaient qu’à manger et à se taire. Avec leurs libertés bafouées,
les Tunisiens ont maintenant aussi leur dignité piétinée. »
[Parmi les perles présidentielles offertes à la presse à l’issue de la
rencontre avec le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali le 3
décembre : « Nous avons aussi, en France, des personnes qui ont fait la
grève de la faim, qui la font, qui la feront. » « La Tunisie, parmi les pays
émergents, a une situation particulièrement brillante ». Radhia Nasraoui
a apprécié pour ce qu’ils valent ces consternants manquements à toute
décence : « Je ne crois pas que l’on puisse dire : mangez et taisezvous ! La liberté et la dignité sont des choses essentielles ». L’offense
chiraquienne au peuple tunisien s’explique-t-elle par l’existence, en
Tunisie, d’une classe moyenne solvable ? Notre Président était
accompagné par des hommes d’affaires hexagonaux sans doute
désireux de lui fournir leurs produits. À consommer en silence... –SC]

France Culture, 05/12, journal de 12 heures 30 : « Laurent
Gbagbo veut se rendre dans le fief des rebelles. Il veut ainsi
marquer avec éclat sa souveraineté sur une région qu’il n’a
pourtant pas conquise par les armes. »
[Si on comprend bien il faudrait, comme le veulent d’ailleurs les Jeunes
patriotes et l’armée régulière des FANCI, que le président Gbagbo ait
recours à la force pour avoir le droit de se rendre à Bouaké, tandis que
les ministres issus de la rébellion peuvent venir siéger au gouvernement
à Abidjan, ville qu’ils n’ont pourtant pas conquise par les armes. Bel
encouragement à la réconciliation nationale ivoirienne ! – OT]

Billets d’Afrique et d’ailleurs

N° 121 - Janvier 2004 p. 9

Politique africaine
Observatoire de l’Afrique Centrale, Rwanda, le général Paul
Rwarakabije, 20/11 (Pierre BIGRAS) : « Le retour au bercail du
général Rwarakabije, […] bientôt suivi par une centaine d’hommes
en armes des FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda 1],
[…] soulève un coin de voile sur les rumeurs persistantes concernant la présence des troupes rwandaises à l’est du Congo-K.
Bien que Kigali ait pris la peine de nier que Kinshasa ait été
impliqué de quelque manière que ce soit dans les négociations
qui ont conduit au retour du cœur de l’État-major militaire des
FDLR au Rwanda, il est bien évident que cette affirmation ne
trompera personne. L’Obsac avait d’ailleurs soulevé la possibilité
d’une telle collaboration entre Kigali et Kinshasa dans un article
2
intitulé La présence et l’absence , publié le 25 octobre 2003. […]
Le général Rwarakabije qui est présenté comme le commandant en chef des forces armées des FDLR, a été accueilli en
grande pompe sur le tarmac de l’aéroport de Kigali par le général
James Kabarebe. Les Afande [officiers] de Kigali semblent donc
avoir fait “une offre qu’il ne pouvait refuser” au général rebelle.
On ne parle plus ici de poursuites criminelles contre des
génocidaires, mais bien du retour au bercail de l’enfant prodigue.
Voilà qui, à l’heure où la tolérance zéro en matière de divisionnisme ethnique est devenue le credo du régime rwandais,
ressemble drôlement à un coup de maître. Il ne fait aucun doute
que l’étonnant spectacle d’un James Kabarebe accueillant un
général Rwarakabije en frère d’armes devant les médias rwandais
et internationaux, en dit long sur la maîtrise absolue qu’exerce
maintenant le FPR sur la scène politique rwandaise. Quelques
jours après son retour au pays, le général Rwarakabije lançait un
appel à la reddition des troupes dont il assumait hier encore le
commandement. Cela indique que lui-même et la centaine de
militaires qui sont revenus au Rwanda constituent une faction
dissidente et que d’autres militaires des FDLR, encore nombreux
sans doute, ont décidé qu’il leur était impossible ou inacceptable
de poser le même geste.
Sans doute qu’eux et leurs maîtres et commanditaires politiques estiment que la conférence internationale sur la région
des Grands Lacs, prévue par les Nations unies en juin 2004 en
Tanzanie, offre une nouvelle occasion de modifier le rapport de
force politique avec les Afande de Kigali. Rien n’est moins certain… En attendant le Quai d’Orsay annonçait que la France est
“très favorable” à la tenue de cette conférence internationale
dont elle a fait la promotion depuis des années. »
1. Mouvement politico-militaire opposé au régime de Kigali, opérant à
partir de la RDC. Selon Kigali, le général Rwarakabije ne figure pas
parmi les éléments des FDLR qui ont participé au génocide.
2. À lire sur www.obsac.com.
[Il est peu probable, en effet, que la RDC n’ait joué aucun rôle dans ce
retour au Rwanda (salué par le Quai d’Orsay) du commandant en chef
des (FDLR). Peut-on pour autant, au lendemain de cet événement inattendu, évoquer la naissance d’une diplomatie régionale, indépendante
d’“influences” extérieures au continent ? L’avenir le dira – et s’il dit oui,

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ce ne serait pas une mauvaise nouvelle. Ladite région n’ayant guère que
des problèmes à régler, qu’elle se décide à les prendre à bras le corps
autrement qu’à la pointe du fusil pourrait changer le cours de son
histoire. La France favorise de longue date le projet de tenir, sous l’égide
de l’ONU, une conférence internationale sur la région des Grands Lacs.
Il ne faut pas trop d’imagination pour deviner qu’elle ne sera pas seule à
s’y intéresser. Gageons que les nombreux “interlocuteurs” de la région
seront de la partie, chacun à côté de ses “préférés”. Et de ses intérêts.
Ceux de la région ne seront privilégiés que dans la mesure où les dirigeants de celle-ci se décideront à en maîtriser la gestion et le partage.
Au bénéfice des populations…– SC]

Mondialisation
Libération, La banquise fonds. Climat de rébellion chez les
Inuits, 15/12 (Carole DUFFRECHOU) : « La Conférence
Circumpolaire des Inuits envisage de déposer un recours
juridique devant la Comission inter-américaine des droits de
l’Homme. La raison invoquée : la mise en péril du mode de vie
ancestral du peuple Inuit, du fait des changements climatiques
provoqués par les activités humaines... Considérant que leurs
droits humains sont violés par les pays qui refusent de signer le
protocole de Kyoto (États-Unis en tête), les Inuits songent à
emprunter la voie juridique en invoquant la Déclaration des droits
de l’Homme de 1948. »
[Ce serait, semble t-il, une grande première juridique que d’attaquer en
justice des pays pour leur laxisme en matière de climat. Le climat
pourrait y gagner ipso facto le statut de bien public mondial. – AB]

geopolitique.com, L’influence des quatre Français de Yukos
(19/11) : « En dépit des liens historiques de Mikhaïl Khodorkovski avec les milieux d’affaires américains, quatre Français
émargent au conseil d’administration du groupe pétrolier russe
Yukos […]. Bernard Lozé, 57 ans, représentant de fonds d’investissement occidentaux, […] président de Lozé & Associés […].
Jacques Kosciusko-Morizet, 60 ans, ancien vice-président du
Crédit lyonnais […]. Michel Soublin, 58 ans, […] ancien trésorier
de Schlumberger […]. François Buclez, 39 ans, passé par HEC,
a travaillé au Crédit Agricole Indosuez à Tokyo et à Paris. Arrivé
au milieu des années 1990 à Moscou, il a collaboré au Crédit
suisse First Boston, la banque d’investissement la plus en pointe
dans les privatisations. Après un passage à Londres, il est rentré
chez Menatep, la maison mère de Yukos. Son poste est stratégique : directeur d’une filiale du groupe (GM Investment & Co), il
est chargé des placements financiers. Il est notamment responsable de l’investissement de 50 millions $ réalisé en avril 2002
auprès de Carlyle, le fonds américain proche du Pentagone. En
juin 2003, il est devenu administrateur de Yukos, avec une place
de choix au sein du comité exécutif. Le 15 octobre dernier, à la
suite du rapprochement des deux banques du groupe Menatep,
François Buclez est élu au conseil de la nouvelle entité, MFO
Menatep. »
[Le parcours de François Buclez est on ne peut plus symptomatique des
confusions au plus haut niveau entre le militaire, la finance, le pétrole et
la mafia. Rappelons que la Menatep a été le principal instrument de
l’accaparement mafieux des richesses de la Russie, avec l’appui de l’exKGB. D’un autre côté, Carlyle est l’instrument d’une prise de contrôle de
sociétés étrangères sensibles par l’avant-garde “néoconservatrice” du
lobby miltaro-industriel américain, branchée sur la pétrofinance saoudienne. Brouillé avec Eltsine, Khodorkovski a cherché des appuis outreAtlantique. Mais ça n’a pas suffi… Les lecteurs de Billets ne seront pas
étonnés que Buclez ait commencé sa carrière au Crédit Agricole – en
pointe dans les financements douteux des pétrodictatures françafricaines, et acquéreur du Crédit foncier de Monaco, la banque de la
Corsafrique.
Il nous arrive de citer geopolitique.com, bien que cette lettre confidentielle et son fondateur, Guillaume Dasquié, peinent à cacher leur
connivence avec les “services” français – et donc que l’information
distillée “serve” une stratégie qui n’est pas la nôtre. Mais tous les
éléments d’information ainsi étalés ne sont pas forcément inutiles à une
intelligence citoyenne. – FXV]

Billets d’Afrique et d’ailleurs

N° 121 - Janvier 2004 p. 10

LIRE
Stephen Smith, Négrologie : Pourquoi l’Afrique meurt, CalmannLévy, 2003, 248 pages.

Daniel Dommel, Face à la corruption, Peut-on l’accepter ? Peut-on la
prévenir ? Peut-on la combattre ?, Karthala, 2003, 287 pages.

Sous un titre qui est plus qu’un jeu de mots entre négritude et
nécrologie, le médecin Smith publie un bulletin de santé catastrophique
du malade “Afrique”. D’entrée de jeu, l’auteur nous dit : « L’Afrique
agonise ». La suite est un voyage d’exploration dans la galerie des
pathologies : une population trop nombreuse malgré les hécatombes
provoquées par la traite négrière, la répression coloniale et l’épidémie
du sida ; un État Phénix au maillage administratif déstructuré par des
guerres civiles et qui ressemble plus à un “grenier” phagocyté par la
famille du Président ou une “caverne d’Ali Baba” qui attise les
convoitises, sans légitimité ; un continent dont le sous-sol est très riche
mais sur lequel survit une population scandaleusement misérable ; une
terre d’élection des sectes que des bandes d’écorcheurs ont
transformée en paradis de la cruauté ; un cap des tempêtes sur lequel
ont échoué tous les espoirs. Sa question est simple : pourquoi ? Sa
réponse l’est encore plus : le refus du développement, « des obstacles
socio-culturels sacralisés comme des gris-gris identitaires » (p. 49), une
mentalité propre à une économie de chasse et de cueillette : les
Africains auraient décidé de se suicider.
Il a raison de fustiger l’angélisme qui voudrait imputer aux seuls
méchants blancs, marchands d’esclaves et colonisateurs le sous
développement du continent noir. Les Africains ont bien leur part de
responsabilité. Au Rwanda, au Liberia et partout ailleurs où d’horribles
crimes ont été commis en Afrique noire, ce sont bien les Africains qui
ont massacré d’autres Africains. De la même manière, Elf et les
nombreuses autres multinationales ne sont pas seules à blâmer si, en
dépit d’un sous sol bien pourvu en pétrole et en minerais précieux, les
populations des deux Congo, du Gabon et de l’Angola n’ont pas accès à
l’éducation, à la santé et au logement décent, comme si ceux qui étaient
censés les diriger et défendre leurs intérêts n’avaient été que de
pitoyables pantins entre les mains de “parrains” sans loi ni foi. De ce
point de vue, on reconnaîtra à l’auteur le mérite d’avoir secoué le
cocotier.
Cependant, son approche pêche gravement par une espèce d’a priori
qui le rend aveugle et injuste. Comme l’a démontré le dernier sommet
de l’OMC, les obstacles à l’insertion des producteurs Africains de coton
dans les réseaux d’échanges mondiaux ne sont pas le résultat d’un
discours de la victimisation ou d’un autisme identitaire, mais la
conséquence de fortes subventions versées à leurs homologues du Sud
des États-Unis. L’auteur nous ment lorsqu’il affirme que l’Afrique est
sans intérêt (p. 23) tout en affirmant quelques pages plus loin que, pour
les américains au moins, le golfe de Guinée est considéré comme une
zone d’intérêt vital. Certaines de ses considérations sont ouvertement
racistes : l’Afrique serait riche si elle n’était pas peuplée d’Africains
(p. 49) ! D’autres relèvent d’une prospective de la délinquance : le pire
est à venir ! Enfin, l’essai de Stephen Smith surprend par une étrange
fascination du macabre. La Négrologie est une annonce du décès du
continent noir. À croire qu’aujourd’hui l’Afrique inspire l’esthétique par
son côté “ massacre ”, sans doute parce qu’il y a beaucoup de morts et
que la nature maintes fois visitée et revisitée ne ressemble plus à celle
que Rousseau et ses disciples avaient imaginée et que les explorateurs
ème
siècle ont abondamment décrite. L’autre étrangeté est le
du XIX
contraste entre le langage cru de ce spécialiste de l’Afrique lorsqu’il
parle du comportement des noirs d’une part et, d’autre part, son
mutisme sur un certain type de relations “incestueuses” entre dirigeants
du Nord et responsables du Sud, telles que celles fortement suggérées
par le récent procès du groupe Elf. Depuis la traite des esclaves,
l’Afrique chemine bon gré mal gré aux côtés du reste du monde. De la
part d’un homme dont on sait bien qu’il n’en ignore rien, ce silence trahit
pour le moins un parti pris délibéré et fait de son ouvrage un
recensement des clichés plus qu’un catalyseur d’une réflexion salvatrice
sur l’avenir du continent noir. [MK]

Cet ouvrage de l’ancien président de la section française de
Transparency International se veut un document de synthèse sur la
corruption et les moyens d’y faire face. Il revient en filigrane sur le travail
de Transparency, qui par la biais notamment de la publication annuelle
de son Indice de perception de la corruption (IPC) a contribué à informer
et sensibiliser le public sur ce fléau.
La synthèse des modes de prévention et de répression de la
corruption intègre les différents cadres normatifs (national, régional et
international) en dressant le paysage des instruments et structures
chargés de lutter contre la corruption à tous les échelons. L’auteur met
en perspective le rôle des différents acteurs : pouvoirs publics, milieux
d’affaires, société civile. De cette présentation ressort l’idée que
l’harmonisation des cadres normatifs est essentielle, mais que pour
autant le “juridisme” serait un piège. Rien de pire qu’une opinion
publique amorphe. L’importance du rôle de la société civile est ainsi
constamment rappelée face au besoin impérieux de susciter un état
d’esprit général qui refuse la corruption, seul véritable remède contre un
phénomène qui va jusqu’à miner la démocratie et annihiler le
développement.
En France, la corruption est devenue un problème national en même
temps qu’elle prenait une dimension nouvelle sur le plan mondial. En
quelques décennies, l’opinion publique est passée de l’indifférence à
une certaine indignation. Mais l’ouvrage vient rappeler qu’il y a encore
beaucoup d’indulgence envers la corruption à laquelle des Français se
livrent hors nos frontières nationales. Ce n’est qu’en 2000 que la
corruption d’un agent public étranger est devenue un délit en droit
français…
Aujourd’hui, il y a un réel changement discursif. Ceux qui, tels la
Banque mondiale, refusaient il y a dix ans de s’impliquer dans un domaine jugé “trop politique” ont désormais intégré la lutte contre la corruption
dans leurs programmes. Alors, assiste-t-on simplement à l’émergence
d’un nouveau paradigme, au risque de tomber dans la rhétorique ? La
volonté politique de lutter contre la corruption existe-t-elle vraiment ?
L’ouvrage ne tranche pas ces questions, mais se veut un appel à
poursuivre la lutte engagée contre la corruption en l’intégrant dans une
politique d’ensemble, tant le chemin à accomplir reste long... [SB]

Directeur de la publication : François-Xavier Verschave.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Secrétariat de rédaction : Lila Chouli.
Comité de rédaction : Almamy Wane (AW), Christian Loubier (CL),
Emmanuel Cattier (EC), Odile Tobner (OT), Pierre Caminade (PC),

Pierre CAMINADE

Comores-Mayotte :
une histoire néocoloniale

Dossier noir n° 19 d’Agir ici et Survie
Agone, 2004, 182 p., 11

franco à Survie

En 1975, lors de la décolonisation du territoire des Comores, la
France viole la règle internationale du respect des frontières en
arrachant Mayotte à son archipel. Condamnée plus de vingt fois par
l’ONU, cette occupation reste illégale. Ainsi, le rattachement de Mayotte
à la France est un facteur de déstabilisation des Comores qui, à partir
de 1997, ont été marquées par une crise politique sans précédent.
Ce dossier noir propose notamment un examen des motivations
françaises, dont une présence militaire dans cette région où passe deux
tiers du pétrole exporté du Moyen-Orient. Il analyse ce processus de
“domtomisation” et ses conséquences pour le reste de l’archipel, devenu
chasse gardée d’une clique de mercenaires.

Sommaire :

Salves
Ils ont dit
À fleur de presse
Lire

p. 1
p. 6
p. 8
p. 10

Sharon Courtoux (SC), Sisulu Mandjou Sory (SMS).
Ont aussi participé : André Bigo (AB), Sophie Brondel (SB), Marcel
Kabanda (MK), François-Xavier Verschave (FXV).
Coordination : Sophie Brondel.

Association Survie, 210 rue Saint–Martin, F75003–Paris – Commission paritaire n° 76019 – Dépôt légal : janvier 2004 - ISSN 1155-1666
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