Fiche du document numéro 10308

Num
10308
Date
Mercredi 18 juillet 2007
Amj
Taille
618201
Titre
12 mai 1890 Décès du père Lourdel (1853-1890), missionnaire d'Afrique (Père blanc), apôtre des Baganda
Nom cité
Nom cité
Type
Langue
FR
Citation
21/4/2015

12 MAI 1890 - DECES DU PERE LOURDEL (1853-1890)

12 MAI 1890
DECES DU PERE LOURDEL (1853­1890)
MISSIONNAIRE D'AFRIQUE (PERE BLANC)
APOTRE DES BAGANDA

Le 12 mai 1890, à 1 heure 10 de l'après­midi, le Père Siméon Lourdel meurt à Rubaga près de Kampala (Ouganda)
entouré par ses confrères, les Pères Camille Denoit (1862­1891) et Alphonse Brard (1858­1918). Ainsi disparaît, à
l'âge de 37 ans, le deuxième des cinq fondateurs de l'Eglise catholique au Buganda (partie de l'Ouganda actuel) ; les
quatre autres sont Mgr Livinhac (1846­1922), les Pères Girault (1853­1941), Barbot (1846­1882) et le Frère Amans
Delmas (1852­1895).

La mort du Père Lourdel arrive à un moment important de l'histoire précoloniale du Buganda. Déchiré par des rivalités
religieuses et politiques, ce royaume était devenu la proie des ambitions coloniales de l'Allemagne et de la Grande­
Bretagne. Par malheur, la mort du Père Lourdel coïncide avec le départ de Mgr Livinhac (1846­1922), vicaire
apostolique du vicariat 'Victoria­Nyanza', élu Supérieur général de la Société des Missionnaires d'Afrique. La mort de
l'un et le départ de l'autre sont, à ce moment­là, une perte inestimable pour les catholiques. Ils étaient leurs responsables
les plus compétents et aussi les plus aimés.
Le journal (diaire) de la Mission de Rubaga contient le récit de la mort du Père Lourdel. Il s'agit de quelques pages
émouvantes d'une période de l'histoire missionnaire mal connue. Il est intéressant de revenir sur ces pages, en tenant
compte des progrès réalisés dans le domaine de l'histoire de la mission en Afrique équatoriale durant ces dernières
années.

Portrait (dessin) du P. Lourdel réalisé en 1906
par le P. Gustave Dehuisserre (1857­1933) sûrement à partir d'une photo que nous n'avons plus
Quelques notes biographiques

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12 MAI 1890 - DECES DU PERE LOURDEL (1853-1890)

Le Père Lourdel, baptisé Siméon, est originaire du diocèse d'Arras au Nord de la France. Il
naît le 20 décembre 1853 au village de Dury (Pas­de­Calais) dans une famille paysanne, aisée
et très catholique ; un de ses frères deviendra chartreux. Après ses études primaires au
'Séminaire des Saints Anges' d'Arras, il poursuit ses études secondaires au petit séminaire de
cette même ville. Renvoyé pour manque de discipline, il terminera ses études au collège de
Saint­Bertin à Saint­Omer. Dans sa jeunesse, il lit la vie de l'abbé Vénard (1829­1860), mort
martyr à Tonkin (Indochine). Cela éveille chez lui le désir de devenir missionnaire, désir qu'il
partagera plus tard, au collège Saint­Bertin, avec ses amis Léonce Bridoux (1852­1890) et
Anatole Toulotte (1852­1907). Les trois amis entreront dans la Société des Missionnaires
d'Afrique après une rencontre, en 1873, avec le Père Charmetant (1844­1921), Missionnaire
d'Afrique envoyé en France à la recherche de candidats pour le projet de l'évangélisation de l'Afrique, lancé à Alger par
Mgr Lavigerie (1825­1892) en 1868.
Après avoir parcouru les différentes étapes de sa formation chez les Missionnaires d'Afrique, le scolastique Lourdel est
ordonné prêtre le lundi de Pâques, 2 avril 1877, à Maison­Carrée, près d'Alger. Au début de sa vie sacerdotale, il
enseigne quelques mois au petit séminaire de Notre­Dame d'Afrique, puis il rejoint, en novembre de 1877, la
communauté de Metlili au Sahara. L'année suivante, Mgr Lavigerie le nomme membre de la première caravane pour
l'Afrique équatoriale. Il fait partie du groupe de Mgr Livinhac (1846­1922), destiné à évangéliser les peuples de la région
du lac Victoria. Lui et le Frère Amans Delmas (1852­1895) sont les premiers à arriver au Buganda, le 17 février 1879,
après un voyage de 10 mois. Leur caravane avait quitté Marseille le 17 avril 1878. Depuis lors et jusqu'à sa mort, le Père
Lourdel évangélise les Baganda dans la perspective de fonder chez eux un royaume catholique suivant les instructions de
Mgr Lavigerie. En 1890, malgré la persécution de 1886, la communauté catholique compte déjà quelques 1 200 baptisés
et 10 000 catéchumènes.

Père Siméon Lourdel avec Dallington Scorpion Mafta, son moniteur de langue (?)

Au Buganda, le Père Lourdel est appelé 'Mapéra' ce qui est une déformation des mots 'mon Père'.
D'après un témoignage de ses confrères, il impressionne son entourage par son physique : haut de
taille, des muscles vigoureux et des traits rudes. Homme d'action débordant de force et d'activité, il est
un leader avec une volonté peu ordinaire et une foi solide de campagnard. Cette présentation faite par
ses contemporains ne correspond pas avec l'image angélique du Père Lourdel sur sa photographie la
plus connue, photographie visiblement corrigée pour satisfaire le goût religieux des catholiques français
à la fin du 19ème siècle ( à gauche).
Les derniers mois du Père Lourdel à Rubaga : février­mai 1890
A cette époque, le Père Lourdel est devenu un personnage influent chez les Baganda : il est simultanément
supérieur de la Mission de Rubaga, chef charismatique des catholiques et conseiller privé du Kabaka (roi)
Mwanga (v.1866­1903). Ajoutons à cela que son ami Gabriel est commandant de l'armée royale
composée, en plus des troupes ordinaires, d'une garde spéciale de 3 370 soldats armés de vieux fusils, et
équipée d'une flotte importante de barques.
De février à mai 1890, il est hanté par le souci de préserver l'indépendance du Buganda et le trône de
Mwanga, devenu son catéchumène. En 1888, les musulmans, appelés les 'baadi' à cause du Mahdi du Soudan, avaient
exilé Mwanga et fondé un royaume musulman au désespoir des catholiques. L'année suivante, ces derniers, avec leurs
alliés, avaient remis Mwanga sur le trône, après avoir battu les 'baadi'. Mais les vainqueurs, n'avaient pas été en mesure
de battre leurs adversaires d'une manière définitive : les anglicans, se méfiant de la puissance des catholiques, avaient
refusé de participer aux combats.
Conscient de la menace d'une revanche des 'baadi', le Père Lourdel essaie d'unir catholiques, traditionalistes et
protestants pour former une coalition basée sur un partage de pouvoir. Surtout, il redoute une intervention de l'Anglais
Jackson (1860­1938), émissaire de l'" Imperial East­Africa Company ", et de l'Allemand Peters (1856­1918), fondateur
de la " Deutsche Kolonialgesellschaft ". Ces deux représentants de puissances coloniales ont l'intention de prendre le
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Buganda, profitant de son instabilité politique et religieuse. A tour de rôle, ils proposent à Mwanga une aide militaire pour
combattre les 'baadi'. Leur aide a naturellement un prix : l'Anglais Jackson exige le protectorat avec monopole du
commerce pour sa compagnie, et l'Allemand Peters exige la neutralité du Buganda avec la liberté du commerce.

Cliquer pour agrandir la carte du Vicariat "Victoria­Nyanza" (vers 1890)
Vu le contenu des deux propositions, le Père Lourdel conseille Mwanga de signer plutôt un traité avec l'Allemand Peters
dans l'espoir de conserver l'indépendance de son royaume en voie de devenir un royaume catholique. Ce traité, rédigé en
français et kiswahili, est signé le 1er mars 1890 au grand mécontentement des anglicans. Ceux­ci, craignant une prise de
pouvoir par les catholiques, lancent un appel au secours à l'Anglais Jackson qui se présente à la capitale royale de
Mengo, le 14 avril 1890, accompagné de trois cents Nubiens bien armés.
Jackson, à peine arrivé, demande à Mwanga d'arrêter Peters. Mais, sa demande arrive trop tard : l'Allemand a déjà
quitté la capitale après avoir remercié le Père Lourdel pour les services rendus. Par la suite, Jackson a un entretien avec
le Père Lourdel qui lui conseille d'attendre avec le protectorat. Il lui explique que " ni les Baganda, ni le roi ne sont encore
disposés à cela ". Mais Jackson, un Anglais protestant, refuse de tenir compte du conseil de ce Père français catholique,
et, le 21 avril 1890, il demande le protectorat.
Ce que Père Lourdel a préconisé arrive. Le Kabaka Mwanga refuse la demande de Jackson et menaçe de quitter son
royaume, accompagné de ses partisans. Finalement, pour sortir de l'impasse, le Kabaka propose d'envoyer à Zanzibar
deux ambassadeurs, un anglican et un catholique pour soumettre aux consuls allemand et britannique la question de savoir
si le Buganda resterait libre ou deviendrait un protectorat britannique. La proposition est acceptée par Jackson qui se
prépare alors pour partir à Zanzibar accompagné des deux ambassadeurs Baganda.
C'est à ce moment­là que le Père Lourdel tombe gravement malade. Entouré de ses confrères, les Pères Brard et Denoit,
il meurt le 12 mai 1890 à Rubaga d'une hépatite, selon un diagnostic de l'époque. Son vicaire apostolique apprenant la
nouvelle, écrit à Maison­Carrée : " Il est le huitième confrère qui nous quitte depuis huit mois ".
Sur son lit de mort, le Père Lourdel a désigné le Père Brard (1858­1918) comme son successeur. 'Cette
nomination' sera confirmée au début du mois de juillet par Mgr Hirth (1854­1931), le successeur de Mgr
Livinhac comme vicaire apostolique du vicariat 'Victoria­Nyanza'. En attendant, la fonction de supérieur de
Rubaga sera exercée par le Père Lombard (1857­1893) en raison de son âge ; il était en voyage lors du
décès de son confrère.

La succession du Père Lourdel par le Père Brard pose question. Originaire de la Normandie, ce Père est
arrivé à Rubaga le 28 avril 1890. Il ne connaît ni le Buganda ni ses habitants. Pourquoi le Père Lourdel a­t­il
désigné le Père Brard comme son successeur ? Et pour quels motifs Mgr Hirth a­t­il confirmé cette
succession étonnante étant donné qu'il y avait d'autres candidats valables ? Après le décès du Père Lourdel,
le Père Denoit est perçu comme " l'âme de la mission du Buganda ". Mais Mgr Hirth donne sa confiance au
Père Brard. Les deux se connaissent très bien ; ils étaient arrivés en Afrique équatoriale avec la même
caravane au mois de septembre 1887. Le Père Brard est un homme énergique, plein de zèle. Il a commencé
sa vie missionnaire à Kipalapala, près de Tabora. Plus tard, en 1900, il sera, avec Mgr Hirth, un des quatre fondateurs
de l'Eglise catholique au Rwanda.

Père Brard portant le casque colonial
assis à côté du Père Hirth (1887)

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12 MAI 1890 - DECES DU PERE LOURDEL (1853-1890)

Le rédacteur du récit de la mort du Père Lourdel dans le journal de Rubaga
Pour le moment, il est impossible d'identifier avec certitude le rédacteur de ce récit. Habituellement, le journal d'une
Mission était rédigé par son supérieur. Cela faisait partie de ses responsabilités. En quelque sorte, le journal était son
aide­mémoire pour rédiger les rapports demandés par son vicaire apostolique. Lors de la maladie du Père Lourdel, le
journal de Rubaga a été tenu en attendant par un des deux confrères présents : le Père Brard ou le Père Denoit. Mais
lequel ?
Le Père Brard était arrivé à la Mission de Rubaga seulement quelques semaines avant le décès du Père Lourdel. Nous
supposons qu'il n'était pas à la hauteur pour tenir le journal de Rubaga vu sa méconnaissance de la situation à la Mission.
Par contre, il est bien probable que le journal ait été tenu par le Père Denoit (1862­1891).
Le Père Denoit, originaire du diocèse de Rodez était arrivé à Rubaga en mai 1886. D'après ses
confrères, il connaissait très bien la langue et les coutumes du pays ainsi que " les traditions des premiers
missionnaires ". Cela apparaît dans le récit. A plusieurs reprises, il utilise des mots de la langue luganda :
'lubugo ­ étoffe fabriquée avec l'écorce de ficus' et 'Mwana wa Mbuga ­ fils de la cour'. Il utilise aussi un
vieux mot anglais : 'bifti ­ bouillon de viande', introduit au Buganda par les missionnaires anglicans.
Eprouvant une grande admiration pour le Père Lourdel, il oublie parfois le sens de l'objectivité, ce qui est
tout à fait compréhensible compte tenu des circonstances dramatiques. S'agit­il d'une mauvaise
formulation ou d'une exagération maladroite quand il écrit " des centaines de chrétiens qui versent leur
sang pour témoigner de leur foi " ? En réalité, parmi les victimes de la persécution de Mwanga de 1886, il y avait 37
catholiques. Le rédacteur nous fournit avant tout des informations précieuses concernant la connaissance médicale des
premiers missionnaires et la maladie du Père Lourdel avec l'heure exacte de son décès.
Le récit de la mort du Père Lourdel dans le journal de Rubaga (mai 1890)
Nous avons utilisé le texte orignal conservé aux Archives des Missionnaires d'Afrique à Rome. Ce texte a été publié pour
la première fois en 1891 dans 'Chronique Trimestrielle', une publication destinée alors uniquement aux membres de la
Société des Missionnaires d'Afrique. Son caractère d'exclusivité explique pourquoi le texte original a été respecté, malgré
quelques petites corrections. Il existe aussi une copie dactylographiée. Malheureusement elle n'est pas fiable ; elle a été
réalisée par une personne qui a manqué de rigueur professionnelle.
4 ­ 7 mai (1890) ­ Lauzi, le chef de Sésé, chassé par les protestants et qui se fait instruire chez nous,
vient plaider sa cause devant le roi. Mwanga, lui déclare qu'il ne le chassera jamais, qu'il peut aller
reprendre sa place ; sa cause est gagnée ; et il retourne à Sésé avec plusieurs catéchistes. Le R. Père
Lourdel s'apprêtait à aller chercher le P. Lombard et le Fr. Amans à Sésé et à faire une tournée
apostolique dans l'île de Sésé, infectée par les protestants, quand il est tout à­coup pris d'un petit
accès de fièvre ; d'autre part, la guerre n'est pas terminée ; il décide de rester et d'envoyer les barques
chercher les confrères.
Jeudi 8 mai ­ Le P. Lourdel a toujours un peu de fièvre ; il prend une purge au calomel.
Vendredi 9 mai ­ Samedi 10 mai ­ Notre malade empire ; à chaque instant, il vomit des glaires ;
nous lui donnons un purgatif qui fait peu d'effet. Nous administrons la quinine à haute dose ; il est très
agité ; il se plaint du dos, de la poitrine, des jambes, du foie ; nous lui appliquons des mouches de
Milan, mais rien ne le soulage.
Dimanche 11 mai ­ Le mal s'aggrave toujours ; notre cher malade s'est préparé à la mort pendant la
nuit ; le matin, nous célébrons le Saint Sacrifice de la messe dans sa hutte et il fait la sainte
Communion. Le hoquet commence, nous parvenons à l'arrêter avec des capsules d'éther ou de
chloroforme, mais au moindre effort qu'il fait, il reparaît ; aussi, n'a­t­il plus de forces est­il devenu plus
calme ; nous lui donnons un peu de vin et de bifti ; mais il ne garde rien. Il a toujours sa connaissance,
parle peu si ce n'est pour demander pardon à Dieu de ses nombreux péchés ; il ne demande qu'à
mourir ; il n'est plus bon à rien. Le Ciel, Marie, Jésus, tel sont les objets de ses pensées ; il ne regrette
qu'une chose, de n'avoir pas mieux servi le Bon Dieu et il pleure comme un enfant tout en récitant son
chapelet. Il veut à tout prix qu'on le mette par terre pour mourir ; il n'est pas digne de mourir sur son lit
de toile. Quelques­uns des principaux chrétiens sont admis dans sa hutte ; il leur fait ses adieux, leur dit
de rester toujours bons chrétiens, de prier pour lui, leur pays et leur roi ; il leur recommande aussi la
patience. Dans la soirée, nous lui administrons le sacrement de l'extrême Onction qu'il a demandé lui­
même ; il répond aux prières du rituel. L'expédition est rentrée, car les baadi n'ont pas paru ; nos
chrétiens viennent prendre des nouvelles de notre malade ou réciter leur chapelet autour de sa case
dans le plus profond silence ; la consternation règne dans la maison, " Mapéra va mourir ", et tous
demandent encore à le voir, à lui parler encore une dernière fois, mais il ne peut recevoir personne.
Lundi 12 mai ­ Le pauvre Père a eu le hoquet toute la nuit, il a seulement cessé ce matin ; une sueur
froide mouille tout son corps ; dès le matin, il dit : " je vais mourir aujourd'hui ", et il fait encore
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12 MAI 1890 - DECES DU PERE LOURDEL (1853-1890)

généreusement le sacrifice de sa vie ; il parle très difficilement ; cependant, il dicte ses dernières
volontés, nous recommandant de prier beaucoup pour lui et demande l'indulgence in articulo mortis. A
partir de 10 h, il ne parle plus ; nous lisons les prières des agonisants. Mwanga nous fait avertir qu'il
veut venir voir notre mourant ; nous lui disons de se hâter ; peu à peu, le pouls disparaît ; le corps se
refroidit, les yeux se fixent ; il fait un léger mouvement et rend sa belle âme à Dieu à 1 h 10 de l'après­
midi. Mwanga arrive au moment où il venait de rendre le dernier soupir ; le pauvre roi reste interdit en
face du cadavre ne pouvant articuler un seul mot. " Mapéra est mort " a bientôt fait le tour de la
capitale. Tous nos chrétiens arrivent aussitôt à la Mission. Les protestants eux­mêmes, le ministre
(katikiro) en tête, viennent nous rendre visite ; jusqu'aux païens qui veulent voir Mapéra. Toute la
soirée, il y a foule dans la pauvre cabane où nous avons exposé le Père à l'intérieur. Les Chrétiens
récitent le chapelet avec un religieux silence. Le roi, les grands offrent des étoffes, des lubugos pour
ensevelir le mort selon les coutumes du pays ; nous les refusons, quelques­uns cependant nous forcent
à accepter leurs lubugos.
Mardi 13 mai ­ A quatre heures, nos chrétiens, baptisés et catéchumènes, sont déjà là récitant leur
chapelet soit à la chapelle, soit autour du cadavre de leur Père bien­aimé. La levée du corps a eu lieu à
6 heures ; nous célébrons la sainte messe, donnons l'absoute et le conduisons à sa dernière demeure à
20 mètres derrière la grande chapelle que le Révérend Père avait fait commencer et qui n'est pas
encore achevée. Les chrétiens passent la journée à élever un petit édifice sur la tombe selon la
coutume du pays.

Tombeau du Père Lourdel avec la hutte funérale (1890 ?)
M. Jackson qui devait partir aujourd'hui remet son départ à demain ; il vient nous faire sa visite avec
M. Gordon et les autres blancs. Nous pouvons enfin prendre un peu de repos et comprendre mieux
encore le malheur dont le bon Dieu vient de nous frapper. Quel vide dans le Buganda ! Que la volonté
de notre bon Maître soit faite.
Comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, le R. Père Lourdel était rentré dans le Buganda
en triomphateur, en roi ; il était la terreur des protestants, un frère pour le roi, un Père pour les
chrétiens qu'il avait presque tous régénérés par le St. baptême, une force pour ses enfants auxquels il
ne cessait de prêcher l'union, la patience, la charité. Il semblait que le bon Dieu l'appelait à conquérir à
sa Sainte religion tout ce beau pays de l'Uganda ; les païens eux­mêmes ne connaissaient notre sainte
religion que sous le nom de " religion de Mapéra ". Et voilà que notre bon Maître le rappelle à lui. Il
n'était donc revenu que pour être enterré dans son Buganda qu'il avait tant aimé, au milieu de ses
enfants pour lesquels il avait dépensé sa vie. Au moins, il ne paraîtra pas les mains vides devant le
souverain Juge.
Le R.P. Lourdel a passé douze ans dans l'Afrique équatoriale ; il faisait partie de cette première
caravane que l'on pourrait appeler caravane des martyrs. Il fut le premier missionnaire catholique qui
pénétra dans l'Uganda en Janvier 1879, allant préparer les voies à Mgr Livinhac et ses confrères. Il se
donna tout entier à son œuvre difficile. A force de patience et de douceur, il acquit l'affection de Mteça
et mérita le surnom de " Mwana wa Mbuga ", le fils de la cour. Il repart du Buganda, va fonder un
poste dans l'Ukuné et revient dans l'Uganda où règne Mwanga. C'est un exercice continuel de
patience. Dieu seul sait les ennuis, les craintes qu'il a eu à essuyer ; des centaines de chrétiens qui
versent leur sang pour témoigner de leur foi. Enfin, après avoir ajouté à tous ces mérites, ceux de la
prison, des coups et des menaces de mort, il est chassé du Buganda et condamné à abandonner ses
chers chrétiens. De retour dans le sud, il fonde le poste de Nyégézi pour les baganda, mais dès qu'il
apprend que l'Uganda pourrait se rouvrir, il vole au Bulimbugwé au milieu de ses chrétiens. En voilà
plus qu'il n'en faut de travaux, de voyages et de souffrances pour remplir une vie de missionnaire et
pour mériter le nom " d'Apôtre de l'Uganda ".
Près de 1200 baptêmes ont été administrés dans l'Uganda et le nombre de catéchumènes s'élève à dix
mille. Maintenant, nous n'avons plus qu'à suivre les exemples de vertus laissés par notre vénéré
confrère. Puisse­t­il être toujours vivant au poste de Ste­Marie de Rubaga, un zèle infatigable, une
patience à toute épreuve, une douceur, une affabilité, un entrain qui gagnait tous les cœurs et surtout la
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charité avec les confrères.
Jeudi 15 mai ­ Ascension. ­ Nous expédions un courrier au Bukumbi pour annoncer la mort du P.
Lourdel. ­ M. Jackson est parti aujourd'hui accompagné d'un chrétien qui va demander à la côte la
liberté de l'Uganda au nom du roi, de tous les chrétiens et de tous ceux qui ne se font pas instruire, et
d'un protestant qui va demander le protectorat au nom des non Anglais. ­ Nous portons au roi le fusil
du P. Lourdel, à Mwanga qui avait manifesté le désir d'avoir un souvenir de Mapéra. Nous
rencontrons à la cour M. Gordon et M. Gedges.
Le récit de la mort du Père Lourdel et sa publication par le chanoine Nicq
Le chanoine Nicq est le premier historien à employer ce récit comme témoignage historique pour son œuvre intitulé : " Vie
du révérend Père Siméon Lourdel de la Congrégation des Pères Blancs de Notre­Dame d'Afrique : premier missionnaire
catholique de l'Ouganda (Afrique équatoriale) ". Cette biographie de 675 pages est le résultat de 4 ans de travail. D'après
les informations sur la couverture, elle a été publiée à Paris en 1896. Mais en réalité, elle a déjà quitté l'imprimerie vers la
fin de l'année 1895. Sa publication n'a pas été dépourvue de certains risques. Le chanoine la publie quelques années
après la guerre civile de 1892 au Buganda, une guerre avec des conséquences désastreuses pour les catholiques et pour
le Buganda, devenu un protectorat britannique. Le gouvernement de Londres avait reconnu sa responsabilité pour la
destruction des Missions catholiques, mais il n'avait pas encore indemnisé les Missionnaires d'Afrique ; il le fera en avril
1898, leur payant 10 000 livres sterling.
L'auteur de la biographie, le chanoine Nicq, ancien directeur du grand séminaire d'Arras et doyen à De Rivière (Pas de
Calais), opte pour une approche religieuse de son sujet. Faisant ce choix, il présente les faits historiques sous cet angle­là.
Il décrit le Père Lourdel comme " une des gloires de sa Congrégation, l'un des missionnaires les plus remarquables de son
époque" et " on peut le dire, de ce siècle si fécond en grands missionnaires ". Son héros est " le guide et le modèle de
ceux qui sont appelés à lui succéder ".
Mgr Livinhac, Supérieur général des Missionnaires d'Afrique, confirme cette approche religieuse dans son petit mot
d'introduction : " Espérons que (la biographie) suscitera de généreux dévouement en faveur d'une race d'autant plus digne
de compassion qu'elle a été plus méprisée et plus maltraitée durant tant de siècles, et en particulier, en faveur des
Baganda que votre récit nous montre si bien doués sous le rapport de l'intelligence, du caractère, et par là capables de
grandes choses ".
Le 17 novembre 1895, la biographie est employée pour la première fois au noviciat des Missionnaires d'Afrique lors
d'une lecture spirituelle : " Ce soir, au milieu du souper, il se fait un grand silence ; d'un commun accord les mâchoires
s'arrêtent et en un instant tous les yeux sont tournés vers la chaire. Le lecteur, après une large pause, vient d'entonner de
sa plus belle voix : 'Vie du R.P. Lourdel, des Pères Blancs, par Mr l'Abbé Nicq'. Un soupir de satisfaction est prêt à
s'échapper de toutes les poitrines. C'est, en effet, l'histoire d'un de nos devanciers, notre frère aîné ; c'est aussi la
première vie de Père Blanc qu'on publie, et de plus, l'origine de cette belle mission de l'Ouganda s'y trouve racontée tout
au long… ".
Quant au récit de la mort du Père Lourdel, le chanoine Nicq n'a probablement pas eu accès au texte orignal tel qu'il se
trouve dans le journal de Rubaga. Sans aucun doute, il a dû se contenter du récit publié dans la " Chronique Trimestrielle
" de 1891. Bien que le biographe ait copié le texte avec une certaine précision, il laisse de côté quelques passages
considérés trop confidentiels à l'époque. Manque par exemple : " … il est chassé du Buganda et condamné à abandonner
ses chers chrétiens. De retour dans le sud, il fonde le poste de Nyégézi pour les Baganda, mais dès qu'il apprend que
l'Uganda pourrait se rouvrir, il vole au Bulimbugwé au milieu de ses chrétiens…". Manque aussi un autre passage : " Près
de 1200 baptêmes ont été administrés dans l'Uganda et le nombre de catéchumènes s'élève à dix mille ".

Le contenu du récit sera modifié quand la biographie est rééditée en 1906 et en 1922, à Maison­Carrée, par la Société
des Missionnaires d'Afrique, sous un nouveau titre : " Le Père Siméon Lourdel de la Société des Pères Blancs et les
premières années de la Mission de l'Ouganda (Afrique équatoriale) ". La deuxième et la troisième édition, ayant le même
format que la première, comptent respectivement 627 pages et 546 pages… Le Père Mercui (1854­1947), premier
historien de la Société des Missionnaires d'Afrique, fait remarquer que ces deux éditions, ont été modifiées par Mgr
Livinhac. Apparemment, celui­ci n'était pas tout à fait satisfait de l'œuvre du chanoine Nicq malgré le fait qu'elle ait reçu
un prix de l'Académie Française. Mgr Livinhac, par ses modifications, a­t­il voulu présenter le Père Lourdel davantage
comme un modèle à suivre ? Pour l'instant, nous n'avons pas de données pour clarifier ses motifs.
Nous publions ici la version du récit présentée dans la deuxième édition de 1906. Cette version permet de voir où le texte
original a été changé et comment il a perdu son esprit d'authenticité de 1890. Nous nous demandons si le chanoine Nicq
a donné son accord pour ces modifications. Il est même possible qu'on ne le lui ait jamais demandé, étant donné qu'il était
décédé avant la publication. Mais cela nous n'avons pas pu le vérifier encore.

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12 MAI 1890 - DECES DU PERE LOURDEL (1853-1890)

Voici les pieux détails qui nous ont été laissés sur la fin de l'apôtre de l'Ouganda.
Lundi, 11 mai. ­ " Le mal s'aggrave toujours. Notre cher malade se prépare à la mort pendant la
nuit. Le matin nous célébrons le Saint­Sacrifice dans sa case, et il faisait la sainte Communion.
Malgré sa faiblesse, il garde sa connaissance, mais parle peu si ce n'est pour demander pardon à
Dieu. Il ne veut pas guérir, il n'est plus bon à rien ! dit­il. Le Ciel, Marie, Jésus, tels sont les objets
de ses pensées. Il ne regrette qu'une chose, c'est de n'avoir pas mieux servi le bon Dieu, et il pleure
comme un enfant, tout en récitant son chapelet. Il veut à tout prix qu'on l'étende sur la cendre pour y
rendre le dernier soupir.
" Quelques­uns des principaux néophytes sont admis dans la hutte : il leur fait ses adieux, leur
recommande de rester toujours bon chrétiens, de prier pour lui, pour leur pays et pour leur roi.
Dans la soirée, nous lui administrons, sur sa demande, l'Extrême­Onction. Il répond aux prières du
rituel.
" Mapéra va mourir ! c'est le seul mot qu'on entende. Tous les chrétiens demandent à le voir encore,
à lui parler une dernière fois, mais nous ne pouvons le permettre, vu son état de faiblesse extrême.
Mardi, 12. ­ " Ce matin, une sueur froide inonde tout son corps. Dès la pointe du jour, il nous dit :
Je vais mourir aujourd'hui… Et il fait encore généreusement le sacrifice de sa vie. Il parle très
difficilement ; cependant, il nous dicte ses dernières volontés, nous recommande de beaucoup prier
pour lui, et demande l'indulgence in articulo mortis. A partir de dix heures, il ne parle plus ; nous
lisons les prières des agonisants.
" Mwanga nous fait avertir qu'il veut voir le malade. Nous lui disons de se hâter. Peu à peu le pouls
disparaît, le corps se refroidit. Le mourant lève alors les yeux au ciel avec un sourire ineffable qui
laisse croire à une vision. Un instant après, il fait un léger mouvement et rend sa belle âme à Dieu à
une heure de l'après­midi. Mwanga arrive juste à ce moment. Le pauvre roi reste interdit en face du
corps, ne pouvant articuler un seul mot.
" Mapéra est mort ! " cette nouvelle a bientôt fait le tour de la Capitale.
" Tous nos chrétiens accourent à la Mission ; les protestants, le ministre en tête, viennent nous
rendre visite ; les païens eux­mêmes veulent voir Mapéra. Toute la soirée, il y a foule dans la pauvre
cabane où nous avons exposé ses restes. Le roi, les Grands, offrent des étoffes, pour ensevelir le
mort selon la coutume du pays ; nous les refusons, mais quelques­uns cependant insistent tant que
nous acceptons ce touchant témoignage de respectueuse sympathie.
Mercredi, 13. ­ A quatre heures, tout notre monde est déjà là récitant le chapelet. A six heures, a
lieu le service funèbre, puis nous conduisons à sa dernière demeure, la dépouille mortelle de notre
confrère, à vingt mètres de la grande chapelle qu'il avait fait commencer et qui n'est pas encore
achevée. Les chrétiens passent la journée à élever une case de roseau sur la tombe, selon la
coutume du pays. M. Jackson qui devait partir aujourd'hui, remet son départ à demain. Il vient avec
M. Gordon et les autres Européens nous offrir ses condoléances.
" Le silence se fait peu à peu autour de nous et nous pouvons mieux sentir le malheur qui vient de
nous frapper. Quelle perte pour nous, pour les chrétiens, pour l'Ouganda tout entier !
" Il n'était donc revenu que pour mourir dans cet Ouganda qu'il avait tant aimé, au milieu de ses
enfants pour lesquels il avait épuisé sa vie ! Au moins il ne paraîtra pas les mains vides devant le
Souverain Juge ".
Le rédacteur du Journal de la Mission, après un bel éloge du P. Lourdel, résume ainsi son apostolat.
" Le P. Lourdel a passé, dit son confrère, douze ans dans l'Afrique équatoriale. Il faisait partie de
cette caravane, qui la première est allée planter la croix au centre de l'Afrique. Il fut le premier
missionnaire catholique qui pénétra dans l'Ouganda, et il est le premier Européen qui y soit enterré.
Il arriva ici en février 1879, venant préparer les voies à ses confrères. Il se donna tout entier à une
œuvre hérissée de difficultés. A force de patience et de douceur, il gagna l'affection de Mtéça et
mérita le surnom de Mwana wa kibouga " le fils de la cour ". Sa vie est un exercice continuel de
patience. Dieu seul sait les ennuis, les souffrances qu'il a eu à supporter. Mais tous ces travaux
portent leurs fruits et engendrent de nombreux chrétiens qui versent leur sang pour témoigner de leur
foi. Enfin, après avoir ajouté à tous ces mérites ceux de la prison, des coups et des menaces de
mort, il tombe, enseveli, pour ainsi dire, dans son triomphe. Et voilà, certes, plus qu'il n'en faut pour
mériter le nom " d'Apôtre de l'Ouganda ".
" Pour nous qui avons eu le bonheur de partager ses travaux, puissions­nous marcher sur ses traces
et imiter son zèle infatigable, sa patience à toute épreuve et son affabilité qui lui gagnaient tous les
cœurs " !
Les 5 textes, l'original de 1890, et les 4 autres publiés en 1891, en 1896, en 1906 et finalement en 1922 ont leur
http://www.africamission-mafr.org/pere_lourdel.htm

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21/4/2015

12 MAI 1890 - DECES DU PERE LOURDEL (1853-1890)

importance pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'Afrique équatoriale en général et à celle de son évangélisation en
particulier. Le premier est un témoignage unique d'un évènement historique, le décès du Père Lourdel, et les 4 autres
montrent comment ce témoignage a été présenté à un certain moment de l'histoire suivant des critères liés à un contexte
donné. Pour un chercheur, il est important de savoir qu'il y a donc 5 versions d'un même récit. Quand il les utilise pour
des buts différents, il doit en tenir compte. En terminant, nous signalons qu'il existe une traduction italienne et espagnole
de l'édition de 1922. La traduction espagnole a été publiée en 1945.
A consulter également :Ouverture de notre nouvelle paroisse de Mapeera­Nabulagala Kampala Ouganda où
fut célébré la première messe au Buganda,
et une page sur Les Premiers Pères Blancs en Ouganda 1879
BIBLIOGRAPHIE : A.G.M.Afr, Journal de la Mission de Rubaga :14/09/1889 ­ 27/02/1891, N° 148. A.G.M.Afr, Journal de la
Mission de de Rubaga (1889­1892) : Mai ­ Juin 1890, pp. 21­25. A.G.M.Afr, Journal du noviciat des Missionnaires d'Afrique : 1894 ­ 1896,
17 novembre 1896, p. 340. " Diaire du Buganda : septembre 1889 ­ août 1890 ", in Chronique Trimestrielle, Alger, 1891, 1er Trim., pp. 342­
380. A.G.M.Afr., " Le Père Lourdel ", in Notices nécrologiques : 1873 ­ 1902, Tome I. Nicq A., Vie du révérend Père Siméon Lourdel de la
Congrégation des Pères Blancs de Notre­Dame d'Afrique : premier missionnaire catholique de l'Ouganda (Afrique équatoriale), Paris,
1896, 675 pp. ­ Le Père Siméon Lourdel de la Société des Pères Blancs et les premières années de la Mission de l'Ouganda (Afrique
équatoriale), Alger, 1906, 627 pp. ­ Le Père Siméon Lourdel de la Société des Pères Blancs et les premières années de la Mission de
l'Ouganda (Afrique équatoriale), Alger, 1922, 545 pp. ­ Frente a Frente. Vida del P. Simeon Lourdel de los PP. Blancos. La epopeya
misionera de los Grandes Lagos Africanos (Traducción del Francés por F. Aramendia), Madrid, 1945, 617 pp. DUVAL A., le Père Siméon
Lourdel : Apôtre de l'Ouganda (1853­1890), Paris, 2004, 274 pp. MINNAERT S., " Le Kabaka Mwanga du Buganda ", in Premier Voyage
de Mgr Hirth au Rwanda : novembre 1899 ­ février 1900, Kigali, 2006, pp 176­190.

Rome, le 18 Juillet 2007
P. STEFAAN MINNAERT, M.Afr.
Photos: Archives Maison Généralice Copyright©

http://www.africamission-mafr.org/pere_lourdel.htm

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