Fiche du document numéro 36807

Num
36807
Date
Mardi 20 octobre 2026
Amj
Auteur
Taille
0
Pages
0
Urlorg
Sur titre
Les Chantiers de la recherche
Titre
Une histoire des femmes génocidaires au Rwanda [Avec Juliette Bour]
Sous titre
Dans les Chantiers de la recherche, on reçoit une chercheuse en histoire qui s’est attachée à documenter le génocide au Rwanda, et qui lève le voile sur l’implication des femmes au pouvoir à l’époque dans ce massacre. Quel a été le rôle des femmes dans l’extermination des Tutsis ?
Nom cité
Mot-clé
Source
Type
Émission de radio (son)
Langue
FR
Citation
Beatrice Munyenyezi, première femme de premier plan à avoir été poursuivie pour 7 chefs d'accusation liés au génocide rwandais de 1994, Kigali, le 28 avril 2021
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Avec Juliette Bour, historienne, post-doctorante à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, affiliée à l’Université d’Anvers et à l’EHESS.

Historienne, post-doctorante à la Fondation pour la mémoire de la Shoah, affiliée à l’Université d’Anvers et à l’EHESS, Juliette Bour est l'autrice de l'ouvrage tiré de sa thèse Comme des hommes ? Femmes politiques génocidaires au Rwanda (Éditions du CNRS). Au micro de Margot Delpierre, elle nous raconte le rôle des femmes au pouvoir dans la mise en œuvre du génocide des Tutsis au Rwanda.

Une vingtaine de femmes politiques génocidaires au Rwanda



Le livre de Juliette Bour, concernant les femmes génocidaires au Rwanda, a pour titre Comme des hommes ? La chercheuse pose cette question car elle est partie des stéréotypes sur la violence féminine. La violence serait anormale lorsqu'une femme participe à un génocide. "Elle serait un monstre ou aurait été amenée à se viriliser. C'est ce stéréotype que le titre du livre reprend. Le Rwanda a eu pour caractéristique d'avoir été un génocide de proximité, où les femmes ont pu participer de manière assez importante à la violence, puisque c'est près de 100 000 femmes qui ont été condamnées par les juridictions Gacaca, mais pour des crimes de dénonciation, de pillage, de profanation des cadavres qui n'ont pas demandé une grande transgression des normes de genre. Or, les 15 dirigeantes que j'ai étudiées, elles ont participé de manière totale au génocide, en conduisant des campagnes de meurtres, de viols, en dirigeant les pillages. Est-ce qu'elles se seraient virilisées ? C'est le deuxième élément que pose cette question." Selon la chercheuse, il y aurait eu une vingtaine de femmes qui étaient en position d'autorité et qui auraient participé au génocide des Tutsis.

La défense des femmes génocidaires : "une femme ne tue pas"



Avant le génocide, ces femmes dirigeantes avaient sous leurs ordres des miliciens qu'elles avaient recrutés dans leur quartier ou sur leur colline, formés militairement et hébergés dans leur foyer. "Quand le génocide commence le 7 avril 1994, il n'y a aucune remise en question de leur autorité. Ce sont elles qui décident dans quelles familles sont envoyés les miliciens pour aller tuer les Tutsis", raconte Juliette Bour. Lors de leur jugement, les femmes politiques rwandaises ont toutes nié leur implication dans le génocide. "Elles disent toutes : "je n'ai pas pu participer au génocide parce que je suis une femme, une femme ne tue pas". La ministre de la Promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, dira dès 1995 : "je ne peux pas tuer un poulet, donc comment j'aurais pu faire ce dont on m'accuse ?" C'est un argument genré, elle dit : 'Jétais une bonne mère de famille, une bonne épouse, donc j'étais une femme normale, et une femme normale ne fait pas ça'". C'est ce qui distingue ces femmes des autres autorités masculines qui ont aussi nié leur participation au génocide. Elles reprennent les mêmes arguments politiques, négationnistes, mais elles se démarquent en avançant leur nature féminine et leurs rôles sociogenrés qui les auraient empêchées de prendre part à l'extermination des Tutsis.
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024