Dafroza Gauthier était la fondatrice du Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Avec son mari Alain, elle a consacré la moitié de sa vie à traquer les auteurs présumés du massacre des Tutsi en 1994, ce qui leur vaudra d'être surnommés « les Klarsfeld du Rwanda ». L'abnégation de Dafroza Gauthier permet d'ouvrir une longue série de procès en France, le premier en 2014 avec celui de Pascal Simbikangwa, directeur du service de renseignement de l'ancien président Juvénal Habyarimana.
Dafroza Mukarumongi voit le jour le 4 août 1954 à Butare, dans le sud du Rwanda, dans une famille d’éleveurs tutsi. Très jeune, elle connait la violence contre son ethnie. À la fin de l’année 1960, son instituteur est décapité. Dans la foulée, sa maison est brûlée et les biens de sa famille pillés. En 1973, face aux menaces qui pèsent sur elles, sa mère décide de l'envoyer avec sa sœur vers le Burundi pour mettre ses filles à l'abri.
Une vie qui bascule en 1994
La jeune Rwandaise arrive en France en 1973 où elle retrouve Alain Gauthier, rencontré trois ans plus tôt à Butare où il enseignait le français en tant que coopérant. Ils se marient en 1977. Depuis plus de 30 ans, tous deux ont enquêté bénévolement au nom des victimes, des rescapés et pour une «
justice réparatrice », après que leur vie personnelle a basculé en 1994. Fin février 1994, Dafroza se rend à Kigali pour voir sa famille. La tension est déjà à son comble, des miliciens hutu postés dans la capitale rwandaise et Dafroza «
très inquiète ».
Sa mère lui demande de se sauver pour retrouver ses jeunes enfants en France. Dafroza ne parvient pas à faire partir sa famille, qu'elle ne reverra jamais, avait-elle raconté à l'AFP, son visage toujours rongé d'une douleur aiguë 30 ans après.
« La justice, pas la vengeance »
Sa mère sera abattue par balles le 8 avril 1994 dans une paroisse où elle s'était réfugiée. «
Oncles, neveux, cousins... » seront également exterminés. Entre «
70 et 80 personnes » mourront, souffle Dafroza, toute sa famille du côté maternel. «
C'est un vertige et un gouffre... tous ces morts qui nous habitent ».
Dafroza Gauthier répétait régulièrement qu'elle voulait «
la justice, pas la vengeance ». «
C'était une grande personnalité. Je pense à sa famille. La justice perd quelqu'un de très important, une personne qui n'avait pas de limites quand il s'agissait de mettre les personnes qui ont commis le génocide contre les Tutsis devant la justice. C'était son sacerdoce et elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle », a réagi au micro de RFI Christophe Renzaho, le président de la Communauté rwandaise de France.