Ce dernier viendra présenter son ouvrage,
Les Ombres du monde, qui plonge le lecteur dans la complexité du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda en 1994.
Il y articule la construction romanesque avec les faits historiques.
Vous êtes connu pour vos polars. Qu'est ce qui vous a fait vous éloigner de ce style pour aller vers un roman historique, dédié au génocide au Rwanda ? Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?
J'étais professeur de géographie politique avant d'être écrivain. J'ai donc beaucoup travaillé sur le génocide des Tutsis au Rwanda. Depuis très longtemps, j'avais envie d'écrire sur ce thème et de le mélanger avec un polar. Car ce livre reste un polar, un roman policier avec un récit historique. La question du génocide y est abordée sous une forme romanesque.
J'ai mêlé mes compétences géopolitiques et d'écrivain. J'avais déjà une grosse connaissance de ce sujet car j'avais travaillé dessus. Je l'avais enseigné. J'ai aussi beaucoup lu, une centaine d'ouvrages sur le Rwanda. J'ai été sur place. Je me suis beaucoup documenté en sachant qu'il y a une très grande masse d'informations disponibles. C'est un génocide qui s'est déroulé en 1994. Il y a beaucoup d'archives de l'armée, de rapports parlementaires, de procès. Ces documents sont accessibles en ligne. On peut donc facilement retourner aux sources.
Au-delà de relater ce qu'a été le génocide, Les Ombres du monde est aussi une histoire de transmission de la mémoire entre plusieurs générations.
Dans beaucoup de mes romans revient l'idée des secrets de famille, la recherche d'identité. Pendant un génocide, ces questions-là sont très fortes car, évidemment, il y a la question de la transmission de la mémoire. Dans un moment historique comme un génocide, ces questions sont encore plus émouvantes. Je parle dans le roman de trois, voire quatre générations d'une famille et de ce qui lui arrive.
C'est aussi un roman engagé puisque vous dénoncez la responsabilité de la France dans ce génocide.
La responsabilité de la France est connue. Elle est reconnue dans beaucoup de rapports. Mais la grande majorité des lecteurs ne connaît pas les détails. Ce roman permet d'un point de vue chronologique de revenir sur ces responsabilités de la France qui sont précises, documentées. Ce livre permet de rappeler cette vérité sous une forme romanesque. Cela permet à des gens qui n'iraient pas lire des comptes rendus de juges ou autres d'en avoir connaissance tout de même. Et il y a encore toute une part d'ombre et une part de responsabilités qui ne sont pas connues.
Les Ombres du monde est un roman d'enquête car il émet des hypothèses sur notamment la responsabilité des mercenaires français qui n'est pas reconnue aujourd'hui mais qui fait l'objet de beaucoup d'enquêtes.
Près de trente ans après, vous remettez cette période de l'histoire sur le devant de la scène. Il y a aussi un devoir de mémoire dans votre ouvrage ?
Le génocide au Rwanda est au programme de terminale pour ceux qui ont une spécialité en histoire géographie sciences politiques. Mais c'est très récent que le génocide des Tutsis soit enseigné. Il y a donc un vrai devoir de mémoire pour les plus jeunes car, trente ans, c'est très peu. C'est de l'histoire vive, récente.
La mémoire de la Shoah, les jeunes générations la connaissent. L'Holocauste, ils en ont entendu parler à l'école. Ils ont vu des films. Ils connaissent les camps de concentration et la déportation. C'est une histoire que leur ont aussi racontée leurs grands-parents. Pour eux, c'est de l'histoire ancienne. J'ai fait pas mal d'interventions dans des écoles.
Ce qui s'est passé au Rwanda, ils se sentent très concernés car c'était dans les années 1990. Ce sont des choses contemporaines pour eux. Donc c'est important de connaître la vérité.
La semaine prochaine, vous venez à Pithiviers présenter votre livre dans un lieu dédié à un autre génocide, celui des Juifs. Cela a forcément une résonance particulière ?
Il y a beaucoup de points communs entre les génocides. Même si chaque génocide est unique évidemment.
Ce qui est parlant avec le génocide des Tutsis au Rwanda, c'est la reconstruction, la façon dont ce pays s'est reconstruit. Comment on a libéré la parole. Tout ce travail de reconstruction a beaucoup été inspiré par les gens qui ont travaillé sur l'holocauste. Je pense notamment à Jean Hatzfeld (journaliste et écrivain). Il a beaucoup écrit sur les génocides, sur la Shoah et, depuis trente ans, il travaille sur le génocide au Rwanda.
Il y a une filiation. Parler d'un génocide, c'est parler de tous les génocides car c'est ce que l'humanité a de plus abominable. Le travail des historiens est important pour comprendre quelles sont les conditions qui peuvent rendre un génocide possible. Il a d'ailleurs fallu du temps pour que le génocide rwandais soit reconnu comme un véritable génocide et que la vérité se fasse.
PRATIQUE. Ce rendez-vous est gratuit mais le nombre de places est limité. Les réservations peuvent se faire par mail : reservation.pithiviers@memorialdelashoah.org. Ou bien appelant au 02.38.72.92.02.