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Lavigerie et le collège des Nègres Orphelins 18...
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LAVIGERIE
ET LE " COLLEGE DE NEGRES
ORPHELINS "
1876-1881
En 1876, Lavigerie fonde le " Collège de Nègres Orphelins " pour
éduquer des jeunes Noirs, victimes du trafic d'esclaves transsaharien.
Il avait commencé à les racheter à partir de 1872.
Le Collège est installé en Tunisie, à Saint-Louis, près de Carthage où
son fondateur est en charge de l'animation d'un sanctuaire dédié à
Saint Louis, roi de France. Les premiers enfants arrivent le 29 octobre
1876 : Abdou (de Kaschna), Arabo (de Sokoto), Gatchi (de Kano). Huit
autres arrivent le 1er juillet 1877. En octobre de cette même année, le
collège compte seize enfants. A ce moment-là, la classe et le dortoir ne
pourraient en recevoir davantage, écrit le supérieur dans son journal.
Les Pères Augustin Bresson (supérieur), Delattre et Levasseur et les
Frères Ludovicus et Henri s'en occupent.
Octobre 1876
Fr Laurent, P. Roger (remplaçant momentanément
P Bresson), P. Delattre,
Fr. Fleur à Carthage
Les seize étudiants restent à Saint-Louis jusqu'en 1880. Au courant de
cette année, probablement au mois de novembre, ils déménageront à
La Marsa, où Lavigerie avait une résidence. Et le 12 juillet 1881, ils
débarqueront pour " l'Institut apostolique des Jeunes Nègres " installé
par Lavigerie à Malte. Dans cet institut, les enfants recevront une
formation de médecin-catéchiste au service de l'évangélisation de
l'Afrique.
Nous avons retrouvé trois instructions de Lavigerie qui parlent de
l'organisation de leur éducation au " Collège de Nègres Orphelins ".
Ces instructions datent de 1877, de 1879 et de 1880. Celles de 1877 et
de 1879 ont été écrites à l'occasion d'une visite canonique. Et celles de
1880 à l'occasion de la fondation de l'Institut Apostolique de Malte.
Ces trois instructions nous aident à découvrir Lavigerie comme
éducateur, selon les normes et les principes du 19ème siècle. Elles ont
influencé ses missionnaires dont les premiers partiront pour l'Afrique
Equatoriale en 1878. Par exemple, Lavigerie leur demandera d'y
commencer l'évangélisation des enfants de douze ans.
En attendant qu'une étude de ce collège soit faite, nous présentons ici
ces instructions. Elles contribueront à une meilleure compréhension
de l'évangélisation du continent africain suivant des méthodes qui ne
sont plus à l'ordre du jour.
Stefaan Minnaert, (Rome, Février 2009)
P. Augustin Bresson
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1881 à la Marsa
Debout Abdou, Félix (1er esclave racheté), Fr
laurent, P Bresson, Fr Henri, Ch Faraghit, Gogé
assis: Coro, Karokdo, Gourdou, Joseph, Sokoro,
Golio, Moudou
accroupis : Fantoi, Atiman, Hamdou, Biennou,
Borrou
1. EXTRAIT DE LA CARTE DE VISITE DE SA GRANDEUR MGR
LAVIGERIE, ARCHEVEQUE D'ALGER, DELEGUE APOSTOLIQUE DU
SAHARA ET DU SOUDAN A SAINT-LOUIS DE CARTHAGE DU 2 AU 14
JUILLET 1877 . (1)
Aux Pères et aux Frères de Saint-Louis de Carthage
EDUCATION DES PETITS NÈGRES.
La chose principale, qu'il ne faut point perdre de vue dans l'éducation de ces
enfants, est qu'ils sont destinés à retourner un jour dans leur pays pour en être
les vrais missionnaires.
Il est en effet impossible d'espérer que des Européens puissent pénétrer jamais
en assez grand nombre dans l'intérieur de l'Afrique, et surtout s'y fixer de façon
à modifier les mœurs de ces populations barbares. Ceux qui y sont ne peuvent
seuls espérer d'y vivre.
Mais pour cela il faut éviter soigneusement d'élever ces enfants à l'européenne,
soit pour le costume, soit pour la nourriture, soit pour la manière de se
coucher… Pour toutes ces choses, il faut se rapprocher des coutumes nègres
autant qu'on le pourra. On ne doit point faire porter de chemises, de souliers à
ces enfants. On devrait aussi pouvoir leur donner presque exclusivement le
genre de nourriture en usage chez eux, comme le sorgho, le maïs, les
cacahuètes, quelque peu de poisson bon marché ou de basses viandes, point de
soupe, jamais.
Il faudrait arriver à leur supprimer complètement le pain qui n'existe pas dans
leur pays. Si l'on pouvait ne plus louer les terrains et avoir deux vaches, on
pourrait aussi leur donner du lait.
Je crois qu'il y a excès à tenir ces enfants enfermés comme on le fait ; leur santé
en souffrira ; l'été surtout il est important de les mener au bain. Pour ne pas
attirer l'attention, on pourrait les y conduire deux par deux et de même pour les
promenades ; lorsqu'un père aurait occasion de sortir dans le voisinage, il
pourrait prendre deux de ces enfants avec lui.
Pour l'instruction, il ne faut pas surtout tomber dans l'erreur de leur enseigner
trop de choses à la fois. Le latin sera absolument exclu de leurs classes et cela à
perpétuité. On ne leur enseignera que le français comme instrument de leurs
études ultérieures, et pour cela on essaiera les meilleures méthodes. Celle qui
consiste à enseigner chaque jour un certain nombre de mots, en montrant les
objets qu'ils représentent est la plus simple comme la plus avantageuse.
Toutefois rien ne vaut la récréation où l'on interdirait l'usage de toute autre
langue sous peine de punition, de même dans les classes ; le maître doit
s'interdire complètement de leur parler arabe quelque peine qu'il y à cela au
commencement.
Dès qu'ils comprendront un peu le français, on commencera à leur apprendre à
lire ; mais lorsqu'ils sauront épeler il faut se garder de leur faire lire aucun mot
dont ils ne comprendront pas auparavant le sens ; pour cela on le leur
expliquera de vive voix, en leur montrant les objets et leur apprenant à les
nommer. Lorsqu'ils sauront suffisamment le français, on leur enseignera le
catéchisme, ainsi que la géographie de l'Afrique, point celle des autres pays. On
pourra aussi leur apprendre les quatre règles d'arithmétique.
Pour ce qui concerne l'éducation proprement dite, il y a plusieurs points
essentiels à considérer. Le premier concerne les bonnes mœurs ; il faut être
inexorable sur cet article ; sans cela on ne tirera rien de ces enfants. Le second
concerne le développement de leurs idées religieuses : il faut y procéder par
voie d'autorité, sans leur laisser même supposer qu'il y ait au monde une
religion autre que la véritable. Il faut tâcher de leur faire prendre goût aux
cérémonies de l'Eglise ; et pour cela il serait bien d'avoir parmi eux six enfants
de chœur qui s'habilleraient chaque dimanche comme les enfants de chacune de
nos églises, ce qu'on ne leur accordera que comme récompense.
Mais en élevant ainsi leurs cœurs et leurs âmes à des régions supérieurs, il faut
bien se garder de leur inspirer le mépris de leur race, et de leur pays. Tout au
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contraire il faut par tous les moyens possible exciter en eux un grand amour de
la race nègre, un grand zèle pour son amélioration, et pour la destruction de
l'esclavage dont ils ont été eux-mêmes les tristes victimes ; pour cela il faut leur
en parler souvent. Dans l'esprit de ceux qui commencent cette œuvre, ces
enfants nègres ne doivent pas être un jour des missionnaires proprement dits,
en ce sens qu'ils reçoivent le sacerdoce ; ce sera là une exception extrêmement
rare.
Ils seront presque tous médecins : cet art étant celui qui leur facilitera plus tard
dans leur patrie les moyens d'influence, et même la possibilité de gagner leur vie
matérielle. Il faut autant que possible tourner leurs idées de ce côté.
Saint-Louis, le 8 Juillet 1877
Charles, archevêque
Délégué Apostolique
2. EXTRAIT DE LA CARTE DE VISITE DE LA STATION DE SAINT LOUIS
DU 29 MAI 1879 .(2)
Saint-Louis de Carthage, 29 Mai 1879.
DES ENFANTS.
Ce qui me paraîtrait le plus nécessaire dans la situation actuelle serait qu'un
Père et un Frère au moins fussent exclusivement ou très principalement chargés
des enfants. Sans cela, je crains que ceux-ci, passant sans cesse de main en
main, ne fassent pas les progrès nécessaires, soit dans la science, soit dans la
piété.
Au point de vue de la piété, je ne pense pas que l'on doive leur donner le
baptême avant qu'ils soient arrivés à un âge où ils puissent comprendre ce que
c'est qu'un engagement moral et de conscience aussi grave que celui qu'un
chrétien prend au baptême.
Je serais d'avis que l'on rétablit pour eux, en attendant, le catéchuménat formel
tel qu'il se pratiquait aux premiers siècles de l'Eglise, qu'on les y admît par une
cérémonie solennelle où ils promettaient d'observer de leur mieux, la loi
chrétienne, et qu'on leur fît, à dater de ce moment, porter un signe extérieur
comme serait une médaille suspendue à un cordon ou à un ruban, ainsi que cela
se pratique pour les congréganistes.
Je désirerais que pour les catéchumènes et pour ceux qui sont déjà chrétiens, le
catéchisme eût toujours lieu à la chapelle au moins deux fois par semaine et
même davantage si la chose est possible, car il faut que ces enfants soient non
seulement chrétiens par leur instruction, mais qu'ils prennent autant que
possible l'esprit de foi.
Pour l'étude, je pense qu'il importe de séparer complètement pour les classes les
enfants en deux divisions, et qu'ils soient séparés à ce moment-là dans des
appartements distincts. Les études de ces enfants doivent être tout entières
dirigées vers le but exclusif que nous nous proposons qui est d'en faire des
médecins chrétiens destinés à rentrer dans leur pays respectifs avec nos
missionnaires. Pour cela on se bornera aux plus simples éléments de la langue
française, on insistera davantage sur l'histoire de la religion et celle de l'Afrique,
et on commencera de bonne heure à leur donner quelques éléments simples
d'histoire naturelle, de chimie, etc.…
Pour les deux plus grands, Charles et Félix, dont l'instruction est plus achevée,
je désirerais qu'on les appliquât dès maintenant à la médecine, et que chacun
d'eux, à tour de rôle servît ou accompagnât le Père Delattre, tant dans les soins
et les consultations qu'il donne à Saint-Louis, que dans ceux qu'il va donner à
domicile. Un peu plus tard, ces enfants seront envoyés à l'hôpital des Attafs.
Je ne trouve pas que le temps des journées soit suffisamment bien distribué pour
les enfants. Il faut en faire un nouveau règlement et le soumettre à mon
approbation et à ma signature avant mon départ.
Je désire qu'ils aient le plus tôt possible tous le même uniforme. Ils ont
actuellement l'air d'une troupe de mendiants désordonnés et déguenillés. Cela
est honteux pour la maison.
Je pense qu'il est bon de maintenir le lieu de la récréation où je l'ai établi, afin
de soustraire ces enfants le plus possible à la vue du public.
J'ai remarqué qu'on n'a pas tenu compte de ma dernière carte de visite où je
recommandais de nourrir ces enfants autant que possible selon l'usage de leur
pays (3). On leur donne du pain, tandis qu'il n'en existe pas chez eux. Je
demande que l'on ne leur donne plus que de la bouillie très épaisse faite avec de
la farine de sorgho, et qu'on remplace le pain par une valeur équivalente par de
la viande cuite à l'eau avec son bouillon ; je recommande aussi le lait, comme je
l'ai fait à ma visite précédente. Avec un grand parcours, il serait facile d'avoir
deux vaches.
Tel est l'ensemble des observations de détails que je crois devoir consigner dans
cette carte de visite.
En terminant je félicite de nouveau les Pères et Frères de Saint-Louis de la
situation qui leur est faite. Ils ont la paix à l'intérieur, et ce qui n'est pas moins
appréciable ; ils l'ont aussi à l'extérieur, au milieu des troubles profonds et des
périls qui menacent partout l'Eglise et leurs propres confrères. Tandis que ceuxci sont partout en butte aux injustices, aux outrages, aux calomnies, à la
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persécution et bientôt à une persécution peut-être sanglante ; ils vivent dans le
calme sous la protection de Saint Louis et celle de tous les grands Saints et
martyrs de Carthage.
Ils ne sauraient assez témoigner à Notre Seigneur et à sa très Sainte Mère leur
reconnaissance de la part qui les est échue, et ils ne peuvent mieux le faire que
par le dévouement à leurs œuvres, par leur fidélité et leur ferveur.
C'est la grâce que je leur souhaite en les bénissant paternellement du fond de
mon cœur.
Cette carte de visite devra être relue pendant trois mois consécutifs en lecture
spirituelle commune, le jour de la retraite du mois.
Charles, Archevêque
Dél. apost.
Saint-Louis ce 29 Mai 1879.
Supérieur local : R.P. Bresson.
Missionnaires : RR.PP. Delattre et Levasseur.
Frères : Ludovicus et Henri.
3. INSTRUCTIONS POUR LA DIRECTION DE L'INSTITUT APOSTOLIQUE
DES JEUNES NEGRES A MALTE (NOVEMBRE 1880) (4)
De l'importance de l'Institut. - Cette importance est telle qu'une partie de
l'avenir de ma Société et de ses missions en dépend. Il est en effet très difficile
d'envoyer dans l'intérieur de l'Afrique un nombre suffisant de missionnaires. Ils
doivent être dès lors supplées par de jeunes Nègres, formés à toutes les vertus
de l'apostolat et capables de les seconder efficacement par suite de l'éducation
qu'ils auront reçue. C'est dans ce but que l'Institut apostolique des jeunes
Nègres est établi. C'est donc dans cet Institut que se prépare en réalité le sort
ultérieur des Missions Africaines. Cette pensée animera d'un saint zèle les Pères
chargés de réaliser une œuvre si considérable. Ils prendront tous les moyens
que la foi saura leur inspirer pour transformer ces enfants barbares et en faire
non seulement des chrétiens, mais de vrais apôtres. Par leurs paroles, par leurs
exemples, par des instructions religieuses sans cesse répétées, par des exercices
de piété sagement combinés, ils arriveront à en faire ce qu'ils doivent être un
jour, c'est-à-dire les initiateurs et les conquérants religieux de la pauvre
population africaine.
Quelle mission à la fois plus grande et plus digne d'exciter les saintes ardeurs
des Pères à qui elle est confiée ! Mais aussi quelle responsabilité redoutable, si,
par leur faute, ces enfants venaient à se rendre incapables de la mission à
laquelle on les destine. La formation des enfants de cet institut apostolique ne
laissera rien à désirer si on les conduit bien au point de vue de l'esprit de
l'œuvre. Leur esprit est une cire encore molle dans laquelle il sera facile de
graver toutes les impressions que l'on voudra y fixer.
Ces considérations rapides suffisent à montrer l'importance de l'œuvre confiée
aux missionnaires directeurs de l'Institut apostolique des Jeunes Nègres. C'est,
sans contredit une de celles d'où doivent sortir pour la Mission les conséquences
les plus fructueuses.
Des classes. - C'est aux maîtres à voir par l'expérience quelles sont les
méthodes les plus appropriées à l'esprit des jeunes Nègres. Il semble que le
français devra s'apprendre surtout par l'usage, et, pour cela, il suffira presque
de défendre de parler une autre langue durant les récréations. Dans l'animation
des jeux et de la conversation, l'esprit des enfants es plus facilement ouvert, et
pour les nouveaux surtout qui arrivent de l'intérieur de l'Afrique, c'est là qu'ils
sur-monteront plus facilement les difficultés inséparables de l'étude d'une
langue nouvelle. Quant à l'italien, c'est en classe surtout qu'il devra être appris ;
mais si l'on veut obtenir un résultat favorable, il est nécessaire que tout dans
cette classe se fasse en italien comme cela a lieu pour le latin à l'Ecole
apostolique où l'on a obtenu ainsi des résultats vraiment inattendus.
De la part des enfants, on cherchera à entretenir l'esprit de famille dans la
classe, en la rendant aussi vivante et aussi attrayante que possible. Dans la
famille en effet, la vie et l'attrait sont des éléments de chaque jour. Se souvenant
que ces enfants sont ses frères, ses futurs aides dans l'apostolat, le Père
professeur cherchera donc à leur rendre l'étude agréable, et, s'il était possible,
passionnante. Le principal est qu'on ne s'ennuie jamais dans une classe et que
l'intérêt soit toujours soutenu, ce qui ne peut être que par l'émulation et l'esprit
de foi, qui vivifie tout. On peut et on doit unir ensemble ces deux mobiles.
Des lectures spirituelles. - La lecture spirituelle, telle qu'on va l'expliquer, doit
être le centre et comme l'âme de toute la vie intérieure de l'Institut apostolique.
Après la récitation du chapelet, le P. Supérieur, avant de commencer la lecture
d'un livre, prendra donc lui-même la parole, et fera part à la communauté de ses
impressions du jour. Il dira par exemple : cela va très bien ou bien, j'ai remarqué
la piété des uns, la fidélité à la règle des autres, la bonne tenue dans les
exercices de piété, etc.
Dans telle classe j'ai assisté à un combat plein d'intérêt où tels et tels se sont
distingués, ou bien, selon l'occasion, il dira le contraire, il se plaindra des
irrégularités, ou des défauts qu'il aura observés.
En un mot, il fera les fonctions du père de famille, qui fait connaître à ses
enfants tout ce qui peut les intéresser dans leur vie commune et leur propose
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toutes les pensées capables de les exciter au bien. Il étendra ce cercle de la
famille dans ses communications de chaque jour, il leur parlera de la Société des
missionnaires, de leurs fondations, des progrès, des malheurs, des morts, qui se
produiront. Je recommande tout particulièrement au P. Supérieur chargé de la
lecture spirituelle, de ne pas craindre d'insister beaucoup auprès des enfants sur
le côté surnaturel et miraculeux de la religion. Ce sont des natures primitives,
par conséquent disposées à accepter plus facilement les choses de la foi. Ils
doivent rester plus tard au sein de populations dont l'instinct de crédulité n'est
combattu par aucun des préjugés de nos sociétés modernes.
Ce serait une chose déplorable que d'élever nos jeunes Nègres comme des
rationalistes. Il faut qu'ils soient avant tout des hommes d'une foi vive, ardente,
enthousiaste, et pour cela, il faut leur présenter la religion du côté qui élève
l'âme et l'enthousiasme le plus, c'est-à-dire du côté miraculeux.
Dans ses lectures spirituelles, le P. Supérieur aura donc soin de choisir toujours
des ouvrages ou sujets qui rentrent dans cet ordre d'idées, par exemple, la vie
des Pères du désert, les miracles de saint François Xavier, de saint François
d'Assise, tous les faits miraculeux qui se produisent actuellement dans l'Eglise,
soit dans les pèlerinages, soit autrement, et qui sont rapportés dans les feuilles
religieuses. Le P. Supérieur devrait se faire pour lui-même une collection de
récits de miracles ou de traits d'héroïsme religieux, afin d'en faire comme le
fond de ses discours.
C'est après ces communications et ces exhortations qui peuvent durer
quelquefois tout le temps de la lecture spirituelle, et quelquefois la moitié
seulement ou une moindre portion du temps qui lui est destiné, qu'il y aura lieu
de faire lire le livre de lecture qui aura été désigné. C'est au P. Supérieur de
commenter la lecture faite lorsqu'il jugera qu'elle a été suffisante. Il le fera en
appliquant d'une manière pratique à sa communauté ce qui vient d'être lu, en
faisant ressortir surtout ce qui a trait à la formation des vertus, à l'apostolat.
Mais une lecture spirituelle, pour être bien faite, doit être très soigneusement
préparée. Il faut que le P. Supérieur y réfléchisse, en fasse sa principale
occupation de chaque jour et prenne toujours des notes sur ce qu'il doit dire,
afin d'être bien assuré de lui-même. Il faut surtout qu'il attache à rendre cet
exercice non seulement édifiant mais intéressant, qu'il y mêle des récits, des
histoires, et pour cela se procure les livres nécessaires pour les apprendre luimême. Dans les maisons où la lecture spirituelle se fait ainsi, elle excite parmi
les enfants une ardeur extraordinaire, et elle est attendue chaque jour avec
impatience, et on remarque dans ces maisons, qu'elle produit des fruits
excellents et que rien ne peut la remplacer
Des principaux moyens qui doivent former les enfants à la vie
apostolique. - Ces moyens se divisent en deux classes générales : les uns
regardent surtout la formation du cœur par la pratique des vertus apostoliques ;
les autres, la formation de l'esprit par l'acquisition de la science nécessaire à un
médecin apôtre.
De la formation du cœur des enfants par la pratique des vertus
apostoliques. - le principal soin de l'enfant qui veut se former à la vie
apostolique et en acquérir les vertus est d'avoir toujours en vue la fin qu'il
poursuit. Or la fin que poursuit un élève de l'Institut apostolique des jeunes
Nègres est de se sanctifier d'abord lui-même, afin de travailler efficacement plus
tard à sanctifier les âmes, principalement celles des infidèles, par ses exemples,
son zèle et son désintéressement.
C'est cette double fin de sa vocation que l'enfant vraiment apostolique
considérera sans cesse, afin de s'animer à la remplir parfaitement avec l'aide de
la grâce. Or, la sanctification d'un enfant suppose un attachement fort et ardent
à Notre Seigneur.
C'est cet attachement profond envers N.S. que l'on cherchera à faire naître en
eux dans tout le cours des instructions et des exercices de piété qui sont propres
à l'Institut apostolique. On leur fera d'abord connaître N.S. et sa loi sainte pour
les leur faire aimer. C'est ce qui aura lieu principalement dans les instructions
du catéchisme et dans les autres exhortations morales qui leur seront adressées.
Cette connaissance de N.S., de tout ce qu'il a fait pour sauver les hommes et de
la perfection à laquelle il les appelle, devrait faire naître dans les jeunes Noirs
infidèles, une grande reconnaissance envers Dieu en voyant de quel triste état il
les a tirés. S'ils n'avaient pas été rachetés et sauvés, en effet, par la bonté de
Dieu et le zèle des missionnaires qu'il leur a envoyés, ils seraient à jamais
plongés dans toutes les ténèbres et dans toutes les horreurs de la barbarie.
Chez eux, on ne connaît pas la charité : c'est la violence seulement qui règne
partout et qui partout sacrifie les faibles au profit des forts. On se poursuit, on
se blesse, on se vend comme de vils animaux, on se tue, on s'entredévore. Voilà
comment les enfants de l'Institut apostolique auraient été eux-mêmes si la
miséricorde de Dieu ne les avait prévenus.
Dans les peuples auxquels ils appartiennent et dans les familles, il n'existe
aucune retenue. Tout le monde s'y permet sans honte les actes les plus
dégradants, les plus dégoûtants, et, sous ce rapport, on se conduit comme des
animaux. Et voilà de nouveau ce qu'auraient été les jeunes Nègres de l'Institut
apostolique, s'ils n'avaient été arrachés comme par miracle à la vie sauvage de
l'intérieur de l'Afrique, pour être éclairés des lumières de l'Evangile. C'est ce
qu'on leur expliquera bien et ce qu'on leur fera sentir tous les jours soit en leur
racontant leur histoire, soit en profitant de toutes les autres occasions et surtout
des fautes qu'ils pourront commettre. Mais ce n'est pas assez d'avoir une idée
du mal dans lequel ils étaient plongés et dans lequel ils seraient restés sans une
grâce toute spéciale de Dieu, il faut qu'ils fassent tous leurs efforts pour se
corriger des vices qui règnent dans leur pays et se former à toutes les vertus
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chrétiennes. C'est là l'œuvre spéciale à laquelle ils devront travailler pendant
tout le temps qu'ils resteront à l'Institut apostolique.
Ils s'efforceront donc de triompher des mauvaises inclinations de leur nature. Au
lieu de la violence et de l'emportement, ils chercheront à pratiquer la douceur et
la charité chrétiennes. Ils aimeront tendrement leurs condisciples, ils
s'efforceront de leur faire tout le bien possible. Ils apprendront qu'il n'est pas
permis de rendre le mal pour le mal ; mais qu'au contraire la loi chrétienne est
de faire du bien à ceux qui nous font du mal. Ils prendront la résolution
généreuse de pratiquer cette vertu quand ils seront retournés dans l'intérieur de
l'Afrique.
On aura bien soin de veiller à ce qu'il ne se produise impunément aucun acte de
violence ou de menace brutale de la part des enfants. Ce serait un cas exclusif
que l'habitude d'une pareille conduite de la part d'un jeune Nègre.
Mais la charité ne suffit pas, il faut qu'elle soit fondée, et avec elle, toutes les
autres vertus sur l'humilité. On tâchera donc de donner dès l'origine une exacte
idée de cette vertu si nécessaire aux élèves de l'Institut apostolique. Elle est
absolument étrangère à l'esprit des infidèles, et elle n'existe que dans le
christianisme. On leur apprendra donc qu'ils ne sont rien par eux-mêmes et que
tout ce qu'ils ont de bien comme la force, la santé, quelques autres bonnes
dispositions, l'existence même, leur viennent de Dieu, et on leur fera sentir que,
de leur propre fonds, ils n'ont que des habitudes ou des propensions mauvaises
et souvent très honteuses. On s'attachera ensuite dans les faits de chaque jour à
combattre leur orgueil par des humiliations salutaires. Il ne faut pas craindre, à
cet égard, de porter le fer dans la plaie. La plaie est profonde, et si elle n'est
pénétrée tout entière, elle amènera la mort, c'est-à-dire l'inutilité de tous les
efforts faits pour transformer les âmes de ces enfants.
Il faut dire à peu près la même chose de l'obéissance chrétienne à laquelle les
nations barbares ne sont nullement disposées. Ne connaissant que la force, elles
ne savent qu'imposer brutalement la servitude du corps sans penser à atteindre
l'âme elle-même par un principe supérieur. Il faudra donc aux jeunes Nègres
dans toute la conduite de leur vie à l'Institut apostolique une exacte idée de
l'obéissance, telle qu'elle nous est imposée par la foi. On leur rappellera sans
cesse que c'est à Dieu même qu'ils doivent obéir et qu'ils obéissent dans la
personne de leurs supérieurs légitimes. On les pénétrera fortement de cette
pensée, on les habituera en conséquence à obéir par conscience et non par
crainte.
Du chant et des cérémonies. - Dans un Institut apostolique ils ne sauraient
être négligés. Il faut que les enfants s'y appliquent et s'y perfectionnent de
bonne heure, car l'un et l'autre peuvent leur rendre de grands services dans leur
ministère. Un écrivain illustre raconte que ce fut par le chant que les premiers
missionnaires de l'Amérique du Nord attirèrent les sauvages du pays et
gagnèrent leur confiance. Sur les natures primitives et neuves comme celles des
barbares au milieu desquels nos missionnaires doivent aller un jour, la pompe
des cérémonies peut également avoir une heureuse influence. Il faut donc de
bonne heure les connaître et les bien faire. On attachera donc, pour les raisons
qui viennent d'être indiquées, une importance véritable au chant et aux
cérémonies.
P. Stefaan Minnaert M.Afr (Rome, Février
2009)
1 . A.G.M.Afr., Société des Pères Blancs :
1868-1880, N° 46, N°1583 (2a).
2 . A.G.M.Afr., Société des Pères Blancs :
1868-1880, N° 46, N°3178 (6).
3 . En effet, les Pères avaient amélioré le régime
alimentaire des enfants ayant des problèmes de
santé. Le 30 mars 1879, le supérieur note dans le
diaire du poste : " Le nombre des malades est
assez considérable depuis quelques temps… La
santé des Pères et des enfants est assez bonne. Un
enfant a été atteint d'une bronchite dont il garde
encore quelques petits restes. Plusieurs ont eu des
panaris ; quelques-uns des symptômes d'anémies ;
nous leur donnons un peu de viande de temps en
temps " (A.G.M.Afr., Journal du poste de SaintLouis : 1879).
4 . Cardinal LAVIGERIE, " Instructions pour la
direction de l'Institut des Jeunes Nègres à Malte
(Novembre 1880) ", in Instructions aux
Missionnaires, 1950, Grands Lacs, pp. 147-154.
Voir aussi : * Histoire : Lavigerie et les
Médecins-Catéchistes en Afrique.
.
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1. la Chapelle ancienne et restaurée du Cardinal à la Marsa
(Carthage):
2. A la Marsa (Carthage), l'Archevêché du Cardinal (ancien
et actuel , devenu ensuite Petit Séminaire, Ecole
Professionnelle et aujourd'hui école primaire privée
Crédit photos © MG Juan José Osés M.Afr.
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