Fiche du document numéro 36238

Num
36238
Date
Mardi 2 juin 2026
Amj
Auteur
Fichier
Taille
168692
Pages
6
Titre
Discours du Président Paul Kagame à l'occasion de l'inauguration à Paris du Mémorial en hommage aux victimes du génocide contre les Tutsi
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Source
Type
Discours
Langue
FR
Citation
Paris, 2 Juin 2026

Je tiens à remercier la survivante qui vient de prendre la parole, Jeanne Uwimbabazi.

Les événements qu’elle a décrits me sont, à bien des égards, très familiers.

Au Rwanda, il semblait exister un cycle de trente ans au cours duquel de telles tragédies se reproduisaient inévitablement. Car ce qu’elle a relaté, nous l’avions déjà vécu quelque trente années auparavant.

À cette époque, j’avais quatre ans. Ma famille, ainsi que de nombreuses autres, est devenue réfugiée dans un pays voisin. J’ai grandi dans un camp de réfugiés pendant plus de vingt ans.

Cela s’est produit dans les années 1960, puis cela s’est reproduit en 1994.

Bien entendu, ce qui s’est passé en 1994 est sans commune mesure. Je faisais simplement référence à ce cycle tragique qui s’est répété au fil du temps.

Les événements du génocide contre les Tutsi appartiennent encore à la mémoire des vivants. C’est pourquoi le travail de mémoire commence nécessairement par la parole des survivants.

Les survivants sont des mémoriaux vivants, non seulement en raison des cicatrices visibles qu’ils portent sur leur corps, mais aussi à travers les blessures indélébiles de l’esprit qu’ils nous transmettent par leur témoignage.

Le mémorial qui se dresse devant nous est puissant, parce qu’il grave la vérité dans la pierre et la protège de l’insensibilité du temps, tout en instruisant les générations présentes et futures.

Il ne constitue pas une validation, parce qu’aucune validation n’est nécessaire. Mais il demeurera un témoignage de respect envers la dignité du peuple rwandais et envers notre histoire.

Cependant, assister à l’inauguration d’un tel mémorial, dans un lieu d’honneur de cette ville de Paris, n’a rien d’ordinaire.

Je souhaite remercier la Ville de Paris, ainsi que son maire, Emmanuel Grégoire, de même que l’ancienne maire Anne Hidalgo, pour avoir rendu cela possible.

Assumer les responsabilités de l’histoire exige un véritable courage, parce que cela suscite une opposition farouche de la part de ceux qui ont des comptes à rendre.

Il faut également un profond sens de l’humanité pour mener une telle démarche jusqu’à son terme.

Monsieur le Président Macron, je tiens à vous rendre hommage pour ces deux qualités : le courage et l’humanité.

Il y a cinq ans, vous avez pris un risque en vous rendant à Kigali à la suite de la publication de deux rapports indépendants : l’un commandé par votre gouvernement, l’autre par le Rwanda, mais parvenus à des conclusions similaires.

Vous avez reconnu que la France aurait pu arrêter le génocide, mais qu’elle ne l’a pas fait.

En réponse, j’ai qualifié vos paroles de quelque chose de plus précieux encore que des excuses : la vérité.

Cette voie a été ouverte pour la première fois par le Président Nicolas Sarkozy, à qui je souhaite aujourd’hui rendre hommage.

Lors d’une visite historique au Rwanda en 2010, le Président Sarkozy a reconnu les graves erreurs commises par la France et a déclaré que celle-ci n’avait pas été à la hauteur de sa responsabilité d’empêcher le génocide.

Je tiens également à saluer les journalistes, militants et chercheurs français qui n’ont jamais cessé de faire émerger la vérité. Beaucoup d’entre eux sont présents aujourd’hui.

Par vos efforts pour faire en sorte que cette histoire soit racontée, vous avez sauvé d’innombrables vies et rendu leur dignité aux victimes.

Le génocide contre les Tutsi était prévisible et, en réalité, il avait été prévu. La France se trouvait dans une position unique pour observer les signes avant-coureurs et agir.

Il a fallu beaucoup trop de temps à la France pour affronter pleinement son rôle, ce qui a causé des souffrances supplémentaires.

Et sur certains points, nous ne sommes toujours pas parvenus à un consensus.

Je comprends parfaitement les sentiments des survivants et des défenseurs de la mémoire qui demeurent insatisfaits du récit officiel.

Mais je crois que notre travail commun a engagé un cheminement vers la vérité qui est désormais irréversible.

Et la France n’a pas été seule à faillir, loin de là.

De nombreux autres pays ont également manqué à leur devoir.

Mais aucun n’est allé aussi loin que la France pour rétablir la vérité historique et reconnaître sa part dans cette tragédie.

Nous apprécions également les efforts importants qui ont été accomplis pour poursuivre en justice les auteurs du génocide vivant en France et pour ériger le négationnisme du génocide en infraction pénale. Ce travail doit se poursuivre.

Régler des comptes ne fait que nous enfermer tous dans le passé. Nous devions nous libérer de l’enchevêtrement des mensonges, et nous y sommes parvenus.

Hier comme aujourd’hui, la France joue un rôle de porte-plume dans les affaires africaines, aux Nations Unies comme dans d’autres enceintes internationales.

Par conséquent, chaque fois que les échos de l’histoire viennent interférer avec l’actualité de notre continent, la France sera naturellement tenue à un niveau d’exigence plus élevé, tant sur le plan des faits que sur le plan moral.

J’espère que la France mesure pleinement le poids et la portée de cette responsabilité particulière.

Ce n’est pas une tâche facile, mais elle est d’une importance vitale, et ce mémorial symbolise précisément ces exigences supérieures.

Le Rwanda est sorti de l’expérience du génocide et de la réponse internationale qui l’a accompagnée sans entretenir la moindre illusion.

Une certitude demeure : la responsabilité principale du génocide se trouve au sein même de notre société, en tant que Rwandais.

D’autres ont contribué à cette tragédie, mais nous ne pouvons leur en attribuer davantage la faute que nous ne nous l’attribuons à nous-mêmes.

C’est cette attitude qui nous a permis de nous tourner vers nous-mêmes et vers nos traditions afin d’y puiser les solutions nécessaires pour transformer notre société au bénéfice de tous les Rwandais.

La détermination du Rwanda à surmonter son histoire tragique et à faire en sorte qu’elle ne se répète jamais n’a jamais faibli et ne faiblira jamais.

Nous nous appliquons avec détermination à éduquer nos jeunes afin qu’ils puissent préserver et approfondir les progrès que nous avons accomplis, aussi modestes puissent-ils paraître.

Les actes d’intimidation et les pressions, quelle qu’en soit la puissance ou l’origine, ne font que renforcer notre détermination à rester fermes.

Surmonter le poids de l’histoire exige une volonté politique de toutes les parties concernées.

Dans le monde d’aujourd’hui, une telle volonté est rare.

C’est pourquoi je souhaiterais conclure en réitérant notre appréciation et notre respect pour la clarté de vue et la détermination du Président Macron.

Le travail que nous accomplissons ensemble donnera aux générations futures les outils nécessaires pour construire et préserver la paix et la compréhension mutuelle auxquelles nous aspirons.

Telle est la signification profonde de ce moment.

Je vous remercie de votre aimable attention.
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024