Avec notre correspondante à Kigali, Lucie Mouillaud
Dans son salon, à côté d’un dessin de sa fille, Angélique Uwera a encadré le portrait de son père, tiré d’une photo de groupe prise avec des collègues. «
C’est le visage de mon père. Je ne l’ai pas connu, il est mort quand j’avais trois ans. Je voulais honorer sa mémoire, avoir l’impression qu’il est avec nous », explique-t-elle.
À chaque commémoration, Angélique place des fleurs à côté du portrait : un dessin, souvenir inaltérable de la mémoire de son père, tué pendant le génocide au Rwanda de 1994. «
Je peux lui parler quand je suis triste, quand je suis heureuse, quand j’ai accompli quelque chose. Ce dessin m’a touchée au cœur », souligne-t-elle.
L’artiste fondateur du projet Art for Memories, King Ngabo, a dédié un coin du musée Ingabo aux dessins des disparus. «
On reçoit beaucoup de photos différentes. On nous dit, "c’était mon enfant", "c’était mon grand frère", "c’est la seule photo que l'on a"... Et on nous demande de la préserver, de lui redonner vie », glisse-t-il.
Aujourd’hui, le projet a évolué à travers des dessins graphiques, des vidéos témoignages et une application. «
Ce dessin a sa propre histoire, cette personne a sa propre histoire. C’est ce qu’on veut montrer et exposer au public : ces histoires d’une manière ou d’une autre », conclut King Ngabo.
Un hommage aux victimes porté de jeunes artistes nés après le génocide.
Génocide des Tutsis au Rwanda : « La jeunesse a besoin d'apprendre, de comprendre et aussi d’avoir des outils pédagogiques »
Trente-deux ans après le génocide perpétré contre les Tutsis, la mémoire reste l’un des enjeux principaux portés par l’association des survivants Ibuka. Un enjeu de taille alors que la majorité de la population rwandaise est née après le génocide. Philibert Gakwenzire, président d’Ibuka, souligne : «
La jeunesse a besoin d'apprendre, de comprendre et aussi d’avoir des outils pédagogiques pour mener cette réflexion. C'est toujours important – et il le sera toujours – de garder en mémoire le génocide commis contre les Tutsis, parce que, même si c’est 32 ans après, ce qui s'est passé là, c'est toujours présent. » Il poursuit : «
Donc, c'est un passé qui nous hante chaque fois. Et à cause de l'horreur que les Tutsis, que le Rwanda et que l'humanité ont vécu, à chaque fois, nous disons que nous devons apprendre de notre passé. C'est une façon de nous rappeler, c'est une façon de transmettre, mais c'est aussi une façon de prendre des engagements pour que le "plus jamais ça" soit une réalité. »