Commentaire
This interview gives Dominique de Villepin the opportunity, more than 30 years after the events, to present a particularly favorable account of his role in French policy regarding Rwanda. Alain Juppé’s former chief of staff portrays himself essentially as a clear-sighted witness to a tragedy to which France allegedly tried to respond through diplomacy and, subsequently, humanitarian action. The interview concludes with Dominique de Villepin in tears as he speaks of the genocide. However, comparing this account with contemporary archives suggests a significantly less edifying picture. Dominique de Villepin was no mere outside observer of French policy in Rwanda. As early as July 24, 1992, while serving as Deputy Director of African and Malagasy Affairs, he signed a memo titled
Action de la France au Rwanda, in which he noted that France had deployed troops to Rwanda and "
intensified [its] cooperation with the Rwandan army". During the genocide, he served as Alain Juppé’s chief of staff, placing him at the heart of the French diplomatic and interministerial chain of command precisely when decisions regarding Rwanda were being made. The events of July 1994 are particularly embarrassing in this regard: at a time when the highest levels of the French government were debating whether to arrest the leaders of the interim government present in the Zone Turquoise, the
Duclert Commission report attributed a specific phrase directly to Dominique de Villepin: "
We need to pass the buck to someone else". Then, on
July 15, 1994, the Armed Forces General Staff sent a fax to the Ministry of Foreign Affairs, explicitly marked "
for the attention of Mr. de Villepin", informing him of the presence of members of the Interim Government in Cyangugu. The timeline is worth noting: at the very moment when the officials of the government orchestrating the genocide were within reach of French forces, Dominique de Villepin was part of the decision-making core; he advocated leaving their arrest to others and personally received information regarding their whereabouts. One would have liked the interview to confront the former chief of staff with the questions raised by these archives: what action did he take regarding the fax personally addressed to him on July 15, 1994? What did he do with the information conveyed to him? What personal role did he play in the French stance that led to these officials not being arrested? These questions are all the more legitimate given that Dominique de Villepin himself,
in 2003, claimed a role as a key figure during that period ("
I was Alain Juppé’s chief of staff") while speaking of the "
terrible genocides that struck Rwanda". The emotion that overcame Dominique de Villepin at the end of the interview may well be sincere; there is no way to judge. Yet it leads to a singularly convenient conclusion: the actor of 1994 fades into the background, overshadowed by the deeply shaken witness of 2026. And yet, the historian has access to archives that would allow for a return to less emotionally charged questions, such as what Dominique de Villepin knew, the positions he advocated, and the information personally conveyed to him. It is therefore regrettable that the interview concluded with Dominique de Villepin in tears rather than with a confrontation involving those documents.
Citation
[41:20]
Dominique de Villepin : Y'a pas de bonne décision dans l'urgence. Y'a juste une décision qui correspond à c'que vous êtes, à l'idée… C'est pour ça qu'il ouvre la porte. Parce qu'il se dit : "C'est quoi la France ?". "C'est quoi la France qui laisserait fusilier, euh, des milliers d'gens, devant l'entrée de l'ambassade ?". Et ra…, et je…, je…, je…, j'y fais référence parce que je l'ai vécu, moi, euh, en direct, euh…, dans la crise du Rwanda…, dans l'évacuation, euh, de… nos compatriotes. Avec des drames épouvantables de gens qui, effectivement ont été liquidés, des gens qui nous avaient aidés. Et…, une fois d'plus, quel quel soit les instructions qu'vous recevez, à un moment donné y'a un gars au bout d'la chaîne qui est tout seul et qui prend un risque ou qui prend pas d'risque. Et qui assume ce risque et qui a des conséquences, euh, vertueuses ou des conséquences tragiques.
[42:12]
[…]
[42:40]
Thomas Snégaroff : Je comprends et j'entends votre, euh, votre, euh…, votre émotion en regardant ça. Et surtout en pensant à votre, euh, passé au Rwanda auprès de…, de François Mitterrand. Mais… j'ai quand même le sentiment que c'est pas un geste diplomatique qu'il fait. C'est un geste humain. Le geste des diplomates, ça a été de dire, dans un bureau froid, sans l'urgence : "On va garder les portes fermées".
[42:59]
Dominique de Villepin : Absolument. Vous avez raison.
[43:01]
[…]
[43:50]
Dominique de Villepin : Dans ces moments-là, la règle d'or au Quai d'Orsay, c'est… : "Faites au mieux" [rires dans la salle]. Voilà. Eh oui. Mais "Faites au mieux". Voilà. "Faites au mieux", qu'est-ce ça veut dire ? C'est-à-dire "Faites au mieux" mais n'oubliez jamais : vous êtes Français, vous représentez la France. Quelle est l'idée que vous vous faites de la France dans la crise que vous allez vivre ? Comment vous défendez cette idée-là ? Et, donc, soyez à la hauteur de la tâche. Bon, en gros, démerdez-vous mais…
[44:20]
Thomas Snégaroff : [Sourire] Mais faites-le bien. Oui, oui.
[44:21]
Dominique de Villepin : Mais restez Français…, restez Français. Et qu'on soit fier de vous.
[44:24]
[…]
[48:46]
Thomas Snégaroff : Est-ce que c'est des situations que vous avez déjà connues, vous, dans votre pratique, euh, politique ou diplomatique… au Quai d'Orsay ou dans des ambassades, euh…, voire au secrétaire général, euh…, de la…, de l'Élysée, enfin… vous avez été au plus proche du pouvoir ?
[49:00]
Dominique de Villepin : Je…, j'lai connu dans différentes, euh, situations. J'vous…, j'vous en donnerai une, euh…, qui…, qui…, qui montre à quel point… y'a…, y'a pas d'bonne décision. Mais on prend le risque et on le fait courir à d'autres. Dans, euh…, le…, le…, les derniers moments de la… dernière évacuation, euh, du Rwanda, euh, mon secrétariat reçoit un coup d'fil, euh, d'une famille, euh, dans la banlieue parisienne, euh, qui nous alerte sur le fait que y'a une enfant, une jeune…, une petite fille, qui est, euh…, dans…, dans la…, la…, la banlieue d'Kigali et qui, euh…, est cernée par l'arrivée d'un certain nombre de…, de combattants qui, euh, tuent tout c'qui bouge. Et cette petite fille, euh…, la question se pose de son exfiltration. Et, euh, cette famille dit, euh : "Il faut absolument la faire sortir, euh…, c'est…, c'est…, elle va être…, elle va être tuée, elle va être…". Bon. Euh, ma secrétaire avait l'habitude de renvoyer tout ça sur, euh, sur, euh…, la cellule de crise. Et là elle passe la porte, elle me dit : "Voilà, on a c'cas là". Et donc moi j'appelle les armées, euh, qui étaient sur place dans la procédure d'évacuation et…, et je dis, euh…, il d'vait être minuit, euh, je dis : "Voilà, est-c'qu'on peut s'aventurer jusque dans c'quartier ?". Et la réponse m'arrive des…, des gens sur place, des militaires sur place en m'disant : "C'est très périlleux, c'est un quartier qui…, qui effectivement est complètement investi, quasiment complètement investi. Mais, me disent-ils, on essaie quand même". Ils vont, là-bas. Ils arrivent sur le…, l'entrée d'la porte de la p'tite fille. Et là, la famille qui avait la p'tite fille refuse de donner la p'tite fille parce que l'évacuation se faisait sur le Congo… et pas sur Paris. Et qu'ils craignaient qu'elle soit perdue, euh, dans les pays voisins et…, et…, et pas rapatriée vers la France. Donc ils ne la donnent pas. Une demi-heure après, on reçoit à nouveau l'appel de cette famille, en disant : "Y'a un malentendu, ils n'ont pas compris". Euh, bon. Et donc je rappelle les militaires sur place. Et là j'leur dis : "Mais…". Et là il me disent, euh : "Honnêtement, c'est…". Et j'leur dis : "Écoutez, faites tout c'que vous pouvez". Et ils l'ont fait… [Au bord des larmes] Vive l'armée française [applaudissements de la salle].
[51:20]