Fiche du document numéro 35880

Num
35880
Date
Jeudi 15 janvier 2026
Amj
Auteur
Fichier
Taille
543660
Pages
2
Urlorg
Titre
Elucubrations à l’Assemblée, les propos ironiques du RN Frédéric-Pierre Vos sur le génocide au Rwanda scandalisent les députés
Sous titre
Lors des débats sur le budget, l’élu d’extrême droite a choqué, ce jeudi, les bancs du Palais-Bourbon en demandant à ceux qui veulent modifier le pacte Dutreil de ne pas se «transformer en Tutsis pour couper les Hutus sous prétexte qu’ils étaient plus grands», inversant de surcroît au passage les rôles dans le génocide.
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Source
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
Le député RN Frédéric-Pierre Vos à l'Assemblée le 21 octobre 2024. (Karim Daher/Hans Lucas)

On ne savait pas trop où voulait en venir Frédéric-Pierre Vos lorsque le député RN de l’Oise invoquait la déclaration universelle des droits de l’homme, lors d’une discussion dans l’hémicycle, ce jeudi, sur un amendement au projet de loi de finances 2026… C’était sans compter la conclusion, à l’adresse des députés qui souhaitent réformer le pacte Dutreil (cet avantage fiscal sur la transmission d’une entreprise familiale), propos qui n’ont pas permis de clarifier la chose mais ont choqué : «La résistance à l’oppression, c’est ne pas confondre égalité et égalitarisme, et [ne pas] vous transformer en Tutsis pour couper les Hutus sous prétexte qu’ils étaient plus grands.» Une comparaison qui a entraîné rappels au règlement et excuses de Jean-Philippe Tanguy, chef de file du RN sur le budget. Au perchoir, ce jeudi matin, la vice-présidente de l’Assemblée, Marie-Agnès Poussier-Winsback (Horizons), a promis de voir «quelles suites nous donnons à cette affaire» avec la présidente du Palais-Bourbon, Yaël Braun-Pivet.

Dans la foulée de l’intervention de Vos, qui était avocat du Front national, la présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, Cyrielle Chatelain, a fait un premier rappel au règlement : «Les propos tenus par notre collègue, c’est intolérable. Il vient de faire référence à un génocide qu’il y a eu au Rwanda, et c’est absolument honteux ! Cela revient à une attitude négationniste. Comparer un débat fiscal, comparer le fait de vouloir la juste contribution des Français, à un génocide où des gens ont été tués à la machette, c’est inadmissible !» Après d’autres discussions recentrées sur le budget et une suspension de séance qui ne semblait pas liée aux propos tenus par Frédéric-Pierre Vos, la tension est remontée, avec des appels à sanctionner l’élu, notamment de la part de Boris Vallaud (PS). «Il me semble qu’il y a des choses qui sont du domaine du débat politique, y compris vif, et il y a des crimes contre l’humanité qui ne peuvent et ne doivent jamais, en aucun cas, servir de prétexte à une argumentation politicienne entre nous, ni même servir à je ne sais quel jeu de mots ou jeu d’esprit, ça n’existe pas», a également regretté Hadrien Clouet (LFI).

«Et on continue le débat comme si de rien n’était»



Mais la prise de parole dans l’hémicycle du député Renaissance Hervé Berville a revêtu une dimension particulière, ce dernier, Tutsi, étant un rescapé du génocide au Rwanda et évacué vers la France à l’âge de 4 ans. «Cette phrase est indigne, cette phrase est inadmissible, cette phrase est intolérable. Nous ne pouvons pas évoquer un massacre ignoble, un génocide, et c’est le génocide des Tutsis au Rwanda, ce n’est pas le génocide au Rwanda ou le génocide des Hutus envers les Tutsis. C’est, en un mois, un million de personnes qui ont été massacrées à la machette. Ce sont des vies qui ont été brisées, c’est des jeunes enfants qui étaient jetés contre les arbres sous prétexte qu’ils étaient tutsis», a rappelé l’ex-secrétaire d’Etat à la Mer et à la Biodiversité. Avant de dire tout le mal qu’il pense de l’intervention du proche de Marine Le Pen. «Déjà, on inverse la victime et le bourreau, et on continue le débat comme si de rien n’était. Imaginez si dans cet hémicycle on avait dit : c’est comme si vous transformiez les Juifs qui découpent à la machette d’autres personnes.» Après avoir exigé «un rappel à l’ordre», Berville a conclu que cela «dit beaucoup du chemin qui nous reste à parcourir pour faire en sorte que ce génocide des Tutsis au Rwanda soit pleinement reconnu».

Sentant l’affaire s’envenimer, Jean-Philippe Tanguy a tenté d’éteindre l’incendie : «Je tiens, au nom de notre groupe, à nous excuser pour les propos qui ont été tenus, que je ne comprends pas. Evidemment nous honorons la mémoire des victimes du génocide du Rwanda.» Il n’y a plus qu’à attendre les «suites» que donnera la présidente de l’Assemblée.
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024