Citation
En attendant l'arrivée des troupes de l'ONU
L'UEO pourrait jouer un rôle important
BRUXELLES
de notre correspondant
Les Français, affirme un offi-
cier de la cellule de planification
de l'Union de l'Europe occiden-
tale (UEO), ont découvert au
Rwanda «des besoins d'une
ampleur encore plus grande que
ce qu'ils imaginaient». Du coup,
avant même que l’on connaisse la
réponse qui sera faite par les
pays membres aux demandes
d’aides diverses formulées ou à
formuler prochainement par
Paris, on pense ici que l'UEO est
appelée à jouer au Rwanda un
rôle plus considérable qu'elle ne
l'a déjà fait en ex-Yougoslavie et
en Somalie. L'hypothèse d’une
réunion du conseil de l'UEO au
niveau ministériel pour examiner
la question est envisagée.
L'idée agitée par certains, après
que François Léotard eut souli-
gné au Rwanda la nécessité de
nouveaux concours, est que la
France pourrait mettre l’Europe
en face de ses responsabilités s’il
apparaissait nécessaire de faire
un véritable effort collectif en
attendant l’hypothétique relève
par la MINUAR 2, la mission
d'intervention des Nations unies
au Rwanda. Après avoir assumé
seule les risques militaires du
début de l’intervention, la France
aura sans doute besoin de
concours matériels importants,
concours qui pourraient venir
plus facilement une fois établie la
pureté de ses intentions.
Dans l'immédiat, l’organe de
l'UEO le plus actif est la cellule
de planification, qui compte une
quarantaine de personnes, des
militaires pour la plupart. Cha-
que Etat membre est représenté
par trois officiers (un pour cha-
que arme). Ceux-ci agissent non
pas en tant que représentants de
leurs pays respectifs, comme les
ambassadeurs présents au conseil,
mais en leur qualité de spécia-
listes dans une espèce d'état-ma-
jor multinational.
La cellule n’est pas un organe
de commandement sur le terrain
mais un moyen de planification
et de concertation. Elle est
notamment chargée de fournir
des avis au conseil de l'UEO sur
la faisabilité de telle ou telle opé-
ration et de coordonner la prépa-
ration du déploiement de forces
sous l'égide de l'UEO jusqu’à ce
qu'une mission, soit éventuelle-
ment confiée à un état-major
interarmées.
Un test pour l’Europe
« Une décision prise par l'état-
major français peut demander
une transcription adaptée aux cul-
tures militaires et aux méthodes
de nos partenaires», explique un
expert français. D'où la nécessité
de ces contacts, même dans la
phase exploratoire de l’interven-
tion française. Depuis le début
des événements, la cellule de pla-
nification est représentée à l’état-
major général français par un
officier portugais. Celui-ci sera
ensuite relevé par un autre Euro-
péen. Il est probable qu'un offi-
cier français viendra de Paris à
Bruxelles pour faciliter « la phase
interactive ».
Plus qu'en Somalie, où les
Américains menaient le jeu, le
Rwanda pourrait être un test sur
la capacité d'action commune des
Européens face aux drames afri-
cains présents ou à venir. Pour
une fois, il n’y aurait pas « conflit
d'intérêts» entre la vocation
européenne de la France et sa
vocation africaine. À condition
que ses partenaires, notamment
britanniques, l’acceptent.
JEAN DE LA GUÉRIVIÈRE