Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs
I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE Du racisme ordinaire - La «vraie liste»
- Total privatise la marine camerounaise
- Opacité naturelle - Le monde est si petit
- Fausse modestie - Côte d’Ivoire : un
optimisme feint
ËP. 3 Le FMI et sa proie africaine
Un rapport récent du FMI montre comment le FMI entend garder en vie la proie
africaine pour la sauvegarde du système
financier mondial et de ses bénéficiaires.
Éditorial
First dog
A
ËP. 11 FRANCE Immigration : une administration déloyale
Le témoignage édifiant publié par le Gisti
qui illustre les pratiques quotidiennes des
consulats français.
quoi tient la politique! Je m’étonne toujours de la capacité des médias à nous entretenir
de futilités alors qu’on occulte les sujets majeurs qui nous concernent. Mais c’est une
naïveté puisque les médias sont justement faits pour nous empêcher de nous occuper
de ce qui est important pour nous. Ainsi la peopolisation du pouvoir nous a valu aux infos TV
des images sur le chien offert à la famille gouvernante états-unienne, présenté comme « the
first dog ». Quel grincheux peut prendre ombrage de cette anecdote humoristique ! Mais il
faut se méfier de l’humour, il ne faut pas trop jouer avec parce que sa fonction est éminemment
subversive – ainsi la cérémonie qui montrait Bush grâciant une dinde le jour de la célébration
du Thanksgiving rappelle par l’absurde qu’il n’a jamais grâcié aucun condamné à mort quand
il était gouverneur du Texas –.
Et si cette nouvelle humoristique nous suggérait que tous les palais gouvernementaux
n’étaient finalement, à la Maison Blanche, à l’Élysée et ailleurs, que des niches pour les
first dogs qui nous gouvernent. On l’a vu au sommet du G 20 à Londres, réuni pour lutter
contre les paradis fiscaux, et qui n’a même pas accouché d’une souris. La ridicule liste
noire de quatre noms, le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l’Uruguay exhibée à
l’issue des travaux, s’est même évaporée en quelques instants – ces maladroits s’étant
empressés de prendre l’engagement de respecter les normes internationales en matière
d’information bancaire – si bien que le secrétaire général de l’OCDE a pu annoncer,
avec un humour involontaire, le 7 avril 2009, qu’il n’y a plus aucun pays sur la liste
noire des paradis fiscaux. On se bouscule par contre sur la liste grise, voire gris foncé,
puisque, décidément, on ne lésine pas sur l’humour dans les hautes sphères.
Les dirigeants des 20 pays les plus riches, censés être réunis pour prendre des mesures
contre l’évasion des capitaux – ce qui passait nécessairement par la réforme drastique
de ces « normes internationales » qui ont permis toutes les aberrations de la situation
actuelle – se sont contentés de poser pour la photo. Ils ont montré qu’ils étaient tenus en
laisse par des intérêts bien plus contraignants que ceux des peuples qu’ils disent représenter. Ils ont renvoyé les vraies décisions à leurs maîtres.
Ils ont décidé d’allouer plus de 1 000 milliards de dollars aux IFI (Institutions financières internationales, Banque mondiale et Fond monétaire international). Les
fonds du FMI s’en trouvent triplés avec 500 milliards de dollars supplémentaires,
s’ajoutant aux 250 milliards de dollars de ressources existantes. Les pouvoirs politiques des IFI sont renforcés, ce qui augmente en conséquence le pouvoir des vrais
décideurs en son sein puisque la réforme des quotas de vote est renvoyée aux calendes grecques. Les dindons de la farce sont, comme de juste, une grande partie des
pays émergents et les pays les plus pauvres, c’est-à-dire tous ceux qui ne figurent
pas sur la photo.
Sur les hedge funds (fonds spéculatifs non réglementés, peu transparents, souvent
implantés dans les paradis fiscaux), on a décidé non une réglementation, qui suffisait à les faire disparaître, mais la création d’une «agence de notation» qui a fait
ricaner leurs promoteurs. On s’en est remis à la sagesse des dirigeants des banques
et des multinationales pour réguler leurs extravagantes rémunérations. Autant demander au gibier de tisser les rêts pour se prendre.
Enfin, on a réaffirmé le dogme de l’OMC sur la liberté des échanges dans le commerce mondial. Sachant que 17 des 20 pays présents venaient de prendre ou de
renforcer des dispositions protectionnistes, c’était la note « le chien aboie, la caravane passe » de l’événement.
Odile Tobner
w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . s u r v i e . o r g
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 180 Mai 2009 - 2,30 euros
ËP. 4 CONGO-BRAZZAVILLE Sassou Nguesso ou la démocratie frappée d’obscénité
La récente escale de Nicolas Sarkozy à
Brazzaville aura sans doute été, à quelques
semaines d’une élection présidentielle,
l’occasion de prendre la mesure exacte
des propos tenus récemment par notre
ambassadeur: «Aujourd’hui, la paix et la
stabilité sont revenues, mais l’État de droit et
l’administration restent à perfectionner».
ËP. 6 TCHAD Les Tchadiens, toujours otages du soutien français à Idriss Déby
Le dernier rapport Afrique de
l’International Crisis Group (ICG) est sans
détour dans ses conclusions quant au bilan
de la force européenne à forte composante
française (Eufor) dans l’Est du Tchad.
ËP. 7 LIRE Déby, vers une fin fatale
Le journaliste tchadien, Samy Passalet,
raconte de l’intérieur, la passation de
pouvoir mouvementée entre Hissène Habré
et Idriss Déby.
ËP. 9 MAURITANIE La junte militaire et la
France jouent avec le feu
La bienveillance française envers les
putschistes mauritaniens se confirment.
ËP. 10 SOMALIE Halte à la piraterie au nord
comme au sud !
Le bras de fer engagé avec les pirates
somaliens ne doit pas cacher les lourdes
responsabilités des pays occidentaux dans
la détérioration des conditions de vie des
populations vivant le long des côtes.
En bref
Du racisme ordinaire
France Culture a été le seul média à faire
un réel effort de programmation à l’occasion de la commémoration du 15e anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda.
(Les trois principales chaînes de télévision n’ont même pas jugé utile de mentionner l’événement dans leurs journaux
du soir…) On peut regretter bien sûr l’impasse complète sur le rôle de la France.
Le choix de certains intervenants laissait
également à désirer. Ainsi, dans l’émission Du grain à moudre (6 avril 2009),
Thierry Garcin (qui anime l’émission Enjeux internationaux sur la même antenne)
estimait que la France s’était rachetée
avec l’opération Turquoise. Pierre Servent, enseignant au collège interarmées
de défense, colonel de réserve, ancien
conseiller à la communication au ministère de la Défense, ancien responsable de
la communication des forces spéciales et
toujours très présent (comme « expert »)
dans les médias quand il s’agit de défendre l’armée française, s’est, quant à lui,
empressé d’expliquer qu’il s’agissait d’un
génocide de proximité (sous-entendu plus
ou moins spontané), quand s’est manifestée la première allusion à la réalité de la
politique française. À Yann Jurovics qui
lui rappelait au contraire la planification
et la centralisation politique de la machine
génocidaire, Servent réplique : «Je ne
veux pas du tout être prétentieux ou quoi
que ce soit, je connais un peu l’Afrique,
la planification en Afrique, ça atteint assez rapidement ses limites...» Et la vision
coloniale des militaires français reste toujours aussi bornée.
La « vraie liste »
Le Nigeria tente de récupérer quelque
50 millions de dollars de pots-de-vin
versés à des responsables nigérians par
la société américaine de services pétroliers Kellogg Brown & Root (KBR) et
toujours gelés sur des comptes en Suisse. Il réclame également aux autorités
américaines les noms des personnes qui
ont reçu ces pots-de-vin.
KBR et son ancienne maison-mère Halliburton ont accepté en février de verser
579 millions de dollars au total après avoir
plaidé coupable de corruption au Nigeria.
Les sociétés ont versé pendant dix ans
des pots-de-vin à des responsables du
gouvernement nigérian afin d’obtenir des
passations de marchés et des contrats de
construction et d’ingénierie selon le ministère de la Justice américain.
En tout, près de 182 millions de dollars
ont été versés à des responsables nigérians. Sur ce montant, environ 150 mil-
lions sont toujours gelés sur des comptes
bancaires en Suisse.
Olusegun Adeniyi, le porte-parole présidentiel, a précisé que la France, dont «la
justice a été la première à enquêter sur
cette affaire», avait également été contactée «afin d’établir une vraie liste des responsables corrompus». Y avait-il donc
une fausse liste ? On est donc impatient
de connaître cette fameuse liste qui devra
mentionner, pour être tout à fait sérieuse,
les entreprises corruptrices. Mais s’il est
vrai que la justice française a été la première à enquêter (Billets d’Afrique n°179,
avril 2009), elle est loin de faire du zèle.
Car le résultat de l’enquête a été au final
très décevant. Si l’ancien ministre nigérian du pétrole Dan Etete (1995 à 1998) a
été reconnu coupable d’avoir blanchi des
fonds provenant de commissions versées
notamment par Elf dans les années 1990
et condamné, le 18 mars, à huit millions
d’euros d’amende pour blanchiment aggravé, Elf, devenu Total, n’a jamais été
inquiétée.
Total privatise la
marine camerounaise
Le golfe de Guinée et ses immenses champs
pétroliers sont au centre de toutes les attentions sécuritaires. Il s’agit, pour les compagnies pétrolières, de pomper (et de polluer)
le plus tranquillement possible à l’abri des
sabotages d’oléoducs, attaques de navires et enlèvements d’employés locaux et
étrangers commis par des groupes comme
le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend), qui revendiquent une
meilleure redistribution des revenus de l’or
noir. Dans le delta du Niger, des unités de
la police et de l’armée nigériane sont déjà
équipées par les multinationales en plus
des sociétés de sécurité privées qui opèrent dans la zone. Amnesty International a
récemment dénoncé le recours, de plus en
plus fréquent, par la police nigériane, à la
torture, aux exécutions extrajudiciaires et
aux disparitions forcées pour juguler les
actions des groupes armés.
Au Cameroun voisin, dans la péninsule
de Bakassi, les Bakassi Freedom Fighters
(BFF) ont fait récemment la Une avec
l’enlèvement d’employés des groupes
Bourbon et Total. À ce sujet, la Lettre du
continent (n°562) nous révèle que Total
finance les opérations de six des huit bâtiments de la marine camerounaise pour
surveiller ses plateformes.
Opacité naturelle
P. Buffet, PDG d’Eramet, dont la Comilog est la filiale au Gabon, au sujet
du projet de complexe métallurgique de
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2009 n No 180
transformation du manganèse à Moanda
(RFI, 9 avril 2004) : «La Comilog, c’est une
filiale à 67 % du groupe Eramet, mais l’État
gabonais est actionnaire à hauteur de 25%,
donc il touche des dividendes importants, et
puis par ailleurs nous avons une convention
avec l’État, bien évidemment dont je ne peux
pas donner les détails, qui correspond à l’intérêt objectif et de l’État gabonais et de nousmêmes et qui donc bénéficieront (sic) aux
deux.» Une opacité qui ne correspond bien
évidemment pas à l’intérêt objectif des populations, et qui donc ne lui bénéficiera pas.
Le monde est
si petit
On apprenait le mois dernier que les facilitateurs utilisés par Areva pour faire main basse
sur l’uranium de RDC étaient notamment
Georges Forrest, industriel minier belge et
néanmoins consul de France à Lubumbashi,
Patrick Balkany, député UMP des Hautsde-Seine et Fabien Singaye. Ce dernier,
qui officie depuis quelques années comme
conseiller du général Bozizé en Centrafrique, avait déjà rendu service à la multinationale française pour son rachat de l’entreprise
Uramin. Hasard du calendrier, Le Nouvel
Observateur avait révélé le mois précédent
(9 mars 2009) que Fabien Singaye, ancien
agent du régime Habyarimana (proche de
Paul Barril) chargé de débusquer les opposants tutsi en exil, ancien actionnaire de la
Radio Télévision Libre des Mille Collines
(RTLM) et gendre de Félicien Kabuga (le
financier du génocide) avait également été
le traducteur utilisé par le juge Bruguière
et le commandant Payebien pour débriefer,
au ministère de l’Intérieur, leurs «témoins»
rwandais dans «l’enquête» sur l’attentat
contre l’avion du président Habyarimana…
Fausse modestie
À l’occasion des élections en Afrique du
Sud, les principales chaînes de télévision
françaises ont toutes réalisé des reportages
- difficile d’ignorer le pays de Mandela…et proposé le même portrait de Jacob Zuma.
On retiendra principalement qu’il est Zoulou
et qu’il aime danser sur scène à l’occasion de
ses meetings. On saura aussi qu’il a échappé
de peu à un procès pour une affaire de corruption quand qu’il était vice-président. On
n’a pas, par contre, jugé utile d’informer
les téléspectateurs sur l’identité des corrupteurs : deux filiales de la firme française
Thalès, ex-Thomson-CSF…
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Salves
Côte d’Ivoire : un
optimisme feint
Le FMI et sa proie africaine
Le 28 avril, le Conseil de sécurité de l’ONU
a expédié l’examen de la situation ivoirienne en quinze minute. À la tribune, se sont
succédé le représentant spécial de l’ONU à
Abidjan et l’ambassadeur ivoirien. Ce dernier a relayé les remerciements du président
Gbagbo au gouvernement français pour son
soutien constant dans les négociations avec
le FMI et la Banque mondiale et sa demande
de poursuivre. Quant au représentant spécial, il a complètement fait volontairement
l’impasse sur le récent rapport intérimaire
du Groupe d’experts onusien, pourtant fort
éclairant sur l’enlisement du processus de
paix et les dangers de la situation actuelle.
En quelques lignes d’introduction, les experts ont balayé d’un revers de main l’optimisme feint des diplomates et pointé du
doigt les obstacles constitués par des intérêts
économiques ivoiriens et étrangers : « Le
Groupe note que, si la situation politique
en Côte d’Ivoire demeure relativement
calme, il serait erroné d’y voir un signe
de progrès vers un règlement pacifique de
la crise. Dans le nord du pays, des milices quasi privées contrôlent les ressources naturelles et continuent d’extorquer
des loyers aux entreprises locales et à la
population civile. Comme toute économie
quasi étatique de ce type, celle du nord de
la Côte d’Ivoire est tributaire des marchés
étrangers pour l’exportation des ressources naturelles et des relations avec les
fournisseurs étrangers pour l’importation
de biens stratégiques comme le carburant,
les véhicules et les armes [...]. Le nord du
pays est divisé en plusieurs commandements
politico-militaires qui se disputent (parfois
violemment) le contrôle des ressources naturelles et du commerce. Si la situation politique du pays venait à se détériorer, menaçant les intérêts économiques de certaines
parties, le Groupe ne peut exclure la possibilité d’une escalade rapide de la violence
armée, en particulier dans le nord. Malgré
l’embargo sur les armes, les parties au
conflit demeurent assez lourdement armées
pour engager des hostilités armées soutenues, et certaines se réarment. Dans les prochains mois, certaines parties renforceront
davantage leur contrôle sur le territoire et
les ressources économiques du nord de la
Côte d’Ivoire, augmentant ainsi les enjeux
de tout règlement politique futur». En plus
de la charge de l’introduction, les experts
promettent dans le rapport final de décembre « une analyse globale des revenus des
forces nouvelles ».
Parviendront-ils à bousculer le train-train
des profiteurs de la crise ?
RdB, VS, DM
Un rapport récent du FMI,
« L’Afrique subsaharienne
face à la crise, perspectives
économiques régionales »1,
montre comment le FMI
entend garder en vie la proie
africaine pour la sauvegarde
du système financier mondial
et de ses bénéficiaires.
L
e rapport, à lire entre les lignes et
à déchiffrer à partir du jargon des
technocrates, s’ouvre sur une claironnante déclaration de satisfaction pour
les dix dernières années au motif qu’elles
ont été, en Afrique, des années de croissance assez forte et que le FMI s’en attribue le mérite par ses directives. Il n’y
a cependant aucune mention, en dehors
de la constatation de la croissance, de
l’absence notable de recul de la pauvreté
qui l’a accompagnée. C’est quand même
un sujet qui mériterait d’être longuement
étudié. On préfère là-dessus fermer les
yeux. La croissance est toujours considérée dogmatiquement comme seul facteur d’un recul déclaré « souhaitable »
– seulement ? – de la pauvreté, malgré
la preuve de son inefficacité dans certains contextes, notamment africains, de
corruption de l’État.
L’exposé concerne essentiellement le retentissement de la crise mondiale sur les
économies africaines avec le souci n°1 :
pourront-elles continuer à rembourser
leurs dettes ?
En effet, les ressources africaines dépendant essentiellement de leurs exportations de denrées agricoles et de matières
premières. Ces ressources baisseront si
leurs clients étrangers n’ont plus d’argent. L’effet s’est déjà fait largement
sentir sur le pétrole.
La crise pourrait aussi inciter les capitaux
étrangers à s’en aller, non qu’ils ne fassent de très bons rendements en Afrique,
mais, les maisons-mères étant ruinées,
elles ont besoin de rassembler toutes
leurs ressources pour leur propre sauvegarde. Le système bancaire des pays de
l’aire CFA est en effet détenu en moyenne pour les trois quarts par des banques
françaises. Les envois de fonds par la
diaspora pourraient aussi baisser.
L’Afrique n’a, directement, rien perdu
dans la crise. Les Africains n’ont jamais eu de capitaux à investir dans
l’économie de casino. Les effets sont
tous des effets induits par la faillite de
la gestion des pays riches. C’est une
excellente raison apparemment pour
que ces pays, par la voix du FMI, leur
donnent toutes les directives pour régenter leur comportement et leurs décisions.
Et, d’abord, de dévaluer leur monnaie,
ce qui appauvrira considérablement
leurs habitants mais permettra à ceux
des pays importateurs de continuer à
consommer des produits exotiques, bananes, café, cacao. On va donc probablement assister à une dévaluation du
CFA, dont le plus grand intérêt proclamé par ses défenseurs tient, paraîtil, dans sa parité fixe… sauf quand il
s’agit de sauver le pouvoir d’achat au
Nord.
Le plus grand problème finalement
sera d’éviter les troubles sociaux alors
qu’on pressurera un peu plus encore
les pauvres. Sur ce point, le FMI n’a
pas de solution. Il constate que les
États africains ont très peu de moyens
de protection sociale. Il encourage
donc les pays riches à ne pas diminuer
leur aide et même à l’augmenter. Bien
qu’ils soient en difficulté, cela ne représente pas grand-chose pour eux et
cela peut rapporter gros en maintenant
le statu quo des relations de dépendance Nord-Sud, tellement avantageux.
Bien sûr la principale prescription du
Knock mondial est : surtout pas de
protectionnisme ! On peut en conclure
que la seule chance pour les Africains
d’avoir une vie meilleure serait de profiter de cette crise pour s’émanciper de
la tutelle des institutions financières
internationales et de leurs riches actionnaires, de se consacrer au développement autocentré de leur économie,
de produire pour eux, d’augmenter le
prix de leurs ressources pour pouvoir
investir dans la construction d’infrastructures et donner du travail à leurs
habitants, d’entamer enfin le cycle d’un
développement endogène de l’Afrique,
le seul qui ne soit pas une chimère.
Odile Tobner
1. www.imf.org/external/french/np/sec/
pr/2009/pdf/020409f.pdf
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No 180 n Mai 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Congo-Brazzaville
Denis Sassou Nguesso ou la
démocratie frappée d’obscénité
La récente et très
courte escale de
Nicolas Sarkozy à
Brazzaville aura sans doute
été, à quelques semaines
d’une élection présidentielle
qui n’ose dire son nom1,
l’occasion de prendre la
mesure exacte des propos
tenus récemment par notre
ambassadeur : « Aujourd’hui,
la paix et la stabilité sont
revenues, mais l’État de droit
et l’administration restent à
perfectionner »2.
J
ournaliste ayant dénoncé la corruption
du régime, Bruno Ossebi, récemment
éliminé, n’aura pas eu l’occasion de
savourer ce retour à la paix et à la stabilité.
Pas de chance… Quant à l’État de droit qui
resterait à perfectionner, notre ambassadeur
fait montre d’une exigence un peu rude car
enfin, la perfection est-elle de ce monde ?
Aussi, plus simplement, tenterons-nous de
mettre en évidence quelques légères anomalies susceptibles de discréditer cette future
consultation à la légitimité de laquelle Denis
Sassou Nguesso est, on le sait, très attaché.
Le dernier recensement démocratiquement
organisé au Congo remonte à 1992. La
population avait été évaluée à 2,5 millions
d’habitants. Le coup d’État de 1997 auquel
a succédé la guerre déclenchée à Brazzaville
(quartier de Bacongo), puis dans le département du Pool en 1998-1999, ainsi que les
violences qui se sont poursuivies encore récemment, ont entraîné la mort de dizaines
de milliers de personnes et le déplacement
estimé de 500 000 autres.
Et pourtant, le recensement effectué en vue
de l’élection-plébiscite de 2002 (90% des
suffrages s’étant portés sur Sassou Nguesso),
fait alors état d’une population de 3,5 millions d’habitants avec un corps électoral de
2 277 144 inscrits3 (précision rassurante)
qui, phénomène étonnant, est concentrée
très majoritairement dans le nord du pays,
la région d’origine du chef de l’État. Vous
avez dit bizarre ?
La composition du corps électoral (si on
ose dire) des régions du nord est, à vrai dire,
assez particulière. On y retrouve, en effet,
d’anciens militaires de Mobutu, ainsi qu’un
grand nombre de génocidaires hutus ayant
fait souche au Congo à qui ont été généreusement attribuées des cartes d’identité, en
remerciement de leur rôle dans la coalition
armée ayant assuré le succès du coup d’État
de 1997 (voir plus loin).
Si on prend en considération le fait que la
création d’une Commission électorale indépendante réclamée depuis des années relève
de l’utopie, que les guerres successives ont
entraîné la destruction de nombreux bâtiments administratifs et mairies avec leurs
archives, que les cartes d’identité se vendent
dans la rue au profit le plus souvent d’étrangers provenant de pays voisins, et que certaines régions du Pool ne sont toujours pas
représentées à l’Assemblée nationale depuis
des années, force est de constater que la démocratie est devenue au Congo-Brazzaville
un mot obscène.
À tout le moins, on est en pleine confusion
et on comprend mieux que Nicolas Sarkozy
ait jugé bon d’apporter un peu de sérénité
dans ce climat délétère en s’affichant aux
côtés de Denis Sassou Nguesso.
les affrontements interethniques font partie
de ces étranges coutumes qui poussent irrésistiblement les Africains à s’entretuer. Tout
le monde y trouve son compte...
Mais, car il y a un mais, il faut savoir qu’Ange Diawara originaire du Pool, représentait
en fait un ensemble de militants révolutionnaires qui, du nord au sud et de l’est à l’ouest
du pays, partageaient le même idéal incarnant une possibilité de vivre ensemble, qui
ne pouvait qu’être condamnée par avance.
Circonstance aggravante, l’intégrité absolue des dirigeants exigée par Ange Diawara
et ses partisans mécontentait fortement les
chefs de l’Obumitri dont les tendances à
l’embourgeoisement et à l’enrichissement
illicite étaient évidentes aux yeux de tous.
En 1977, Sassou Nguesso sera l’un des instigateurs, sans doute le plus actif, d’une double élimination en organisant l’assassinat
dans des circonstances troubles du président
en exercice Marien Ngouabi, et en faisant
habilement endosser ce crime au prédécesseur de ce dernier, Massamba Débat, ce qui
justifiera son exécution.
Un peu d’Histoire
Des liens multiples
avec la France
Denis Sassou Nguesso, apparaît pour la
première fois sur une scène politique qu’il
occupe encore quarante ans plus tard, en
tant que compagnon de route de Marien
Ngouabi qui va prendre le pouvoir à l’occasion d’un putsch militaire en 1968.
Chef des services de sécurité puis ministre
de la Défense, il fera dans un premier temps
cause commune avec Marien Ngouabi pour
écraser dans le sang en 1970 une première
tentative de coup d’État, puis en 1972 une
seconde conduite par Ange Diawara qui fut
le premier à dénoncer la main mise sur le
pouvoir par une oligarchie bureaucratique
militaire et tribale (Obumitri) regroupant
des officiers originaires du nord du pays,
c’est-à-dire outre Marien Ngouabi, Denis
Sassou Nguesso, Yhombi Opango et quelques autres.
L’élimination d’Ange Diawara est un événement essentiel pour qui veut comprendre le comportement de Sassou Nguesso
aujourd’hui, fondé sur la «fabrication»
d’un antagonisme nord-sud reposant sur
des «affrontements tribaux» qui légitiment
à la fois sa conduite vis-à-vis de la population (moi ou le chaos ou si l’on préfère si ce
n’est moi ce sera pire…), mais aussi toutes
les idées reçues en Occident selon lesquelles
À partir de 1979, Sassou Nguesso prend le
pouvoir et ne le quittera plus, à l’exception
d’une parenthèse entre 1991 et 1997.
Il est acquis que, dès les années 1970, tout en
pilotant avec le talent quelque peu sanglant
que l’on sait son ascension vers le pouvoir,
Sassou Nguesso a noué en France de multiples liens avec des décideurs politiques et
économiques, s’imposant ainsi comme un
partenaire essentiel du volet congolais de la
politique de la France en Afrique.
De bonnes fées se penchent sur le début du
premier «mandat» de Sassou Nguesso en
1979, puisque l’exploitation pétrolière repart à la hausse dans le contexte porteur du
second boom pétrolier. Cette embellie prendra fin au cours de son deuxième « mandat » en 1985, année qui est marquée par
l’effondrement des cours du pétrole. Le plan
d’ajustement structurel imposé aux finances
du pays par les institutions financières internationales, va entraîner une politique d’austérité dont la population sera la première
victime. La corruption qui se répand comme
pratique de gouvernance achève de détruire
l’image d’un gouvernement contre lequel
sont dirigées de premières manifestations.
Le troisième « mandat » de Sassou Nguesso candidat unique réélu en 1989, sera de
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2009 n No 180
courte durée. Le discours du président Mitterrand en juin 1990 lors du 16e sommet
France-Afrique de la Baule, qui prône le
multipartisme, cadre mal en effet avec les
pratiques politiques congolaises.
En août 1990, un groupe d’opposants en
vue, dont Bernard Kolélas, publie une lettre
ouverte dénonçant le caractère policier du
régime, demandant l’instauration du multipartisme ainsi que l’organisation d’une
conférence nationale. Sous la pression
conjuguée de grèves et d’une forte mobilisation des intellectuels et des Églises, Sassou
Nguesso est contraint, début 1991, de tenir
cette conférence nationale qui tourne rapidement au procès du régime, les attaques se
concentrant sur le chef de l’État.
Un trio infernal
Va suivre alors une courte période de transition destinée à préparer un processus
électoral qui sera élaboré dans la douleur,
sous la pression de l’armée, provoquant
ainsi les premières violences urbaines.
Le premier tour de la présidentielle de
1992 place en tête, devant Bernard Kolélas et Sassou Nguesso, un homme politique chevronné, Pascal Lissouba, exmembre du gouvernement Massamba
Débat, et précédemment emprisonné à ce
titre4.
Entre les deux tours, Sassou Nguesso
se rallie à Pascal Lissouba et appelle
ses électeurs à voter pour ce dernier en
échange d’une entrée de son parti, le
Parti congolais du travail (PCT), au gouvernement. Pascal Lissouba remporte
nettement le second tour avec 61% des
suffrages exprimés, au terme d’une élection jugée honnête par de nombreux observateurs. C’était une grande première,
et hélas à ce jour elle le reste…
Sassou Nguesso n’ayant pas obtenu une
présence suffisante de son parti au sein
du gouvernement Lissouba, va s’allier
à Kolélas faisant ainsi basculer la majorité à l’Assemblée nationale que Pascal
Lissouba se verra contraint de dissoudre.
S’ensuit une situation insurrectionnelle
entraînant des affrontements dans la rue
entre les partisans de Kolélas-Sassou et
ceux de Lissouba.
À compter de cet instant, Pascal Lissouba sera confronté à des opérations
de déstabilisation, orchestrées au Congo
et en France, et la politique laisse dès
lors le champ libre à la violence. Sassou
Nguesso quant à lui passe une grande
partie de son temps en France où il sait
pouvoir compter sur un certain nombre
de soutiens.
Le retour de Sassou Nguesso en 1997,
par un coup de force militaire qui fera
10 000 morts, va se prolonger par une
guerre civile assez confuse au cours de la-
quelle l’armée régulière va devoir affronter une coalition hétéroclite constituée
des milices de Sassou (cobras), de soldats
angolais et tchadiens, d’anciens soldats
de la garde présidentielle de Mobutu, de
génocidaires hutus réfugiés au Congo et
de mercenaires européens, sous le regard
bienveillant de la France et d’un certain
nombre de ses homologues africains. La
population brazzavilloise ne sera guère
épargnée : 25 000 morts (source Cimade).
Les institutions sont dissoutes et un pouvoir militaro-policier est mis en place.
À seule fin de s’assurer un pouvoir sans
partage, la politique de Sassou Nguesso
va dès lors basculer dans une terreur organisée dirigée contre les populations
du Pool (département du sud dont est
originaire son ennemi Bernard Kolélas),
arguant d’antagonismes ethniques fantasmés, on l’a vu dès 1970, et dès lors instrumentalisés.
Il n’hésitera pas pour cela à fabriquer au
sein même du Pool un « opposant maquisard » sorti de nulle part, le pasteur autoproclamé N’Tumi qui va lever des milices composées en majorité de très jeunes
combattants armés par Sassou Nguesso
et les gouvernements limitrophes avec
lesquels des accords de défense avaient
été signés en 19975. La population civile
va en payer durement le prix dans l’indifférence générale de la France et des
grandes puissances. Indépendamment des
500 000 personnes déplacées, on parle
de 300 000 morts…Il ne s’agit que d’une
évaluation, les ONG présentes sur place
ayant été mises à l’écart.
Depuis lors, le régime de Sassou Nguesso semble s’être installé dans une routine tranquille faite de manipulations, de
corruption, d’arbitraire avec son cortège
d’intimidations, de justice aux ordres,
d’arrestations, de pillages, de viols et
d’assassinats commandités.
Routine peut-être pas si tranquille… En
effet Denis Sassou Nguesso fait désormais l’objet de différentes actions en justice concernant aussi bien les droits de
l’homme (massacres du Beach entre mai
et août 1999, avec 353 morts recensés officiellement, mais sans doute 5 fois plus),
que son train de vie (plainte en recel de
détournement d’argent public déposée par
Transparency International).
Un état privatisé
Le pouvoir en place est même miné de l’intérieur par un conflit qui n’a rien d’idéologique et qui oppose aujourd’hui au sein du
PCT, les rénovateurs et les conservateurs.
Il faut traduire… Les premiers, qui font
partie de la garde rapprochée du Président, bénéficient des prébendes liées à leur
statut, tandis que les seconds aimeraient
recevoir eux aussi, plus que des miettes
du pactole que constitue un État devenu
la propriété privée de la famille Sassou
Nguesso. Les quelques observateurs internationaux qui seront présents lors des
élections à venir, et qui n’en doutons pas
seront soigneusement choisis en raison de
leur grande expérience des consultations
congolaises, concluront sans doute selon
la formule consacrée que «le scrutin a
certes été entaché de quelques irrégularités mais que celles-ci ne remettent pas en
cause la régularité globale de celui-ci».
Il faut être raisonnable. Encore une fois,
ne sombrons pas dans le perfectionnisme.
L’ordre règne à Brazzaville.
Jean-François De Montvallon
1.Au 1er mai en effet aucune annonce officielle
n’a encore été faite bien que Sassou Nguesso
multiplie les déplacements dans les régions.
2. Interview parue dans Frères d’armes, revue
traitant de la coopération militaire franco-congolaise éditée sous couvert du Quai d’Orsay.
3. Soit 65% de la population alors que selon la
règle communément admise (ONU), ce ratio ne
peut excéder 50%
4. Il ne devra sa libération qu’à une intervention
du président du Gabon Omar Bongo auprès de
son beau-père Sassou N’Guesso en 1979, lors
de l’accession au pouvoir de ce dernier
5. Ainsi, on a pu noter les visites fréquentes
rendues dans le Pool au pasteur N’Tumi par le
responsable des services secrets gabonais
Bolloré, toujours
accompagné
On sait que la France n’a pas ménagé ses
efforts diplomatiques et financiers pour
aider l’ami du président, Vincent Bolloré,
à obtenir la gestion du port de Pointe-Noire, unique port maritime congolais et porte
d’entrée et de sortie de l’Afrique centrale.
L’Agence française de développement
(AFD) a arrosé copieusement pour « accompagner» ce projet d’envergure (Billets
d’Afrique 169, mai 2008). Fidèle à sa stratégie dite «du transport intégré», Vincent
Bolloré lorgne toujours sur le chemin de
fer Congo-Océan (CFCO), épine dorsale
de l’économie congolaise reliant Brazza
à Pointe-Noire sur 510 km. Le CFCO assure en effet le trafic commercial, avec des
correspondances vers la Centrafrique, le
Tchad, le Cameroun et la RDC. Alors qu’il
semble acquis qu’il a été attribué à Bolloré mais sans aucune annonce officielle
à ce jour, il est question de construire un
pont sur le fleuve Congo pour l’évacuation d’une partie des minerais de la RDC.
Gageons que l’AFD saura également «accompagner» ce projet pour le plus grand
bénéfice du groupe Bolloré.
RdB
No 180 n Mai 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Tchad
Les Tchadiens, toujours otages du
soutien français à Idriss Déby
Le dernier rapport
Afrique de
l’International Crisis
Group (ICG) est sans
détour dans son bilan de
la force européenne à forte
composante française (Eufor)
dans l’Est du Tchad. Tout est
dit dans son intitulé : Tchad,
la poudrière de l’Est, (n°149,
avril 2009).
R
appelons que l’Eufor avait un triple mandat de l’ONU : contribuer
à la protection des civils en danger,
en particulier les réfugiés et les personnes
déplacées, faciliter l’acheminement de
l’aide humanitaire et la libre circulation
du personnel humanitaire en contribuant à
améliorer la sécurité dans la zone d’opérations et enfin contribuer à la protection de
l’ONU, de ses installations et de son personnel, et notamment de la force dite Minurcat (Lission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad).
Critique dans le bilan, le rapport de l’ICG
ne ménage pas non plus la politique de la
France au Tchad. Et dans une moindre mesure celle de l’Union européenne.
Un rapport, qui souligne l’échec de l’Eufor
et qui rejoint ce que nous écrivions déjà,
en janvier, dans ces colonnes (Billets
d’Afrique n°176, janvier 2009) : « (…)
force est de reconnaître que rien n’aura
changé dans la situation des populations
civiles tchadiennes et des réfugiés soudanais au terme du mandat de l’Eufor et
que cet aspect des choses n’aura en fait
servi que d’alibi. (…) Les bénéficiaires de
cette opération sont évidemment le régime tchadien et son allié français. Accordons à la force européenne qu’elle n’est
pas intervenue à ce jour directement en
soutien militaire du dictateur, ce que les
autres partenaires européens avaient exclu. Mais, du point de vue de la résolution
de la crise militaro-politique tchadienne
et de la restauration d’un État de droit,
conditions sine qua non d’une véritable
sécurisation des populations, le bilan de
l’opération européenne est nul.»
Ce que confirme aujourd’hui l’ICG au
terme de la mission de la force euro-
péenne : « L’échec de l’Eufor-Minurcat à améliorer de façon pérenne la sécurité à l’Est du Tchad vient avant tout
de la conception de ces deux missions. La
genèse de cette opération, initialement bloquée par le refus du président Déby d’accepter une véritable mission de maintien
de la paix dotée d’un mandat politique, a
mené à de mauvais compromis sur tous les
plans », «par conséquent l’Eufor-Minurcat n’a pas permis de résorber le banditisme, les conflits intercommunautaires ou
la violence interethnique instrumentalisés
par les acteurs tchadiens». « (…) L’analyse selon laquelle la crise à l’Est du
Tchad est essentiellement humanitaire a
fait l’impasse sur les causes politiques
et sociales du conflit et a condamné
d’avance la mission à voir la portée de
son action limitée à une simple sécurisation des réfugiés et des personnes
déplacées, laissant le soin aux acteurs
tchadiens de résoudre une crise politique sans soutien international. Alors
que les soldats de l’Eufor luttaient, avec
un succès considérable, contre les accusations de partialité liées à la présence
en son sein d’un contingent français, le
blocage de la France contre tout mandat
politique a contribué au jeu politique du
président Déby, c’est-à-dire l’utilisation
du déploiement international comme
une force de dissuasion psychologique
contre son opposition armée et ses soutiens soudanais. » «Grâce à l’Eufor, la
France a donc activement contribué à
renforcer Déby sans aider les Tchadiens
à trouver une solution durable à leur crise.
Le processus politique, déjà insuffisant, a
été pris en otage par le régime et, grâce à
l’Eufor, Déby a renforcé son contrôle sur
l’Est. Ce faisant, Paris a pu aussi partager le
coût de l’opération avec l’Union européenne tout en lui faisant endosser ses objectifs
politiques.» C’est effectivement ce qui s’est
passé : le drapeau européen a fait oublier le
rôle des forces tricolores d’Épervier qui tiennent le régime à bout de bras.
Alors que la mission de l’Eufor a pris fin en
mars dernier, la résolution 1861 du Conseil
de sécurité (14 janvier 2009) prolongeant
le mandat de la Minurcat n’a apporté aucun
changement de fond au rôle des Nations
unies au Tchad. Il faut dire que, selon le
rapport de l’ICG, «le régime à NDjamena
a tout fait pour résister à une Minurcat renforcée militairement ou, comme mentionné
plus haut, politiquement, avec l’aide de la
France. Il y a un vrai risque que les troupes gouvernementales essayent de limiter
les mouvements des contingents onusiens
pour avoir les mains libres pour leurs opérations militaires et les manipulations des
milices locales.»
«La joie, le bonheur et le sourire (Billets
d’Afrique n°166, février 2008) que promettait Hervé Morin, ministre de la Défense
français, grâce à la présence des forces
européennes est donc encore à venir.
RdB
Il y a encore des enfants soldats au Tchad
Le 22 avril dernier, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a identifié
56 gouvernements et groupes armés de quatorze pays qui violent les lois internationales
interdisant le recrutement et l´utilisation d´enfants soldats. Parmi les forces gouvernementales qui ont été mentionnées dans six rapports consécutifs du secrétaire général au Conseil
de sécurité figurent celles de la république démocratique du Congo et du Tchad.
D’après Human Rights Watch « le Conseil de sécurité avait indiqué qu´il envisagerait
l´adoption de sanctions contre les gouvernements et groupes armés qui refusent de mettre
fin à leur utilisation d´enfants soldats ». Dans ce cas, il faut aussi demander des comptes au
gouvernement et à l’armée française qui soutiennent sans réserve le régime d’Idriss Déby.
Un soutien inconditionnel qui perpétue donc l’utilisation d’enfants soldats.
Human Rights Watch a appelé le Conseil de sécurité à imposer des sanctions, notamment
des embargos sur les armes, des interdictions frappant les déplacements à l´étranger et
le gel d´avoirs, à l´encontre des personnes et parties qui ont persisté à recruter et à utiliser
des enfants soldats en violation du droit international. L´organisation a également demandé
que des poursuites judiciaires individuelles soient engagées à l´encontre des recruteurs
d´enfants devant des tribunaux nationaux ou dans le cadre d´un déferrement devant la Cour
pénale internationale.
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2009 n No 180
À lire
Tchad
Deby vers une fin
fatale
Le journaliste tchadien
Samy Passalet raconte de
l’intérieur, la passation de
pouvoir mouvementée entre
Hissène Habré et Idriss
Déby. Il étudie les exactions
et fraudes en tout genre
commises par les pouvoirs
en place de 1986 à 2008.
M
enaces, assassinats, épuration
ethnique, corruptions, détournement de fonds public,
impunité, fraudes électorales, interventions militaires dans les deux Congo,
au Togo pour prêter main-forte successivement à Kabila, Sassou NGuesso et
Eyadema, sont autant de faits que Samy
Passalet recense et verse au compte d’Idriss Déby. À cela s’ajoute les
morts dont il serait responsable, plus de
40 000 entre 1982 et 1990 quand il était
chef de la sécurité sous Hissène Habré
et presque autant durant ses dix-huit années de règne sans partage. Mais jusque
là, rien de nouveau tant ces faits n’ont
cessé d’être dénoncés par l’opposition
tchadienne, civile et politique et les associations comme Survie ou Agir ici.
L’intérêt du livre réside ailleurs même
si sa rédaction manque parfois de rigueur. Journaliste à la radio nationale
tchadienne (RNT), Samy Passalet a été
membre du MPS, le parti créé par Déby,
chargé de la communication et de l’organisation dans le 7e arrondissement de
N’Djaména. Il a accompagné le président dans ses nombreux déplacements
en province. À ce titre, il a entretenu
des relations privilégiées avec les principaux acteurs formant le cercle très
fermé d’Idriss Déby. Cette position en
fait l’un des hommes les mieux informés du Tchad, bien au fait des sulfureuses petites histoires du clan.
Passalet analyse avec soin la stratégie
mise au point par Idriss Déby pour assurer son maintien au pouvoir. Des
affidés sont nommés à des postes stratégiques, dans la communication et la
justice. Le verrouillage de l’information
apparaît alors comme l’un des facteurs
déterminants de la réussite des fraudes
électorales. Passalet décrit par le menu
le bidouillage des résultats, recopiés et
signés par une équipe de faussaires. Les
originaux sont ensuite brûlés et lorsque
les candidats floués de l’opposition déposent des recours auprès de la Cour suprême, les magistrats leur opposent une
fin de non recevoir. Et Passalet de noter
avec amertume que le président gabonais Omar Bongo et son homologue
français sont toujours les premiers à
adresser leurs félicitations à leur collègue tchadien : «Nous avons également
écouté sans sourire que Idriss Déby
avait été élu légalement.»
Le cas de l’opposant fédéraliste Yorongar Ngarléjy est emblématique. Celuici avait recueilli, au premier tour des
élections présidentielles de 2001, plus
de 40% des suffrages exprimés contre
15% à Idriss Déby. C’est Passalet luimême qui fut chargé de rectifier l’interview donnée sur la chaîne nationale
par Yokabdjim Nandigui, président de
la CENI, qui avait annoncé fort prématurément et imprudemment un second
tour de scrutin mettant en rivalité Idriss
Déby avec le seul opposant reconnu :
Yorongar.
Il ressort de cette lecture édifiante
qu’aucune alternative politique n’est
possible au Tchad par la voie des urnes.
Déby a pris le pouvoir par les armes et
tient à le conserver, pour lui et son clan,
la fin justifiant tous les moyens.
Passalet livre aussi certains secrets qui
ont une relation directe avec le conflit
actuel du Darfour. Dans la soirée du
9 juin 2001, rendu euphorique par
quelques verres de Chivas, Idriss Déby
n’hésite pas à confier à son entourage
ses grands projets dont voici quelques
extraits : «Le pays est à nous, pas seulement pour moi qui dirige le Tchad.
C’est vrai que nous sommes très peu
pour cette grande ambition consistant à
instaurer un royaume Zaghawa ... Après
moi, c’est toujours un autre Zaghawa
qui doit diriger le Tchad…(…) nous
allons faire des partenaires à partir de
la République centrafricaine et du Soudan avec nos frères qui combattent AlBachir …la conquête du Soudan, puis,
après, celle de la RCA pour introniser
Bozizé…l’offensive va être lancée dans
un bref délai…» (p. 96 et 97). Pour réaliser ce projet, il affirme en avoir les
moyens avec «les revenus pétroliers et
la subvention que le gouvernement de
Taïwan versera sans tarder au trésor
du Tchad.»
Depuis, le Darfour est meurtri, l’Est du
Tchad en feu, la sous-région déstabilisée et une lutte à mort s’est engagé entre Déby et Al Béchir. L’ancien courtisan journaliste estime que le président
tchadien devrait être poursuivi par la
Cour pénale internationale au même
titre que le président soudanais. Alors
comment ramener la paix dans l’Est du
Tchad ? L’auteur suggère qu’il est encore possible de le faire à la condition
que la France, au nom de la communauté internationale, fasse pression sur
Idriss Déby pour l’amener à la tenue
d’un forum inclusif au cours duquel seraient débattus tous les problèmes qui
minent ce pays depuis plusieurs décennies.
Et chacun sait qu’au Tchad, le président
tchadien s’est toujours radicalement
opposé à l’organisation d’un tel forum.
Par toutes ses révélations, le livre de
Samy Passalet ne manque pas d’intérêt. Il est dans l’ensemble suffisamment documenté pour aider à mieux
comprendre le système de gouvernance
adopté par Déby au profit de son clan,
ses ambitions, son ingérence dans la
sous-région et les origines des conflits
au Darfour.
Antoine Bangui
De Samy Passalet, Éditions Publibook,
172 p., 20 euros.
No 180 n Mai 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
En bref
Génocide rwandais :
15 questions pour
comprendre
A l’occasion des XVe commémorations
du génocide, Survie publie
La complicité de la France dans le
génocide des Tutsi au Rwanda 15 ans après/15 questions pour
comprendre. Autour de quinze
questions-clés, l’ouvrage s’attache à
démontrer les éléments constitutifs de
cette complicité et tente de répondre
aux interrogations qu’une telle
accusation pose.
(Éditeur : L’Harmattan, avril 2009)
Affaire BMA (1)
Affaire BMA (4)
En novembre 2007, le parquet de Paris
avait déjà classé sans suite une enquête
préliminaire menée après le dépôt d’une
première plainte dans l’affaire dite des
« Biens mal acquis », visant les chefs
d’État Denis Sassou Nguesso, Omar
Bongo Ondimba et Teodoro Obiang pour
l’important patrimoine acquis en France
par eux-mêmes ou par leur entourage
grâce au détournement des fonds publics.
Suite à une deuxième plainte pour « recel de détournements d’argent public »
déposée par Transparency international
France, avec constitution de partie civile,
le parquet de Paris a fait savoir qu’il s’opposerait à une information judiciaire (avis
que n’est pas obligée de suivre la doyenne
des juges d’instruction, Françoise Desset). La nouvelle a été connue… le 1er
avril, mais il ne faut y voir aucune coïncidence : il n’y a pas de jour privilégié pour
les sales blagues du parquet de Paris.
Dans une interview au Figaro (25 mars
2009), Denis Sassou Nguesso s’est indigné
des accusations qui pèsent sur lui : chacun sait qu’il n’a «personnellement aucun
compte en banque en France», et qu’il ne
possède qu’«un petit appartement avec un
salon et deux chambres, avenue Rapp dans
le VIIe à Paris» ainsi qu’une «maison qui
jouxte la voie ferrée» et qui «a été rénovée plusieurs fois depuis vingt-cinq ans»
au Vésinet. Et les 112 comptes recensés
au nom de ses proches ? Les appartements
de luxe de son épouse ou aux voitures de
luxes de ses enfants ? Ces derniers «sont
majeurs, ils sont mariés et ont eux-mêmes
des enfants. Leur vie n’est pas la mienne et
ils l’organisent comme ils l’entendent.»
Affaire BMA (2)
Alain Akouala Atipault, ministre de
la Communication du gouvernement
congolais a salué «le bon sens» dont
témoigne la décision du parquet de Paris. Le même a accusé les ONG, dont
Survie, qui mènent campagne sur la
question des Biens mal acquis, d’être
financées par les «fonds vautours»
pour cette sale besogne. Il n’excluait
d’ailleurs pas de porter plainte « afin
de démontrer les (liens) qui existent entre elles et les fonds vautours». (AFP,
2 avril 2009) Chiche !
Affaire BMA (3)
La françafrique
sans complexe
La politique africaine de Nicolas
Sarkozy s’inscrit plus dans une
continuité que dans une rupture.
Elle est une perpétuation de la
politique néocoloniale que chaque
président français a poursuivi depuis
les « indépendances » africaines.
Nicolas Sarkozy ou la Françafrique
décomplexée, par Samuel Foutoyet.
Préfacé par Odile Tobner.
Éditions Tribord, 160 p, 4,5 euros
Le lendemain de la révélation de la décision du parquet de Paris, la principauté de
Monaco annonçait l’ouverture d’une enquête préliminaire visant un compte off
shore détenu par Edith Bongo Ondimba,
l’épouse tout juste décédée du président
gabonais, Omar Bongo, et fille du président congolais, Denis Sassou-Nguesso.
«L’effet G0 a joué à plein», estime
Renaud Lecadre dans Libération (3 avril
2009), «Monaco multipliant dans la
dernière ligne droite les gestes de bonne
volonté pour ne plus se retrouver dans
la liste noire des paradis fiscaux noncoopératifs.» « Le parquet de Monaco
vient de s’offrir un petit plaisir en renvoyant à ses turpitudes françafricaines
le parquet de Paris », estime-t-il encore, même si «l’ouverture de l’enquête
monégasque est un simple leurre visant
à redorer temporairement le blason de
la Principauté».
8 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 009 n No 180
Affaire BMA (5)
Le 21 janvier dernier, près d’Orléans, après
des menaces anonymes et des tentatives de
corruption, un incendie s’était déclaré au
domicile de Benjamin Toungamani, porteparole de la Plate-forme congolaise contre la
corruption et l’impunité (PCCI). Sa femme
avait alors renoncé à se porter partie civile dans l’affaire des Biens mal acquis. Le
même 21 janvier, à Brazzaville, un incendie
éclatait également au domicile du journaliste
franco-congolais Bruno Ossebi, qui enquêtait sur l’évaporation de la rente pétrolière
et les complicités bancaires françaises, et
qui avait annoncé son intention de se joindre à la plainte des Biens mal acquis. Alors
que ses jours ne semblaient pas menacés, il
était mort quelques jours plus tard à l’hôpital
dans des conditions mystérieuses. Interpellé
avant son voyage au Congo par un collectif
d’ONG, l’Élysée avait fait savoir que l’affaire Ossebi «fer[ait] partie des thèmes que
l’on aborder[ait] peut-être à un moment ou
à un autre » de cette « visite d’amitié » (La
Croix, 26 mars 2009). Malheureusement,
trop occupé à saluer «la paix et la stabilité
retrouvée du Congo» ainsi que leur « héritage commun » en matière «de démocratie
et de Droits de l’homme», Sarkozy « n’a
pas évoqué la mort suspecte (…) de Bruno
Ossebi» (Le Monde, 27 mars 2009).
Un oubli sans doute, à moins que…
À moins que…
«Nous n’avons pas vocation à nous
brouiller avec ceux qui sont historiquement
nos amis et nous ont rendus de grands services », avait prévenu Claude Guéant, le
secrétaire général de l’É lysée (Le Monde,
25 mars 2009). Quand on vous dit qu’elle
est de plus en plus décomplexée, la Françafrique.
VS
Salves
Mauritanie
La junte militaire et la France
jouent avec le feu
Alors que la junte mène
son agenda de manière
unilatérale, les soupçons que
nous nourrissions à l’égard
de la bienveillance française
envers les putschistes
mauritaniens se confirment.
L
e 6 août dernier, le général Abdel
Aziz à la tête d’une junte militaire,
le Haut Conseil d’État, renverse le
président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi.
Malgré cet acte fondateur anti-constitutionnel, les putschistes arguent d’un retour à un
fonctionnement constitutionnel normal pour
organiser une élection présidentielle, fixée
aux 29 mai et 6 juin prochain.
Les opposants au putsch, regroupés au sein
d’un Front national pour la défense de la
démocratie (FNDD) ainsi que le principal
parti au parlement mauritanien, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD),
ont annoncé qu’ils boycotteraient un scrutin
légitimant le coup d’état. Selon eux, Abdel
Aziz veut l’onction des urnes (qu’il arrachera à tout prix) pour légitimer sa prise de pouvoir. Alors qu’il mène une politique populiste (rupture des relations diplomatiques avec
Israël, mises en oeuvre de chantiers décidés
sous l’ancien président dans les quartiers populaires de la capitale, nominations clientélistes et tribales au sein de l’appareil d’État,
faveurs économiques à ses laudateurs…),
son Premier ministre vient de «superviser
une formation» des membres de la commission électorale indépendante… Selon un de
nos informateurs, les hommes d’affaires sont
également «fermement incités» à financer
la campagne électorale du général. Le site
d’informations Taqadoumy a aussi révélé
que l’état-civil aurait été mis à disposition
de la tribu d’Abdel Aziz (les Oulad Bousba)
et que des versements d’argent auraient été
faits aux autres candidats…
Parmi ces trois candidats que beaucoup présentent comme des faire-valoir, on compte
deux anciens opposants au dictateur Taya :
Ibrahima Sarr, président d’un parti communautaire (l’AJD/MR), Kane Hamidou Baba,
qui vient de quitter le RFD, et Sghair Ould
M’Barek, ancien Premier ministre du despote Taya.
Face à cette institutionnalisation du fait accompli (la gazra mauritanienne), la commu-
nauté internationale tergiverse. Seuls les
États-Unis refusent clairement de légitimer
la junte. L’Union africaine (UA), malgré
des propos fermes, n’a toujours pas publié
la liste des Mauritaniens qu’elle sanctionne. Elle a envoyé son président, Kadhafi,
pour une médiation qui a lamentablement
échoué du fait de son soutien aux putschistes depuis le coup de force. Le Sénégal
s’essaie à son tour comme médiateur, mais
le président Wade a lui aussi légitimé la
junte depuis le début. Quant à l’Algérie, sa
position s’assouplit et l’Iran voit d’un bon
œil un pays qui a rompu avec Israël.
Un coup d’État légitimé
Alors que l’Union européenne (UE) vient de
confirmer le gel de ses 156 millions d’euros
d’aide sur cinq ans, la France multiplie les
signes en faveur de la junte. Dans une interview à Jeune Afrique (22 mars), Bernard
Kouchner a affirmé que «le général […] Abdel Aziz doit démissionner au moins 45jours
avant l’élection présidentielle s’il souhaite
s’y présenter ». Une phrase lourde de sens
validant le principe d’une élection présidentielle alors qu’auparavant les diplomates
réclamaient l’assentiment de l’opposition au
putsch… Toujours est-il qu’à la mi-avril, le
général Abdel Aziz a démissionné de la tête
de la junte et s’est porté candidat à la présidentielle.
Le 27 mars dernier à Niamey, le président
Sarkozy affirmait, sur RFI, que seule la France
avait protesté face au putsch et que «lorsque
le président démocratiquement désigné [sic]
a été retenu, moi-même je l’ai appelé, moimême j’ai exigé qu’il soit libéré ,mais enfin,
force est de constater qu’il n’y a pas eu un
député ou un parlementaire qui a protesté et
qu’il n’y a pas eu de manifestations». Outre
le fait que Nicolas Sarkozy n’a jamais appelé le président renversé, ces affirmations
sont mensongères alors qu’après le coup
d’état, la France se contentait seulement de
faire part de ses préoccupations et affirmait
suivre avec attention l’évolution de la situation. En revanche, les États-Unis, l’UE
et l’UA condamnaient. Des propos présidentiels qui annonçait, en tous cas, l’abandon des démocrates à leur sort. Quant aux
parlementaires, entre un tiers et la moitié
d’entre eux a dénoncé le coup d’état. Le
président de l’Assemblée nationale mauritanienne fut même reçu à ce propos par
son homologue français, Bernard Accoyer
(UMP) et par la Commission des Affaires
étrangères de l’Assemblée nationale, ainsi
qu’à l’Élysée. En fait, Paris est accusé de
défendre ses intérêts en Mauritanie. Ainsi
le site d’informations Taqadoumy révélait
que des militaires français débarquaient
fin mars en Mauritanie pour des repérages afin d’établir une base militaire dans
le nord-est du pays, qui, plutôt qu’une
base française, sera sans doute destinée
à une force mauritanienne dite anti-terroriste, armée et encadrée toutefois, par
l’armée tricolore (Billets d’Afrique n°178,
mars 2009). Elle sécurisera des intérêts
économiques (explorations prometteuses
menées par Total et GDF dans la zone) et
stratégiques (contrôle de cette vaste zone
de non-droit où circulent trafiquants, terroristes, clandestins, rebelles touaregs et
du Polisario, agents marocains, algériens
et maliens).
Un conseiller français
Le premier secrétaire de l’ambassade
française à Nouakchott (poste habituellement réservé au chef des services secrets),
Jean-Michel Antona, est aussi accusé par
divers observateurs, informateurs et opposants au putsch d’être le conseiller occulte du général Abdel Aziz. Selon Taqadoumy, il aurait même participé à une
réunion très françafricaine regroupant
Karim Wade, fils, très apprécié à Paris,
du président Wade, Robert Bourgi, intermédiaire très influent entre l’Elysée et
nombre de présidents africains, Bouamatou, le plus riche homme d’affaires
de Mauritanie et cousin du chef putschiste, et le général Abdel Aziz, alors
tout juste démissionnaire et en campagne électorale…
Face à ces défaites diplomatiques, l’opposition au putsch (FNDD, RFD et société civile crédible) n’a plus guère de choix
que de porter le combat dans la rue où les
différentes manifestations et sit-in qu’elle
organise sont violemment réprimés, des
parlementaires étant même hospitalisés.
En l’état actuel des choses, et à plus forte
raison si la situation venait à dégénérer
comme cela se dessine, les autorités françaises devront rendre des comptes sur
leurs positions consistant à légitimer, une
fois de plus, un coup d’État.
Issa Bâ
issaba.mr@gmail.com
No 180 n Mai 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Somalie
Halte à la piraterie
au Nord comme au Sud !
Le bras de fer engagé
par la communauté
internationale avec
les pirates somaliens ne
doit pas cacher les lourdes
responsabilités des pays
occidentaux et notamment de
l’Europe dans la détérioration
des conditions de vie des
populations vivant le long des
3 300 km de côte de la Corne
de l’Afrique.
C
es dernières semaines, la Somalie a
tristement fait les gros titres des journaux français avec l’affaire du Tanit,
ce voilier de plaisance faisant route pour Zanzibar, dont l’équipage a été capturé dans le
golfe d’Aden par des pirates. Le 10 avril, le
bateau était repris après un assaut musclé des
militaires français présents sur zone, entraînant au passage la mort du skipper français
et de deux des cinq pirates somaliens. Un
an plus tôt, en avril 2008, les grands médias
français avaient abondamment commenté
là encore le détournement d’un autre voilier
français, le Ponant, dont la prise d’otages
s’était terminée, après la remise d’une rançon, par une opération terrestre mise en scène
dans les journaux télévisés un peu à la façon
d’un téléfilm hollywoodien. Cette fois là,
trois pirates avaient été tués dans l’opération
militaire et les 30 otages du bateau avaient eu
la vie sauve.
Depuis un an, la recrudescence des actes de
piraterie au large des côtes somaliennes se
confirme chaque jour : les chiffres de l’année 2008 sont les plus élevés depuis le début
du recensement du Bureau maritime international en 1991, avec 293 attaques de navires
et 889 marins pris en otage. Et la situation
semble encore empirer depuis le début de
l’année 2009, avec près de 300 otages enregistrés en trois mois. Quand on considère les
résolutions et les moyens mis en place par la
communauté internationale pour contrôler la
zone (résolution n°1816 du Conseil de sécurité de Nations unies autorisant les navires
militaires des états agréés par le gouvernement somalien à pourchasser les pirates dans
ses eaux, opération militaire «Atalante»
engagée par l’Union européenne depuis décembre 2008 avec sept bâtiments de guerre
mobilisés sur zone en permanence), il est permis de douter que les 165 millions d’euros
débloqués le 23 avril dernier par l’ONU pour
rétablir les forces de sécurité et de police
somaliennes suffisent à pacifier cet espace
maritime particulièrement stratégique pour
l’acheminement du pétrole du golfe Persique
comme pour le développement du commerce
euro-asiatique.
En effet, faisant face depuis la chute du président Siad Barre en 1991 à l’absence d’un État
souverain, le pays se trouve dans une situation
totalement instable : conflits répétés entre
factions rivales, renversement des islamistes
avec le soutien des forces armées éthiopiennes, corruption record. Tout cela a entraîné
l’effondrement de l’économie du pays (baisse
de 20 % du PIB de 1989 à 2002 d’après la
Banque mondiale) qui occupe l’une des dernières places au monde, selon le classement
de l’indice de développement humain (IDH)
du PNUD. Face aux soubresauts de l’après
guerre froide (rappelons que la Somalie a été
pendant trente ans un terrain de rivalité entre
les États-Unis et le bloc soviétique), on peut
s’étonner du peu d’attention portée aux populations somaliennes, en comparaison notamment des efforts consacrés à la reconstruction
de l’Afghanistan ou de l’Irak.
Le pillage de
l’industrie de la pêche
Mais tout autant qu’apporter assistance,
il importe de ne pas nuire… or, depuis
l´effondrement du gouvernement central en
1991, il est désormais prouvé que ce pays
dépourvu de marine et de garde-côtes a vu
ses ressources pillées par de gros chalutiers
italiens, espagnols, grecs, japonais ou encore
coréens pêchant illégalement dans ces eaux
très poissonneuses (recélant d’importants
stocks de thons et de crustacés). Plus grave
encore, des entreprises européennes se sont
débarrassées là de leurs déchets toxiques et
nucléaires via des filières mafieuses, provoquant l´apparition de dérèglements au sein de
la faune marine et de maladies graves parmi
les populations, ce qui amène certains1 à se
demander, non sans raison, si la piraterie le
long des côtes somaliennes ne relève pas
d’un mécanisme d´auto-défense des pêcheurs
cherchant à protéger leurs eaux ou tentant de
prélever une «taxe» sur les pilleurs.
Certes, il serait contestable de ne voir dans
les attaques de pirates qu’une lutte pour le
droit des populations somaliennes – certains
10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2009 n No 180
d’entre eux, très jeunes, n’ont probablement
pas pleinement conscience de leurs actes et
rien ne justifie de s’attaquer à des navires
du PAM (Programme alimentaire mondial).
Mais de la même manière, il est contestable
de résumer ces actes à du banditisme. Un
sondage informel réalisé par le site de presse
indépendant WardherNews indique d’ailleurs
que 70 % des populations locales soutiennent
à des degrés divers les pirates. La saisie récente (du 11 au 19 avril 2009) au large du
Puntland (nord-est de la Somalie) de deux
navires égyptiens pêchant illégalement dans
les eaux territoriales somaliennes ainsi qu’un
remorqueur italien transportant des déchets
toxiques ne fait que confirmer la poursuite
du pillage et de la destruction des ressources
maritimes de ce pays.
Une décharge industrielle
S’agissant du déversement de déchets toxiques dans la région (comme dans d’autres
pays africains), la situation ne date pas
d’hier2. Déjà en 1988, l’OUA (Organisation
de l’unité africaine) avertissait la communauté internationale du problème à travers une
résolution signée à Addis Abéba3, ce à quoi
le Parlement européen répondit quelques
mois plus tard par une résolution solennelle
condamnant l’exportation de déchets dangereux vers les pays du «tiers-monde ». Hélas,
en dépit des conventions de Bâle (1992) et
de Bamako (1996) interdisant le transfert des
déchets dangereux vers les pays en développement et l’Afrique en particulier, la suite a
montré qu’entre les déclarations de bonnes
intentions et les actes, il y avait un gouffre.
En effet, comme le reconnaît désormais le
porte-parole du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), la Somalie a été utilisée depuis le début des années
1990 comme décharge. Des compagnies
européennes se sont délestées de leurs déchets dangereux pour l’équivalent de 2,5 dollars la tonne alors que leur traitement en Europe dépassait parfois mille dollars. Parfois
ces déchets ont été stockés à terre : aucune
enquête de terrain n’a cependant jamais pu
être menée à son terme, les seuls personnes
ayant essayé d’enquêter sur place (Ilaria
Alpi, grand reporter à la télévision publique
italienne et Miran Hrovatin, cameraman slovène) ayant été assassinés en mars 1994 à
Mogadiscio, vraisemblablement sous ordre
de la mafia italienne, tête de pont de tous
ces trafics4. D’autres fois, les fûts de déchets
1 You are lied to about pirates. J Hari, Huffington Post, 04/02/2009.
2 Déchets toxiques : un scandale qui s’éternise. Billets d’Afrique, n°174, novembre
2008.
3 Les vaisseaux du poison – la route des déchets toxiques. François Roelants du Vivier,
ed. Sang de la Terre, 1988.
4 Trafic d’armes et de déchets toxiques. Les
déchets de mort à l’ombre du réseau «Gladio Stay-behind», Enrico Porsia, 2003.
5 After the tsunami - Rapid Environment Assesment. UNEP, 2005, p. 126 - 137.
Immigration : une
administration déloyale
Le témoignage édifiant
publié par le Gisti (Groupe
d’information et de soutien
des immigrés) qui illustre les
pratiques quotidiennes des
consulats, de la présomption
systématique de fraude
opposée aux étrangers et
de la parfaite inutilité de la
vérification ADN issue de la
loi du 14 novembre 2006.
M
me R, d´origine camerounaise,
vit régulièrement en France depuis 2005, où elle est exploitante
agricole et mariée à un Français. Dès que les
restrictives conditions légales, notamment
de délai de présence en France, ont été remplies, elle a demandé le regroupement familial pour ses deux enfants restés au Cameroun R. et L, âgés alors de 12 et 16 ans. (...)
La cadette souffre d´importants problèmes
de santé d´ordre neurologique, a des crises
de convulsions, et fait l´objet de traitements
et d´un suivi médical constant ; c´est sa
mère, infirmière diplômée au Cameroun, qui
s´occupait d´elle jusqu´à son départ, et dans
l´attente qu´elle puisse enfin la rejoindre en
France. Son état de santé se dégrade et les
médecins ne parviennent pas à le stabiliser.
Six mois après sa demande, le 14 novembre 2007, la préfecture de la Charente autorisait le regroupement familial dont toutes
les conditions étaient remplies. Seules restaient, pensait-elle naïvement, les formalités de délivrance des visas aux enfants.
(...) C´était sans compter sur les pratiques
systématiques de blocage du consulat de
France au Cameroun.
Bien que l´ensemble du dossier ait été immédiatement transmis au consulat tant par
l´Agence nationale d´accueil des étrangers et
des migrations (Anaem) que par l´intéressée,
ce n´est que fin janvier 2008 qu´un rendezvous était enfin obtenu, pour le règlement des
frais de visa long séjour (deux fois 99 euros),
qui n´est accepté qu´en espèces, en francs
CFA, et en personne au guichet du consulat,
lequel n´est accessible qu´après autorisation
et rendez-vous, via un numéro de téléphone
dédié, surtaxé et très généralement injoignable. Sur l´exigence des services consulaires,
les enfants remettaient les originaux des extraits d´acte de naissance, délivrés à la naissance et avant la destruction des registres de
l´époque. Ces mêmes documents avaient
déjà été fournis et vérifiés à l´occasion de la
demande de regroupement familial.
Malgré de nombreuses relances, appels
de l´intéressée, interventions du maire de
L. où vit et travaille Madame R., du sénateur de la Charente, aucune suite n´était
donnée, dans le délai légal de deux mois, et
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▲
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(des déchets industriels dangereux, des déchets hospitaliers mais aussi des déchets
nucléaires en provenance des États-Unis,
d’Italie, d’Allemagne, de France et des
pays de l’Est d’après un repenti anonyme)
ont été purement et simplement jetés pardessus bord en pleine mer.
Pendant des années, ces déchets s’étant
accumulés au fond de l’océan, la vérité
pouvait être aisément occultée. Le PNUE
tenta toutefois timidement de sonner
l’alerte en 1992 mais face aux pressions
de quelques lobbies, elle fut contrainte au
silence. Rappelons que le PNUE (comme
l’Organisation mondiale de la santé à qui
on l’avait reproché d’être restée silencieuse
après l’explosion de Tchernobyl) dépend
des moyens financiers que les États membres de l’ONU mettent à sa disposition et
il est donc très délicat pour le PNUE de
se dresser contre ses principaux bailleurs
de fonds. Seulement, après le tsunami du
26 décembre 2004 et ses répliques qui ont
touché la Corne de l’Afrique quelques
jours plus tard, ces fûts furent rejetés sur
les plages somaliennes, provoquant au
sein des populations riveraines des infections respiratoires, des hémorragies ou encore diverses infections dermatologiques
et faisant au minimum 300 victimes à ce
jour. Le PNUE s’en est alors fait l’écho à
travers un rapport rendu public5.
Cinq ans plus tard, en dépit du petit retentissement qu’a pu avoir ce rapport, les pirates
pollueurs ne sont toujours pas sanctionnés
et en dépit des 165 millions d’euros débloqués dernièrement par l’ONU pour rétablir
les forces de sécurité et de police somaliennes, les victimes attendent toujours d’être
dédommagées pour les dégâts écologiques causés par les pollueurs du Nord. Par
ailleurs, plus globalement, ces informations
accablantes couplées aux rapports mettant
en évidence les conditions troublantes d’extraction de l’uranium dans des pays tels que
le Niger démontrent de manière caricaturale
(la boucle est bouclée…) combien l’indépendance énergétique des pays nucléarisés
repose encore aujourd’hui sur l’asservissement de l’Afrique.
Franck Olivier
Un air de déjà-vu
S’il existe des centaines d’exemples de pratiques discrimitoires dans l’administration, la police française n’est pas en reste. La politique en matière d’immigration que mène, avec tout
le zèle des nouveaux convertis, le ministre de l’Immigration, Éric Besson, conduit à toutes
les brutalités. Ainsi, le 29 avril, un bébé de quatre mois a été placé en centre de rétention à
Nîmes en compagnie de ses parents installés en France depuis 2005. La famille Bakhshiyan,
parfaitement intégrée, a été interpellée à leur domicile de Gray (Haute-Saône). Sans doute,
leur dangerosité nécessitait-elle de les déplacer du nord au sud. Dans une tribune publiée
par Libération (25 mars 2009), l’écrivaine Anne Vallaeys faisait un rappel historique salutaire :
«Si aujourd’hui en France il y a une résonance entre le sort des migrants et un épisode du
passé, c’est plutôt la IIIe République et sa politique xénophobe qu’il conviendrait de pointer,
puisqu’elle prépara un terrain favorable aux camps d’internement de l’État français de Vichy.
Bien avant Pétain, rastaquouères, Juifs ou non, étrangers, persona non grata étaient tracassés, harcelés par les préfets de France-la-doulce (roman de Paul Morand, 1934). Toujours
privée d’âme, l’administration appliquait alors les règlements et les circulaires du gouvernement Daladier. » De l’hiver 1938 au printemps 1939, c’est bien un cabinet radical-socialiste
qui imagina ce que la République allait qualifier «lieux de séjour surveillé», «lieux d’hébergement», de «rassemblement», «camps de prestataires» et «camps de transit», selon les subtilités bureaucratiques. (…) Ils étaient des centaines de milliers de réfugiés, qui avaient choisi
la patrie des droits de l’homme (…) Déjà les règlements exigeaient : réfugiés comme logeurs
devaient déclarer les contrats de location au préfet. Privés de la protection de la loi, nombre
d’étrangers en délicatesse avec les circulaires et les règlements aveugles, se gardaient bien
de franchir le seuil des hôtels de ville, assurés d’en ressortir ficelés.
RdB
No 180 n Mai 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11
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jusqu´en juillet 2008. Par un courrier daté
du 6 juin 2008, mais en réalité posté le
30 juin 2008, et reçu le 7 juillet, le consulat indiquait refuser les visas au motif
que les actes de naissance ne seraient pas
authentiques.
Les enfants n´ayant plus leurs extraits
d´actes de naissance originaux, Madame
R. a saisi le tribunal de Douala, qui a rendu, le 2 avril 2008, deux jugements confirmant intégralement la validité des copies
des actes de naissance. Le consul général
du Cameroun en France, qui avait dès juillet
2006 délivré lui-même des actes de naissance pour ces deux enfants, a confirmé la parfaite régularité et validité des extraits d´actes
de naissance, des jugements rendus, et a délivré de nouveaux actes. L´administration
française a décidé de les ignorer.
En désespoir de cause, et voyant l´état de
santé de sa fille se dégrader, Madame R.
est retournée au Cameroun en décembre
dernier et s´est rendue avec ses enfants au
laboratoire indiqué par le propre consulat de France pour y faire effectuer, à ses
frais, une analyse d´ADN. Les échantillons étaient adressés au laboratoire canadien PRO ADN (Laval, Québec), qui
indiquait le 24 mars que «la probabilité
de maternité est de 99,9999 % ».
Tout cela n´a pas davantage ému le Conseil
d´État, auquel il avait été proposé d´ordonner
lui-même une vérification de maternité ;
une ordonnance datée du 9 avril signée de
Rémy Schwartz, sans autre examen du
dossier ni même une audience, rejetait la
contestation du refus de visa, en retenant
de mystérieux «éléments circonstanciés
présentés par le ministre » qui établiraient l´absence de filiation (dont il y a
effectivement 0,00001 % de probabilité
qu´elle soit contestable...).
L´unique élément dont les intéressés ont eu
connaissance est en réalité... une copie de
courrier, non nominatif, du principal hôpital
de Douala où sont nés les enfants, répondant
à un courrier du consulat de France de novembre 2006..., et mentionnant des erreurs
de numérotation dans le registre des naissances. On ne peut qu´être impressionné
par la prescience et les dons de divination
de l´administration consulaire française qui,
dès 2006, aurait écrit un courrier, qu´elle
n´a pas souhaité produire, qui concernerait
les enfants en question, en prévision de la
demande de regroupement familial puis de
visas qu´ils n´allaient faire que plus de un an
plus tard, et dont on pouvait déjà présumer
qu´elle s´appuierait sur de faux actes...
Il s´agirait donc d´un vaste complot impliquant la mairie de Douala, l´ambassade du
Cameroun en France et le tribunal de première instance de Douala, que la vigilance
du consulat de France épaulé par le Conseil
d´État a permis de déjouer en empêchant une
mère et ses enfants, qui y avaient été officiellement autorisés, de vivre ensemble.
Rien n´explique pour autant comment le
propre laboratoire indiqué par le consulat
de France, et celui auteur des analyses au
Bulletin d’abonnement
Billets d’Afrique et d’ailleurs
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sur le continent africain et les jeux troubles de la «Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux faits de
l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique originale.
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2009 n No 180
Canada, ont pu eux aussi confirmer la filiation; il faut donc les compter au nombre des
complices de ce complot international. Madame R., hospitalisée depuis son retour du
Cameroun, et ses enfants, viennent de saisir
la Cour européenne des Droits de l´homme.
Cette affaire n´est hélas qu´une triste illustration des pratiques quotidiennes des consulats
de France, de la présomption systématique
de fraude opposée aux étrangers, et de la
parfaite inutilité de l´humiliante procédure
de vérification ADN issue de la loi du
14 novembre 2006. La Haute Autorité de
lutte contre les discriminations HALDE)
avait déjà retenu, dans son avis du 17 décembre 2007, le caractère discriminatoire
de cette procédure.
Les décrets d´application de la loi du
14 novembre 2006 sur la vérification
par des tests ADN de l´authenticité des
actes d´état-civil des étrangers n´ayant
jamais été pris, cette affaire est vraisemblablement la première dans laquelle les intéressés ont recours.
La plupart des victimes de ces pratiques
n´auront ni les moyens, ni les réflexes
d´aller plus loin, et soit renonceront à
avoir enfants ou leurs conjoints à leurs cotés, soit alimenteront les lucratives filières
de passeurs pour pouvoir d´une façon ou
d´une autre vivre ensemble.
Article à retrouver sur http : //www.gisti.
org/spip.php?article1439
Bulletin fondé par F.-X. Verschave
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