Fiche du document numéro 22707

Num
22707
Date
Avril 2009
Amj
Fichier
Taille
888475
Pages
12
Titre
Billets d'Afrique No. 179
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE Une Rose sans épine • Une justice indépendante • L’“a priori de Joyandet • Une
justice à deux vitesses • Jérémiades • Relations incestueuses •
ËP. 3 FRANCE Les vieilles rengaines de
Sarko
Son récent voyage en Afrique a été
l’occasion de discours déjà entendusmaquillant de gimmicks un pragmatisme à
visée purement économique.

Éditorial

Impunité

L

ËP. 10 GUINÉE Espoirs et incertitudes
de la transition
Après trois de gestion du CNDD, l’horizon
politique de la Guinée semble dégagé
ËP. 11 CÔTE D’IVOIRE En attendant les élections
L’heure n’est toujours pas aux élections mais
à la soumission aux grands groupes et institutions internationales.
ËP. 12 LIRE Nouvelle publication de
Survie : La complicité de la France dans
le génocide des tutsi au rwanda,
1 ans après / 1 questions pour comprendre.

a lutte contre l’impunité est l’un des objectifs que s’est donné Survie, que
cette impunité concerne les crimes de sang les plus graves, génocide – crimes contre l’humanité, crimes de guerre – ou les crimes économiques – crimes insidieux dont l’opinion a du mal à mesurer les conséquences destructrices
pour des millions d’êtres humains. Jamais on n’enrichira suffisamment l’arsenal de
lutte contre ces crimes et la grande question est celle des moyens qui peuvent être
mis en œuvre pour y parvenir.
L’arsenal judiciaire dont on dispose est celui de chaque pays et celui des organisations internationales. Les justices nationales, sous l’impulsion de magistrats
courageux portés par l’exigence citoyenne, ont parfois entrepris des combats de
grande ampleur contre le crime puissant et organisé qui infiltrait toute la société
et particulièrement la politique. L’exemple italien avec l’opération Mani pulite
(mains propres en Italien) qui, à partir de 1990 a tenté d’assainir la vie politique,
montre qu’un État peut se réformer quand une gangrène généralisée le menace.
Les juges, en première ligne, en ont payé le prix avec notamment le juge Giovani
Falcone assassiné à Palerme, le 23 mai 1992. En France, dans le même temps mais
dans un autre style, l’affaire ELF, qui a éclaté en 1994 pour se conclure en 2004,
n’a exploré que des à-côtés, évitant soigneusement le volet politique, spécifiquement politique africain, qui était pourtant central.
Quelques affaires retentissantes ont mis en vedette des juges d’instruction. Après
Eva Joly ce seront Éric Halphen, Renaud van Ruymbeke, Philippe Courroye et
d’autres. Ils se sont tous heurtés à des entraves importantes. La réplique sera une
réforme… du droit des affaires qui met ces dernières à l’abri des poursuites intempestives et, aujourd’hui, la suppression du juge d’instruction. Ce bouleversement
du processus judiciaire français se fait dans une certaine indifférence de l’opinion.
Le nouveau système de poursuites confiées au seul procureur, calqué sur la justice
des États-Unis, non seulement desservira les gens modestes, livrés plus que jamais
à toutes les erreurs judiciaires, mais permettra d’étouffer dans l’œuf les affaires politiques, puisque les procureurs, en France, sont assujettis au garde des Sceaux, qui,
seul, en dernier ressort, décidera de l’opportunité des poursuites. C’est la fin du
principe de l’indépendance de la justice, chèrement acquis depuis la Révolution.
En matière de Droits de l’homme et de justice internationale, la France est également en recul. Bien loin d’aller vers l’extension des pouvoirs de la justice – la
compétence universelle, qui répond pourtant à l’internationalisation du crime, dont
les auteurs cherchent à se protéger derrière diverses frontières – la loi française
conditionne les poursuites de façon si restrictive que l’impunité est pratiquement
garantie aux suspects de crimes imprescriptibles qui transiteront par le territoire.
Par ailleurs le recours de plus en plus fréquent par les justiciables à la cour européenne des Droits de l’homme, montre l’affaiblissement d’un système judiciaire
considéré comme inéquitable.
En ce quinzième anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda, dont les responsabilités françaises sont restées dans l’ombre, la lutte contre l’impunité est une nécessité de conscience et d’honneur. On ne peut pas à la fois avoir l’ambition d’être
présent sur des théâtres extérieurs pour y intervenir au nom du rang de la France
dans le monde, et interdire tout examen de ce qui est fait loin du territoire national,
sinon pour affirmer que tout est bien.
Odile Tobner

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . s u r v i e . o r g

Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 179 Avril 2009 - 2,30 euros

ËP. 4 Affaire Borrel : les preuves
s’accumulent !
«Il apparaît que (…) l’Etat français, à son
plus haut niveau, a tout tenté sous la présidence de M. Jacques Chirac pour étouffer
la recherche de la vérité»
ËP. 5 SÉNÉGAL Carton rouge pour Wade
La défaite cuisante d’Abdoulaye Wade
qui avait fait un double pari : remporter
les élections locales et mettre sur orbite
politique son fils Karim, cornaqué par son
mentor, Robert Bourgi.
ËP. 6 TOGO Le premier «accord de partenariat de défense » porte-bonheur ?
L’accord de partenariat de défense signé,
le 13 mars dernier, avec la France est-il
vraiment nouveau ?
ËP. 7 CAMEROUN Le Pape et les déguerpissements
ËP. 8 RDC Des petites bricoles
A l’est de la RDC, au Kivu, on se bricole
des vies dans une région en proie à la
guerre depuis quinze ans. On bricole tout
autant au niveau des Etats pour tenter de
sortir du conflit …ou perpétuer la prédation des ressources naturelles

En bref
Une Rose sans
épine
C’est une confirmation officielle faite par
Bernard Kouchner : l’arrestation «arrangée» puis l’extradition «volontaire» en
France de Rose Kabuye, proche de Paul Kagamé a bien fait l’objet d’un accord francorwandais (Billets d’Afrique n°176, janvier
2009). Mise en cause dans l’instruction Bruguière pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs, le tout en relation avec
une entreprise terroriste, Rose Kabuye avait
pourtant été remise en liberté sous contrôle
judiciaire puis avait obtenu l’autorisation de
circuler librement entre Paris et Kigali.
Dans une interview à Jeune Afrique
(n° 2515, 22 mars 2009), Bernard Kouchner, très discret depuis quelques semaines,
le dit sans détour : «L’idée, c’est vrai, est
venue d’ici. Nous n’avions aucune intention
d’entraver la justice. La proposition faite au
président Kagamé était la suivante: si vous
voulez accéder au dossier de l’instruction,
la seule solution est que l’un des mis en examen se livre. Rose Kabuye a été courageuse.
Contrairement à ce que j’ai lu et entendu, il
n’était pas certain qu’elle soit remise en liberté par le juge.»
Dans le genre faux-cul, Kouchner se pose
là, faisant croire, la main sur le cœur, que la
justice française n’aurait pas suivi à la lettre
les termes d’un deal politique. Ce n’est finalement qu’un juste retour des choses puisque l’instruction sans consistance du juge
Bruguière était plus politique que judiciaire.
Mais ça, Kouchner ne pouvait pas le dire.

Une justice
indépendante
Les arrangements politico-judiciaires francorwandais font des envieux. Des jaloux qui
montrent les dents et menacent de lâcher
quelques perles françafricaines. Les présidents gabonais et congolais, mouillés jusqu’au cou dans l’affaire des biens mal acquis
(BMA) réclament aussi un traitement de faveur. Ils l’ont d’autant plus mauvaise qu’ils
sont de vieux amis françafricains. Le message a l’air d’être bien passé à Paris malgré
les déclarations du secrétaire d’État à la coopération, Alain Joyandet, rappelant qu’en
France «la justice est indépendante ». Pas
toujours et même pratiquement jamais quand
il s’agit des affaires françafricaines. Car
d’après Le Nouvel Observateur, le parquet
tente de sauver le soldat Bongo. La plainte
qui le vise, pour recel de détournement de
fonds publics, déposée en décembre dernier,
est toujours en attente d’être jugée recevable.
Un retard révélateur alors que les éléments
contenus dans l’enquête effectuée en 2007

par l’Office central pour la répression de la
grande délinquance financière (OCRGDF)
sont éloquents. L’OCRGDF avait mis au jour
des dizaines d’hôtels particuliers et d’appartements de prestige à Paris et sur la Côte
d’Azur au nom des familles Bongo, Sassou
Nguesso et Obiang (Guinée équatoriale).

L’«a priori» de
Joyandet
Alain Joyandet a donc fait le métier en défendant à Lyon l’indépendance de la presse
française, accusée par les autorités gabonaises de mener une «campagne de calomnies» contre le président Omar Bongo.
«En France, la presse est indépendante» at-il déclaré en ajoutant toutefois une phrase
assez révélatrice : «Il y a un droit : il ne
m’appartient pas a priori de restreindre la
liberté d’expression ». C’est bien de le rappeler mais le «a priori» signifie-t-il qu’il le
regrette ?

Une justice à deux
vitesses
L’ancien ministre nigérian du pétrole Dan
Etete (1995 à 1998) sous le régime du général Sani Abacha a été condamné, le 18 mars,
par la cour d’appel de Paris à huit millions
d’euros d’amende pour blanchiment aggravé, échappant cependant aux trois ans de
prison ferme auxquels il avait été condamné
en première instance. Lors de l’audience en
appel, les avocats de l’ancien ministre n’ont
pas contesté les faits de corruption. Ils avaient
tranquillement estimé qu’il ne pouvait y
avoir de délit puisque, à l’époque, le principe
du commissionnement des dirigeants d’États
africains était parfaitement toléré, voire encouragé ! En outre, le délit de «corruption
d’agent public étranger» n’existe en France
que depuis 2000.
Or, les faits reprochés à Dan Etete sont antérieurs à cette date.
Une ligne de défense faiblarde qui n’a pas
empêché l’ancien ministre, jugé en son
absence, d’être reconnu coupable d’avoir
blanchi des fonds provenant de commissions
versées notamment par Elf dans les années
1990 pour obtenir des marchés pétroliers.
Dan Etete était accusé d’avoir investi en
France, en 1999 et 2000, ces fonds d’origine
frauduleuse estimés à 15 millions d’euros
grâce auxquels il avait acquis un ensemble
de biens immobiliers : un appartement à Paris, un hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine
ou encore un château dans le nord-ouest de la
France. Comme Sassou ou Bongo. Au côté
de l’ancien ministre comparaissait également
l’homme d’affaires français Richard Granier-Deferre. Jugé coupable de « complicité

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2009 n No 179

de blanchiment», il a été condamné à trois
millions d’euros d’amende. Elf devenu Total
n’a pas été inquiété.

Jérémiades
En attendant que les décideurs passent, peutêtre, à l’acte en supprimant les paradis fiscaux, on s’amuse des pleurnicheries de la
Suisse, du Luxembourg et de l’Autriche,
trois des principaux pays européens pratiquant le secret bancaire. Tout en se défendant de l’accusation d’être des paradis
fiscaux, ils refusent l’abolition du secret
bancaire. «Le secret bancaire fait partie
de notre mentalité sociale, de notre conception de la protection de la sphère privée»,
a gémi le ministre des finances suisse
Hans-Rudolf Merz. Si la Suisse a une longue tradition historique du secret bancaire,
ce n’est pas le cas du Luxembourg pour qui
il s’agit surtout de protéger la prospérité de
ses banques dont dépend l’économie du
pays. Dans ce pays qui abrite par ailleurs
la chambre de compensation Clearstream
(dont on parle si peu dans le contexte de
la crise financière), les activités financières assuraient, en 2007, plus d’un tiers des
richesses du pays et près de la moitié des
rentrées fiscales.
Le secret bancaire est assez récent dans le
Grand Duché. La pratique remonte à une
loi de 1984 qui a consacré le banquier comme «confident nécessaire», au même titre
qu’un prêtre, médecin ou avocat !

Relations
incestueuses
Alors que souffle un timide vent de moralisation, voilà un recrutement qui fait office de
symbole de cette mondialisation dite «heureuse». Une caricature de cette diplomatie
business si chère à Nicolas Sarkozy.
La Lettre du Continent (n°560) nous apprend, en effet, que la plus grosse société de
capital-investissement au monde, Blackstone,
a recruté un diplomate français, Gérard Errera. Administrateur d’Areva et EDF, Gérard
Errera a également été ambassadeur auprès de
l’Otan et ambassadeur de France au Royaume-Uni. Après deux ans passé au poste de
secrétaire général du Quai d’Orsay, il va être
chargé, comme conseiller spécial, des investissements européens du groupe américain.
En fait d’investissement, Blackstone restructure à la hache. Il vient de fermer le site français (Pardies, Pyrénées-Atlantiques) d’une de
ses filiales, le groupe chimique Celanese. 350
emplois directs supprimés. Comme il le dit
lui-même, le désormais ancien haut-fonctionnaire est «fier de rejoindre un acteur majeur
de l’économie globale».

Salves
FranCe aFrique

Les vieilles rengaines de Sarko
Son récent voyage en
Afrique a été l’occasion de
discours déjà entendus,
une resucée maquillant de
gimmicks un pragmatisme à
visée purement économique.
Un peu court pour « casser
l’image de la France
prédatrice ».

F

inalement, Nicolas Sarkozy est un
président écolo, un chantre du recyclage. Car voilà qu’à l’occasion
de son périple africain express à Kinshasa, Brazzaville et Niamey, il a renoué
avec la rupture qu’il appelait de ses vœux
dès 2006. Passons sur le trop fameux Discours de Dakar, en 2007, qui se voulait
fondateur «d’une nouvelle relation».
En février 2008, en Afrique du Sud, il
avait encore jeté les bases d’un nouveau
«modèle de relations» franco-africaines, enfin débarrassé des outrances de la
«Françafrique». C’est donc qu’il y en
avait ? Bizarrement, il déclarait, cette année au Niger, que la Françafrique était de
la «science-fiction».
Le 26 mars, il s’est encore prononcé, aux
côtés de son ami Sassou, un des dirigeants
les moins recommandables du continent,
pour la «rénovation»de la relation francoafricaine, débarrassée des «pesanteurs
du passé» et des «soupçons». «Nous
devons définir ensemble les termes d’une
proximité et d’une familiarité renouvelées.
Il faut nous débarrasser des pesanteurs
du passé (...) qui alimentent trop souvent
méfiances et soupçons» et «d’une relation trop souvent caricaturée comme opaque et affairiste», a-t-il déclaré en faisant
référence à la Françafrique. C’est bien de
le dire, c’est mieux de le faire !
C’est donc une resucée qu’il nous sert,
maquillant de gimmicks un pragmatisme
à visée purement économique. Il apparaît
surtout que la «nouvelle donne» africaine
de Nicolas Sarkozy est un énième enterrement en classe business de ses promesses
électorales de rupture avec les pratiques
condamnables de la Françafrique.
Passons donc à l’essentiel, c’est-à-dire le
business. À Kinshasa, plusieurs accords
ont été signés entre la France et la République démocratique du Congo (RDC)
notamment dans les mines et les transports. Dans les mines, un «accord de coopération entre le ministère des Mines et

Areva» prévoyant un partenariat avec la
société nationale minière congolaise (Gécamines) pour «l’exploration uranifère
sur l’ensemble du territoire congolais»
a été signé par Anne Lauvergeon, présidente d’Areva et le ministre des Mines,
Martin Kabwelulu Labilo.
Areva en salive déjà : «Cet accord ouvre
potentiellement la voie à d’énormes ressources pour Areva. La RDC est un pays
minier par excellence avec un potentiel
géologique intéressant». Plusieurs autres
projets d’entreprises françaises ont été
présentés, le gouvernement congolais
s’engageant à créer les conditions favorables pour l’implantation de France Télécom. La ministre du Portefeuille (!),
Jeanine Mabunda Lioko, a annoncé que
Vinci avait gagné l’appel d’offre pour la
réhabilitation de la piste de l’aéroport international de Ndjili à Kinshasa (37 millions d’euros). L’ouverture à plusieurs
autres opérateurs français a été mise en
avant : Lafarge (ciment), Alstom pour la
réhabilitation (encore !) des turbines de la
centrale hydro-électrique d’Inga II, Suez
et Veolia pour l’eau et l’électricité. C’est
Noël avant l’heure !
À Brazza, c’est un coup de pouce supplémentaire qu’a donné notre VRP de
président à son ami Bolloré : 29 millions
d’euros pour le port de Pointe Noire dont
la gestion est assurée depuis peu, par le
groupe Bolloré. Ce prêt sur quinze ans accordé par l’Agence française de développement (AFD) doit permettre de mettre en
place des superstructures d’exploitation.
L’objectif est «de redonner à ce port
une compétitivité mondiale au travers
de grands travaux», a précisé l’assistant
VRP, Alain Joyandet.
Le prêt de l’AFD est une contribution au
financement du Programme d’investissements prioritaires (Pip) mis en place
par l’État congolais depuis 2006 et d’un
montant global de 60 milliards de FCFA
(91 millions d’euros) pour le port de
Pointe-Noire, considéré comme le plus
important en eau profonde dans le Golfe
de Guinée. Déjà en avril 2008, l’aide
française avait été augmentée de 80 millions d’euros pour atteindre 260 millions
d’euros sur cinq ans alors que les experts
du Trésor français se seraient contentés
de 80 millions. Ces derniers estimaient
que le Congo, avec ses revenus pétroliers,
n’avait pas besoin de l’obole du contribuable français. Il est vrai, qu’à l’époque,
la concession de gestion du port de Pointe

Noire n’avait pas été encore attribuée à
l’ami Bolloré (Billets d’Afrique n° 169,
mai 2008).
Enfin, à Niamey, Sarko a célébré, avec son
homologue Mamadou Tandja, la signature
du contrat que vient de signer Areva pour
l’exploitation, à partir de 2012, de la mine
géante d’uranium d’Imouraren, dans le nord
du pays. Dans ce contexte, la rencontre programmée avec les membres de la section locale de l’Initiative pour la transparence des
industries extractives (ITIE) au Niger est un
effort bien modeste. Les recommandations
de l’ITIE regroupant des ONG, des compagnies minières et le gouvernement nigérien
ne sont, de toute façon, pas contraignantes.
Pis, les ONG trop critiques ont été écartées.
Selon Salissou Oubandoma, du Groupe
de réflexion sur les industries extractives
au Niger (GREN), également membre de
l’ITIE, «le gouvernement nigérien avait
une peur bleue que nous jouions les trouble-fête, alors qu’il s’agissait d’exprimer à
M. Sarkozy nos préoccupations». La veille
de la visite du président français, le GREN
avait critiqué Areva et l’avait appelé à prendre des dispositions pour préserver l’environnement et la santé des riverains des gisements d’uranium qu’elle exploite depuis
quarante ans. Un peu court pour «casser
l’image de la France prédatrice» selon les
propres mots de Sarko.
RDB

D

e mai à septembre 2008, Marie
Cosnay assiste à des audiences
d’étrangers présentés au juge des
libertés de Bayonne. Juge qui décide de prolonger la rétention de ces étrangers dans les
centres de rétention administrative. Étrangers
venus de pays où ils sont menacés, d’une manière ou d’une autre,
e t
parfois installés en
France et en Europe
depuis de longues
années. Pendant ces
audiences,
l’auteur
note ce qui se passe,
ce qui se dit, les faits,
les gestes, les paroles. Elle assiste ainsi
à la mise en place
d’une politique qui
brise les individus.
Elle témoigne de ce
qui, en son nom, en
notre nom, se commet en France.

No 179 n Avril 009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 3

Salves
Djibouti

Affaire Borrel
Les preuves s’accumulent !
« Il apparaît que (…)
l’État français, à son
plus haut niveau, a
tout tenté sous la présidence
de M. Jacques Chirac pour
étouffer la recherche de la
vérité. »

L

e 18 mars dernier, au cours de la
conférence de presse donnée au cabinet de son conseil, Me Morice, Elisabeth Borrel, la veuve du juge Bernard Borrel
assassiné en 1995 à Djibouti, demandait la
réouverture d’une enquête pour subornation
de témoin sur la base de deux documents
inédits de la cellule «Afrique» de l’Élysée
saisis par les juges Pous et Ganascia en août
2008. Il s’agit d’un télégramme diplomatique confidentiel du 23 janvier 2000 émanant
de l’ambassadeur de France à Djibouti, Patrick Roussel, et une note du chef d’État-Major particulier du président Chirac, le général
Henri Bentegeat, du 25 janvier 2000. Ces
deux documents font état de démarches d’un
avocat français, Me Alain Martinet, présenté
comme un proche du président djiboutien
Ismaël Omar Guelleh, visant à discréditer le
principal témoin à charge du dossier. Rappelons que parallèlement à l’enquête criminelle
menée par le juge Sophie Clément, deux enquêtes judiciaires ont été menées en France.
La première, pour «pression sur la justice»,
est toujours en cours à Paris. La seconde
donc pour «subornation de témoins » (voir
plus bas).
En conséquence, Elisabeth Borrel avait écrit,
le 16 mars, au procureur de Versailles. « Il
apparaît que ces actes d’instruction ont été
extrêmement fructueux, montrant combien
l’État français, à son plus haut niveau, a
tout tenté sous la présidence de M. Jacques
Chirac pour étouffer la recherche de la vérité » écrit-elle. Le parquet de Versailles a
refusé la réouverture de l’instruction (il est
le seul à décider la réouverture ou non d’une
instruction. Cette décision n’est susceptible
d’aucun recours). Rien d’étonnant car cela
l’aurait conduit à entendre non seulement
l’avocat Me Martinet mais aussi et surtout le
général Henri Bentégeat et l’ancien ambassadeur de France à Djibouti.
Les notes diplomatiques saisies étayent également les soupçons de violations du secret de l’instruction commises par de hauts

magistrats du Parquet en liaison avec le
conseiller juridique de l’Élysée. On pouvait
naturellement craindre que Djibouti ait reçu
toutes ou partie de ces informations …
Cela confirmerait aussi le fait que c’est
bien la présidence de la République française qui a «suggéré» à son homologue
djiboutienne de saisir la Cour internationale de Justice de La Haye (CIJ) du «prétendu» différend qui opposait les deux États.
Un différend imaginaire qui s’appuyait sur
le refus du juge Sophie Clément de transmettre une copie du dossier d’instruction à
la justice djiboutienne. Car dès lors qu’il est
prouvé que les deux présidences s’étaient
mises d’accord sur la saisine de la CIJ pour
atteindre un objectif commun, celle-ci,
chargée de statuer sur «des litiges entre
États», n’avait donc pas compétence pour
juger «un accord de fait» entre États.
En tout état de cause, cette transmission
aurait privé Madame Borrel et ses enfants
de leur droit à connaître la vérité, la justice
djiboutienne s’empressant de rendre un
«verdict» monté de toutes pièces. Et selon
le principe selon lequel une affaire judiciaire ne peut pas être jugée une deuxième
fois, l’instruction de l’affaire en France
aurait été définitivement enterrée et sans
aucune voie de recours.

Contre-feu médiatique
Parmi les pièces présentées, Élisabeth
Borrel a également insisté sur les facilités
offertes par l’Élysée au journaliste Chris
Lafaille pour qu’il puisse rencontrer des
hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs dans le cadre du livre qu’il préparait
sur l’affaire Borrel («L’inavouable vérité
de l’affaire Borrel»). En fait, un contrefeu dans lequel Elisabeth Borrel soupçonne Claude Chirac d’avoir jouer un rôle.
Tout cela, a-t-elle conclu, alors que l’Élysée savait depuis 2002, qu’il s’agissait
d’un assassinat et non d’un suicide.
C’est dans ce contexte de nouvelles révélations que le procès en appel de deux
dignitaires djiboutiens a eu lieu, les 25 et
26 mars, à Versailles. Cette affaire de subordination de témoin, en marge de l’instruction principale s’était conclue par le
renvoi en correctionnelle de deux proches
du président Guelleh. L’actuel procureur
de Djibouti, Djama Souleiman, et le chef
des services secrets djiboutiens, Hassan
Said, absents au procès, ont été condam-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2009 n No 179

nés respectivement, le 27 mars 2008, à
dix-huit mois et douze mois de prison
ferme, reconnus coupables en première
instance d’avoir fait pression sur deux
témoins clefs pour annuler ou discréditer
le témoignage pouvant mettre en cause le
président djiboutien.

Morrachini persiste !
Au cours de l’appel, on a pu noter l’intervention hallucinante du juge Marie-Paule
Morrachini (qui s’était vue confier l’instruction de l’affaire Borrel en novembre
1999 après un premier dépaysement, elle
est dessaisie en juin 2000 ) venue soutenir
à la barre qu’elle était toujours convaincue de la thèse du suicide avec toujours
le même argument : «Quand j’ai découvert l’endroit où le corps du juge avait
été retrouvé, j’ai compris que ce n’était
pas un lieu pour se faire tuer, mais un
lieu pour se suicider». Son approche
très mystique de l’instruction a suscité
de nombreuses interrogations et les parties civiles se réservent d’ailleurs le droit
de déposer une plainte pour violation du
secret de l’instruction à son encontre.
La procureure de la République a estimé
que les faits de subornation de témoins
étaient établis et elle a requis des peines
d’un an de prison avec sursis à l’encontre
d’Hassan Saïd et de Djama Souleiman.
C’est un réquisitoire identique à celui qui
avait été prononcé en première instance.
La Cour ne l’avait pas suivie puisqu’elle
avait alourdi les peines requises en les
transformant en prison ferme et en infligeant au procureur de Djibouti, six mois
supplémentaires, au motif qu’un magistrat formé dans une école française ne
pouvait pas se permettre de commettre
un délit … et qu’il l’avait fait en toute
connaissance de cause. La Cour avait
confirmé le mandat d’arrêt européen délivré à leur encontre.
Il faut ajouter la présence, dans la salle
d’audience, du colonel Ladieh, chef du
bureau militaire du président djiboutien,
désigné comme l’un des tortionnaires les
plus féroces, par une de ses victimes, Ali
Coubba, écrivain djiboutien réfugié en
France qui cite son nom à plusieurs reprises. («Une nation en Otage», L’Harmattan, mai 2000)
Le délibéré a été fixé au 28 mai 2009.
Jean-Loup Schaal

En bref
Sénégal

Ni exode,
ni invasion

Carton rouge pour
Wade
Le 22 mars 2009 : un
tournant avec le vote
sanction infligé au
camp présidentiel. Une défaite
cuisante pour Abdoulaye Wade
qui avait fait un double pari :
remporter les élections locales
et mettre sur orbite politique
son fils Karim, cornaqué par
son mentor françafricain
Robert Bourgi.

N

ous faisions déjà état, dans ces colonnes (Billets d’Afrique n° 175),
de l’influence du néofoccartiste
Robert Bourgi dans l’ascension fulgurante
du fils Wade. Grâce à son entregent, Karim Wade a pu régulièrement «échanger»
avec l’Élysée. Une situation rappelant la
période où tous les chefs d’État africains
étaient branchés à Paris. Un canal direct
dont se vantent d’ailleurs les Wade. En
France, comme au Sénégal, la rectification vient parfois par les urnes et le peuple
sénégalais a clairement mis en échec le
dessein du président qui consistait à vouloir installer son fils à la présidence de la
République à l’horizon 2012.
Laminés dans leur propre fief par la coalition Benno Siggil Senegaal («S’unir pour
un Sénégal debout » en wolof) regroupant
les membres de l’opposition, Wade père
et fils se voient obligés de revoir leur stratégie car les signaux d’une exaspération
des Sénégalais sont désormais indiscutables. La coalition d’opposition a gagné
dans des villes comme Dakar et sa banlieue, Saint-Louis, Louga (nord), Fatick
et Diourbel (centre), Mbour (ouest), selon
l’Agence de presse sénégalaise citant des
commissions départementales de recensement des votes. À Saint-Louis, cinq ministres investis sur les listes de cette ville,
dont ceux de l’Intérieur et des Collectivités locales, ont été battus.
Réputés passifs et corruptibles en période
électorale, les Sénégalais ont, dans le calme, envoyé un signal fort à Wade et ses
amis françafricains pressés de «togoliser»
le Sénégal en instaurant une monarchie.
Ce pays à forte tradition démocratique et
qui a miraculeusement échappé aux coups
d’État n’est jamais allé aussi loin dans la

déliquescence de ses institutions. La misère est partout visible, la vie chère continue de faire des ravages. Pourtant, les
infrastructures estampillées Karim Wade,
par ailleurs directeur de la très influente
Agence nationale pour l’organisation de
la conférence islamique (Anoci) donne de
Dakar l’image d’une ville moderne. Sur
la corniche dakaroise, de luxueux hôtels
sont en train d’être construits alors que les
hôpitaux publics sont privés des matériels
les plus basiques.
Dans le pays profond, l’agriculture, principale activité, est en ruine et les populations sont laissées à elles-mêmes, sommées de se débrouiller. Pour la première
fois le Sénégal n’a pas eu de campagne
arachidière. À Dakar, de rutilantes voitures côtoient l’extrême pauvreté et dans les
quartiers populaires, les habitants vivent
des conditions qui préparent des lendemains qui déchantent. À cause de la crise
financière, de la corruption ambiante et de
la mauvaise gestion des deniers publics,
les caisses de l’État sont vides. Le pays
est par conséquent fragilisé tout comme le
sont les pays voisins comme la GuinéeBissau et la Gambie. En Guinée-Bissau,
désignée comme un narco-État par l’Office contre la drogue et le crime des Nations
unies, les trafiquants de drogues ont fini
par supplanter l’État et seraient à l’origine
de l’assassinat du président Nino Vieira et
de son chef d’État-Major.
Au Nord, la Mauritanie est en crise minée
par les coups d’État récurrents. C’est dans
ce désordre sous-régional complexe que
le peuple sénégalais s’est déplacé, avec
pour seul souci sa «survie quotidienne»,
pour dire non à Wade à qui ils ont confié,
par deux fois, leur destin en 2000 et en
2007. De toute évidence, le régime d’Abdoulaye Wade n’a pas les moyens, de par
son incompétence et sa vocation faussement républicaine, de faire face aux défis
colossaux dans cette région de l’Afrique,
qui plus est dans un contexte de turbulences géopolitiques sans précédent.
Et ce n’est pas en accentuant sa dérive répressive des derniers mois qu’il améliorera son image.
À 82 ans, Wade n’a décidément plus les
moyens d’une politique diplomatique qui
rayonnerait sur l’Afrique de l’Ouest toute
entière. Mais les a-t-il jamais eus ?
Mayacine Diouf

Deux chercheurs français, Cris Beauchemin
et David Lessault, de l’Institut national d’études démographiques (INED), contestent fermement l’idée «très largement répandue»
d’une migration massive des Africains subsahariens vers l’Europe : «Il n’y a ni exode
ni invasion». Alors qu’une place majeure
est accordée à l’Afrique dans tout le dispositif politique de gestion des migrations, «les
migrations internationales d’Afrique subsaharienne vers le Nord ne sont massives ni du
point de vue des pays de départ ni du point
de vue des pays d’arrivée », a fait valoir Cris
Beauchemin à l’occasion d’un colloque organisé à Dakar début février.
Pour contester l’idée selon laquelle les départs d’Africains vers le nord sont massifs,
David Lessault a notamment cité les résultats du recensement de 2002 au Sénégal :
«170 000 Sénégalais sont partis à l’étranger entre 1997 et 2002 (de façon régulière
ou irrégulière). C’est à peu près l’équivalent
de la population de la ville sénégalaise de
Saint-Louis mais cela correspond à un taux
d’émigration de 1,8%». De quoi s’interroger sur les raisons de «l’extraordinaire visibilité de l’émigration subsaharienne dans
les discours publics» en Europe : «Les décideurs publics ont très fortement intériorisé
l’idée que les migrants sont des miséreux
et, comme l’Afrique, incarnent la misère
dans le monde, on imagine, par association
d’idées, que forcément il y a beaucoup de
départs de l’Afrique». Or cette équation
«pauvreté = émigration vers le Nord» n’est
pas démontrée. «Quand on consulte les différentes enquêtes, poursuit David Lessault,
on remarque que «les ménages avec migrants sont sous-représentés dans les classes les plus pauvres et sur-représentés dans
les ménages les plus riches», «car pour
préparer un départ vers le Nord, il faut une
certaine somme d’argent». En Europe, ces
immigrés sont d’autant plus visibles qu’ils
sont «noirs et souvent concentrés dans certains quartiers». De plus, le flot d’images
télévisuelles spectaculaires montrant les pateras débordant ou de corps échoués sur les
plages accentue encore davantage le ressenti
des Européens sur la question.
Pour conclure, les deux chercheurs posent
la question de la pertinence des politiques
européennes en matière d’immigration :
«Quand on voit à quel point l’émigration
subsaharienne pèse peu, y compris quand on
intègre les irréguliers, affirme M. Beauchemin, on peut se demander par exemple pourquoi l’Union européenne dépense autant
d’argent pour le dispositif (de contrôle des
frontières) Frontex».
RDB

No 179 n Avril 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Togo

Le premier « accord de partenariat
de défense » porte-bonheur ?
Le 13 mars dernier
a porté une chance
extraordinaire au Togo
de Faure Gnassingbé qui se
réjouit que son pays ait été « le
premier africain à signer » le
nouvel « accord de partenariat
de défense » avec la France.
Mais cet accord est-il vraiment
nouveau ?

accords militaires existants signés par son
père sont à son avantage. Rien que sur ce
plan de la mise en forme du « nouveau partenariat de défense », la question est de savoir ce qui a fondamentalement changé par
rapport à hier, de de Gaulle à Chirac, surtout
«qu’il [ne] faille [pas] nécessairement faire
table rase et tout effacer d’un seul trait de
plume» comme se plaît à le dire Sarkozy au
Cap.

ette défense en partenariat (le mot
partenariat est devenu un termeépice qui pimente toutes les sauces
françafricaines) vient concrétiser le discours
du 28 février 2008 du président Sarkozy au
Cap et celui du candidat UMP, le 19 mai
2006 à Cotonou, qui plaident tous deux pour
une réforme de la politique africaine de la
France, ce serpent de mer que tout candidat
français à la magistrature suprême qui se
respecte, se croit obligé de sortir sans que
personne ne lui demande rien. Ce «partenariat de défense» qui articule en politique
d’action les promesses de Sarkozy qui fait
tout ce qu’il a dit en «décomplexé », et en
toute décontraction sans aucune contradiction, soulève cependant un certain nombre
de questions et d’observations.
La toute première proposition de Sarkozy
dans son discours du Cap était relative
aux accords de défense, signés en ce qui
concerne le Togo le 10 juillet 1963, dans la
foulée de l’assassinat du président togolais
Sylvanus Olympio qui n’en voulait pas. Le
président français annonçait que ces accords
«doivent reposer sur les intérêts stratégiques de la France et de ses partenaires africains», et que surtout, il faut noter ce point
important: «la France souhaite engager
des discussions avec tous les États africains
concernés pour adapter les accords existants aux réalités du temps présent et en
tenant le plus grand compte de leur propre
volonté». Les «discussions» qui ont abouti
à cette signature du 13 mars ont été d’une
telle opacité que la «propre volonté» du partenaire togolais Faure, qui n’a rien demandé,
a été confondue avec la «propre volonté»
de Sarkozy. C’est sa vision des «choses»
africaines qui est proposée sinon imposée comme accord. Et on voit mal Faure
en prendre l’initiative ou même faire des
contre-poprositions en ce sens que les

Comme d’habitude, le partenaire togolais
exulte de joie en s’appropriant pratiquement, sur le fond, dans son communiqué,
les paroles de son partenaire dominant. Il
parle de «transparence» : parce que «l’accord sera soumis à ratification et publié» ;
de «réciprocité et respect mutuel» : parce
que les «activités [militaires seront] menées
d’un commun accord [en] respectant le libre
consentement de chaque Etat»; de «sécurité
collective»: parce qu’il y aura «ouverture
de ce partenariat à l’architecture de paix et
de sécurité en Afrique et à des contributions
européennes futures» et que surtout il y aura
«absence de clause d’intervention des forces
françaises dans une crise intérieure» ; et enfin de «concertation» : parce qu’il y aura
«échanges de vues sur la sécurité nationale
et régionale». Selon la télévision togolaise,
le Togo bénéficiera «d’échanges de vues et
d’informations relatives aux risques et menaces à la sécurité nationale et régionale,
d’équipements et d’entraînement des forces
de soutien logistique et d’exercices conjoints.
Il prévoit également l’organisation de transits, de stationnements temporaires, d’escales aériennes et militaires et la formation
des membres du personnel togolais dans
les écoles de formation militaire françaises
ou soutenues par la France». Or tout ceci
n’est pas nouveau. C’est une reconduction
de la convention du 29 avril 1965 relatives
au soutien logistique de la France aux forces
terrestres et aériennes ainsi qu’à la gendarmerie togolaises, du protocole du 28 octobre
de la même année au sujet de la sécurité des
envols aéronefs militaires français au Togo
et de l’accord de coopération militaire technique du 23 mars 1976. Et, bien entendu, de
l’accord secret de défense du 10 juillet 1963
auquel il faut ajouter «la convention relative
à la participation des forces armées françaises au maintien de l’ordre public» au Togo

C

Une simple reconduction des
accords précédents ?

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2009 n No 179

du 5 mars 1958, signée deux ans avant l’indépendance avec Nicolas Grunitzky, alors
Premier ministre de la République autonome
du Togo, dans le cadre de la loi-cadre Defferre.
Datant pour la plupart d’après 1960, ces accords faisaient de la France un coresponsable
ou un cogestionnaire de l’État togolais à qui
elle se substituait si elle le décidait selon sa
«propre volonté».
En attendant de connaître exactement son
contenu, il faut noter qu’on ne sait pas si
ce «nouvel accord de partenariat de défense» est militaire ou humanitaire, ou les
deux à la fois. Parce que, au moins à partir des années 1990 avec les processus de
démocratisation, la France a habitué son
monde à voir de l’humanitaire là où elle
fait précisément du militaire.
La guerre civile du Biafra en 1967 a été le
moment expérimental de ce mélange des
genres qui a si bien réussi, et par la suite
et à plusieurs reprises validé au nom de
la maxime «sauver ses ressortissants en
danger dans les crises politiques internes»
qui secouent de temps à autre son pré carré
africain. Au regard de cette mémoire, - et
l’état-major français en a sous le képi une
bien formatée par l’histoire -, il est permis
d’être circonspect et méfiant quant à ce
nouvel ordre militaire que Sarkozy est en
train de déployer en Afrique sous le label
trompeur de «partenariat de défense».

Quelle transparence ?

Il est proclamé urbi et orbi que ce nouvel accord sera ratifié par les deux parlements français et togolais et publié au Journal officiel
(JO). Ce qui serait gage de «transparence»,
cet autre terme-épice sarkoziste qui fait mouche et monte au nez. Quand on sait comment
fonctionnent les deux parlements dans les
procédures de contrôle de l’exécutif, notamment dans ce domaine régalien de la défense,
on peut s’interroger sur la nature et le degré
de cette «transparence» annoncée. En France, la tradition de démocratie arithmétique
empêche de vrais débats au parlement sur des
sujets relatifs aux relations franco-africaines
abandonnés à des lobbyistes entreprenants.
On sait que dans et hors de l’Hémicycle,
le sujet est même tabou en ce sens qu’il est
considéré comme politiquement sale et électoralement peu gratifiant, et que majorité et
opposition y sont en concurrence dans la promotion du rang de puissance et grandeur de

leur pays dans le monde et surtout en Afrique, quand l’ignorance ne fait pas le reste.
Au Togo, où on a aussi ses traditions parlementaires, l’accord sera envoyé «pour examen» au groupe parlementaire du parti au
pouvoir et seulement «pour avis» aux députés de l’opposition. Le texte de «nouveau
partenariat de défense» passera comme un
courrier électronique aux deux parlements
et ce n’est pas le fait qu’il soit publié au JO
qui garantit une quelconque «transparence»
qui, dans le cas d’espèce, n’est qu’une opacité «décomplexée» comme aime le pratiquer
le président français.
Le nouvel ordre militaire sarkoziste, si tant
qu’il en est un, est en fait l’aboutissement
structurel du dégel de la guerre froide depuis
la chute du mur de Berlin qui induit une révision de plus en plus drastique de la politique de défense dispendieuse de Paris qui
n’a plus les moyens financiers de son rang
de puissance en Afrique pour laquelle le titre
«gendarme» lui était conféré et reconnu par
ses alliés idéologiques. C’est dans ce mouvement de rétrécissement-redéploiement qu’en
1994 la France a eu l’initiative du programme Recamp (Renforcement des capacités
africaines au maintien de la paix) qu’il gère
avec l’aval de l’ONU et de l’Union africaine.

Ce programme a pour objectif de fournir aux
Africains les moyens d’assurer leur propre
sécurité et de gérer leurs propres crises. En
réalité le Recamp est une reprise, en le continentalisant, du vieux protocole oublié, en tout
cas jamais appliqué, de la CEDEAO datant
de juin 1977 : l’Accord de non-agression et
d’assistance en matière de défense (ANAD).
Comme le Recamp et l’Anad, le nouveau
partenariat militaire de Sarkozy mutualise
les logistiques et les intendances sécuritaires, mutualisation que l’ONU, l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA) ont
avalisé en toute « transparence » comme le
font les parlements français et togolais. Ce
qui est frappant (et chapeau l’artiste!) c’est
cette capacité qu’a la France de faire endosser sa «politique africaine» par ses partenaires européens ou onusiens qui ne voient
que du feu et plus encore, qui la financent.
En réalité, c’est un échange de bon procédé
entre amis européens, ce qui met en doute
la capacité de Bruxelles à produire une politique africaine, autonome et différente de
celle de la France, prise naturellement et
automatiquement comme une référence en
la matière pour son savoir-faire.
Rien de nouveau sous les tropiques avec
ce «partenariat de défense» ? Si, quand

même : l’absence de clause secrète d’intervention militaire, nous dit-on, qui permettait à la France de voler au secours des
pouvoirs vomis par leur population. Signifierait-elle que le pays de de Gaulle ne serait plus (co)responsable ou (co)gestionnaire
des pouvoirs françafricains comme hier?
L’intervention militaire de la France, début
2008, auprès du dictateur tchadien menacé
par des mouvements rebelles donne à croire
le contraire. Pour que ce «partenariat de défense» ait de la crédibilité et du sens, c’est
qu’il n’y ait pas du tout de «partenariat de
défense» entre la France et ses anciennes
colonies. C’est la seule «rupture», la seule
«transparence» possibles et crédibles dans
ce domaine régalien, en ce sens que cela traduirait au moins un début de prise en compte
du second terme de la devise de la République : un vaste programme !
Mais le vendredi 13 mars a été une journée
très chanceuse pour les présidents français
et togolais abonnés sans doute à l’astrologie
politique. Les dictateurs et les néodictateurs
françafricains peuvent dormir tranquille : le
«partenariat de défense» n’a pas pour vocation de les déstabiliser. Les Français n’ont
pas élu Nicolas Sarkozy dans ce but funeste.
Comi M. Toulabor

Cameroun

Le Pape et les déguerpissements

O

n se demande ce que le pape est
bien venu faire au Cameroun. Son
voyage sous forme d’exhibition
de papamobile et de sermons creux aura
été la caricature de ce que devrait être une
autorité spirituelle confrontée au désespoir
des populations. Sa venue a fait redoubler les opérations de déguerpissements
commencées depuis que le Cameroun, en
2007, a reçu les fonds C2D (contrats de désendettement et de développement), volet
français de l’initiative PPTE (Pays pauvres
très endettés) arrivée à son point d’achèvement. La France reverse au pays la somme
remboursée pour l’affecter à des programmes de lutte contre la pauvreté. Ce dernier
détail relève de l’humour noir quand on
voit que le vaste projet d’urbanisme qui
a été mis en place consiste uniquement,
dans un but d’«embellissement» de la
capitale, à en chasser toute la population
la plus démunie, la privant de ses fragiles
abris et de ses moyens précaires de subsistance et la précipitant dans une misère
plus grande encore.
Franck Olivier Kouame, secrétaire général du Collectif interafricain des habitants,
ONG qui se consacre aux questions relatives à l’habitat et au logement, rappelle

que «90 % des déguerpis sont des familles
démunies» que «le déguerpissement vient
laminer tous les réseaux d’économie solidaire dont vivent ces populations » que ces
casses «ont drainé derrière eux des milliers
de personnes sans abris, des pertes en biens
matériels qu’ils soient meubles comme immeubles, d’une valeur inestimable» Il ajoute
que «plus de cinq mille familles (fin 2008,
depuis ce chiffre a triplé) se sont ainsi retrouvées sans abri à Yaoundé, la capitale.»
À ceux qui objectent que la ville s’est développée dans l’anarchie la plus totale, il
est bon de rappeler que la responsabilité
en revient au pouvoir lui-même qui, depuis cinquante ans n’a eu aucune politique
d’investissement dans les infrastructures
(voies de communications) et les équipements publics (adductions d’eau, électrification, assainissement) et qui fait payer
aujourd’hui le prix de cette incurie aux
plus misérables. La rénovation nécessaire
de la ville aurait dû passer d’abord par
l’aménagement de l’habitat populaire, au
lieu de cette brutalité facile à des fins sommaires d’esthétique douteuse. Mais cela
supposerait un autre État, préoccupé des
habitants plutôt que de sa propre vanité.
D’autant que, question d’esthétique, la

plus monstrueuse verrue de Yaoundé, s’impose toujours à la vue avec le tristement
fameux «immeuble de la mort», carcasse
d’une tour dénommée «immeuble ministériel n°2», demeuré inachevé depuis plus
de 20 ans, pour cause de fonds évaporés,
symbole obscène de la gabegie du pouvoir,
qui s’orne en son sommet, avec un humour
noir involontaire, d’un slogan à la gloire de
Biya. Sachant que parmi les «objectifs du
millénaire» figurait celui d’améliorer les
conditions de vie pour des millions d’individus les plus démunis, on goûte l’ironie de
l’«amélioration» apportée par les démolitions de Yaoundé, véritable provocation
lourde de conséquences.
Le cardinal Christian Tumi, homme d’Église mais surtout homme de cœur, rappelle
en effet, dans une interview à RFI : «Je
ne crois pas que les Camerounais sont
vraiment en paix. Parce que c’est difficile
pour les familles de se nourrir. Un père de
famille qui ne peut pas nourrir sa famille,
qui ne peut pas soigner ses enfants ou sa
femme, qui ne peut pas envoyer ses enfants
à l’école ne peut pas être en paix. La paix,
pour moi, c’est avoir le minimum nécessaire pour vivre comme un être humain. »
Odile Tobner

No 179 n Avril 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Témoignage
République démocratique du Congo

Des petites bricoles
À l’est de la
république
démocratique du
Congo (RDC), au
Kivu, on se bricole des vies
dans une région en proie à
la guerre depuis quinze ans.
On bricole tout autant au
niveau des Etats pour tenter
de sortir du conflit …ou
perpétuer la prédation des
ressources naturelles.

L

ui, c’est «Vainqueur». Non pas qu’il
y ait encore quelque chose à gagner
ici, mais c’est comme ça. Ses parents
l’ont décidé il y a 25 ans à Katwe, chefferie
de Kikuku, aux confins du Zaïre, en invoquant
sûrement une prédestination heureuse : son
prénom sera «Vainqueur». Vainqueur n’a
jamais rien remporté. Pour lui, comme tous
les habitants du Nord Kivu, le quotidien n’a
rien à voir avec la moindre victoire. Car
Vainqueur n’est pas né au milieu d’un stade,
mais à l’exact carrefour de l’insécurité, de la
pauvreté et de l’oubli. Ici, la seule réussite est
d’être là le lendemain, dans l’attente infinie
d’un temps où la vie sera enfin tranquille.
Si l’on se réfère à l’image traditionnelle de
l’Afrique des manuels scolaires, les territoires
de Rutshuru et du Masisi ne peuvent être que
des erreurs géographiques. En effet, les régions du nord de Goma ne révèlent ni savane,
ni désert, ni forêt équatoriale impénétrable,
mais bien au contraire une zone montagneuse
accueillante. Au Masisi, d’immenses pâturages ras, garnis de vaches broutant paisiblement, rappellent étrangement la Suisse. À
Rutshuru, les paysages sont plus proches de
ceux de l’Aveyron, champs dévalant de hautes collines vers de profondes vallées, autour
de rivières jamais à sec. Ici, la couleur c’est
le vert, celui des feuilles de bananiers, des
champs de choux et de haricots, d’une végétation reine, de tout ce qui peut pousser sur
une terre grasse et incroyablement fertile, à
l’ombre d’immenses eucalyptus.
C’est dans cet univers idyllique que Vainqueur
eut à se bricoler une petite vie.
Le mot «bricoler» est bien le plus adapté qui
soit, puisqu’au Congo, comme une loi immanente, toute tentative de structurer un tant soit
peu son existence doit s’accommoder d’éléments épars éparpillés dans le sillage d’une
guerre qui secoue le pays depuis quinze ans.
D’abord agriculteur, Vainqueur parvint en

2003 à épargner trente dollars pour s’acheter
un vélo. Avec son nouvel engin, il partit dans
le Masisi pour se lancer dans une activité prometteuse : le transport de sacs de charbon de
bois. Un travail difficile, réservé aux vaillants.
Car il faut du courage pour piloter une bicyclette lestée d’une cathédrale de sacs de
charbon sur le porte-bagages. Il est hors de
question de chuter, puisque sans aide, l’engin ainsi chargé de 125 kilos ne peut être
remis debout. Pas question non plus de pédaler - trop lourd - mais juste de le pousser
par le guidon puis de le retenir dans la longue descente de 25 km qui mène à Goma.
Vainqueur parvint tout de même à faire
deux voyages complets, avant qu’un jour,
à la barrière du Masisi, un officier de l’armée congolaise (FARDC), ivre mort, lui
confisqua bicyclette et chargement.

«Quand c’est trop, c’est
tropico ! »
Sans outil de travail, Vainqueur regagna à
pied, 80 km plus au Nord, Katwe, la bourgade
familiale. Hélas, le petit champ de choux et de
patates qu’il exploitait, à une heure de marche
du village, jouxtait désormais le campement
d’un groupe de miliciens Maï Maï (pro-gouvernemental), stationnés dans la vallée et affublés du nom prometteur de «Mongols».
Pour Vainqueur, il était impossible de s’y
aventurer sans risquer sa vie. Il décida alors de
se reconvertir dans la restauration sur le bord
de l’axe Kikuku-Bambu, juste devant sa maison de terre. En fait de restaurant, Vainqueur
acheta trois caisses de Primus, un brasero et
une chèvre. Il installa deux bancs et une table
au bord de la piste, le tout signalé par un petit panneau : «Restoren». Quelques clients
vinrent à passer, buvant une bière, mangeant
parfois une brochette. Il récupéra même, sur
un camion chinois venu de Kampala, un parasol d’occasion, jaune, siglé « Quand c’est
trop, c’est tropico !». Puis un petit transistor
nasillard à pile, qui fit beaucoup pour sa notoriété locale.
C’est en écoutant radio Okapi (la radio de la
MONUC) qu’il tenta de comprendre l’imbroglio politique secouant sa région. Ainsi, depuis
2004, et la mutinerie de Laurent Nkunda, le
village était régulièrement saccagé de nuit par
des «bandes armées, hors de tout contrôle»,
comme le répétait le gouverneur à la radio.
Avec ou sans contrôle, le restaurant de Vainqueur fut un jour entièrement pillé. En réalité,
personne ne pouvait affirmer qui étaient les
agresseurs. Les Mai Mai de la vallée avaient
disparu et le CNDP (Congrès national pour la
défense du peuple, prorwandais) avait installé

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2009 n No 179

une barrière à un kilomètre plus à l’est.
Les soldats de Laurent Nkunda arpentaient
parfois la ville. Leur apparente discipline ne
les rendait pas angéliques pour autant, la population étant régulièrement brutalisée, taxée
pour participer à l’effort de guerre. Le CNDP
se replia, en 2006, vers le Masisi et c’est une
troupe FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui s’établit au centre de
Katwe, terrorisant tout ce qui passait à portée.

Une population prise au piège
Il en fut ainsi deux ans durant sans que la
Monuc qui patrouillait parfois sur la piste
dans de vieux GMC asthmatiques, ne s’alarme de ces gamins continuellement ivres,
armés de kalachnikovs plus grandes qu’eux
et paradant sur les deux barrières installées
dans le village. Pire, les soldats de l’armée
congolaise de passage semblaient s’entendre
avec eux, les «rwandais», et même partager
le «kaskiski» (l’alcool de banane).
Régulièrement, Vainqueur pouvait entendre le
son lointain de combats à l’arme lourde.
À mots couverts, il se disait que ces FDLR
violaient régulièrement plusieurs filles du village, mais lorsque Vainqueur questionna sa
compagne Apolline, il se heurta à un mur. En
mars 2008, fuyant les combats du Nord, deux
cents ménages vinrent s’installer à Katwe sur
le terrain du Mwami de Kikuku. Comme ils
étaient totalement démunis, il fallut les aider :
Vainqueur aida à la construction de huttes de
fortune. Puis, «Première Urgence», une ONG
débarqua et s’occupa de distribuer des rations
alimentaires du Programme alimentaire mondial (PAM). Pendant ce temps, les gens du
village, eux, ne pouvaient plus accéder à leurs
champs, la ligne de front avec le CNDP s’étant
rapprochée à moins d’un km. Pour Vainqueur,
le constat était amer : les déplacés mangeaient
mieux que les «autochtones »…
Un soir de juin 2008, des éléments du CNDP
s’aventurèrent jusqu’au centre. Les FDLR
«Cobras», comme ils s’appelaient entre eux,
avaient fui sans combattre dans la forêt.
Les Nkundistes, accusant le village de les
avoir nourris, rassembla méthodiquement
les déplacés autour du camp qu’ils incendièrent au nom de leur nécessaire retour
dans leur village d’origine.
Au passage, ils tuèrent froidement un homme hurlant que sa fille était encore dans une
des huttes au milieu du gigantesque brasier.
Les soldats écumèrent ensuite les quelques
maisons du village à la recherche de tout ce
qui pouvait améliorer leur condition militaire : bâches, jerrycans, vêtements, bière
et… femmes. C’est ainsi que sous les yeux
de Vainqueur, Apolline fut emmenée de
force avec les hommes d’armes.
En septembre 2008, avec la grande offensive
de Laurent Nkunda, de nouveaux déplacés
revinrent s’installer à Katwe, tandis que
certains habitants fuirent eux-mêmes vers

Bambu, à trente km, effrayés par les rumeurs
délirantes et les coups de feu qu’on entendait
chaque nuit dans les rues de la ville.
Un bataillon lourd de mille soldats de l’armée
congolaise s’installa pendant cinq jours près
du centre, avant de se disperser, tandis qu’une
compagnie Uruguayenne de la Monuc prit position sur une colline surplombant le village.
La population ne comprenait plus rien à rien.
Il faut dire que sans information, le flux et
reflux d’hommes en armes souvent vêtus du
même uniforme, que rien ne distingue si ce
n’est la langue – Kinyarwanda pour les CNDP
et FDLR, Swahili Shi ou Ingala pour les militaires congolais ou les Pareco (Patriotes résistants congolais, groupe supplétif de l’armée)
ne contribuait pas à éclaircir la situation politico-militaire.

Un Occident prédateur
Une chose était certaine : les exactions de
toutes parts se poursuivaient et la situation humanitaire de la région devenait critique. C’est
dans ce contexte, que Vainqueur, branché sur
Radio Okapi, découvrit que Nicolas Sarkozy
proposait une partition du Kivu, ou au moins
le partage de ses richesses avec le Rwanda. Il
n’en est toujours pas revenu. Pour ne connaître
que l’indigence et l’isolement depuis toujours,
Vainqueur n’en est pas moins comme la majorité des Congolais, parfaitement convaincu
que le mal qui ronge le pays c’est sa «prédation par l’Occident». Pour lui, pour tous ceux
qui se réunissent en ce mois de mars sur sa
terrasse, la syndication des gouvernements du
pays à l’occident a toujours muselé la démocratie. En pleine crise, à l’issue de quinze ans
de guerre de « basse intensité », la proposition française du seize janvier lui semble scandaleuse même si Nicolas Sarkozy s’est depuis
employé à dissiper le «malentendu».
Pour Paris, il n’est plus aujourd’hui question
d’une exploitation conjointe des ressources minières du Kivu mais de coopérations
«pratiques» bien plus modestes. N’empêche, la colère gronde parmi ses amis. Comment le monde peut-il ne pas comprendre
que ce dont ils ont besoin, eux, n’est pas
l’éparpillement de leur nation, mais plutôt sa
consolidation, et son administration ?
Vainqueur n’attend rien d’un futur marché
commun régional. Lui, ce qu’il veut entendre,

c’est que des écoles soient ouvertes, les pistes
réparées, des hôpitaux installés, ainsi qu’une
armée payée et disciplinée veille sur leur sécurité. De même, lorsqu’on lui parle d’affrontement ethnique régional d’une décennie, Vainqueur éclate de rire. Il désigne Jean-Pierre,
un banyarwandais qui fut agressé dans son
camp de déplacés par des soldats CNDP, ou
le site congolais de Ndungu incendié par le
Pareco. Pour lui cette lecture ethnique n’a pas
de sens. Il n’y a que «des hommes en armes
plus ou moins structurés, qui écument une
région livrée à elle-même, délaissée par la
communauté internationale. Car la MONUC
reste sans moyens ni ambition véritable.»

Une médiation française
d’emblée suspecte
Alors la visite de Nicolas Sarkozy à Kinshasa,
le 26 mars dernier, tentant d’effacer le tollé
suscité par sa proposition de redessiner les
frontières de la région, n’apportera rien de plus
que de l’eau au moulin de «Kabila qui cherche à se rapprocher avec Kagamé.» Selon
Vainqueur, le président de la RDC n’a plus le
choix, car «la guerre qui s’éternise renforce
à chaque nouvelle crise l’emprise du Rwanda
sur la zone». Lui, il se sent Congolais, et n’a
rien contre les Rwandais, «sauf s’ils viennent
se battre sur son territoire et empêcher les
gens d’accéder à leur champ». «La seule
chose que l’Europe pourrait apporter serait
de sécuriser la zone et d’aider au développement». Une armée européenne voire française, ici ? Pourquoi pas. Au fond, Vainqueur,
il s’en fout de voir des uniformes différents.
Mais la culture lumumbiste ou muleliste (pour
Pierre Mulele) encore présente dans la région
lui fait craindre que tant que les blancs pilleront le Congo, il n’y aura pas de paix durable.
En ce sens la médiation française lui est, par
nature, suspecte si elle ne s’accompagne pas
d’un réel investissement dans la région. De
toutes façons, «cela ne veut rien dire tant
que le peuple congolais ne sera pas associé
ou consulté pour de telles décisions».
En janvier, ce sont les longues colonnes de
fantassins rwandais de l’opération «Umoja
Wetu» qui ont traversé Katwe. A leur retour,
les rebelles CNDP leur tenaient la main tandis que les FDLR avaient fui. Mais en cette
fin mars, le processus dit de «brassage» des
milices s’avère un échec: sans salaire, les
Pareco préfèrent reprendre leur position antérieure plutôt qu’un casernement à Goma
au sein de l’armée congolaise.
De même, la MONUC non renforcée n’est pas
devenue plus efficace pour neutraliser le retour, à travers le Masisi, des FDLR, attaquant
régulièrement les derniers convois humanitaires à s’aventurer dans une région où croupissent 260 000 déplacés désorientés. Ça, c’est
la réalité quotidienne de Vainqueur. Alors le
redécoupage des frontières, la création d’un
grand marché ou l’agitation maladive d’un

président français en proie à un nouvel atlantisme africain, il s’en fout. Il sait bien
que la nouvelle alliance satisfait l’Occident
et que le devenir de la population du Kivu
passera toujours à la moulinette de la sinistre partition symétrique que jouent Kabila,
Kagamé et leurs mentors. En ce 26 mars,
toutes les radios congolaises ne parlent que
de la visite de Nicolas Sarkozy.
Elles relatent aussi la passe d’armes qui oppose le président de l’Assemblée nationale,
Vital Kamere, par ailleurs originaire du Kivu,
à Joseph Kabila. Le président congolais est
accusé de n’avoir pas consulté la nation à propos de l’alliance avec Paul Kagamé. L’avenir
immédiat des Kivu est devenu l’objet d’une
grave crise politique. Alors, dans la région, le
président français n’a pas bonne réputation et
ses propos a priori plus mesurés tenus devant
l’Assemblée congolaise ne satisfont pas. Si la
France salue l’effort de paix de Joseph Kabila,
Sarkozy a tout de même encouragé la coopération économique des Etats de la région, dévoilant son soutien à la relance de la Communauté économique des Pays des Grands Lacs
(CEPGL), soutenue par les américains.

De nouveaux relais occidentaux
Ce marché commun, aux contours encore
flous, est perçu par une population du Kivu,
lassée des promesses, comme la mise en
place d’un nouveau relais occidental.
Vainqueur le rappelle : «de tous temps
même pendant la crise de septembre, l’exploitation des mines de Wolfram et de cassitérite proches de Katwe s’est poursuivie.
Par exemple, malgré les combats, de gros
4X4 chargés d’entrepreneurs allemands
n’ont jamais cessé de monter à la mine
de Pyrochlore (d’où l’on extrait un métal
rare, le Niobium) de la SOMIKIVU. Le
commerce s’accommode très bien de la
guerre. C’est comme si ces entrepreneurs
ne vivaient pas dans le même monde… »
Les présidents congolais et rwandais ont beau
se rapprocher, Nicolas Sarkozy encourager
un grand marché régional, Vainqueur, lui,
subit une situation dans laquelle les grilles de
lecture politiques et ethniques sont désormais
inadéquates. La zone est devenue un trou
noir livré à des hommes en armes. La seule
urgence c’est le retour de l’Etat, de la santé,
de la sécurité ou de l’éducation.
Pour Vainqueur comme pour les Congolais, envisager la fin de la guerre avec un
marché commun, c’est fixer et officialiser
les positions de chacun. Avec un aspect qui
pèse dans l’inconscient collectif : le danger
d’une énième amnistie pour des crimes subis par quasiment toute la population. Pour
Vainqueur, pessimiste, qui espère toujours le
retour d’Apolline, «ce n’est pas un bon terreau pour la démocratie».
Goma, le 27 mars
Vincent Munié

No 179 n Avril 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Guinée

Espoirs et incertitudes
de la transition
Après trois de
gestion du CNDD,
l’horizon politique
de la Guinée semble dégagé
alors que le nouveau pouvoir
est toujours aussi populaire.

T

aciturne et peu friand des bains de
foule, feu Lassana Conté aura dirigé d’une main de fer pendant vingt
ans son pays, souvent retranché dans son
palais présidentiel ou à Moussayah, son
village natal. L’arrivée du capitaine Dadis Camara à la tête de la Guinée semble
annoncer l’avènement d’une nouvelle ère.
En trois mois de gestion du pouvoir, le
Conseil National pour la Démocratie et le
Développement (CNDD) et son chef ont
modifié de fond en comble la figure et la
pratique présidentielle.
Longtemps sevrés de parole présidentielle, surtout dans les dernières années
du règne du dictateur Conté, les Guinéens
sont désormais branchés en direct, par la
radio et la télévision, aux moindres faits
et propos de Dadis Camara. C’est l’ère
du «Dadis Show». S’agit-il d’une simple
rupture de style dans la gestion du pouvoir ou assiste-t-on à un bouleversement
en profondeur de la société guinéenne ?
Une fois les scènes de liesse populaire
passées saluant la prise de pouvoir par
le CNDD, les Guinéens ont vite renoué
avec leur quotidien fait de privations et de
violation constante de leurs droits les plus
élémentaires.
Le passif laissé par Conté est en effet
très lourd : les crimes économiques et de
sang du vieux dictateur se comptent par
centaines. La pauvreté est endémique.
Les fléaux sociaux (drogue, prostitution,
grand banditisme, etc) tenaillent toutes les
couches de la société guinéenne.
Par où commencer ? Dadis et le CNDD décident d’engager, sans véritable réflexion
préalable, des batailles sur tous ces fronts
à la fois. Première erreur stratégique que
ne manquent pas de leur signifier la classe
politique et la société civile guinéenne,
de même que l’Union Africaine (UA) et
la communauté internationale. Après ce
faux pas, la junte guinéenne et son chef
vont mettre en place une deuxième stratégie bâtie sur quatre grands principes.
D’abord, une fermeté sans faille vis-à-vis

des membres du CNDD et des dignitaires du nouveau régime afin d’envoyer à
l’opinion nationale et internationale un
message clair traduisant la fin du règne
de l’arbitraire et de l’impunité au sommet
de l’Etat. Ensuite, une grande sévérité à
l’encontre des délinquants, des trafiquants
et des détourneurs des deniers publics afin
de moraliser la chose publique et de restaurer l’autorité de l’Etat. Troisième principe : une écoute permanente et une prise
en compte des aspirations des Guinéens.
Enfin, une offensive diplomatique visant
à rassurer l’UA et les membres du Groupe
de contact sur la volonté de la junte militaire de respecter les échéances et les
missions de la transition exprimées par
différents émissaires internationaux.

Un vent de moralisation
Cette nouvelle approche de la gestion des
affaires publiques rencontre très vite un
fort assentissement de la majorité des Guinéens qui sont admiratifs du volontarisme
politique et de la probité morale qu’affiche Dadis Camara. Ainsi, tout Conakry
parle encore de sa récente colère quand il
découvre qu’un de ses ministres a tenté de
favoriser un proche. Le ministre indélicat
a dû faire des excuses publiques à la télévision sous peine de se voir poursuivi.
Dadis invente la démocratie télévisée à la
sauce guinéenne !
Dans le même temps, une lutte sans merci
est lancée par la junte militaire contre les
trafiquants de drogue et les grand bandits qui sévissaient en toute impunité à
Conakry et dans l’arrière-pays sous l’ère
Conté. Dans sa lutte contre les auteurs des
biens mal acquis, le nouveau leader guinéen ne se contente pas du menu fretin.
Alors qu’on le soupçonnait d’avoir passé
un deal avec le président défunt pour accéder au pouvoir, les interpellations d’anciens hauts dignitaires, «protégés» et
membres de la famille de l’ancien président va très vite dissiper les doutes.
Cette croisade éthique de Dadis Camara
bien que légitime et salvatrice reste cependant entâchée de nombreux dérapages. Les fréquentes interpellations extrajudiciaires de présumés délinquants et
voleurs de fonds publics, suivies de leurs
auditions fortement médiatisées à la télévision publique du pays sous la conduite
de Dadis en personne ou les perquisitions

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2009 n No 179

sans mandat en témoignent.
Il n’en demeure pas moins que de nombreux
Guinéens, sans nier les zones d’ombre et les
motifs d’inquiétude qui persistent, préfèrent
parier sur le succès de l’oeuvre de reconstruction nationale entreprise par le capitaine
Dadis Camara et son équipe. C’est cette
bienveillance populaire qui a rendu possible
l’adoption unanime d’un plan de transition,
le 12 mars dernier, à Conakry.
Ce document a reçu le plein accord de
Dadis Camara et l’appui sans réserve du
Groupe international de contact sur la
Guinée.
Cette feuille de route conscensuelle fixe
les prérogatives et les missions des différents organes devant préparer les prochaines élections. Elle prévoit la mise en place
d’un Conseil national de la transition pour
fin mars, composé majoritairement de représentants des forces vives guinéennes. La
fin de l’enrôlement des électeurs est fixée
en avril. La publication du fichier électoral est attendue en juin. La distribution des
cartes électorales devra être terminée en fin
août. Le référendum pour l’adoption de la
Loi Fondamentale révisée est programmé
en septembre. Enfin, les élections législatives devraient se tenir en novembre, suivies
des présidentielles en décembre 2009.
Ce plan d’action n’oublie pas une question
cruciale dont la résolution s’avère indispensable pour une véritable sortie de crise.
La Commission chargée d’enquêter en
toute indépendance sur la répression du
soulèvement populaire de janvier et février
2007 sera réhabilitée et dotée de moyens
suffisants pour mener à bien sa tâche.
Malgré cette notable avancée dans la lutte
contre l’impunité, un bémol subsiste : sur
ce difficile chantier du devoir de mémoire
et de justice à faire pour les nombreuses
victimes de la dictature, il semble que les
acteurs de la transition cherchent à renvoyer à plus tard la gestion du douloureux
chapitre du camp Boiro.
Après trois mois de gestion du CNDD,
l’horizon politique de la Guinée semble dégagé. Il revient à présent à toutes les parties
prenantes du processus de sortie de l’ère
Conté de tenir tous leurs engagements.
Les conditions posées par la communauté
internationale pour une rapide et positive
transition en Guinée étant désormais réunies, le Secrétaire d’Etat à la Coopération,
Alain Joyandet n’oubliera sans doute pas
les promesses qu’il a faites le quatre janvier dernier, à l’issue de sa rencontre avec
la junte militaire.
La principale de ses promesses concerne le
soutien de la France aux autorités guinéennes dans leur recherche de fonds internationaux pour financer la transition.
Le plus dur commence !
Sissulu Mandjou Sory

Côte d’Ivoire

En attendant les élections
L’heure n’est toujours
pas aux élections,
mais plutôt à la
soumission aux grands
groupes et institutions
financières internationales.

A

u printemps 2007, suite aux accords
de Ouagadougou (Billets d’Afrique
n°157), le leader de la rébellion
Guillaume Soro devenait premier ministre
du président Laurent Gbagbo. Son action
était balisée par un chronogramme devant
mener aux élections en moins d’un an, via le
désarmement, la réinsertion des rebelles et la
réunification du pays. Deux ans et trois accords de Ouaga plus tard, les Ivoiriens attendent toujours l’application de ce programme.
Après les actes symboliques réunissant loyalistes et rebelles, après la disparition de la
«zone de confiance», on est encore très loin
du compte. Victime d’un attentat dans son
propre fief en juin 2007, on comprend que
Soro marche sur des oeufs. Surtout si l’on
se souvient que son entourage avait lancé
de lourdes accusations contre les «forces
impartiales», responsables de la sécurité de
l’aéroport, lieu de l’attentat et si l’on constate l’apparent renoncement à faire la lumière
sur cet acte. De son côté, le cv du président
ivoirien affiche cinq ans de mandat légitime,
suivi – jusqu’ici - d’une surséance de trois
ans et demi. Depuis longtemps, il se dit que
Gbagbo a gagné l’équivalent d’un deuxième
mandat... Donc, pas d’élection avant 2010 ?

L’ONU propose
un désarmement factice !

Du côté français, l’agacement, volontiers affiché par Sarkozy et son ministre Kouchner,
ne ressemble à rien de plus qu’une posture.
L’ambassadeur français à l’ONU, Jean-Maurice Ripert, jetait le masque en déclarant au
sujet des élections ivoiriennes: «Ce qui
importe n’est pas quand elles auront lieu,
mais qu’elles aient lieu» (Inner City Press,
29/04/08). Parce que Gbagbo a pu apparaître
un temps comme un émancipateur, la diplomatie française le préfère sans doute en sursitaire qu’en président réélu.
Il faut dire que sur le plan économique, les relations franco-ivoiriennes sont au beau fixe.
Ceux qui s’inquiètent du coût de l’opération
militaire en Côte d’Ivoire (entre un et deux
milliards d’euros pour la France), peuvent se
rassurer en se rappelant l’épisode Kosovar.
Lors de la crise yougoslave, vexé d’avoir
eu si peu de contrats en Bosnie, le gouvernement français avait mis le paquet sur le
Kosovo. Résultat : les entreprises françaises
y aurait récolté 30% des contrats. Le rôle
des militaires français avait été déterminant,
comme le décrit Jacques Aben, conférencier
de l’IHEDN, dans un document1 qui se termine par ce cri de victoire : «261 millions
d’euros en cents jours utiles».

Licorne, fer de lance de Bolloré,
Bouygues...
Le rapport «L’Économie de la Défense
2006» nous éclaire sur l’interface Licorneentreprises françaises : « [La Côte d’Ivoire]
illustre le rôle que les forces françaises peuvent jouer : un rôle de facilitateur dans le
triptyque acteurs économiques, autorités
locales, bailleurs de fonds. Elles permettent
le recueil et l’échange d’informations, rassurent en partie les investisseurs et apportent
aux firmes leur connaissance des réseaux
de pouvoir et d’influence locaux.» Plus loin
: « En 2005, ce rôle a été essentiellement
joué par l’officier chargé de la coopération
civilo-militaire (dit «officier J9») inséré au
quartier général de l’Onu en Côte d’Ivoire
dans les domaines de l’eau et dans une moindre mesure de l’éducation et du transport.
[...] Le contrat de concession de la Sodeci
[filiale de Bouygues de distribution d’eau] a
ainsi été renouvelé en octobre 2005 pour une
durée de quinze ans». Comme le Général
Beth l’a déclaré lors d’une journée d’étude
de la Fondation pour la Recherche Stratégique (05/02/07), «Les forces françaises
ont ainsi été les pilotes de l’ensemble des
autres acteurs, notamment les intervenants
économiques. L’action de la force Licorne

a, dès le début, conditionné le retour des
acteurs économiques. Il a fallu par exemple relancer la circulation du train entre la
Côte d’Ivoire et le Mali». Il s’agit en fait
du train ivoiro-burkinabé, exploité par la
Sitarail, filiale de Bolloré2.
On voit que la coopération civilo-militaire
recouvre une réalité différente des actions
militaro-humanitaires souvent vantées: celle
de piloter, les entreprises françaises vers les
contrats. Et cela depuis le QG de l’ONUCI !

Entre illusion et arnaque
Signe de la docilité de l’État ivoirien dans le
domaine économique, le pays vient d’être
adoubé par les institutions de Bretton Woods
dans le cadre de l’Initiative Pays Pauvres
Très Endettés (PPTE). Concrètement, grâce
au dossier ficelé par la banque Lazard (La
lettre du Continent, 31/07/08) et au soutien
officiel de la France, la dette ivoirienne sera
allégée et de nouvelles aides, destinées à réduire la pauvreté, seront accordées au titre de
la réduction de la pauvreté (Lire à ce sujet
l’article du CADTM : «L’initiative PPTE :
entre illusion et arnaque », 2003.
Notons que pour obtenir l’application complète des mesures, la Côte d’Ivoire doit appliquer pendant au moins un an les réformes et
investissements prévus dans son Document
de stratégie pour la réduction de la pauvreté.
Les chiffres annoncés par le gouvernement
ivoirien – plus de 25 milliards d’euros sur
cinq ans - expliquent le succès de la minitournée ouest-africaine, fin février, d’AnneMarie Idrac, Secrétaire d’Etat chargée du
Commerce extérieur : une trentaine d’opérateurs économiques français l’ont accompagnée. L’intérêt de la France s’est notamment
manifesté par la mise en place d’un Fonds
d’Étude et de Renforcement des Capacités (FERC) financé par l’Agence Française
de développement (AFD), qui étudiera de
nouveaux projets. Nul doute que les multinationales françaises pourront compter sur
l’AFD et son FERC pour leur mettre le pied
à l’étrier.
Visiblement inconditionnelle du groupe Bolloré, Mme Idrac a visité ses investissements
non seulement sur le port d’Abidjan mais
aussi sur le port de Tema, au Ghana voisin.
Rappelons qu’il y a un an, Gbagbo nommait
le très courtisé Vincent Bolloré commandeur
de l’ordre national du mérite ivoirien. Pour
faire bonne mesure, notre Secrétaire d’État a
visité la centrale Ciprel, exploitée par Bouygues. Ajoutons qu’elle s’est rendue dans
une plantation ghanéenne en pleine expansion, filiale de la Compagnie Fruitière.

No 179 n Avril 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11





Le dernier accord en date, Ouaga 4 signé le
23 décembre dernier, établit clairement l’antériorité du désarmement sur les élections. La
réaction du Représentant spécial du secrétaire
général de l’ONU à Abidjan a été stupéfiante.
Choi Young-Jin a déclaré à Jeune Afrique (2
mars): «Ouaga 3 prévoyait les élections
d’abord, puis le désarmement. Ouaga 4 a
inversé l’ordre. C’est un vrai problème à
régler. [...] Mais je voudrais introduire un
concept important: le désarmement par défaut. Dans le sens classique, on enlève les
armes aux individus. Mais dans bon nombre
de pays développés, en paix, les gens ont des
armes, car ils ne représentent aucune menace. Il nous faut parvenir à ce désarmement
par défaut. C’est réalisable en Côte d’Ivoire
puisque la paix et la stabilité sont effectives».
Ce désarmement par défaut, est-il autre chose
qu’un désarmement factice ?

Une impatience de façade ?





Une nouvelle publication de Survie
Peaux de bananes
La Compagnie Fruitière est le premier producteur de fruits de la zone Afrique-CaraïbesPacifique. Basée à Marseille, elle est présidée
par Robert Fabre, dont la holding détient 60%
des parts, le reste appartenant au géant américain Dole Food Co. Les plantations de la
Compagnie Fruitière se trouvent surtout en
Côte d’Ivoire et au Cameroun, dans une moindre mesure au Ghana et au Sénégal. Avec
304 millions d’euros de chiffres d’affaires, la
Compagnie Fruitière est l’une des premières
entreprises bénéficiaires des Accords de Partenariat Économique (APE) intérimaires que
le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont
signé avec l’Union Européenne, en violation
du traité de la Cédéao pour ces deux derniers.
Toujours au sujet de Dole en Côte d’Ivoire,
une cour d’appel des États-Unis a récemment
débouté 700 travailleurs ivoiriens au sujet de
l’emploi du DBCP par Dole en Côte d’Ivoire,
un pesticide hautement toxique interdit aux
USA depuis 1977. Une étude scientifique portant, notamment, sur ces travailleurs ivoiriens
avait pourtant montré qu’un quart d’entre eux
souffrait de stérilité due au DBCP, employé
en Côte d’Ivoire jusqu’au milieu des années
80. Les presses françaises et ivoiriennes n’ont
semble-t-il pas relayé l’information.
David Mauger
1 - http://pedagogie.ac-montpellier.fr/hist_geo/
defense/pdf/cercle/KOSOVO.pdf
2 - Le quotidien gouvernemental Fraternité Matin (21/02) rapporte que Sitarail aurait versé plus
de 450 000 euros aux Forces Nouvelles en 2008.

Quinze ans après, quinze
questions pour comprendre

A l’occasion des XVe commémorations du génocide, Survie publie
La complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda
- 15 ans après/15 questions pour comprendre.
Le génocide des Tutsi du Rwanda a fait d’avril à juillet 1994 environ un million
de victimes, massacrées sous le prétexte d’être tutsi ou pour s’être opposées
aux massacres. Planifié et perpétré par les extrémistes hutu du régime du
président Habyarimana, ce génocide a pu être mis en œuvre grâce au silence de
la communauté internationale et surtout au soutien apporté par la France aux
génocidaires. De nombreux travaux ont montré que les plus hautes autorités
françaises savaient qu’un génocide pouvait survenir au Rwanda et qu’elles n’ont rien
fait pour l’enrayer. Au contraire, elles ont soutenu ceux qui le préparaient puis ont
apporté un appui décisif, tant politique que militaire, à ceux qui le commettaient. Ce
soutien constitue bien, en droit, une «complicité» de génocide. C’est ce qu’entend
rappeler ce livre, quinze ans après les faits. Autour de quinze questions-clés, il
s’attache à démontrer les éléments constitutifs de cette complicité et tente de
répondre aux interrogations qu’une telle accusation pose.
Au travers des réponses à ces questions, ce livre entend aider les citoyens français
à comprendre en quoi cette tragédie «africaine» fait indubitablement partie de
l’histoire de notre pays et met directement en cause le fonctionnement de nos
propres institutions. Sharon Courtoux, vice-présidente de Survie : « S’il y a différents
éclairages sous lesquels il convient de regarder 1994 – dont l’histoire d’avant la
colonisation - il y en a un qu’il est indispensable de ne jamais oublier. Il s’agit de
la complicité de notre pays avec le régime qui a commis le génocide des Tutsi
Rwandais. On ne peut « passer à autre chose » avant de l’avoir corrigé. Quinze
années se sont passées depuis la catastrophe. C’est long. C’est peu. Au-delà de
l’examen de ses suites, nous sommes devant nos obligations. Nous y resterons le
temps qu’il faudra. Nous sommes, et nous resterons, aux côtés des victimes. Pour la
vérité et pour la justice. Une justice pour les Hommes. Un million de morts, que nous
n’oublierons jamais, nous attendent. » (Editeur : L’Harmattan, avril 2009)

Bulletin d’abonnement

Billets d’Afrique et d’ailleurs
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sur le continent africain et les jeux troubles de la «Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux faits de
l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique originale.
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Avril 2009 n No 179

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Directrice de la publication: Odile Biyidi
Awala.
Directeur de la rédaction:
Raphaël De Benito.
Secrétaire de rédaction: Janine Sfiligoï.
Comité de rédaction: Pierre Caminade,
Sharon Courtoux, Sissulu Mandjou
Sory, Victor Sègre, David Mauger, Odile
Tobner, Vincent Munié.
Ils ont participé à ce numéro:
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