Fiche du document numéro 22704

Num
22704
Date
Janvier 2009
Amj
Fichier
Taille
908492
Pages
12
Titre
Billets d'Afrique No. 176
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE - À
la barre de l’Angolagate - Les bons vœux de
Sarkozy - La foudre jupitérienne de Sarko
- Bongo s’énerve (encore) - Une vérité qui
dérange à Mayotte
ËP. 3 Guinée L’aube d’un espoir?
En moins d’une semaine, de jeunes militaires
ont assis leur pouvoir en Guinée.
ËP. 4 RWANDA La face cassée de la
République (épisode 5) Évidemment, les
autorités françaises «savaient»!
Alors que se préparent les commémorations des quinze ans du génocide des Tutsi
rwandais en avril 009, nous rappellons la
complicité de la France dans cette tragédie.
Ce mois-ci, la contribution de Jean-François
Dupaquier, président de l´association Memorial international
ËP. 5 BURUNDI Un réveillon à la prison de
Mpimba
L’irruption du journaliste Alexis Sinduhije
sur la scène politique burundaise a eu pour
effet d’inquiéter les vieilles figures politiques
alors que se profilent les présidentielles
de 010. Sa popularité l’a conduit dans les
geôles du pouvoir
ËP. 6 BURKINA FASO «Eux-mêmes savent
qu’ils ne peuvent pas gagner »
Star du reggae burkinabé, SamsK le Jah est
aussi journaliste de Ouaga FM. Son engagement lui vaut de nombreuses menaces.
ËP. 7 SÉNÉGAL Le temps de la révolte
Une «furie mollah», c’est le terme utilisé
par le directeur de cabinet du président sénégalais, Abdoulaye Wade, pour qualifier la
révolte des imams de la banlieue dakaroise.
ËP. 8 SOMALIE La chasse est ouverte
L’intervention militaire européenne aéronavale baptisée Atalante a démarré début
décembre. Elle vise les pirates somaliens
agissant dans le golfe d’Aden.
ËP. 10 TCHAD L’heure du bilan
Le mandat de l’EUFOR, la force européenne
déployée au Tchad et en Centrafrique, à forte
composante française, prendra fin, normalement, en mars 009. Premier bilan.
ËP. 12 CENTRAFRIQUE La coopération militaire française, «au détriment des victimes »
Sous tutelle militaire française, les forces centrafricaines bénéficient toujours de l’impunité
et les crimes se poursuivent.

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . s u r v i e . o r g

Éditorial

Nuages sur l’An Neuf

O

n change d’année dans un climat qui a rarement été aussi délétère. La crise financière,
largement prévisible mais que personne n’avait prévue parmi ceux qui nous chantaient les louanges du libéralisme comme horizon indépassable du monde où nous
vivons, la recrudescence des conflits sans issue, comme des plaies qui ne pourront jamais se
fermer parce que trop d’intérêts et de rancoeurs les maintiennent ouvertes irrémédiablement,
assombrissent nos pensées.
Il est très amer de constater que les grandes puissances, frappées dans leurs banques
et leurs entreprises financières par le désastre engendré par les spéculations sans frein,
voire les escroqueries de leurs héros traders, ne se sont pas vu imposer par le FMI et
la Banque mondiale des plans d’ajustements structurels. Ces fameux plans avaient été
sévèrement imposés aux pays sous-développés surendettés, avec les mesures drastiques
qui ont étranglé leurs économies et jeté sur la route de l’exil des masses de miséreux,
tout cela au nom de la saine gestion. La vertu prêchée par ces saintes institutions est à
usage exclusivement des petits et des pauvres, comme on le sait depuis qu’il y a des
religions. Celle de la finance ne fait pas exception à la règle.
L’ensemble de la dette des pays sous-développés est de 2 800 milliards de dollars. Quand
on éponge quelques centaines de millions par-ci par-là, cela fait l’objet de commentaires
extasiés sur la «générosité» des créanciers mais les pays qui en bénéficient doivent en
retour offrir à la privatisation les secteurs rentables de leurs services publics. En revanche les États-Unis vont débourser sans barguigner 700 milliards de dollars ainsi que les
autres pays développés, au total 3000 milliards de dollars, pour parer aux destructions
de capitaux qui ruinent en cascade leurs économies. Mais, en contre-partie, il n’y a pas
d’assainissement sévère de prévu, comme de supprimer les paradis fiscaux. Plutôt que
de reconnaître et de purger les vices du système, on va tout faire pour sauver celui-ci
avec ses tares, parce que ce système financier mondial n’est pas destiné à favoriser la
prospérité de tous les États mais à garantir les privilèges exorbitants de quelques-uns.
Les guerres, dont la spéculation financière se nourrit et qu’elle alimente ont donc de beaux
jours devant elles. L’année 2008 a vu flamber des conflits latents et tout d’abord le plus
sanglant d’entre eux, celui qui ne cesse de ravager l’Est du Congo. On a pu parler de guerre
du coltan pour ce conflit interminable dont l’aliment et l’enjeu sont l’exploitation de minerais hautement stratégiques car indispensables à l’industrie des outils de communication.
En dix ans, quatre rapports de l’ONU ont dénoncé les acteurs de cette exploitation, sans
aucun résultat. La population, soumise à la terreur, se jette sur les routes pour échapper aux
travaux forcés, aux viols et aux massacres. Depuis trois mois, quelque 250 000 personnes
sont venues augmenter le nombre des personnes déplacées à l’intérieur de la RDC, promises à un sort misérable. L’impuissance des 17 000 soldats de l’ONU (MONUC) présents
dans le pays à protéger les populations est un scandale supplémentaire.
Cette inefficacité est due à l’absence de volonté et de cohésion dans la direction des opérations. Elle révèle l’hypocrisie des puissances qui dominent l’ONU. Les décisions vertueuses prises en haut lieu restent lettre morte sur le terrain, où l’on ferme les yeux sur la réalité des trafics et des exactions. Les enfants du Congo continueront cette année à creuser
des galeries sommaires, qui s’écrouleront parfois en les ensevelissant, ils remueront des
tonnes de terre pour extraire quelques grammes du précieux métal et pour quelques sous.
Au-dessus d’eux toute une chaîne de spéculation fera se multiplier la richesse de ceux qui
tiennent les armes et des multinationales qui négocient, transforment et utilisent cette matière première. La seule véritable urgence, c’est de secourir les actions qui baissent.
Odile Tobner
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 176 Janvier 2009 - 2,30 euros

En bref
À la barre de
l’Angolagate
Le 8 décembre, ce fut au tour des seconds
couteaux du scandale de l’Angolagate de
s’expliquer devant le tribunal. Accusé de
recel d’abus de biens sociaux en acceptant un don de 100 000 francs de la part
de Brenco, la société de Pierre Falcone,
sous forme d’abonnements pour financer
la revue de son syndicat, Georges Fenech,
magistrat, ancien député UMP, a nié toute
implication. Le syndicat, l’Association
professionnelle des magistrats (APM),
mouvement de droite créé à l’arrivée de
la gauche au pouvoir en 1981 dont il était
président «s’interdisait de démarcher
les entreprises risquant d’avoir des problèmes avec la justice, notamment celles
de BTP à la grande époque des scandales sur les marchés publics». Bien vu!
C’était sans doute plus sûr avec des trafiquants d’armes!
Mais Fenech n’est pas à une contradiction
près : «Je n’étais pas chargé de faire
une enquête sur ceux qui soutenaient mon
combat (...) Je n’ai pas creusé davantage.»
Le coup de pied de l’âne est venu du principal accusé, Pierre Falcone qui jugeait
que «100 000 francs, c’était très peu.
Au-delà de la cause de l’APM, je trouvais que la justice manquait cruellement
de moyens ». C’était donc ça, une œuvre
philanthropique!

À la barre de
l’Angolagate (2)
Le 4 janvier, après trois mois d’audience,
le tribunal correctionnel s’est intéressé au
rôle de Jacques Attali dans l’Angolagate
où il est accusé d’avoir usé de son influence pour torpiller un contrôle fiscal. Pierre
Falcone aurait fait appel à Jacques Attali
en novembre 1997, via l’avocat fiscaliste
Alain Guilloux, parce que ZTS Osos, la
société slovaque vendant les armes, faisait
l’objet d’un redressement fiscal. (Un redressement de deux milliards de francs !)
En échange d’interventions auprès d’Hubert Védrine, alors ministre des Affaires
étrangères, Jacques Attali aurait touché
160 000 dollars via un contrat signé avec
la Banque africaine d’investissement
(BAI) par son cabinet-conseil pour instaurer du microcrédit en Angola, ce en quoi
les enquêteurs n’ont vu qu’un «habillage
pour justifier sa rémunération».
Car le premier virement de 110 000 dollars est en fait versé par Brenco, société de
Pierre Falcone, et non par la BAI.
Jacques Attali dit l’avoir ignoré.

Le 14 novembre 1997, « Pierre Falcone
est venu me voir pour me parler des réformes qu’il était nécessaire de faire en
Angola », raconte-t-il à la barre. Le 16,
un dimanche, il rencontre Alain Guilloux,
l’avocat dont il est un «ami qui habitait à
côté et passait quasiment tous les dimanches matins chez moi». Une simple visite
de courtoisie donc sauf que, le lendemain,
la société de Jacques Attali faxe au cabinet Guilloux un projet de contrat triennal
avec l’Angola, contre une rémunération
annuelle de trois millions de dollars.
Un contrat jamais signé d’après Jacques
Attali. Quant aux trois millions de dollars,
« il s’agissait d’obtenir pour Luanda une
réduction de dette de 10 milliards de dollars». (AFP, 5 janvier 2009).
C’est fou comment un grand spécialiste
comme Attali, qui, dans les médias, avait
tout prévu (après-coup) de la crise financière mondiale ignore l’émetteur de certains virements à son profit.
Pourtant, n’importe quel citoyen sait qu’il
doit justifier de ces revenus.

Les bons vœux de
Sarkozy
Mais quel est donc le fond de la pensée
de Bernard Kouchner sur la politique de
son patron de président à propos du Darfour. Celui-ci, pour qui le Darfour était un
dossier emblématique, qu’il se faisait fort
de régler, est aujourd’hui passablement
silencieux et même contraint de réciter
la petite leçon de realpolitik de Nicolas
Sarkozy en pleine commémoration du
60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Pendant que
Kouchner s’en prend courageusement à
Rama Yade, Nicolas Sarkozy mène, cyniquement, une campagne diplomatique
afin de sortir des griffes de la cour pénale
internationale (CPI), le président Omar
Al-Bachir accusé notamment de «crimes
de guerre, crime contre l’humanité et génocide». Alors que Sarkozy est nouveau
sur la scène internationale, il veut nous
faire croire qu’Al-Bachir peut tenir des
promesses de paix et qu’il est capable de
gestes sérieux dans un conflit qui dure depuis 2003. Si des résultats étaient avérés
dit-il, la France ne s’opposerait donc pas
à l’application de l’article 16 des statuts
de la cour pénale internationale (CPI) qui
autorise une suspension des poursuites
pour les dix chefs d’accusation visant AlBachir.
Pour toute réponse, le procureur de la
Cour pénale internationale (CPI), Luis
Moreno Ocampo, a présenté, le 3 décembre dernier, un rapport virulent contre le
président soudanais devant le Conseil de

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2009 n No 176

sécurité de l’ONU. La charge est violente
et la réponse cinglante à la manœuvre de
Sarkozy : «Le génocide se poursuit »,
«Le président Al-Bachir a commis des
crimes par l’intermédiaire de membres de
l’appareil d’État, de l’armée et des milices janjawids (…) Il est au sommet de la
structure hiérarchique de l’État, qu’il dirige personnellement, et assure l’intégration des milices janjawids au sein de cette
structure». Le rapport constate aussi que
les deux responsables dont la Cour réclame depuis avril 2007 l’arrestation, Ahmed
Haroun, ministre soudanais aux affaires
humanitaires, et le chef de milice janjawid
Ali Kushayb, sont toujours en liberté. Une
question demeure: quel intérêt la France
peut-elle retirer de cette manœuvre?

La foudre
jupitérienne de
Sarko
Lors de la commémoration du 60e Anniversaire de la Déclaration universelle des
Droits de l’homme, à l’Élysée, le lundi
8 décembre 2008, le président Sarkozy
a déclaré : «Je dis, aujourd’hui, que le
Président Mugabe doit partir, que le Zimbabwe a suffisamment souffert, (…). Il est
temps de dire à M. Mugabe: “Vous avez
assez pris en otage votre peuple, les habitants du Zimbabwe, le droit à la liberté, à la
sécurité et au respect ”. Il doit partir.»
Toujours cette «franchise» de Nicolas
Sarkozy quand il parle aux Africains, à
certains Africains. Rappelons en effet que
sans aller jusqu’à une injonction aussi comminatoire, la seule allusion à la mauvaise
gestion de certains dirigeants africains, non
désignés nommément, a coûté son siège
ministériel à Jean-Marie Bockel.
On peut par ailleurs se demander quelle est
la valeur opératoire de cette objurgation.
Que Mugabe décide illico d’obtempérer,
foudroyé par le bannissement sarkozien?
Sinon à quoi peut servir cette posture?
C’est tout le style du Président : brandir
une foudre aussi jupitérienne que fantasmatique à tout propos et hors de propos,
contre les schizophrènes, contre les incendiaires de voitures,… il faut «tonner
contre», comme le notait Flaubert du bourgeois verbeux de son époque. Cela impressionne les foules particulièrement à l’heure
du tout-communication.
Dans ce discours, sans la moindre élévation de pensée, le président Sarkozy n’a
pas rappelé à tout un chacun le respect des
Droits de l’homme, mais il s’est posé en
représentant du Bien, stigmatisant sélectivement ses cibles : le 11 septembre, «la
barbarie dans ce qu’elle a de plus igno-

Salves
ble», l’excision, mais oubliant les enfants
qui creusent dans les mines de coltan, les
fillettes, esclaves de maison chez les riches
dans Paris même, les jeunes hommes jetés
à la mer sur les navires des passeurs, les
manifestants tirés à balle réelles chez certains de ses amis… La litanie de la barbarie est infinie. Non, il s’est contenté d’en
cerner l’aspect étroitement vindicatif, par
le petit bout de la lorgnette.

Bongo s’énerve
(encore)
C’est la lettre ouverte, publiée, le 8 décembre, par une dizaine d’ONG réunie dans le
collectif des acteurs libres de la société civile gabonaise et réclamant des comptes
à Omar Bongo sur la gestion financière du
pays depuis plus de 40 ans, qui a mis le feu
aux poudres. Il se dit qu’Omar Bongo n’a
pas du tout apprécié de se voir traiter publiquement de voleur. La réaction ne s’est pas
fait attendre. Les 30 et 31 décembre dernier,
la police gabonaise rafle, dans une mise en
scène digne de l’anti-terrorisme, deux journalistes, plusieurs figures de la société civile
gabonaise dont Marc Ona, coordinateur de
la plateforme Publiez ce que vous payez
(PWYP-Gabon) et Gregory Ngoua Mintsa,
plaignant aux côtés des ONG Transparency
International France et Sherpa, dans la plainte des «biens mal acquis» (BMA) contre
Omar Bongo. La France «suit attentivement
la situation» a indiqué le Quai d’Orsay.
«On comprend qu’il y a sept personnes qui
ont été interpellées. Elles l’ont été dans une
procédure judiciaire respectueuse du droit
national. À la fois, on considère qu’il faut
respecter les procédures de justice et on
rappelle l’attachement qu’on a partout au
rôle de la société civile», a déclaré le porteparole du ministère des Affaires étrangères,
Éric Chevallier.
On comprend surtout, dans cette déclaration
lénifiante, que les autorités françaises ne vont
pas enquiquiner un ami aussi cher qu’Omar
Bongo. Qu’elles se contenteront de la version officielle gabonaise «respectueuse du
droit national». Alors même que la légalité
de ces arrestations est sujette à caution et que
le 6 janvier, on ne connaissait toujours pas le
motif officiel de leur arrestation.
Pire, c’est le procureur de Libreville, neveu
d’Omar Bongo, qui est à la manoeuvre alors
qu’il est visé par une plainte de détournement de fonds déposée par deux des personnes arrêtés.
Nous apprenions le même jour que Georges
Mpaga avait été torturé dans les sous-sols
de la police judiciaire de Libreville.
Seul l’ambassadeur des États-Unis au Gabon a réagi en rendant visite aux prisonniers le 6 janvier.

Guinée

L’aube d’un espoir?
En moins d’une
semaine, de jeunes
militaires ont assis
leur pouvoir en Guinée sans
rencontrer de résistance,
les Guinéens semblant surtout
pressés d’être débarrassés
des acteurs du « système
Conté » qui a prévalu pendant
vingt-quatre ans.

L

a Guinée Conakry a été le premier
pays de l’Afrique occidentale française
(AOF) à accéder à l’indépendance, en
septembre 1958, grâce au «non » opposé à
la «Communauté » proposée par de Gaulle.
Cette communauté ne vécut que deux ans
avant les indépendances de 1960. Mais de
Gaulle garda pour Sékou Touré une haine tenace et tout fut fait pour saboter le jeune État.
La dérive tyrannique et sanguinaire de Sékou
Touré qui s’ensuivit est connue. Après un
semblant de rapprochement en 1963, la Guinée rompit totalement avec la France de 1965
à 1975. Giscard et Sékou Touré renouent alors
des relations. À la mort de Sékou Touré en
1984, un coup d’État militaire amène au pouvoir le colonel Lansana Conté, ancien sergent
de l’armée française avant 1958. Il restera
24 ans au pouvoir jusqu’à sa mort le 23 décembre 2008. Sous sa présidence, la Guinée
sombre totalement dans la corruption et sa population dans la misère. Le régime réprime les
tentatives de putsch et les émeutes populaires,
comme celles de janvier 2007 (Billets d’Afrique n°165), qui se soldèrent par plusieurs centaines de morts.
À la mort de Lansana Conté un coup d’État
militaire vient de porter au pouvoir le capitaine
Moussa Dadis Camara à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement
(CNDD). Celui-ci commence par mettre à la
retraite 22 généraux, nomme comme Premier
ministre Kabiné Komara, qui a la confiance
des syndicats et de la société civile. Il a proclamé sa volonté de débarrasser la Guinée de la
corruption qui gangrène sa classe dirigeante,
mais aussi de revoir les accords avec les multinationales minières, essentiellement russes
et canadiennes, qui exploitent en particulier la
bauxite, dont la Guinée est le deuxième producteur mondial. Il est étrange en effet que la
bauxite exportée massivement (17,4 millions
de tonnes en 2001) ne rapporte à l’État que
quelque 120 millions de dollars par an, alors
que, du temps où l’Etat guinéen en était l’exploitant - et bien que la production ait doublé

en 24 ans -, la bauxite rapportait alors 300 à
500 millions de dollars par an. En cause le prix
d’achat dérisoire accordé aux compagnies et
le peu d’impôts qu’elles versent, grâce à diverses pratiques illicites. La tâche est gigantesque
mais, cinquante ans après l’indépendance, tout
est à faire pour doter la Guinée de l’État riche
et développé qu’elle devrait avoir eu depuis
longtemps.

La Françafrique se met en branle
En attendant, on voit s’esquisser le schéma
françafricain classique: avant Conakry, Alain
Joyandet, premier responsable occidental à
rencontrer la junte, s’est d’abord rendu à Dakar chez son obligé, le président sénégalais,
Abdoulaye Wade avec qui il a concocté le
contenu de ce séjour guinéen. Il faut rappeler
qu’une semaine auparavant, c’est de Paris que
Wade avait appelé la junte militaire à ne pas
s’éterniser au pouvoir. C’est aussi de Paris,
en flagrante contradiction avec la position de
l’Union africaine que Wade a demandé à la
communauté internationale de soutenir les nouveaux dirigeants guinéens. La Françafrique est
en marche: la junte guinéenne a pu entamer
«sa tournée d’explication » dans les capitales
d’Afrique de l’Ouest grâce à l’avion affrété
«gracieusement » par Wade. Mais plusieurs
fois annoncé à Conakry, Wade a finalement
renoncé à s’y rendre face aux fortes pressions
internes et externes. Dans le même temps, on
nous enfume en réclamant des élections. Alain
Joyandet s’en contrefiche. Ce qui compte dans
le contexte actuel, pour toutes les puissances
qui guignent les énormes richesses du pays,
c’est de garder la main sur le processus, de sorte à engranger le maximum de contrats avec la
junte. Pour ce faire, Joyandet va promettre aux
putschistes (au moins) deux choses: les aider
à desserrer l’étau diplomatique international
et leur trouver de généreux «donateurs » qui
vont financer le processus électoral à venir.
Que du classique, quoi! Cette visite de Joyandet constitue un premier test pour vérifier la
solidité du pouvoir de Dadis Camara et de son
équipe. Dans une brève déclaration à l’aéroport de Conakry, Joyandet a aussi indiqué
qu’il venait en Guinée pour «faire passer un
message à destination du peuple de Guinée et
(...) lui confirmer que le peuple français (était)
à ses côtés dans les moments difficiles» mais
aussi «pour faire d’abord l’examen de la
situation avec les responsables du pays et
indiquer quelles sont les recommandations
de la communauté internationale et de la
France, dans l’intérêt évidemment de la
Guinée et de son peuple». Évidemment.
Odile Tobner & Sisulu Mandjou Sory

No 176 n Janvier 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

La face cassée de la République (épisode 5)
France Rwanda

Evidemment, les autorités
françaises «savaient»!
Alors que se préparent
les commémorations
des quinze ans du
génocide des Tutsi rwandais
en avril 2009, nous rappellons
la complicité de la France
dans cette tragédie. Ce moisci, la contribution de JeanFrançois Dupaquier, président
de l´association Memorial
international

A

la veille de la quinzième célébration
du génocide des Tutsi et du massacre politique des démocrates hutu au
Rwanda, il peut sembler paradoxal qu´on
s´interroge encore sur ce que les autorités
françaises savaient du projet génocidaire
avant sa mise en œuvre, et le cas échéant,
depuis quand. La question paraîtrait incongrue dans les pays anglo-saxons où une
importante production éditoriale, très documentée, sur «les responsabilités de la France» fait considérer le débat comme clos.
En France même, face à une opinion publique taraudée par le doute, la Mission
d´information sur les opérations militaires menées par la France, d´autres pays et
l´ONU au Rwanda entre 1990 et 1994, dite
mission parlementaire Quilès, a tenté de refermer la plaie. Après avoir obtenu communication de nombreuses archives (mais pas
toutes) et entendu les principaux témoins
français de la crise (loin d´avoir tous dit la
vérité), les députés ont produit un rapport qui
fait clairement apparaître que l´intervention
«militaro-humanitaire» française à partir
d´octobre 1990 a été accompagnée de mises
en garde précises.
Dès le 10 octobre, le colonel René Galinié,
attaché de Défense à l´ambassade de France
à Kigali, écrit: «Il est à craindre que ce
conflit finisse par dégénérer en guerre ethnique». Le 24 octobre 1990, il appréhende
«l´élimination physique à l´intérieur du
pays des Tutsis – 500 000 à 700 000 personnes –, par les Hutus, 7 millions d´individus
(...)» (page 134 du rapport). Une prescience
remarquable. Georges Martres, ambassadeur de France au Rwanda (de 1989 à
1991), écrit de son côté le 15 octobre 1990:
«La population rwandaise d´origine tutsi

(...) compte encore sur une victoire militaire
(...). Cette victoire militaire, même partielle
lui permettrait d´échapper au génocide.»Le
17 décembre suivant, l´ambassadeur indique encore: «La radicalisation du conflit
ethnique ne peut que s´accentuer (...) ».
Inutile de multiplier les citations. Même Hubert Védrine reconnaîtra devant la mission
qu´on pouvait «se demander si la France
(...) avait été bien inspirée de s´engager à
ce point (...) et estimer maladroite une politique aussi interventionniste» (page 190).
Une appréciation que l´ancien bras droit de
François Mitterrand semble avoir, depuis
lors, oubliée, voire balayée...
«La France a accepté elle-même de se laisser piéger», écrit la mission au détour de la
même page, même si Paul Quilès a fait rédiger in fine des conclusions nuancées.

Un détail
Depuis 1998, de nouvelles sources d´archives
ont confirmé que les autorités françaises ont
été constamment informées de la tentation du
régime Habyarimana d´apporter une solution «finale» au «problème tutsi». De son
côté, le Tribunal pénal international pour le
Rwanda (TPIR) a documenté, notamment
au fil des audiences du procès fleuve «Bagosora et al», l´existence d´une conspiration
pour l´extermination des Tutsi qui a pris sa
source en décembre 1990 et s´est poursuivie
ensuite, mois après mois. Si malgré plusieurs
témoignages majeurs de «repentis» les juges
d´Arusha n´ont pas estimé suffisants ces éléments pour retenir l´implication «d´entente
en vue de commettre le génocide» dans le
verdict de première instance, on le doit à un
«petit détail»auquel les diplomates français
n´ont pas été étrangers lors de la rédaction
de la résolution 955 du Conseil de sécurité
instituant le TPIR: le mandat du Tribunal pénal international ne lui permet pas de retenir
des faits incriminants antérieurs au 1er janvier
1994. Comme par hasard, il s´agit de la datebutoir où les militaires français devaient – en
principe – tous avoir quitté le Rwanda en
vertu des accords d´Arusha!

Une guerre médiatique
depuis 1990
Pourquoi, aujourd´hui, faut-il rappeler des
vérités – hier élémentaires et aujourd´hui
insidieusement occultées – sur la responsabilité des autorités françaises dans le soutien
aveugle, constant, et hélas terriblement effica-

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2009 n No 176

ce, à un régime de type nazi qui s´est servi du
«parapluie» militaire français pour peaufiner
l´organisation du génocide de 1994? Tout
simplement parce qu´une guerre médiatique,
elle-même initiée par des gendarmes, des
officiers de différents services, des officines,
des cabinets noirs, se poursuit depuis 1990
pour masquer à l´opinion publique française
– à elle seule – les responsabilités d´un tout
petit groupe d´hommes autour de François
Mitterrand et d´une coterie de gradés tout
aussi irresponsables, rejouant au Rwanda un
scénario d´intervention coloniale.
Comme le rapport Quilès le relate, c´est dès
le mois d´octobre 1990 que des diplomates et
militaires français décident de relever le défi
d´une «guerre médiatique» contre le FPR.
Cette «guerre de l´ombre », où des Français
combattent en première ligne, est particulièrement documentée lors de l´opération Amarylis puis de l´opération Turquoise. Elle sera
finalement relancé à l´aube du XXIe siècle
avec le retentissant blog du colonel Hoggard
et son livre «Les Larmes de l´honneur»
qui inaugurent un cycle particulièrement
actif de colloques au public plutôt louches,
d´ouvrages de commande plutôt racistes et
de mobilisation de réseaux médiatiques plus
ou moins stipendiés.

Une affaire Dreyfus
Les animateurs de ces cabinets noirs n´ont
rien appris, ni rien oublié: au moment de
l´affaire Dreyfus, l´état-major français
n´avait pas agi autrement, avançant que
l´honneur de l´armée, élevé au rang du sacré, justifiait toutes les manipulations, y
compris la condamnation d´un innocent.
Mais comme dans les années 1890, ce n´est
pas de l´honneur de l´armée française qu´il
s´agit au Rwanda, simplement de l´OPA
d´une poignée d´officiers prêts à toutes les
désinformations pour dissimuler soit des
stratégies personnelles, soit des erreurs, des
connivences, voire des complicités avec les
architectes du génocide.
Le fait d´une petite douzaine d´hommes, à
comparer aux 3 000 à 4 000 militaires étant
intervenu au Rwanda entre 1990 et 1993, et
dont l´immense majorité a agi honorablement. Ce qui reste à démontrer, inlassablement. Tandis que, comme lors de l´affaire
Dreyfus, les étrangers, décidément mieux
informés, s´étonnent, s´indignent ou se moquent de nos déchirements...
Jean-François Dupaquier

Salves
Burundi

Un réveillon à la prison de Mpimba
L’irruption du
journaliste Alexis
Sinduhije sur la scène
politique burundaise a eu
pour effet d’inquiéter les
vieilles figures politiques
alors que se profilent les
présidentielles de 2010. Sa
popularité l’a conduit, le
3 novembre dernier, dans les
geôles du régime.

A

lexis Sinduhije s’apprêtait à diriger
une réunion de son Mouvement pour
la démocratie et la sécurité (MSD),
au centre de Bujumbura, lorsque la police
l’interpella avec quelques autres militants.
Aussitôt qu’il fut incarcéré, pendant une
dizaine de jours, au commissariat central,
avant d’être transféré dans la sinistre prison
de Mpimba, la justice Burundaise fit preuve de célérité, puisque sous le chef d’accusation de «réunion irrégulière et outrage
au chef de l’État», son procès débuta
dès le début du mois de décembre. Brièvement certes, Alexis récusant lui-même
ses «juges», de jeunes stagiaires en droit
sans aucune formation. De retour dans sa
prison, il y attend désormais la reprise des
audiences, sans que sa situation ne suscite
de grandes réactions des partenaires internationaux du Burundi du président Pierre
Nkurunziza. Pourtant, l’enjeu politique
est majeur pour le pays dans son entier, car
Alexis, sur la base d’une immense popularité, entretenait de très sérieuses chances
de victoire aux élections présidentielles
de 2010. Mais dans un paysage politique
aux figures immuables, son irruption sur la
scène nationale avait de quoi en inquiéter
plus d’un, voire de bousculer certains des
tragiques pactes régionaux.

Un journaliste brillant
Issu de la radio publique burundaise,
Alexis Sinduhije fonde, en 2001, sa propre station, la Radio publique africaine
(RPA) à Bujumbura. Aussitôt, la tonalité
éditoriale de l’antenne étonne. Il faut dire
qu’au Burundi, ravagé par une interminable guerre civile aux relents ethniques, sa
liberté de parole, la hauteur de ses opinions
et sa dénonciation du processus politique
à l’origine de la guerre lui ont valu rapidement une immense notoriété et beaucoup
de respect. Une reconnaissance consacrée

Alexis Sinduhije, journaliste burundais, fondateur du Mouvement
pour la démocratie et la sécurité
(MSD) et candidat à l’élection
présidentielle de 2010.

par le prestigieux prix de « La liberté de
la presse», attribué en 2003 par le Comité
international de protection des journalistes
à New York. En quelque sorte protégé par
le processus de sortie de crise d’Arusha
(2000) et les gouvernements mixtes de
transition, c’est paradoxalement après l’apparente réussite des élections de 2005 et la
victoire de Pierre Nkurunziza que ses ennuis
s’aggravèrent. Arrestations des journalistes
de la radio, interdictions régulières d’émettre, contraintes diverses et variées : de toute
évidence les critiques d’Alexis sur l’action
gouvernementale pouvaient déranger, mais
bien plus encore, car c’est d’une vision politique sur l’avenir du Burundi dont il s’agissait. Alexis franchit le Rubicon en décembre
2007 en créant son propre parti, le MSD,
prônant une vision politique anti-ethnique,
arc-boutée sur la paix et le développement
du Burundi hors de toute tutelle étrangère,
une doctrine placée dans la lignée de Louis
Rwagasore, «père de la Nation» assassiné
en 1961. Mais le gouvernement se refusa
jusqu’à maintenant d’octroyer au MSD un
agrément officiel, un refus à l’origine ce
cette accusation de « réunion irrégulière »
qui pourrait bien coûter jusqu’à dix ans de
prison à Alexis et quasi certainement sa participation aux élections de 2010.
Paradoxalement, le Burundi a disparu de la
une des grands journaux depuis le succès
démocratique des élections de 2005 et la
signature régulière d’accords de paix avec
la dernière rébellion en activité (Palipehutu
FNL). C’est un fait : le pays s’est sécurisé,
avec une tendance « policière » certaine,
tant l’intégration des rebelles FDD dans la
nouvelle police fut pléthorique. Mais la stagnation économique et le recul des libertés
politiques consacré par de multiples arrestations arbitraires, sont de vraies sources
de préoccupation pour l’avenir. Car depuis
trois ans la pauvreté a encore progressé et

en certaines régions la situation humanitaire reste critique, si bien que beaucoup
mettent en question les compétences mêmes de l’actuel président. Pourtant celui-ci
a su gagner des alliances notables, comme
avec le Rwanda de Paul Kagamé (un rapprochement concrétisé par la visite de Paul
Kagamé à Bujumbura en août dernier et la
récente signature de la construction d’une
route express Kigali-Bujumbura financée
par la Banque africaine de développement).
Cet axe politique pèse déjà dans l’équilibre
de la sous-région.
Mais Pierre Nkurunziza a su retrouver la
confiance d’autres protecteurs, ainsi l’aide
internationale s’est accrue par un retour
des financements français, à travers la
signature, en 2006, du Document cadre
de partenariat France Burundi (DCPFD),
conditionnant pour quatre ans une aide financière articulée autour de la restauration
de l’état sur le territoire burundais. Ainsi
Paris est-il devenu l’un des principaux
bailleurs de fond bilatéraux du pays (avec
la Belgique), sous forme de prêts et d’aides
à des projets de développement, assujettis
aux efforts de gouvernance du pays.
Dans ce contexte, on imagine le poids que
pourrait représenter une vraie pression diplomatique du quai d’Orsay pour la libération d’Alexis Sinduhije et son intégration
dans le paysage politique burundais.
Mais oubliant les exigences de respect des
libertés fondamentales formulées dans le
DCPFD, la France ne semble pas gênée outre
mesure par la dérive autoritaire du régime…
Hélas, il faut redouter que – comme certains
de ses glorieux prédécesseurs des Grands
Lacs (Louis Rwagasore/ Patrice Lumumba
– la philosophie panafricaine d’Alexis Sinduhije ne soit pas programmée dans l’avenir
que les gouvernants régionaux et occidentaux
actuels destinent à la sous-région.
Isabelle Méricourt

No 176 n Janvier 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Témoignage
Burkina Faso

« Eux-mêmes savent
qu’ils ne peuvent pas gagner »
Star du reggae
burkinabé, SamsK
le Jah est aussi
journaliste de Ouaga FM. Ses
émissions battent tous les
records d’audience dans la
capitale. Son engagement lui
vaut de nombreuses menaces
et intimidations directes. Il
participait, le 13 décembre
à Ouagadougou, au 10e
anniversaire de l’assassinat de
Norbert Zongo.
BDA – Beaucoup de responsables politiques et de responsables d’organisations de
la société civile vous perçoivent comme un
symbole pour la jeunesse burkinabé. Votre
engagement politique vous a valu de nombreuses menaces. Cela ne vous dissuade
pas de continuer?
SamsK – C’est vrai, avec toutes les pressions, la voiture incendiée, les menaces de
mort, les gens ne comprennent pas pourquoi
je continue. Il y en a qui pensent que c’est
idiot de vouloir tenir tête. Mais, je ne tiens
pas tête: j’essaie d’être en harmonie avec
moi-même.
J’ai une maman qui prie beaucoup, qui croit
en certaines valeurs, de même que mon père,
et on a été élevé comme ça. Chez les Mossi,
quand tu es petit, on te dit que tu ne dois pas
reculer devant la peur, et que tu dois refuser
l’injustice. Il y a même une devise en moré
(langue de l’ethnie Mossi, ndrl) qui dit que
l’homme digne préfère la mort à la honte. Ce
sont autant de petits éléments avec lesquels
on a grandi. Dans mon parcours scolaire et
universitaire, j’ai eu la chance de rencontrer
des professeurs qui ont été aussi des éducateurs et qui nous ont enseigné le sens de la
dignité. J’ai le souvenir d’un professeur qui
disait qu’il y a des gens qui rentrent dans
l’histoire à reculons et qu’il ne faut pas être
de ces gens-là. Il faut entrer dans l’histoire
de face. Aujourd’hui, la peur ne me fera pas
reculer même si l’ennemi est puissant.
On me fait quand même porter un lourd
fardeau quand on dit que je représente un
symbole pour la jeunesse burkinabé. Dieu
merci, il y a beaucoup de jeunes qui partagent aujourd’hui les mêmes vibrations que

moi. Des vibrations que j’ai peut-être la
chance de pouvoir transmettre à travers mes
émissions et ma musique.
Mais je ne crache pas là-dessus non plus,
dans la mesure où ça permet à des gens
d’avoir foi en quelque chose.
C’est d’ailleurs ce que Norbert Zongo a représenté pour beaucoup d’entre nous. Grâce
à lui, beaucoup de jeunes se sont intéressés
à la lecture des journaux, chose qui n’était
pas la plus partagée et plutôt réservée à une
certaine catégorie de fonctionnaires et de
cadres. Mais grâce à Norbert Zongo et son
journal L’Indépendant, beaucoup de jeunes
se sont intéressés à la lecture dans les établissements d’enseignement secondaire. Avec
sa façon d’écrire, de dénoncer, beaucoup
se sont reconnus en lui. Et c’est une raison
pour laquelle son assassinat a fait l’effet
d’un tremblement de terre au Burkina.
BDA – Pourquoi de nombreux artistes ont
rejoint, dix après, le mouvement populaire
autour du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques
(CODMPP exigant que justice soit faite
pour Norbert Zongo et les autres victimes
d’assassinats politiques ?
SamsK – En fait, on a cru en notre justice.
On a cru au pouvoir en place quand, au lendemain de l’assassinat de Norbert Zongo, il
y a eu une Commission d’enquête internationale. On nous a dit que le dossier allait
être instruit. Mais avec le temps qui passe,
et surtout avec le non-lieu prononcé l’année
dernière, on réalise. Aujourd’hui que nos
voix portent, je me dis que ça aurait pu nous
arriver aussi. C’est maintenant ou jamais
que nous devons faire comprendre que nous
souhaitons une autre gouvernance. Si on ne
fait rien, ça ira de mal en pis. Il ne faudrait
pas qu’un jour on nous dise «vous aussi,
vous auriez pu faire quelque chose mais
vous n’avez rien fait ».
BDA – Qu’attendez-vous de la France et
des Français?
SamsK – On sait que le système ici est mis
en place et entretenu par la France. Quand
la tension a commencé à monter, bien que je
n’ai pas les éléments, il en est ressorti que,
de façon ouverte, la France soutenait le système en place ici.
Je souhaiterais donc que la jeunesse française prenne la mesure des choses et se
dise que d’où elle est, elle peut apporter

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2009 n No 176

SamsK le Jah, dans les locaux de
Ouaga FM, déc 2008, photo T.Borrell

une contribution à l’instauration d’une vraie
démocratie dans les pays africains, dans les
pays francophones précisément. Mais quand
on regarde un peu le système françafricain, on
se dit souvent qu’on se bat contre une mafia.
Et une mafia c’est compliqué, parce qu’on ne
sait pas qui fait quoi: qui est la tête et qui est la
queue. C’est donc grâce au travail d’information mené par des associations comme Survie, Human Rights Watch et d’autres ONG
que les Français prendront conscience de ce
que nous subissons. Le plus important c’est
que l’information passe. Il faut arriver à mettre les gens face à eux-mêmes. Je pense qu’il
y aura des répercussions positives pour l’Afrique si aujourd’hui les jeunes Français réalisent qu’ils peuvent, dans une certaine mesure,
agir pour dénoncer un système, la Françafrique, qui protège des dictateurs en Afrique.
Quand je prends le cas spécifique de l’affaire
Norbert Zongo, la France, au temps fort de la
crise, a fourni du matériel militaire et policier
pour renforcer la répression contre le peuple
qui réclamait justice et vérité. On comprend
tout ça: aujourd’hui, on a un chef d’état qui
fait l’affaire de la France dans la sous-région;
tous les éléments sont là.
BDA – Peut-on être optimiste malgré tout?
SamsK – Si on se bat, c’est qu’on est optimiste, sinon on aurait baissé les bras et fait
comme tout le monde : laisser tomber en se
disant «de toute façon on ne peut rien changer ». Moi j’aime à le dire: c’est maintenant
que le combat commence, il ne faut pas baisser les bras, sinon c’est leur montrer qu’ils
ont gagné.
Mais eux-même savent qu’ils ne peuvent pas
gagner.
Propos recueillis par Thomas Borrell

Salves
Le Burkina Faso
debout

Le 13 décembre, les Burkinabé
ont répondu en nombre à l’appel
du « Collectif » (CODMPP, Collectif
des organisations démocratiques de
masse et de partis politiques). Des
marches étaient en effet organisées
dans toutes les grandes villes du
pays pour faire savoir au pouvoir que,
dix ans après l’assassinat de Norbert
Zongo, ils restent plus déterminés
que jamais à obtenir justice sur les
crimes du régime de Blaise Compaoré. Malgré la fermeture injustifiée
toute la semaine des établissements
scolaires et universitaires, la jeunesse s’est largement mobilisée : plus
de 15 000 à Ouagadougou pour un
meeting suivi d’un concert de soutien d’artistes burkinabé qui ont sorti
pour l’occasion un album hommage:
«Norbert Zongo: dossier classé? ».
Des représentants de Survie, du COFANZO et de Reporters Sans Frontières (RSF) ont pu témoigner de l’écho
et du soutien international dont bénéficie le peuple burkinabé dans
ce combat. Lors de la marche, qui
s’est déroulée dans le calme et sans
aucune dégradation, RSF avait symboliquement rebaptisé l’avenue de la
Nation en «avenue Norbert Zongo »,
à l’aide d’une affiche autocollante.
Une mise en scène qui a servi de prétexte aux autorités, sans doute surprises par cette mobilisation record,
pour arrêter, le lundi 15, le lendemain
du départ des représentants de RSF,
quatre responsables du Collectif.
La tension est montée d’un cran à
l’annonce de cette arrestation, qui
coïncidait avec le refus des lycéens,
dans de nombreux établissements
du pays, de reprendre les cours tant
qu’aucune explication ne leur serait
fournie sur la suspension exceptionnelle des cours la semaine précédente. Finalement, ces responsables
ont été libérés à l’issue d’un «entretien» avec le chef d’Etat-major
de la gendarmerie. « Entretien » qui
contribua largement à augmenter la
portée médiatique du message du
Collectif. Ses militants restent désormais en alerte quant aux éventuelles poursuites judiciaires qui
pourraient en résulter, et comptent
maintenir la pression concernant le
dossier Norbert Zongo. Le 5 janvier,
les responsables du Collectif ont
été de nouveau « convoqués ».

Sénégal

Le temps de la révolte
Une «furie mollah »,
c’est le terme utilisé
par Babacar Gaye,
le directeur de cabinet
du président sénégalais,
Abdoulaye Wade, pour
qualifier la révolte des imams
de la banlieue dakaroise
face à la hausse des factures
d’électricité.

L

e 6 décembre dernier, les populations
de Guédiawaye, département populeux de la région de Dakar, sous la
conduite de leurs imams, ont effectué une
marche très suivie pour protester contre la
hausse vertigineuse des factures d’électricité
et la cherté de la vie. Une situation inédite au
Sénégal car les imams, réputés alliés du régime pour la plupart, sont toujours restés dans
leurs mosquées. Wade et son fils s’étant toujours montré généreux à leur endroit grâce à
une distribution très ciblée de billets de banque lors des fêtes musulmanes. Le pouvoir
sénégalais a bien dépêché une délégation
parlementaire pour discuter avec les imams
et les ramener à la raison mais les députés du
parti présidentiel ont rebroussé chemin sous
les huées. Le président Wade après avoir
«neutralisé » certaines confréries sénégalaises voit donc une nouvelle contestation apparaître portant des revendications populaires.
L’opposition, quant à elle, absente de l’Assemblée nationale reste à la marge alors que le
climat politique est très tendu. Fin décembre,
des manifestations spontanées, à Kédougou,
à 700 km de Dakar, au sud-est du Sénégal
s’est soldé par deux morts et plusieurs blessés. Dans cette région connue pour ses mines
d’or et ses marbres, la seule chose partagée
reste la misère. Les populations qui s’estiment abandonnées s’interrogent évidemment
sur la répartition de ces richesses. Les victimes de cet accès de fièvre auraient été, selon
le porte-parole du gouvernement, piétinées
avant qu’une autopsie ne vienne confirmer
la mort par balles d’au moins un des deux
manifestants. La presse sénégalaise évoque
aussi des cas de tortures pour venir à bout des
manifestants alors que les organisations des
Droits de l’homme tirent la sonnette d’alarme
sur les exactions des forces de l’ordre dans un
contexte de grave crise économique.
Une crise aggravée par la mauvaise gouvernance et la dilapidation des ressources publiques.

Le Sénégal en banqueroute s’est donc tourné
vers la France, obligée de voler au secours
du régime Wade pour lui poser une perfusion financière afin de différer une explosion
sociale généralisée. La France a ainsi débloqué la première tranche, 83 millions d’euros,
d’un prêt exceptionnel d’un montant global
de 125 millions d’euros pour aider le Sénégal
à apurer une très lourde dette intérieure.
Une aide importante, autorisée par l’Élysée,
malgré les sévères mises en garde de l’ambassadeur de France, Jean-Christophe Rufin. Un
article du Canard Enchaîné (24 décembre) se
faisait l’écho du contenu si peu diplomatique
de ses télégrammes à propos de la gestion de
Wade père et fils : «Le Sénégal connaît une
situation financière extrêmement critique
(…) et Wade demande une intervention de
sauvetage (…). L’ambassadeur déconseille
une aide française massive si l’on ne formule
pas des exigences très fermes et l’ouverture
d’un dialogue avec l’opposition. Car aux
mauvaises décisions économiques s’ajoute
un mystère sur la destination de fonds (...).
Le président Wade et son fils font sentir qu’ils
disposent de canaux de communication privilégiés de nature «privée» avec le président
Sarkozy (…). Mais voilà, en Françafrique,
les exigences évoquées par l’ambassadeur
sont inconnues. On feint d’ignorer la gabegie
généralisée et la corruption endémique préférant, en l’occurrence, mettre sur le dos de la
crise mondiale, la situation catastrophique du
Sénégal. Les signes politiques, économiques
et sociaux, menant tout droit à une explosion s’accumulent pourtant dangereusement
et si la vitrine sénégalaise, tant vantée, est
encore debout, son arrière-boutique est ravagée. De fait, les relations incestueuses au
plus haut sommet des deux États, incarnées
par un conseiller commun aux deux présidents et vieille figure françafricaine, Robert
Bourgi, ne permettent aucune distance. Officiellement bien sûr, on célébrera l’amitié
des peuples, on donnera un coup de neuf à
la devanture mais dans les coulisses françafricaines, on se réjouira surtout, pour Paris,
d’avoir préservé son influence diplomatique
dans la région et même de l’avoir renforcée.
On ne manquera pas non plus, avec ce prêt
salvateur, de se rappeler aux bons de souvenirs de Wade alors que la France a l’ambition
de vendre au Sénégal une centrale nucléaire
civile, projet défendu par le fils Wade qui a
beaucoup visité l’Élysée cette année.
À condition bien sûr, de croire naïvement que
cette rustine financière assainisse la situation économique et sociale du Sénégal.
Mayacine Diouf

No 176 n Janvier 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Somalie

La chasse est ouverte
La quarante
septième
intervention militaire
européenne en Afrique a
démarré début décembre.
Cette opération aéronavale
baptisée Atalante (du
nom de la chasseresse
mythologique) vise les
pirates somaliens agissant
dans le golfe d’Aden.

C

omme pour les trois précédentes
opérations militaires européennes en Afrique, l’initiative est
française. Après l’attaque du voilier le
Ponant, la France a proposé la création
d’une force internationale sous mandat
de l’ONU qui «puisse œuvrer à la sécurité du transit maritime» au large de
la Corne de l’Afrique. En juin, une résolution (n°1816) rédigée conjointement
par la France et les États-Unis et votée
à l’unanimité du Conseil de sécurité,
autorisait l’entrée de navires de guerre
dans les eaux territoriales somaliennes pour les pays que le gouvernement
fédéral de transition somalien (qui
n’existe que par les forces étrangères
et qui ne contrôle qu’une partie de la
capitale) aurait préalablement agréés.
Le texte justifiait l’utilisation de «tous
moyens nécessaires» pour réprimer la
piraterie, sous réserve de conformité
avec le droit international relatif aux
actions en haute mer. Après l’attaque,
en septembre, d’un second navire français, le Carré d’as Sarkozy plaidait
pour la création d’une d’«une forme
de police des mers». «En plus de cette
action préventive, je souhaite qu’il y
ait des actions punitives», ajoutait-il,
(Le Monde, 17 septembre 2008).
En octobre 2008, alors que des pirates
détiennent le «Faina», un cargo ukrainien chargé d’armes, dont des lance-roquettes et des chars d’assaut, une nouvelle résolution (n°1838) appelait tous
les États «intéressés par la sécurité des
activités maritimes» au large des côtes
somaliennes à «participer activement
à la lutte contre la piraterie (...) en
particulier en y déployant des navires
de guerre ou des aéronefs militaires».
Le 2 décembre, la résolution n°1846
appelait ces mêmes pays à se coordon-

ner, et à se saisir des «embarcations,
navires, armes et autre matériel apparenté qui servent ou dont on a de bonnes
raisons de suspecter qu’ils serviront à
commettre des actes de piraterie». Enfin le 16 décembre, la résolution n°1851
autorisait «toutes mesures nécessaires
et appropriées en Somalie», autrement
dit, des actions militaires « préventives » à terre et non plus simplement un
droit de poursuite dans les eaux territoriales somaliennes.

Opération Atalante
Début novembre, le feu vert était donné par l’UE à l’opération Atalante,
avec officiellement une triple mission:
escorter les bateaux du Programme
alimentaire mondial (PAM) qui transportent de l’aide humanitaire pour la
Somalie, escorter des bateaux de marine marchande, et mener des opérations
de «contrôle de zone» avec un appui
aérien. À ce jour, huit pays y participent: Allemagne, Belgique, Espagne,
France, Grèce, Pays-Bas, RoyaumeUni et Suède. C’est la première opération maritime européenne et c’est aussi
la première fois que les Britanniques
acceptent non seulement de participer
significativement à une opération voulue par la France, mais aussi de prendre
le commandement dans le cadre de la
politique européenne de sécurité et de
défense (PESD).
Les moyens matériels sont pour l’instant assez limités et inférieurs aux
prévisions initiales: trois frégates
fournies par la Grande-Bretagne, la
France et la Grèce, et deux avions de
patrouille, français et espagnol. Mais
d’autres navires militaires présents
pourront venir en renfort, par exemple ceux de la Task Force 150 (force
maritime internationale chargée de la
lutte contre le terrorisme au nord de
l’océan Indien, créée après les attentats du 11 septembre 2001). De plus, la
présence militaire n’est pas limitée au
cadre européen d’Atalante. L’OTAN
et les États-Unis avaient déjà envoyé
plusieurs navires, la Russie, l’Inde, le
Japon, la Malaisie, la Corée du Sud,
l’Iran ou encore la Chine ont également annoncé l’envoi de moyens maritimes.
D’autres, comme la Suisse, pourraient
y envoyer simplement des soldats à
bord de navires civils.

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2009 n No 176

Des intérêts, des fins
et des moyens
La raison d’une telle convergence en
matière d’interventionnisme militaire
est facile à comprendre, et d’ailleurs
ouvertement revendiquée: 12 % du
commerce maritime et 30 % du pétrole
brut mondial emprunte le détroit de
Bab el-Mandeb. «Nous ne pouvons pas
tolérer que les pirates, mus par leur
seule avidité, menacent les approvisionnements de l’Europe» a expliqué
François Fillon (AFP, 1er décembre
2008). Ce qui n’empêche pas le ministère de la Défense français de placer le
prétexte humanitaire au premier plan
pour justifier Atalante: il s’agit de la
sécurisation des livraisons du Programme alimentaire mondial. Mais l’accompagnement des bateaux du PAM par
des bateaux militaires existait en fait
antérieurement et la difficulté persistante à trouver des pays volontaires
pour mener cette mission prouve qu’il
ne s’agissait nullement d’une priorité,
ni même d’une réelle motivation aux
résolutions de l’ONU.
Le consensus n’est toutefois pas total. Le ministre yéménite des Affaires
étrangères a par exemple estimé que
cette concentration militaire représentait «un danger pour la sécurité
nationale arabe» (AFP, 10 novembre
2008). Journalistes et chercheurs restent également sceptiques quant à l’efficacité de l’opération, pour des raisons
d’ordres technique ou politique. Les
pirates ont considérablement accru leur
rayon d’action, comme l’a montré la
capture du supertanker saoudien Sirius
star à 800 km des côtes kenyanes. Il
faudrait donc beaucoup plus de moyens
pour espérer sécuriser complètement
le trafic maritime dans toute la région.
Les armateurs sont d’ailleurs encouragés à ne pas compter que sur les forces
militaires officielles et à recourir aux
firmes de sécurité privées, qui connaissent un véritable boom. Mais en matière de dissuasion, certains espèrent
visiblement compenser l’insuffisance
des moyens matériels par la virulence
et le caractère expéditif de leurs interventions. «Les soldats d’Atalante et
leurs alliés brûlent parfois d’en découdre. “Il faut marquer le coup, tranche
un sous-officier français. Les harceler,
choper les armes et le pognon et couler leurs barcasses. Ça les calmera.

En bref
Une vérité qui
dérange à Mayotte
On a des lois, pas eux.» (Lexpress.fr,
16 décembre 2008). Les bavures et les
«dommages collatéraux» sont donc à
prévoir, comme lorsque «une frégate
indienne, le Tabar, a envoyé par le fond
un chalutier thaïlandais annexé par les
pirates; lesquels ont fui, alors que périssait une quinzaine de marins.» (Ibid).
Les États-Unis, dont les bombardements
font régulièrement des victimes civiles somaliennes, n’ont pas caché non plus leur
intention de renouer avec des opérations
militaires à terre.
Par ailleurs, l’opération Atalante ne s’attaquera aucunement aux causes de la piraterie, comme l’ont reconnu divers responsables politiques et militaires, à savoir la
guerre civile somalienne, la ruine du pays
et le désespoir des populations. Or certains
des promoteurs de la solution militaire
actuelle, à commencer par les États-Unis,
n’ont pas une mince responsabilité dans le
désastre somalien (Le Monde Diplomatique, septembre 2006 et novembre 2007).
D’autres ont profité du chaos pour piller
les zones de pêches somaliennes ou se
débarrasser de divers produits toxiques
au large des côtes, déclenchant en réaction les premiers actes de pirateries des
pêcheurs somaliens...
La piraterie a depuis dépassé le stade
artisanal pour devenir «une industrie
lucrative et organisée», si l’on en croit
Christian Ménard, secrétaire de la commission de la Défense nationale et des
forces armées de l’Assemblée nationale,
chargé d’un rapport sur la question (Clicanoo – île de la Réunion, 21 septembre 2008), ce que confirme également
des observateurs régionaux (voir le site
www.ardhd.org).
Selon l’ONU, le montant des rançons
versées cette année s’élève à 120 millions d’euros. Elles irriguent l’économie
locale et profitent d’abord à quelques investisseurs disposant des moyens les plus
modernes pour organiser les attaques et
recycler l’argent récolté. Selon Vincent
Hugeux, «les services de renseignement
occidentaux en ont identifié six ou sept»
(lexpress.fr, 16 décembre 2008). Ce ne
sont pas ces donneurs d’ordre qui sont
visés par le dispositif militaire, mais les
exécutants, qui risquent pourtant d’être
facilement remplaçables tant que la situation humanitaire en Somalie continuera d’être «la pire du continent»,
selon le nouveau représentant spécial de l’Organisation des Nations unies

(ONU), le Mauritanien Ahmedou Ould Abdallah. Chaque année, plusieurs milliers de
personnes fuient le pays par la mer, plusieurs
centaines y périssent. Quitte à risquer la mort,
autant que ça rapporte...

Sous-traitance
L’Union européenne s’est également préoccupée de baliser le terrain juridique, pour ce
qui concerne l’arrestation et les poursuites
judiciaires contre les pirates capturés. «Au
regard de leur législation nationale, quatre
pays de l’UE seulement (Allemagne, Finlande, Pays-Bas et Suède) se sont dits en
mesure d’arrêter et de juger des pirates»
(AFP, 8 décembre 2008), ce qui n’avait
pourtant pas empêché la France de rapatrier
et d’emprisonner une partie des pirates du
Ponant, dont elle ne sait apparemment plus
quoi faire actuellement. Pour combler les
carences juridiques nationales, plusieurs
dispositifs ont été imaginés. Des policiers
des mers seront embarqués à bord de certains bateaux. «Un navire d’un pays de
l’UE qui aura arraisonné des pirates, mais
que sa législation nationale n’autoriserait
pas à garder prisonniers, pourra les transférer vers le navire d’un autre pays de l’UE
qui lui a le droit de les emprisonner et de
les juger.» (AFP, 10 novembre 2008). Mais
aucun ne souhaite évidemment encombrer
ses tribunaux ou ses prisons avec des pirates somaliens. «Du coup, l’UE a engagé de
discrètes négociations avec des voisins de
la Somalie, Djibouti et le Kenya, pour voir
s’ils accepteraient de se faire remettre et de
juger des pirates pris en flagrant délit par
Atalante» (Ibid).
Une conférence internationale sur la piraterie maritime a même été organisée à Nairobi
pour faire le point sur ces questions, avec
«les représentants de quelque 40 pays, des
Nations unies, de compagnies maritimes et
de cabinets d’évaluation des risques (…) Le
texte préparatoire prévoit la mise en place
d’un programme, estimé à 1,3 million de
dollars, visant pendant six mois à renforcer
le système judiciaire et les législations en vigueur au Kenya, à Djibouti, au Yémen et en
Tanzanie.» (lexpress.fr, 10 décembre 2008).
À ce jour, seul le Kenya a signé un accord de
coopération judiciaire avec Londres, tandis
que Paris continue de négocier avec la Tanzanie et Djibouti. Cette sous-traitance judicaire
s’effectuera, bien entendu, sous réserve que
les droits élémentaires des prisonniers soient
respectés dans les pays «d’accueil».
Mais qui pourrait en douter?
Victor Sègre

La diffusion d’une vidéo tournée, le
22 octobre, dans le centre de rétention administrative (CRA) de Mayotte montrant
des Comoriens retenus dans des conditions scandaleuses a eu le mérite de montrer d’une lumière crue la réalité de l’immigration dans l’Archipel. Sauf peut-être
pour la préfecture, n’ayant décidément
que des chiffres à la bouche, qui a assuré
que la situation au CRA y était, ce jourlà, «exceptionnelle ». «Le 22 octobre est
le seul jour, sur les quatre derniers mois,
où le chiffre de 200 retenus a été dépassé
(pour 60 places, ndlr) » a-t-elle précisé
soulignant que les autorités des Comores
ont à cette période «compliqué », voire
même «interdit à plusieurs reprises » les
opérations de reconduite de clandestins.
Un communiqué d’une rare indécence
quand on sait que la France a tout fait, depuis 1972, pour affaiblir les Comores afin
que Mayotte reste française. Au détriment
de son unité sociale et culturelle et malgré
la vingtaine de résolutions prise par l’Assemblée générale des Nations unies entre
1975 et 1995, enjoignant à la France de
respecter l’intégrité territoriale des Comores en tant qu’archipel incluant Mayotte.

Un arrangement
franco-rwandais
Il n’y a plus de doutes quant à l’arrangement franco-rwandais visant à traiter
l’épine des «mandats Bruguière». Après
les visites à Kigali, à l’automne et en catimini, de conseillers élyséens, l’arrestation
«arrangée», le 9 novembre en Allemagne, de Rose Kabuye, proche du président
rwandais Paul Kagame, son extradition
«volontaire» vers la France puis sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, voilà
que la justice française a autorisé Rose
Kabuye à rentrer au Rwanda pour les
fêtes de Noël. La directrice du protocole
rwandais avait été mise en examen par
le juge antiterroriste Marc Trévidic pour
complicité d’assassinats et association de
malfaiteurs, le tout en relation avec une
entreprise terroriste. Des chefs d’accusations gravissimes en contradiction avec
une telle mesure de clémence sauf s’il y a
un accord politique derrière. À moins que
la justice ne trouve que l’instruction de
Bruguière ne vaut finalement pas tripette
juridique, ce que l’on savait depuis longtemps. Ce n’était d’ailleurs pas dans le
champ juridique qu’elle s’inscrivait mais
bien dans celui du politique.

No 176 n Janvier 2009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Tchad

L’heure du bilan
Le mandat de
l’EUFOR, la force
européenne
déployée au Tchad
et en Centrafrique, à forte
composante française,
prendra fin, normalement, en
mars 2009. Premier bilan.

L

’EUFOR avait, rappelons-le, un triple mandat confié par l’ONU (résolution 1778 du 25 septembre 2007).
D’abord, «contribuer à la protection des
civils en danger, en particulier les réfugiés
et les personnes déplacées », puis, «faciliter
l’acheminement de l’aide humanitaire et la
libre circulation du personnel humanitaire
en contribuant à améliorer la sécurité dans
la zone d’opérations » et enfin «Contribuer
à la protection de l’ONU, de ses installations et de son personnel, et notamment de la
force dite MINURCAT » (voir ci-dessous). Il
s’agissait aussi, selon les autorités françaises,
d’aider à la résolution de la crise soudanaise
et à la protection des populations du Darfour.
Ce dernier point ne relevait que de la
propagande, comme l’a reconnu un officier français à l’envoyé spécial du Monde (23 mai 2008) : «Il y a eu une sorte
d’emballement diplomatique, politique,
médiatique et humanitaire. Le problème,
c’était le Darfour. L’opinion publique en
Europe, et plus encore aux États-Unis,
était émue devant le «génocide». Il fallait
faire quelque chose. On l’a fait au Tchad:
c’était plus facile, moins contraignant,
moins sensible politiquement, qu’au Soudan. Et puis la France était sur place.
Mais cela ne règle en rien les problèmes
du Darfour.»
Et pour cause : la force européenne ne s’y
trouvant pas, elle n’a aucunement gêné
l’épuration ethnique menée par Khartoum. Elle n’a pas non plus contrarié le
soutien accordé par Idriss Déby aux mouvements rebelles soudanais, en particulier
le Mouvement pour la Justice et l’Égalité
(MJE).

Insécurité persistante

Par ailleurs, de l’aveu même du général
Ganascia, commandant opérationnel de
l’EUFOR, la conception de la force européenne est en «décalage» par rapport à la

situation rencontrée sur le terrain (Le Figaro, 10 juin 2008). L’EUFOR devait en
effet permettre de repousser d’éventuelles
attaques de miliciens soudanais contre
les camps de réfugiés et de déplacés, ce
qu’elle n’a pas eu à faire. En revanche,
toutes les ONG présentes, ainsi que le
Haut commissariat aux réfugiés (HCR)
ont noté un accroissement général de l’insécurité à l’intérieur comme à l’extérieur
des camps, pour les populations comme
pour les humanitaires. L’énorme installation militaire est en effet inopérante pour
juguler la recrudescence du banditisme.
«On a un peu l’impression d’avoir un
marteau et une enclume pour tuer une
mouche», résume le colonel Frédéric
Garnier qui dirige le bataillon de Farchana composé de marsouins. (Le Figaro,
5 juin 2008). Les troupes européennes se
contentent d’escorter quelques convois
humanitaires et de faire ponctuellement
des patrouilles qui se veulent dissuasives
mais qui n’ont d’effet que le temps de leur
passage. Elles mènent aussi des opérations de communication pour justifier leur
présence. «Mission non-accomplie: les
populations civiles demeurent en danger
à l’est du Tchad », jugeait l’ONG Oxfam
(Document d’information n°119, septembre 2008). Elles le sont d’autant plus que
les forces de sécurité tchadiennes sont au
mieux indifférentes, au pire complices ou
auteures des vols et exactions (les 4x4 des
humanitaires en particulier sont très appréciés).
La situation au Centrafrique ne vaut pas
mieux (lire page 12).

Les camps, zones de non droit
Certes l’EUFOR n’était pas censée jouer
le rôle d’une force de police, ce mandat
revenant à la MINURCAT. Mais la présence de la première se justifiait par la
nécessité de protéger la seconde. Or si
la force européenne a fini par trouver ses
troupes (Billets d’Afrique n°165 et 166),
ce n’est pas le cas de la police onusienne.
En décembre 2007 déjà, le secrétaire général avait tiré la sonnette d’alarme, affirmant que sur les 300 policiers attendus,
seuls 70 avaient été sélectionnés. On en
comptait 148 à la mi-juin, essentiellement
fournis par des pays africains, et l’effectif
n’est toujours pas au complet aujourd’hui.
Par ailleurs, la MINURCAT vient à peine
de commencer à former les Détachements
intégrés de sécurité (DIS) composés de

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2009 n No 176

policiers et gendarmes tchadiens et centrafricains qui sont censé ramener la sécurité dans les camps. Une fois présents,
ces derniers s’opposeront-ils pour autant
au recrutement forcé et aux trafics d’enfants jusqu’à présent toléré par les autorités tchadiennes, pour leur propre compte
ou celui de leurs alliés du MJE ? (Waging
peace, «Trafficking and forced recruitment of child soldiers on the Chad/Sudan
border », 6 juin 2008).
On peut en douter car, selon La Lettre du
Continent (16 octobre 2008), les supplétifs
tchadiens de la MINURCAT sont «triés
sur le volet par le pouvoir en place » et recrutés sur une base ethnique. Par ailleurs,
selon le général Ganascia, la force de
l’ONU qu’il est question de substituer à
l’EUFOR à compter de mars 2009, n’aura
toujours pas le mandat de s’opposer aux
recrutements forcés, même de mineurs,
(Lexpress.fr, 26 septembre 2008).

Cynisme militaire…
Visiblement, tout le monde a préféré
oublier que la non-utilisation d’enfants
par les forces armées tchadiennes devait
être, selon le secrétaire général de l’ONU,
«une condition préalable au déploiement
de la Force militaire de l’Union européenne » (Rapport S/2008/532 du 07 août
2008). On a aussi tenté, côté français, de
repeindre la situation en rose pour se donner le beau rôle. Il y a quelques mois, une
brève du ministère français de la Défense
nous apprenait qu’Idriss Déby avait assuré au général Bentegeat, en visite fin avril,
que «le sentiment de sécurité s’améliore
déjà dans le pays, grâce à la présence des
troupes européennes». Parole d’expert !
Quelques temps plus tard, le colonel Garnier estimait lui que l’insécurité, «elle
est plus dans les esprits que réelle ». Le
même s’enthousiasmait: « L’effet positif
(…) est que nous avons redonné confiance
aux gendarmes tchadiens » (Le Monde,
23 mai 2008). Merci pour eux. Des ONG
se sont aussi alarmées du fait que certains
réfugiés et déplacés ont été poussés au
retour sans que les conditions de sécurité
soient réellement rétablies (voir site www.
portail-humanitaire.org, 21 novembre
2008). Selon un rapport d’International
Crisis Group (ICG), ceci s’explique par
«une formidable pression européenne,
notamment française, pour obtenir des
résultats quantifiables. » (Tchad : Un
nouveau cadre de résolution du conflit,

À lire ou à relire

Rapport Afrique n°144, septembre 2008).
Autrement dit, il fallait faire du chiffre à
tout prix. Le commandant de l’EUFOR a
finalement concédé «des maladresses et
des difficultés de compréhension», «nous
avons cru bien faire (…) sans doute étaitce un peu trop volontariste » (Lexpress.fr,
26 septembre 2008).

… et alibi humanitaire
Au vu de ces éléments, force est de reconnaître que rien n’aura changé dans la
situation des populations civiles tchadiennes et des réfugiés soudanais au terme du
mandat de l’EUFOR et que cet aspect des
choses n’aura en fait servi que d’alibi.
L’expérience européenne aura-t-elle été
inutile ? Pas pour tout le monde. « L’enjeu, c’est de faire progresser une culture
opérationnelle commune de l’Europe»,
expliquait Eric Chevallier, porte-parole
du Quai d’Orsay (0minutes.fr, 1er octobre
2008). Selon le journaliste Nicolas GrosVerheyde, «il ne faut pas s’y tromper!
Cette opération, comme celle de la mission Eulex au Kosovo, sont des missions
d’une ampleur nouvelle pour l’UE. Si
elles réussissent, l’Europe de la défense
aura atteint sa capacité adulte et passera
à la vitesse supérieure. » (Europolitique,
avril 2008.) Les militaires français sont
aussi très heureux d’avoir pu expérimenter la construction d’une installation aussi
importante «à partir de rien », en plein
désert (Ibid).
Les autres bénéficiaires de cette opération sont évidemment le régime tchadien
et son allié français. Accordons à la force
européenne qu’elle n’est pas intervenue
à ce jour directement en soutien militaire
du dictateur, ce que les autres partenaires
européens avaient exclu. Mais, du point
de vue de la résolution de la crise militaropolitique tchadienne et de la restauration
d’un Etat de droit, conditions sine qua non
d’une véritable sécurisation des populations, le bilan de l’opération européenne
est nul, comme l’avait d’ailleurs pronostiqué, avant même son déclenchement, la
société civile tchadienne par la voix du
Comité de suivi de l’appel à la paix et à
la réconciliation (CSAPR, cf. http://www.
liberationafrique.org/IMG/article_PDF/
article_016.pdf). Même neutre «une telle
force peut être considérée comme un soutien au gouvernement qui par conséquent
ne serait plus obligé de s’engager en faveur d’un règlement durable de la crise. »

Déby renforcé
C’est effectivement ce qui s’est passé : le
drapeau européen a fait oublier le rôle des
forces tricolores d’Epervier qui tiennent
le régime à bout de bras. Mieux, la présence militaire française pourrait bientôt
bénéficier de la caution de l’ONU, au motif qu’elle servirait de support à la future
MINURCAT (La Lettre du Continent,
16 octobre 2008). Malgré l’élimination
physique de ses opposants et le maintien
de l’état d’urgence, le dictateur tchadien
en a aussi tiré un crédit politique, notamment par la visite de Louis Michel et de
Javier Solana et par sa posture de rempart
à l’instauration d’un régime lié au Soudan.
Cette situation lui a permis de poursuivre
dans une logique de guerre sans plus s’exposer à la moindre critique. Il s’est ainsi
lancé dans une course au réarmement en
vue d’une reprise du conflit après la saison
des pluies. Les ventes d’armes françaises
au Tchad, qui avaient atteint, selon le rapport annuel du ministère de la Défense,
5,4 millions d’euros en 2007 contre cent
mille en 2006, n’ont pas faibli. On compte
entre autre «une douzaine d’hélicoptères
français civils qui seront «équipés», sans
doute en Afrique du Sud, ainsi que des
MI-, MI-171 et MI-5 et une myriade
de missiles Milan et Eryx.» (La Lettre du
Continent, 11 décembre 2008).
À quoi il faut ajouter les cessions gratuites de l’armée française (véhicules blindés, automitrailleuses, etc.). En outre, une
enquête préliminaire a été ouverte par le
parquet de Paris sur un trafic d’armes présumé entre le Tchad et une société d’aviation américaine, Griffon Aerospace (AFP,
9 décembre 2008). La Lettre du Continent
(16 octobre 2008) signalait également la
livraison d’armes par les avions de transports de l’armée américaine.
De quoi assurer un avenir radieux aux
populations civiles auxquelles, il y a tout
juste un an le ministre de la Défense français promettait «la joie, le bonheur et le
sourire» (Billets d’Afrique n°166) grâce à
la présence des forces européennes.
Victor Sègre

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Nicolas Sarkozy,
ou la Françafrique
décomplexée
Pendant la campagne des élections présidentielles en 2007, le candidat Nicolas Sarkozy a multiplié les annonces de
rupture avec la politique africaine de ses
prédécesseurs, dénonçant le soutien aux
dictatures, la diplomatie secrète, le clientélisme, ou encore les détournements de
l’aide au développement, bref la Françafrique. Pourtant, au regard des actes posés
depuis sa prise de fonction à l’Élysée, le
président français n’a pas tenu ses promesses: perpétuation de relations clientélistes, discours essentialiste de Dakar sur
l’«homme africain», soutien à des dictateurs, défense de l’affairisme français,
intervention militaire au Tchad, rôle joué
par certains émissaires officieux, la politique africaine de Nicolas Sarkozy s’inscrit plus dans une continuité que dans une
rupture. Elle est une perpétuation de la politique néocoloniale que chaque président
français a poursuivit depuis les «indépen
dances»africaines.
Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, par Samuel Foutoyet.
Préfacé par Odile Tobner.
Éditions Tribord, 160 p, 4,5 euros

Petit précis de

l’histoire africaine
à l’usage de Sarkozy
Un ouvrage en réponse au
tristement célèbre «discours de Dakar», concentré
de tous les préjugés produits
depuis plus de deux siècles
par les idéologues du «devoir
de civilisation».
Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président
Sarkozy (348 p., 22 euros).

No 176 n Janvier 009 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11

Salves
Centrafrique

La coopération militaire française,
« au détriment des victimes »
Sous tutelle militaire française,
les forces centrafricaines
bénéficient toujours de
l’impunité et les crimes se
poursuivent.

L

a Fédération internationale pour les
droits de l’homme (FIDH), dans son
dernier rapport sur la Centrafrique paru
en décembre 2008 (Déjà-vu. D(é)s accords
pour la paix au détriment des victimes), se
penche sur le processus de réconciliation nationale en cours. Il se demande notamment si
ce dernier remplira une autre fonction que de
permettre aux acteurs politico-militaires, qui
déchirent le pays depuis plus de plus de dix
ans, de s’amnistier une nouvelle fois des crimes contre l’Humanité commis à répétition. Il
fait également le point sur les violations des
droits de l’homme depuis le rapport de Human Rights Watch paru en septembre 2007.
«Le rapport de cette mission démontre que si
les Forces armées centrafricaines (FACA) ont
cessé la pratique de la terre brûlée, certains de
ses éléments sont toujours responsables d’exé-

cutions sommaires de civils, d’extorsions de
fonds et d’arrestations arbitraires. En outre,
plusieurs sources concordantes font état de
détentions arbitraires, d’actes de torture et de
mauvais traitements à l’égard de présumés rebelles perpétrés par les forces de sécurité centrafricaines.» Accessoirement, le rapport rapporte aussi l’appréciation du général Guillou
que la France maintient («une anomalie
administrative» selon les termes du Premier
conseiller de l’Ambassade de France en RCA,
Michael Deslaimes ») comme conseiller du
ministre de la Défense, c’est-à-dire du général-président Bozizé, puisque ce dernier cumule les deux fonctions. Le général Guillou
se contente de peu: «les FACA ont fait des
progrès sensibles. Les colonnes infernales qui
incendiaient les villages, c’est du passé. Mais
les crispations sont encore grandes sur le terrain, donc attention au dérapage.»Mais surtout, il épouse les mensonges du régime quand
il prétend qu’il n’y a plus d’impunité pour les
militaires coupables de ces crimes. La FIDH
a pu constater au contraire que «le nombre
ainsi que le fondement des procédures engagées contre des membres des FACA sont

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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Janvier 2009 n No 176

sans commune mesure avec l’ampleur des
agissements criminels commis par certaines
éléments des forces centrafricaines de sécurité» et que «la loi d’amnistie générale adoptée par l’Assemblée nationale fin septembre
procède également de ce double langage».
Certains sont même carrément récompensés,
tel «Ngaïkosset, un des principaux responsables des crimes commis dans le Nord par la
Garde républicaine entre 2005 et 2007 [qui]
a été écarté du terrain militaire, pour être, depuis le mois d’août 2008, assigné à la sécurité
personnelle du président à Bangui» où il a
«récemment été promu capitaine».
Selon La Lettre du Continent (13 novembre
2008), c’est au nom de l’UE que le général
Guillou mettra en œuvre, entre 2009 et 2013,
le plan de réorganisation des FACA qu’il a
conçu. D’où deux questions: les «partenaires» européens auront-ils un véritable droit
de regard sur ce qui paraît le simple prolongement de la coopération militaire française?
Et seront-ils plus regardants que cette dernière
en matière de respect des Droits humains et de
la lutte contre l’impunité?
Victor Sègre
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