Fiche du document numéro 22698

Num
22698
Date
Juillet 2008
Amj
Fichier
Taille
837134
Pages
12
Titre
Billets d'Afrique No. 171
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs

I n f o r m a t i o n s e t av i s d e r e ch e rch e s u r l e s ava t a r s d e s r e l a t i o n s f ra n c o - a f r i c a i n e s
Sommaire
ËP. 2 MAURITANIE Jeu dangereux
Si les réseaux salafistes mauritaniens liés à la
branche d’Al-Qaeda au Maghreb islamique
(BAQMI) ont été démantelés après les attentats terroristes qui ont frappé le pays en
décembre dernier, le terreau économique et
social ayant permis leur éclosion demeure.
ËP. 4 ALGÉRIE Le retour en force
du religieux.

Dans un contexte social catastrophique,
le pouvoir algérien fait, une nouvelle fois,
diversion avec la question religieuse.

ËP. 5 FRANCE-AFRIQUE Les huit plaies
d’Alain Joyandet
La France n’a pas fini de se déconsidérer
après les propositions de son secrétaire
d’État à la Coopération, Alain Joyandet.
Un vrai programme de recolonisation !
ËP. 6 DJIBOUTI Une partie à quatre
Le récent conflit frontalier entre Djibouti et
l’Érythrée révèle une stratégie complexe dans
la Corne de l’Afrique. Quatre puissances y
interviennent : la France, les États-Unis,
l’Érythrée et l’Éthiopie.
ËP. 7 BURKINA FASO Les faux habits de
Blaise
Comment l’association de l’amitié francoburkinabé présidée par l’ancien «Monsieur
Afrique» de François Mitterrand, Guy
Penne, se démène pour donner un visage
respectable à Blaise Compaoré.
ËP. 8 MALI Trains facultatifs
Au Mali, il ne fait pas bon dénoncer la
destruction des services publics. La récente
arrestation de Tiecoura Traoré, ingénieur
ferroviaire et syndicaliste du rail malien en
témoigne.
ËP. 9 FRANCE NIGÉRIA Une coopération à
courte vue
La France et le Nigeria ont signé, le 1 juin
dernier, un partenariat stratégique. Une
coopération qui concerne sept secteurs prioritaires. Avec une préférence marquée pour
le pétrole, le nucléaire et la sécurité
Àfleur de presse :
Au Tchad, « neutralité française » se dit
« discrets mercenaires »
ËP. 10 RWANDA Jeu de dupes
Le rapport d’enquête rwandais sur le rôle
de la France dans le génocide des Tutsi
rwandais devrait être publié début juillet. Son
contenu est devenu un élément des négociations secrètes que mènent Paris et Kigali.
ËP. 12 ÀLIRE Nouvelle brochure de Survie
Biens mal acquis des dictateurs africains en
France

w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o

Éditorial

Salauds de pauvres !

L

e parlement européen vient d’adopter, le 18 juin 2008, ce qu’on appelle la «directive de la honte». Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale,
on légalise des pratiques directement attentatoires aux droits de l’homme. En
France, la lutte contre les migrants a été le point du programme politique de Nicolas Sarkozy qui a le plus contribué à son élection à la présidence de la République.
C’est aussi le point qu’il a mis le plus de zèle à mettre en œuvre par la création d’un
ministère de l’Immigration confié à Brice Hortefeux. Dénommé également ministère
de l’Identité nationale, ce qui n’a pas empêché un certain nombre de personnalités
dites «de gauche» ou spécialisées dans les droits de l’homme de collaborer au gouvernement qui a instauré une appellation aussi douteuse, ce ministère et son titulaire
s’illustrent depuis un an par des pratiques et des déclarations scandaleuses qui ne
scandalisent pas grand monde, démontrant le caractère illusoire des grands principes
invoqués à tort et à travers dans les discours.
Brice Hortefeux n’a pas fait pas mystère de sa volonté de s’attaquer aux droits de la
famille, s’agissant des migrants. Depuis un an, chaque jour apporte des exemples d’atteintes à la famille et à la personne: épouses ou époux, pères ou mères arrachés à leurs
proches à leur domicile et à leur travail. Comble de l’hypocrisie, on prétend protéger
les enfants en les mettant en détention avec leur famille et en les expulsant du territoire
auquel ils ont droit. La volonté de «faire du chiffre» a mis en pleine lumière la stigmatisation de gens vivant normalement, parfaitement intégrés par la langue, les liens
familiaux et l’activité, mais qui n’ont pas la bonne couleur de peau et qui deviennent
de ce fait indésirables. Un dérapage verbal lors de l’émission Capital du 25 novembre
2007, a même vu Brice Hortefeux suggérer que les étrangers sans papiers ne seraient
pas des «citoyens honnêtes et propres». La vidéo de cette émission a été censurée sur
le net. Le même Hortefeux défend l’appellation «français de souche», qui devrait
normalement être proscrite, contre toute atteinte qui pourrait la ridiculiser.
Si des naïfs peuvent croire aux bonnes intentions de Brice Hortefeux qui affirme que
son action vise à protéger la population française ou même celle, de plus en plus triée
sur le volet, qui vit en France, contre la venue des indésirables, on ne peut que s’interroger sur la complaisance qu’il montre à l’égard des pouvoirs qui, par leur incurie
notoire jamais sanctionnée, sont directement à l’origine de l’exil de leurs concitoyens.
Comment se fait-il qu’il accepte de s’exhiber dans la célébration de la fête nationale
du Cameroun le 20 mai, aux côtés du dictateur local, qui, il y a quelques semaines,
faisait tirer sur sa population révoltée, et de se faire décorer par lui en grande pompe.
Toute cette mascarade avait pour but d’obtenir sa collaboration dans les mesures de
réadmission et d’interdiction de sortie visant les indésirables. On ne peut que constater
que la seule politique mise en œuvre à l’égard de populations privées de tous droits,
où qu’elle soient, consiste à les parquer de force en subventionnant leur garde-chiourme et non à lutter contre les causes des migrations qu’on prétend déplorer.
Le secret, bien gardé, de cette situation qui nous oblige, à notre corps défendant,
à transgresser nos sacro-saints principes est que c’est grâce à la spoliation des
populations africaines, maintenues sous le joug de pouvoirs complices, que nous
pouvons avoir à la fois des milliardaires et un minimum de paix sociale.
Àcela, il n’est pas question de rien changer et toute la force nécessaire sera utilisée
pour maintenir le statu quo.
Odile Tobner
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 171 Juillet-Août 2008 - 2,30 euros

Salves
Mauritanie

Le jeu dangereux du terrorisme
Si les réseaux
salafistes
mauritaniens
liés à la branche d’AlQaeda au Maghreb
islamique (BAQMI) ont
été démantelés après
les attentats terroristes
qui ont frappé le pays
en décembre dernier, le
terreau économique et
social ayant permis leur
éclosion demeure.

O

n entend beaucoup dire, actuellement, en Mauritanie et
dans les cercles connaisseurs,
que le phénomène terroriste dans ce
pays vient de l’extérieur et qu’il est
étranger à la tradition religieuse mauritanienne. Ce n’est pas faux, mais
c’est oublier que l’islam mauritanien
maraboutique, conservateur mais tranquille, n’a plus le monopole de la religion dans la région comme dans le
pays. Depuis les années 1970, un islamisme radical s’est développé. Au
début, plutôt confidentiel, il s’est
aujourd’hui «démocratisé» et diffusé,
même si l’écrasante majorité des Mauritaniens rejette cette tendance politique et encore plus les actes de violence
perpétrés au nom de la religion.
Malgré la démocratisation survenue
après le coup d’État d’août 2005, la
pauvreté, la prédation des richesses du
pays, la corruption et l’incurie de l’administration, des notables politiques,
et l’impuissance d’une opposition déchirée et guère crédible continuent de
faire des ravages. Dans ce contexte,
certains jeunes sont attirés par un discours religieux radical teinté d’égalitarisme. Ainsi, les réseaux islamistes violents sont tenus par des émirs
mauritaniens, installés principalement
dans l’est de Nouakchott, la capitale,
et dans sa région, et sont composés de
Mauritaniens.
Toutefois, leur affiliation à la branche d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (BAQMI, ex-GSPC algérien),

dont l’émir dans l’ouest saharien est
l’Algérien Moktar Benmoktar, est
bien réelle. Pendant un certain temps,
ceux-ci se sont contentés de collecter
des fonds pour le jihad international,
à destination principalement de l’Algérie, mais aussi de l’Afghanistan, de
l’Irak et de la Palestine. Le banditisme
salafiste fait ainsi florès : braquages,
attaque d’agents du Trésor public, vols
et trafics de voitures, trafics de faux
papiers (cartes grises notamment), de
cigarettes et de drogues.

Passage à l’acte terroriste
Au cours de l’année 2007, ces salafistes semblent être passés à la vitesse
supérieure, notamment après la libération, pendant l’été, de certains d’entre
eux, par manque de preuves. Ainsi, fin
2007, plusieurs individus ont été arrêtés faisant des repérages préparatifs
à des opérations contre des diplomates étrangers. Plus grave, trois jeunes
délinquants ont tué, en décembre dernier, quatre touristes français à quelques kilomètres à l’est d’Aleg, capitale régionale du Brakna (sud du pays).
Des Français devenus cibles depuis la
déclaration de Nicolas Sarkozy soutenant le combat des États-Unis contre
Al-Qaeda.
Le doute de la responsabilité de la BAQMI dans l’attaque des Français a plané pendant un temps. Celle-ci n’ayant,
par exemple, revendiqué que l’attaque
du 26 décembre contre le camp militaire d’Al Ghallaouia dans le nord-est
désertique du pays (trois soldats mauritaniens tués). Les autorités mauritaniennes ont sans doute, elles aussi,
entretenu le doute, espérant sauvegarder le rallye Paris-Dakar. Plusieurs
observateurs pensent qu’il ne s’agissait que d’un groupe de voleurs qui,
sur le coup de l’affolement, auraient
tué les touristes français. Toutefois,
leur fuite à l’étranger, puis l’évasion
de l’un d’entre eux, sa traque et sa
capture, dans les conditions que nous
verrons plus tard, semblent invalider
cette thèse. Selon toute vraisemblance,
il s’agit effectivement de voleurs mais
qui avaient déjà été recruté par les salafistes. L’attaque d’Al Ghallaouia par

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-Août 2008 n No 171

la BAQMI ressemble à celle qui avait
été menée contre la base militaire de
Lemgheitty en juin 2005. En effet,
ces deux attaques de camps militaires,
menées semble-t-il par l’émir régional
algérien Moktar Benmoktar depuis le
nord du Mali, s’apparentent à un acte
de guérilla dans lesquelles quelques
Mauritaniens seulement ont été impliqués. En revanche, le meurtre des
touristes et les mitraillages de l’ambassade d’Israël ou de la discothèque
«le VIP» à Nouakchott, le 1 er février
2008, sont l’œuvre des cellules mauritaniennes de la BAQMI.
Beaucoup de médias ont présenté les
tirs sur la discothèque comme accidentels. Cependant plusieurs témoins
affirment que la plus grande discothèque de la capitale était belle et bien
une des cibles. La population nouakchottoise et mauritanienne a bien
perçu qu’il s’agissait d’un signal fort
contre ce symbole de la dégradation
des mœurs mauritaniennes et des illusions occidentales, dénoncées par
l’ensemble des islamistes du pays.
Les médias ont surtout fait écho à
l’attaque de l’ambassade israélienne,
la Mauritanie étant un des rares pays
arabes et musulmans à avoir des relations avec l’État hébreu (depuis 1999),
ce qui est dénoncé par les nationalistes
arabes et les islamistes.

La traque
Dès l’annonce de l’attaque des Français, l’État mauritanien s’est lancé dans
une chasse aux salafistes. Son efficacité fut toute relative : les assassins
présumés (même s’ils ont avoué) ont
réussi à passer au Sénégal dans la soirée. Réfugiés à Dakar quelques jours,
ils projetaient de rejoindre le camp
malien de la BAQMI dans lequel ils
étaient déjà passés. Deux d’entre eux
ont finalement été capturés en GuinéeBissau, dans un hôtel trois étoiles de
la capitale, avec trois autres Mauritaniens interpellés alors qu’ils filmaient
trois agents du renseignement français
à l’étranger (DGSE).
Malgré l’arrestation de deux des assassins des touristes, leurs complices
couraient toujours. C’est l’évasion, le

2 avril 2008, du palais de justice de
Nouakchott, d’un des assassins (Sidi
ould Sidna) qui a relancé la traque.
Une opération de grande ampleur,
dirigée par les Français de la DGSE
qui avaient déjà supervisé la chasse
dans la sous-région. Àcette occasion,
l’incompétence des forces de sécurité
mauritaniennes s’est de nouveau affichée: à deux reprises, Sidi ould Sidna
leur a échappé. Par trois fois, la capitale fut le siège de violents combats
entre forces de l’ordre et terroristes.
Les hommes de la DGSE se retrouveront même une fois sur le terrain des
affrontements. Résultat de l’opération : deux bavures, un civil innocent
tué et trois coopérants techniques,
dont un Français, blessés par balles
devant la caserne de la garde présidentielle. Sidi ould Sidna, ainsi que l’émir
suspecté de l’assassinat des Français
(Maarouf ould Haïba) ont finalement
été capturés, tout comme l’émir présumé responsable du mitraillage de
l’ambassade d’Israël et du «VIP»,
ainsi qu’une quinzaine d’autres salafistes. Plusieurs caches d’armes, dont
un laboratoire d’explosifs, ont aussi
été démantelées.
Au total, une bonne trentaine d’individus seront présentés devant le juge,
dont certains seront rapidement relâchés sous contrôle judiciaire.

Incompétence, corruption,
complicité, manipulation ?
Au vu des ratés de l’appareil d’État
mauritanien, on peut se poser la question du rôle de ses membres dans ces
événements tragiques.
Tout d’abord, de nombreux observateurs et analystes ont dénoncé la manipulation de ces jeunes salafistes. En
effet, alors qu’ils étaient une des bêtes
noires du régime de l’ancien dictateur
Maaouyia ould Taya, ils n’ont jamais
perpétré ce type d’action terroriste.
De plus, l’attaque des touristes s’est
passée à proximité de la ville du président élu en 2007, Sidi ould Cheikh
Abdallahi. On sait que le terrorisme
est la forme de violence politique qui
se prête le plus à la manipulation de
ses partisans par les États ou leurs services de sécurité.
Dans le cas présent, plusieurs thèses
désignent des coupables différents.
D’abord, les partisans de l’ancien dictateur, envoyant ainsi un signe fort à
l’actuel président afin de s’assurer de
leur impunité après leurs prébendes
à la tête de l’État. Ensuite, Ely ould
Mohamed Vall, homme fort du coup
d’État d’août 2005 et pilote de la tran-

sition démocratique, se verrait, également bien revenir en homme fort à la
tête du pays. Il n’est pas impossible,
non plus, que certains pays arabes se livrent à une guerre d’influence pour les
richesses du pays, par groupes terroristes interposés.
D’autres estiment que certains caciques
du pouvoir, coordonnant les réseaux
mafieux dans le pays, font tout pour
éviter une sécurisation des nombreuses
zones d’ombre qu’offrent la Mauritanie. Pour finir, certains voient dans ces
événements la main du pouvoir actuel
qui ainsi peut asseoir son autorité. Une
façon de revenir sur les quelques acquis
démocratiques accordés au début du
mandat d’Ould Abdallahi sous prétexte
de lutte contre le terrorisme. Certains,
dans le pays, le réclament déjà ouvertement. Avec, qui plus est, la possibilité de pouvoir quémander des financements auprès des Occidentaux que l’on
sait prodigues et peu regardants quand
il s’agit de terrorisme. Toutefois, à ce
jeu-là, à moins de preuves évidentes
difficiles à trouver, on ne peut que se
perdre en conjectures.
Ce qui est certain, en revanche, c’est
l’inefficacité des forces de sécurité
mauritaniennes. En témoignent la fuite
des assassins, l’évasion de Sidna, les
bavures et l’échec répété d’assauts
contre les terroristes.
Àquoi serait-elle due ? D’abord à leur
incompétence. Tout le monde sait que,
dans ce pays, les policiers sont plus
efficaces pour racketter la population
qu’à toute autre chose. Àla corruption
ensuite, qui gangrène la police comme
l’institution judiciaire, permettant par
exemple l’évasion de Sidna. On peut
également mettre en cause des complicités certaines. Pour preuve, l’arrestation de dix-sept militaires, dont un officier, alors que six autres ont pris la
fuite.

Perspectives

On peut aujourd’hui estimer, a priori,
qu’une bonne partie des réseaux mauritaniens a été réduite à néant, mais pour
combien de temps ? Et quid de ce qu’il
en reste ?
Autre question: qui est derrière la
BAQMI ? Car aucun groupe ne peut
survivre dans un environnement aussi
hostile (en plein désert) sans le soutien
d’un pays de la région ou, au moins, un
des cercles proches de ces pouvoirs.
Comment également ne pas s’interroger, quand face à la tentation totalitaire
religieuse de certains, on oppose le
déni de droits et la torture ?
En effet, la défense des accusés (le

bâtonnier de l’Ordre des avocats et la
présidente de l’Association mauritanienne des Droits de l’homme, également
vice-présidente de la FIDH, Me Fatimata M’Baye) a dénoncé les pressions
de l’exécutif sur la justice, les violations
des droits de la défense, ainsi que la torture dont ont été victimes les terroristes
présumés : brûlures de cigarettes, jaguar
(la torture du jaguar est la technique préférée des forces de l’ «ordre» mauritanienne : on suspend les prisonniers par
les jambes à une sorte de trépied métallique où ils sont frappés sans retenue ;
trépied que j’ai moi-même vu dans un
commissariat de Nouakchott en 2004).
Par ailleurs, la Mauritanie a vu affluer,
à la suite de ces événements, des financements et des promesses de soutien sécuritaire. Cela donne également au pays
l’occasion d’entrer dans la catégorie des
pays «préférés » des Européens : il a
ainsi pu accueillir la treizième Conférence interministérielle de la Méditerranée occidentale, dont les thèmes étaient
principalement le terrorisme, l’émigration clandestine et les divers trafics (drogue notamment). La Mauritanie est aussi
supposée intégrer le grand projet euroméditerranéen du président Sarkozy.
Mais cet appui des Occidentaux, particulièrement de la France, aura un prix.
Quand la facture arrivera, nul ne pourra
s’esquiver. Transformer la Mauritanie
en zone grise internationale, propice à
toutes les violences et trafics, vaudra-t-il
un tel prix ?
Car pourquoi les Occidentaux interviennent-ils ? Tout d’abord, comme l’ont
souligné des responsables français, il
s’agit de porter à des milliers de kilomètres le bouclier antiterroriste français. Ensuite, il ne faut pas oublier que
la région et le pays, sont promis à un riche avenir en matière d’hydrocarbures,
de mines et autres richesses naturelles,
d’où l’intérêt d’y avoir une position
forte pour assurer l’exploitation de ces
ressources et empêcher toute velléité de
contestation de ce pillage par la population.
On a ainsi assisté à un épisode de la lutte
d’influence que se livrent les États-Unis
et la France dans ce pays. Les ÉtatsUnis, étant depuis 1999, de plus en plus
présents. Opportunément pour la France, ce sont ses ressortissants qui ont été
assassinés, ce qui lui a permis de s’en
mêler.
Issa Bâ
Retrouvez l’article d’Issa Bâ sur le
nouveau gouvernement mauritanien
sur Billetsdafrique.info: «Un pas en
avant, trois pas en arrière.»

No 171 n Juillet-Août 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Algérie

Le retour en force
du religieux
Dans un contexte
social catastrophique,
le pouvoir algérien fait,
une nouvelle fois, diversion
avec la question religieuse.

P

«

ourquoi un vent d’intolérance souffle sur l’Algérie?», c’est le titre du
premier article, publié début juin,
par Hassane Zerrouky, journaliste à l’Humanité. Le deuxième était consacré aux attentats
meurtriers du 8 juin 2008 à l’est d’Alger.
En matière d’intolérance religieuse, la répression vise avant tout les «adeptes de
l’église évangélique» qui «ne compterait
selon son président, le pasteur Mustapha
Krim, que 50 000 membres». Il nous informe aussi de la fermeture «de 26 lieux
de culte protestant et la suspension d’un directeur d’école de confession protestante».
Point de départ de cette répression religieuse, l’arrestation «d’une employée de
crèche à Oran, Habiba Kouider, par des
gendarmes qui découvrent dans son sac des
bibles».
Par ailleurs, Hassan Zerrouky nous signale la condamnation à la prison avec sursis
du prêtre d’Oran Pierre Wallez. Il lui est
reproché «d’avoir dirigé une prière avec
des migrants africains illégaux en dehors des
lieux de culte autorisés».

Détresse sociale et regain
du religieux
Que signifie ce zèle répressif dans l’actualité troublée de l’Algérie? Ne s’agirait-il
pas d’une diversion de la part d’un pouvoir qui a perdu toute confiance populaire? C’est une réponse plausible d’autant
qu’Hassane Zerrouky évoque «un contexte
sociopolitique dégradé et un retour en force
du religieux». La double expression a l’inconvénient, dans sa tournure euphémisée,
de ne pas mettre clairement en évidence
le lien de cause à effet qui existe entre la
détresse sociale et le regain du religieux,
qu’il soit chrétien ou musulman. La réalité sociale, depuis plusieurs décennies, est
caractérisée par une injustice révoltante.
D’un côté, l’étalage de la richesse des privilégiés d’un régime corrompu dont une
frange de milliardaires qui se goinfre de
la manne pétrolière et de l’import-export.
De l’autre, plus de onze millions de personnes très en dessous du seuil de pau-

vreté et une classe moyenne qui tend à se
clochardiser ou à survivre de petits boulots
précaires. 60 % des jeunes des grandes villes
sont livrés au chômage ou déscolarisés.
Dans un tel contexte, les débats de principe
sur la tolérance religieuse ne peuvent-ils pas
apparaître comme dérisoires ?
Dans son article sur l’intolérance actuelle,
Hassane Zerrouky n’oublie pas, malgré
tout, d’évoquer les grèves et les émeutes à
Chlef, Gdyel, Oran etc.; il contribue ainsi
à bousculer, d’une certaine manière, le préjugé fataliste collé à l’histoire de l’Algérie
depuis l’indépendance. Un tel préjugé est
renforcé par le conditionnement médiatique
venant de France sur la base d’informations
partielles et souvent unilatérales. C’est en se
sens qu’il nous rappelle que la Confédération des syndicats autonomes prépare une
grève générale en septembre 2008. Là encore, l’observateur lucide s’interroge quant
au contraste entre la spontanéité des émeutes récentes à Oran en particulier (magasins
saccagés, voitures incendiées…) et le caractère programmé de la grève générale de septembre prochain. Car il faut nous rappeler
la répression de l’insurrection du printemps
2001, où le pouvoir des généraux corrompus rappela à sa rescousse des prisonniers
de droit commun et des terroristes islamistes libérés opportunément à l’occasion de
la marche sur Alger (14 juin 2001). «Estce que les terroristes ne sont pas réactivés
pour tuer le mouvement populaire en Kabylie ?» se demandait un membre du comité
populaire de Béjaïa (Le Jeune Indépendant,
25 août 2001) éclairant ainsi les rapports
troubles entre le pouvoir des généraux et la
plupart des groupes islamistes. Le rappel de
ce soulèvement insurrectionnel est nécessaire, car la tournure de l’article de Hassane
Zerrouky, qui insiste bien plus sur les faits
d’intolérance religieuse que sur les révoltes
populaires contre l’intolérable, tendrait dans
une certaine mesure à renforcer le fatalisme
entretenu par les médias dominants.

Luttes d’influences
au sommet de l’État
Le deuxième article de Hassane Zerrouky est
consacré au double attentat du 8 juin 2008
dans les gorges de Lakdaria (13 morts dont
un ingénieur français) intervenu une semaine
après la mort de six militaires dans la même
région. Selon les informations recueillies par
le journaliste de l’Humanité, «les attaques

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-Août 2008 n No 171

ont été revendiquées par l’ex-GSPPC agissant sous le label d’Al-Qaeda au Maghreb
islamique (BAQMI)».
Dans l’article précèdent, Hassane Zerrouky nous informait des «accointances»
de l’actuel Premier ministre algérien, Abdelaziz Belkhadem, avec les mouvements islamistes. Et cette complicité s’est traduite en
particulier par le fait que «les ex-terroristes
aujourd’hui repentis, ont de nouveau pignon
sur rue». Le soutien massif des hommes
d’affaires saoudiens et des pays du golfe
apporté au régime algérien, sous la forme
de milliards de dollars investis dans le secteur bancaire et le tourisme de luxe, a pesé
lourdement «dans le rapprochement entre le
pouvoir d’État et les islamistes». Les investissements dans les installations touristiques
vont priver les fellahs des terres de la côte
ouest d’Alger comme les massacres de la
«sale guerre» ont chassé les populations rurales des bourgades de la fertile Mitidja.
Mais là encore, il ne faut pas s’enfermer dans
une vision unilatérale des rapports de force
qui permet au pouvoir d’État de se maintenir
en place. Le régime algérien bénéficie également des investissements colossaux dans
le domaine des hydrocarbures à travers les
multinationales occidentales : TotalFina
Elf, E.N.I, British Petroleum etc…
En vue de sécuriser cette chasse gardée, les
Américains contrôlent le sud algérien à l’aide
de stations d’écoute et du contrôle aérien de
la Nasa. Tout ceci montre à l’évidence le caractère mensonger de l’idéologie du «choc
des civilisations.
À première vue, les derniers attentats attribués à la branche Al-Qaeda sembleraient
contredire la «logique» d’un rapprochement entre le pouvoir d’État algérien et les
différentes mouvances islamistes, en particulier les plus radicales qui « assurent qu’ils
ne déposeront les armes que lorsque la Charia sera instaurée».
Dans un simple compte rendu de l’actualité,
il n’est pas possible de mettre totalement en
lumière toutes les contradictions et toutes les
luttes pour le pouvoir qui déchirent l’Algérie
de 2008. Cependant, on peut supposer que les
luttes d’influence actuelles ne sont pas sans
rapport avec la candidature de Boutlefika à
un troisième mandat . Comme d’ailleurs,
la course au pouvoir, déjà amorcée pour la
période post-Boutlefika. On assiste également à un renouvellement de la nomenklatura militaire à Alger. Dans ce contexte, le
peuple algérien ne peut entretenir une lueur
d’espoir que s’il rejette les manipulations de
toutes sortes. À cet égard, la prochaine grève
générale prévue en septembre 2008 sera un
test. Que le soleil cru de la vérité éclaire les
luttes tragiques du peuple algérien comme
il éclairait les amandiers en fleur de Tipaza
évoqués par Albert Camus !
Yves Cossic

France-Afrique

Les huit plaies d’Alain Joyandet
La France n’a pas fini de
se déconsidérer après
les propositions de son
secrétaire d’État à la
Coopération, Alain Joyandet.
Entre portes ouvertes
enfoncées et réaffirmation
d’une politique calamiteuse
pour l’Afrique, c’est un vrai
programme de recolonisation
qu’il a avancé.

I

l est certain que si Nicolas Sarkozy avait
voulu faire une grande politique africaine, il n’aurait pas choisi Alain Joyandet,
dont le niveau intellectuel et politique peut se
mesurer à la réplique suivante : «J’ai créé
ma première boîte à 24 ans, sans un rond,
c’était bien plus compliqué de faire cela que
de s’occuper de l’Afrique » (Libération, 24
juin 2008). Sa première «boîte», fondée
en 1981 – il a alors 27 ans – est un journal, La presse de Vesoul, après qu’il a fait
ses premières armes à La Presse de Gray,
ayant dû renoncer à des études de médecine. On se méfiera donc du « diagnostic »
qu’il dit avoir retiré de trois mois de voyages en Afrique. Qu’on en juge ! Premier
constat : «L’Afrique est entrée de plain-pied
dans la mondialisation.» On est heureux de
l’apprendre. Quel malheur en effet si elle ne
l’avait pas fait «de plain-pied»!
Tout est à peu près de la même farine par la
suite. Entre «regarder en face ce continent»
et «prendre un virage déterminant», Joyandet expose ses huit chantiers, reposant sur
deux piliers lesquels s’enfoncent dans l’insondable marécage des plans sur la comète.
n 1er chantier : créer des entreprises en
Afrique. C’est, en effet, élémentaire. On
s’étonne qu’il ait fallu attendre 2008 pour
y penser. Encore faut-il un environnement
favorable, des infrastructures, une administration compétente et intègre. Tout cela
manque cruellement malgré cinquante ans
de coopération française.
n 2e chantier : développer l’agriculture
vivrière. Eh oui ! Les gens ont besoin de
manger d’abord, avant d’aller travailler
dans les plantations de cacao, de café et de
thé. Là aussi on s’étonne non seulement que
personne n’y ait pensé auparavant mais que
tous les « décideurs » se soient acharnés à
préconiser le contraire. On reprend les mêmes pour faire l’inverse?
n 3e chantier : les femmes, élément essen-

tiel de la population comme chacun sait.
Joyandet a une idée de génie. Il va nommer
«une personnalité de haut niveau pour s’occuper de la cause des femmes».
Les Africaines, qui résolvent chaque jour le
problème angoissant de la survie de leur famille, sauront enfin s’y prendre mieux.
n 4e chantier. Celui-ci, qui est «le plus
abouti», ce qui a de quoi inquiéter, «tient
particulièrement à cœur» à Joyandet. Et, en
effet, c’est le plus nul. Il ne s’agit ni plus ni
moins que d’envoyer des masses de volontaires français en Afrique, jeunes ou retraités. Mais pour faire quoi? Ils apporteront les
uns leur enthousiasme, les autres leur expérience, denrées qui manquent apparemment
sur place. Voilà revenu le temps des «jolies
colonies de vacances» avec les «coopérants» qui ont coulé les pays africains après
les indépendances. De fait, les despotes qui
comptaient sur eux pour exécuter docilement
leur politique, aberrante pour la population,
ont pu sévir contre les cadres autochtones
persécutés et contraints à l’exil. Aujourd’hui
encore les grands groupes français en Afrique n’emploient pas de cadres indigènes, qui
pourraient avoir des vues plus favorables au
développement local.
n 5e chantier: il consistera à travailler avec
les ONG. C’est dire si ce sera le chantier
fourre-tout. L’Afrique est déjà le terrain idéal
pour les ONG de tout poil et de tout gabarit.
On va multiplier les «arches de Zoé».
n 6e chantier: il prévoit de développer l’enseignement du français, particulièrement
dans les pays non francophones. Dans les
pays francophones, il faudrait développer la

librairie et l’édition et ça c’est trop difficile.
n 7e chantier. Il consistera à faire cadeau à
l’Afrique de RFI et de TV5, avec des flots
de paroles et d’images. La propagande, il
n’y a que cela de vrai. Cela ne coûte pas
grand-chose et cela peut rapporter gros.
n 8e chantier, enfin. Il verra les militaires
français développer les armées africaines.
On est sidéré par ces «propositions», un
vrai programme de recolonisation, entre
enfoncement de portes ouvertes et recommencement de tout ce qui a conduit
à la situation actuelle, catastrophique pour
l’Afrique, déconsidérante pour la France.
On va envoyer en Afrique des entrepreneurs français, des agriculteurs français,
des enseignants français, des militaires
français, qui vont enfin se rendre utiles
en apprenant aux Africains, ces attardés
mentaux, à s’organiser, à cultiver, à lire, à
manier le fusil, tout ça en français.
Par contre pas l’ombre d’un chantier pour
mettre en œuvre et sauvegarder la démocratie. Rien de prévu pour soutenir les
défenseurs des droits de l’homme qui se
heurtent à la répression. Pas de programme pour faire venir les étudiants africains
dans nos secteurs de pointe, laboratoires
et universités. Toutes ces mesures risqueraient d’en faire des pays dynamiques et
donc des rivaux, alors qu’il faut simplement faire croire qu’ils ne peuvent pas se
passer de nous, puisque nous on ne peut
pas se passer d’eux et qu’«il ne faut pas
qu’on se laisse prendre notre place» (Libération 24 juin 2008).
Odile Tobner

Alain Joyandet enfile les perles

Comment concevez-vous la coopération française ? :« Je le dis tranquillement, notre politique
de coopération, c’est l’influence de la France. » (conférence de presse,19 juin 2008). « Il faut renforcer l’influence de la France, ses parts de marché, ses entreprises. Ne pas avoir peur de dire
aux Africains qu’on veut les aider, mais qu’on veut aussi que cela nous rapporte. » « Je n’ai pas
envie que la France fasse tout ce qui coûte et rien de ce qui rapporte. » (Libération 24 juin 08)
Et les droits de l’Homme ? : « Je porte le message d’une France attachée à la démocratie
et à la transparence. Mais est-ce que cela doit être notre seule préoccupation ? Il ne faut
pas faire de ces valeurs notre seule expression. » « J’ai des convictions mais je veux aussi
défendre notre pays et ses parts de marché. »
Un néocolonialisme lancinant : « Plus de capitaux pour les entreprises, plus d’intervenants sur place, plus de formation et plus d’influence française. J’ose le mot, plus d’influence française. » (France 24, 22 juin 2008)
Même militaire ? : « Le travail exemplaire qui est fait par nos militaires en Afrique et qui consiste
à former les individus d’ailleurs pas uniquement les former à faire la guerre mais les former pour
avoir des armes pour affronter la vie et le développement économique. »(sic) (RFI, 20 juin 2008)
En conclusion : « L’Afrique semble réclamer plus de France. » (conférence de presse, 19 juin
2008) avec des accents gaulliens sans la stature : « Vive l’Afrique, j’aime l’Afrique. » (RFI,
20 juin 2008).
Alexandra Phaëton
No 171 n Juillet-Août 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Djibouti

Une partie à quatre
Le récent conflit
frontalier entre Djibouti
et l’Érythrée révèle
une stratégie complexe dans
la Corne de l’Afrique. Quatre
puissances y interviennent :
la France, les États-Unis,
l’Érythrée et l’Éthiopie.

D

ès le 21 avril, des rumeurs faisaient
état de la présence de forces armées
érythréennes dans le nord de Djibouti.
Des rumeurs que le gouvernement djiboutien
confirmait rapidement. Àcette occasion, on a
découvert que l’incursion érythréenne n’était
pas récente mais qu’elle avait commencé trois
ou quatre mois auparavant. Pi encore, l’armée
érythréenne avait construit des lignes défensives.
Curieusement, il n’y avait eu aucune réaction
djiboutienne alors que les deux pays s’étaient
déjà opposés à deux reprises, en 1996 et 1999,
pour cette zone. Pourtant, cette région frontalière de Ras Doumeira et l’îlot de Doumeira
que les Érythréens occupent est stratégique.
Promontoire désertique sans intérêt apparent, il surplombe la mer rouge et permet le
contrôle du détroit du Bab el Mander, voie de
passage d’une grande partie du pétrole mondial. C’est aussi le site du futur pont que l’un
des demi-frères de Ben Laden envisage de
construire entre le Yémen et Djibouti.
Interrogés sur l’application de l’accord de
défense avec la république de Djibouti, des
hauts responsables français affirmaient, de
façon non officielle, que la France n’avait pas
à intervenir dès lors qu’il n’y avait eu aucun
coup de feu et que Djibouti avait toléré cette
incursion pendant plusieurs mois. La France
n’était pas mécontente, non plus, de laisser
le président djiboutien, Omar Guelleh, se
débrouiller seul après les dernières péripéties
judiciaires de l’affaire Borrel.
Ce n’est que les 10 et 11 juin que les combats
ont éclaté. Djibouti a d’abord prétendu qu’il
s’agissait de déserteurs érythréens - venus
se réfugier côté djiboutien - entraînant une
attaque érythréenne, suivie d’une riposte djiboutienne. La riposte a fait chou blanc, face
aux moyens militaires déployés par une puissante armée érythréenne (même s’il semble
exagéré, le nombre de 25 000 soldats a été
évoqué) qui n’a pas reculé d’un pouce. Djibouti n’a pu opposer que 2 000 à 3 000 hommes Àcette occasion d’ailleurs, on a découvert que l’armée djiboutienne ne pouvait pas
aligner plus de 4 500 à 5 000 hommes, alors

que l’on annonçait toujours 10 000 à 11 000
soldats. La raison est simple : c’est la France
qui assure la paie des militaires. La solde des
6.000 fantômes permettait aux officiers supérieurs djiboutiens d’améliorer leur fin de
mois.
Au terme de 48 heures de combats, Djibouti
reconnaissait la mort d’une vingtaine de militaires et une cinquantaine de blessés. Selon
nos informations, ces chiffres sont très inférieurs à la réalité. On évalue le nombre de
morts et de disparus (souvent enterrés sur
place) entre 200 et 300 et le nombre de blessés entre 500 et 600. Des chiffres proches de
la réalité au vu des nombreuses rotations des
hélicoptères sanitaires français et le nombre
de familles attendant des informations devant
les hôpitaux de la capitale, saturés selon les
témoins.
Mise au pied du mur par Omar Guelleh, qui
s’est adressé directement à Sarkozy, la France
jusqu’à là mutique, s’est exprimée officiellement. Elle a surtout accepté de s’engager davantage en positionnant une base logistique et
200 légionnaires à la frontière, des commandos des forces spéciales avec tout leur matériel
: missiles sol-air et véhicules blindés. Alors
qu’elle poursuit son aide médicale et la fourniture de renseignements à l’état-major djiboutien, deux navires de guerre et des moyens
aériens de surveillance de l’activité des forces
érythréennes ont été également déployés.
Le rapport de force lui étant défavorable,
même avec l’appui américano-français, le régime djiboutien a donc choisi la voie diplomatique plutôt que l’affrontement militaire. Les
approches diplomatiques sont restées vaines,
l’Érythrée refuse toujours le moindre contact.
De son côté, l’Union africaine (UA) a poliment demandé aux adversaires de conserver
une certaine réserve et la Ligue arabe a délégué une mission d’enquête qui a conduit à une
condamnation de l’attitude érythréenne, mais
rien de plus. Le Conseil de sécurité de l’ONU
a voté à l’unanimité et à deux reprises un appel
pour demander à l’Érythrée de retirer ses troupes. Enfin, le 19 juin, la rupture diplomatique
entre l’Érythrée et Djibouti était consommée
mais sans confirmation officielle.

Quatre puissances
en présence
De son côté, l’autre puissance régionale,
l’Éthiopie, dont la quasi-totalité des importations transite par Djibouti, avait déployé une
importante colonne militaire pour défendre les
deux corridors «routes et chemin de fer » qui
relient le port de Djibouti à sa capitale, Addis
Abeba. Depuis l’indépendance de l’Érythrée,

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-Août 2008 n No 171

l’Éthiopie n’a plus d’accès à la mer. Ce point
explique une partie des enjeux stratégiques de
la région. Le déploiement militaire éthiopien
a été stoppé par la diplomatie française, qui a
garanti à ce pays qu’elle assurerait la défense
de ces corridors vitaux. La France souhaitait
éviter un nouvel affrontement direct entre
l’Éthiopie et l’Érythrée mais, cette fois, sur
le sol djiboutien. Rappelons que, dans cette
partie de l’Afrique, l’Éthiopie et l’Érythrée
sont en état de quasi-belligérance permanente
depuis leur guerre frontalière de 1998-2000.
Addis Abeba et Asmara s’opposent également en Somalie, livrée au chaos depuis le
déclenchement de la guerre civile en 1991.
L’armée éthiopienne soutient le gouvernement somalien, tandis que l’Érythrée appuie
l’opposition, dominée par les islamistes, qui a
formé il y a un an à Asmara une nouvelle coalition, l’Alliance pour une nouvelle libération
de la Somalie (ARS).
N’oublions pas également le quatrième acteur
de la région : les États-Unis qui disposent
aussi d’une base à Djibouti et qui utilisent leur
allié éthiopien pour affronter les tribunaux
islamistes dans une Somalie en décomposition. Les États-Unis ont également inscrit
l’Érythrée dans leur liste noire des États terroristes. Seulement voilà : l’armée érythréenne
est une des plus puissantes d’Afrique avec
200.000 hommes bien entrainés et du matériel récent : artillerie, aviation, marine, etc.
Dans ce contexte, outre le caractère stratégique de Ras Doumeira, on se demande quelles étaient les motivations de l’Érythrée pour
s’engager dans un conflit avec Djibouti. Dans
une lettre au Conseil de sécurité, datée du
mardi 24 juin, l’Érythrée laisse entendre que
la tension actuelle résulte de la construction
d’un «nouveau camp militaire» par l’Éthiopie, à Moussa Ali, là où se rejoignent les
frontières des trois pays. Djibouti n’ayant été
que le complice de l’Éthiopie dans une affaire
plus vaste. Peut-être faut-il se rappeler que le
gouvernement djiboutien a abrité récemment
de nouveaux pourparlers intersomaliens. Des
discussions qui ont abouti à la signature d’une
trêve entre le gouvernement de Mogadiscio et
l’ARS. Cette trêve a aussitôt été dénoncée par
des islamistes ayant le soutien de l’Érythrée.
Jean-Loup Schaal

Dernière minute !
Le procureur général de la République
de Djibouti et le chef des services secrets de Djibouti, tous deux condamnés, à Versailles, pour subornation de
témoin dans l’affaire Borrel viennent
d’être décorés du Grand Ordre du mérite djiboutien par le Premier ministre...
ce qui apparaît comme une provocation
à l’égard de la France et un désaveu de
la justice française à l’heure où Djibouti
a pourtant besoin de la France.

Burkina Faso

Les faux habits de Blaise
Comment
l’association de
l’amitié francoburkinabé présidée par
l’ancien « Monsieur
Afrique » de François
Mitterrand, Guy Penne, se
démène pour donner un
visage respectable à Blaise
Compaoré.

E

n 1997, la Campagne internationale justice pour Sankara (CIJS),
entamait au nom de sa veuve,
Mariam Sankara, et de ses enfants, une
procédure judiciaire devant les instances juridiques du Burkina Faso avant
d’être déboutée. Le CIJS décidait alors
en octobre 2002 de saisir le comité des
Droits de l’homme de l’ONU.
En avril 2006, après avoir étudié les
mémorandums des parties en présence,
ce comité publiait une longue déclaration demandant à l’État burkinabé
d’assurer « un recours utile et effectif
à Mme Sankara et à ses fils consistant
notamment en une reconnaissance officielle du lieu de sépulture de Thomas
Sankara, et une indemnisation (…). La
famille de Thomas Sankara a le droit de
connaître les circonstances de sa mort,
et le Comité rappelle que toute plainte
contre des actes prohibés par l’article
7 du Pacte doit faire l’objet d’enquêtes rapides et impartiales des autorités
compétentes.»
Une déclaration restée sans réponse :
le certificat de décès a bien été rectifié
mais par le simple retrait de la mention
de «mort naturelle» sans qu’aucune
précision n’ait été donnée sur les circonstances de sa mort, aucune enquête
n’ayant été diligentée. Une indemnité a
bien été proposée mais la famille l’a rejetée considérant qu’elle se substituait
à la justice.
En avril dernier, le comité change d’avis
et publie un communiqué dans lequel il
« considère le recours de l’État partie
comme satisfaisant aux fins du suivi de
ses constatations et n’a pas l’intention
d’examiner cette question plus en avant
au titre de la procédure de suivi».
Pourquoi ce dédit deux ans plus tard ?
Il apparaît que certains membres du comité ont été mal informés de l’indem-

nité proposée puisque certains experts
avaient rajouté un zéro de plus (434
millions FCFA au lieu de 43 millions
FCFA). Par ailleurs, un précédent
communiqué du Comité des Droits de
l’homme de l’ONU faisait état d’une
condamnation à mort de Thomas Sankara ce qui montre une ignorance totale du dossier de la part de certains
experts.

« J’ai le sentiment qu’on
m’a utilisé pour assassiner
Thomas Sankara »
Ce retournement de position n’est pas
un acte anodin. Il s’inscrit dans une vaste offensive visant à réhabiliter Blaise
Compaoré. Le Burkina et son président
sont, en effet, désormais considérés
comme négociateurs principaux dans
les conflits de la région. La publication
de ce communiqué, la veille de la visite au Burkina du secrétaire général de
l’ONU, Ban Ki-moon n’était pas non
plus fortuite.
Par ailleurs, le Burkina, devenu en janvier 2008 membre non permanent du
conseil de sécurité de l’ONU participe
activement aux opérations de maintien
de la paix. Mieux, en mai, il était élu
membre de ce fameux comité des droits
de l’homme de l’ONU.
Cette succession de décisions complaisantes en faveur du Burkina de Blaise
Compoaré, malgré ses antécédents de
trafiquant de diamants et d’armes en
Angola au profit de l’UNITA, dénoncé
en son temps par un rapport de l’ONU,
puis fauteur de guerre au Libéria et en
Sierra Leone et plus récemment en Côte
d’Ivoire, ne doit rien au hasard.
En 2006 déjà, le soutien des réseaux
françafricains s’était manifesté par la
création d’une association des amitiés
franco-burkinabé dont le président,
Guy Penne, n’est autre que l’ancien
« monsieur Afrique » de François
Mitterrand. L’association compte également quelques héritiers des réseaux
Foccart comme Jacques Godefrain et
Michel Roussin, mais aussi PierreAndré Wiltzer, alors haut représentant
pour la sécurité et la prévention des
conflits avant de devenir directeur de
la Caisse française de développement.
Guy Penne vient d’ailleurs d’être publiquement accusé par François Hauter, à l’époque journaliste au Figaro,
de l’avoir manipulé en lui présentant

opportunément un responsable des
services secrets français détenteurs de
« tuyaux » sur les horreurs supposées
de la révolution sankariste.
Deux semaines après, Thomas Sankara,
qu’il a incendié dans son journal, tout
comme une bonne partie de la presse
française jusqu’à Télérama, est assassiné. Quelle ne fut pas la colère du
journaliste qui a tout de suite compris
pourquoi on avait mis tant de zèle à lui
donner des infos si difficiles à obtenir
d’ordinaire!
C’est aussi au cours d’une réunion de
cette éminente association qu’avait été
lancée l’idée de faire de Blaise Compaoré un Nobel de la Paix (Billets d’Afrique
n°159, juin 2007).
C’est également dans l’intention de ripoliner moralement le beau Blaise que
son communicant agréé, Jean Guion,
prépare l’organisation du premier
«sommet des étoiles de la terre» à
Ouagadougou, du 28 au 30 novembre
prochain. Un grand concert gratuit et
un sommet réunissant un parterre de vedettes internationales et des «experts»
pour dire au peuple (le grand absent de
ce sommet) comment il faut faire pour
sauver la terre.
Mais cette tentative de réhabilitation
ne s’arrête pas au seul Compaoré si on
considère la récente attribution de la
Légion d’honneur au colonel Gilbert
Diendéré, l’homme des basses œuvres
et chef du commando assassin de Thomas Sankara.
Àvouloir trop en faire, on suscite des
réactions sans doute inattendues. Ainsi, on apprenait récemment que Blaise
Compaoré devait recevoir à Florence,
en juin, le prix Galileo pour « la médiation dans les conflits ethniques et
sociaux », un prix prestigieux, financé
par la présidence de la République italienne, dans le jury duquel on remarque
la présence de Jack Lang.
Quelques jours auparavant pourtant,
une manifestation d’étudiants à Ouagadougou était sauvagement réprimée. La réaction de la société civile
italienne semble avoir créé un certain
embarras puisque le directeur du jury
a déclaré que, finalement, le prix ne
serait pas attribué à Blaise Compaoré,
trop occupé pour assister à la cérémonie. Cette réaction risque bien de faire
des émules dans d’autres pays.
Bernard Farguet

No 171 n Juillet-Août 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

Salves
Mali

Trains facultatifs
Au Mali, comme
ailleurs, il ne
fait pas bon de
dénoncer la destruction des
services publics. La récente
arrestation de Tiecoura
Traoré, ingénieur ferroviaire
et syndicaliste du rail malien
en témoigne.

Q

ue dirions-nous si demain, un
fond privé, chinois, américain,
canadien ou russe rachetait la
SNCF, vendue pour une somme symbolique par notre gouvernement, trop content
de céder la charge financière de l’entreprise ? Et que, aussitôt le nouvel acquéreur installé, celui-ci ferme toutes les
gares dites « secondaires », licencie un
tiers du personnel, et abandonne le trafic
voyageur transversal pour se consacrer
au seul secteur rentable de l’entreprise :
le TGV.
Bien évidemment, personne en France
n’accepterait une mainmise aussi brutale
sur un service public. Car les conséquences économiques induites seraient très
importantes. Des villes se retrouveraient
enclavées, les zones de dépôt sinistrées
par le chômage, et ne parlons pas de
l’économie sous-traitante du trafic. Malgré la docilité française devant le train de
réformes libérales en cours ou prévues,
cette privatisation du rail aurait tôt fait
de souder une union sacrée de gauche
comme de droite. Personne n’accepterait
une telle préemption par des capitaux
étrangers d’un bien national, les gens
crieraient à une irruption dans la sphère
nationale, à la perte de souveraineté…
Si l’on remplace la rentabilité du TGV
par celle d’un fret favorisé par l’enclavement de Bamako, c’est pourtant cet exact
schéma qui fut imposé aux trains du Sénégal et du Mali. Mais dans ces deux
états démocratiques, pour légitimes que
puisse apparaître les interrogations, il ne
fait pas bon protester ou même s’exprimer sur ce sujet.

Une stratégie d’intimidation
Ainsi, le 5 juin, de passage à Kayes pour
raisons familiales, Tiecoura Traoré se
trouve arrêté et molesté par la police

malienne sous le prétexte d’avoir filmé
un poste de péage avec sa petite caméra.
Mais dans la grande cité ferroviaire de
l’ouest du Mali, l’homme est aussi célèbre qu’apprécié. La nouvelle parcourt la
ville et un rassemblement spontané devant le commissariat contraint les autorités à le libérer en s’excusant. Une erreur ? Si le gouvernement malien défend
cette hypothèse, les faits et leurs contextes poussent plutôt à lire l’événement
comme le dernier avatar d’une stratégie
d’intimidation. En effet, Tiecoura Traoré est le président fondateur du Collectif citoyen pour le développement
intégré et la restitution du rail malien
(COCIDIRAIL). Son action vise directement la politique de cession des
services publics africains à de grands
fonds d’investissements privés occidentaux, sous prétexte d’ajustements
économiques «nécessaires» imposés
par des organismes multilatéraux telle
la Banque mondiale. De fait, Tiecoura
fut lui-même victime de cette politique,
nommée «consensus de Washington».
En 2003, alors ingénieur de technique
ferroviaire employé par la régie du chemin de fer Dakar-Niger, syndicaliste, il
s’exprime clairement contre la privatisation en cours du réseau. Selon lui,
la concession accordée au consortium
franco-canadien CANAC/ GETMA, signe la mort du service public sénégalomalien. «Ils viennent faire de l’argent,
c’est tout». Les premières décisions de
la nouvelle société exploitante, Transrail, lui donnent raison : fermeture de
plus d’un tiers des gares, flou entretenu
autour de la responsabilité du service
voyageur et licenciement autoritaire de
plus de mille cheminots, dont lui même.

Accaparement
de services publics
Avec ces mesures, c’est une immense
économie informelle qui se retrouve à
terre. En effet, en périphérie du train gravitait une foule de commerces secondaires, et l’emploi des cheminots était source de revenus pour des familles entières.
Au Mali, certains villages, uniquement
desservis par le train, se retrouvaient isolés du monde, et abandonnés par leurs
habitants.
Tiecoura Traoré comprend que l’exemple du rail malien est un vrai symbole
d’une autre des spoliations imposée à

 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-Août 2008 n No 171

l’Afrique : l’accaparement de ses services publics au mépris de l’intérêt des populations. Et de faire remarquer que, loin
de soigner l’outil qu’ils viennent d’acquérir avec la complaisance de dirigeants
locaux intéressés financièrement dans la
vente, les acheteurs ne misent que sur
une rentabilité à court terme, négligeant
tout investissement dans l’actif.
Les prêts de la Banque mondiale sont
donc si peu observés, que depuis cinq ans,
aucun travail sérieux n’a été effectué sur
une voie vieille de cent ans ? Désormais
les convois de fret pour Kayes et Bamako
franchissent les 1200 km de ligne avec
une ou deux semaines de retard cumulées
par leurs déraillements. Les «express»
ne partent plus que tous les quinze jours,
et déraillent à coup sûr. Pour Tiecoura, le
saccage de ce bien national est un exemple édifiant de l’hypocrisie de l’aide au
développement. Au Mali, sa lutte (dont
la légitimité est évidente) s’exerce par le
biais d’actions citoyennes non-violentes,
telle la «caravane du rail» qui parcourut la ligne en 2007, ou les rencontres
organisées ce mois de juin 2008 dans
les gares du réseau, et plus largement,
l’inscription du combat du rail malien au
sein d’un cercle de réflexion global sur la
pérennité des services publics.
Ces événements devraient s’inscrire
dans un débat démocratique libre et
ouvert, mais à Bamako, la liberté d’expression de Tiecoura ne fait pas les
affaires du président Touré. En l’occurrence, le masque tombe. Malgré son
apparence entretenue de «bon élève»,
(apparence aidée par le caractère relatif de l’observation, si l’on compare la
situation malienne à l’instabilité chronique du continent), l’arrestation de Tiecoura nous rappelle, que loin des guerres et massacres, le vol et la préemption
de l’Afrique sur des bases économiques
légales, s’accompagne aussi de son lot
de souffrance et d’appauvrissement de
populations, à qui l’on conteste même le
bien public. Dans ce domaine proche de
la mafiafrique, il ne s’agit plus de lutte
entre les nations occidentales pour se
disputer les miettes du gâteau africain,
mais bien d’une collusion entre quelques multinationales, comme l’exige un
jeu de rôle boursier très éloigné des préoccupations d’une petite vendeuse bana
bana de ce qui fut le Dakar Niger.
Vincent Munié

France Nigeria

Une coopération à courte vue
À l’occasion de la
visite à Paris, le 12 juin
dernier, du président
nigérian Umaru Yar’adua, la
France et le Nigeria ont signé
un partenariat stratégique. Une
coopération qui concerne sept
secteurs prioritaires : pétrole,
gaz et énergie, transports,
sécurité, agriculture, éducation
et environnement. Avec une
préférence marquée pour
le pétrole, le nucléaire et la
sécurité.

E

n attendant l’ère merveilleuse du toutnucléaire, la France souhaite, sans rire,
aider le Nigeria à «mettre en valeur
les importantes réserves de pétrole et de gaz
du Nigeria». Sur l’énergie nucléaire, les deux
pays relèvent l’intérêt pour le Nigeria de se

doter à long terme d’un programme électronucléaire à même de répondre à des besoins
croissants en énergie. La France, qui cherche
à vendre, à tour de bras, sa technologie «est
donc disposée à examiner avec attention les
demandes du Nigeria à cet effet». Autres
projets : le développement de l’enseignement
du français au Nigeria et l’ouverture de négociations en vue de la conclusion d’accords
pour une «gestion concertée des flux migratoires», grande obsession française.
Enfin, dans le domaine de la défense, la France veut aider le Nigeria à améliorer la sécurité
de l’approvisionnement énergétique dans le
delta du Niger, eldorado pétrolier, menacée
par les opérations du Mouvement d’émancipation du Delta du Niger (Mend). Dans ce
but, Paris va envoyer au Nigeria une mission
de courte durée pour aider la marine nigériane
à renforcer ses capacités de contrôle maritime
et fluvial et d’interception en mer. L’urgence
à pomper tranquillement est déjà bien réelle
puisque le Mend a pris pour cible, le 19 juin, le
champ offshore de Shell-Bonga (haut comme
un immeuble de douze étages, 305 mètres

de long), situé à 120 km au large de Lagos,
jusqu’alors considéré comme inatteignable
par les groupes armés. L’attaque inquiète
l’industrie pétrolière, pour qui l’extraction
offshore est considérée comme une zone de
garantie de production. On comprend donc,
avec cette première annonce de coopération,
que parmi ces sept secteurs prioritaires, il y
en a certain plus important que d’autres. On
attend de connaître, avec impatience, la hauteur et la nature de la coopération française
en matière d’environnement dans une région
victime d’une catastrophe écologique majeure, conséquence directe de l’exploitation
pétrolière. Rappelons aussi que 80 % des 27
millions d’habitants du delta survivent avec
moins d’un dollar par jour et que fuyant la misère, beaucoup viennent grossir les rangs des
candidats à l’exil. Les revendications sociales
et politiques ne manquent donc pas (Billets
d’Afrique n°155, février 2007). Les mêmes
revendications qu’expriment, de plus en plus
fort, les habitants du nord du Niger, lassés du
pillage de leur ressource uranifère par Areva.

Raphaël De Benito

À fleur de presse

Au Tchad, « neutralité française » se
dit « discrets mercenaires »

L

ors de la dernière offensive des rebelles tchadiens, Bernard Kouchner,
a affirmé, le 15 juin, depuis Abidjan,
que la France «n’interviendra plus» dans le
conflit tchadien : «Je le dis très clairement à
nos concitoyens, (…) Nous ne sommes plus,
de ce point de vue, ceux qui interviennent pour
maintenir les gouvernements en place en Afrique. C’est terminé tout ça» (RFI, 15 juin). Il
allait même jusqu’à prétendre que «la position de la France, (…) ce n’est pas de soutenir
le gouvernement de M. Déby» (AFP, 15 juin),
oubliant sans doute ses efforts, en février dernier , pour nous convaincre du contraire. Ses
collègues du Quai d’Orsay et le locataire de
l’Elysée, s’en souvenaient sans doute, eux, de
même que le président tchadien qui a aussitôt
accusé l’Eufor de complicité avec les rebelles. La diplomatie française rectifiait aussitôt
le tir : «La France, qui n’a pas vocation à
intervenir militairement, reste vigilante sur
l’évolution de la situation et réaffirme son
soutien aux autorités légitimes tchadiennes»

(communiqué du ministère des Affaires étrangères, 17 juin). Simultanément, Bakchich.
com révélait qu’une quinzaine de mercenaires
étrangers renforcaient la défense tchadienne :
«À N’Djamena, la petite équipe est dirigée
par un ancien du service Action de la DGSE,
ex-compagnon de feu le mercenaire Bob Denard. (…) Ces drôles de touristes ont été recrutés via la société EHC (Earthwind Holding
Corporation), immatriculée dans le Delaware, aux États-Unis.»1 Cette société militaire
privée, fondée en 1999 par d’anciens officiers
de l’armée française, se flatte sur son site Internet d’utiliser du personnel provenant «majoritairement des ministères de la Défense et
de l’Intérieur», et d’avoir notamment mené
au Congo-Brazzaville une mission de formation et d’instruction auprès de la garde présidentielle de Sassou N’Guesso de juin 1999 à
mai 2000. Autant dire que cette société n’est
pas inconnue des services français… Selon
un autre article de Bakchich, les mercenaires
français «encadrent la garde présidentielle et

le palais de N’Djamena». Pourquoi pas sur le
front avec les «braves gars de l’Est» ? «Par
précaution diplomatique, au cas où il y a des
blessés parmi nous ou pire, précise le chef de
guerre.»2 Cela ferait en effet mauvais genre :
depuis avril 2003, la loi française est censée
réprimer le mercenariat, ou plutôt, comme
l’avait expliqué à l’époque la ministre de la
Défense, «sanctionner [ses] excès», c’est-àdire neutraliser les «soldats perdus (...) s’affranchissant de toute allégeance », selon les
termes de Marc Joulaud, rapporteur du projet
de loi. Il faut croire que les chiens de guerre
au service de Déby n’ont pas l’air trop «perdus» aux yeux des militaires français présents
au Tchad, et que leur activité n’est pas jugée
«excessive» par les autorités françaises…
Victor Sègre
1. Tchad : des mercenaires français au secours
de Deby, par A. Sonpipet, Bakchich, 16/06.
2. Quand les rebelles avancent, c’est Déby qui
trinque, X. Monnier, Quand les rebelles avancent, c’est Déby qui trinque, Bakchich, 22/06.

No 171 n Juillet-Août 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 

À lire

Salves
Rwanda

Jeu de dupes
Le rapport
d’enquête rwandais
sur le rôle de la
France dans le génocide
des Tutsi rwandais devrait
être publié début juillet.
Son contenu est devenu un
élément des négociations
secrètes que mènent Paris
et Kigali.

L
L’Afrique de
Sarkozy : un déni
d’histoire
Le 26 juillet 2007, Nicolas Sarkozy
prononçait dans les locaux de l’Université de Dakar un discours sur la
culture africaine confrontée à la modernité, qui reprenait les clichés sur
le «continent hors de l’histoire». Ce
discours a suscité une vive émotion,
notamment en Afrique. Cet ouvrage,
rédigé par cinq universitaires africains et français (Jean-Pierre Chrétien, Jean-François Bayart, Achille
Mbembe, Pierre Boilley et Ibrahima
Thioub), représente une critique incisive de ce déni d’histoire, en en
montrant à la fois l’absurdité scientifique et les motifs de sa survivance
en France dans l’opinion publique
et dans l’enseignement. Chacun des
auteurs a choisi son angle d’attaque
; la place de l’Afrique dans l’histoire
universelle, la persistance de l’imaginaire colonial, les pesanteurs de la
tradition raciste à l’égard des Noirs,
l’absence remarquable de l’Afrique
dans le contenu de l’enseignement en
France et la richesse du débat historiographique en Afrique.
Jean-Pierre Chrétien (dir.)
Paris, Karthala,
coll. «Disputatio»,
juin 2008, 203 pages

a ministre de l’Information,
Louise Mushikiwabo, a indiqué,
le 18 juin à l’AFP : «Le conseil
des ministres a été informé la semaine
dernière de la volonté des autorités
rwandaises chargées des poursuites,
d’appliquer la compétence universelle
prévue dans nos lois». Le lendemain,
le président rwandais, Paul Kagamé,
déclarait que l’enquête rwandaise sur
le rôle de la France dans le génocide
des Tutsi de 1994 serait publiée début
juillet. A priori, deux annonces qui ne
doivent guère arranger la France. Car le
contenu du rapport «Mucyo» (du nom
de Jean de Dieu Mucyo, président de
la commission d’enquête), bouclé fin
novembre 2007 et resté secret jusque
maintenant, est potentiellement source
de graves accusations contre l’action
française de l’époque. Durant plus d’un
an, la commission a auditionné, à Kigali, de nombreux témoins et experts, venus de France, du Canada, de Belgique
et des États-Unis, en plus d’avoir réuni
et confronté une masse de documents
issus en partie des archives rwandaises.
Cette enquête aborde forcément le mécanisme du génocide et ses promoteurs
sous un angle pour le moins différent
de celui la mission d’information parlementaire française de 1998. À ce titre, sans préjuger de l’objectivité des
conclusions de la commission, on imagine combien il peut regorger d’accusations graves contre la France.

Marchandage politique
Mais avec le rapprochement entamé par
Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy
avec les autorités rwandaises à l’automne 2007, ce travail est évidemment devenu un élément de négociation. D’où
les reports sine die de sa divulgation.
Alors, si subitement, Paul Kagamé

10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-Août 2008 n No 171

annonce sa publication, on ne peut
qu’évidemment se réjouir pour ce que
l’enquête apportera malgré tout à l’établissement de la vérité. Mais il faut
aussi y lire un message envoyé au Quai
d’Orsay et à l’Elysée, sans que son
sens ne soit très clair. Dans ce cadre,
l’application d’une loi de compétence
universelle annoncée conjointement,
pourrait bien entendu viser certains des
responsables politiques et militaires
français de l’époque cités dans le document, qui serait alors bien en peine
de se rendre au Rwanda dans le cadre
d’une quelconque mission diplomatique, militaire ou commerciale. En la
matière, l’usage du conditionnel est encore une fois de rigueur. Mais on l’a
bien compris, ces deux mesures sont
des réponses aux mandats Bruguière,
insérés dans un marchandage politique
dont l’opinion ne doit se contenter que
de l’écume. Car il s’agit bien de cela :
l’opacité est encore un dogme quand il
s’agit du génocide des Tutsi rwandais,
la vérité restant encore pied et poings
liés à de vastes manœuvres géopolitiques, ne supportant pas la lumière.
Nous sommes pourtant face à un génocide, dûment reconnu par la communauté internationale, tombant sous
le coup de la convention de Genève
et de son train de mesures judiciaires,
incontournables pour les états signataires. Il n’est nulle part écrit, dans cette
convention, que l’établissement des
responsabilités puisse être assujetti à
quelque jeu géopolitique que ce soit.
Deux raisons majeures condamnent le
cynisme de nos relations étrangères,
particulièrement africaines: d’une part,
cette opacité confirme, que rien n’a
changé, qu’aucune évolution institutionnelle sérieuse n’est venue apporter
la moindre transparence aux relations
de la France à l’Afrique. Mais aussi les
victimes. Imagine-t-on la perception
que peut avoir la communauté de survivants vivant en France, au cœur d’une
nation suspecte d’avoir collaboré avec
le régime génocidaire ?
Le moindre respect que nous devons
à ceux-là est la mise en place d’une
communication faite d’honnêteté, de
vérité, de justice et de transparence. Il
est temps de dire à tous les protagonistes de l’affaire : on ne joue pas avec la
vérité d’un génocide.
Vincent Munié

En bref
Tête-à-tête nocif
Alain Joyandet a annoncé, le 19 juin,
que l’Agence française de développement (AFD) disposerait d’un milliard
d’euros supplémentaires par an «permettant de réorienter complètement
l’intervention financière de la France».
La coopération française ressort ses
vieilles recettes puisque ce milliard va
être consacré exclusivement à l’aide
bilatérale, tête-à-tête d’une diplomatie
d’influence aux effets catastrophiques
depuis 50 ans. On s’affranchit aussi de
ses petits camarades européens.

Devinette
congolaise…
….de La lettre du continent (LC n°542) :
«Dans quelle tour de Brazzaville (…) est
installée une partie des services des écoutes
téléphoniques de la présidence congolaise ?» Seul indice donné : «C’est l’un des
immeubles les plus élevés du pays.» Billets
d’Afrique en donne un autre : c’est le
siège d’une compagnie française qui, tels
les Shadocks (françafricains), pompe…
pompe.

Souvenir à gogos
Qui a dit, en 2006, interrogé sur la situation des immigrés sans papiers de
Cachan : «Les lois pour contenir l’immigration ne sont que de la poudre aux
yeux» tant que «des gens crèvent de
faim à nos frontières», «on raconte des
histoires aux Français en permanence
sur l’immigration.» «On leur explique
qu’il suffit de changer les lois pour que
l’immigration n’existe plus.» Ce sont
des discours pour les gogos» ?
Des déclarations qui ont dû échapper
à Nicolas Sarkozy qui a offert le portefeuille ministériel de la Défense à
l’auteur de ces belles paroles. Il faut
dire qu’Hervé Morin, puisque c’est de
lui dont il s’agit, est coutumier des positions à géométrie variable selon le sens
du vent politique. Il avait déjà affirmé,
dans un courrier à Survie, condamner
la Françafrique.

La Chine attaque
La France s’est trouvé un nouvel adversaire en Afrique. Après le communisme
soviétique de la guerre froide, alibi bien
pratique pour la continuation d’une po-

litique néocoloniale, la Chine devient
l’ennemi à contrer. Une bonne excuse
pour continuer à se vautrer dans toutes
les compromissions (lire page 5). Àcet
égard, l’installation, très récente, d’une
base militaire chinoise à vocation continentale à Matadi en RDC (La lettre du
Continent n°543) va encore alimenter
tous les fantasmes français, déjà nombreux quant à «l’invasion» chinoise en
Afrique.

Les fantasmes
déferlent
«Il n’y a pas de vague migratoire d’Afrique subsaharienne vers l’Europe, on
estime que ce sont des dizaines de milliers de ressortissants ouest-africains en
situation irrégulière qui entrent chaque
année dans les pays d’Europe et non pas
des centaines de milliers comme on le dit
régulièrement», a déclaré le porte-parole
de l’Organisation internationale pour les
migrations (OIM), en présentant le rapport de son organisation, le 24 juin dernier à Genève. Selon le rapport, l’Europe
accueille 800 000 immigrés légaux originaires d’Afrique de l’Ouest. Les pays du
Maghreb, particulièrement la Libye, sont
devenus des pays de destination en tant
que tels et non de simples lieux de transit pour de nombreux Africains, révèle le
rapport. Selon ce document, seul un tiers
des 65 000 à 120 000 Ouest-Africains qui
entrent au Maghreb chaque année cherchent à poursuivre leur voyage au-delà
de la Méditerranée.
Voilà quelques vérités propres à détruire
le mythe provoqué par le débarquement
spectaculaire d’immigrés africains sur les
côtes européennes. Mythe de l’invasion
étrangère scandaleusement entretenu par
le gouvernement francais. Ce rapport
vient contredire le ressenti négatif qu’ont
les Français à propos de l’immigration et
nous éclaire sur un discours politique qui
alimente beaucoup de peurs …

Bongo s’énerve
C’est avec un grand courage que Marc Ona,
leader de la société civile gabonaise, participait, en avril dernier, à la restitution symbolique de l’un des biens mal acquis parisiens
d’Omar Bongo (un hôtel particulier de 19
millions d’euros). Une opération très médiatisée, organisée par la Cellule Françafrique
qui a agacé son propriétaire. Marc Ona est
désormais interdit de sortie du territoire car
«il menacerait la sécurité intérieure par ses

activités associatives». Le pouvoir lui reproche aussi son «refus de négocier», une expression pour stigmatiser les incorruptibles.

L’aide au
développement…
des paradis
fiscaux !
À travers le Fonds européen de développement (FED), l’Union européenne octroie, chaque année, une aide à 77 pays
dits «ACP» (Afrique, Caraïbes, Pacifique). C’est aussi dans ce cadre que les îles
Turks et Caïcos, les îles Vierges et les îles
Caïman reçoivent des financements de
la Fed. La Barbade et les Bahamas font
également partie des États bénéficiaires.
Pour ce qui est des montants en jeu, les
îles Caïman reçoivent, par exemple, une
enveloppe de sept millions d’euros. Chacun sait que les paradis fiscaux permettent
chaque année de soustraire à la collectivité
publique des sommes colossales. Quelle
peut être donc la justification d’une telle
aide ? L’entretien de la salle des coffres
ou le prix du secret bancaire ?
RDB

Une libération
pour mille
Le 20 mai, à l’occasion de la fête nationale du Cameroun, Paul Biya a annoncé
qu’une amnistie serait décrétée pour les
condamnations prononcées à la suite des
émeutes de février dernier. On sait que,
parmi les détenus, figuraient des artistes
comme Joë la conscience ou Lapiro de
Mbanga (Billets d’Afrique, n°169, mai
2008) qui avaient protesté contre la réforme constitutionnelle.
Annoncée à grand bruit pour le 13 juin
par les médias gouvernementaux, la libération de Joë la conscience a eu lieu le 16
juin. On ne peut que s’en réjouir. Mais Lapiro de Mbanga est lui toujours en prison
comme plus d’un millier d’autres personnes arrêtées en février dans les villes du
Cameroun.
L’amnistie promise est donc un mensonge
de plus du gouvernement qui s’est contenté d’un simple effet d’annonce pour flatter l’opinion internationale mais garde en
détention, dans des conditions indignes,
ceux qui ont eu le courage de crier leur
révolte.
Odile Tobner


No 171 n Juillet-Août 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11

À lire

Biens mal acquis des dictateurs
africains en France

L

’association Survie publie une nouvelle brochure pédagogique qui décode les dessous de la criminalité
économique de la Françafrique à travers les
mécanismes des biens mal acquis. La restitution des fonds aux populations spoliées serait
un signe fort pour tous ceux qui réclament
une réforme de la politique de la France en
Afrique.
« Bien mal acquis ne profite jamais »,
voudrait le proverbe. La réalité prouve le
contraire. Les dictateurs et leurs familles
profitent en toute impunité des milliards
qu’ils ont volés dans les caisses publiques
et placés à l’étranger. Ils érigent ainsi la
corruption en horizon indépassable et signent la condamnation du développement
économique de leurs pays qu’ils maintiennent dans la dictature.
Les soutiens étrangers dont bénéficient
la plupart de ces dictateurs et l’opacité
qui règne autour de l’acquisition de leurs
biens immobiliers font des pays du Nord
- et tout particulièrement la France - des
complices, en toute connaissance de cause, de l’enrichissement personnel de «
dictateurs amis » protégés au plus haut
niveau.

C’est pour lutter contre cette criminalité
économique que trois associations, dont
Survie, ont porté plainte en 2007 contre
plusieurs chefs d’États africains pour «recel de détournement d’argent public».
Véritable défi lancé au droit international,
cette procédure judiciaire s’est trouvée
confrontée à la raison d’État : l’enquête
préliminaire a été classée sans suite, alors
que les informations réunies permettaient
l’ouverture d’une information judiciaire.
Une mise au placard qui révèle une décision éminemment politique et plonge la
justice française dans les méandres de la
Françafrique, en contradiction totale avec
les engagements officiels de la France en
faveur de la restitution des biens détournés.
Déterminée à ne pas laisser enterrer ce
scandale, Survie entend poursuivre son
travail en sensibilisant et interpellant sur
le sujet. Tel est l’objet de cette brochure
qui, au moyen d’exemples concrets, propose le décryptage d’un enjeu majeur dans
la lutte contre la corruption et l’impunité
des dictateurs africains. Au-delà de la saisie des biens immobiliers et de leur restitution aux populations spoliées, il s’agit

Bulletin d’abonnement

Billets d’Afrique et d’ailleurs
Édité par Survie, 210, rue Saint-Martin - 75003 Paris. Tél. : 01 44 61 03 25
11 numéros par an pour tout savoir sur la face cachée de la politique de la
France sur le continent africain et les jeux troubles de la « Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux faits de
l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique originale.
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❐ Chèque bancaire ou postal à l’ordre de Survie
❐ Virement postal (CCP 500.52 K PARIS) : préciser l’objet sur l’ordre de virement
Vous pouvez également payer en douze échéances, ou par trimestre grâce au prélèvement automatique. Nous contacter.
Plus d’information sur www.survie-france.org ou à contact@survie-france.org
12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juillet-Août 2008 n No 171

de mener un combat pour faire avancer la
justice internationale en s’attaquant à la
criminalité économique dont les relations
franco-africaines se nourrissent voracement.
Biens mal acquis des dictateurs africains en
France. Juin 2008. Brochure de 52 pages,
prix public 3 euros (Par correspondance:
4,5 euros avec les frais de port pour la
France. Autres destinations nous consulter).

Lettre fondée par F.-X. Verschave

Directrice de la publication : Odile
Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Raphaël De
Benito.
Secrétaire de rédaction : Janine Sfiligoï.
Comité de rédaction : Pierre Caminade,
Sharon Courtoux, Sisulu Mandjou Sory,
Victor Sègre, David Mauger, Odile
Tobner, Vincent Munié.
Ils ont participé à ce numéro :
Alexandra Phaëton, Issa Bâ, Yves
Cossic, Jean-Loup Schaal
Abonnements : Alexandre Picheral.
Coordination : O.Thimonier
Association Survie
210 rue Saint-Martin
F75003 Paris
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25
Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20
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Commission paritaire n° 0211G87632
Dépôt légal : Juillet 2008 - ISSN 1155-1666
Imprimé par Imprimerie 3 A
Abonnement :
25€ euros (Étranger : 30 euros€ ; personne à
faible revenu : 20 euros€)

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