Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs
Au sommaire
ËP. 2 La Francophonie, nouveau
cheval de Troie de l’influence militaire
française ?
Parmi les volets les moins connus de
l’activité de l’Organisation internationale
de la francophonie figure la «prévention
des conflits», secteur devenu stratégique.
Un colloque a tenté de lui définir un rôle
avec des arguments inquiétants.
Florilège du colloque du 7 mai
ËP. 3 A fleur de presse
RWANDA : “Vous trouverez tous les vôtres
exterminés”
ËP. 4 MAYOTTE «Droit du sang» : les
prétextes font pschiit !
Le prétexte de l’immigration obstétricalepour remettre en question le droit du sol
est battu en brèche par l’INSERM
ËP. 5 MAYOTTE Kwassa-kwassa
Un rapport d’enquête éloquent met en
cause les fonctionnaires de la PAF après
le chavirage d’un kwassa-kwassa en
décembre 007.
ËP. 6 A fleur de presse
La pression démographique menace les
forêts du Congo
Robert Bourgi : «On ne gouverne pas le
monde avec des idéaux».
ËP. 7 RDC Bemba, rattrapé par son passé
La Cour pénale internationale a obtenu
l’arrestation de Jean-Pierre Bemba pour
crimes contre l’humanité et de guerre
commis en Centrafrique en 00 et 00.
ËP. 8 FRANCE La justice aux arrêts
Le Sénat s’apprête-t-il à brader les
responsabilités de la France vis-à-vis des
victimes de crimes internationaux ?
ËP. 9 CAMEROUN L’université des Montagnes, une réussite envers et contre tout
L’exceptionnelle réussite de l’Université
des Montagnes renvoie, à un État parasite, l’image de sa gabégie quotidienne.
ËP. 10 CHINE Lumière sur la Chinafrique
La montée en puissance des financements
chinois change la donne.
ËP. 11 FRANCE La vocation coloniale de
l’armée française
Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas
Sarkozy ont célébré le trentième anniversaire de l’intervention française à Kolwezi
au Zaïre, en mai 1978.
Qui a besoin de l’Afrique ?
ËP. 12 La Chine en Afrique
Entre fantasmes et réalité
w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o
Éditorial
Plan X
P
aul Biya, président du Cameroun, recevant Brice Hortefeux, ministre français
entre autre de l’Immigration et de l’Identité nationale, venu causer du trop
grand nombre de Camerounais en France, a déploré que les jeunes de son
pays n’aient aucune perspective d’avenir et demandé qu’on mette en place un plan
Marshall pour le sauver des émeutes du désespoir qui le menacent. L’un et l’autre
découvrent apparemment tout à coup les conséquences de plusieurs décennies d’aberrations politiques.
Le plan Marshall, conçu par les États-Unis pour la reconstruction de l’Europe sinistrée après la Deuxième Guerre mondiale, était essentiellement destiné à la sauver
du communisme. Ce n’était pas idiot comme calcul. Si la France avait eu la même
attitude quand elle disputait ses ex-colonies à l’influence soviétique – et elle en
avait les moyens pendant les trente glorieuses – on ne déplorerait pas aujourd’hui
une telle absence de développement dans les pays d’Afrique francophone. En fait,
à une Afrique sinistrée depuis plusieurs siècles par la traite des esclaves puis par la
colonisation, pour les besoins de l’approvisionnement de la métropole en matières
et denrées, elle se contenta d’offrir des Gauleiters autochtones payés pour écraser
toutes les revendications qui se levaient et non pour planifier un quelconque développement.
Il y a au Cameroun des économistes compétents et lucides qui ne cessent de dénoncer les budgets de l’État qui, depuis des lustres, n’offrent qu’une place symbolique
et dérisoire à l’investissement. Toute la dépense est de consommation, par un personnel étatique gorgé de prébendes. Aucune planification économique et prospective n’a été sérieusement mise en œuvre. Après vingt-cinq ans d’incurie le chef de
l’État accuse la dure loi du marché d’avoir réduit les gens à la misère.
L’Afrique a subi une prédation pluricentenaire, la pire des guerres. Il faut d’abord
faire cesser cette guerre avant qu’un plan de reconstruction puisse être mis en œuvre. Biya, Bongo, Sassou et consorts, sont les complices de la guerre faite aux
peuples africains, ils ne peuvent pas être les artisans de son salut. Hortefeux le sait
mieux que personne. Tout ce qu’il peut offrir à ses compères, ce sont des moyens de
répression. La force est une réaction primaire, inintelligente et sans imagination.
Le 20 mai, en effet, un autre invité français de marque était au Cameroun. Il s’agit
de Guillaume Giscard d’Estaing, patron de la Sofema. Le journal gouvernemental
a parlé à son sujet d’un partenariat renforcé avec les forces de défense. Une des
spécialités de cette société est la fourniture et l’entretien d’hélicoptères, si utiles
dans les conflits urbains, comme on a pu le constater au Tchad. Voilà enfin qui est
clair et concret pour illustrer la démarche de «développement solidaire» prônée
par Hortefeux, lequel s’est dit préoccupé par l’évocation du milliard d’habitants
que l’Afrique devrait atteindre à brève échéance.
Entre ceux qui parlent de «pression démographique» à propos de la RDC, qui a
autant d’habitants que la France pour un territoire trois fois et demi plus grand
– mais qui a surtout tellement de précieuses ressources que ce serait dommage
de les laisser aux habitants – et ceux qui se sentent gravement menacés quand
36 000 Camerounais vivent dans une France de 60 millions d’habitants, on saisit
l’étrange développement des fantasmes qui conduisent inéluctablement à projeter
un plan X pour l’Afrique, consistant à fomenter et financer les affrontements qui
conduiront à l’élimination de l’ «homme africain», décidément trop encombrant.
Mais là, c’est vraiment un calcul idiot.
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 170 - juin 2008 - 2,30 euros
Salves
La Francophonie, nouveau
cheval de Troie de l’influence
militaire française ?
Parmi les volets les moins
connus de l’activité de l’OIF
figure la « prévention des
conflits », secteur devenu
stratégique depuis l’adoption
de la déclaration de SaintBoniface en mai 2006. Le
colloque international sur
« l’Avenir de la francophonie »,
organisé à Paris les 6 et 7 mai,
a tenté de lui définir un rôle
spécifique en la matière, avec
des arguments inquiétants.
T
ant dans les discours officiels de
promotion de la langue française
que dans l’empilement institutionnel d’organisations, agences, structures et
réseaux à qui on a donné cette vocation,
la confusion est permanente entre francophonie «avec un petit f», projet supposé
linguistique et culturel et Francophonie
«avec un grand F», projet indiscutablement politique, voire militaire comme nous
le verrons plus bas. Un flou facile à dissiper tant il est une évidence qu’avec ou sans
majuscule la francophonie promue par
l’État français et certains de ses alliés est
un porte-étendard au service de l’influence
française dans le monde et du néocolonialisme français en Afrique.
Cette poursuite de la guerre d’influence par
d’autres moyens est en particulier incarnée par l’Organisation internationale de la
francophonie. De simple agence de coopération culturelle et technique (ACCT), en
1970, l’organisation s’est muée de sommet
en sommet en enceinte politique, avec la
nomination d’un secrétaire général, l’adoption d’une Charte et un élargissement
constant à des pays comptant parfois très
peu de locuteurs français mais qui voient
un grand intérêt à intégrer l’amicale des
chefs d’État francophones, espace de solidarité politique à défaut d’être un vrai outil
d’échange culturel et linguistique.
Malgré l’adoption de textes sur la défense
de la démocratie, à l’instar de la déclaration
de Bamako de 2000, l’OIF a en effet servi
tout au long de son existence à conforter
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juin 2008 n
des dictateurs en place, tenant ses sommets
à Brazzaville ou à Ouagadougou, envoyant
des délégations complaisantes «observer»
certaines élections (160 missions sur une
vingtaine d’année, dont bien peu ont soulevé la chronique pour leur esprit critique)
ou acceptant dans ses rangs des dictateurs
anglophones isolés politiquement.
Un facteur de pacification ?
Parmi les volets moins connus de l’activité de l’OIF figure la «prévention des
conflits», concept aussi à la mode que
flou, amené à devenir un secteur de plus
en plus stratégique pour cette organisation, si l’on en croit les intervenants du
colloque sur «l’Avenir de la francophonie» organisé les 6 et 7 mai à Paris par
l’Institut de relations internationales et
stratégiques (Iris). Au programme de
ce raout diplomatique et universitaire
figurait en effet une plénière intitulée
«L’OIF, nouvel outil de prévention des
conflits » (sans point d’interrogation,
c’est l’OIF qui finançait), qui, davantage
qu’un espace de débat, a servi à promouvoir une vision semble-t-il partagée au
plus haut niveau de l’État français, de la
Cedeao, de l’OIF, voire de l’ONU, d’une
francophonie (outil linguistique) et d’une
Francophonie (outil politique) censées
constituer un vecteur de paix.
Cette idée est contenue dans la déclaration de Saint-Boniface, adoptée par l’OIF
en mai 2006. Celle-ci affirme en effet
«[la] volonté de conforter l’action préventive de l’Organisation internationale
de la Francophonie, telle que prévue par
la Déclaration de Bamako […], par une
utilisation optimale de ses capacités,
afin de lui permettre de jouer pleinement
son rôle spécifique dans l’observation,
l’alerte précoce, la diplomatie préventive, la gestion des crises, l’accompagnement des transitions et la consolidation
de la paix, et ce, dans le cadre d’une
coopération systématique et rationalisée
avec les organisations internationales et
régionales.»
Des VRP en treillis
Sur le plan militaire, la défense de la F
rancophonie est assurée, ce n’est pas une
surprise, par la France et consiste officielN° 170
lement à enseigner la langue française à
des soldats et à des gradés, projet appliqué dans 75 pays du monde et qui, dans
certains pays comme la Tanzanie et le
Zimbabwe, constitue le seul programme
de coopération militaire. Cette coopération, encadrée par le ministère des Affaires étrangères et non plus par celui de la
Défense, comptabilisée en aide publique
au développement, forme 3 000 stagiaires en langue française chaque année.
Quoi de plus «innocent» en effet que
d’envoyer en éclaireurs au cœur des
casernes des professeurs (avec ou sans
treillis), dictionnaires à la main, avant de
poursuivre par l’enseignement de doctrines militaires hexagonales, la distribution de catalogues d’armes tricolore et
surtout d’établir sur du plus long terme
de précieux liens entre états-majors, solidarités d’uniformes bien utiles en cas
de déploiement commun sur un terrain
militaire (dans un cadre onusien ou sous
l’égide du dispositif Recamp) ?
C’est le général Emmanuel Beth, directeur de la Coopération militaire et de Défense au ministère des Affaires étrangères
qui encadre ce dispositif, de même que le
soutien français aux 14 écoles militaires
nationales à vocation régionale implantées dans plusieurs pays africains (École
de maintien de la paix à Bamako et bientôt au Cameroun, École de déminage au
Bénin, etc.) À la tribune du colloque de
l’Iris, il justifiait cette promotion de la
francophonie militaire en défendant
la langue française comme un outil de
travail privilégié pour le maintien de la
paix, face à une langue anglaise jugée
trop «manichéenne.»
Fachoda quand tu nous tiens…
Contingents francophones
Cette vision française pourrait prêter à
sourire (jaune), ce qui fut le cas lorsqu’un
auditeur du colloque de l’Iris répliqua au
général Beth « qu’être tabassé en français, en anglais, en arabe ou en babambara revenait strictement au même », si
elle n’était pas également défendue par
d’importants gradés africains. Lors du
même colloque, le général Gaye commandant de la Monuc a lui aussi défendu l’idée d’une francophonie davantage
À fleur de presse
impliquée dans les opération de prévention et de maintien de la paix, suggérant
que l’OIF subventionne en matériel certaines armées francophones déployées dans
le cadre d’opérations multilatérales,
affirmant la nécessité de développer au
plan international le concept (très «français») de gendarmerie ou proposant la
création d’un master formant des cadres
militaires à la défense de la francophonie
en milieu militaire. Surenchère du colonel Koné, directeur du système d’alerte
précoce de la Cedeao, proposant à son
tour que l’OIF, pourtant sans légitimité
internationale «régalienne» sur le plan
militaire et diplomatique ait une représentation permanente à Abuja (siège de
la Cedeao) au même titre que l’Union
européenne ou les États-Unis.
Aux antipodes de la francophonie des universitaires et des écrivains, c’est bien le
schéma d’une extension de la coopération
militaire française à un cadre multilatéral
(francophone ou non) aux contours et aux
desseins incertains qui, en complément
du multilatéralisme onusien, européen
(Eufor) ou de dispositifs ad hoc comme
Recamp, continue à se dessiner, avec
cette fois un habillage (camouflage ?)
francophone. La Francophonie pourraitelle, à terme, s’apparenter à une structure
de solidarité militaire sur le modèle de ce
que constitue l’Otan, comme peut le faire
croire cette volonté de développer par
tous les moyens ces coopérations militaires, que ce soit sur le terrain de la formation, de l’équipement ou de la conduite
d’opérations en commun ?
Si l’on se réfère à l’histoire des interventions et des «coopérations» militaires
déployées par la France sous le sceau
du maintien de la paix et de la sécurité
(au Tchad, au Rwanda, en Centrafrique)
il y aurait pourtant là de quoi donner la
frousse (…avec un grand F).
Pierre Rohman
Rwanda
“Vous trouverez tous
les vôtres exterminés”
D
ans la critique du négationnisme,
l’honnêteté intellectuelle ne supporte
aucune complaisance envers le
mensonge, que ce soit celle de la présentation euphémisée des faits ou celle de leur déguisement grossièrement orwellien en leur
contraire (l’opération Turquoise présentée
comme une intervention purement humanitaire alors qu’en réalité il s’agissait d’un
soutien ultime aux génocideurs, peu avant
leur fuite protégée vers le Zaïre en 1994).
L’article de Jean Chatain, dans l’Humanité
du 22 avril 2008, a le mérite de nous rappeler la réalité des faits depuis l’opération
Noroît en s’appuyant sur des témoins de
contexte et des témoins directs des faits.
Ainsi, Jacques Bihozagara rappelle l’avertissement-chantage de Paul Dijoud, directeur Afrique du Quai d’Orsay, à l’adresse de
la délégation du Front patriotique rwandais
(FPR) conduite par Paul Kagame. L’avertissement consistait simplement «à sommer
les interlocuteurs du FPR à déposer les
armes... sinon vous trouverez tous les vôtres
déjà exterminés à votre arrivée à Kigali».
«Tous les vôtres», l’expression signifie
bien que le Tutsi en tant que tel est l’ennemi
absolu dans l’esprit de ceux soutiennent la
stratégie génocidaire. Cet avertissement du
représentant diplomatique de François Mitterrand est corroboré par le rapport d’enquête internationale réalisé en 1993 par la FIDH
et Human Rights Watch, qui dénonçait notamment la mise en place d’escadrons de la
mort par des proches du président Habyarimana et concluait: «Tous ces éléments
mis ensemble montrent que la France était
au courant de la planification du génocide,
mais a choisi de camoufler la réalité.» Les
faits relevés dans l’article de Jean Chatain
montrent également, qu’au-delà du camouflage, il s’agit, de la part de l’État français,
d’un soutien jusqu’au-boutiste aux forces du génocide. Un témoin direct, JeanMarie Vianey Gatabazi déclare avoir
constaté «la participation directe des soldats français de l’opération Noroît au combat et leur rôle dans la formation des milices génocidaires comme dans les contrôles
d’identité à des fins de triage ethnique».
Un autre témoin, Pierre Jamagne révèle la
montée au front de militaires français aux
côtés des Forces armées rwandaises (FAR),
en 1992, dans les secteurs de Ruhengeri et
Byumba. D’autres témoignages concernent
des livraisons d’armes aux FAR jusqu’à la
fin du génocide, c’est-à-dire leur évacuation protégée vers le Zaïre.
Jean Chatain a raison de nous remettre en
mémoire des éléments décisifs de l’engrenage qui a abouti au génocide. Les
conflits violents dans toute la région des
Grands Lacs, comme dans l’actuelle république démocratique du Congo (RDC), ne
peuvent être expliqués que dans la perspective de la longue durée. À ce propos,
l’éclairage proposé par Gérard Prunier
dans la post-face du livre d’Olivier Lanotte Congo, guerre sans frontière nous
paraît particulièrement intéressant : «Le
conflit qui ravage l’ex-Zaïre depuis 1996
n’est que le rejeton du génocide rwandais
et du non-traitement par la communauté
internationale, tant du génocide que de
ses conséquences.»
Yves Cossic
Ils ont dit
Florilège du colloque du 7 mai
«Le français est une langue de travail pour
nous, les militaires. C’est un facteur de sécurité. Le français développe des éléments sécurisants. C’est un vecteur de dialogue, d’apaisement, qui respecte les particularismes locaux.
L’anglais est plus manichéen. Le français est
la langue privilégiée du maintien de la paix.»
Général Beth, directeur de la
Coopération militaire et de Défense au
ministère des Affaires étrangères
Les militaires suédois qui ont dénoncé leurs
petits camarades français de l’opération Ar-
témis soupçonnés d’actes de torture en RDC
n’avaient peut-être pas compris toutes les
nuances de cette langue de pacification.
«J’ai mis du temps à comprendre pourquoi la
France a été si lente à comprendre les enjeux
du pays et les problèmes posés par sa coopération militaire au Rwanda, pourquoi elle
a mis autant de temps à nouer contact avec
le FPR. Un ministre de Mitterrand m’a parlé
du complexe de Fachoda, qui correspondait à
la vision du président, une idée très véhiculée
par les notes déclassifiées. On voyait en lui
une rébellion anglophone, prête à sacrifier les
Tutsi francophones. La France s’est trouvée
au cœur du conflit. Si nous ne tenions pas les
fusils contre le FPR, nous expliquions comment les utiliser pendant les combats».
Bernard Cazeneuve, député,
rapporteur de la mission d’informations
sur le Rwanda de 1998
Pourtant, instruire des futurs génocidaires dans
la langue de Molière, c’est quand même autre
chose que dans une langue «manichéenne»,
aurait pu lui répondre le général Beth.
N° 170 n Juin 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Mayotte
« Droit du sang » : les
prétextes font pschiit
Le prétexte de
l’immigration
obstétricale, utilisé
par les autorités françaises
pour remettre en question le
droit du sol au profit du droit
du sang dans l’obtention
de la nationalité française,
est battu en brèche par une
étude de l’Institut national de
la santé et de la recherche
médicale (I nserm).
Motif de venue
Motif d’installation
49,4 %
26,4 %
2,4 %
2%
8,8 %
2,5 %
1,5 %
49,7%
30,5%
8%
8%
3,8%
3,8%
0,3%
Économique
Familial
Avenir des enfants
Autres
Santé
Études
Politique
Les raisons des immigrations à Mayotte. Source : Inserm, février 2008
n 1975, lors de la décolonisation
du territoire des Comores composé
de quatre îles (Ngazidja, Anjouan,
Moheli, et Mayotte), la France viola la règle
internationale du respect des frontières en
arrachant Mayotte à son archipel. Elle s’appuyait sur la «volonté des Mahorais», qui
sera «actée» à l’occasion d’un référendum
illégal en 1976, où la cause pro-française fut
défendue par une campagne de terreur, de
bastonnades et d’expulsion d’indépendantistes par bateaux. Condamnée plus de vingt
fois par l’ONU, cette présence française correspond à une occupation illégale de territoire.
Ainsi, le rattachement de Mayotte à la France
est un facteur de déstabilisation de l’archipel
des Comores, qui a subi de multiples coups
d’État perpétrés ou appuyés par le mercenaire Bob Denard, ou d’autres. À partir de 1997,
l’archipel a été marqué par une crise séparatiste sans précédent, dans laquelle les réseaux
français ont joué un rôle majeur. Le colonel
Bacar en a été l’un des derniers éléments.
En mettant une île sous perfusion économique au milieu d’un archipel dévasté
par les services secrets français, la France a fait naître un important flux migratoire qu’elle tente d’endiguer par tous les
moyens. Dans un contexte où l’immigration est accusée de pervertir une identité
nationale dont on ne connaît toujours pas
les contours, le gouvernement actuel envisage de faire de Mayotte le laboratoire
du droit du sang.
Mais une enquête de l’Institut national de
la santé et de la recherche médicale (Inserm), sur l’accès aux soins à Mayotte,
commandée par l’Agence française de développement (AFD), a porté incidemment
sur les motifs des séjours à Mayotte des
Comoriens des trois autres îles de l’archi-
pel. Les vraies raisons de cette émigration
seraient surtout économiques, selon un
exposé fait à Mayotte par l’Inserm, le 20
février 20081 (voir tableau ci dessus).
On ne retrouve pas ici la ruée de femmes
enceintes qui iraient à Mayotte pour y accoucher et ainsi obtenir la nationalité française pour leur enfant2. Or, François Baroin
alors ministre de l’Outre-mer, affirmait au
Figaro (17 septembre 2005), que «les mères viennent accoucher [à Mayotte] pour
que leurs enfants obtiennent la nationalité
française.» Il entendait appuyer le projet
de proposition de loi du député de Mayotte d’alors, Mansour Kamardine, relative
au renforcement des dispositions de lutte
contre l’immigration clandestine à Mayotte
(n°2534, enregistré le 28 septembre 2005).
Dans l’exposé des motifs de celle-ci, il est
affirmé : «La situation est [...] alarmante
et les chiffres sont édifiants: 80 % des accouchements à la maternité de Mamoudzou
sont le fait de femmes étrangères en situation irrégulière ; sur la base des naissances
enregistrées depuis, ce sont environ 50 000
naturalisations, par l’effet mécanique du
droit du sol, qui interviendront dans les
quinze prochaines années, soit un tiers de la
population mahoraise actuelle.» Une proportion édifiante... si elle était vraie.
Cette motivation des immigrés est toujours
mise en avant par le gouvernement actuel,
pour faire de Mayotte le laboratoire du droit
du sang. Cette orientation politique, qui
touche aux fondements de notre République puisqu’il s’agit de l’attribution de la citoyenneté française, reposerait ainsi sur une
justification erronée, voire mensongère.
Au-delà de l’intention, réelle ou prétendue, de modifier le mode d’obtention de
la nationalité, rappelons les effets de l’annonce de ce chantier politique. Comme
nous l’indiquions dans notre communiqué
du 20 décembre 2005, Alerte à Mayotte:
«Les propos tenus en septembre 2005 par
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juin 2008 n
N° 170
E
François Baroin [...] ont déclenché des défoulements haineux à Mayotte, où des leaders d’opinion appellent les Mahorais à
la chasse contre leurs cousins comoriens,
qu’ils hébergent ou qu’ils emploient à bon
compte grâce au statut de «clandestins»,
en les désignant comme responsables de
tous les maux qui les frappent, et ce dans
une large indifférence médiatique. Or, en
droit international, ces «clandestins» ne
franchissent aucune frontière. En effet,
le 12 novembre 1975, l’archipel des Comores, composé de quatre îles (Ngazidja,
Anjouan, Moheli, et Mayotte), était admis
à l’ONU comme un État nouvellement indépendant. [...] Les maisons de ces «clandestin» sont régulièrement incendiées
avec la bénédiction de maires, du préfet
et sous la protection de la gendarmerie.» Les
déclarations sur le «droit du sang» ont joué
comme un coup d’envoi pour cultiver la haine
à Mayotte. Cette manipulation des pulsions
violentes sur cette île ne grandit pas notre
pays, mais sert les finalités politiques de Nicolas Sarkozy. Les expulsions, depuis Mayotte,
dépassent les objectifs chiffrés du gouvernement, et surtout constituent plus de la moitié
de ces objectifs au niveau national (plus de
13 000 expulsions de Mayotte sur 25 000 visées au total en 2007). Aujourd’hui, en conséquence de la protection injustifiable que la
France accorde au colonel Bacar, ex-dictateur
d’Anjouan attendu par la justice comorienne
pour répondre de ses crimes, la colère des Anjouanais résidant à Mayotte a porté la tension
à son comble sur cette île. Il est temps que le
gouvernement français sorte de la culture de la
division, car il devra rendre des comptes sur
les conséquences qui pourraient advenir.
Pierre Caminade
1. Nos remerciements aux Médecins du monde
qui nous ont fait parvenir ces données.
2. La dernière partie du documentaire «Un aller
simple pour Maore», d’Agnès Fouilleux, illustre
très bien le fonctionnement préfectoral pour empêcher l’obtention de la nationalité française.
Mayotte
Kwassa-kwassa
Dans la nuit du 3 au
4 décembre 2007,
un kwassa-kwassa
(embarcation de fortune)
transportant environ
40 personnes a chaviré au
cours de son «interpellation»
par une vedette de la
police aux frontières (PAF)
de Mayotte. Un rapport
d’enquête éloquent met
en cause les fonctionnaires
de la PAF.
C
ela fait plus de dix ans que des
soupçons de pratiques criminelles de la PAF circulent aux Comores. Est-il d’usage pour les vedettes
françaises d’approcher dangereusement
des embarcations clandestines de migrants pour les faire chavirer ?
Pour la première fois, suite à la mobilisation de la Cimade de Mayotte, ellemême interpellée par la Coordination
pour la concorde, la convivialité et la
paix (CCCP), et du député Daniel Goldberg, qui préside le Groupe d’amitié
France-Union des Comores, la Commission nationale de déontologie de la
sécurité (CNDS) a été saisie le 6 décembre par Étienne Pinte, député, et le 7
décembre par la sénatrice Nicole Borvo
Cohen-Seat. Son rapport a été adopté le
14 avril 2008. «La commission a entendu douze des rescapés du naufrage, des
représentants [d’associations]. Elle a
procédé aux auditions des quatre membres de l’équipage de la vedette de la
[PAF] impliquée dans la collision, de
l’adjudant-chef de la gendarmerie qui a
participé aux secours des naufragés, du
directeur et du directeur adjoint de la
[PAF], du chef de centre à l’époque des
faits, ainsi que du directeur de cabinet
du préfet de Mayotte.»
Sur le naufrage
Le chef de bord de la PAF précise :
«Nous voulions, comme toujours, aborder l’embarcation qui transportait des
clandestins en nous positionnant en parallèle par tribord arrière. J’ai soudain
constaté la présence d’une masse noire
sur notre bâbord avant, sous nous. J’ai
ordonné au barreur – et il l’avait déjà
fait en réflexe –, de mettre en marche
arrière toute, mais la collision a eu
lieu tout de suite. [...] les passagers du
kwassa-kwassa, dont certains dormaient,
sont projetés à la mer. Peu d’entre eux
savent nager.»
Avec ses termes diplomatiques, la CNDS
dresse des constats cruels pour la PAF :
«La Commission s’interroge cependant
sur les circonstances de la collision alors
que [...] le kwassa-kwassa, surchargé et
propulsé par un moteur de 15 chevaux,
était peu manœuvrant, ce qui aurait dû
permettre d’éviter une collision. La commission s’interroge sur la maîtrise d’une
vedette équipée de deux moteurs de 350
chevaux chacun, qui aurait pu avoir une
réactivité immédiate en cas d’un éventuel changement de cap du bateau poursuivi.»
Comme souvent dans ce genre de rapports, la conclusion doit revenir sur
l’audace du contenu : « Sans se prononcer sur les causes du naufrage »,
mais tout de même : « La commission
demande qu’il soit impérativement mis
fin, conformément à la réglementation
internationale en vigueur, à la pratique
de la navigation en dérive feux éteints
lors des opérations de recherche en mer
des clandestins.»
Moins d’un mois après la remise de ce
rapport, le 19 mai, Mouammar Kadhafi
accusait les Européens de causer la mort
de clandestins en Méditerranée avec ces
termes : «Ils prétendent parfois porter secours à un bateau mais ils le font
chavirer pour que les immigrants à bord
meurent. Ils disent: “Nous avons essayé
de les secourir” et sauvent un ou deux
immigrés pour donner la preuve de leurs
intentions humanitaires.»
Sans donner crédit à ses propos, se seraitil inspiré de ce rapport ?
Sur le centre de rétention
administrative de Pamandzi
«La commission estime que le centre
de rétention administrative de Mayotte
est indigne de la République. [...] Les
conditions de vie [...] y portent gravement atteinte à la dignité des mineurs
retenus.» Ce constat s’impose après la
description d’un fonctionnement que
l’on attribuerait calomnieusement à un
chenil, tant pour la surpopulation, les
conditions d’hygiène, les deux repas
quotidiens au lieu des trois règlementai-
res, servi sur des plateaux collectifs sans
assiettes ni couverts, en même quantité
quel que soit le nombre de bouches à
nourrir. Et les justifications administratives semblent revendiquer un régime
d’indigénat : « La commission déclare
irrecevables les raisons relatives à de
supposées traditions ancestrales, invoquées par les autorités, pour justifier
l’absence de lits ou de couverts, à la
disposition des personnes retenues».
Le chef du centre indique que la capacité d’accueil théorique de 60 places
«est très régulièrement dépassée pour
atteindre 80 à 90 personnes. Ce nombre
peut s’élever jusqu’à 200, voire exceptionnellement 220 personnes ». Donc
le triplement n’est pas exceptionnel !
Il précise : « Si les capacités d’accueil
du CRA ne permettent pas de recevoir
de nombreux interpellés, nous demandons à la gendarmerie ou à la police de
les garder dans leurs locaux. »
Sur les expulsions express
C’est alors qu’intervient l’inventivité de
nos képis afin d’éviter le quadruplement
des capacités du CRA, tout en dépassant les objectifs chiffrés d’expulsions
de notre République de l’identité nationale : «C’est dans ce contexte que de
nombreuses personnes sont contrôlées,
leur vérification d’identité est effectuée
alors qu’elles sont maintenues dans des
fourgons à proximité des locaux de police ou de gendarmerie, puis directement
éloignées vers Anjouan. Il arrive que
des Mahorais de nationalité française
soient expulsés dans le même mouvement ». Ça leur apprendra à militer pour
l’expulsion des étrangers.
Comme le souligne le directeur de la
PAF, «le mineur qui fait l’objet d’une
expulsion est rattaché à un majeur qui
l’a accompagné dans l’embarcation. Il
est quasiment impossible d’établir un
lien de parenté ; dans ce cas, il est rattaché à un majeur qui l’accompagne,
avec l’accord de ce dernier. [...] Cette
situation, contraire à la réglementation française et internationale, porte
gravement atteinte à l’intérêt supérieur
des enfants. [...] elle concerne un grand
nombre d’enfants». On comprend mieux
la clémence de Nicolas Sarkozy pour les
« Zozos » de l’Arche de Noé : la parenté, pour les Noirs, c’est sans doute
différent...
Il ne reste plus aux autorités que de plaider que Mayotte, au fond, ce n’est pas
tout à fait la France, ce que l’ONU affirme depuis 1975...
Pierre Caminade
N° 170 n Juin 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
À fleur de presse
Laurence Caramel dans Le Monde du 27 mai 2008
La pression démographique
menace les forêts du Congo
À
l’occasion du voyage de Jean-Louis
Borloo au Congo, on explique que la
forêt est menacée : «En particulier
dans cette région où les arbres ne tombent
pas - comme en Amérique du Sud ou en
Asie - sous la poussée de coupes à blanc
pratiquées par les grands exploitants agricoles. Ici, la pression démographique fait
plus de dégâts que l’exploitation forestière.
La population de la République démocratique du Congo devrait passer de 65 millions d’habitants aujourd’hui à 125 millions dans vingt ans. Autour des grandes
villes, des fronts de déforestation se créent
pour alimenter les citadins en bois de
chauffage. Ailleurs, la forêt est grignotée
par la progression des surfaces agricoles
dont les familles tirent leurs seuls moyens
de subsistance.»
Comment peut-on énoncer des affirmations aussi ineptes, avec, toujours, ce
leit-motiv de la propagande qui prétend
rendre responsable la population africaine
des désastres environnementaux. Selon
certaines évaluations, la République démocratique du Congo (RDC) aurait une
capacité d’exploitation annuelle du bois
de 6 à 10 millions de mères cubes. Elle
en exporte officiellement 500 000 par
an. Elle possède une forêt de 86 millions
d’hectares, dont 60 millions exploitables.
La déforestation, par une exploitation
anarchique qui frappe la périphérie des
villes, est un phénomène infime et réversible, pourvu que le pays soit bien géré.
De même, 34 % du territoire national sont
des terres agricoles dont 10 % seulement
sont mises en valeur. Comment l’établis-
sement de misérables champs, sans aucun
moyen mécanique, pour la subsistance
familiale pourrait-elle mettre en péril
cette forêt. Il suffit de réfléchir un peu et
d’avoir le sens des échelles et des quantités pour récuser une pareille affirmation.
Le phénomène le plus inquiétant pour la
forêt congolaise est le saccage de grandes zones de forêt par des grandes compagnies forestières étrangères – pourquoi
ce besoin compulsif de le nier –complices
des chefs de milices, et la fuite clandestine par les pays voisins, Congo-Brazzaville et jusqu’au Cameroun, de quantités
inchiffrables de bois, en tout cas incohérentes avec les surfaces et les quantités
exploitées par les Congolais pour leurs
modestes besoins.
Odile Tobner
Jean-Baptiste Naudet dans Le Nouvel Observateur du 1er mai 2008
Robert Bourgi : «On ne gouverne
pas le monde avec des idéaux»
L
’hebdomadaire dit «de gauche»
ouvre complaisamment ses colonnes à Robert Bourgi, conseiller
Afrique de Sarkozy :
« La démocratie en Afrique, Me Bourgi
n’y croit pas. Cynisme ? “Réalisme, rétorque-t-il. On ne gouverne pas le monde
avec des idéaux.” Sur le continent noir,
“tout se construit autour de la structure
des sociétés africaines, tribale et clanique”. Les élections libres ? “Vous avez
vu comment cela tourne ? Aux massacres interethniques. Aujourd’hui le Kenya, demain peut-être le Zimbabwe”,
[...] “avec les opposants, s’ils arrivent
au pouvoir, ce sera la même chose”, assure-t-il. [...] La corruption des dirigeants
? Là encore, pour Robert Bourgi, c’est
une question de culture : “En Afrique,
le chef, le papa, le grand-père, le grand
frère, l’aîné, doiven t entretenir beaucoup de monde, explique l’africaniste.
Il faut beaucoup d’argent. Un salaire
de 3 millions de CFA mensuels [celui
d’un chef d’État] n’y suffit pas. Vous
me comprenez ?» [...] L’intermédiaire
s’occupe aussi des petites affaires de la
«famille», celles qui empoisonnent la vie.
Un «cousin», un «frère» en détresse financière qui a besoin d’une rallonge car il
n’arrive plus à entretenir son «deuxième
bureau» (sa maîtresse). “C’est très important, s’enflamme l’avocat. En Afrique,
avoir un deuxième bureau, voire un troisième ou un quatrième, c’est une question
de prestige. Ne plus pouvoir les entretenir,
c’est le déshonneur !” [...] [Sarkozy lui a
dit]: “Tu parles pour que les gens sachent
ce qu’est l’Afrique.“ [...] Mais il voudrait
que l’on sache qui il est vraiment, que l’on
admette enfin qu’il n’a fait que son devoir
et que, bien que travaillant avec l’Afrique,
il n’est pas si «noir» que cela.”
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juin 2008 n
N° 170
[Cet article est un chef-d’œuvre de propagande raciste patent. On donne la parole tout
naturellement au porteur des messages les
plus banalement reçus dans le public français – et les plus scandaleux – sans souligner
le moins du monde ce qu’ils ont de raciste,
ce qui revient à les conforter pour le lecteur
de base qui doit « savoir ce qu’est l’Afrique». Cela se résume à l’impossibilité de la
démocratie, puisque tout est ethnique – on
ne craint pas le contresens puisque les émeutes du Kenya sont dues non à des élections
libres, mais au fait qu’elles ont été truquées
– ; au procès a priori de toute opposition,
qui est disqualifiée – procès d’intention valable pour toute élection, dans tout pays – ;
au caractère inéluctable de la corruption,
justifiée par le plus gros des sophismes.
En effet si le « papa » doit «en Afrique»
«entretenir beaucoup de monde», il s’agit
forcément de tous les papas, qui devraient
donc tous disposer de «millions» pour satisfaire aux coutumes africaines.
De même «en Afrique» ne pas avoir de
quoi entretenir des maîtresses, c’est le
«déshonneur». C’est affirmer que la quasi
totalité de la population, qui vit avec moins
d’un dollar par jour, vit forcément dans le
déshonneur. Ces énormes stupidités sont
accréditées comme venant d’un « africaniste ». Tout cela pour faire passer le
«réalisme» de la politique africaine de la
France, euphémisme pour la reconduction
de la domination par la prévarication sur
laquelle cette politique repose, pour la sauvegarde des intérêts français. ]
Odile Tobner
République démocratique du Congo
Bemba, rattrapé par son passé
La Cour pénale
internationale a
obtenu l’arrestation
de Jean-Pierre Bemba,
président du Mouvement
de libération du Congo
(MLC), pour crimes contre
l’humanité et de crimes
de guerre commis en
République centrafricaine en
2002 et 2003. Pourquoi a-t-il
fallu cinq ans pour mettre fin
à son entreprise criminelle ?
O
n aurait tort de ne lire dans cette arrestation, le 25 mai dernier à Bruxelles, qu’un simple hoquet dans la
marche chaotique de la justice internationale.
En effet, M. Bemba n’est pas n’importe qui :
avec 42% des suffrages lors de l’élection présidentielle de 2006, il reste l’un des hommes
politiques les plus influents de la République
démocratique du Congo (RDC). En ce sens,
et au regard des conséquences politiques possibles, il faut avant tout se réjouir de ce qui est
une victoire de la Cour pénale internationale
(CPI): voir appliquer un de ses mandats par
le pays même dans lequel l’accusé a trouvé
refuge, et saluer l’obstination du procureur
Luis Moreno Ocampo.
Mais l’action de la justice belge doit aussi être
replacée dans un contexte particulier.
En effet, la reprise en main, ces derniers mois,
du secteur minier de la RDC, par Joseph Kabila s’est soldée par une crise diplomatique
entre les deux pays. Une crise qui a vu Kinshasa rappeler son ambassadeur à Bruxelles,
réaction aux propos très néo-coloniaux du ministre des affaires étrangères Karel de Gucht,
revendiquant un droit de regard sur la politique congolaise. De toute évidence, ce froid
avec son ancienne colonie a semé le trouble
à Bruxelles, l’élan souverainiste actuel de la
RDC, s’inscrivant à l’instar d’autres pays du
continent, dans une mise en concurrence des
prétendants à l’extraction…
Kinshasa se comporte donc comme un pays
affranchi de tout lien, renversant subtilement
le rapport de force colonial. En ce sens l’action de la police belge peut aussi être interprétée comme un gage offert à Joseph Kabila,
comme une tentative de rattraper la «bévue»
de De Gucht. Ainsi, à la demande du président
congolais, les policiers bruxellois se seraient
empressés de l’arrêter, alors même que son
départ de Belgique était imminent.
Ce faisant, Joseph Kabila se voit libéré de la
menace continuelle que représentait Bemba et
son mouvement, le MLC - ces derniers mois
de nombreuses rumeurs de coup d’État parcouraient la RDC. Cependant, le MLC demeure un mouvement extrêmement populaire, en
particulier dans la capitale ou plus de 70% des
suffrages se portèrent sur M. Bemba en 2006.
Il faut dire que cet homme d’affaire de 45
ans a les moyens de ces ambitions. Fils d’un
millionnaire à la fortune acquise avec l’aide
du maréchal Mobutu, Jean-Pierre Bemba
n’a jamais lésiné sur son dispositif, électoral,
mais surtout militaire, pour arriver au pouvoir.
Toutefois sa quête ne s’est pas embarrassée de
scrupules que ce soit en Ituri, dans sa province
natale de l’Équateur (nord-ouest du Congo)
ou dans divers micro-conflits régionaux, sa
troupe de quelques milliers d’hommes a partout semé la terreur.
Cinq mois de terreur
Cette fois, c’est pour la brève présence du
MLC en République centrafricaine (RCA)
d’octobre 2002 à mars 2003, que Jean-Pierre
Bemba se trouve accusé par la CPI de crimes
contre l’humanité et crimes de guerre. En l’occurrence, ce sont plus de 1100 viols répertoriés,
et de multiples assassinats qui figurent dans le
dossier que Luis Moreno Ocampo instruit depuis mai 2007. Durant cinq mois, ses hommes
ont semé la terreur à Bangui, et Bossangoa.
Replaçons-nous brièvement dans le contexte
de l’époque en Centrafrique. Ange-Félix Patassé fait face depuis six ans à de multiples
rebellions et défections. Or, il ne peut plus
compter sur la présence française puisque, à
l’occasion officielle d’une réorganisation du
dispositif militaire, les deux bases historiques
de Bouar et Bangui ont été fermées en 1998.
Ainsi, après avoir soutenu son régime lors des
mutineries de 1996 avec les opérations Almandin 1 et 2, les soldats français ont quitté
le territoire. En mai 2001, face au putsch raté
de l’ex-président André Kolingba, M. Patassé
ne peut guère compter que sur son bataillon
présidentiel de 800 hommes pour le protéger.
Il acceptera alors une aide militaire libyenne
(agissant sous mandat de la Communauté
des États sahélo-sahariens, Comessa) mais se
tournera également vers Jean-Pierre Bemba,
cette fois à titre privé. Celui-ci lui enverra une
centaine de ses rebelles. L’année suivante, le
25 octobre 2002, le général François Bozizé
investit Bangui (ou plutôt ses 3 000 hommes
venus de N’djamena, lui-même étant hébergé
en France) soutenus par Idriss Deby. Une nouvelle fois, Ange-Félix Patassé compte sur les
300 Libyens présents dans sa capitale. Devant
l’ampleur des combats, il réitère son appel au
MLC qui lui dépêche 1500 hommes depuis
l’autre rive de l’Oubangui. Un apport décisif
qui verra refluer la soldatesque de Bozizé et
ses soutiens tchadiens vers le nord du pays.
Dans les mois qui suivent, c’est une véritable
campagne de terreur, sous l’œil indifférent du
président Patassé, qui se met en place.
Les rebelles du MLC se livrent à de multiples
exactions avec une constance pour les viols
autour de Bangui, Bossangoa et Kaga Bandoro. Les crimes sont avérés et rien ne doit
venir excuser les responsables de cette campagne de terreur. Surtout pas ce terrible constat
de la répétition d’un scénario joué et rejoué par
de nombreux seigneurs de guerre africains.
Le silence de la communauté
internationale
Mais il est tout de même utile de se poser
une question. Pourquoi a-t-il fallu cinq ans
pour mettre fin à l’entreprise criminelle d’un
homme que la communauté internationale jugea même apte à prendre les commandes du
second plus vaste pays africain ? Car, c’est
indiscutable, nous savions ce qui se déroulait,
fin 2002, en République centrafricaine. Une
fois de plus.
Et pour cause ! Dès la fin du mois d’octobre,
afin de fournir un support logistique à la force
d’interposition africaine (Fomuc), les soldats
français étaient de retour à Bangui.
C’était le début de l’opération Boali, encore
d’actualité en mai 2008. À l’époque, l’Élysée
avait déjà misé sur François Bozizé, et le désordre constaté et rapporté par les observateurs
à Bangui ne pouvait que servir la légitimité
de l’ex-chef d’état-major, qui attendra le départ du MLC de Centrafrique en mars 2003,
pour réinvestir, victorieusement cette fois, la
capitale. Jean-Pierre Bemba, grassement rétribué par Ange-Félix Patassé, allait pouvoir se
vêtir d’une respectabilité nouvelle, dans son
costume de vice-président du gouvernement
de transition de la RDC bien que la plainte le
concernant ait été déjà déposée auprès de la
CPI. Ses victimes centrafricaines pouvaient
toujours attendre réparation. C’est donc, avant
tout, en leur nom, qu’il faut saluer ce fait d’arme de la CPI et en dépit de toute interprétation
complexe, n’y relever que la marche courageuse d’une justice porteuse d’espoir pour le
continent. Car d’autres tortionnaires y sévissent.
Stéphane Malhuret
N° 170 n Juin 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
France
La justice aux arrêts
Le Sénat s’apprête-t-il à
brader les responsabilités
de la France vis-à-vis
des victimes de crimes
internationaux ?
On peut lire, dans Le Monde du
15 mai sous la plume de Gérard
Davet : « Dans une note adressée le
7 mai au cabinet du Premier ministre,
le secrétaire général de la Défense
nationale (SGDN), Francis Delon, a
transmis à ses autorités de tutelle un
“projet d’article” issu de “divers travaux interministériels», qu’il souhaite voir insérer dans le futur projet de
loi d’orientation et de programmation
pour la performance de la sécurité
intérieure (Lopsi). Sous le couvert de
“combler les lacunes notables de notre dispositif légal de protection du secret de la défense nationale”, il s’agit
de restreindre notablement le champ
d’intervention des juges d’instruction.
Ces derniers, lors d’affaires récentes,
type Clearstream, frégates de Taïwan
ou Borrel, avaient perquisitionné des
lieux tels que le quai d’Orsay ou le
ministère de la Défense, ainsi que la
loi les y autorise, et saisi des documents classifiés. Si l’avis du SGDN est
suivi au sommet de l’État, cet accès à
des lieux protégés, essentiel dans le
travail d’enquête, ne sera plus possible que sous certaines conditions. Le
projet d’article, intitulé “les investigations judiciaires ne peuvent porter
atteinte au secret de la défense nationale“ est ainsi rédigé : “Lorsqu’un
magistrat envisage de procéder à une
perquisition dans des lieux classifiés
ou abritant des secrets de la défense
nationale, il remet à l’autorité administrative compétente une décision
écrite et motivée indiquant la nature de
l’infraction (…) les raisons justifiant
la perquisition et l’objet de celle-ci».
L’effet de la surprise de la perquisition disparaîtrait de fait. […] Et sans
aucun doute les documents nécessaires aux juges d’instruction pour œuvrer utilement dans le champ de leur
intervention.
C’est encore, chers lecteurs, du pain
sur la planche. Il va falloir d’urgence
«combler les lacunes» et «restreindre notablement» ces tentatives de la
France de s’arranger pour trahir ses
responsabilités internationales et empêcher la justice de fonctionner. Ceci
est d’autant plus urgent que la saison
des plages arrive et que ces initiatives
semblent attirer peu de regards ou de
commentaires. Imaginons qu’un juge
d’instruction souhaite saisir un docu-
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juin 2008 n
N° 170
C
’est sous ce titre que la Coalition française pour la cour pénale internationale (CFCPI),
dont Survie est membre, a publié un
communiqué s’alarmant d’un possible refus de la France «d’assumer ses
responsabilités à l’égard des victimes
de crimes internationaux (génocide,
crimes contre l’humanité et crimes de
guerre).»
C’est à la suite de la publication, le 15
mai, du rapport de la Commission des
lois du sénat que la CFCPI pointe «une
erreur fondamentale» de la commission en considérant que «ce n’est pas
aux États parties 1 mais à la CPI de se
substituer à l’État défaillant qui aurait
été normalement compétent pour juger
l’auteur d’un crime international ».
La CFCPI souligne que l’architecture
du système de justice pénale internationale serait ainsi anéantie. Elle rappelle que le Statut de Rome prévoit que
la CPI se réserve pour les affaires les
plus critiques et qu’il est du devoir incontournable de chaque État de «soumettre à sa juridiction criminelle les
auteurs de crimes internationaux ».
Face à un État ne pouvant ou refusant
de juger les auteurs de crimes relevant
de la responsabilité de la justice internationale, le législateur français ne
peut se défausser. La Coalition ajoute
ce commentaire particulièrement pertinent : «La France a pris des engagements à l’égard de la communauté
internationale, elle doit les assumer.
Dans le cas contraire, elle inciterait
les criminels que la CPI ne peut pas
juger elle-même à trouver l’impunité
sur le territoire français. Cela […]
décrédibiliserait les leçons que notre pays donne volontiers au reste du
monde (ainsi en incitant le Sénégal à
juger le dictateur tchadien Hissène
Habré !»
Une limitation des pouvoirs
des juges d’instruction est à
l’étude
ment ayant trait à la complicité de la
France avec le régime qui a commis le
génocide des Tutsi Rwandais ou que
Félicien Kabuga 2 souhaite s’installer
au Ritz.
Sharon Courtoux
1. Les États parties sont les États ayant ratifié le Statut de Rome instituant la CPI
2. Ancien homme d’affaires, proche de
Juvénal Habyarimana, recherché depuis de
nombreuses années par le TPIR, Félicien
Kabuga a financé la Radio Télévision des
Mille Collines (RTLM) et, selon la plainte
du TPIR, le Fond national de défense dont
il devint le président, destiné à l’achat du
matériel utilisé pour commettre les massacres du génocide. Kabuga a longtemps vécu
caché, et protégé, au Kenya, où il se trouve
peut-être encore.
Ils ont dit
Le 19 mai, Brice Hortefeux, ministre français de l’immigration et de l’identité nationale a été reçu à Yaoundé par le président
du Cameroun, Paul Biya qui a déclaré :
«Comme vous, je pense qu’il n’est pas
bon que nos jeunes partent à l’aventure
dans des conditions qui ne peuvent mener qu’à l’échec. Il faut décourager ces
tentatives», a dit Paul Biya pour qui les
raisons sont entre autres : «Le chômage,
le manque d’avenir, le découragement qui
finissent par l’emporter sur l’attachement
au pays natal et à la sécurité de l’entourage familial.»
«Car si le développement de nos pays
progressait de façon satisfaisante, si notre économie créait des emplois, pourquoi
iraient-ils, au risque de leur vie, chercher
ailleurs ce qui serait à leur portée?»,
s’interroge Paul Biya pour qui «les récentes émeutes de la faims sont des avertissements dont nous devons tous tenir
compte.»
[Vingt-cinq ans après son arrivée au pouvoir, Biya découvre que les jeunes Camerounais n’ont pas d’avenir parce que
le Cameroun ne s’est pas développé. Il
devrait donc démissionner. Car de deux
choses l’une, ou il n’a rien fait de ce qu’il
pouvait faire et l’état lamentable du Cameroun est dû à sa mauvaise gestion, ou il
était totalement impuissant et donc parfaitement inutile à la place où il était. ]
Odile Tobner
Cameroun
L’université des Montagnes, une
réussite envers et contre tout
L’exceptionnelle
réussite de
l’Université des
Montagnes renvoie, à un
État parasite, l’image de sa
gabégie quotidienne.
E
n octobre 2007, j’ai pu visiter, à
Bangangté, l’Université des montagnes (UDM). Depuis sa fondation, j’en avais entendu parler par ses
promoteurs et j’avais envie de découvrir
la réalité de cette institution. Non seulement, je n’ai pas été déçue, mais j’ai
été émerveillée par cette réalisation, sentiment que, il faut l’avouer, j’éprouvais
pour la première fois au Cameroun, où
c’était plutôt l’indignation et la colère
qui m’habitaient devant ce que je vois
quotidiennement des conditions de vie
des habitants et du fonctionnement des
diverses institutions, notamment celles
de l’État.
Il y a d’abord le campus, un ensemble
de modestes bâtiments dispersés dans
un parc boisé bien entretenu. Des allées
conduisent de l’un à l’autre : salles de
cours, laboratoire, bibliothèque, tout est
parfaitement propre et rangé dans une
ambiance de simplicité voire d’austérité.
Partout il n’y a que le strict nécessaire
en équipement. Une ambiance recueillie
règne dans la bibliothèque dont toutes
les tables sont occupées par des étudiants
plongés dans leurs occupations studieuses. Un rapide coup d’œil sur les rayons
qui débordent de livres me surprend par
la richesse et la variété des ouvrages,
parfaitement répertoriés.
Rigueur et modestie
Les différents services fonctionnent sur
le même principe de modestie et de rigueur, bureaux, habitation du directeur,
hôtellerie sont d’une grande simplicité
mais pourvus de tout ce qui est nécessaire à leur fonction. Tout le monde vaque
tranquillement à ses occupations. L’activité humaine est soutenue et organisée.
Mon admiration vient de l’alliance entre
l’économie des moyens et la performance des résultats, qui engendre une grande
satisfaction intellectuelle.
En arrivant dans cette même ville de
Bangangté on avait longé le mur interminable d’une propriété luxueuse, pavages, éclairages, grilles, immense maison,
qu’on m’avait dit appartenir à un notable
local, directeur ou ministre, peu importe.
Cet étalage grandiose, propriété d’un
particulier, était parfaitement choquant,
côtoyant le tout venant d’une agglomération camerounaise qui exhibait ses plaies
habituelles : habitations sordides, voies
défoncées, foule oisive, véhicules brinquebalants et surchargés, étalages hétéroclites dans le plus grand désordre, le
tout donnant la plus désolante impression
d’abandon et de pauvreté.
Biens publics
L’après-midi, on est allé visiter, à quelques kilomètres de Bangangté, le bâtiment de l’hôpital d’application construit
par l’association créatrice de l’Université
des Montagnes. Situé sur un terrain de
deux cents hectares, don du chef local à
l’UDM, où doit se déployer le futur campus universitaire, l’édifice imposant, sur
trois niveaux, est maintenant entièrement
équipé. Deux blocs opératoires complets
et leurs annexes, plusieurs appareils
de dialyse, lits, fauteuils, appareils et
outillages de toute sorte, tout est prêt à
fonctionner et n’attend que les autorisations administratives qui traînent.
Je pense à Mongo Beti, décédé prématurément en 2001, parce qu’aucun hôpital
de Yaoundé, capitale du Cameroun, ne
pouvait alors effectuer une dialyse. Ce
que tous les moyens de l’État n’ont pas
réussi à faire en plusieurs dizaines d’année de gabegie et de dilapidation criminelle, le dévouement et l’intelligence de
simples Camerounais, animés de la volonté farouche de servir la collectivité l’a
réussi en quelques années avec un minimum de moyens.
Cette réussite, bien loin d’être saluée
comme elle le méritait, s’est heurtée aux
plus grandes résistances des institutions
officielles : difficultés pour l’autorisation d’ouverture, difficultés accrues
lorsqu’il s’est agi de sanctionner les
résultats par des diplômes. La première
promotion d’étudiants a dû être envoyée
à Kinshasa pour l’obtention du titre de
médecin.
La qualité et le sérieux des études, reconnus par des autorités universitaires
internationales, n’ont servi qu’à attiser
l’hostilité de gens pour qui le bien public est une notion incompréhensible.
Les exigences émises par l’École de
médecine de Yaoundé pour une homologation des diplômes sont sidérantes :
reversement de 50 % des droits versés
par les étudiants, mainmise sur l’organisation du recrutement, c’est-à-dire
le racket contre le mérite. Alors que
l’État devrait offrir des subventions
à ceux dont le dévouement réalise ce
qui devrait être à la charge de l’autorité publique, il vient, tel un parasite, se
nourrir d’un organisme pour en sucer la
substance jusqu’à le faire dépérir. Au
Cameroun, celui qui a un tampon administratif a une rente. Assis et inutile, il
s’engraisse des ressources de ceux qui
s’échinent durement du matin au soir
pour gagner leur vie ou créer des activités.
L’exceptionnelle réussite de l’Université des montagnes, dont la réputation
dépasse maintenant les frontières du
Cameroun, montre tout ce qu’on peut
faire avec un minimum d’argent, beaucoup de compétence et de dévouement à
la collectivité. C’est cet esprit qui est le
bien le plus précieux, qu’il faut absolument préserver dans un environnement
peu propice, où la vertu est pourchassée et pénalisée. Si cet esprit avait habité ceux qui ont présidé aux destinées
du Cameroun depuis cinquante ans,
le pays et ses habitants brilleraient de
bonheur et de prospérité.
Cet exemple montre ce dont sont capables de simples citoyens Camerounais unis par la volonté de construire
l’avenir. Puissent-ils persévérer malgré les obstacles. Leur victoire fait
honneur au Cameroun, bien plus que
tous les trophées cache-misère dont
le peuple s’enivre pendant 24 heures
avant de retomber dans les tourments
de la pauvreté. Puisse cet exemple ne
pas demeurer isolé et entraîner de nombreuses entreprises citoyennes qui rompront avec la course à l’enrichissement
personnel dont le pouvoir actuel donne
le déplorable exemple, pour une course
à l’épanouissement collectif, seul gage
d’un avenir meilleur.
Odile Tobner
www.udesmontagnes.org
N° 170 n Juin 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Chine
Lumière sur la Chinafrique
L’intérêt de la Chine pour
l’Afrique n’est pas nouveau.
Ses premiers fonds d’aide au
développement existaient déjà
dans les années 1950. À partir
de 1975, ils étaient devenus
plus nombreux que ceux
financés par les États-Unis. La
récente montée en puissance
de ces financements, mais
aussi du commerce sinoafricain et des investissements
privés, est une nouvelle donne.
veloppement (AFD), le DFID britannique ou
l’agence canadienne de développement international (ACDI).
Sécurisation des
matières premières
a Chine affiche désormais une place de
haut rang au sein des institutions internationales, affichant comme objectifs,
la stabilité et le développement de l’Afrique.
En témoigne la présence exponentielle de
contingents chinois dans les forces de maintien de la paix des Nations-Unies ou encore
la récente association de la Chine à une aide
de 41,6 milliards de dollars allouée à l’Association internationale de développement1.
Même modeste en volume (quelques dizaines de millions de dollars), cet apport financier n’est pas passé inaperçu ; d’abord en
raison de son statut de nouvel arrivé dans le
club des donateurs de la Banque mondiale (la
Chine étant encore, il y a dix ans, un pays emprunteur de l’AID). Ensuite, parce que cette
décision confirme la montée en puissance
de l’aide chinoise au développement, qui représente déjà près de 2 milliards dollars par
an, soit plus de 10% de l’aide totale à l’Afrique (hors allègements de dette)2. Lorsque la
Banque européenne d’investissement (BEI)
se vante d’octroyer un prêt de 1,5 milliards
d’euros pour l’extension d’un aéroport européen, la Chine finance, dans le même temps,
l’installation de deux barrages hydroélectriques au Mozambique à hauteur de 2,5 milliards dollars.
Dans le sillage du «Livre blanc sur la politique africaine de la Chine» et du sommet
sino-africain de novembre 2006 à Beijing
(qui avait remporté un franc succès puisque
48 États étaient présents, dont 28 chefs d’État
sur les 53 appartenant à l’Union africaine), le
président Hu Jintao a même clairement affiché son intention de doubler le montant de
son aide à l’Afrique au cours des trois prochaines années. Une agence chinoise d’aide
au développement est d’ailleurs envisagée,
au même titre que l’agence française de dé-
Or derrière la montée en puissance de cette
APD chinoise, se cache un autre enjeu de
taille : la sécurisation des matières premières, qui nécessite des prêts financiers (à taux
préférentiels) aux pays richement dotés de
ressources naturelles. Les pays pétroliers ou
exportateurs de matières premières figurent
d’ailleurs parmi les priorités de la coopération chinoise. Celle-ci bénéficiant surtout, en
2004 et 2005, au Soudan (1,3 milliard $), en
Algérie (1,1 milliard $), au Nigéria (800 millions $) et en Angola (300 millions $). Le
prêt de 9 milliards de dollars accordé, en janvier 2008, à la République démocratique du
Congo en est une autre illustration. Il faisait
déjà suite à un premier prêt de trois milliards
de dollars destinés au développement d’infrastructures et à un second de deux milliards
investis dans une mine de cuivre exploitée
par un consortium associant la Gécamines et
des entreprises chinoises.
Le volume financier de ces prêts laisse rêveur, et a surtout de quoi laisser les autres
bailleurs de fonds, bilatéral ou multilatéral,
à l’âge de bronze. D’autant que la séduction des pays bénéficiaires opère également
sur l’absence de toute conditionnalité, Pékin
étant en effet moins regardant sur le respect
des droits de l’homme ou sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Il a, par
exemple, accordé un prêt de deux milliards
de dollars à l’Angola alors que ce pays était
sommé par la communauté internationale
de rendre des comptes sur la disparition de
quatres milliards de dollars de son budget. Il
contribue également, avec les puissances occidentales, au pillage organisé des ressources
minières de RDC, et attise le sanglant conflit
du Darfour à travers un commerce (public ?)
d’armes et de pétrole.
Les entreprises chinoises sont également
les grandes bénéficiaires des fonds chinois
en Afrique puisque ceux-ci sont quasiment
tous liés à l’acquisition de biens et matériels chinois. En outre, plus d’un quart des
marchés financés par la Banque africaine
de développement et 15% de ceux financés
par la Banque mondiale sont attribués à des
opérateurs chinois. En moyenne 30% moins
chers, ces derniers exécutent désormais plus
de la moitié des grands travaux en Afrique3.
Avec des délais d’exécution plus courts, des
infrastructures «clé en main » pour une qua-
10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juin 2008 n
N° 170
L
lité se rapprochant des normes techniques
internationales, ils découragent de plus en
plus d’opérateurs privés occidentaux qui ne
soumissionnent même plus dans les appels
d’offres auxquels participent leurs concurrents chinois.
Ajoutés au commerce des marchandises, ces
marchés de construction participent, en large
partie, aux échanges sino-africains, qui ont été
multipliés par sept entre 2000 et 2007. Avec un
volume de 70 milliards de dollars, la Chine est
ainsi devenue le premier importateur en Afrique et le second partenaire commercial (importations et exportations) derrière les ÉtatsUnis. Le président Hu Jintao a annoncé que le
commerce sino-africain atteindrait même 100
milliards dollars en 2010, pour devenir le premier partenaire commercial.
1 500 milliards de dollars
En dernier lieu, ce sont les investissements
privés chinois qui ont fait leur entrée remarquée en Afrique. Selon un récent rapport de
la CNUCED, l’investissement chinois en
Afrique sub-saharienne atteindrait 1,6 milliards de dollars en 2006, soit 10% du total
des investissements étrangers en Afrique,
principalement dans les activités pétrolières
et les mines. Par ailleurs, la montée en puissance des fonds souverains risque de changer
la donne de façon radicale au cours des prochaines décennies. Fort de ses 1500 milliards
de dollars de réserves de change, le gouvernement chinois a en effet placé une partie
de cette somme dans de gigantesques fonds
d’investissements (comme la China Investment Corporation, créée en 2007, déjà dotée
d’un capital de 100 milliards de dollars) qui,
avec la crise financière actuelle, rachètent
progressivement des parts du capital des
multinationales du secteur bancaire, énergétique ou minier... Pour reprendre l’expression d’Ambrose Evans Pritchard4, «l’arme
nucléaire financière» de la Chine risque fort
de supplanter rapidement, et brutalement, les
réseaux affairistes de papamadit…
Guillaume Fine
1.Lors de la conférence du 14 décembre 2007, la
Chine a annoncé qu’elle s’associait au plan triennat
de l’AID, institution de la Banque mondiale qui
octroie des dons (à hauteur de 20%) ou des prêts à
taux préférentiel (à hauteur de 80%) aux «pays les
moins avancés» (PMA).
2. Cité par Jean-Raphaël Chaponnière, «Afrique,
quand la Chine change la donne », L’Economie
politique n°38, dont cet article reprend de nom
breuses informations.
3. Cité par une étude de la DGTPE en 2007
4. Cité dans «Fonds souverains, prédateurs, sauveurs
ou dupes ?», Le Monde Diplomatique, mai 2008.
Qui a besoin de
l’Afrique ?
La vocation coloniale
de l’armée française
Le lundi 19 mai, l’ancien
président Valéry Giscard
d’Estaing, à Calvi et le
mercredi 21 mai, ’actuel
président Nicolas sarkozy,
aux Invalides, ont célébré
le trentième anniversaire
de l’intervention française à
Kolwezi au Zaïre, en mai 1978.
O
n peut noter que, de tous les faits
notables de sa présidence, vote à
18 ans, dépénalisation de l’IVG,
c’est cet événement, qui ne concerne guère la
France ni les Français – Kolwezi est au Zaïre
et c’est la légion étrangère qui a été engagée
– que Giscard d’Estaing a choisi de commémorer.
Le récit que les deux présidents en font n’est
pas sans exagérations. Selon Nicolas Sarkozy : «En quelques heures, les légionnaires
prirent le dessus sur un adversaire dix fois
supérieur en nombre […] rebelles fortement
armés» avec « un rapport de force particulièrement défavorable du point de vue des
effectifs en présence.» En réalité, 750 légionnaires parachutistes furent largués sur une
ville conquise par un contingent de rebelles du
Front national de libération du Congo (FNLC)
évalué à 4000 hommes. Valéry Giscard d’Estaing note quant à lui : « À l’aube du 20 mai,
l’opération menée par le REP se révèle une
réussite totale. Son coût humain est élevé. Cinq
légionnaires sont tués au combat. On compte
une vingtaine de blessés. » On s’étonne qu’un
contingent cinq (et non dix) fois plus nombreux ait été réduit si rapidement et n’ait fait
que cinq victimes chez les assaillants. En réalité, les rebelles, qui avaient investi Kolwezi le
13 mai, venaient d’infliger deux revers successifs aux FAZ (forces armées zaïroises) de Mobutu, leur équipement était sommaire et leur
entraînement inexistant. Giscard en rajoute en
disant qu’ils étaient «ivres d’alcool et drogués
de chanvre». Piétinons les vaincus africains.
Les pertes zaïroises s’élevèrent à un millier de
victimes, tandis que 137 européens, parmi les
3000 qui habitaient Kolwezi, employés pour
la plupart à la Gécamines, perdirent la vie au
cours des combats dans des circonstances mal
définies. On ne connaît pas non plus les détails et le bilan du ratissage de la ville et de ses
alentours fait par la légion du 20 au 27 mai,
présenté en ces termes par Nicolas sarkozy : « Les jours suivants, nos forces contraignaient les rebelles à se replier », oubliant
qu’ils s’étaient déjà repliés à l’aube du 20 mai.
Cette opération sur Kolwezi fut le fait, comme
le dit lui-même Giscard, «du seul président de
la République car l’intervention était urgente
et devait rester secrète le plus longtemps possible», en l’absence de tout traité d’assistance
militaire avec le Zaïre.
Nicolas Sarkozy, en même temps que le souvenir de Kolwezi a voulu célébrer les «opérations extérieures» faites par l’armée française
depuis des dizaines d’années, essentiellement
en Afrique et pour maintenir au pouvoir des
régimes contestés. À l’évidence ce n’est pas
«le destin du pays» qui se joue dans ces
opérations et il est abusif, voire scandaleux,
de comparer, comme le fait Sarkozy, ces interventions coloniales aux combats menés
par les poilus de 14-18 ou aux résistants de la
Deuxième Guerre mondiale, combattant l’occupant après la déroute de l’armée française
en 1940.
Par contre, c’est bien le destin des peuples africains qui a été scellé pour le pire par toutes ces
opérations, qui ont conforté et maintenu des
régimes prédateurs. Avoir contribué à ce que
la vie des Africains soit un enfer, est-ce un
genre de victoire dont on peut s’enorgueillir ?
Si Nicolas Sarkozy a voulu donner du lustre à
cette commémoration c’est aussi pour affirmer
les nouvelles tâches de l’armée française. «Ce
n’est pas parce que nous n’avons plus d’ennemi déclaré que la guerre a disparu de notre horizon. ». Alors pourquoi «projeter ses
forces au loin» ? C’est parce que la France
est une grande puissance et doit «défendre, au
besoin par les armes, les valeurs qui nous
sont chères, la liberté, le droit, l’égale et
irréductible dignité de tous les hommes.»
Rappelons que c’est au nom de leur salut
qu’on a déporté et réduit en esclavage les
Africains, puis pour les civiliser qu’on les
a colonisés avec le brillant résultat qu’on
connaît puisque l’Afrique est devenue invivable de misère pour l’immense majorité
de ses habitants.
Quant à nos troupes : «Elles sont
aujourd’hui engagées dans un contexte
difficile, la plupart du temps au contact direct de populations civiles et sous la menace d’adversaires non déclarés, plus faibles
militairement mais qui ne respectent pas
nos valeurs et pas nos principes.» En clair
nous combattons des plus faibles que nous,
qui ne nous veulent pas de mal, mais qui
sont fagotés on ne sait comment et n’ont
pas des têtes de bons chrétiens. Autant dire
qu’il y a du pain sur la planche.
Odile Tobner
E
n mai 2006, au Mali, au cours d’une
rencontre houleuse avec des représentants de la société civile, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur,
avait lancé à un de ses interlocuteurs : « La
France, économiquement, n’a pas besoin de
l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie.» En
effet les Africains, très pauvres, consomment
peu. Il s’était bien gardé de dire ce que représentaient les flux entre l’Afrique et la France
pour des entreprises, publiques comme Areva – que Sarkozy pourrait livrer à Bouygues
(Le Canard Enchaîné, 14 mai 2008) –, privées comme Total, Bouygues, Bolloré, qui
en tirent l’essentiel de leurs bénéfices. Dans
sa diatribe contre Bockel (Nouvel Obs du
1er mai 2008), Robert Bourgi lâche le morceau : «Bockel n’a rien compris à l’Afrique
[…]. Les entreprises françaises allaient tout
perdre.» Quant à Alain Joyandet, secrétaire
d’État à la Coopération, avant de partir au
Congo Brazzaville, il se confie au Journal du
dimanche, (20 mai 2008). «Je vais effectivement inaugurer la plateforme pétrolière de
Total. […]. Par ma présence, je montre l’intérêt que porte l’État français à la présence
et à la performance de cette entreprise sur
le continent africain. Or, l’implantation des
entreprises françaises en Afrique est l’une
de mes priorités. […]Je suis invité par Total
pour l’inauguration […] je veux défendre les
intérêts supérieurs de la France. […] C’est
le rôle de la France que d’appuyer les entreprises.» On ne saurait être plus clair.
La France n’a pas besoin de l’Afrique mais les
milliardaires français si, donc Sarkozy s’incline devant leurs intérêts et met les moyens
diplomatiques et militaires de l’État à leur service – eux, mettent plutôt leurs bénéfices dans
les paradis fiscaux. Il caresse Bongo, flatte
Sassou Nguesso, va démarcher l’Angola, où il
avait d’ailleurs emmené Robert Bourgi, Christophe de Margerie, PDG de Total, l’inévitable
Michel Roussin, vice-président de Bolloré,
etc... dans ses bagages. C’est bien gentil de
parler de «valeurs», encore faut-il savoir lesquelles sont prioritaires. Comme dit son maître à penser Bourgi : « On ne gouverne pas
le monde avec des idéaux.» Je suggère aux
jeunes de banlieue, sermonnés par le pouvoir
sur le respect des «valeurs républicaines»
de se mettre, comme Sarkozy, à l’école de
Bourgi. Cela nous vaudra un beau reportage
du Nouvel Obs, intitulé «On ne se nourrit pas
avec des idéaux». Ce ne sont pas, en effet,
les «valeurs républicaines» qui leur donnent
des emplois, pas plus qu’elles ne remplissent
les caisses de Bolloré, Bouygues et consorts.
Alors, bof !
Odile Tobner
N° 170 n Juin 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
11
À fleur de presse
Chinafrique
Fantasmes et réalité
«
L
’Afrique est ruinée, la Chine est
preneuse». C’est par ce titre digne
des inoubliables Négrologie :
Pourquoi l’Afrique meurt ? et des Comment
la France a perdu l’Afrique ? que l’édition
du 19 mai du Monde a ouvert une page
consacrée à l’ouvrage La Chinafrique, Pékin
à la conquête du continent noir de Serge Michel, Michel Beuret et Paolo Woods, publié
aux éditions Grasset.
D’emblée, le décor est planté. Des enfants qui
saluent des étrangers en mandarin (crise de
lèse-majesté pour les nostalgiques du «Toubab cadeau») et des chefs d’État gabégiques
qui voient «[leur] heure qui sonne enfin» et
qui ne veulent pas laisser filer ce «dernier espoir», incarné par les protagonistes de l’essai,
ces centaines de milliers ou des millions de
Chinois (les sources des auteurs sont pour le
moins imprécises) qui s’installent construisent, vendent et (comble de l’audace) s’enrichissent partout en Afrique.
Dans le rôle des observateurs dépassés, les
occidentaux, «en perte de vitesse» et c’est
normal car selon les auteurs, qui osent parfois
s’attaquer au néocolonialisme mais qui dans
cet extrait rivalisent le plus souvent d’analyses
ethnologiques inspirées plutôt par la fréquentation assidue du café du commerce : « le
Blanc était condescendant et m’as-tu vu ? Le
Chinois reste humble et discret.» Un résumé
un peu simpliste toutefois étayé par l’excellente analyse suivante : «[les] fantassins
[chinois] ont l’habitude de dormir sur une
natte, de ne pas manger de la viande tous les
jours», à peine contredite un peu plus loin
par une sentence définitive sur les Chinois
et les Africains censés incarner les « deux
cultures les plus éloignées que la terre puisse porter.»
Ajoutons, à cette démonstration magistrale,
quelques anecdotes inutiles mais supposée
frapper l’imaginaire, telle celle des Chinois
reprenant un chantier abandonné par Oussam Ben Laden au Soudan, une lexicologie
fantasmagorique sur le thème de l’invasion,
des superlatifs censés frapper le lecteur (par
exemple sur une diaspora chinoise «la plus
nombreuse au monde et la plus riche») des
chiffres chocs sur un commerce chinois certes en pleine expansion (mais jamais comparés à ceux des pays occidentaux) et un catastrophisme de bon ton sur un «continent des
ténèbres», «aux souffrances infinies.»
Nous obtenons, au final, un cocktail de fantasmes et d’imprécisions, mélangées à quelques
analyses géopolitiques parfois pertinentes.
Un style qui, comme on l’a dit plus haut, n’est
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Billets d’Afrique et d’ailleurs
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Juin 2008 n
N° 170
pas sans rappeler un certain Stephen Smith,
cité dans l’extrait suivant : «L’Afrique, ensuite. Les puissances coloniales l’ont pillée
jusqu’en 1960, avant de pérenniser leurs intérêts en y soutenant ses régimes les plus brutaux. L’aide, que l’on estime à 400 milliards
de dollars pour toute la période 1960-2000
(400 milliards, c’est l’équivalent des fonds
que l’élite africaine aurait cachés dans les
banques occidentales), n’a pas produit l’effet
escompté et aurait même, selon une théorie
en vogue, empiré les choses. Il n’empêche,
l’Afrique n’a survécu que grâce au sentiment
de culpabilité des Occidentaux, qu’elle a fini
par décourager. En faisant échouer tous les
programmes de développement, en restant la
victime éternelle des ténèbres, des dictatures,
des génocides, des guerres, des épidémies et
de l’avancée des déserts, elle se montre incapable de participer un jour au festin de la
mondialisation.» «Depuis l’indépendance,
l’Afrique travaille à sa recolonisation. Du
moins, si c’était le but, elle ne s’y prendrait
pas autrement», écrit Stephen Smith dans
Négrologie. Avant de poursuivre avec ces
mots terribles : «Seulement, même en cela,
le continent échoue. Plus personne n’est preneur.» Erreur, la Chine est preneuse...
Quelques mois après le discours de Dakar, la
boîte à fantasmes et à préjugés est donc bel et
bien réouverte, ce qu’on ne peut que déplorer
s’agissant d’un thème de cette importance, qui
mérite d’être traité avec un plus de sérieux et
d’objectivité.
Pierre Rohman
Lettre fondée par F.-X. Verschave
Directrice de la publication : Odile
Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Raphaël De
Benito.
Secrétaire de rédaction : Janine Sfiligoï.
Comité de rédaction : Pierre Caminade,
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Victor Sègre, David Mauger, Odile
Tobner, Vincent Munié.
Ils ont participé à ce numéro :
Stéphane Malhuret, Pierre Rohman,
Guillaume Fine, Yves Cossic.
Abonnements : Alexandre Picheral.
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Commission paritaire n° 0211G87632
Dépôt légal : Juin 2008 - ISSN 1155-1666
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