Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs
In fo r ma ti o n s e t avi s d e r e ch e rch e s u r l e s ava ta r s d e s r e l a ti o n s fra n c o -a fr i c a i n es
Sommaire
ËP. 2 CAMEROUN Faut-il oublier Joe la
Conscience ?
L’auteur de cette tribune, Patrice
Nganang, écrivain camerounais, vit aux
États-Unis depuis 2000 et enseigne à
l’université d’État de New-York.
À FLEUR DE PRESSE: Bêtisier césairien
Des foutaises
ËP. 4 RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Un colonel français mène la torture
La télévision publique suédoise a diffusé
un reportage intitulé Le destin de Joseph,
jeune Congolais torturé en juillet 2003
par des soldats français.
ËP. 5 CONGO-BRAZZAVILLE De l’huile
dans les rouages
La France vient d’accorder une rallonge
de 80 millions d’euros. Un coup de pouce
pour Bolloré ?
ËP. 6 GABON Chinoiseries
La gabegie continue de plus belle.
Dernier exemple en date: le projet de la
mine de fer de Belinga.
Concours de clichés à Bongoville
ËP. 7 TOGO Une supercherie de plus
Faure Gnassingbé a lancé les consultations devant aboutir à la mise en place
d’une commission «vérité-réconciliation». Un leurre à visée électoraliste.
ËP. 8 TCHAD Un nouveau Premier ministre, pas de nouvelles perspectives
La nomination, le 16 avril, d’un nouveau
premier ministre par Idriss Déby ressemble à une ouverture en trompe-l’œil.
LIVRE : L’Afrique répond à Sarkozy
ËP. 9 NIGER Menaces sur la paix. Pendant
ce temps, les affaires continuent...
Moussa Tchangari, directeur du groupe Alternatives Espace Citoyen, personnalité de
la société civile nigérienne cerne le contexte
qui prévaut au Niger.
ËP. 10 FRANCE RWANDA Les aveux
d’apparat
Les glissements du discours officiel
français à propos du génocide rwandais ou
l’exhibition d’un cynisme exalté et d’une
réthorique déplorative. Décryptages.
ËP. 12 CANADA Multinationales
impérieuses et impunies
Un ouvrage décapant sur les agissements
des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique
w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o
Éditorial
Crier famine !
A
utant les graves atteintes aux droits de l’homme, qui sont commises en ce moment au
Tchad et au Cameroun, trouvent peu d’échos dans les médias – la disparition au Tchad
de Ibni Oumar Mahamat Saleh, leader d’un parti d’opposition, et de bien d’autres victimes de la répression de la population civile, l’emprisonnement au Cameroun des artistes Joe
la Conscience et Lapiro de Bango et de nombreux autres Camerounais, qui n’ont fait qu’user
de leur liberté de protestation, n’émeuvent pas les voix officiellement chargées de la défense
des droits humains – autant les «émeutes de la faim ont fait un tabac médiatique.
On retrouve là en effet tous les traits de l’Afrique qu’on aime, naturellement misérable
et victime d’on ne sait quelle malédiction. Tous les poncifs sont au rendez-vous : «Ils
sont trop nombreux, ils ne savent pas cultiver». Tous les messies se sont précipités
pour apporter leurs bons conseils. On a claironné le montant des aumônes de l’aide alimentaire. Selon Le Figaro du 18 avril : «Face la crise alimentaire mondiale, Nicolas
Sarkozy annonce que l’aide française sera portée à 60 millions d’euros [défense de rire]
dès 2008.»
Seule manquait au rendez-vous la description de réalités occultées. Non seulement
l’Afrique peut nourrir ses habitants mais elle nourrit, entre autres, notre continent. D’immenses surfaces sont consacrées en Afrique au thé, au café, au cacao, à la banane, à
l’arachide, toutes productions destinées à l’exportation. Ces productions enrichissent
d’une part les grosses entreprises, étrangères pour la plupart, qui détiennent d’immenses
plantations, d’autre part toute la chaîne de la spéculation sur les marchés internationaux,
tandis qu’elles laissent les populations dans la plus grande pauvreté. Le salaire d’un
ouvrier agricole au Cameroun, sur une bananeraie exploitée par une société française,
est de 25 000 FCFA, 38 euros mensuels. Soit moins de 1000 FCFA pour dix heures quotidiennes de travail, tandis que le carburant au Cameroun, pays producteur de pétrole,
est à 600 FCFA le litre à la pompe. La bouteille de gaz de 30 kg est à 6000 FCFA, le
sac de ciment également. L’électricité est à 70 FCFA le kW (deux fois plus cher que le
prix moyen en France). Autant dire que l’accès à ces modestes biens est réservé à une
minorité. Le marché du gaz, du ciment, de l’électricité, produits localement, est possédé
majoritairement par des sociétés étrangères qui dictent les prix.
Les productions vivrières locales sont concurrencées par l’invasion des sous-produits de
l’industrie agroalimentaire française : farine, poulets. Le pain, de très basse qualité, est
consommé au détriment du bâton de manioc, bien plus nourrissant, facile à produire localement, et qui serait à l’abri des fluctuations du marché mondial. Bien loin d’aider les
producteurs locaux, tout est fait pour les racketter, les décourager. Le transport intérieur
est pénalisé par toutes sortes de prélèvements qui s’ajoutent au prix prohibitif des carburants. Mais l’Aide française au développement vient de subventionner au Cameroun la
production de haricots verts pour l’industrie agroalimentaire de la conserverie française.
Avec les salaires qu’elles touchent, les ouvrières de la mise en boîte ne peuvent pas
subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.
La liste des aberrations économiques que subit l’Afrique serait infinie. Mais les peuples qui en sont victimes sont sans voix, muselés par des pouvoirs féroces pour leur
population mais sans courage, sans intelligence, sans imagination, quand il s’agit d’être
asservis aux intérêts de l’ancienne puissance coloniale et des organismes économiques
internationaux représentant ceux des grandes puissances mondiales. Ressent-on, dans
ces conditions, l’injure que constitue l’aide, particulièrement dérisoire et méprisante,
avec quelques larmes en prime pour s’apitoyer sur ceux qui ont faim ?
Odile Tobner
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 169 - Mai 2008 - 2,30 euros
Tribune
Patrice Nganang, écrivain et enseignant camerounais
Faut-il oublier Joe la Conscience ?
Écrivain camerounais,
Patrice Nganang est l’auteur
de la trilogie romanesque
Histoires de sous-quartiers,
comprenant La Promesse
des fleurs (L’Harmattan,
1997), Temps de chien
(Le Serpent à plumes, 2001,
Grand prix de la littérature
d’Afrique noire et prix
Marguerite Yourcenar), et La
Joie de vivre (Le Serpent à
plumes, 2003), d’un
essai sur Brecht et Soyinka,
d’un livre de poésie, Elobi,
de nouvelles, Dernières
nouvelles du colonialisme
en 2006, de contes,
L’Invention du beau regard
en 2005 et d’essais, Le
principe dissident en 2005
et Manifeste d’une nouvelle
littérature africaine, en
2007.
Il vit aux États-Unis depuis
2000 et enseigne les
littératures françaises et
allemandes à l’université
d’État de New-York.
J
amais les arts n’ont été aussi annonciateurs de l’advenir du Cameroun ; mais jamais aussi les
artistes n’ont été aussi seuls ! Si à
Douala, en ce février, c’était avec le
courage d’un peintre, Mboua Massock, que les feux de la colère se sont
soudain saisis de la poudrière qu’est
notre réalité, à Yaoundé, les menottes qui retiennent les poignets du musicien de reggae Joe la Conscience,
à Kondengui, sont celles qui, avec
le changement de l’article 6.2. de la
Constitution de notre pays, veulent
enchainer notre futur. Que ce dernier
ait été très vite rejoint dans sa solitude
par un autre partisan du front du non,
le musicien Lapiro de Mbanga, n’inscrit qu’encore plus la voix de l’artiste
dans notre gorge à tous, dans notre vo-
lonté à chacun de donner à notre pays
un avenir qui vaille la peine. C’est qu’il
est clair : avec le changement des articles de notre Constitution, c’est floués
que nous avons été tous ; c’est piétinés
que nous avons été par le despote qui,
plus que jamais, s’est retranché dans son
palais du silence, lui qui, sans blague,
finira par emprisonner tous ses ministres
sans comprendre qu’il ne s’en condamne que plus lourdement ! Mais voilà en
ces jours où l’infamie danse le coupédécalé de la victoire, ce n’est pas lui qui
nous concerne, mais plutôt la profonde
solitude camerounaise.
Comment le croire ? Il ne se sera
donc élevé aucune voix vraiment forte
ailleurs pour déculoter le despote, ni de
France, ni d’Angleterre, ni des ÉtatsUnis! Ainsi à la différence du Nigeria,
2 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2008 n No 169
notre voisin, où, comme nous le savons
tous, Obasanjo, dans des conditions
similaires à celles de notre pays, il y
a tout juste deux ans, fut vertement
éconduit par la communauté internationale dans ses maléfiques intentions
de changer la Constitution de son pays,
chez nous finalement l’UE et les ÉtatsUnis se seront contentés de murmurer
leur désapprobation de forme devant
les violences de l’État en même temps
qu’ils faisaient un clin d’œil complice
au potentat. Le visage de leur abandon
du peuple camerounais dans le viol
public de son expérience démocratique, c’est le kidnapping sur le perron
de l’ambassade des États-Unis, de Joe
la Conscience que même sa méthode
non violente n’aura pas sauvé. C’est
l’abandon du chanteur-activiste à son
À fleur de presse
sort dans la cour même d’un pays qui
veut nous enseigner la démocratie.
Aujourd’hui, la Constitution du Cameroun est ainsi boiteuse de l’article 6.2
qui nous a jadis comme aujourd’hui
coûté la centaine de morts, et obèse de
nombreux autres articles traitres qui de
facto nous rejettent vingt ans en arrière,
au cœur de la dictature dont à vrai dire
nous n’étions jamais sortis.
Au lieu de suivre l’exemple nigérian,
l’Assemblée nationale a donc, devant
tout le monde, aligné notre pays sur
le paradigme togolais de la restauration autocratique, le défunt président
de cette virgule de pays, Gnassingbé
Eyadema ayant été le premier président africain qui, le 30 décembre
2002, en faisant sauter le verrou de la
limitation sage des mandats présidentiels, ouvrit le bal infâme dans lequel
après l’Ouganda, le Gabon, le Tchad,
le Cameroun est aujourd’hui un des
participants. Comment oublier que ce
tout petit pays ouvrit tout aussi le bal
des successions héréditaires en République, quand le 6 février 2005 il y
fut décidé soudain d’installer le fils
d’Eyadema comme président? Bien
plus sérieux encore: comment oublier
non plus que le 13 janvier 1963, c’est
encore dans l’identique Togo, et avec
le même Gnassingbé Eyadema, que
s’ouvrit le bal africain des coups d’État
qui aura laissé entre autres crimes, le
génocide du Biafra et celui du Rwanda
sur les carreaux de l’histoire africaine,
tous ces malheurs ayant commencé
avec un coup d’État? Dire que le choix
du paradigme togolais est le choix du
chemin du désastre, ce n’est pas exagérer! Les députés du RDPC et de l’UNDP qui ont voté pour l’amendement de
l’article 6.2 de la Constitution du Cameroun, et se sont congratulés après,
savent-ils seulement quelle histoire ils
ont choisi pour notre pays ? Or c’est
de la noirceur de cette nuit des longs
couteaux dans laquelle nous ont ainsi
plongé les grandes ambitions que pour
notre futur à tous retentit ma question
simple : maintenant que notre Constitution n’a plus son article 6.2 dans la
forme qu’on sait, faut-il oublier Joe la
Conscience ?
Je pose cette question avec, devant
moi, deux photos de l’artiste, l’une,
où il est grassouillet, avec à son cou la
pancarte «touche pas à ma Constitution», et l’autre, publiée dans Mutations, où on le retrouve, au fond de sa
cellule, fondu, oui, avec des menottes
aux mains. Jamais défaite d’un peuple
n’a été aussi visible sur le visage d’un
seul homme ! J’ai dit défaite ? O, ce
n’est que d’une bataille qu’il s’agit,
comme jadis proclama de Gaulle quand
son pays venait de recevoir une raclée !
Car c’est une évidence que l’histoire de
notre pays, et je veux dire, de la population de notre pays est, et sera toujours
plus longue que celle du despotisme qui
aujourd’hui croit s’être donné une dose
de jouvence! Et pourtant, la solitude de
Joe la Conscience est celle de chacun
d’entre nous. Que Joe ne soit laissé qu’à
la sollicitude de son épouse qui vient
du lointain Loum lui rendre visite, et de
quelques amis épars, est le signe le plus
dangereux que la scène publique camerounaise peut nous donner en cette
heure de notre pause rageuse. Car chez
un artiste comme chez chacun d’entre
nous, n’est-ce pas la même voix qui rie,
chante, pleure et se tait ? N’est-ce pas
la même voix qui parle et qui vote ?
La voix des artistes qui dans plusieurs
de nos villes a crié la rage couverte de
ceux-là qui parmi nous n’envoient pas
de motion de soutien à la présidence,
n’est-ce pas la voix du citoyen que nous
sommes tous en réalité depuis l’indépendance de notre pays des colons, et
qui s’exprime par le vote ?
À travers Joe, la véritable question
s’impose aujourd’hui : allons-nous
oublier ce millier de nos petits-frères
qui auront été jetés en taule à travers le
pays pour avoir avec des armes de fortune demandé cela qui est la chose la plus
juste : un futur autre que le despotisme
pour notre pays ? Abandonner Joe la
Conscience dans le trou infect de sa
cellule, où d’ailleurs on me le dit gravement malade, abandonner Lapiro de
Mbanga, abandonner à leur sort donc
ces milliers de jeunes qui, comme
eux, auront pour nous voulu précipiter l’avenir d’un Cameroun sans Biya,
c’est dire à quiconque se lèvera demain
pour revendiquer sa citoyenneté qu’il
est seul. Oublier dans les miasmes de
leur solitude ces damnés qui auront rêvé
de notre avenir certain, c’est planter le
découragement dans le cœur de chaque
citoyen qui, comme eux, demain voudra
s’élever pour repousser les frontières de
la nuit qui vient de nous recouvrir. C’est
donc inscrire encore plus le despotisme
dans la racine de notre vie, car plus que
tout le capital politique du despote, et
nous en vivons les résultats dramatiques
aujourd’hui, c’est notre découragement,
et donc, la dépolitisation de la population dont les élections législatives du
22 juillet 2007 ont donné le résultat le
plus évident, berceau qu’elles auront
été de cette Assemblée nationale qui
aujourd’hui nous a planté un couteau
dans le dos.
Bêtisier césairien
La disparition de Césaire a été l’occasion
de nombreux couacs dans les médias hexagonaux, qui ont brillé par leur ignorance et
leur racisme. PPDA a fait l’ouverture de
son journal sur TF1 par la phrase : «La
Martinique est en deuil». Nul doute que
lorsque Denis Tillinac quittera ce monde
on dira « le Périgord est en deuil ». On
a entendu ailleurs qualifier Césaire de
«francophone». Personne n’a pensé à
déplorer la disparition du plus grand écrivain français vivant. Tout a été rabattu sur
l’exotisme et la «négritude» caricaturée
pour l’occasion par les bavards de service.
Et comme personne de ce beau monde ne
connaît l’œuvre de Césaire on a déformé à
qui mieux mieux les titres et les genres. Sur
le plateau de Guillaume Durand on a parlé
du «Cahier du retour au pays natal» au
lieu «d’un retour» et du «Discours contre
le colonialisme», au lieu de «sur le colonialisme». On a parlé de la pièce de théâtre
sur Toussaint Louverture, qui est en réalité
un essai politique, confondant sans doute
avec La tragédie du roi Christophe. Enfin,
au journal de France 3, on a annoncé la lecture de quelques vers du poète, dont la poésie n’a jamais été sous forme versifiée, ce
qui était aisément vérifiable à l’audition de
l’extrait en question. Mais quoi on parlait
de Césaire, c’était déjà bien beau. S’il fallait en plus s’informer avant de parler d’un
noir, faut pas rêver.
Odile Tobner
« Des foutaises…»
Pendant vingt-six ans, Jean Mauriac, journaliste reporter à l’Agence France Presse
a suivi les faits et gestes de celui qu’il
considérait comme un second père : le
général de Gaulle. Aujourd’hui retraité, le
fils cadet de François Mauriac est passé
des dépêches d’agence au livre d’entretiens. Dans un ouvrage récent, Le général et le journaliste. Conversations avec
Jean-Luc Barré (Fayard, janvier 2008),
il dévoile quelques arrière-pensées du
«grand Charles». Comme ce jour de 1958
où, pendant une tournée africaine destinée
à vanter l’ «interdépendance», il lui révéla que «tout cela n’était que foutaises».
L’acte de naissance de la Françafrique en
quelque sorte. Une hydre qui allait grandir dans l’ombre, nullement dérangée par
un journaliste militant et fervent gaulliste
qui aujourd’hui s’interroge naïvement :
«Pourquoi le Général me confiait-il ces
desseins secrets qui auraient suffi à faire
sauter la boutique ?».
Rdb
No 169 n Mai 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 3
Salves
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Un colonel français mène la torture
La télévision publique
suédoise SVT a
diffusé, le 2 avril, un
reportage intitulé Le destin
de Joseph1 du nom d’un
jeune Congolais torturé en
juillet 2003 par des soldats
français présents en
République démocratique
du Congo (RDC) dans le
cadre de l’opération Artémis.
Dérapage, ou tradition ?
S
elon des militaires suédois, la victime a été interrogée et a subi, durant
plusieurs heures, différentes tortures dans la base militaire franco-suédoise
Chem-Chem: strangulation avec un lacet,
supplice de la baignoire, électricité et enfin
simulation d’exécution publique. Menées
par le colonel Rastouil, certaines se sont
déroulées publiquement, et, de toute façon, «c’était comme si l’on étranglait un
chat : personne, dans le camp, ne pouvait
éviter de l’entendre. Celui qui dit qu’il n’a
pas entendu est un menteur», affirme un
des témoins. Le Congolais a ensuite été
officiellement relâché quelques heures
après sa capture, à plusieurs kilomètres de
distance. «La question est de savoir où»,
s’interroge un militaire suédois. «Si c’est
dans le camp de ses adversaires, cela signifie un arrêt de mort.»
Les zones d’ombre de
l’opération Artémis
Artémis avait déjà à l’époque suscité des
interrogations. Officiellement, il s’agissait
d’empêcher «une catastrophe humanitaire»
en Ituri, et de sécuriser la ville de Bunia, enjeu d’une lutte meurtrière, après le retrait des
troupes ougandaises, entre deux factions:
l’Union des patriotes congolais (UPC), qui
prétendait représenter l’ethnie héma, et le
Front des nationalistes intégrationnistes (FNI)
qui prétendait représenter l’ethnie lendu.2
Le mandat de la force européenne étant très
limité dans le temps et dans l’espace, les
massacres s’étaient poursuivis hors de Bunia, en grande partie vidée de ses habitants;
et la mission s’était achevée sans qu’aucune
amélioration ne soit apportée à la crise régionale. En revanche, de fortes suspicions pesaient sur la diplomatie secrète française, accusée à demi-mot, quelques mois auparavant,
par des officiers sud-africains d’avoir réarmé
les FDLR dans sa guerre de l’ombre contre le
Rwanda.3
Artémis avait également été soupçonnée
d’avoir en fait servi à rééquilibrer le rapport
des forces entre le FNI et l’UPC, au détriment de cette dernière les Héma étant apparentés aux Tutsi dans les représentations
ethnistes héritées de la période coloniale (et
toujours en vigueur dans l’armée française).
Les militaires français d’Artémis s’étaient
aussi félicités d’avoir remis à l’Ouganda des
armes confisquées à l’UPC. Or, c’est ce pays
qui armait à ce moment le FNI et d’autres
milices… Artémis était originellement une
opération française, transformée ensuite en
opération européenne, la première du genre en Afrique. Mais très peu d’autres pays
avaient contribué autrement que de manière
purement symbolique. La Suède y avait envoyé ses forces spéciales : 80 hommes du
groupe spécial de sécurité (SSG) et la Compagnie d’action des parachutistes.
Impunité
Face aux tortures infligées par les militaires français, certains des soldats suédois
s’étaient immédiatement plaints à leur chef,
le lieutenant-colonel Hans Alm. Mais ce
dernier se serait contenté de demander un
peu plus de discrétion au colonel Rastouil, et
avait étouffé le rapport qu’un de ses soldats
souhaitait faire remonter au quartier général
de l’armée, à Stockholm. À son retour de
mission, Alm était promu colonel, Rastouil
est depuis devenu général. Il a commandé le
1er RPIMa à Bayonne, puis le service Action
de la DGSE. Il est aujourd’hui membre du
Centre des hautes études militaires (Chem),
et de l’Institut des hautes études de défense
nationale (IHEDN). Alm a été décoré en
France, tandis que Rastouil recevait du roi de
Suède «l’une des plus hautes décoration que
la Suède puisse donner à un étranger.»
À leur retour de RDC, d’autres soldats faisaient malgré tout remonter l’information
auprès de leurs supérieurs, et le chef des
armées, Hâkan Syrén en était personnellement averti à l’été 2006. Il a toutefois fallu attendre qu’un officier présent en RDC
délivre un rapport officiel à son unité pour
qu’une enquête officielle soit déclenchée
au printemps 2007. La Défense nationale
suédoise a communiqué le contenu de
ce rapport à son homologue française en
décembre 2007, et celle-ci a été invitée à
prendre part à l’enquête, demande restée
sans réponse. Le mois dernier, le ministre
de la Défense suédois, Roger Magneraad,
a publiquement accusé les soldats français
4 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2008 n No 169
d’avoir «utilisé des méthodes s’apparentant à la torture». Le colonel Hans Alm,
qui servait à nouveau au côté des militaires français au sein de l’Eufor, cette fois au
Tchad, a été relevé de son commandement
en attendant le résultat d’une enquête interne, de même que le chef des forces spéciales. Côté français, on a d’abord affirmé
qu’une première enquête «n’avait pas
permis de corroborer les allégations» des
militaires suédois. Juste avant la diffusion du
documentaire, quelques articles ayant paru
dans la presse française, le chef d’état-major
des armées, le général Jean-Louis Gergolin,
a décidé de confier une nouvelle enquête
«approfondie» à l’Inspection des forces en
opération sous la direction du général Paimbault. «Si ces faits étaient confirmés, ils seraient sanctionnés de manière impitoyable»,
affirmait de son côté le porte-parole adjoint
de l’état-major des armées à Paris, le général
Christian Baptiste. L’enquête «approfondie,
menée avec le soutien et la collaboration des
forces armées suédoises» a livré ses résultats
moins d’un mois après avoir été déclenchée:
le jeune Congolais «fortement suspecté d’appartenir à l’UPC (…) n’a subi ni torture, ni
sévices». L’interprétation initiale suédoise a
simplement «été troublée par des conflits de
personnes, et une perception erronée de la
situation», selon un communiqué du ministère de la Défense. La Libre Belgique ne se
trompait pas, qui affirmait, le 3 avril : «Une
enquête internationale doit être ouverte car
la seule enquête française ne peut pas être
crédible. Le gouvernement français ayant
pour habitude de nier les actes délictuels et
criminels de ses citoyens en Afrique. Ou, tout
simplement de faire en sorte qu’ils échappent
à la justice des pays africains.» A fortiori s’il
s’agit de militaires…
Dérapage ou tradition ?
Christophe Rastouil n’était pas un
simple soldat, il donnait l’exemple.
Son supérieur, à l’époque à la tête du
COS, était le général Poncet. Celui-là
même qui dirigeait, en Côte d’Ivoire,
l’opération Licorne au moment du carnage commis par l’armée française en
novembre 2004. Le général Poncet est
également accusé par ses subordonnés
d’avoir ordonné le meurtre d’un Ivoirien, Firmin Mathé, en 2005.
«Que peut-on penser de tout ça?», s’interroge sur son blog Jean-Dominique Merchet, le journaliste de Libération en charge
des questions de Défense. Le contexte peut
expliquer des dérapages, pas les justifier.
En RDC, les militaires européens se sont
retrouvés plongés dans un univers d’une extrême violence, avec des tueries, des scènes
de cruauté et des actes d’anthropophagie.»
Le même journaliste avait estimé à l’époque
du meurtre de Mahé : «Une chose semble
incontestable ; depuis sa mort, la situation
est redevenue très calme dans la région».4
Sauf que Firmin Mahé n’était finalement pas
le dangereux «coupeur de route» que les
soldats français croyait avoir étouffé...
La «sauvagerie» africaine et la «barbarie»
arabe ont toujours justifié le recours à des procédés spéciaux de la part de l’armée française
en Afrique. Le contexte congolais n’explique
rien : le FNI, qui a bénéficié de l’indulgence
de l’armée française, n’était pas moins criminel que l’UPC ; et la RDC n’est pas le seul
pays où de tels procédés ont été mis en œuvre
par des militaires français. Certaines méthodes n’ont jamais été reniées depuis l’époque
où leur utilisation était théorisée et mise en
œuvre à grande échelle en Algérie par les tenants de la guerre antisubversive. Dans le documentaire de la SVT, le lieutenant-général
suédois Johan Kihl estimait : « des choses
comme ça [la torture utilisée contre le jeune
Congolais] ne servent pas à extraire des renseignements, il s´agit de terrifier des gens ».
En 2003, l’officier suédois qui commandait
les forces spéciales en Ituri affirmait : «Nous
avons appris l’Afrique aux côtés des Français», ce à quoi Rastouil répondait : «Nous
nous sommes efforcés de leur donner les clés
pour s’adapter.» (Le Monde, 1er novembre
2003).
Ce double héritage, la nostalgie coloniale
et les techniques de la «guerre révolutionnaire », est particulièrement cultivé au sein
des troupes de marine et des forces spéciales. Il débouche inévitablement sur des actions criminelles de plus ou moins grande
ampleur. L’impunité à nouveau réaffirmée
aujourd’hui par la hiérarchie militaire vaut
encouragement.
Victor Sègre
1. Documentaire de Sven Bergman, Joachim
Dyfvermark et Fredrik Laurin dont le résumé
traduit en français peut-être consulté sur le site
de la SVT :
http://svt.se/svt/jsp/Crosslink.jsp?d=90352&a=1
101020&lid=puff_1094500&lpos=extra_0
2 : Les deux mouvements se sont rendus coupables de nombreux crimes contre l’Humanité. Sur
ce point comme sur les enjeux régionaux et les
origines du conflit, lire «Ituri couvert de sang »,
rapport de Human Right Watch, juillet 2003.
3 : Cf. Billets d’Afrique n°110, janvier 2003.
C’est également au cours de l’opération Artémis
qu’Abdul Ruzibiza, le principal témoin du juge
Bruguière, avait été exfiltré par la DGSE.
4 : Jean-Dominique Merchet : «La Grande
Muette l’est beaucoup moins qu’on le croit généralement», Chat avec les lecteurs de Libération,
6 décembre 2005.
CONGO-BRAZZAVILLE
De l’huile dans
les rouages
La France a accordé,
le 2 avril dernier,
une rallonge de 80
millions d’euros au Congo.
Un crédit supplémentaire
qui ressemble fort à un coup
de pouce aux affaires de
Vincent Bolloré. Mais cela
sera-t-il suffisant ?
C
’est en sortant d’une entrevue avec
Denis Sassou Nguesso que l’ambassadeur de France à Brazza, Nicolas
Normand a annoncé la bonne nouvelle : avec
80 millions d’euros de plus, l’aide française au
Congo est portée à 260 millions d’euros sur
cinq ans. Rappelons qu’en décembre dernier,
après un entretien à Paris avec Denis Sassou
Nguesso, Nicolas Sarkozy avait arbitré pour
une aide française de 185 millions d’euros
contre seulement 80 millions proposés par les
experts du Trésor français. Ces derniers estimaient que le Congo n’avait pas besoin de
l’obole du contribuable français. Ils avaient
bien raison puisque la production pétrolière du
pays devrait atteindre, en 2008, selon les prévisions, les 13 millions de tonnes. On devinait
déjà quelles seraient les contreparties d’une
générosité si intéressée.
Au Congo, l’Agence française de développement (AFD) devrait financer partiellement
le projet d’assainissement de la capitale (eau,
électricité, voirie mais aussi hôpitaux et centres de santé) lancé le 17 avril.
Mais cette coopération renforcée concerne
également le programme d’investissement
prioritaire (PIP) du port autonome de Pointe-Noire, dont le coût global est d’environ
90 millions d’euros. Les études de faisabilité
de ce programme avaient d’ailleurs été financées et réalisées par l’Agence française de
développement (AFD). Un organe opaque, le
Comité des privatisations, piloté en sous-main
par Sassou, est chargé d’attribuer la mise en
concession du terminal à conteneurs de l’unique port maritime congolais, porte d’entrée et
de sortie de l’Afrique centrale. Parmi les postulants figure évidemment le groupe Bolloré
dont la candidature est directement soutenue
par l’Élysée.
Avec la construction et l’amélioration de ses
infrastructures portuaires, le port de PointeNoire prévoit d’augmenter la capacité du ter-
minal à conteneurs de 250 000 conteneurs actuellement à plus de 500 000 conteneurs. Une
mine d’or pour le groupe Bolloré et sa filiale
SDV déjà acteur majeur du port de PointeNoire et qui a annoncé, en février dernier,
vouloir y investir de façon significative.
On peut donc s’interroger sur cette rallonge
opportune d’argent public alors que l’ami du
président français est engagé dans la «guerre
des ports africains ». Un crédit supplémentaire qui comme l’huile permettra, sans doute, au
moteur françafricain d’éviter toute surchauffe
éventuelle. Il faut dire que son concurrent le
plus sérieux, Dubaï Ports World contrôle déjà
celui de Dakar et lorgne sur Djibouti mais
aussi Alger. D’autant que Dubaï Ports World
aurait surenchéri en dernière minute sur l’offre
de Bolloré avec une grosse «commission»
pour Sassou. Coupera-t-il la poire en deux en
choisissant Dubaï pour la gestion du terminal
à conteneurs et Bolloré pour la reprise du chemin de fer Congo Océan (CFCO) ?
Fidèle à sa stratégie dite «du transport intégré», Vincent Bolloré lorgne également
sur le chemin de fer Congo Océan (CFCO),
épine dorsale de l’économie congolaise reliant
Brazza à Pointe-Noire sur 510 km. Bien que
confronté à de graves problèmes techniques,
économiques et financiers, le CFCO reste stratégique et suscite les convoitises. Dominique
Lafont, directeur Afrique du groupe Bolloré
est d’ailleurs clair : « La réussite de la mise
en concession du terminal à conteneurs suppose (…) la réactivation du corridor qui monte jusqu’aux pays de l’hinterland ». Le CFCO
assure en effet le trafic commercial (avec correspondances vers la Centrafrique, le Tchad,
le Cameroun et la RDC) des hydrocarbures
et des produits de base comme le cacao ou le
bois. Histoire de mettre toutes les chances de
son côté, le groupe Bolloré a même offert une
assistance technique gratuite avec la mise à
disposition de trois experts, spécialiste de l’exploitation ferroviaire et auditeur de gestion.
L’annonce a été faite quinze jours avant la date
de l’attribution du marché prévue le 27 avril (à
l’heure où nous écrivons ces lignes, le résultat
n’est pas connu). Une annonce faite par le ministre transports et de l’aviation civile, Emile
Ouosso. Et de rajouter : «Les intérêts du
groupe (Bolloré) sont bien analysés, perçus
et acceptés». On ne saurait mieux dire.
Quoi qu’on en dise, les petits services rendus
à Nicolas Sarkozy par Vincent Bolloré ont
un prix…pour le contribuable français.
RdB
No 169 n Mai 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 5
Salves
GABON
Chinoiseries
La gabegie continue
de plus belle. Dernier
exemple en date : le
projet de la mine de fer de
Belinga ou comment Omar
Bongo brade les ressources
gabonaises. Une très vieille
habitude.
L
’exploitation de la mine de fer
de Belinga au nord-est du Gabon à proximité de la frontière
avec le Congo-Brazzaville, nécessite
la construction d’un barrage pour l’alimentation en énergie ainsi que d’une
route de desserte.
Un appel d’offres a donc été lancé par
le gouvernement gabonais aux termes
duquel le projet français a été écarté (on
a connu la Françafrique en meilleure
forme), le projet brésilien étant jugé
meilleur, mais c’est en définitive le projet chinois qui a été retenu…
Une étude réalisée par EDF en 1966 indiquait que les chutes de Tsengué Lélédi se prêtaient bien à l’aménagement
hydroélectrique souhaité : sols graniti-
ques, garantie de débit et productivité
assurés, alimentation en électricité, sur
un axe de 300 km, de nombreux villages
et petites villes, peu ou pas de risques
d’inondations et enfin un site situé suffisamment loin du parc naturel d’Ivindo,
atout majeur d’un tourisme encore embryonnaire mais qui ne demande qu’à
être développé.
Or, le projet de la compagnie chinoise
CMEC prévoit l’installation d’un gigantesque barrage sur le site de Kongou, dédale de chutes et de cascades étalé sur
plus de 2 km. C’est l’un des sites phares du réseau des parcs nationaux gabonais. Une telle installation entrainerait à
coup sûr outre la destruction de ce site,
l’inondation d’une partie du parc naturel
d’Ivindo.
Le contrat entre le Gabon et le partenaire
chinois, montre s’il en était besoin que
la Françafrique a désormais des émules,
l’élève n’étant pas loin de dépasser le
maître.
Qu’on en juge : vingt-cinq ans d’exonération d’impôts et taxes, dégâts environnementaux à la charge du Gabon, mais le
meilleur reste à venir…
Alors que le périmètre nécessaire à la
réalisation du projet est de 500 km2, le
contrat porte sur la mise à disposition
de 7 700 km2 soit 15 fois plus, et a pour
conséquence évidente la mise à disposition «gracieuse» d’importantes ressources en bois, or et diamants.
Ultime bizarrerie, la surface concédée
concerne non seulement le Gabon mais
s’étend également au Congo voisin…
Apparemment Omar Bongo et son beaupère Denis Sassou N’Guesso viennent
de lancer un nouveau concept qui n’en
doutons pas est plein de promesses : le
bradage familial transfrontalier…
Comment en est-on
arrivé là ?
Selon les règles officiellement en usage
au Gabon en matière de contrat avec un
partenaire étranger, si l’investissement
est à la charge de ce dernier (y compris
les dépenses afférentes au respect de
l’environnement), la propriété des équipements réalisés revient à l’État gabonais
après vingt-cinq ans. Dans le cas présent,
il n’est rien prévu de tel.
Les dispositions prévues aussi bien dans
le Code de l’environnement (article 29)
que dans le Code forestier (article 14)
sont pourtant claires et interdisent toute
activité portant atteinte à l’équilibre écologique comme à l’exploitation de tout
produit naturel sans autorisations préalables.
Or l’autorisation de construire la route a
été donnée par une lettre du seul ministre
des mines, du pétrole et des hydrocar-
Ils ont dit
Concours de clichés à Bongoville
Le sketch qui s’est déroulé le 10 avril
à Libreville mérite de rester dans
l’anthologie du grotesque françafricain. Le couple Claude Guéant,
Alain Joyandet est venu faire amende
honorable chez Bongo, interviewé
pour l’occasion, et dont les borborygmes ont dû être sous-titrés pour
être tant soit peu intelligibles. Ce
que ce dernier a dit d’important c’est
qu’il y a des « secrets » entre chefs
d’État et que les propos de Bockel
sur l’enterrement de la Françafrique constituaient «un risque qu’il
a provoqué celui-là ». Était-ce une
menace ? Il faut le croire à la célérité
et la docilité que les Français ont
mise à satisfaire le potentat sénile.
Se présentant comme metteur en
scène de la farce, l’avocat Robert
Bourgi avait amené les journalistes
de Canal + dans son avion. Il aurait
dit à Sarkozy : « L’orage gronde. Le
père Bongo va faire sauter la marmite ». Il leur a confié également que
Sarkozy et Carla, au cours de leur
voyage en Afrique du Sud, en février,
avaient désiré rencontrer Mandela,
mais on leur avait dit qu’il était malade. Qu’à cela ne tienne, Bourgi a
la solution : « S’il y a quelqu’un qui
peut rendre la chose possible c’est
Bongo » et la photo-souvenir a pu
être prise le 28 février.
On ne demande qu’à croire les dires
de Bourgi. L’inconvénient c’est que
dans Paris-Match du 10 au 16 avril,
on peut admirer dans un reportagephoto sur Céline Dion, un superbe
cliché de la chanteuse près du fau-
6 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2008 n No 169
teuil d’infirme de Mandela. On a
même juché le rejeton René-Charles
sur les genoux de l’idole (je veux dire
Mandela). Cette photo est présentée
comme ayant été prise à la SaintValentin, soit le 14 février. La chanteuse était venue remettre à la Fondation Nelson Mandela les gains de
son concert en Afrique du Sud, prix
de l’entrevue et du cliché-souvenir.
On ne doute pas que les arguments
de Bongo n’aient été aussi persuasifs. L’écrivain sud-africain Breyten
Breytenbach disait récemment que
Mandela c’est la tour Eiffel.
Tous les people veulent se faire photographier avec lui. Son entourage
apparemment sait exploiter le monument jusqu’à l’indécence.
Odile Tobner
bures, Richard Auguste Aunouviet, en
juillet 2007, sans aucune étude d’impact
environnemental. Cette décision ne relève en aucun cas des attributions de ce ministère, mais de celui des eaux et forêts,
ce que ne saurait ignorer l’intéressé…
celui-ci ayant en effet exercé précédemment la fonction de ministre des Eaux et
Forêts….Amnésie ou schizophrénie, le
diagnostic reste ouvert.
La société civile gabonaise n’est pas restée inerte devant un tel coup de force, notamment par l’intermédiaire de la plateforme Environnement Gabon (15 ONG
environnementalistes) et de son coordonnateur Marc Ona Essangui (à qui la
France refuse un visa) qui ont vivement
réagi. La réponse du gouvernement, un
grand classique dans les relations avec
les ONG un peu trop remuantes, a consisté à brandir la menace de poursuites en
diffamation et à lancer une campagne
de diabolisation auprès de l’opinion, les
présentant comme «des ONG à la solde
des puissances occidentales». Environnement Gabon a donc rendu public les
termes du contrat léonin envisagé entre
le gouvernement gabonais et la compa-
gnie chinoise CMEC. Contraintes cette
fois de réagir sur le fond, les autorités
gabonaises ont annoncé fièrement que
les deux parties devraient se retrouver
autour d’une table pour renégocier les
termes de ce contrat. On apprend ainsi
que les parts du Gabon dans la Compagnie minière de Belinga (COMIBEL)
passeraient de 10 % à 25 %, et qu’un représentant des ONG environnementales
devrait intégrer la «délégation gouvernementale chargée du suivi et du contrôle de ce
projet». On peut nourrir quelques doutes
légitimes sur l’étendue des pouvoirs qui
seront les siens…
L’activité déployée par cette plate-forme
a eu également et surtout pour effet de
bloquer les travaux en cours de réalisation de la route, ce qui est rassurant.
Mais comme une mission gabonaise de
haut rang s’est rendue à Pékin pour revoir dans une négociation parallèle, discrète et n’en doutons pas «chaleureuse»
les termes du contrat, l’avenir est beaucoup moins rassurant.
Ne nous y trompons pas, ce combat des
ONG environnementales gabonaises
nous concerne tous, car l’ONG qui la
coordonne, Brainforest, est présente sur
tous les fronts de la lutte pour la transparence. Elle est au cœur de la coalition
gabonaise Publiez ce que vous payez
concernant la transparence des revenus
du pétrole et que des avancées significatives ont été obtenues grâce, en partie, au rôle qu’elle a joué.
Un autre enseignement à tirer de cet
imbroglio, porte sur l’aggravation prévisible du pillage du domaine forestier du Gabon et bien entendu au-delà.
L’Union européenne a certes mis en
place des garde-fous pour lutter contre
l’exploitation illégale des forêts, mais
la Chine n’est pas si regardante. Il n’y a
donc pas lieu de s’étonner que le groupe
Rougier, valeureuse entreprise charentaise, acteur majeur en Afrique centrale, vende désormais l’essentiel des bois
exploités à des partenaires chinois.
Ceux-ci (ou leurs voisins de palier)
se feront un plaisir de nous le vendre
sous forme de produits transformés
sans que cela provoque le moindre
froncement de sourcil de la part de qui
que ce soit. Ainsi va le monde.
Jean-François de Montvalon
TOGO
Une supercherie de plus
Faure Gnassingbé
a lancé avec
tambours et
cymbales, le 15 avril dernier,
les consultations devant
aboutir à la mise en place
d’une commission « véritéréconciliation ». Un leurre à
visée électoraliste.
I
l a suffit du lancement de cette fameuse
cérémonie pour que certains Togolais et
ONG deviennent subitement optimistes
ou accordent un certain crédit à ce processus.
La question qui taraude tous les observateurs
avisés, au fait des méthodes du pouvoir RPT
(Rassemblement du peuple togolais), est de
savoir comment le principal bénéficiaire des
crimes et autres massacres de 2005 peut-il livrer les assassins sans se faire lui même harakiri. Même si l’on a pris soin habilement, lors
de la signature de l’Accord politique global
(APG), de noyer les crimes du pouvoir dans
une prétendue remontée de l’histoire en 1958,
la manœuvre, pour plusieurs raisons, semble
montrer la volonté de Faure Gnassingbé de
renvoyer dos à dos les assassins et les victimes, histoire de sauver son fauteuil présidentiel quelque peu vacillant.
Pour y arriver, on a pu se rendre compte
de la cacophonie qui a entouré cette commission dont parfois, le mot «justice» a
été escamoté dans la formulation, et pour
cause !
C’est symptomatique de la façon dont l’on
veut noyer le poisson. De toute évidence,
le lancement de ce processus de consultations, plusieurs fois reporté, sous la pression de ceux qui ont le cœur hanté, dit-on
dans les coulisses du sérail, a été organisé
seulement pour préparer l’élection en
2010 du principal profiteur des crimes en
question. Des consultations qui ont aussi
l’avantage de donner une certaine assurance à la communauté internationale sur
la bonne volonté du pouvoir de Lomé à
faire la lumière sur les évènements sombres de l’histoire de notre pays et non du
règne des Gnassingbé, du père au fils.
Une façon de se dédouaner des crimes
d’avril 2005 dont les responsabilités ont
été clairement établies par une enquête
des Nations-Unies. La communauté internationale en souscrivant à cette manœuvre ou à cette supercherie semble donner
l’impression que, soit elle ne maîtrise pas
les réalités du Togo, soit comme dans le
cas des dernières législatives émaillées de
fraudes (qu’elle n’a pas voulu voir), elle
se fait complice du pouvoir avec des intérêts inavoués.
Le processus de consultations n’aboutira
à rien si, par tous les moyens, l’on tente
de noyer les crimes d’avril 2005 dans un
prétendu examen de l’histoire togolaise
depuis 1958. L’urgence aujourd’hui est
de traduire devant la justice leurs auteurs
qui circulent librement dans le pays au su
et au vu des victimes ou de leurs proches
avant de parler d’une quelconque réconciliation entre les fils de ce pays. Les quarante ans de règne des Gnassingbé ont
été un processus macabre de violences de
toutes sortes exercées par un clan sur de
pauvres citoyens. C’est véritablement les
crimes de cette période qu’il faut élucider
pour concrétiser la réconciliation tant fanfaronnée par le pouvoir RPT. Les contorsions actuelles n’aboutiront à rien, nous
devons donc cesser de donner un quelconque crédit à un processus piloté par le
RPT, seul bénéficiaire de tous les crimes
commis dans ce pays.
Dimas Dzikodo
No 169 n Mai 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 7
Salves
TCHAD
Un nouveau Premier ministre,
pas de nouvelles perspectives
La nomination, le
16 avril, d’un nouveau
premier ministre
par Idriss Déby
ressemble à une ouverture
en trompe-l’œil alors qu’un
des principaux opposants
manque toujours à l’appel
et que la sécurité n’est pas
assurée.
S
i Youssouf Saleh Abbas, le nouveau
Premier ministre à l’œuvre à N’Djaména n’est pas le plus décrié des
politiciens tchadiens, il ne semble pas pour
autant emporter l’enthousiasme de nombreux de ses compatriotes. Chargé de former
«un gouvernement d’ouverture», Youssouf
Saleh y a placé 4 personnalités de l’opposition (issues de partis composant la Coordination des partis politiques pour la défense de
la constitution, CPDC). Leur opposition au
pouvoir en place n’est pas considérée comme étant particulièrement musclée. C’est ce
gouvernement qui sera chargé d’engager des
négociations avec les groupes rebelles actifs
sur le territoire. Ainsi évite-t-on soigneusement le tant souhaité dialogue inclusif entre
représentants de tous les mouvements politiques, des groupes rebelles, et de la société
civile. La primature doit par ailleurs réanimer
l’accord du 13 août 2007, signé par la quasi-
Youssouf
Saleh Abbas
Youssouf Saleh Abbas, n’est pas un
inconnu dans le monde politique tchadien. Directeur de cabinet du président Goukouny Weddey au début des
années 1980, ancien vice-président
de la conférence nationale souveraine
en 1993, puis affilié au groupe rebelle
MDJT (Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad) et durant
plusieurs années opposant en exil en
France, Youssouf Saleh a rallié le pouvoir actuel en 2006 avec un poste de
conseiller en relations internationales
du président Déby.
totalité des partis politiques tchadiens, que
le prédécesseur de Youssouf Saleh (Delwa
Kassiré Coumakoye) avait laissé s’endormir… Rappelons à ceux qui affirment que le
limogeage de Monsieur Coumakoye résulte
de cet «oubli» et que le président Déby n’a
rien entrepris pour inciter son Premier ministre d’alors à s’en préoccuper.
Cet accord, qui a pour objectif affirmé le
«renforcement du processus démocratique»,
salué comme un premier pas positif, a cependant de nombreuses faiblesses.. Il en écarte
la société civile. Le Collectif pour le suivi de
l’appel à la paix et à la réconciliation (CSAPR)1 en a fait une remarquable lecture critique. L’encensement de l’accord de 2007
auquel on assiste ressemble davantage à une
astuce peu subtile qu’à un acte de courage.
La situation telle qu’elle se dessine n’est pas
porteuse d’espoir. La déception est lisible
dans les yeux des Tchadiens. La commission d’enquête sur les événements de février,
notamment en ce qui concerne l’opposant
«disparu», Ibni Oumar Mahamat Saleh,
porte parole de la CPDC, fait du sur-place.
La sécurité des opposants, des journalistes
indépendants, des responsables de la société
civile n’est toujours pas assurée. Le nouveau
gouvernement dit d’ouverture n’est guère
ouvert et rien n’indique qu’il empruntera
un chemin différent de celui jusqu’ici suivi.
Sans l’implication de la communauté internationale aux côtés du peuple tchadien, afin
qu’il puisse choisir ses dirigeants grâce à des
élections transparentes, nous pouvons craindre le statu quo (Déby ou éventuellement un
équivalent) et ses convulsions.
Quant à la France, elle persiste et signe par la
voix de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani. Celle-ci
a salué l’entrée des quatre opposants dans le
nouveau gouvernement tchadien en espérant
«que cela permettra de donner une impulsion nouvelle au processus de l’accord du
13 août» et félicité l’«opposition républicaine» d’avoir accepté cette participation
aux affaires. Elle ne semble pas avoir remarqué que le parti d’Ibni Oumar avait refusé
cette participation, qu’au sein des partis
l’ayant acceptée le ravissement n’est pas
unanime, et que les groupes rebelles auraient
plutôt tendance à ricaner. Notre pays tourne
toujours le dos aux sages recommandations
de la société civile dont elle n’a cure. Le «13
août», rien que le «13 août», nous n’avons
rien d’autre en magasin.
8 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2008 n No 169
L’immense majorité des Tchadiens aspire
d’abord à la paix. Elle souhaite pouvoir choisir elle-même ses dirigeants, avec l’espoir
qu’il en résultera une vie décente. Pour mettre cela en place, il faut du temps (le temps
bien géré est plus intelligent que le cynisme
pressé !). Le temps coûte cher entend-t-on
répondre à cette injonction à la sagesse. Nous
répondons à notre tour que l’on a dépensé
beaucoup d’argent au Tchad pour soutenir
le pire : il convient maintenant de dépenser
trois fois plus si nécessaire pour se racheter.
Sharon Courtoux
1. www.tchadactuel.com/communique.
php?2007/08/29/25-communique-de-presse-ducaspr-relativement-a-laccord-politique-du-13aout-2007
Lire
L’Afrique répond
à Sarkozy
Contre le discours de Dakar
Le 26 juillet 2007 à Dakar, lors de sa première
visite en Afrique subsaharienne, Nicolas
Sarkozy a profondément blessé les Africains
par un discours mal venu. Rien sur le rôle réel
de l’Europe et des institutions financières internationales dans l’appauvrissement de ce continent. Aucune allusion aux régimes «kleptocrates» et férocement dictatoriaux, soutenus par les différents gouvernements français
depuis les « indépendances ». L’Afrique
vilipendée à Dakar par Sarkozy, c’est celle
du pacte colonial, fragilisée par la Françafrique dans un monde de plus en plus organisé
et cupide. Voilà ce que dénonce cet ouvrage
dont les auteurs viennent de différents pays
africains. Ils fournissent d’utiles rappels historiques, face au révisionnisme qui s’entête à
réécrire sans pudeur l’histoire de la traite négrière et de la colonisation.
Mais l’intérêt de ce livre majeur dépasse le cadre d’une simple réponse à Nicolas Sarkozy :
il décrit sans concession les
véritables défis qui interpellent l’Afrique d’aujourd’hui
et de demain, et l’appelle
avec confiance à trouver, par
elle-même, les moyens de les
relever.
Collectif sous la direction de
Makhily Gassama, édition
Philippe Rey
NIGER
Menaces sur la paix. Pendant ce
temps, les affaires continuent...
Moussa Tchangari,
directeur du groupe
Alternatives Espace
Citoyen, est une des
personnalités les plus en vue
de la société civile nigérienne.
Son passage en France, à
l’invitation de Survie a été
l’occasion de mieux cerner le
contexte qui prévaut au Niger,
et qui a vu naître l’an dernier,
un mouvement de contestation
armée, dont les contours ne
sont pas toujours faciles à
définir...
F
évrier 2007. Un nouveau site de prospection d’Areva est attaqué. La rébellion du nord-Niger fait parler d’elle
pour la première fois dans les médias français. Contrairement à la rébellion touarègue
de 1990, le mouvement se revendique cettefois- ci de tous les Nigériens, et appelle avant
tout à une meilleure répartition des pouvoirs
politiques et des ressources nationales, en
particulier des richesses de sous-sol nigérien.
Un an durant, le président Tandja refusera de
considérer ce mouvement, et niera son existence, tout en essayant, sans succès, de l’écraser militairement. En effet, le Mouvement
nigérien pour la Justice (MNJ) se joue des
forces armées nigériennes et met en garde
qu’aucune solution durable n’est envisageable sans la résolution du conflit.
Moussa Tchangari, qui a toujours gardé une
distance vis-à-vis de la rébellion – se revendiquant de la société civile – nous explique
: «Il y a eu 100 000 tonnes d’uranium extraites et vendues, rapportant environ 2 250
milliards de francs CFA. 291 milliards sont
revenus à l’État nigérien. Le Niger et ses populations n’ont pas profité de cette ressource.
C’est Areva et la France qui ont profité de
cette exploitation depuis 37 ans».
La guerre s’est donc installée peu à peu au
nord du Niger : les populations sont forcées
de se déplacer, des zones entières sont minées
et certaines villes au nord d’Agadez deviennent des villes fantômes (Iférouane). Les
combats et le niveau de violence augmentent
chaque mois un peu plus. Et les forces armées nigériennes manquant de motivations,
ses soldats désertent peu à peu pour rejoindre la rébellion, si bien qu’on voit arriver de
nouveaux soldats venant des zones plus au
sud du Niger. Dans ces conditions, l’armée
reflue et ne contrôle plus que les centres urbains. Dans sa retraite, les exactions sont de
mises contre les populations civiles selon
la maxime «Si ce n’est toi, c’est donc ton
frère». (lire le communiqué d’Amnesty du
3 avril 2008 : Niger: Exécutions et disparitions forcés suite à des représailles menées par l’armée). Moussa nous prévient:
« Il faut que les gens soient sensibles à la
question du conflit dans le nord [...]. Il y
a un effort que les gens doivent faire pour
mieux comprendre les enjeux autour de ce
conflit, et éviter d’être manipulé par certains
acteurs qui cherchent à présenter le conflit
comme un conflit essentiellement touareg.
C’est un problème qui est lié à la question
de l’exploitation des ressources et au fonctionnement du cadre démocratique, et les
enjeux vont bien au delà de ce qu’on veut
bien présenter aux gens. Il ne faut pas voir
le problème sous l’angle vraiment réducteur
de la question touarègue.»
Areva ne fera pas la loi
au Niger
En mars 2008, à Paris, sous l’impulsion
d’Issouf Ag Maha et de ses amis du collectif
Tchinagen, voit le jour un nouveau collectif
de mobilisation Areva ne fera pas la loi au
Niger que Survie rejoint. Il se donne pour
objectif d’attirer l’attention sur la situation
qui prévaut au Nord-Niger et dont sont victimes l’ensemble des populations du Niger.
En effet, le black-out partiel, voir total dans la
presse nationale et internationale et le retrait
de la grande majorité des Ong de la zone ne
favorisent pas la circulation d’une bonne information sur ce qui s’y passe.
Le contexte ne facilite pas l’essor des mobilisations, comme on l’avait vu en 2005
contre la flambée des prix, qui pourtant touchent de plein fouet les populations : «La
situation n’est pas du tout bonne. C’est une
situation que les populations vivent très difficilement. » explique Moussa Tchangari. Les
mobilisations de la société civile, emmenées,
à Arlit, par l’ONG Aghri in Man connaissent
elles aussi un ralentissement. «Les mobilisations se sont plus ou moins estompées avec
ce contexte de rébellion. Il y a toujours des
résistances au sein de la société civile. Mais
beaucoup de choses ont changé».
Moussa Tchangari (Ph. Martine Diambou. afriradio.net)
Avant de repartir au Niger, Moussa délivrait
un dernier message, qui nous l’ésperons
sera entendu : « Nous avons besoin de la
solidarité de tout le monde dans les luttes
que nous menons pour plus de démocratie
au Niger. Nous avons besoin que les gens
s’intéressent à ce qui s’y passe : à la fois
les mauvaises choses mais aussi les bonnes
choses qui se passent dans ce pays. On veut
que les gens s’intéressent et comprennent
qu’Areva, fait des choses graves au Niger
qui méritent d’être dénoncées. Pendant
quarante ans, cette société a continué à
piller les ressources du pays: il faut œuvrer
à ce que l’accord avec Areva permette aussi
au Niger de tirer profit de ses ressources naturelles.»
Dernièrement, selon le collectif Areva ne fera
pas la loi au Niger, le gouvernement a attribué
139 permis de recherches à des compagnies
canadiennes, chinoises ou australiennes . Le
contexte de guerre favorise l’état d’urgence
et empêche la tenue d’un débat dans la société nigérienne sur le cadre démocratique.
Le président Tandja pourrait bien en profiter
pour demeurer au pouvoir sous le prétexte
des tensions qui minent le pays. C’est donc
bien les minces acquis de la «démocratie»
nigérienne qui sont menacés aujourd’hui...
Sebastian Alzarreca
No 169 n Mai 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 9
Lire
FRANCE RWANDA
Les aveux d’apparat
Les glissements
du discours officiel
français à propos
du génocide rwandais ou
l’exibition d’un cynisme
exalté et d’une réthorique
déplorative. Décryptages.
«
H
élas». Un mot clé dans la
bouche de Bernard Kouchner. Une espèce de sésame
destiné à la fois à l’excuser en démontrant sa compréhension des choses, et
à prouver sa profonde honnêteté en
résonnant comme un aveu d’impuissance.
C’est donc un homme empli de bonne
foi qui, n’ayant pu, hélas, se déplacer
pour la commémoration du génocide
des Tutsi du Rwanda, s’est fait remplacer par un conseiller, hélas mal rasé, et
surtout très gêné aux entournures. On le
comprend. Pourtant, le ministre n’a pas
hésité à décevoir les attentes de la centaine de rescapés et militants présents, ni
douté du message à leur délivrer par la
voix de son subordonné. Flanqué d’une
collègue qui a mâché son chewing-gum
d’un air morne tout au long de la cérémonie, le conseiller a donc pris la parole d’une voix mal assurée: «Autant
ne pas vous le cacher, le rapprochement
nécessaire avec le Rwanda est encore
loin, car entre nous, il y a les ordonnances Bruguière (...) et l’indépendance de
la justice n’est pas un vain mot dans ce
pays...». Lorsque nous avons rencontré
Paul Kagamé à Kigali, l’entretien fut
rapide : tant que ces ordonnances existeront, rien n’évoluera...», «Pourtant,
au nom du ministre, je tiens à être précis
: il y eut bien UN génocide des Tutsi du
Rwanda... dans lequel notre pays a sa
part de responsabilité...».
Pour finir, s’excusant une dernière fois,
le conseiller crut bon d’ajouter, non sans
fierté, que monsieur Kouchner était «prêt
à accueillir une délégation d’Ibuka», et
ce «dès qu’un créneau serait trouvé».
Tout en défendant à son auditoire d’y
voir un «lot de consolation» pour compenser l’absence de son patron.
Une rhétorique déplorative
Dans la somme de points de suspension
du discours, chaque auditeur est prié
de décliner alternativement les mots
«malheureusement» (un adverbe cette
fois, mais lui aussi consubstantiel au
discours kouchnérien) ou «hélas»,
comme on l’a dit. En usant de cette rhétorique déplorative, M. Contini, tout à
sa volonté de persuader l’auditoire que,
cette fois, quelque chose avait vraiment
changé, fut bien incapable de dire quoi,
sauf à s’auto-convaincre que son ministre menait avec courage un combat
dantesque contre d’obscures pesanteurs, et qu’en ce sens, il était le vrai
ami et défenseur des victimes. Ainsi
Bernard Kouchner doit-il «lui aussi»
lutter contre des extrémismes et voit-il
dans l’indépendance de la justice française une barrière entravant la route de
son grand œuvre diplomatique.
On pourrait s’amuser d’une telle mauvaise foi, si l’objet du combat de Survie était la seule restauration des relations diplomatiques avec Kigali. Mais
ce discours contient déjà les termes
d’une nouvelle approche rhétorique
de la complicité française au Rwanda.
Un recentrage très net du débat, qui
amènera probablement la diplomatie
française à prendre en charge une part
de responsabilité, quitte à faire payer
quelques lampistes militaires 1 ou à
s’en décharger sur un mort (quand bien
même aurait-il été à la tête de l’Etat).
Nul doute que, après quelques péripéties, Paul Kagamé répondra présent. La
nouvelle donne du Kivu 2 ne lui laisse
guère de choix. Dans ce grand ménage
de printemps, le rapport de la commission Mucyo risque de disparaître, et
désormais tout propos non consensuel
sera dénoncé et invalidé au nom d’une
morale de façade qui ne peut se permettre une remise en cause des fondements
de l’édifice, au nom de ce bon sens qui
condamne tout discours qui manquerait de «mesure», et risquerait d’être
«subversif» ou trop «militant». En
clair : au nom des bienfaits de la sacrosainte sagesse moderne qui a pour nom
realpolitik. La realpolitik, comme le
rappelait gravement notre ministre des
Affaires étrangères le 26 mars dernier
dans les colonnes du Parisien, «c’est
la différence entre signer une pétition
ou être responsable de la politique
étrangère» 3.
Comment ne pas voir ici un cynisme
d’État qui nie sciemment le troisième
10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2008 n No 169
terme de l’équation : les communautés
victimes de violences de nature étatique, à l’égard desquelles l’État français est au mieux, indifférent, et au pire
complice ? Pourtant, en concédant une
part de «responsabilité» – de simples
«fautes» et autres petits aveux certifiés par la force de son expérience
– l’homme courageux qui a la lourde
charge de mettre en oeuvre la politique
«réelle» et «réaliste» du pays veut en
finir une fois pour toutes avec la présomption de «complicité» de génocide
au Rwanda, et couper l’herbe sous les
pieds des «militants» qui accusent la
France.
Une simple faute
Qui le blâmerait de ne pas scier la
branche sur laquelle il est confortablement installé depuis quelques mois ?
Et de fait, que peut-on dire à celui
qui brandit avec ostentation le bouclier de son engagement sur place:
«Il m’a fallu marcher sur des crânes
en bouillie» 4. Des «fautes, hélas» accorde-t-il. Quelle place peut prendre
une «faute» dans l’échelle de la responsabilité d’une nation? Se trouvet-elle au même niveau que la simple
erreur de jugement? Au moins dans
une dictée, une «faute» ne coûte jamais qu’un point.
En la matière, le mot suffira-t-il à masquer aux Français l’obstination acharnée et coupable dont ont fait preuve
ses propres dirigeants de 1990 à nos
jours? Tout dépend de la manière dont
les médias nationaux investiront le
dossier.
Mais au fond, de quoi nous plaignonsnous si Bernard Kouchner met tout sur
la table? Le problème est que, en aucune façon, le leurre d’un aveu d’apparat
ne peut servir la remise en cause profonde d’un système, la Françafrique.
Or, si notre objet à tous est de lutter
contre la répétition de ce type d’événements et d’enchaînements, la vérité
est affligeante : tandis que Bernard
Kouchner, par la voix de Monsieur
Contini semble abattu par les pesanteurs françaises, en notre nom à tous,
nos soldats, ceux de la République une
et indivisible, luttent encore ce moisci pour protéger Monsieur Déby et son
panier de 25 000 crimes, pour ne citer
que l’exemple le plus récent.
Un discours recentré
Cette nouvelle façon de tout mettre sur
la table est bel et bien le signe de ce
recentrage. Qui, il faut le noter, vaut
à Bernard Kouchner d’être condamné assez durement par Pierre Péan et
consorts. Il est vrai qu’après avoir dénoncé Paul Kagamé comme «le pire
dictateur africain», un rapprochement
diplomatique avec Kigali tend pour le
moins au cynisme. Mais ces critiques
viennent fort à propos pour le ministre,
car elles valident la «sagesse» de l’actuelle position française comme une
garantie de son engagement personnel
voire de son positionnement dans le
camp de la vérité.
Dans le cadre de ce débat reformulé,
la Commission d’enquête citoyenne
(CEC) ne change ni d’objectifs ni de
credo: l’application de la justice.
Dans ce contexte, et aujourd’hui plus
que jamais, ses armes restent la qualité de ses expertises, l’argumentation
et l’établissement des faits qui soustendent ses accusations, et, peut-être en
tout premier lieu: sa capacité d’analyse
pour dénouer l’écheveau complexe de
la complicité avérée de la France.
Un cynisme exalté
Ces dernières années, l’association
Survie fut le lieu privilégié de cette
analyse, étayée par un immense travail
de recueil de témoignages, d’enquête
et de réflexion. Or le «nouveau» discours diplomatique franco-rwandais
illustre, dans son domaine, un évident
tournant dans la communication françafricaine. Dorénavant, on exhibe un
cynisme exalté: on n’a jamais autant
promis d’en finir ici avec notre politique africaine, pour ne jamais autant
appuyer et perpétuer celle-ci là-bas.
Là-bas, c’est-à-dire en Afrique. La
condition de ce cynisme est ce filtre
invisible qui enserre le continent et le
place dans un autre champ, celui d’un
virtuel de bazar qui, en guise de toute
explication, se résume dans un vocabulaire indigent meublé de quelques
mots néocoloniaux qui neutralisent
toute réflexion : «luttes tribales»,
«massacres ethniques», «combats ancestraux» ou encore «tradition guerrière».
Or ce filtre de séparation entre l’Afrique et l’Occident n’a pas été supprimé.
Bien au contraire. Pour en revenir au
Rwanda, le négationnisme des mots,
celui qui consiste à opposer aux victimes du génocide les victimes de la
seconde guerre du Congo, ou d’user à
dessein du pluriel en parlant des génocides, est appelé à disparaître. Car
un autre négationnisme, plus subtil, se
loge ailleurs : celui qui consiste à se
reconnaître une petite part de responsabilité dans une chaîne événementielle éminemment «complexe».
Et ce négationnisme subtil a de beaux
jours devant lui : il repose à la fois
sur le consensus autour d’une nécessaire realpolitik, et sur le déni durable
que suppose l’absence de la moindre
empathie nationale avec les pays africains. En cela, les Rwandais ne sont
que les victimes sacrificielles de nos
ex-colonies. Tant qu’il faudra plus de
100 morts noirs pour déclencher une
brève dans les médias, tous les aveux
d’impuissance ou de responsabilité
du monde n’y changeront rien. Les
morts par massacres, crimes contre
l’humanité, génocides, les morts de
la pauvreté liée à la mondialisation ne
feront qu’émouvoir cinq minutes à table, avant que la conversation ne verse
sur un autre sujet plus gai. Car «après
tout, on n’y peut rien : c’est comme
ça, ainsi va le monde».
Dans cet univers les Charles Millon,
Bernard Kouchner et consorts pourront s’indigner et rivaliser de leur
plumes dans des tribunes sans lendemain. D’autres tels les aventuriers
de l’Arche de Zoé tâcheront de se
bâtir une statue de héros, en s’inventant un devoir d’humanité. Encore une
fois l’Afrique est une bonne proie. Ils
trouveront toujours d’honnêtes medias
pour s’émouvoir de leur action, car
cette fois c’est magnifique, des blancs
sauvent de malheureux petits noirs, au
nom d’une vision très extensible du
devoir d’ingérence. Mais cette vision
tiers-mondiste du devenir de l’Afrique
n’est, elle aussi, qu’une déclinaison de
notre perception paternaliste du continent.
Le plus long scandale de la République se révèle au fil du temps être aussi
le plus grand. Et s’il y a une urgence
absolue à mettre à terre la Françafrique, c’est en France que doit se mener
ce combat. Sans aucun doute, l’objectif de Survie se situe dans la remise
en cause de cette République, qui en
notre nom à tous, depuis cinquante
ans, sacrifie de force l’Afrique et ses
980 millions d’habitants. (Cette lutte
n’est pas une utopie. Et Survie a prouvé qu’en portant très haut la rigueur de
l’enquête, la force de l’analyse qui en
découlait devenait imparable).
Du sang et des larmes
Certes, le résultat de ce travail est loin
d’être spectaculaire. Il recèle un labeur
immense, bien moins séduisant que
certaines actions militantes. Dans cette
obligation de sérieux, se pose plus que
jamais cette question fondamentale :
«Que voulons nous?».
Avant toute chose, ne pas se tromper
d’ennemi. La vérité ne se trouve ni
dans le camp de la «militance», ni
dans celui de «l’expertise». Ces deux
modes d’action doivent s’appuyer l’un
sur l’autre. Sauf qu’en la matière, l’un
doit être le combustible de l’autre. La
question qui se pose dès lors à Survie,
n’est pas de choisir entre les méthodes mais d’user avec circonspection de
l’action pour ne surtout pas peser sur
le trésor de l’association : l’implacable rigueur des enquêtes et analyses :
son expertise. Toute autre ambition relèverait d’un quiproquo, d’une erreur
d’aiguillage. Et comme on le voit avec
le Rwanda, la lutte pour la vérité exige
une certaine finesse.
Le 7 avril 2008 au soir, dans le soussol d’une église parisienne une femme
rwandaise témoignait de la mort de ses
proches en mai 1994. Une interminable
litanie de noms, chacun suivi d’un commentaire : «Daphrose avec qui j’allais
faire les bêtises et qu’ils ont laissé hurlante à moitié décapitée, Tharcisse qui
m’a appris à jouer au foot et qu’ils ont
percé avec une lance...» À chaque portrait, la jeune femme fondait en larmes.
Car la Françafrique c’est surtout cela :
du sang et des larmes.
Dans les pleurs de chaque victime,
dans la détresse de chaque immigré,
dans le doute quotidien de chaque maman inquiète de ne pouvoir nourrir son
enfant le lendemain, les débats de nos
sociétés résonnent pour ce qu’ils sont:
un luxe de riches, ignorant le sens du
mot «urgence».
C’est au nom de cette urgence qu’il n’y
a aucune concession à faire, puisque
Survie bénéficie de la plus fidèle alliée
qui soit : la vérité. Tout l’enjeu est de
la désenfouir pour la révéler au grand
jour.
Camille Méricourt
1. Comme commence à le craindre le général
Lafourcade qui met en garde le gouvernement
contre tout « lâchage »(Défense nationale et
sécurité, mars 2008)
2. Le communiqué de Nairobi et l’accord de
Bukavu en janvier 3. Voir Billets d’Afrique
n°168, p.12.
4. « […] il y a eu les centaines de milliers
de morts tutsi et hutu modérés, il y a eu ces
bouillies de crânes sur lesquelles nous avons
marché, il y a eu un génocide tellement semblable aux nôtres et tellement différent aussi,
et il y a maintenant des soupçons aussi graves
qu’insupportables pesant sur nous, sur notre
armée, sur nos soldats», Bernard Kouchner/
Défense Nationale et Sécurité Collective.
No 169 n Mai 2008 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11
Lire
CANADA
Multinationales
impérieuses et impunies
Un ouvrage décapant sur les
agissements des sociétés
minières et pétrolifères
canadiennes en Afrique et le
pillage des ressources.
F
ormé à l’initiative d’Alain Deneault, le collectif Ressources
d’Afrique s’est donné pour objectif
d’examiner la nature des intérêts canadiens
en Afrique et d’inscrire cette question dans
le débat public. Notre groupe a synthétisé
des travaux (rapports, livres, articles, documentaires, témoignages) faisant état de la
présence d’intérêts privés et a ensuite analysé l’action gouvernementale du Canada
sur le continent. La densité des résultats
obtenus et l’analyse produite ont justifié la
rédaction de cet ouvrage. Comme en Françafrique, le tableau n’est guère reluisant.
C’est le continent tout entier qui se trouve
progressivement investit par des compagnies minières et pétrolières qui trouvent à
Toronto une bourse permissive, offrant un
climat d’affaire qui permet de prospérer au
Sud en taisant les conditions d’exploitation
et en jouissant de l’impunité à l’extérieur des
frontières canadiennes, le tout avec la caution
tacite d’Ottawa qui ne fait rien pour faciliter la
poursuite au criminel de ces sociétés privées.
Autant d’éléments qui ajoutent au caractère
mafiafricain du pillage des matières premières, et qui fait officieusement du Canada un
paradis judiciaire pour les sociétés inscrites
au Toronto Stock Exchange.
Noir Canada ne pouvait pas ne pas évoquer
la toute-puissante canadienne Barrick Gold
(numéro 1 mondial de l’or). C’est cette société qui, la veille du lancement du livre, a
brutalement mis en demeure les auteurs ainsi
que l’éditeur Ecosociété de ne pas procéder
au lancement de cet ouvrage, et ce sans en
avoir lu une seule ligne.
La lettre, envoyée à un nombre extraordinaire de destinataires, enjoint auteurs, éditeur
et membres individuels du conseil d’administration de l’éditeur à ne pas diffuser le livre
«contenant des allégations fausses et diffamatoires à l’endroit de la société», et les menace
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France sur le continent africain et les jeux troubles de la « Françafrique ».
Au long de ses 12 pages, Billets d’Afrique décortique ainsi les principaux faits de
l’actualité franco-africaine pour en proposer une analyse critique originale.
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Mai 2008 n No 169
de poursuites conduisant à des «dommages et
intérêts substantiels» dans le cas contraire.
Ne craignant pas la croissance exponentielle
de la censure, la société ajoute que des procédures judiciaires seraient intentées à «toute personne qui contribuerait à propager davantage ces fausses allégations». L’affaire
a fait grand bruit dans la presse québécoise
et internationale, un tapage qui a donné une
visibilité inespérée à l’ouvrage.
Barrick a décidé de se poser en censeur, par
ce qui s’apparente à une tentative d’intimidation, ou plus précisément une menace de
SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public
Participation), une pratique qui consiste
pour de riches sociétés à réduire au silence
des groupes de citoyens sans ressources,
en les entraînant dans des procédures judiciaires longues et coûteuses. Un réel danger pour la démocratie au Canada. Mais
aussi un vrai test, puisque ce type de procédures est vivement critiqué au sein de la
population québécoise et a récemment fait
l’objet de travaux d’une commission parlementaire. Nous considérons que ce test est
d’autant plus nécessaire que les épargnants
canadiens se trouvent à financer le pillage
du continent africain, le plus souvent à leur
insu, via leurs fonds de retraites ou de placement communs.
William Sacher
Collectif Ressources d’Afrique
www.ressourcesdafrique.org
Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité
en Afrique par Alain Deneault (avec Delphine
Abadie et Wiliam Sacher), 352 pages
Lettre fondée par F.-X. Verschave
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Comité de rédaction : Pierre Caminade,
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