Citation
Billets d’Afrique…
…et d’ailleurs
Au sommaire
ËP. 2 RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE Jours
tranquilles à Birao
Enquête à Birao, théâtre de violents
affrontements au printemps dernier
Ubu Roi
Saturday Night Fever pour les soldats
français
ËP. 4 CAMEROUN ET CONGO BRAZZAVILLE
Élections truquées «rituel folklorique»
Dans un ordre immuable, les élections
dans le pré-carré français continuent
d’être des farces électorales. Derniers
exemples en date.
ËP. 5 TOGO Il faut mettre les compteurs
à zéro
Rien de va plus au Togo. Un calme très
précaire semble y régner. Un duel fratricide fait rage entre les deux fils Eyadéma.
Pour le plus grand malheur des Togolais
qui meurent de faim.
ËP. 6 SÉNÉGAL Discours de Sarkozy à
Dakar Réactions
Un discours insupportable, par Boris
Boubacar Boris Diop
Safari, par Binyavanga Wainaina
D’autres réactions en Afrique et ailleurs.
ËP. 9 CAMEROUN Des labels privés pas
vraiment verts
Alors que Nicolas Sarkozy s’est
dernièrement enthousiasmé pour la
préservation de la forêt africaine,
enjeu « essentiel » pour l’équilibre
écologique du monde, le manque
d’indépendance des sociétés
d’écocertification pose les limites de
la régulation privée de l’exploitation
forestière.
ËP. 10 FRANCE RWANDA Une justice
bâclée
Wenceslas Munyeshyaka et Laurent
Bucyibaruta, arrêtés puis relâchés.
ËP. 11 À LIRE
L’Or africain, Amina K, La Stratégie
des antilopes, Paysage après le génocide
(Rwanda)
ËP. 12 AMBASSADES L’indignité
nationale.
Les consignes gouvernementales
draconiennes pour contrarier
l’immigration.
w w w. b i l l e t s d a f r i q u e . i n f o
Éditorial
La conquête
des droits civiques
Tout au long du mois d’août, on a vu tomber l’avalanche des protestations suscitées par
le discours de Nicolas Sarkozy le 26 juillet à Dakar. En Afrique et en France une légitime indignation a souligné tout ce qu’il y avait d’odieux dans les jugements portés avec
présomption sur les Africains. L’affirmation agressive du refus de la repentance, la réaffirmation, au Gabon, de l’absence de responsabilité de la colonisation, l’impasse faite
sur le néocolonialisme étaient également choquantes. Nicolas Sarkozy veut construire
l’Eurafrique. On le comprend. Mais a-t-il demandé leur avis aux Africains interdits de
séjour en France? L’Afrique ne demande pas de repentance, elle ne l’a jamais demandé.
Cessons de fantasmer là-dessus. L’Afrique attend de la France de simples décisions de
bon sens et la reconnaissance de la réalité d’hier et d’aujourd’hui. Pour un champion du
réalisme en politique c’était un discours parfaitement inutile et absurde, destiné seulement à masquer le cynisme et le mépris qui animent une politique sans envergure.
Au lieu d’étaler son inculture, Nicolas Sarkozy aurait mieux fait de parler des événements politiques qui se déroulaient en Afrique en juillet. Pas la moindre attention de sa
part tout comme de la presse française, qui ne leur a pas consacré une seule ligne, sans
même parler d’une analyse politique pourtant nécessaire. Au Congo Brazzaville et au
Cameroun se sont déroulées des élections plus truquées que jamais. Elles ont reconduit
au pouvoir des clans discrédités, manifestement honnis par des populations croupissant
dans la misère. Au Togo et au Tchad, on s’efforce d’éviter à tout prix qu’advienne un
processus électoral un tant soit peu honnête. Personne n’a songé à mettre ces faits sous
les feux de l’actualité. Tout cela était tellement banal, normal en Afrique, la routine. Ce
n’est même pas la peine d’en parler.
Pourtant ceux qui dissertent à perte de vue de politique africaine devraient s’abîmer en
considérations pertinentes sur ces pratiques de fraude, leurs causes, leurs modalités,
leurs moyens. Pourquoi une telle indifférence devant un phénomène capital? On bute
immanquablement sur un passe-partout : c’est en Afrique, c’est comme ça. C’est-à-dire
un refus d’analyse objective. Ce n’est pas au paysan africain à qui «il ne vient jamais
à l’idée de sortir de la répétition», c’est aux chers présidents. C’était cela qu’il fallait
dire. Qu’est-ce qui «recommence toujours», sinon les élections truquées reconduisant au
pouvoir pendant des décennies les Compaoré, Biya, Bongo? Là, on n’était plus dans le
mythe mais dans une lourde réalité, sur laquelle on aimerait bien entendre un point de
vue autorisé.
Le paysan africain qui, dans un grand élan vers l’avenir, piqué au vif par les propos de
Sarkozy, voudrait se débarrasser de ce qui l’opprime et lui interdit toute initiative, se
trouverait immanquablement devant des balles françaises. Il le sait, cela lui est arrivé
déjà bien des fois. Dès que l’Afrique s’invente un destin, comme elle le fit magnifiquement avec Thomas Sankara, on lui fait comprendre que ce n’est pas de ce destin-là qu’il
s’agit. C’est ainsi que Sankara périt assassiné le 15 octobre 1987, pour avoir eu foi dans
«l’aventure humaine et l’idée de progrès».
Les Africains savent parfaitement qu’ils doivent livrer la longue et dure bataille pour
leurs droits civiques, et que Nicolas Sarkozy ne les y aidera certainement pas. Cela
ferait vraiment trop de changements aventureux pour la France, qui aime la répétition
tranquille des bonnes affaires.
Odile Tobner
Lettre mensuelle éditée par Survie // N° 161 - Septembre 2007 - 1,90 euros
Salves
République centrafricaine
Jours tranquilles à Birao
Enquête à Birao,
théâtre de violents
affrontements
au printemps dernier.
A
u premier coup d’œil, les rues de
Birao semblent presque paisibles cet été. Loin de l’hystérie du
monde moderne, la cité dégage même une
quiétude campagnarde tout à fait trompeuse. Pourtant, la ville est en ruine et les
habitants tentent de remettre un toit à leurs
maisons, brûlées avant la saison des pluies
qui débute. Alors, le long des pistes de latérite quadrillées par les militaires centrafricains et français, on s’active. Ici, nulle
trace de cette frénésie propre aux capitales
africaines : les gens parlent doucement,
marchent calmement, se saluent dans une
ambiance sonore épargnée par le grondement des moteurs. Mais cette quiétude rurale reste étrange. Cette tranquillité seraitelle une convalescence?
De fait, malgré l’activité ostensible du petit
marché, la ville ne retrouvera pas son visage
«d’avant» puisque des quartiers entiers
restent fantômes, ceux dont les familles ont
pris la fuite en brousse. Car, pour une fois,
cette année, il s’est passé quelque chose à
Birao.
Début mars, ce bourg de 14 000 habitants,
capitale de la Vakaga, est soudain sorti de
l’oubli pour s’afficher dans les quelques pages «initiées» de l’actualité africaine. Une
attention plus que relative, il est vrai. La
France vivait alors en pleine campagne électorale. Et ils ne furent pas nombreux, médias
ou candidats, à s’interroger sur le rôle exact
de nos soldats les 2, 3 et 4 mars dans cette
région du bout du monde, l’une des pointes
du «triangle des trois frontières» (Soudan,
Tchad, Centrafrique), limitrophe du SudDarfour, zone hautement stratégique.
En novembre 2006, Birao, fut attaquée
par une nouvelle rébellion : l’Union des
forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR). Ce mouvement hétéroclite – melting-pot d’«ex-libérateurs» en
désespérance de paie, de jeunes de la région d’Ouandja authentiquement en lutte
contre l’ostracisme de Bangui, d’anciens
gardes-chasses des réserves voisines, ou
des maigres forces du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) – occupe la ville un mois durant. Une contreoffensive des Forces armées centrafricaines
(FACA), largement épaulée par les soldats
français de l’opération Boali, ainsi que les
Mirages F1 venus de N’Djaména chassèrent les rebelles au début décembre. Puis, en
février, le président Bozizé signa un accord
à Syrte (Libye), avec celui qui revendiquait
alors la direction de l’UFDR : Abdoulaye
Miskine.
Un traité vite désavoué par ses propres trou-
Ubu roi
Parler d’incompétence pour les dirigeants promus par la France relève parfois de
l’euphémisme, ainsi en témoigne cette anecdote. Elle illustre certaines contradictions
à propos desquelles on pourrait chercher longtemps la moindre logique. Le 14 juillet,
l’ambassadeur de France reçoit, dans sa résidence à Bangui, une bonne part de la
communauté française. La présence de François Bozizé est annoncée. À l’intérieur
du parc, coopérants, diplomates, hommes d’affaires et humanitaires l’attendent dans
une profusion de petits-fours. Mais c’est à l’entrée que se joue l’événement. En effet,
lorsque le cortège hurlant du président se positionne devant la porte, une quinzaine
de gardes présidentiels centrafricains en arme veulent le suivre à l’intérieur de la résidence de l’ambassade. Nous sommes en terrain diplomatique et il n’est pas d’usage
qu’une troupe étrangère en arme pénètre dans un territoire souverain, la sécurité de
l’hôte étant alors confiée à l’armée locale. Le gendarme français s’interpose donc.
Mais les gardes présidentiels ne se démontent pas, le frappent et forcent le passage.
Mini-émeute. Les paras français s’interposent, les diplomates interviennent, et un
agrément est trouvé : François Bozizé sera accompagné d’un seul soldat. Les jours
suivants, le Quai d’Orsay se plaindra officiellement de l’incident et rappellera (momentanément ?) ses coopérants militaires.
Cet incident révèle bien l’état de déliquescence de l’armée, comme du pays tout entier. En effet, s’il y a bien un pays que François Bozizé se doit de ménager, c’est bien
la France. Aux yeux de tous, le simple départ de 500 soldats de Boali scellerait sa
perte… À moins que le rapport de force ne soit pas aussi déséquilibré que l’on croit,
car in fine, la France aussi a besoin de la RCA…
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Septembre 2007 n No 161
pes, puisque le 2 mars, un autre leader de
l’UFDR, Damane Zakaria, ancien exportateur d’hévéa originaire de la région, annonce attaquer Birao et «s’en prendre aux
Français» dont l’interposition lui paraissait
«une ingérence dans les affaires nationales». Les 18 soldats français prépositionnés
depuis quatre mois, doivent donc affronter
une attaque à la mitrailleuse lourde. La riposte est aussitôt organisée depuis Paris:
des Mirages F1 neutralisent les mitrailleuses juchées sur des pick-up, un saut opérationnel des parachutistes du GCP/3e RPIMa
reprennent l’aéroport assurant ainsi l’appui
des Faca dans leur reconquête. Cette fois,
l’UFDR s’est avancée jusqu’à Bria et c’est
Bangui que vise Zakaria. Il est évident que
sans l’aide de Paris, le pouvoir de François
Bozizé aurait vacillé. Quoi qu’il en soit, à
l’issue de deux jours de combats, alors que
la totalité des habitants de Birao ont fui dans
la brousse, 70 % des maisons sont brûlées
et pillées. Chacun se rejette la faute, mais
en tout état de cause, les Faca, certaines de
l’issue de la bataille (légionnaires et parachutistes français sont derrière eux) se sont
défoulées sur la ville. Petites haines ethniques, détestation des musulmans… Il pourrait aussi ne s’agir que du pillage et de la
violence coutumière de soldats convaincus
de leur impunité. Exactions gratuites, car il
faut décrire Birao pour comprendre : il n’y
a rien. Pas d’eau (seulement 20 puits pour
14 000 habitants), pas d’électricité, pas de
routes, pas d’administration, un hôpital sans
médecin, et seulement deux écoles, avec
quatre instituteurs. Ainsi, au cours de la bataille, ce sont aussi les réserves de mil qui
sont parties en fumée. Dans ces conditions,
les habitants se disent simplement tous satisfaits de la présence des 200 légionnaires du
2e REI et parachutistes du 3e RPIMa. Bien
sûr, leur présence a ramené la «sécurité».
Cet été à Birao, les habitants croisent, ça et
là, des patrouilles françaises fort attentionnées, tout sourires, manifestement soucieuses de leur image. Il faut dire que la région
est calme désormais, un silence des armes
conforté par un nouvel accord signé en mars
entre François Bozizé et Damane Zakaria et
la nomination de celui-ci comme conseiller
à la présidence. Bien sûr, la diplomatie française a appelé de tous ses vœux cette temporisation, car ni l’endroit ni l’époque ne
sont propices à l’extension de l’implication
tricolore.
Pourtant, il est un fait notoire, c’est qu’à
Birao, il n’y eut ni massacre, ni bataille furieuse, ni de ces exactions capables d’attirer
et d’émouvoir les opinions publiques mondiales. De plus, une étude attentive des récits, des lieux et des intérêts de chacun vient
confirmer que l’armée française a bien pris
garde de ne pas trop s’impliquer, dénonçant
même au passage «la rupture des liens entre population et Faca». D’ailleurs, il n’y en
avait guère besoin. Le simple appui des Mirage suffit à affirmer la détermination tricolore. Pour le reste, les combats centrafricains
sont à l’image du pays : des luttes de pauvres. Il est probable que l’UFDR n’a jamais
aligné plus de 500 combattants, et les Faca
sont composées de 5 000 hommes. Pour un
territoire grand comme la France, cela fait
peu. Bien sûr, au sein de l’armée, la redoutée
«garde présidentielle», composée elle aussi
des «libérateurs» «tchadiens», (ceux qui ont
accompagné François Bozizé dans son coup
d’état de mars 2003) bénéficie d’un statut à
part. Ceux-là se comportent en véritables seigneurs, semblent au-dessus des lois, et malgré
leur faible nombre – 800 – sont l’un des principaux acteurs du malheur du pays1.
Des indicateurs de
développement au rouge
Mais c’est bien dans cette médiocrité sur
l’échelle des tragédies mondiales que se
joue le drame de la RCA. Car le pays va
mal, très mal. Tous les indicateurs de développement humain sont au rouge, plaçant
la Centrafrique comme l’un des trois pays
les plus pauvres du monde. Pour une large
majorité d’habitants, la vie se résume donc
à une lutte quotidienne pour des besoins élémentaires parmi lesquels boire et manger.
Pourtant le pays n’est pas aride et recèle
même des richesses minières ou un potentiel touristique autour de sa faune, mais
voilà: depuis l’indépendance, plus que tout
autre sur le continent, la Centrafrique est le
terrain de jeu exclusif de la France qui s’est
ingéniée à y promouvoir et à y soutenir corruption et incompétence gouvernementale.
Dans ces conditions nul besoin de s’acharner à enquêter sur l’exact rôle des troupes
françaises à Birao, ni sur la légitimité de leur
présence2, puisque de toute évidence la rébellion est strictement endogène et non pas
orchestrée par Khartoum comme tendrait
à le faire croire le Quai d’Orsay. En cela,
l’opération de mars n’est que le symptôme
d’un scandale beaucoup plus vaste que celui de la tutelle exercée par Paris depuis
quarante ans et qui fait de la Centrafrique
un cas d’école de la Françafrique. Depuis
la mort mystérieuse de Barthélemy Boganda, en passant par Jean-Bedel Bokassa,
David Dacko, André Kolingba, Ange-Félix
Patassé puis François Bozizé, la France a
systématiquement contrôlé le pouvoir, plaçant pour parfois ensuite destituer ses exprotégés (opération Barracuda, chute de
A. F. Patassé). Il suffit de se promener à Bangui pour comprendre que ce pays reste un paradis pour coopérants, barbouzes, mafieux ou
mercenaires. Et si les deux bases permanentes
de Bouar et Bangui furent fermées en 1998 à la
suite des «mutineries» au cours desquelles nos
soldats firent la loi à Bangui, l’opération Boali3
repositionna en 2002 une petite garnison opérationnelle formée en grande partie de spécialistes du COS (Commandement des opérations
spéciales). De plus, la coopération militaire n’a
jamais failli. Depuis 2003, un officier français
est en place au titre de conseiller à l’état-major,
une place très proche de la présidence4.
En effet, même si la RCA apparaît comme
épargnée par les pillages organisés dans les pays
voisins, sa position centrale reste stratégique et
le maintien de l’influence française relève des
objectifs traditionnels de la Françafrique : stratégiques (grâce au rayonnement possible dans
les pays voisins dont le moindre n’est pas le
Soudan), diplomatiques, politiques, et économiques5. Et puis il y a l’idéologie, car il n’est
pas concevable de voir les pays francophones
basculer un par un vers d’autres tutelles. Et s’il
y a bien un pays que l’on ne peut pas «perdre»,
c’est la Centrafrique. Mais les temps changent
et, en 2007, la présence militaire ne fait pas tout.
C’est ce que peuvent méditer à loisir parachutistes et légionnaires en armes, lorsqu’en sillonnant
quotidiennement Bangui, ils passent devant les
ruines du palais omnisport dans lequel Bokassa
fut couronné empereur. Ce bâtiment, cadeau de
la France, s’effondre un peu plus chaque jour
tandis qu’à 40 mètres s’élève désormais le plus
bel édifice de la ville : un stade flambant neuf
de 40 000 places, don de la Chine.
Bien sûr, ces mêmes soldats peuvent se consoler devant la médiocrité du pays en foot, et se
dire que s’il est un investissement inutile, c’est
bien celui-ci. Il reste que depuis quarante ans la
tutelle française n’a pas non plus été productive
du moindre développement, au contraire car
le pays s’enfonce jour après jour. Une succession d’erreurs ? Non, un échec savamment
orchestré pour entretenir la RCA en situation
de dépendance totale. En notre nom à tous, nos
présidents ont délibérément placé depuis 1960,
les 4 millions de Centrafricains sous une perfusion de pauvreté, de coups d’états et de dictatures «discrètes», assimilant hypocritement la
protection apportée par nos soldats aux régimes
en place, à la temporisation d’une crise entretenue de l’autre main.
La souffrance silencieuse de la population impose pourtant de toute urgence une remise à plat
de notre relation à la Centrafrique. Et puisque
le pays a besoin d’aide, nous avons un devoir
impérieux, celui d’aider la RCA à bâtir une
vraie démocratie, indépendante, économiquement autonome, arquée autour d’un débat politique soucieux du bien être de tous.
Pour cela, il existe encore une classe intellectuelle de valeur, des journalistes courageux et intègres, ce sont eux qu’il convient
Saturday Night Fever
Au cœur de Bangui, les soldats français de
Boali font recette. Précisément au « Songo
night » une discothèque modeste où plusieurs fois par semaine, se rendent des paras français du camp Mboko. En tenue de
combat, écusson Boali sur le bras gauche,
drapeau tricolore sur le droit, en présence
d’un sous-officier, quelques soldats se livrent à une sordide exhibition. En effet, des
prostituées noires les y attendent, et sans
être plus regardant que cela sur l’âge de
leurs partenaires, les Français s’ébattent et
font l’amour avec les jeunes filles dans un
espace de la discothèque sans se dissimuler le moins du monde. Certes, on objectera
que de tout temps les militaires en campagne restent des hommes et que la pratique
des «bordels» est universelle. Toutefois ce
sont les conditions même de l’exercice qui
sont choquantes. En effet il suinte de leur
totale absence de complexe une espèce
de conception coloniale de leur rapport au
sexe. D’abord, il est à craindre que certaines
prostituées soient encore mineures et nul ne
pourra prouver le contraire, mais ce détail
n’occupe guère nos braves soldats. Ensuite,
l’institutionnalisation de la pratique : les soldats viennent en tenue, amenés par un camion et sous le contrôle d’un sous-officier,
par rotation plusieurs fois par semaine.
Une anecdote, évidemment, mais pourraiton imaginer des soldats centrafricains en
garnison en France venir se taper des prostituées potentiellement mineures, devant
tout le monde, dans une boîte du centre de
Paris ? Vu de ce côté…
de promouvoir et non pas les sempiternels
colonels issus d’une armée totalement corrompue. Voici le seul schéma dans lequel
Nicolas Sarkozy devra s’inscrire sous peine
de trahir ses engagements du Bénin. Peut-on
rêver ?
De notre envoyé spécial
Vincent Munié
1. À noter que la garde rapprochée de F. Bozizé fut
longtemps commandée par un mercenaire français,
ex-légionnaire, un certain « Demba » (à ne pas
confondre avec J. P. Bemba, présent lui aux côtés
de Patassé).
2 En vertu de l’application de l’accord de défense
qui lie la France à la RCA et qui l’oblige à intervenir en cas d’agression extérieure.
3. L’opération Boali débuta sous le prétexte classique de protection de la communauté française,
pour s’éterniser et se transformer, à l’instar
d’ «Epervier », ou de « Noroît » en une présence
permanente.
4. Un poste occupé en son temps par le général
Guillou.
5. Comme en témoignent, via le récent rachat
d’Uramin, le soudain intérêt d’Areva, ou les coups
d’œil non dissimulés de Bolloré vers les forêts du
sud-ouest, frontalières du Cameroun et du Congo
No 161 n Septembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Cameroun et Congo Brazzaville
Élections truquées
« rituel folklorique »
Dans un ordre
immuable,
les élections dans le
pré-carré français
continuent d’être
des farces
électorales. Derniers
exemples en date : le
Cameroun et le Congo
Brazzaville.
L
e 22 juillet, lors des élections législatives et municipales, le parti du
président Paul Biya, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a remporté les deux scrutins.
Il obtient au moins 152 des 180 sièges de
députés. Aux municipales, le parti présidentiel contrôle 303 des 363 communes.
Notamment dans l’arrondissement de
Yaoundé où le RDPC a gagné toutes les
mairies.
Cameroun : une fraude
majuscule
Le seul énoncé de ces résultats donne la
mesure de l’ampleur de la fraude à la mesure de l’impopularité de fait du régime.
À peine cinq millions de Camerounais
sont inscrits sur les listes électorales, sur
une population estimée à plus de seize
millions de personnes. On ne connaît
d’ailleurs toujours pas le chiffre de la population, depuis que le processus de recensement s’est perdu dans les sables des
divers sabotages. Et sur ces cinq millions
d’inscrits, à peine la moitié est allée voter.
L’abstention est la seule façon pour les
Camerounais d’exprimer leur lassitude
et leur dégoût. Dans le fief présidentiel le
nombre des votants était par contre supérieur au nombre des électeurs inscrits.
La fraude a été si impudente que les ambassades des États-Unis, des Pays-Bas et
le Haut-Commissariat du Royaume-Uni,
qui ont envoyé des équipes d’observateurs sur le terrain lors des élections législatives, n’ont pas hésité à publier un
communiqué très inhabituel qui contient
quelques phrases particulièrement sévères : «[…] dans l’ensemble, ces élections
représentent une occasion manquée pour le
Cameroun – une occasion manquée – pour
continuer de construire la confiance publique dans le processus électoral. […] Le
déroulement du scrutin, notamment au niveau local, était entaché d’irrégularités.
[…] La mise sur pied, le plus tôt possible,
d’une commission électorale indépendante
constitue une étape essentielle dans ce processus, étant donné que seule une institution
véritablement indépendante permettra aux
citoyens d’avoir une confiance totale dans le
processus démocratique.»
Le gouvernement n’a pas caché sa colère
et, par la voix du ministre des relations extérieures Jean-Marie Atangana Mebara, a
jugé que ce communiqué constituait une
provocation créant les conditions d’un
«incident diplomatique». L’ambassadeur
de France, au mieux avec les personnalités les plus contestables du régime – il
est reçu en villégiature dans la propriété
de Gervais Mendo Zé, extravagant et ruineux directeur de la CRTV (télévision d
Cameroun)pendant seize ans – s’est bien
gardé, lui, de faire la moindre observation sur un processus électoral qualifié de
« rituel folklorique», selon la représentation camerounaise de l’organisation non
gouvernementale Human Rights Watch
(HRW). La Coalition nationale de la société civile pour les élections au Cameroun
a déclaré que «les élections municipales et
législatives du 22 juillet 2007 ont été une
mise en scène antidémocratique soigneusement orchestrée».
Après trente années sous la coupe du parti
unique, les dix-sept années que le Cameroun a passées sous le régime de la fraude
électorale ont certainement été les pires à
tout point de vue: elles ont vu exploser la
corruption et le pillage des ressources du
pays, régresser le développement humain,
plonger la majorité des Camerounais dans
la misère et le désespoir, dans une absence
totale de perspectives d’avenir pour des générations de jeunes. Certains semblent s’en
inquiéter à juste titre, mais un peu tard,
d’autres continuent à soutenir l’insoutenable, sans craindre de nier toute responsabilité dans une situation désastreuse.
Scénario identique
au Congo Brazza
Le 24 juin, le premier tour des élections
législatives s’est déroulé dans un tel
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Septembre 2007 n No 161
chaos, que les autorités ont été amenées
à convoquer des élections partielles dans
19 circonscriptions, les 8 et 15 juillet, et
à repousser au 4 août le second tour, initialement prévu le 22 juillet. Mais ce second tour n’a guère été plus crédible, du
fait des nombreux dysfonctionnements
signalés.
Ce scrutin a été remporté de façon écrasante par le tout puissant Parti congolais
du travail (PCT). Les opposants, dont une
partie a boycotté le vote, ont dénoncé
ces désordres et certains ont demandé
son annulation.
Cinquante-trois sièges, sur les 137 que
compte l’Assemblée nationale, ont été
pourvus lors du premier tour. Le PCT
du président Denis Sassou Nguesso,
au pouvoir depuis 1997, a raflé la mise
en emportant, avec ses alliés, 50 sièges, contre trois seulement à l’Union
panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), principale formation
d’opposition.
Le PCT gagne
90,5 % des sièges
Au final, le PCT et ses alliés ont obtenu la majorité absolue en raflant 124
des 137 sièges de l’Assemblée. L’opposition sera représentée par deux partis, l’UPADS, qui a obtenu 10 sièges,
et l’Union pour la démocratie et la République (UDR-Mwinda), de feu André Milongo, qui n’a glané qu’un seul
siège alors qu’il en avait remporté huit
dans l’Assemblée sortante.
Fraude imparable
La fraude s’est faite d’abord en amont
du processus électoral suivant un processus imparable: pas de recensement
de la population, pas de listes électorales honnêtes, pas de carte électorale
pour ceux qu’on soupçonne d’être
hostiles au pouvoir, votes multiples
pour les partisans du régime, le tour
est pratiquement joué. Il ne reste plus
qu’à annoncer enfin des résultats fabriqués sur mesure.
De telles élections ne servent qu’à désespérer davantage la population, dont
le sort n’est pas près de s’améliorer et
qui risque au contraire d’empirer.
Odile Tobner
Togo
Mettre le compteur politique à zéro
Rien ne va plus au
Togo. Un calme très
précaire semble y
régner. Un duel fratricide
fait rage entre les deux fils
Eyadéma. On attend toujours
les élections législatives.
Me Apollinaire Madji Yawovi Agboyibor
vient de présenter sa lettre démission du
poste de Premier ministre à Faure Gnassingbé qui l’a refusée. Ligotés par l’Accord politique global (APG), les deux
compères ne pouvaient pas se séparer
sans mettre en péril leur existence. Faure a besoin de Madji-le-Magicien, qui
lui confère un vernis de reconnaissance.
C’est ainsi qu’il a pu sortir enfin de son
profond silence pour dénoncer les préfets
et les chefs traditionnels affidés au Clan
Gnassingbé. En menaçant de lui ôter sa
botte de foin, la réponse du berger au bélier noir ne s’est pas faite attendre. Le Clan
estime que Me Agboyibor et le professeur
Gnininvi, issus des rangs de l’opposition,
devraient apporter une caution politique,
malheureusement ils ne font pas le travail
de promotion espéré. Ils apparaissent plutôt comme des témoins gênants au sein du
fameux gouvernement d’union nationale.
L’APG qui était à l’époque perçu par le
Clan RPT comme une victoire est devenu
aujourd’hui un lourd fardeau.
Sombres incertitudes
Par ailleurs, selon les points de vue des caciques du RPT, le fait d’accepter Ouaga XII
avec l’implication de l’Union européenne
dans l’organisation des législatives sincères
et transparentes, a pour effet pervers le risque
de perdre le pouvoir. Le Clan se trouve ainsi
pris dans les rets de ses propres turpitudes.
Il commence à regretter l’époque glorieuse
où le dictateur Eyadéma pouvait facilement
dissoudre la Commission électorale nationale indépendante (CENI) lorsqu’il sentait
venir la défaite. La récente sortie de Faure
contre son Premier ministre et l’éditorial du
14 juin dernier de Koffi Souza, pseudonyme
de Charles Debbasch, ministre-conseiller à
la présidence de la République et cerveau de
nombreux coups fourrés, s’inscrivent dans
cette stratégie initiée sous Eyadéma que les
rejetons veulent reproduire, alors qu’ils n’ont
pas la dextérité cynique du père et que le
contexte juridique et international a beau-
coup changé.
Tout le jeu de Faure consiste à avoir une
mainmise totale sur l’organisation des législatives, c’est-à-dire notamment une CENI
composée de membres complètement dévoués. Mais c’est une option qui implique la
sortie préalable du cadre de l’APG, or ceci
comporte des risques incalculables et des
conséquences que le Clan n’est pas en mesure d’évaluer. Ces incertitudes font que Faure
et les siens, bien que tentés, hésitent encore.
D’autant que les militaires ne sont plus disposés à les suivre comme un seul homme.
Aussi longtemps qu’ils n’auront pas trouvé
une solution leur assurant la victoire, les législatives n’auront pas lieu. Ce qui est embarrassant pour le Clan est que, en même temps
que la constitution tripatouillée de décembre
2002 reconduit de fait l’Assemblée nationale
monocolore, Ouaga XII le contraint à tenir
ses engagements électoraux. Ces hésitations
trouvent essentiellement leurs sources dans
les divergences de stratégie de confiscation
et de gestion du pouvoir entre Faure et Kpatcha, le demi-frère, tout-puissant ministre de
la Défense, surnommé «vice-président».
Les deux frères s’entendent comme larrons
en foire sur la confiscation du pouvoir ellemême, mais sont opposés sur la stratégie et la
gestion de cette confiscation.
En effet, Kpatcha estime, à juste titre peutêtre, avoir joué un rôle essentiel dans la prise
du pouvoir. Ne sont-ce pas ses milices armées et transportées dans des véhicules de
la Société togolaise de coton dont il est le
président du conseil d’administration, qui
ont répandu la terreur et la mort à Lomé et à
l’intérieur du pays ? N’est-ce pas lui qui est
cité dans les rapports internationaux relatifs
aux crimes contre l’humanité commis lors
des élections d’avril 2005 et lui qui risque de
comparaître devant les juridictions internationales comme son ami Charles Taylor ?
Contrairement aux idées répandues, Faure
n’a pas la tête à l’emploi de chef d’État que la
Françafrique, aujourd’hui amèrement déçue,
lui avait confié. Sa personnalité trop labile ne
lui confère aucune capacité de décision, ne
serait-ce garantir l’APG qu’il a signé ou ses
engagements qu’il a contractés lors de différentes rencontres. Faure ressemble parfaitement à cet âne qui, placé à mi-chemin entre
une botte de foin et un seau d’eau, se laissa
mourir de faim et de soif pour n’avoir pas pu
choisir. Par contre, Faure est un homme de
décision lorsqu’il s’agit de courir le jupon. Il
sait utiliser l’emploi pour appâter les femmes
allant même cocufier certains chefs-corps de
son armée qui en souffrent dans leur dignité.
En fait, au sommet de l’État, les deux frères
jouent chacun sa partition. Kpatcha estime
avoir le charisme et la force de caractère de
leur père Eyadéma. Nombreux sont de plus
en plus les membres du Clan à penser qu’il
est «l’homme de la situation» qui peut incarner la continuité et à même de faire des
réformes.
Frères ennemis
En ce moment Faure est très inquiet et en
même temps déterminé à conjurer le sort
en neutralisant d’une manière ou d’une
autre Kpatcha. Le premier scénario inscrit
sur son agenda intime consiste à trucider
son frère consanguin. Mais il est conscient
que cette option comporte beaucoup de
risques pour lui. Le deuxième scénario
est d’empêcher par tous les moyens une
éventuelle victoire de Kpatcha aux improbables législatives, et ensuite l’éjecter du
gouvernement qui sera formé. Pourquoi
Faure cherche-t-il à empêcher l’élection
de son frangin ? Parce qu’il est persuadé
qu’une fois élu député, Kpatcha prendra la
présidence de l’Assemblée nationale, provoquera sa mort le plus «naturellement»
possible par des pouvoirs occultes dont il
a le secret pour s’offrir ainsi la voie royale
vers la magistrature suprême.
Dans la configuration politique actuelle, ni
le retour à la constitution de 1992, ni les législatives, sincères et même transparentes,
n’apporteront de solutions probantes. Car
la décomposition du Togo est très avancée
et touche au mental collectif. Les grandes
et petites combines à courte vue et souvent
de nature sadomasochistes ne peuvent pas
permettre de le mettre sur le chemin de la
reconstruction morale et de la démocratie.
Hier le Ghana, le Mali, le Niger ou la
Mauritanie étaient dans le gouffre comme
actuellement le Togo, ce pays sans eau
ni lumière. Dans ces pays, des militaires
ont pris leur responsabilité en engageant
et en respectant leur parole d’honneur
devant le peuple. Aujourd’hui le parrain
de la Françafrique, Jacques Chirac, n’est
plus aux commandes. Le contexte est plus
que favorable pour mettre le compteur à
zéro, c’est-à-dire qu’il est temps que des
militaires patriotes prennent leurs responsabilités. On est désolé d’envisager ce cas
de figure.
Waste Aregba
Comi Toulabor
No 161 n Septembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
France Afrique
Réactions au discours
de Dakar
Les réactions au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à l’université Cheikh
Anta Diop à Dakar le 26 juillet ont été très nombreuses et critiques.
Toutes ces réactions ne sont pas d’un égal intérêt, mais chacun pourra y trouver
celle qui est le plus à son goût. Nous en publions deux, dont celle de Boubacar
Boris Diop, signataire, de la Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy dans laquelle
l’auteur Jean-Luc Raharimanana invite le président français au débat.
Boubacar Boris Diop :
un discours insupportable
J
écrit.
e ne suis pas surpris par le
discours de Sarkozy, je voyais
cela arriver et je l´ai souvent
Des ouvrages négationnistes, best-sellers en France, aux récents propos de
Sarkozy à Dakar, en passant par les insultes racistes de journalistes comme
Marc-Olivier Fogiel et Pascal Sevran
et la loi sur les «aspects positifs de la
colonisation», la ligne est droite. Une
continuité absolue. Beaucoup d´entre
nous ne voulaient pas l´admettre mais
une partie significative de la société
française ne fait plus mystère de sa
négrophobie depuis quelques années.
Le président français est bien informé
de l´état de son opinion publique et il
assume sans complexe de tels préjugés raciaux.
L´indigence du discours de Dakar
est d´autant plus manifeste que le
nouveau président a prétendu prendre
de la hauteur. Pas par simple coquetterie, c´était aussi pour faire oublier les
mots grossiers («racaille», «nettoyer
au kärcher») qui l´ont beaucoup aidé
dans sa marche vers le pouvoir. Hélas
pour lui, une telle grandiloquence est
sidérante! L´emphase peut parfois
masquer le vide de la pensée mais très
souvent elle en souligne cruellement
la niaiserie. Cela a été le cas avec cette adresse à la jeunesse africaine.
Tout le monde a bien noté que Sarko-
zy a totalement fait abstraction de la
politique africaine réelle de la France
– soutien à des dictatures sanguinaires, pillage des ressources du continent et complicité dans le génocide
des Tutsis du Rwanda – pour se fendre d´une plate apologie de la colonisation.
Il n´est pas digne d´un chef d´État
de parler de la traite négrière dans
les termes où il l´a fait. Ces mots-là
vont peser très lourd dans un avenir
proche et si la France avait des ambitions africaines hors de son pré-carré, c´est plutôt mal parti pour elle!
Comment expliquer cette attitude
si incroyablement irrespectueuse?
Certes, face à des présidents africains qui n´oseront jamais élever la
moindre protestation contre son pays,
Sarkozy sait bien qu´il n´a aucune raison de se gêner. Il méprise ces gens
au-delà de toute expression.
Mais au-delà de ce lien de sujétion
politique, un certain discours, nonchalant et désinvolte, de nos élites sur
l´Afrique est en cause. Sarkozy vient
de donner aux théoriciens de l´afropessimisme une bonne occasion de
réajuster leurs analyses, du moins aux
plus scrupuleux d´entre eux. La plupart de ces intellectuels étaient sans
doute de bonne foi mais leur réflexion
était malheureusement par trop simpliste et désincarnée. Elle se tenait si
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Septembre 2007 n No 161
loin des rapports de force politiques
réels – par prudence ou par naïveté? – qu´il n´a pas été difficile de la
«racialiser» et de la détourner de sa
trajectoire naturelle. Au lieu d´aider
à un sursaut des Africains, la littérature afro-pessimiste a surtout fourni
des arguments aux racistes – ils citent
d´ailleurs ces ouvrages à tout bout de
champ, avec une grande délectation
– et conforté l´Occident dans son
sentiment d´innocence. L´arrogance
d´un Sarkozy vient en partie de là.
Ces auteurs devraient se soumettre,
en toute honnêteté, à un examen de
conscience.
Le seul point positif du discours de
Sarkozy réside dans le fait qu’il rend
de plus en plus difficile, par sa brutalité même, les faux-semblants et les
louvoiements. Le fait que Sarkozy soit
à la tête d´un pays important ne l´a
pas empêché de dire des inepties mais
son statut présidentiel leur donne de
l´écho et attire au moins l´attention
sur la gravité de la situation. Désormais il sera bien difficile de nier la
signification politique de cette négrophobie et la nécessité d´y répondre de manière appropriée.
Boubacar Boris Diop est
romancier et essayiste.
Il fut directeur de la publication
du Matin de Dakar, un quotidien
indépendant.
Binyavanga Wainaina :
safari avec Monsieur Sarkozee
L
e paysan africain ne connaît que
l’éternel recommencement du
temps rythmé par la répétition sans
fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence
toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. »
Nicolas Sarkozy, Dakar, 26 juillet 2007
J’ai le plaisir d’annoncer qu’une nouvelle
espèce d’oiseau, le faisan* africain, vient
d’être découverte par Nicolas Sarkozee, un
passionné de la faune sauvage. Après des
années d’observation minutieuse des faisans du monde entier, il a visité l’Afrique
de l’Ouest où il a passé un certain temps
dans la jungle, notant soigneusement les
caractéristiques de ce curieux oiseau.
Le mois dernier, il a fait une communication à Dakar sur ses découvertes, exposant
l’ensemble de caractéristiques qui font du
faisan africain un spécimen unique de gibier
à plumes. Sarkozee a parlé de «l’éternel recommencement des mêmes gestes».
L’éminent chercheur, célèbre pour ses recherches minutieuses, a observé les faisans
picorant un sol vide pendant plusieurs générations et a conclu qu’ils vivaient dans un monde
«imaginaire où tout recommence toujours».
Comme la plupart des gibiers à plume, le
faisan africain a une chair coriace, riche
et sombre. Il est devenu assez commun en
Europe, où il vit dans des grottes à étages dans les banlieues entourant Paris et
d’autres villes. Pendant des générations,
des faisans africains ont été importés en
France, si bien que ce pays est désormais
sur leurs itinéraires de migration. Mais
des facteurs environnementaux – murs
et clôtures, barbelés et épines, policiers
et soldats, pour ne pas parler des menaces verbales – ont posé des problèmes à
l’habitat du faisan en France.
«Vu leur nature particulière, ils ont bénéficié grandement de notre contrôle et de
notre influence bénéfique», a déclaré
l’éminent observateur. Il faisait allusion
aux faisans qui avaient réussi, grâce à une
formation minutieuse dispensée par des
experts français bienveillants, à apprendre comment quitter leurs foyers pour venir chercher de la nourriture à picorer en
France, où ils deviennent gras, sont enfermés dans des cages autour de Paris et mis
au pot au bout de quelques mois.
Monsieur Sarkozee, qui a été pendant des
années l’Autorité française de contrôle de
la Peste (aviaire), a critiqué l’importation
imprudente de faisans africains. Cela a con-
duit, a-t-il expliqué, les oiseaux africains à
acquérir des comportements de faisans européens. Résultat : les faisans africains en
France ont des comportements de volaille
gâtée, picorant, chahutant et gonflant leur
plumage avec colère. «Ces volailles sont
devenus des racailles. C’est pourquoi je
suis venu étudier le faisan africain dans son
environnement naturel. Ici, il se comporte
comme au bon vieux temps, entouré par des
génocides verts, des dictateurs chauds et
des contrats pour des centrales nucléaires.
Ici cette espèce, si différente de la nôtre, ne
connaît que le recommencement du temps,
toujours en rythme, et cela, pour moi aussi,
c’est aussi un problème.»
Dans un discours tenu devant l’élite des
défenseurs de la gent faisandière, parmi
lesquels Omar Bongo et Muammar Kadhafi, il a insisté sur la nécessité de créer un
partenariat « euro-africain» pour préserver
le faisan africain. Sarkozee a bien pris le
soin de recourir à des mots simples pour
expliquer son analyse complexe du problème des faisans africains. «Je veux parler
en clichés simples et rythmés de l’Afrique,
car je parle au faisan africain simple et
rythmé. En travaillant avec les populations
de faisans migrateurs en France, j’ai appris
à communiquer de la manière appropriée.
Ceci est la manière la plus diplomatique et
charmante d’amener les faisans africains à
me faire confiance.»
A la question de savoir pourquoi il prétendait avoir découvert le faisan africain, alors
que les Africains le connaissaient depuis
longtemps, il a dit : «La France sera à vos
côtés tel un ami inébranlable pour développer le faisan africain. Ceci est mon rôle.
Je fais cela car je désire aider l’Afrique à
se développer. Mes riches amis en France
donneront un coup de main pour cela.»
Certains analystes qualifient la nouvelle
politique de protection de Sarkozee de revigorante. L’un d’eux déclare: «Il plaide
pour une chasse de bonne volonté au faisan
africain, au lieu de la chasse de la vieille
école. Il a eu l’intelligence de s’allier à des
éminents défenseurs du faisan africain tels
le Professeur Omar Bongo, qui s’est spécialisé dans le recyclage des ressources
pétrolières du Gabon au service du maintien du faisan africain dans sa condition immémoriale, à l’abri de l’influence polluante
d’autres espèces.»
Par ailleurs, la suggestion a été émise que le
cri unique du faisan africain, un cri à la fois
rythmé, répétitif et absurde -– Ugga Ugga
Ugga Ugga – pourrait faire un bon hymne
pour le partenariat euro-africain.
Monsieur Sarkozee est aussi musicien et il
espère que ce cri rythmique servira à éveiller les consciences sur le destin de cet oiseau, qu’il entend sauver. En soutien à cette
initiative, Bongo a mis à sa disposition son
opéra personnel, doté d’un studio complet.
Des dizaines de milliers de faisans vont
être acheminées des banlieues parisiennes,
des champs d’Afrique centrale, de Sandton
et Gugs, du Caire et de la Vallée du Rift.
Une fois sur scène, ils vont gazouiller sur
leur mode répétitif, identique et absurde et
l’enregistrement sera financé par le projet
Langages des Espèces marginalisées du
ministère français de la Culture.
* L’auteur fait un jeu de mots entre peasant
(paysan) et pheasant (faisan)
Article original publié le 14 août 2007 dans le
Mail And Guardian (R-U). Traduit de l’anglais
par Fausto Guidicie.
100 % recyclables
Comme nous le pressentions dans
notre édition de juin (Billets 159), les
vieilles amitiés de Nicolas Sarkozy
dans les Hauts-de-Seine laissaient
présager d’une continuité dans la
conduite de la politique africaine
de la France. La présence, cet été,
du superbarbouze pasquaïen JeanCharles Marchiani, dans la délégation
française qui accompagnait le président français en Afrique, en est un
signe supplémentaire. En recyclant
l’ancien lieutenant de Charles Pasqua,
pourtant beaucoup mis en examen
par la justice française, Nicolas
Sarkozy nous dit clairement : la « rupture » avec la Françafrique attendra.
RdB
Livre blanc
La Commission Mallet, chargée
de rédiger le futur Livre blanc qui
engagera la politique de défense
de la France pour les quinze
prochaines années, a lancé le 29
août le débat sur internet avec
l’ouverture de son site et d’un forum.
www.livreblancdefenseetsecurite.
gouv.fr. À vos claviers ! C’est le moment de faire entendre les revendications de Survie.
No 161 n Septembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
Discours de Dakar :
une salve de réactions
L
’ancien président du Mali Alpha
Oumar Konaré, président de la
commission de l’Union africaine
(UA), a été le premier à réagir très sévèrement le 27 juillet dans une interview à Radio France Internationale (RFI).
Le journal Wal Fadjri (Dakar, Sénégal),
ouvre le ban en publiant, le 28 juillet,
«Nico Lagaffe, Sarko l’immigré», par El
Hadj Hamidou Diallo, secrétaire général
du BRDS (Bloc pour le renforcement de
la démocratie). Cet article est repris par
Le Courrier international le 30 juillet,
avec un commentaire intitulé «Sarko la
gaffe». Le premier août, Le Messager
(Douala, Cameroun) publie la réaction
d’Achille Mbembe : «L’Afrique de Nicolas Sarkozy». Dans Le Messager encore, Mamadou Koulibaly, président de
l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire,
répond à Nicolas Sarkozy le 6 août. Devant les nombreuses réactions à son article, Achille Mbembe revient sur le sujet
avec «France-Afrique : ces sottises qui
divisent», publié le 9 août par Le Messager et Africulture. En France Libération
a consacré pas moins de six Rebonds aux
réactions à ce discours :
Pompier pyromane
François Fillon compte soutenir les
exportations françaises d’armement
confrontées à une concurrence
toujours plus vive selon l’AFP. À cette
fin, le premier ministre entend
mobiliser son gouvernement avec la
création d’une commission ad hoc.
« Dans un marché en pleine expansion,
nos exportations d’armement
font face à une concurrence de plus
en plus diversifiée. La France
ne doit pas laisser ses positions se
dégrader » dit-il.
Pas un mot sur ce qui engendre et
entretient les conflits qu’il faut
alimenter en matériel à tuer afin de
gagner sa vie (en toute concurrence
loyale). Pas de commission ad hoc
pour soutenir l’exportation des efforts
susceptibles de rétablir la paix là
où la guerre fait rage. Dommage.
Mais on pourra toujours envoyer par la
suite notre French Doctor Kouchner !
S. C.
- «L’homme africain», par Thomas
Heams, maître de conférences en génétique à Paris (2 août).
- «Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy», signé par Jean-Luc Raharimanana (Madagascar), Boubacar Boris Diop (Sénégal),
Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),
Patrice Nganang (Cameroun, États-Unis),
Koulsy Lamko (Tchad), Kangni Alem
(université de Lomé) et l’éditrice Jutta
Hepke (Vents d’ailleurs) (10 août).
- «Sous nos yeux, l’histoire se répète!»,
Par Véronique Tadjo poète et romancière
ivoirienne (13 août).
- «Géopolitique de la nostalgie», Florence
Brisset-Foucault (doctorante, Paris-I-Sorbonne), Marie-Emmanuelle Pommerolle,
(maître de conférences, université AntillesGuyane), Étienne Smith et Emmanuel Viret (doctorants, Sciences-Po, Paris).
- «Les tribulations sarkoziennes en Afrique et l’histoire à l’école», par Bernard
Girard (professeur d’Histoire-géographie à
Laval) (20 août 2007)
- «En mémoire de notre père : L’histoire
de l’Afrique ne commence pas au moment
de la colonisation», Nathalie et Sophie
Kourouma, filles d’Ahmadou Kourouma,
écrivain ivoirien.
Le Monde publie «Le faux pas africain de
Sarkozy», Philippe Bernard (23 août).
On trouve sur le site Afrikara : «Le discours inacceptable de Nicolas Sarkozy»,
par Boubacar Boris Diop (25 août).
Enfin, Le Monde diplomatique publie
«L’Afrique au Kärcher», par Anne-Cécile
Robert.
Le 3 août, le site de l’Élysée publie une
Lettre de félicitations adressée par le président de la république d’Afrique du Sud,
Thabo Mbeki, à Nicolas Sarkozy, lequel
lui répond le 13 août.
Le 24 août, devant les remous provoqués
en Afrique par cette lettre, après avoir rappelé que le discours de Sarkozy au Sénégal le mois dernier avait été jugé raciste et
paternaliste envers l’Afrique, la présidence
de la République sud-africaine devait préciser que les félicitations de Thabo Mbeki
ne concernaient que le soutien de la France
à la renaissance et au développement de
l’Afrique. Un dossier sur cette lettre : Thabo Mbeki victime collatérale du discours
de Dakar ? est disponible sur le site de la
LDH Toulon, rubrique Histoire et colonies,
Sarkozy et l’histoire, avec de nombreuses
autres réactions au discours, notamment
celles d’Amadou Mactar Mbow, Mamadou Diouf, Ibrahima Thioub, Jean-François Bayart, Gilles Manceron, Catherine
Coquery-Vidrovitch, Benjamin Stora. Et
ce n’est sans doute pas fini…
Un petit pays
qui se veut grand
L
a France est un petit pays, qui
s’étouffe dans ses contradictions.
Comme tous les pays ? Peutêtre… mais il a du mal à embrasser les
défis qu’il se lance à lui-même. Des défis qui le mettent en demeure de devenir
grand – pour exister. Quelle gageure!
Non, pas du tout, c’est tout simple.
Après avoir lu le discours de Nicolas
Sarkozy à Dakar, j’ai rêvé l’avoir immédiatement rencontré pour lui dire comment
son petit pays pourrait devenir grand. Il
suffit d’assumer son passé, Monsieur le
Président, le véritable passé, avec toutes ses scories. Sa reconnaissance agirait
comme un désinfectant. C’est tout simple,
avouez, et ce petit pays pourrait devenir
grand. Enfin ! Le réveil a été douloureux.
Point de rêve mais un cauchemar.
À défaut de convaincre le président français, il fallait espérer. Espérer que Bernard Kouchner saute dans un avion pour
nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Septembre 2007 n No 161
Kigali, démissionne du gouvernement en
vol et dise au président rwandais : «Je
vais prendre le bus pour Butare, où je
trouverai une voiture pour me rendre à
Murambi.1 J’ai quelque chose à dire aux
victimes du génocide si vous me le permettez.» Il pourrait alors se tenir devant
les dépouilles des victimes et s’adresser
à eux : «Pardon». Il reprendrait alors
l’avion du retour, et en atterrissant à
Paris, il ferait partie de l’Histoire d’un
grand pays.
Espérons.
Sharon Courtoux
1. À Murambi, dans le sud du Rwanda à une
demi-heure de voiture de la ville de Butare, sont
exposés les ossements des victimes d’un des plus
terrifiants massacres du génocide. Des troupes
françaises installées à Murambi durant l’opération Turquoise sont accusées de graves crimes
par de nombreux rescapés. Certains ont porté
plaintes contre ces faits.
Environnement
Des labels privés qui ne sont
pas vraiment verts
Alors que Nicolas
Sarkozy s’est
dernièrement
enthousiasmé pour la
préservation de la forêt
africaine, enjeu « essentiel »
pour l’équilibre écologique
du monde, le manque
d’indépendance des sociétés
d’écocertification pose les
limites de la régulation privée
de l’exploitation forestière.
L
es forêts tropicales, régressent d’environ 1 % par an et pourraient même
disparaître dans les cinquante ans,
selon les grandes associations écologistes
(AFP, 2004). Bien que l’écocertification
FSC (Forest Stewarship Council) soit une
des plus réputées, elle certifie des entreprises qui ne le méritent pas. Au Cameroun,
certaines associations estiment que les
forêts primaires auront disparu d’ici 2015
environ, si leur exploitation intensive se
poursuit. Déjà le moabi (un arbre sacré) a
disparu (Verhagen H & C Enthoven, 1993)
dans la région autour de Dimako (Cameroun), où la SFID (filiale de Rougier) l’exploite depuis 1993. Or, en février 2006,
après la certification d’une concession
forestière au sud du Cameroun exploitée
par la société Wijma, l’ONG Forest people
programme dénonçait la persistance des
conflits entre celle-ci et les communautés
locales. Des conflits portant sur les limites entre la concession et les forêts communautaires. Certains critères du référentiel FSC ne sont pas respectés, comme la
fermeture des pistes sur les parcelles déjà
exploitées pour prévenir le sciage sauvage.
Du bois a été coupé et abandonné sur place
ce qui s’assimile à de la coupe illégale. Wijma a minoré les volumes de bois exploités
dans ses déclarations à l’administration. Le
dernier rapport de l’ONG CED mentionne pourtant que ces deux infractions sont
une pratique illégale en hausse et peuvent
«causer des manques à gagner pour l’État
camerounais de plusieurs centaines de millions de francs CFA par an». Pour Samuel
Nguiffo, secrétaire général de l’ONG camerounaise CED : «Voilà bientôt un an
que Wijma vend du bois avec le label FSC,
alors qu’il ne le mérite pas» (www.wwo.fr,
27 octobre 2006).
En 2000, les dirigeants de Bolloré se sont
entretenus avec le WWF et Tropenbos (le
programme néerlandais de recherche sur
la forêt tropicale) afin d’obtenir une certification du Conseil de gestion durable
des forêts (FSC) pour les concessions de
la HFC et de la SIBAF (Forests Monitor
Ltd, mars 2001). Ainsi, en 2007, Bolloré
Paper est devenu le premier et l’unique
fabricant de papier mince certifié FSC au
monde. Il est possible que cette gamme de
papiers réponde effectivement aux normes
du FSC, dans un secteur très circonscrit
de l’exploitation des forêts. Cependant, au
sein d’une même entreprise de production
de papier, il paraît difficile de parvenir à
différencier les grumes provenant d’une
zone d’exploitation certifiée d’une autre
qui ne l’est pas. Or, selon l’enquête de
l’ONG britannique Global Witness (31
janvier 2003), près de 60 % des coupes
de bois dans le pays se font dans la plus
grande illégalité. Parmi les entreprises
impliquées, certaines sont françaises et
appartiennent aux groupes Pasquet et
Rougier.
Si la certification FSC de Bolloré n’est
actuellement pas mise en cause, ses pratiques depuis de nombreuses années sont
pourtant loin de respecter le développement durable. Ainsi, en dix ans seulement, le petit village de Kika est passé de
25 à 6 000 habitants (WWF 20 juin 2000)
après l’implantation d’une de ses filiales,
la SIBAF. Cet afflux de travailleurs, venus d’autres régions du pays, a perturbé
les peuples Baka et Bangando dont les
territoires traditionnels se trouvent en
partie sur la concession forestière de la
SIBAF. La société HFC/Forestière de
Campo (autre filiale de Bolloré), refuse
aux villageois l’accès aux dépôts de déchets de bois alors même qu’ils ne sont
pas valorisés. Ceux-ci brûlent en permanence avec les bidons en plastique
de pesticides utilisés pour le traitement
du bois. Au niveau social, l’exploitation
des forêts oblige à des déplacements de
population.
Des pratiques anciennes qui perdurent
probablement dans d’autres concessions
forestières. Ce qui nous fait dire que Bolloré s’achète une bonne image à peu de
frais, même dans l’hypothèse où la filière
de papier labellisée FSC serait réellement
fiable. Bien que ce label soit considéré
par le WWF ou Greenpeace comme étant
le plus fiable, cette forme de régulation
privée n’obtient pas non plus de résultats
satisfaisants. Les limites des labels privés
résident dans le fait que les référentiels
sont souvent trop vagues. Il y a surtout un
manque évident d’indépendance puisque
ces sociétés d’audits sont payées par les
entreprises qu’elles contrôlent.
Thierry Brugvin
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Gorilles ou chimpanzés
[...] « Dans mes invités, vous verrez une femme, Jane Goodall, que je vais vous
présenter et qui a consacré sa vie à la forêt. Aux gorilles dans la forêt. On a tous
été marqués par ce film remarquable. J’espère que tous vous l’avez vu. C’était une
façon pour moi de dire que le monde d’aujourd’hui a besoin de l’Afrique. » [...]
Nicolas Sarkozy, conférence de presse à Libreville (Gabon), 26 juillet 2007
www.dailymotion.com/video/x2nxja_sarkozy-conf-de-presse-au-gabon_news
[Et Nicolas Sarkozy a besoin de revoir ses connaissances. Son invitée, Jane
Goodall est spécialiste des chimpanzés. Elle a été confondue avec Dian Fossey,
spécialiste des gorilles, héroïne du film Gorilles dans la brume, où son personnage est interprété par Sigourney Weaver et où elle meurt à la fin, assassinée,
comme dans la réalité, hélas ! Elle ne peut donc pas se trouver devant Sarkozy,
à moins d’un tour de magie de la sorcellerie africaine. Mais tout ça ce sont des
anglo-saxonnes qui s’occupent de singes. Comment voulez-vous qu’on s’y
retrouve ? – ]
Odile Tobner
No 161 n Septembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn
Salves
ILS ONT DIT
France Rwanda
Congo Brazzaville
Une justice bâclée
Biens mal acquis
« Si cette affaire n’avait pas quelques relents, disons de colonialisme, de néocolonialisme, de racisme et de provocation
gratuite, on l’aurait sans doute laissée
mourir de son propre poison. » […]
Sassou Nguesso, dans la cour de l’Élysée, jeudi 5 juillet, répondant à propos
de l’enquête ouverte par le parquet de
Paris sur la provenance de ses biens en
France.
Lorsque la journaliste qui lui posait
les questions s’est étonnée et lui a fait
observer que : « Les personnes qui ont
porté plainte espèrent pouvoir récupérer
les fonds avec la cession des biens qui
se trouvent en France pour les rétrocéder aux Congolais. Donc vous qualifiez
ça de racisme ? » M. Sassou a répondu :
« C’est plutôt honteux et triste de traiter
ce dossier-là. Vous savez, en France,
tous les dirigeants du monde ont des
châteaux ou des palais, qu’ils soient
du Golfe, d’Europe, ou de l’Afrique. On
peut même s’étonner de voir que, de la
manière la plus triste, on ait trouvé deux
cibles sur lesquelles on voudrait tirer. »
[La réaction du président Sassou Nguesso à l’ouverture de l’enquête, après la
plainte pour recel de détournement de
biens publics déposée par l’association Sherpa, Survie et la Fédération des
Congolais de la diaspora, est pitoyable.
L’allégation de racisme est grossière
et facilement réfutée par la journaliste.
Acculé, Sassou se compare aux autres
chefs d’État, qui auraient tous des
châteaux en France. Que ne comparet-il la situation de pauvreté qui règne
au Congo Brazzaville avec celle de ces
autres pays ! – ]
Odile Tobner
Dure réalité
«Depuis ma prise de fonction, je tente
de maintenir un équilibre entre notre volonté réformatrice, qui est notre feuille
de route, et la réalité » Jean-Marie
Bockel, (Jeune Afrique du 5 août 2007),
secrétaire d’État à la Coopération et la
Francophonie. Si ce n’est pas un aveu
d’impuissance, ça y ressemble ! Quelle
est donc cette « réalité » implacable à
laquelle aucun président français ne
peut échapper ? Intérêts géostratégiques et économiques évidemment mais
aussi somme des compromissions les
plus inavouables. Comme il est difficile
de débrancher le drogué de sa dose
françafricaine…
RdB
Wenceslas
Munyeshyaka et
Laurent Bucyibaruta,
arrêtés le 20 juillet puis
relâchés, le 1er août, par
décision de la chambre
d’instruction de la cour d’appel
de Paris, attendront encore un
peu avant d’être jugés pour les
crimes dont ils sont accusés.
L
e cas de ces deux présumés exécutants du génocide, réfugiés en France,
est un ballet de la plus mauvaise facture, aux entractes interminables, dont les
artistes, metteurs en scène et techniciens se
disputent la palme d’or de la gabegie morale et de l’incompétence. Il témoigne aussi
d’une dérive «administrative» du TPIR.
Les victimes de leurs crimes peuvent reposer en paix, ces accusés seront jugés,
sans que l’on puisse savoir quand et où.
Le TPIR, aujourd’hui dans sa phase de fermeture, conformément à ses règles, prévoit le
renvoi dans des pays tiers des dossiers qu’il
n’aura pas le temps de traiter. Alors que son
œuvre de justice n’est pas achevée, des accusés, actuellement en détention ou encore
recherchés, devront être jugés devant des
juridictions nationales compétentes. Mais le
transfert à un pays tiers d’un dossier du TPIR
n’est possible que lorsqu’une formation de
renvoi (les juges d’une chambre du TPIR
désignée par le parquet) a statué sur la requête
du parquet. C’est une condition sine qua non.
Dans le cas du père Munyeshyaka et celui de
l’ancien préfet de Gikongoro, Laurent Bucyibaruta, la formation de renvoi n’a été saisie
de l’affaire que le 11 juillet dernier, et elle n’a
toujours pas statué. C’est dans ces conditions
que les actes d’accusation et les mandats
d’arrêt les concernant sont arrivés à Paris à la
fin du mois de juin. Arrêtés un mois plus tard,
les accusés ont fait appel, et leurs avocats ont
eu gain de cause pour une raison difficilement
contestable : le droit français ne permet pas
de maintenir des personnes en détention sine
die (le tribunal chargé de les juger doit être
identifié afin que les procédures les concernant puissent débuter en toute légalité sinon
leur incarcération serait arbitraire). Le TPIR
aurait demandé que les deux accusés soient
placés en détention «en attendant» que cette
procédure ait suivi son cours.
Pourquoi le TPIR n’a-t-il pas demandé à la
France d’envoyer Wenceslas Munyeshyaka et Laurent Bucyibaruta à Arusha dans
10 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Septembre 2007 n No 161
l’attente de la décision de la formation de
renvoi ? Cela aurait permis leur comparution initiale et leur présence à l’audience
de renvoi de l’affaire ? Pourquoi la formation de renvoi n’a-t-elle toujours pas
rendu sa décision ? Pourquoi le président
du TPIR a-t-il attendu un mois (dépôt de la
requête le 12 juin, décision du Président le
11 juillet) avant de désigner une chambre
chargée d’examiner la demande de renvoi? Selon des sources crédibles proches
du TPIR, cette instance «ressemble plus
que jamais à une vaste machine “administrative” internationale, où l’indifférence
l’emporte devant le souci de la vérité et de
la justice». Elle a en tout cas commis une
grosse erreur de procédure dans cette affaire, à l’origine de la situation présente.
Quant à la France, pourquoi a-t-elle mis
un mois entre la publication des mandats
d’arrêt et l’arrestation des deux accusés?
Et surtout, pourquoi n’a-t-elle pas profité
de ce laps de temps pour coordonner ces
arrestations avec Arusha afin d’éviter les
erreurs de procédure? Pourquoi les juges
de la chambre d’instruction de Paris n’ontils pas mis à profit la semaine qui s’est
écoulée entre le 26 juillet et le 1er août
pour communiquer avec le TPIR et lui demander de mettre son mandat d’arrêt en
conformité avec le droit français? Cela
aurait évité la remise en liberté des accusés, qui devront être arrêtés à nouveau,
et les soupçons de tous ordres auxquels
on ne pouvait que s’attendre. Cela aurait
aussi évité aux rescapés du génocide qui
doivent aux accusés la disparition des
leurs de nouvelles souffrances.
Le 23 août, le porte-parole du bureau du
procureur du TPIR, Timothy Gallimore,
a déclaré que «le procureur continue
d’agir. Des actions sont en cours pour que
justice soit rendue. Le procureur (Hassan
Bubakar Jallow, ndlr) est en discussion
avec le ministère français de la justice via
le ministère des affaires étrangères. Des
résultats sont attendus bientôt». La majorité des proches de ce dossier estiment que
l’on peut en effet s’attendre à de prochains
«résultats». Bon nombre se demandent
par ailleurs si la France n’est pas en train
de tenter d’éviter d’en hériter. L’avenir le
dira. Toujours est-il que les deux accusés
n’ont aucune envie de se retrouver, à la
suite à un passage à Arusha, devant une
juridiction rwandaise. Et l’un d’entre eux
ne manque pas d’appuis au sein de l’Église
catholique de France.
Sharon Courtoux.
Amina K.
par Vincent Munié, Éditions de La Mauvaise Graine.
L’or africain
Pillages, trafics & commerce
international
de Gilles Labarthe, édition Agone. Dossier noir n° 22, édité par Survie et Oxfam
France-Agir ici
L’or africain est un livre-enquête qui s’attache à dévoiler les dysfonctionnements
chroniques et les aspects occultes de l’exploitation aurifère en Afrique. Il décortique
le rôle des paradis fiscaux et des multinationales européennes et américaines dans
ce qui s’apparente à un véritable pillage. Il
met également en avant les mouvements
de résistance qui, au Mali, dans le reste de
l’Afrique et dans le monde, s’opposent à
une exploitation incontrôlée des ressources naturelles.
Sortie le 13 octobre 2007 !
Amina K. est un livre précieux. Un roman que nous avons beaucoup aimé.
A recommander chaudement ! C’est
l’histoire d’un amour soudain, inattendu. Au travers de cette belle rencontre
entre une athlète africaine et un cameraman français, Vincent Munié dénonce les mécanismes internationaux
à l’origine des multiples drames africains et particulièrement du génocide
rwandais.
Amina K., à commander dans les bonnes librairies, ou sur le site de l’éditeur: atheles.org/lamauvaisegraine/livraie/aminak
La Stratégie des
Antilopes
Jean Hatzfeld, Seuil, Fiction & Cie.
Le troisième volet de Jean Hatzfeld sur le
Rwanda à travers le prisme de Nyamata
et de ses environs. Il était question, dans
les deux premiers, de ce qui s’était passé
dans les marais, avec la voix des victimes
(Dans le nu de la vie), puis celle des bourreaux (Une saison de machettes). Mais il y
a eu aussi la forêt, avec seulement vingt
survivants sur les six mille Tutsis qui y
cherchèrent refuge. On découvre le récit
de ces journées passées à courir dans tous
les sens pour fuir les machettes. Mais le
centre de gravité du livre se trouve dans
une décision prise par la présidence rwandaise en janvier 2003 : la libération de
dizaines de milliers de Hutus, en vue de
procès en réconciliation. C’est dès lors la
question du pardon et plus simplement de
la coexistence dans un même lieu qui se
pose, à la fois pour les bourreaux et les
victimes, hantés par leurs mémoires mais
poussés par la nécessité de continuer de
vivre, malgré tout.
Paysage après le génocide.
Une justice est-elle possible au Rwanda
Jean Chatain, Paris, Le Temps des Cerises, 2007.
Tant de livres ont été et sont encore écrits sur le génocide «rwandais» qu’il serait tentant
d’en esquisser une comparaison. Mais comment rapprocher des genres aussi différents
que les témoignages à chaud d’acteurs de l’humanitaire présents sur le terrain pendant la
période des massacres [..], les enquêtes institutionnelles ou d’ONG de défense des droits
de l’Homme [..], des témoignages de rescapés du génocide, des travaux universitaires,
qui apportent, à partir de points de vue, de connaissances diverses et de pratiques professionnelles différentes, des éclairages tout aussi diversifiés ?
Jean Chatain connaît bien toute cette production, et il le montre dans l’usage qu’il en
fait dans son livre, Paysage après le génocide. Cependant, il a un parti pris, qui est celui d’un journaliste et qu’il assume totalement, dans la forme narrative comme dans la
perspective d’analyse.
Journaliste à L’Humanité, Jean Chatain est un des rares grands reporters français à avoir
couvert la période des massacres et du génocide (avril-juin 1994) en suivant dans ses
mouvements le Front patriotique rwandais (FPR) qui combattait les forces du gouvernement rwandais et l’armée régulière sous la responsabilité desquels étaient commises les
atrocités. Il a donc enquêté «à chaud», et c’est, entre autres aspects intéressants, celui
qui confère à son livre un caractère saisissant. (Extrait de la préface de José Kagabo).
No 161 n Septembre 2007 nn Billets d’Afrique et d’ailleurs nnn 11
Salves
Ambassades
Erratum
Indignité nationale
B
rice Hortefeux, ministre de
l’Immigration, de l’Intégration,
de l’Identité nationale et du
Codéveloppement, vient de donner aux
ambassadeurs de France leur feuille de
route en matière de regroupement familial.
En affirmant que rééquilibrer les flux
migratoires, c’est mieux encadrer le regroupement familial, le ministre n’a pas
caché son intention de contrecarrer ce
flux migratoire, pour l’essentiel, légal et
contrôlé et encadré par l’administration
(DASS, Préfectures ANAEM et services consulaires à l’étranger. « (...) Il ne
saurait y avoir un droit absolu et inconditionnel à s’installer en France, sans
projet d’intégration (...)», a-t-il poursuivi dans son discours aux ambassadeurs. Faut-il lui rappeler que le droit de
vivre en famille est bel et bien un droit
constitutionnel? Pour l’avoir oublié,
M. Postel-Vinay, secrétaire d’État du
gouvernement Chirac (version Giscard
d’Estaing) avait déjà dû faire marche
arrière en 1974, le gardien de la Constitution ayant refusé son projet de loi
suspendant le regroupement familial.
Certes, Brice Hortefeux ne remet pas
en cause le droit de vivre en famille tel
que le reconnaît la Constitution. Sa démarche est autrement plus...subtile, plus
machiavélique. Il la rend quasiment
impossible tant seront contraignantes,
à l’avenir, les conditions pour bénéficier de ce droit. Et pour s’assurer que
les ambassades feront bien le travail de
sape demandé, la délivrance des visas
relèvera désormais du ministère de
M. Hortefeux. Tout cela pour moins
de 100 000 personnes par an, toutes
nationalités confondues y compris les
personnes originaires de l’union Européenne!
Le projet de loi [qui devrait être présenté
au parlement en septembre] «préparera en amont le parcours d’intégration»
a-t-il assuré, sans rire, aux ambassadeurs en oubliant que l’intégration est
le résultat d’une double volonté : celle
du primo arrivant certes, mais aussi
celle des habitants du lieu d’accueil.
«Le parcours du combattant», a-t-on
entendu chuchoter discrètement parmi
les ambassadeurs...
G De B
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Billets d’Afrique et d’ailleurs
Édité par Survie, 210, rue Saint-Martin - 75013 Paris. Tél. : 01 44 61 03 25
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12 nnn Billets d’Afrique et d’ailleurs nn Septembre 2007 n No 161
Un coup de ciseau malencontreux a amputé une partie de l’article « Chaud Cacao ! » dans notre édition de juillet-août
(n°160). Cet article commentait le rapport
Chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d’Ivoire publié par
l’ONG Global Whitness. Toutes nos excuses donc à nos lecteurs. Vous trouverez
l’intégralité de cet article de Victor Sègre
sur le site www.billetsdafrique.info.
Un drôle de militant
Le diable est dans les « détails ». Après
avoir tenté de placer sa visite au Gabon
sous le signe de la préservation de la
forêt africaine, enjeu « essentiel » pour
l’équilibre écologique du monde, Nicolas Sarkozy s’est rendu dans la forêt
protégée de la Mondah qui sert, accessoirement, de site d’entraînement commando pour les armées gabonaises et
françaises. Il y a rencontré des ONG
environnementalistes. Détail : il était
accompagné par un « militant » fort
prolixe : Francis Rougier, président du
directoire du groupe Rougier et leader
du bois françafricain qui saccage sans
états d’âme les forêts primaires du
continent depuis 1930 ! Est-ce lui qui a
soufflé à Nicolas Sarkozy cette phrase :
« La matière première à mes yeux la
plus importante pour l’Afrique, c’est la
forêt.» Seulement pour l’Afrique ?
Lettre fondée par F.-X. Verschave
Directrice de la publication : Odile Biyidi
Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre
Caminade.
Secrétaire de rédaction : Janine Sfiligoï.
Comité de rédaction : Pierre Caminade,
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Ont aussi participé : Comi Toulabor,
Waste Aregba, Vincent Munié, Thierry
Brugvin.
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Dépôt légal : Septembre 2007 - ISSN 11551666 Imprimé par Imprimerie 3 A
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