Fiche du document numéro 22677

Num
22677
Date
Juillet 2006
Amj
Fichier
Taille
532470
Pages
10
Titre
Billets d'Afrique No. 149
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Vérité sur l’art des colonies

Il y aurait beaucoup à dire sur le musée des Arts Premiers, voulu par Chirac, qui vient d’être inauguré à Paris, Quai Branly,
et qui regroupe des œuvres d’art non européennes, majoritairement africaines. Laissons de côté les considérations, qui
seraient cependant très utiles, sur le choix de l’appellation “arts premiers”, qui ne vaut guère mieux que le ridicule ethnic art
des anglo-saxons. Le primitivisme pouvait être un point de vue, à condition d’y intégrer les arts gaulois, préhellénique, etc.
L’arrachement au lieu et au temps est un traitement réservé à certains, hommes et œuvres, c’est la signature coloniale. On n’a
d’ailleurs guère lu le mot “œuvres”, encore moins “œuvres d’art”, mais on a parlé d’“objets”. Les sculptures de nos
cathédrales, pour anonymes qu’elles soient, ne sont guère traitées d’“objets”, mais plutôt de chefs-d’œuvre, dans nos
discours esthétiques. La seule querelle, dérisoire, à propos de ce musée, a opposé les anthropologues aux esthètes, qui
partagent pourtant le même point de vue au fond, le point de vue colonial.
On retiendra un passage étonnant du discours de Chirac. « Il s’agissait pour la France de rendre hommage à des peuples
auxquels, au fil des âges, l’histoire a trop souvent fait violence. Peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et
brutaux. Peuples humiliés et méprisés, auxquels on allait jusqu’à dénier qu’ils eussent une histoire. Peuples aujourd’hui
encore souvent marginalisés, fragilisés, menacés par l’avancée inexorable de la modernité. Peuples qui veulent voir leur
dignité restaurée. » C’est loin d’être un mea culpa français, mais c’est déjà une rhétorique assez noble. Il a lu Lévi-Strauss,
comme le confirme une citation de l’auteur de Tristes tropiques. On aurait aimé, pour un discours qui se voulait politique et
moral, qu’on nous explique pourquoi l’avancée inexorable de la modernité est une menace et non un bienfait. Ce sera pour
une autre fois. En attendant prenons acte de la vérité de ces déclarations.
Pas un mot par contre sur deux réalités très laides qui sont derrière ces œuvres d’art et qui en rendront la contemplation
bien amère à quelques uns : il s’agit du pillage et de la spéculation. Ces œuvres d’art n’ont été ni reçues ni acquises
honnêtement, elles ont été volées ou escroquées à leurs possesseurs impuissants ou trompés. Si on en veut un témoignage,
1
entre mille, qu’on lise le récit de l’ethnologisation des Dogons par Marcel Griaule, fait par Michel Leiris . En voici quelques
extraits : « Griaule prend deux flûtes et les glisse dans ses bottes. » « Griaule décrète et fait dire au chef de village que,
puisqu’on se moque décidément de nous, il faut, en représailles, nous livrer le Kono en échange de dix francs, sous peine que
la police, soi-disant cachée dans le camion, prenne le chef et les notables du village pour les conduire à San, où ils
s’expliqueront devant l’administration. Affreux chantage ! » Le Kono est un fétiche sacré, centre de la vie religieuse du village.
Leiris décrit l’affolement, la terreur, la panique provoqués par son enlèvement... Qu’à cela ne tienne : « Avant de quitter
Dyabougou, visite du village et enlèvement d’un deuxième Kono que Griaule a repéré en s’introduisant subrepticement dans
la case réservée. Mon cœur bat très fort, car, depuis le scandale d’hier, je perçois avec plus d’acuité l’énormité de ce que nous
commettons. [...] Au village suivant, je repère une case de Kono à porte en ruines, je la montre à Griaule et le coup est décidé.
Comme la fois précédente, Mamadou Vad annonce brusquement au chef de village, que nous avons amené devant la case en
question, que le commandant de la mission nous a donné ordre de saisir le Kono et que nous sommes prêts à verser une
indemnité de vingt francs. » Enfin, couronnant le tout : « Griaule et moi regrettons que dans cette région il n’y ait plus de
Kono. Mais pas pour les mêmes raisons ; ce qui me pousse quant à moi, c’est l’idée de la profanation (sic)» 2
Quant à la spéculation sur ces œuvres, c’est peut-être le phénomène le plus choquant, qui ne choque pourtant personne.
Les 17 et 18 juin derniers la dispersion de la collection Vérité – cela ne s’invente pas – du nom de la famille propriétaire, a
atteint des records, presque 50 millions d’euros. Un admirable masque fang du Gabon, a été acquis au prix de 5 904 176 euros
par un acheteur anonyme. Ces prix, tout comme ceux d’un Van Gogh, me semblent exprimer la vérité de notre civilisation
mercantile, avec cet ultime crachat de l’argent sur ce qui ne s’achète pas et n’a pas de prix, la création artistique. Une œuvre
ne devrait enrichir que son auteur et appartenir ensuite à la communauté humaine qui l’a produite. On ne la possède que par
le regard et non par l’argent, qui ne peut que tuer l’œuvre en empêchant son message de parvenir à ses destinataires.
Le mot de la fin appartient, cette fois encore, à Aminata Traoré : «Ainsi nos
oeuvres d’art ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de
séjour» 3. Voilà en effet la vérité : tout pour l’argent, rien pour les hommes. C’est
ce qu’on appelle l’humanisme, par antiphrase bien sûr.
Odile Tobner
1. Michel Leiris, L’Afrique fantôme.
2. Cf. O.Tobner, Les intellectuels français et l’Afrique noire, PNPA n° 13, janvier/février 1980,
www.arts.uwa.edu.au/mongobeti/issues/pnpa13/pnpa13_02.html#haut

3. www.afrikara.com/index.php ?page=contenu&art=1293

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Pragmatisme Ad nauseum
Lecture du jugement
Nous savions que le procès de Bob
Denard et son équipe, pour avoir destitué
le président Djohar en septembre 1995,
s’interdirait
d’éclairer
les
vraies
responsabilités,
de
découvrir
les
commanditaires, et surtout de remonter
les financements de l’opération. Il restait
un petit suspens : allait-on condamner
quelques lampistes ? Le cuisinier du
bateau par exemple. Contentons-nous
de collecter les éléments de preuve de
ce que chacun savait : ce coup d’État
réussi par la France a été déguisé en
coup d’État raté par Denard, sur fond de
guerre des réseaux.
Le coup d’État récurent

Mais la sensation qui nous submerge
en lisant les éléments du jugement, c’est
la nausée que provoque le pragmatisme
des stratégies de « ceux qui contribuent
à
déstabiliser
l’ordre
public
international ». Après avoir nié avec
aplomb, durant les premières années,
que les putschistes aient agi pour le
compte de la France (sans convaincre
grand monde, mais tout est dans la
posture), les représentants de l’État ont
défilé à la barre pour expliquer
exactement
l’inverse,
ce
qui
juridiquement amoindrit les peines
prononcées : la méthode a une fois de
plus fait preuve de son efficacité.
« Dès lors, pour les motifs exposés, il
est donc évident que les services secrets
français avaient eu connaissance du projet
de coup d’État conçu par Robert Denard,
de ses préparatifs et de son exécution.
Il est tout aussi manifeste qu’au moins ils
n’avaient rien fait pour l’entraver et qu’ils
l’avaient donc laissé arriver à son terme.
En conséquence, c’est que les
responsables
politiques
l’avaient
nécessairement voulu ainsi ; ce qui est à
rapprocher du fait que, comme vu cidessus,
Mohamed
Djohar,
après
l’opération Azalée, n’avait nullement été
rétabli dans ses fonctions présidentielles.
De là, la défense soutient que la
tactique des autorités françaises dans
cette affaire avait été de laisser faire la
destitution, qu’elles souhaitaient, du
président Mohamed Djohar, pour
feindre ensuite de s’en offusquer en
déclenchant l’opération Azalée [où les
forces armées françaises ont arrêté Denard]. »
Pour
parfaire
les
apparences,
puisqu’on a arrêté les putschistes, il
s’agissait
de
les
juger...
sans
précipitation : la décennie s’imposait.
Dès lors qu’il s’agit de défendre les

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exécutants, comme aux autres procès
Denard, le fleuron des services secrets
est venu attester qu’ils agissaient bien
pour la France.
« Effectivement, il ressort de la
procédure qu’au vu de multiples
témoignages de professionnels du
renseignement, il est "impossible et
impensable" qu’une opération comme
celle de l’espèce, qui avait perduré 131
jours
entre
l’achat
du
Vulcain
[l’embarcation des mercenaires] et l’arrivée
aux
Comores,
qui
avait
exigé
d’importants moyens financiers évalués à
au moins 10 000 000 de francs, qui avait
nécessité
toute
une
cascade
d’intermédiaires et de contacts divers, et
ce, alors même que Robert Denard était
sous contrôle judiciaire, ait pu être
méconnue des services secrets
et de
la Cellule africaine de l’Élysée. [...] Michel
Roussin
indiquait
d’ailleurs
que
concernant le coup d’État de septembre
1995, "on l’avait pour le moins laissé
faire" (cf. P.V, D3216 p. 6 et 7). »
Toute ressemblance avec le scénario
de l’assassinat du président Abdallah en
1989 n’a rien de fortuit, puisqu’une large
part de la distribution comprend les
mêmes acteurs.
Sur fond de guerre des réseaux

Pasqua versus Chirac-Juppé-Villepin ?
Ces derniers misaient depuis quelques
temps sur Taki, mis sur le trône au
renversement de Djohar. Mais François
Mitterrand avait pour poulain Djohar,
passé par fraude électorale face à Taki
début 1990 (la France n’était pas encore
en cohabitation).
Notons que la DST étant sous contrôle
du ministre de l’Intérieur, un certain
Charles Pasqua, non appelé à la barre,
au minimum savait que le coup de
préparait :
« En outre, dès 1994, un certain JeanClaude U.-B., qui s’était vu confier par
Robert Denard qui celui-ci voulait acheter
un avion cargo et qu’il se renseignait sur
les tarifs de munitions diverses, avait
immédiatement
répercuté
cette
information auprès de la DST, dont il
était un informateur (cf. D2911 p. 1 et 2).
Par ailleurs, dès mars 1995, un projet
de coup d’État à l’encontre de Mohamed
Djohar avec l’appui manifeste de la
DGSE avait déjà vu le jour.
En effet, un certain Patrick O., ancien
commandant jusqu’en 1982 de la garde
présidentielle créée par Robert Denard et
qui, depuis cette date, lui servait
d’intermédiaire
habituel
avec
des
personnalités
telles
que
Jacques

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Foccard, le général Delaunay, le général
Lacaze et l’ambassadeur Maurice
Robert, indiquait que la DGSE lui avait
demandé depuis un certain temps
d’intervenir auprès des opposants au
régime du président Djohar auquel la
France, qui subventionnait les Comores,
reprochait ses dérives (scandales de
corruption à répétition) et le fait d’ouvrir
son pays vers des États estimés
terroristes à l’époque, c’est à dire la
Lybie, l’Iran et Khartoum.
[...] Par ailleurs, aussi et bien que,
comme vu ci-dessus, l’appareil Immersat
[qui permettait les communications depuis
l’embarcation de l’équipe Denard], n’ait

jamais été retrouvé, les enquêteurs ont
quand même pu reconstituer les appels
sortants (mais non rentrants) au vu
desquels il apparaît que Robert Denard
avait appelé deux fois l’ancien ministre
Maurice Robert aux deux dates
névralgiques des 25 septembre (date du
coup d’État) et du 4 octobre (date de
l’intervention française) et deux autres
fois deux numéros bien précis du
Ministère de l’Intérieur sans toutefois qu’il
ait été recherché qui en étaient les
titulaires. »
Il est regrettable que les titulaires des
« deux numéros bien précis du Ministère
de l’Intérieur » n’aient pas pu être
identifiés par la police... La destitution de
Djohar par Denard était donc bien copilotée par les services de Charles
Pasqua. Pourtant, la sortie de scène des
mercenaires
par
l’armée
a
été
extrêmement violente vis-à-vis de
certains exécutants (mineurs, rassuronsnous, surtout maltraités par les COS du
commando Jaubert). La branche DGSE
répondant à Chirac-Juppé-Villepin tenaitelle à tout prix à connaître des éléments
du mode opératoire du coup qui lui aurait
été cachés par un co-pilote ? Y a-t-il
entremêlement de coups tordus dans les
coups tordus ? Il a souvent été répété
que les réseaux Pasqua comptaient
vraiment installer Denard durablement au
palais
présidentiel
comorien,
et
transformer l’archipel en zone franche.
La part de guerre des réseaux ne semble
pas décryptable. Mais la violation de la
souveraineté comorienne est une
évidence étalée au grand jour, à jamais
impunie, et dont les acteurs semblent
même tirer une grande satisfaction :
l’ivresse du pouvoir.
Les sanctions

Dans l’affaire Elf, la nouvelle direction
de la société attaquait la direction
précédente pour détournement de fonds,
un motif dérisoire comparé au fond de

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l’affaire qui est la façon dont Elf a servi
d’opérateur de guerre pour martyriser les
peuples, les Angolais et le Congolais au
premier chef. Dans les procès Denard,
c’est la France qui attaque son Corsaire
de la République
[cette expression a été
déposée par Denard] pour avoir exécuté le
putsch qu’elle souhaitait. Les véritables
victimes peuplent un archipel où toute
construction politique est obérée par le
sabotage de l’État par la puissance
tutélaire. Une justice servile a rendu un
jugement
que
l’on
comprendra
clairement par une lecture raccourcie :
« Les faits imputés aux prévenus
présentent une gravité certaine puisque
sans qu’ils puissent être légitimés par
une quelconque investiture officielle, ils
sont de ceux qui contribuent à
déstabiliser l’ordre public international.
Toutefois les sanctions devront
manifestement tenir compte de [... bla
1
bla.] Par conséquent, seules seront
prononcées des dispenses de peine
ou des peines d’emprisonnement
avec sursis ; par ailleurs, aucune
interdiction de droits civiques ne sera
prononcée ; enfin tous les prévenus,
sauf Robert Denard et Jean-Paul G.,
bénéficieront de la non inscription de leur
condamnation à leur Casier Judiciaire
n°2. »
Ces terribles sentences contre des
faits d’une « gravité certaine » en disent
long sur la considération que l’on porte à
l’autodétermination des peuples. « Ceux
qui contribuent à déstabiliser l’ordre
public international » peuvent dormir du
sommeil du sage.
Il ne nous reste que l’écœurement,
jusqu’à la nausée. [Pierre Caminade]
1. bla bla : « ... tenir compte de leur
ancienneté, du fait qu’ils ont été commis sans
préméditation de violences caractérisées, du
fait qu’il est incontestable qu’ils avaient reçu
sur place une large approbation des
responsables politiques de l’opposition
[notamment les bénéficiaires du putsch, ndlr]
et d’une partie importante de la population, du
fait que les autorités françaises [c’est à dire
les commanditaires du putsch, ndlr] les
avaient entérinés, du fait qu’ils avaient été
amnistiés par la loi comorienne [promulguée
par les bénéficiaires du putsch, ndlr], encore
aujourd’hui en vigueur, du fait que les
poursuites engagées en France faisaient
suites à de multiples et graves irrégularités de
procédure qui auraient pu en faire mériter
l’annulation, du fait que les prévenus n’avaient
pas obéi à des mobiles crapuleux, du fait enfin
que les enquêtes de moralité les
concernant ont toutes été excellentes,
hormis Michel G. qui avait été condamné.
Dès lors, il ne saurait être fait droit aux
réquisitions du Parquet tendant à ce que
certains des prévenus soient condamnés à
des peines d’emprisonnement fermes et à des
peines d’interdiction de leurs droits civiques. »

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Repères sur... Une décennie comorienne

Ngazidja

ARCHIPEL DES
COMORES

Anjouan
Moheli
Mayotte
1995 : introduction du visa Balladur-Pasqua
nécessaire pour entrer à Mayotte depuis les
autres îles. Remplacement de Djohar par Taki
par coup d’État.
1997 : crise séparatiste attisée par des
réseaux français.
1998 : Taki meurt d’une curieuse crise
cardiaque. Présidence intérimaire.
1999 : le colonel Azali prend le pouvoir par
coup d’État.
2003 : adoption d’une nouvelle constitution
où la République fédérale islamique des
Comores devient l’Union des Comores (UC),
avec des présidents d’île, et un pour l’Union
(provenant de chaque île à tour de rôle).
2004 : Azali (de Ngazidja) reste président de
l’UC par la fraude.
2005 : Azali cède à la France la participation
sportive de Mayotte sous le drapeau français.
Le Parlement et la diaspora réagissent. Le
visa a provoqué 4000 morts par noyade en 10
ans. La chasse aux « clandestins » est
déchaînée suite aux déclarations du ministre
de l’outre-mer sur le droit du sol / droit du sang
aux DOM-TOM.
2006 : élection de Sambi (d’Anjouan) à la
présidence de l’Union.

Naissance d’une démocratie ?
L’élection d’Ahmed Abdallah Sambi à
la présidence comorienne a rompu la
tradition du choix élyséen. Il n’aura fallu
que quelques semaines pour qu’il tienne
une promesse électorale : le nouveau
gouvernement est allé fin juin demander
à l’ONU d’œuvrer au retour de Mayotte
au sein de l’Union des Comores. Ce
coup de tonnerre ne manquera pas de lui
valoir les foudres de Paris.
Retour à l’ONU

Le début de mandat de Sambi a vu la
France redoubler de vigueur dans les
expulsions de « clandestins » hors de
Mayotte. Les déclarations de François
Baroin à l’automne dernier sur le droit du
sang à Mayotte et en Guyane produisent
toujours les effets voulus, même s’il a
renoncé depuis de l’intégrer dans la
législation. Tel est le contexte dans
lequel les Comores ont demandé la
réintroduction de la question de l’île
comorienne de Mayotte à l’ordre du jour
de l’Assemblée générale des Nations
unies, ce dont il n’était plus question
depuis la crise séparatiste de la fin des
années 1990. Le colonel putschiste Azali
(président sortant de l’Union des
Comores) avait dynamisé sa côte

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d’impopularité en cédant
récemment sur ce point à
la France sur la question des
participations sportives de Mayotte sous
le drapeau français.
Assainissement politique

La chasse aux détournements de
biens de la part des (ex-)dirigeants
entreprises publiques est ouverte. Leur
répression a commencé. Ministre de
l’Éducation nationale après le coup d’État
du 30 avril 1999, puis directeur de la
Société nationale des hydrocarbures
(SCH) des Comores depuis novembre
1999, Aboudou Soefo, proche du colonel
putschiste Azali, a été interpellé le 3 juillet,
suite à la publication des premières
conclusions des enquêtes menées par
les commissions chargées d’examiner la
gestion des entreprises publiques.
Le nouveau pouvoir obtient le
plébiscite inattendu du président de l’île
de Mohéli, jadis fidèle à Azali, Said
Fazul. « Il a ainsi précisé partager avec
le nouveau chef de l’État comorien le
même avis sur plusieurs dossiers
intéressant l’île de Mohéli, notamment la
promulgation des lois organiques mais
aussi le limogeage du colonel Arifi
Mohamed remplacé au poste de
commandant régional de l’armée à
Mohéli par le capitaine Boina Imane. »
[Panapress, 25/06] La relance de la
centrale électrique alimentant Mohéli ne
manquera pas de jouer en faveur de la
popularité du nouveau président, issu
d’Anjouan, auprès des mohéliens qui en
était privés depuis plus d’un an !
Par contre, c’est le gouvernement de
Ngazidja, hier opposant à Azali, qui
dépose des recours en annulation
concernant la nomination des directeurs
généraux des sociétés d’État et du chef
de corps de la gendarmerie.
Dérives

Tout cela s’accompagne de dérives qui
ne manqueront pas d’être exploitées par
ceux que ce pouvoir va agacer (gageons
qu’ils seront nombreux). L’association
internationale Portes Ouvertes dénonce
des atteintes à la liberté de culte : quatre
hommes auraient été « condamnés fin
mai aux Comores à trois mois de prison
chacun pour leur implication dans des
activités chrétiennes » [La Croix, 19/06].
Depuis, le gouvernement a été formé
(huit ministres seulement). Espérons qu’il
passera rapidement des consignes
claires dans le sens du respect de la
diversité, et qu’il ne penchera pas vers
l’instauration de la charia (une hypothèse
que n’écarte pas le président Sambi). De
plus, il restera à vérifier qu’à la chasse
aux
mauvaises
mœurs
publiques
succèdera une gouvernance transparente,
et non un simple remaniement clanique
des postes à responsabilité. [PC]

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Darfour et la région : intervenir
avant de partir en vacances
L’Union Africaine, réunie à Banjul
début juillet, a décidé de proroger sa
mission au Darfour jusqu’au début 2007.
Pendant ce temps, le Secrétaire général
de l’ONU, Kofi Annan, continue de
« tenter de convaincre » le président
soudanais
d’accepter
une
force
d’imposition de la paix dans la région
martyre. Omar el-Béchir, sachant qu’il
peut jouer les prolongements, continue
de s’y opposer. Le Représentant spécial
du Secrétaire général pour le Soudan,
Jan Pronk, s’est félicité de la décision de
l’UA, tout en « déplorant » les exactions
innombrables dont continuent d’être
victimes les populations du Darfour (et
de l’est du Tchad, ne l’oublions pas),
auxquelles Béchir est loin d’être
étranger. Ce dernier prétend avoir dans
sa manche un nième plan pour le
désarmement des milices Janjawid, qui
ne sont pas les seules à commettre des
crimes dans la région, mais qui sont
experts en la matière. Passons sur les
plans d’el-Béchir, seule compte la
volonté politique de prendre à bras le
corps une situation régionale dramatique,
mesurable en vies et souffrances
humaines, sur fond d’intérêts et lâchetés
extérieurs. Seule l’ONU (notamment le
Conseil de Sécurité) peut s’imposer une
telle volonté devant une telle situation. Il
faut soumettre l’institution, et soumettre
les
nations
qui
la
composent
simultanément, à une forte pression et
ne plus lâcher prise. Il n’y a que des
Hommes coiffés de casques bleus (en
excluant du commandement des officiers
de nationalité française, américaine,
chinoise... trop investis en fonction de
1
leurs intérêts dans la région ) qui
pourraient défendre un plan sérieux de
protection des populations civiles et un
espace nécessaire aux acteurs du drame
pour bâtir durablement une structure de
vivre ensemble régionale, et choisir des
dirigeants susceptibles d’en assurer
l’entretien.
Une haute personnalité de la société
civile tchadienne insistait récemment,
devant l’auteure de ces lignes, sur la
complexité de la situation régionale
(dans le sens multiplicité des éléments
en jeu, disons : Soudan, Tchad,
Centrafrique,
pouvoirs
tyranniques,
soutiens sans vergogne extérieurs à ces
derniers, luttes pour le pouvoir entre
aspirants tyrans ou tyrans en exercice,
groupes identitaires en quête de moyens
de survivre ayant recours aux armes,
l’imbrication de processus historiques...).
Une complexité dont les paramètres

échappent à la majorité des observateurs
étrangers à la région, pour qui le bienêtre ultime de ses habitants passe
souvent loin derrière le leur propre.
Omar el-Béchir envisage la présence
de l’ONU sur le sol soudanais comme
une tentative de « recolonisation » de
son pays par des pays occidentaux. Les
anti-colonialistes
savent
faire
la
distinction entre leur souci pour les
300 000 morts et les 2 millions de
déplacés qui se sont accumulés depuis
2003 et un tel discours. Ils savent aussi
compter les morts tchadiens, apprécier la
nuisance du « président » Idriss Déby,
soutenu par Paris sous prétexte de
maintenir la « stabilité » de la région.
L’« instabilité » régionale est une réalité
qui s’étale devant nos yeux. Les
principaux fauteurs de trouble ne sont
pas des inconnus au bataillon, dont Déby
et el-Béchir, c’est n’est pas du
colonialisme
que
de
l’affirmer.
L’engagement à sortir du cynisme qui
pue l’or noir et l’indifférence pour les
populations qui en sont les victimes est
une urgence qui ne peut attendre. Il va
demander beaucoup plus d’efforts que
ceux
auxquels
« on »
consent
aujourd’hui : du courage, de la volonté,
du temps, du respect pour la complexité,
la mise au second plan de toute une
2
batterie d’intérêts en concurrence .
Pour encourager Kofi Annan à
poursuivre et muscler ses efforts, on peut
lui envoyer un message avant de partir
en vacances [kannan@unitednations.org].
Pour insister auprès de Chirac pour qu’il
l’épaule, on peut faire de même
[www.elysee.fr/ecrire/index.html].
Le
Secrétaire général de l’ONU a promis de
réunir les fonds nécessaires afin que la
Mission de l’UA au Soudan (MUAS)
puisse se poursuivre jusqu’à la fin de
l’année - une mission sans mandat
permettant de protéger efficacement les
populations. On pourrait demander au
président français de soutenir les efforts
d’Annan en allant à New York, devant le
Conseil de Sécurité, pour y prononcer le
discours que nous attendons de lui. Je
suggère que nos lecteurs le rédigent et
lui envoient leurs versions. Qu’il en
reçoive de nombreuses. Le président
pourra alors choisir la meilleur parmi ces
contributions, et partir outre atlantique en
toute tranquillité. [Sharon Courtoux]
1. Dans l’attente que soit enfin créée une force
internationale permanente de maintient /
imposition de la paix, composée de soldats de
toute nationalité, spécialement formés à cette
seule responsabilité, au service de toutes les
nations, tous les groupes humains, sans
distinction. Cela viendra si nous savons
l’exiger, car la nécessité est évidente. Ce n’est

pas pour demain ? Certes. Mais l’auteure de
ces lignes, en insistant pour la réforme de
l’ONU dans ce sens, estime que la situation
de la région Soudan Tchad est l’occasion
d’engager une bataille gagnable à terme. Il ne
faut pas rater l’occasion.
2. Un petit exemple ? Selon la Lettre du
Continent,
entre
autres
concurrences
USA/France dans la région, Eurocopter
(société française) aurait été autorisé par la
CIEEMG
(Commission
interministérielle
d’étude des exportations de matériels de
guerre) à vendre au Soudan des hélicoptères
de combat et d’attaque Tigre. Par ailleurs, le
MEDEF international aurait l’intention de se
rendre au Soudan (où les exportations sont en
nette augmentation selon la LdC) à l’automne.

Guinée : succession ouverte
sur fond de crise généralisée
Pour sanctionner un gouvernement
accusé « d’ignorer systématiquement la
misère de la population », et exiger une
hausse des salaires et une baisse du prix
des matières premières, notamment de
l’essence, les deux principales centrales
syndicales du pays déclenchaient le 8
juin une grève générale et illimitée qui a
paralysé le pays pendant 8 jours. Pour
protester contre le report du bac, les
lycéens se sont joints au mouvement et
ont essuyé une répression impitoyable :
le 16 juin, on comptait entre 15 et 20
morts selon les sources, et 80 blessés,
que le porte-parole du ministère des
Affaires étrangères français, JeanBaptiste Mattéi, a « déploré » mais qu’il
s’est bien gardé de condamner... Pas un
mot non plus sur l’arrestation de 8
militants du parti d’opposition UFR
(Union des Forces Républicaines).
Le pays est dans une situation
économique et sociale désastreuse :
alors qu’il dispose de richesses
considérables (70 % des réserves
mondiales de bauxite, du fer, de l’or, des
diamants...), plus de la moitié de la
population vit sous le seuil de pauvreté,
l’inflation
atteint
des
proportions
délirantes, et même le FMI dénonce la
« mal gouvernance » et a ajourné le
point d’achèvement de l’initiative PPTE
(Pays Pauvre Très Endetté). La quasitotalité des richesses du pays s’évapore
vers les paradis fiscaux et judiciaires, et
la mainmise des firmes étrangères, ou
des sociétés écrans dissimulant les
intérêts de la classe dirigeante, est telle
que le budget de l’État n’en bénéficie
pratiquement pas. Un communiqué de
l’UFD (Union des Forces Démocratiques)
daté du 4 mai dénonce « l’avalanche de
signatures de gros contrats portant sur
l’exploitation des richesses minières »,
attribuées de gré à gré dans l’obscurité la

"

’&
&3 4



plus totale ; et dénonce « la captation du
patrimoine public » qui va jusqu’à
démanteler les rails du chemin de fer
Conakry-Niger pour les vendre comme
ferraille à la Chine...
La situation sociale est encore
compliquée par les répercussions des
différents conflits voisins que la Guinée a
alimenté (trafics d’armes, autonomisation
des
troupes,
rançonnement
des
populations frontalière et des réfugiés,
ex-combattants
toujours
armés,
militarisation
de
la
jeunesses,
exacerbation et instrumentalisation des
tensions communautaires [cf. Guinée,
Conjurer la descente aux enfers, Rapport de
l’ICG n°94, 14/06]) Après 22 ans de règne

sans partage, le dictateur Lansana Conté
peut se flatter d’être à l’unisson de son
pays : tous deux sont au bord du gouffre.
Atteint de diabète et de leucémie, le
déclin de son état de santé pose la
question de sa succession. L’opposition
a réussi à surmonter ses divisions pour
proposer un scénario de transition, mais
compte tenu du manque de soutien de la
communauté internationale à cette
initiative, cette dernière a peu de chance
d’aboutir sans une mobilisation populaire
qui vise à s’emparer du pouvoir. Du côté
de la mouvance présidentielle, c’est
l’ancien secrétaire général de la
présidence, Fodé Bangoura, qui semble
être en pôle position des héritiers
potentiels. Il s’est entouré d’anciens
hiérarques et de la première fortune du
pays, et dirige le gouvernement depuis
fin mai, en remplacement de l’ancien
premier ministre Cellou Dalein Diallo,
débarqué pour « faute lourde » au
lendemain d’un remaniement ministériel
où il s’était attribué des pouvoirs
supplémentaires, notamment sur les
questions économiques. Mais comptetenu de l’instabilité de la situation, de
l’exacerbation des rivalités et du jeu
troubles
des
différents
parrains
étrangers,
difficile
de
faire
des
prédictions fiables. Selon Bakchich Info
(qui ne cite pas ses sources, cf.
www.bakchich.info, 20/06), « les si sobres
officiers guinéens se voient bien en
« sauveurs de la nation », avant
d’organiser
« dans
des
délais
raisonnables, des élections libres et
démocratiques ». Prévoyant, le chef
d’État major Kerfalla Camara s’est rendu
à Paris en février dernier, histoire de se
faire adouber. [...] Courant mars,
d’anciens adjoints de Bob Dénard ont
visité Conakry, sur invitation. [...] Les ex
de Dénard seront en concurrence avec
les ex de feu Jeannou Lacaze, ancien
chef de la garde présidentielle du
Président Omar Bongo (Gabon), tous
contactés par le clan présidentiel. »
Abdou Diouf, secrétaire général de

°
l’Organisation internationale de la
Francophonie (OIF), a passé deux jours
à Conakry début avril, officiellement
« pour saluer les Guinéens et leur rendre
hommage pour leur dynamisme dans la
Francophonie » [Panapress, 12/04]. Brigitte
Girardin, ministre déléguée à la
coopération, s’est quant à elle rendue fin
mai à Conakry. Une destination très prisée
par les temps qui courent... [Victor Sègre]

Le secret de Guelleh
[Un nouveau drame humanitaire se joue
dans le nord de Djibouti, « en silence » sous
l’œil
« absent »
coutumier des
deux
puissances qui sont présentes : les USA et la
France.]

Le 13 mai 2006, sans raison apparente
et sans préavis, les forces armées
djiboutiennes ont pris position dans le
Nord du Pays, avec pour objectif de
terroriser les populations et d’instaurer
un blocus alimentaire et sanitaire.
Commandés par le Colonel Abdo Abdi
Dembil,
patron
de
la
Garde
présidentielle,
deux
mille
soldats,
gendarmes et policiers ont investi la
région en quelques heures. Aussitôt elles
ont bloqué la circulation des voitures et
des camions, à partir des villes de
Tadjourah et d’Obock vers l’arrière pays.
Les caravanes des dromadaires qui
ravitaillaient ces régions ont été
réquisitionnées et les vivres ont été
confisquées.
Sans que l’on n’en connaisse le
nombre exact, au moins quarante
personnes
ont
été
arrêtées
et
incarcérées à Obock, avant d’être
transférées vers la capitale où elles ont
été internées dans les locaux de Nagade
(Ecole de Police). Selon les informations
que je possède, elles ont été entassées
dans des conditions particulièrement
inhumaines :
manque
d’hygiène,
soupçon de torture, et il est possible que
certaines y soient toujours.
Le blocus mis en place n’a toujours
pas été levé et les populations locales
souffrent d’une pénurie dramatique de
ravitaillement et de soins, sous l’œil
« absent » des deux grandes nations
présentes sur place : les USA et la
France, qui entretiennent des bases
militaires fortes de plus de trois mille
personnes chacune. Pour la France,
c’est de loin la base la plus importante
qui soit maintenue dans un pays
étranger.
La France et les USA assurent un
soutien sans faille au dictateur local

Sous l’œil sinon « complice », au
minimum indifférent des deux puissances
sur place, qui ne peuvent pas ignorer ce
qui se passe effectivement, le Président

)7
Ismaël
Omar
Guelleh,
« réélu » sans combat en
2005 (puisqu’il était seul candidat) se
livre à un asservissement en règle de la
population et nargue la justice française
dans l’affaire du meurtre du Juge Borrel.
Par exemple (je me limiterai à ceux-ci,
tant la liste serait longue)
– Il fait tuer et emprisonner les
syndicalistes, il promulgue un nouveau
code du travail qui interdit l’adhésion à
un syndicat...
– Il cède dans des conditions illégales,
pour des durées longues (20 ans) la
gestion des principaux actifs de l’État
(Port, Aéroport, encaissement des taxes
d’importation) à des sociétés étrangères
dont il détient certainement des parts
importantes,
– Il a dénoncé les accords judiciaires
avec la France afin que ni ses proches,
ni lui-même n’ait à répondre à la Justice
française qui souhaiterait les entendre
dans le cadre du meurtre du juge
Bernard Borrel, survenu en octobre 1995
et dont l’instruction, en dépit des
obstacles soigneusement mis en place
par les ministères français de la Justice
et des Affaires étrangères, continue à
progresser.
Toujours soutenu, sans aucune
faiblesse
mais
de
façon
incompréhensible, par Jacques Chirac,
Ismaël Omar Guelleh donne l’impression
de pouvoir tout se permettre, y compris :
– d’inventer
un
faux
cas
de
contamination humaine au virus de la
grippe aviaire pour solliciter des
subventions internationales,
– de susciter des attentats à la bombe
ou à la grenade, en pleine ville, pour
tenter de détourner l’attention des
observateurs (les derniers remontent au
lundi 5 juin 2006 – Grenade Avenue 13 et le 5 juillet 2006 – explosion dans le
bureau de la Poste -),
– de faire arrêter, puis expulser, un
représentant du Bureau international du
travail (avec rang de diplomate onusien)
et interdire l’accès à des représentants
de la FIDH et de la CISL,
– de détourner pratiquement toutes les
aides internationales et d’aliéner les
seuls biens de valeur de l’État, ruinant le
pays et endettant sa population pour des
générations...
Guelleh joue habilement sur deux
tableaux, mettant Français et Américains
en concurrence, lorsque cela l’arrange, en
particulier pour renégocier les montants
qui lui sont versés pour la location des
bases militaires : ils ont été pratiquement
quadruplés en quelques années.
À noter que la France accueille comme
"stagiaire au Collège Inter-armée de la

"

’&
&3 4



°

Défense", le lieutenant-Colonel Zakaria
Aden Mohamed, qui a été pendant
plusieurs années le responsable des
tortures à la Villa Christophe, puis dans
les locaux de la Gendarmerie. De plus,
c’est l’équipe placée sous ses ordres qui
a effectué les premiers constats, après le
décès du Juge Bernard Borrel en octobre
1995.
Qu’est-ce qui pourrait
soutien franco-américain ?

justifier

ce

La question qui se pose aux
observateurs est de découvrir les raisons
de ce soutien « abusif » à l’un des pires
régimes dictatoriaux de l’Afrique, dont
curieusement, la presse française ne
parle que très rarement !
Côté Américain :

Il est clair que l’Administration
américaine veut prendre des nouvelles
positions en Afrique et qu’elle n’est pas
mécontente de concurrencer la France
dans l’une des places stratégiques de
l’Afrique de l’est.
La raison officielle serait la lutte contre
l’un des bastions d’Al Qaida en Somalie.
Cela n’est probablement pas faux.
Mais échaudés par leur première
intervention dans ce pays, qui s’était soldée
par un repli sans gloire en octobre 1993,
après deux ans de cafouillage militarohumanitaire, les Américains préfèrent
agir de loin et par régimes interposés.
C’est de Djibouti qu’ils dirigent les
opérations dont la plus récente et la plus
catastrophique a constitué à soutenir
financièrement les chefs de milice pour
qu’ils traquent les forces islamistes
extrémistes. Cela s’est soldé récemment
par un nouveau fiasco puisque ce sont
les forces islamistes qui ont gagné le
combat et qui se sont emparées de la
capitale avec des visées plus ou moins
avouées sur l’ensemble du pays.
Côté Français :

Il y a d’abord une présence historique
qui remonte à 1859. La colonisation a
pris fin le 27 juin 1977, mais un traité de
garantie de la sécurité extérieure a pris le
relais, permettant à la France de
maintenir sa base militaire la plus
importante à l’étranger (On a compté
jusqu’à cinq ou six mille militaires selon
les
époques :
Légion
étrangère,
Marsouins, Marine et Armée de l’Air).
Mais il y a probablement autre chose !
Quels secrets peuvent bien partager
les autorités djiboutiennes et françaises
pour que la France ferme les yeux de
façon systématique sur les dérives
aggravées de ce régime ?
Est-ce, comme l’a suggéré Elisabeth
Borrel, la veuve du Juge assassiné, le
fait que Djibouti aurait pu servir de

plaque tournante à la livraison de
produits interdits (à des fins nucléaires) à
des pays comme la Corée ou l’Irak ?
Une presse très discrète qui n’évoque
que rarement la situation dramatique des
populations locales, en particulier celles
du nord

Bien qu’elle ne soit pratiquement
jamais médiatisée (à part quelques
articles, dont le dernier en date a été
publié par l’Humanité le 1er juin sous la
plume de Jean Chatain), la situation du
pays est alarmante : violations des droits
de
l’Homme,
arrestations
et
incarcérations arbitraires, exécutions
extra-judiciaires, confiscation illégale des
biens privés, refus d’accès aux services
d’urgence à ceux qui ne peuvent pas
payer
des
sommes
importantes,
accaparement de toutes les ressources
économiques, etc.
Ce n’est pas le seul pays d’Afrique où
l’on constate malheureusement une
évolution aussi catastrophique, mais il ne
doit pas rester oublié de l’opinion
publique, car cela conforterait le régime
tyrannique dans son action criminelle.
[Jean-Loup
Schaal,
président
de
l’ARDHD]

République Démocratique du Congo :
un pays sous tutelle ?
Au cours d’une conférence de presse
tenue le 28 juin à Kinshasa, le porteparole de la Monuc (Mission de l’ONU au
Congo) a fait état des principales
« préoccupations » qui perturbent le
Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan,
à la veille des élections présidentielle et
législatives qui doivent se tenir à la fin du
mois.
Les
inquiétudes
d’Annan
concernent des restrictions aux libertés
des citoyens, des abus généralisés des
fonds publics, une corruption endémique,
la détention arbitraire de membres de
partis
politiques,
les
manœuvres
d’intimidation des médias et les entraves
à l’exercice du métier de journaliste
incluant des menaces à leur intégrité
1
physique...
Ce qui cause souci au Secrétaire
général est confirmé par de nombreuses
organisations, dont l’association de
défense des droits de l’Homme
congolaise La Voix des sans voix, ou
l’organisation britannique, experte en
matière
d’exploitation
illicite
de
ressources naturelles, Global Witness.
Cette dernière signale : « À l’approche
des élections, les hommes politiques et
les entreprises tentent de manière
effrénée de s’emparer d’une part toujours
plus importante du commerce lucratif des
minerais ». Et souligne « l’ingérence des
acteurs politiques basés à Kinshasa en

)
matière de négociation de
contrats miniers ». Le titre
de ce rapport est Une corruption
profonde : fraude, abus et exploitation
dans les mines de cuivre et de cobalt du
Katanga [cf. www.globalwitness.org], tout un
programme. La voix des sans voix
(www.congonline.com/vsv/), qui dénonce
les marques d’irrespect pour les droits
humains qui caractérisent son pays,
tente de susciter un regard plus attentif
sur cette réalité chez les acteurs
extérieurs,
notamment
ceux
qui
composent le Comité international
d’accompagnement de la transition
(CIAT). Il semble que l’un d’entre eux, la
Belgique, aurait mis fin à des
subventions accordées à la VSV en
raison de sa trop forte propension à
l’indépendance, à la liberté de parole. Il
se murmure que l’Union Européenne
serait heureuse que les organisations
congolaises à vocation humanitaire
collent à ses avis et déclarations
concernant la situation en RDC et ce qu’il
convient d’y encourager ou rectifier. Ce
chuchotement mériterait vérification.
Ce qui nous amène à la question
posée en titre de ces lignes : la
République du Congo, un pays sous
tutelle ? C’est ce qu’affirme plus d’un
Congolais
qu’intéresse
davantage
l’examen des faits et processus que les
attaches idéologiques, régionales ou
identitaires. Au désespoir devant les
turpitudes de la classe politique
congolaise, ils soulignent que parmi ses
multiples causes figure l’implication de la
communauté internationale dans ce pays
aux dimensions d’un continent. À leurs
yeux elle participe au libre cours laissé à
la
compétition
entre
anciens
antagonistes
pour
accéder
aux
avantages « palpables » du pouvoir, et
donc à la prédominance des nuisances
causées par cette concurrence. Et en
effet, plus d’une étude, achevée ou en
cours, notamment concernant le secteur
minier, démontrent que les grands
gagnants de ce paramétrage sont et
seront des sociétés étrangères au
détriment des populations congolaises.
Aux yeux de nos interlocuteurs, cette
logique serait favorisée par la force de
l’Union européenne en République
Démocratique
du
Congo
(EuforRDCongo).
Le
chef
des
opérations
d’EuforRDCongo, le colonel (français)
David Pincet, a annoncé le 6 juillet que
deux tiers de ses effectifs étaient
désormais à Kinshasa où la force est
installée. Le général (français) Christian
Damay, commandant de cette force à
Kinshasa,
rejoindra
ses
troupes
(majoritairement françaises) mi-juillet,
date à laquelle les effectifs (1 100 au

"

’&
&3 4



total dans la capitale, plus un petit millier
en réserve au Gabon) devraient être au
complet. Placée sous mandat de l’ONU
(sous chapitre VII, qui permet l’utilisation
de la force en cas de menace),
l’EuforRDCongo est présentée comme
un soutien à la Monuc, dont l’essentiel
des troupes sont stationnées ailleurs,
notamment dans l’est du pays. Quoique
son commandement affirme sa totale
neutralité, Eufor est considérée par un
certain nombre de Congolais comme une
armée d’occupation chargée de protéger
et assurer l’élection du candidat préféré
de la majorité des pays occidentaux :
Joseph Kabila. Ce dernier, secondé par
des équipiers triés sur le volet, serait
considéré comme étant le meilleur atout
de la logique dont il est question plus
haut. Certaines voix affirment même que
l’aventure électorale congolaise sous
égide internationale serait le teste d’un
« module » qui pourrait servir ailleurs...
On a beau poser des questions sur le
coût de telles opérations, la réponse est
toujours la même : il s’agit d’un
investissement dont les actionnaires
espèrent un retour confortable.

°
Quoiqu’il en soit, le « module » serait
assez classique dans sa configuration
(de type françafricaine qui a fait ses
preuves), dans une version mise à
niveau de la globalisation de la gestion
de riches sous-sols recouverts de
populations encombrants. [SC]
1. Conseil de Sécurité, Vingt et unième
rapport du Secrétaire général sur la Monuc en
RDC, 13/06/06/ (document S/2006/390 sur le
site des Nations Unies.

Un Saint-Cyrien à l’ambassade de
France à Kinshasa après les élections
L’ambassadeur
de
France
en
République Démocratique du Congo,
George Serre, le Monsieur Afrique du
cabinet de l’ancien ministre des Affaires
étrangères Hubert Védrine, quittera
Kinshasa (pour le Cameroun) après les
élections présidentiel et législatives du
30 juillet prochain. Il sera remplacé par
Bernard Prévost qui, sorti de Saint-Cyr
en 1965, a eu une carrière militaire
jusqu’en 1980, puis a occupé divers
postes de sous préfet et de préfet. Il a

À propos de l’implication française dans le génocide es Tutsi du Rwanda en 1994
Communiqué de la Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide
des Tutsi au Rwanda, le 07/07
Des victimes rwandaises du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ont saisi le 16 février 2005 la
Justice française de plaintes pour complicité dans ce génocide.
Elles affirment que des militaires français auraient directement participé aux crimes dont elles ont
souffert.
La Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris vient, pour la seconde fois en moins de
deux mois, de déjouer les manœuvres retardatrices du Procureur militaire.
En effet, après avoir soutenu que les constitutions de partie civile étaient fantaisistes et avoir
demandé au Juge d’instruction de se rendre à Kigali pour s’assurer de leur solidité ; après avoir fait
appel de l’Ordonnance du Juge d’instruction qui déclarait, contre ses réquisitions, les six plaintes
recevables ; le Procureur du Tribunal aux Armées de Paris avait requis l’annulation des auditions
auxquelles le Juge d’instruction avait procédé sur sa propre demande à Kigali.
Le 29 mai 2006, la Cour d’appel avait confirmé la recevabilité de toutes les constitutions de partie
civile.
Le 3 juillet 2006, elle a confirmé la validité des auditions faites à Kigali par le Juge d’instruction.
Désormais, on peut espérer que l’instruction des six plaintes contre x pour complicité de
génocide, pourra enfin être menée sereinement.
Toutefois, l’éventuelle constatation par la Justice de viols, de sévices, voire de meurtres commis
sur le terrain du génocide par certains militaires français, peut constituer un leurre.
En effet, dans leur grande majorité, les militaires présents sur le terrain n’ont pas commis d’actes
de ce genre.
Ils ont exécuté, pour la plupart en toute bonne foi, les instructions qui leur avaient été données.
Or, dans la mesure où ces instructions enjoignaient en réalité aux troupes de porter assistance
aux autorités locales alors que ces autorités perpétraient un génocide, il faut considérer qu’elles
sont à l’origine de la complicité reprochée aux Français.
En effet, l’assistance ainsi fournie était une complicité de génocide – même lorsqu’elle ne
s’accompagnait pas de viols, de sévices et de meurtres.
Mais il est évident que la responsabilité première de cette assistance – comme des viols, sévices
et meurtres qui l’auraient, parfois, accompagnée ; donc l’ultime complicité de génocide, incombe
aux auteurs des instructions et, par conséquent, aux pouvoirs civils qui coiffent la hiérarchie
militaire.
Dans ces conditions, la Commission d’enquête citoyenne (CEC) considère qu’il serait trop facile
de dédouaner les véritables responsables au détriment de quelques lampistes.
Elle considère également que la question des responsabilités essentielles resterait posée même
si l’instruction n’établissait pas la matérialité des méfaits évoqués par les plaignants.
Enfin, elle suggère qu’en ces temps de débats préélectoraux, les différents candidates et
candidats à la candidature soient appelés à prendre clairement position sur les responsabilités des
dirigeants de l’État dans l’assistance accordée en 1994 aux auteurs du génocide des Tutsi du
Rwanda.

)8
été l’aide de camp du
ministre de la défense
Yvon Bourges dans les années 70, et
Directeur de la gendarmerie nationale au
ministère de la défense de 1995 à 2000.
Entre 1984 et 1986 il était conseillé à la
mission française de coopération au
Sénégal. Le choix, pour un pays aussi
sensible que la RDC, d’une personne à
l’expérience diplomatique mince, semble
curieux. Serait-ce son expérience
militaire qui aurait conduit à ce choix ?
[SC]

Route de l’équateur :
le retour en fanfare ?
Après le flop médiatique qu’a constitué
le lancement l’année dernière de la
première
course
Pointe
Rouge
(Marseille) – Pointe Noire (Congo), qui
devait redorer le blason du Congo et de
son président [voir Billets n°138], le budget
de la communication de la prochaine
course prévue pour 2007 a été confiée à
Publicis Consultants Paris, filiale du
géant Publicis (dont Elisabeth Badinter
est la première actionnaire et la
présidente du conseil de surveillance),
jusqu’à présent plutôt présent sur le
Maghreb. Survie, qui avait réussi à
allumer des contre-feux l’année dernière,
se contentera de ses moyens d’actions
habituels... [VS]

La laisse d’or
Paris triple son aide budgétaire au
Bénin à 4,5 millions d’euros en 2006
[AFP, 28/06]. L’Agence française de
développement
(AFD)
a
accordé
mercredi une aide de 8,4 milliards de
francs CFA (12,8 millions d’euros) à la
Centrafrique [AFP, 28/06]. La France
consacre un milliard pour développer le
secteur privé en Afrique [...] l’aide
française au développement, qui était de
4,7 milliards d’euros en 2001, sera de
plus de 9 milliards en 2007 [AFP, 19/06].
La France et le Cameroun ont signé le
22 juin un accord de conversion de la
dette du Cameroun, envers la France
(environ 500 millions d’euros).
En dix jours une véritable pluie d’euros
français s’est déversée sur l’Afrique. Il y
a certes beaucoup d’effets d’annonce
dans ces communiqués. Qui dit “aide” ne
dit pas “don”. Les aides budgétaires,
remboursables, accordées au Bénin (4,5
millions) et à la Centrafrique (12,8
millions), sont destinées à financer le
déficit dû, pour le Bénin, à la baisse
catastrophique des cours du coton,
principale recette du pays et, pour la
Centrafrique, à l’état de déliquescence
du pays, en proie, aux coups d’État,

’&
&3 4

"



électoraux ou non, aux rébellions armées
et à la disparition de l’appareil d’État, les
fonctionnaires n’étant plus payés depuis
des mois, tandis que les secteurs
forestier ou diamantaire tournent à plein
régime, profitant du désordre – à se
demander s’ils ne l’entretiennent pas
délibérément. Du fait de la gestion du
Franc CFA par le trésor français, ces
avances budgétaires sont plus que
normales. Il n’y a là aucune bienfaisance
mais plutôt la conservation d’une zone
franc à laquelle la France tient comme à
la prunelle de ses yeux. L’investissement
français dans le développement du
secteur privé – investissement et non
cadeau – est destiné à encourager le
retour des immigrés dans leur pays

°
d’origine, sous forme de prêts aidés, et à
y créer des emplois pour freiner
l’émigration.
Cette
aide
prendrait
également une forme fiscale, inspirée
probablement de la défiscalisation des
investissements dans les DOM-TOM.
Autant dire qu’elle aidera assez peu
l’ouvrier malien à créer une échoppe
dans son village, mais beaucoup le
milliardaire français ou malien à se faire
construire une somptueuse résidence de
vacances dans le Sahel. Enfin la superbe
remise de dette au Cameroun, même
assortie
d’un
contrat
C2D
(désendettement-développement), censé
instaurer le contrôle d’une fantomatique
société civile – alors que la représentation parlementaire camerounaise

)2
elle-même
n’a
aucun
pouvoir effectif de contrôler
les
dépenses
de
l’État

ira
probablement grossir le flot de la
corruption d’un gouvernement qui n’a
d’existence que pour cela.
Le Quai d’Orsay se gardera bien de
dire que la France soutient des régimes
pernicieux, pour défendre ses propres
intérêts, et le Trésor de révéler le
montant des euros qui reviennent à leur
point de départ, confortablement grossis
par leur virée africaine. [OT]

(Achevé le 06/07/2006)

* # $ # )))
Françafrique
« [Lettre à Nicolas Sarkozy :] Monsieur le Ministre,
Lors de votre tournée en Afrique, mi-mai 2006, vous vous êtes
exprimé sur votre conception d’une nouvelle “politique de la France
en Afrique”. Votre désir de rompre avec la “Françafrique” et avec la
personnalisation des relations franco-africaines est louable.
L’ACAT-France considère que la politique extérieure de la France
en Afrique doit s’effectuer dans un cadre de transparence, à l’instar
des relations que nous avons avec les autres pays de par le
monde. Cette politique doit être soumise aux règles élémentaires
de démocratie, à commencer par un contrôle accru et effectif du
Parlement, et ne plus être soumise au seul “domaine réservé” du
chef de l’État. Vous avez prévenu que vous ne transigeriez pas sur
les valeurs démocratiques, de respect des droits de l’Homme et de
bonne gouvernance. Il est donc temps de mettre en application ce
discours à propos de la politique française au Togo.
Il y a un an, au Togo, le 26 avril 2005, Faure Gnassingbé était
élu président de la République, à la suite de l’élection présidentielle
entachée d’irrégularités et de violences, ayant causé la mort de
plus de 400 civils et fait des milliers de blessés. Aujourd’hui, en
dépit de recommandations formulées par les Nations unies et par
plusieurs associations de défense des droits de l’Homme, aucune
mesure n’a été prise pour identifier et traduire en justice les auteurs
de ces violences. En particulier, les membres des forces de
sécurité qui se sont rendus responsables d’exécutions
extrajudiciaires et d’actes de torture n’ont pas été sanctionnés.
Depuis près de quarante ans, les forces de sécurité togolaises sont
responsables, en toute impunité, de violations systématiques des
droits de l’Homme à l’encontre d’opposants ou de simples citoyens.
Malgré les condamnations constantes de ces exactions par les
associations de défense des droits de l’Homme et par plusieurs
organisations internationales, malgré la suspension de la
coopération européenne en 1993, la France maintient toujours une
assistance policière et militaire technique avec le Togo.
Le Service de coopération technique internationale de police
(SCTIP) au Togo, avec ses 3 conseillers, participe à la mise en
œuvre de la politique étrangère de la France en matière de
sécurité intérieure. Dans le cadre d’un fonds d’aide à la
coopération, ce service dote la police togolaise en équipements
(véhicules, radios) et en matériels permettant une plus grande
efficacité des personnels travaillant dans le maintien de l’ordre sur

la voie publique. Il participe également à la formation de policiers
togolais (source : Ambassade de France au Togo et Ministère de
l’Intérieur). L’action du SCTIP n’a pas amélioré la sécurité publique
au Togo, puisque l’implication des forces de sécurité togolaises
dans les violations des droits de l’Homme est systématique depuis
près de 40 ans. Au contraire, les dotations en équipements et en
matériels et les formations en techniques de maintien de l’ordre ont
accru l’efficacité des forces de sécurité togolaises en terme de
capacité de répression. La France livre également du matériel de
guerre au Togo, en contradiction avec le code de conduite
européen, adopté le 8 juin 1998. L’ACAT-France est résolument
opposée aux transferts d’équipements ou d’échanges de
compétences dans les domaines militaire, de sécurité et de police
lorsque l’on peut raisonnablement estimer qu’ils seront utilisés à
mauvais escient. Il est impératif, selon nous, que la France
s’assure que les matériels de sécurité et de police qu’elle fournit et
la formation qu’elle dispense ne sont pas utilisés pour commettre
des violations des droits fondamentaux. Actuellement, l’assistance
policière et militaire s’apparente fortement à un soutien tacite du
régime en place.
Pour mettre en application votre discours de Cotonou, l’ACATFrance vous demande de mettre un terme aux activités du
SCTIP au Togo tant que la police togolaise n’aura pas été
réformée en profondeur pour en faire une police républicaine et
apolitique, représentative de la société togolaise dans sa diversité
culturelle et ethnique et, respectueuse des droits de l’Homme.
L’ACAT-France vous demande également de promouvoir au sein
du gouvernement l’arrêt des livraisons et des autorisations
d’exportation de matériels militaires à destination du Togo tant que
l’armée togolaise commettra de graves atteintes aux droits de
l’Homme. » (Clément Boursin, Chargé de Mission Afrique pour
l’ACAT-France, lettre à Nicolas Sarkozy, le 23/05).
[Voici un bel exemple, parmi tant d’autres, de ce que l’on peut revendiquer
après de bien hypocrites déclarations de bonnes intentions. Le gâteau est
hélas trop appétissant pour que l’ambitieux politicien renonce en quoi que
ce soit à la Françafrique.]

Racisme
« Les mineurs de 1945 n’ont rien à voir avec les géants noirs
des banlieues d’aujourd’hui, qui ont moins de 18 ans et qui font
peur à tout le monde » (propos de Nicolas SARKOZY en Conseil

"

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&3 4



°

des ministres, présentant son projet de loi sur la délinquance des
mineurs, rapportés par Le Canard enchaîné, 07/06).
« J’ai reçu le père malien et le frère [d’un des deux jeunes
électrocutés dans un transformateur EDF, origine des émeutes de
novembre 2005]. Le père, qui est depuis trente ans en France, ne
parlait pas français. Le fils, qui est né en France et va au Mali
seulement pour les vacances, était en boubou. » (Nicolas
SARKOZY, à l’émission Culture et dépendances, de FranzOlivier Giesbert, sur FR3, le 21/06).
« Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des
autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes
doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans
rien faire, ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur
vie, préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette
imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à
leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la
surenchère des mémoires, pour exiger une compensation que
personne ne leur doit, plutôt que de chercher à s’intégrer par
l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui
exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne
sont pas obligés de rester sur le territoire national. » (Nicolas
SARKOZY, discours de meeting à Agen, le 25/06).

& '

$

)

[C’est parti, Nicolas Sarkozy compte bien s’asseoir dans le
fauteuil présidentiel en utilisant le marchepied du racisme anti-noir, qui va
être un leitmotiv de sa campagne. On en est au niveau du fantasme brut
avec les géants noirs, puisque, bien sûr, la population à peau noire
compte autant de petits, de fluets et de malingres que le reste de la
population. Le petit Nicolas trimballe les mêmes fantasmes que la pauvre
Marie Leblanc du RER D, à qui il a emprunté également le terme de
racaille. On reste dans l’ignoble avec la description de la famille malienne
endeuillée. Les ouvriers maliens, analphabètes, venus du fond de leur
brousse pour faire les 3X8 chez Renault, et qui logeaient à part, relégués
entre eux, en foyer, n’ont certainement pas eu le loisir de s’initier aux
subtilités de la langue, au moins ne l’écorchent-ils pas, comme le montre
chaque jour l’écriture journalistique, avec ses innombrables cuirs,
pratiquée par tant de fils à papa. Une fois au pouvoir, Nicolas Sarkozy
imposera sans doute le bleu de travail comme uniforme à ceux qui osent
l’élégance du boubou, véritable insulte au terne carcan du complet Smalto
à 10 000 €. Enfin que dire des outrances haineuses et caricaturales
désignant à la vindicte un groupe notoirement discriminé à l’embauche –
ce qui est présenté comme le choix de la paresse – et qui aurait
l’interdiction de parler de son histoire ? Que dire de la minable astuce du
“ceux qui” – tout le monde comprendra qui c’est – pour éviter de tomber
sous le coup de la loi qui réprime la diffamation d’un groupe humain.
Qu’on se le dise : ne pas aimer Sarkozy, c’est ne pas aimer la France.
Quand on utilise le fantasme, la haine, la falsification, comme discours
politique, on sait où cela mène. – OT]

.

Médias - presse
Jeune Afrique, Naissance d’une (belle) capitale, Béchir BEN
YAHMED 04/06 : « Nous avons le grand plaisir de vous
présenter, en exclusivité mondiale, sur 24 pages, au centre de ce
numéro : [...] une capitale en train de naître et ce qu’elle sera
dans la prochaine décennie. [...] Un mot pour finir : les 24 pages
que nous vous donnons à lire au centre de ce numéro sont le
cadeau de Jeune Afrique à ses lecteurs ivoiriens d’abord, à ses
autres lecteurs ensuite. Et à la Côte d’Ivoire tout entière. Aucune
personne physique ou morale ivoirienne, ou non ivoirienne, n’a
mis 1 franc CFA ou 1 euro dans ce supplément, que j’ai proposé
moi-même à Laurent Gbagbo et à Pierre Fakhoury en leur
précisant que Jeune Afrique financerait seul la réalisation des
pages consacrées à ce magnifique projet. »

Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)

[Étonnant éditorial pour justifier un publi-reportage de 24 pages
consacrées à la construction pharaonique de la nouvelle capitale,
dessinée par l’architecte français Pierre Fakhoury et financée par l’argent
du pétrole. Plus étonnante encore la précision finale selon laquelle ce
publi-reportage est offert à titre gracieux (c’est à dire payé par le lecteur),
ce qui revient à reconnaître implicitement que ce n’est pas dans les
habitudes du journal. – VS]

Impunité
Blog http://maitre.eolas.free.fr, « Vous reconnaissez avoir fait le
ménage,
c’est
honnête ! »,
Maître
Eolas,
6/06
[http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php ?2006/06/06/363] : « La presse
s’en est fait l’écho, samedi dernier, Brahim Déby, fils du
président tchadien Idriss Déby grand démocrate ami de la
France, a été jugé en comparution immédiate pour port d’arme
de première catégorie (un pistolet semi automatique 9mm entré
en France via la valise diplomatique) et transport de stupéfiant
(375 g de cannabis et 2g de cocaïne). Pour ces deux délits,
passibles chacun de dix ans de prison, le tribunal a prononcé
une peine de 6 mois de prison avec sursis, le parquet ayant
requis 1 an avec sursis et 2000 euros d’amende. Un peu en
catimini, il faut bien le dire. Sauf que. Sauf que voilà, par le plus
grand des hasards, votre serviteur assistait à cette audience, et
je ne peux résister au plaisir de vous la raconter. [...] la police
s’est rendue à la résidence de Déby père, où les amis de Déby
fils ont eu le temps de se précipiter pour nettoyer les lieux :
gageons qu’à l’arrivée de la police, la chasse d’eau fonctionnait à
plein régime. Las, ménage vite fait, mal fait, deux pains de
cannabis ont été oubliés dans une valise qui n’appartenait à
personne, bien entendu, ainsi que deux paquets d’un gramme
chacun de cocaïne. Sur les bancs des avocats de la défense, on
se regarde, éberlués. Une affaire pareille, c’est du domaine de
l’instruction. [...] À qui est-elle cette arme, s’interroge la
présidente ? A un garde du corps du prévenu, passé de vie à
trépas dans des circonstances qui n’intéresseront pas le tribunal.
Un souvenir de famille, en quelque sorte. Et comment est-elle

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arrivée en France ? Par la valise diplomatique, répond le
prévenu. La présidente s’indigne : vous croyez que la valise
diplomatique, c’est fait pour ça ? Non convient le prévenu. Ah,
quand même. Le chapitre est clos. Les stupéfiants : à qui était la
valise qui contenait les 375 grammes de cannabis ? A personne,
elle était là, c’est tout. Mais quand même, objecte la présidente
au coprévenu du rejeton présidentiel, on a trouvé vos billets
d’avion dans la poche extérieure de cette valise. Réponse de
l’ami de Qui Vous Savez : "Je les ai mis là sans regarder
l’intérieur de la valise". Dame ! Il fallait bien les ranger quelque
part ! Un tiroir, ou la poche d’une valise qui n’est pas à soi et dont
on ignore le contenu, où est la différence ? Et bien ça passe, le
tribunal ne pousse pas plus loin ses questions. Le procureur
prend la parole pour ses réquisitions. Je n’ai pas tout noté de sa
démonstration, mais je n’ai pu m’empêcher de noter sur mon
carnet deux phrases que je crois je ne suis pas près de
réentendre dans la bouche du ministère public. Sur les quantités,
tout d’abord, le parquet a cette superbe litote : "Les quantités en
cause ne sont pas si négligeables que ça". Qu’en termes choisis
ces choses là sont dites, diraient mes clients en prison pour
moins que ça. Sur les faits, ensuite, vient cet hommage
inattendu : "Vous reconnaissez avoir fait le ménage (c’est à dire
avoir fait disparaître des preuves matérielles en sachant que la
police allait arriver pour perquisitionner), c’est honnête. Je ne
sais quelle quantité exacte a disparu (grand revers de la main) je
n’en tiens pas compte." Les avocats de permanence ne
s’étranglent plus, ils soupirent et ont compris bien avant la
conclusion que le parquet ne va pas requérir du ferme, que le
tribunal n’aurait de toutes façons pas prononcé. »
[Pour une fois que la justice française se montre clémente avec des
ressortissants étrangers, nulle ne songerait à faire du mauvais esprit. Un
décret présidentiel a été lu à la radio tchadienne suite au procès : "Il est
mis fin aux fonctions de monsieur Brahim Deby Itno, conseiller technique
à l’aménagement du territoire, à l’urbanisme et à l’habitat à la présidence
de la République." En revanche, la question de savoir si c’est
volontairement ou non que l’affaire n’a pas été étouffée en amont du
procès, comme c’est l’usage avec « les amis de la France », reste
entière. Déby père, contesté de toute part, hormis des autorités
françaises, n’avait-il plus confiance en son rejeton ? – VS]

Mondialisation
La Lettre du continent, Vu du Quai d’Orsay, 15/06 : « C’est
tendance : tous les experts sortent leur rapport sur la Chine en
Afrique : OCDE, AFD, ISS, etc. La note la plus intéressante du
mois est celle du CAP du Quai d’Orsay. D’autant qu’elle est
confidentielle. [...] L’étude du CAP est, dans sa conclusion, très
sévère : “La Chine en Afrique apparaît comme essentiellement
prédatrice. Par ailleurs la stratégie africaine de la Chine, qui
permet aux régimes les plus contestables de la région de
reconstituer une économie de rente fondée sur le pillage des
ressources naturelles, sans réel transfert de richesse ou de
savoir-faire, éloigne d’autant la réalisation des objectifs de
gouvernance et de démocratisation”. »
[Heureusement que cette étude du 30 mai 2006 du Centre d’analyse et
de prévision (CAP) du Quai d’Orsay est confidentielle. Cela évitera au
Quai de sombrer dans un ridicule plus étendu. Comment se fait-il en effet
que, depuis quarante cinq ans, les “régimes les plus contestables”,
pratiquant “une économie de rente fondée sur le pillage”, tels ceux
d’Houphouët, de Bongo, d’Eyadema, de Sassou, de Biya, de Déby, pour
ne citer que ceux-là, tous installés et soutenus par la France, ont opprimé
et oppriment encore les peuples africains, sans que le Quai d’Orsay ait
produit la moindre note sévère ? Comment se fait-il que, dans les mines
d’uranium du Niger et sur les plates-formes pétrolières du golfe de
Guinée, après quarante ans d’exploitation, la totalité des cadres
dirigeants sont français, tandis que les Noirs, végétant dans la pauvreté,
sont cantonnés aux tâches les plus serviles, parce qu’il n’y a jamais eu
de “réel transfert de richesse ou de savoir-faire”, et sans que le quai

°

)

d’Orsay s’émeuve ? Comment se fait-il que la France
félicite, invite et fête régulièrement les vainqueurs des
mascarades électorales, tel Gnassingbé Eyadéma en avril 2005, malgré
les centaines de manifestants tués, Bongo en octobre 2005, malgré
l’étalage impudent de la corruption électorale, Déby en avril 2006, appuyé
sur la protection militaire française, condamnant ainsi toute émergence
d’une quelconque “démocratisation”, sans que le Quai d’Orsay proteste ?
N’est-ce pas parce que la France – et le Quai d’Orsay est payé pour le
savoir – était et est toujours “essentiellement prédatrice”, n’en déplaise à
Nicolas Sarkozy, dont la presse a relayé à grand bruit les déclarations
contre la politique françafricaine, lors de son récent voyage au Mali et au
Bénin, mais qui a cependant répondu à l’interpellation d’une jeune
malienne que la France n’a bas besoin économiquement de l’Afrique. Si
c’est vrai, pourquoi donc tant d’aigreur ? Á ce qu’on sache, la Chine n’a
pas encore de base militaire en Afrique, pour défendre les régimes
qu’elle aurait installés, elle n’a pas encore imposé le Yen africain, pour
faciliter ses échanges économiques. Seulement il se trouve que les
États-Unis et la Chine, au grand dam de la France, utilisent maintenant à
leur profit, en les courtisant, des pouvoirs africains qui ont été mis en
place en raison de leur servilité. De réels patriotes résisteraient mieux
aux entreprises de conquête par l’ étranger, mais, en quarante cinq ans,
ils ont tous été éliminés et leur exemple a dégoûté les jeunes ambitieux.
L’indignation française, telle qu’elle se manifeste dans le document qu’on
vient de citer, a quelque chose d’indéniablement comique pour qui
connaît la politique menée depuis 1960. Mais qui connaît cette histoire ?
Pratiquement personne. On dirait la fable du Loup devenu berger : “Un loup
qui commençait d’avoir petite part aux brebis de son voisinage...” – OT]

François Lille

À l’aurore du siècle,
où est l’espoir ?
Éd. Tribord, juin 2006, 4,50 €

Dans les termes les plus simples et généralisables, on peut
proposer trois définitions basiques : le bien commun, c’est ce qui
appartient à tout le monde au présent et au futur. Le bien public,
c’est ce à quoi tout le monde doit avoir droit, ici et maintenant. Le
service public, c’est la manière dont doivent être gérés, produits
et distribués ces biens communs et publics.
Le passage de l’idée de l’aide à celle des biens publics, c’est
celui de l’assistance aux droits des peuples et des gens. L’une se
quémande, les autres se revendiquent et s’exigent.
Tracer l’espace des biens mondiaux les plus essentiels est
indissociable aussi d’une réflexion sur l’usage des biens privés,
qu’ils soient de production ou de consommation, et plus
globalement sur le caractère illimité du droit à la propriété. Ne
faudra-t-il pas le replacer comme un droit second, dérivé en
quelque sorte du droit d’usage équitable des choses ? Locke,
Voltaire et plus tard Robespierre, entre autres, en préconisaient
déjà la limitation. La torrentielle expansion du capitalisme a
balayé leurs intuitions prémonitoires, mais la question reste ouverte.
François Lille, économiste CNAM, est cofondateur avec
François-Xavier Verschave de l’association BPEM. Il est aussi
membre du Conseil scientifique d’Attac.
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
A aussi participé : Jean-Loup Schaal.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : juillet 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
Abonnement : 20€ (Étranger : 25€ ; Faible revenu : 16€) –
Tél. (33 ou 0)1 44 61 03 25 – Fax (33 ou 0)1 44 61 03 20 –
http://www.survie-france.org – contact@survie-france.org

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