Fiche du document numéro 22674

Num
22674
Date
Avril 2006
Amj
Fichier
Taille
440928
Pages
8
Titre
Billets d'Afrique No. 146
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org



Du courage

Á Yaoundé, au Cameroun, on vient de donner, en grande pompe, le nom de Rosa Parks à une rue qui, dans le quartier le
plus luxueux de la ville, sépare la nouvelle ambassade américaine, impressionnante forteresse, centre nerveux chargé de
surveiller l’Afrique centrale, qui a coûté un prix astronomique, de la résidence que se fait construire le Président Biya, avec les
milliards de CFA dont il n’a jamais rendu compte. Il y a une scandaleuse indécence à voir ainsi profané, en l’associant à
er
l’étalage de la puissance du béton et du dollar, le nom de cette humble ouvrière couturière qui, le 1 décembre 1955, usant de
sa liberté d’une manière inimaginable, et qui lui coûta arrestation, persécution et exil loin de sa ville natale, refusa de céder la
place où elle était assise, dans un bus de Montgomery (Alabama), à un Blanc. Dans l’article qu’il lui consacre dans le
Dictionnaire de la négritude [L’Harmattan, 1989] Mongo Beti écrit : « On a souvent écrit et dit, à tort, que, épuisée par sa journée
de travail, Rosa Parks n’avait pas hésité à occuper un siège dans la partie avant réservée aux voyageurs blancs. Dans son
livre Combats pour la liberté, M.L. King explique lui-même qu’en réalité Mme Rosa Parks était bien assise sur la première
rangée du secteur réservé aux Noirs ; mais l’usage voulait, lorsqu’un afflux de voyageurs blancs excédait les cinq rangées qui
leur étaient réservées, que ceux-ci débordent sur les sièges des Noirs, qui, à leur tour allaient s’entasser vers l’arrière, au
risque de voyager debout. » Faisant foin des contraintes de la réalité cette toute petite femme pauvre est à l’origine du
mouvement qui a obligé le gouvernement des États-Unis, après bien des convulsions encore, à abolir la ségrégation.
Dans quelques années, quand ils seront vides parce que les Africains, ayant
choisi de haute lutte leurs gouvernants sur la capacité de ces derniers à
*
)
défendre les ressources de leurs pays contre les prédateurs, vivront dignement
'
sur leurs terres, venant de temps en temps faire du tourisme en France, appâtés
)
'
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',
par la publicité, on pourrait donner le nom de Rosa Parks à l’un de ces centres
',
de rétention qu’on visitera comme témoignage de la barbarie d’une époque
révolue. Aujourd’hui on ne devrait donner le nom de Rosa Parks qu’à des
établissements d’enseignement, parce que son exemple est l’enseignement par
excellence, celui du courage.
Il faudra en effet beaucoup de courage à la jeunesse africaine pour triompher
de l’oppression où elle est maintenue. Après bien d’autres dictateurs, appuyés
Darfour : nettoyage, village après village
sur une oligarchie pillarde, Idriss Déby s’apprête à conserver par la force le
Jan Pronk, représentant spécial du
pouvoir à la tête du Tchad. En face des abus les plus criants dans le processus
Secrétaire général de l'ONU pour le
électoral, les partis tchadiens ont décidé de le boycotter pour ne pas le
Soudan déclare, le 21 mars : « Dans le
cautionner. Au Gabon, Omar Bongo poursuit avec violence ceux des opposants
sud du Darfour, les milices continuent
qu’il n’a pas pu corrompre. Au Soudan les exactions et les massacres par les
leurs opérations de nettoyage, village
milices du pouvoir jettent sur le chemin de l’exode des milliers de paysans
après village. Les assassinats, les viols
démunis. Si le Tchad, le Gabon et le Soudan étaient le Belarus, la Colombie ou le
et les abus des droits de l'
Homme, en
Tibet, tous nos médias nous informeraient, jour après jour, de la moindre
violation directe des accords existants et
péripétie concernant les élections, les manifestations ou les répressions qui s’y
des résolutions du Conseil de Sécurité,
déroulent. Mais on constate que, plus que jamais, le silence règne sur les
constituent une menace à la paix dans
événements africains. Les droits des Noirs sont bafoués, sur leur propre terre,
l'
ensemble du Soudan. Les milices
par des pouvoirs arrogants et cyniques, sûrs de la protection ou de
continuent
leurs
opérations.
Le
l’indifférence complice des grandes puissances.
gouvernement ne les a pas désarmées,
Ce qu’on voit le plus clairement chez les puissants c’est la lâcheté. Avec les
bien au contraire. Le cessez le feu ne
moyens dont ils disposent, ils pourraient facilement protéger et sauver des
fonctionne pas, le Comité mixte ne se
millions de gens, mais, après avoir semé la discorde par stupidité, ils regardent
réunit pas, les sanctions prévues avec
passivement les incendies qu’ils ont allumés anéantir des peuples entiers. En ce
l'
établissement du Groupe d'
experts du
douzième anniversaire du génocide au Rwanda, il faut rappeler combien il était
Conseil de Sécurité n'
existent qu'
en
évitable, si les gens qui avaient les moyens d’agir avaient eu un minimum de
théorie ».
courage. L’histoire montre que ce sont les actes de courage des humbles,
Le 24 mars, le Conseil de Sécurité a
isolés, souvent dérisoires mais exemplaires, qui ont fini par soulever l’énorme
prorogé la Mission des Nations Unies au
poids des monstres froids, immobiles, enflés de tout ce qu’ils engloutissent des
Soudan (UNMIS) et a demandé au
biens communs.
Secrétaire général de prévoir le passage
de la Mission de l'Union africaine au
Odile Tobner
Soudan (MUAS, qui opère au Darfour) à
une opération de maintien de la paix des ./..

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une opération de maintien de la paix des
Nations Unies. Dans sa résolution 1663,
le Conseil a salué la décision de l'UA
d'appuyer « en principe » ce passage, de
« s'efforcer d'obtenir » qu'un accord de
paix pour le Darfour soit conclu à fin
avril 1 et de proroger le mandat de la
MUAS jusqu'au 30 septembre. En réalité,
l'UA a cédé aux pressions de Khartoum
qui considère l'intervention internationale
comme une intervention colonialiste. Elle
a prolongé le mandat de la MUAS de six
mois, se résignant « en principe » à
l'éventualité de son remplacement par
des casques bleus, ne serait ce qu'en
raison de l'épuisement de la volonté des
bailleurs. Le conflit Tchad-Soudan, par
groupes rebelles interposés, menace les
deux côtés de la frontière. Khartoum
soutient les rebelles tchadiens dans
l'ouest du Darfour, Idriss Déby les
rébellions du Darfour. Si l'UA s'est
engagée à agir plus résolument en
faveur de la paix, elle ne pourra pas
arriver seule au résultat souhaité. Les
Nations Unies, l'Union Européenne, les
États-Unis, devront concourir à l'imposer.
Les responsables d’une situation qui se
détériore de jour en jour, au premier rang
desquels figurent le président et le
gouvernement soudanais, doivent être
clairement désignés, si l’on ne veut pas
en être complice.
« Il faut un nouvel accord de cessez-lefeu qui puisse tenir, ce qui exige
notamment un texte sans équivoque, des
sanctions très claires pour les violations,
une force de paix énergique » a conclu
Jan Pronk le 21 mars dernier. Il
conviendrait qu'il soit entendu, alors que
tout indique qu'il est écouté d'oreilles
scandaleusement distraites. L'envoyé
spécial a également attiré l'attention sur
le « climat de méfiance » qui règne entre
le parti du Congrès national (parti du
président soudanais) et le Mouvement
populaire de libération du Soudan
(MPLS, du Sud), sur la misère,
2
l'insécurité qui règnent au Sud , sur
l'absence de projets visant à les enrayer,
et la réduction de la marge de manœuvre
de l'UNMIS, du fait du gouvernement
soudanais, à Abyei. Au Soudan, il n'y a
pas que le Darfour qui souffre. [Sharon
Courtoux]
1. Ceci fait référence aux négociations en
cours (qui en fait s'enlisent sur place) entre les
mouvements rebelles du Darfour et le
gouvernement soudanais à Abuja.
2. La part des revenus pétroliers qui devaient
revenir au Sud Soudan n'a pas, à ce jour, été
respectée.

Le Tchad,
berceau de la Françafrique ?
Le Darfour s'embrase [cf. Salve Darfour :
village après village]. Les

nettoyage,

°
tentatives de coup d'État se succèdent :
la dernière, organisée le 14 mars, fut
évitée de justesse. Les rébellions se
consolident au Nord, à l'Est mais aussi,
fait nouveau, dans le Sud du pays. Les
désertions dans l'armée et au sein du
clan présidentiel se multiplient. Malgré la
nouvelle manne financière prélevée sur
les revenus pétroliers pour renforcer son
armée et sa sécurité [cf. Billets n°144], le
régime d'Idriss Déby vacille.
Pour éviter le chaos dans un pays
rongé par la guerre, deux décennies de
1
dictature et une inquiétante dégradation
des conditions socio-économiques (le
Tchad est aujourd'hui classé 173ème sur
176 pays en terme d'indice de
développement humain [Rapport sur le
Développement humain, PNUD, 2005]), les
revendications de la société civile
tchadienne semblent plus pertinentes
que jamais. De très nombreuses
associations locales se sont regroupées
au sein d'un Comité de suivi de l'
appel à
la paix et à la réconciliation au Tchad
pour faire entendre leur voie, proposer
des alternatives et travailler à la mise en
place d'un mécanisme institutionnel de
transition à la fin du mandat actuel du
Président et l'instauration d'un dialogue
politique ; la mise en place d'une réforme
du système sécuritaire et au lancement
d'une
démarche
de
réconciliation
nationale et populaire [www.initiative-paixtchad.org].
Mais le pouvoir ne l'entend pas de
cette oreille. Appuyé par la France par
l'intermédiaire de son ambassadeur en
poste à N'Djamena, Jean-Pierre Berçot,
dont le zèle est critiqué jusque dans les
services
de
la
chancellerie
[cf
Communiqué des coopérants français paru
dans Al Wihda, 26/03], Idriss Déby a tout

organisé pour assurer sa troisième réélection le 5 mai prochain. De
l'organisation d'un référendum truqué en
juin 2005, pour modifier la Constitution,
jusqu'aux pots de vin donnés aux futurs
candidats pour assurer un minimum de
“concurrence” (les principaux partis
d'opposition, y compris le FAR de
Ngarlejy Yorongar, ayant tous appelé au
boycott), Déby n'a pas manqué
d'imagination.
Rappelant, par la voie de son Étatmajor des armées, qu'Idriss Déby est un
« président élu et internationalement
reconnu », la France prétend qu'elle ne
défendrait pas le régime tchadien en cas
de coup d'État [Le Monde, 01/04]. Ce serait
sans compter sur le soutien indéfectible
apporté à cet ancien élève de l’École de
guerre de Paris, de « l'
accompagnement
de celui-ci au pouvoir » [Selon un ancien
responsable en poste à la DGSE] en 1990
jusqu'au truchement des élections
présidentielles en 2001 grâce au
spécialiste
français
des
fraudes

'
électorales, Jérôme Grand
d'Esnon. La base militaire Épervier, qui
compte encore 1 100 soldats français,
est aussi utilisée pour aider ce
« président élu » à se maintenir au
pouvoir, comme l'ont illustré l'intervention
discrète des troupes françaises pour le
protéger d'un complot nocturne le 14
mars dernier, le transport aérien
quelques jours après du Président et de
ses gardes du corps à bord d'un avion
Transall, à Forchana [Le Monde, 01/04] ou
encore, selon de nombreux témoignages
sur place, le transport de troupes et de
matériel militaire tchadiens de l'aéroport
de N'Djamena jusqu'à celui d'Abêché, à
proximité de la zone de conflit du
Darfour, où la France dispose d'une
seconde base militaire 2.
Enfin, il semble que l'ambassadeur
Berçot ait joué un rôle actif auprès du
président tchadien pour saper les efforts
de dialogue entrepris par la société civile
et les partis d'opposition en vue d'initier
une période de transition, et maintenir
coûte que coûte son poulain au pouvoir
autre
[Communiqué du FAR, 19/03]. « Qui d'
que Déby avez-vous à me proposer ? »,
finit-il par lâcher à son interlocutrice
abasourdie,
Delphine
Djiraibe,
coordinatrice du Comité de suivi, venue
lui présenter les propositions de la
société civile tchadienne.
Si les anthropologues divergent sur
l'espèce à laquelle appartient Toumaï,
squelette de 7 millions d'années
récemment
découvert
au
Tchad,
« berceau ou non de la civilisation »
selon le Professeur Brunet, il est
indubitablement le berceau de la
Françafrique. [Guillaume Olivier]
1. Celle d'Hissein Habré, de 1984 à 1990, puis
d'Idriss Déby jusqu'à ce jour.
2. Un communiqué du SCUD du 24 mars fait
également état de transport aérien français de
troupes tchadiennes et de l'utilisation d'avions
de surveillance et d'hélicoptères français pour
suivre les déplacements des troupes rebelles
et assurer un renfort en hommes et matériel
tchadiens.

Les écuries de Brazzaville
Depuis quelques temps, Brazzaville
bruit des amours et désamours politiques
de Bernard Kolelas avec Denis Sassou
Nguesso et Michel Mampouya. Les
journaux de la place en font leurs choux
gras. l’Observateur [n° 347 du 16/03] et La
Semaine Africaine [n° 2554 du 27/12/2005]
en témoignent : oukases, invectives,
excommunions, insultes, etc.
La « démocratie » congolaise est
devenue « familiocratie » pour le contrôle
des
appareils
politiques
et
des
ressources financières de l'État. À
l'image du dictateur Sassou Nguesso,
Kolelas, « défenseur de la démocratie »,

’$
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a transformé son parti, le MCDDI, en
appareil familial. Enfants, neveux,
cousins, nièces, collatéraux, parents par
alliance et alliés en constituent
désormais l'épine dorsale. « Il n'est dès
lors pas étonnant que les démissions des
anciens caciques se succèdent et les
langues
se
délient »
écrit
L’Observateur...
En réalité, qui examine le parcours de
cet homme ne peut être surpris. Cet
"opposant" de salon, n'a eu de cesse de
contrôler la région du Pool (dont il est un
natif) pour la transformer en fief et s'en
servir comme un tremplin politique pour
ses ambitions personnelles. Il n'y
réussira qu'imparfaitement. Dès lors, il
n'hésitera pas à prendre en otage les
quartiers sud de Brazzaville, ainsi que
1
les régions du sud , au motif que ses
ressortissants seraient de la même
origine ethnique que lui.
Ce soi disant "opposant", véritable
clone de l'autre, a toujours navigué dans
les milieux politico-maffieux. Dans le
golfe
de
Guinée,
on
navigue
inévitablement en Françafrique. Notre
homme a donc très rapidement été
repéré par celle-ci qui a commandité la
société Elf Congo, l'incontournable, de
l’appréhender via certains intermédiaires
dont Michel Mampouya, ancien cacique
de son parti, aujourd'hui sa bête noire.
Précédemment délégué médical de
Sanofi, ce dernier était le pourvoyeur
financier du MCDDI, lui assurant, ainsi
qu'à son chef, des moyens de
subsistance et une logistique de parti
riche.
Les intérêts convergents de la
Françafrique seront à l'origine du
rapprochement du parti de Kolelas et de
celui du dictateur Sassou Nguesso,
aboutissant à une alliance politique
invraisemblable [l’URD-PCT Union des
Républicains Démocrates – Parti Congolais du
Travail] permettant ainsi à un Sassou

Nguesso
qui
venait
d'être
démocratiquement chassé du pouvoir, de
refaire surface. Les pétrodollars d'Elf
Congo feront le reste. Ce rapprochement
a eu comme homme à tout faire Michel
Mampouya, qui a été le négociateur pour
la création des milices Ninjas en 1993,
mais qui aussi a négocié toute la
logistique en 1997 pour casser Lissouba.
Mais Kolelas, louvoyant, ralliera ce
dernier, d'où la haine de Sassou vis-à-vis
du Pool.
Le retour victorieux de Sassou à la
suite de la guerre de 1997 et la fuite de
Kolelas [qui s’est entre-temps allié au
Président Pascal Lissouba] à l'étranger,
signera la rupture de ce dernier avec son
homme lige, Michel Mampouya qui
continuera de servir les intérêts de la
Françafrique, laquelle a puissamment
aidée son poulain Sassou Nguesso à

°
remporter la victoire militaire. Michel
Mampouya fera une OPA sur le parti en
l'absence de son leader et maintiendra
les liens qu'il a tissés avec le PCT, le
parti du dictateur congolais. Le procès Elf
révèlera, à des congolais médusés, que
Parfait Kolelas (aujourd’hui, chargé des
finances du parti de son père), le fils de
son père, avait perçu des fonds de cette
société et donc, que son géniteur n'était
pas moins corrompu que les autres [Le
Canard Enchainé du 9/04/2003 et Le Parisien
du 22/04/2003].

De retour à Brazzaville après 8 ans
d'exil, notre homme n'a eu de cesse de
donner des gages de fidélité au dictateur
de Brazzaville, son “ennemi ami”.
Première décision, la réorganisation de
son parti avec la nomination des
membres de sa famille à des postes
stratégiques et l'exclusion parallèle de
Michel
Mampouya
des
instances
dirigeantes. Dépité d’être exclu de la
mangeoire, ce dernier s'épanche dans la
presse, qui ne manquera pas de faire
écho à cette véritable scène de ménage.
Pendant ce temps, les véritables
problèmes de la population sont mis
entre parenthèses. La situation tragique
du pays en général et du Pool en
2
particulier , avec la présence du faux
rebelle Frédéric Bintsangou, alias
pasteur Ntoumi. La paupérisation
accélérée de la population, la captation
des richesses nationales par la famille du
dictateur président : la santé, les routes,
l'emploi, l’électricité et l’eau potable sont
devenues des denrées rares ou
inexistantes. La violation massive des
droits humains dont l'affaire des disparus
du Beach (affaire non encore élucidée)
n'est que la partie émergée. Les
violences quotidiennes exercées sur la
population par une armée et une police
constituée d'anciens miliciens. De tout
cela, personne ne parle à la grande
satisfaction
du
dictateur
Sassou
Nguesso. Ces problèmes demeurent
entiers, les politiciens ont été incapables
d'y apporter des solutions durables. Or,
c'est justement de ces problèmes dont il
faudrait parler, et non des disputes quasi
familiales des agents corrompus de la
Françafrique, sous le regard et l'arbitrage
des autres dont le kleptocrate Sassou
Nguesso. C'est à ce prix qu'éclora une
véritable
démocratie
au
Congo.
[Benjamin MOUTSILA, du FCD]
1. Il sera très difficile, pour tout parti autre que
le sien, d’exister dans ses fiefs.
2. Plusieurs ONG en ont dressé des rapportsdiagnostics édifiants et alarmants: - Diocèse
de Kinkala, Construire la paix (2000), Atlas
Logistique, Rapport d'
évaluation Région du
Pool District de Mindouli (27/09 4/10/03), Les
Caritas-Congo, Caritas-France et Catholic
Relief Services, le Département du Pool en
République du Congo Une population

'.
abandonnée (novembre 2004),
Nations Unis, Le Pool, Une
crise humanitaire négligée (2004).

Congo-K, le cas Congo II
Le Secrétaire général des Nations
Unies (ONU), Kofi Annan, a salué « la
décision de l'
Union européenne en vue
de commencer les préparatifs et la
planification d'
un éventuel soutien à la
Mission de l'
ONU en République
démocratique du Congo (Monuc) » le 25
mars dernier. Où en est-on de cette
question ? Il est difficile de le savoir avec
précision. Quelques jours plus tôt, le
1
quotidien Le Monde a fait écho de
propos – tenus le 20 mars – des
ministres
français
des
Affaires
étrangères Philippe Douste-Blazy et
allemand de la Défense Franz Josef
Jung selon lesquels la décision
d'envoyer une force militaire européenne
en RDC pendant la prochaine période
électorale serait acquise. Ces derniers
ont ajouté cependant que « bien des
détails doivent encore être réglés ». Le
commandement général de cette force
d'intervention, composée de quelques
2
1 500 soldats , serait assumé par
l'Allemagne, la France exerçant le
commandement à Kinshasa. Il s'agirait
(sauf 250 hommes installés à Kinshasa)
d'une force de réaction rapide, prête au
départ en cas de troubles. Selon Le
Monde, cette mission ne fait pas
l'unanimité en Allemagne, y compris
dans l'armée, rendant l'obligatoire
approbation par le Parlement incertaine.
Des critiques fusent à l'encontre de la
chancelière Angela Merkel et son
ministre de la défense accusés de s'être
fait forcer la main par la France – décidée
à “y aller”, mais pas seule. Les intérêts
français en Afrique Centrale ne sont pas
négligeables, mais on n'en fait pas
publiquement grand état. Le 22 mars, le
porte-parole du gouvernement allemand
a indiqué que l'Allemagne prendrait une
décision concernant l'opération au mois
de mai. Les principales critiques
allemandes semblent viser un manque
de clarté entourant le mandat de
l'opération. On peut en effet se
demander s'il s'agit de prêter main forte à
un peuple en cas de besoin ou de
favoriser un camp ou un autre...
Quant à la date à laquelle doit se tenir
l'élection présidentielle congolaise, elle
n'est pas fixée. L'Abbé Apollinaire Malu
Malu, président de la Commission
électorale indépendante (CEI), l'a
confirmé à Bruxelles le 24 mars lors d'un
colloque
organisé
par
l'université
d'Anvers : « On ne peut pas fixer la
nouvelle date maintenant, il faut
attendre » a-t-il ajouté. On reste dans le

’$
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flou. Le 28 mars, le Comité international
d'accompagnement de la transition
(CIAT) a rappelé l'appel de la mission du
Conseil de Sécurité « pour que personne
ne soit exclu du processus électoral mais
aussi que personne ne s'
en auto exclu ».
Est-ce une manière de souligner que la
région de Minembwe n'est pas admise
comme territoire pouvant élire un député,
au refus de rouvrir des bureaux
d'enrôlement afin que les électeurs 3 de
l'UDPS puissent s'inscrire sur les listes ?
Le président de la CEI affirme que la
réouverture
est
techniquement
et
financièrement impossible, tandis que
certains milieux européens (et certains
au sein de la CEI selon des sources
crédibles) estimeraient nécessaire que
l'UE finance la réouverture des bureaux
d'enrôlement afin d'éviter que les
nombreux électeurs de l'UDPS ne
conteste la validité du futur scrutin. Et
que la lutte pour le pouvoir soit le moins
entachée possible doit-on ajouter.
La situation d’insécurité qui règne dans
tout le pays, décrite dans notre
précédente publication, n’a pas évolué.
Dans l'Ituri, au nord-est de la RDC, le
Mouvement révolutionnaire congolais
(MRC) multiplie ses attaques contre
l'armée régulière (FARDC), selon la
Monuc. Ce mouvement, créé il y a un an
à Kampala, regroupe diverses milices
actives dans la région qui auraient fait
taire leurs rivalités en faveur d’intérêts à
présent partagés. Le combat contre les
FDLR au Sud-Kivu, mené avec quelque
efficacité par les FARDC avec l’appui de
la Monuc, a fait se déplacer les rebelles
rwandais vers le Nord-Kivu, où diverses
factions des FARDC désertent ou se
combattent plus qu’ils ne s’emploient à
rétablir l’ordre. Quelle est aujourd’hui la
stratégie
de
la
communauté
internationale, lourdement impliquée
dans la région ? Celle d’un pari sur des
élections dont il s’agirait de tout
entreprendre pour qu’elles se tiennent, et
à l’issue desquelles elle pourrait se
désengager, laissant libre cours aux
acteurs jusqu’ici impliqués ? Ou celle
d’un engagement à plus long terme, et
dans ce cas selon quels critères ? [SC]
1. Le socle de la force européenne au Congo
sera franco-allemand (Laurent Zecchini, avec
Antoine Jacob à Berlin, Le Monde, 22/03).
2. 500 français (dont 250 au quartier général
projeté à Kinshasa), 500 allemands, le
complément étant fourni par l'Espagne, la
Pologne, la Suède et la Belgique.
3. Etienne Tshiseked ayant appelé au boycott
du référendum sur la Constitution, les
électeurs de l'UDPS (le plus important parti
politique de l'opposition) ne sont pas inscrits
et, si cette situation n'est pas rectifiée, ne
pourrons pas voter.

°

L'
Armée française assure-t-elle
la formation d’anciens
tortionnaires djiboutiens
à l’École de Guerre à Paris ?

Appel lancé par
l’ARDHD [Association pour le respect des droits
de l’Homme à Djibouti] et Survie, le 16/03,
Selon des informations concordantes, le
Lieutenant-Colonel Zakaria Hassan Aden, de
la Gendarmerie djiboutienne, serait présent à
Paris pour suivre jusqu'en mai 2006, les cours
de l’École de Guerre.
Cette école accueille des Officiers qui ont
été sélectionnés et qui se préparent à recevoir
une promotion, qui les conduit généralement
au sein des États-Majors.
Compte-tenu du passé du LieutenantColonel Zakaria qui fut responsable pendant
de nombreuses années de "l'escadron de la
torture à Djibouti", les Associations signataires
de ce Communiqué sont indignées par sa
présence sur le sol français et par le fait qu'il
puisse bénéficier d'un enseignement délivré
par des Officiers français.
Nous soulignons que cette affaire intervient
dans un contexte particulièrement dramatique
à Djibouti où plusieurs syndicalistes sont
harcelés, torturés et incarcérés sans
qu'aucune charge juridiquement établie n'ait
été retenue contre eux, une vingtaine de
jeunes de la région Afar ont été arrêtés et
conduits dans les locaux de l'Ecole de Police
de Nagade,
Nous rappelons également les obstacles qui
sont dressés pour retarder l'action de Mme
Elisabeth Borrel et des Juges d'instruction
pour établir la vérité sur la mort de son mari, le
juge Bernard Borrel assassiné à Djibouti le 19
octobre 1995, et la fin de l'impunité dont
bénéficient les coupables de cette disparition.
Enfin, nous constatons qu'après la brève
rencontre de Dominique de Villepin avec
Ismaël Omar Guelleh (fin février), la France
s'est engagée à doubler pratiquement,
pendant les cinq prochaines années, l'aide
financière annuelle qu'elle lui accorde,
confirmant par ce geste le soutien que le
Président de la République française accorde
à ce régime dictatorial.
En
conséquences,
nos
associations
demandent aux autorités françaises de vérifier
d'urgence la présence du Colonel Zakaria à
l'école
de
guerre,
d'y
mettre
fin
immédiatement
et
de
fournir
toutes
explications permettant de comprendre
comment il a pu y être admis. Elles leur
demandent de prendre des mesures
susceptibles d'empêcher qu'une telle situation
puisse se produire à l'avenir et d'en rendre
compte publiquement.
Plus largement nos associations demandent
aux autorités françaises de mettre fin à toutes
mesures pouvant constituer un soutien au
régime dictatorial d'Ismaël Omar Guelleh.

'

La Face cassée de la République (VIII)
Une question toujours à l'
ordre du jour
Si, à l'orée de la catastrophe
rwandaise, l'association Survie-France
ne savait pas qu'un génocide allait
s'accomplir, elle savait, depuis plus d'un
an, que des événements d'une extrême
gravité pouvaient survenir. En avril 1994,
la réalité d'un génocide en cours lui est
apparue sans tarder. Elle a été parmi les
premiers à la nommer, à s'engager dans
un combat pour que cette réalité soit
reconnue et domptée, pour dénoncer les
complicités, lâchetés, aveuglements,
mensonges qui accompagnaient sa
réalisation, pour que les coupables
soient identifiés, arrêtés, jugés et punis.
Le génocide des Tutsi rwandais est
l'aboutissement d'une histoire dans la
longue
durée
qu'à
présent
de
nombreuses publications documentent.
Bien avant l'exécution du génocide, la
population tutsi a été l'objet d'une
oppression générale, de multiples
exactions,
dont
des
massacres,
parfaitement connus. L'organisation du
génocide a été entreprise, puis mise à
exécution, par un noyau d'extrémistes
hutu qui ont pris leur pays en otage à cet
effet. Ce groupe a agi notamment par les
moyens de la propagande pour entraîner
la population hutu à adhérer au projet,
puis, pour beaucoup, à participer à son
exécution. Il a armé la population à cet
effet. La France a soutenu, avant,
pendant et après la catastrophe, le
régime rwandais qui a prémédité et mis à
exécution le génocide des Tutsi. Ce fait
est également à présent avéré. La
France, mieux que tout autre pays, savait
ce qui se passait au Rwanda, elle savait
ce qui pouvait, puis ce qui allait survenir.
La communauté internationale aurait pu
mettre fin à l'entreprise, mais aussi la
France seule aurait pu y mettre fin, ce
que l'une et l'autre se sont abstenues de
faire.
Survie est une campagne citoyenne.
Ce que font les autorités de notre pays,
elles le font en notre nom : lorsqu'elles
entreprennent
l'inacceptable,
nous,
citoyens, devons nous lever pour dire
non, pas cela, pas en notre nom. C'est
ce que Survie a fait lorsqu'elle a compris
que des autorités françaises s'étaient
rangées du côté d'un régime engagé
dans l'organisation d'un génocide. Elle
poursuivra cette route jusqu'à ce qu'elle
ait réussi à disqualifier, politiquement et
moralement, ceux qui ont entraîné la
1
République dans cette honte .
Notre association n'était pas, n'est pas
seule à s'engager ainsi, à fonder son
action sur de tels principes. D'autres

’$
$+ -



organisations, des journalistes, des
chercheurs, des universitaires, agissaient
et agissent de la sorte. Ils ne forment ni
un « club », ni un groupe voué au service
d'intérêts ou d'un pouvoir quelconque,
comme cela a été récemment affirmé 2,
en désignant comme bénéficiaire l'actuel
pouvoir rwandais tenu par le Front
Patriotique Rwandais (FPR). Avant, puis
au cours du génocide et de la guerre
civile, le FPR a commis des crimes,
avérés. En juillet 1994, le FPR a pris le
pouvoir au Rwanda. Quelle que soit la
difficulté de la situation dont il a hérité, sa
gestion de ce pouvoir est à bien des
égards critiquable. Survie n'a pas
manqué de formuler des critiques le
concernant.
Mais
nous
faisons
résolument la distinction entre le
génocide des Tutsi, commis avec
préméditation
et
dans
l'intention
d'exterminer un groupe de personnes
pour ce qu'elles sont, et les crimes
commis par le FPR ou son exercice du
pouvoir. Nous avons pour priorité la
documentation 3 d'un génocide - auquel
le monde a tourné le dos - et celle de
l'implication française 4 dans cette
abomination. Au nom des victimes du
génocide, au nom de notre responsabilité
de citoyens français et de citoyens du
monde.

°
documentée et dite, et justice faite,
poursuivront leurs efforts. Mais, outre les
affirmations
fallacieuses
et
les
contrevérités
qui
composent
les
ouvrages auxquels nous avons fait
allusion, on y trouve une charge de haine
à l’égard d’un groupe humain qui ôte
toute envie de rire. Elle interdit par
ailleurs tout débat avec de tels individus
(qui ne cherchent que des tribunes pour
répandre leur venin), et souligne
l’urgence
de
l’indispensable
documentation sérieuse d’un pan de
l’histoire humaine. Ce travail, qui fait
réponse aux discours haineux, est en
cours, nombreux sont ceux qui le portent.
Nous ne cesserons d’y verser notre
contribution.
François-Xavier Verschave y a versé
une contribution inestimable. En nous
quittant, il a souhaité que son oeuvre,
celle que nous partagions avec lui, soit
poursuivie. En le voyant partir, nous en
avons bien entendu pris l’engagement.
Nous ne manquerons pas à notre
promesse. Et nous savons que ceux qui
l’insultent jusque dans sa tombe n’ont
que cette lamentable marchandise à lui
opposer. Il a dit, peu avant de décéder :
« Tout ce que nous avons fait était
impossible, nous n’en avions pas les
moyens. Nous l’avons fait quand
même ». Les insultes continuent de
pleuvoir sur Survie. Ne t’inquiète pas
François-Xavier, on continuera, ce n’est
pas grave. Réparer la face cassée de la
République est impossible, on le fera
quand même. [SC]

L'histoire montre que toute entreprise
génocidaire
s'accompagne
de
négationnisme. C'est ainsi qu'est née la
thèse du "double génocide", celle de la
volonté de la victime d'engendrer son
propre malheur à des fins inavouables,
celle
des
caractéristiques
intrinsèquement malfaisantes de la
victime, tendant à transformer celle-ci en
coupable. Nous assistons aujourd'hui, en
France, à la manifestation d'un tel
négationnisme, qui vise à transformer la
victime en coupable afin de récuser toute
responsabilité française dans le drame.
C'est ainsi que Survie (avec d'autres
organisations ou personnes toutes
honorables), ses anciens présidents,
Jean Carbonare et François-Xavier
Verschave, et la signataire de ces lignes,
ont été accusés de malveillance à l'égard
de la France, et de soutenir les intérêts
du FPR.

1. Au-delà des Tutsi victimes du génocide, le
Rwanda tout entier est victime de l’histoire,
dans laquelle la République a joué un rôle.
Hutu, Twa, comme Tutsi sont victimes. La part
de
responsabilité
française
dans
la
catastrophe pèse sur ce que vivent tous les
Rwandais, elle pèse sur le groupe qu’elle a
laissé entraîner dans la catastrophe en
soutenant ceux qui l’y entraînaient.

Si les récentes publications colportant
ces extravagances n'étaient allées si loin
dans l'outrage à l'endroit des victimes du
génocide (et dans l'offense à l'égard de
Jean Carbonare, dans l’insulte ignoble à
l’égard de François-Xavier Verschave),
nous aurions pu en rire. Car l’histoire
continuera à s’écrire, et ceux, qui
œuvrent pour que la vérité soit

Enjeux en Casamance

2. Noirs fureurs, blancs menteurs (Pierre
Péan), Les secrets de la justice internationale
(Charles Onana).
3. À
tous
égards,
l'ensemble
des
circonstances dans lesquels s'inscrit le fait.
Cette documentation est loin d'être terminée.
4. Et aussi celle des autres nations, les plus
impliquées, en particulier celles qui composent
la communauté internationale et ses instances
représentatives.

L’armée de Guinée-Bissau vient de
relancer la guerre en Casamance, et les
populations civiles sont de nouveau
prises en otage. Sont visées les troupes

'/
de Salif Sadio, leader
indépendantiste qui avait refusé l’accord
signé en décembre 2004 entre le
Mouvement des forces démocratiques de
Casamance (MDFC) et le gouvernement
sénégalais. Ce dernier ne semble
d’ailleurs pas s’alarmer outre mesure de
l’intrusion de son voisin guinéen sur son
territoire si l’on en juge par les
déclarations du ministre sénégalais des
Affaires étrangères Tidiane Gadio :
« C'
est un pays ami et ils ne nous
veulent que du bien ; même s'
ils
débordent dans notre frontière, [...] ils
sont chez eux au Sénégal. » (Le Monde ;
22/03) Renvoi d’ascenseur ? Depuis août
2005, la Guinée-Bissau est de nouveau
gouvernée
par
Joao
Bernardo
– « Nino » – Vieira qui a déjà régné de
1980 à 1999 et a mené son pays à la
guerre civile. « Le candidat de Paris »
selon Le Monde [11/08/2005] – il avait
rallié son pays à la zone franc CFA – est
revenu au pouvoir grâce à une
campagne
électorale
grassement
financée par des fonds sénégalais. À
l’époque, Vieira déclarait au sujet
d’éventuelles découvertes de pétrole en
Guinée Bissau : « Je viens d’arriver.
J’étais absent du pays, il y a
pratiquement sept ans. Je ne suis pas
bien informé. Pour le moment je
considère que ce ne sont que des
rumeurs qui circulent dans le pays. »
(L’intelligent
d’Abidjan,
20/08/2005).
Rumeurs
confirmées :
« comme
l’indiquait en février dernier un bulletin de
la Société des pétroles du Sénégal
(Pétrosen), au large de la Casamance, à
la frontière des eaux territoriales entre le
Sénégal et la Guinée-Bissau, “a été
découvert un potentiel de 1 à 1,5 milliard
de barils d’huile lourde” » (RFI, 24/03).
Ce que la journaliste Monique Mas
commente ainsi : « une affaire très
sérieuse qui mérite sans doute un coup
de balai bissau-guinéen dans la
fourmilière indépendantiste, même si,
offshore, les compagnies pétrolières ont
l’habitude de gérer ce genre de risque.
Au cours actuel de l’or noir, le jeu en vaut
sans doute la chandelle. » Nous sommes
impatients de connaître le nom des
multinationales
prochainement
bénéficiaires. [Victor Sègre]

(Achevé le 02/04)

’$
$+ -



°

'

( ! " ! '''
Françafrique
« En donnant la parole au Congolais Denis Sassou Nguesso,
présent pour le lancement de la taxe sur les billets d’avion, la
France démontre l’incohérence de son action pour le
développement. Le représentant du CCFD est sorti pendant la
conférence d’ouverture, ce matin, en signe de protestation.
La France a ratissé large pour donner une dimension
internationale à la conférence de lancement de son initiative de
taxe sur les billets d’avion pour financer la lutte contre le sida. Trop
large. L’ouverture se tenait au Palais de l’Élysée à 10h30 ce matin.
Après un mot d’introduction du secrétaire général des Nations
Unies, Kofi Annan et avant Jacques Chirac, la parole a été donnée
à Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville et de
l’Union africaine, toujours mis en cause aujourd’hui devant la
justice française dans l’affaire du Beach (massacre de plusieurs
centaines de réfugiés, de retour à Brazzaville, en mai 1999). Le
représentant du CCFD, Jean Merckaert, est alors sorti de l’Élysée
en signe de protestation.
L’idée même d’une taxe mondiale pour financer le
développement est défendue depuis des années par les ONG,
dont le CCFD, même si elles préfèreraient une fiscalité
internationale sur les transactions financières ou sur les bénéfices
des multinationales et une action déterminée contre les paradis
fiscaux, à la taxe par quelques pays sur les billets d’avion. C’est
dans cet esprit constructif qu’elles ont répondu présentes à
l’invitation du Président Chirac pour la Conférence de Paris sur les
mécanismes innovants.
Mais en invitant Denis Sassou Nguesso, dont la justice française
a reconnu en 2002 1 qu’on pouvait parler de lui comme d’un
"dictateur", auteur de "crimes contre l’humanité" au CongoBrazzaville et "complice" dans l’affaire du DC10 d’UTA, les
autorités françaises nagent en pleine contradiction. Pour Jean
Merckaert, "Près de 100 000 personnes seraient mortes lors des
massacres opérés par les milices de Sassou Nguesso en 1998-99.
Aujourd’hui encore, il pille les richesses pétrolières de son pays,
qui représentent beaucoup plus que les 200 Millions d’euros que
procurera la taxe sur les billets d’avion. À titre personnel et au nom
du CCFD, je ne pouvais pas cautionner sa présence, qui est une
insulte à la notion de solidarité internationale et aux peuples
d’Afrique". » (Comité catholique contre la faim et pour le
développement, communiqué de presse, Le CCFD dénonce la
présence de M. Sassou Nguesso à l'
ouverture de la conférence de Paris
"Solidarité et mondialisation", le 28/02).
1. Denis Sassou Nguesso avait intenté en 2000 un procès pour offense à chef
d'État contre l'auteur du livre Noir Silence (François-Xavier Verschave,
président de l'association Survie), qui l'avait ainsi qualifié. En 2001, il a perdu
en première instance, car le Tribunal avait estimé que le délit invoqué était
contraire à la Convention européenne des droits de l'Homme. En juillet 2002,
la Cour d'Appel de Paris a donné raison à l'auteur sur le fond.

Mondialisation
« La Banque mondiale et le FMI viennent d’annoncer une
réduction de la dette du Congo-Brazzaville qui est très loin de
faire l’unanimité. Car comme nous allons le voir, ce petit pays
d’Afrique centrale est un exemple révélateur du lien extrêmement
étroit existant entre dette, corruption et pauvreté.
En 1979, Denis Sassou Nguesso, soutenu par la société
française Elf, prend le pouvoir au Congo. Sous sa première
présidence, de 1979 à 1991, Elf et les cercles proches du pouvoir
se régalent des conditions d'exploitation pétrolière privilégiées.

En 1991, une Conférence nationale souveraine s’étonne des
faibles revenus que le pétrole génère pour le budget congolais et
demande un audit indépendant. Cet audit est torpillé par Elf qui
pratique une obstruction systématique et corrompt les
personnalités concernées, comme l'a reconnu un haut dirigeant
d’Elf devant la justice française en mars 2003. Lors de l'élection
présidentielle de 1992, Sassou est largement battu dès le premier
tour. Le nouveau président, Pascal Lissouba, augmente la
redevance pétrolière de 17 % à 33 % et passe un accord avec
l’entreprise états-unienne Occidental Petroleum. C’est un casus
belli pour Elf qui, pour remporter la mise à coup sûr, décide
d’armer aussi bien le camp présidentiel que celui de Sassou,
personnage-clé des réseaux françafricains finalement vainqueur
de la guerre civile qui déchire le pays entre juin et octobre 1997.
Après le vote d'une Constitution sur mesure, des élections
manipulées légitiment Sassou au poste de Président en 2002.
Aujourd’hui, le Congo est un des pays du Sud les plus endettés
par habitant, avec une dette extérieure de 9,2 milliards de dollars
à la fin 2004 pour moins de 4 millions d’habitants. Mais cet
endettement n’a absolument pas servi à assurer un minimum
d'infrastructures et de services de base aux populations, qui
voient leurs conditions de vie précarisées un peu plus chaque
jour : eau courante et électricité de plus en plus rares, et même
pénuries d'essence régulières ! Indéniablement, le trio dettecorruption-pauvreté est à l’œuvre.
Par ailleurs, craignant que les défauts de remboursement de la
dette ne se multiplient dans les pays en développement, les
créanciers lancent en 1996 l’initiative PPTE (Pays pauvres très
endettés). Cette initiative, qui doit officiellement régler le
problème de la dette, contraint en fait les 42 pays choisis, dont le
Congo, à appliquer des réformes économiques très dures pour
les populations : réduction des budgets sociaux, suppression des
subventions aux produits de base, privatisations des entreprises
publiques, libéralisation de l’économie au profit des
multinationales... Au bout de trois années de cette potion amère,
arrive le point de décision : si la dette est jugée insoutenable, le
pays bénéficie de premiers allégements sur son service de la
dette. Après une seconde période de réformes exigées par le
FMI, arrive le point d’achèvement, où finalement seules les
créances que le pays ne parvenait pas à rembourser sont
annulées... La dette est juste écrémée et le pays continue de
rembourser au maximum de ses capacités financières. En réalité,
rien ne change.
Le 9 mars dernier, le Congo a achevé la première phase avec
beaucoup de retard. Les institutions financières internationales
ont longuement tergiversé en raison des soupçons de
détournement et de dissimulation de fonds. Le pouvoir congolais
prétend les mettre à l’abri de fonds vautours qui rôdent, sans pour
autant parvenir à justifier les sombres agissements de la Société
nationale des pétroles congolais (SNPC). La bataille pour les
revenus du pétrole fait donc rage entre les proches du pouvoir et
certains créanciers douteux. Fin février, le président de la Banque
mondiale, Paul Wolfowitz, est intervenu personnellement pour
bloquer la décision, mais d’autres intérêts géostratégiques ont
alors pris le dessus : Sassou, tout nouveau président de l’Union
africaine, est appuyé par les puissants soutiens dont il dispose au
sein des pays riches. C’est ainsi que le Congo est devenu le 29e
pays à atteindre le point de décision. Mais cette décision est-elle
opportune ? N’est-ce pas là apporter un soutien fort discutable au
régime de Sassou ? Faut-il alors se réjouir d’une réduction de la
dette à venir ou conditionner cette réduction à l’éradication de la
corruption ? Dans ce cadre, quel doit être le rôle du FMI ?
Si la question de savoir comment lutter efficacement contre la
corruption est essentielle, elle dépasse le strict cadre congolais et
ne doit pas conduire à légitimer le FMI comme un acteur central
dans cette lutte. En effet, le modèle économique promu par le

’$
$+ -



°

FMI au nom des principaux créanciers depuis les années 1980 –
dont l’initiative PPTE n’est que le prolongement – est
structurellement générateur de dette, de corruption et de
pauvreté. Une solution à ces trois axes socialement juste et
écologiquement soutenable passe inévitablement par une remise
en cause du modèle économique lui-même. Le FMI n’a aucune
légitimité pour agir contre une corruption dont il s’est fort bien
accommodé depuis des années, et qu’il a aussi instrumentalisée
à dessein.
En réalité, un changement radical passe par un triple refus : le
refus de la domination imposée via la dette par le FMI et la
Banque mondiale au peuple congolais, au bénéfice des riches
créanciers et des sociétés multinationales ; le refus de l’initiative
PPTE qui prolonge ce modèle et vise à anesthésier toute forme
de contestation du modèle économique actuel imposé de
l'extérieur ; le refus de l’accaparement des richesses, notamment
pétrolières, par Sassou et son entourage, soutenus par la France
et Total, héritière de l’empire mafieux Elf. Ce modèle alternatif
passe ainsi par l’annulation totale et inconditionnelle de la dette
extérieure publique congolaise, l’abandon des politiques
d’ajustement structurel imposées par le FMI, la création de fonds
de développement gérés intégralement par les populations et
alimentés de diverses manières (revenus du pétrole,
expropriation des fortunes détournées par les élites corrompues
et souvent placées dans des paradis fiscaux, mécanismes de
redistribution de la richesse). Une vraie lutte contre la corruption
sera alors possible et les véritables responsabilités dans la
situation actuelle seront identifiées. On est très loin des remèdes
frelatés du FMI. » (Damien MILLET, président du CADTM France,
Tribune Quelle solution pour la dette congolaise ?, le 18/03).

Mémoire
« À propos de la colonisation, le président de la République nous
invite à renoncer à l’"autoflagellation" et à la "repentance". Je ne
me sens pas visé par cet appel : en effet, toute ma vie j'ai lutté
contre la colonisation et j'en ai subi les conséquences.
Que les hommes d'affaires et les dirigeants politiques qui ont
poursuivi et défendu contre vents et marées, par tous les moyens,
la politique coloniale, aient des comptes à rendre, c'est autre
chose.

'0

Ayant participé quatre années durant à la
Résistance, j'ai voulu, la France étant libérée, apporter ma
contribution à la libération de l'Afrique. Nommé en 1946 professeur
au lycée de Dakar, j'y étais militant de l'Union démocratique
sénégalaise (RDA) et des syndicats, élu en 1948 secrétaire adjoint
de l'Union des syndicats confédérés de Dakar.
En 1947, l'usage m'avait désigné pour faire le discours de
distribution des prix. Le gouverneur général devait répondre à ce
discours. J'avais pris pour thème l'histoire d'Haïti (le rétablissement
de l'esclavage par Bonaparte et ses conséquences). Le
gouverneur général me fit savoir que, n'ayant pas approuvé mon
discours, la distribution des prix aurait lieu sans discours. Elle eut
donc lieu sans discours et sans ma présence.
En 1948, en classe de première (où, sur le sol africain, on
appliquait les programmes de la métropole : géographie régionale
de la France, quelques leçons en fin de programme étant
consacrées aux colonies), je fis un cours sur l'Afrique occidentale
française. À la suite de ce cours, je reçus un blâme du recteur
Capelle (qui fut par la suite ministre de l'Éducation nationale) pour
"avoir fait de la politique" dans mon cours et tenu des "propos
racistes et antifrançais" (sic). Je n'avais fait que rappeler les
caractéristiques de l'"économie de traite" analysée par le
géographe Jean Dresch et par l'économiste Marcel Capet.
On m'expliqua que ce blâme était consécutif à une plainte de
parents d'élèves. Ma classe était encore constituée en majorité
d'élèves européens, dont plusieurs enfants de directeurs des
sociétés commerciales bénéficiaires de cette économie. On m'en
communiqua le texte, en repliant le papier pour que je ne puisse
pas lire les noms des signataires. Il me fut dit en "a parte" que
certains d'entre eux avaient fait partie pendant la guerre d'une
organisation nommée “La France de Pétain” qui s'employait à
débusquer et dénoncer les partisans de la "dissidence" (= les
gaullistes). Je protestai et fis valoir mes sources. Je fus reçu par le
recteur qui consentit à lever son blâme, mais me rappela qu'il y
avait des choses qu'on pouvait dire à la rigueur dans une classe de
Paris ou de Marseille, mais pas à Dakar, surtout devant des
indigènes...
Le 20 février 1949, je fus expulsé manu militari en pleine année
scolaire par le haut-commissaire Béchard, sénateur et maire
socialiste d'Alès, par avion spécial...

(chèque bancaire ou postal à l’ordre de Survie)

En 1959 - 1963, m'étant mis comme enseignant à la disposition
de la Guinée indépendante, je fus successivement rayé des cadres
pour abandon de poste, puis sommé de rentrer en France sous
menace de déchéance de la nationalité française et de me voir
l'accès du territoire français définitivement interdit ! Par la suite,
chercheur au CNRS, je me vis interdire trois années durant des
missions pourtant accordées par le CNRS "étant donné
l'
orientation de mes travaux" (lettre du cabinet du président
Pompidou), ceci avant mon expulsion du CNRS. J'arrête là le récit
de mes aventures "anticoloniales". Ce que j'ai eu à subir est peu de
chose par rapport à ce que subirent d'autres anticolonialistes
français, pour ne rien dire des "résistants" coloniaux.

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Je n'ai pas été le seul à combattre la politique coloniale. En
majorité communistes, nous avons été nombreux sur ce terrain.
Nous n'avons pas été les seuls, ni les premiers. J'évoquerai à ce
sujet la mémoire du député Paul Vigné d'Octon, qui, à la tribune de
la Chambre et dans son livre La Gloire du sabre (1900) 1 dénonça
les crimes de la conquête et qui publia en 1911 un livre intitulé Les
Crimes coloniaux de la IIIe République.

Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Je souhaite recevoir une plaquette de présentation de l’association Survie.

(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)

La colonisation, à bon droit, devrait figurer parmi les crimes
contre l'humanité.
Mais non seulement on le conteste, mais on poursuit aujourd'hui
sous d'autres formes cette politique coloniale. Notre gouvernement
soutient (quand il ne les a pas mis en place) un quarteron de chefs
d'État africains voleurs (par milliards de dollars) et assassins, de

’$
$+ -



°

notoriété publique : je renvoie aux publications du regretté
François-Xavier Verschave, dénonciateur de la "Françafrique".
Tout cela parce que ces présidents mènent une politique conforme
à certains intérêts capitalistes, français et autres (mondialisation

$ %

"

',

oblige) » (Jean Suret-Canale, historien et géographe,
Qui se sent morveux, qu'
il se mouche, dans l'Humanité du 20/02).
1. Réédité en 1984 par les éditions Quintette, avec des illustrations de Cabu.

1

Darfour
Libération, Parodie de justice pour le Darfour au Soudan, 18/03
(Christophe Ayad) : « Le grincement des pales du ventilateur
couvre le murmure de l'accusé. Dans la chaleur écrasante d'un
après-midi de juillet, le premier procès du Tribunal criminel
spécial (TCS) pour les crimes commis au Darfour n'attire pas
grand monde. Trois juges soudanais, dont une femme, un
avocat, un procureur, deux accusés, surveillés par un policier
débonnaire, plus deux témoins. Le public ne compte que
4 personnes. [...] À l'appel de son nom, l'accusé numéro 1 se lève
[...] puis prête sermon sur le coran. L'homme et son acolyte sont
accusés d'avoir volé du bétail sous la menace d'une arme, le
10 avril 2005, dans un village du Sud-Darfour. Il se défend
maladroitement, s'embrouille, retourne s'asseoir, résigné. À la fin,
le juge lève l’audience en donnant un grand coup de maillet qui
réveille tout le monde. “Ce n'est pas un crime de guerre mais il
est lié aux circonstances qui prévalent”, tente de justifier le
président du tribunal, le juge Mohamed Abkam. Il refuse de
parler de “guerre civile” ou de “nettoyage ethnique” ; tout au plus
concède-t-il qu'il y a des “différends tribaux”. Le TCS a été formé
à la va-vite par Khartoum pour éviter le péril de la Cour pénale
internationale (CPI) qui pèse sur les responsables présumés des
exactions dans la province rebelle du Soudan en proie depuis
février 2003 à une guerre civile ayant causé 180 000 à 300 000
morts, presque tous des civils africains.

Xavier Renou

Dossier noir n° 21
La privatisation de la violence

Mercenaires & sociétés militaires privées
au service du marché
Éd. Agone, janvier 2006, 596 pages, 24,00 €

La marchandisation s’étend désormais au domaine de la “violence
légitime”, un secteur en plein essor qui représenterait déjà un bénéfice
annuel de plus de 100 milliards de dollars.
Les mercenaires de jadis sont aujourd'hui les employés de "sociétés
militaires privées" parfaitement légales qui, renvoyant à un passé révolu
l'image sulfureuse des "chiens de guerre", tentent de se construire un
rôle respectable dans la fiction d'un marché dispensateur de paix et de
démocratie. Elles proposent pourtant à leurs clients (États, firmes
multinationales, mouvements armes divers) les habituelles prestations
d'ordre militaire : opérations de déstabilisation, combat, conseil en
stratégie, logistique, etc. C'est ainsi, par exemple, qu'une firme dont la
mission officielle de "formation à la transition démocratique" conduit au
bombardement de civils recevra la bénédiction aussi bien de son client
que des instances de contrôle.

Scholastique Mukasonga, Inyenzi ou les cafards, Gallimard,
2006, collection Continents Noirs, 164 pages.
« Quiconque visite le Rwanda est saisi par la beauté de son paysage,
mais il est aussi effaré par la violence de son histoire postcoloniale. Tout

Khartoum insiste pour juger ses propres citoyens. Mais la mise
en branle de la justice soudanaise n'a pas interrompu le cours de
la justice internationale. Une instruction a été ouverte à la CPI,
un magistrat [...] a effectué des premières investigations.
Principalement parmi les réfugiés au Tchad, Khartoum n'ayant
jamais donné son feu vert.
L'enquête pourrait remonter jusqu'au vice-président, Ali
Osmane Taha, et au président, Omar al-Béchir, qui ne
manqueraient pas d'être mis en cause par des chefs de milice,
comme le célèbre Moussa Hilal, s'ils venaient à être inculpés.
L'ONU a dressé une liste de 51 noms, tenue secrète. Et l'ONG
Human Rights Watch accuse 16 hauts responsables. Khartoum a
donc décidé d'accélérer la cadence. [...] Mais, souvent, les chefs
d'inculpation sont vagues, les procès expéditifs, les verdicts
incohérents. [...] La plupart des crimes restent impunis. [...] Un
verdict d'acquittement a été rendu dans un procès pour viol. Les
victimes [...] avaient formellement identifié leurs agresseurs, des
miliciens arabes surnommés ici les Jenjawids. “La police a
saboté la séance d'
identification et les témoins se sont tous
rétractés après avoir été intimidés”, se désole l'avocat Jabar
Abdallah. L'impunité reste la règle au Darfour. »
[On ne soulignera jamais assez l'
écrasante responsabilité du président et
du gouvernement soudanais dans les malheurs de leur peuple. – SC]

se passe comme si le bien et le mal irrémédiablement inséparables
avaient scellé sous ses mille et une collines un pacte d’amitié. Il y a d’un
côté les collines ; il y a, de l’autre, le million de crânes qui les jonchent.
Mais ce qui prédomine, dans ce récit, c’est le remords des survivants,
qui se traduit par les multiples cauchemars de l’auteur. D’où ce désir
manifeste de donner aux disparus une digne sépulture de mots à la fois
pour apaiser les vivants et sanctifier les morts ». [4ème de couverture]
Cet ouvrage, rédigé sans fioriture, est bouleversant. Il retrace un trajet
singulier à travers une longue et terrible histoire, qui prend place dans
l’histoire tout court, qu’il illustre de manière saisissante. Petite enfant,
l’auteur a fait partie de ceux qui ont été déplacés dans le Bugesera en
1960. Née dans les prémices du génocide des Tutsi rwandais, elle en a
vécu le cheminement jusqu’à sa mise en exécution. À lire de toute
urgence, pour mieux comprendre de quoi il s’agit en vérité. [SC]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Benjamin Moutsila.
Secrétaire de rédaction : Lila Chouli.
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