Fiche du document numéro 22669

Num
22669
Date
Novembre 2006
Amj
Fichier
Taille
533122
Pages
10
Titre
Billets d'Afrique No. 152
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
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Informations et avis de recherche sur les avatars des relations franco-africaines
Anciens numéros disponibles sur http://www.survie-france.org

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Au cœur des conflits

On est sans voix devant la violence de la guerre. La sinistre comptabilité des victimes donne le sentiment de l'absurdité, de
l'inutilité d'une parole qui est le propre de l'humanité et qui ne peut rien contre le déchaînement de l'inhumain, qui ravale la
créature humaine au-dessous de la bête. Pourtant l'histoire de l'homme peut se confondre avec l'histoire des guerres qu'il a
faites et le « progrès » de son ingéniosité a consisté à rendre ses armes de plus en plus efficaces dans l'art de tuer.
Quand on observera plus tard l'histoire de l'Afrique actuelle, que dira-t-on des conflits qui s'y déroulent au Soudan, au
Tchad, en Somalie, en Centrafrique ? On se bat pour des terres qui se désertifient et qui produisent chaque jour moins de
subsistance. Le Niger, avant d'annuler sa décision en dernière minute le 29 octobre au matin, avait donné l’ordre d'expulser
immédiatement 3 300 nomades mahamides tchadiens en situation irrégulière. Peu de jours auparavant le ministre nigérien de
l'Intérieur avait annoncé que 150 000 arabes originaires du Tchad, qui vivaient dans le pays depuis des décennies, devaient
partir parce qu'ils présentaient une menace pour le fragile écosystème du Niger. Autant donner le signal de la violence.
Si, en plus, la concurrence pour des sols de plus en plus stériles s'accompagne des convoitises étrangères pour des soussols qui recèlent de fabuleuses richesses, inutiles aux nomades et aux agriculteurs qui tentent s'y survivre, on comprend que
ces derniers se voient, comme par miracle, dotés d'une surabondance d'armes pour régler leurs conflits territoriaux par
l'élimination d'une partie d'entre eux. C'est en quelque sorte une guerre préventive. Derrière les hypocrites lamentations sur le
Darfour il y a peut-être ce calcul machiavélique des puissances mondiales. N'est-ce pas mieux en effet d'exploiter le pétrole
dans un désert vide d'habitants ?
Du Tchad à la corne de l'Afrique, tous les pays sont traversés de conflits irréductibles, alimentés en permanence. Selon
l'Associated Press, se référant à un rapport confidentiel de l'ONU, plusieurs milliers de soldats éthiopiens et érythréens sont
actuellement en Somalie, soutenant des camps opposés dans leur lutte pour le contrôle de ce pays. L'implication des deux
rivaux de la Corne de l'Afrique dans ce conflit pourrait déclencher une guerre régionale. Le rapport de l'ONU, daté du 26
octobre cite des sources diplomatiques estimant qu'"entre 6 000 et 8 000 militaires éthiopiens et 2 000 soldats érythréens
parfaitement équipés sont maintenant en Somalie soutenant" respectivement le gouvernement, reconnu au niveau
international, et le mouvement islamique, connu sous le nom de Conseil des tribunaux islamiques.
Dans le delta du Niger, où l'exploitation du pétrole a désertifié une région autrefois fertile, la misère a poussé à la formation
de groupes armés qui s'en prennent aux étrangers, hommes et installations, venus pomper le pétrole. Des villageois se sont
emparés le 25 octobre au Nigeria de trois plateformes pétrolières de Shell dans la région du Delta du Niger, selon un porteparole de la compagnie. Sept expatriés travaillant sous contrat avec Exxon Mobil, également au Nigeria, ont été relâchés
quelques jours auparavant après plus de deux semaines de
détention aux mains d'un groupe armé. C'est peut-être le
+
début des guerres de l'avenir pour la récupération par la
)
population du contrôle des ressources.
),
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On a vu, après dix ans de guerres civiles et trois millions
)
de morts, ce que coûte l'établissement d'un pouvoir sur une
région aussi convoitée que le Congo. Même si l'élection de
Joseph Kabila, le 29 octobre, ne fait guère de doute, la paix
n'est pas assurée dans le pays. Á l'approche du scrutin
l'insécurité a été exacerbée dans la partie Est de la RDC en
général et dans le Nord-Kivu. C'est le cas, par exemple, de
Butembo où plusieurs factions de Maï-Maï s'affrontent
À la demande du TPIR, la France accepte de juger des
régulièrement et où il y a chaque jour des victimes
suspects
d'exactions tant des troupes gouvernementales que des
diverses milices, dans des régions que ne peuvent contrôler
Le parquet du Tribunal pénal international pour le Rwanda
vraiment les troupes de la Monuc. Tant que les dirigeants
(TPIR) a annoncé, mi-octobre, que la France, la Belgique et les
africains de pays immensément riches n'auront pas compris
Pays Bas 1 ont accepté, à la demande du procureur, de juger
qu'ils doivent en faire profiter tous les habitants, ils seront
des ressortissants rwandais (accusés d’actes de génocide)
confrontés à des guerres civiles, et entraînés dans les
devant leurs propres juridictions. Le transfert de dossiers vers
cycles sans fin des rébellions et des répressions les plus
des pays tiers résulte de la décision de l’ONU de clore l’activité
cruelles.
./..
du TPIR au plus tard en 2010.

&

Odile Tobner

1

Dans le cas de la France et de la Belgique, il s’agit d’une acceptation
de prendre en charge des dossiers cas par cas, c'
est-à-dire après
examen de l’opportunité de s’en charger.

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Est-ce bien raisonnable ? Que le TPIR soit dans l’obligation de
transférer ailleurs des dossiers en souffrance est une chose. Qu’il
les confie à un pays qui n’a su que laisser traîner, depuis des
années, les dossiers de présumés génocidaires (contre lesquels
des plaintes sont déposées devant la justice française) vivant sur
son sol en est une autre. Rappelons, par exemple, le cas de
l’Abbé Wenceslas Munyeshyaka 1, qui « traîne » depuis 1995, et
au sujet duquel la France a été condamnée par la Cour
européenne des droits de l’Homme (décision de la CEDH du 8
juin 2004, affaire Mutimura contre France). En 1995, des familles
de victimes du génocide des Tutsi rwandais ont engagé des
poursuites contre le prêtre rwandais, accusé d’y être impliqué, et
qui avait trouvé refuge en France. Neuf ans après, la CEDH a
estimé que « la durée de la procédure constitue une violation du
droit à un procès dans un délai raisonnable ». Malgré cette
décision de la Cour européenne, l’affaire attend toujours dans les
tiroirs de la justice française. Selon certaines sources, la juge
d’instruction en charge de ce dossier doit se rendre au Rwanda
en novembre, dans le cadre d’une commission rogatoire liée à
l’affaire. Ça en fait des années que nous voyons passer, des
annonces du déplacement du magistrat dont nous entendons
parler... suivis du calme plat.
Dans un article paru dans le quotidien Le Monde (20/10,
Stéphanie Maupas et Jean-Pierre Stroobants) il est écrit : « À
l’époque [depuis une dizaine d’années en somme, NDLR] les plaintes
déposées en France n’étaient pas assez fournies et les juges
peinaient à démêler l’écheveau politique rwandais ». Sic ! L’article
poursuit, au sujet de la commission rogatoire dont il est question
plus haut, en disant qu’elle devrait pouvoir être exécutée « alors
que cette possibilité a longtemps été suspendue au bras de fer
politique entre Paris et Kigali ». Cette affirmation est fausse. Que
Paris et Kigali se regardent en chien de faïence, certes. Mais
Kigali ne s’oppose pas à la venue sur son sol de magistrats
français dans le cadre de tels dossiers. Il est par contre exact que
la justice hexagonale a de quoi rougir en la matière. Alors, lui
confier de nouveaux dossiers ? On peut se dire qu’il serait
intéressant de connaître les « cas » dont elle accepterait
d’assumer la charge. Certainement pas ceux d’accusés
susceptibles d’évoquer l’implication de la France au Rwanda.
[Sharon Courtoux]
Douste-Blazy à Khartoum, pour quoi faire ?
Le 20 octobre, l’Union Européenne a appelé la communauté
internationale à exercer « les pressions maximales » sur le
Soudan pour l’envoi urgent d’une force de maintien de la paix de
l’ONU au Darfour, « seule option viable et réaliste ». Ce message
a été livré par le Premier ministre finlandais, Matti Vanhanen,
dont le pays exerce actuellement la présidence de l’UE. Par
« pressions maximales », on entend au moins de rapides et
lourdes sanctions diplomatiques et économiques. Or, en dépit
d’une situation dont la gravité s’étale à la une, la France (membre
de l’UE sauf erreur) n’envisage aucune sanction de cet ordre
dans l’immédiat.
Le 18 octobre, à l’Assemblée Nationale, le ministre des Affaires
étrangères, Philippe Douste-Blazy, en réponse à une question
d’actualité, s’est exprimé en ces termes : « Vous connaissez trop
les affaires internationales [...] pour ne pas savoir que le rôle de la
France est primordial, d’abord en affirmant ses valeurs, le respect
de la souveraineté d’un pays, le respect de l’indépendance d’un
pays. Cela ne veut pas dire que l’on ne fait rien, je me rendrai
moi-même à Khartoum dans quelques jours, justement pour
demander au Président Béchir d’accepter qu’il y ait un passage
de témoin efficace entre L’Union Africaine et les Nations Unies ».
Si le ministre ne doit pas lui annoncer sa ferme volonté

°

)

d’appliquer les lourdes sanctions qui s’imposent
(notamment dans le domaine pétrolier), on se demande à quoi
sert ce voyage.
Le Conseil de Sécurité a adopté, le 31 août dernier, la
résolution 1706 autorisant l’envoi d’une force internationale au
Darfour afin d’y mettre fin aux massacres des populations civiles ;
le président soudanais s’est immédiatement opposé à cette
décision de l’ONU en la traitant de « colonialiste » et en
menaçant de combattre cette force si elle arrivait. Depuis lors, le
gouvernement soudanais, face à une absence de volonté
politique, poursuit ses crimes et continue de gagner la partie. Le
chapitre VII de la charte des Nations Unies (Action en cas de
menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte
d’agression) permet d’intervenir en cas de nécessité : les morts et
les déplacés de la région en représentent une. Comme l’écrit
l’International Crisis Group : « La communauté internationale a
accepté la responsabilité de protéger les populations civiles
atteintes de crimes contre l’humanité lorsque leur propre
gouvernement ne peut ou ne veut le faire »2.
Par ailleurs, il ne semble pas que Jacques Chirac ait profité de
sa tournée d’agent commercial en Chine pour inciter Pékin à
exercer des pressions appropriées sur Khartoum. Il aurait pu
expliquer à ses interlocuteurs que, maintenant qu’ils ont rejoint le club
des Grands, ils ont intérêt à respecter l’usage qui veut que l’on
fasse semblant de se soucier du respect des droits humains. [SC]
Somalie - Éthiopie - Djibouti :
du chaos incontrôlable à un conflit imminent
sous l’œil indifférent de la France et des USA
Somalie 1991 - le chaos s’installe immédiatement après la chute du
dictateur Siad Barreh

Depuis la chute du régime dictatorial de Siad Barreh en 1991,
la Somalie n’a cessé de sombrer dans le chaos, victime des
affrontements incessants entre des chefs de guerre avides
d’argent et de pouvoir, mais incapables d’affirmer leur autorité sur
le pays...
Refusant cette spirale, deux provinces ont déclaré leur autoindépendance : le Somaliland en 1991 et le Puntland en 1998.
Leur statut n’a toujours pas été reconnu officiellement par la
communauté internationale, en dépit des efforts de
communication de leurs dirigeants et partisans.
L’opération Restore Hope : l’ingérence humanitaire se
transforme en affrontements sanglants.
Constatant une situation humanitaire tragique, largement
relayée par les média, l’ONU mandate la communauté
internationale pour une intervention humanitaire. C’est une
véritable armada qui a débarqué le 9 décembre 1992, sous la
bannière US, à grands renforts d’argent, privilégiant une
médiatisation tous azimuts. (Au total, plus de 40 000 membres
dont 30 000 américains poseront le pied à Mogadiscio).
Même l’heure (de nuit) du débarquement « Restore Hope »
avait été choisie en fonction des heures de grande écoute des
journaux télévisés aux USA ! On se souvient aussi de la photo de
Bernard Kouchner débarquant sur une plage près de Mogadiscio,
un sac de riz sur les épaules. On parlait à l’époque d’un nouveau
droit : « celui de l’ingérence humanitaire ».
Très vite, les Américains ont découvert et compris que l’aide
alimentaire ne pourrait être acheminée vers les populations en
détresse que si elle était protégée militairement. Acheter la
coopération des Chefs de Guerre, dont les retournements
d’alliance étaient plus rapides que les alliés ne pouvaient
l’imaginer, s’est vite révélé insuffisant, inefficace et d’une fiabilité
non prouvée...
Les USA ont dû se rendre à l’évidence. Pour ne pas perdre la

1

Ce n’est pas le seul, il y en a une demi douzaine, dont celui, bien connu,
de l’ancien Préfet Laurent Bucyibaruta.

2

Traduit de l’anglais par nos soins.

"

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face, ils ont été contraints d’employer directement des moyens
militaires pour ouvrir la voie aux convois humanitaires et pour les
protéger. Plusieurs combats ont fait des victimes parmi les « forces
de la paix ». 24 Pakistanais ont péri le 5 juin 1993, 4 journalistes
le 12 juillet et, en octobre, des milliers de morts Somaliens.
Le dernier épisode a été la bataille de Mogadiscio lancée par
les Américains (passant outre le mandat de l’ONU) pour capturer
Mohamed Aidid. Les forces US ont perdu cette bataille le 3
octobre 1993, abandonnant sur place du matériel militaire de
haute technologie, y compris des hélicoptères abattus par les
milices somaliennes.
Constatant leur incapacité à maintenir l’ordre et à assurer une
mission qui était déjà très éloignée des objectifs humanitaires, les
USA et leurs alliés se retirent sans bruit, en 1994...
Depuis ces événements, plusieurs états voisins et l’OUA ont
tenté de réunir des conférences pour trouver une solution et pour
soutenir l’ébauche d’une autorité centrale.
La conférence d’Arta : début de vives tensions Djibouti-Éthiopie
Le premier, en juillet 2001, le dictateur de Djibouti, Ismaël Omar
Guelleh, avait réuni à Arta (près de Djibouti) des représentants
des différentes communautés, « leur distribuant les aides
internationales » pour les contraindre à s’accorder au final sur le
nom d’Ali Mahdi, en qualité président du Gouvernement de
transition. Contestée de toutes parts, son autorité n’a jamais été
véritablement établie par la suite.
Cette Conférence d’Arta avait déclenché une vive réaction de
l’Éthiopie, et les relations entre les deux régimes dictatoriaux se
sont gravement dégradées, ne tenant plus qu’à un fil : la ligne de
chemin de fer Djibouti-Addis Abeba, qui est vitale pour l’Éthiopie,
qui n’a plus aucun accès à la mer depuis l’indépendance de
l’Érythrée.
Ensuite, le Kenya a abrité plusieurs conférences, qui ont abouti
à la nomination d’un nouveau gouvernement de transition dirigé
par Abdullahi Yusuf Ahmed, installé à Baïdoa, mais qui n’a jamais
réussi à imposer son autorité sur le pays. Son Premier Ministre
Ali Mohamed Ghedi, très contesté, a dû faire face à l’assassinat
de l’un de ses ministres, puis à la démission de la quasi-totalité
de son gouvernement en août 2006...
Les Américains débarquent et s’installent en « dur »
En 2002, les Américains débarquent à Djibouti et s’installent
dans un ancien camp français, proche de l’aéroport : le camp
Lemonnier. Très vite, ils vont construire « en dur » et recevoir des
renforts importants. Après un an, ils seront plus nombreux que les
forces françaises. Djibouti étant la base française la plus
importante en dehors du territoire national.
L’arrivée des Américains provoque une surenchère dont le
dictateur djiboutien profite avec délectation : les Français cèdent
rapidement au chantage et Mme Alliot-Marie annonce que la
France accepte de multiplier par cinq le loyer qu’elle payait
auparavant pour son implantation militaire... La population
djiboutienne n’en bénéficiera pratiquement pas, tous ces
montants étant détournés au profit du Président et de son
entourage proche, dont il achète la fidélité.
Officiellement, l’implantation américaine n’a aucun lien avec la
guerre en Irak. Elle serait motivée uniquement par la lutte contre
le terrorisme international. Qui peut savoir les véritables
objectifs ? On a remarqué aussi des détachements allemands et
espagnols à cette époque à Djibouti.
Somalie - L’agissement maladroit des USA provoque l’arrivée des
islamistes et de leurs tribunaux.

En avril-mai 2006, nous avons appris que les Américains
avaient choisi de financer les chefs de guerre pour qu’ils traquent
les membres d’Al-Qaïda installés en Somalie. Les Américains
détenaient-ils des informations permettant de penser que Ben Laden
serait réfugié et à l’abri en Somalie ? Cela n’est pas à exclure 1.

1

On se souviendra peut-être qu’au moment de l’intervention américaine,

°

)/

En tout cas, bien que se refusant d’admettre
qu’ils armaient les milices, les USA ont reconnu
publiquement qu’ils donnaient de l’argent à leurs chefs.
Certainement pour acheter des glaces...
Pourquoi financer des milices incontrôlables qu’ils avaient
combattu en 1992 / 1993 ? La réponse nous paraît simple.
Effectivement, ces milices avaient prouvé leur valeur guerrière en
battant les Américains, pourtant équipés de matériel supérieur.
Les Américains ne souhaitaient plus prendre le risque de les
affronter de nouveau et avaient trouvé plus intelligent de
s’assurer leur coopération en les achetant...
Djibouti - Le double jeu de Guelleh

Il facilite l’approvisionnement des milices du Gouvernement de
transition. Grâce à ces financements US, les chefs de milice ont
rénové leur armement. Beaucoup d’observateurs pensent
qu’Ismaël Omar Guelleh, le dictateur djiboutien, a pu contribuer
directement et indirectement au transfert d’arme, pourtant interdit
par les résolutions de l’ONU.
Les Français n’ont rien vu passer. En tout cas, ils n’ont rien dit...
Les milices sont parties au combat contre les organisations
islamistes. Battues à de nombreuses reprises, elles ont d’abord
perdu la bataille de Mogadiscio, puis elles ont abandonné
progressivement les grandes villes se retrouvant à Baïdoa autour
du Président de transition... La majorité a préféré rejoindre les
rangs des vainqueurs, lui apportant armes, munitions et soutien.
Bien qu’affirmant le contraire, les tribunaux islamistes qui
dirigent de fait toutes les actions civiles et militaires, ont instauré
la Charia et ont suspendu toutes les libertés. Les instructions sont
claires : Quiconque est surpris à ne pas prier à l’appel du
Muezzin doit être exécuté sur le champ... Interdiction de
rassemblement, des media étrangers, etc.
Si cette situation ne fait pas l‘affaire des Américains, qui ont
atteint l’inverse de leurs objectifs, elle ne rassure pas non plus les
Éthiopiens qui ont une crainte affreuse de l’influence islamiste sur
leur territoire.
Pour gagner les batailles, les tribunaux islamistes ont eu besoin
d’armes ! Qui les a fournies ? D’après un article publié par Les
Nouvelles d’Addis, qui affirme détenir les informations de sources
sérieuses, l’Érythrée aurait été l’un des fournisseurs des
tribunaux islamiques, et les armes auraient transité par Djibouti.
Curieux ! Quel qu’ait été le réseau de fourniture d’armes, ni les
Américains, ni les Français, disposant à eux deux de plus de
8 000 hommes et des moyens les plus sophistiqués d’écoute, de
surveillance et de renseignements n’ont vu quoi que ce soit !
Pourtant ces armes allaient être livrées à ceux que les américains
combattaient par milices interposées...

Un jeu diplomatique dangereux qui peut conduire dans un avenir
très proche à un embrasement de la Corne...

Après le refroidissement de ses relations avec Addis Abeba,
Guelleh s’est retourné vers son ennemi de toujours, l’Érythrée,
avec lequel l’Éthiopie est toujours en situation de conflit latent.
Auparavant, les relations djibouto-érythréennes étaient
détestables. Djibouti accusait l’Érythrée, où vit une importante
population d’origine Afar, d’avoir soutenu le FRUD dans les
années 1991-93.
Avoir un ennemi commun a rapproché les deux dictatures, et
plusieurs voyages présidentiels et diplomatiques croisés ont
permis la normalisation rapide des relations bilatérales...
Si l’Érythrée soutient les tribunaux islamiques, c’est qu’elle y
trouve un intérêt majeur. Plus les tribunaux islamiques somaliens
seront puissants, plus l’Éthiopie sera obligée de concentrer des

plusieurs dépêches avaient signalé le décollage d’Afghanistan de deux
avions légers qui se seraient posés en Somalie. On pourrait imaginer que
Ben Laden était à bord de l’un d’entre eux...
Ndlr : Par ailleurs, on lira avec profit l’article de Gérard Prunier dans le
Monde diplomatique de septembre 2006, Liaisons dangereuses de
Washington en Somalie.

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troupes à cette frontière, non seulement pour empêcher toute
infiltration, mais aussi pour être prête à intervenir dans l’avenir vu
le risque majeur d’embrasement régional (il y a probablement eu
pénétration en territoire somalien, mais à petite échelle).
En faisant ainsi, elle dégarnit obligatoirement le front avec
l’Érythrée, qui pourra attaquer de nouveau son ennemi de toujours :
l’Éthiopie ! On signale d’ailleurs des escarmouches de plus en plus
fréquentes à la frontière imposée par la communauté internationale...
Une belle pagaille en perspective, mais surtout des risques sérieux
d’embrasement sous l’œil silencieux des français et des américains.

Guelleh vend des armes à tous les acheteurs qui ont la
capacité de payer : il n’a pas d’état d’âme dans ce domaine... En
principe, il est dans le camp occidental, et surtout américain, mais
dans une interview, il n’a pas hésité à donner raison aux
Tribunaux islamiques.
Les milices payent les armes en dollar avec l’argent américain.
Les tribunaux islamiques payent aussi, mais on ignore leurs
sources de revenus. Al-Qaïda ? Pourquoi pas ? Les pays
islamiques de la région ? Certainement pour partie, mais
discrètement pour ne pas déplaire aux Américains...
Américains et Français sont muets sur le sujet. Et on tue tous
les jours en Somalie ! On tue des Somaliens, des civils, des
1
femmes et aussi des journalistes européens...
Aujourd’hui, plusieurs observateurs craignent l’entrée de
l’Éthiopie dans le conflit interne en Somalie (certainement avec le
soutien américain). Le 27 octobre, Libération consacre un article
à cette situation sous le titre : Matt Bryden, analyste à
l'
International Crisis Group, évoque les signes d'
une confrontation
imminente «L'
Éthiopie ne veut pas d'
une base arrière islamiste en
Somalie», sous la plume de Léa-Lisa Westerhoff.
Comme tant d’autres, la situation en Somalie ne fait pas les
gros titres de la presse française et européenne. Ce conflit est
pourtant décrit comme l’un des plus meurtriers d’Afrique – Plus
de 300 000 Somaliens auraient perdu la vie. La situation
humanitaire est catastrophique. La loi du plus fort y est la seule loi.
Il semble, d’après une dépêche récente de l’AFP que l’UE a
enfin pris conscience de la gravité de la situation et qu’elle se
mobiliserait pour réduire l’instabilité de la région. Vœu pieux ou
volonté réelle ? On peut se le demander, car vu le manque de
réaction des puissances installées solidement à Djibouti, on se
pose de sérieuses questions.
Quant au Puntland et au Somaliland, ils essayent de conserver
leur indépendance en se tenant à l’écart et de maintenir une
relative sécurité à l’intérieur de leurs frontières, même si leurs
régimes ne présentent pas toutes les qualités démocratiques
requises...
Quant au Président de Djibouti, son régime survit grâce au
soutien inconditionnel et abusif que lui accordent la France et
aussi les USA (même s’ils sont plus critiques2) et il fait face à ces
contradictions diplomatiques. Les derniers développements de
l’affaire Borrel et sa possible mise en cause en tant que
commanditaire de l’assassinat, commencent à lui poser des
problèmes et on parle d’un grand climat d’inquiétude au Palais
présidentiel. [Jean-Loup Schaal, ARDHD]
Repères sur... l’assassinat du juge Borrel à Djibouti en 1995
Pourquoi tant d'obstructions et d'intimidations, pour étouffer la
vérité et la justice ?
L'
historique de l'
affaire : depuis 1995, une suite d'
écrans de fumée,
et de dénis

Au matin du 19 octobre 1995, le corps du magistrat Bernard Borrel était
retrouvé, à demi-calciné, à 80 km de Djibouti. Avant même toute analyse,
1

Martin Adler, journaliste suédois a été assassiné dans la rue en Somalie,
en Juin 2006
2
Les rapports US concernant la situation des droits de l’Homme à Djibouti sont
très critiques.

°

)0

la dépêche part vers la France, depuis le bureau de
l'
ambassade de France « le juge Bernard Borrel s'
est
donné la mort ».
« Votre mari s'
est suicidé », c'
est ainsi que la nouvelle est annoncée à
Élisabeth Borrel, tout d'
abord entourée de silence et de non-information.
Élisabeth Borrel demande la vérité : elle se heurte aux autorités,
djiboutiennes et françaises qui mettent en œuvre tous les moyens
possibles pour accréditer la thèse du suicide, impossible lorsqu'
on connaît
les lieux. L'
examen du corps (ce n'
est pas une autopsie, car il n'
y a soi
disant pas de salle d'
autopsie à l'
hôpital militaire de Djibouti, dit-on, ce qui
est faux) n'
a pas vu la trace d'
un coup mortel sur le derrière du crâne. Les
radiographies effectuées lors de cette autopsie disparaissent. Et la suite
est de la même veine.
On en rajoute pour faire croire au suicide. Revenue en France, Élisabeth
Borrel demande qu'
une information judiciaire soit ouverte au tribunal de
grande instance de Toulouse pour "recherches des causes de la mort".
Elle doit se battre pour que des investigations réelles soient faites, et pour
que la justice puisse s'
exercer : demande d'
une 2éme, puis d'
une 3ème
ème
autopsie, car lors de la 2
autopsie pratiquée sur le corps exhumé, les
résultats sont encore partiellement occultés. La plainte déposée prendra
des mois, puis des années avant d'
être suivie d'
effets et de déclencher de
vraies analyses.
Les premières années, Élisabeth Borrel se bat presque seule, soutenue
par quelques personnes dont Yvette Roudy, ancienne ministre, maire de
Lisieux, Anne Crenier Vaudano, alors présidente du Syndicat de la
magistrature, quelques magistrats et avocats, quelques associations, et
surtout François-Xavier Verschave, président de Survie, qui a compris les
mécanismes de ce qui se trame derrière cette mort.
En 1996, le suicide est requalifié en « mort suspecte », puis en
« assassinat », en avril 2000, via les conclusions de plusieurs experts. En
juin 2000, après une reconstitution et une mise en scène de la mort de
Bernard Borrel pour le moins étranges (et refusant la présence de la
partie civile, Élisabeth Borrel et son avocat), les magistrats alors en
charge de l'
instruction, i.e. les juges Le Loire et Moracchini, sont dessaisis
de l'
affaire. Après avoir été confiée au juge Jean-Baptiste Parlos, elle est
désormais entre les mains de Sophie Clément.
31 octobre 2002. Une nouvelle expertise conclut à l'
assassinat. Deux
autres réalisées en 2003 livreront les mêmes conclusions. Le 14
novembre 2003. Sophie Clément demande la déclassification de certains
documents classés "secret de la Défense nationale". Elle obtient
partiellement satisfaction en mars 2004.
Octobre 2004. Le bâtonnier de Djibouti est entendu à Versailles sur une
éventuelle subornation de témoins. Convoqué un peu plus tard par la
justice pour être écouté sur cette affaire, le procureur de la République de
Djibouti ne se présente pas.
Octobre 2005 : l'
avocat d’Élisabeth Borrel demande la déclassification
de nouveaux documents "secret défense" utiles dans le dossier. Sans
réponse. La République de Djibouti saisit le prétexte du dossier Borrel, et
rompt les accords de coopération judiciaire avec la France.
28 Juin 2006 : l'
émission de Bernard Nicolas sur Canal+ relance le
débat, avec deux faits nouveaux : des tests ADN sur le short du magistrat
assassiné, et un nouveau témoignage. Les présomptions se resserrent.
La république de Djibouti fait savoir qu'
elle ne coopérera pas avec la
France pour l'
élucidation de l'
affaire. Et la riposte politique ne se fait pas
attendre : côté Djibouti, début juillet 2006, la famille d'
un des témoins
capitaux de l'
affaire, alors en exil au Somaliland pour échapper aux
pressions, se voit cernée par des miliciens djiboutiens et menacée d'
être
ramenée de force par avion spécial, sur Djibouti. Côté France, quelques
jours après, c'
est toute l'
émission de Canal+ qui se voit désormais arrêtée
d'
antenne...
Octobre 2006 : le dossier et le soutien à Élisabeth Borrel s'
intensifient.
Les magistrats français viennent de lancer un mandat d'arrêt
international visant le procureur général et le chef des services
secrets de la République de Djibouti pour tentative et subornation de
témoins. Malgré un avis négatif donné par le procureur de Paris
nouvellement nommé, la juge Sophie Clément passe outre, et le 19
octobre 2006, pour le 11e anniversaire de l'
assassinat du juge Bernard
Borrel, elle lance effectivement les deux mandats d'
arrêt.
Dans les dernières semaines, les annonces se sont multipliées :
délivrance de mandats d'
arrêts internationaux, mise en examen de
l'
ancien porte-parole du Quai d'
Orsay, etc.
Les procédures judiciaires en cours
Pour mieux comprendre, il faut savoir qu'
il y a six affaires instruites, dont
quatre devant les tribunaux pénaux.

"

’&
&- .



Au total, deux instances déposées par Élisabeth Borrel pour que la
lumière soit faite sur l'
assassinat de son mari, une instance déposée par
les témoins djiboutiens, pour menaces et intimidations, et trois instances
déposées en contre offensive par les tenants de la thèse du « suicide »
(le procureur de Djibouti, et l'
un des magistrats d'
instruction de l'
affaire, en
faveur de la thèse du suicide, et aujourd'
hui dessaisi du dossier, en même
temps qu'
interpellé pour subornation de témoins sur cette même affaire)
1. La première instance concerne l'
instruction pour l'
assassinat du juge,
puisque les dernières expertises effectuées récemment et les
témoignages montrent que la thèse de du suicide est impossible. C'
est le
dossier qui instruit le fond de l'
affaire, l'
assassinat de Bernard Borrel. La
juge d'
instruction en charge du dossier est la juge Sophie Clément.
2. La deuxième concerne les plaintes pour pressions et intimidations
déposées par deux témoins djiboutiens dans l'
affaire, aujourd’hui en exil
en Belgique, (Mohamed Alhoumekani et Ali Iftin, anciens officiers de la
Garde présidentielle de Djibouti). Ces plaintes ont été déposées à
l'
encontre de M Le Loire et de Mme Moracchini, initialement en charge de
l'
instruction du dossier de la disparition du juge, puis dessaisis (cf. cidessus). L'
instruction a été confiée aux Juges de Versailles. Sur la base
des éléments dont ils disposent, ils ont lancé des mandats d'
arrêt contre
le chef des Services secrets djiboutiens, Procureur général de la
République de Djiboutien, ainsi qu'
à l'
encontre d'un avocat français établi
à Djibouti : Me Martinet, pour tentative et subornation de témoins. Le
Président de la République de Djibouti, Omar Guelleh a été invité à
témoigner, et il a refusé ... Cette affaire a toute son importance au regard
de la première, car on peut se demander qui d'
autre qu'
un possible
coupable ou complice pourrait tenter de suborner un témoin ?
3. La troisième instance judiciaire, concerne, en contre-attaque, une
plainte pour diffusion de fausses nouvelles déposée par Me Le Loire, (l'
un
des deux magistrats aujourd’hui dessaisis, et initialement en charge de
l'
instruction du suicide / assassinat) contre l'
un des témoins djiboutiens,
Mohamed Alhoumekani, réfugié en Belgique. La plainte déposée (par un
magistrat lui-même suspect de subornation) n'
a pas été jugée recevable,
et le Tribunal de Lille vient de prononcer (19/10/06) un non-lieu.
4. La quatrième instance concerne la plainte déposée par Mme
Élisabeth Borrel contre le porte-parole du Ministère des Affaires
Étrangères, M. Ladsous, qui avait annoncé imprudemment le 29 janvier
2005 que rien ne s'
opposait à ce qu'
une copie du dossier d'
instruction soit
transmise à Djibouti : la négation même de la séparation des pouvoirs...
Chacun comprendra l'
importance de l'
enjeu : aussitôt en possession de la
copie du dossier, Djibouti aurait pu organiser un procès « mascarade »
avant la France... et comme on ne peut pas juger deux fois la même
affaire, cela revenait à clore l'
instruction française. On peut se demander
pourquoi le ministère des affaires étrangères a mis un tel empressement
à vouloir céder aux pressions de Djibouti ? la plainte de Mme Borrel a été
jugée recevable, et le porte parole du Quai d'
Orsay va donc être
poursuivi.
5. La cinquième instance judiciaire se situe à un niveau international :
elle concerne la plainte que la république de Djibouti a déposée devant la
Cour Internationale de Justice de La Haye pour refus de communiquer la
copie de ce dossier. La France, qui n'
avait aucune obligation de
reconnaître la compétence de la Cour, l'
a pourtant acceptée le mois
dernier, à la grande surprise de tous ceux qui attendent la vérité...
6. La sixième instance judiciaire se situe à Djibouti : il s'
agit d'
un
jugement prononcé à la hâte à Djibouti, en son absence, contre Mohamed
Alhoumekani, témoin réfugié à Bruxelles. Condamné pour diffusion de
fausses informations, il reste sous le coup d'
un mandat d'
arrêt
international, que les autorités belges se refusent à exécuter. Pendant
combien de temps ?
Fin octobre 2006, les deux témoins réfugiés en Belgique viennent de
déposer plainte (le 25 octobre) pour menaces de mort à l'
encontre de
personnalités djiboutiennes, mais aussi françaises.
Ces dernières semaines, les magistrats français en charge des
différents éléments du dossier ont fait avancer les investigations, en toute
indépendance :
* en lançant quatre mandats d'
arrêt internationaux, sur le fond de
l'
affaire, i.e l'
assassinat du juge Bernard Borrel, mandats d'
arrêt lancés
contre les deux assassins présumés, Awalleh Guelleh et Adouani, pour
tentative et subornation de témoins, contre le Chef des services secrets
djiboutiens Hassan Saïd et le Procureur général de Djibouti, Djama Souleiman
* en déclarant recevable la plainte de Mme Borrel contre M. Ladsous
(ingérence dans la justice)
* en prononçant un non-lieu dans la plainte du Juge Le Loire contre M.
Alhoumekani.

°

)

Autant d'
avancées vers la vérité sur cette affaire.
Avancées toujours fragiles quand on sait les fausses informations
diffusées de façon répétées, et encore récemment, quand on sait les
pressions effectuées de façon continue depuis 11 ans tant sur les
témoins, sur Élisabeth Borrel elle-même et ses enfants, sur des
magistrats, et sur des journalistes. La liste est longue de ce côté des
journalistes “placardisés”, dessaisis du dossier, déprogrammés d'
antenne
ou de colonnes, aux émissions tout bonnement disparues...
Élisabeth Borrel vient d'
écrire au Président Chirac pour demander la
vérité, demander que plus aucune obstruction ne soit faite à la recherche
de la vérité et à la bonne marche de la justice, et notamment que soient
communiqués des documents essentiels dans cette perspective, et
aujourd'
hui encore classés « confidentiel défense » pour la période de
1994 à 1997. La liste des 190 personnalités signataires et soutiens « pour
la vérité sur l'
assassinat du juge Bernard Borrel » a été jointe à ce courrier
au président de la République.
Les pressions et obstructions survenues de façon continue dans l'
affaire
Borrel posent de façon fondamentale les questions d'
éthique, de
transparence, et d'
indépendance de la justice. La question de
l'
indépendance du judiciaire, et de sa capacité à travailler hors des
pressions de l'
exécutif est désormais en débat public et en débat
politique, notamment dans la perspective des présidentielles.
Le combat d'
Élisabeth Borrel n'
est pas terminé, car l'
enquête pourrait
remonter jusqu'
au Président de la République de Djibouti en qualité de
commanditaire de l'
assassinat : Ismaël Omar Guelleh, actuellement
protégé par son immunité... Aujourd’hui à Djibouti, dans les sphères du
pouvoir, on s’inquiète. [Anne-Marie de Vaivre, ARDHD]

Guerre du Liban : dégâts collatéraux au Cameroun
Début septembre le colonel François Ebanga, commandant la
brigade du Quartier Général de l’armée camerounaise, secondé
par le capitaine Martin Nsomo Mvomo, commandant la
compagnie de protection de l’aéroport de Nsimalen, a cru bon de
faire une conférence devant des cadres de l’armée sur « Les
leçons à tirer des confrontations entre Tsahal et le Hezbollah
libanais ». S’en tenant à une recension des divers commentaires
publiés ici ou là dans la presse internationale, il aurait, selon le
journal gouvernemental Cameroon Tribune, exposé que le
Hezbollah, bien entraîné, a tenu tête à l’armée israélienne, tandis
que l’état-major de celle-ci aurait fait preuve de précipitation et de
manque de renseignements, échouant à libérer les deux soldats
israéliens, dont l’enlèvement était le prétexte à l’offensive.
Le 21 septembre le colonel Ebanga s’est vu muter au poste de
commandant en second des forces terrestres de la 2nde région
militaire à Douala, ce qui, de toute évidence n’est pas une
promotion. Selon les rumeurs qui courent dans l’armée, la
conférence qu’il a tenue aurait été considérée comme une
provocation à l’égard de la garde présidentielle, dont
l’encadrement est assuré par des experts militaires israéliens.
Quelle idée aussi de commenter l’actualité des conflits, comme si
les officiers de l’armée camerounaise avaient besoin de réfléchir !
Ce n’est pas ce qu’on leur demande. Dans le cadre de Recamp
(Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix),
les Français, qui ont conçu et mis en œuvre le dispositif, le font
pour eux ; et le président du Cameroun, qui tient à son siège, se
garde bien de se faire protéger par l’armée nationale, pourtant
noyautée par ses frères Beti et Bulu. Deux précautions valent
mieux qu’une. [OT]
Albert Frère, Paul Desmarais –
un holding politique transnational dans la Mafiafrique
« Ce qu’offre aujourd’hui l’Afrique à toutes les mafias, pouvaiton lire en introduction d’un dossier co-piloté par François-Xavier
Verschave sur de nouvelles pratiques économiques, c’est la mise
à disposition d’États de complaisance par des cliques dirigeantes
retranchées sur les positions prédatrices qu’elles peuvent encore
exercer, c’est l’aventurisme de ses guérillas mercenaires. La

"

’&
&- .



Mafiafrique est syro-libannaise, belge, ukrainienne, américaine,
russe, israélienne, saoudienne, émirati, anglaise, indopakistanaise, française, chinoise. »1
Preuve que la liste n’était pas exhaustive, un tandem
d’hommes d’affaires milliardaires composé d’un Belge et d’un
Canadien, Albert Frère et Paul Desmarais, s’y est
progressivement imposé à la fin du siècle dernier.
Frère et Desmarais sont d’abord deux amis, avant de devenir
deux bannières, puisque les membres des deux familles ont tissé
des liens serrés au fil des années – autant amicaux que
financiers, s’il y a lieu de les distinguer. « Chaque jour, où que
nous soyons dans le monde, un Frère parle à un Desmarais », dit
l’un d’eux non sans emphase 2.
Dire « la Mafiafrique » ne consiste pas à penser que des entités
de nationalités différentes participent de concert au pillage de
l’Afrique, avec le concours de ses élites de paille et de façon le
plus souvent occulte, mais à concevoir déjà comme caduc le
caractère « national » de ces entités. Ce ne sont plus tout à fait
des groupes anglais, belges, canadiens, danois, émirati, français,
germaniques, hollandais ou indiens qui agissent, mais des
sociétés de droit et groupes criminels dont le capital est d’emblée
métissé. Le capital, qui se compte finalement en argent, échappe
aux nations et, les paradis fiscaux et judiciaires le prouvent, au droit.
Le tandem Desmarais-Frère a d’abord servi, dans les années
1990, à « conquérir l’Europe »3. Desmarais est ce magna
canadien de la presse qui détient aussi des parts massives dans
l’assurance et les sociétés de finance, ainsi que dans le domaine
énergétique et maritime. C’est lui qui a cédé à l’ancien premier
ministre Paul Matin la Canada Steamship Lines, une compagnie
maritime qui inscrira une partie considérable de ses activités dans
différents paradis fiscaux, dont le Liberia. Ce nouveau titulaire fut
plus tard ministre des Finances et Premier ministre. En fait, la
figure de Desmarais s’est profilée derrière un nombre vertigineux
de premiers ministres du Canada, tous partis confondus, de
Pierre-Elliott Trudeau, en poste presque sans interruption de
1968 à 1984, à Brian Mulroney, Jean Chrétien et Paul Martin. Un
des prétendants à la succession de Paul Martin au Parti libéral
(centre-droit), un ancien “néo-démocrate” ontarien (équivalent du PS
français), Robert Rae, est le frère de John Rae, un des membres du
Conseil d’administration de l’empire Desmarais, Power
Corporation. Tout en restant un important organisateur politique
de ce Parti libéral, il a aussi occupé les fonctions de président et
directeur de la Banque Paribas du Canada jusqu’en 2000,
impliquée notamment dans le scandale pétrole contre nourriture
en Irak et réputée pour ses activités de blanchiment en Afrique.
Desmarais et Frère détiennent et contrôlent le holding Pargesa,
qui gère, selon le mode dit des « poupées russes », des sociétés
européennes de très grande envergure, dont la BNP-Paribas ellemême. Les noms de Desmarais et de Frère ont aussi figuré dans
le Conseil d’administration de Total, dans la foulée de la fusion
avec Elf et Fina. Paul Desmarais avait précédemment siégé au
Conseil d’administration d’Elf. En 2002, on ne retrouve plus du
tandem que le fils de Paul Desmarais, Paul Desmarais fils...
Force est de conclure que l’activité politique, qui doit désormais
s’adapter à ces rhizomes mondiaux, ne se réduit plus au seul geste
électoral, lui balisé à l’échelle strictement nationale. [Alain Deneault]
Maurel and Prom, ou comment faire du neuf avec du vieux
La société Maurel & Prom vient d'
annoncer que son chiffre
d'
affaire avait été multiplié par 3 et son bénéfice net par 7,2 par
rapport au premier semestre 2005 (103,7 millions d’euros de
1

François-Xavier Verschave, De la Françafrique à la Mafiafrique, in
Mouvement, Paris, La Découverte, N°21/22, mai-juin-juillet-août 2002, p.10.
2
Albert Frère, cité par Laurent Fontaine in Albert Frère: l'
indéfectible allié
européen, Montréal, Commerce, no. Vol : 100 NO : 11, Septembre 1999,
p. 34.
3
Selon l’expression de Laurent Fontaine, op. cit.

°

)

bénéfice net, contre 14,4 millions d’euros l’année
précédente, soit une augmentation de +620 %).
Cette entreprise, que le journal Libération qualifiait encore cet été
(26/07) de « petite entreprise de prospection et d'
extraction
pétrolière » est devenue la deuxième pétrolière française après
Total. L’occasion de faire une petite rétrospective sur la trajectoire
de son PDG.
Un parcours de haute voltige

Jean-François Hénin, proche de l’Opus Dei est un ancien para.
Agé de 62 ans aujourd’hui, il a acquis le surnom de « Mozart de
la finance » quand il était patron de Thomson Finance, puis de
Altus Finances, filiale du Crédit Lyonnais vouée aux opérations
douteuses et aux montages financiers offshore. Surnom qu’il n’a
pas usurpé, puisqu’il est l’un des principaux compositeur du trou
du Crédit Lyonnais, qui coûtera la bagatelle de deux dizaines de
milliards d’euros aux contribuables, mais qui fera notamment la
fortune du protégé (et prête nom ?) de Chirac, François Pinault.
On croise aussi son nom dans l’affaire colossale des vrais-faux
billets de Bahreïn [cf. Billets n°64]. Mais il restera surtout connu
pour avoir orchestré le rachat frauduleux de l’assureur américain
Executive Life. Ayant finalement accepté de plaider coupable
dans cette affaire pour en finir avec un mandat d’arrêt
international lancé par les États-Unis, il ne sera finalement
condamné qu’à une amende de 1 million de dollars, à 5 ans de
mise à l’épreuve et d’interdiction du territoire américain, par un
juge de Los Angeles en juillet dernier. Une misère au regard du
milliard d’euros qu’il en coûtera, encore une fois, aux
contribuables français, l’État ayant préféré négocier des amendes
plutôt que de risquer des procédures pénales avec peines
d’emprisonnement contre de grands patrons français. Hénin avait
peu de temps auparavant reçu le prix du « capitaliste de
l'
année », décerné par Le Nouvel Économiste et remis par JeanLouis Debré, président de l'
Assemblée nationale, et Thierry
Breton, ministre de l'
Économie [cf. Le Canard Enchaîné, 21/12/2005].
Il fallait bien ça pour le rassurer.
Sorti quasi indemne du scandale du Lyonnais, Hénin s’est refait
une santé dans « les pays qui veulent bien [l’] accueillir »
[Libération, 30/04/2005], dit-il. Étonnamment, cela rend également
service aux amis de Chirac en difficulté financière. En 1999, il se
porte acquéreur de plusieurs milliers de km² de concessions
forestières et de quelques puits de pétrole au Congo au moment
où Sassou Nguesso vient de faire à nouveau main basse sur le
pays. La même année, il achète : 150 000 hectares d’un seul
tenant de forêt en Centrafrique juste avant la campagne
électorale de Patassé prise en charge par les réseaux Pasqua.
Pas sectaire, on le retrouve ensuite dans l’entourage de Bozizé.
Hénin fait également dans l’or et le diamant, et a des connaissances
communes avec Bob Denard. C’est ce que certains journalistes
de complaisance appellent admirativement « un aventurier »4 :
« Avec une mise de départ de quelques millions d'
euros, investis
au Congo, il a réussi à créer, en quatre ans, une société
pétrolière, qui vaut 2 milliards, autant qu'
un groupe centenaire
comme Havas » [Le Nouvel Observateur, 12/05/2005]
Une fortune sassouesque

Maurel & Prom est maintenant présente au Gabon, au Sénégal,
en Tanzanie, au Venezuela, en Colombie, et négocie
actuellement en Syrie. Mais c’est au Congo qu’elle réalise la
moitié de son chiffre d’affaire, avec un gisement (M’boudi) qui
suscite bien des convoitises. « La hausse des prix du pétrole a
entraîné un durcissement des lois fiscales », explique JeanFrançois Hénin, « mais la situation est rétablie » [Afrique centrale
info, 19/10]. La Société Nationale du Pétrole Congolais est en effet
rentrée pour 10 % dans l’exploitation de ce gisement en mars
dernier. En échange de quoi les droits de Maurel & Prom sur le
gisement sont prolongés jusqu’en... 2030 !

4

Voir par exemple les deux articles cités dans ce paragraphe.

"

’&
&- .



°

Une pratique qui rappelle furieusement les méthodes d’Elf, ce
qui n’est sans doute pas tout à fait un hasard. Maurel & Prom a
en effet recyclé certains des cadres de cette dernière, qui n’ont
pas rejoint Total ou qui n’y sont pas restés. Au chapitre des
bonnes relations, notons aussi que la banque d'
investissement
Messier Partners, créé en 2003 par Jean-Marie Messier, ancien
PDG de Vivendi, est l'
un des conseillers financiers de la firme
pétrolière. Enfin Alain Gomez, (vieil ami de Hénin, ancien PDG de
Thomson au moment de la vente des frégates à Taïwan et
« parrain » de Philippe Jaffré pour son accession à la tête d’Elf), a
été plébiscité par les actionnaires pour devenir administrateur du
groupe en décembre dernier. Bref, la petite nouvelle Maurel &
Prom a comme un air de déjà vu... [Victor Sègre]
Brazza à Brazzaville
Le 3 octobre, Denis Sassou Nguesso a inauguré à Brazzaville,
en présence d’Omar Bongo et de François Bozizé, un mémorial
en hommage à Savorgnan de Brazza, dont la première pierre
avait été posée en présence de Jacques Chirac, et dans lequel
les dépouilles du premier colon du Congo ont été ré-inhumées
(elles étaient précédemment à Alger). Dans l'
imagerie d'
Epinal,
Savorgnan de Brazza apparaît comme un explorateur désintéressé
et pacifique, parce qu'
il a mis en œuvre une politique coloniale
moins sanguinaire que certains de ses contemporains, dont il a
même dénoncé les abus. Raison pour laquelle le secrétaire de la
fondation Pierre Savorgnan de Brazza, Jean-Marie Kamba, a pu
justifier le mémorial en ces termes : « C'
est une action utile pour
l'
Afrique parce que Brazza est un humaniste. »
Au cours d'
un colloque, pourtant organisé par cette même
fondation, des universitaires gabonais et congolais ont émis des
doutes dans leur rapport final sur « la pertinence du vocable
"humaniste" en ce qui concerne l'
entreprise coloniale de
l'
explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, le seul acte de
coloniser ne pouvant en soi valoir au colonisateur une telle
qualification. » L’AFP relate des propos tenus lors des débats :
« En voulant s'
approprier le Congo, Pierre Savorgnan de Brazza
lance la conquête impérialiste » [Scholastique Dianzinga, de
l'
université Marien Ngouabi de Brazzaville, citée par AFP, 3/10]. « De
Brazza n'
était rien d'
autre qu'
un agent de l'
impérialisme colonial,
mais il n'
était pas aussi brutal que les autres [...] C'
est ce qui
explique que des colonisés puissent faire l'
apologie du
colonisateur », [Anges Ratanga Atoz, historien gabonais, idem]. .
Des nuances sans doutes trop subtiles pour Philippe Douste
Blazy 1, qui représentait la France, et qui a préféré voir lui aussi
en Savorgnan « tout à la fois un explorateur, un visionnaire et un
humaniste. » Rien de très étonnant pour celui qui fut l'
un des
initiateurs de la loi du 23 février 2005. Mais l'
hommage au
colonialisme est plus inhabituel chez les dirigeants africains2,
même chez des pantins du néocolonialisme, qui savent se
répandre en diatribes anticolonialistes censées replâtrer une
légitimité politique à peu de frais. Mais on ne voit pas très bien
quel gain politique intérieur peut espérer Sassou à dépenser près
de 10 milliards de francs CFA (plus de 15 millions d’euros) pour
un somptueux monument climatisé qui a nécessité 500 tonnes de
marbre blanc de Carrare, avec statue géante à l’effigie d’un
colon, quand la population du Congo dans son immense majorité
est démunie de tout. Mais il y a longtemps que Sassou passe
outre la population (et l’élimine au besoin), cherchant uniquement
1

En compagnie, entre autres, de Bernard Kouchner et Hélène Carrère
d’Encausse, selon la Lettre du Continent du 12 octobre.
2
Mais pas tout à fait inédit : on se souvient de Joseph Kabila déclarant
devant le Sénat belge en février 2004 : « L'
histoire de la République
démocratique du Congo, c'
est aussi celle des Belges, missionnaires,
fonctionnaires et entrepreneurs qui crurent au rêve du Roi Léopold II de
bâtir, au centre de l'
Afrique, un Etat. Nous voulons rendre hommage à la
mémoire de tous ces pionniers. »

)1

à l’Élysée et dans d’autres lieux de pouvoir, la
source de sa légitimité. D’où les projets visant
d’abord l’opinion publique internationale : mémorial et autre
course à la voile [cf. Billets n° 138, AFDP]... [VS]

Le bon roi
Fin septembre, Jacques Chirac a annoncé la revalorisation des
pensions et des primes d'
invalidité des anciens combattants
étrangers ayant combattu dans l'
armée française, afin de les
aligner sur celles des anciens combattants français. Gelé depuis
1959, le montant des pensions et les primes des combattants
issues des anciennes colonies varient aujourd’hui de moins du
dixième au tiers de celles des anciens combattants français.
Condamnée par le comité des droits de l’Homme de l’ONU en
1989, puis en 2001 par un arrêt du conseil d’État, cette politique
discriminatoire a pourtant été maintenue par les gouvernements
successifs, de gauche comme de droite, pour des raisons
budgétaires. En 2002, le gouvernement Raffarin, avait
simplement procédé à une légère augmentation, mais toujours
selon le principe « d’équité » qui veut que le montant soit rapporté
au niveau de vie du pays considéré, officiellement pour ne pas
déséquilibrer les économies africaines ! Une telle précaution ne
s’applique pas aux fonctionnaires français en coopération : ils
sont sans doute supposés ne pas dépenser leur sur-salaire sur
place pour ne pas nuire à l’économie locale.
D'
après la plupart des médias (version conte de fée), la décision de
Chirac, censée mettre fin à 45 ans de discrimination raciste, serait
due à la sortie du film « Indigènes » (suite à la forte émotion du
couple Chirac). Bref, le mythe du bon roi mal conseillé jusqu'
à
présent, et ignorant les souffrances de ses (anciens) sujets. Et la
quasi totalité de la classe politique d'
ouvrir les yeux et de
s’indigner du retard pris... Version realpolitik : le succès prévisible
du film offrait une occasion de se mettre en conformité avec le
droit, avec un plan-média qui passe bien malgré son grotesque..
On nous permettra de douter de la spontanéité présidentielle :
d’une part parce que des promesses en ce sens avaient déjà été
formulées plus ou moins clairement par Chirac le 14 juillet dernier
(certes, les promesses de Chirac...) après que le GISTI ait
annoncé son intention de porter l’affaire devant la Cour
européenne des droits de l’Homme, mais aussi du fait des
informations fournies par l’Express dans un dossier sur le difficile
parcours financier du film, qui nous apprend que « Claude Chirac
[conseillère de papa] pousse France Télévisions, déjà très
généreuse, à investir un peu plus d'
argent. D'
un pari improbable,
Indigènes devient ainsi une grande cause nationale. » (21/09) Et
par là même une bonne opération politique 3 avant les élections
présidentielle, finalement à moindre frais, car le problème est loin
d'
être réglé. Dans un communiqué commun daté du 28
septembre et intitulé « Revalorisation a minima des prestations
versées aux anciens combattants étrangers : encore un faux
semblant », les associations ATMF, Catred, Gisti et LDH font
l'
analyse suivante : « La mesure, qui sera introduite par voie
d’amendement à la loi de finances pour 2007, représente un coût
de 110 millions d’euros par an. Ces annonces visent à allumer un
contre-feu face au retentissement médiatique que le film a donné
à une question qu’on avait tenté d’enterrer et n’assureront en rien
l’égalité des droits. La revalorisation prévue n’est en effet que
partielle et a minima. Partielle : parce que la mesure ne concerne
qu’une infime partie des prestations versées aux anciens
3

Et accessoirement une bonne opération marketing : « On ne pouvait pas
espérer une plus belle promo pour le film ! » s’est exclamé Debbouze sur
Canal plus lundi 25 sept. On notera également au sujet du film qu’il n’a
pas suscité, de l’autre côté de la Méditerranée, la même émotion qu’en
France. Plusieurs journaux algériens ont notamment regretté que les
engagés volontaires joués par Debbouze et ses compagnons ne soit pas
représentatifs de la réalité historique où l’enrôlement forcé lié à la
domination coloniale était la norme.

’&
&- .

"



fonctionnaires civils et militaires : la retraite du combattant et les
pensions militaires d’invalidité. Sont laissées de côté toutes les
autres prestations, en particulier les pensions civiles et militaires
de retraite et les pensions de réversion. A minima : parce que les
deux prestations revalorisées portent sur des montants
dérisoires : 450 euros par an pour la retraite du combattant à taux
plein et moins de 700 euros pour une pension d’invalidité à taux
plein. À la suite de l’arrêt Diop par lequel le Conseil d’État avait
censuré la loi de cristallisation en 2001, le gouvernement Jospin
avait évalué le coût de la revalorisation totale des pensions à 1,8
milliards d’euros par an, 10 milliards d’euros avec le paiement
des arriérés sur les 4 dernières années. On est bien loin du
compte aujourd’hui avec les 110 millions annoncés. Pas question

°

),

non plus de rattrapage. La revalorisation
s’appliquera seulement pour ceux qui sont encore
en vie au 1er janvier 2007. Le contentieux des pensions des
anciens combattants étrangers est donc loin d’être soldé.
L’injustice de la cristallisation des pensions continuera à faire de
nombreuses victimes. L’attitude minimaliste du gouvernement
traduit une fois de plus la désinvolture de la France à l’égard des
vieux immigrés qui ont combattu ou travaillé pour elle, et n’en
récoltent qu’indifférence ou mépris. » Alors, notre bon roi, encore
un effort... [VS]

(Achevé le 29/10/2006)

* # $ # )))
Mondialisation
« Vous avez demandé à la France des efforts supplémentaires en
faveur de l'
Afrique. À quoi pensez-vous précisément ?
[...] Nous avons discuté de priorités avec le gouvernement
français : quels pays doivent bénéficier de programmes d'
aide,
dans quels secteurs, quels donateurs doivent être maîtres
d'
œuvre.

Autre sujet de discussion, la quinzième reconstitution des fonds
de l'
Association internationale de développement (AID), qui
assure la part concessionnelle des activités de la Banque
mondiale, sous forme de prêts à faible taux ou de dons. La
France est leader en ce domaine et l'
Afrique en est le principal
bénéficiaire avec 4,5 milliards de dollars l'
an dernier. C'
est encore
très insuffisant. Même si les pays riches sont confrontés à des
problèmes budgétaires, ce serait une erreur de réduire des
financements qui représentent peu de chose compte tenu de
leurs ressources. J'
aimerais que le Japon et les États-Unis
fassent plus. C'
est dans leur intérêt. Mais, selon les sondages, les
électeurs américains sont persuadés qu'
une part importante du
budget fédéral est destinée à l'
aide au développement. Ce qui
n'
est pas le cas. Ils estiment aussi que l'
argent dédié à cette aide
va être gaspillé. Ce qui fut le cas, malheureusement, dans le
passé au Congo, qui est un exemple type de ce que l'
on ne doit
pas faire en matière d'
aide.
Après avoir bénéficié d'
une annulation de leur dette, certains pays
pauvres se réendettent, sans aucune conditionnalité, auprès de pays
comme la Chine et l'
Inde. Cela vous inquiète-t-il ?

C'
est un problème qui ne se limite pas à la Chine et à l'
Inde.
Vous pourriez ajouter le Venezuela. Il est vrai qu'
il existe un
risque réel de voir les Pays pauvres très endettés qui ont
bénéficié d'
un allégement de dette redevenir à nouveau très
endettés. Nous essayons de gérer ce problème en fixant les
limites d'
une dette soutenable à long terme. C'
est complexe car
tout dépend de l'
utilisation des nouveaux emprunts. S'
il s'
agit
d'
acheter des voitures de luxe pour les ministres, c'
est de la
mauvaise dette. En revanche, une bonne dette procure un haut
rendement, relève le revenu national et facilite le remboursement
de la dette nationale dans le futur. Ce qui est crucial, c'
est d'
avoir
tous les éléments sur la table, de savoir ce que font réellement
emprunteurs et prêteurs.

mis en place. Près de 80 % des banques commerciales dans le
monde respectent ces principes lorsqu'
elles financent des projets.
Les grandes banques chinoises, elles, ne les appliquent pas.
C'
est vrai qu'
elles sont relativement nouvelles dans ce genre
d'
activité en Afrique. Mais il ne faudrait pas qu'
elles commettent
les mêmes erreurs que la France et les États-Unis avec le Zaïre
de Mobutu... Soyons honnêtes, cela a été terrible, un véritable
scandale. [...]
L'
une des réponses au mal-développement est la lutte contre la
corruption. Quelle a été la réaction des industriels français quand
vous leur avez présenté votre stratégie, au Medef ?

Les industriels français soutiennent fortement notre action mais
estiment, et j'
en conviens, que ces problèmes ne pourront pas
être réglés en une nuit. Mais ce qui m'
a le plus impressionné,
c'
est leur engagement à créer un environnement où leurs
décisions puissent être basées sur des considérations
économiques et non sur l'
attribution de “récompenses” plus ou
moins généreuses.
En fait, les pays où sévit la corruption changent s'
ils en ont la
volonté et non quand les décisions sont imposées de l'
extérieur.
Les populations sont souvent les premières à exiger des
institutions responsables, à même de rendre des comptes. C'
est
de plus en plus souvent le cas en Afrique, même si le mouvement
n'
est encore ni général ni uniforme.
Quelles incitations et quelles sanctions envisager ?

L'
outil le plus puissant, c'
est d'
impliquer les gens eux-mêmes.
En mettant en lumière ce qui se passe dans l'
ombre, cela freine
parfois la corruption. Publier les avoirs des personnalités
officielles par exemple, suivre l'
utilisation des ressources tirées du
pétrole, assurer la transparence de la part des gouvernements et
des compagnies pétrolières pour s'
assurer de l'
absence de potsde-vin dans les contrats. C'
est un important début.
Sur le terrain de l'
aide, la Banque mondiale est concurrencée par
les « nouveaux philanthropes » tels que Bill Gates, Warren Buffett,
Bill Clinton, Soros, dont les fondations ont des moyens supérieurs
aux vôtres. Quel reste votre rôle ?

Ce ne sont pas des concurrents. Il y a un tel besoin de
ressources qu'
il est bon de voir arriver de nouveaux acteurs. La
question est de savoir où va l'
argent, s'
il est utilisé de manière
appropriée pour le développement et où chacun doit travailler. »
(Paul WOLFOWITZ, président de la Banque mondiale. Propos

Certains dénoncent les méfaits environnementaux liés aux projets
chinois d'
exploitation des matières premières, en particulier au
Gabon. Partagez-vous ces craintes ?

recueillis par Françoise Crouïgneau et Richard Hiault, Il ne faut pas que la
Chine commette en Afrique les erreurs passées de la France et des ÉtatsUnis, Les Échos le 24/10).

Mon inquiétude porte sur l'
ensemble de l'
Afrique. Les principes
de l'
Équateur [pour déterminer, évaluer et gérer les risques sociaux et
environnementaux dans le domaine des financements de projets] ont été

[Il faut des programmes d’aide. Il ne faut pas réduire les
financements Nord-Sud. Mais il ne faut surtout pas des financements
Sud-Sud, sinon on ne contrôlerait plus rien, ce qui constituerait un vrai

"

’&
&- .



°

désastre humanitaire pour nos banques. Des pauvres qui se financent
entre eux, quelle horreur ! Certes nous avons financé toutes les fortunes
gigantesques, et pas seulement les 4x4, des chefs d’État des pays sousdéveloppés, depuis des décennies, nous avons financé aussi des projets
inutiles et ruineux, sauf pour nos entreprises. Nous sommes donc très
bien placés pour savoir ce qu’il ne faut pas faire et nous ne le ferons plus
bien sûr, c’est juré, serment d’ivrogne. Nos chefs d’entreprise sont
devenus des champions de vertu. La preuve, le 15 novembre prochain,
moi Paul Wolfowitz, je vais participer aux journées européennes sur le
développement. Denis Sassou Nguesso viendra nous dire comment faire
pour sortir les peuples africains de la pauvreté. C’est un expert. Il s’est,
lui-même et sa famille, très bien sorti de la pauvreté. Et s’il n’y avait pas
Bill Gates, que deviendraient les pauvres ? Quant à la corruption, c’est
vrai, moi, président de la Banque mondiale, je n’y peux pas grand-chose,
comme on a pu le vérifier depuis que la banque existe, mais les pauvres

& '

$

)!

n’ont qu’à s’en occuper eux-mêmes que diable ! C’est très
simple, il n’y a qu’à vérifier les comptes dans tous les
paradis fiscaux, demander aux patrons et aux présidents la liste de leurs
biens. C’est pas sorcier ! – OT]

Françafrique
« Je n’adhère pas à la Françafrique [...] J’ai des amis politiques
partout ; à gauche comme à droite »
(Denis SASSOU NGUESSO, sur Europe 1, le 15/10).
[Voilà une drôle de preuve !]

2

Françafrique

Génocide Tutsi

AFP Libreville, Protection de l'
environnement : volée de bois
vert contre le Gabon, 16/10 (Philippe ALFROY) : « Alors que
depuis quelques semaines le débat fait rage entre les partisans
du développement du pays et ceux de la conservation de son
patrimoine naturel, le gouvernement gabonais a clairement
affiché sa priorité dans un communiqué publié à l'
issue du
conseil des ministres de jeudi.

Agence Hirondelle, D’importants témoins attendus pour la défense
des anciens responsables militaires rwandais, Arusha 05/10 :
« Le général Marcel Gatsinzi, ministre rwandais de la défense,
ainsi que des officiers français présents au Rwanda au début du
génocide, sont attendus pour témoigner en faveur d’anciens
responsables militaires rwandais jugés devant le Tribunal pénal
international pour le Rwanda (TPIR). [...]

La loi “autorise et stipule que, si une richesse minière ou
pétrolière est découverte dans une aire protégée, elle peut et doit
être exploitée afin de favoriser l'
essor économique et social du
pays”, a-t-il déclaré. Avant d'
inviter les sociétés pétrolières ou
minières présentes sur son territoire à y “poursuivre sereinement
leur travail”. »

L’audition des militaires français dans le procès militaires qui
doit se finir d’ici la fin de l’année fait, depuis de longs mois, l’objet
de nombreuses tractations entre les équipes de défense de
Theoneste Bagosora et d’Aloys Ntabakuze, le TPIR et les
ministères français de la Défense et des Affaires étrangères. La
défense de Bagosora voudrait faire témoigner M. Jean-Jacques
Maurin, qui était lieutenant-colonel en 1994 et occupait le poste
d’adjoint à l’attaché de défense de l’ambassade de France à
Kigali. Dans ce but le défenseur principal de Bagosora, Me Raphaël
Constant, a déjà rencontré M. Maurin à Paris en présence d’un
représentant du ministère de la Défense et du ministère des Affaires
étrangères. Pour Aloys Ntabakuze, son avocat, Me André
Tremblay, a cité M. Grégoire de St-Quentin, qui était lieutenantcolonel lors des faits et aidait à la formation du bataillon de para
commando que dirigeait Ntabakuze. Son témoignage était prévu
dans les prochains jours, la présente session de ce procès
devant se terminer mi-octobre mais il semble que des difficultés
de dernières minutes l’aient retardé. Dans une décision rendue le
20 septembre, la chambre a fixé les modalités de cette
comparution, la première d’un officier français devant le TPIR.

[Si l’exploitation des richesses du Gabon, depuis des décennies,
avaient abouti à un quelconque développement, cela se saurait. Le
scandale est justement qu’aucun “essor économique et social” n’a
caractérisé le Gabon de Bongo depuis qu’il existe. La seule chose qui
s’est développée c’est la fortune de Bongo et de sa famille. On s’étonne
donc de voir l’AFP tomber dans un panneau aussi grossier et présenter
comme “partisans du développement” ceux qui ont fait que le Gabon
s’est développé mille fois moins qu’il ne l’aurait pu et dû. – OT]

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(à envoyer à SURVIE 210 rue Saint-Martin, F75003–Paris)

M. de St Quentin, officier d’active qui a maintenant le grade de
colonel et dont le nom est cité dans la décision, témoignera sous
un pseudonyme, à huis clos, en présence d’un représentant du
gouvernement français qui pourra «demander que le témoin soit
dégagé de l’obligation de répondre à certaines questions pour
préserver la sécurité nationale». En outre sa déposition ne sera
pas communiquée à d’autres parties que celles du procès.
D’autres officiers canadiens, belges ou d'
autres nationalités
servant au titre des Nations Unies ont déjà témoigné à plusieurs
reprises lors de procès devant le TPIR, sans que la moindre
limite soit imposée à leurs interrogatoires. »
[Préserver la sécurité nationale ? Un danger nous guette ? On
peut en douter, si ce n’est l’étalement de certaines vérités dangereuses
pour l’honneur de la France. Ainsi nous ne saurons pas ce que diront ces
militaires français à Arusha (sans doute à l’avantage des accusés
puisqu’ils sont convoqués par la défense de ces derniers), ni si, au cours
des auditions, ils seront « dégagés de l’obligation de répondre » à des
questions de la défense ou à celles de l’accusation. Si la France n’a rien
à se reprocher, pourquoi aller se cacher derrière un huis clos ? – SC]

"

’&
&- .



Eric TOUSSAINT, Banque mondiale, le coup d'
État permanent,
CADTM-Syllepse-CETIM, Paris, 2006 (310 p., 18 €)
Au cours de ses soixante années d’existence, la Banque
mondiale a soutenu activement toutes les dictatures et tous les
régimes corrompus du camp allié des États-Unis, et saboté
activement les trop rares expériences progressistes. Elle a
même soutenu quelques régimes de l’autre camp afin d’affaiblir
l’URSS.
Elle a, de par le monde, renforcé systématiquement les
entreprises privées et affaibli à la fois les pouvoirs publics et les
petits producteurs. Évasion fiscale, fuite des capitaux et
corruption en sont les corollaires obligés. La dette du Tiers
monde, inique et proliférante, a depuis longtemps inversé les flux
monétaires : c’est maintenant, durablement, le « Sud » qui
finance le « Nord ».
Agissant en étroite concertation avec le FMI (Fond monétaire
international) et l’OMC (Organisation mondiale du commerce), la
Banque mondiale tente maintenant de poursuivre cette politique
sous le masque de discours sur la lutte contre la pauvreté – mais
impose aux pays écrasés par la dette un agenda diamétralement
opposé à la satisfaction des droits humains fondamentaux.
Les mécanismes politiques, économique et financiers de cette
macabre histoire, sont complexes – et ceux qui les manient font
tout pour les rendre obscurs. Un des éléments méconnus de
cette histoire est le mécanisme des dettes coloniales, où
comment la Banque Mondiale a accordé des prêts pour servir
les intérêts financiers d’un certain nombres de puissances
coloniales, parfois juste avant les indépendances (intérêts
miniers de la France en Mauritanie par exemple), dettes qui
seront léguées aux pays nouvellement indépendants comme
autant de nœuds coulants.
Éric Toussaint en met la compréhension à la portée de tous,
éclairant ainsi le présent pour mieux concevoir comment
changer l’avenir.
Un ouvrage de référence de lecture aisée, en 24 courts chapitres
que l’on peut aussi bien consulter indépendamment que dévorer
à la file. Les chiffres, il en faut en la matière, illustrent le texte en
un petit nombre de tableaux et graphiques d’une grande lisibilité,
allégeant la lecture au lieu de l’alourdir. Un vrai plaisir à lire, si le
sujet n’était pas si sinistre. [François Lille]

François Lille

À l'aurore du siècle,
où est l'espoir ?
Éd. Tribord, juin 2006, 4,50 €

Dans les termes les plus simples et généralisables, on peut proposer
trois définitions basiques : le bien commun, c'
est ce qui appartient à tout
le monde au présent et au futur. Le bien public, c'
est ce à quoi tout le
monde doit avoir droit, ici et maintenant. Le service public, c'
est la
manière dont doivent être gérés, produits et distribués ces biens
communs et publics.
Le passage de l'
idée de l'
aide à celle des biens publics, c'
est celui de
l'
assistance aux droits des peuples et des gens. L'
une se quémande, les
autres se revendiquent et s'
exigent.
Tracer l'
espace des biens mondiaux les plus essentiels est
indissociable aussi d'
une réflexion sur l'
usage des biens privés, qu'
ils
soient de production ou de consommation, et plus globalement sur le
caractère illimité du droit à la propriété. Ne faudra-t-il pas le replacer
comme un droit second, dérivé en quelque sorte du droit d'
usage
équitable des choses ? Locke, Voltaire et plus tard Robespierre, entre
autres, en préconisaient déjà la limitation. La torrentielle expansion du
capitalisme a balayé leurs intuitions prémonitoires, mais la question reste
ouverte.

°

)

Xavier Harel, Afrique, pillage à huis clos. Comment une
poignée d’initiés siphonne le pétrole africain, Fayard 2006
(280 p., 19 €).
On entend dire un peu partout que le pétrole est une malédiction pour le
pays qui en possède. Si le citoyen angolais ou camerounais, privé des
droits élémentaires, peut dire cela, avec une ironie amère, il est indécent
d’entendre cette assertion dans la bouche du président de la Banque
mondiale, Paul Wolfowitz (cf. Ils ont dit) ou dans un séminaire de l’AFD
(Agence française de développement), puisque ces organismes n’ont de
raison d’exister que s’ils mettent en œuvre efficacement les moyens dont
ils disposent pour instaurer une saine gestion dans les pays dont ils
prétendent s’occuper. Autant se dissoudre eux-mêmes s’ils constatent
leur impuissance. Mais ce n’est pas d’impuissance qu’il faut parler à leur
sujet, c’est plutôt de passivité et de complicité.
Le pétrole n’est une malédiction ni pour la Norvège, ni pour l’Arabie
Saoudite, ni pour le Venezuela. Si différents que soient ces pays, ils ont
en commun qu’ils sont ou sont devenus, par leur tradition, leur richesse,
ou leur volonté, indépendants des organisations internationales
dominées par les grandes puissances. Ce n’est donc pas le pétrole qui
est une malédiction, mais la dépendance. La malédiction des Africains
c’est d’être la proie d’une oligarchie corrompue liée aux puissances
financières et politiques extérieures. C’est l’activité de cette « poignée
d’initiés » que décrit remarquablement Xavier Harel. Ils sont capables de
ruiner les pays les plus riches comme le Congo, l’Angola ou le Nigeria. Si
un Patrick Maugein ou un Marc Rich sont une malédiction pour l’Afrique,
c’est parce que nous tolérons les agissements de Jacques Chirac
légitimant Denis Sassou Nguesso. Il y a le triangle infernal formé par un
affairisme monstrueux, couvé par le couple maudit que forment le roi
nègre et le président blanc, indissolublement rivés l’un à l’autre. Dans ce
triangle circulent l’argent et les armes qui nourrissent le parasite en un
cercle vicieux. Plus il est nocif, plus il est fort. En Afrique et en Afrique
seulement le pétrole est une malédiction, parce que l’Afrique a été
réduite en esclavage. Il ne faut guère compter sur le parasite à trois têtes
pour cesser de pomper la substance dont il se nourrit. Et on sait qu’il faut
couper les trois têtes en même temps, si on ne veut pas qu’elles
repoussent. [OT]

Pierre Laniray (coordonné par)

François-Xavier Verschave

L’homme qui voulait soulever les montagnes
Éd. les Arènes, juin 2006, 202 pages, 18,00 €

François-Xavier Verschave fut pendant vingt ans l’adversaire redouté
de la Françafrique. Il croyait à la démocratie et aux engagements
publics. Puisque la République violait en Afrique ses principes
fondamentaux, il avait décidé de porter la plume dans la plaie. Avec une
poignée de bénévoles, une force de travail considérable, il a rassemblé
des milliers d’informations sur la face cachée de notre politique africaine,
écrit des livres marquants, lancé une commission d’enquête citoyenne
sur le Rwanda, animé d’innombrables conférences. Grâce à FrançoisXavier Verschave, la Françafrique a été mise en procès. L’homme qui
voulait soulever les montagnes retrace l’itinéraire de ce citoyen absolu,
rassemblant ses pages les plus éclairantes et les témoignages de ceux
qui l’ont connu. [... 4ème de couverture]
Directrice de la publication : Odile Biyidi Awala.
Directeur de la rédaction : Pierre Caminade.
Comité de rédaction : Pierre Caminade, Sharon Courtoux, Sisulu
Mandjou Sory, Victor Sègre, Odile Tobner.
Ont aussi participé : Alain Deneault, Anne-Marie de Vaivre, François
Lille, Jean-loup Schaal.
Abonnements : Antonin Wattenberg.
Coordination : Olivier Thimonier.
Association Survie, 210 rue Saint-Martin, F75003 – Paris –
Commission paritaire n° 0211G87632 – Dépôt légal : novembre 2006 –
ISSN 1155-1666 – Imprimé par nos soins –
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